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19.09.2018

Message eucharistique de Notre-Dame de la Salette : Larmes & Lumière

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Mercredi 27 décembre 2017, en la fête de la saint Jean apôtre & évangéliste, pendant une heure d’adoration à l’oratoire saint Pierre-Julien Eymard, sanctuaire Notre-Dame de la Salette, veille de mon départ, ai vu, lors du dernier quart d’heure, la réminiscence de l’Eucharistie à la blancheur rayonnante se superposer à la croix sur la poitrine de la Vierge de la Salette, de l’ensemble des trois statuettes posées au sol, debout, à droite du thabor ou trône d’exposition du Saint Sacrement. Ce fut le point de départ d’une méditation sur le message eucharistique de la Salette, que voici.

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Les larmes de la Vierge ne se transforment-elles pas en perles de lumière lorsqu’elles atteignent le crucifix sur sa poitrine ? Ces larmes de lumière n’enveloppaient-elles pas tout le Christ en croix et n’en rayonnait-il pas lui-même de plus belle ? La lumière jaillissant du crucifix sur la poitrine de la Vierge n’indique-t-elle pas cette merveilleuse transfiguration de la souffrance chrétienne en gloire de la résurrection ? Cette croix glorieuse sur le cœur de la Mère de Dieu est-elle autre chose que le Mystère pascal révélé dans l’Eucharistie ? L’indifférence des hommes devant Jésus en croix sur laquelle pleure la Vierge n’est-elle pas transmuée en grâce d’amour pour ces mêmes hommes lors de cette apparition à Mélanie et Maximin ?

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Cette réminiscence visuelle de la blancheur rayonnante de l’Eucha-ristie sur la poitrine,
le Cœur Immaculé
de Marie, fut l’image qui
a condensé le mystère eucharistique qui unit Marie à son Fils Jésus sacrifié. Ensemble,
ils communient à
la souffrance devant l’indifférence des hommes pour l’amour que Dieu veut leur communiquer par leurs saintes personnes. Ensemble,
ils communient dans
la souffrance en une im-mense prière eucharis-tique, le don de leur vie et de leur personne, la Mère de Dieu et le Fils de Dieu communient et s’offrent pour le salut des hommes, ce qui attise l’amour divin entre eux et provoque la miséricorde divine pour les hommes.
 

 

Cette apparition de La Salette est une merveilleuse machine d’amour divin. Sur le crucifix, lieu-même du supplice, summum de la souffrance offerte, l’Esprit Saint rebondit, la lumière divine s’écoule, mêlée aux larmes, transfigurant toute tristesse et ténèbres à qui reçoit le message de l’apparition jusqu’au bout, dans son intégralité. La joie d’être lavé de tout péché, le sentiment incommensurable de reconnaissance, la joie de communier à la vie divine du Christ ressuscité, celle de contempler Dieu dans sa gloire sur le cœur de Notre Mère la Vierge, emportée au Ciel.


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La Belle Dame les quitta.

Mélanie et Maximin, le visage tourné vers le ciel, rayonnaient.

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De dessous la pierre d’ardoise où Marie était assise et pleurait, une fontaine a issi.

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Sandrine Treuillard (texte & photos)

responsable de la Fraternité Eucharistique (de 2015 à 2018), branche laïque de la Congrégation du Saint-Sacrement fondée par saint Pierre-Julien Eymard, Chapelle Corpus Christi, Paris 8. 

Texte initialement publié dans les Annales de La Salette Mai-juin 2018

Notre-Dame de La Salette, eucharistie, st pierre-julien eymard, adoration eucharistique, adoration,  

26.07.2018

Le sacrifice eucharistique du Père Jacques Hamel

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Illustration utilisée à l’occasion de la Nuit des Témoins 2017 dédiée au Père Jacques Hamel
©Thomas Jarry/AED Aide à l'Église en Détresse

 

Père Jacques Hamel.jpg         Tout ce jour, j’ai été sonnée.

      Dense journée hier. L’assassinat du Père Jacques Hamel.

 

 

 

 

 

 

 

Jerzy Popieluszko Issy.jpg         Aujourd’hui, en fin d’après-midi, j’ai eu besoin d’aller retrouver le Père Jerzy Popiełuzsko qui a une statue en haut du Parc saint Jean-Paul II, à Issy. J’y suis allée juste après le dîner. Comme j’ai appris qu’il a été torturé et son corps jeté dans la Vistule, son martyre de prêtre (en 1984) rejoint celui du Père Hamel égorgé sur l’autel de Saint-Étienne du Rouvray.

         La veille de sa mort, c’était sa fête, la saint Jacques.

         Je suis sûre, dans la foi, comme par une intuition spirituelle, que ce prêtre immolé sur l’autel est un signe pour la France et les âmes de notre pays, en union avec le sacrifice parfait du Christ célébré durant la messe, ce sacrifice d’action de grâce, produira beaucoup de fruits, de conversion.


Vertical Retouché Couleur.jpg         J’ai eu l’image du dessin du vitrail du Songe de saint Martin. La Miséricorde Divine. La compassion de saint Martin de Tours pour la France, comme une image en réminiscence, flottant au milieu de cet état de méditation du choc que j’accusais aujourd’hui. Je me suis allongée sur mon lit au retour du petit déjeuner et aussi au retour du déjeuner. Puis, j’ai lu le gros ouvrage du jésuite de 1892 sur La France et le Sacré Cœur.

         Je ne peux pas m’empêcher de mettre tout cela en lien. Ce prêtre innocent, comme un autre agneau de Dieu immolé avec le Christ durant la messe, avec cette sauvagerie qui frappe l’imagination de tous, une violence qui n’a rien à envier à celle de la crucifixion, et cette prière qui ne manque pas de se lever, en France, en Pologne pour la paix dans le monde. C’est un témoignage de la présence du Christ, de Dieu, au sein de la pire barbarie.

  


IMG-20160728-01010.jpg         Hier, après avoir reçu la nouvelle après le déjeuner, par Twitter, je suis allée à l’église Saint-Rémy de Vanves. J’ai pu me prosterner en croix sur le tapis au pied du tabernacle, au pied de Marie et Jean implorant du regard et recevant le Crucifié, au-dessus du tabernacle. Le chrisme est inscrit sur le tabernacle. La Paix du Christ y demeure.

         Une grand-mère avec ses deux petites filles, tout ce petit monde parlant italien, occupaient l’église fort bruyamment quand j’y suis entrée. Les deux petites s’affairaient avec des loupiotes pour les allumer, l’une avait la chaussure à un pied et une bottine à l’autre pied ; et sa sœur une bottine à un pied et l’autre chaussure à l’autre pied. Je l’ai vu quand je me suis agenouillé près du tabernacle. Mais d’abord, dans le chaos des voix qui envahissait l’église vide, j’ai pris un instant d’éternité, un genoux à terre devant l’autel, la main droite sur la poitrine, le visage contemplant l’espace de la Table sainte et du chœur. Un monsieur assez âgé était assis à droite et semblait tout aussi gêné et agressé par le chahut du trio, la grand-mère parlant aussi fort que ces petites filles, l’une d'elle ayant allumé la mèche à gauche du tabernacle. Il y avait quelque chose de la folie dans cette scène… J’ai comme forcé le barrage du bruit par mon calme et mon silence, m’agenouillant alors devant le tabernacle, et, fermant les yeux j'étais en prière. Ce tourbillon a fini par quitter les lieux, très vite.

 

Px Tabernacle St Rémi Vanves.jpg         J’ai constaté que le monsieur aussi était parti. La petite furie tapageuse avait eu raison de son recueillement. C’est alors que plus rien ne me retenait ; je me suis alors prosternée en croix, à plat ventre sur le tapis, au pied du tabernacle, tout près de l’autel, pour la paix de l’âme du prêtre, pour la paix dans le monde, pour réparation du mal en union avec le Christ et ce prêtre ; en reconnaissance de cette immolation sanglante où Dieu se rend présent pour le monde, au-delà de l'acte ignoble. J'éprouvais une grande paix ainsi prosternée.

         Ce martyre va permettre de redire ce qu’est la célébration eucharistique. Cet égorgement du prêtre sur l’autel comme l’Agneau de Dieu innocent dont le Sang précieux lave le monde de ses péchés.

         Ai demandé à saint Rémi de participer au réveil spirituel et catholique de la France. Si le Seigneur a permis ce sacrifice de son humble et fidèle prêtre (58 ans de sacerdoce) c’est qu’Il revient sur les autels de France, comme je l’avais demandé à travers saint Martin de Tours… Une petite église de province, une messe avec très peu de personnes pour assemblée, surtout âgées, un prêtre âgé célébrant… Dieu revient sur les autels de France… Le sang du Père Jacques Hamel se mêle à celui du Christ il y a 2000 ans et dont nous faisons mémoire à chaque messe. Le Précieux Sang du Christ présent dans le calice sur l’autel au moment de la transsubstantiation a sanctifié ce prêtre qui s’est donné avec Lui. — Tout prêtre se donne en sacrifice avec le Christ lors de la messe. Et les personnes de l'assemblée avec lui. Chacun y fait l'offrande de soi-même avec le Christ, pour et par le Christ. — Le scandale de la croix, le scandale de la mort de l’innocent a été vécu en communion avec le Christ par ce Père Jacques Hamel.

         Un pèlerinage naîtra à Saint-Étienne du Rouvray. Des conversions se produiront. Des conversions ont déjà commencé par la nouvelle annoncée de cet assassinat.


père jacques hamel, eucharistie, sacré cœur, la france, politique, christianisme,foi,prêtre,sandrine treuillard         Dieu ne peut laisser au hasard cet événement. C’est un mal affreux pour permettre à la Miséricorde Divine d’éclater dans toute sa splendeur. Un geste pédagogique de Dieu intervient au cœur de la monstruosité, au cœur de l’inhumanité pour à nouveau faire saisir la sublimité du geste libre de son Fils de se donner corps et âme pour les âmes, par pur amour. Dieu ayant permis ce geste odieux de l’égorgement de son prêtre nous donne en même temps la mission de rappeler ce qu’est la messe, ce que signifie ce sacrifice d’action de grâce, parfait, de la vie de Jésus offerte, présente dans les saintes Espèces, oui, Jésus ressuscité se rend présent à nous dans cette petite hostie que nous prenons, Il est là et Il se répand en nous quand nous communions à son Corps et à son Sang… Toute la beauté du catholicisme est là, dans la messe. Toute la bonté de Dieu y est. Et nous aussi, nous nous donnons au Seigneur, nous nous mêlons à Lui lors de ce sacrifice d’action de grâce, et nous jouissons de la paix du Christ, nous avons part à sa croix glorieuse et à la joie de pouvoir nous donner nous-même avec Lui, à travers Lui, la joie d’être transfiguré au fond de nous-même, de participer à sa nature divine. Ô Seigneur, donne nous d’expliquer ce que nous vivons à la messe, et que nous ne comprenons pas quand nous le vivons, donne nous de le saisir pour en être de justes témoins et ramener par cette parole du témoignage des âmes à Toi. Oui, fais que le sacrifice du Père Jacques Hamel qui s’est donné à Toi durant 58 ans de sacerdoce jusqu’à cet ultime messe produise beaucoup de fruits dans les âmes, des conversions. Que les personnes reviennent à la source du catholicisme, à la source de leurs racines spirituelles et qu’elles se laissent à nouveau remplir par la Miséricorde Divine qui désire tant retrouver ses Enfants de lumière.

         Merci, eucharistein, Père Jacques Hamel.

         Action de grâce.

         Dieu garde votre âme.

         Vous demeurez dans la Paix du Christ, dorénavant.

         Dorénavant vous contemplez son Visage.

         Vous voyez notre monde du Ciel.

         Et le monde viendra dans l’église de votre sacrifice ultime, dont le patron est le premier martyr, saint Étienne. Dieu va à nouveau parler à nos contemporains et à ceux qui vont suivre, à travers vous. Vous êtes participant du sacrifice parfait. Le Seigneur a fait de vous le docile instrument de son amour. La Passion du Christ jusqu’à la Croix glorieuse va pouvoir être entendue et vue à nouveau en France.

         Oui Seigneur, que ta Volonté se fasse en toutes tes créatures. Que ta Bonté impondérable soit à nouveau reçue !

         Que ton Règne eucharistique arrive.

         Que du Règne de ton Sacré Cœur jaillisse la Lumière !

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgMercredi 27 juillet 2016, Chambre Accueil Jean XXIII
Prieuré Sainte Bathilde, Vanves.
(23h46)

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

 

 

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Sandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique,
Congrégation du Saint Sacrement, Chapelle Corpus Christi,
23, avenue de Friedland, Paris 8.

 

 

Article à retrouver sur les pages enrichies 
La France & le Sacré Cœur
Adoration Saint Martin

 

Père Hamel - L'hommage du Pape il y a deux ans

Il y a deux ans, le père Jacques Hamel était assassiné alors qu'il célébrait la messe en l'église Saint-Etienne du Rouvray.

« C’est un martyr, et les martyrs sont des bienheureux – nous devons le prier. Qu’il nous donne la douceur, la fraternité, la paix. Aussi le courage de dire la vérité: tuer au nom de Dieu est satanique », avait déclaré le Pape François lors d'un hommage en la chapelle Sainte-Marthe le 14 septembre 2016. https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2018-07/pere-hamel-pape-francois-martyr.html#play

 

25.06.2018

La naissance au Ciel du Père Eymard - Ses derniers jours…

Fraternité Eucharistique
23 - 06 - 2018

La Naissance au Ciel
de S. Pierre-Julien Eymard

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Notre Seigneur exige de moi tant de délicatesse
que ce doit être bientôt la fin.


            Cette citation du Père Eymard est rapportée par le frère Albert Tesnière. Elle date du printemps 1868, quelques mois avant sa mort. Le frère Albert était le disciple et le confident du Père Eymard, et sans doute a-t-il reçu cette phrase de la bouche du Père à Paris, au sein de la communauté des religieux du Saint-Sacrement. Cette citation est inscrite sur le vitrail de la chapelle dédiée à S. Pierre-Julien Eymard, à La Mure d’Isère. Le vitrail représente le Père Eymard alité qui va recevoir la communion du P. Chanuet, célébrant sa dernière messe pour lui dans sa chambre à La Mure, rue du Breuil. Au pied du lit, une de ses sœurs de profil, Marianne ou Annette, est agenouillée, le visage dans les mains.


Notre Seigneur exige de moi tant de délicatesse
que ce doit être bientôt la fin.

            Dans cette phrase confiée au jeune frère et confident du Père Eymard, Albert Tesnière, nous percevons la profondeur du lien qui les unissait. En cette année ultime de sa vie, le Père Eymard demandait au frère Albert de l’accompagner dans ses déplacements, pour aller donner des enseignements, par exemple, parce qu’il était très fatigué et avait besoin d’assistance. C’est ainsi que le frère Albert a pris les notes de la prédication avec laquelle nous adorerons Jésus Eucharistie, tout à l’heure. 

            Pour cette dernière rencontre, avant la coupure estivale de la Fraternité Eucharistique jubilaire, nous nous penchons donc sur la fin de vie de saint Pierre-Julien. Si tout au long de sa vie nous pouvons lire les moments et les attitudes eucharistiques du Père Eymard, dans ses lettres, ses notes de retraites personnelles, nous percevons cette attitude eucharistique d’autant plus à l’approche de son enciellement, sous le regard du frère Tesnière et le témoignage de ceux qui l’ont assisté jusqu’à son agonie et son dernier souffle.

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            Avant de vous emmener quelques mois avant la mort de Pierre-Julien, permettez-moi de vous faire part de ce message reçu jeudi dernier, alors que je préparais cet exposé. C’est une amie carmélite à Nevers qui m’a envoyé ce mail, dont j’extrais ces mots pour éclairer ce que signifie ‘être un homme ou une femme eucharistique’ en fin de vie. 

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            Nous lirons tout à l’heure le passage où le frère Albert nous fait part du témoignage de Mlle Thomas, la garde malade qui accompagna le Père Eymard dans ses derniers instants.


Les derniers mois du Père Eymard

(Tout au long de cet exposé je m’appuie sur la biographie du P. André Guitton, sss,
Saint Pierre-Julien Eymard - L’Apôtre de l’Eucharistie)

CouvLl'ApôtreDeL'Eucharistie.jpg            Pierre-Julien Eymard était né à la Mure d’Isère le 4 février 1811, et il retourna y mourir le 1er août 1868, à l’âge de 57 ans.

            Avant la lecture proprement dite des morceaux choisis dans le livret Les derniers jours de S. Pierre-Julien Eymard — écrit en 1869 par le frère Albert Tesnière qui fut son disciple, son confident et témoin direct de ses derniers jours — nous allons revenir à ses dernières activités de prédicateurs.

            Début mai 1868, sans doute le 2, le Père Eymard revient d’une retraite qu’il a prêchée au noviciat de la Congrégation du Saint-Sacrement, à Saint-Maurice, en Essonne. C’est là qu’il donna le titre de « Notre-Dame du Saint-Sacrement » à la Vierge. [J’ouvre ici une parenthèse pour préciser que ce titre à pour origine celui que le P. Jules Chevrier donna à Notre-Dame du Sacré-Cœur. Le P. Eymard avait vu des imprimés avec ce titre Notre-Dame du Sacré-Cœur, envoyés par les pères du Sacré-Cœur d’Issoudun, pour en répandre la dévotion. C’est le frère Paul Maréchal, alors novice à Saint-Maurice et qui avait suivi la dernière retraite du Père Eymard, qui en rapporta le témoignage. Ce frère conclut dans sa déposition au Procès ordinaire de Paris dans la somme (Summarium) pour l’introduction de la cause de béatification du Père : « Le Père Eymard mourut deux mois après. »]

            De retour de Saint-Maurice où il a prêché cette retraite, le Père en commence une autre, du 4 au 9 mai, à Vaugirard, pour les Frères de Saint-Vincent de Paul. Il était tenu par une promesse faite au supérieur général de prêcher cette retraite annuelle. Le Père étant fatigué demanda au jeune frère Albert Tesnière (22 ans) de l’accompagner. Celui-ci pris les notes de cette retraite (PA 10, 1-24), la dernière que le P. Eymard prêcha à des religieux. Durant les 5 jours de cette retraite il donnait trois instructions par jour, plus un sermon de professions le 6ème jour, le samedi matin.

St Pierre-Julien Eymard malade.jpg            À cheval sur cette retraite, le Père Eymard accepta de donner le soir, du 6 au 8 mai, le triduum de l’Adoration perpétuelle dans la chapelle des Bénédictines du Saint-Sacrement, rue Monsieur. « Prédication lumineuse et fervente » selon les mots du P. André Guitton dans la biographie du Saint. « Le frère Tesnière qui l’accompagnait rapporte qu’il revenait exténué à sa communauté », au 112 boulevard Montparnasse, tout près de Notre-Dame des Champs.

            À Paris, il profite de ce temps pour mettre à jour sa correspondance. Par deux fois en mai il se rend à Saint-Maurice pour se reposer.

     Il donne une instruction sur le sacerdoce le jour de la première messe d’un prêtre, le 7 juin. Le 11 juin, en la Fête-Dieu, le sermon aux Vêpres à Notre-Dame-des-Victoires. Les 26 et 27 juin il préparait 37 jeunes à leur première communion. Le dimanche 28 juin il préside cette célébration, mais, à cause de la fatigue, il dut céder la place à un confrère.

            Le lendemain, 29 juin, il part pour Angers pour la bénédiction de la première pierre de la chapelle de la Congrégation du Saint-Sacrement. La célébration eut lieu le 30 juin, présidée par Mgr Angebault. Malgré sa fatigue extrême le P. Eymard voulut rendre visite à ses filles, les Servantes du Saint-Sacrement d’Angers. Il leur donna une dernière exhortation (PS 642,6), et se rendit à la chapelle pour donner la bénédiction du Saint Sacrement. Puis il rentra à Paris.

Pierre Fourier Peint:Cuivre Musée Lorrain.jpg            Épuisé, « il subit une attaque qui paralysa presque entièrement son bras gauche. Mais il avait promis aux religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de s’associer à la fête de leur fondateur, le bienheureux Pierre Fourier. Le 7 juillet, avec l’aide du frère Tesnière, il se rendit à l’Abbaye-aux-bois » et donna cette prédication, dont nous méditerons le texte tout à l’heure, pendant l’heure d’adoration. « Pendant une heure, il tint son auditoire sous le charme de sa parole de feu » (André Guitton). Et vous verrez qu’on pense immanquablement au Père Eymard lui-même quand il évoque la sainteté du Bienheureux Pierre Fourier ! « Ce fut la dernière prédication qu’il donna en dehors de sa communauté. »

            Le 9 juillet, il parla sur la foi et en fit l’application à l’Eucharistie, au sein de sa communauté pour le sermon du jeudi soir (Croire à l’Eucharistie, PP 66,3).           

            Le 16 juillet 1868 fut son ultime instruction : La foi à l’Eucharistie (PP 67,3), où il poursuivit sa méditation sur le chapitre 6 de l’Évangile de saint Jean, dont il portait toujours un exemplaire sur son cœur. 

            Le 17 juillet au matin, au bord de l’épuisement et sous les conseils de son médecin qui le décida à partir se reposer en famille, il partit pour la Mure. Le Père Eymard pensait aussi retourner au Laus, tranquillement, reprendre des forces. Il avait même autorisé le frère Albert à venir le rejoindre dans ce sanctuaire béni. Il était conscient de sa faiblesse et de l’imminence de sa mort. « Notre Seigneur exige de moi tant de délicatesse que ce doit être bientôt la fin » avait-il dit au printemps de 1868, propos rapporté par le frère Albert.

Marguerite Guillot.jpg            Mais il n’alla pas directement à la Mure. Il passa rendre visite à Marguerite Guillot, la supérieure des Servantes du Saint-Sacrement d’Angers, qui était en cure thermale à Vichy. Il était question de créer une communauté féminine à Lyon, et il voulait s’en entretenir avec elle. Il resta 2 jours avec elle, jusqu’à sa fête le 20 juillet. Il était rendu à Lyon le soir même, dans un hôtel près de Perrache.

            Le lendemain matin il prit le premier train pour Grenoble où il arriva vers 9 heures. Il était encore à jeun et n’avait pas encore dit sa messe. Avec son ami l’abbé Bard, avec lequel il allait rejoindre La Mure dans l’après-midi, ils allèrent réserver leur voiture. Puis, le P. Eymard se rendit à la chapelle de l’Adoration, tenue par les missionnaires de La Salette. Il était près de 11 heures. Il demanda à célébrer la messe. Visiblement si fatigué, le Père missionnaire voulu l’en dissuader. Mais le P. Eymard insista et le missionnaire resta pour l’accompagner. Ce fut sa dernière messe. Le P. Archier raconta par la suite : « Je le reçus presque dans mes bras lorsqu’il quitta le saint autel. Je lui donnai un peu de chartreuse. »
(P . Archier, récit dans R. Ullens, Devant la mort, le bienheureux Pierre-Julien Eymard, Montréal 1950, p.20)

            De la biographie du P. André Guitton :

  Le P. Eymard dut renoncer à son rendez-vous au restaurant : il était si faible qu’il pouvait à peine se tenir debout. Il ne voulut rien prendre, il se reposa en attendant le départ de la diligence. Le P. Archier tenta de le dissuader de prendre la route et l’invita à demeurer quelques jours. Mais en vain. Vers 1 heure et demie, le Père se leva. À peine accepta-t-il un peu de nourriture et il rejoignit l’abbé Bard à la Porte de Bonne, lieu de départ de la voiture de La Mure. Avec son compagnon, il prit le coupé à l’avant et dans la chaleur étouffante de la canicule, il quitta Grenoble pour La Mure. Le voyage fut harassant. Selon le témoignage de son compagnon, « le Père devenait taciturne, ne répondait que par des monosyllabes. À chaque relais cependant il descendait, prenait un peu l’air, quelques rafraîchissements et remontait seul en voiture avec assez de vigueur » (Tesnière, AGRSS, Rome, 0 1, PP. 337-374). L’abbé Bard le quitta à Villard, non sans recommander au cocher de veiller sur le Père Julien. Vers 8 heures du soir, la diligence arrivait chez Pelloux à La Mure. Personne ne l’attendait.

    « Quand je serai à Grenoble, avait-il écrit de Vichy à ses sœurs, je vous enverrai une dépêche pour vous annoncer mon arrivée à La Mure » (À Marianne Eymard, 19 juillet 1868, CO 2209). Ses sœurs n’avaient rien reçu. Alertées, elles arrivèrent immédiatement, Annette Bernard d’abord. Le Père l’embrassa, mais il ne dit pas un mot, il oubliait même son chapeau dans la voiture. Puis survint Marianne. Pas un mot non plus. Arrivés à la maison, toute proche, il rédigea avec peine un télégramme à l’adresse de la communauté de Paris sans doute, mais dont seules la date et la signature sont lisibles. On le conduisit dans sa chambre au second étage et il se mit au lit. On était loin de soupçonner la gravité de son état, et lui-même ne pouvait rien demander. « Nous pensions que ce serait une fatigue comme il en avait tant éprouvé de fois », devait confesser naïvement par la suite Annette. En réalité, il avait été victime d’une congestion cérébrale. Le voyage et la chaleur n’avaient pu qu’aggraver son état : il était aphasique.

 
Les derniers jours de S. Pierre-Julien Eymard

(Édition du Centre de spiritualité "Eymard", La Mure d'Isère, 2018)

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Mercredi 29 juillet 1868

Le matin avant d’aller à la Messe je dis au Père : « Oh ! ce qui vous manque, mon Père, c’est N. Seigneur. Je vais écrire à Monseigneur de permettre à un des prêtres habitués de La Mure de venir vous dire la Messe. » Il sourit mais fit un signe négatif. Peut-être prévoyait-il l’arrivée du père Chanuet.

Le Père se leva encore pour faire son lit. Il voulut changer de linge tout seul et pour cela resta debout sur son tapis. Je ne pouvais le laisser ainsi. Je craignais qu’il ne tombât. Il se changea donc et comme je jetais un rapide regard pour voir s’il ne faisait pas signe de l’aider, j’acquis de visu la certitude de ses macérations sanglantes.

Dans la matinée le Père fut plus gai. Il parlait un peu plus facilement. Nous nous mîmes à table. Il nous fit signe de mettre son couvert et un fauteuil à sa place et pendant que nous mangions il arriva bravement, s’assit et mangea un petit peu de poisson et de raisin. Il nous regardait manger en souriant. Il resta à table un quart d’heure à peu près. Le Père avait pris un peu de pain, il en mangea un peu. Il lui en restait une bouchée dans la main. Sa sœur voulut la lui prendre. Il refusa et me la laissa prendre. C’est la dernière fois que l’enfant reçut le pain des mains du Père de famille.

Le reste de la journée fut très calme. Le Père put traiter quelques affaires. Je lui lisais des lettres, il me disait la réponse en quelques mots.

Nemours revint le poursuivre. Il reçut aussi une lettre pénible de f… Mais dit-il, il n’y a rien à faire.

Ainsi la tribulation l’attaquait encore à son lit de mort. Il reçut une dépêche du père de Cuers demandant s’il fallait venir. Non, me répondit le Père à deux fois. D’autres, les jours suivants, firent la même demande et reçurent la même réponse. Le Père voulait mourir simplement et faire cette action avec la simplicité d’un acte de service Eucharistique comme les autres.

Le soir le Père fut plus agité. Le père Chanuet arriva avec Mlle Thomas qui a soigné le Père sans le quitter et a reçu son dernier soupir. 

Le Père était trop fatigué pour parler. Ce n’est que le lendemain qu’il adresse la parole eu père Chanuet.

Je veillai le Père jusqu’à une heure. La nuit fut très pénible. À un moment le Père eut un râle effrayant à entendre, et plus effrayant à moi. Sa poitrine se soulevait bruyamment. Il respirait avec effort et par saccades. Il était étendu sur le dos pâle comme un mort. Les narines s’étaient retirées et contractées. La bouche était violemment serrée. La sueur ruisselait sur son visage, cela dura plus d’une demi-heure (je crois). Je m’approchai. Je ne savais quel parti prendre, je priai. Enfin le bruit cessa et le Père resta assoupi jusqu’à l’heure où je le quittai pour aller reposer. 

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Jeudi 30 juillet

P Chanuet célèbre dernière messe au P Eymard.jpegDès le matin on installa dans la chambre tout ce qu’il fallait pour dire la Messe. Le père Chanuet n’avait pu obtenir de Monseigneur de Grenoble la permission que pour une fois la semaine. L’autel était dressé sur la commode en vue du Père qui put suivre la Messe, quelques personnes y assistèrent. Le Père communia. Pendant l’action de grâce il me fit signe de lui donner à boire le vin qui restait dans la burette avec l’eau du sacrifice. Sa figure était radieuse de paix et de calme. Je m’approchai et l’embrassai. C’était la première fois depuis mon arrivée. Après l’action de grâces le père Chanuet vint au pied du lit et le Père lui dit assez distinctement : « Vous êtes bien drôles d’être venus. Pour quoi faire ? - Eh bien, mon Père, ne le méritez-vous pas. - Ah ! bah ! dit le Père ! » Et le père Chanuet de reprendre : « Vous alliez bien voir les autres, vous mon Père ! » Le Père se tut, content de cette raison.

Il parla quelques minutes avec Mlle Thomas, lui demanda des détails minutieux sur les affaires d’une succession qui l’embarrassaient. Ce qui prouve sa grande présence d’esprit.

Vers neuf heures je lui demandais de lui passer autour du corps une ceinture de soie qui avait servi à revêtir sa chère Notre-Dame du Laus. Il voulut bien et me dit : « C’est pour elle (ou à elle) que je l’offre (ou que je souffre) ». La difficulté que le Père avait de s’exprimer m’empêcha de saisir laquelle des deux phrases il prononça, mais leur sens est identique. (Il mourut avec cette ceinture autour du corps. N.-Dame du Laus avait été son premier désir, son premier amour. Elle vint occuper sa dernière pensée. Je l’avais passée moi-même. Après la mort, Mlle Thomas la prit et me la donna). Je lui demandai alors s’il ne voulait pas que j’allasse demander sa guérison à Notre-Dame de La Salette. Une neuvaine de messes s’y terminait le lendemain. Il me dit : « Oui, je veux bien ». – J’obtiendrai votre guérison, mon Père. – « Je veux bien ». Au moment de partir vers onze heures il me dit : « Restez demain, samedi et dimanche ». – C’est trop, lui dis-je, je veux vous revoir avant. « Eh bien ! revenez samedi ». Je me mis à genoux. Le Père me bénit. Il me fit sur le front avec sa main une croix. Et je partis croyant bien le revoir plein de santé – hélas !

Pour montrer comment le Père pensait à tout il voulut que je prisse son parapluie. Il ne put venir à bout de dire ce mot. Il me montrait du doigt le fond de sa chambre et me disait : Prenez mon… mon… Et moi qui ne pouvais, par le beau temps qu’il faisait, songer à un parapluie, je désignai tous les objets. Le Père disait : non, avec un petit air aimable et agacé. Il souriait de son impuissance. Mais pour nous quelle souffrance de voir muette cette bouche toujours ouverte pour annoncer Notre Seigneur ! ou pour dire une parole d’affection ou de bienveillance.

Je partis. Depuis ce temps jusqu’à sa mort il s’est écoulé 50 heures. Je serais revenu plus tôt de La Salette. Mais j’attendais une personne qui devait y arriver le vendredi soir à 2 heures et me donner des nouvelles du Père. Elle n’arriva pas, je résolus de l’attendre. Au fond du cœur je croyais invinciblement que le Père guérirait vite et bien. Je le croyais et ma conscience me faisait verser d’avance des larmes de reconnaissance. Hélas ! Notre Seigneur ne l’a pas voulu ! J’ai toujours regardé cette absence comme une punition de mes péchés. Oui, Seigneur, vous jugez toutes choses avec équité. Je vous remercie de la faveur inestimable d’avoir vu mon Père dans ses derniers jours, de l’avoir soigné, d’avoir vu un saint sous le coup de la douleur, laissant une œuvre à peine établie, sans regrets, sans récriminations, mourant parce que vous jugiez à propos qu’il mourut, ne se croyant pas nécessaire une minute de plus que vous le vouliez, allant à la mort comme à l’adoration, ne voulant rien dire pour plus tard afin de vous laisser à vous, seul maître, seule personnalité dans la Société, votre pleine liberté de direction, votre autocratie ! O ! quel spectacle. Et peut-être aussi, Seigneur, que vous m’avez éloigné de peur que je ne forçasse, par mes instances toujours écoutées dans ces matières-là, notre Père à parler. Tout ce que vous avez fait est bien, et mieux que tout ce qui aurait pu être.

Les deux lettres ci-jointes donnent les détails sur les deux derniers jours Jeudi et Vendredi. La dernière a été écrite vendredi vers trois ou quatre heures. On y remarquera cette annonce de sa mort faite par le Père à une personne de La Salette. Elle m’a été confirmée en ces termes par la personne elle-même : « Le Père m’a dit : Eh ! bien c’est la fin ». Je ne veux pas juger de l’autorité de cette personne à se faire croire. Ce n’est que plus tard que l’on pourra obtenir là-dessus des données certaines.

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Vendredi 31 et Samedi 1er août

Alcove P Eymard.jpegLa lettre de Mlle Thomas indique que la nuit a été assez calme. Mais que l’affaiblissement augmen-te et que là est le grand danger. En effet le Père ne pouvait plus, usé comme il l’était, lutter contre la maladie.

Le père Chanuet dit la messe le matin.

Deux fois dans la journée il lui parla de l’extrême-onction. Le Père dit : non, pas maintenant.

Le Père se lève pour laisser faire son lit. La nuit on lui a posé un emplâtre sur le cou. Le soir Mlle Thomas veille sur le Père. Vers minuit elle était dans la chambre. Les rideaux du lit placé dans une alcôve étaient entr’ouverts. Une petite veilleuse placée sur la cheminée éclairait l’appartement. Mlle Thomas, regardant le Père, le voit fixer attentivement les yeux vers le pied de son lit du côté du mur. Il souriait, ses yeux s’animaient. Il paraissait singulièrement heureux. Elle regarde et aperçoit dans un nimbe d’une lumière douce comme la lumière de la lune, des plis de robe. Comme elle est loin d’être portée au merveilleux, elle prend la lampe, la change de place, la cache afin de bien s’assurer que ce n’est pas une réfraction de sa lumière : le nimbe lumineux persiste. Le Père regardait toujours, toujours plus souriant. Il avait l’air de remercier. Ces plis, m’a dit Mlle Thomas, étaient ceux d’une robe pendante. Ils pouvaient avoir un mètre de haut. Et le nimbe entier tenait depuis le lit jusqu’au plafond. Elle n’a pas vu de traits, pas de figure. Elle m’a attesté cela. Et tous ceux qui ont connu son instruction, son caractère énergique, son cœur viril, savent qu’elle n’était pas portée aux visions. 

Elle croyait intimement que c’était la Ste Vierge qui venait avertir le Père. Cette croyance, loin de s’éteindre, n’a fait jusqu’à sa mort qu’augmenter chez elle. Mlle Thomas envoie aussitôt chercher le père Chanuet qui logeait dans une maison voisine. Le Père accepte volontiers cette fois d’être administré. Le père Chanuet lui apporte les Saintes Huiles. Le Père s’unit à toutes les prières, suit toutes les cérémonies. Il était 2 heures du matin.

La faiblesse allait toujours croissant. Les idées toujours parfaitement claires. À sept heures le père Chanuet dit au Père qu’il allait lui chercher la Communion. Le Père ne sembla pas content. Il aurait voulu la Messe. Le père Chanuet craignit d’aller contre sa conscience et le Père se soumit à ce nouveau sacrifice. Il reçut son viatique. C’était sept heures avant de partir !

Après la Communion, le Père se leva encore pour laisser faire son lit. À dix heures, il embrassa sa sœur et lui dit : « Eh bien sœur, adieu c’est la fin ! » Vers onze heures, les sinapismes appliqués et promenés sur les jambes ne prenaient déjà plus. La vie s’en allait peu à peu. Le sang se réfugiait des extrémités vers le cœur. Chez le Père surtout, et plus peut-être qu’en aucun autre, le cœur avait été la vie. La vie s’y réfugiait à ce moment suprême comme dans un dernier retranchement.

À midi, on crut que tout était fini. Une syncope fit craindre la mort. Elle dura quelques minutes. Le père Chanuet récita alors au Père des prières des mourants. Le Père s’y unissait.

Tous ceux qui étaient présents vinrent s’agenouiller au pied du lit. Le Père les bénit les uns après les autres. Quand il eut fini, il cherchait encore quelqu’un, il regardait de côté et d’autre et semblait appeler. Puis il rentra dans le repos. – Mlle Thomas a cru toujours que c’était moi que le Père cherchait. Il me croyait sans doute de retour, ou ne se souvenait plus de m’avoir envoyé à La Salette.

Vers deux heures, le père Chanuet alla au télégraphe. Quelques signes de plus grand abattement ne trompèrent pas Mlle Thomas. Elle fit courir après elle le père Chanuet. Le Père voulut expectorer une glaire. Mlle Thomas le souleva un peu sur l’oreiller. La respiration lui manqua. C’était fini. Il retomba sans vie ou plutôt il s’endormit doucement. De sa main il cherchait l’envers de son mouchoir afin de cracher. Ses yeux étaient demeurés fixés sur un tableau du crucifiement. Le père Chanuet était arrivé quelques secondes avant et avait eu le temps de donner au Père, de la porte de la chambre, la dernière bénédiction in articulo mortis. Il était environ deux heures et demie. J’ai oublié de dire que vers midi, quand on récitait au Père les prières des mourants, il avait paru un peu fatigué. Mlle Thomas lui montra alors une image du Sacré-Cœur avec les litanies lui demandant s’il voulait qu’on les récitât. Oui, fit le Père et il suivit toutes les invocations avec un intérêt et une piété soutenus. Ce fut sa dernière prière ici-bas. – Un jour le Père m’avait dit : « Ah ! la dévotion au Sacré-Cœur je lui dois tout, elle m’a sauvé ». Et Jésus venait offrir la vue de son Cœur à ce cher mourant pour lui faciliter le passage et le lui faire faire dans cette nacelle assurée contre le naufrage ! C’est le samedi 1er août à 2 heures 1/2 que le Père s’est éteint dans le Seigneur. C’était la fête de St Pierre-ès-liens son patron et l’heure des premières Vêpres de Notre-Dame des Anges.

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Après le premier moment de la douleur, on songea à exposer le Père et à le revêtir. Ce fut Mlle Thomas et Mme Gras qui se chargèrent de ce douloureux office. 

Le Père fut revêtu de sa soutane, de l’aube, du cordon et de l’étole noire. Il avait aux pieds ses bas et ses souliers à boucles. On l’étendit ainsi sur son lit et, le bruit s’étant répandu dans la ville, la chambre commença à se remplir de visiteurs, les larmes aux yeux, qui venaient contempler ce Père vénéré et moins prier pour lui que se recommander à ses prières.

Mais puisque ces souvenirs sont surtout faits pour moi, je vais y noter quelques faits sans importance mais dont j’ai été frappé après l’événement.

De la messe qui termina la neuvaine à La Salette, je crus très certainement que le Père guérirait. Je faisais l’action de grâces à Marie plus que je ne lui demandais la faveur tant souhaitée. 

Il y avait, à La Salette, un vénérable pèlerin dans le genre du Benoît Labre en universelle vénération. Je lui demandais la guérison du Père sans lui dire la gravité exacte de sa maladie. Sa réponse fut celle-ci : « Ah ! Monsieur, quand le bon Dieu a résolu de rappeler quelqu’un à Lui, les prières n’y font plus rien ». Mais, lui dis-je, c’est un saint dont Notre Seigneur a besoin, l’Église et la Société aussi. « Dans ce cas, me répondit le vieillard comme pour me consoler, Dieu le conservera peut-être ». – Je ne fis pas grande attention à ces paroles. Le soir à l’instruction du vendredi, le père Pons prêchant sur St Pierre-ès-liens dit : « St Pierre paraissait bien nécessaire à l’Église naissante et cependant Dieu le tenait en prison. C’est que personne n’est nécessaire à Dieu ». Enfin le samedi, inquiet de ne voir personne venir de la Mure, j’étais hésitant si je devais rester ou repartir. Vers 1 heure et demie on arriva. Le Père, me dit-on, n’est pas mieux, repartez. – Je ne le croyais pas. Peut-être, me dis-je, quand la personne a quitté la Mure cela était vrai, mais depuis, Marie a certainement guéri le Père. Je le crois sans hésitation, ceci n’est qu’une épreuve de ma foi.

Statuette ND Salette P Eymard.jpegCependant je me décidai à partir. Vers deux heures j’allais dire adieu à Notre Seigneur. Je fis un acte de soumission à Notre Seigneur dont je ne me rendis pas compte, mais qui m’arracha un cri assez fort avec une douleur profonde. De la chapelle, je vais au lieu de l’apparition. Là, je ne me sens nullement porté à demander la guérison du Père. Mais saisi d’une paix suave, douce, d’un calme incroyable regardant les cieux, je dis dans mon cœur, sans prononcer extérieurement une seule parole : « Eh ! bien, quand vous partiriez, Père, cela ne vous vaudrait-il pas mieux ? N’avez-vous pas assez souffert ! Ah ! que vous seriez heureux d’être uni à votre Jésus ». Ce sentiment me remplit de joie intérieure et je partis sans y attacher d’importance. Il était deux heures passées à l’horloge de l’église. À quelques minutes de là, le Père se mourait. Tout le long du chemin je ruminais ce que je devais demander au Père, car j’étais persuadé que je le reverrais. Je portais des croix à indulgencier pour 16 francs. Cependant le ciel me paraissait plus beau qu’à l’ordinaire. Je ne suis pas poète, ni rêveur. Je le regardais et me disais : Mais que se passe-t-il donc au Ciel ? Quel triomphe y a-t-il donc ! que le Ciel est beau, puis pensant de nouveau au Père je songeais à ce que je lui dirais, aux moyens de le sauver, etc.

Ste Chantal savait la maladie de St François. Elle était à Grenoble. Le St se mourait à Lyon. Notre Seigneur lui dit dans l’oraison : « Ma fille, ton père ne vit plus dans ce monde » et la Sainte de répondre : « Oh non, mon Dieu, je sais qu’il est si mortifié que tout est mort pour lui et qu’il ne vit plus que pour vous ». Ce fait, que j’ai lu après, m’a expliqué comment, malgré tous ces avertissements intérieurs, je croyais toujours le Père en vie. 

Cependant j’avais pris un express. Une heure avant d’arriver à la Mure, à Pont-Haut, un homme m’arrête et me dit : « Le Père Julien est mort tantôt !!!! »

Quand j’arrivai près du Père, il était neuf heures du soir. Le Docteur Douillard était venu, mais trop tard, de Paris.

Je me précipitai sur mon Père et l’embrassai avec frénésie. Eh ! quoi, Père, vous êtes mort sans m’appeler pour recueillir une dernière bénédiction !

Je ne cessai d’embrasser ce visage vénéré. Les yeux étaient ouverts et aussi animés qu’aux plus beaux jours des fêtes de Notre Seigneur.

Pendant sa vie, même quand le Père était content, son regard conservait toujours un certain voile de mélancolie. Ici, plus rien. La paix, la paix souriante. Ses lèvres souriaient. Il me regardait au point que par deux ou trois fois je lui dis : « Mais riez donc, parlez donc, Père, vous n’êtes pas mort, ce n’est pas possible ! » Ce regard limpide, souriant et animé, dura jusque vers minuit. À cette heure le Père prit la figure qu’il a conservée jusqu’à sa sépulture. Son regard était toujours calme, ses yeux doucement ouverts, mais sans cette vie qui avait tant frappé les assistants durant les premières heures. Ce qui faisait le caractère de sa physionomie, c’était le calme, la paix, paix d’en haut que rien ne trouble plus.

Je passai la nuit au pied du lit de mon Père. Dieu sait quelles recommandations je lui fis. Je n’oubliai aucun de mes frères. Je sentais quel sacrifice N. S. demandait d’eux.

Les pénitents disaient l’office des morts. 

 

Stèle P Eymard.jpegLa journée du 2 août est ensuite relatée, avec la foule des gens affluant pour voir le Saint de La Mure avant ses funérailles, rue du Breuil. Je vous invite à le lire par vous-mêmes dans le livret (disponible au 23 avenue de Friedland, Paris 8, Chapelle Corpus Christi, Église du Saint-Sacrement, et au Centre Spirituel "Eymard" de La Mure). 

Nous pouvons maintenant partager sur ce que signifie ‘être un homme, une femme eucharistique’ à la lumière de l’exemple du P. Eymard.

Nous ferons une pause avant de reprendre à 16h l’adoration eucharistique animée avec un texte du Père Eymard : la prédication sur la sainteté qu’il donna trois semaines plus tôt et qui est comme, en creux, entre les lignes du texte, un autoportrait de sa vie de fondateur.

 

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Le tombeau du Père est traditionnellement situé à Paris, au 23 avenue de Friedland (8ème). Son gisant de cire occupe la châsse qui fut celle du bienheureux Curé d'Ars, que la Congrégation du Saint-Sacrement a rachetée au pris de 1000 francs de l'époque, en 1925, quand Jean-Marie Vianney a été canonisé et le P. Eymard déclaré bienheureux. On peut toujours vénérer ses reliques sises sous la châsse.

 

Logo sss NEUF.jpgSandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique
rattachée à la Chapelle Corpus Christi, Paris 8

23 juin 2018

 

 

Adorons Jésus Eucharistie avec la dernière prédication
sur la sainteté du P. Eymard : PDF

Adorons Jésus Eucharistie.jpg

Les trois photographies de la catéchèse, Chapelle Corpus Christi,
23 avenue de Friedland, samedi 23 juin 2018 : ©Anthony Loi


Retrouvez l'ensemble de la catéchèse eucharistique du semestre sur ce lien :
Fraternité Eucharistique Corpus Christi #JubiléPJEymard2018
L’IDEAL DU CÉNACLE Comprendre l’Eucharistie dans sa totalité
avec st Pierre-Julien Eymard

14.05.2018

Adorateurs en esprit & vérité avec Notre-Dame du Saint-Sacrement - #JubiléPJEymard2018

Fraternité Eucharistique
12 - 05 - 2018
Adorateurs en esprit & vérité 12 mai.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’influence de la Vierge Marie
dans la vie de S. Pierre-Julien Eymard
 

            Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868) a été ordonné prêtre en 1834, à Grenoble, à l’âge de 23 ans. Après avoir été prêtre diocésain et curé à Monteynard, il devient religieux Mariste, à Lyon, à l’âge de 28 ans.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelDepuis son enfance, la Vierge Marie tient une place importante de Conseillère dans sa vocation sacerdotale & religieuse, et dans son cheminement jusqu’à fonder une Congré-gation centrée sur l’Eucharistie.

Il fréquente le sanc-tuaire de Notre-Dame du Laus dès ses 11 ans où il parcourt les 80 km depuis La Mure d’Isère, seul, à pied, mendiant son pain. Il y retournera à ses 13 ans où il fera sa première confession et rencontrera le P. Touche qui l’encouragera à suivre sa vocation sacerdotale, à apprendre le latin, et à communier chaque dimanche.

            À 17 ans, Pierre-Julien apprend par hasard la mort de sa mère, survenue le 5 août 1828. Il est alors pendant une année volontaire à l’hospice Saint-Robert, près de Grenoble, afin d’aider l’aumônier, en échange de leçons de latin, pour devenir prêtre.

            À 18 ans, Pierre-Julien commence son noviciat chez les Oblats missionnaires de Marie Immaculée, à Marseille. Mais il contracte une pleurésie, on le ‘rapatrie’ à La Mure chez son père. On va jusqu’à sonner la cloche des agonisants… Mais il revient à la vie et sa convalescence durera une année.

            Quand il a 20 ans, le père de Pierre-Julien décède. Il peut alors entrer au Grand Séminaire de Grenoble introduit par Eugène de Mazenod le fondateur des Oblats de Marie Immaculée.

            Contemporain de la vision de Maximin et Mélanie à Notre-Dame de La Salette, le 19 septembre 1846, il sera un défenseur de l’authenticité de la vision et un visiteur assidu du sanctuaire. Il accompagnera aussi Maximin jusqu’à le confier à une famille amie, les Jordan, dans les Yvelines.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelÀ chaque étape de sa vie, il a su reconnaître l’influ-ence de Marie. C’est seulement en 1858, après avoir fondé en 1856 les Religieux du Saint-Sacrement, et en fondant les Servan-tes du Saint-Sacre-ment, qu’il encoura-ge et approuve le culte que ses fils rendent à Marie, sous le vocable : Notre-Dame du Saint-Sacrement.

L’année de sa mort, en 1868, il ouvre ainsi le mois de Marie dans le premier noviciat de la Congrégation, à Saint-Maurice, dans l’Essonne :

« Eh bien ! nous honorerons Marie sous le vocable de
Notre-Dame du Très Saint Sacrement,
Mère et Modèle des adorateurs,
priez pour nous qui avons recours à vous. »
(PS 317,2)

            Il célèbrera sa dernière messe à Grenoble, dans la chapelle des Missionnaires de La Salette. Et, à La Mure d’Isère, son village natal, pendant son agonie, suite à un accident cérébral et épuisé, il quittera ce monde avec une vision de la Vierge Immaculée, une statuette de Notre-Dame de La Salette entre les mains.


            Dans La Grande Retraite de Rome, en 1865, trois ans avant sa mort, il médite à plusieurs reprises sur les Mystères de l’Incarnation et la Vie de Marie en l’Incarnation, les attitudes intérieures de Marie tout au long de la vie de son Fils, jusqu’à Marie adoratrice du Verbe incarné en l’Incarnation, avec 4 actes d’adoration : l’humilité, la joyeuse reconnaissance, le dévouement et la compassion. Ce sera l’objet de la Neuvaine à Notre-Dame du Saint-Sacrement qui se déroulera avec le réseau social Hozana, du 26 mai au 3 juin prochain, jour de la Solennité du Saint Sacrement.

            On le comprend donc, la présence de Marie est fondamentale dans toute la vie du Père Eymard. Elle a le rôle qu’elle tient déjà dans les Évangiles :

Servante du Seigneur, elle s’offre elle-même en le servant, en accueillant le Verbe fait chair en elle ;

— Elle indique son Fils, aux noces de Cana, pour qu’il manifeste la puissance de Dieu dont il est investi ;

Médiatrice, elle portera dans la prière les enfants de Dieu à son Fils, Mère de l’Église dont elle reçoit la tâche au pied de la croix.

— Rôle de co-rédemptrice aussi, même si ce n’est pas le mot que le P. Eymard emploie pour désigner la part active qu’à la Vierge dans l’économie du Salut ;

— Et surtout, Reine du Cénacle, qui reçoit l’Esprit Saint à la Pentecôte avec les disciples, Adoratrice du Christ ressuscité présent au saint Sacrement.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocel            Voilà pour l’introduction à Notre-Dame du Saint-Sacrement que la congrégation fête demain, le 13 mai. C’est le jour anniversaire où le Père Eymard, en compagnie de son premier compagnon, le P. Raymond de Cuers, a reçu de l’archevêque de Paris d’alors, Mgr Dominique Sibour, la bénédiction pour fonder la première communauté des Religieux du Saint-Sacrement. La mission première de la congrégation est d’adorer et de faire adorer le Saint Sacrement, avec l’œuvre de la première communion des adultes et des enfants en milieux ouvriers dans les faubourgs pauvres de la capitale (Faubourg Saint-Jacques).
 

 

            Mais que signifie « adorer et faire adorer le saint Sacrement » ? Pour répondre, entrons dans le Mystère de l’Incarnation du Verbe, par cette citation du prologue de l’Évangile de saint Jean :

Jean 1,14 (Prologue)

14 Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire,
la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
 


            L’angelus est une prière en l’honneur de l’incarnation du Christ, que je vous invite à prier ensemble pour se mettre en présence de Marie & de Jésus son Fils :

V/. L’Ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie,
R/. Et elle conçu du saint-Esprit.
Je vous salue Marie ...

V/. Voici la servante du Seigneur,
R/. qu’il me soit fait selon votre parole.
Je vous salue Marie ...

V/. Et le Verbe s’est fait chair,
R/. et il a habité parmi nous.
Je vous salue Marie ...

V/. Priez pour nous, sainte mère de Dieu,
R/. Afin que nous soyons rendu dignes des promesses de notre Seigneur Jésus-Christ.

PRIONS : Que ta grâce Seigneur notre Père se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus-Christ, Notre Seigneur, qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint Esprit maintenant et dans les siècles des siècles. Amen

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            Nous allons donc développer au cours de cet exposé ce que signifie « adorer en esprit & vérité ». Permettez-moi, tout d’abord, de baliser ce que j’ai à vous dévoiler par trois courts extraits du Projet de Vie de la Fraternité Eucharistique — l’Agrégation du Saint-Sacrement, la branche laïque de la Congrégation — à laquelle j’appartiens, ayant fait ma Promesse d’engagement il y a bientôt 2 ans (le 3 juin 2016).

1 — À l’article Avec Marie, il est écrit :st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard

Avec Marie

La Vierge Marie
Mère de Jésus et Mère de l’Église,
est le modèle irremplaçable
de la vie eucharistique.
Elle a partagé la vie des disciples
en prière au Cénacle
et en chemin sur les voies du monde.

Comme elle,
nous nous laissons guider par l’Esprit
pour que, dociles à son action,
nous contribuions efficacement
à la venue du Royaume.

D’ailleurs, nous l’honorons et l’invoquons
sous le titre de :
Notre-Dame du Saint-Sacrement.

(PdV – II, 11)

2 — À l’article La prière de contem-
plation et d’adoration …
est écrit :

La prière de contemplation et d’adoration

Dans la prière
de contemplation et d’adoration
au Christ présent dans l’Eucharistie
solennellement exposé ou dans le tabernacle,
nous prolongeons
la grâce du mystère célébré,
et intensifions notre union au Christ
pour devenir avec lui et comme lui
pain rompu pour un monde nouveau.

(PdV – II, 8)

3 — Et, enfin, à l’article La célébration eucharistique, nous lisons :st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocel

La célébration eucharistique

La célébration du Mémorial du Seigneur
est le point de départ
de notre compréhension de l’Eucharistie
et inspire notre prière et notre engagement.

Appelés à témoigner
de la forme eucharistique de l’existence,
par toute notre vie nous devenons
les ‘adorateurs en esprit et en vérité
que le Père cherche’ (Jn 4,23).

(PdV – II, 7)

 



Appelés à témoigner de la forme eucharistique de l’existence, par toute notre vie nous devenons 
les ‘adorateurs en esprit et en vérité que le Père cherche’ (Jn 4,23).

Et c’est le titre de cet exposé que nous allons approfondir en lisant l’Évangile de saint Jean, chapitre 4, versets 1 à 28.

 

Appelés à témoigner de la forme eucharistique
de l’existence, par toute notre vie nous devenons les
adorateurs en esprit et en vérité que le Père cherche

ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT JEAN

Chapitre 4

1 Les pharisiens avaient entendu dire que Jésus faisait plus de disciples que Jean et qu’il en baptisait davantage. Jésus lui-même en eut connaissance.
2 – À vrai dire, ce n’était pas Jésus en personne qui baptisait, mais ses disciples.

3 Quand Jésus appris cela, il quitta la Judée pour retourner en Galilée, 4 il devait donc traverser la Samarie.5 Il arrive ainsi à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, 6 et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. C’était la sixième heure, environ midi.

7 Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » 8 – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger. 9 La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.

10 Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » 11 Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? 12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » 13 Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; 14 mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » 15 La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »

16 Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » 17 La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : 18 des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » 19 La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !... Alors, explique-moi :

20 Nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. » 21 Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 23 Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. 24 Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » 25 La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » 26 Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

27 À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » 28 La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville. (…)


st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelJ’aimerais que nous voyions cette rencontre de Jésus avec la Samaritaine comme le paradigme de notre rencontre avec Jésus Eucharistie. Abordons cette scène comme le modèle d’une rencontre avec la personne divine de Jésus présent au saint Sacrement. Rencontre de Jésus Eucharistie comme quand nous sommes en adoration ou même lorsque nous communions à son Corps et à son Sang à la messe, quand nous prenons part au banquet des Noces de l’Agneau.

            Dès le début de ce chapitre 4, il est dit que Jésus attire à lui les gens et baptise plus que Jean, qu’il fait plus de disciples que Jean le Baptiste. Pour cette raison, les pharisiens veulent rejoindre Jésus pour lui demander des comptes. Ils s’en offusquent et s’interrogent sur le pourquoi de ce succès de Jésus. Ce succès vient de ce que Dieu habite pleinement en Jésus, qu’il est rendu capable par le Père de donner l’Esprit et la Vie sans mesure à celui qui croit en lui et reçoit le baptême en son nom. C’est parce que Jésus baptise dans l’Esprit, qu’il est lui même cet Esprit, cette Vie, que les gens viennent à lui et se font baptiser.

            Jésus connaît très bien le cœur des pharisiens, c’est pourquoi il les fuit, veut retourner en Galilée et doit pour cela traverser la Samarie. Pays que les Juifs mettent à distance. Les Juifs ne veulent aucun commerce avec les Samaritains, qu’ils considèrent comme impurs : rien à voir avec leurs règles sociales, culturelles et religieuses.

            Traversant donc cette région désertique, Jésus se retrouve au mythique puits de Jacob. Lieu essentiel, vital et stratégique, aussi bien dans le passé que pour maintenant dans la scène que Jésus s’apprête à nous donner à voir. Rendu vulnérable comme tout homme par la chaleur et la fatigue de la marche, Jésus a soif et s’assoit sur la margelle du puits. C’est la sixième heure, c’est-à-dire qu’il est environ midi. Je me suis demandée pourquoi ce détail de l’horaire précis. Et je me suis souvenue que dans saint Jean, ailleurs, à environ midi, la sixième heure, un autre événement a lieu… Aux abords de la Passion, avec Pilate qui cherche à relâcher Jésus. Voici le passage en Jean 19, 12-14 :                                                  

Mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » 13 En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l’endroit qu’on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha). 14 C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. »  

            Deux choses me frappent dans ces deux passages de l’Évangile :

            Dans un cas c’est la fatigue de la route qui fait s’asseoir Jésus au bord du puits. Dans l’autre cas, c’est Pilate qui fait asseoir Jésus sur une estrade, pour montrer à ceux qui veulent sa mort qu’il est inoffensif et innocent. Il vient d’être flagellé, moqué, il est en sang et porte la couronne d’épines, le roseau et le vêtement pourpre.

            Au bord du puits, Jésus, au contact de la samaritaine, est, librement, dans l’abnégation de sa personne humaine : il met son besoin individuel de boire au second plan, privilégiant le dialogue pour amener la femme à reconnaître qu’il est l’envoyé de Dieu, le Messie. Il lui révèlera sa personne divine, plus loin, au verset 26 : « Moi qui te parle, je le suis ».

            Finalement, Pilate ne fait pas autre chose que révéler la personne divine du Christ quand il le désigne aux Juifs comme étant leur roi. Mais Pilate ne connaît pas la portée de sa déclaration. Il ignore aussi que c’est librement que Jésus s’offre à toutes les tortures qui l’attendent encore.

            Dans les deux cas, la sixième heure, vers midi, désigne le moment crucial où s’opère la révélation de la personne divine de Jésus. La samaritaine reçoit cette révélation. Les juifs au moment de l’Ecce Homo la rejettent.

            Revenons à notre puits. Jésus est donc assis au bord. Il a soif. Et quand la samaritaine s’approche, il ne lui dit pas, comme sur la croix, dépouillé et à l’article de la mort : « J’ai soif ! ». Là, il lui demande : « Donne-moi à boire. » Il est en position de faiblesse par rapport à cette femme, puisqu’il n’a rien pour puiser et qu’elle en a les moyens : elle porte sa cruche. Mais il ne met pas en avant son besoin à lui, vital et humain. Il est très respectueux dans sa demande, tout en étant direct. Il demande avec autorité, mais il ose demander à une femme, qui plus est, étrangère. N fait, il se préoccupe de son besoin spirituel, à elle qui n’accède pas à sa demande. Elle ne se précipite pas au bord du puits pour y descendre sa cruche et la remonter pleine de l’eau fraîche qui lui ferait tant de bien physique ! C’est pourtant elle qui a la clef pour répondre à sa demande matérielle. C’est elle qui a le seau ou la cruche pour puiser. Au lieu de cela, immédiatement, le dialogue est enclenché sur le mode spirituel. La demande de Jésus « donne-moi à boire » contient la clef, la réponse à la question spirituelle que la samaritaine soulève par sa remarque spontanée : « Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » Toi, un Juif : Il est question immédiatement de la personne de Jésus dans la bouche de la samaritaine, mais elle ne le sait pas encore. C’est bien la personne de Jésus qui est le seau, la cruche, la clef à la question du don de l’Esprit, ce don de l’eau vive.

            Le sens pragmatique de la samaritaine lui montre que Jésus n’a rien pour puiser l’eau matérielle et cette remarque l’adoucit. C’est comme si elle s’asseyait à son tour à son côté, sur la margelle du puits, songeuse : « Tu n’as rien pour puiser (…) avec quoi prendrais-tu l’eau vive ? » Et Jésus l’amène sur son terrain, petit à petit, ne détachant pas son regard de ses yeux à elle qui se sont abaissés et qui se pose la question : « Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? ». Question qui pèse le poids de l’héritage de ses ancêtres, contenant toute l’histoire du premier Testament d’où elle parle encore. Mais Jésus la fait aborder la source véritable, l’Alliance Nouvelle qu’il lui propose en sa personne : « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » À ces paroles de Jésus, la samaritaine est conquise : elle relève les yeux vers son visage et c’est elle qui lui demande à boire de cette eau spirituelle.

 
st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelJésus la gagne. Elle se laisse toucher et il avance, en lui demandant d’appeler son mari et de venir avec lui, pour profiter de ce don de l’Esprit, de sa propre personne, qu’il veut lui faire. Il connaît très bien sa vie : les cinq maris de son passé et l’homme qu’elle a actuellement et qui n’est pas son mari. Le chiffre parfait étant le sept, sans se proposer à elle directement comme Époux spirituel, elle déclare d’elle-même qu’il est prophète, qu’elle le voit bien puisqu’il lit sa vie comme en un livre ouvert. Alors elle laisse jaillir la question qui lui brûle les lèvres et l’âme de savoir où il faut adorer Dieu. Sur la montagne qui est là, en Samarie, où à Jérusalem comme le prétendent les Juifs ?

            Là, Jésus lui répond en l’appelant ‘femme’ : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. » Comme quand Marie, sa mère, s’adresse à lui pour lui signaler que les invités aux noces de Cana n’ont plus de vin. Il lui répond : «  Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Dans les deux cas il est fait allusion à l’heure de sa mort sur la croix où aura lieu le don suprême de Dieu dans l’Esprit Saint, dans le sang et l’eau. Si la sixième heure, vers midi, correspondait à la révélation de la personne divine de Jésus, la neuvième heure, à quinze heure (15h), sera le moment de la kénose, de la remise entre les mains du Père de son souffle, et du don de l’Esprit saint quand le coup de lance transpercera son Cœur.

            « L’heure vient », dit Jésus, « – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité ». Oui, l’heure vient où Jésus donnera son Esprit, par sa mort, le remettant au Père sur la croix. Déjà, à la croix, il nous donne son Esprit. Et quand il ressuscitera il enverra son Esprit sur la terre. C’est ce Jésus Eucharistie-là que nous adorons au saint Sacrement, en esprit et vérité. La circulation de l’amour entre les trois personnes divines, la Trinité, Dieu Trine, Père, Fils et Saint Esprit est ce don que Jésus nous fait par son sacrifice et sa résurrection. Nous recevons cette vérité, qui est le dynamisme de l’amour divin, quand nous adorons Jésus au Saint Sacrement. Cette vérité nous rend libre. C’est le règne de Dieu en soi. C’est l’authentique culte d’adoration de Dieu que nous recevons de la Nouvelle Alliance en Jésus Christ. Nous recevons le nouveau principe de vie, l’Esprit de Jésus, qui nous fait, nous crée « enfants de Dieu » [Jean 1,12-13 (Prologue) : Tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. (Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.)]

            Et la samaritaine acquiesce : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Quand elle dit cela, je la vois encore songeuse et la tête baissée, attentive à ce qui se passe en son propre cœur, en elle-même, à l’écoute de son intériorité. Et elle en sait des choses ! Elle est déjà habitée, éclairée par l’Esprit de Jésus. Ses paroles sont de l’Esprit de vie contracté au toucher de Jésus. Et lui, de répondre : « Moi qui te parle, je le suis ». Paf ! un éclair intérieur, comment ne pas être tourneboulée… ? Comme du buisson ardent Dieu répondit à Moïse : « Je suis ». Oui, Jésus est bien le buisson ardent de la Nouvelle Alliance. Il est bien ce feu de l’amour qui consume toute sa personne sans qu’elle ne l’anéantisse. Il en rayonne par sa parole qui touche le cœur et nous met en mouvement. Un mouvement vertueux.

            En effet, la samaritaine a à peine le temps de réaliser ce que Jésus lui révèle, qu’un mouvement de personnes se fait autour d’eux, et brise leur cercle intime. L’effet de la parole de Jésus révélant sa divinité à la samaritaine est tel qu’elle se met en mouvement aussitôt, elle aussi. Elle lâche la cruche, le seau, sans avoir servi le Messie, pleine qu’elle est de l’Esprit que vient de lui infuser Jésus, et elle part, retourne au village annoncer qu’elle a trouvé le Messie. Comme Marie qui vient de vivre l’Annonciation, pleine de l’Esprit saint — qui la couvrit de son ombre et insuffla la vie de Jésus en son sein­ —, partant sur les chemins, gravissant les montagnes à la rencontre de sa cousine Élisabeth —, de même la samaritaine n’a pas le loisir de savourer pour elle-même la rencontre avec Jésus : elle part annoncer la Bonne Nouvelle de la venue du Messie en la personne de Jésus. Elle devient illico-presto évangélisatrice. Les disciples reviennent avec les provisions qu’ils étaient partis quérir en ville. Ils les proposent à Jésus, pour qu’il se sustente, mais finalement, pas plus que sa soif, sa faim n’est matérielle. L’occasion pour Jésus de poursuivre sa catéchèse auprès des disciples pour leur montrer le Père, d’une autre manière qu’avec la samaritaine fraîchement convertie.

           [Mais là, c’est une autre histoire : de pain, de semeur et de moissonneur qui pourrait faire l’objet d’une prochaine rencontre avec la Fraternité Eucharistique…].


Logo sss NEUF.jpgSandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique
Chapelle Corpus Christi
23 av. de Friedland - Paris 8


Bannière 13 mai ND st Sacrement.jpgAnimation de l'Adoration Eucharistique du 12 mai 2018 Chapelle Corpus Christi - avec la petite histoire de Notre-Dame du Saint-Sacrement

 

 

Retrouvez cet article avec les 4 précédents et le suivant du #JubiléPJEymard2018
Catéchèse Eucharistique L'idéal du Cénacle Comprendre l'Eucharistie dans sa totalité
avec S.Pierre-Julien Eymard

 

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Jésus et la Samaritaine

Étienne Parrocel (dit le Romain) - Huile sur toile, XVIIIè s.
Palais Fesch - Musée des Beaux-Arts, Ajaccio

 

Iconographies, plus haut

Notre-Dame du Saint-Sacrement - Vitrail, Oratoire de la Maison Généralice -
Congrégation du Saint-Sacrement, Rome.

La Vierge à l'hostie - Jean-Dominique Ingres, Musée du Louvre.
La Sainte Cène - Vitrail oculus, Chapelle Corpus Christi Paris 8.

22.04.2018

St P-J. Eymard, Apôtre de l'Eucharistie - Écoute dans la nuit - 19 avril 2018 (Podcast)

St Pierre-Julien Eymard, L'Apôtre de l'Eucharistie

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saint pierre-julien eymard, andré guitton, Brel daouda, theresa hong, sandrine treuillard, eucharistie, #jubilépjeymard2018, adoration, adoration eucharistique, adoration saint martin, christianisme, foi, transmissionJean-Marie Marçais de Écoute dans la nuit invite :

— le Père du Saint-Sacrement André GUITTON, biographe du saint, Chapelle Corpus Christi Paris 8

— le Père du Saint-Sacrement Brel DAOUDA, supérieur régional du Congo Brazzaville  

— Sœur Teresa HONG, supérieure des Servantes du Saint-Sacrement, Chapelle Notre-Dame du Saint-Sacrement, Paris 16

— Sandrine TREUILLARD, responsable de la Fraternité Eucharistique, Agrégation du Saint-Sacrement, Chapelle Corpus Christi Paris 8


Merci à Gino Testa, des Groupes de prières Padre Pio de Paris, à l'initiative duquel cette émission a été réalisée.

 

 

 

23.01.2018

Notre vocation eucharistique de laïcs avec st Pierre-Julien Eymard

L’IDEAL DU CÉNACLE

Comprendre l’Eucharistie dans sa totalité avec st Pierre-Julien Eymard

Cycle #JubiléPJEymard2018

Présentation de la Fraternité Eucharistique Chapelle Corpus Christi Paris 8 — 13 janvier 2018

StPJEymardStRomansVitrailElipse.jpg

Extrait de sa correspondance
CO 477,1

 À Jésus Eucharistique

[La Seyne-sur-Mer,]1
1er Janvier 1855

Merci de vos vœux et de vos souhaits si bons en Notre Seigneur. Oui, que cette année soit une année eucharistique ! Qu'un cénacle d'amour et de louange s'élève sur cette terre d'ingratitude et d'oubli ! Puissé-je en être le premier adorateur comme la première victime ! Cette pensée eucharistique ne me quitte pas, je la bénis, je l'environne d'épines et de fleurs, j'aime à en faire une couronne de vœux et de désirs. Mais Notre Seigneur le veut-il à présent ? Me fera-t-il l'honneur et le bonheur de m'appeler autour de ce doré tabernacle ? Voilà, ma fille, ce qu'il faut demander à ce Roi de tous les cœurs.

Mais que deviendra le Nazareth de Jésus et de Marie, me direz-vous ?

De Nazareth, Jésus alla au Cénacle et Marie y fit sa dernière demeure.

Je voudrais bien que vous vous missiez aux pieds de Notre Seigneur, afin qu'il daigne vous mettre une parole au cœur pour vous et pour moi.

Les matériaux se préparent, c'est bien entendu que je vous ai inscrite la première. Je n'ai pas encore commencé les conférences aux T. [Tierçaires] de Toulon, je le ferai sous peu. Ma santé est toujours un peu misérable – que Dieu en soit béni ! cependant la migraine me laisse un peu plus tranquille. Je puis dire la sainte messe : que Dieu est bon !

Mes souhaits de bonne année à toutes vos sœurs, j'avais commencé une lettre à toutes, mais le temps me manque.

Je n'ai encore écrit à personne depuis bien longtemps.

Mes souhaits à ces bonnes sœurs sont tous en Dieu et pour Dieu, tous en l'amour de Jésus et de Marie, en qui je suis

Tout à vous toutes

Eymard

1 Les mots mis entre crochets ne sont pas de la main d'Eymard.

2 Billets spirituels, tirés au sort. Celui de Noël indiquait pour l'année l'office à remplir à la cour du Roi Jésus. Au jour de l'an, doubles billets : étrennes de l'Enfant Jésus et en retour, étrennes de l'âme à Jésus.



st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillardDans cette lettre adressée le jour de l'an 1855 à Marguerite Guillot, rectrice du Tiers-Ordre de Marie, la branche laïque des Maristes, le Père Eymard présente ses vœux ainsi : Oui, que cette année soit une année eucharistique ! Que signifie ces vœux ”eucharistiques” et la vocation eucharistique pour saint Pierre-Julien Eymard ? C’est ce que nous allons explorer par cette lettre qui nous donne quelques réponses à approfondir…

 

Des origines de l’engagement du Père Eymard auprès des laïcs avec Marguerite Guillot

Très tôt, Pierre-Julien Eymard s’est intéressé à l’engagement spirituel des laïcs dans cet ordre tertiaire mariste. Cette vocation pour le bien spirituel des laïcs à part entière a toujours côtoyé sa vocation eucharistique, depuis la rencontre de Marguerite Guillot, 10 ans plus tôt, en 1845.

Le 1er janvier 1855, date de rédaction de cette lettre, il va avoir 44 ans. À 23 ans il avait été ordonné prêtre à Grenoble et l’appel à la vie religieuse le fit devenir Mariste, 5 ans plus tard, à 28 ans, à Lyon. Après 5 ans, en 1844, il y est nommé provincial.

En 1855, Mariste depuis 16 ans, le P. Eymard a été écarté de Lyon par le Supérieur général de la société de Marie qui le nomme directeur du collège Sainte-Marie de la Seyne-sur-Mer, à Toulon, et ce dès 1853.

Pourquoi a-t-il été écarté de Lyon deux ans plus tôt ? Parce qu’il a pris des libertés avec le Tiers-Ordre de Marie vis-à-vis du Supérieur général d’alors, le Père Colin. Il dirige depuis bientôt 10 ans le Tiers-Ordre de Marie qui prospéra si bien dès le début qu’il s’étend aussi aux prêtres : le curé d’Ars y est reçu dès le 8 décembre 1846.

À qui s’adresse cette lettre ? À Melle Marguerite Guillot. Ils se connaissent depuis 10 ans. Elle est rectrice du Tiers-Ordre de Marie depuis 1853, nommée par le nouveau Supérieur général, le Père Favre, après en avoir été sacristine puis maîtresse des novices, c’est-à-dire chargée des nouvelles venues.

Marguerite Guillot et le Père Eymard se sont rencontrés à Lyon lorsqu’il prêcha pour le Carême en 1845 et auquel elle alla se confesser. Le P. Eymard deviendra vite le directeur spirituel de Marguerite Guillot alors en recherche pour répondre à sa vocation de consacrée. Sr Suzanne Aylwin écrit dans la petite biographie de Marguerite Guillot :

« Sous la direction du P.  Eymard, l’âme de Marguerite se sent de plus en plus portée à la vie intérieure. Cette soif de perfection devient si grande que la vie chrétienne ordinaire, même avec la grande perfection que le Père lui fait pratiquer, n’est plus en mesure de lui suffire. Elle sent le besoin d’un milieu entre la vie du monde et la vie du cloître. Elle s’en ouvre au Père qui l’éprouve d’abord en lui répondant qu’elle ne sait pas ce qu’elle dit et ce qu’elle veut, qu’il n’y a point de voie médiane entre la vie du monde et celle du cloître. Mais, quelque temps après, il lui dit qu’à cause d’elle, il a accepté la présidence du Tiers-Ordre de Marie, la branche laïque de la Société de Marie. »

Nous pouvons relever combien dans leur relation la dirigée suscite la paternité spirituelle de son directeur, combien leur rencontre a fait partie du plan de Dieu, comme la suite nous le révèlera.

Quel est le contexte de la lettre dans le parcours spirituel du P. Eymard ?

En 1855, depuis déjà 4 ans au collège de la Seyne-sur-Mer à Toulon, Pierre-Julien Eymard vit une période de crise. Le 13 janvier de la même année il écrira à Marguerite : « Je me dis souvent : mais le Bon Dieu, que fera-t-il de moi tout souffrant et ne valant rien ? Je ne suis plus bon à rien, je suis usé, j'aurais besoin d'aller me cacher aux pieds de Notre Seigneur, j'espère que ce bon Maître me fera cette grâce. » Et : « Voilà près de 20 ans que je suis toujours dans la vie active, il me faut maintenant un peu du Cénacle. » En effet, il est au cœur d’un moment transitoire :

— En 1845, il avait eu une expérience très forte lors de la procession du Saint Sacrement le jour de la Fête-Dieu, à Saint Paul de Lyon. « Ces deux heures lui parurent un instant ».

- En 1849, il découvre à Paris les nombreux groupes de dévotion à Jésus-Eucharistie.

- En 1851, à Notre-Dame de Fourvière, toujours à Lyon, il eut un appel intérieur à fonder un groupe eucharistique.

- En 1853, à la Seyne-sur-Mer de Toulon où nous nous trouvons à l’étude de cette lettre, comme en exil depuis 2 ans, Raymond de Cuers, qu’il avait rencontré à Paris, lui demande d’être l’aumônier d’un groupe d’adoration nocturne masculine. En prière, après qu’il eût célébré sa messe, il eut l’incitation à fonder un ordre religieux qui n’existe pas encore, consacré exclusivement à Jésus-Eucharistie.

­

Dans la lettre du 25 janvier 1855 à Marguerite Guillot, le P.  Eymard nous révèle que « depuis le 13 janvier, l’œuvre du Très Saint-Sacrement se dépouille et se prépare » et que « Mgr l’évêque de Fréjus Toulon (Mgr Wicart) l’a trouvée belle ». Et plus loin : « Moi, je n'ai encore rien exposé au T.R.P. Favre [le nouveau supérieur général des Maristes], pour lui exposer mes pensées, je prie et j'attends encore ».

— Il quittera donc les Maristes en 1856 pour fonder l’ordre des Religieux du Très Saint-Sacrement (sss), reconnu par Mgr Sibour archevêque de Paris, le 13 mai 1856.

- Une fois la branche masculine de la Congrégation du Saint-Sacrement fondée, Marguerite Guillot deviendra, en 1858, à Paris, la première supérieure de la branche féminine de la Congrégation qui portera le nom de Servantes du Saint-Sacrement.

— Fort de son expérience au Tiers-Ordre de Marie, dès 1857 le Père Eymard rédige un mémoire où il mentionne les Agrégés à la Congrégation du Saint-Sacrement : L’Agrégation sacerdotale (des prêtres) et l’Agrégation séculière. Cette dernière branche laïque du Saint-Sacrement sera désignée sous le vocable : Agrégation du Saint Sacrement. Elle est « composée des fidèles vivant dans le monde et qui désireraient s’unir à la Société par un lien fraternelle et s’associer à sa fin. » (in L’Apôtre de l’Eucharistie, biographie du saint par André Guitton, sss). Nous verrons plus loin quelle est cette fin.

 

Qu’est-ce que le Cénacle ?

La Sainte Cène Corpus Christi Légéndé.jpgPour répondre à cette question lisons l’Évangile de Luc, au chapitre 22 (tiré des Évangiles synoptiques, ouvrage de Lucien Deiss).

Luc 22, 7-14        Préparatifs du repas pascal


07
 Or arriva le jour des Azymes, où l’on devait immoler la Pâque.

08 Et Jésus envoya Pierre et Jean, disant : « Allez nous préparer la Pâque,

pour que nous la mangions. »

09 Or ceux-ci lui dirent : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs ? »

10 Et il leur dit : « Voici : à votre entrée dans la ville, viendra à votre rencontre

un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le dans la maison dans laquelle il entre.

11 Et vous direz au maître de la maison : “Le maître te dit :

Où est la salle où je pourrai, avec mes disciples, manger la Pâque ?

12 Et celui-ci vous montrera une salle à l’étage, grande, garnie de divans.

Là, faites les préparatifs. »

13 Or, s’en étant allés, ils trouvèrent tout comme il leur avait dit.

Et ils préparèrent la Pâque.

14 Et lorsque l’heure fut venue, il se mit à table.

Et les Apôtres étaient avec lui. 

 

— Le Cénacle est donc ce lieu réservé, secret, indiqué par le Christ de façon discrètement prophétique, et empreint de sacralité. C’est là où Jésus et les douze vont fêter la Pâque.

— Mais au Cénacle, en ce Jeudi saint, Jésus entouré des Douze va plus loin que de fêter la traditionnelle Pâque juive. Il instaure la Nouvelle Alliance : c’est l’offrande totale de lui-même pour le salut de tout homme.

Poursuivons la lecture de saint Luc du Repas pascal & institution de l’Eucharistie :

 

15 Et il leur dit : « J’ai désiré d’un grand désir

manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !

16 Car je vous dis : Désormais je ne la mangerai plus,

jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu. »

 

17 Et ayant reçu une coupe, ayant rendu grâce, il dit :

« Prenez ceci et partagez entre vous.

18 Car je vous dis : Je ne boirai plus à partir de maintenant du fruit de la vigne,

jusqu’à ce que soit venu le Royaume de Dieu. »

 

19 Et ayant pris du pain, ayant rendu grâce,

il le rompit, et il le leur donna,

20 et il dit : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous.

Ceci faites-le en mémoire de moi. »

[Ici nous ne lisons pas la trahison de Judas.]

24 De même aussi la coupe, après le dîner, disant :

« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.

25  Ceci, faites-le chaque fois que vous la boirez,

en mémoire de moi. »

 

26 Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe,

vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

Le Christ annonce l’offrande totale de lui-même et se livre dans les Espèces du pain et du vin. Il se fait Agneau pascal. Le désir du Christ est ardent, brûlant d’amour, il se donne lui-même sans retour et s’offre en partage. L’apôtre Jean, le disciple bien-aimé, a goûté à cet amour, reposant sur son sein. Détail de la Sainte Cène tirée de l’Évangile de Jean, que le P. Eymard portait toujours sur lui.

Revenons à la lettre du 25 janvier 1855 où le P. Eymard écrit à Marguerite Guillot :

« Quand saint Jean s'endormit sur la poitrine divine du Sauveur, il y puisa son amour et sa mission divine ; que j'aurais besoin, non d'un si grand honneur, mais d'être aux pieds de Jésus. Voilà près de 20 ans que je suis toujours dans la vie active, il me faut maintenant un peu du Cénacle. » (CO 482,1)

Dans une prédication à une congrégation religieuse et que j’ai reprise pour la communauté de prière en ligne sur Hozana comme Conseils spirituels pour tous,
le Père Eymard précise ce qu’est le
recueillement par la grâce de Dieu :

« Ce recueillement est bien doux, c'est celui de Madeleine aux pieds de la bonté de Jésus, des apôtres sur le Thabor, du disciple bien-aimé sur la poitrine du Sauveur. C'est celui de tant de saints qui ont goûté Dieu. C'est le vôtre, mes frères, car il est impossible que durant votre vie vous n'ayez pas reçu quelques grâces de ce recueillement divin, de cette paix suave, de cette joie céleste de l'âme, de ce divin repos aux pieds de Dieu – on n'oublie pas ce moment si doux. Oh ! qu'il fait bon sous l'action de ce soleil de bonté. » (PA 95,2)

Pour le P. Eymard, le Cénacle désignera les maisons d'adoration et toutes les communautés de la congrégation du Saint-Sacrement. Dans le récent ouvrage du P. André Guitton Les religieux du Saint-Sacrement et la Grande Guerre, les religieux au front, dans les tranchées, aumôniers, infirmiers ou soldats évoquent avec douceur et nostalgie leur Cénacle : leur communauté du Saint-Sacrement qu’ils ont dû quitter par devoir national.

Pour le P. Eymard, le Cénacle est plus qu’une adresse identifiée, à Jérusalem, où il rêvait de fonder une communauté. C’est tout un processus : le processus même de l’Eucharistie qui débute avec la Sainte Cène où le Christ nous révèle les richesses de son amour pour nous. [Dans ce qui suit, je m’aide d’un texte du Père Manuel Barbiero, sss à La Mure, où il invente un entretien entre lui et le Père Eymard, intitulé Repartir du Cénacle – rallumer la passion pour notre Mission Eucharistique (La Mure, été 1865 et 2014)].

C’est le lieu de l’attente angoissée, juste après la Crucifixion et la mort apparente du Seigneur, où certains des apôtres se réfugiaient, se cachant des Juifs dont ils avaient si peur.

Le Cénacle où Jésus se montra à eux deux fois, juste après sa Résurrection.

Lieu de l’attente de la venue de l’Esprit Saint que Jésus promit de leur envoyer et qui descendra sur eux et Marie avec puissance à la Pentecôte, cinquante jours après sa Résurrection.

Le Cénacle où la première Église se réunissaient, les apôtres reproduisant les gestes enseignés par le Christ de la fraction du pain, dans la communion fraternelle et transmettant aux premiers disciples ce que le Christ leur avait enseigné.

Lieu d’où tous sortirent, revigorés et pleins du courage donné dans l’Esprit Saint pour annoncer la Bonne Nouvelle du Christ au monde.

 

Le Cénacle intérieur

Dans sa lettre du 1er janvier 1855, le Père Eymard s’interroge : « Mais que deviendra le Nazareth de Jésus et de Marie, me direz-vous ? ». Il questionne sa vocation mariste, menant la vie simple et cachée de Nazareth, au regard de ce qui le travaille dans sa vocation à fonder la Congrégation du Saint-Sacrement. Il répond aussitôt : « De Nazareth, Jésus alla au Cénacle et Marie y fit sa dernière demeure. » Pour se donner au monde, le Christ a quitté sa vie cachée, enseignant durant trois ans, pour finalement faire le don suprême de lui-même sur la croix et dans l’Eucharistie qu’Il institua le Jeudi saint au Cénacle. Une fois ressuscité, Jésus revient au Cénacle où les disciples sont cloîtrés dans la peur. Et à la Pentecôte, il y revient sous la forme de l’Esprit Saint. Le Cénacle est devenu le lieu de la manifestation suprême du Christ alors qu’Il quitte ses disciples pour le Père. Mais Il reste avec eux jusqu’à la fin du monde se léguant lui-même, Jésus-Eucharistie. Quant à Marie qui fit sa première demeure au Cénacle, c’est toute l’Église qui y est associée, priant, recevant également l’Esprit Saint, aussi bien à la croix qu’au Cénacle. La vie cachée de Nazareth n’était donc pas une fin en soi, mais une préparation à la Pâque, à l’Eucharistie, et au don de l’Esprit Saint qui en découle.

Le Cénacle intérieur est cette vie de prière et d’union au Christ, de communion à sa sainte personne que Pierre-Julien Eymard a découverte dans sa plénitude trois ans avant sa mort, lors de la Grande retraite de Rome, alors qu’il attendait la réponse du pape pour fonder à Jérusalem-même une communauté de religieux du Saint-Sacrement, au Cénacle de l’origine. Cette attente d’un rêve fou s’est transformé en une profonde introspection intérieure, une relecture de toute sa vie spirituelle où il touche enfin à l’amour de Dieu pour lui, personnel, et où il reçoit la grâce de s’unir pleinement au Christ en réalisant ce qu’il appelle le vœu de sa personnalité.

Ces 65 jours sont consignés dans les pages de son journal de retraite du 25 janvier au 30 mars 1865. Il y réalise pleinement sa vocation eucharistique et nous livre, par ce témoignage si précieux, le chemin intérieur par lequel il est passé pour y parvenir.

Lors de ce semestre de rencontres nous approfondirons l’offrande de lui-même au Christ et à tous que fit saint Pierre-Julien Eymard à la fin de sa vie en communion avec le Christ. Dans la chapelle Corpus Christi, l’extrait de ses notes de la Grande Retraite de Rome reproduit sur le mur à gauche de la châsse où il repose, nous donne le ton de sa découverte d’union totale au Christ, trois ans avant de mourir.


P-J. EYMARD Portrait n&b.jpegRien pour moi, personne

rien, par moi.

Modèle : Incarnation du Verbe.


C’est comme si le Sauveur me disait :

par la communion,

tu vivras pour moi,

car je serai vivant en toi.

Tellement que ce sera moi qui vivrai

et désirerai tout en toi.

Tu seras tout revêtu de moi.

Tu seras le corps de mon cœur.

Ce n’est plus moi qui vis,

mais le Christ qui vit en moi. (Ga.2,20)

Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868)
21 mars 1865 (Grande retraite de Rome)

 

 

L’idéal du Cénacle pour l’évangélisation contemporaine avec la Fraternité Eucharistique

logo sss fond blanc.jpgDans l’intitulé général du #JubiléPJEymard2018 pour la catéchèse, nous insistons sur la particularité suivante, développée par le Père Eymard : prendre l’Eucharistie dans sa totalité. C’est rappeler que le culte de la sainte Eucharistie ne se réduit pas à l’adoration de Jésus-Eucharistie. La Présence réelle de Jésus-Christ ceint dans l’ostensoir ne peut être effective que s’il y a eu célébration de la messe, c’est-à-dire transsubstantiation du pain et du vin en Corps et en Sang du Christ par l’opération de l’Esprit Saint. Il nécessite donc toujours l’action du prêtre pour réaliser le geste de la consécration du pain et du vin à l’autel, avant de passer à notre geste d’adoration.

La spiritualité sacramentine (autre adjectif pour qualifier la spiritualité eymardienne) s’attache à interroger l’expérience eucharistique en sa totalité, le Mystère pascal intégral qui est aussi toute la vie du Christ, sa Personne, le but vers lequel Il tend depuis toute éternité.

C’est bien ce que la Règle de vie de la Congrégation indique ici : 


De caractère contemplatif,

notre Congrégation est centrée sur la Personne du Christ

dans toute l’ampleur du Mystère eucharistique,

et se dévoue entièrement à son amour et à sa gloire.

Nous unissons la contemplation et l’amour apostolique

dans une vie d’adoration

et, en harmonie avec celle-ci,

dans des activités

toujours inspirées de l’Eucharistie

et orientées vers ce Mystère de foi.

 

Ceci est vrai aussi pour les laïcs de la Fraternité Eucharistique. Voici en quoi consiste notre vocation eucharistique à mettre en œuvre dans l’esprit de P-J. Eymard.

C’est pourquoi lors des rencontres mensuelles dont voici le programme ci-après, nous commencerons par une catéchèse telle que cette présentation d’aujourd’hui ;

suivie d’un partage qui s’annonce maintenant, avec vous, les personnes présentes à la chapelle, au terme de cet exposé ;

et ensuite seulement les Pères du Saint-Sacrement de la chapelle Corpus Christi célébreront la messe du jour ;

Et à la fin, après la célébration, nous garderons le silence pour adorer Jésus au Saint-Sacrement. Aux pieds du Seigneur Il enseignera notre cœur.

 

Logo Chapelle Corpus Christi.jpg

 

Sandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique
Chapelle Corpus Christi

23 avenue de Friedland, Paris 8

 

 

Retrouvez ce texte dans la sous-page enrichie 
Fraternité Eucharistique Corpus Christi #JubiléPJEymard2018

et la page consacrée à Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie - Un saint d'avenir

Communauté de prière Hozana St Pierre-Julien Eymard — Chapelle Corpus Christi

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05.10.2017

L'adoration : trésor eucharistique

CouvFacebookSTPJ-EYMARD.jpg

Suite à des réflexions intitulées Conférence adoration d’un Père du Saint Sacrement qui souhaite rester anonyme, voici mes remarques qui se sont muées en méditation sur la place de l’Esprit Saint dans l’adoration eucharistique.

Je souhaite d’abord rappeler une évidence de l’adoration que le Christ indique, un devoir premier commun aux juifs et aux chrétiens et que les musulmans appliquent absolument : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force, de toute ton âme. » Objectivement, tout croyant véritable a ce devoir d’adoration. Ce devoir correspond à une nécessité. La nécessité de reconnaître la grandeur de Dieu et de reconnaître notre position d’homme par rapport à Dieu. C’est aussi une nécessité d’action de grâce, dans la reconnaissance du Créateur qui nous donne la vie. Nécessité de reconnaître les choses comme étant à leur place. Le mouvement de l’adoration est aussi nécessairement accompagné d’humilité. Il est même mu par l’humilité. Sans humilité l’homme ne peut entrer en adoration. Au moins, si même l’adoration est perçue comme un mouvement extérieur manifesté par un geste (agenouillement, prosternation), il est au moins accompagné de la volonté de faire ce geste dans l’humilité.

Ce mouvement de l’adoration n’est pas un simple devoir d’humilité qu’accomplirait l’homme, et encore moins le religieux du Saint Sacrement. C’est un besoin. Adorer est le besoin de se reconnaître homme devant Dieu et donc d’éprouver sa petitesse devant son Créateur. Par ce geste rempli d’humilité l’homme reçoit quelque chose de Dieu. C’est ce qui motive l’adoration. Et pour le religieux du Saint Sacrement, l’adoration eucharistique n’est pas un simple signe qui le distinguerait des autres congrégations.

StPJEymardStRomansVitrailElipse.jpgJ’en viens donc à ce qui m’a gênée tout au long du développement du Père sss. Il y a un grand absent dans son analyse, qui ne l’est certainement pas pour le Père Eymard. Ce qui m’a permis de déceler cette absence, ce Grand absent, c’est certainement grâce à ce que j’ai appris, ce que j’apprends des communautés nouvelles (L’Emmanuel ; le Père Nicolas Buttet de la Fraternité Eucharistein ; un Raniero Cantalamessa… pour ceux que je côtoie actuellement, dans mes lectures). Ces communautés nouvelles, apparues fin des années soixante en France, vivent bien plus consciemment aujourd’hui de et avec ce Grand absent, qu’à l’époque du Père Eymard. Grâce au Renouveau charismatique, on peut vivre plus consciemment de l’Esprit Saint que Jésus nous a donné sur la Croix, même pendant l’adoration eucharistique.

Le Père sss écrit justement que « le Père Eymard n’a pas été saisi par la Présence seulement au tabernacle, il a vécu dans l’intimité de cette Présence à la messe, qui conduit à la communion. » Je poursuivrai en ajoutant que cette Présence continue à l’adoration eucharistique et qu’il en a joui aussi sous cette forme !

Bien sûr, l’adoration découle de la messe. Sans la consécration des Espèces par le Saint Esprit, l’hostie ne porte pas la Vie du Christ. On adore une hostie consacrée à la messe. Pas de messe, pas d’hostie consacrée. Les Prières eucharistiques 2, 3 et 4 dans le geste de la consécration du/des prêtre(s) le disent bien : « Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit… » (2). 

C’est cet Esprit que l’homme riche (qui vivait dans la rectitude de la loi et suivait tous les commandements que Jésus lui rappellera juste après, en Marc 10, 17-19) a reconnu en Jésus, quand il s’est prosterné devant lui, en lui disant qu’il est bon et quand Jésus lui a répondu, presque sous le ton du reproche : « Dieu seul est bon ! ». Cet homme avait reconnu l’Esprit de Dieu en Jésus et l’adorait spontanément comme tel, à ce moment de sa rencontre personnelle, en se jetant aux pieds du Christ.

Au Saint Sacrement exposé, on reçoit l’Esprit Saint : l’Esprit de Jésus qu’Il donne sur la Croix quand son Cœur est transpercé. Le Christ donne sa Mère à l’Église et confie l’Église à sa Mère. Adorer le Saint Sacrement c’est contempler les mystères de la Passion, certes, mais aussi de la Pentecôte au sein de la Passion, lors de ce don d’amour pour tous les hommes. La Présence réelle englobe tous ces mystères eucharistiques qui sont réactualisés à chaque messe. Nous contemplons ces mystères durant l’adoration eucharistique.

Á la messe, nous nous offrons avec le Christ. Nous revivons les mystères en nous donnant unis au Christ, de son Incarnation à sa Passion, puis sa Résurrection. Á la communion, nous recevons ce Corps glorieux fait chair qui, par notre acte de foi, se donne à nous et vient agir en nous. Nous pouvons espérer que notre âme fusionne avec celle du Christ lors de la communion. Á l’adoration, nous nous exposons aussi à l’amour de Dieu. Nous apprenons à nous abandonner, à ne plus agir mais à laisser le Seigneur agir en nous. Nous contemplons ces mystères d’amour eucharistique et nous nous laissons travailler par l’action du Seigneur exposé, et auquel nous nous exposons. Ce qui agit alors est la personne trinitaire qu’est le Saint Esprit. L’action de l’Esprit nous dépouille dans ce face à face de l’adoration. Nous nous dénudons devant Lui, qui est glorieux et nu à la fois.

Pour adorer en esprit et en vérité, il me semble irréfutable que l’humilité soit cruciale. C’est l’humilité qui nous attire au Christ. L’adoration est un geste d’humilité manifesté dans le corps et vécu intérieurement, au moins dans la volonté d’être humble. Se prosterner intérieurement, en esprit et en vérité, pour rejoindre ce Dieu qui a su se rendre présent pour nous, réellement, dans ce morceau de pain consacré par l’Esprit, rejoindre ce Dieu qui a su s’abaisser pour qu’on le touche dans la foi.

PJEymard OstensoirVitrailCCorpusChristi .jpgEn page 4, le Père sss effleure ”la solution au problème”. L’adoration, comme la messe, est le fruit du mystère de la Trinité. Si un aspect d’une des trois personnes est mis en avant à un moment de la messe, une des deux autres personnes le sera à un autre moment, et encore la troisième à un autre. Et quand le Père sss cite ces paroles du Christ dans saint Jean (et c’est bien saint Jean et pas un autre évangéliste et apôtre qui l’écrit, comme il l’a vécu lors de la Cène jusqu’au pied de la croix !) : « Mon Père et moi, nous sommes un. Je glorifie mon Père et mon Père me glorifie. Père, glorifie-moi de la gloire que j’avais près de toi avant la création du monde. » Cette gloire, cette glorification, cette action provient de la troisième personne de la Trinité : l’Esprit Saint. Glorifier le Christ, sanctifier les offrandes… est le cœur de l’action de la personne du Saint Esprit. Cette personne de l’Esprit Saint est d’ailleurs plus une action qu’une figure personnalisée. Il unifie le Père et le Christ. Il diffuse l’amour du Père et du Fils. Il est cet amour qui agit ces choses. L’amour de Dieu a un nom. C’est même une personne. C’est l’Esprit Saint.  

Page 5, le Père sss reprend cette idée que « la conception objective (de saint Thomas d'Aquin) à l’avantage de mettre en lumière la relation de l’adoration à la célébration de la Messe. » Comme si l’adoration pouvait remettre en cause la primauté de la messe. L’adoration est un acte de foi. Foi en la Présence réelle au Saint Sacrement. Présence réelle qui ne peut être effective que par la transsubstantiation lors de la consécration à la messe. Cette hostie exposée ne prend sa source effective qu’à la consécration, quand le prêtre invoque l’Esprit Saint pour qu’il sanctifie les offrandes. Pas de messe, pas d’hostie consacrée, pas de Présence réelle. C’est comme si l’Esprit Saint, à chaque messe, lors de la consécration, redonnait à chaque fois naissance au Verbe originel fait chair, et nous rendait le Christ présent sous les Espèces du pain et du vin. Á chaque messe, le Christ renaît sous nos yeux (et ceux de la foi !), et meurt et ressuscite et nous fait le don de son Esprit. Á l’adoration, nous jouissons du don de son Esprit permanent, en permanence. Une fois que l’hostie est consacrée, Christ est vivant par elle, en elle, elle est Présence réelle et agit, donne sa Vie qui est Esprit. Par notre acte de foi qu’est l’adoration eucharistique, nous nous disposons à recevoir son Esprit. En cela, l’adoration eucharistique est la continuité de la messe et de la communion, comme don de l’Esprit et action de l’Esprit en nous.

P-J. Eymard Portrait 1.jpgDieu fait homme continue de se donner en donnant son Esprit durant l’adoration eucharistique. Le Christ continue de verser ses grâces pendant l’adoration, de nous transmettre son Esprit de vie. Dieu se donne dans l’adoration, et pas moins que lors de la messe et la communion. L’adoration perpétuelle a certainement valeur de signe pour la congrégation du Saint Sacrement, un signe pour le monde, oui. Comme si l’ostensoir ceignant l’Eucharistie était l’étendard de la foi des religieux sss. Mais je ne pense pas que le religieux du Saint Sacrement puisse se passer de cette action d’adorer, que sans exposition il serait toujours dans sa vocation. Recevoir les grâces du Saint Sacrement exposé n’est pas une simple posture. Notre ”travail” est de nous disposer intérieurement à recevoir sa Vie dans le secret de notre être, et même à notre insu et insensiblement, pendant l’adoration eucharistique. Notre acte de foi en la Présence réelle au Saint Sacrement se situe là : nous croyons que pendant l’adoration l’Esprit de Dieu fait homme poursuit son œuvre en nous, après la messe, entre deux communions. En Le contemplant dans la foi, Il nous fait advenir à Lui, en Lui. Sa Présence réelle est alors une action spirituelle qui nous échappe et nous transforme, dans la durée de nos adorations terrestres.

Vivant au Saint Sacrement, Dieu se donne dans l’adoration. En cela, l’Eucharistie exposée continue d’être une action initiée à la messe. Notre adoration sur terre est un avant-goût du Ciel parce que le Seigneur se donne à nous et agit en nous de façon spirituelle. Il nous fait grandir quand nous adorons en esprit et en vérité, c’est-à-dire dans l’humilité de la foi, qui nous porte à croire que Dieu se donne dans son Saint Sacrement exposé, consacré par son Esprit à la messe. L’action spirituelle du Saint Sacrement est de nous polir, de nous dépouiller, de nous faire goûter aux délices de la rencontre avec l’Esprit du Christ, à sa Paix. La Présence réelle du Saint Sacrement, née à la messe, est aussi Présence agissante spirituellement dans notre acte d’adoration, qui est acte de foi en la Toute-Puissance de Dieu dans cette humilité, cette simplicité, ce dépouillement du Saint Sacrement.


« L’adoration, c’est le vestibule du Ciel » (saint Pierre-Julien Eymard) parce que nous goûtons déjà au face à face avec Dieu pendant nos adorations terrestres. Nous avons quelque acompte du bénéfice intérieur de la rencontre de Dieu. Comme cette chose qui échappe à force d’exposition, à certains adorateurs : de rayonner de la lumière du Christ.    
                           

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgSandrine Treuillard

26 juillet 2017, Sury-ès-Bois — 5 octobre 2017, Vanves


pj eymard,adoration,adoration eucharistique,eucharistie,foi,islamResponsable de la Fraternité Eucharistique,
Branche laïque de la Congrégation du Saint Sacrement (sss), rattachée à la Chapelle Corpus Christi,
23 avenue de Friedland, Paris 8.

 

 

 

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Saint Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie, un saint pour notre temps


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Les deux détails des vitraux

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20.10.2016

L'humble croix du chemin creux - Foyer de Charité Saint Martin

Vendredi 7 octobre 2016 – Notre-Dame du Rosaire
Les Bleineries, Sury-ès-Bois – 18h01

ArrImla flaque 5.jpgLes chemins creux sont formés à l’ombre
des arbres 
dans le creux entre deux haies qui, elles, délimitent les champs, eux, à ciel ouvert.

Marthe : il s’agit de Marthe Robin
et de son ouvrage
De l’arrestation à la mise au tombeau
La douloureuse Passion du Sauveur Tome III
,
Les cahiers de Marthe Robin,
Les Foyers de Charité éditions, avril 2016.

 


         J’avais dit un chapelet après ce que j’ai écrit ce matin, plus haut dans ce cahier. Pour lutter contre le démon qui semait la zizanie dans ma vocation eucharistique à aller vivre au Foyer de Charité de Agen, en me faisant miroiter un homme de chair, encore un artiste, qui pourrait très bien devenir mon homme… et non ! Après le chapelet complet et éclair, en 20 minutes la paix est revenue avec la juste vocation à me consacrer totalement au Seigneur.

Couv De l'arrestation…MartheRobin.jpg         Je reviens d’une autre promenade dans les champs, ma promenade ici, vers Glaire et au-delà, plus loin encore au-dessus des Bauchetières, dans le chemin creux, et j’ai prié le chapelet des Mystères douloureux jusque là-bas improvisant les 5 dizaines, me souvenant de ce que Marthe a écrit depuis l’arrestation du Christ ; sachant que le dernier était la Crucifixion, l’avant-dernier la Couronne d’épines, le premier à Gethsémani, en second la Flagellation et en troisième le Chemin de croix. J’ai narré les stations en me souvenant de ce que Marthe a écrit et du film de Mel Gibson La Passion du Christ. C’est merveilleux de prier le chapelet en marchant dans la douce campagne d’automne d’aujourd’hui, en cette fête de Notre-Dame du Rosaire qui tombe un vendredi…

L'humble croix.jpg         J’ai terminé devant la mare au niveau du carrefour des trois chemins creux, au début de celui de droite qui descend vers les Bauchetières. Là, dans l’ombre de ce tunnel des arbres, j’ai prié longuement et me suis offerte à Dieu, à Jésus après la Crucifixion de la cinquième dizaine de ces Mystères. L’Esprit Saint a prié en moi, m’a inspirée cette prière finalement joyeuse, pleine de résurrection et d’amour, et je me suis retournée pour rebrousser chemin, et mon regard est tombé nez à nez avec une forme très belle et pourtant brute, d’une croix au milieu des pierres, un morceau de branche cruciforme si parfaitement cruciforme et comme pétrie, par endroits, de boue… Je me baissai immédiatement pour la ramasser et vraiment quelle beauté que ce signe ! C’est une croix humble de bois et de terre, une croix alors que j’avais dit de Jésus hissé sur la Croix qu’Il attire à lui tous les hommes, mon regard rencontra la terre et je vis comme un signe glorieux dans cette humble croix de branche et de boue.

         Je ne puis alors qu’éclater de joie et me sentir en paix et confortée dans l’appel du Seigneur. Ce matin aussi, j’ai lu la suite de ce que Marthe a écrit, et d’ailleurs actuellement j’utilise ce gros ouvrage comme coussin pour écrire dans mon cahier assise sur le lit. J’ai lu, ce matin, Le jugement du matin (Caïphe) et Le désespoir de Judas.

         Après le déjeuner, je me suis lavé les cheveux et ensuite suis allée à pied à l’église Saint-Martin de Sury-ès-Bois, pour y être avant papa et prier là-bas avant sa venue pour prendre les mesures des 5 baies dont 4 m’intéressent pour les 4 moments de vie de saint Martin. Mais, j’y pense, la plus petite près des fonds baptismaux devrait être illustrée par le baptême de saint Martin !


SteBrigitte17.jpg         Après avoir trouvé cette petite croix, merveille de terre et de bois brut, je la voyais comme une croix glorieuse et j’ai pensé à sainte Catherine de Sienne qui porte la croix du Christ entre ses bras, et à la statue de sainte Solange (patronne du Berry) dans l’église de Sury qui fixe une croix absente tenue dans sa main gauche. C’est comme si j’avais trouvé sa petite croix disparue dont elle fixait son Christ glorieux au gibet, dans le creux de sa paume entre ses doigts.


         Je suis frappée par l’absence de Jésus Eucharistie dans cette église, comme si tout criait par son absence, comme si son absence criait, absence criante qui dénonce la négligence de tous de le prier Lui, de faire qu’un prêtre célèbre son sacrifice eucharistique si beau et le rende présent sur l’autel, présent dans les saintes Espèces au Tabernacle, dans l’Eucharistie qu’expose l’ostensoir…

Adoration ihs SC Saint Martin.jpg         Si un prêtre ne consacre jamais les hosties, ni ne célèbre la messe Jésus n’est pas présent dans l’église. Jésus Eucharistie a besoin d’être comme « entretenu » par le prêtre, lors de la célébration répétée, son saint sacrifice à chaque fois renouvelé pour vivre et faire vivre la foi et les fidèles. Moi, je demande à Dieu de faire revivre Jésus sur ses autels des campagnes de France, de faire revivre Jésus dans et par la messe, de faire revenir des prêtres ou même un seul qui soit comme un curé d’Ars pour souffler sur la braise de l’autel, réanimer le feu de l’Eucharistie par sa vie consacrée au Seigneur et à la célébration quotidienne de son sacrifice sublime, parfait, si beau et si plein des grâces de Dieu pour le cœur des hommes. Un prêtre et deux, trois laïcs consacrés.

         Un prêtre et deux, trois laïcs consacrés qui prient, célèbrent la messe et recommencent à évangéliser. Un nouveau Foyer de Charité Saint-Martin, avec beaucoup d’adoration pour faire revivre Jésus Eucharistie et attirer à Lui tous les hommes du pays alentour.

(18h33)

AdoStMartinCouverture.jpg[Ajout du 20 octobre : Adoration Saint Martin : ré-évangéliser les campagnes par un nouveau Foyer d’Amour Eucharistique. Fonder un Foyer de Charité Saint-Martin dans l’esprit de Marthe Robin : nouvelle Pentecôte d’amour, nouvelle évangélisation par des laïcs consacrés autour d’un Père avec la Vierge Médiatrice. Retraites Fondamentales organisées pour tous.]

 

 

 

 

 

 

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgJehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

logo sss.jpg

Sandrine Treuillard 
engagée dans la Fraternité Eucharistique
branche laïque de la Congrégation du Saint Sacrement (sss), fondée par st Pierre-Julien Eymard.

 

 

 

Voici la vidéo Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) pour découvrir l'église

 

Vous retrouverez cet article et tout le projet d'évangélisation
sur la page enrichie
Adoration Saint Martin

Présentation du projet Adoration Saint Martin

2B-CSteBrigitte.jpgUn appel à don pour la création de vitraux est lancé. (notamment pour la baie centrale chapelle nord, photo ci-contre). Contacter Nicole Godon, présidente de l'Association Les Amis de l'église Saint-Martin de Sury-ès-Bois au 02 48 73 77 00.

Page Facebook : Les Amis de l'église Saint-Martin (18)

 


Projet pour un vitrail : 
Le songe de saint Martin :
La Compassion de saint Martin de Tours pour la France (Miséricorde divine)

 

10.05.2016

Promesse d'engagement dans la Fraternité Eucharistique à la suite de St Pierre-Julien Eymard

fraternité eucharistique,saint pierre-julien eymard,eucharistie,sacré cœur,sandrine treuillard,foi,christianisme,politiqueLe 3 juin 2016,
en la fête du Sacré Cœur,

chapelle Corpus Christi,
23 avenue de Friedland, Paris 8.
Durant la messe de 18h30.


La nuit suivante sera d'adoration eucharistique.

  

 

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fraternité eucharistique,saint pierre-julien eymard,eucharistie,sacré cœur,sandrine treuillard,foi,christianisme,politiqueLettre de St P-J. Eymard au Tiers Ordre de Marie Immaculée de Lyon, depuis La Seyne-sur-Mer :

Maintenant, il faut vite se mettre à l'œuvre, sauver les âmes par la divine Eucharistie, et réveiller la France et l'Europe engourdie dans son sommeil d'indifférence, parce qu'elle ne connaît pas le don de Dieu, Jésus l'Emmanuel eucharistique. C'est la torche de l'amour qu'il faut porter dans les âmes tièdes et qui se croient pieuses et ne le sont pas, parce qu'elles n'ont pas établi leur centre et leur vie dans Jésus au saint Tabernacle ; et toute dévotion qui n'a pas une tente sur le Calvaire et une autour du Tabernacle n'est pas une piété solide et ne fera jamais rien de grand. Je trouve que l'on s'éloigne trop de la sainte Eucharistie, qu'on ne prêche pas assez souvent sur ce mystère d'amour par excellence ; alors les âmes souffrent, elles deviennent toutes sensuelles et matérielles dans leur piété, s'attachant aux créatures d'une manière déréglée, parce qu'elles ne savent pas trouver leur consolation et leur force en Notre Seigneur. (CO 325,1), 1852

 

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Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie,
un saint pour notre temps
 

03.05.2016

"L'amour nous rend apôtres de Jésus" st P-J. Eymard

P-J. Eymard Portrait 1.jpgSi la foi nous fait disciples de Jésus,
l’amour nous rend apôtres.

Saint Pierre-Julien Eymard

Citation du 3 mai (Sts Philippe et Jacques)
tirée de sa correspondance (CO 1273),
extraite de Une pensée par jour,
éditions Médiaspaul, 2010.

 

                 Le disciple écoute son maître, il est docile à sa parole qu’il laisse pénétrer et œuvrer en lui. Il écoute et se délecte de l’enseignement de son doux maître. Son cœur s’ouvre à la Parole bienfaisante du Fils de Dieu, la Parole du Dieu fait homme descend en lui et transfigure son être. Car cette parole est remplie de l’Esprit de Jésus. C’est une source venue du Père qui s’échappe du Cœur de Jésus et rejaillit dans celui du disciple.

                 L’Esprit de Jésus est amour du Père pour toute créature. Il a le pouvoir merveilleux de nous transfigurer à tel point à l’intérieur qu’il nous rend capables, à notre tour, d’amour. Cet amour nouveau qui coule en nous est à la fois si pénétrant et si intense qu’il nous donne une force particulière. C’est alors que, dans une nouvelle facilité, il nous est donné de diffuser, de transmettre à notre tour cet amour.

                 Nous reconnaissons l’amour que nous recevons de Jésus à ce qu’il nous stimule à le partager, à le redistribuer, comme une eau qui viendrait gonfler notre petite rivière qui, elle aussi, à son tour, vient gonfler d’autres petites rivières. On reconnaît que l’on devient apôtre de Jésus quand ce besoin de transmettre l’amour que nous recevons de Lui est fluide, qu’il ne force ni les êtres, ni les événements, mais reçoit, tel une grâce, en son heure, ce temps favorable pour le témoignage qui n’est autre qu’un abandon à la Volonté du Père.

                 L’apôtre appartient de façon doucereuse au Christ. Il obéit en toute joie à son Esprit qui demeure en lui et le fait être un feu sur la terre. Son action découle de ce que la Personne du Christ demeure en lui, le fortifie amoureusement. L’ayant simplifié dans tout son être, il lui permet d’agir fidèlement à la Volonté de Dieu Notre Père qui répand sa bonté depuis les cieux par le Cœur saint de son Fils bien-aimé, Jésus.


Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

 

Sandrine Treuillard

(Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie)

 


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Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie,
un saint pour notre temps

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Adoration Saint Martin

 

 

28.04.2016

Le songe de saint Martin : La Compassion de saint Martin de Tours pour la France (Miséricorde divine) Dessin pour un vitrail de l’église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)

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En mars dernier, j'ai pu photographier le dessin sur papier de mon projet de vitrail pour l'église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) et remettre à l'évêque de Créteil, Mgr Michel Santier, la totalité du projet de l'Adoration Saint Martin tel qu'il est actuellement, sous la forme d'un dossier papier illustré. Dans l'espoir qu'il transmette à son tour ce dossier à son ami du diocèse du Berry, de Bourges, Mgr Armand Maillard. Car le projet de l'Adoration Saint Martin part bien de l'église de mon village… Vous pouvez voir ici les photos de ce dessin dont l'idée remonte à fin 2014. Et ci-après la prière-poème qui soutient théologiquement l'iconographie mise en œuvre pour ce vitrail.

 

 


Le songe de saint Martin : La Compassion de saint Martin de Tours pour la France (Miséricorde divine)

Dessin pour un vitrail de l’église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)
Crayon aquarelle sur papier, 50 cm x 130 cm par Sandrine Treuillard (Mars 2016).

Détails

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Saint Martin Vitrail Sury.jpg

LA COMPASSION DE SAINT MARTIN DE TOURS *


Adoration à Saint-Gervais - Veillée des Semeurs d’Espérance du 16-I-2015[i]

 

 

 

Photographie ci-contre : unique vitrail de l'église Saint-Martin de Sury-ès-Bois, diocèse de Bourges (18), représentant l'Évêque de Tours et Apôtre de la Gaule.                   
Je fus baptisée le 25 mai 1975 dans cette église.
@Sandrine Treuillard, 2014

 
 

St Pierre-Julien Eymard malade.jpgQuand l’ostensoir a été déposé sur l’autel, aussitôt je vis :

           - Le visage du père Eymard malade [ii], que j’aime tant (photo ci-contre).
Je me mis à pleurer. Toujours agenouillée en adoration devant l’autel à Saint-Gervais, ce fut alors l’autel de Saint-Martin de Sury-ès-Bois que je vis, l’ostensoir exposé. En larmes je vis :

       - Saint Martin et Jésus Ecce Homo : présence si forte & si intime de saint Martin : la compassion de Martin pour les paysans qui ne croient pas en Jésus et ont pourtant une grande soif spirituelle.

        - Le vitrail que je vais dessiner a pris une nouvelle forme. Tout le temps de l’adoration fut une émulation de l’Esprit Saint, avec des affections corporelles où la joie s’amplifiait. Je pris mon carnet et écrivis :



            Le fourreau au côté droit de saint Martin couché et dormant, lové dans le cercle du vitrail, ce fourreau dépasse de sa hanche, est visible, alors que le pan gauche de la cape rouge recouvre une partie de son corps endormi

            Il songe

            Le fourreau est vide

            La main de Dieu brandit l’Épée dans la nuit bleue

            La justice de Dieu sépare les ténèbres du jour

            L’Épée à double tranchant désigne deux espaces différents

            Le songe de saint Martin

            Il dort : on voit sa sandale de romain lacée à son tibia

            Il voit en songe la partie supérieure droite du vitrail

Capture d’écran 2015-02-07 à 17.56.48.png            Jésus outragé, le visage ensanglanté, la couronne d’épines ayant broyé la chair de son front, de son crâne

            Son épaule gauche et sa poitrine gauche sont recouvertes de la seconde moitié de la cape rouge de Martin

            Le sein droit du Seigneur est nu et visible

            Là où est sa Plaie, son flanc droit est visible

            L’Épée sépare le jour de la nuit

            L’Épée désigne le côté du Christ

            L’Épée adoube la souffrance du Christ

            L’Épée, la justice de Dieu, sanctifie la souffrance du Christ

            Son Épée est la Lumière

            L’épée de la justice de Dieu a la couleur du jour, de l’argent lunaire

            Elle contraste avec le bleu foncé de la nuit

            Elle est grâce

            L’épée de Dieu est la Grâce

            L’épée de Dieu couleur d’argent est la source de l’eau qui coule de la plaie du côté du Christ

            Ce fleuve est un ruban d’argent

            Le fourreau au côté droit de Martin est vide

            Martin s’abandonne au sommeil et voit Jésus Ecce Homo en songe

            Il reçoit la grâce de la compassion à la souffrance du Christ

            Il reçoit la grâce de devenir l’instrument de la Justice d’Amour de Dieu

            Saint Martin, le soldat romain, comprend le besoin spirituel des paysans gaulois

            Par la grâce de la compassion à la souffrance du Christ, devenu Évêque de Tours, saint Martin répandra le fleuve et la parole d’Amour du Dieu Sauveur

            Le ruban d’argent qu’est la Loire rejoint la lumière de la Justice divine

            La Loire est l’épée de Dieu, à double tranchant

            le fleuve d’Amour

            qui coule du Côté du Christ

            le Fleuve qui restaure la Gaule

            à la Bonne Nouvelle instaure

            la France.

            A M E N

            

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Adoration Saint-Martin

Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) :

 

  


[i] Note du samedi 17 février, au matin : Lors de la communion, tandis que le Seigneur fondait dans ma bouche, je demandai la faveur de ne plus éprouver la faim qui me taraudait, afin d’être toute concentrée en Jésus-eucharistie lors de l’Adoration qui allait suivre. Grâce accordée. À donc suivi cette prière qui est un poème d’Adoration, le fruit direct de cette prière d’abandon. Une grande grâce de recevoir saint Martin pour compagnon de cette année (de la vie consacrée) avec lequel approfondir ma foi, duquel découvrir la vie spirituelle et le prendre pour modèle. Saint Martin est une force, le premier saint que Dieu me donna lors de mon baptême, le 6 novembre 1974, en l’église éponyme de Sury-ès-Bois (diocèse de Bourges). À minuit, quand Romain Allain-Dupré reprit la parole pour clore la veillée, je traçais le AMEN sur le carnet, en fin de prière.

[ii] L’Apôtre de l’Eucharistie Biographie de saint Pierre-Julien Eymard, André Guitton, Nouvelle Cité, 2012.

Courrier des lecteurs envoyé à Famille chrétienne à propos de « Notre-Dame de Vierzon profanée » FC n°1934 :
« En lisant cet article, j'ai reçu comme un choc non pas que les hosties aient été volées, mais qu'il y ait une église à Vierzon ! En effet, j'y ai passé mes trois années d'internat au lycée public Édouard Vaillant et ma conscience politique a grandi avec Lutte Ouvrière, par un camarade de classe actif dans ce parti d'extrême gauche révolutionnaire.
Savez-vous que Mgr Maillard gouverne un diocèse où il n'y a aucun séminariste ? Le diocèse de Bourges comprend pourtant aussi la belle œuvre du père Jules Chevalier, fondateur des Missionnaires du Sacré-Cœur et bâtisseur de Notre-Dame du Sacré Cœur d'Issoudun. De ce cœur de France, en Berry & Sologne, Notre Seigneur demande que l'on se soucie, du haut de nos pénates parisiennes. L'Église pourrait-elle envoyer des prêtres dans ces régions désertées ?
J'ai moi-même eu une vocation religieuse contrariée, par manque d'accompagnement. Aujourd'hui, j'ai pour mission de puiser à la source de l'Apôtre de la Gaule, saint Martin de Tours, afin de faire revivre les églises de nos campagnes, potentiels foyers d'amour eucharistique.
Répartissons les prêtres sur le territoire pour faire revivre notre foi !
Sandrine, future Jehanne de la Sainte Eucharistie »

 

23.02.2016

Le manteau de saint Martin ou le Cœur de Dieu donné en partage

Adoration ihs SC Saint Martin.jpg         « Comment faire pour que les urbains se sentent concernés par la question de la campagne ?* ». Commencer l’Adoration Saint Martin en ville pour la faire rayonner dans les campagnes.

         En ville, j’ai été touchée par les sdf, par la dignité humaine mise au ban de la société.

Les pauvres, ces étrangers, rendus étrangers par leur extrême misère sociale, se voient en rupture d’avec les autres, dangereusement isolés. Les sdf sont les premiers étrangers et pauvres à avoir besoin de la reconnaissance de leur dignité, de l’espace sacré qui est en eux et qui les garde profondément ancrés dans l’humanité.

         Quand saint Martin descend de son cheval et donne la moitié de son manteau au déshérité à la porte d’Amiens, Martin donne son amour à cette personne interdite de cité, déchue de la ville ou venant de la campagne pour y trouver de quoi subsister, y faire l’aumône. Chaque sdf est un étranger, un campagnard dans la ville, un déchu de civilité, un paysan, un païen urbain, un rejeté de la cité, un citoyen d’outre zone. Il n’a plus son mot à dire ni sur lui-même, ni sur la société qui l’a laissé se perdre, a encouragé, même par omission, la violation de sa personne jusqu’à une forme d’anéantissement. C’est la néantisation de l’homme, la négation de son humanité dont est coupable notre système anthropologique malade qui réduit l’homme à l’homo economicus, au matérialisme, à l’instrumentalisation des « couches hautes » de la personne humaine.  

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         La charité de saint Martin ne fait pas que préserver du froid un homme, en cet hiver de l’an 353-354. Elle lui fait revêtir son humanité, sa dignité de personne en créant un lien fort et symbolique : la moitié de la chape que porte Martin est sur les épaules du miséreux. C’est le sens même du symbole : deux moitiés d’un même objet, qui, se retrouvant s’assemblent et font se reconnaître comme les deux parties d’un seul et même objet. La chape de saint Martin devient le symbole de l’unité, de l’union par excellence. Cette chape rouge de la charité est la pièce de tissu unique de la communion. « Un cor unum et anima una ». « Un seul cœur et une seule âme », voilà ce que dit le geste de saint Martin, qui n’est pas encore baptisé ce jour-là, recouvrant les épaules du pauvre de la moitié de son manteau. Martin transmet l’amour du Christ au pauvre, il le partage.

         C’est bien le Cœur de Dieu qui est donné-là en partage. C’est bien un geste de communion d’amour. Un geste eucharistique. Il partage le Cœur du Christ quand il pose sa chape sur les épaules du malheureux. Il donne un aperçu de l’amour eucharistique de Jésus : ce manteau partagé, c’est comme le pain rompu puis distribué. Le Cœur du Christ étant compris dans la sainte Eucharistie, enceint en elle… ce Cœur rayonne dans la blancheur de l’hostie consacrée… le Cœur de Dieu est dans le Corps du Christ sur l’autel…


saint martin, miséricorde divine, adoration saint martin, eucharistie, sacré cœur, sacré coeur, christianisme, foi, la france         Martin revêt le corps du pauvre du Corps du Christ quand il le vêt du manteau partagé. Le geste de Martin est eucharistique. La porte d’Amiens, au ban de la ville, et déjà seuil de la campagne, devient un lieu consacré comme un autel par le geste eucharistique de Martin descendant de son destrier et jetant la moitié de sa chape sur les épaules du démuni. C’est le sacre du misérable. Une onction d’amour sur un corps banni, et en son âme. Par ce geste, Martin devient prêtre. Le corps du malheureux est à la fois autel et sur l’autel. Son corps et son âme sont rendus sacrés par le geste rempli de l’Esprit de Jésus dont Martin est agi. À la porte d’Amiens, au ban de la cité, au seuil de la campagne, ce lieu où la rencontre de Martin et du misérable se déploie devient (con)sacré par ce geste rempli de l’onction divine, de la Miséricorde.
 

         Toute la personne du misérable est ainsi revêtue du Cœur et du Corps du Christ. « Un cor unum et anima una ». Un seul corps et une seule âme en Jésus, communion de deux êtres en l’amour du Christ. 

         Ainsi, le lieu de l’action où se donne en partage le Cœur et le Corps de Dieu fait homme en Jésus, par Martin, ni ville ni campagne, plus ville, pas encore campagne, no man’s land, cette banlieue est aussi consacrée par l’onction divine contenue dans l’acte eucharistique du partage et du don de le moitié de son manteau de Martin. 

         Le cheval, un genou à terre, incline sa tête devant la scène.

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

 

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

14-21 février 2016

 

 

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Adoration Saint Martin

        

* Question posée par Michel Corajoud, paysagiste à Paris, dans le documentaire de Dominique Marchais, Le temps des grâces.

 

Images
La Charité de saint Martin.
Manuscrit France du Nord, 1280-1290 - Bibliothèque Nationale  
Charité de saint Martin. Église Saint-Martin de Donzenac. Limousin. 

 

 

 

08.12.2015

L'offrande intégrale de soi - Édith Stein & Etty Hillesum

L'encielement Édith & Etty 9.jpg« Nous avons vécu une journée étrange, écrit Etty Hillesum dans ses Lettres de Westerbork[1], lorsqu'un transport nous amena des catholiques juifs ou des juifs catholiques – comme on voudra – nonnes et moines portant l'étoile jaune sur leur habit conventuel. Je me rappelle deux garçons, jumeaux dont le beau visage brun évoquait le ghetto et qui, le regard plein d'une sérénité enfantine sous leur capuce, racontaient aimablement – tout au plus un peu étonnés – qu'on était venu à quatre heures et demie les arracher à l'office du matin et qu'à Amersfoort on leur avait donné du chou rouge […] Et, dominant le tout, le crépitement ininterrompu d'une batterie de machines à écrire : la mitraille de la bureaucratie […] Plus tard, quelqu'un m'a raconté que le soir même il avait vu un groupe de religieux s'avancer dans la pénombre entre deux baraques obscures en disant leur chapelet, aussi imperturbables que s'ils avaient défilé dans le cloître de leur abbaye. » [2]

Elle ajoute, dans un passage non publié en français de son journal : « [Rencontré aussi] deux religieuses, appartenant à une famille juive très orthodoxe, riche et très cultivée de Breslau, avec l'étoile jaune cousue sur leur habit monastique. Les voilà qui retrouvent leurs souvenirs de jeunesse. »[3]

 

C'est ainsi que, peut-être l'instant d'un enregistrement administratif ou d'une brève conversation, Etty Hillesum et Edith Stein se sont croisées. Ce mince événement a une portée symbolique. Il en va ici comme de ces morceaux brisés des tessères antiques dont la réunion, sumbolon, dessinait une figure déchiffrable et permettait une reconnaissance entre les hôtes d'un jour, ou les partenaires d'une alliance. La rencontre fugitive et anonyme de ces deux femmes, héritières chacune du mystère d'Israël, dans un des lieux du déni le plus radical qui ait jamais été opposé à ce mystère, dessine elle aussi, de manière discrète mais décisive, une figure significative. Car Etty et Edith, deux brillantes figures de la culture européenne, dont l'une partait comme infirmière dans un hôpital militaire, en 14, avec les Ideen de Husserl et l'Odyssée d'Homère en poche[4], et dont l'autre arrive à Westerbork avec Rilke et Tolstoï dans son sac à dos, vont, chacune à sa manière, se dresser contre la logique de mensonge et de mort du nazisme avant d'en être les victimes. Elles ne le font pas par l'argumentation, ni par la résistance armée. Car la défense des réalités que le nazisme attaquait de plein fouet, la vérité et la vie, ne relève en dernière instance ni de l'argumentation, ni de la force. Elle relève de l'attestation. Attestation qui est plutôt, pour Edith, celle d'un indéfectible amour de la vérité, et pour Etty celle d'un non moins indéfectible amour de la vie. Mais à Westerbork, les témoignages que nous avons sur l'une et sur l'autre manifestent la convergence de ces deux voies dans l'humble amour du prochain.

 

La lumière de la Croix

L'enciellement Édith & Etty.jpgLa psychologie fut un des premiers intérêts d'Edith. Mais, après quatre semestres à l'université de Breslau, elle déchanta : « C'était dès le début une erreur de songer à faire un travail en psychologie. Toutes mes études en psychologie m'avaient seulement convaincue que cette science en était encore à ses premiers balbutiements […] Et si ce que j'avais appris jusque là sur la phénoménologie me fascinait tellement, c'était parce qu'elle consistait spécifiquement en ce travail de clarification et qu'on y forgeait soi-même dès le début les outils intellectuels dont on avait besoin. »[5] Exigence de fondation, exigence d'autonomie dans le discernement intellectuel : Edith a vingt ans, mais déjà elle est intellectuellement équipée contre toute espèce de dérive idéologique de la pensée, si l'idéologie commence avec le déguisement des présupposés en raisons, et l'abdication du jugement personnel. Commence alors un itinéraire qui, d’étape en étape, transfigure pour elle et en elle les termes de science et de vérité. C'est d'abord la rencontre avec « la phénoménologie comme science rigoureuse », en un sens nouveau du terme de science, faisant droit à l’esprit comme esprit et à l'âme comme âme. Mais l'attention du phénoménologue à l'expérience religieuse, dont les cours de Max Scheler lui révèlent l'importance, n’est pas encore la foi. De manière significative, celle-ci commence pour Edith avec la découverte de la Croix lorsque Anna Reinach, une amie protestante, vit avec sérénité la mort de son mari au front.  « Ce fut ma première rencontre avec la Croix, avec cette force divine qu’elle confère à ceux qui la portent. Pour la première fois, l’Eglise, née de la Passion du Christ et victorieuse de la mort, m’apparut visiblement. »[6] Edith est alors prête à accueillir la vérité chrétienne, et le jour où elle ouvre, en 1921, la Vie par elle-même de Thérèse d’Avila, sa longue quête prend fin. « C'est la vérité », se dit-elle en refermant le livre.

C’est cette exigence d'aller « jusqu'au fondement », un fondement qui a pris pour elle un jour et définitivement les traits du Crucifié, et ne se touche que dans la prière, qui commande son herméneutique des violences nazies, dès 1933, en termes d'actualisation du mystère de la Croix dans le présent de l'histoire. Six ans plus tard, le dimanche de la Passion 1939, elle adresse un billet à sa mère prieure, à Echt : « Chère Mère, permettez-moi de m'offrir au Cœur de Jésus en sacrifice d'expiation pour la vraie paix : que le règne de l'Antéchrist s'effondre, si possible sans une nouvelle guerre mondiale, et qu'un ordre nouveau soit établi. Je voudrais m'offrir aujourd'hui même, parce que l'on est à la douzième heure... »[7] L'unité indéchirable de cette interprétation christologique des événements et de l'offrande intégrale de soi constitue « la science de la Croix », titre du livre auquel elle travaillait encore le jour de son arrestation. L'expression fait écho au logos tou staurou paulinien, cette « folie pour les païens » qui vient directement contredire la logique de puissance qui régnait sur l'Europe d'alors. Dans l’introduction de ce livre, Edith s’explique sur la nouvelle signification du mot « science » qui le fait passer cette fois du registre phénoménologique au registre théologal : « Lorsque nous parlons de la science de la Croix, il ne faut pas entendre cette expression selon son sens habituel […]. Il s’agit d’une vérité vivante, réelle et active. Cette vérité est enfouie dans l’âme à la manière d’un grain de blé qui pousse ses racines et croît. Elle marque l’âme d’une manière spéciale […] à tel point que cette âme rayonne au dehors. »[8]

C'est bien ce qui est advenu : à Westerbork ; la « science de la Croix » n'est plus seulement pour Edith une vérité contemplée et consentie à l'intime de l'âme, mais la réalité même dans laquelle elle est immergée, et qui rayonne de sa personne : « La grande différence entre Edith Stein et les autres sœurs était dans son silence… elle donnait l'impression d'avoir à traîner une telle masse de souffrances que, même quand parfois elle souriait, c'était encore plus attristant… elle pensait à la souffrance qu'elle prévoyait, pas à sa propre souffrance, elle était pour cela trop paisible, mais elle pensait à la souffrance qui attendait les autres. Tout son extérieur éveillait chez moi encore une pensée, quand je me la représente en esprit assise dans la baraque : une Pietà sans Christ. »[9] Mystère douloureux, qu'il ne faut toutefois pas séparer de sa face lumineuse, jusque dans l'enfer du camp de transit : « La seule religieuse qui m'ait aussitôt impressionné et que – malgré les abominables épisodes dont je fus le témoin – je n'ai jamais pu oublier, c'était cette femme avec son sourire, qui n'était pas un masque, mais qui se levait comme un rayon de soleil… cette femme assez âgée, qui donnait une telle impression de jeunesse, qui était si entière, si vraie, si authentique… »[10] Il est significatif que, sous la plume de ce témoin, ce soient les termes de jeunesse, de vérité et d'authenticité qui viennent : démenti existentiel au mystère d'iniquité, mystère de mort et de mensonge. Un autre témoignage souligne qu'elle consacrait son temps à s'occuper des enfants : « Beaucoup de mères paraissaient tombées dans une sorte de prostration, voisine de la folie ; elles restaient là à gémir comme hébétées, délaissant leurs enfants. Sœur Bénédicte s'occupa des petits enfants, elle les lava, les peigna, leur procura la nourriture et les soins indispensables. »[11] La « science de la croix » rayonnait en humble amour de service.

 

Le pain et le baume

L'encielement Édith & Etty 6.jpgQuand Etty Hillesum, en mars 41, s'adresse au psychologue Julius Spier, elle est tout simplement en quête d'elle-même. Le journal qu'elle tient à partir de cette rencontre témoigne d'une personnalité vibrante, sensuelle, généreuse et possessive à la fois, surtout étonnamment lucide sur elle-même et sur les autres. Elle est partagée entre un puissant appétit de vivre et de grands passages à vide : « J'ai reçu assez de dons intellectuels pour pouvoir tout sonder, tout aborder, tout saisir en formules claires ; on me croit supérieurement informée de bien des problèmes de la vie ; pourtant là, tout au fond de moi, il y a une pelote agglutinée, quelque chose me retient dans une poigne de fer, et toute ma clarté de pensée ne m'empêche pas d'être bien souvent une pauvre godiche peureuse », écrit-elle à la première page de son journal[12]. Elle évoque un peu plus loin une « occlusion de l'âme ». Dans les cent premières pages, la guerre est simplement l'arrière plan de l'aventure intérieure qui se déroule à travers sa relation avec Julius Spier jusqu'à la mort de ce dernier en septembre 42. Relation complexe, faite de part et d'autre d'un puissant attrait physique et de séduction intellectuelle, mais aussi éveillant chez Etty une quête spirituelle d'abord confuse, puis de plus en plus explicite.

Le fil conducteur de cette quête pourrait être la lente transmutation de l'amour de la vie qui s'opère au fil des pages et des événements : d'abord spontanéité instinctive d'une personnalité qui se définit elle-même comme douée d'« un fort tempérament érotique », et ayant « un fort besoin de caresses et de tendresse »[13], cet amour de la vie, confronté à la violence dont on voit monter inexorablement la menace, prend peu à peu une tout autre profondeur. Peut-être n'est-il au commencement qu'un sentiment de sécurité au cœur de l'orage qui monte : « Comme c'est étrange ! c'est la guerre. Il y a des camps de concentration […]. Et pourtant, quand je cesse d'être sur mes gardes pour m'abandonner à moi-même, me voilà tout à coup reposant contre la poitrine nue de la vie, et ses bras qui m'enlacent sont si doux et si protecteurs […]. Tel est une fois pour toutes mon sentiment de la vie, et je crois qu'aucune guerre au monde, aucune cruauté humaine si absurde soit-elle n'y pourra rien changer. »[14] Mais plus la guerre rattrape Etty, la conduisant de sa situation somme toute confortable de jeune intellectuelle émancipée d'Amsterdam à celle de fonctionnaire à Westerbork, plus revient, comme un refrain de plus en plus intérieur à la situation dans laquelle elle est prise, l'affirmation de la bonté de la vie : « par essence la vie est bonne, et si elle prend parfois de si mauvais chemins, ce n'est pas la faute de Dieu, mais la nôtre. Cela reste mon dernier mot, même maintenant, même si on m'envoie en Pologne avec toute ma famille. »[15] Quelques lignes plus loin, le secret de cet amour purifié et pacifié de la vie est livré : « C'est curieux, depuis ce dernier transport de rafle, je n'ai plus faim, plus sommeil, plus rien, et pourtant je me sens très bien, on concentre à tel point son attention sur les autres que l'on s'oublie soi-même et c'est fort bien ainsi. »[16] Et encore : « Oui, la détresse est grande, et pourtant […] je sens monter de mon cœur – je n'y puis rien, c'est ainsi, cela vient d'une force élémentaire – la même incantation : la vie est une chose merveilleuse et grande, après la guerre nous aurons à construire un monde entièrement nouveau et, à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle cruauté, nous devrons opposer un petit supplément d'amour et de bonté. »[17]

Ce « petit supplément d'amour et de bonté », Etty ne pourra le livrer au monde après la guerre. Mais elle le prodigue à Westerbork. Dans une de ses dernières lettres, en date du 21 août 43, qui évoque de manière bouleversante le départ d'un convoi, et où elle affirme : « cette nuit, j'ai été en enfer », toute sa compassion va aux enfants et ce sont eux qui occupent l'essentiel de son regard, de son récit : « les gémissements des nouveau-nés s'enflent, ils remplissent les moindres recoins, les moindres fentes de cette baraque à l'éclairage fantomatique ; c'en est presque intenable. Un nom me monte aux lèvres : Hérode. »[18] Celle-là même qui, au début de son journal, se découvrant enceinte, n'avait pas hésité à supprimer la vie qu'elle portait en elle, a maintenant sur les enfants qui vont mourir le regard de l'Évangile. En octobre 42, dans la dernière page de son journal, elle écrit : « J'ai rompu mon corps comme le pain et l'ai partagé entre les hommes. Et pourquoi pas ? Car ils étaient affamés et sortaient de longues privations. » Et, aux dernières lignes du texte : « On voudrait être un baume versé sur tant de plaies. »[19] Le pain, le baume : deux signifiants fondamentaux de l'entretien de la vie, de la vie affamée et nourrie, de la vie blessée et guérie. Deux signes sacramentels du salut. Au terme du chemin, Etty est descendue assez profondément dans le mystère de la beauté et du don de la vie pour en entrevoir, du dedans, la portée sacramentelle ultime, inséparable de l'amour en actes.

Ainsi se sont rejoints le combat d'Edith contre la dérive utilitariste et fonctionnaliste de la vérité dans l'idéologie nazie, et le combat d'Etty contre la caricature instinctuelle et violente de la vie, expression de la culture de mort dans laquelle cette idéologie enfermait l'Europe. Et c'est pourquoi leur rencontre fugitive porte un sens qui la dépasse : maintenir l'alliance de la vérité et de la vie, qui fait la vie de l'esprit, contre toutes les forces qui s'y opposent, c'est témoigner de la victoire de l'esprit là même où il paraît réduit à sa plus grande impuissance. C'est vaincre, de l'intérieur et à la source, la tentation nihiliste. À la déclaration d'Edith, rapportée par le P. Hirschmann : « Jamais dans le monde la haine ne doit avoir le dernier mot »[20], fait écho la formule d'Etty : « Soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu'il n'est déjà. »[21]

 

L'urgence du témoignage

L'encielement Édith & Etty 010.jpgMais il y a un second niveau de lecture. Edith et Etty étaient juives l'une et l'autre. Elles ont eu une jeunesse peu ou pas pratiquante. Edith, malgré la grande piété de sa mère, ne fréquente plus la synagogue après ses quatorze ans. Etty n'a quant à elle reçu aucune formation religieuse, et ne découvre réellement la Bible que sur le conseil de Julius Spier. Aucune des deux n'est donc à proprement parler une convertie du judaïsme. Mais l'une et l'autre font, à partir de ce fonds areligieux, un chemin spirituel qui conduit Edith au baptême et au carmel, et Etty à une intense vie de relation à Dieu, sans référence dogmatique ni appartenance synagogale ou ecclésiale. Dans l'enfer de Westerbork, c'est le Bréviaire pour Edith, la Bible pour Etty, qui sont leur source de paix et de force. Faut-il en conclure que l'une et l'autre, la première par sa conversion, la seconde par son absence de toute pratique, n'ont rien à voir avec le mystère d'Israël ? Leur rencontre nous conduit peut-être au contraire au cœur de ce mystère auquel elles ont été l'une et l'autre, de manière paradoxale au premier regard, profondément fidèles. Mais cette fidélité a pris deux chemins et deux visages en elles comme dans notre histoire, l'une ayant rencontré et confessant explicitement le Christ, l'autre non. Saint Paul nous donne à penser, dans sa Lettre aux Romains, que c'est seulement à la fin des temps, à l'heure de la miséricorde de Dieu, que ces deux fidélités se fondront en une seule et que ces deux chemins convergeront. C'est pourquoi la rencontre d'Edith et d'Etty, jusque dans son caractère à peine ébauché, est non seulement symbolique, mais prophétique : elle anticipe sur cette heure-là, à distance, sans qu'elles aient pu prononcer ensemble le nom du Christ, un nom qu'Etty ne cite pratiquement jamais, même si elle se nourrit de l'Évangile[22]. Leur rencontre anticipe cette heure au moment et dans les lieux mêmes où l'idéologie nazie entendait précisément « éradiquer » Israël, et par là priver l'Église, greffée sur l'olivier franc, des racines de sa propre existence, et priver l'histoire humaine de son enracinement surnaturel[23].

         En ce qui concerne Etty, si on relit les textes dans cette perspective, il me semble qu'on peut la considérer, quoique détachée de la pratique cultuelle du judaïsme, comme une authentique fille d'Israël, en qui s'exprime et s'accomplit quelque chose d'essentiel à la vocation spirituelle de son peuple : la mission du témoin. Dès son journal, et de manière intense dans ses lettres, revient cette urgence du témoignage. Au début, elle exprime simplement le besoin et le désir d'écrire, tout en sentant bien que cela exige de sa part un engagement qu'elle ne peut encore pleinement assumer : « En moi certaines choses prennent bel et bien une forme, une forme de plus en plus nette, concentrée et tangible – et pourtant il n'y a encore rien à saisir, comment est-ce possible ? J'ai l'impression d'abriter un grand atelier où on travaille dur, où l'on martèle, taille, etc. »[24] Puis, quand se resserre l'étau, elle comprend que l'écriture n'est pas seulement une manière de se donner forme à elle-même, mais bien de témoigner pour l'histoire : « Je devrais brandir ce frêle stylo comme un marteau, et les mots devraient être autant de coups de maillet pour parler de notre destinée et pour raconter un épisode de notre histoire comme il n'y en a encore jamais eu […] Il faudra bien tout de même quelques survivants pour se faire un jour les chroniqueurs de cette époque. J'aimerais être, modestement, un d'entre eux. »[25] Et plus profondément encore, au-delà de la chronique, au-delà du travail du style, il s'agit pour elle de se faire pur témoin réceptif et attentif de la vie contre la mort, de la bonté contre la brutalité des hommes : « Je n'ai qu'à attendre patiemment que lèvent en moi les mots qui porteront le témoignage que je crois devoir porter, mon Dieu : qu'il est beau et bon de vivre dans ton monde, en dépit de ce que nous autres humains nous infligeons mutuellement. » C'est au terme de ces lignes qu'elle se désigne comme « le cœur pensant de la baraque. »[26]

         Et, de fait, nous trouvons dans ce « cœur pensant » un bouleversant témoignage des expériences spirituelles que le peuple d'Israël a connues et qui constituent son identité la plus profonde : d'abord l'expérience de cette beauté et bonté du monde, qui nous reconduit aux premières pages de la Genèse, rédigées dans le contexte de l'Exil, et fait retentir, au plus noir de la défiguration de la création de Dieu, l'écho de la bénédiction originelle. Puis l'expérience de la progressive dépossession de toutes les assurances, de tous les biens, pour le départ, d'abord vers Westerbork, puis vers une destination inconnue : expérience d'exode et d'exil, au terme de laquelle, dans le dernier billet qu'elle jette du train qui la mène vers Auschwitz, « assise sur (son) sac à dos, au milieu d'un wagon de marchandises bondé », elle peut écrire : « Christine, j'ouvre la Bible au hasard et trouve ceci : « Le Seigneur est ma chambre haute. »[27] C'est aussi, et presque dès le début du Journal, l'expérience d'une proximité intérieure de Dieu, contraignant « la fille qui ne savait pas s'agenouiller » à se jeter à genoux et à rencontrer, au cœur d'elle-même, ce buisson ardent de l'Exode où s'atteste la Présence. Et c'est surtout, authentifiant tout le reste, l'exigence éthique du service du malheureux, l'enfant, le vieillard, le malade, dans ces pages où se laissent entendre, c'est à dire mettre en pratique, la grande voix du Décalogue et l'appel des prophètes.

         Or c'est précisément cette présence de Dieu et cette Loi d'Israël que le nazisme a voulu extirper de la terre[28]. Comment les invalider mieux qu'en « supprimant les témoins »: le peuple juif, témoin, par vocation, de la transcendance de Dieu et de la conscience humaine, témoin de l'image de Dieu jusque dans le plus défiguré des hommes, témoin d'une Promesse donnant sens à l'Histoire jusque dans ses nuits les plus obscures. Etty écrit qu'elle n'a pas l'âme d'une révolutionnaire. Face au déni nazi de la vocation d'Israël, elle a été plus et mieux qu'une révolutionnaire : un témoin, et elle a mis au service de ce témoignage non seulement sa lucidité et son talent littéraire, mais son choix de rester à Westerbork et d'épouser jusqu'au bout la destinée de son peuple.

 

« Nous allons pour notre peuple »

L'encielement Édith & Etty 3.jpgC'est le même choix qu'a fait Edith. Elle l'a fait à partir d'une autre situation spirituelle, celle d'une chrétienne qui a redécouvert, du dedans de son baptême, le sens de l'élection d'Israël et la grâce d'y être charnellement rattachée : « Vous ne pouvez imaginer, écrit-elle, ce que cela signifie pour moi d'être une fille du peuple élu. C'est appartenir au Christ non seulement par l'esprit mais par le sang. »[29] Appartenance à la fois heureuse et crucifiante, qui fait d'elle un témoin, dans sa propre chair, de la rencontre aimante et douloureuse du Christ et de son peuple. Elle l'est dans son identité propre de juive devenue chrétienne : elle a souffert de l'incompréhension de sa mère très aimée devant sa conversion, elle a souffert du silence de son Église devant la persécution. Elle l'est dans sa consécration au Carmel, vécue comme une offrande de communion, au pied de la croix, avec la souffrance de son peuple. Elle a su – de la scientia Crucis – que la seule victoire qu'elle pouvait remporter sur la haine déferlante était de s'asseoir à la table des victimes, en sacrifice d'expiation. On peut trouver que sa théologie de l'expiation porte la marque d'un temps ; mais il faut remarquer que, dans un contexte où beaucoup considéraient le peuple juif comme responsable de la mort du Christ, Edith, elle, devant le mystère de la croix, l'assimile à la victime : « cette persécution est une persécution de la nature humaine du Christ. »[30] Enfin, sa mort, en tant que juive et en tant que chrétienne, arrêtée parce que juive, mais en représailles d'un acte de courage chrétien de la part de l'Église, accomplit jusqu'à l'extrême cette double appartenance, ou plutôt cette unique identité scellée par la Croix. Lorsque, au moment où elle quitte le carmel d'Echt sous escorte policière, elle dit à sa sœur Rosa : « Viens, nous allons pour notre peuple », ce peuple – son peuple - est indissociablement le peuple allemand dont elle est membre, et qu'elle voit livré au paganisme nazi, le peuple d'Israël dont elle est issue et dont elle va partager, dans sa chair, le sort, et le peuple nouveau sur lequel l'a greffée son baptême : l'Église.

 

Un buisson ardent au désert

L'encielement Édith & Etty 4.jpgEt c'est peut-être ici, au cœur de leur plus grande différence apparente, que nous pouvons voir se rejoindre les deux itinéraires d'Etty et d'Edith, comme une sorte d'attestation concrète de cette unité qu'opère secrètement, sans l'imposer ni la forcer, la Croix du Christ au foyer de l'Histoire. Comme l'a relevé Philibert Secrétan[31], il y a une étonnante convergence entre un texte d'Edith, écrit à l'intention de ses sœurs le 14 septembre 1941, et un passage du journal d'Etty. De part et d'autre, c'est la même conviction : la profondeur intérieure de la personne, l'âme, est demeure de Dieu, gardée par Dieu, quelles que soient les circonstances extérieures. Edith écrit : « Nous nous sommes engagées à la clôture, et nous le faisons de nouveau à chaque renouvellement de nos vœux. Mais Dieu ne s’est pas engagé à nous laisser toujours entre les murs de la clôture. Il n’en a pas besoin, car il dispose d’autres murs pour nous protéger […] Serions-nous même jetées à la rue, le Seigneur enverrait alors ses anges camper autour de nous, et leur vol invisible entourerait nos âmes d'une clôture plus sûre que les murs les plus hauts et les plus solides. »[32] Le 18 mai 42, Etty écrit pour sa part : « J'élève la prière autour de moi comme un mur protecteur plein d'ombre propice, je me retire dans la prière comme dans la cellule d'un couvent et j'en ressors plus concentrée plus forte, plus « ramassée ». »[33] C'est ainsi que, de Cologne à Echt et de Westerbork à Auschwitz pour l'une, d'Amsterdam à Westerbork et à Auschwitz pour l'autre, Edith et Etty ont vécu, dans toute sa dramatique profondeur, l’expérience constitutive de l’Exil : la ruine et la disparition de toutes les médiations qui incarnent habituellement la fidélité à Dieu, jusqu'à n’avoir plus, pour « donner corps » à cette fidélité, que leur propre corps à donner. Mais aussi, dans cet extrême dénuement, l'expérience nue et intense de la Présence, comme un buisson ardent dans le désert. Nous ne pouvons les rejoindre en ce lieu intime, ce saint des saints où chacune poursuivait avec son Seigneur un dialogue qu'aucune circonstance extérieure n'a pu briser. Nous pouvons seulement suggérer que, dans ce dialogue secret, chacune a été fidèle à la mission d'Israël, le peuple où Dieu a choisi d'établir sa résidence.

Pour Edith, qui écrit de Westerbork : « Jusqu'à présent j'ai pu prier magnifiquement »[34], c'était expérimenter jusqu’en sa propre chair l’alliance nouvelle et éternelle, promise à Israël depuis l’Exil et scellée sur la Croix : habiter, où que ce fut, le Temple indestructible, car non fait de main d’homme, qui est en chacun de nous la demeure du Dieu Vivant à l’intime de notre liberté. Quant à Etty, on peut peut-être déchiffrer dans cette expérience de l'agenouillement intérieur, hors toute médiation cultuelle, l'écho de ces situations extrêmes où, dans le dépouillement total, le cœur de l'Alliance – « Je serai avec vous », « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple » - se met à battre de manière plus sensible dans l'histoire. Etty écrit le 10 octobre 42 : « Si les turbulences sont trop fortes, si je ne sais plus comment m'en sortir, il me restera toujours deux mains à joindre et un genou à fléchir. C'est un geste que nous ne nous sommes pas transmis de génération en génération, nous autres juifs. J'ai eu du mal à l'apprendre. »[35] Ce qu'elle n'avait pas reçu de sa famille – cet agenouillement intérieur et extérieur devant le Saint, cette adoration « en esprit et en vérité », - Etty l'a retrouvé pour ne plus le perdre.

Peut-être peut-on alors risquer, avec beaucoup de respect, un dernier pas vers la rencontre de ces deux femmes. L'une et l'autre auraient peut-être pu échapper au sort qui les attendait. Il eût fallu qu'Edith se désolidarisât de Rose, sa sœur, ce qui lui aurait sans doute permis de trouver refuge en Suisse. Il eût fallu qu'Etty se désolidarisât de sa famille, ce qui lui aurait sans doute permis de retourner à Amsterdam. Elles ne l'ont pas fait. Elles ont choisi d'aimer jusqu'à l'extrême, au prix de leur propre vie. Elles ont mis cet amour en actes, humblement, en s'occupant des enfants et de ceux dont la détresse criait vers elles. Elles ont témoigné que l'union à Dieu et le service du prochain sont une seule et même grâce. Le 27 février 42, Etty recopie dans son journal quelques versets de l'hymne à la charité de saint Paul, et ajoute : « Tandis que je lisais ce texte, que se passait-il en moi ? […] J'avais l'impression qu'une baguette de sourcier venait frapper la surface durcie de mon cœur et en faisait aussitôt jaillir des sources cachées. »[36] Des « sources cachées » : c'est exactement la même expression qui vient sous la plume d'Edith lorsqu'elle médite sur la mission des âmes contemplatives, qui est aussi la sienne, dans le bouleversement de l'histoire : « Notre temps se voit de plus en plus obligé, quand tout le reste a échoué, de placer son dernier espoir de salut en ces sources cachées. »[37]

De ces « sources cachées » – ou plutôt, de la Source cachée dont elles émanent - Edith, à la suite de saint Jean de la Croix, a su l'origine.

Bien que ce fût de nuit.

 

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Marguerite Léna
Communauté Saint-François-Xavier

 

 

Titre initial :
La trace d’une rencontre
Edith Stein et Etty Hillesum

Publié dans la revue Études, juillet 2004


Photos :
Vidéogrammes de 
Enciellement Édith Etty

 

 

[1] Cf. Etty Hillesum, Une vie bouleversée, suivi de Lettres de Westerbork, traduites du néerlandais et annotées par Philippe Noble, Points / Seuil 1995. Etty était venue à Westerbork en tant que membre du Conseil juif, chargé par l’occupant de l’administration interne de ce camp de transit vers les camps d’extermination. Elle s'occupe entre autres de l'enregistrement des arrivants. Elle sera elle-même déportée et mourra à Auschwitz le 30 novembre 43.

[2] Op. cit. p. 260.

[3] Cité par le P. Lebeau, Etty Hillesum, un itinéraire spirituel, Editions Fidélité, Namur, et Editions Racine, Bruxelles, 1998, p. 177. Ces « deux religieuses » sont Edith Stein, Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix, et sa sœur Rosa, arrêtées au carmel d’Echt le 3 août 1942, en représailles du courageux mandement des évêques hollandais contre les persécutions antisémites. Elles meurent à Auschwitz le 9 août 1942. Edith Stein a été canonisée par le pape Jean-Paul II le 11 octobre 98. Etty fait erreur sur Rosa Stein, qui n'était pas carmélite, mais avait été accueillie par la communauté du carmel d'Echt.

[4] Cf. E. Stein, Vie d'une famille juive, p. 399.

[5] Edith Stein, Vie d'une famille juive, Ad Solem/ Cerf, p. 261.

[6] Elisabeth de Miribel, Comme l'or purifié par le feu, Edith Stein (1891-1942), Plon, 1984, p. 61.

[7] Edith Stein, billet du 26 mars 1939 à mère Ottilia Thannisch, prieure du carmel d'Echt, cité in Edith Stein, Source cachée, Cerf 1999.

[8] Edith Stein, La Science de la Croix, Nauwelaerts, Louvain, 1957, p. 3-4.

[9] Cité par B. Dupuy, id. p. 286.

[10] Id. p. 287.

[11] Cité par Elisabeth de Miribel, op.cit. p. 213-214.

[12] Op. cit. p. 9.

[13] Id. p. 66.

[14] Id. p. 119.

[15] Id. p. 282.

[16] Id. p. 283.

[17] Id. p. 288.

[18] Id. p. 328.

[19] Id. p. 245-246.

[20] Cité par B. Dupuy, op.cit. p. 262.

[21] Id. p. 218.

[22] C'est ainsi qu'elle répond au vieux communiste Klaas qui s'étonne de son refus de la haine et y voit « un retour au christianisme » : « - Mais oui, le christianisme : pourquoi pas ? » (p. 218).

[23] Cf Jean Dujardin, L'Église catholique et le peuple juif, Calmann-Lévy, 2003.

[24] Id. p. 125-126.

[25] Id. p. 168.

[26] Id. p. 201-202.

[27] Id. p. 344.

[28] Le P. Dujardin le met en lumière de manière décisive et cite à ce propos une parole d'Hitler rapportée par Rauschning : « Les tables du Sinaï ont perdu toute validité. La conscience est une invention des juifs. Elle est l'équivalent d'une circoncision, d'une amputation de l'être humain. » op. cit. p. 47.

[29] Cf. Cécile Rastoin, Edith Stein et le mystère d'Israël, Ad Solem, 1998, p. 97, note 9.

[30] Cf. Vie d'une famille juive, p. 589, note 12.

[31] Philibert Secrétan, « Trois juives dominées par la croix, Edith Stein, Etty Hillesum, Simone Weil », Choisir, mars 99, p. 5-11.

[32] « Exaltation de la Croix, 14 septembre 1941 », in Source Cachée, p. 277-278.

[33] p. 116.

[34] Lettre du 6 août 1942 à Mère Ambrosia Antonia Engelmann, prieure du Carmel d'Echt. Cité par E. de Miribel, op cit. p. 215.

[35] p. 242.

[36] Cité par P. Lebeau, id. p. 65 (passage non repris dans l'édition française du Journal).

[37] Source cachée est le titre choisi pour l’édition française des Œuvres spirituelles d’Edith Stein, Cerf 1999. La citation retenue ici figure p. 69.

07.12.2015

Du nécessaire don de soi - de sa beauté

1.jpg         À priori, le bon sens nous indique qu’une bonne politique économique devrait avoir pour objectif le développement harmonieux des familles. Pourquoi cette intention n’est elle pas audible ? Au contraire, les mêmes pertes de confiance, les mêmes peurs de « se faire avoir », semblent aujourd’hui brider l’engagement pour construire une famille et devenir entrepreneur ou acteur de la vie économique.

         La doctrine sociale de l’Église nous fait découvrir qu’il n’y a pas de famille sans vérité de l’amour et qu’il n’y a pas de vérité de l’amour sans don de soi. L’éros appelle l’agapè. De même, en matière de politique économique, l’exclusion du don et de la gratuité dans les échanges pour ne rechercher que le profit matériel et financier à tout prix aboutit à la crise annoncée que nous connaissons.

         Il y a une dynamique commune au développement de la famille et à celui d’une politique économique, c’est celle du don et du don de soi qui seule peut fonder la confiance. Mais cette dynamique elle-même a pour première cause la gratitude. Car non seulement il faut donner, mais il faut accepter de recevoir et donc accepter d’être conscient de ce que l’on doit. La famille est la première école du don car elle est l’école de la gratitude pour les dons reçus sans compter et sans aucun mérite.

2.jpg         Au cœur de la famille se vit la première expérience de l’usage de toutes les richesses qui répondent aux besoins réels de l’homme et dont chacun est appelé à être le ministre de la communication universelle. C’est dans la famille que se vit d’abord la possibilité de transformation de « l’avoir » en « être davantage ». C’est donc dans la famille que s’apprend d’abord la création et l’échange des richesses qui sont l’enjeu d’une politique économique au service de tout l’homme et de tous les hommes et donc de la famille.

         Les missions, naturelles et surnaturelles, de la famille en tant que première société naturelle et Église domestique, révèlent à l’homme qui il est, quelle est sa vocation et donc le chemin du bonheur pour « être davantage », c’est-à-dire un mendiant et ministre du don, du pardon, de l’amour et de la miséricorde.

         Comment parler aujourd’hui de « Politique économique et famille » ?

         L’association de ces mots n’est-elle pas choquante ? D’un côté la loi du marché et les interrogations légitimes sur la manière d’en réguler la dureté, de l’autre la loi de l’amour et la tentation ou le devoir d’en reconnaître la réalité par la loi positive. Une politique, donc une hiérarchie de moyens ordonnés à un but et de l’autre le trésor d’une société et donc un bien commun capable de servir au bonheur de plusieurs personnes.

3.jpg         Défenseur de la famille, vous vous dites peut-être qu’une politique relève du domaine public quand la famille est un espace de liberté privé et que si l’économie vit de l’échange des richesses mesurables qui ont un prix, la famille est le sanctuaire d’échanges qui n’ont eux, pas de prix.

         La signification même des mots employés, ne nous parle-t-elle pas d’une politique « Art de vivre ensemble », économique c’est-à-dire dont l’objet est « l’ordre ou la loi de la maison » et de famille ? Or comme les familles sont sources de prospérité pour reprendre la belle formule du Président de votre Académie, Jean-Didier Lecaillon, une politique économique raisonnée devrait faciliter la vie de chaque famille. Ce serait même son véritable « intérêt ». La logique de « l’utilité » est même imparable puisque le développement de la famille « fabrique » les agents économiques, producteurs et consommateurs sans lesquels la croissance n’est pas possible.

         Pourquoi donc si la conclusion s’impose au bon sens, est-il suspect et inconfortable pour un homme politique, pour un chef d’entreprise, pour un clerc voire pour un simple père de famille de revendiquer cette cohérence ? Il est vrai qu’au cours de l’année qui s’achève, le sentiment de frustration suscité par la crise qui frappe la société, le monde du travail et l’économie a augmenté. « Une crise dont les racines sont avant tout culturelles et anthropologiques », nous dit Benoît XVI, dans son message du 1er janvier 2012.

4.jpg         Les réflexions de jeunes en classe préparatoire HEC m’ont invité à réfléchir sur ces sentiments de peur et de frustration qui brident aujourd’hui notre société. Je les avais interrogés sur les motivations qui les conduisent à investir deux à trois années de leur jeunesse dans une vie quasi recluse et sous haute tension. Vous pouvez imaginer les réponses : avoir de l’argent, avoir du pouvoir, pouvoir choisir son métier, pouvoir mieux servir la société, être heureux. Nous avons prolongé naturellement ce questionnement par une réflexion sur la vocation et le désir du bonheur. Je leur ai demandé ensuite ce dont ils avaient peur dans la vie. Chacun y allait de ses « j’aime pas » : manquer d’argent, la maladie, dépendre des autres, etc. jusqu’à ce qu’une jeune étudiante rallie l’adhésion de ses camarades en disant : « moi je n’aime pas me faire avoir ». J’ai demandé des exemples. Et tous les élèves de la classe ont voulu en donner en se référant à des expériences très personnelles associant déboires familiaux et professionnels survenus autour d’eux et très souvent dans leur famille pour justifier leur perte de confiance.

5.jpg         Plutôt donc que de développer les interactions légitimes et fondamentales entre une politique économique et la famille, je soumets à l’expérience et à l’analyse de votre Académie deux perspectives anthropologiques susceptibles de nous aider à découvrir d’une part les fondations communes mais aussi les refus qui empêchent de mobiliser pour cette cohérence :

  1. Quel est le fondement de la confiance entre les hommes et en particulier dans la famille ?
  2. Est-ce que cette dynamique pourrait fonder une politique économique au service du développement de toute la personne, à son « être davantage » ?
  3. Quel est le fondement de la confiance entre les hommes et en particulier dans la famille ?

    1. Quel est le fondement de la confiance entre les hommes et en particulier dans la famille ?

         Nous pouvons en être étonnés mais cette question a fait très précisément l’objet du premier livre Amour et Responsabilité de Mgr Karol Wojtyla futur Pape et bienheureux Jean-Paul II. Henri de Lubac[1] souhaitera dans la préface de l’édition française publiée en 1965 que l’« argumentation rationnelle » de Jean-Paul II puisse convaincre « bien des esprits sérieux, soucieux de fonder les relations du couple sur une anthropologie complète, cohérente et approfondie » et qu’elle rende « courage à beaucoup ». La logique de Jean-Paul II peut être décomposée en 4 points que je vous propose avant de les reprendre pour les développer :

6.jpg         1.1. La vision utilitariste de l’amour instrumentalise les relations entre les personnes. Elle est une impasse pour conduire au bonheur de l’homme.

         1.2. Pour sortir de l’utilitarisme, pour ne pas « se faire avoir », l’amour appelle la réciprocité et la recherche du bien commun demandant le don de soi.

         1.3. L’institution politique et donc publique du mariage agit sur la conscience de ceux qui s’aiment et permet le « don de soi ».

         1.4. La famille est l’école de la gratitude, du don et du pardon au bénéfice de l’homme et de toute la société.

                  1.1. La vision utilitariste de l’amour instrumentalise les relations entre les personnes. Elle est une impasse pour conduire au bonheur de l’homme.

         Jean-Paul II a conduit une étude critique de la vision utilitariste de l’amour. Cette vision en effet met l’accent sur l’utilité de l’action. Alors la conséquence douloureuse et logiquement inévitable, quasi antithèse du commandement de l’amour est qu’il faut : « me considérer moi-même comme instrument et moyen puisque je considère ainsi autrui. »[2] Il sera possible d’harmoniser les égoïsmes de l’homme et de la femme dans le domaine sexuel en sorte qu’ils soient profitables l’un à l’autre mais cet amour partiel ne sera plus rien entre eux dès que finit le profit commun.

7.jpg         Dés lors « Tout ce qui donne du plaisir et exclut la peine est utile, car le plaisir est le facteur essentiel du bonheur humain. Être heureux, selon les principes de l’utilitarisme, c’est mener une vie agréable […]. Dans sa formulation finale, le principe de l’utilité exige donc le maximum de plaisir et le minimum de peine pour le plus grand nombre d’hommes […]. Si j’admets les principes de l’utilitarisme, je me considère nécessairement moi-même comme un sujet qui veut éprouver sur le plan émotif et affectif le plus possible de sensations et d’expériences positives, et comme un objet dont on peut se servir pour les provoquer. Et je considère inévitablement de la même manière toute autre personne, qui devient ainsi pour moi un moyen servant à atteindre le maximum de plaisir […]. L’utilitarisme parait être le programme d’un égoïsme conséquent, d’où on ne peut passer à un altruisme authentique. »[3]

         La vision utilitariste de l’amour peut prendre la forme « rigoriste » (la seule finalité légitime du mariage est la procréation en vue de la continuité de l’espèce ; la recherche du plaisir et de la volupté est un mal nécessaire) où la forme « libidienne » (la seule finalité de l’impulsion sexuelle est la recherche de la volupté). Dans les deux cas, cela aboutit à une instrumentalisation de la personne qui n’est pas compatible avec sa dignité en la considérant seulement comme un « objet » utile, un « moyen » et en ignorant sa réalité de « sujet ». Cette instrumentalisation est à l’antithèse de l’amour.

8.jpg                  1.2. Pour sortir de l’utilitarisme, pour ne pas « se faire avoir », l’amour appelle la réciprocité et la recherche du bien commun demandant le don de soi.

Pour sortir de l’utilitarisme, « la seule issue de cet égoïsme inévitable est de reconnaître en dehors du plaisir, le bien objectif qui lui aussi, peut unir les personnes, en prenant alors le caractère de bien commun. C’est lui qui est le véritable fondement de l’amour, et les personnes qui le choisissent ensemble s’y soumettent en même temps… L’amour est communion de personne. »[4]

         Selon Aristote, « il existe diverses sortes de réciprocité et ce qui la détermine, c’est le caractère du bien sur lequel elle repose, et avec elle toute l’amitié. Si c’est un bien véritable (bien honnête) la réciprocité est profonde, mûre et presque inébranlable. Par contre, si c’est seulement le profit, l’utilité (bien utile), ou le plaisir qui sont à son origine, elle sera superficielle et instable… Si l’apport de chaque personne à l’amour réciproque est leur amour personnel, doté d’une valeur morale intégrale (amour-vertu), alors la réciprocité acquiert le caractère de stabilité, de certitude… Ceci explique la confiance qu’on a en l’autre personne et qui supprime les soupçons et la jalousie. Pouvoir croire en autrui, pouvoir penser à lui comme à un ami qui ne peut décevoir est pour celui qui aime une source de paix et de joie. La paix et la joie, fruit de l’amour, sont étroitement liées à son essence même. »[5]

9.jpg         La seule manière d’avoir une relation avec une personne en respectant sa dignité de sujet sans l’instrumentaliser est de l’aimer c’est-à-dire de vouloir pour elle le plus grand bien. Il faut donc que l’impulsion sexuelle qui initie la relation amoureuse ne soit pas séparée du développement de la personne, des dimensions objectives de l’amour.

         Or « l’être humain est fait pour le don de sa personne. L’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même. »[6] La logique de l’amour trouve donc son achèvement et sa plénitude dans la réciprocité et le don de soi. L’attrait, l’impulsion sexuelle, l’affectivité, les sentiments amoureux, l’amour de concupiscence et l’amour de bienveillance, le plaisir et la tendresse sont transformés par le don de soi réciproque, définitif et total. Cette harmonie permet l’intégration d’un amour ordonné au bien de la personne libre, sans la réduire à un rôle subi « d’objet ». Dans le cadre du mariage la chasteté en « subordonnant le désir de jouir à la disposition à aimer dans toutes les circonstances »[7], protège la réciprocité fondée sur un bien commun « honnête » et donne la confiance, la paix et la joie.


10.jpg                  1.3. L’institution politique et donc publique du mariage agit sur la conscience de ceux qui s’aiment et permet le « don de soi »

         Cette institution du don de soi réciproque, « amour sponsal », ce « bien commun », a besoin légitimement d’être reconnue en tant qu’union des personnes, par la société car l’amour a besoin de cette reconnaissance, sans laquelle il n’est pas complet. La reconnaissance par la société de cet engagement public définitif, est donc juste et nécessaire « de même que serait « conventionnel » de vouloir effacer la « différence de significations attribuées aux mots tels que « maîtresse », « concubine », « femme entretenue », etc. avec ceux d’ « épouse » ou de « fiancée » (du côté de l’homme les choses se présentent parallèlement). »[8]

         « Dans ce sens, l’institution du mariage est indispensable non seulement en considération des autres hommes qui constituent la société, mais aussi, et surtout, des personnes qu’elle lie. Même s’il n’y avait pas d’autres gens autour d’elles, l’institution du mariage leur serait nécessaire… Les rapports sexuels de l’homme de la femme exigent l’institution du mariage en premier lieu en tant que leur justification dans la conscience de ceux-ci… En effet : « les rapports sexuels en dehors du mariage mettent ipso facto la personne dans la situation d’objet de jouissance. Laquelle des deux est cet objet ? Il n’est pas exclu que ce soit l’homme, mais la femme l’est toujours. »[9]

11.jpg         Cette logique de l’amour explique l’exigence de droit naturel en faveur du mariage monogamique et irrévocable (« on ne peut pas se donner à l’essai » dira Jean Paul II), seule institution d’intégration de l’amour en vue du bien commun pour fonder le don de soi et prévenir des drames humains de l’utilitarisme dans l’amour.

         Il est donc significatif et paradoxal, comme un besoin inscrit dans la conscience, que ceux qui se veulent les propagandistes de l’amour libre et considèrent en même temps le mariage comme une affaire privée, manifestent le désir militant de la célébration publique du mariage des divorcés ou celui des homosexuels. Ce combat nous révèle que l’institution du mariage agit en tant que justification des rapports sexuels dans la conscience des personnes. Preuve comme en négatif que dans sa conscience même blessée, toute personne a besoin d’une reconnaissance publique et en vue du bien commun de sa relation amoureuse pour savoir qu’il n’instrumentalise pas l’autre.

                  1.4. La famille est l’école de la gratitude, du don et du pardon au bénéfice de l’homme et de toute la société

12.jpg         L’harmonie qui permet l’amour intégral, a pour moteur la recherche du bien de l’autre qui passe par une gratuité réciproque et le don de soi. Si bien que la famille, foyer du don réciproque des époux, devient pour la personne, le berceau de la vie humaine. Pour la vie en société la famille sera l’école du don et même du pardon, par l’exemple et l’expérience, en apprenant à être généreux, à recevoir et à donner sans compter.

         En effet, la gratitude pour le don reçu gratuitement, appelle naturellement la gratuité de la paternité, de la maternité et de la fraternité.

         Cette école du don est un droit de l’homme car il est le chemin du bonheur. Dans ce rôle d’Église domestique et de cellule de base de la société, la famille, selon Benoît XVI, est le lieu où : « les enfants et les adolescents, et ensuite les jeunes… apprennent le sens de la communauté fondée sur le don, non sur l’intérêt économique ou sur l’idéologie, mais sur l’amour, qui est « la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière. »[10] Cette logique de la gratuité, apprise dans l’enfance et dans l’adolescence, se vit ensuite dans tous les domaines, dans le jeu et dans le sport, dans les relations interpersonnelles, dans l’art, dans le service volontaire des pauvres et de ceux qui souffrent. Une fois assimilée, elle peut se décliner dans les domaines plus complexes de la politique et de l’économie, participant à la construction d’une cité (polis) qui soit accueillante et hospitalière, et en même temps qui ne soit pas vide, ni faussement neutre, mais riche de contenus humains, à la forte consistance éthique. »[11]

13.jpg         En résumé de cette première partie, nous pouvons formaliser les points suivants :

  • le bien commun ne peut se réduire au bien utile et appelle le don de soi qui fonde la confiance réciproque et la paix,
  • la recherche du bien commun est nécessaire au développement de l’amour,
  • l’amour est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et peut seul transformer la relation entre les personnes pour prévenir toute instrumentalisation, pour ne pas « se faire avoir »,
  • l’institution publique du mariage monogamique et indissoluble est une nécessité pour prévenir les dangers de l’utilitarisme dans l’amour jusque dans la conscience,
  • la famille est l’école naturelle de la vie sociale et de l’apprentissage du don et de la gratuité.

Ces conclusions, cette vision de la responsabilité de l’homme et de la famille nous permettent d’aborder la seconde question.

  1. Est-ce que cette dynamique, la dynamique du don, pourrait fonder une politique économique au service du développement de toute la personne, à son « être davantage » ?

14.jpg         Dans Caritas in Veritate, Benoît XVI construit, comme en écho à la logique de Jean-Paul II du don de soi dans la famille, la logique de la nécessité du don et de la gratuité dans l’économie marchande. Logique que nous pouvons synthétiser en quatre points.

  1. La vision utilitariste de l’économie instrumentalise les relations entre les personnes. Elle est une impasse pour conduire au bonheur de l’homme. « Le profit est utile si, en tant que moyen, il est orienté vers un but qui lui donne un sens relatif aussi bien quant à la façon de le créer que de l’utiliser. La visée exclusive du profit, s’il est produit de façon mauvaise ou s’il n’a pas le bien commun pour but ultime, risque de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté. »[12] [...] « Abandonné au seul principe de l’équivalence de valeur des biens échangés, le marché n’arrive pas à produire la cohésion sociale dont il a pourtant besoin pour bien fonctionner. Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique. Aujourd’hui, c’est cette confiance qui fait défaut, et la perte de confiance est une perte grave. »[13] 
  2. Pour sortir de l’utilitarisme réducteur, une politique économique doit favoriser la recherche du bien commun. « Il faut [… ] prendre en grande considération le bien commun. Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela. À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société : le bien commun. C’est le bien du ‘nous-tous’, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale. Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien. C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. »[14]
  3. Dans les relations entre les personnes, pour ne pas « se faire avoir », pour être quelqu’un et ne pas être utilisé comme un objet, il faut pour cela le lien fraternel du bien commun. Les institutions et la politique économique doivent créer les conditions favorables de l’exercice de la justice et de la charité. « Œuvrer en vue du bien commun signifie d’une part, prendre soin et, d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement, et culturellement la vie sociale qui prend ainsi la forme de la polis, de la cité. On aime d’autant plus efficacement le prochain que l’on travaille davantage en faveur du bien commun qui répond également à ses besoins réels… »[15]
  4. Et donc : « Si le développement économique, social et politique veut être authentiquement humain, il doit prendre en considération le principe de gratuité comme expression de fraternité. »[16] « [...] Le grand défi qui se présente à nous [...] est celui de montrer, au niveau de la pensée comme des comportements, que non seulement les principes traditionnels de l’éthique sociale, tels que la transparence, l’honnêteté et la responsabilité ne peuvent être négligées ou sous-évaluées, mais aussi que dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. »[17]

1.jpg         Nous avons vu avec Jean-Paul II, comment le don de soi est nécessaire à l’amour humain dans la famille si chaque conjoint veut aimer en vérité et donc ne pas instrumentaliser l’autre. Ce don de soi est le fondement de la confiance qui dans la conscience des époux leur « prouve » que c’est bien la recherche d’un bien commun qui les réunit.

         Le don et la gratuité, comme expression de la fraternité, c’est-à-dire de l’amour fraternel, ne sont-ils pas la cause incontournable capable d’orienter une politique économique vers le bien commun ? Cette logique du don et de la gratuité, comme expression de l’amour fraternel, n’est-elle pas la fondation en vérité de la confiance dans l’échange même marchand ?

         Il semble que Benoît XVI, nous suggère la cohérence de cette logique mais sans doute au nom du principe de subsidiarité, nous laisse-t-il la responsabilité de la mettre en œuvre. À l’instar des chercheurs mobilisés par CapitalDon[i] et en particulier de ceux du GRACE (Groupe de Recherche sur l’Anthropologie Chrétienne en Entreprise), présidé par le professeur Pierre-Yves Gomez, il semble donc opportun pour comprendre la crise de se demander pourquoi le don et la gratuité semblent-ils exclus par l’économie contemporaine ?[18]

2.jpg         Je vous propose de considérer en premier lieu quelles sont, dans l’économie marchande, les richesses à échanger pour répondre aux besoins réels des personnes et par quel système d’échange.

         Nous verrons ensuite que Benoît XVI nous assure qu’une économie ne peut être juste sans le don et la gratuité.

                  2.2 Quelles sont, dans l’économie marchande, les richesses à échanger pour répondre aux besoins réels des personnes et par quel système d’échange ?

         Si nous considérons l’économie et singulièrement l’économie de l’entreprise que je connais mieux comme un transfert de ressources (biens et services produits, informations et conseils, salaires, impôts, dividendes, etc.) entre les parties prenantes. La question économique classique est celle de l’évaluation de ces ressources transférées qui constitue un système économique. Sur la base de la recherche disponible, nous pouvons distinguer trois types d’évaluation :

3.jpg

  1. l’échange évalué sur un « marché » (dont les définitions sont assez larges) et comptabilisable par un « paiement »,
  2. le don social, évalué par une série de dons et contre-dons qui créent du lien social tel que Marcel Mauss (et ses successeurs) l’a mis en évidence ;
  3. enfin le don libre (ou gratuit), sans contrepartie attendue et dont l’évaluation se fait à partir de la personnalité du donateur et selon des critères subjectifs et moraux (générosité, sacrifice, etc.).

         Le système économique permet des évaluations par le marché, les dons et contre-dons et les transferts gratuits. C’est cet ensemble qui permet de repérer la création de valeur dans une économie.

         Nous considérons que l’économie dominante réduit donc le système d’évaluation économique aux seuls transferts comptabilisables (ou qu’elle oblige à considérer tous les transferts comme « comptabilisables »). Or les organisations ne se résument pas à ces échanges marchands comptabilisés, mais elles intègrent aussi, d’une part des dons et des contre-dons destinés à « créer du lien social » et, d’autre part, des dons sans contreparties (le travail bien fait, l’encouragement et le soutien, le service rendu sans calcul et sans retour, etc.) qui contribuent à l’efficience concrète et à l’efficacité des entreprises. Une analyse réaliste doit donc tenir compte des modes d’évaluation propre à chaque type de transferts, l’ensemble formant la complexité d’une entreprise ou de l’économie dans son ensemble.

4.jpg         Chaque transfert est, en effet, évalué selon des logiques et une efficacité qui lui est propre et c’est l’ensemble qui permet de définir la cohérence et la performance d’une organisation.

         L’échange marchand permet le transfert d’objets (produits ou services) dont la valeur est établie par un calcul explicite ou implicite. La réciprocité de l’échange est fixée et garantie par les normes sociales en cours.

         Par définition, ce que nous appellerons le don « social » a pour objectif principal de créer du lien social sur la base d’une évaluation bilatérale dans le cadre de normes sociales. Il est de bon ton de rendre une invitation etc. Mais la réciprocité est risquée (pas de retour) mais fait partie des normes sociales.

         Le don libre ou le don gratuit a pour objectif l’affirmation de son être et de son identité sur la base de critères personnels ou moraux. La réciprocité est incertaine, le donateur n’attend pas de retour direct du donataire. Il agit pour le bien de l’autre sans demander un retour.

5.jpg                  2.3 Alors, une économie peut-elle être juste sans le don et la gratuité ?

         À l’article 1937, le Catéchisme de l’Église Catholique cite les Dialogues dans lesquels le Christ dit à Sainte Catherine de Sienne : « Je ne donne pas toutes les vertus également à chacun... Il en est plusieurs que je distribue de telle manière, tantôt à l’un, tantôt à l’autre... A l’un, c’est la charité ; à l’autre, la justice ; à celui-ci l’humilité ; à celui-là, une foi vive... Quant aux biens temporels, pour les choses nécessaires à la vie humaine, je les ai distribués avec la plus grande inégalité, et je n’ai pas voulu que chacun possédât tout ce qui lui était nécessaire pour que les hommes aient ainsi l’occasion, par nécessité, de pratiquer la charité les uns envers les autres... J’ai voulu qu’ils eussent besoin les uns des autres et qu’ils fussent mes ministres pour la distribution des grâces et des libéralités qu’ils ont reçues de moi. »[19]

         Il ne peut y avoir une politique économique juste ni de système d’échange juste sans la charité puisque l’égalité de l’avoir que Dieu n’a pas voulu, a pour intention de rendre la charité nécessaire.

6.jpg         Il faut donc que le don et la gratuité fassent partie des échanges de l’économie marchande si l’on veut que cette économie soit juste. Sans la gratuité, on ne parvient même pas à réaliser la justice.

         « Si hier on pouvait penser qu’il fallait d’abord rechercher la justice et que la gratuité devait intervenir ensuite comme un complément, aujourd’hui, il faut dire que sans la gratuité on ne parvient même pas à réaliser la justice. [...] La charité dans la vérité, dans ce cas, signifie qu’il faut donner forme et organisation aux activités économiques qui, sans nier le profit, entendent aller au-delà de la logique de l’échange des équivalents et du profit comme but en soi. »[20]

         Benoît XVI va expliciter l’urgence de cette nécessité dans son message pour la paix du 1er Janvier 2012 :

« Dans notre monde où la valeur de la personne, de sa dignité et de ses droits – au-delà des déclarations d’intentions – est sérieusement menacée par la tendance généralisée à recourir exclusivement aux critères de l’utilité, du profit et de l’avoir, il est important de ne pas couper le concept de justice de ses racines transcendantes. La justice, en effet, n’est pas une simple convention humaine, car ce qui est juste n’est pas déterminé originairement par la loi positive, mais par l’identité profonde de l’être humain. C’est la vision intégrale de l’homme qui permet de ne pas tomber dans une conception contractuelle de la justice et d’ouvrir aussi, grâce à elle, l’horizon de la solidarité et de l’amour.

7.jpg         Nous ne pouvons pas ignorer que certains courants de la culture moderne, soutenus par des principes économiques rationalistes et individualistes, ont aliéné le concept de justice jusque dans ses racines transcendantes, le séparant de la charité et de la solidarité : « la cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion. La charité manifeste toujours l’amour de Dieu, y compris dans les relations humaines. Elle donne une valeur théologale et salvifique à tout engagement pour la justice dans le monde. »

         Conclusion

         Nous savons que c’est la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs qui est devenue la pierre d’angle.

         L’utilitarisme a conduit notre société à rejeter le don de soi comme fondement de l’amour qui choisit librement le bien commun de la famille. Jean-Paul II nous fait découvrir qu’il en est la pierre d’angle. Sans le don de soi, l’amour et la famille s’écroulent.

8.jpg         L’avidité matérialiste des bâtisseurs de l’économie a réduit les échanges aux richesses qui ont une valeur financière. Ils ont rejeté le don et la gratuité de leur politique, de leur art de vivre ensemble. Benoît XVI nous invite à ramasser cette pierre pour en faire la « pierre d’angle ».

         Sans le don et la gratuité, la politique économique est dans une impasse. Elle a réduit son champ d’action à celui du profit financier, curieusement, il ne lui reste plus que les dettes financières des États.

         En ces temps de crise où l’avidité mauvaise conseillère semble avoir, par la mauvaise dette, mis en panne le moteur de l’économie, ne serait-il pas juste de refonder aussi la confiance dans l’économie sur le don ?

         Permettez–moi alors dans cette conclusion d’ouvrir une autre perspective qui associe plus encore le destin de la famille et celui d’une politique économique. Car si politique économique et famille ont le don pour vrai moteur, la famille a une mission particulière pour que l’échange soit possible : nous apprendre à recevoir gratuitement !

9.jpg         Au fond de son cœur en effet, tout homme fait l’expérience de la joie du don.

         Mais il n’a pas confiance que cela soit possible, il n’y croit pas. Pourquoi ?

         Donner, peut-être et souvent oui, pourquoi pas !

         Mais recevoir ? Recevoir par nécessité ? Recevoir sans pouvoir rendre ? Sans jamais être quitte ? Devoir la vie, devoir ce que l’on sait, devoir ce que l’on aime sans aucun mérite de sa part, voilà l’inacceptable des indignés de notre temps.

         Toute l’énergie culturelle, politique et sociale est mobilisée pour que nul n’ait le sentiment de devoir quelque chose à quelqu’un, ni à ses parents qui m’ont fait par plaisir et pour eux, ni à ses frères et sœurs, ni à ses amis qui cotisent à la solidarité sociale, ni à son patron qui fait de l’argent sur notre dos, ni à ses professeurs qui sont au service du pouvoir politique, ni à sa patrie, etc.

         Nous sommes devenus des individus qui ne veulent rien devoir à personne, même pas à Dieu. Nous avons des droits pas des dettes ! Nous voulons être justes mais ne jamais demander pardon. Bénéficier de la solidarité sans visage, oui, si c’est d’un acteur impersonnel dont nous ne pouvons croiser les yeux, une abstraction, la caisse de sécurité sociale, de chômage, l’État, etc.

10.jpg         Benoît XVI, à l’opposé de la culture ambiante, nous fait découvrir dans Deus Caritas Est que « Pour que le don n’humilie pas l’autre, je dois lui donner non seulement quelque chose de moi mais moi-même, je dois être présent dans le don en tant que personne. »[21] La famille fondée sur le don réciproque des époux, devrait être la société naturelle qui peut nous faire expérimenter la joie de recevoir gratuitement sans nous humilier. La famille est la société « prototype » capable de transformer l’avoir en « plus d’être », qui donne la vie et conduit la personne au-delà du cercle étriqué de son moi, qui « l’éduque en vue du bien commun ».

         De cette certaine manière, la famille fondée sur le don de soi devient sacrement c’est-à-dire signe visible de l’amour de Dieu capable de transformer la nature blessée de l’homme. La famille chrétienne participe ainsi à la mission de l’Église qui s’adressant à tous les hommes, nous dit : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?
Écoutez-moi donc : mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez
… »[22]

11.jpg         C’est ainsi que la famille peut révéler à l’homme qui il est : « Ce qu’il a, il le doit », et fonder la confiance pour la vie, à commencer par la confiance en soi parce que l’on sait que l’on est aimé gratuitement. Même si la participation de chacun par son travail au regard de ses talents est nécessaire, chaque homme est un pauvre, riche de dettes.

         C’est la gratitude qui fait l’homme. C’est dans la famille que tout homme peut apprendre à recevoir gratuitement sans en être gêné. C’est donc la famille qui peut faire expérimenter aux hommes la confiance dans l’autre et le moteur nécessaire dans les échanges au service de l’homme : la gratitude et le don. « Ce que vous avez reçu gratuitement donnez le gratuitement ».

         Ce n’est pas la loi du marché qui peut seule créer la vraie richesse, elle a aussi besoin de la loi du don qui n’humilie pas.

         Il faudra ensuite à l’homme toute une vie pour accepter de se présenter les mains vides et devenir mendiant du don gratuit, mendiant du pur amour sans crainte de « se faire avoir ». La famille, Église domestique, participe naturellement à cette révélation de la miséricorde.


         Une politique économique raisonnable s’attachera donc en priorité à donner à la famille la liberté d’être pour tous les hommes le foyer naturel de l’amour, de la confiance et du « don ».

         Dans un monde ou chacun a peur d’être « utilisé », de « se faire avoir », la famille a le secret de la confiance pour nous « faire être » pour l’éternité.

 


bruno de saint chamas,Écologie humaine,politique,économie,famille,transmission,éducation,foi,christianisme,conscience,sandrine treuillardBruno de Saint Chamas

Délégué général de CapitalDon,
Président d'Ichtus

 
Initialement publié sous le titre 
Politique économique et famille
sur le site de l’A.E.S. 
(Académie d’Éducation et d’Études Sociales)
le 5 mars 2012.

Sur ce lien La Vaillante vous invite à lire l’échange de vues à la suite de l’exposé de l’auteur.

 

12.jpg[i] CapitalDon Un fonds au service du don dans l’économie, destiné à promouvoir la force vertueuse de la gratuité et du don dans les pratiques économiques, une initiative pleine d’une espérance prophétique ». Ce Fonds de dotation est une initiative de Pierre Deschamps. 

[1] Henry de Lubac sj – expert au concile Vatican II - 1896 -1991, théologien catholique et cardinal français.

[2] Amour et Responsabilité, p. 31

[3] Ib., pp. 27-29

[4] Ib., p. 30

[5] Ib., p. 79

[6] Gaudium et spes

[7] Amour et Responsabilité, p. 158

[8] Ib., p. 207

[9] Ib., p. 208

[10] Benoît XVI, Caritas in Veritate

[11] Benoît XVI, Zagreb, 4 juin 2011

[12] Benoît XVI, Caritas in Veritate - 21

[13] Benoît XVI, Caritas in Veritate - 34

[14]
Benoît XVI, Caritas in Veritate

[15] Benoît XVI, Caritas in Veritate

[16] Benoît XVI, Caritas in Veritate - 34

[17] Benoît XVI, Caritas in Veritate - 36

13.jpg[18] Pourquoi le don et la gratuité semblent-ils exclus par l’économie contemporaine ?

L’économie telle qu’elle est enseignée et étudiée aujourd’hui est supposée ne concerner que les échanges marchands comptabilisés entre les acteurs.

Les notions de don et gratuité sont exclues de l’économie par définition et renvoyées dans le registre du social ou de la morale. Il n’y aurait donc d’économie que marchande. Or cette affirmation devenue pensée dominante pose un certain nombre de problèmes… à l’économie elle-même. Elle ne tient pas compte d’une partie importante de l’activité économique réelle comme la constitution de réseaux, la communication d’information, l’apprentissage ou la créativité entrepreneuriale etc..

Au plan anthropologique, « l’être humain est fait pour le don ; c’est le don qui exprime et réalise sa nature de transcendance. L’homme moderne est souvent convaincu, à tort, d’être lui-même le seul auteur de lui-même, de sa vie, de la société. » L’enseignement social de l’Eglise souligne ici un constat universel et qui dépasse toute référence confessionnelle : donner et recevoir sont des caractéristiques anthropologiques fondamentales qui constituent aussi bien l’ordre social que la place de la personne dans la société. Inclus dans des relations sociales interpersonnelles, l’être humain participe mais aussi se réalise pleinement en transférant régulièrement des ressources sans contrepartie évaluées par un échange marchand : par exemple des connaissances, des informations, des expériences, des conseils, des services et des biens utiles aux autres sans qu’un prix soit attaché au transfert.

De nombreux travaux en anthropologie, en psychologie et en sociologie ont ainsi mis en évidence que le don et le transfert gratuit structurent non seulement la société mais aussi la personnalité humaine.

Peut-on dés lors considérer que l’entreprise, qui est une organisation sociale centrale dans nos société, échappe seule à cette logique ?

[19] CEC, 1937 : S. Catherine de Sienne, dial. 1,6

[20] Benoît XVI, Caritas in Veritate - 38

[21] Benoît XVI, Deus Caritas est - 34

[22] Is., 55, 1-3

 

J'ai donné ces images en lancette,

extraites de la vidéographie La partiton (the score),

que vous pouvez regarder & écouter sur YouTube, ci-dessus.

Avec une musique à l'accordéon interprétée par le grand Stefan Hussong.

Sandrine Treuillard, pour Bruno de Saint Chamas & La Vaillante.

 

 

 

 

27.11.2015

Une vie façonnée par l’Eucharistie : St Pierre-Julien Eymard & la Fraternité Eucharistique

 Eucharistie halo bleu.jpg
Avec Marie

La Vierge Marie,
Mère de Jésus et Mère de l’Église,
est le modèle irremplaçable
de la vie eucharistique.

Elle a partagé
la vie des disciples
en prière au Cénacle
et en chemin sur les voies du monde.

 

Comme elle,
nous nous laissons guider par l’Esprit
pour que, dociles à son action,
nous contribuions efficacement
à la venue du Royaume.

À tel point que nous l’honorons et l’invoquons
sous le titre de :
Notre Dame du Saint-Sacrement”.



fraternité eucharistique,eucharistie,adoration eucharistique,saint pierre-julien eymard,sandrine treuillard,vierge marie,religieux du saint-sacrementCh.II Une vie façonnée par l’Eucharistie
n°11 Avec Marie
du livret Projet de Vie de la Fraternité Eucharistique (pdf),
branche laïque des religieux du Saint-Sacrement,
à la suite de saint Pierre-Julien Eymard.

La fête de Notre-Dame du Saint-Sacrement est le même jour que celle de Notre-Dame de Fatima, le 13 mai, le jour de la fondation de la Congrégation du Saint Sacrement étant le 13 mai 1856. C'est Marie qui a conduit st Pierre-Julien Eymard dans sa vocation eucharistique à fonder la Congrégation sss (Société du Saint Sacrement). Il a été mariste au préalable à cette fondation.

 

JD Ingres La Vierge à l'hostie oval Louvre.jpg26 mars… Adoration de la très Sainte Vierge du Verbe Incarné. Voilà mon modèle, ma mère Marie ! première adoratrice du Verbe Incarné…
1° Adoration d’humilité… devant le poids de tant de bonté et d’amour pour elle, pour tous les hommes.
2° Le second acte… dut être naturellement un acte de joyeuse reconnaissance de son infinie et ineffable bonté pour les hommes…
Le troisième acte… dut être un acte de dévouement, ecce ancilla Domini [i], l’offrande, le don d’elle-même de toute sa vie… heureuse de correspondre ainsi à son amour pour les hommes en son incarnation.
Le quatrième acte… dut être un acte de compassion pour les pauvres pécheurs pour qui le Verbe de Dieu venait s’incarner par amour… J’ai fait à Notre-Seigneur une grande demande : celle de me donner la Très Sainte Vierge adoratrice comme ma vraie mère, de me faire part… de cet acte d’adoration continuelle pendant qu’elle portait le Verbe Incarné en son sein… ciel de vertus et d’amour… Je vais aujourd’hui faire toutes mes adorations d’un quart d’heure en union avec cette Mère des Adorateurs, cette Reine du Cénacle.

 

[i] Voici la servante du Seigneur

 

St Pierre-Julien Eymard malade.jpg26 mars 1865 – Retraite de Rome
Saint Pierre-Julien Eymard

 

 

 

 

La FRATERNITÉ EUCHARISTIQUE

branche laïque de la spiritualité eymardienne
Congrégation du Saint Sacrement

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CHAPELLE CORPUS CHRISTI
23 avenue de Friedland, 75008 Paris

 

         « De fait, autour de chaque famille religieuse… est présente une famille plus grande, la « famille charismatique », qui comprend… des chrétiens laïcs qui se sentent appelés, dans leur propre condition laïque, à participer à la même réalité charismatique. »  Pape François

fraternité eucharistique,eucharistie,adoration eucharistique,saint pierre-julien eymard,sandrine treuillard,vierge marie,religieux du saint-sacrementLa Congrégation du Saint Sacrement fondée par saint Pierre-Julien Eymard, dont le corps repose ici, Chapelle Corpus Christi, rassemble les Pères du Saint Sacrement, ici présents, et les Servantes du Saint Sacrement, avenue de Cortambert, Paris 16ème. La branche laïque est représentée par ces « associés qui sont dans le monde » (st Pierre-Julien) au sein de la Fraternité eucharistique. Dans la sensibilité spirituelle de saint Pierre-Julien Eymard, tournée vers l’Eucharistie sous toutes ses formes : messe, communion, adoration, évangélisation contemporaine de nous-même et du monde… nous vous proposons de venir partager vos expériences, réflexions, idées… à la lecture du Projet de vie, ce petit livret qui rassemble tous les points de la vie associative des laïcs sss – Congrégation du Saint Sacrement.

Par exemple, au second chapitre intitulé Une vie façonnée par l’Eucharistieau point n°7, nous lisons :

« La célébration du Mémorial du Seigneur
est au centre de notre vie personnelle,
familiale et communautaire d’Agrégés (Associés).

Elle est le point de départ
de notre compréhension de l’Eucharistie
et inspire notre prière et notre engagement.

Nous participons activement et avec joie
au banquet du Christ Ressuscité
le jour du Seigneur, aux fêtes,
et, selon les possibilités, même en semaine.

Nous nourrissons notre foi
à la table de la Parole de Dieu,
en particulier à travers les Lectures
que la liturgie offre pour chaque jour.

Appelés à témoigner
de la forme eucharistique de l’existence,
par toute notre vie nous devenons
les « adorateurs en Esprit et en Vérité
que le Père cherche ».

L’extrait suscite des réactions dans le groupe et nous échangeons, en compagnie des Pères Paul Mougin et André Guitton, nous appuyant aussi sur l’œuvre et la vie du fondateur de la Congrégation. Nous nous réunissons le 3ème mardi du mois de 13h à 14h, hormis durant les vacances scolaires.

 

fraternité eucharistique,eucharistie,adoration eucharistique,saint pierre-julien eymard,sandrine treuillard,vierge marie,religieux du saint-sacrementVous êtes tous et chacun les bienvenus !

La fraternité Eucharistique du 23 avenue de Friedland 75008 Paris.
Contact : 06 12 70 05 61

 


À télécharger, Pdf : 
Dépliant de présentation de la Chapelle Corpus Christi & Fraternité Eucharistique,
Communauté des Pères du Saint-Sacrement, 23 avenue de Friedland 75008 Paris

 

____________________________________________
Image : Jean-Dominique Ingres Vierge à l'Hostie, (détail)
1,13m x 1,13 m, 1854, inv20088, Paris, Musée d'Orsay
Photo RMN / © Hervé Lewandowski

22.11.2015

Le Sacré Cœur à Manrèse : Du buisson ardent à Jésus Eucharistie

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         Voici mes notes du 27 avril 2015, soir de l’arrivée au Centre Manrèse, à Clamart, pour les 5 jours d’Initiation aux Exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola. Après la lecture priée de ce passage de l’Ancien Testament, dans ma chambre.[i]



[i] Voici la photo du Bienheureux Charles de Foucauld
dans la salle portant son nom où l’initiation avait lieu,
au Centre Manrèse de Clamart :

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Livre de l’EXODE 3, 1-12
L’appel & l’envoi de Moïse

3 Moïse faisait paître les brebis de son beau-père Jéthro, prêtre de Madian. Il mena son troupeau au-delà du désert et parvint jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu. 2 L’ange de l’Éternel lui apparu dans une flamme au milieu d’un buisson : Moïse aperçut un buisson qui était tout embrasé et qui, pourtant, ne se consumait pas. 3 Il se dit alors :

         - Je vais faire un détour pour aller regarder ce phénomène extraordinaire et voir pourquoi le buisson ne se consume pas.

         4 L’Éternel vit que Moïse faisait un détour pour aller voir et il l’appela du milieu du buisson :

         - Moïse, Moïse !

         - Je suis là, répondit Moïse.

         5 Dieu lui dit :

         - N’approche pas d’ici, enlève tes sandales, car le lieu où tu te tiens est un lieu sacré. 6 Puis il ajouta : Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.

         Alors Moïse se couvrit le visage car il avait peur de regarder Dieu.

         7 L’Éternel reprit :

         - J’ai vu la détresse de mon peuple en Égypte et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs. Oui, je sais ce qu’il souffre. 8 C’est pourquoi je suis venu pour le délivrer des Égyptiens, pour le faire sortir d’Égypte et le conduire vers un bon et vaste pays, un pays ruisselant de lait et de miel ; c’est celui qu’habitent les Cananéens, les Hittites, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens, et les Yebousiens. 9 À présent, les cris des Israélites sont parvenus jusqu’à moi et j’ai vu à quel point les Égyptiens les oppriment. 19 Va donc maintenant : je t’envoie vers le pharaon, pour que tu fasses sortir d’Égypte les Israélites, mon peuple.

         11 Moïse dit à Dieu :

         - Qui suis-je, moi, pour aller trouver le pharaon et pour faire sortir les Israélites d’Égypte ?

         12 - Je serai avec toi, lui répondit Dieu. Et voici le signe auquel on reconnaîtra que c’est moi qui t’ai envoyé : quand tu auras fait sortir le peuple hors d’Égypte, vous m’adorerez sur cette montagne-ci.

(Bible du Semeur, 2000)

 

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                                         beauté des arbres

         Moi, je faisais une première promenade, découverte du parc du Centre Manrèse, dans le silence et la paix de ce printemps. Je fis le tour de la chapelle minuscule St Joseph avec tendresse. Puis, au détour d’un sentier, je vis plus haut, la statue de Jésus ouvrant les bras, son Sacré Cœur offert. [*]

         —>  O u i ,   j e   v i e n s   v e r s   t o i   J é s u s  !

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       Tu m’appelles comme le buisson ardent appela Moïse ! C’est ton Cœur ardent au milieu de ta poitrine qui m’accueille. Tu es plus qu’un ami, plus qu’un compagnon pour moi, tu es l’Époux.
 

sacré cœur,adoration eucharistique,adoration,sandrine treuillard,foi,christianisme,eucharistie,centre manrèse         —> J’ai pris en photo cette statue, les détails : le calice, les 3 clous, le fouet, la couronne d’épines aux pieds de Jésus. Ses pieds transpercés. Ses mains ouvertes et transpercées. Sa poitrine ardente, le Cœur ouvert, une plaie tailladant la chair de ce Cœur offert, une flamme en sortant par le haut comme de la carotide. Un Cœur grenade ! Un Cœur si ardent qu’il est en similitude avec la charge, le potentiel que nous sentons à la vue d’une grenade prête à être dégoupillée ! Mais ce n’est pas une menace de mort que la grenade du Seigneur : son Cœur transpercé est une proposition ardente d’un amour infini, de la vie en abondance.

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         Je vis en cette figure de Jésus ressuscité ouvrant les bras offrant son ardent Sacré Cœur de Grenade, les instruments de la Passion à ses pieds, les plaies à ce Cœur et à ses quatre membres, mains et pieds, comme l’Adoration Eucharistique. Je vis cet ensemble de Jésus Sacré Cœur comme une immense hostie, le Saint Sacrement dans l’ostensoir. Au cœur du Saint Sacrement offert, exposé à notre adoration, est l’image spirituelle du Sacré Cœur de Jésus et de la Croix de sa Passion. Jésus au Sacré Cœur et portant les traces de sa Passion dans les 5 plaies et les instruments de son martyre à ses pieds de Ressuscité est la figure qui condense le sens de l’Eucharistie, du Saint Sacrement.

IMG-20150427-00562.jpg         Alors j’ai pris les photos de cette statue et en détail. C’était comme un acte amoureux, une caresse et Jésus s’offrait à moi comme si je le dénudais du regard, du regard spirituel. Il me permit de faire cela, amoureusement, avec ce sentiment d’être favorisée d’une relation particulière avec Jésus au Sacré Cœur. C’était un moment comme un temps d’Adoration Eucharistique, au milieu des arbres. Et ce moment privilégié, comme Marie-Madeleine a dû en vivre avec son Christ, ce temps d’adoration eucharistique du Sacré Cœur de Jésus, du Christ Ressuscité après sa Passion, de son Cœur ardent de chair offert comme une grenade au monde que nous pourrions choisir de dégoupiller pour en faire jaillir le feu d’Amour divin, cette parfaite eucharistie du Seigneur me convoque et m’envoie en mission ! Qui est de dire, d’écrire ce que j’écris-là, ce soir, au coucher, pour le faire connaître aux autres, transmettre ces révélations du sens de l’Eucharistie de Jésus-Christ.

IMG-20150427-00570.jpg         Ce mouvement de venir à Jésus, de s’élancer dans ses bras ouverts, de se blottir contre sa poitrine, de boire son Amour à son Sacré Cœur ardent, de voir les 5 plaies de son Cœur et de ses pieds et mains, de voir les instruments de sa Passion à ses pieds de Ressuscité qui avance vers nous les bras ouverts, Jésus, Porte du Ciel, Corps glorieux, Croix glorieuse vivante, Lumière de la Vie, ce mouvement comme une grande prière qui s’élève, qui s’élance dans ces bras, n’est-ce pas un mouvement d’adoration eucharistique ? Toute la Passion est contenue dans cette statue du Sacré Cœur de Jésus offert et Ressuscité. C’est une figure du sens profond du Saint Sacrement, de l’Eucharistie. Et cet élan est de l’ordre de la prière d’adoration eucharistique.

sacré cœur,adoration eucharistique,adoration,sandrine treuillard,foi,christianisme,eucharistie,centre manrèse,la france         « Vas, dis-leur, toute ma tendresse pour eux » (Marthe Robin), me murmure ce Jésus-là. Dis-leur la grenade d’Amour à dégoupiller qu’est mon Cœur !

         C’est à cela que Dieu m’appelle et me convoque à aller en mission, révéler le sens de son Sacrifice saint d’Amour eucharistique. Avec les Pères du Saint-Sacrement à la suite de saint Pierre-Julien Eymard, la Chapelle Corpus Christi, la Fraternité eucharistique.[†] [‡]

            Et moi je signe Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie 

A M E N  

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg 

 

 

 

 

 

 

Retrouvez cet article sur les pages enrichies
La France & le Sacré Cœur
L'Adoration Saint Martin



[*] Il m’attire à Lui dans sa posture d’accueil, Corps Ressuscité, en Croix glorieuse.

[†] 23 avenue de Friedland, Paris 8ème, métro Charles de Gaulle Étoile, où gît le corps de saint Pierre-Julien Eymard dans la châsse de son « saint ami » le Curé d’Ars.

[‡] En ce jour où je mets en ligne ces pages, le 28 mai 2015, voici la Pensée du jour de saint Pierre-Julien EYMARD : « Le cœur de Jésus est vivant au très saint Sacrement. Il n’est vivant que là. Donc l’Eucharistie doit être le centre de notre culte d’adoration du Sacré Cœur. » (PO 6,12)

11.11.2015

L’adoration de l’étranger : Adoration Saint Martin

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            En cette fête de la saint Martin de Tours, approfondissons la notion d‘adoration suscitée par la lecture de l’Évangile du jour.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (17, 11-19)

En ce temps-là,
    Jésus, marchant vers Jérusalem,
traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.
    Comme il entrait dans un village,
dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance
    et lui crièrent :
« Jésus, maître,
prends pitié de nous. »
    À cette vue, Jésus leur dit :
« Allez vous montrer aux prêtres. »

En cours de route, ils furent purifiés.
    L’un d’eux, voyant qu’il était guéri,
revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.
    Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus
en lui rendant grâce.
Or, c’était un Samaritain.
    Alors Jésus prit la parole en disant :
« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ?
Les neuf autres, où sont-ils ?
    Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger
pour revenir sur ses pas
et rendre gloire à Dieu ! »
    Jésus lui dit :
« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

 

            Jésus : « Allez vous montrer aux prêtres. »
Ils furent purifiés en cours de route : c’est l’intention qui les a sauvés. Ils étaient tout tendus du désir d’être guéris. Leur foi les a sauvés.

            Seul le samaritain, l’étranger, revient se prosterner devant Jésus pour rendre grâce du miracle qu’Il a opéré sur et en lui. Les neuf autres semblent bien ingrats et indifférents. Peut-être ne partagent-ils pas la joie de leur maître, Jésus, qu’ils ne semblent pas reconnaître comme ce samaritain. Par ce miracle, le samaritain a connu Jésus et reconnu en son maître l’œuvre du Très-Haut.  

            Les neuf autres ne vont pas jusqu’au bout de leur vocation (l’appel que Dieu leur tend) : certes, nous sommes sauvés, mais si nous ne laissons pas circuler la joie, l’amour, la reconnaissance entre le Père et notre cœur, le salut n’est permis qu’incomplètement, ce n’est qu’une amorce de rédemption, sans la contemplation. La liberté que Dieu nous laisse, de Lui rendre grâce, de L’adorer pour ses bienfaits et la gratuité de sa miséricorde, qui n’est pas donnée selon notre mérite, cette liberté Dieu la respecte. C’est le cœur de sa pédagogie : il nous donne sans mesure, il attend notre réponse, ses entrailles s’émeuvent du désir de recevoir la réponse de notre amour au Sien, mais Il ne nous force en rien. Il nous rejoint là où nous en sommes avec Lui et saura nous attendre. 

            Si nous parvenons à nous laisser aimer par Dieu complètement, la joie ne manquera pas de déborder et le besoin de l’exprimer se traduira dans notre prière d’action de grâce et d’adoration. Dieu nous guérit, mais pas seulement en surface, pour la seule apparence (la lèpre se voit beaucoup, elle mange le corps et le visage). Non. Il nous guérit en profondeur : la rédemption est un grand nettoyage de tout notre être, qui, si l’on s’y prête totalement, si l’on s’abandonne à cet amour divin, nous transfigurera de l’intérieur dans sa Joie. Et nous pourrons alors le contempler, le voir face à face. Exulter en Lui.

            Cette Joie se traduira par la louange, l’action de grâce, l’adoration, la joyeuse célébration de renaître en Dieu, par Dieu, d’ainsi se sentir corps et âme fils et fille de Dieu, aussi proche de Jésus. Toute l’attitude du samaritain lépreux guéri déborde de joie, de reconnaissance. Cette joie l’a conduit jusqu’à la source de la vie, Jésus. Jésus, source de la miséricorde de Dieu mise à l’endroit de son cœur d’homme pour que nous venions y puiser notre joie et participer de sa Joie. La plus grande joie de Dieu est de nous y faire participer.

    « L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. »

 

 

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Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharitie

 

Retrouvez ce texte sur la Page enrichie Adoration Saint Martin

 

 

 

Image : Couverture de la Revue Magnificat : La Charité de saint Martin, Gustave Moreau (1826-1898), collection particulière. © Artothek / La Collection.

 

 

 

 

 

 

 

01.10.2015

"En fait d’impressionnabilité l’enfant, l’artiste et le saint sont frères" Méditation de la citation de Édith Stein

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La notion d’Écologie Humaine attire à elle celle, primordiale et fondatrice, de l’intériorité. La vie intérieure de l’être humain est l’espace-temps par lequel il va s’accroître et grandir. C’est l’expérience de soi en soi au sein du monde. Plus il y sera attentif, plus il s’affinera dans sa manière d’être librement au monde et plus il s’y réalisera en phase avec ce qu’il est profondément. Plus il saura visiter la petite cellule qui est en lui, plus il sera plein d’une force sereine qui rayonnera de lui et se propagera sans effort, naturellement. La petite cellule en soi est une chambre des délices[i].

« En fait d’impressionnabilité l’enfant, l’artiste et le saint sont frères. » ÉDITH STEIN

 

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TENDRE À UNE DÉFINITION DE L’IMPRESSIONNABILITÉ 

IMPRESSIONNABILITÉ : vulnérabilité, faculté de se laisser traverser, de se laisser affecter par l’altérité du monde.

L’être est ouvert à plus grand ou plus petit que lui. Forme de curiosité questionnant le monde, l’extérieur à soi, l’autre. Quête de l’Autre. L’impressionnabilité est une manière d’être en devenir. Une manière de se laisser advenir ; de naître à soi-même par ce qui est extérieur à soi ; de se laisser visiter par l’Autre.

L’être comme un lieu en soi où, telle une pellicule sensible se laissant impressionner accueille ce que le monde imprime en lui, acquiesce à la coloration qu’il va tracer sur lui, s’en laisse modifier, altérer.

L’impressionnabilité est un acquiescement à l’altération du monde sur soi, en soi.

C’est par le jeu pour l’enfant qui rêve tout en jouant, babillant, se racontant des histoires, chantonnant, dansant… ;

C’est par la création pour l’artiste qui reçoit, se nourrit autant qu’il donne à percevoir le résultat des énergies qui l’ont traversé ;

C’est par l’oraison pour le saint, qui accompagne toutes ses activités, que ce soit dans le travail, ses relations à autrui, aussi bien que dans sa pratique de la lectio divina (oraison, méditation, contemplation) lecture sainte des religieux.

Ce qui rend frères l’enfant, l’artiste et le saint est cette attitude de prière étendue à la matérialité du monde, à la relation à l’autre, dans les activités quotidiennes. L’incantation permanente et secrète au creux de soi, où que l’on soit, quoi que l’on fasse.

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LE SYMBOLE FONDE L’HOMME

Ce qui fonde l’homme, la nature humaine, c’est sa faculté à susciter du symbolique. Le repère dans la relation à l’autre est symbole. Parce que l’individu est individe, qu’on ne peut le diviser sans porter atteinte à son intégrité vitale, la dimension symbolique est présente à l’homme dès le commencement de sa vie et jusqu’à son terme. C’est d’abord une manière d’être avec sa propre solitude d’individu, être individe. 

L’homme est l’être de la reconnaissance par excellence. Reconnaissance de soi par autrui, reconnaissance d’autrui, de ceux qui lui font du bien, qui lui ont donné la vie, reconnaissance mutuelle de ceux qui l’aiment et avec lesquels il entre en relation, reconnaissance qui s’exprime aussi, comme à son sommet, dans la possibilité de donner à son tour de soi, de laisser des traces constructives et épanouissantes de soi dans le monde. La quête de reconnaissance est inhérente à l’homme. Il est aussi un être de la louange, capable d’exprimer la gratitude profonde une fois qu’il a éprouvé pour lui-même la joie d’être accueilli pour ce qu’il est, reconnu, né à nouveau dans le regard de l’autre. 

Le symbole est le vecteur, le véhicule du caractère exclusivement humain de l’homme. C’est la figure, l’objet, la forme, le dessin, l’image, le mot, la parole, la lettre, la métaphore, le geste… mis en circulation, mis en situation de partage, d’échanges entre les enfants, entre les adultes, entre les enfants et les adultes. Entre l’homme et le grand Autre. Ce peut être & devrait être d’abord un rapport à sa propre solitude. Le symbole est ce par quoi se reconnaît la faculté de l’homme à l’être. L’homme est un être de la relation, de la communication, du rapport à l’altérité. Le jeu, le rêve, la rêverie ; le rêve nocturne, le songe, la pensée, la création ; la prière ; toutes les disciplines du travail humain depuis l’artisanat jusqu’aux métiers ayant trait à l’économie, à la finance, au droit, en passant par les professions de santé et du social, ceux de la culture, de l’éducation et de l’enseignement ; et même au sein de la misère sociale, de l’indigence matérielle la plus dégradée, l’homme a encore et toujours ce besoin de relation a plus grand et plus petit que soi, et de matérialiser par des voies symboliques ce fait-là d’être là, un homme au monde dans toutes les situations concrètes qu’il présente de façon incessamment renouvelée. Depuis sa geôle ou sur un trône, seul ou accompagné, en activité ou privé d’activité, la première faculté de l’homme, parce qu’il a soif de relation, est de fabriquer malgré lui du symbolique, de rechercher le lien à l’altérité du monde. C’est par cela qu’il est homme et qu’il existe. Il cherche cette part de lui-même, il s’adresse à l’altérité qui est en lui ; il rêvera, écrira, pensera, parlera, jouera, même seul. Dans la petite cellule en soi, l’homme appelle sans relâche. 

« Le cœur des petits enfants n’a-t-il pas été créé pour prier, pour aimer ? Pourquoi en est-il si peu qui prient ? Pourtant, la prière des enfants est toute puissante. Rien de plus beau n’est monté à Dieu que la prière des enfants. Plusieurs enfants réunis dans la prière font pour le Ciel des choses merveilleuses. Ô mères ! Faites aimer la prière à vos enfants et Dieu trouvera sa gloire en vous. Soyez certaines que les anges prient au milieu des enfants et demandent avec eux. » MARTHE ROBIN

            Notre société actuelle ruine le symbolique. Elle s’y attaque, mais s’y achoppe. On ne peut retirer à l’homme sa manière d’être qui est toute profondeur. L’impressionnabilité d’Édith Stein est fort mise à mal. Elle est malmenée, utilisée, manipulée, orchestrée, blessée, violée, bafouée ou tout simplement niée. Le nihilisme totalisant dénie le besoin qu’a l’homme du symbolique, le contraignant par cet acte à se plier à ses idéologies, à ses visées néfastes de domination mortifère, bref, à l’avilissement de la nature humaine pour continuer à dominer les masses, les individus ainsi dénaturés. Ce pouvoir utilise aussi, cependant, des armes pleines de symboles qui déracinent l’individu, le privent de la relation vitale à sa vie spirituelle, dénigre l’existence de ce besoin primordial. Bref, divise l’individu en son cœur même, s’introduit en lui pour le briser, le déraciner. Dès que l’enfant à accès aux écrans de toutes sortes (voir le nourrisson en situation devant un écran), son impressionnabilité est alors très vite mise en danger et pervertie.

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PRENDRE SOIN DE L’IMPRESSIONNABILITÉ

Considérer chaque individu comme un être porteur au fond de lui comme d’une sorte de chambre obscure, une camera oscura, la chambre photosensible, la cellule intérieure par une petite ouverture de laquelle le monde extérieur figuré par des rayons de lumière va impressionner la pellicule sensible, cette peau interne tapissant les parois de la chambre de l’être. Le lieu en soi, éminemment intime, est visité par les rais de lumière provenant de l’extérieur, qui impriment en lui des impressions de toutes natures. C’est dans cette cellule intérieure exposée à la lumière, ce lieu en soi tout monastique (monos : un seul), à la configuration si unique & particulière bien que présente en chacun universellement, que va se former la relation symbolique au monde, à l’altérité. Il faudrait pouvoir agir avec cette chambre intérieure comme se tenant aux abords d’un sanctuaire. Porter une attention toute spéciale à ce lieu présent dans chaque individu comme s’il s’agissait d’un sanctuaire. Avec discrétion, tact et délicatesse. Sans en forcer l’entrer. Rester en relation avec l’autre c’est respecter cette frontière, cet espace intime vital, ne pas franchir cette zone par la force, ne pas transgresser la limite, mais progresser dans la relation d’altérité, proposer son altérité, l’exposer doucement, et laisser l’autre s’y ouvrir en tout désir, en toute liberté, dans l’acquiescement libre au mouvement du partage. La lumière au seuil du cœur de l’autre, l’ouverture du diaphragme doit pouvoir se faire librement, le diamètre de l’opercule laissant les rais lumineux investir ce lieu interne, pouvoir être modulé sans contrainte extérieur. C’est cela se laisser impressionner. Comme le papier reçoit l’encre des lettres. Comme la pellicule photosensible est exposée à la lumière de façon dosée. 

L’impressionnabilité chez l’enfant, l’artiste ou le saint est cette attitude toute priante dans sa relation avec l’extérieur, au monde extérieur à soi, à l’altérité du monde. Ce monde comprend les différentes perceptions sensibles que l’on en a, les mouvements, les lumières, les ombres, les procès (au sens de processus), toutes les choses physiques et matérielles qui sont aussi gouvernées par du symbolique, du fait même que le regard de l’être humain est pétri par la quête de l’altérité. Ce regard de l’être humain est à la fois ancré dans l’être et dans le devenir permanent. Le symbolique est en devenir permanent. C’est un langage animé, vivant. Le besoin de relation de l’homme est intégral, absolu. Un bébé laissé à lui-même meurt, même s’il est nourri par des automates. J’ai besoin de la cellule sanctuarisée de l’autre pour vivre. Que je sois enfant, artiste ou saint. Bref, homme tout simplement. C’est la quête de ma vie : me laisser impressionner par la bienveillance du monde extérieur à moi. Et, cette lumière ayant déposé des traces en moi, en restituer les fruits inouïs, inédits, spécifiques à ce que je suis, ce qui relancera ma relation, le dialogue que j’établis avec le monde, l’enrichira et le fera progresser en humanité. 

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APPRENDRE À RECONNAÎTRE LE SANCTUAIRE DE L’ÊTRE

La tâche de l’Écologie Humaine en art et culture est d’apprendre à reconnaître ce sanctuaire de l’être où tant de phénomènes exclusivement humains ont lieu, à le connaître, à le préserver. Permettre à chaque individu désireux de vivre en vérité ce qu’il est au fond de lui-même, cet être de relation bienveillante envers soi-même et le monde.

Avant d’être une pratique, l’art est une manière d’être, comme être enfant en est une, comme être saint en est une autre, avec des pratiques spécifiques nourrissant ces manières d’êtres.

La pratique de l’art est d’abord une manière d’être et d’agir avec son espace sacré intérieur dans la relation à l’autre, au monde et à soi. L’Écologie Humaine est ce lieu symbolique de partage d’expériences ou pourra s’apprendre à repérer cet espace en soi & à l’aimer ; à le laisser interagir avec autrui & son environnement. Cette cellule sanctuarisée de l’homme est le cœur où s’agitent les énergies créatrices, la chambre secrète dans laquelle s’inscrivent les représentations, les relations au monde, qui seront restituées, comme traduites, dans la manière d’être au monde de chaque individu : individe, unique, précieux et sacré.

 

SANDRINE TREUILLARD


16 juin 2013
pour L’ECOLOGIE HUMAINE
rubrique Art & culture

 


i « La petite cellule qui se souvient est une petite chambre des délices. » Geoffroi de Vinsauf, en 1210 environ in « POETRIA NOVA », « en ces temps où la longue tradition de méditation touchait à sa fin » écrit Mary Carruthers dans son ouvrage « MACHINA MEMORIALIS - MÉDITATION, RHÉTORIQUE ET FABRICATION DES IMAGES AU MOYEN ÂGE »

 

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Sandrine Treuillard

Née en 1974 à Orléans. Diplômée des Beaux-Arts de Bourges (1995) puis de Lyon (1999). Formation typographique & pao à l’Imprimerie Nationale (2001). Porte 34 est son lieu de vie et de travail (écriture, photographie & vidéographie), rue Étienne Marey, Paris 20ème de 2002 à 2009.

Correspondances : 1998-2005 avec l’éditeur & commissaire d’exposition bernois Johannes Gachnang. - 2006-2008 avec l’écrivain Pascal Quignard. - 2002-2004 Assistante de l’artiste vidéaste Joël Bartoloméo. - 2004 Voyage à Naples : Carnet de voyage photos mailé. - 2005 Performance à Marseille, exposition à La Friche La Belle de Mai, avec Les Instants Vidéo. - 2006 Commence ses productions en vidéographie. Les Instants vidéo, Côté Court, Traverse Vidéo et Imagespassages sont les festivals qui diffusent ses travaux. - 2008 : Naissance du blog MACHINA PERCEPTIONIS & nouveau voyage à Naples & en Sicile - 2010-2011, travaille le rapport de la vidéographie avec la musique contemporaine des accordéonistes Stefan Hussong & Teodoro Anzellotti. - Été 2012 : création de l’entreprise GRAPHISMISENPAGE - Création & animation du blog La Vaillante - Paroles de fond & de veille au service de la vie dans la société française_Post 13/01/2013  

25.09.2015

La vulnérabilité créatrice : Lettre ouverte d’une artiste

Quand l’artiste cherche sa place dans la société

Soigner n'est pas tuer Alliance Vita Écologie humaine         La première fois que j’ai vu Tugdual Derville, je me trouvais couchée sur le parvis des Droits de l’Homme au Trocadéro. J’étais en blanc parmi cette foule d’anonymes dans la même position que moi. Un homme, debout, surgit et marcha à grandes enjambées en comptant les corps. Je crois qu’il en dénombra 700. Un de mes voisins me dit qui c’était : le Délégué général d’Alliance Vita. J’étais là, comme nombre de ces autres personnes, pour ne pas laisser brader la mort & la fin de vie, pour défendre les plus fragiles et les aimer jusqu’au bout tant qu’il y a souffle et étincelle. Une fois debout et animés pour la chorégraphie, les visages de cette foule étaient ceux de clowns tristes. Un même clown triste brandissant un cœur place des droits de l’homme, la Tour Eiffel en fond de toile. C'était en mars 2012.

La Vaillante         Ce jour béni du 13 janvier 2013, je me trouvais au pied de la Tour Eiffel, dans la nuit et le froid, à 19h30 : des flocons frétillaient autour d’elle. Le Champ de Mars était désert. Je n’avais pas eu accès au podium, aux discours de cette fin d’après-midi, coincé qu’était le cortège venu de la place Denfert Rochereau dans une rue attenante. La nuit flottait au-dessus de la pelouse désertée. Les dégageuses balayaient. Quelques employés verts de la Ville de Paris ramassaient d’ultimes papiers sur le rectangle de pelouse. C’était le grand vide. Et l’extrême présence. Au pied de cette Tour majestueuse j’eus une vocation. Pour la première fois je pris une photographie avec mon Blackberry. Une seule. En contre-plongée. Le rai de lumière, phare à son chef, et celle révélant la dentelle de sa robe d’acier. La Tour Eiffel devint le symbole immédiat de la France qui se réveille. Celui de La Vaillante, Paroles de fond & de veille au service de la vie dans la société française_Post 13 janvier 2013 : le blog que je mis en ligne dès le 16 janvier. 

http://lavaillante.hautetfort.com/connaitre-et-aimer-son-pays.html         Dans ce blog, je commençai par relayer la parole de Tugdual Derville (avec Gérard Leclerc) : son analyse pertinente des événements travaillant la société & sa soif de propositions (Genèse de La Vaillante). Quand le Courant pour une Écologie Humaine prit naissance, j’étais là, à son lancement, le 22 juin 2013, à la Cité Universitaire. Je m’étais inscrite dans la section Art & culture : en tant qu’artiste vidéographe et au titre d’éditrice de La Vaillante, cela convenait parfaitement. Camel Bechikh témoigna de son amour et de sa reconnaissance pour/de la France. Je lui indiquai alors la page Connaître & aimer son pays. Quelques mois plus tard la page Une raison d’espérance commença à présenter la parole de Fils de France, assurant les retranscriptions des conférences & interventions publiques de son président. Par-là, j’en vins assez vite au dialogue islamo-chrétien, le pendant catholique étant la page La France & le Sacré Cœur.

Quand l’artiste est présent au lieu & au temps


         
Dans le processus de création qui m’anime, la contemplation du monde, de petits périmètres dans la nature, prend une grande place. Ou, plutôt qu’art de l’espace, la contemplation s’inscrit dans le temps, la durée. Je contemple : cum, avec, templum, le lieu : suis présente au lieu, attentive au temps qui passe dans et sur le lieu, à la métamorphose des éléments (lumière, vent, sons, paroles… : musique des lieux) qui le modèlent, l’altèrent (le rendent autre) et révèlent quelque chose de l’être du lieu, de l’invisible, au delà du hors-champ. Qui peint aussi, sur le motif, les liens qui se tissent entre mon intériorité et ces événements du lieu. Plus être au monde que faire. Plus recueillement, prière, accueil, qu’action. Mon outil est la caméra numérique dans la paume. Je suis moi-même l’instrument du lieu, du temps, avec cette prothèse organique qui opère, qui est vecteur de mon regard. Mon corps se laisse altérer, la fatigue faisant son œuvre dans l’incarnation même de l’acte du regard.

MoissonneuseGrdPlan.png         C’est aussi ce que j’ai fait avec La Vaillante : observant et m’engageant intérieurement avec le monde extérieur, collectant des articles, des textes, ou retranscrivant des vidéos, des passages de film ayant trait à l'agriculture & au monde rural (Le temps des grâces), des témoignages, des enseignements, des émissions radio. De natures politique, religieuse, sociétale, artistique, éducative… Les disciplines se croisent, se répondent, comme dans la société réelle.

Institut de beauté         À certains moments, l’artiste qui était en veilleuse pour laisser place à l’observatrice et analysante des évé-nements, a eu besoin de refaire surface, de reprendre la parole depuis sa position d’artiste. Ainsi, la vidéographie Institut de beauté se mit-elle en dialogue avec Kim-Olivier Trévisan de l’alvéole Habitat & Architecture de l’Écologie Humaine, dans un texte intitulé Portrait d’un homme dans son paysage. Ou encore, à la réception de l’article repris de Evangelii gaudium, Le temps est supérieur à l’espace, la vive réaction d’un artiste et directeur artistique d’un Festival vidéo subventionné me fit répondre par le témoignage de ma foi en tant qu’artiste catholique (Artiste, témoin d’intériorité & d’extériorité : quelle forme au témoignage ? Avec la lecture & l'encouragement de Gérard Leclerc).

L'encielement Édith & Etty 4.jpg         Et plus récemment, la vidéographie intitulée Enciellement Édith Etty donna naissance à une nouvelle page enrichie de plusieurs articles : Faire œuvre de beauté, touchant à la mort, au don de soi, en résonance avec les vies de Édith Stein et de Etty Hillesum. Cette dernière page enrichie est issue d’une autre, La force impressionnée, antérieure et fondatrice de ma proposition de définition de l’Écologie Humaine par la méditation de cette citation de Édith Stein : « En fait d’impressionnabilité, l’enfant, l’artiste et le saint sont frères ». La notion spécifique d’impressionnabilité de Édith Stein y étant méditée et entendue comme une variation de la vulnérabilité créatrice.

         Et vinrent les Premières Assises du Courant de l’Écologie Humaine, les 6-7 décembre 2014, après dix-huit mois de travail.


Les premières Assises du Courant de l’Écologie Humaine

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Quatre petits ronds roses représentent les alvéoles ART ET COMMUNICATION sur le plan. Deux petits ronds roses représentent la ”sous” alvéole Art et culture. Deux ronds roses sur soixante-quinze représentent mon domaine de préoccupation. Soit 2,666%. Car il faut bien s’inscrire dans une réalité, telle qu’elle se propose. Seulement, dans le fond, l’art que je pratique ne se regarde pas seulement soi-même. Il a soif de rencontres avec les domaines médical, scientifique, technologique ; avec le monde rural & agricole, l’environnement, la nature, l’architecture ; avec ceux du travail, de l’éducation, de la transmission, de la famille ; ceux de la politique, de l’histoire. Celui de l'édition : aussi bien pour la publication des dvd des vidéographies, que de l'édition papier reprenant les écrits de l'artiste sur sa pratique (Journal de bord en ligne Machina perceptionis). 

Écologie humaine,sandrine treuillard,tugdual derville,jean-guilhem xerri,gérard leclerc,françois-xavier de boissoudy,art & culture,artiste,politique,foi         « Prendre soin de tout l’homme » : l’art est ce qui circule, un souffle qui draine la société, humblement, discrètement, comme la prière vient nourrir en profondeur une journée. On voit qu’une société est malade quand elle ne prête plus attention à ses artistes, quand elle n’attend rien d’eux, quand elle ne voit pas ces quêteurs et créateurs de sens. Quand la société devient sourde à ses artistes, c’est son âme qui est en danger. Le domaine de l’art devrait être en dialogue avec les autres domaines. Les artistes du Courant devraient être reliés à d’autres membres d’autres disciplines. Par exemple, la peinture accrochée au rideau noir durant les Assises, La lucarne ou la naissance de la lumière de François-Xavier de Boissoudy résonne avec la science optique. C’est en clignant des yeux qu’il a constaté la décomposition colorée de la lumière tombant de la lucarne dans cette cage d’escalier en colimaçon (photographie ci-contre). Souvent, l’art pictural (et l’art vidéographique, de surcroît, qui est art de la lumière à la suite de la photographie) fait appel à la phénoménologie (de la perception), un autre domaine des sciences humaines.

ArIm Instit 2.jpg         L’art (vidéographique) est un lien social et spirituel qui a des outils (technologiques) à son service pour s’incarner, se dire, se développer. La caméra est un média, un instrument qui enregistre ce qui se passe dans l’intervalle, dans l’interstice. Le filmage est la manifestation d’un lien qui se tisse. Un geste qui engage le corps et en dévoile la limite (fatigue). La caméra devient une sorte de prothèse organique. Le regard est humanisé : l’art numérique s’humanise dans la pratique subjective de l’artiste, dans les rapports qu'il décline dans le temps avec ce média. L’artiste se prêtant au filmage développe la conscience de son lien à l’instrument dont il use. Il responsabilise son regard. Sa posture intérieure de recevoir le réel implique de se laisser agir dans ses sens, sa perception. L’écoute du lieu et des éléments qui le colorent et lui donnent son caractère lui enseigne l’humilité. Autant il apprivoise la technique que le lieu. Il apprivoise son regard en le laissant naître (Des machines à méditer). 

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         Je propose donc de désenclaver l’art déjà au sein du Courant de l’Écologie Humaine, en faisant se rencontrer les artistes non pas seulement entre eux, mais avec des personnes qui s’engagent dans d’autres disciplines du Courant, selon leurs affinités. Je vois (idéalement) un artiste associé à chaque rond de couleur du plan repris ci-dessus. L’artiste a des choses à transmettre à ses contemporains. Il participe de l’âme de la société. Il a aussi à puiser dans les savoirs, expériences, pratiques de ses contemporains. Pour vivre, l’art a besoin de proximité avec autrui. Nous sommes interdépendants. Travaillons ensemble.

         Je propose donc qu’il y ait des sortes de parrainages entre des artistes du Courant de l’Écologie Humaine et des disciplines extérieures à l’alvéole ART ET COMMUNICATION. Le contenu de l’œuvre d’un artiste résonne avec d’autres domaines que le sien propre. C’est en cela que l’art est aussi affaire de société, de lien social. Dans Utopia de Thomas Moore, la société décrite jugée idéale et parfaite aux yeux de son inventeur ne produit plus d’artiste. Elle n’en a plus besoin.

L’art vidéographique pour les personnes malades et le monde médical

Capture d’écran 2014-12-13 à 15.11.31.png         Ainsi, pour ma part, je souhaite proposer aux hôpitaux, aux malades qui en auraient la force et le désir, de regarder en ligne mes travaux vidéo sur des tablettes avec des écouteurs, et de lire les articles du Journal de bord en ligne Machina perceptionis qui s’y rattachent. Ou, pour certaines vidéos qui le demandent, de lire sur lecteur portable le dvd (Quel éditeur s'engagerait à les publier, accompagnés de leur livret ?). Mes vidéographies étant toujours issues de filmages de l’environnement ”naturel” ou du jardin, du domaine cultivé et transformé par un homme, ce serait apporter dans la chambre d’hôpital un coin de ”nature”. Donner à vivre à la personne alitée une expérience de perception de la nature. Le temps de la maladie pourrait ainsi se conjuguer avec le fait de nourrir sa vie intérieure, de vivre une expérience intérieure en étant convalescent. D’établir un colloque intérieur avec l’expérience que la vidéographie transmet. Le temps de la maladie pouvant ainsi être une belle occasion de s’autoriser à vivre le temps de la contemplation, difficile d’accès dans le quotidien habituel. Par l’œuvre vidéographique accéder « la petite cellule qui est en soi », à son jardin intérieur.      

ArrIm chardon blanc 7.jpg         Dans ce Journal de bord publié en ligne Machina perceptionis (ici, Konrad Fiedler « Sur l’origine de l’activité artistique » ) sont publiés d’assez nombreux articles ayant trait à ce qu’est la vidéographie, écriture du voir : une attention au processus de la perception qui, avec le temps, s’affirmera de plus en plus spirituellement. Je pense ici aux articles  La leçon du vidéographe et à l'Éloge de la main (Focillon). L’expérience perceptive s’altère en quête spirituelle. La perception et la spiritualité s’affectent mutuellement. Le corps y a sa place, centrale, incarnant, épousant des réactions aux phénomènes de la perception (”affections corporelles”). 

         Aussi, le dimanche 7 décembre matin, en ce second jour des Premières Assises du Courant de l’Écologie Humaine, Jean-Guilhem Xerri a exposé sa vision de la vulnérabilité, de la contemplation, de l’outil technologique au service de l’homme et non aliénant : 

         « Les technologies permettent aujourd’hui de changer la nature humaine elle-même. Cependant l’enjeu n’est pas de devenir post-humain ou sur-humain, mais plus humain. Pour qu’il y ait une authentique révolution de la bienveillance, il faut au préalable une révolution de l’intériorité ».



AIm SixtineC..jpg         Quand Jean-Guilhem Xerri parle de « révolution de l’intériorité », entendons un tour complet, un retournement, une conversion de notre attitude devant notre vie intérieure. Une attention particulière et une confiance en notre intériorité. Pour effectuer cette révolution, encore faudrait-il avoir de la considération pour cette part de nous-même, pour aller la chercher et l’apprivoiser. Cette vision de l’homme rejoint mon désir de faire découvrir mes vidéographies aux personnes malades et au monde médical. Le personnel médical aussi, infirmières, médecins, personnes qui font le ménage dans les chambres (et le monde du travail en général, quel qu’il soit) a besoin de contemplation. Chacun a besoin de se retrouver « dans la petite cellule qui est en soi » pour l’habiter, la nourrir, en prendre soin et en retirer du plaisir. Apprendre à la connaître, la reconnaître comme source de vie, de bonheur, de consolation voire de délectation. Cette petite cellule en soi bien souvent méconnue, négligée, atrophiée voire méprisée. Souvent blessée. Ainsi, mon travail d’artiste vidéographe s’adresse-t-il à tout homme dont le désir est de restaurer ces liens, libres, avec la part précieuse blottie en soi. Chacun se verrait la possibilité d’aller puiser à la vidéographie qui l’attirerait, de dialoguer avec elle dans un colloque intérieur. La contemplation est aussi invention.

Sandrine Treuillard
13-XII-2014

L'Écorchoir (I/III)

3 plans (12 min; 23 min -muet; 21 min -muet) _ X 2009
coul _ 16:9 _ mini-dv
Installation vidéo triptyque, 3 écrans Lcd


Mesure du temps d'un paysage de montagne. L'amoncellement des nuages blancs aux prises avec les modifications atmosphériques & avec la ligne sinueuse des rochers. Du "plan fixe à la main" qui mesure le temps par le corps & donne son bougé à l'image (équilibre), au zoom dans un détail du paysage : comment filmer du réel devient peinture. Une heure s'écoule entre le premier plan et la fin du dernier.

Dispositif de visionnage : sur 3 écrans plats LCD accrochés aux 3 parois d'une pièce en U - 16:9 - 106 cm - dotés de bonnes enceintes pour l'écran de gauche - 3 canapés (banquettes) disposés en U

 

28.08.2015

Par saint Martin de Tours, Dieu revient sur les autels de France - Adoration Saint-Martin

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La messe miraculeuse de saint Martin de Tours par Simone Martini
XIVème s. Assise, Église San Francesco (détail)


Carmel de Nevers après la messe du dimanche 26 juillet 2015

adoration saint martin,adoration eucharistique,sandrine treuillard,la france,Écologie humaine,sacré cœur,politique,miséricorde divine,transmission,foi            La proximité du prêtre dans sa façon de célébrer la messe avec les habitants du quartier et dans son homélie, m’a beaucoup touchée. Il m’a donné les larmes aux yeux évoquant son père qui, à la fin de la journée où les enfants revenaient à pieds de l’école à 3km, revenant lui-même du bois où il préparait les bûches de chauffage pour l’année, rapportait dans son sac un pain qui avait un peu séché durant la journée, et le partageait avec ses enfants leur disant que c’était le pain d’alouette, un pain d’oiseaux… Ce souvenir lui revenait en résonance avec l’Évangile du jour, en ce dimanche 26 juillet, où Jésus a pitié de la foule nombreuse qui le suit et n’a rien à manger. Il multiplia les cinq pains d’orge et les deux poissons qu’un jeune garçon avait là, fit asseoir la foule sur l’herbe fraîche et les leur fit distribuer. Il se donne comme signe, lui-même, pour leur signifier l’existence de Dieu le Père qui pourvoie avec abondance à leurs besoins, et celui de Ciel dont ils n’ont pas encore conscience. Une fois ce signe divin donné, Jésus retourne sans ses compagnons les disciples, seul, dans la montagne, pour le cœur à cœur avec son Père du Ciel. Ainsi fuyait-il le désir des gens d’en faire leur roi sur la terre, son heure n’étant pas encore venue pour devenir celui du Ciel. Ainsi évitait-il de ”se faire manger” par le commun des mortels de façon précoce et inopportune, ce qui aurait gâché son don de lui-même, qui est tout spirituel et divin, dans le sacrifice de la Croix et jusqu’à la Résurrection. 

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            Ce qui m’a particulièrement touchée dans la parole du prêtre est son souci de l’homme rural et de la reconnaissance de ses besoins spirituels. Ce prêtre se souvient et nous transmet un épisode de la simplicité du monde rural où la bonté originelle s’exprime. Son père avait été élevé chez des ”frères” ; il connaissait bien ”sa” Bible. Ainsi le pain des oiseaux avec ce côté merveilleux du conte n’était pas sans lien avec le Corps du Christ que nous aimons à célébrer à la messe. L’enfant qui a écouté son père et mangé avec les autres enfants ce pain des oiseaux un peu dur est devenu prêtre. C’est très beau !

            Hier matin, j’ai pris mon petit déjeuner en compagnie de ce même prêtre après la messe qu’il avait célébrée. Il est originaire de Pouilly-sur-Loire. Je lui ai parlé de mon projet d’Adoration Saint Martin. Ce matin, après la messe, nous sommes venus prendre le petit déjeuner avec Philippe, le monsieur à la grande moustache qui sert la messe et distribue la communion le dimanche.  Je lui avais demandé si je pouvais apporter le calice à l’offertoire. Il m’a du coup proposé de donner la communion. Je ne savais pas si j’en étais digne… si cela m’était autorisé. Je ne l’avais jamais fait. Eh bien, aujourd’hui est un grand jour, puisque pour la première fois de ma vie j’ai tendu le calice à chaque paroissien en disant : « Le Sang du Christ ! ». J’ai aussi porté la Paix du Christ aux Sœurs, dans leur clôture. Quelle joie de voir chaque visage souriant m’accueillir et accueillir la Paix du Christ et la partager ensemble ! Le plus beau sourire était celui de sr Marie-Dominique. Mais tous étaient très beaux. J’ai découvert le visage de l’une d’elle, âgée, aux yeux bleus aveugles, voilés de blanc. Sr Christiane aussi a accueilli la Paix du Christ dans un très large sourire, la dernière… Comme si je venais faire partie de leur communauté de carmélites…

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine       Tout à l’heure, je vais proposer à Sr Michèle-Marie, ma bienfaitrice ici, celle qui a su accueillir la première mon récit de vie spirituelle et discerner avec moi l’importance de l’expression artistique dans ma vie et pour l’évangélisation… avec sainte Thérèse Bénédicte de la Croix qu’elle a introduite dans ma vie, Édith Stein… je la bénis, que Dieu bénisse toujours sr Michèle-Marie !, je lui proposerai donc de regarder avant mon départ la vidéo-diaporama « Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) » avec ses sœurs Christiane et Marie-Dominique. Je souhaite leur exposer mon projet d’Adoration Saint Martin pour les campagnes, pour mon village du diocèse de Bourges qui manque tant de prêtre, qui n’a pas un seul séminariste, comprenant pourtant deux départements : le Cher (Bourges) et l’Indre (Issoudun, Châteauroux). 

            Quand le prêtre a imité le Christ consacrant le pain et le vin, il a évoqué les agriculteurs et les vignerons qui produisent ce pain et ce vin. Cette reconnaissance des agriculteurs au cœur de la messe devrait se faire avec autant de générosité dans toutes les églises de France. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Notre humanité a besoin de reconnaître le besoin spirituel de l’homme, et en particulier de l’homme rural abandonné, oublié et méprisé par le citadin. Ce mépris des autorités citadines pour l’homme rural le rend plus rude qu’il ne l’est. Il faut lever ce mépris qui est méprise et méconnaissance, regagner la confiance en la générosité tapie dans le cœur de l’homme rural, du paysan. Le paysan aime Dieu. Il a un lien privilégié à la Création par son travail  au milieu de la nature pervertie par le Plan Marshall, les lois imposées depuis Bruxelles, les décisions bureaucratiques. La distribution mal avisée de subventions étatiques et européennes est un chantage pour maîtriser la production agricole. Elle coupe l’homme, le paysan lui-même qui, à l’origine, connaît et aime sa terre, de la vie même de cette terre. Les subventions éhontées obligent l’agriculteur à pratiquer avec ”sa” terre, avec l’écosystème (ce terme manifeste l’éloignement de la nature de l’homme qui travaillait avec elle : la nature serait devenue un système froid tout comme le système économique ou le système financier, l’homme surplombant la nature sans n’avoir plus de relation essentielle avec elle), des choses qui trop souvent sont contre le bien de la nature, contre le respect de la terre, contre l’éthique écologique et humaine. Et contre le cœur même de l’homme du pays, le paysan. Les autorités payent les agriculteurs qui doivent exécuter des pratiques anti-biologiques. C’est pourquoi il y a le plus de suicide dans cette catégorie de la population française. On apprend aux futurs agriculteurs, dans les écoles, non pas à connaître et aimer son pays, mais on les éloigne de  la terre, du travail avec la terre. On éloigne la terre du corps et du cœur du paysan. On lui indique comment booster une terre déjà épuisée en ajoutant des engrais. Ou comment supprimer la vie des insectes par l’ajout d’insecticides qui viennent polluer les sols à long terme et tuer les abeilles. Constater que la terre que l’on est amené à travailler est sans vie est un drame humain pour l’agriculteur qui ne s’appelle plus ainsi d’ailleurs, mais ”exploitant agricole”. Les directives étatiques et européennes ont tellement exploité le travail des hommes dans de mauvais sens qu’il n’y a plus ni terre, ni humanité dans le travail, et que l’homme du pays est devenu l’esclave d’un travail qui n’a plus de sens que mortifère. Des hommes qui étaient en communion avec leur milieu agricole, on a fait d’eux des bureaucrates, des gestionnaires d’entreprise de destruction des ressources naturelles par des pratiques absurdes et artificielles, coupées du bon sens ordinaire, coupées de la perception naturelle de l’homme en harmonie avec son milieu de vie et de travail. L’homme du pays ne travaille plus avec la terre, avec la nature, mais contre la nature pour satisfaire une logique purement économique, abstraite, coupée de la vie. L’homme apprend à déconstruire les chaînes naturelles de la vie biologique sans plus avoir connaissance de l’harmonie naturelle de ces chaînes biologiques. Comment un agriculteur sain ne pourrait-il pas être profondément dégoûté de devoir pratiquer tout cela qu’il devrait faire subir à la terre, aux bêtes, à lui-même enfin !, en conscience ? Ceux qui se suicident montrent jusqu’où va l’absurdité du système : anti-biologique, contre l’homme, contre la vie. Une machine bureaucratique et idéologique devenue folle et meurtrière. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Qu’au sein de la messe le respect et l’amour de la vie par le Don de Dieu du Corps –le pain- et du Sang –le vin- de son Fils Jésus, le Sauveur, au Cœur transpercé qui nous donne la vie en abondance (la Miséricorde), que cela soit le cœur, le centre de la messe, est le plus grand signe d’espérance de la réconciliation possible entre les citadins et les ruraux. Les hommes des campagnes étant les garants de la dernière authenticité du pays, de la terre à aimer, à respecter, de laquelle recevoir tous les plaisirs sensibles mais aussi spirituels. Le cœur de la célébration eucharistique est le plus grand signe d’espérance de l’homme avec sa terre blessée. Cette terre blessée par l’homme devenu un administrateur éloigné de ses origines, coupé de ses racines, le citadin de Paris ou de Bruxelles qui décide de la production, du cours de l’économie, de la finance sans plus aucun lien avec le pays. La terre et le pays sont désaffectés. L’homme ne porte plus d’affection envers eux. Sa sensibilité affective est si émoussée qu’elle s’est réduite à la gestion économique. Ce qui le fait homme, sa subjectivité affective, est anéanti par un système qui le domine. Il est ainsi démuni même du sens de la responsabilité. Abêti et dominé par des règles qui n’ont plus de sens. L’homme rural qui voit le fruit de ces pratiques a le cœur qui saigne. Même la terre qui est devenue si sèche, sans vie, n’a plus de sang pour saigner. Elle souffre brutalement, à sec.  Dans une région comme la Bourgogne, il n’y a plus de vie dans la terre. Le sang n’abreuve plus la terre. Elle a soif. Anémiée, elle crie sa sécheresse. Avez-vous entendu le témoignage de ce couple de microbiologistes des sols qui sillonnent avec leurs appareils de mesure les vignes bourguignonnes ? (Voir la page enrichie Le temps des grâces) Les vignes sont anémiées ! La terre n’a plus de ressource pour nourrir les ceps, elle a été épuisée par les engrais, par la surproduction contre nature, par l’atrophie du bon sens. Une terre sans ver ne respire plus et étouffe. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            L’actualité du Christ dans la prière eucharistique, le don de Son Corps et de Son Sang est vivante et criante. Le miracle à opérer pour la conversion des cœurs à son Amour, à sa Vie, est là, à chaque messe, à la portée de chacun s’il veut bien ouvrir son cœur à la fraternité de base, au partage de base, à la solidarité humaine de base auquel nous convie Jésus lors de son dernier repas. Ouvrir notre cœur au don que Dieu veut nous faire de sa Vie, qu’il lui tarde de déverser dans nos vies par Jésus, avec abondance. 

            Il est venu répandre un feu sur la terre, le feu de son amour débordant, un feu de lumière, ce feu est lumière, un fleuve de lumière qui désaltère tout l’être et donne vie à toute chair, à toute terre. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Saint Martin avait perçu et compris le besoin spirituel du paysan dans un temps où son rapport à la nature n’était pas encore si malmené qu’aujourd’hui. Laissons-le revenir nous enseigner la Charité du Christ qu’il a partagée, à l’époque de l’Empire romain, avec les Gaulois que nous sommes toujours, au fond, mais que nous avons oubliés que nous sommes. L’homme est le même, ses besoins, mêmes spirituels, sont les mêmes. Après tout, non : le besoin spirituel de l’homme moderne a tellement été dénigré, renié, méprisé, que, comme l’annonçait Marthe Robin il y a quelques décennies, « la France est tombée encore plus bas ». Le message de la Bonne Nouvelle des bienfaits de Dieu pour l’homme n’a pas changé et est au contraire d’une très grande actualité. Il y a urgence à ce que l’homme considère son besoin de consolation et de direction spirituelle. 

            Sachons par là recevoir l’exemple de saint Martin de Tours. Écoutons saint Martin nous rappeler la bonté, la compassion de Dieu pour l’homme. Dieu nous veut reliés à lui dans sa grâce. Dieu nous fait miséricorde : gratuitement il nous propose son Amour sans condition. Relisons la vie de ce grand saint, moine puis évêque malgré lui. Écoutons la parole du prêtre. Tout prêtre est un autre Christ qui nous enseigne ce que Jésus lui-même enseigne. Saint Martin est la richesse du christianisme dans notre pays, un trésor d’humanité baigné de la divinité à redécouvrir. Il a eu pitié du pauvre. Il a pris part à la Passion du Christ. C’est cela la compassion, c’est cela « Jésus doux et humble de cœur » : se mettre à son école, écouter le cœur de Dieu battre pour nous.       

A M E N 

 

            Le diagnostic est facile à poser. Il y a des décennies que l’on peut constater les dommages. 

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            Le remède est cependant là, sous les yeux de qui veut bien le voir. C’est par le bois de la Croix que Dieu a donné le remède. Toute l’espérance est là. Elle coule à flot du Cœur de Jésus, la foi, dans le Sang et l’Eau. Sinon, la Croix ne serait qu’un bâton sec. Être chrétien aujourd’hui, et qui plus est dans le milieu rural, c’est s’abreuver au bois de la Croix, c’est recontacter le sens spirituel du christianisme. C’est puiser le remède à la source, dans le Cœur de Dieu, le Cœur de Jésus transpercé sur le bois de la Croix, du haut de laquelle il nous déverse tout son Amour. Le Cœur de Dieu bat au bois de la Croix. Il est tout espérance et tout amour. La Miséricorde Divine est là, pour vous, qui peinez dans les campagnes, qui souffrez de l’indifférence du pays qui ne voit pas que vous êtes sa vie, son cœur de France. Dieu, lui, le voit, le sait, et il est là pour vous, afin que vous puissiez à son Cœur qui est toute votre espérance. Dans la prière d’adoration du Saint Sacrement vous trouverez le Cœur de Dieu qui brûle d’amour pour vous. À la suite de l’évêque de Tours, avec saint Martin, vous participerez de l’amour de Jésus pour vous et pour vos frères, pour la génération humaine tout entière. Le saint Sacrement dilatera votre cœur au contact du Cœur de Dieu. Car l’Eucharistie est le mystère du Cœur de Dieu. C’est son Cœur incarné. Le Cœur de Dieu fait chair est l’Eucharistie. Laissez son silence œuvrer en vous et vous entendrez ce que personnellement il a à vous dire. Car Dieu vient pour tout homme. Il veut parler au cœur de chacun. Et plus tu es loin de Lui, plus il désire se rapprocher de toi. Le diocèse de Bourges est désert. C’est pourquoi Dieu veut y revenir. Il y est d’ailleurs : toute la vastitude le contient. Seulement, c’est l’humilité qui manque à l’homme qui fait qu’il ne Le rencontre plus. Le berrichon a perdu le lien avec son Dieu par manque de prêtres aussi. La laïcité a fait son œuvre de séparation. Non pas la séparation de l’Église et de l’État. Non. Celle-ci est toujours souhaitable. Mais la séparation de l’homme d’avec son Dieu. La dissuasion distillée au sein de l’éducation d’avoir recours au secours divin dans la difficulté inhérente au fait de vivre. L’esprit laïc mal transmis, et peut-être mal transmis à dessein et de façon renforcée depuis mai 68, a fini par interdire l’expression même du besoin spirituel fondamental de Dieu. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Mais Dieu revient dans les campagnes abandonnées de France. Justement parce qu’elle sont abandonnées, il y est d’autant plus présent. Les autochtones n’osent pas encore trop exprimer leur besoin de Dieu, de liturgie, de pasteurs. Mais Il est là, parmi nous, un reste dans les cœurs, gros comme un grain de moutarde, et qui contient toute son intensité. L’Adoration Saint Martin est une porte pour revenir au Seigneur, un canal qui y conduira à nouveau. Par l’adoration du Saint Sacrement sur l’autel, la sainte Eucharistie sertie dans l’ostensoir, laissons-nous pénétrer des trésors divins. Jésus est un délice. Sa Résurrection n’est pas une fiction, un conte de fée. Le christianisme n’est pas une sucrerie. C’est une réalité qui s’expérimente dans le cœur à cœur avec Dieu. L’adoration de la sainte Eucharistie exposée dans l’ostensoir sur l’autel de chaque église de France est une chance très belle de retrouver la relation au Dieu de la Nouvelle Alliance et éternelle. Buvons au fleuve de sa Miséricorde !

A M E N 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgJehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

le di. 26.VII.2015, 
Carmel de Nevers, chambre Élisabeth de la Trinité

 

 

 

 

 

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Adoration Saint Martin

  

22.07.2015

Quand Marie Madeleine contemple Dieu dans sa splendeur

Nole me tangere Fra Angelico.jpgComme en rêve, ivre de chagrin*, désemparée, désorientée dans le jardin, Marie Madeleine ne perçoit pas la présence surnaturelle des deux anges dans le tombeau. Elle se tient elle-même au bord du réel, chancelante à la frontière du surnaturel. Ses sentiments envers le Christ la font être, depuis bien avant ce jour du trépas de son Jésus, dans la dimension au-delà de la simple humanité. Elle a déjà goûté Dieu par son Christ, mais restée simple de cœur, n’en a pas encore obtenu la conscience claire. Marie Madeleine rejoint son Christ de l’autre côté du réel, véritablement, quand Il l’appelle par son prénom. À ce moment précis, cela y est, elle pourra contempler Dieu dans sa splendeur, sans le toucher avec son corps, mais en communion d’Amour, en Esprit, tout en Union avec Jésus.



* Le chagrin de Marie Madeleine au tombeau vide résonne des larmes de Anne (la stérile) ivre de douleur dans le Temple.


Méditation d’après
l’Évangile selon saint Jean (20,1.11-18)
Sandrine Treuillard
22.VII.2014

 

09.07.2015

Mon âme s'élance : Vidéo-prière au Sacré Cœur de Jésus en la Basilique Notre-Dame du Sacré Cœur d'Issoudun (36)

Au rythme de ma respiration
unie au Cœur de Jésus
s'élance cette prière d'adoration…

         Traversée du désert, d’abord, le temps vous paraîtra long. Quête, déréliction. Les champs d’amour d’Issoudun sont d’un calme assourdissant. Le paysage est plat. Il ne se passe rien dans cette vidéo… D’une certaine manière je vous fais percevoir ce qu’est le sentiment d’abandon, si présent dans ces campagnes berrichonnes. Mais Dieu répond toujours à celui qui appelle… Patience… Quand Il donne, sachez recevoir… Pas un seul séminariste dans le diocèse de Bourges : pourtant, des trésors y veillent… Faire le lien entre la charité de saint Martin de Tours [église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) & Adoration Saint Martin] et le Sacré Cœur de Jésus (ici à Issoudun, ailleurs, à Manrèse, mais de partout…).

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg 

 

 

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29.06.2015

Une adoration de la Sainte Eucharistie

Hostie sainte.jpg

UNE ADORATION DE LA SAINTE EUCHARISTIE

 Dieu qui simplifies tout

simplifie-moi

Eucharistie

Offrande sainte de Dieu

Par laquelle je touche à Ta Présence

Rends-moi pure

Simplifie-moi

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Tu es l’Essence de ma foi

Sa fin et son commencement

Ô disque pur

Cœur de Dieu

Plexus solaire d’où rayonne l’Amour divin

Lumière-source de toute Miséricorde

Durée éternellement présente fixée à la Blancheur

Où le spectre entier des couleurs est résumé

Touché de Dieu inaltérable

Qu’aucune prière n’usera jamais

Cercle chéri de l’abnégation

Comblé de Toi qui demeure partout

Et que rien ne peut contenir

Ô Christ

Ta Passion est donnée en ce disque parfait

Le Sang et l’Eau de Ton Côté

Nourrissent sans cesse

Ton Corps saint

Corps du Christ pure offrande

Qui ne tarit jamais

Abreuve-moi

Laisse se répandre en moi l’eau éternelle du Baptême

Que chacun de mes membres et toute cellule

Vivent de Toi

Que mes organes et toute âme

Soient drainés de Toi

Que ma peau et tout muscle

Respirent en Toi

Par Toi et pour Toi

Que mon être entier exulte

Et s’accomplisse en Toi

Ô

Lettre parfaite

Imprononçable à mon cœur de femme

Ô

Toi que j’aime pourtant

Et aspire à aimer de toute mon âme

Ô Jésus

Dieu qui te fis lumière et chair

Verbe venu au secours de mon imperfection

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Sacré-Cœur de Jésus résumé en Cela

Tu m’attires à Ta Résurrection

Vers laquelle je tends tout mon être éploré

Laisse-moi toucher la frange du Salut

Laisse-moi goûter à la beauté de Ton Visage

Jésus !

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

 

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
sa. 12 avril 2014, veille des Rameaux

Prière-poème à retrouver sur la page
La France & le Sacré Cœur

30.05.2015

Ce qui donne une âme vivante et forme un corps concret à la réalité qu’est la France

jeanne d'arc,la france,fête nationale,vidéographies,sandrine treuillard,art & cultureSainte Jeanne d’Arc
(XVème s.)

Patronne secondaire de la France
le 30 mai : mémoire (en France)

Ci-contre : Vitrail de l'église de
Sainte Foy de Cervières (Loire)

 

ALORS QUE LA FÊTE nationale de Jeanne d’Arc a été fixée à l’anniversaire de la délivrance d’Orléans (8 mai 1429), l’Église célèbre sa mémoire le 30 mai, au jour du bûcher de Rouen (1431), car c’est dans la mort que Jeanne a consommé sa configuration avec le Christ.

Les étapes de la vie de Jeanne d’Arc (1412-1431) sont connues de tous : Domrémy, Vaucouleurs, Chinon, Beaugency, Orléans, Saint-Benoît-sur-Loire*, Reims, Paris, Compiègne, Rouen, autant de noms auxquels s’attache le souvenir de tel ou tel événement d’une épopée qui ne dura que deux années et s’acheva par la mort atroce d’une jeune fille de 19 ans. Jeanne séduit par sa simplicité, la justesse de ses répliques, l’absence du souci de jouer son personnage, une énergie dans la décision, un courage dans l’action, que tempère toujours la tendresse d’une fille de son âge pour ceux qui souffrent. Elle séduit par sa recherche obstinée de la paix et son respect de l’adversaire. Mais elle s’impose surtout par sa disponibilité absolue à la volonté de Dieu. C’est pourquoi elle domine le procès de Rouen de toute la limpidité de son âme, la fermeté de sa foi, la vigueur de son attachement à l’Église, « qui ne fait qu’un avec le Christ ». Sur le bûcher, dont la vue la fit gémir d’angoisse, Jeanne a jeté le cri qui livrait le secret de sa vie : Jésus ! Jésus !

 

Tiré du MAGNIFICAT n°246
30 mai 2013
 

 

* c’est nous qui soulignons ce lieu.


L'épée de Jehanne - 5 min - mai 2015 - ©Sandrine Treuillard

 
 
 
 

 

DE SES VOIX 2’37’’ - filmé à Orléans, parvis de la cathédrale
2cd 
volet /5 de POUR EN FINIR AVEC JEANNE D’ARC
Copyright © Sandrine Treuillard, 2006

[Filmé sur le parvis de la Cathédrale Sainte-Croix d'Orléans]

 

UNE COMMUNAUTÉ DE DESTIN

 

« Une certitude habite le cœur du chrétien. Parmi les hommes rapprochés par les circonstances de la vie, ceux qui forment avec lui sa nation – pour nous la France –, ceux-là occupent dans son cœur une place privilégiée ; avec le magistère catholique, nous condamnons fortement les nationalismes et promouvons ardemment le patriotisme. « Il faut clarifier la différence essentielle qui existe entre une forme insensée de nationalisme qui prône le mépris des autres nations ou des autres cultures, et le patriotisme qui est, au contraire, un amour légitime du pays dont on est originaire. Un véritable patriotisme ne cherche jamais à promouvoir le bien de la nation aux dépens d’autres nations. » (Jean-Paul II, discours aux Nations unies, 1995). Or une nation n’est pas une idée, et pas plus un ensemble de valeurs, mais elle se dresse dans sa beauté et sa grandeur à travers la droiture de personnes imprégnées d’une culture, d’un pays et d’une histoire. Une nation existe d’abord d’une communauté de personnes tissée par une culture commune. Seule une fraternité éclose en solidarité, et une solidarité comprise comme une communauté de destin, donne une âme vivante et forme un corps concret à la réalité qu’est la France. »

MGR LUC RAVEL
Mgr Luc Ravel, ordonné prêtre en 1988, est évêque aux Armées depuis 2009.

Tiré du MAGNIFICAT n°246
30 mai 2013

 

 

 

JEANNE 2006 – 10’ (/22’)filmé à La Sourdaie (18 - Cher)
1
er volet /5 de POUR EN FINIR AVEC JEANNE D’ARC
Copyright 
© Sandrine Treuillard, 2006

[Paroles de Jeanne d'Arc tirées du procès de Rouen]

 

 

 

5 Petits Blasons pour en finir avec Jeanne d'Arc – 9’23'' (/12’30'')
3ème volet /5 de POUR EN FINIR AVEC JEANNE D’ARC
Copyright © Sandrine Treuillard, 2006

[Guerroyer _L'Étendard _Le Roy _L'attente _Consumer]

 

 

 

Jehanne mise en abyme – 7’23'' (/15’)
5ème volet /5 de POUR EN FINIR AVEC JEANNE D’ARC
Copyright © Sandrine Treuillard, 2006

[Vitraux filmés de la Cathédrale Sainte-Croix d'Orléans]

 

27.05.2015

L'épée de Jehanne

L'épée de Jehanne1èreImage.jpg

 

 

À l'approche du 30 mai, sainte Jeanne d'Arc, cette statue venue d'Italie filmée dans l'église de Continvoir, près de Tours : « Ce qui donne une âme vivante et forme un corps concret à la réalité qu’est la France ».

 

 

 

 

 

13.05.2015

Saint Martin, perle des prêtres

LE  PLEXUS  SOLAIRE  &  LE  CŒUR 

Buste-reliquaire St Martin.jpg         La petite boîte en verre enchâssée dans le buste-reliquaire se situe sous la croix pectorale de l’Évêque de Tours, à l’endroit même du plexus solaire[1].

         La poitrine est le siège du cœur et ce dernier rassemble toute la personne en son symbole. La croix pectorale du Christ est ici placée pour être au plus près du cœur de celui qui la porte.

         Le plexus solaire est, lui, situé au centre du diaphragme. Si nous posons notre poing sous les seins à ce niveau de l’estomac, dans ce creux entre la pointe du sternum & le nombril, nous trouvons cette zone qui est un centre nerveux, émotionnel et énergétique très actif et non moins précieux que le cœur. Le plexus solaire participe même de son rayonnement.

         Quand le Christ a subi la crucifixion, sa cage thoracique était compressée de par l’étendue des bras en croix. Le diaphragme et la respiration oppressés, le rythme cardiaque ralenti, l’apport en oxygène dans le sang est raréfié. Lors du martyre de la crucifixion, le plexus solaire est lui-même esquinté : comme les cinq branches d’une étoile tiraillées. Le plexus solaire rassemble en son bulbe un réseau de nerfs intriqués parvenus à lui en rayons d’autres régions du corps. La symbolique du Cœur de Jésus au centre de la poitrine concentre ces deux aspects : du cœur, situé à gauche dans la poitrine ; et du plexus solaire, situé au niveau du diaphragme, sous la poitrine, au centre.

         Sang et respiration. Souffle et pulsation. Sentiments et émotions.

         Quand un saint est représenté sous la forme d’un buste-reliquaire il nous est rappelé que ce saint eut un lien de communion avec le Christ, à ses souffrances, à sa joie et à sa Charité. La relique que renferme la petite boîte en verre du plexus solaire n’est autre que cette Charité. Ce qu’il y a de plus précieux est ici conservé, protégé dans une boîte en verre, et bien souvent objet, fragment difficile à distinguer. Car la Charité est impalpable et invisible. Que ce petit réceptacle en verre fut vide serait plus représentatif du trésor qu’il étreint. La Charité se sent mais ne se perçoit pas comme un objet visible.

         Ce buste-reliquaire de saint Martin n’exhale-t-il pas la charité pure ? La bonté ne se lit-elle pas dans les traits de son visage ? Le rouge de sa chape ne nous transmet-il pas la chaleur de ce qui l’habite ?


EcceHomo St Martin d'Aubigny:Nère(18).jpg         
Comme nous l’avons vu dans un précédent écrit[2], saint Martin a communié à la charité du Christ. Il eut la grâce de vivre de sa Passion en voyant en songe l’Ecce Homo lui apparaître, recouvert de la moitié de sa cape romaine qu’il avait cédée la veille à un misérable, à une porte de la ville d’Amiens. La compassion de saint Martin pour ce misérable se révèle être, par le songe divin, participation à la Passion du Christ lorsque Pilate présenta l’Ecce Homo (« voici l’homme ») aux Juifs après l’avoir fait flagellé. Ecce Homo humilié et outragé par les soldats qui le vêtir de la couleur pourpre du Roi et enfoncèrent la couronne d’épines sur son crâne, lui imposant un roseau à maintenir pour sceptre.

         Le buste-reliquaire de l’Évêque de Tours renferme le précieux trésor de la Charité du Christ que Dieu lui partagea, à laquelle Martin eut le privilège de communier avant de se faire chrétien.

         Le plexus solaire est le siège où converge cette énergie d’amour, zone dans laquelle elle circule et d’où elle rayonne.

 

SAINT MARTIN   PERLE DES PRÊTRES

St Martin Perle des Prêtres.jpg         Dans le chœur de la Basilique Saint-Martin de Tours, je vis une bannière ancienne sur laquelle était brodée cette affirmation : Saint Martin perle des prêtres. Le bas-relief sculpté dans le bois de l'autel représente ce qui est dessiné ci-contre. 

         Laissons Sulpice Sévère, son biographe, disciple et témoin direct, nous relater cette scène :

«  (…) ce jour-là, se produisit un fait merveilleux que je vais raconter. Comme l’évêque, suivant le rite, bénissait l’autel, nous avons vu jaillir de sa tête un globe de feu, qui s’éleva dans les airs avec un rayonnement lumineux comme une très longue chevelure de flammes. Cela, nous l’avons vu un jour de grande affluence, au milieu d’une grande multitude de peuple ; et cependant, les seules personnes qui l’aient vu, c’est une des vierges, un des prêtres, trois seulement parmi les moines. Pourquoi tous les autres ne l’ont-ils pas vu ? De cela, nous ne saurions être juges. » 

         Ce qui me frappe, c’est la correspondance des formes entre le cercle plein de la grande eucharistie présentée lors de l’élévation à l’offertoire ; le cercle de ce globe de feu flamboyant au-dessus de sa tête ; et la sensation globulaire de la zone du plexus solaire. Ces trois manifestations sont de l’ordre du rayonnement solaire. Il y a aussi une nette correspondance entre ces trois formes et cette caractérisation de perle (des prêtres), puisque la perle est aussi sphérique que le globe. Et accolée au nom de prêtres cette sphère minuscule atteint la taille du globe de feu, au-dessus de sa tête, ou de la sainte eucharistie qu’il élèvera et que nous adorerons un instant en silence.

         La prière eucharistique commence par ce dialogue entre le prêtre qui célèbre la messe et l’assemblée :

-       Le Seigneur soit avec vous.
-       Et avec votre esprit.
-       Élevons notre cœur.
-       Nous le tournons vers le Seigneur.
-       Rendons grâce au Seigneur notre Dieu
-       Cela est juste et bon.
   

         Le prêtre prononce ces paroles en les accompagnant de gestes. Écartant les bras en un geste d’accueil et de partage : le Seigneur soit avec vous. Tendant les mains en coupelle vers le haut : élevons notre cœur. Par cette élévation du cœur nous nous tournons vers le Père du Ciel, nous disposant ainsi à la prière. Il s’agit d’une orientation de tout l’être vers Dieu (« Examinons notre voix, scrutons-la, et revenons au Seigneur, élevons notre cœur et nos mains vers Dieu qui est au Ciel. » Lm 3, 40-41). Ce mouvement du cœur vers les réalités célestes mimée par le prêtre préfigure l’élévation de l’eucharistie qui suivra, quand le prêtre présentera l’Hostie consacrée à l’assemblée, tendue devant lui et vers le haut, entre le pouce et l'index de la main droite, au-dessus du Sang dans le calice qu'il tient de la main gauche.

17Depuis l'autel Christ.jpg         Le rituel de la messe met en scène la circulation de l’amour entre Dieu et les hommes, le prêtre représentant à la fois la personne du Christ et la personne de l’Église que forment les membres de l’assemblée de tous les croyants d’ici et du monde entier. Qu’il s’agisse de notre cœur que nous élevons ou de l’Hostie consacrée que présente le prêtre à l’assemblée, l’un symbolise l’amour humain pour Dieu ; l’autre montre la Présence réelle de l’amour de Dieu pour les hommes, dans ce rappel du Sacrifice saint de son Fils Unique Jésus Christ, qu’est l’Eucharistie. 

         Et quand, sur l’autel, nous exposons l’Hostie sainte sertie dans l’ostensoir, souvent sont figurés par l’orfèvre des rayons qui émanent du Saint Sacrement manifestant ainsi le rayonnement de l’amour de Dieu auquel il veut nous faire communier, auquel il nous attire par cette admirable dévotion qu’est l’adoration eucharistique.

 

L’ADORATION SAINT MARTIN

ARIm 1.jpg         Suite à la visite de l’église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) dont témoigne la vidéo-diaporama, enveloppé dans le chant Vivre d’amour de Thérèse de Lisieux (interprété a capella par la Chorale des Guides & Scouts d’Europe), apparaît, se détachant de la pierre au-dessus du portail (à 14'50"), le projet d’un groupe de prière pour les églises de campagne que j’ai nommé Adoration Saint-Martin.

 

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Foyer d’amour eucharistique
l’Adoration Saint Martin
au cœur de nos campagnes.

À la suite de l’Apôtre de la Gaule
l’Adoration Saint Martin
est une fraternité d’adorateurs.

Pour faire jaillir cette sublime prière
au cœur des églises de campagne
l’
Adoration Saint Martin
présente un enseignement
suivi de la célébration eucharistique.

Le temps d’Adoration
découle de la Messe.
 

C’est l’Apôtre qui a posé sa tête
sur la poitrine du Seigneur
et boit à la source
de son Sacré Cœur.


Foyer d'am Euch Ado St Martin Portail .jpg         L’enseignement peut avoir lieu après la messe, sous la forme d’une méditation lue, afin d’engager les adorateurs dans la prière. Puis, laisser l’Esprit saint œuvrer dans les cœurs, en silence. L’adoration en tant que telle doit se passer dans la prière silencieuse.

         Comme premières méditations lues je propose les deux sous-titres de cet article Le plexus solaire & le cœur et Saint Martin perle des prêtres et, en premier, La compassion de saint Martin de Tours pour la France. Dans la page Adoration Saint Martin d’autres articles viendront enrichir le corpus des textes de méditation. La figure de saint Martin de Tours étant un modèle de sainteté à explorer comme homme, prêtre et évêque, à redécouvrir pour notre époque où l’évangélisation des campagnes est en jeu afin de restaurer le cœur abîmé des hommes et redonner sa vigueur à la foi chrétienne de notre pays.

 

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Toutes les photos & dessins : © Sandrine Treuillard
Buste-reliquaire & arrêts sur image vidéo : église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)
Ecce Homo : église Saint-Martin d'Aubigny/Nère (18)
 
 
 
 


[1] Cet emplacement de la relique est remarquable dans d’autres bustes de ce type. J’en ai vu à Naples, au couvent des Clarisses, devenu un musée, lors de mon voyage en 2008. Comme celui de sainte Claire, datant du XVIIème. 

Reliquaire Ste Claire Plexus.jpg

[2]La compassion de Saint Martin de Tours pour la France : http://lavaillante.hautetfort.com/archive/2015/02/07/la-compassion-de-saint-martin-de-tours-pour-la-france5554222.html

 

06.03.2015

Que veut dire une église à l'intérieur de notre cité ? Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)

 6VueGénéraleInté6.jpg 

« À la vue d'un clocher, vous pouvez dire : - Qu'est-ce qu'il y a là ? - Le Corps de Notre-Seigneur. - Pourquoi y est-il ? - Parce qu'un prêtre est passé là et a dit la sainte messe. » Pensée du saint Curé d'Ars

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D'abord désigné Évêque de Tours,
saint Martin, perle des prêtres
eut d'abord pitié
des pauvres
de nos campagnes

 

 

 

 

 

 

 

 

Buste-reliquaire de saint Martin de Tours,
don de l'archevêque de Bourges,
Mgr Armand Maillard




Vidéo-diaporama : le sens (de la visite) de l'église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)


« Qu'on le sache bien
 : un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie. 
» Saint Pierre-Julien Eymard, Fondateur des Pères du Saint Sacrement (sss Société du Saint Sacrement)
 

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Le Sacré Cœur correspond au pilier central

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         « Voilà ce qui devrait nous inquiéter : non pas faire en sorte qu’on évite de raser nos églises, mais faire en sorte que pour aujourd’hui et pour demain, nos contemporains soient encore capables de comprendre ce qu’est une église, nos contemporains soient encore capables de comprendre ce que signifie pour eux la place de cette église à l’intérieur de chacune de nos villes et de chacun de nos villages. De fait, ne nous y méprenons pas, nous enfermer dans le lexique de la défense des valeurs, c’est le plus sûr moyen de perdre les unes après les autres toutes les batailles que nous rencontrerons. Reprenons cet exemple tout simple qui est celui du patrimoine sacré à l’intérieur de nos villes. Nous pouvons nous engager pour défendre les murs de nos églises et nous avons raison de le faire, et il va falloir le faire car l’un des grands défis que nous allons rencontrer dans les années à venir sera précisément celui d’éviter que notre patrimoine et notre patrimoine sacré ne soit progressivement ou rasé ou reconverti dans une utilisation qui ne correspond pas à son essence propre et à l’intention de nos aïeux qui ont construit ces églises à l’intérieur de chacune de nos villes. Nous devons nous engager pour défendre ce patrimoine. Mais si nous nous engageons simplement comme chrétiens pour dire « Ne touche pas à mon église » comme d’autres ont dit « Touche pas à mon pote », si nous nous engageons simplement pour dire « Ceci est notre héritage, n’y touchez pas, nous le défendrons jusqu’au bout parce que nous ne voulons pas qu’on touche à notre famille », alors dans ce cas-là nous sommes sûrs de perdre les batailles les unes après les autres et nous sommes certains que nos églises finiront par s’écrouler quel que soit le nombre de pétitions que nous aurons signées, de manifestations que nous aurons organisées, d’occupations que nous aurons mises en scène.

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         Ce qui compte le plus profondément bien sûr, c’est que nous défendions ce patrimoine, mais aussi et surtout que nous fassions en sorte que nos contemporains puissent retrouver le sens de ces églises, pour que nos contemporains puissent entendre à nouveau ce qu’elles veulent dire à l’intérieur de nos villes. Et ceci, précisément, ce n’est pas d’une logique de défense de nos valeurs, de préservation de notre propre famille, de nos intérêts, de notre lobby qu’il s’agit, c’est d’une tentative de conversion collective qu’il s’agit. Voilà ce que nous avons à vivre et à faire vivre. Et la première conversion qu’il s’agit de vivre c’est la nôtre. Croyons-nous encore que nos églises ont quelque chose à dire au temps présent ? Croyons-nous encore que chacune de nos chapelles, que chacune de nos cathédrales qui sont, comme le disait un poète – mais je ne me rappelle plus lequel, pardonnez-moi – qui sont comme des doigts levés vers le ciel dans chacune de nos villes, croyons-nous encore qu’un de ces doigts levés vers le ciel aient quelque chose à dire au temps présent et aux générations qui viennent ?

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         Nous pouvons, je crois, être profondément inquiets, et je le suis comme certains d’entre vous bien sûr, comme tous certainement, lorsque je vois justement tant de nos contemporains, et tant de jeunes en particulier, passer devant nos églises, passer devant nos calvaires, sans rien comprendre de ce qu’ils veulent dire. Comme le dit la magnifique affirmation de Saint-Exupéry dans Citadelle : « Je me sens lourd de secrets inutiles, je me sens lourd de trésors inutiles comme d’une musique qui jamais plus ne sera comprise. » Parfois j’ai le sentiment, comme vous certainement peut-être, que nous avons peut-être déjà perdu la bataille, en tous les cas si nous ne sommes plus capables de faire comprendre à ceux qui sont autour de nous l’actualité de la parole que nous voudrions leur porter. Mais ce désespoir évidemment ne doit pas nous atteindre, il ne doit pas nous empêcher d’agir, car le seul véritable péché, nous le savons, c’est le péché contre l’espérance. Et donc il nous reste à prendre au sérieux l’actualité de notre propre héritage.

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         Voilà ce que veut dire ne pas se laisser exclure : prendre au sérieux l’actualité de notre propre héritage, être convaincu que sans lui aucune société ne se fondera. Madame Taubira nous a menti quand elle disait qu’il s’agissait d’un changement de civilisation. Le mariage pour tous n’était pas un changement de civilisation, la déconstruction de notre héritage n’est pas un changement de civilisation, car il n’y a pas de civilisation dans la déconstruction de cet héritage, il n’y a que la dé-civilisation, la dé-culturation, la destruction de toute société.

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         Nous le savons bien encore une fois, les civilisations sont mortelles. Il ne reste donc plus qu’une seule possibilité : prendre au sérieux pour aujourd’hui et pour demain l’actualité de l’héritage que nous avons reçu pour tous ceux qui nous entourent, prendre au sérieux la soif qu’ils ont, même lorsqu’elle n’est pas dite, même lorsqu’elle n’est pas pensée, même lorsqu’elle ne s’exprime que sous la forme de l’agressivité, prendre au sérieux la soif de notre monde et la nécessité de dire à ce monde qui vient le message que nous avons reçu, en mettant sur ce message des mots d’une actualité absolue. Ne plus tenter simplement de nous faire plaisir en répétant les mêmes mots parce que nous avons le sentiment qu’ils nous parlent à l’intérieur de notre petite communauté, mais tenter de réinventer un vocabulaire qui parle à chacun de ceux qui nous entourent pour rejoindre au plus profond de leur cœur leurs aspirations les plus essentielles. Voilà ce que veut dire croire à la vérité de la parole du Christ. Croire à la vérité de la parole du Christ, c’est croire que tout homme a soif de cette parole, parce qu’elle le rejoint dans la vérité de sa personne, parce qu’elle le rejoint dans la vérité de toute aventure humaine.

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy,ichtus,sacré cœur,saint martin,jeanne d'arc,adoration,eucharistie         Notre but donc n’est pas simplement de défendre nos convictions, notre but n’est pas de faire en sorte que nos chapelles ne s’écroulent pas trop vite, de les protéger en érigeant des lignes Maginot qui nous éviteront pour un temps de voir la destruction de ce que nos ancêtres ont construit. Notre but c’est de faire en sorte que nos chapelles parlent à nouveau à tous ceux qui nous entourent, notre but c’est de faire en sorte précisément de redonner à notre société la vie qu’elle attend en redonnant vie à l’héritage que nous avons reçu. »

François-Xavier Bellamy

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12 octobre 2014 - « Faut-il défendre ses convictions »  Introduction au Colloque Ichtus  « Catholiques en action 2014 »
(Extrait de Une civilisation qui a perdu le sens de l’actualité de son héritage ne peut que s’écrouler de l’intérieur)

Photographies : Arrêts sur image de la vidéo-diaporama de Sandrine Treuillard

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Détail de la statue de Sainte Solange
patronne du Berry

05.12.2014

Certains êtres reçoivent des grâces qui, à vue d’homme, peuvent nous paraître scandaleuses

À propos de la vidéographie « Enciellement Édith Etty »
Par Sandrine Treuillard

sandrine treuillard,Édith stein,etty hillesum,charlotte delbo,foi,christianisme,art & culture,artiste,la france,politique            Certains êtres reçoivent des grâces qui, à vue d’homme, peuvent nous paraître scandaleuses. Comme percevoir, sentir la présence divine à travers la vermine. Voir Dieu dans un corps décharné, un visage gris et des yeux globuleux, hagards de faim, ou glacés de mort. Certainement, Édith Stein et Etty Hillesum ont posé ce regard sur les humains, leurs frères, leurs sœurs, avec lesquels elles ont partagé les derniers mois et jours de leur vie. Etty en a témoigné dans ses lettres de Westerbork[i]. Quand à Édith, elle était préparée depuis longtemps au sacrifice, à l’acquiescement à la mort pour le salut de ses frères Juifs[ii].

sandrine treuillard,Édith stein,etty hillesum,charlotte delbo,foi,christianisme,art & culture,artiste,la france,politique            Leur humanité s’est trouvée décuplée dans le camp de la mort d’Auschwitz parce que Dieu était en elles, elles le recevaient par leur cœur de compassion. Leur cœur, un miroir de Dieu. Les autres, dans la souffrance extrême, physique, morale, existentielle, des parcelles de Dieu. En leur centre à elles, l’amour solaire rayonnait dans cette ténèbre de mort qui rôde, frôle, nargue. 

            À la lecture de Chalotte Delbo, revenue du camp de Auschwitz Birkenau, déportée politique, je perçois la présence de Dieu au sein du style, très épuré, de son écriture. Ce souffle de vie qui décrit la mort dont elle a été rescapée, la souffrance, l’horreur physique et psychologique dans le réel vécu et perçu des paysages, de la saison, la description des corps, de gestes, de mouvements, de détails sur lesquels elle « zoome », tout manifeste la vie en résistance à la mort qui rôde. C’est la vie qui gagne dans son style. Parce qu’écrire est vivre et participer de la vie, même s’il s’agit de témoigner de choses extrêmement morbides et mortelles. Décrire le lieu, l’atmosphère météorique, s’appliquer à rendre compte sensiblement d’un détail, une brindille prise dans la glace que frappe un rai de lumière, même la bouche ouverte noire d’un cri muet, nous parle de la vie. De la présence victorieuse de Dieu. 

sandrine treuillard,Édith stein,etty hillesum,charlotte delbo,foi,christianisme,art & culture,artiste,la france,politique            Le style d’Édith et d’Etty, avant de se refléter dans leur écriture (pour Édith Stein, l’écriture date d’avant son extermination, alors que pour Etty, au sein même du camp de transit de Westerbork, elle put témoigner par lettres), c’était l’amour exprimé dans les gestes envers l’autre, l’aide fraternelle, bien que réduite, de donner un peu d’eau rare, et sans doute sale, à un vieillard au bord du mourir, toucher de cet amour une épaule maigre dans la force restante. Amour en elles tout aussi éprouvé par la souffrance mais comme protégé et décuplé par la grâce divine. Cet amour enveloppe les corps des hommes dans lesquels elles virent toujours une âme, et calme les cœurs, alors, non plus cernés par la seule angoisse de mort. 

            Charlotte Delbo a pu bénéficier aussi de cet esprit de vie au sein du camp. Comme par exemple le passage intitulé ”Boire”, d’ « UNE CONNAISSANCE INUTILE », nous le relate. Pas si inutile que cela, finalement… puisque nous bénéficions de son regard sur ces expériences extrêmes qui nous enseigne à la fois sur les gestes de solidarité dans le camp de la mort et sur le processus même de la perception. La rareté de cette expérience des camps (puisque peu en sont revenus indemnes et on pu en rendre compte, par l’écriture, comme ici) nous apprend le trésor que Dieu a mis en chaque homme, « la merveille que je suis ».

            BOIRE

            (…)

            J’avais soif depuis des jours, soif à en perdre la raison, soif à ne plus pouvoir manger parce que je n’avais pas de salive dans la bouche, soif à ne plus pouvoir parler, parce qu’on ne peut pas parler quand on n’a pas de salive dans la bouche. Mes lèvres étaient déchirées, mes gencives gonflées, ma langue un bout de bois. Mes gencives gonflées et ma langue gonflée m’empêchaient de fermer la bouche, et je gardais la bouche ouverte comme une égarée, avec, comme une égarée, les pupilles dilatées, les yeux hagards. Du moins, c’est ce que m’ont dit les autres, après. Elles croyaient que j’étais devenue folle. Je n’entendais rien, je ne voyais rien. Elles croyaient même que j’étais devenue aveugle. J’ai mis longtemps à leur expliquer plus tard que je n’étais pas aveugle mais que je ne voyais rien. Tous mes sens étaient abolis par la soif.

            Carmen, dans l’espoir de voir revenir à mon regard une lueur d’intelligence, a dû me répéter plusieurs fois : « Il y a de l’eau. Demain, tu boiras. »

            La nuit a été interminable. C’étais atroce, ce que j’avais soif, la nuit, et je me demande encore comment j’ai vécu jusqu’au bout de cette nuit-là.

            Le matin, accrochée à mes camarades, toujours muette, hagarde, perdue, je me suis laissé guider – c’était surtout elles qui veillaient à ne pas me perdre, car pour moi, je n’avais plus le moindre réflexe et sans elles j’aurais aussi bien buté dans un SS que dans un tas de briques, ou bien je ne me serais pas mise en rang, je me serais fait tuer. Seule l’idée de l’eau me tenait en éveil. J’en cherchais partout. La vue d’une flaque, d’une coulée de boue un peu liquide, me faisait perdre la tête et elles me retenaient parce que je voulais me jeter sur cette flaque ou sur cette boue. Je l’aurais fait à la gueule de chiens.

            Le chemin était long. Il me semblait que nous n’y arriverions jamais. Je ne demandais rien, puisque je ne pouvais pas parler. Il y a longtemps que je n’essayais même plus de former des mots avec mes lèvres. Sans doute mes yeux questionnaient-ils anxieusement ; elles me rassuraient sans cesse. « N’aie pas peur. C’est bien le bon commando. Il y a de l’eau, c’est vrai. Tu peux le croire. »

            (…)

            Carmen est revenue. Elle et Viva, après s’être assurée que le champ était libre, m’ont prise chacune par un bras et m’ont emmenée dans une encoignure formée par un pan de mur et de tas des arbustes que nous devions transporter. « Voilà ! » a dit Carmen en me montrant le seau d’eau. C’était un seau de zinc, de ceux dont on se sert à la campagne pour tirer l’eau d’un puits. Un grand sceau. Il était plein. J’ai lâché Carmen et Viva et je me suis jetée sur le seau d’eau. Jetée, pour de bon. Je me suis agenouillée près du seau et j’ai bu comme boit un cheval, en mettant le nez dans l’eau, en y mettant toute la figure. Je ne saurais pas dire si l’eau était froide – elle devait l’être, fraîche tirée, et c’était eu début de mars – et je ne sentais ni le froid ni le mouillé sur mon visage. Je buvais, je buvais à en perdre la respiration et j’étais obligée de sortir mes narines de l’eau de temps en temps pour prendre de l’air. Je le faisais sans cesser de boire. Je buvais sans penser à rien, sans penser au risque de devoir m’arrêter, d’être battue, si une kapo survenait. Je buvais. Carmen, qui faisait le guet, a dit : « Assez, maintenant. » J’avais bu la moitié du seau. J’ai fait une petite pause, sans lâcher le seau que je tenais embrassé. « Viens, a dit Carmen, c’est assez. » Sans répondre – j’aurais pu faire un geste, un mouvement – sans bouger, j’ai replongé la tête dans le seau. J’ai bu et bu encore. Comme un cheval, non comme un chien. Un chien lape d’une langue agile. Il creuse sa langue en cuillère pour transporter le liquide. Un cheval boit. L’eau diminuait. J’ai incliné le seau pour boire le fond. Presque couchée par terre, j’ai aspiré jusqu’à la dernière goutte, sans en répandre une seule. J’aurais encore voulu lécher le bord du seau. Ma langue était trop raide. Trop raide aussi pour lécher mes lèvres. Avec ma main, j’ai essuyé mon visage et j’ai essuyé ma main sur mes lèvres. « cette fois, viens », a dit Carmen, « le Polonais réclame le seau », et elle faisait signe à quelqu’un derrière elle. Je ne voulais pas lâcher mon seau. Je ne pouvais pas bouger tant mon ventre était lourd. Il était comme quelque chose d’indépendant, un poids ou un paquet, qui aurait été accroché à mon squelette. J’étais très maigre. Il y avait des jours et des jours que je ne mangeais pas mon pain, parce que je ne pouvais rien avaler, sans salive dans la bouche, des jours et des jours que je ne pouvais pas manger ma soupe, même quand elle était assez liquide, parce que la soupe était salée et c’était comme du feu sur les aphtes qui saignaient dans ma bouche. J’avais bu. Je n’avais plus soif, sans en être encore sûre. J’avais tout bu, tout le seau d’eau. Oui, comme un cheval.

            Carme, a appelé Viva. Elles m’ont aidées à me relever. Mon ventre était énorme. C’était comme si je reprenais conscience de mon sang qui circulait, de mes poumons qui respiraient, de mon cœur qui battait. J’étais en vie. La salive revenait dans ma bouche. La brûlure à mes paupières se calmait. On a les yeux qui brûlent quand les glandes lacrymales sont asséchées. Mes oreilles entendaient de nouveau. Je vivais.

            Viva m’a reconduite auprès des autres pendant que Carmen rapportait le seau. À mesure que ma bouche se réhumectait, je recouvrais la vue. Ma tête redevenait légère. Je pouvais la tenir droite. Je voyais Lulu qui me regardait avec inquiétude, qui regardait mon énorme ventre et je l’entendais dire à Viva : « Vous n’auriez peut-être pas dû lui en laisser boire tant. » Je sentais de la salive se former dans ma bouche. Je sentais que la parole me revenait. Mouvoir mes lèvres restait difficile. Enfin, j’ai pu dire, d’une voix qui était étrange parce que ma langue m’embarrassait encore, qu’elle reprenait à peine sa souplesse, enfin j’ai pu dire : « Je n’ai plus soif. »

- « Elle était bonne, au moins, cette eau ? » a demandé quelqu’un. Je n’ai pas répondu. Je n’avais pas senti le goût de l’eau. J’avais bu.  

 

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Oranienburg_Sachsenhausen
Une perception : Sachsenhausenlager Complet.pdf

 


[i] Publiées à la suite du journal « UNE VIE BOULEVERSÉE », éditions Points Seuil.

[ii] Édith Stein se prépare au grand sacrifice pour le salut de ses frères Juifs

            « … C’est alors qu’il convient de nous ressaisir, de nous dire : Attention, rien de tout cela ne doit m’atteindre. La première heure de ma journée appartient au Seigneur. La tâche qu’il m’indiquera je l’accomplirai, mais c’est lui qui m’en donnera la force. Ainsi, « j’irai vers l’autel de Dieu ». Il ne s’agit pas ici de moi, ni de mes capacités limitées, mais du Sacrifice par excellence, du mystère de la Rédemption. Je suis invitée à y participer, à m’y laisser purifier et réjouir ; à me laisser prendre avec tout ce que je peux donner — offerte pour souffrir — avec la Victime pure, sur l’autel. » (Les voies du silence, paru dans le bulletin mensuel de la Societas religiosa, Union féminine catholique, à Zurich, février 1932. Cité, C, pp. 100 et suivantes, extrait de l’ouvrage « COMME L’OR PURIFIÉ PAR LE FEU – ÉDITH STEIN : 1891-1942 » de Élisabeth de Miribel, p. 122, Éditions du Cerf, 2012.)

            « C’est du crucifix, encore suspendu à la même place, au-dessus de la table lui servant de bureau, qu’elle détenait déjà toute sa science. (…) Elle parlait peu mais chacune de ses paroles portait, car elles naissaient de la profondeur du silence et de la prière. Comment oublier ce regard si grave, indiciblement douloureux, qu’elle jetait sur le Crucifié — le Roi des Juifs — lorsqu’elle lisait à travers le miroir des événements l’annonce d’une persécution raciale de plus en plus violente. Je l’entendis un jour qui murmurait : « O combien mon peuple devra souffrir, avant qu’il ne se convertisse » — et une pensée me traversa l’esprit, rapide comme l’éclair : Édith s’offre à Dieu pour la conversion d’Israël. » (Souvenir de sœur Aldegonde Jaegerschmid, probablement datant de 1931, extrait de l’ouvrage précité, p. 120.)

             « Je fis halte à Cologne, afin d’y rencontrer une jeune catéchumène dont je m’occupais dans la mesure de mes loisirs. Je lui avait annoncé ma visite lui demandant de chercher une chapelle où nous puissions prier durant l’heure sainte. C’était la veille du premier vendredi d’avril 1933 et en cette « année sainte » la mémoire de la Passion du Sauveur était l’objet d’une vénération particulière à travers l’Allemagne. Nous nous sommes retrouvées toutes les deux, vers 8 heures du soir, dans la chapelle du Carmel de Cologne. Un prêtre se mit à prêcher en termes émouvants. Mais j’avoue que j’entendais à peine son sermon, toute occupée que j’étais à une autre conversation. Je m’adressais intérieurement au Seigneur, lui disant que je savais que c’était sa Croix à lui qui était imposée à notre peuple. La plupart des Juifs ne reconnaissaient pas le Seigneur, mais n’incombait-il pas à ceux qui comprenaient de porter cette Croix ? C’est ce que je désirais faire. Je lui demandais seulement de me montrer comment. Tandis que la cérémonie s’achevait dans la chapelle, je reçus la certitude intime que j’étais exaucée. J’ignorais cependant sous quel mode la Croix me serait donnée. » (Mémoire rédigé par Édith Stein avant de quitter le Carmel de Cologne et relatant sa vocation (Avent 1938). Dans l’ouvrage précité, p. 132.)

 

28.11.2014

À propos de Etty Hillesum