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02.07.2020

Et si nous parlions de la croix (glorieuse) ? — Homélie de Christian de Chergé

Croix de San Damiano.jpgLe 1er juillet 2020, j’eus une rencontre avec Théophile de Wallensbourg, musulman soufi chiite, dans son lieu de retraite. Nous avons été amenés à évoquer la résurrection du Christ, à laquelle les musulmans de croient pas.

Le soir même, ma lecture au coucher de Sept vies pour Dieu et l’Algérie me fit découvrir, dans son intégralité, l’homélie de Christian de Chergé pour la fête de la Croix glorieuse, en 1993. Relisant le dialogue entre l’ami soufi et frère Christian, mais contextualisé au cœur de l’homélie, je reçus un flot de larmes qui semblait jaillir en moi de la toute petite croix de San Damiano accrochée en hauteur dans ma chambre, devant moi.

C’est dans le troisième paragraphe intitulé En venir aux versets coraniques qui parlent de la mort de Jésus, ci-dessous (comme j’ai intercalé des sous-titres extraits du corps du texte de l’homélie), que frère Christian donne son interprétation des versets du Coran à ce sujet. C’est ce que je partage aujourd’hui et plus particulièrement à l’attention de Théophile, que je quittai, hier, en lui remettant l’autre livre de textes de Christian de Chergé rassemblés par Bruno Chenu : L’invincible espérance[1].

Sandrine Treuillard

 

La dignité de l’homme est d’être une croix

            [Car,] si la croix nous ordonne à la contemplation, c’est bien parce qu’elle est d’abord pour nous, comme pour Jésus, un mystère de vie intérieure ; avant d’être ce signe sur nos poitrines et nos autels, ce symbole dont la gloire dépendrait de notre hardiesse à le brandir en toute circonstance. Ils étaient aussi nos frères, ces moines qui arrivaient en Algérie il y a tout juste 150 ans, et qui pensaient qu’il leur suffirait pour se faire comprendre, et peut-être convertir, d’ajouter la croix à la devise à la devise du colonisateur : ‘Ense et aratro’ (‘par l’épée et la charrue’). Cela devint, sur le blason de Staoueli, ‘Ense, cruce et aratro’ (‘par l’épée, la croix et la charrue’). Non ! La gloire de la croix n’a rien à voir avec celle de l’épée, ni même avec celle de la charrue. L’homme, en effet, n’a pas été créé en forme d’épée, pas davantage en forme de charrue… ni même en forme de poteau comme le serpent qu’on a pu pendre au désert mais pas crucifier. La dignité de l’homme est d’être une croix, comme le constate saint Bernard, car il a bien la forme d’une croix il est cruciforme : « Qu’il étende les mains, dit Bernard, et cela devient plus évident. » Là commence sa gloire. Là commence la croix glorieuse. Dès la création de l’homme à l’image de Dieu.

 

Et si nous parlions de la croix ?

Christ de l'église St Martin Sury.jpg« Et si nous parlions de la croix ? me demandait récemment l’un de nos amis soufis (dans la voiture qui nous ramenait tous deux du Maroc où il avait voulu faire retraite auprès de nos frères de Fès). Si nous parlions de la croix ?

- Laquelle, lui demandai-je ?

- La croix de Jésus, évidemment.

- Oui, mais laquelle ? Quand tu regardes une image de Jésus en croix, combien vois-tu de croix ?

Il hésitait.

- Peut-être trois... sûrement deux. Il y a celle de devant et celle de derrière.

- Et quelle est celle qui vient de Dieu ?

- Celle de devant... disait-il.

- Et quelle est celle qui vient des hommes ?

- Celle de derrière...  

- Et quelle est la plus ancienne ?

- Celle de devant... C’est que les hommes n’ont pu inventer l’autre que parce que Dieu d’abord avait inventé la première.

- Et quel est le sens de cette croix de devant, de cet homme aux mains étendues ?

- Quand j’étends les bras, disait-il, c’est pour embrasser, c’est pour aimer.

- Et l’autre ? C’est l’instrument de l’amour travesti, défiguré, de la haine figeant dans la mort le geste de la vie.

L’ami soufi avait dit : « Peut-être trois ? » Cette troisième croix, n’était-ce pas moi, n’était-ce pas lui, dans cet effort qui nous portait, l’un et l’autre, à nous démarquer de la croix de « derrière », celle du mal et du péché, pour adhérer à celle de « devant », celle de l’amour vainqueur. »

 

En venir aux versets coraniques qui parlent de la mort de Jésus

            Nous pouvions en venir aux versets coraniques (Coran 4,156-159) qui parlent de la mort de Jésus. Ces versets, c’est la croix des exégètes musulmans. « Ils (les juifs) ne l’ont pas tué en certitude… » Cela, c’est clair : par la mort, même la plus infamante, la vie n’est pas ôtée, elle est transformée. « Ils ne l’ont pas crucifié en vérité… » Oui, car c’est librement qu’il étendit les bras à l’heure de sa passion ; c’est l’amour et non les clous, qui le tenait fixé à ce gibet que nous lui avions taillé. Et c’est l’amour encore qui nous attirait vers lui lorsqu’il pardonnait à ses bourreaux.

 

Cette troisième croix, n’était-ce pas moi, n’était-ce pas lui

            L’ami soufi avait dit : « Peut-être trois ? » Cette troisième croix, n’était-ce pas moi, n’était-ce pas lui, dans cet effort qui nous portait, l’un et l’autre, à nous démarquer de la croix de « derrière », celle du mal et du péché, pour adhérer à celle de « devant », celle de l’amour vainqueur. N’est-ce pas aussi bien le juif Yitzhak Rabin et le musulman Yasser Arafat dans cette poignée de main bouleversante qu’ils se sont donnée, hier, avec le désir de renoncer enfin à l’épée et de s’essayer au travail pacifique de la charrue sur un même sol ?

            Frères et sœurs, nous savons bien que ce passage de l’une à l’autre croix, c’est bien là notre chemin de croix et aussi notre chemin de gloire, car c’est par là que Jésus nous élève, avec lui, vers le Père qui nous attend tous, bras ouverts.

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Christian de Chergé
Homélie (extrait) pour la fête de la Croix glorieuse
14 septembre 1993
in Sept vies pour Dieu et l’Algérie [1]

 

Première image : reproduction de la Croix de San Damiano (celle par laquelle saint François d’Assise avait reçu la vocation de restaurer l’É(é)glise).
Seconde : Photographie de Sandrine Treuillard d’un Christ en croix restauré par Sylvain Treuillard, église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (Cher-18).

 

[1] - Sept vies pour Dieu et l’Algérie, textes recueillis et présentés par Bruno Chenu, Bayard Éditions / Centurion, 1996.
- L’invincible espérance, textes recueillis et présentés par Bruno Chenu, Bayard Éditions, 2010.

 

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Artisans de Paix — ou le désir de rencontrer l'A(a)autre

31.05.2020

L'offrande – ou la vocation à s'altérer soi-même

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Le 16 mai dernier, jour de mon anniversaire de naissance, j’ai publié ce post (ci-dessous) faisant mémoire de la providence divine dans ma vie, de ma conception à ma naissance. Je m’arrêtai à l’allusion suivante : « Le 25 mai 1975, à un an et 9 jours, je fus baptisée. Cette année-là, ce dimanche était celui de la solennité de la Sainte Trinité. Mais, c’est là une autre histoire que je vous conterai à une autre occasion… »


Des baptêmes… Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit

Lettres à un ami fraternel.JPGC’est durant l’été 2019, à la lecture des lettres que Christian de Chergé adressait à celui qui fut son professeur d’islamologie au PISAI, à Rome, le Père Blanc Maurice Boormans, dans sa lettre du dimanche 25 mai 1975, que je découvris que ce dimanche-là, de mon baptême, était la solennité de la Sainte Trinité. Je lisais ces lettres au père Maurice Boormans suite à mes lectures concernant le prieur de Tibhirine et son expérience vécue du dialogue spirituel avec l’Islam. Dans ces différents ouvrages du père Christian Salenson (directeur de l’ISTR de Marseille), j’appris à connaître et à aimer la spiritualité de Christian de Chergé dans son ouverture au dialogue avec les musulmans. Je fus alors conduite tout naturellement à reconnaître la source de cet enjeu existentiel pour frère Christian. D’abord, dans son enfance algérienne, quand sa mère lui apprit le respect des musulmans qui priaient Dieu en se prosternant. Et plus tard, quand il fut tout jeune officier durant la guerre d’Algérie, il noua amitié avec Mohammed, un arabe musulman, père de dix enfants qui lui sauva la vie en le défendant devant l’agressivité de certains de ses frères musulmans. Mohammed, le lendemain de cette altercation, fut retrouvé égorgé près de son puits. Ce n’est que bien des années plus tard que Christian de Chergé commença à s’ouvrir de cet événement-source de son amour pour l’islam et de sa vocation à donner sa vie pour l’Algérie. Dans le sacrifice de sa vie de Mohammed, frère Christian y vit l’offrande du Christ lui-même, mort pour lui (frère Christian). Le meurtre de son ami musulman est en correspondance intime et profonde avec son propre travail au long cours d’offrande de lui-même réalisé au jour le jour, au sein de sa communauté monastique à Notre-Dame de l’Atlas, et en fraternité avec les habitants de Médéa et tous les algériens, qu’il manifeste de façon condensée dans le Testament spirituel qu’il rédigea entre le 1er décembre (fête du bx Charles de Foucauld) 1993 et le 1er janvier 1994 (je souligne ici en caractère gras), un peu plus de deux ans avant sa mort :

Christian de Chergé.JPG« S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ? Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes, laissées dans l'indifférence de l'anonymat.

Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J'aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m'aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C'est trop cher payer ce qu'on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam.

Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église. Précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : « Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l'Islam tels qu'Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion investis par le Don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences. (…) »

Dans la dernière phrase citée, frère Christian en appelle à la Sainte Trinité pour décrire la façon qu’a Dieu de regarder tous ses enfants les hommes, avec le même amour. Deux événements déclencheurs durant ces années noires en Algérie, correspondant aux deux dates mentionnées en fin du Testament, lui firent écrire ce texte d’une grande beauté spirituelle. En voici l’explication par le père trappiste Armand Veilleux (je souligne par les italiques) :

«  La première date (1er décembre 1993) correspond au moment où, après les attentats dans le métro de Paris et la prise d’otage des passagers d’un Airbus français qui s’était terminée dans le sang à l’aéroport de Marseille, le GIA (Groupe islamiste armé) demandait à tous les étrangers de quitter l’Algérie, les menaçant de mort. C’est le jour où Christian rédigea la première mouture de son Testament. Le texte reçut sa forme finale un mois plus tard (1er janvier 1994). Entre-temps, divers événements tragiques étaient survenus. D’abord douze ouvriers Croates chrétiens avaient été égorgés à Tamezguida, à quelques kilomètres du monastère et, durant la soirée du 24 décembre, six islamistes armés s’étaient présentés au monastère en présentant des requêtes et des exigences. Durant les jours suivants les moines avaient longuement réfléchi en communauté sur l’opportunité de rester ou de partir. Ils avaient finalement opté unanimement pour rester. (…)[i] »

Dans certains contextes, l’offrande de soi-même implique l’acceptation d’être confronté à la mort violente. C’est Dieu qui dispose du don que nous faisons de nous-même. Le choix des modalités ne nous appartient pas. Comme frère Christian avait ‘vu’ mourir ce père de famille musulman à sa place, en représailles pour l’avoir défendu la veille, le prieur de Tibhirine et ses frères ont acquiescé par avance à la probabilité de la mort violente.   « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître », avait prévenu Jésus avant sa Passion (Jn 13,16).

Mais pourquoi vous parlé-je de tout cela ? Le point de départ en était le jour de mon baptême, en la solennité de la Sainte Trinité, le 5 mai 1975, date dont la signification me fut révélée par une lettre de Christian de Chergé. J’ai été amenée à vous faire entrer dans l’acte d’offrande du bienheureux prieur de Tibhirine, d’abord manifesté dans son Testament spirituel « Quand un A-DIEU s’envisage », et qui se réalisa dans les faits par l’enlèvement des 7 moines de l’Atlas (25-26 mars 1996) puis leur assassinat, fin mai 1996. Martyre, baptême de sang, comme le Christ leur Maître. Offrande libre d’eux-mêmes dont ils avaient discernés ensemble la possibilité. Et c’est bien de l’offrande de soi dont je souhaite m’entretenir avec vous. De cette vocation-là. Bien sûr, il ne s’agit pas de comparaison, ici. Mais de communion des saints.

 

Dans la communion des saints

Logo Fraternités AdP.jpgCar, cette année 1994 fut pour moi marqué par le sceau de l’offrande. Ce sceau de l’offrande, manifesté dans une sculpture, marque ma vie actuelle et explique ma vocation à devenir moniale trappistine, d’une part ; et à poursuivre ma découverte et ma pratique du dialogue spirituel avec les soufis Naqshabandi, initié en région parisienne avec l’association Artisans de Paix, d’autre part. Christian de Chergé m’apparaît être la figure de sainteté que Dieu m’envoie pour ouvrir mon propre chemin, à sa suite. C’est dans un esprit de filiation spirituelle que j’évoque son expérience de vie et d’offrande.

Dans son livre intitulé Présences d’Évangile I – Lire les Évangiles et l’Apocalypse en Algérie et ailleurs, au premier chapitre L’Église « sacrement de la rencontre »… le théologien jésuite Christoph Theobald explique que

« tout homme est appelé à la sainteté, peu importe sa condition sociale, sa religion, etc. (…) En chaque être humain que nous rencontrons sommeille cette possibilité d’une démesure proprement divine, la capacité d’aimer, de se donner concrètement dans telle ou telle situation (comme le Samaritain) et de devenir absolument unique, « sacrement-personne en relation » pour celui qui est en face »[ii]. « L’invitation à « devenir saint comme lui… (le Christ Nda) » (Mt 5,48) n’est nullement un appel à l’héroïsme : paradoxalement, la « démesure de Dieu » est « à la mesure de chacun » ; elle rend chacun unique. (…) L’Esprit Saint conseille chacun le moment venu, sur ce qui est à sa mesure, mais sans jamais passer aussi par le conseil fraternel. Ce point est important à souligner parce qu’il est difficile de sortir du régime de la comparaison et d’accueillir, face à autrui, l’unicité de son propre chemin – l’unicité de l’itinéraire des moines de l’Atlas est à recevoir par chacun de nous dans cet Esprit qui dépasse toute comparaison. »[iii]

Armand Veilleux Béatificat° Oran 8-XII-2018.jpgC’est d’abord par les homélies du père Armand Veilleux que je fus amenée à acquérir (sans le lire encore) le Prier 15 jours avec Christian de Chergé, de Christian Salenson, en février 2018. Puis, lors de la rencontre de ce père trappiste – le moine Armand Veilleux est abbé émérite de l’abbaye Notre-Dame de Scourmont (Chimay), en Belgique -, présent toute l’année 2018 au siège de l’Alliance InterMonastère - au Conseil duquel il travaille comme représentant l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance -, au Prieuré Sainte-Bathilde de Vanves - que je fréquente quotidiennement pour les vêpres et la messe -, juste à son retour d’Oran, de la béatification de ses frères de Tibhirine (dont il était l’ami, en plus du visiteur canonique), nous prîmes rendez-vous pour nous rencontrer le lendemain, le 10 décembre 2018. Ce soir-là, je commençai le Prier 15 jours avec Christian de Chergé dont le 3ème jour me bouleversa, chapitre intitulé par Christian Salenson Chemin de croix :


Croix ND Dombes recadrée copie.jpg« Et si nous parlions de la croix ? me demandait récemment l’un de nos amis soufis (dans la voiture qui nous ramenait tous deux du Maroc où il avait voulu faire retraite auprès de nos frères de Fès). Si nous parlions de la croix ?

- Laquelle, lui demandai-je ?

- La croix de Jésus, évidemment.

- Oui, mais laquelle ? Quand tu regardes une image de Jésus en croix, combien vois-tu de croix ?

Il hésitait.

- Peut-être trois... sûrement deux. Il y a celle de devant et celle de derrière.

- Et quelle est celle qui vient de Dieu ?

- Celle de devant... disait-il.

- Et quelle est celle qui vient des hommes ?

- Celle de derrière...  

- Et quelle est la plus ancienne ?

- Celle de devant... C’est que les hommes n’ont pu inventer l’autre que parce que Dieu d’abord avait inventé la première.

- Et quel est le sens de cette croix de devant, de cet homme aux mains étendues ?

- Quand j’étends les bras, disait-il, c’est pour embrasser, c’est pour aimer.

- Et l’autre ? C’est l’instrument de l’amour travesti, défiguré, de la haine figeant dans la mort le geste de la vie.

L’ami soufi avait dit : « Peut-être trois ? » Cette troisième croix, n’était-ce pas moi, n’était-ce pas lui, dans cet effort qui nous portait, l’un et l’autre, à nous démarquer de la croix de « derrière », celle du mal et du péché, pour adhérer à celle de « devant », celle de l’amour vainqueur. »[iv] 

Saint Bernard, le réformateur cistercien et fondateur  de l'abbaye de Clairvaux, était aussi présent ce soir de la veille de ma première rencontre du père Armand Veilleux : par une image qui court de la fin du deuxième Sermon sur l’Avent et tout au long du troisième, où Bernard évoque la fleur qu’est Jésus, au bout de la tige qu’est Marie. Au fond, c’est le Christ Jésus qui est présent à toutes ces rencontres. Nous sommes compris dans un réseau qui n’est autre que la communion des saints, et nous sommes appelés à être « « sacrement-personne en relation » pour autrui », comme le dit Christoph Theobald.

la visitation,christian de chergé,christian salenson,foi,christianisme,islam,esprit saint,magnificat,sandrine treuillardAprès ma lecture du Prier 15 jours qui m’introduisit à la spiritualité du bienheureux prieur de Tibhirine, dont le dernier chapitre (15ème jour) développe le mystère de l’hospitalité réciproque et la figure de toute vraie rencontre qu’est la Visitation pour Christian de Chergé, j’ai reçu l’effusion de l’Esprit Saint, appelé aussi baptême dans l’Esprit. C’était le 16 février 2019, lors d’une retraite de guérison (anamnèse) organisée par la Communauté du Chemin Neuf, dans l’ancien couvent des dominicaines de Béthanie (le bienheureux Jean-Joseph Lataste en est le fondateur – et, dans la communion des saints, il participa à ma guérison lors de cette session), à Saint-Sulpice de Favières (Essonne). En recevant l’effusion de l’Esprit, un frère et deux sœurs (de la Communauté du Chemin Neuf) qui priaient sur nous (nous étions deux femmes à recevoir le baptême dans l’Esprit) eurent pour moi deux images, d’une part ; et d’autre part, de la Parole de Dieu, le début d’un psaume et un extrait d’Évangile. C’est cet Évangile en saint Luc, chapitre 1, versets 39 à 45, qui décrit l’épisode de la Visitation. Alors même que cet Évangile m’était lu, à la fin, l’autre partie des retraitants qui était rassemblée devant l’autel de la chapelle se mit à entonner : Magnificat… qui est la prière d’action de grâce qui traverse Marie aux versets suivants de l’Évangile qui m’était lu (Lc 1,46-55). J’étais moi-même au comble de la joie avec Marie à la Visitation exultant son Magnificat.

Avec l’effusion de l’Esprit reçu le 16 février 2019 et l’Évangile de Luc 1, 39-45, ma proximité avec le bienheureux Christian de Chergé fut scellée. Je ne cesse de m’identifier à la Vierge Marie qui reçoit grâce sur grâce de la part de Dieu. La grâce de Dieu qui forme en moi le Verbe, qui incarne en moi le Christ, par son Esprit saint qui nous visite en ces temps qui sont les derniers. La grâce de la Visitation c’est de vivre le Christ en soi, c’est de vivre du Christ et de le reconnaître en l’autre. Mais, au moment des rencontres vraies nous n’avons pas conscience de vivre cela. Nous sommes abandonnés dans la Visitation. Nous ne savons pas à cet instant t que c’est le Christ qui vit en nous. Si nous le savions, nous ne le vivrions pas. C’est cela qui est le secret de Dieu. C’est sa discrétion. C’est seulement ensuite, en relecture de notre vie, que nous pouvons authentifier la présence du Christ en telle ou telle rencontre. C’est par cette sorte d’innocence que la rencontre est vraie, authentique. Une forme d’humilité, de simplicité dans la rencontre, en même temps que ce don généreux de soi dans l’accueil de l’autre, mais à notre insu.[v]

L’Offerta
– de la vocation à s’altérer soi-même


Revenons-en à l’année 1994. J’avais 20 ans. Ayant terminée ma seconde année aux Beaux-Arts de Bourges, la Providence voulue que je sois invitée par la Commission Européenne pour l’Art et la Culture à représenter la France parmi des étudiants en art venus de différents pays d’Europe, pour réaliser une œuvre (picturale ou sculpturale) avec l’Academia di Belle Arti de Viterbo, donnant lieu à une exposition collective au Palais des Papes de Viterbo à l’issue d’un mois de visites des sites et monuments de la région, le Latium, à 80 km au nord de Rome. Par goût de la découverte, j’acceptai le défi. Pendant deux mois, à l’aide d’une méthode des années 50, je m’initiai à l’italien. On me paya tous les frais en échange de quoi je pris des photographies tout au long de ce mois d’août et fis un diaporama compte-rendu au Rotary-Club de Bourges qui co-finançait le projet. Je consultai un volume sur l’art étrusque, riche en photographies d’urnes cinéraires et de peintures murales des tombes, pour appréhender ce qui soutenait cette civilisation pré-romaine.

Cava Micci 1.JPGSur place, ce furent deux semaines intenses de visite s’étendant jusqu’au XXè siècle, en passant par l’amphi-théâtre étrusco-romain de Sutri, par le puits San Patrizio à double volutes d’escaliers, à Orvieto ; l’église baroque Santa Chiara de cette même ville ; les jardins baroques de Bomarzo ; le jardin renaissance virtuose en parcours d’eau et fontaines de Bagnaia ; la Villa Farnese à Caprarola dont l’architecture amorce le dessin des rues du village à ses pieds ; une nuit à la belle étoile au lac de Bolsena ; le bain thermal de Bagno Vignoni, de nuit aussi, dédié à sainte Catherine de Sienne (voir le film de Andreï Tarkovski Nostalghia, 1983) ; le lac de Vico ; Tarquinia, la ville étrusque ; Civita di Bagnoregio, une ville du moyen-âge dangereusement perchée sur un pic… jusqu’à la ‘cava di peperino grigio’, la carrière de la pierre ‘tendre’ volcanique locale que j’allais utiliser pour ma ‘sculpture’… à Soriano nel Cimino. Le Palais des Papes où nous allions faire l’exposition collective à la fin de ce mois d’août 1994 est en peperino grigio. Les fontaines indénombrables de Viterbo sont en peperino grigio. Les maisons. Les églises. Les bénitiers… Les énergies telluriques et volcaniques me traversèrent durant ce mois caniculaire. La langue italienne m’était familière. Je giflai un ‘garçon pur souche de Viterbo’ qui s’approcha trop près de moi dans une de ses rues. Et photographiai un groupe d’enfants qui acceptèrent de cesser leurs jeux le temps de la prise de vue.

L'Offerta recadrée.jpgPour accompagner le projet dessiné de ma sculpture, - dans le catalogue d’exposition qu’il fallait donner au bout des 15 premiers jours pour l’imprimer avant le vernissage -, je donnai un poème qui résumait bien mon expérience des lieux, traduit en italien, et dont je me souviens des derniers mots : « trasuderebbe le fontane liberate dagli Elfi » ; « les fontaines suinteraient libérées par les Elfes » dans lequel poème j’évoquai le culte de Mithra, la végétation pesante… Une atmosphère spirituelle, les énergies naturelles traversant toute chose là-bas. Ce que je savais du Palais des Papes, c’était la pièce dans laquelle j’allais installer ma sculpture. Je la choisis pour son volume presque carré. Je fis désobstruer la fenêtre qui rendait la pièce obscure. La lumière du soleil et le bruit de l’eau s’y engouffrèrent.

On installa la demi-vasque de pierre volcanique au sol, au pied de la fenêtre, au milieu de la pièce. Les lettres qu’on applique sur les pierres tombales sont bien lisibles sur le côté diamétral du demi-cercle de la vasque, comme sur un mur miniature, le titre de la sculpture : ‘L’offerta’ (L’offrande), MCMXCIV, 1994 en chiffres romains.  Sur le carton plume en demi-cercle au sol, complétant le cercle commencé par la demi-vasque, j’épinglai les longues feuilles de laurier rose ramassées au pied-même du Palazzo des Papi. Je mis de l’eau dans la demi-vasque. On monta sur un escabeau, au-dessus de ce petit plan d’eau pour fixer le fil de nylon, de manière à suspendre le citron desséché juste un peu au-dessus de la surface de l’eau. Le vent passant par la fenêtre pouvait légèrement le faire balancer…

La Conversation sacrée Piero della Francesca.JPGC’est dans une peinture de Piero della Francesca, La Conversation sacrée (La Vierge et l'Enfant entourés de saints et d'anges, 1472), que l’on voit un œuf suspendu au niveau du ligament élastique de la coquille Saint-Jacques (ligament qui permet l’articulation des deux coquilles quand la conque est complète). « L’œuf d'oie qui pend au plafond (et qui pointe vers le nombril de Jésus), est le symbole de la perfection ou de la naissance dans la tradition alchimique, des quatre éléments du Monde ou de la Création. Il est accroché à la conque signifiant la fécondité. Toutes les têtes des personnages saints sont sur un même axe horizontal (principe d’isocéphalie), celui-là même de l'horizon perspectif contenant le point de fuite central, confondu avec le regard de la Vierge. L'axe vertical (œuf-nombril du Christ) rééquilibre l'axe horizontal précédent » formant ainsi une croix virtuelle (source wikipédia).

Le lendemain matin de l’installation, quand je retournai auprès de la sculpture installée pour la photographier, quelle ne fut pas ma surprise horrifiée de constater ce que je pris d’abord pour du vandalisme… Me demandant bien qui pouvait m’en vouloir à ce point, ou en vouloir à ma sculpture… Quelle violence ! Les épingles que j’avais plantées à la verticale, dans le carton-plume traversant la fine chair des feuilles de laurier pour les mettre à plat, comme un tapis, ces épingles étaient toutes couchées, sens dessus-dessous… Je me demandais quel courage il fallait avoir eu pour marcher sur des épingles, car c’était dangereux… J’étais à genoux devant ce ‘spectacle’ observant ce chahut, penchée sur le phénomène… Et je compris. Relevant la tête, je compris. Une aile de papillon flottait sur l’eau de la demi-vasque. En une nuit, beaucoup d’eau s’était évaporée sous l’effet de la chaleur caniculaire de ce mois d’août. Pour les feuilles, c’est le même effet d’assèchement qui avait manifesté la force de rétractation du végétal : les feuilles elles-mêmes en se rétractant avaient couché, déplacé les épingles. Personnes n’avait marché dessus…

L'Offerta 1.jpgC’est alors que je compris la véritable nature de cette sculpture-installation. La lumière solaire pénétrant dans la pièce projetait, si je puis dire ainsi, son ‘ombre lumineuse’ sur la sculpture, comme l’ombre d’un cadran solaire, marquant le temps. Le vent et le son, venus de l’extérieur, animaient les éléments naturels constitutifs de la sculpture. L’eau s’évaporait. Les feuilles de lauriers se rétractaient et manifestaient la violence de la nature en couchant la multitude des épingles (élément ‘culturel’, fabriqué industriellement par l’homme). Cette sculpture-installation était en mouvement. C’est la transformation de la matière par la lumière, le vent, la chaleur qui provoquait ce mouvement, qui finalement, ne parle que du temps. Le temps qui passe. « Le temps est supérieur à l’espace » du Pape François dans La Joie de l’Évangile résume bien la nature de cette sculpture installée. Le processus du temps qui modifie les éléments et parle de leur interactions. L’offerta, l’offrande, devenait alors une sorte d’autel du temps. Une offrande en action ; une offrande vivante se donnant. Une offrande s’altérant. Cette sculpture décrit le processus de l’offrande, qui est tout autre chose qu’un objet mort et inanimé qu’on dépose dans le vide. Ces manifestations physiques renvoient à une manifestation métaphysique et spirituelle. Et même religieuse : une offrande est un don à quelqu’un, la manifestation d’une action de grâce au sein d’une relation. Toute la sculpture - qui s’étend à la pièce entière, comme une chambre lumineuse (en regard de la camera oscura, la chambre obscure en photographie) -, son processus de vie est lié au temps, grâce à la lumière solaire et à la chaleur qui interagissent avec l’eau et les feuilles, avec les volumes de la pierre excavée, le courant d’air avec le citron desséché suspendu. Bref, une sorte de cadran solaire qui en fait une sculpture du temps. Une photographie (écriture de la lumière) en mouvement. Le temps est supérieur à l’espace. Et le métaphysique est supérieur au physique. Avec L’offerta les phénomènes physiques renvoient à une seule et même réalité unique. Cette installation devenait le signe d’une réalité invisible. Réalité invisible qui se manifeste dans le temps et les éléments altérés par le temps qui passe en transformant le vivant. Révélation du processus de la vie dans cette boîte fermée - qu’était à l’origine cette pièce d’exposition - par la lumière qui y pénétrait et agissait sur cette sculpture L’offerta.

Lac de Vico.JPG
Lac de Vico

Dans cette période de ma vie (à 20 ans, je me croyais séparée de l’amour du Christ depuis 7 ans, et cela allait durer encore 14 ans, jusqu’en 2008), cette sculpture marque la découverte, ou plutôt la redécouverte autrement, en l’expérimentant à travers la création, d’un temps cultuel. L’évaporation de l’eau et la rétractation des feuilles étaient devenus comme une libation, un holocauste ; la fonction de l’encens qui s’élève des mains de l’homme vers Dieu « en offrande du sacrifice du soir » (office des vêpres, que je ne connaissais pas encore). Prémices de l’offrande de soi. Cette sculpture, à mon corps défendant, est devenue un rituel. Une prière vespérale (quand je l’installai  ̶  ce qui prit du temps tout en étant une occasion de silence et de solitude : le temps de planter les épingles dans la chair des feuilles oblongues pour les assembler comme un tapis). Ou des laudes (quand je vins la photographier). Cette sculpture, est, en fait, un autel. Cela se voit tout de suite. La fenêtre, avec sa tâche de lumière rectangulaire et trapézoïdale, a libéré tout le potentiel spirituel de la pièce quand je l’ai faite désobstruer. Par cette sculpture-installation, je recontactais le spirituel archaïque en acte. Le rituel des libations de l’Antiquité. Le sacrifice des holocaustes bibliques. Ce besoin de se donner à plus grand que soi par des voies symboliques, dans une liturgie. Cette sculpture était déjà une prière d’offrande de soi (eucharistie). Là, déposée-là. Offerte au temps. Au soleil, à la chaleur, au vent. S’évaporant. La pierre restant au sol comme un autel.

AphiThé Sutri 2.JPGAprès la première contrariété de ma croyance au vandalisme, découvrant la merveille sous mes yeux de la force de vie des éléments naturels, j’acceptai que la sculpture soit altérée. Qu’elle soit transformée, devenue autre. Et c’est cette acceptation, cette adhérence à l’altération de ma volonté  ̶  comme je ne l’avais pas voulue, cette altération n’étant pas une chose que j’avais prévue comme dans un scénario ̶ , qu’elle devenait offrande vraie, véridique. Dans la perte de ma propre volonté, dans le don de moi-même, elle devînt authentique. Par la violence des phénomènes naturels je compris que cette offrande me dépassait, que cette sculpture excédait ce que j’avais fait, pensé… qu’elle allait au-delà de ce que j’avais réalisé. J’étais dépossédée par mon ‘œuvre d’art’. Cette dépossession est la marque de la main de Dieu sur elle, en moi. Ce n’était plus/pas une simple œuvre d’art de mains et de pensées humaines. Le doigt de Dieu la transportait dans la dimension spirituelle que je n’avais qu’entrevue en la baptisant « L’offerta ». Dieu en fit un signe, une théophanie, un ‘sacrement de la vie’. Un sacrement de la prière, sur l’autel qu’est cette sorte de bénitier baptisé L’offrande. Processus de ces métamorphoses, transformations de la nature ‘eau’, ‘végétal’, par le souffle du vent. Et le souffle de l’Esprit qui se glisse dans les symboles hissa sans peine la sculpture de simple ‘œuvre d’art’ à un signe quasiment sacramentel, renvoyant à une réalité spirituelle que j’avais perçue durant cette expérience des lieux, des cultures et des époques de la région visitée. L’offerta était devenue une synthèse phénoménologique du spirituel éprouvé, expérimenté dans ma rencontre des lieux et des temps de la région, dans les énergies naturelles, telluriques, volcaniques, végétales, minérales et humaines. Comme à l’amphithéâtre étrusco-romain de Sutri où je perçus la présence passée de la foule des humains, dans ce lieu vaste et vide. Je percevais la présence d’une multitude humaine alors même que ce lieu était vide. 

Machina eucharistica

L'Offerta recadrée.jpgEt c’est bien à une autre Présence que cette sculpture installée dans cette pièce particulière du Palais des Papes de Viterbo renvoyait. Manifestation d’un don de soi à plus grand que soi, à l’Altérité absolue et fondatrice, créatrice et à l’origine de soi. Perception du religieux. Avec le regard de l’âme.

La grâce de l’altération, c’est de devenir un alter Christus. Machina eucharistica signifie ce devenir, ce processus (le temps est supérieur à l’espace du Pape François), cette transformation intérieure, diffusion en nous de l’Esprit du Christ qui nous eucharistie en Lui. Par la communion de toute notre vie à sa Personne, qui est trinitaire, nous devenons « sacrement-personne en relation », nous sommes un autre Christ. Nous prenons ses attitudes, ses gestes, ses pensées grâce à la vigilance intérieure qui nous garde en la présence christique. Nous adoptons alors, jour après jour, « une manière d’être avec autrui » qui est son mode d’être à Lui (« modus conversationis Christi » de saint Thomas d’Aquin)[vi].

Il y a 26 ans, j’avais 20 ans et voilà ce que me dit ce que je produisis alors, dépassée par l’œuvre que je réalisai. Cette année 1994 est aussi l’année où commencèrent les attentats en Algérie et l’assassinat des religieux chrétiens en Algérie. Christian de Chergé avait rédigé son testament spirituel et l’avait comme scellé, mis au secret, demandant à ce qu’on ne le découvre et ne le lise qu’à sa mort. Dans son Testament, il fait l’offrande de lui-même. La décision de s’offrir librement soi-même était posée, déposée dans ce texte le 1er janvier 1994. Son martyre fut consommé deux en plus tard, fin mai 1996.

Quand j’ai découvert, durant l’été 2019, que j’avais reçu le baptême le jour de la solennité de la Sainte Trinité, dans sa lettre du 25 mai 1975 à Maurice Boormans, j’ai su (de la science que donne l’Esprit Saint, le regard de connaissance de la foi), j’ai su que Christian de Chergé était dans ma vie comme un précurseur, comme s’il préparait le chemin que j’allais emprunter derrière lui, à sa suite, dans ma propre offrande de moi-même. C’était 25 ans après son testament spirituel, 25 ans après « L’offerta ». L’offerta était comme les prémices à mon désir, à ma vocation religieuse. Depuis que, par le père Armand Veilleux, j’ai découvert les écrits et la spiritualité de Christian de Chergé, je n’ai eu de cesse de percevoir sa présence providentielle, donnée par Dieu à moi, m’accompagnant sur mon chemin dans le dialogue avec les musulmans, mon désir de lire le Coran, d’une part, et dans l’appel à la vie trappistine, d’autre part.

De la violence – ou des personnes en relation sacramentelle

Christoph Theobald explique comment dans l’histoire de l’humanité et à travers les Écritures, nous rencontrons

« des personnes rendues capables de rayonner par leur simple présence parce qu’en elles, pensées (l’intériorité), paroles et actes concordent dans une sorte de simplicité de conscience que les Évangiles désignent par « le oui qui est oui » et « le non qui est non » (cf. Mt 5, 37 ; 2 Co 1, 17-20 ; Jc 5, 12).

On peut décrire cette même sainteté encore d’une autre manière en se référant à la célèbre règle d’or de Matthieu et Luc : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ! Voilà la loi et les prophètes » (Mt 7,12). Cette règle n’est pas propre au Nouveau Testament ; elle existe dans le judaïsme, dans la culture grecque, chinoise, etc., et, actuellement, elle est utilisée fréquemment dans les grands débats sur la justice et les droits de l’homme, vérifiant ainsi l’orientation universelle de l’Évangile. On peut en effet comprendre cette maxime comme simple indicateur de la réciprocité fondamentale qui régule nos relations humaines les plus élémentaires (…).

Mais discrètement la règle d’or fait appel à une attitude démesurée : la capacité de « se mettre à la place d’autrui » sans quitter sa propre place. La sainteté évangélique consiste précisément dans l’application démesurée de la règle d’or, toujours vécue dans telle ou telle situation concrète :

- Quand il s’agit de « se mettre à la place d’autrui » par sympathie et compassion actives : « Qui est mon prochain ?... Un homme descendit de Jérusalem… qui est mon prochain ? Celui dont je me rends proche » (cf. Lc 10, 25-37). Inversion excessive, nullement exigible mais proposée concrètement dans telle ou telle situation inattendue : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ».

- Quand il s’agit de se mettre à la place d’autrui, au point de prendre sur soi sa violence: « Si tu vas à l’autel et tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi… va d’abord te réconcilier avec lui… » (Mt 5, 23-24). C’est la même inversion (ou capacité de se mettre dans la peau d’autrui) qui conduit ici au courage messianique, nullement exigible, de s’exposer à la violence d’autrui. »[vii]

C’est par la violence de la nature  ̶  en réponse à ma volonté première de la contraindre : "crucifier" des feuilles fraîchement cueillies en les épinglant de force afin qu’elles s’aplatissent contre le carton-plume pour en faire un tapis !, avait été ma première violence… Égorger un chevreau en holocauste n’est cependant pas moins violent. Dans cette installation, je fis acte rituel renvoyant au culte biblique du Premier Testament. ̶  C’est par la violence de la nature que j’ai accepté de me déposséder, de me laisser déposséder moi-même par la sculpture-installation que j’avais réalisée.


AphiThé Sutri 1.JPGAllons plus loin… J’évoquais plus haut la foule invisible comme présence humaine appartenant au passé dans l’amphithéâtre étrusco-romain (IIè siècle avant J-C. - Ier siècle) de Sutri. Je perçus véritablement cette foule, à l’aide d’un sens spirituel. Comme si ce sens spirituel me connectait à la mémoire du lieu, contenue dans la pierre de tuf. Cette foule humaine appartenant au passé, je l’ai comme retranscrite dans le tapis des feuilles de laurier fixées une à une, se chevauchant les unes les autres, épinglées ensemble à plat, comme autant de martyrs de premiers chrétiens. L’idée d’holocauste et même de crucifixion était présente, suggérée dans cette foule muette de feuilles épinglées qui se rebellèrent sous l’effet de la chaleur en désordonnant les épingles. Les pierres crieront… (Lc 19,40) :

36 À mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. 37 Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus, 38 et ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » 39 Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples ! » 40 Mais il prit la parole en disant : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »

J’étais dépassée à plus d’un titre par cette sculpture bien vivante. Elle était devenue une sorte de sacrement, se référant à une réalité invisible plus grande qu’elle-même. Avec L’offerta, j’acceptai de m’offrir moi-même, manifestant mon plus grand désir, religieux. Et je ne le savais pas.

Le testament spirituel de Christian de Chergé est cet acte libre, de la part d’un homme mûr. Acte de remise confiante de soi à la providence divine, par amour. Conscient d’être chrétien, prêtre et moine, frère « priant parmi d’autres priants » en Algérie. Aujourd’hui, je suis consciente et libre d’offrir ma vie en union avec le Christ pour mes contemporains, sachant que d’autres m’ont précédée et préparent la voie que j’emprunte avec ce grand désir d’être offrande, de libérer les fontaines de grâces en moi, de porter du fruit pour les autres, avec les dons que Dieu a déposé en moi.


IMG-20200523-02257.jpgLe fruit actuel est la lecture du Qur’ân (le Coran), dans la version traduite en français de Maurice Gloton, conseil de lecture de Abd El Hafid Benchouk, le chargé de mission de la Fraternité islamique d’Artisans de Paix. Cette lecture spirituelle du Qur’ân, je l’entreprends à la suite de Christian de Chergé, dans un même esprit de communion spirituelle à une Parole divine révélée, mais dans un autre contexte fraternel : en France, avec des musulmans soufis français, et sans connaître la langue dans laquelle le Qur’ân a été révélé à Muhammad. Mon témoignage de cette expérience spirituelle aura sa propre valeur dans ce contexte et ne se compare pas à l’expérience jusqu’au témoignage du sang des 19 religieux béatifiés d’Algérie. Ce qui me conduit, c’est l’amour qui me fait désirer lire le Qur’ân et l’amour que je reçois faisant cette lecture. C’est sans doute ce même amour qui animait frère Christian pour l’Islam et l’Algérie, jusqu’au don de lui-même.

Dans L’offerta, les forces de la nature en puissance manifestent une force invisible et spirituelle que j’avais éprouvée intensément durant ce mois à la découverte des sites et du patrimoine culturel, religieux et naturel de la région. Je retrouve dans la forme de cette sculpture-installation le cercle et donc mon blason spirituel (dessiné 20 ans plus tard) et le logo d’Artisans de Paix (dessiné en 2018, 24 ans plus tard). C’est le cercle de l’Eucharistie. Offrande de soi. Action de grâce.

Blason spirituel.jpg

 

 

 

Sandrine Treuillard
Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie
En la fête de la Visitation et de la Pentecôte
Dimanche 31 mai 2020
Les Bleineries 18260 Sury-ès-Bois

 

 

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[i] Retrouvez l’ensemble de la conférence du père Armand Veilleux, moine trappiste et frère des moines de Tibhrine : La rencontre de l’Autre au cœur de la violence : Le message des sept moines de Tibhirine.

[ii] Christoph Theobald, Présences d’Évangile I – Lire les Évangiles et l’Apocalypse en Algérie et ailleurs, Les Éditions de l’Atelier/Les Éditions Ouvrières, Paris, 2011, premier chapitre L’Église « sacrement de la rencontre »…, L’appel universel à la sainteté, p.46.

[iii] Id. Santé et sainteté, pp.45-46.

[iv] Prier 15 jours avec Christian de Chergé - Prieur des moines de Tibhirine de Christian Salenson, éditions Nouvelle Cité, 2017.

[v] Note du 2 février 2020, 15h, en la fête de la Vie consacrée, Monastère de la Visitation, chambre Saint Jean, Paris 14ème, ajoutée au texte Esprit Saint en Visitation : Méditation sur la Visitation avec Christian de Chergé, du 30 avril-1er mai 2019. Ce texte est en correspondance avec le texte du Bx Christian de Chergé, extrait de la Retraite sur le Cantique des cantiques (présentée et commentée par Christian Salenson, éditions Nouvelle Cité, 2013) qu’il prêcha aux Petites sœurs de Jésus, à Mohammedia, au Maroc, en 1990. Je cite l’extrait de ce texte qui a été l’amorce du mien, avec « d’abord, c’est le secret de Dieu » :

              « Profiter de la fête de la Vierge pour revenir sur le mystère de la Visitation. Il est évident que ce mystère de la Visitation, nous devons le privilégier dans l’Église qui est nôtre. 

          J’imagine assez bien que nous sommes dans cette situation de Marie qui va voir sa cousine Élisabeth et qui porte en elle un secret vivant qui est encore celui que nous pouvons porter nous-mêmes, une Bonne Nouvelle vivante. Elle l’a reçue d’un ange. C’est son secret et c’est aussi le secret de Dieu. Et elle ne doit pas savoir comment s’y prendre pour livrer ce secret. Va-t-elle dire quelque chose à Élisabeth ? Peut-elle le dire ? Comment le dire ? Comment s’y prendre ? Faut-il le cacher ? Et pourtant, tout en elle déborde, mais elle ne sait pas.

                D’abord, c’est le secret de Dieu. (…) »

Voir aussi à ce sujet le texte de sœur Bénédicte Avon La visitation ou le mystère de la rencontre in Le Verbe s'est fait frère - Christian de Chergé et le dialogue islamo-chrétien, éditions Bayard (Spiritualité), 2010.   

[vi] Cf Christoph Theobald, Présences d’Évangile I –Lire les Évangiles et l’Apocalypse en Algérie et ailleurs, Les Éditions de l’Atelier/Les Éditions Ouvrières, Paris, 2011, troisième chapitre Présence, témoignage, mission, accompagnementDes différences théologiques, Présence et témoignage p. 102.

[vii] Id., premier chapitre L’Église « sacrement de la rencontre »…, Santé et sainteté, pp.44-45.


Retrouvez cet article sur la page enrichie :
Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

21.05.2020

Rendue au Christ dans le Cœur de Jésus et le Pain rompu

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En ce Jeudi de l’Ascension, 21 mai 2020, je fais mémoire de ce qui s’est passé il y a un an, lors d’une messe à l’Abbaye de Sablonceaux.
L’événement spirituel expérimenté
in situ dans le chœur de l’église abbatiale de Sablonceaux, le jeudi 23 mai 2019, a été rappelé le 26 avril 2020, en plein jeûne eucharistique dû au confinement #Covid19, lors de la retransmission de l’Eucharistie en ligne, à l’abbaye Notre-Dame des Dombes, dans l’Ain, décrite dans mon texte précédent : Du jeûne eucharistique comme communion au sacrifice du Christ - Révélation d'une vocation.
Ces deux abbayes d’origine cistercienne sont aujourd’hui habitées et animées par la Communauté du Chemin Neuf.

Je dédie ce texte à sr Rita Kispal, ccn

Sandrine Treuillard


Cela fait un an que j’étais à l’Abbaye de Sablonceaux pour la première fois. Une semaine pour partager la vie de la Communauté du Chemin Neuf, à 20 km de Royan, en Charente-Maritime, Nouvelle-Aquitaine.


Le mercredi 22 mai 2019, avec sœur Rita, la maîtresse de maison, j’avais nettoyé l’église abbatiale pour y célébrer, le lendemain, les laudes et la première messe de la saison, après la période hivernale où l’église est glaciale. Ce fut aussi pour moi la découverte de l’église alors que j’étais là depuis le dimanche soir. Le mercredi, ç’avait été un bonheur de la préparer, passant l’aspirateur sur la moquette rouge au pied du tabernacle, rafraîchissant le bouquet, et échangeant avec Rita sur nos expériences respectives dans nos églises de village (elle en Hongrie), tout en balayant l’allée centrale de la nef. Pendant les laudes du jeudi dans cette petite chapelle sud, chapelle du Saint-Sacrement où la communauté s’est retrouvée, j’avais perçu pour la première fois nos voix réverbérer dans l’immense ventre de la nef, avec un pincement de joie au chœur (cœur !). Cette expérience de la psalmodie et du chant de louange dans l’église abbatiale me renvoya à l’église Saint-Martin de Sury-ès-Bois, dans ce village de mon enfance où j’avais eu mes premiers émois spirituels et la vocation à devenir l’épouse du Christ  ̶  ce que je pensais être déjà lors de ma première communion et profession de foi, en 1986, à 12 ans.


Chapiteau Sablonceaux.JPGPuis, ce jeudi matin du 23 mai 2019, ce fut le montage du chapiteau, la grande tente bleue pour la Pentecôte, amenée en camion par un autre frère du Chemin Neuf, Ladislas, de l’Abbaye Notre-Dame des Dombes (Ain). Près de 900 personnes se retrouveront sous ce chapiteau, autour de l’évêque, pour les confirmations du diocèse, alors qu’elle ne pouvait en contenir théoriquement que 600. 
̶ On avait alors élargi l’espace de la Tente en décrochant les jupes. ̶  Durant le montage de la tente ce jeudi 23 mai 2019  ̶  un travail collectif que je vécus avec bonheur  ̶ je m’étais retrouvée comme à tricoter à l’échelle de mon corps, passant les cordes dans les gros œillets, tirant, laçant, dans un mouvement des bras et des jambes, tractant, poussant du pied l’air s’accumulant entre les œillets tout en montant le long des deux pans de la toile imperméable du chapiteau ainsi reliés, que tous ensemble nous allions ensuite monter, dans l’après-midi. Á l’approche de midi, j’étais exténuée.

Choeur Sablonceaux.JPGAinsi vidée par un effort physique et collectif grisant, je me suis retrouvée assise dans l’église abbatiale pour la messe de midi. Le chœur et la nef sont baignés de la lumière zénithale. L’architecture cistercienne est un écrin au silence, à la paix. C’est lors de cette eucharistie, la première de la saison dans l’église abbatiale  ̶  et la première tout court pour moi, ici  ̶  qu’à l’élévation de l’hostie consacrée à l’Agnus Dei, la phrase de saint Jean Baptiste prononcée par le père Matthieu : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », l’hostie se superposa à la poitrine du Christ en Croix derrière le prêtre.

Blason spirituel.jpgL’union du Sacré Cœur et de la Sainte Eucharistie se produisit sous mes yeux et ce fut la confirmation fulgurante de mon union au Christ, par mon nouveau nom en Lui, qu’Il me donna en novembre 2014 (‘Jehanne de la Sainte Eucharistie’) ; et le 3ème dimanche du Carême, en mars 2015, dans ma lettre à Mgr Michel Dubost où j’esquissais en signature mon blason spirituel complet, après avoir évoqué le Sang jaillit de son Cœur à la Croix qui m’éclaboussa et me baptisa… ‘Sandrine du Sacré Cœur’ avec les trois gouttes de Sang perlant au bas du Cœur, arrosant la terre, la Croix comme un germe, rameau de Jessé jaillissant de ce Cœur fécondant la terre ; ou encore, Croix plantée dans le Cœur de Jésus telle une épée (Parole de Dieu, à double tranchant) ; et encore : lance du centurion qui révèle la pentecôte eucharistique à la mort du Christ. Dans cet instant de l’Agnus Dei, avec l’hostie présentée en hauteur au niveau du Cœur de Jésus en Croix par le célébrant, tout ceci y était présent, en condensé. Mes larmes jaillirent : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir » avec le geste de componction contre mon sternum, « mais dis seulement une parole et je serais guérie », les sanglots étranglant ma voix, aucun son ne put sortir. Á genoux, ne cessant de sentir les larmes sillonner mes joues de façon doucereuse, le visage baissé, Blanche entonna le chant de communion de la Communauté du Chemin Neuf : « Ô Jésus, que j’adore ». J’écoutais, ou plutôt j’étais traversée par l’écoute, ne cessant de pleurer, c’était mon adoration, et plus que cela : les paroles décrivaient ce qui se passait en moi, ou peut-être était-ce la Parole agissante, investissant toute l’acoustique de l’église cistercienne :


Ô Jésus que j’adore,

Tu t’offres à contempler,
Humble et douce présence,
Tu t’es fait pain et vin.
Ô ô Jésus, tu t’es fait pain et vin
Pour nos cœurs en errance.

Ô Jésus que j’adore,
Tu t’offres à nos désirs,
Vers toi courent nos âmes
En silence et en paix.
Ô ô Jésus, en silence et en paix
Pour l’humble face à face.

Ô Jésus que j’adore,
Tu t’offres à notre amour,
Dans l’invisible espace
De ton cœur transpercé.
Ô ô Jésus, de ton cœur transpercé
Où nos peines s’effacent.

C’est à cette troisième strophe « Ô Jésus que j’adore, tu t’offres à notre amour dans l’invisible espace de ton cœur transpercé » que mes larmes redoublèrent du bonheur de la communion au Christ, en ce moment-même. Et en ce ‘moment-source’ de mon identité spirituelle donnée de toute éternité, déjà donnée sensiblement et traduite en mon blason en novembre 2014 et mars 2015. « Ô ô Jésus, de ton cœur transpercé où nos peines s’effacent », j’étais comblée de bénédiction dans ce flot de larmes. Je ne pus chanter, les larmes avaient investi ma voix depuis l’Agnus Dei, suivant le cours de la rivière issie du Cœur de Jésus et du Pain rompu qui me traversait corps, cœur et âme.


Ô Jésus que j’adore,
Tu t’offres à notre temps,
Au lieu de notre angoisse,
Tu fermentes en nos vies.
Ô ô Jésus, tu fermentes en nos vies,
Préparant le partage.

Ô Jésus que j’adore,
Tu t’offres à nos douleurs,
Tu formes ton image
Tout au fond de nos cœurs.
Ô ô Jésus, tout au fond de nos cœurs,
Tu es notre victoire.

Clef de voûte chapelle st JB.JPGCe n’est qu’après, en juin et juillet, préparant la visite commentée de l’abbaye de Sablonceaux et la donnant effectivement en août 2019, à l’invitation expresse de Rita, la sœur maîtresse de maison, et de Cyrille, le frère responsable de la communauté, que je découvris et fis le lien entre le moment décrit du jeudi 23 mai 2019 à l’Eucharistie, et le saint Patron de la chapelle du Saint Sacrement : saint Jean Baptiste. Le médaillon de la clef de voûte de cette chapelle représente la parole de Jean le Baptiste désignant Jésus le Christ à ses disciples : ‘Ecce Agnus Dei’, ‘Voici l’Agneau de Dieu’, portant un agneau entre ses bras comme serti dans une mandorle.

Enfin, c’est un mois plus tard, le 24 juin 2019, jour de la nativité de saint Jean Baptiste, le ‘Noël d’été’, préparant cette visite commentée de l’abbaye de Sablonceaux, que j’obtins le jugement du Tribunal ecclésiastique de Paris reconnaissant la nullité du sacrement du mariage, contracté dix ans plus tôt avec mon ex-mari. Sous le signe de la naissance de saint Jean Baptiste, précurseur du Christ qui désigna une première fois Jésus depuis les entrailles de sa mère, lors de la Visitation de Marie à sa cousine Élisabeth ; sous le signe de Jean-Baptiste désignant toujours l’Agneau de Dieu, je fus ainsi rendue vierge au Christ, pour le Christ. Rendue au Christ.          (10h29)

Blason spirituel.jpg


Sandrine Treuillard

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie
Jeudi de l’Ascension, 21 mai 2020
Les Bleineries 18260 Sury-ès-Bois

 

 

 




Illustrations
:
- Photographie du chapiteau devant le clocher de l'Abbaye Notre-Dame de Sablonceaux : Sandrine Treuillard
- Chœur de l'église abbatiale Notre-Dame de Sablonceaux : arrêt sur image de la vidéo plus haut : Drône océan.
- Dessin de la clef de voûte de la chapelle saint Jean Baptiste : tiré de l'ouvrage « L'Église abbatiale de Sablonceaux (Charente-Inferieure) », Congrès archéologique de France, LXXIXe session tenue à Angoulême en 1912, Paris / Caen, A. Picard / H. Delesques, (vol. 79-II,‎ p. 287-303) de Eugène Lefèvre-Pontalis, en ligne sur Bibliothèque Nationale de France, Gallica, p.296.
- Dessin du blason spirituel : Sandrine Treuillard

05.05.2020

Du jeûne eucharistique comme communion au sacrifice du Christ - Révélation d'une vocation

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Quand il ouvrit le septième sceau,
il y eut dans le ciel un silence d'environ une demi-heure.

Livre de l’Apocalypse 8,1

Ceci est mon Corps 26 mars ND des Dombes recadrée.jpgDimanche 26 avril 2020

En ce 26 avril 2020, en plein confinement #Covid19 et connectée à internet, lors de la messe du 3ème dimanche de Pâques célébrée à l’Abbaye Notre-Dame des Dombes[i] par la Communauté du Chemin Neuf, à la consécration du Pain  ̶  "Ceci est mon corps livré pour vous"  ̶  et du Vin  ̶  "Ceci est mon sang livré pour vous" ̶ , quand le prêtre a élevé l’hostie, puis la coupe, mes larmes ont jailli. Pendant l'épiclèse[ii], l'hostie du Pain consacré, puis la coupe du Vin consacré se sont trouvées superposées au Corps du Christ en Croix, à l’endroit même de son Cœur  ̶  et par deux fois, mes larmes ont jailli.

Plus tard dans la célébration, au moment de la communion à la Table eucharistique, le prêtre a lu la prière de la communion spirituelle composée par la Communauté du Chemin Neuf. J’étais en pleine désolation d’être séparée de la Table eucharistique, de ne pouvoir communier à son Corps et à son Sang, suspendue devant la poitrine christique, le visage en larmes. L’hymne "Lumière enfouie", la 3ème strophe, exprime tout à fait mon sentiment, également dans le ton chanté :

« Victime offerte à mes bourreaux,
Mon corps n'est plus rien que blessure !
Vous n'aurez plus besoin de lune ou de soleil,
Agneau de Dieu, je suis votre flambeau ;
Moi seul peux vous combler de joie,
Ma Joie qui s'ouvre aux cieux nouveaux,
Puisqu'au calvaire on me torture. »

Le Christ parle de la joie qui viendra nous combler, au futur.

Crucifix église lumière vitraux.jpegEn ce 3ème dimanche de Pâques, dans la communion spirituelle à son Eucharistie, je suis entrée dans la blessure du Côté du Christ en Croix, et ce dès les paroles de consécration des saintes Espèces par le prêtre. J'y demeure et y suis triste. Mon âme est triste, réfugiée en son Sacré Cœur comme en le jardin de Gethsémani, la nuit où Il entra en sa Passion : Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses. Il leur dit alors : Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici, et veillez avec moi. Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux (Mat. 26, 37-39).

C'est aussi le moment sur la Croix du "J'ai soif" qui s'éternise. Á ce désir douloureux, m’est présentée la communion spirituelle, comme on présenta l’éponge gonflée de vinaigre aux lèvres de Jésus assoiffé.

Je pense que le Seigneur veut que je vive cela, à la mesure de mes forces, en union avec Lui, pour que j’éprouve le manque réel et manifeste de la communion eucharistique sacramentelle.


Voici, je me tiens à la porte, et je frappe.
Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte,
j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi.

Livre de l’Apocalypse 3, 20

Prière de communion spirituelle ND des Dombes 26 mars recadrée.jpgLundi 27 avril 2020

Je n'éprouve pas ce manque de Jésus Eucharistie seulement pour moi-même, mais, comme membre du Corps du Christ ; c'est comme si je devais souffrir cela au nom de tous ceux qui sont actuellement séparés de la Table eucharistique. Je prends donc cette privation de la communion eucharistique comme un sacrifice incarné dans ma chair, incarné dans mon désir blessé de la communion sacramentelle. Désir qui s’étend à toute la communauté chrétienne vivant cette même séparation de la Table eucharistique. Cette privation, ce jeûne eucharistique devient sacrifice eucharistique spirituel. C’est l’offrande de moi-même, de mon désir de communier au Verbe fait chair dans l’Eucharistie (Eucharistie à la fois comme Célébration – action de grâce – et Communion – mangeant le Pain, buvant le Vin – et en commune aspiration autour du Christ avec toute la communauté chrétienne) qui devient sacrifice eucharistique spirituel dans l’acquiescement à ce jeûne offert en communion avec tous les autres chrétiens qui en souffrent aussi. Et offert librement, en communion spirituelle avec le sacrifice du Christ en sa Passion.

IMG-20200416-01501.jpgJe pense le vivre de façon œcuménique, pour l’Unité de tous les chrétiens, même si je suis d’obédience catholique. La dimension communautaire de l’Eucharistie retrouve toute sa nécessité et tout son sens dans ce jeûne imposé. Il est bon que nous en souffrions. Il est sain que nous en souffrions pour contacter à nouveau et de façon plus aiguë, plus profonde, l’essence du Mystère de l’Eucharistie du Seigneur Jésus Christ. Je pressens que le fruit de ce jeûne eucharistique communautaire de tous les chrétiens, dû au confinement #Covid19, nous pousse à contempler le mystère de l’Unité à la Table du Christ. Par la séparation de nos communautés habituelles, nous sommes en quelque sorte rassemblés plus radicalement autour du Christ lui-même, au-delà et au-dessus de nos obédiences. L’essentiel, c’est le Christ lui-même, et que nous soyons autour de Lui, et pas la particularité de nos rites, dans nos églises respectives. Cela nous pousse à devenir une nouvelle Église primitive.

Bande verticale fleurs.jpgJe souhaite vous faire remonter à l’expérience de communion de ce que je viens d’écrire. Le samedi 18 avril, la veille du second Dimanche de Pâques, le pasteur Alain Joly – chargé de mission de la Fraternité eucharistique luthérienne d’Artisans de Paix – a transmis un message aux deux paroisses où s’exerce son ministère, que la présidente de l’association Artisans de Paix, Paula Kasparian, nous a transmis et que je lus. Ce message, je l’ai pris comme m’étant aussi adressé (les caractères gras sont de l’auteur) :

« Chers amis,

En cette veille du deuxième dimanche de Pâques, Quasimodo geniti,
mes pensées vont particulièrement aux deux églises luthériennes,
où nous aurions pu nous retrouver, comme prévu avant la crise,
pour célébrer le Service divin et la sainte Communion.

Á vous, chers paroissiens de Saint-Luc de Vanves, et de La Rédemption,
et chers fidèles qui aimez à vous y associer,
que soit donnée d'accueillir la Paix qui vient de Dieu par Jésus-Christ ! 

En effet, le Prince de la Paix visite les disciples réunis le soir, une semaine après sa Résurrection, et c'est ce qui fait notre Joie, présente et à venir.

Si vous le voulez et le pouvez, soyons unis dans l'esprit, à 18 h 30, demain dimanche 19 avril, 
pour lire l’Évangile de saint Jean, chapitre 20, versets 19 à 31,
penser les uns aux autres, en nous nommant dans l'intercession,
et avoir confiance que Dieu exauce ce que nous lui demandons dans la Prière du Seigneur.

Bande verticale fleurs.jpgOn pourra chanter l'un des chorals de Martin Luther pour la circonstance,
Christ lag in Todesbanden, ou Nun freut euch, lieben Christen gemein, ou Christ ist
erstanden, dont des versions françaises se trouvent dans nos recueils de cantiques.

Ce dimanche,
je ne célébrerai pas la sainte communion, seul, chez moi,
comme je l'ai fait les dimanches précédents, en vous demandant de vous y unir par l'esprit.

La grâce de mon ministère doit aussi demeurer une ouverture à ce que vous vivez :
je veux vivre avec vous le jeûne eucharistique,
en creusant le désir d'être à nouveau accueillis ensemble à l'Autel du Seigneur.

Fidèlement,
pasteur Alain Joly

Paris, le 18 avril 2020 »

Je lus ce message du pasteur le dimanche 19 avril, 3ème de Pâques, jour-même du jeûne eucharistique qu’il décida pour lui-même afin d’être en communion avec ses paroissiens. Dimanche de la Divine Miséricorde pour les catholiques. Je lui répondis aussitôt ceci :

« Cher pasteur Alain,

Votre mot adressé aux luthériens que Paula nous a partagé me touche infiniment. C'est votre jeûne eucharistique qui me touche et rejoint le mien en pleine force. Abondance de grâce de communion spirituelle à vous lire. »

 

Je vis un autre ange qui tenait le sceau du Dieu vivant et il dit :
Ne faites point de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres,
jusqu'à ce que nous ayons marqué du sceau
le front des serviteurs de notre Dieu.

Livre de l’Apocalypse 7, 2-3

IMG-20200416-01450.jpgEn effet, pour les catholiques, le 2ème Dimanche de Pâques est devenu une fête instaurée par saint Jean-Paul II sous l’inspiration de sainte Faustine Kowalska (fête célébrée le 22 avril 2001 pour la première fois par les catholiques du monde entier) : la Divine Miséricorde. Avec les luthériens, nous partageons le même Évangile de Jean 20, 19-31. C’est le même Mystère célébré dans ce dimanche de la fête Quasimodo geniti[iii]. Les catholiques l’approfondissent dans la suite du mystère du Sacré Cœur (révélations de Jésus Christ à sainte Marguerite-Marie Alacoque, à Paray-le-Monial, dans la seconde moitié du XVIIème siècle), source de la Miséricorde divine (révélations de Jésus à sainte Faustine, en Pologne, dans les années 30 du XXème siècle, relatées dans son Petit Journal, § 699). C’est ainsi que pour les catholiques :

- quand le Christ institue l’Eucharistie le Jeudi saint, avec le disciple bien-aimé qui se penche sur sa poitrine ;

- quand le Christ expire sur la croix remettant son Esprit entre les mains du Père, et quand son flanc transpercé laisse jaillir le Sang et l’Eau de son Cœur ;

- enfin, quand il apparaît après sa Résurrection au Cénacle à ses disciples, leur donnant la Paix, soufflant l’Esprit sur eux, et leur montrant ses plaies de crucifié ;

ces trois moments sont reliés par le même Mystère de l’Amour de Dieu pour ses enfants : Mystère de l’Eucharistie, du don de Dieu en le sacrifice de Jésus Christ, de la Rédemption, de la Divine Miséricorde, du don de l’Esprit Saint. Le mystère du Sacré Cœur est intimement lié et inséparable de l’Eucharistie (je vous invite à lire à ce sujet, de Marguerite-Marie Alacoque, un extrait de son journal lors d’une Retraite de 1684).

IMG-20200422-01696.jpgRien d’étonnant, alors, peut-être en conviendrez-vous avec moi, que quand l’une manque (l’Eucharistie) on se réfugie dans l’autre (le Cœur de Jésus). Que quand la communion sacramentelle (donc physique) au Corps et au Sang du Christ dans les saintes espèces consacrées manque, on se réfugie dans le Sacré Cœur de Jésus. Cœur de Jésus du Jeudi saint (le disciple bien-aimé qui penche sa tête sur la poitrine de Jésus), et du Vendredi saint (ayant expiré en Croix, son Côté transpercé laisse jaillir le sang et l’eau et donc l’Esprit Saint), avant sa Résurrection  ̶  puisqu’au cours de la célébration de la messe nous faisons mémoire de la Passion du Christ depuis l’institution de l’Eucharistie (Jeudi saint) ; nous traversons sa Croix (Vendredi saint) et sommes emmenés au-delà, jusqu’à sa Résurrection et à l’inhabitation du Christ en nous lors de la communion sacramentelle (dimanche de Pâques). La privation de l’incorporation du Corps du Christ (communion sacramentelle) engendre une douleur dans l’âme qui se réfugie alors dans la plaie de son Cœur à la Croix. La douleur brute de la privation se mue alors, dans le temps, en blessure doucereuse (communion spirituelle) : la lumière du Christ nous visite.

IMG-20200416-01431.jpgTrois jours après le 2ème dimanche de Pâques Quasimodo / Miséricorde Divine, nous poursuivions la lecture des Actes des Apôtres où l’ange, après avoir délivré Pierre et Jean de la prison, se donne la peine de refermer les portes après les avoir laissé sortir. Avec les visites du Ressuscité aux disciples confinés au cénacle, dans la chambre haute (Évangile de Jean du 2ème dimanche de Pâques Quasimodo), qui Lui, se trouve au milieu d’eux sans avoir ouvert aucune porte, le père trappiste Armand Veilleux a écrit une homélie sur Les portes tournantes de la solitude et de la prière, le 22 avril. Ce jour-là, l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance (les trappistes) fêtaient la bienheureuse Maria Gabriella Sagheddu, apôtre de l’Unité, qui s’offrit pour l’unité des chrétiens au cœur de sa vie monastique, en Italie. Elle rendit son âme au Père en quinze mois, suite à la tuberculose qui commença le jour où elle fit son offrande d’elle-même pour l’œcuménisme (détails suite à l’homélie ici). Cette figure de Maria Gabriella, apôtre de l’Unité (béatifiée par Jean Paul II le 25 janvier 1983), me toucha personnellement dans son offrande d’elle-même par ses vœux monastiques en union avec le Christ-Roi ; et par sa prière pour l’Unité, en union avec l’Eucharistie du Christ les quinze derniers mois de sa vie. Elle rendit l’esprit le 23 avril 1939.

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Dans la simplicité de mon cœur,
je T'offre tout avec joie, ô Seigneur.

Tu as daigné m'appeler à Toi,
et je viens à Tes pieds.

En ce jour de Ta fête royale,
Tu veux faire de moi,
créature misérable, la reine.

Je Te remercie avec toute l'effusion de l'âme,
et en prononçant les saints vœux
je m'abandonne entièrement à Toi.

Ô Jésus
fais que je puisse demeurer toujours fidèle à mes promesses
et que je ne reprenne jamais
ce que je Te donne en ce jour
Viens et règne dans mon âme,
tel un Roi d'amour.

 



« Sa courte vie monastique (trois ans et demi) se consomma comme une eucharistie. Son abbesse, mère Maria-Pia Gullini, très sensible au mouvement œcuménique, désirait fortement le voir encore s’amplifier et elle avait su communiquer à la communauté ce qui avait été l’âme de sa vie. En face de la déchirure du corps du Christ, Maria-Gabriella perçut la nécessité de s’offrir elle-même. Son corps, retrouvé intact lors de la reconnaissance de 1957, repose actuellement dans une chapelle contiguë au monastère de Vitorchiano, où la communauté de Grottaferrata s’est transférée »
(source : Croire).

Or, à mon retour de retraite de la Trappe de Scourmont (Belgique) fin septembre 2019, dans la nuit du 6 octobre (saint Bruno), j’écrivis une lettre de candidature à la vie monastique à l’abbaye des trappistines de Vitorchiano. La sœur hôtelière me répondit le vendredi suivant et me dirigea vers leur abbaye sœur de France, dans le Vaucluse, à Blauvac. J’y suis allée deux fois et je devais y retourner fin mai. Cette 3ème retraite/visite monastique comme candidate est compromise par le prolongement du confinement #covid19.

Logo Fraternités AdP.jpgLe lendemain de la fête de la bienheureuse Maria Gabriella, apôtre de l’Unité, jeudi 23 avril 2020, dans sa pensée synthétique Paula Kasparian écrivit sa lettre de confinée aux Artisans de Paix confinés, y joignant ma réponse (précitée) au message du pasteur, qu’elle introduisit ainsi :

« Une nouvelle forme de communion des saints est en train de venir au monde parmi nous. Soyons attentifs à ce qui vient. "Nous vivons un renouvèlement de la réalité de la communion des saints" fut la première réflexion du pasteur Alain Joly, au début du confinement. Et à plusieurs reprises, il nous a donné des rendez-vous de prières, confinés. »

Son dernier rendez-vous de prière était alors pour partager le jeûne eucharistique du deuxième dimanche de Pâques.

 

Il n’y aura plus de temps…
aux jours de la voix du septième ange,
le mystère de Dieu s’accomplira.

Livre de l’Apocalypse 10, 6-7

IMG-20200416-01486.jpgLa communion spirituelle étant déjà une transfiguration du temps séculier en le temps de Dieu, comme une faille, une fêlure dans le temps du siècle, la douleur de la privation de la communion sacramentelle dans la chair (comme l’écharde de saint Paul), deviendra, peut-être, dans la durée, doucereuse à l’âme dans la communion spirituelle. On serait alors confiné dans le Cœur de Jésus, enveloppé de la grâce rafraîchissante qui renouvelle notre esprit comme elle jaillit en même temps que le Sang et l’Eau. De la douleur aiguë dans le jeûne eucharistique, la grâce de l’Esprit de Jésus remis entre les mains du Père nous placerait peut-être dans la douceur du Cœur de Jésus comme dans « la main sûre et tranquille » du Père où « nous reposons comme un oiseau au creux du rocher » (chant de communion -sacramentelle- de la Communauté du Chemin Neuf).

Le passage suivant de l’Apocalypse, reçu en invoquant l’Esprit Saint le vendredi 24 avril, va dans le sens de ce que je viens d’avancer (en gras dans la citation). Il s’agit du septième ange qui fait la révélation suivante à Jean le visionnaire :

LIVRE DE L'APOCALYPSE  (Trad. Bible Louis Segond)
chapitre 10

1Je vis un autre ange puissant, qui descendait du ciel, enveloppé d'une nuée ; au-dessus de sa tête était l'arc-en-ciel, et son visage était comme le soleil, et ses pieds comme des colonnes de feu. 2Il tenait dans sa main un petit livre ouvert. Il posa son pied droit sur la mer, et son pied gauche sur la terre ; 3et il cria d'une voix forte, comme rugit un lion. Quand il cria, les sept tonnerres firent entendre leurs voix. 4Et quand les sept tonnerres eurent fait entendre leurs voix, j'allais écrire ; et j'entendis du ciel une voix qui disait : Scelle ce qu'ont dit les sept tonnerres, et ne l'écris pas. 5Et l'ange, que je voyais debout sur la mer et sur la terre, leva sa main droite vers le ciel, 6et jura par celui qui vit aux siècles des siècles, qui a créé le ciel et les choses qui y sont, la terre et les choses qui y sont, et la mer et les choses qui y sont, qu'il n'y aurait plus de temps7mais qu'aux jours de la voix du septième ange, quand il sonnerait de la trompette, le mystère de Dieu s'accomplirait, comme il l'a annoncé à ses serviteurs, les prophètes.

Pissenlit vertical.jpgLe temps dont il est question ici est spirituel. C’est l’instant d’éternité de l’extase, la sortie de soi. L’instant d’éternité renouvelé à chaque mémorial eucharistique, durant chaque célébration de la messe. Le Mystère de Dieu s’accomplit en chaque célébration eucharistique, à la consécration ; à la communion. Ce Mystère eucharistique s’accomplit quand nous vivons nous-mêmes le don de nous-mêmes, dans la prière contemplative aussi bien que dans la vie active, dans nos relations avec autrui. Ce temps où "il n’y a plus de temps" est l’instant d’éternité, c’est le ‘toucher de l’éternel’ vécu dans l’oubli de soi, le don de soi-même ou l’accueil de l’autre ou du tout Autre. C’est tous les jours, par toute la terre, dans la vie des hommes, au cœur du monde, quand le cœur d’un homme s’ouvre à la grâce divine, à l’Amour. Dans la communion sacramentelle, ce « mystère de Dieu s’accomplit » : nous goûtons à la vie éternelle promise par le Christ.

 

Je te conseille d'acheter de moi de l'or éprouvé par le feu,
et des vêtements blancs,
et un collyre pour oindre tes yeux.

Livre de l’Apocalypse 3, 18

IMG-20200416-01504.jpgAyant reçu ce passage de l’Apocalypse au chapitre 10 où il s’agit du 7ème et dernier ange se manifestant à la vision de Jean, j’avais repris le Livre de l’Apocalypse depuis le début, où l’Esprit parle aux sept Églises d’Asie. Comme c’était la vision du 7ème ange qui m’avait été donné de lire au chapitre 10, j’ai recherché ce que l’Esprit dit à la 7ème Église d’Asie qui est à Laodicée. Voici, au chapitre 3 :

14Écris à l'ange de l'Église de Laodicée : Voici ce que dit l'Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu :

15Je connais tes œuvres. Je sais que tu n'es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant ! 16Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche. 17Parce que tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n'ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu, 18je te conseille d'acheter de moi de l'or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche, et des vêtements blancs, afin que tu sois vêtu et que la honte de ta nudité ne paraisse pas, et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies. 19Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j'aime. Aie donc du zèle, et repens-toi. 20Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. 21Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. 22Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises !

IMG-20200416-01481.jpgDans le contexte de la pandémie du Covid-19 qui pousse au confinement, dans la séparation physique d’avec nos frères en humanité, dans l’empêchement de nous rencontrer, nos vulnérabilités humaines, nos interdépendances de toutes sortes sont mises en relief et leur rupture nous font souffrir. J’ai pris ce passage de ce que l’Esprit dit à l’Eglise de Laodicée comme accusant les traits d’orgueil de notre époque : quand nous refusons de considérer la vulnérabilité humaine et notre besoin de lien spirituel aux autres et à Dieu. Une parole qui accuse l’autosuffisance humaine qui nie l’existence de Dieu. Une parole qui respecte la liberté humaine, don de Dieu à sa créature qui s’adresse en vérité à sa conscience, souvent aveuglée. Une parole divine qui dit à nouveau son amour pour sa créature. Dieu, par son Christ, le Nouvel Adam, nous veut restaurés à son image et à sa ressemblance (2ème chapitre de Le Nouvel Homme de Thomas Merton). Par la communion, il veut répandre sa Lumière sur nous, en nous, afin que nous le reconnaissions, goûtions à sa relation, le voyions, et l’aimions en retour.

 

Mets-moi comme un sceau sur ton cœur,
comme un sceau sur ton bras.

Le Cantique des Cantiques 8, 6a

IMG-20200503-01805.jpgSamedi 2 mai 2020

Depuis le dimanche 26 avril, le sentiment de déréliction, la tristesse et la torpeur ont été mon lot cette semaine. J’ai trouvé un autre lieu propice au recueillement, moitié moins loin que Saint-Pardoux, de verts pâturages et de petits bois épais où le chant du coucou résonne. J’ai baptisé cet autre lieu de solitude secrète le ‘Vert Sacré Cœur’. C’est là que j’ai lu l’homélie du jour du Père Veilleux, en la mémoire de saint Athanase. Puis, le soir, au moment de la toilette avant le coucher, j’ai dû prendre une feuille de papier A4 et un stylo, pour écrire ce qui perçait dans la boue de mon âme, depuis le dimanche dernier. La souffrance du jeûne eucharistique fut amplifiée par l’annonce du gouvernement du report jusqu’au 2 juin de tous rassemblements cultuels en France, et des célébrations religieuses dans les églises de France : indifférence à la religion (déni/négation/mépris…), à la foi de leurs frères en humanité de nos dirigeants, relevée par Mgr Mathieu Rougé, évêque du diocèse de Nanterre, le 28 avril. J’écrivis :


Ceci est mon Sang ND des Dombes 26 mars recadrée.jpgConfinée dans la chambre haute de la Croix, le Cœur de Jésus.

D’abord suspendue, à la consécration du Pain « Ceci est mon corps livré pour vous » comme si j’avais été élevée avec ce Pain devant le Corps du Christ en Croix, et transportée jusqu’à son Cœur. Puis, comme transférée dans sa poitrine en même temps que l’hostie et le vin consacrés furent élevés. J’ai élu domicile dans le cénacle du Cœur de Jésus, depuis la messe du 3ème dimanche de Pâques (26 avril). J’ai été engouffrée dans sa blessure cordiale et j’y souffre avec Lui, de l’indifférence à la foi de nos frères en humanité qui gouvernent le pays et retardent inconsidérément le moment de retourner communier. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34). C’est aussi pour eux que nous souffrons d’être séparés de la Table eucharistique. C’est pour eux et tous nos contemporains indifférents à la vie spirituelle (ou hostiles, méfiants, indécis…) que nous devons offrir notre douleur en union avec le sacrifice du Christ. Aujourd’hui, j’ai lutté, je lutte contre le clivage en moi, la tentation de la colère et du ressentiment, le sentiment d’injustice, l’amertume dus à cet empêchement de la communion sacramentelle déclarée être prolongé après le déconfinement du 11 mai, jusqu’au 2 juin.

sandrine treuillard,sacré cœur,eucharistie,christ-roi,christianisme,foi,paula kasparian,artisans de paix,pasteur alain joly,armand veilleux,communauté du chemin neuf,maria gabriella sagheddu,confinement,#covid19,pandémie coronavirus,laïcité,livre de l'apocalypseDans la souffrance silencieuse que je partage avec des milliers de croyants, je suis unie au Crucifié qui crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15, 34). Sentiment de déréliction, alors que je sais, par ma foi, que je suis dans la chambre haute du Sacré Cœur de Jésus, sur la Croix. C’est cela mon sacrifice, qui n’est pas doucereux. Simplement douloureux. Douloureux pour quelque chose. Pour intercéder en faveur de nos contemporains au cœur endurci. Pour ne pas céder au ressentiment, à l’amertume, à la colère, sentiments qui n’ont jamais été très évangéliques. Cette souffrance spirituelle est ce qui m’unit concrètement au sacrifice du Christ, à sa Sainte Eucharistie.

« Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Mat. 26, 39b).  Alors oui, Seigneur,  garde-moi dans la petite prison du Sacré Cœur blessé de ton Fils. Que son Sacré Cœur et sa Sainte Eucharistie soient le sceau sur mon cœur, le sceau sur mon bras. Que la pentecôte eucharistique, qui commence depuis le Sacré Cœur transpercé sur le bois de la croix, donne naissance à une nouvelle Église primitive. En ces temps de confinement pandémie #covid19, que la pentecôte eucharistique à la Croix se répande sur le monde entier, comme un sceau sur la Terre.

La Chambre haute du Sacré Coeur Texte.jpgSamedi 2 mai, 22h43

Il y a une heure, j’écrivis la page A4, à l’encre noire, dans la salle de bain, sur la sorte de vision qui a surgi parmi la boue de mon âme, à table, au dîner. C’était que le 26 avril, j’ai été transportée dans la chambre haute du Sacré Cœur de Jésus en Croix, quand le prêtre a élevé l’hostie consacrée : « Ceci est mon corps livré pour vous », puis le vin consacré : « Ceci est mon sang livré pour vous ».

Mon âme est si douloureuse, depuis dimanche dernier. J’ai dû lutter, aujourd’hui, contre le ressentiment dû au mépris, à l’indifférence de nos gouvernants à la foi de leurs contemporains : aux catholiques mais à tous les chrétiens et à toutes les religions, au fait religieux en général. Ils sont si loin de la spiritualité, de leur intériorité, de la vie plus intime à eux-mêmes qu’eux-mêmes, la vie de Dieu en eux. J’ai donc trouvé ma vocation en écrivant ce texte dans la salle de bain. Ce texte dévoile ma vocation d’intercéder pour nos contemporains indifférents à la foi au Christ. Je suis en union avec le Sacré Cœur de Jésus en Croix, suspendue dans le temps, et c’est ce qui est douloureux ; dans le silence qui dure une demi-heure ; dans le souffle rendu, livré, l’Esprit de Jésus ; dans le Sang et l’Eau qui s’écoulent de son Côté. Je suis confinée dans son Sacré Cœur pendant ce temps-là, je vis tous ces moments à la Croix, dans l’intimité de son Cœur blessé. Á la fois enveloppée dans la chambre haute de son Sacré Cœur, comme au Cénacle. J’offre ma souffrance spirituelle en union avec celle du Christ à la Croix. Avec ses paroles en Croix. Je souffre ses paroles. Je les vis avec Lui. Et ma vocation est d’offrir tout cela en union avec Lui, réfugiée en son Sacré Cœur, pour l’indifférence des hommes et pour que les chrétiens soient rassemblés en une nouvelle Église primitive autour de Lui, à la Sainte Cène, au-delà de nos obédiences humaines, dans la radicalité, la simplicité, la vérité du premier banquet eucharistique autour du Christ qui se donne vrai Pain de Vie pour nous, pour tout homme, et commande à ses disciples de répéter ses gestes en faisant mémoire de son don absolu dans l’Eucharistie.

IMG-20200416-01461.jpgRelisant cette page écrite dans la salle de bain (l’Esprit m’ayant saisie, c’est dans une position inconfortable, à moitié assise sur le rebord de la baignoire que j’écrivis sur la tablette étroite, sous le vasistas), j’ai vu la résolution de ma vocation dans les lignes qui décrivent l’élévation des espèces consacrées devant le Corps du Christ en Croix, jusqu’à son Sacré Cœur, me sentant moi-même, par la force de mon désir de la communion sacramentelle, transportée dans ce Pain et ce Vin, cette hostie et ce calice, et déposée dans la chambre haute du Sacré Cœur de Jésus. C’est la vision intérieure du 19 novembre 2016, des vigiles du Christ-Roi, qui s’est comme superposée à celle d’aujourd’hui.

L'Offerta 1-ptite.jpgTout cet état intérieur qui n’a pas cessé de s’amplifier depuis dimanche dernier, comme absorbée dans un abîme intérieur, se révèle être l’écrin à ce qui est né et a été transcrit sur le papier, dans la salle de bain. Douloureux accouchement depuis dimanche. Avec les prémices heureux l’annonçant dès le 22 avril, par la fête de la bienheureuse Maria Gabriella, apôtre de l’Unité, qui mourut en quinze mois de la tuberculose s’offrant pour l’Unité des chrétiens. De laquelle je me sens proche, dans sa consécration monastique prononcée le jour du Christ-Roi, avec sa prière d’offrande si belle. Proche d’elle aussi, par le lieu, l’abbaye et l’abbesse qui était sa mère au moment de son offrande. Grottaferrata, transféré à Vitorchiano, près de Viterbo, région où j’ai moi-même réalisé en 1994, à mes vingt ans, une sculpture « L’offerta » (L’offrande) cristallisant le désir puissant de m’offrir à Dieu moi aussi. J’étais alors loin de l’Église, étudiante aux Beaux-Arts. Mais, lors de ma communion, huit ans plus tôt, je m’étais vécue comme épouse du Christ. Désir absolu de Dieu contrarié dans ma treizième année et quand je reçus le sacrement de la confirmation, le démon avait déjà commencé son maléfice de la séparation d’avec Dieu. Mais le désir de Dieu était en moi et cette sculpture, installée dans une exposition collective au Palais des Papes de Viterbo, en témoignait silencieusement.

Logo Fraternités AdP.jpgAutres prémices, comme des contractions, fut le vendredi 24 avril : le rêve interreligieux de la remise du petit livre Coran qui m’est remonté à la mémoire après avoir reçu ‘au hasard’ le Livre de l’Apocalypse, chapitre 10 : L’Ange et le petit livre… dont le premier paragraphe annonce ceci : « Il n’y aura plus de temps ». C’est ce temps qui s’éternise sur la Croix, suspendu dans le désir douloureux de la communion sacramentelle, à la Table eucharistique, qui laisse jaillir des larmes, comme le Sang et l’Eau n’en finissent pas de s’écouler du Cœur de Jésus depuis sa mort, depuis qu’Il a livré son Esprit. Je suis dans ce moment-là qui s’éternise, aussi bien que dans certaines paroles qu’Il a prononcées sur la Croix. Quand il vient de remettre son Esprit entre les mains du Père, d’une part ; et d’avoir répandu son Esprit par son Cœur transpercé sur les hommes, sur l’Église, dans la pentecôte eucharistique qui commence à la Croix, d’autre part.


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IMG-20200415-01418.jpgIl y a aussi une autre trace indélébile de ma communion à la Table de la Sainte Cène : avec des pentecôtistes, lors de la session œcuménique de 2019, La vie dans l’Esprit : une expérience d’unité, organisée par la Communauté du Chemin Neuf à l’abbaye de Hautecombe. Le samedi, j’avais communié au Pain et au Vin et j’avais pleuré abondamment à cette communion, percevant la présence du Christ de façon aiguë. Touchée par la sobriété du geste liturgique de Jean-Daniel Plüss, si proche du réalisme de la Sainte Cène, en comparaison du rite de l’Eucharistie catholique si sophistiqué, liturgiquement parlant, où le célébrant décrit ce qui se passe en même temps que l’Esprit Saint consacre les saintes Espèces. Les pentecôtistes, et même les évangéliques, relisent les paroles ‘texto’ du Christ à la Cène, telles que le Nouveau Testament nous les ont léguées, sans rien retirer, ni rien ajouter. Cette sobriété, ce réalisme a été quelque chose de très fort pour moi en cette fin de mars 2019. J’y avais reçu une onction puissante qui m’a permis de vivre le psaume 132 :

IMG-20200422-01693.jpg

 

 

Oui, il est bon,
il est doux pour des frères *
de vivre ensemble et d'être unis !

On dirait un baume précieux,
un parfum sur la tête, +
qui descend sur la barbe,
la barbe d'Aaron, *
qui descend sur le bord
de son vêtement.

On dirait la rosée de l'Hermon *
qui descend sur les collines de Sion.
C'est là que le Seigneur envoie
la bénédiction, *
la vie pour toujours.

 

 

 


Les chrétiens devraient pouvoir partager le pain et le vin eucharistiques à toutes les tables des différents rites et se trouver à chaque fois dans la foi en la présence du Christ au milieu d’eux, quelque soit le rite adopté par les différentes obédiences. La Sainte Cène est au-dessus et au-delà de nos différents cultes. « Dieu est plus grand » que nos cultes.  (23h32)

Blason spirituel.jpg

 

 

 

Sandrine Treuillard

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

26 avril - 2 mai 2020

Les Bleineries, 18560 Sury-ès-Bois

 

 

 

 

Le beau pasteur au 'Vert Sacré Cœur' -
Homélie du père Armand Veilleux -
& du jeûne eucharistique

Photographies :
Toutes de Sandrine Treuillard, sauf :

L'élévation de l'hostie et les 3 détails de la messe retransmise du 26 avril 2020 : d'après les arrêts sur images de la vidéo NetForGod filmée à l'Abbaye Notre-Dame des Dombes, Communauté du Chemin Neuf.
La troisième photographie : Christ en Croix, église Saint-Martin de Suçy-en-Brie : Michel Hilger.

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[i] C’est la trappe où le frère Christophe Lebreton était quand il a reçu l'appel à quitter la France pour l’Algérie, répondant à la vocation de vivre dans la communauté de Tibhirine. Il fait partie des sept moines martyrs de Tibhirine, et des dix-neuf religieux béatifiés à Oran, le 8 décembre 2018.

[ii] Enseignement de monseigneur Michel Aupetit : L'épiclèse : sandrine treuillard,sacré cœur,eucharistie,christ-roi,christianisme,foi,paula kasparian,artisans de paix,pasteur alain joly,armand veilleux,communauté du chemin neuf,maria gabriella sagheddu,confinement,#covid19,pandémie coronavirus,laïcité,livre de l'apocalypse

[iii] L'expression quasimodo est formée à partir des premiers mots latins qui commencent l'introït de ce jour : Quasi modo geniti infantes, alleluia : rationabile, sine dolo lac concupiscite...(Comme des enfants nouveau-nés, alleluia : désirez ardemment le pur lait spirituel...), dans la Première épître de Pierre.
C'est aussi le jour où on lit le récit de l'apôtre Thomas refusant de croire à la Résurrection.
La fête est encore appelée in Albis (en blanc), car les néophytes (adultes baptisés durant la vigile pascale), entrent à la messe vêtus de leurs habits blancs qu'ils portaient depuis leur baptême et le quittent pendant la cérémonie.
Cette fête a été instituée de façon officielle pour que les pèlerins venant de loin et arrivés à Rome en retard - pour raison valable - après les fêtes de Pâques, participent à cette messe de la même façon (en latin « quasi modo ») qu'à la messe de Pâques. Ces pèlerins ne recevaient toutefois pas l'indulgence plénière.
La fête est parfois nommée « Pâques closes » puisque c'est ce jour-là que s'achève l'Octave de Pâques.
L'expression octave de Pâques désigne en général la période de huit jours qui va du dimanche de Pâques au dimanche suivant inclus. Elle est parfois employée pour indiquer le dernier jour de cette période.

 

24.04.2020

Le livre de l'Apocalypse et le petit livre Coran - Un rêve interreligieux

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Vendredi 24 avril 2020
‘Les Bleineries’ 18260 Sury-ès-Bois
(Cher – Centre-Val de Loire)


 

Réveil vers 7h. Levée. Je prie l’Office des Lectures du vendredi 2, avec le psaume 37. Puis, pour recevoir la Parole, j’ouvre la Bible de Segond au hasard et tombe sur ce passage :

 

 

LIVRE DE L'APOCALYPSE  (Trad. Bible Louis Segond)

Chapitre 10

1 Je vis un autre ange puissant, qui descendait du ciel, enveloppé d'une nuée ; au-dessus de sa tête était l'arc-en-ciel, et son visage était comme le soleil, et ses pieds comme des colonnes de feu. 2 Il tenait dans sa main un petit livre ouvert. Il posa son pied droit sur la mer, et son pied gauche sur la terre ; 3 et il cria d'une voix forte, comme rugit un lion. Quand il cria, les sept tonnerres firent entendre leurs voix. 4 Et quand les sept tonnerres eurent fait entendre leurs voix, j'allais écrire ; et j'entendis du ciel une voix qui disait : Scelle ce qu'ont dit les sept tonnerres, et ne l'écris pas. 5 Et l'ange, que je voyais debout sur la mer et sur la terre, leva sa main droite vers le ciel, 6 et jura par celui qui vit aux siècles des siècles, qui a créé le ciel et les choses qui y sont, la terre et les choses qui y sont, et la mer et les choses qui y sont, qu'il n'y aurait plus de temps, 7 mais qu'aux jours de la voix du septième ange, quand il sonnerait de la trompette, le mystère de Dieu s'accomplirait, comme il l'a annoncé à ses serviteurs, les prophètes.


8 Et la voix, que j'avais entendue du ciel, me parla de nouveau, et dit : Va, prends le petit livre ouvert dans la main de l'ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre. 9 Et j'allai vers l'ange, en lui disant de me donner le petit livre. Et il me dit : Prends-le, et avale-le ; il sera amer à tes entrailles, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel. 10 Je pris le petit livre de la main de l'ange, et je l'avalai ; il fut dans ma bouche doux comme du miel, mais quand je l'eus avalé, mes entrailles furent remplies d'amertume. 11 Puis on me dit : Il faut que tu prophétises de nouveau sur beaucoup de peuples, de nations, de langues, et de rois.

Puis, je me mets à faire ma gymnastique devant la fenêtre ouverte, avec les oiseaux, la nature déjà bien éveillée dans la lumière solaire. C’est en fin de gym, tapotant ma tête que le rêve est remonté à mon souvenir. Je me suis arrêtée pour l’écrire à Camel puis à Paula. Je voulais l’écrire à Abd El Hafid, mais je n’ai pas retrouvé son numéro dans mon carnet d’adresse. Le voici :

« Cette nuit j’ai rêvé que je devais lire le premier verset du Coran. J’étais dans un lieu musulman mais les gens n’étaient pas en tenue de religieux, en banlieue. Il y avait deux hommes, l’un qui écoutait, l’autre qui agissait. Celui qui agissait s’affaira pour me rapporter un petit Coran qu’il trouva dans un bureau. Ce Coran tenait dans ma paume. Je lus le premier verset, et cela suffisait[i]. J’ai rendu le petit livre Coran. Tout était plein de joie simple. »

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Détail d'une calligraphie ottomane de la Basmala :
Premier verset du Qur'ân qui le contient tout, et qui introduit les 114 sourates:
"Par le Nom d'Allâh, le Tout-Rayonnant d'Amour, le Très-Rayonnant d'Amour"
Cette calligraphie rend palpable ce qu'elle décrit :
"le Tout-Rayonnant d'Amour" contient — "le Très-Rayonnant d'Amour" diffuse.
Amour issu de la 'matrice', principe féminin de Dieu.
(Théophile de Wallensbourg, lors de la Retraite interreligieuse d'Artisans de Paix,
Centre spirituel des Carmes d'Avon, 1er décembre 2019.)


Je pense que je suis appelée à lire le Coran[ii],
à en faire une lectio divina, à la suite de Christian de Chergé qui le faisait.

Il y a quelques soirs, j’ai terminé la lecture de la Petite Philocalie de la Prière du Coeur par Jean Gouillard (éd. du Seuil, 1953 et 1979), dont l’Appendice fut un très beau cadeau que je vous donne à lire sur ce lien pdf : UNE TECHNIQUE SOUFIE (NAQSHABANDI) DE LA PRIÈRE DU CŒUR. Abd El Hafid Benchouk, le chargé de mission de la Fraternité islamique d’Artisans de Paix, appartient à cette obédience soufie Naqshabandi.

C’est ce soir l’entrée en Ramadan de nos frères musulmans[ii]. Qu’il leur soit doux et fructueux. Que nous en recevions les effluves.

« Gloire à Dieu, Seigneur des Mondes. » (premier verset du Coran, de la sourate d'ouverture "la suffisante".)

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Sandrine Treuillard
Chargée de mission de la Fraternité eucharistique (catholique) Artisans de Paix

 

 

 


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[i] Al-Fatiha (arabe : سُّورَةُ الفَاتِحَةSūrat al-Fātiḥah) est la sourate d'ouverture du Coran. Composée de sept versets, elle met l'accent sur la souveraineté et la miséricorde d'Allah. Elle peut être traduite par « l'entrée », « le prologue », « la liminaire » ou encore « l'ouverture ». Mahomet la nomme « la mère du Coran » (Oumm-ul-Kitab). Fakhr al-Dīn al-Rāzī relève douze noms différents donnés à la Fatiha : la "louange", la "Mère du Coran", les "sept répétés", "la complète", "la suffisante", "la Fondation", "la Guérison", "l'Adoration", "la Demande", "la Supplication", "l'Enchantement", "la protectrice", "le trésor", et "la lumière". Le nom de cette sourate ne dérive pas du contenu de la sourate mais de sa fonction de liminaire.
Le premier verset (Basmala), dont la translittération est « bismillāh ar-rahmān ar-rahīm » (« Au nom de Dieu, le Tout miséricordieux, le Très Miséricordieux »), peut être familier à l'oreille d'un non arabophone ou d'un non musulman car il est omniprésent dans les sociétés musulmanes, notamment sous sa forme contractée « Bismillâh ». Cette formule apparaît au début de chaque sourate du Coran, exceptée la neuvième, At-Tawba (et elle est répétée deux fois dans la 27eAn-Naml). Elle est un verset uniquement dans la Fatiha. (source : wikipedia)

 

Texte en arabe

Translittération

Traduction de
Muhammad Hamidullah

1

بسم الله الرحمن الرحيم

Bismillah ar-rahman ar-rahim

Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux,
le Très Miséricordieux.

2

الحمد لله رب العالمين

Al Hamdulillahi rabbi-l-`alamin

Louange à Allah, Seigneur de l'univers.

3

الرحمن الرحيم

Ar-rahman ar-rahim

Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,

4

ملك يوم الدين

Maliki yawm ad-din

Maître du Jour de la rétribution.

5

اياك نعبد واياك نستعين

Iyaka na`budu wa iyaka nasta`in

C'est Toi [Seul] que nous adorons, et c'est Toi [Seul] dont nous implorons secours.

6

اهدنا الصراط المستقيم

Ihdina as-sirat al-mustaqim

Guide-nous dans le droit chemin,

7

صراط الذين انعمت عليهم غير المغضوب عليهم ولا الضالين

Sirat al-ladhina an`amta `alayhim ghayri al-maghđubi `alayhim wa la ad-dalin

Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.

 

[ii] Sourate 96 Al-Alaq (L’adhérence)

96.1.اقْرَأْ بِاسْمِ رَبِّكَ الَّذِي خَلَقَ
       Iqra/ bi-ismi rabbika allathee khalaqa
       Lis au nom de ton Seigneur qui a tout créé,

96.2.خَلَقَ الْإِنسَانَ مِنْ عَلَقٍ
       Khalaqa al-insana min AAalaqin
       qui a créé l'homme d'une adhérence !

96.3.اقْرَأْ وَرَبُّكَ الْأَكْرَمُ
       Iqra/ warabbuka al-akramu
       Lis, car la bonté de ton Seigneur est infinie !

96.4.الَّذِي عَلَّمَ بِالْقَلَمِ
       Allathee AAallama bialqalami
       C'est Lui qui a fait de la plume un moyen du savoir

96.5.عَلَّمَ الْإِنسَانَ مَا لَمْ يَعْلَمْ
       AAallama al-insana ma lam yaAAlam
       et qui a enseigné à l'homme ce qu'il ignorait.

« Le commandement Divin de proclamer l'islam commence par un ordre sublime : Iqra'. Généralement traduit par « lis », ce mot signifie aussi « répète à haute voix » ou « récite ». Il s'adresse à l'humanité, le Prophète représentant l'humanité dans son rapport à Dieu. Iqra' est donc une injonction universelle, une offre invitant chaque individu à s'éloigner de l'imperfection et à s'approcher de la vertu et du bonheur dans les deux mondes.

Iqra' est l'ordre de lire les signes que le Créateur a placés dans la création de sorte que nous puissions comprendre quelque chose de Sa Miséricorde, de Sa Sagesse et de Sa Puissance. C'est l'ordre d'apprendre, par l'expérience et la compréhension, le sens de Sa création. C'est aussi la certitude que la création peut être lue et qu'elle est intelligible. Plus nous apprenons à mieux la lire, plus nous saisissons mieux que le monde créé est un seul univers dont la beauté et l'harmonie reflètent la Suprême Tablette Gardée (85 : 22) sur laquelle, par le Décret Divin, toutes choses sont inscrites. » Début de l'article de Fethullah Gülen Pourquoi le premier verset coranique révélé commence-t-il par l’injonction Iqra' (Lis ! )?.

[ii] « Rappelons que le jeûne du Ramadan est le quatrième pilier de l’islam qui compte au total cinq pratiques obligatoires. Il vise à « atteindre la piété », est-il écrit dans le Coran, en réorientant son regard vers le divin par le jeûne. Ce jeûne rituel fut décrété deux ans après l'Hégire, c'est-à-dire deux ans après la fuite du prophète Muhammad de la Mecque vers Médine, qui marque le début du calendrier musulman. La 27e nuit du Ramadan est la plus importante. Elle commémore la Nuit du Destin, au cours de laquelle, selon la tradition musulmane, l’ange Gabriel transmet le Coran à Muhammad. Tous les musulmans qui ont dépassé l’âge de la puberté sont invités à jeûner du lever du soleil – dès que l’on peut « distinguer un fil blanc d’un fil noir », dit le Coran – à son coucher. Ils doivent s’abstenir de boire, de manger, de fumer et de relations sexuelles. Les repas qui marquent la rupture du jeûne, après le crépuscule et avant l’aube, se prennent ensemble,  de façon festive en temps normal.
Nous présentons à nos amis musulmans nos vœux les meilleurs pour que ce mois de Ramadan soit pour eux un mois de retour au Tout-Puissant et Miséricordieux, de vie en Sa présence, d'attention aux plus démunis et de partage malgré l'impossibilité des rencontres et prières publiques. » Paula Kasparian, lettre du 23 avril 2020 aux Artisans de Paix.

 

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Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

23.04.2020

Les portes tournantes de la solitude - Homélie de Armand Veilleux à Saint-Pardoux

Les portes tournantes de la prière et de la solitude -
Lecture de l'homélie d'Armand Veilleux à Saint-Pardoux

Homélie pour le mercredi de la 2ème semaine de Pâques

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22 avril 2020 – Mercredi de la 2ème semaine de Pâques
Ac 5, 17-26 ; Jn 3, 16-21

IMG-20200422-01689[1].jpgIl y a quelque chose qui m'a toujours intrigué dans le texte des Actes que nous venons de lire. Pourquoi l'ange s'est-il donné la peine de fermer les portes de la prison après avoir laissé sortir les apôtres ?... En effet, au début du texte, Luc dit que l'ange du Seigneur a ouvert les portes de la prison et a fait sortir les apôtres ; mais quand le gardien du temple arrive le matin, il trouve les portes bien fermées ! Il doit y avoir une signification symbolique dans cette histoire de portes ouvertes et puis verrouillées.

IMG-20200422-01685[1].jpgIl y avait quelque chose de similaire dans l'Évangile de dimanche dernier, de Jean. Les disciples avaient fermé les portes du lieu où ils étaient assemblés. Cela est sans doute à mettre en relation avec la recommandation de Jésus : "Quand tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme la porte à clé, et prie ton père en secret". Ce que Jean semblait dire dans ce récit, c'est que Jésus a manifesté sa présence parmi ses disciples lorsqu'ils étaient assemblés pour prier. Mais alors, que fait-il ? Il souffle son Esprit sur eux et dit « Recevez le Saint-Esprit. Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Dans le texte des Actes des Apôtres d'aujourd'hui, l'ange du Seigneur apparaît aux disciples lorsqu'ils sont derrière des portes fermées. Mais l'ange du Seigneur est-il distinct du Seigneur lui-même ? Et que fait-il ? Il leur dit : "Sortez maintenant... et prêchez au peuple au sujet de cette Vie".

IMG-20200422-01655[1].jpgLes portes de la prière et de la solitude sont des portes tournantes. Elles séparent du monde au sens johannique du terme. Paradoxalement, les portes verrouillées sont une invitation au Seigneur à entrer. Mais, en même temps, il nous invite à sortir de nous-mêmes, vers nos frères et sœurs. Mais si nous sortons en Son nom, pour accomplir les services que nous sommes appelés à remplir, nous sommes toujours à l'intérieur et, en fait, la porte est toujours fermée.

Dans notre Ordre monastique, nous célébrons aujourd’hui la mémoire de la bienheureuse Gabriella Sagheddu*, une moniale de la Trappe de Vitorchiano, en Italie, morte en 1939. Elle est connue comme l’apôtre de l’Unité des Églises chrétiennes pour laquelle elle donna sa vie.


Armand Veilleux

Moine trappiste, Abbaye Notre-Dame de Scourmont, Chimay (Belgique)
Ses homélies en ligne

 

Bhse Maria Gabriella Seghaddu.JPG* Maria Sagheddu est née en 1914 à Dorgali, en Sardaigne, dans une famille de bergers. Dès l'enfance, elle fait preuve d'un caractère affirmé. Elle appartient à un milieu catholique fervent. Jeune fille, elle est membre de l'Action catholique et consacre du temps au service des malades et des personnes âgées.

À vingt-et-un ans, elle décide de s'orienter vers la vie religieuse et choisit d'entrer au monastère de Grottaferrata, de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance (les trappistes), le . Le monastère est alors de fondation récente et pauvre. Maria, qui a reçu comme nom de religion Maria Gabriella, craint de ne pas être admise à la profession (c'est-à-dire l'engagement monastique selon les trois vœux d'obéissance, de conversion de vie et de stabilité). Elle a en effet la critique et l'impatience faciles. Mais elle est acceptée par la communauté. Elle prend l'habit le , émet ses premiers vœux (pour trois ans) le , fête du Christ-Roi.

L'Offerta 1-ptite.jpgLa communauté de Grottaferrata et son abbesse étaient très sensibles à la cause œcuménique : la réconciliation des chrétiens désunis. Maria Gabriella se sentit appelée à offrir sa vie pour l'unité des chrétiens. S'« offrir » ainsi, pour un chrétien, signifie aimer jusqu'au bout Dieu et ses frères. Le « jusqu'au bout » de Maria Gabriella fut rapide : atteinte de la tuberculose, elle mourut le , après quinze mois de souffrances et de tentatives infructueuses pour la guérir.

Sœur Maria Gabriella a été béatifiée par Jean-Paul II le . Dans son encyclique Ut unum sint (Qu'ils soient un, pour l'unité des chrétiens) ce même pape dira : J'ai voulu proposer aux fidèles de l'Église catholique un modèle qui me paraît exemplaire, celui d'une sœur trappistine, Maria Gabriella de l'Unité, que j'ai proclamée bienheureuse le 25 janvier 1983. Sœur Maria Gabriella, appelée par sa vocation à être en dehors du monde, a consacré son existence à la méditation et à la prière centrées sur le chapitre 17 de l'Évangile selon saint Jean et elle a offert sa vie pour l'unité des chrétiens. Voilà ce qui est au centre de toute prière : l'offrande totale et sans réserve de la vie au Père, par le Fils, dans l'Esprit Saint. L'exemple de sœur Maria Gabriella nous instruit, il nous fait comprendre qu'il n'y a pas de moments, de situations ou de lieux particuliers pour prier pour l'unité Ut unum sint, §27).

source: wikipedia


Méditer
source : Croire

La  vie spirituelle de Maria Sagheddu nous enseigne trois choses : la première et la plus évidente, c'est la reconnaissance de la miséricorde que Dieu lui témoignait en lui demandant de lui appartenir totalement. La seconde, c'est son désir de répondre avec toute son énergie à la grâce : que s’achève en elle ce que le Seigneur a commencé. Enfin que s’accomplisse en elle la volonté de Dieu. C'est ainsi, nous rappelle-t-elle, que nous pouvons parvenir à la paix véritable. 


É
couter

Psaume 18 “Ouvre mes yeux à tes merveilles” (Vêpres),
extrait de Les Voix Cisterciennes (SM)

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Les cieux proclament la gloire de Dieu,
le firmament raconte l'ouvrage de ses mains.
Le jour au jour en livre le récit
et la nuit à la nuit en donne connaissance.

Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s'entende ;
mais sur toute la terre en paraît le message
et la nouvelle, aux limites du monde.

Là, se trouve la demeure du soleil : +
tel un époux, il paraît hors de sa tente,
il s'élance en conquérant joyeux.

Il paraît où commence le ciel, +
il s'en va jusqu'où le ciel s'achève :
rien n'échappe à son ardeur.

La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; *
la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples.
Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; *
le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard.

La crainte qu'il inspire est pure, elle est là pour toujours ; *
les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables :
plus désirables que l'or, qu'une masse d'or fin, *
plus savoureuses que le miel qui coule des rayons.

saint pardoux,armand veilleux,trappiste,maria gabriella saghedu,sanctuaire naturel saint-pardoux,christ-roi,foi,christianisme,eucharistie,sacré cœur,sandrine treuillardAussi ton serviteur en est illuminé ; +
à les garder, il trouve son profit. *
Qui peut discerner ses erreurs ?
Purifie-moi de celles qui m'échappent.

Préserve aussi ton serviteur de l'orgueil :
qu'il n'ait sur moi aucune emprise. *
Alors je serai sans reproche, pur d'un grand péché.

Accueille les paroles de ma bouche,
le murmure de mon cœur ; *
qu'ils parviennent devant toi, Seigneur,
mon rocher, mon défenseur !

Les cieux proclament la gloire de Dieu,
le firmament raconte l'ouvrage de ses mains.
Le jour au jour en livre le récit
et la nuit à la nuit en donne connaissance.

Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s'entende ;
mais sur toute la terre en paraît le message
et la nouvelle, aux limites du monde.

Là, se trouve la demeure du soleil : +
tel un époux, il paraît hors de sa tente,
il s'élance en conquérant joyeux.

Il paraît où commence le ciel, +
il s'en va jusqu'où le ciel s'achève :
rien n'échappe à son ardeur.

saint pardoux,armand veilleux,trappiste,maria gabriella saghedu,sanctuaire naturel saint-pardoux,christ-roi,foi,christianisme,eucharistie,sacré cœur,sandrine treuillardLa loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; *
la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples.
Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; *
le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard.

La crainte qu'il inspire est pure, elle est là pour toujours ; *
les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables :
plus désirables que l'or, qu'une masse d'or fin, *
plus savoureuses que le miel qui coule des rayons.

Aussi ton serviteur en est illuminé ; +
à les garder, il trouve son profit. *
Qui peut discerner ses erreurs ?
Purifie-moi de celles qui m'échappent.

Préserve aussi ton serviteur de l'orgueil :
qu'il n'ait sur moi aucune emprise. *
Alors je serai sans reproche,
pur d'un grand péché.

Accueille les paroles de ma bouche,
le murmure de mon cœur ; *
qu'ils parviennent devant toi, Seigneur,
mon rocher, mon défenseur !

 


saint pardoux,armand veilleux,trappiste,maria gabriella saghedu,sanctuaire naturel saint-pardoux,christ-roi,foi,christianisme,eucharistie,sacré cœur,sandrine treuillardPrier
avec sr Maria Gabriella Sagheddu


Dans la simplicité de mon cœur,

je T'offre tout avec joie, ô Seigneur.

Tu as daigné m'appeler à Toi,
et je viens à Tes pieds.

En ce jour de Ta fête royale,
Tu veux faire de moi,
créature misérable, la reine.

Je Te remercie avec toute l'effusion de l'âme,
et en prononçant les saints vœux
je m'abandonne entièrement à Toi.

Ô Jésus
fais que je puisse demeurer toujours fidèle à mes promesses
et que je ne reprenne jamais
ce que je Te donne en ce jour
Viens et règne dans mon âme,
tel un Roi d'amour.



Photographies et vidéo à l'Île Saint-Pardoux, Sury-ès-Bois (Cher) ; "L'Offerta" (sculpture installée au Palazzo dei Papi di Viterbo - Italie, 1994) par Sandrine Treuillard.
Sauf celle de Maria Gabriella Saghedu

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Contemplation en Temps pascal - Île Saint-Pardoux

16.04.2020

'Je suis la porte' à Saint-Pardoux - Mercredi de Pâques - Confinement 2020 - #Covid19

Vidéo tournée le Mercredi de Pâques, 15 avril 2020, à Saint-Pardoux

Mardi de Pâques, 14 avril 2020
Les Bleineries, Sury-ès-Bois

Confinement repoussé jusqu’au 11 mai.

J’implore Dieu de ne pas annuler la retraite/3ème visite à Blauvac,
pour me faire avancer avec les cisterciennes trappistes,
ma vocation à devenir moniale.

J’implore Dieu de me redonner l’office des vêpres et la messe quotidienne
à Sainte-Bathilde, à Vanves.

J’ai invoqué l’Esprit Saint qui est venu en moi directement avec ardeur, avant même que je ne chante « Viens Esprit de sainteté », avec « Âme du Christ » qui m’est venu sans crier gare… J’ai été envahie du désir de l’eau vive du Christ, de Sa présence et Il a été présent. Je peux dire que j’ai eu une exultation, une extase en Lui, avec Lui. Puis, j’ai ouvert la Bible de Louis Segond et suis tombée sur l’Évangile de saint Jean, chapitre 10, verset 5, que j’ai reconnu tout de suite (ici, traduction de l’AELF) :

« Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »

Et je continuai la lecture :

« Jésus employa cette image pour s’adresser à eux, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole :

saint pardoux,saint pierre-julien eymard,covid-19,adoration saint martin,sandrine treuillard,vidéos-prières,foi,christianisme,armand veilleux,confinement« Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. » »

Je sais que le Christ est en moi. Sa porte est en moi. Là, je puisse la patience dans l’épreuve. Là, je suis dans la confiance : « Il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages » (trad. L. Segond). C’est la prière au Christ qui est en moi, cette ‘garde du cœur’ qui me sauvera en ces temps de contrainte à rester immobile, ici. La Porte du Christ est en moi. Quand je vais dans les champs pour ma promenade-chapelet, en pèlerinage jusqu’à Saint-Pardoux, j’incarne ce qui se passe en moi et qui est décrit aux versets 9 et 10 :

« Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira et il trouvera des pâturages. » (…) « Moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance. »

IMG-20200320-01364[1].jpgLa paix dans laquelle je suis à Saint-Pardoux, avec laquelle je reviens chez mes parents, la paix de Jésus Christ ressuscité, c’est ce qui remplace l’Eucharistie sacramentelle. C’est ma messe quotidienne dans ce silence et cette solitude. C’est ainsi que le Seigneur me fortifie, chaque jour, à Saint-Pardoux. Je dois Le laisser faire, continuer à le laisser faire, à avoir confiance en lui et en son action qui bruisse comme la brise légère, qui agit puissamment dans la brise légère. Ma confiance doit être totale. Il n’oublie pas sa Promesse envers moi. Son Alliance, jamais Il ne la trahira. Il agit dans ma patience, dans ma persévérance. Je n’ai qu’à rester fidèle à ce pèlerinage quotidien. Il continue à faire très beau temps. Je n’ai pas à douter du Seigneur dont le dessein est sûr. Dont la fidélité est certaine. Je n’ai qu’à continuer à être, à demeurer là quand je suis à Saint-Pardoux. Je n’ai qu’à recevoir même ce que je ne perçois pas, ne sens pas avec mes sens mais sais avec LA FOI. Dieu n’oublie pas Ses Promesses. Je serai son épouse à Blauvac. C’est Lui qui me dira l’heure. C’est Lui qui agit. Je dois continuer à me couler dans la confiance en sa Paix, en sa Parole. L’ascèse qu’Il me demande est celle-là.

saint pardoux,saint pierre-julien eymard,covid-19,adoration saint martin,sandrine treuillard,vidéos-prières,foi,christianisme,armand veilleux,confinementContinuer, chaque jour, à prier 3 heures jusqu’à Saint-Pardoux, aller-retour, et à y rester, y demeurer dans la confiance. C’est là que le Seigneur agit dans ma vie, ici, à Sury. Ce lieu est vraiment mon sanctuaire naturel. Je lis la Philocalie, Il m’enseigne, j’écoute et demeure. Là. C’est tout. C’est tout simple. Et sobre. C’est : JE SUIS LA PORTE. Ce lieu, ce sanctuaire naturel c’est : JE SUIS LA PORTE. Son souffle est là, dans les arbres, les branches, l’eau qui suppure et s’écoule. Les mouches à miel, les crevettes qui roulent dans l’eau. Les papillons. Les fourmis. Ma porte est à Saint-Pardoux. Jean 10, 9-10b c’est là-bas, en plus d’être en moi. (10h30)

 

 

Je vous emmène jusqu'à Saint-Pardoux par le 'tunnel de lumière'...

 

Mercredi de Pâques, 15 avril

Oraison du matin (avant de lire et prier avec les textes de la messe du jour) :

« JE SUIS LA PORTE. SI QUELQU’UN PASSE PAR MOI, IL SERA SAUVÉ.
IL ENTRERA ET IL SORTIRA ET IL TROUVERA DES PÂTURAGES.
 » Jean 10,9

C’est exactement ce que je vis avec Jésus. C’est délicieux.

Pissenlit vertical.jpgJe me sens LIBRE EN LUI, PAR LUI, AVEC LUI. JOIE PASCALE IMMUABLE. DIEU EN SOIT BÉNI. Jésus, je t’aime. J’entre et je sors par toi, je suis libre. De la liberté que Thomas Merton explique dans Le Nouvel Homme. Je suis en train de terminer cette lecture, le soir, et ce soir sera la fin. C’est une rencontre providentielle avec fr. Louis (son nom de religieux trappiste). Ce livre a suivi le chemin de Pâques que j’ai parcouru, avec une telle justesse. C’est ma lecture fondamentale, cruciale, qui me met bien droite et me révèle exactement où j’en suis. C’est une lecture fondement. Je suis prête à devenir cistercienne trappiste. SOBRIÉTÉ – SPONTANÉITÉ – LIBERTÉ. Ces notions spirituelles, je les expérimente. Elles sont effectives dans ma vie. Dans ma prière. Je n’ai plus qu’à vivre l’expérience de la vie fraternelle monastique avec la Règle de Saint Benoît et la spiritualité cistercienne trappiste.

saint pardoux,saint pierre-julien eymard,covid-19,adoration saint martin,sandrine treuillard,vidéos-prières,foi,christianisme,armand veilleux,confinementJE SUIS LA PORTE etc, me renvoie à la vision des Vigiles du Christ Roi du 19 novembre 2016[i], quand, dans le noir, habillée en blanc, après avoir été relevée par le Christ de ma génuflexion, Lui me relevant par la main droite appuyée sur Sa main je vois dans le noir ce que je sais être Sa poitrine, une rose rouge fermée comme un poing, puis debout, face à Face, je vois Son visage, les traits de lumière de Son visage dans le noir de la nuit. Et à ce moment-là, Il disparaît, aspiré par la nuit obscure. Il est engouffré, son Image est aspirée par la nuit, laissant jaillir de moi un sanglot et un flot de larmes à sa suite. Ce moment-là de son évanouissement soudain, brutal, dans la nuit noire, dans l’espace et le temps cosmique de l’Univers, cet instant-là c’est le JE SUIS LA PORTE, c’est comme la fraction du pain. Le temps spirituel fait place à notre temps séculier. Mais le JE SUIS LA PORTE est pascal. C’est une porte de lumière qui donne sur les verts pâturages. C’est la porte du Paradis. Ce n’est plus du tout la nuit noire. C’est la transfiguration lumineuse par laquelle nous passons à Pâques. C’est le Christ ressuscité qui nous entraîne dans sa Lumière absolue. JE SUIS LA PORTE. J’entre et je sors librement par Lui, qui est ressuscité, j’entre et sors, éprouvant Sa lumière merveilleuse et je trouve les délices de ses pâturages. Il y a une perfection de l’amour. La liberté de l’amour. La spontanéité retrouvée avec Dieu. C’est ce que je vis en ce moment, chaque jour, quand je vais dans les champs, les chemins creux qui me mènent vers « les eaux tranquilles » dans les fonds, à Saint-Pardoux. Je passe dans les chemins creux qui, avec la végétation qui pousse, devient un tunnel sous les branches qui verdissent. Je passe dans ce tunnel ombragé qui laisse la lumière scintiller, filtrant, jouer avec les ombres. Ce tunnel végétal des arbres enveloppe ma marche et c’est comme quand Jésus dit : « Je suis la porte ». Je passe par ce tunnel qui est une porte qui dure longtemps, qui est délicieuse. Ce temps du passage dans ce tunnel, à l’aller et au retour, est vraiment délicieux.

IMG-20200415-01418.jpgLes oiseaux chantent dans le bois. Le son est très important. Je suis seule et j’avance, totalement libre avec Jésus que j’invoque, par ma prière du chapelet. Et quand je remonte (de Saint-Pardoux), j’invoque purement le nom de Jésus. Je dis : « Merci Jésus » ; « Jésus, je t’aime » et « Jésus, mon bon Jésus, mon doux Jésus… viens au secours de ma faiblesse ». Ou bien juste : « Jésus, Jésus… » comme un souffle délicieux. C’est La porte. Le nom de Jésus, c’est la porte. La prière du cœur. C’est ma garde. Jésus, tu es ma porte et je t’aime. J’entre et sors par Toi, comme je te dis : « Jésus, je t’aime. » Et je trouve mon plaisir en toi, en cela. Je trouve ma joie, en cela qui est si simple. Si pur. Si bon. Je trouve en Toi ma joie. Mon bonheur. Et je reviens, après trois heures dans les champs, les chemins creux et Saint-Pardoux, légère, heureuse, avec toi en moi. Tu es ma porte. Ma porte du cœur. Ma porte de l’Esprit. La porte de mon cœur. Tu es ma porte. Je repose en toi. Je marche en remontant dans le chemin creux, enveloppée par les branches modelant ce tunnel, et du cri de l’oiseau qui fuit devant moi. La lumière frétille, les taches de lumière ruissellent comme j’avance. Tout n’est que délice.

Eymard Pâques.jpgHier, j’ai commencé une nouvelle série sur l’Eucharistie avec les textes de saint Pierre-Julien Eymard pour les priants de Hozana. Cela aussi est un tunnel de lumière, comme dans les chemins creux. Et on arrive au Paradoux de Saint-Pardoux. Et on en repart le cœur gonflé du passage de Jésus en soi. (10h24)

Homélie du père Armand Veilleux, moine trappiste, de ce mercredi de Pâques 15 avril 2020, lue à Saint-Pardoux.

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

Sandrine Treuillard
Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

 

 

 

[i] Cette vision a été impulsée par la lecture, à l’ambon, de sœur Myriam. Au mot ‘adoration’, en gras dans le corps du texte, la vision a commencé :

« Quand tu t'approches, ne t'avance pas les paumes des mains étendues, ni les doigts disjoints ; mais fait de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle-ci doit recevoir le Roi, et dans le creux de ta main, reçois le corps du Christ, en disant ”Amen”. Avec soin alors, sanctifie tes yeux par le contact du saint corps, puis prends-le et veille à n'en rien perdre. Car ce que tu perdrais, c’est comme si tu perdais un de tes propres membres. Dis-moi, si l'on t'avait donné des paillettes d'or, ne les retiendrais-tu pas avec le plus grand soin ? Alors ne veillerais-tu pas sur cet objet qui est plus précieux que l'or et que les pierres précieuses ? Puis après avoir communié au Corps du Christ, approche-toi aussi de la coupe de son Sang. Incline-toi en une attitude d'adoration et de respect et dit : ”Amen”. Sanctifie-toi aussi par la participation au Sang du Christ. Puis en attendant la prière, rends grâce à Dieu d'un si grand mystère. Ainsi soit-il. »

Prière Eucharistique de Saint Cyrille de Jérusalem (315-387)

Toutes les photographies ont été prises à Sury-ès-Bois, sur le chemin de Saint-Pardoux, depuis le 20 mars 2020.
L'ostensoir est celui de Saint-Pierre de Rome, Vatican, Bénédiction Urbi et orbi du pape François, du 28 mars 2020.


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Contemplation en Temps pascal - Île Saint-Pardoux
Sanctuaire naturel en Pays Fort (Berry)

 

10.04.2020

La sainte Couronne d'épines à Notre-Dame de Paris, le 21 juin 2015 — Lundi saint 2019

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Ce que nous avons vécu avec/en la cathédrale Notre-Dame de Paris la maintiendra vivante. Nous sommes les pierres vivantes de l'Édifice. Cette expérience avec la Couronne d'épines contée là est le témoignage d'un tournant sur mon chemin spirituel.

Journal Spirituel - Notes de juin 2015

”Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples,
les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure”
(Isaïe 1,10)

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Dimanche 21 juin 2015 (solstice d'été) : (Toute la note en rouge dans mon cahier peut être lue, écrite le soir de l’événement à Notre-Dame).

À la lecture de la messe du jour, Ma 4, 35-41, où Jésus dort à l’arrière de la barque alors que les flots menace la nacelle où sont aussi ses disciples apeurés. Je vois dans le coussin sur lequel Jésus pose sa tête et dort, l’image du Cœur de Dieu lui-même, la paix absolue, la confiance. « Tous ont les yeux sur toi, Seigneur, ils espèrent, et tu donnes à chacun sa nourriture. » (Préface)

Je vais le matin à Notre-Dame de Paris, en bicyclette, appelée par ce lieu alors que je priais les laudes et la messe. [Je vais voir le numéro des bureaux de la Fondation Notre-Dame dont j’ai vu une annonce de stage pour septembre dans Ecclesia RH, pour lequel j’ai déposé ma candidature. Je n’ai jamais vraiment visité la cathédrale, n’appréciant pas le style gothique, ni la liturgie, ni la Maîtrise, ni la grandiloquence de l’orgue. Mais je viens palier à cette répulsion et décide d’aller voir la sainte Couronne d’épines, à laquelle je sais que le Père Richard Escudier (rencontré au Foyer de Charité Notre-Dame de Lacépède à Colayrac Saint-Cirq près de Agen, qui a prêché la retraite de février 2014 — ami du Père Bostyn, Père du Foyer, et connaissant aussi le Père Paul Grasser, spiritain — qui nous a montré le fac-similé de la prière d’abandon au Père de Charles de Foucauld et a été curé à l’église saint Augustin où il a créé l’espace Charles de Foucauld avec le carnet original de ce dernier visible en vitrine) est attaché, comme chanoine. Je me souviens lui avoir montré la gravure de saint Louis apportant la Couronne d’épines sur son cheval, du livre La France & le Sacré Cœur que mon père m’avait donné le 1er mars 2014, et que j’étais allée lui montrer à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou.]


JesséDormant N-D Paris.jpgQuand j’entre dans la cathédrale, les fidèles sortent de la messe précédente et d’autres entrent pour celle de 11h15. Je décide de rester à la messe et m’installe. Après la messe, je commence ma visite en empruntant le déambulatoire à droite. Je prends quelques photos avec mon portable. J’arrive à la chapelle où est exposé, je crois, le Saint Sacrement. Je suis saturée par les vitraux que je trouve trop bavards et trop puissants de couleurs. Je me demande comment on peut prier devant le Saint Sacrement dans ce « décor » surchargé. Tout en reconnaissant que les couleurs et les vitraux sont magnifiques, particulièrement le vert.


AutelChapelleCouronned'épines.jpgJ’arrive donc au chevet et je vois par une ouverture sur la chapelle, toujours arrivant par la droite, les bannières de l’ordre des Chevaliers du Saint Sépulcre (n’ayant aucune connaissance dans le domaine et peut me tromper d’appellation). Puis, mon regard tombe sur la statue au-dessus de l’autel, toute petite Vierge qui présente devant elle un coussin entre ses mains. Je me sens aussitôt accueillie par cette statue et comprend qu’il s’agit de la couronne d’épines, sur le coussin… Je passe devant le pan de mur qui cache la chapelle avant d’arriver à un lieu de prière plus intime (les visiteurs ne cessant jamais leur mouvement perpétuel avec le bruit constant et cette tension spécifique dans le déambulatoire de Notre-Dame). Deux bancs en prie-Dieu avec un écriteau invitent plus spécialement au silence et à la prière. Je m’installe sur le banc du second rang, devant la chapelle à la relique de la sainte Couronne d’Épines. Je suis d’abord très surprise et aussitôt conquise par le dispositif du reliquaire. Je m’attendais à un reliquaire en verre classique, comme une vitrine dans un musée, autour duquel circuler pour regarder la relique. Mais ce fut une forme difficilement descriptible, posée à même le sol, un verre rouge épais, enchâssé, triangulaire et courbe qui laisse deviner la fragilité d’un objet qui ressemble à un anneau posé à la verticale. J’étais à genoux devant ce dispositif et je pris peu à peu conscience avec mon corps de nos dispositions spatiales. J’écris nos dispositions parce que je me suis sentie incluse aussitôt dans ce que je voyais et percevais avec tous mes sens. Il y eut même un combat, car l’heure du déjeuner avait bien commencé, j’étais là depuis 11h15 et je sentais cette oppression de la foule instable des touristes se renouveler en permanence et une petite voix contraire m’invitait à quitter les lieux… Mais j’entrais en prière… Je voyais en haut la Vierge présentant la couronne sur le petit coussin.

StatuetteViergeCouonned'épines.jpgJe ne la vis plus, m’étant agenouillée, mon regard regardait devant moi : le portrait de Jésus à la couronne d’épines posé sur la pierre d’autel [ réminiscences : le Jésus Ecce Homo que Christophe le sdf m’avait rappelé le jour de Pâques 2013 ; le visage du Christ couronné d’épines avec lequel je vécus dans ma chambre durant la retraite des 5 jours à Châteauneuf-de-Galaure, chez Marthe Robin. La couronne d’épines que je portais à la recollection au Sacré Cœur de Montmartre en février 2014. Et que je portais encore durant l’autre retraite de 5 jours, dont le même portrait (photo noir et blanc d’une sculpture en bois) était dans ma chambre à Notre-Dame de Lacépède… Ces sensations douloureuses et mystérieuses que je vécus de com-passion aux souffrance de la couronne d’épines du Christ, que je ne comprenais pas, et qui m’avaient préparée à vivre les deux petits mois de calvaire de ma grossesse qui se finit en fausse couche le vendredi 4 juillet (jour du Saint Chef, premier vendredi dans l’octave du Sacré Cœur) et dont la vie du petit Augustin cessa le vendredi du Sacré Cœur de Jésus (sang abondant indiquant le décrochage de l’embryon, et sensation de mort en moi le lendemain jour du Cœur Immaculé de Marie, à Notre-Dame de la Paix, rue de Picpus, chez les religieux des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie sscc, Paris 12…].


ChapelleCouronne d'épines.jpgDevant moi, ce dispositif triangulaire en verre rouge épais laissait deviner un cercle désigné comme étant la sainte Couronne d’épines du Christ. Je pris conscience de la superposition spatiale, à la verticale, de cette couronne de jonc sans plus d’épines avec la zone de ma poitrine, de mon plexus solaire. J’étais là, sans rien désirer de particulier, ouverte au temps présent et au lieu, j’avais réussi à chasser la tentation de partir et je baignais dans ce rouge, cette chaleur de l’amour et la Couronne d’épines était devenue une alliance que Dieu imposa en ma poitrine, simplement, comme un constat donné à cet instant dans la disposition de mon être et la super-position de mon corps agenouillé devant ce reliquaire et cette relique uniques. Je suis peut-être restée une demi-heure ainsi, là. Pendant la seconde messe (seconde messe commencée pendant ma déambulation, et là homélie devant la Couronne d’épines), je pris conscience de la citation que fit le prêtre durant son homélie, de Catherine de Sienne, citation dont j’ai oublié le contenu, mais qui me frappa sur le moment, à cause de ma position et de ce que je vivais devant, avec Jésus par la Couronne d’épines. Je compris immédiatement que Jésus me confirmait sa volonté que je devienne son épouse. J’en restais toute ébaubie.


Coeur épinesAllianceÉternelle.jpgLundi 22 juin 2015
: Dessin au coucher du blason du Sacré Cœur avec la Croix, rouges, entourés de la couronne d’épines « Ô alliance éternelle – Il imposa sa couronne d’épines en ma poitrine » et récit de ce qui m’arriva ce lendemain de la confirmation de ce que le Seigneur me veut pour épouse :

«  Au coucher 21h42. Il m’est arrivé une bêtise. Voulant aller à la messe, je me suis précipitée, car j’étais prise dans mon travail de dessiner à l’ordi la couronne d’épines et mon cœur au milieu, et à la publication, recopiage de 3 chapitres de Catherine de Sienne sur le Saint Sacrement et la dignité des prêtres… si bien que j’en ai oublié mon rendez-vous avec l’orthophoniste qui m’a dispensée de venir aujourd’hui… Et me précipitant pour être présente à la messe à l’Immaculée Conception, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai dû rater la dernière marche dans les escaliers du square, et une énorme douleur au pied droit qui a manqué me faire tomber dans les pommes. Vite, sentant mes forces m’abandonner, j’ai rebroussé chemin en boitant, un son terrible dans les oreilles, et dans l’ascenseur j’ai cru qu’il n’en finirait jamais de monter… j’étais au bord de m’évanouir. Je me suis mise au lit. Et Rémi est rentré avec ses béquilles remontées de la cave. Et alors, là, avant que Rémi n’arrive, environ 40 minutes après la chute, j’ai compris que le Seigneur m’avait assez donné hier ! Que j’avais assisté à trois messes dans la journée ! (Et celle du soir, habituelle à tous dimanches, avec Rémi à L’Immaculée Conception). Communié deux fois ! Durant la seconde messe de 12h45 à Notre-Dame, quand je vivais cette élucidation de la Couronne d’épines en moi, le prêtre prêchant a cité sainte Catherine de Sienne, en espagnol et en français. J’ai oublié la citation, mais comme j’avais l’intention de publier dans La Vaillante quelque chose sur le prêtre que j’avais lu dans ses Dialogues, son évocation me rejoignait profondément devant la charité de l’alliance au Christ par sa sainte Couronne d’épines sublime, comme ceinte par le verre rouge, comme un insecte incrusté dans l’ambre, anneau d’amour à la taille de mon plexus solaire qui s’imposait à moi, en moi.

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Qu’avais-je besoin de me précipiter à la messe ce soir ! j’ai de quoi méditer durant des jours et des nuits, rendre grâce à Dieu de son Alliance avec moi, louer Dieu au Ciel de sa puissance !, dans la solitude, le recueillement, le calme de l’appartement, l’intimité de mon cœur. Ce que je faisais à l’ordi et que je continuerai demain (…).

Au fond de moi, je suis heureuse.

Le choc de la douleur m’a épuisée (diagnostic du lendemain par le docteur : entorse), mais, justement, le chant de l’Alléluia de la Maîtrise de Notre-Dame d’hier m’est revenu, alitée devant le Christ de la chambre : Aleluiuia, Allelu-u-ia ! Louez Dieu, louez Dieu au Ciel de sa Puissance !

Avec cette grande joie débordante.

Au plus intime de moi-même Jésus veut une alliance d’amour avec moi.


Visage Christ en Croix Tours.jpgMes règles ne sont pas encore venues. Ce qui est venu est ce que j’ai écrit : l’élucidation de cette alliance de charité avec la Couronne du Christ. Il n’y a plus d’épines à cette couronne. Ce sont des joncs. Une alliance imposée en ma poitrine, qui unifie tout mon être, l’aime, l’enveloppe. J’ai découvert le rapport de la Couronne d’épines du Christ à Notre-Dame avec le dessin que j’ai réalisé dans la cathédrale st Paul de Tours, d’après la photographie d’une sculpture, un visage du Christ en croix, portant la couronne d’épines. Et c’était un huit couché sur son front, le signe de l’infini, l’amour infini de Dieu sur la tête de son Fils, Dieu Homme, Amour ineffable.

La couronne que je cherche à représenter ceignant le cœur d’où pendent trois gouttes de sang, un cœur joyeux qui donne joyeusement sa vitalité rougeoyante, cette couronne est faite de ces huit couchés, du signe de l’infini répété en un cercle. La Couronne d’épines de Notre-Dame ne porte presque plus d’épines. Dois-je figurer des épines tout de même ? Je pense que oui, absolument, en figurer 3 qui répondront aux perles de sang. Mais les épines qui entourent le cœur sont là pour protéger le cœur. Leur piquant est tourné vers l’extérieur. Je voudrais qu’ils soient des signes comme des virgules, qui apostrophent, attirent le regard et en même temps scandent ce cercle parfait de la couronne. La Trinité d’où jaillit l’amour divin pour moi.

Voilà ce à quoi me sert cet incident au pied droit ! Gloire à toi Seigneur, pour ton Esprit d’intelligence et de science ! Eucharistein merci Seigneur pour ce que tu opères en moi et me donnes à lire. Bénis sois-tu éternellement !

A M E N   A L L E L U I A » (suit le dessin au stylo bleu et rouge du blason)


St Martin Perle des Prêtres.jpgSamedi 26 juin 2015
: Messe de l’ordination sacerdotale à Notre-Dame regardée en ligne sur mon lit : prise de notes en direct, pleurs de joie :
 « Je vois saint Martin de Tours en chaque évêque et en chaque prêtre » (allusion à « saint Martin de Tours perle des prêtres » — miracle du globe de feu pendant sa célébration de l'Eucharistie — lu sur une ancienne bannière dans le chœur de la basilique de Tours, en février 2015).

 

 

 

 

 

 

 

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

Sandrine Treuillard
Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la sainte Eucharistie


Nuit du Lundi saint 15, au Mardi saint, 16 avril 2019, la cathédrale Notre-Dame de Paris ayant présenté la Croix de son transept incandescent, lors de l'incendie qui l'a défigurée.

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VitrauxArbreJessé N-D PAris.jpg

Vitrail de l'Arbre de Jessé, dormant.
(Aura-t-il résisté à l'incendie ? Le plomb a-t-il fondu ?)

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”Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples,
les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure”
(Isaïe 1,10)

L’étreinte gravée corps et âme – une eucharistie

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L’étreinte gravée en mon âme

9 mai 2019            La tempête de cette nuit et les douleurs du zona m’éveillèrent avant 3h00, sonnée par l’antalgique. J’en repris un autre, et ne pus cependant me rendormir. J’étais traversée par un vent autre que la tempête, pourtant en synchronie avec elle. Si l’insomnie se révèle être une aventure intérieure pour celui qui la vit, il demeure cependant qu’elle nous enveloppe de sa tunique cosmique…

            Dans ce temps de latence de la nuit où la tempête grondait dehors, les gouttes de pluie fouettant le plastique au rebord de la fenêtre, en dedans j’eus d’intenses images et sensations, et dans la semi-veille ou bien le demi-sommeil, je ne sais plus à quel moment, entre deux rêves peut-être, je compris le sens du zona contracté le 1er mai.

 

JesséDormant seul N-D Paris .jpg

           
L’empreinte du zona

Zona 1.jpg1er- 3 mai 2019    Pour ce qui est du zona, j’avais d’abord perçu durant les 3 premières nuits, une hyper-sensibilité de la peau, comme si j’avais eu de la fièvre, mais sans en avoir. Et le vendredi matin du 3 mai, je constatai l’apparition de plaques de boutons en divers endroits sur le haut du ventre, côté gauche, et la douleur plus aigüe au flanc gauche, comme si j’avais eu un point de côté, sous les côtes. Comme si une force venue de l’intérieur de mon corps s’achoppait contre mes côtes provoquant ce point (ou poing) de côté. Un coup permanent perçu de l’intérieur contre les côtes. L’hypersensibilité cutanée s’accrut. Les lésions commencèrent sous le plexus solaire et au-dessus du nombril et il me semble encore que la douleur la plus aigüe part de cette zone. Comme des flammèches à l’intérieur qui lècheraient la peau d’où naissent ces boutons en grappes. Mais, contre tout attente, les douleurs les plus vives ne sont pas perçues là où ont issi les boutons. C’est bien en le flanc gauche, sous les côtes, que la douleur persiste. Comme si les flammèches partaient des zones visiblement affectées, provoquant la douleur plus haut, invisible, au niveau des côtes. Le ruban des rougeurs boutonneuses se dédouble et monte en spirale le long du buste jusque dans le dos, se terminant plus haut, sur la colonne vertébrale.

Zona 2.jpgQuand je vis le docteur le vendredi 3 mai, elle me demanda si j’avais eu un choc émotionnel, dernièrement. Le virus de la varicelle se manifestant en zona chez l’adulte peut avoir une cause émotionnelle.

 

 

 

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres

eucharistie, sacré cœur, sandrine treuillard, prêtre, incendie, notre-dame de paris, cathédrale de chartres, labyrinthe, zona28 avril 2019      Le dimanche précédent le 1er mai était celui de la Divine Miséricorde, second dimanche après Pâques. J’étais allée en pèlerinage à Chartres avec le GAIC (Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne). Nous avons passé une petite heure dans la cathédrale avec Capucine, une guide-conférencière qui nous a parlé du labyrinthe. Le quart inférieur droit avait été découvert des chaises qui, normalement, sont installées sur le dessin au sol. Le labyrinthe est un cheminement initiatique à parcourir dans un but spirituel, intérieur. Tous les vendredis, les pèlerins peuvent expérimenter ce parcours en marchant sur les dalles du labyrinthe. Capucine m’a appris que, si l’on fait tomber virtuellement la grande rosace du portail ouest au sol, le centre de la rosace tombe exactement sur celui du labyrinthe. Et, si l’on faisait tomber le petit vitrail nord aux 6 dons de l’Esprit avec Notre-Dame assise sur un trône, le vitrail tomberait exactement au centre du labyrinthe. Ce que j’ai traduit ainsi : le « squelette » du bâtiment est en rapport exact avec l’intérieur représenté ici au sol, avec le labyrinthe. Et d’intérieur représenté par le labyrinthe, l’association se poursuivit jusqu’à l’intériorité. Le « squelette » de pierre du bâtiment spirituel qu’est la cathédrale Notre-Dame de Chartres est en rapport intime avec l’intériorité de tout visiteur qui la visite, et expérimente la voie du labyrinthe.

 

L’incendie de Notre-Dame

Rosace en feu NDP.jpg19-20 avril 2019  Durant la nuit de l’incendie de la cathédrale de Paris, après être restée devant BFMTV depuis 19h30, couchée à minuit et ne parvenant pas à dormir, je me relevai avec l’impérieux et puissant besoin de revenir à l’événement qui marqua profondément mon parcours spirituel, du 21 juin 2015. Je publiai cette nuit du 15 au 16 avril 2019 des Lundi et Mardi saints, les notes de mon journal spirituel affairant à cet événement et j’intitulai ma publication : La sainte Couronne d'épines à Notre-Dame de Paris, le 21 juin 2015 — Lundi saint 2019.

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Après cette publication nocturne, je fis un tour sur Twitter et écrivis ce tweet avec le lien au texte que je venais de mettre en forme sur mon blog. Vaillamment, j’écrivis : « Ce que nous avons vécu avec/en la cathédrale Notre-Dame de Paris la maintiendra vivante. Nous sommes les pierres vivantes de l'Édifice. Cette expérience contée là est le témoignage d'un tournant sur mon chemin spirituel. » Je dis ‘vaillamment’, car dans la violence de l’incendie je refoulais presqu’immédiatement l’événement si douloureux en ‘le recouvrant’ d’un autre événement passé qui remonta à la surface au point de vouloir le rendre public, grâce à l’incendie de Notre-Dame qui n’était pas encore éteint.


Entrailles DDP en feu.jpgLe matin du Mardi saint, je reçu un sms de ma sœur Delphine, sous forme de sortes de condoléances, me faisant part de son cœur désolé devant le feu de Notre-Dame. Elle ajouta que mon cœur devait être dans un état pire que le sien. Je n’eus alors la force de lui répondre que ceci : « En charpie… » Mon corps était complètement déglingué et j’eux une forte crise de larmes.

 

 

 

 

 

La flamme chrétienne 

VitrauxArbreJessé N-D PAris.jpgJ’eus cependant la conscience, quasi instantanée avec l’incendie, que nous sommes les pierres vivantes de l’édifice qui, lui, brûlait. Et que la mémoire des événements que nous avons vécus dans la cathédrale aurait toujours raison des flammes. En cette Semaine sainte, très vite, le sens de la purification du chemin de Croix, avant le Vendredi saint de la Passion et le dimanche de la Résurrection, sublimait la destruction matérielle. Même si le vitrail relatant, dans ses couleurs flamboyantes, la généalogie du Christ depuis la racine de Jessé aurait/a été détruit (à ce jour, je n’en sais toujours rien…[i]), notre foi vivante de chrétiens continuerait à dresser la racine de Jessé comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront (encore), et la gloire sera (toujours) sa demeure” (Isaïe 1,10). Même sans toiture, la cathédrale reste la demeure de Dieu ! Même abîmée, Notre-Dame reste la Mère de Tendresse, debout au pied de la Croix, dans le chœur de l’Édifice. Même fendues, ses pierres sont habitées du souffle de l’Esprit qui la relève.

            C’est bien ce qui m’arriva cette nuit-là : exhumant les notes de mon journal spirituel du 21 juin 2015, je fis part publiquement de mon témoignage la nuit du Lundi au Mardi saints 2019.

 

Du baiser à la sainte Plaie au zona

eucharistie, sacré cœur, sandrine treuillard, prêtre, incendie, notre-dame de paris, cathédrale de chartres, labyrinthe, zona23 avril-1er mai Toutefois, l’émotion foudroyante de l’incendie — dont rend excellemment compte, pour moi, l’image prise par un drone du transept en flammes, la Croix incandescente — se rappela à moi, en mon corps, par le zona qui se localisa plus précisément en mon flanc gauche. Comme si les flammes de la nuit du Lundi au Mardi saints étaient venues, de l’intérieur, lécher mon côté 10 jours plus tard. Ce qu’on appelle une émotion différée… Le symptôme différé d’une émotion passée. Dans un zona, ce sont les terminaisons nerveuses qui sont enflammées, donnant naissance à des irruptions cutanées localisées. À ma mesure, je revivais l’incendie dans mon corps qui se manifesta comme une autre Passion du Christ, ne pouvant pas oublier la plaie du Côté du Christ embrassée le Vendredi saint, au soir où nous célébrions sa Passion et vénérions la sainte Croix. Comme si j’avais aspiré son Esprit transmis par le baiser donné à la sainte Plaie. Comme si son Esprit avait incubé 7 jours en moi (du vendredi 23 avril au 1er mai) où il commença à me brûler de l’intérieur, telle une fièvre en latence contre la peau de mon flanc, qui se manifesta en zona le vendredi 3 mai.

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Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

Sandrine Treuillard
Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie
en la fête de Notre-Dame du Saint-Sacrement
le 13 mai 2019
Vanves

 

 

 

[i] J’ai appris par la suite que les flammes avaient épargné les vitraux de la nef et du transept. Ils ont été démontés et nettoyés, déposés en lieu sûr.

Les images :

- 2 détails du vitrail de la cathédrale Notre-Dame de Paris : L'arbre de Jessé et la baie gothique complète.

- 2 photos du zona, Sandrine Treuillard

- Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres

- 2 photos de l'incendie de Notre-Dame de Paris, Nuit du 15-26 avril 2019, et celle du drone.

- Un vidéogramme de la vidéo Mon âme s'élance, Sandrine Treuillard 

29.03.2020

Des vidéos-prières #Covid19 en offrande du soir à l'Île Saint-Pardoux - Relecture de ce qui est advenu en ce lieu

Vidéo-prière du 8ème jour de la Neuvaine #Covid-19 - Île Saint-Pardoux

 

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Premier réveil vers 6h. Puis, rendormie. Second réveil, de mauvaise humeur, deux heures plus tard. Mal au nez (c’est mon ‘épine dans la chair’. Au moment de l’Avent dernier, le Seigneur me l’avait fait comprendre, avec saint Paul (2 Cor 10) :

07 (…) Pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. 08 Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. 09 Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. »

Après la prière des laudes, au moment de l’oraison, je suis poussée pour invoquer l’Esprit Saint. « Viens, Esprit de sainteté ». Puis, parler en langues. Je m’enfonce dans le parler en langues. Ma bouche prononce le prénom Rebecca. Rebecca, la mère de Jacob et Esaü. L’épouse d’Isaac. Puis, j’ouvre la Bible de Segond. En voici le passage :

LÉVITIQUE 4, 27-35

27 Si un homme du peuple commet une faute par inadvertance et fait l’une des choses défendues par les commandements du Seigneur, et qu’il devienne ainsi coupable, 28 et si on lui fait connaître la faute commise, il amènera comme présent réservé une chèvre, une femelle sans défaut, pour la faute qu’il a commise.

29 Il posera sa main sur la tête de la victime ; celle-ci sera immolée à l’endroit des holocaustes. 30 Le prêtre prendra avec son doigt un peu du sang et en mettra sur les cornes de l’autel des holocaustes. Puis il versera tout le reste du sang à la base de l’autel.

31 Il détachera ensuite toute la graisse, comme on détache la graisse d’un sacrifice de paix, et la fera fumer à l’autel, en agréable odeur pour le Seigneur. Le prêtre accomplira ainsi pour cet homme le rite d’expiation, et il lui sera pardonné.

32 S’il amène un agneau comme présent réservé en vue du sacrifice pour la faute, c’est une femelle sans défaut qu’il amènera.

33 Il posera sa main sur la tête de la victime ; celle-ci sera immolée en sacrifice pour la faute à l’endroit des holocaustes. 34 Le prêtre prendra avec son doigt un peu du sang et en mettra sur les cornes de l’autel des holocaustes. Puis il versera tout le reste du sang à la base de l’autel.

35 Il détachera ensuite toute la graisse, comme on détache celle du jeune bélier du sacrifice de paix, et le prêtre fera fumer ces morceaux à l’autel, avec les nourritures offertes pour le Seigneur. Le prêtre accomplira ainsi pour cet homme le rite d’expiation pour la faute qu’il a commise, et il lui sera pardonné.

Le titre dans la Bible de Segond de ce chapitre 4 du Lévitique est Les sacrifices d’expiation. J’ai repris la lecture depuis le début du chapitre 4. C’est l’Éternel qui parle à Moïse.

Ce doit être pour ma patience que je suis tombée sur ce passage. Tout ce sang d’animal, toute cette graisse brûlée me semblent bien inutiles. Que d’affairement meurtrier d’animaux, extérieur à soi. Depuis notre époque, on ne peut pas le comprendre. Mais peut-être que ma mauvaise humeur est passée dans ces mots, cette lecture, et a été brûlée, consumée… C’est peut-être cela, l’action de l’Esprit Saint par cette lecture, en moi, ce matin.

saint pardoux,adoration saint martin,vidéographies,île saint-pardoux,vidéos-prières,sandrine treuillard,christianisme,foi,miséricorde divine,covid-19,coronavirusRebecca : c’est aussi le prénom de la jeune fille en seconde année des Beaux-Arts de Lyon qui m’a interviewée, il y a quelques semaines, sur ma ‘vie d’artiste’[i]. Je pense devoir lui envoyer le lien à la nouvelle sous-page de l’Adoration Saint Martin, avec les vidéos-prières filmées à l’Île Saint-Pardoux, quant à la pandémie du #Covid-19. Ce sont des offrandes, ces vidéos, en somme. Un rituel dans un sanctuaire. Le rituel de filmer le lieu tout en priant. Ce n’est pas tuer des animaux. Mais c’est consumer du temps vidéo, regarder le lieu tout en priant, invoquant Dieu pour le monde. C’est peut-être un sacrifice d’expiation. Mais qui n’est que recherche de la lumière dans les ténèbres de l’épreuve que nous vivons. Une prière qui cherche la lumière et la trouve, la reçoit. Des vidéos qui cherchent à communiquer avec l’invisible, avec Dieu et son Christ, pour faire cesser la pandémie de #Covid-19. Finalement, je suis le ‘sacrificateur’, la priante, l’invocatrice, celle qui intercède auprès de Dieu pour que cesse ce mal mortel, pour que des grâces soient accordées aux personnes qui combattent médicalement ce mal (Voir la vidéo du 8ème jour de la Neuvaine #Covid-19).

saint pardoux, vidéos-prières, vidéographies, adoration saint martinC’est vrai, cette Île Saint-Pardoux est devenue un sanctuaire, un lieu d’offrandes de prières, dans ce lien intime que je tisse en le filmant. Je me le rends intime en y étant, en y écoutant et regardant, en le filmant et prononçant des paroles d’invocation, de supplication et de louange à Dieu et à son Christ. Comme si en filmant ce coin de paradis terrestre, ce Paradoux (Le Paradou est le jardin dans La faute de l'Abbé Mouret de Emile Zola), j’offrais au monde une parcelle du Ciel, de la lumière divine qui est comprise dans ma prière. Car je reçois autant que je prie. Je reçois la lumière de Dieu dans le lieu quand je le filme. Avec la caméra toute petite, minuscule, du BlackBerry, je pénètre un peu du mystère du lieu. Ce lieu se révèle à la vidéo. Ce temps du rituel de filmer le lieu : temps de prière où je donne quelque chose. Temps de la grâce : où je reçois quelque chose du lieu et de Dieu dans le lieu. Échange. Finalement, communion. Ces instants vidéos sont vraiment un échange spirituel de dons entre Dieu et moi qui Le prie, qui le cherche dans l’intimité du lieu que je considère comme sacré : un sanctuaire.

Il est vrai que ce petit périmètre de terre traversé par les rus, ces eaux fines qui buttent contre les racines des arbres et les silex du chemin, ce périmètre circonscrit par les plants d’iris sauvages non encore en fleurs, cette ronde des lys sauvages que le soleil vient effleurer, de derrière la haie, à l’ouest. Ce petit périmètre des iris sauvages, les pieds dans l’eau doucereuse, c’est comme l’autel où a lieu le sacrifice d’offrande du soir. C’est plutôt une prière vespérale, vers 17h.

Voilà ce que j’ai fait durant la Neuvaine. Voilà ce que j’ai été, durant cette Neuvaine où j’ai filmé, les cinq derniers jours. Maintenant, depuis trois jours que j’y retourne, je ne filme plus. Je reste là. Assise sur le tronc d’arbre, je suis dans le lieu, bercée par le cycle perpétuel des eaux qui se jettent doucement dans le ru plus impétueux qui sillonne la terre et délimite l’Île Saint-Pardoux, à l’Est-Sud. Je reste là, j’écoute, je regarde moins que je n’écoute, je laisse le temps passer et la lumière frémir, l’eau réverbérer des taches de lumière sur les troncs et les feuilles des iris toujours debout et non encore fleuris. J’ouvre le livre de La petite philocalie de la prière du cœur et médite les enseignements des Pères du désert. Je me laisse faire par Dieu dans le lieu. J’offre ce temps et je reçois de ce temps. Je ne produis plus rien. Je ne cherche plus à produire : ni vidéo, ni prière.

Petite histoire de l'Île Saint-Pardoux

saint pardoux,île saint-pardoux,vidéos-prières,vidéographies,adoration saint martin,sandrine treuillardÁ la fin, hier, j’ai invoqué brièvement saint Pardoux[ii]comme un rappel, un souvenir, faire mémoire de la prière de la Neuvaine qui continue à retentir dans le monde et l’univers, aux oreilles de Dieu. Cette prière passée des neuf jours continue à retentir. Inutile de la rabâcher. Elle coule encore, comme ces eaux calmes à Saint-Pardoux. Elle est enregistrée dans les vidéos et peut être réentendue à tout moment. Dieu l’a entendue et agit avec elle. Elle est esprit, elle-même, cette prière. Elle est. Elle prend part à l’économie de la sainte Trinité. Elle alimente le lien à la Trinité. Je retourne chaque jour à l’Île Saint-Pardoux, en pèlerinage quotidien, avec ces prières-vidéos qui ont été dites, faites. Elles sont redites, refaites dans le rituel quotidien d’y retourner, d’être, de rester dans ce lieu béni et plein de vie. De paix. D’éternité. C’est la respiration du monde. C’est un lieu voué à la respiration du monde qui étouffe, suffoque, panique dans l’épreuve de la maladie, de la mort, de la peur. C’est le lieu de la confiance. Le lieu de la libre parole. L’Île Saint-Pardoux, c’est le lieu de la parrhesia dont le monde a besoin pour se reprendre, se ressaisir en Dieu. Je suis une particule du monde et, comme une miette d’hostie représente, présente toute la présence du Christ, est le Christ en plénitude, dans ce lieu je suis le monde en plénitude offert à Dieu. Je n’ai besoin de rien faire, qu’être. Dieu fait le reste. Laisser faire Dieu. Laissons faire Dieu.

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Sandrine Treuillard    
Samedi 28 mars 2020
Les Bleineries 18260 Sury-ès-Bois

 

 

Retrouvez cet article sur la sous-page enrichie : 
L'Île saint-Pardoux - Sanctuaire naturel en Pays Fort (Berry)


[i] Ce qui m’a replongée à mes débuts aux Beaux-Arts, en 1994, où j’ai réalisé L’offerta, ‘l’offrande’, en Italie, exposée au Palais des Papes de Viterbo, dont voici deux autres vues photographiques.

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[ii] Saint Pardoux, né vers 658, était paysan dans le Limousin. Homme pieux, sage, charitable envers les pauvres, il se fit ermite. Le comte de Limoges ayant  fondé un monastère à Guéret le désigna abbé (sous la Règle de saint Benoît, il devint donc moine bénédictin). Lors des invasions sarrasines, il aurait fait fuir ceux-ci de son oratoire alors que Charles Martel s’était lancé à leur poursuite.

Au VIIème siècle, Sury-ès-Bois était couvert de forêt. La légende locale veut que saint Pardoux y soit venu. Une chapelle avait été bâtie à son nom ”dans les fonds”, sûrement dans ce petit bois aujourd’hui au milieu des terres cultivées. Dans le terrain de ce bois isolé au milieu des champs ruissellent l’eau des sources.

C’est pourquoi j’appelle ce lieu « L’Île Saint-Pardoux ».

C'est là que j'ai filmé ces vidéos.

Article intégral et présentation dans la perspective de l'Adoration Saint Martin :
Le Paradoux de saint Pardoux : Neuvaine #Covid19 / Adoration Saint Martin - Ré-évangéliser les campagnes

21.03.2020

Le Paradoux de Saint-Pardoux : Neuvaine #Covid19 / Adoration Saint Martin - Ré-évangéliser les campagnes

IMG-20200320-01363.jpgPour le 5è jour de la Neuvaine #Covid19 (17-25 mars 2020), samedi 21 mars, Sandrine Treuillard filme un coin de nature à Sury-ès-Bois (18) - vidéo ci-après, où elle énonce ses intentions de prière dans le cadre de l'Adoration Saint Martin. Voici comment elle est arrivée en ce lieu :

« Á Vanves, j’ai d’abord été poussée par l’Esprit, lundi matin 16 mars, à venir prier la Neuvaine à Notre-Dame de Lourdes (voir l'invitation à ouvrir toutes les églises rurales de Mgr Jérôme Beau, archevêque de Bourges, du 3è dimanche de Carême) dans l’église de mon village, Saint-Martin de Sury-ès-Bois, où j’ai été baptisée en la solennité de la Sainte Trinité, le 25 mai 1975. J’ai pris mes billets de train pour 10 jours, jusqu’au lendemain de la Neuvaine, 26 mars.

Á mon arrivée ce soir-là, Emmanuel Macron s’exprima à la télévision et déclara l’urgence du confinement.

Danièle m'ouvrit l'église Saint-Martin de Sury-ès-Bois, les 17 et 18 mars, deux premiers jours de la Neuvaine. Le premier jour, elle me dit que le Seigneur était là, au tabernacle. Joie de prier le chapelet malgré la gravité des intentions (pour les malades du Covid-19, les soignants et les personnes agonisantes et décédées). Le mercredi, après ma demi-heure de Neuvaine, en venant à 16h éteindre les bougies au tabernacle et fermer l’église, Danièle me dit qu'elle ne me l'ouvrirait plus, à cause du confinement (même seule !).

Alors, j'ai beaucoup pleuré le 3è jour, dans les champs, tout en faisant ma promenade-chapelet, et aux intentions de cette Neuvaine. Mes pas m'ont portée jusqu'au ru de saint Pardoux. Ce lieu, que j’avais vu asséché l’été dernier, ruisselait d’eau et de verdure. J’ai reçu beaucoup de joie. C’est alors que j'ai compris que c'est là que le Seigneur me voulait, et pas spécialement dans l'église. Tout le temps du confinement et de l’épidémie, cette nature-là sera mon sanctuaire. Avec, comme intercesseurs en renfort, saint Martin de Tours et saint Pardoux. »

Avant d’arriver à l'idéal d’adoration eucharistique retrouvée, l’expérience de la marche fraternelle pourrait être renouvelée en faisant le pèlerinage à la fontaine de S. Pardoux.

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Saint Pardoux, né vers 658, était paysan dans le Limousin.

Homme pieux, sage, charitable envers les pauvres, il se fit ermite.

Le comte de Limoges ayant  fondé un monastère à Guéret le désigna abbé (sous la Règle de saint Benoît, il devint donc moine bénédictin).

Lors des invasions sarrasines, il aurait fait fuir ceux-ci de son oratoire alors que Charles Martel s’était lancé à leur poursuite.

Au VIIème siècle, Sury-ès-Bois était couvert de forêt. La légende locale veut que saint Pardoux y soit venu.

Une chapelle avait été bâtie à son nom ”dans les fonds”, sûrement dans ce petit bois aujourd’hui au milieu des terres cultivées. Dans le terrain de ce bois isolé au milieu des champs ruissellent l’eau des sources.

C’est pourquoi j’appelle ce lieu « L’Île Saint Pardoux » (vidéo de présentation du lieu).

C'est là que j'ai filmé ces vidéos.
(Voir la sous-page : 
L'Île saint Pardoux - Sanctuaire naturel en Pays Fort (Berry) - Pandémie #Covid19)

Sandrine Treuillard
Sury-ès-Bois
Les Bleineries
mars 2020

 



Voici le récit de l’origine de la grosse pierre plate qui a servi d’autel : un cultivateur voulut se débarrasser de cette pierre encombrant son champ. Il fit atteler deux bœufs… puis quatre, mais impossible de la déplacer. Une fontaine près de la chapelle était réputée miraculeuse. On venait y tremper sa chemise pour se faire guérir des fièvres. Ces deux éléments : la grosse pierre plate de l’autel et S. Pardoux qui guérit les fièvres quand on trempe sa chemise dans l’eau de cette fontaine, peuvent être des supports pour parler du baptême et de la conversion, d’une part ; de la signification de l’autel qui représente le Christ et de la consécration d’un autel avec la grosse pierre plate, d’autre part.

IMG-20200320-01351.jpgLors d’une marche fraternelle rappeler ces éléments de la présence de S. Pardoux. Marcher sur les sentiers communaux et dans les chemins creux, de l’église dans le bourg, jusqu’au lieu connu dans les champs, de la fontaine et de celui, présumé, de la chapelle (ici, dans cette vidéo, Le Paradoux de saint Pardoux) - d’où l’eau coule depuis des siècles. Faire une halte pour évoquer la pierre de l’autel qui est le Christ. Raconter les gestes liturgiques de la consécration d’un autel, leur signification dans l’ordre de la foi. Et, arrivés à la fontaine de S. Pardoux évoquer l’eau du baptême : humilité, conversion, acte de foi sont compris dans ce geste de retirer sa chemise et de la tremper dans l’eau. Rappeler que c’est le Christ qui guérit en utilisant les saints qui l’ont suivi. En évoquant ces deux sujets, on rappelle ce pour quoi une chapelle a été bâtie et nous rejoignons la préoccupation première de l’Adoration Saint Martin : Que veut dire une église dans la cité ?

IMG-20200320-01359.jpgC’est ainsi que j’envisage l’amorce d’une ré-évangélisation de la campagne en Pays Fort. Par ce pèlerinage, qui au Moyen-Âge drainait les paroisses voisines, redonner vie aux vérités de foi qui sont enfouies autant dans les mémoires que dans le paysage. Par-là, revigorer les cœurs et redire combien Dieu aime ses créatures, combien le Cœur de Jésus renferme de miséricorde divine. Qu’il lui en coûte de retenir, qu’il lui en coûte de n’être pas reçue. Et les amener à venir à l’église. Y faire de même : à l’aide de toutes les statues et images donner une catéchèse pour conduire les personnes à saisir le sens de la messe.

Pour goûter à sa parole de Vie qui est espérance pour tout homme. Pour goûter, un jour, à Jésus Eucharistie…

Sandrine Treuillard
in Présentation de l'Adoration Saint Martin
Septembre 2018

Page enrichie
Adoration Saint Martin

Photographies et vidéo : Sandrine Treuillard

01.03.2020

L'autre face de la Visitation - la note aigüe aux entrailles (Marie et Fatma)

Une retraite & visite monastique sous le signe de Marie  

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            Le mardi 11 février 2020, en la fête de Notre-Dame de Lourdes, je suis partie pour une retraite et visite d’une semaine à l’abbaye des trappistines Notre-Dame de Bon Secours de Blauvac, dans le Vaucluse, au pied du Mont Ventoux, en Haute-Provence. Je suis repartie le 18 février, en la fête de la visionnaire de l’Immaculée Conception à Lourdes, sainte Bernadette Soubirous.

            Le matin de mon départ, je rencontrai l’abbesse des lieux, qui avait été absente une bonne partie de mon premier séjour là-bas, trois mois auparavant. Elle me dit que je devais être attentive à ce qui se passe en moi, également au niveau de ma tache au sein de l’association Artisans de Paix, dont je suis chargée de mission pour la Fraternité Eucharistique catholique.

            L’événement qui a suivi dans le tgv, ce 18 février 2020, est le premier signe trinitaire et marial qui m’interpelle, suite à cette retraite et visite monastique.

À la gare tgv d’Avignon - nuée d'étourneaux

artisans de paix,sandrine treuillard,bénédicte avon,trinité,marie,christian de chergé,la visitation,christianisme,foi,islamSr Bénédicte, la sœur hôtelière — un des auteurs du livre collectif « Le Verbe s’est fait frère » sur la spiritualité islamo-chrétienne de Christian de Chergé (un de ses deux articles dans ce livre s’intitule La visitation ou le mystère de la rencontre) — m’amena en voiture à la gare de Carpentras. Elle évoqua longuement la cambodgienne Claire Ly qui a vécu le dialogue interreligieux intérieurement. D'abord enracinée dans le bouddhisme, elle fit la rencontre du Christ dans l’horreur d’un camp khmer et était devenue chrétienne (expérience à la croisée des cultures et des religions relatée dans « La Mangrove »).



artisans de paix,sandrine treuillard,bénédicte avon,trinité,marie,christian de chergé,la visitation,christianisme,foi,islamAprès le trajet en ter de Carpentras à Avignon, il y avait une correspondance de 40 minutes à la gare tgv. Les voyageurs se sont massés tout le long du quai au niveau du numéro de leur voiture en attendant l’arrivée du tgv, de Marseille, pour Paris. Arrêtant ma valise dans le coin salle d’attente au niveau du repère de la voiture 3 qui m’était attribuée, je m’assis. La gare tgv d’Avignon est d’une architecture fort intéressante. Mais je ne pouvais rien voir à l’extérieur : ni à droite, la voie par où le tgv allait arriver, ni à gauche. À gauche, derrière un double-panneau publicitaire, je devinais une lumière, celle du soleil déclinant.


 Je m’approchai, et découvris une baie vitrée. Cette trouée sur le dehors fit chanter mon cœur : le soleil rosissait le ciel. Une nuée d’étourneaux tournoyait puissamment, d’un pilonne électrique à l’autre : deux belles tours de métal dont les traverses étaient couvertes de centaines de ces oiseaux. Je choisis de me poster debout à cet endroit où j’avais à la fois un œil sur mes bagages, et pouvant contempler cette chorégraphie des oiseaux migrateurs avec ces élégantes dames de fer, dans le feu du couchant.

            À la porte coulissante derrière moi, donnant sur le quai, j’ai vu un homme portant barbe noire, de type arabe, qui cherchait manifestement sa direction. En anglais, je lui offris mon aide. Il me dit qu’il ne parlait qu’arabe. Je le conduisis au pied d’un écran pour trouver la lettre repère sur le quai, correspondant au numéro de sa voiture du tgv. Il devait se rendre au repère U. Sur son portable, il écrivit le U majuscule, en confirmation de sa bonne compréhension. Je lui indiquai la direction avec les panneaux noirs où sont inscrites les lettres repères blanches. Sa famille le suivit, avec tous les bagages.

 

Dans la voiture 3 - sous le signe de la Trinité

            Une fois le tgv arrivé, et après embarcation et installation dans la voiture 3, place 333 (oui, c’était bien ces chiffres sous le signe insistant de la Trinité que la Providence m’avait placée pour ce voyage…[1]), je me levai pour aller aux toilettes. Celles du bas étant hors-service, je dus me rendre à l’étage. Devant monter par les escaliers, sur la plateforme je passai tout près d’une femme portant foulard, assise sur ses bagages, avec un bébé dans un couffin et un enfant de deux-trois ans dans une poussette. Elle et moi, nous nous saluâmes.

artisans de paix,sandrine treuillard,bénédicte avon,trinité,marie,christian de chergé,la visitation,christianisme,foi,islamLa scène du ballet des étourneaux dans le couchant avait dilaté mon cœur, j’avais le sourire, ayant fait aussi le plein d’Esprit Saint à Blauvac, j’étais toute disposée à la rencontre. Quand je revins sur mes pas pour redescendre, le petit de trois ans en bas des escaliers, dans sa poussette, me dévorait le visage, et je descendis, m’approchant. Son petit visage était un appel à l’échange. Celui de sa mère aussi était souriant. Arrivée à leur niveau, la femme m’adressa la parole. Elle me dit : « Syrian »… Je compris qu’elle était syrienne. Elle demandait de l’argent, désignant ses enfants. Comme tous les migrants, elle quêtait pour sa famille. Je lui demandai son prénom. Fatma. Oui, musulmane. Elle me dit aussi le prénom du petit de trois ans qui continuait à appeler de toute sa petite face lumineuse.

Clavicule_situation.pngAvec des gestes, je lui dis qu’elle était musulmane et moi, chrétienne, tout en prenant entre mes doigts la petite croix de bois foncé qui pend au ruban lie-de-vin que je porte en ras-de-cou, la croix lovée dans le creux au-dessus du manubrium, l’os triangulaire qui fait la jonction entre les deux clavicules. Plusieurs fois, je lui dis que je n’avais pas d’argent liquide sur moi, quand elle réclamait des euros. Plusieurs fois, je lui proposai des biscuits que j’avais, pour le petit de trois ans. Plusieurs fois elle prononça le mot : halal.

            Avec des gestes, je lui exposai ma différence, nos différences respectives et invitai au dialogue. Je désignai l’En-Haut de l’index et, avec mes doigts, je dis qu’il n’y avait qu’un seul Dieu. Quand elle eut compris que j’étais chrétienne, d’abord comme si elle ne put voir la croix à mon cou, comme si elle avait été invisible à ses yeux, quand elle put la voir et comprit que j’étais chrétienne, quand elle put l’entendre dans notre échange, son visage de souriant se transforma en regard noir et sourcilleux, ses gestes devinrent plus tranchants, comme si la croix était devenue une menace. Elle dit : « Chrétien pas bien. Musulman, bien. Toi, aussi musulman, bien ! » Je vis la virulence dans son regard, dans ses paroles qui voulaient forcer ma conversion et surtout, qui niait la foi chrétienne, se refusant à reconnaître paisiblement l’altérité.

            En une fraction de seconde, je reçus tout cela et un pincement dans mes entrailles se fit clairement sentir, une douleur soudaine et aigue, comme une corde (de boyau) aurait été pincée. Le mur de ses paroles eut l’effet d’un rideau de fer soudain baissé. Cependant, la note intérieure qui suivit ma douleur abdominale fut un silence paisible.

            Fatma était toujours restée assise sur ses bagages, certainement habituée à attendre, à quêter activement en attendant, le temps, ici, que son mari trouve les places attitrées à sa famille dans la voiture 3, à l’étage. Je suis allée chercher le paquet de biscuits pour le petit. De retour sur la plateforme, je l’ouvris et en tendis un au petit, devant la mère. « Halal », redit la mère. Et le petit tendant la main : « Halal ! ». Je regardai leurs deux visages, un peu éberluée. Penaude, je replaçai le gâteau dans l’emballage individuel.

            Il est vrai que se sont des biscuits industriels. De toute façon, il n’aurait pas aimé : ce ne sont pas des biscuits sucrés pour les enfants. Du haut des escaliers, le père appela Fatma pour qu’ils le rejoignent à leurs places dans le tgv. Je restai en bas et retournai à ma place 333.

 

L’éveil à une mission de prière pour les chrétiens persécutés

            Ce n’est qu’hier, dimanche 23 février, avant le mercredi des Cendres dans deux jours, que je compris la nouvelle mission de prière que Dieu me confie. C’est une mission mariale de prier pour les chrétiens persécutés de Syrie, du Moyen-Orient. Persécution ordinaire par les musulmans ordinaires qui sont éduqués, par la loi islamique, à ignorer, à nier la foi des chrétiens, à ne les voir que comme une menace et un potentiel de conversion à un islam politique.

            En une fraction de seconde, en ce pincement de mes entrailles, j’ai compris la souffrance des chrétiens persécutés ordinairement là-bas. C’est comme si j’avais, un instant, été Marie au pied de la Croix, transpercée dans mes entrailles par la douleur. J’ai vécu l’opposé de la Visitation de Marie à sa cousine Élisabeth.

artisans de paix,sandrine treuillard,bénédicte avon,trinité,marie,christian de chergé,la visitation,christianisme,foi,islamÀ la Visitation, Élisabeth avait senti tressaillir de joie le petit Jean en ses entrailles, quand Marie entra dans sa maison, souhaitant la paix à sa cousine : « As salam alaikum ! ». Le petit Jean avait tressailli de joie en les entrailles de sa mère au toucher de l’Esprit de Jésus par ce salut de Marie. S’en était suivi l’émerveillement d’Élisabeth et le Magnificat de Marie. Marie avait reçu l’annonce de sa grossesse de Jésus par l’ange Gabriel, et s’était précipitée en toute hâte dans les montagnes pour rejoindre sa cousine âgée miraculeusement enceinte, elle, depuis 6 mois. (À ce sujet : Esprit Saint en visitation en correspondance avec Christian de Chergé ).

 

Notre-Dame du Calvaire à Jérusalem

            La veille de mon départ de l’abbaye Notre-Dame de Bon Secours de Blauvac, le lundi 17 février, j’étais arrivée bien avant l’office de None à l’église abbatiale, pour prier. Sœur Annie, la sœur apostolique qui a choisi de vivre au service de la communauté des trappistines pendant sa retraite de religieuse, venait de s’assoir à sa place, dans la stalle. Elle ouvrit une enveloppe et ne put réprimer un petit cri de joie. Elle admira l’icône entre ses mains et se tourna vers moi, me disant qu’elle l’attendait. Elle se leva pour me la montrer.

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            C’était le Christ en Croix, un plan rapproché sur son visage, de son flanc droit jaillissent des filets de sang qu’un ange recueille dans un calice. Le regard du Christ est animé de sentiments complexes, tourné vers l’ange. Sr Annie me dit que cette icône avait été écrite par une bénédictine à Jérusalem, mais elle ne pouvait lire l’étiquette au verso. Je lui prêtai mes yeux et découvris le nom de la sœur de la congrégation Notre-Dame du Calvaire, au monastère du Mont des Oliviers, qui l’avait réalisée, Sr Marie Paul. Il se trouve que c’est elle qui a réalisé l’icône de la Croix de Tibhirine, dont voici le détail de la traverse, ci-dessus (voir la biographie de sr Marie Paul en note[2], en bas de cet article).

artisans de paix,sandrine treuillard,bénédicte avon,trinité,marie,christian de chergé,la visitation,christianisme,foi,islamC’est à la tête de ce monastère que sœur Marie — qui a été vingt ans présidente de la congrégation Notre-Dame du Calvaire et que j’avais rencontrée en 2012 et 2013 dans son monastère de Prailles dont elle était la prieure, dans les Deux-Sèvres — a été envoyée comme nouvelle Prieure à Jérusalem (cf ici le PDF Interview dans Panorama, avril 2019 : Nous entrons dans une nouvelle ère.Il m’a été donné la grande surprise de la revoir avant son départ pour Jérusalem fin 2019, en octobre 2019, à Vanves, au Prieuré Sainte-Bathilde, lors de l’anniversaire des cinquante ans de l'Association des Amis des Monastères à Travers le Monde (AAMTM).

            Sœur Annie me proposa un petit livret de Carême pour prier 40 jours avec l’Aide à l’Église en Détresse (AED) pour les chrétiens persécutés.

            Le lendemain, la rencontre de Fatma dans le tgv, l’autre face de la visitation, a confirmé cette mission de prière que le Cœur de Jésus en Croix me donne. 

 

Ô prends mon âme - un augmentum 

            Confirmation appuyée hier, dimanche, d’abord lors des 10 puissantes minutes d’oraison faites dans l’axe exact de la Croix, juste après les Vêpres avec les bénédictines de Vanves dans l’église Sainte-Bathilde, avant de me rendre à la messe à Saint-Étienne, à Issy-les-Moulineaux. Tout le temps de cette messe, l’Esprit Saint continua à me décrire intérieurement la teneur de cette mission, avec gravité, comme en un augmentum. Je communiai et tout le temps du recueillement de la communion je restais à l’écart, à genoux, jusqu’après les annonces du curé. Le chant de communion était en soi une parole très claire du Seigneur pour la mission qu’il me confie.

            Ce chant, je l’avais découvert suite à l’attentat de Daech contre Charlie Hebdo, à Paris, le mercredi 7 janvier 2015. Deux jours après, vendredi 9, j’étais montée à la basilique de Montmartre pour la messe du Sacré Cœur hebdomadaire, à 15h. Les bénédictines du Sanctuaire du Sacré-Cœur et de la Sainte-Eucharistie me firent découvrir ce chant d’entrée, choisi à dessein (Mère Marie-Cleophas me le confirma lors de notre entretien après cette messe) :

         Ô prends mon âme

Ô prends mon âme, prends-là, Seigneur,
Et que ta flamme brûle en mon cœur.
Que tout mon être vibre pour toi,
Sois seul mon maître, ô divin roi.

R/ Source de vie, de paix, d’amour
Vers toi je crie la nuit, le jour
Guide mon âme, sois mon soutien
Remplis ma vie, toi mon seul bien.

Du mal perfide, ô garde-moi,
Sois seul mon guide, chef de ma foi,
Quand la nuit voile tout à mes yeux,
Sois mon étoile, brille des cieux.

Voici l’aurore d’un jour nouveau,
Le ciel se dore de feux plus beaux,
Jésus s’apprête, pourquoi gémir,
Levons nos têtes, il va venir.

  

La Visitation du cœur des mères musulmanes

            Dimanche 23 février, ce fut donc ce chant de communion. Le sens des paroles a été, pour moi, dès le 9 janvier 2015, une invitation à la consécration religieuse avec le Christ. Une confirmation de ma vocation religieuse reçue le 1er novembre 2014. Ce chant est un appel lancé au Christ, une espérance qui supplie. C’est aussi la réponse à l’appel du Christ lui-même, à sa Promesse. Ce chant scelle ma mission en communion avec Lui. Cette mission de prière, telle que je la discerne avec cet événement de la rencontre de Fatma, l’autre face de la Visitation (comme on dirait le revers de la médaille), je vais la décrire maintenant.

            J’ai encore reçu cette image dans la prière, ce matin (25 février) de la Vierge Marie qui se fait proche, dans l’intériorité de Fatma, la musulmane. La Vierge Marie qui est l’Aqueduc de la grâce divine (saint Bernard) pour les hommes, elle qui est la Mère du Christ, peut se faire proche du cœur de la femme musulmane. Elle seule est à-même de visiter le cœur d’une musulmane à la foi ferme, chevillée au corps. Il ne s’agit pas de la conversion de Saul de Tarse, qui fut terrassé par la lumière du Christ sur le chemin de Damas : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ». Il s’agit de la Vierge Mère de Tendresse qui vient murmurer au cœur d’une mère musulmane que son Fils Jésus Christ existe bien, qu’il est vraiment le Fils de Dieu le Père, le Dieu unique, qu’il est vraiment mort crucifié, qu’il est vraiment ressuscité des morts, qu’il est vivant et vraiment présent par son Esprit en chaque chrétien, en chaque baptisé qui a reçu l’Esprit de Jésus. Marie peut murmurer au cœur de Fatma la souffrance qu’elle lui fait endurer, sans le savoir (Jésus en croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Luc 23,34), en niant la vie de son Fils. Dans l’intimité de la visite de Marie au cœur d’une mère musulmane, cette vérité de la foi chrétienne peut-être dite, révélée et reçue. Seule Marie peut porter la Lumière qu’est le Christ, son Fils, au cœur d’une mère musulmane.

            Ce que j’ai à faire, c’est d’avoir la certitude (la foi) que Marie peut se manifester ainsi au cœur de ces femmes musulmanes (fatima : femme ; « Fatma » est le prénom de la fille du prophète Mahomet), qui d’autant plus sont mères, comme Marie. Que, par sa manifestation intime et cordiale, elle leur fasse sentir la persécution qu’elles font vivre aux chrétiens en étant soumises à l’interdit de voir, de reconnaître, de se laisser toucher par un chrétien.

            Combien de fois le Christ est-il mort au Cœur immaculé de Marie, à chaque négation de la vie du Christ en les chrétiens ? Combien de fois son Cœur de Mère du Christ est-il blessé, comme mes entrailles, dans une moindre mesure, ont été piquées dans ma rencontre avec Fatma ?

            "L'événement avec Fatma", ce n'est pas simplement se recueillir avec Marie au pied de la croix. Et ce n'est pourtant pas déjà Jésus qui visite les enfers des prisonniers de leur loi, loi ici représentée par le 'Halal' et l'interdit de voir, de reconnaître, de se laisser toucher par un chrétien. Ce que le Seigneur me donne dans cette rencontre avec Fatma, c'est une mission de prière à Marie, avec Marie : lui demander à elle, qui est le passage possible avec les musulmans, de se montrer à leur intériorité pour leur révéler de l'intérieur la lumière du Christ, non pas pour qu'eux-mêmes 'apostasient' leur foi musulmane, mais qu'ils reconnaissent l'existence de la révélation chrétienne, par la rencontre de Marie, christophore.

            Je demande à Marie de contribuer à ce que leur aveuglement cesse, qu'ils laissent le Christ se manifester dans chaque chrétien, sans que cela n’empêche pour autant leur pratique musulmane.

            Je demande une visite lumineuse de Marie au cœur de ces musulmanes. Marie, tu portes la lumière du Christ, tu es à-même de leur parler, d'apaiser leur peur, de changer leur ignorance. Toi seule peux doucement leur apporter la Lumière.

 

artisans de paix,sandrine treuillard,bénédicte avon,trinité,marie,christian de chergé,la visitation,christianisme,foi,islamSandrine Treuillard
les 24-25 février 2020
Vanves

 

 

 

 

[1] J’ai été baptisée le 25 mai 1975, en la fête de la Sainte-Trinité. C’est dans une lettre de Christian de Chergé à Maurice Boormans, que je découvris que la date de mon saint baptême correspondait à cette fête : Lettres à un ami fraternel Christian de Chergé - Prieur de Tibhirine, Éditions Bayard, 2015.

[2] LA DÉCOUVERTE D’UN DON ET D’UNE MISSION
Biographie de Sœur Marie-Paul
(10 nov. 1930 - 8 mai 2019) [Le 8 mai est aussi la fête des 19 Bienheureux Martyrs d'Algérie, dont les 7 moines de Tibhirine. Note de La Vaillante]
Bénédictine de Notre-Dame du Calvaire,
Monastère du Mont des Oliviers, Jérusalem

Sœur Marie-Paul est née le 10 novembre 1930 au Caire, en Égypte, d’origine arabe d’une famille de souche italienne. Elle décide de consacrer sa vie au seigneur et à la suite d’un pèlerinage en Terre Sainte, en 1953, elle entre au monastère du Mont des Oliviers le 14 novembre 1955. Le 25 janvier 1961, elle fait son offrande pour l’Unité et fait profession solennelle en la fête de l’Assomption, le 15 août de la même année.

En 1960, le frère Henry Corta, petit frère de Jésus et iconographe, demandant à faire un séjour prolongé au monastère propose, en échange, d’initier les sœurs à l’iconographie. Sœur Marie Paul fait partie des sœurs désignées pour suivre les cours. Frère Henry leur apprend non seulement la technique des icônes mais le sens de chaque étape en lien avec les Écritures, qu’il a découvert à partir des manuscrits grecs des archives de Paris.

Un jour, elle a une ‘révélation’ : elle qui se demandait ce qu’est le silence en Dieu dont parlaient les Pères du désert, réalise ceci : « Écrire une icône me met en Dieu ; lorsque j’écris Dieu, je suis en Dieu au-delà de tout concept humain. J’ai enfin trouvé le silence en Dieu ». Elle en conclut que si le Seigneur s’est dérangé pour répondre à sa question du silence à travers l’icône, c’est qu’il voulait vraiment cela d’elle : c’était une vraie mission.

Bientôt les commandes affluent, pour des foyers de charité, des familles, des églises, des universités. Des catholiques, des grecs melkites, des syriens catholiques, des protestants, des juifs et même des musulmans lui demandent de créer des icônes. Un véritable atelier est mis en place : les sœurs de la communauté font les premières étapes et sœur Marie Paul les dernières. Ses icônes se trouvent partout dans le monde : en France, bien sûr et en Terre Sainte, mais aussi en Europe, aux États Unis, au Canada, en Australie, en Algérie à Tibhirine et même en Chine et en Corée. Parmi les icônes les plus célèbres on trouve la Sainte Famille, le Christ et Saint Jean, les pèlerins d’Emmaüs. Sœur Marie-Paul participe ainsi à sa manière à la nouvelle évangélisation. Aux très nombreux groupes et pèlerins qui viennent la rencontrer, sœur Marie-Paul partage ses lumières sur l’Écriture à travers le message des icônes. « L’Icône, c’est toi », c’est le message qu’elle laisse à la fin du beau DVD sur son œuvre. « De silence et lumière » : Un livre d’entretiens avec Sr Marie-Paul doit paraître aux éditions Parole et Silence, en février 2020.

Extrait de la Lettre de famille de la communauté des Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire de Jérusalem, Avent 2019 :

Le visage de la communauté, en cette année 2019, a sensiblement changé, deux sœurs, deux racines, s’en sont allées vers leur Seigneur : notre sœur d’origine juive, sœur Paula, le 12 janvier, et notre sœur d’origine arabe, sœur Marie-Paul, le 8 mai ! Si pour cette dernière, nous savions que ses jours étaient comptés puisqu’elle luttait contre un cancer depuis plus d’un an, rien ne pouvait laisser prévoir que la première s’en irait sans prévenir, sans bruit. (...)

Après le décès de sœur Paula, sœur Marie-Paul très fatiguée, doit de nouveau être hospitalisée à Saint Louis. Elle peut encore revenir quelques jours au monastère, mais après Pâques, son état s’aggrave brusquement. Le samedi 4 mai, le Père Caldélari lui donne le sacrement des malades et le 5, notre sœur devient inconsciente. Nous nous relayons auprès d’elle nuit et jour avec des amis et sa nièce venue de Jordanie. Le matin du 8 mai, sœur Gabriele nous appelle pour nous annoncer son décès juste après Laudes. Avec le sentiment d’avoir accompli sa mission et transmis le flambeau, sœur Marie-Paul a remis son esprit au Père plein de tendresse et rejoint dans la lumière sans fin Celui qu’elle a aimé et rayonné pendant sa vie. Monseigneur Marcuzzo préside la messe des funérailles, entouré du Père Abbé de Latroun, du Père Jean Daniel, assomptionniste de Saint-Pierre in Galicante, ami de longue date de notre sœur, et de nombreux prêtres du diocèse. Monseigneur Pizzaballa, Monseigneur Sabbah et Monseigneur Battish sont présents. Les sœurs d’Abu-Gosh nous renforcent pour le chant ; les sœurs de l’Emmanuel et d’autres amis de Bethléem n’ont pu venir, le check-point et certaines routes étant fermées en ce premier vendredi de Ramadan. Le Père Jean Bernard Livio viendra en septembre pour trier les archives concernant les icônes, et nous aider à réaliser un fascicule sur les icônes de l’église avec les commentaires écrits par sr Marie Paul.

Photo Gare Tgv Avignon : Jacques Mossot / Structurae

Vidéo : Bird Ballet de Neels Catillon

Photo : Nuée d'Oiseaux Sauvages d'Alain Delorme

Vidéogramme : Icône du Christ en Croix de Tibhirine, traverse reconstituée d'après les vidéogrammes de "Le défi de l'Islam (1) Christian de Chergé et Mohamed", NetForGod 2009. Cette icône se trouve dorénavant à l'Abbaye Mère de Tibhirine, à Notre-Dame d'Aiguebelle.

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Retrouvez ce texte & les autres sur la page enrichie :
La Visitation : Mystère de l'hospitalité réciproque
& figure de toute vraie rencontre - avec Christian de Chergé

16.01.2020

Célébration annuelle de “l’unité plurale des artisans de Paix” - dimanche 26 janvier 2020

Logo Artisans de Paix.jpgCette célébration de l’unité plurale des Artisans de Paix est le fruit de l’histoire sainte des Artisans de Paix. Elle fait mémoire chaque année, depuis 2003, du retour à Dieu de Madeleine Frapier, la nuit du 25 au 26 janvier 2002, vingt ans jour pour jour après la nuit de feu de Paula Kasparian, du 25 au 26 janvier 1982. Se signifiant ainsi comme un Appel à vivre à la frontière des religions, des sciences et des nations, au lieu de surgissement de la Parole dans le corps de l’homme, de la femme et du cosmos, lieu-dit du « Toucher de l’Esprit » qui rallie aujourd’hui les Artisans de Paix.

Cette célébration a pris cette forme d’expression symbolique de la Jérusalem céleste après le séminaire 2010-2011 sur La Cité de Paix – Entrer dans les sept demeures spirituelles des Artisans de Paix, lors de la première célébration du 25 janvier 2011, présidée par le Père François Marty sj, dans la communauté jésuite de Vanves.

Elle s’est enrichie du très beau drame biblique de Jacques Cusset (Père Blanc), Jérusalem – Mère des peuples après le pèlerinage interreligieux des Artisans de Paix à Jérusalem, en 2012. La suite de ces célébrations n’a cessé de mûrir et de s’approfondir d’année en année : Artisans de Paix : Fête de l'Unité plurale

Cette année, les lectures choisies sont les textes-clés du Livre des Grâces de Paula Kasparian.

Il se trouve que la date de cette célébration l’inscrit dans l’histoire de l’Église avec la célébration de l’illumination de Saül de Tarse (saint Paul), sur le chemin de Damas, qui clôture tous les ans la semaine de prière des chrétiens pour l’unité ; avec la convocation de Vatican II par saint Jean XXIII, le 25 janvier 1959 ; et avec celle du rassemblement d’Assise par saint Jean-Paul II, le 25 janvier 1986.

Paula Kasparian, présidente d'Artisans de Paix

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Déroulé de la Célébration eucharistique catholique
organisée par la Fraternité Eucharistique des Artisans de Paix
En présence d’amis(es) de différentes religions

 Dimanche 26 JANVIER 2020
15 h 30 – 18 h 30
ORATOIRE DU COUVENT DOMINICAIN SAINT-JACQUES
20  rue des Tanneries - 75013 Paris (M° Glacière)

La célébration sera présidée par le Père Prof. Hon. Jean-Paul Durand op, frère Prêcheur. Tous les Artisans de Paix - Juifs, Chrétiens, Musulmans, Bouddhistes ou autres – sont invités à être présents à ce culte catholique romain, où chacun (e) pourra exprimer des gestes de fraternité et de respect mutuels. 

Dans la suite de l’hospitalité divine qui s’invite elle-même chez Abraham sous des formes qui lui sont inconnues, cette hospitalité où des catholiques d’Artisans de Paix et le fondateur d’AIDOP accueillent des amis(ies) d’autres traditions religieuses, est un signe de la marche des Artisans de Paix vers la Jérusalem céleste où chacun(e) est appelé(e) à être bénédiction pour autrui. Nous poserons des gestes qui le signifient.

 

LITURGIE DES ARTISANS DE PAIX DU 26 JANVIER 2020

- Sont surlignés en jaune, les gestes posés par les invités d’autres religions.
- En turquoise, ce qui est chanté par notre chantre, Sandrine Treuillard.
- En vert, la lecture d’Isaïe 62, 6-7 par Richard Zeitoun.
- En violine, la 2nde lecture proclamée par Geneviève Penchenat.
- En gris, les prières, la proclamation de l’Évangile et l’homélie donnée par le célébrant, ainsi que différents gestes spécifiques du célébrant.

 

1/ Chant d’entrée : « À l’Agneau de Dieu »

Pendant le chant, sur invitation du célébrant, les personnes de différentes traditions qui liront le chapitre 21 de l’Apocalypse de Jean, se placent derrière l’autel. En cette chapelle catholique, le Peuple de Dieu en Jésus Christ accueille d’autres Peuples et des Individualités, qui sont autant de signes de l’amour divin.

1 - Élevé à la droite de Dieu,
Couronné de mille couronnes,
Tu resplendis comme un soleil radieux,
Les êtres crient autour de ton trône,

R/ À l’Agneau de Dieu soit la gloire,
À l’Agneau de Dieu, la victoire,
À l’Agneau de Dieu soit le règne,
Pour tous les siècles, Amen.

2 - L’Esprit-Saint et l’épouse fidèle,
Disent : “viens”, c’est leur cœur qui appelle ;
Viens, ô Jésus, toi l’époux bien-aimé,
Tous tes élus ne cessent de chanter : R/

3 - Tous les peuples et toutes les nations,
D’un seul cœur, avec les milliers d’anges,
Entonneront en l’honneur de son nom,
Ce chant de gloire avec force et louange : R/

Prière d’ouverture

Seigneur, ravive ton Eglise au Souffle de ton Esprit : qu’elle avance dans l’amour de la Vérité, et travaille d’un cœur généreux à l’unité de tous les chrétiens et au rassemblement du monde dans ta Paix/ Par Jésus-Christ notre Seigneur qui vit et règne avec Toi dans l’Unité du Saint Esprit, pour les siècles des siècles. Amen

2/ Lecture du chapitre 21 de l’Apocalypse :

Derrière l’autel, en signe de ce qui nous est donné de vivre en tant que rencontre de Peuples, rencontre par la béatitude notamment des Artisans de Paix ; béatitude respectant et transcendant les frontières des peuples et des religions ; béatitude et rencontres avec le soutien desquelles nous nous reconnaissons des frères et des sœurs en humanité :

Frères et sœurs lecteurs ou lectrices, pour lire, se tiendront successivement face à l’assemblée : Mesdames et Messieurs Paula Kasparian, Richard Zeitoun, Jean-Luc Castel. Geneviève Penchenat, Jean-Claude Gaubert, Karim Ifrak, Sandrine Treuillard. Ils liront Apocalypse 21,1-11. Celui qui parle s’avance vers l’autel où se trouve le Livre, puis laisse la place à un autre.

Lecture de l’Apocalypse 21, 1-11

1/ Paula Kasparian : versets 1-2 : 1Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle. Car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus. 2Et la Cité Sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, comme une épouse qui s’est parée pour son époux.

2/ Richard Zeitoun (juif) : 3Et j’entendis, venant du trône, une voix forte qui disait : Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Ils seront ses peuples et Lui sera le Dieu qui est avec eux. 4Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu.

3/ Jean-Luc Castel (bouddhiste) : 5Et celui qui siège sur le trône dit : Voici que je fais toutes choses nouvelles ! Puis il dit : Écris : Ces paroles sont certaines et véridiques.

4/ Geneviève Penchenat (catholique) : 6Et il me dit : C’en est fait. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Commencement et la Fin… À celui qui a soif, je donnerai de la source d’eau vive gratuitement. 7Le vainqueur recevra l’héritage, et je serai son Dieu et lui, sera mon fils.

5/ Jean-Claude Gaubert (bouddhiste) : 8Quant aux lâches, aux infidèles, aux dépravés, aux meurtriers, aux impudiques, aux magiciens, aux idolâtres et à tous les menteurs, leur part se trouve dans l’étang embrasé de feu et de soufre : c’est la seconde mort.

6/ Karim Ifrak (musulman) : 9Alors, l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept derniers fléaux vint m’adresser la parole et me dit : ‘Viens, je te montrerai la fiancée, l’épouse de l’agneau.

7/ Sandrine Treuillard (catholique): 10Il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne, et il me montra la cité sainte qui descendait du ciel d’auprès de Dieu. 11Elle brillait de la gloire même de Dieu.

3/ Accueil par le prêtre catholique Jean-Paul Durand op et par la Présidente (catholique) d’Artisans de Paix Madame Paula Kasparian qui nous rappellent que cette hospitalité n’est pas de notre propre initiative, mais de l’initiative de Dieu qui s’invite chez nous, en prenant des formes inédites pour nous.

Notre initiative propre est seulement d’ASPIRER au don de Dieu. C’est cette ASPIRATION propre à la vie du SOUFFLE qui nous ouvre à Sa PRÉSENCE, celle du SOUFFLE qui n’est pas notre souffle mais le devient au jour le jour, au fur et à mesure que nous lui donnons corps avec les encouragements des FRATERNITÉS ARTISANS DE PAIX. Mystère de l’inaccompli en marche vers l’accomplissement (la sanctification), en s’appuyant les uns sur les autres avec la diversité des traditions religieuses représentées parmi nous.

Cette année, la date de la célébration de « l’Unité Plurale des Artisans de Paix » coïncide avec la solennité du « Dimanche de la Parole de Dieu » instituée par le Pape François. Nous marquerons cette coïncidence en choisissant des Lectures de la Parole de Dieu qui annoncent, de fait, cette Unité Plurale attestée par le Chemin des Artisans de Paix tel qu’il prend corps parmi nous, aujourd’hui.

4/ Prière pénitentielle Kyrie Eleison (Messe de Saint Boniface)

5/ Gloria (Messe de saint Vincent de Paul, musique de Cambourian)

6/ Lecture du Prophète Isaïe 55,10-11, proclamée par Elzbieta Amsler en hébreu et Richard Zeitoun en français.

Isaïe 55,10-11

La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.

7/ Psaume 84 (85) psalmodié

Psaume fondateur pour les Artisans de Paix : il énonce la conjonction de l’amour et de la vérité, de la justice et de la paix, qui lorsqu’elle se présente dans un cœur humain, fait venir au monde des Artisans de Paix, quelle que soit leur religion - Rapport Moral 2016 :

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ;
La vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.
Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin. »

Psaume 84.jpg 

 

 

 

R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,
Que nous soit donné ton salut




Tu as aimé, Seigneur, cette terre,
Tu as fait revenir les déportés de Jacob ;
Tu as ôté le péché de ton peuple,
Tu as couvert toute sa faute ;
Tu as mis fin à toutes tes colères,
Tu es revenu de ta grande fureur.   R
/

                             *

Fais-nous revenir, Dieu, notre salut,
Oublie ton ressentiment contre nous.
Seras-tu toujours irrité contre nous,
Maintiendras-tu ta colère d'âge en âge ?

N'est-ce pas toi qui reviendras nous faire vivre
Et qui seras la joie de ton peuple ?
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,
Et donne-nous ton salut.   R/

                             *

J'écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu'il dit, c'est la paix pour son peuple.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
Et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
Justice et paix s'embrassent ;
La vérité germera de la terre
Et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
Et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
Et ses pas traceront le chemin.   R/

                             *

8/ Actes des Apôtres 25,26-27 et 26,1-21, lecture proclamée par Geneviève Penchenat.

Nous lisons chaque année un récit de l’illumination de Saül de Tarse (saint Paul) sur le chemin de Damas, choisi dans les Actes des Apôtres : Actes 9,1-22 ; 21,37-40 et 22,1-24 ; 25,26-27 et 26,1-21.

Nous choisissons cette année le 3ème récit où Paul parle devant Agrippa : il fait paraître en même temps que l’élection irrévocable d’Israël, le chemin de fructification de cette élection pour l’humanité entière.

Sur le chemin de Damas, Saül de Tarse est ébloui par une lumière venant du ciel et s’adressant à lui en langue hébraïque. C’est la pédagogie de Dieu (que l’on retrouve dans l’Evangile de la Cananéenne lorsque Jésus dit : « Je n’ai été envoyé (d’abord) qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ») : la manifestation du salut de Dieu commence par l’élection d’Israël à travers laquelle tous reconnaîtront la puissance salvatrice de Dieu. C’est le même principe que ce qui est dit dans le chapitre 12 de la Genèse : par Abraham se béniront toutes les nations de la terre.

Sur le chemin de Damas, Saül de Tarse réalise que l’élection du peuple issu d’Israël se récapitule en l’homme Jésus, et en lui, chacun de nous issu des nations. Ce qu’il réalise, c’est l’unicité de Dieu qui se manifeste par un acte unique d’élection destiné à tous, chacun occupant la place unique qui est la sienne.

La Parole de Dieu au peuple hébreu (l’élection) ne retournera pas au Lieu dont elle provient sans avoir porté ses fruits (cf. Is 55,10-11) ; les fruits passeront par le partage du don de Dieu avec les nations, dans l’unité plurale des Artisans de Paix ; il en est de même pour nous, Chrétiens, et pour chacun de nous, artisan de paix, quelle que soit notre confession.

Actes des Apôtres 25,26-27 et 26,1-21

« Je n’ai rien de précis à écrire sur son compte au seigneur l’empereur ; c’est pourquoi je l’ai fait comparaître devant vous, et surtout devant toi, roi Agrippa, afin qu’après cette audience j’aie quelque chose à écrire. En effet, il ne me semble pas raisonnable d’envoyer un prisonnier sans signifier les charges retenues contre lui. »

Alors Agrippa s’adressa à Paul : « Tu es autorisé à plaider ta cause. » Après avoir levé la main, Paul présenta sa défense :

« Sur tous les points dont je suis accusé par les Juifs, je m’estime heureux, roi Agrippa, d’avoir à présenter ma défense aujourd’hui devant toi, d’autant plus que tu es un connaisseur de toutes les coutumes des Juifs et de tous leurs débats. Voilà pourquoi je te prie de m’écouter avec patience.

Ce qu’a été ma vie depuis ma jeunesse, comment dès le début j’ai vécu parmi mon peuple et à Jérusalem, cela, tous les Juifs le savent. Ils me connaissent depuis longtemps, et ils témoigneront, s’ils le veulent bien, que j’ai vécu en pharisien, c’est-à-dire dans le groupe le plus strict quant à notre pratique religieuse.

Et maintenant, si je suis là en jugement, c’est parce que je mets mon espérance en la promesse faite par Dieu à nos pères, promesse dont nos douze tribus espèrent l’accomplissement, elles qui rendent un culte à Dieu jour et nuit avec persévérance. C’est pour cette espérance, ô roi, que je suis accusé par les Juifs.

Pourquoi, chez vous, juge-t-on incroyable que Dieu ressuscite les morts ?

Pour moi, j’ai pensé qu’il fallait combattre très activement le nom de Jésus le Nazaréen. C’est ce que j’ai fait à Jérusalem : j’ai moi-même emprisonné beaucoup de fidèles, en vertu des pouvoirs reçus des grands prêtres ; et quand on les mettait à mort, j’avais apporté mon suffrage. Souvent, je passais de synagogue en synagogue et je les forçais à blasphémer en leur faisant subir des sévices ; au comble de la fureur, je les persécutais jusque dans les villes hors de Judée.

C’est ainsi que j’allais à Damas muni d’un pouvoir et d’une procuration des grands prêtres ; en plein midi, sur la route, ô roi, j’ai vu, venant du ciel, une lumière plus éclatante que le soleil, qui m’enveloppa, moi et ceux qui m’accompagnaient. Tous, nous sommes tombés à terre, et j’ai entendu une voix qui me disait en araméen : “Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? Il est dur pour toi de résister à l’aiguillon.” Et moi je dis : “Qui es-tu, Seigneur ?” Le Seigneur répondit : “Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Mais relève-toi, et tiens-toi debout ; voici pourquoi je te suis apparu : c’est pour te destiner à être serviteur et témoin de ce moment où tu m’as vu, et des moments où je t’apparaîtrai encore, pour te délivrer de ton peuple et des non-Juifs. Moi, je t’envoie vers eux, pour leur ouvrir les yeux, pour les ramener des ténèbres vers la lumière et du pouvoir de Satan vers Dieu, afin qu’ils reçoivent, par la foi en moi, le pardon des péchés et une part d’héritage avec ceux qui ont été sanctifiés.”

Dès lors, roi Agrippa, je n’ai pas désobéi à cette vision céleste, mais j’ai parlé d’abord aux gens de Damas et à ceux de Jérusalem, puis à tout le pays de Judée et aux nations païennes ; je les exhortais à se convertir et à se tourner vers Dieu, en adoptant un comportement accordé à leur conversion.

Voilà pourquoi les Juifs se sont emparés de moi dans le Temple, pour essayer d’en finir avec moi.

9/ Acclamation de l’Évangile Alleluia (Messe de saint Boniface)

« Elle est vivante, la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. »

Reprise de l’acclamation.

10/ Proclamation de l’Évangile de la Syro-phénicienne : Marc 7, 24-30 ou Mt 15, 21-28

L’enjeu sera de manifester la Parole de Dieu avec laquelle se révèle la vocation des Artisans de Paix de demeurer à la Racine du Souffle, comme le fait la syro-phénicienne, dans la ligne narrative de 1Rois17 du cycle d’Elie (la résurrection du fils de la veuve de Sarepta qui a tout donné à Elie). Dans l’Un et l’Autre Testament, il y a à Tyr et à Sidon (région de Sarepta) des pierres d’attente de la résurrection. Sans doute n’est-ce pas l’effet du hasard mais bien plutôt une fructification de la Parole de Dieu, le fait qu’un groupe Artisans de Paix soit né dans la région de Tyr au Sud-Liban.

La syro-phénicienne connaît avec son cœur Celui qui est venu « faire miséricorde » et s’adresse à lui de tout son être : « Seigneur prends pitié » dit-elle. Et elle s’acharne dans la prière : elle veut bien être assimilée à un petit chien qui mange les miettes qui tombent de la table des enfants d’Israël pour qui Jésus annonce qu’il est venu, pourvu que sa fille soit sauvée. Jésus lui dit alors que sa foi est grande et que sa fille est sauvée.

Elle est grande en effet la foi de cette femme qui accepte d’entrer avec humilité dans la pédagogie de Dieu : elle accepte qu’Israël soit le premier à qui Jésus manifeste la vérité sur la miséricorde de Dieu. Libre de tout attribut, la volonté de cette femme correspond à celle de Dieu pour elle, à la place qui est la sienne : elle veut ce que Dieu veut. Or Dieu attend l’heure de faire miséricorde à l’humanité entière (Isaïe 30,18), comme cela a été annoncé dans le cycle d’Elie en 1Rois17.

C’est à l’occasion de la rencontre entre Jésus et la foi de la syro-phénicienne, que se révèle l’extension de l’élection d’Israël à celles et ceux qui réalisent cet acte de foi. Par cet acte d’immense confiance, d’acharnement dans la prière (comme Jacob qui ne lâche pas l’Ange du Seigneur tant qu’il ne l’a pas béni, Genèse 32,23-32) et d’humilité, la syro-phénicienne est dans la juste disposition de l’âme : celle de la foi devenue apte à accueillir la révélation de YHWH au Sinaï, le nom imprononçable de Dieu (« Je serai qui je serai »), à la Racine du Souffle. C’est dans cet acte de foi libre, que les Artisans de Paix sont appelés à demeurer à la Racine du Souffle.

Marc 7, 24-30

24 En partant de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache. Mais il ne put rester inaperçu : 25 une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. 26 Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. 27 Il lui disait : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » 28 Mais elle lui répliqua : « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » Alors il lui dit : 29 « À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. »

30 Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle.

11/ Acclamons la Parole de Dieu - Louange à Toi, Seigneur Jésus !

12/ Homélie sur l’ensemble des textes du jour, par le célébrant, p. Jean-Paul Durand op.

13/ Prières et expressions universelles scandées par le chant de Taizé : « Ubi Caritas et Amor, Deus ibi est » lancé par le célébrant, repris par Sandrine Treuillard et l’assemblée.

Des temps de silence permettront de libres expressions brèves : d’une part aux catholiques et autres chrétiens d’adresser leurs prières à la Sainte Trinité ; d’autre part aux membres des diverses traditions religieuses d’exprimer une pensée ou remarque personnelle à vocation universelle.

14/ Conclusion de ces prières et expressions universelles : chant « Seigneur écoute-nous, Seigneur exauce-nous. » J. S. Bach.

15/ Procession des offrandes sur le chant de Taizé « Ubi caritas et amor » Entonné par le célébrant, repris par Sandrine Treuillard et par l’assemblée :

Sandrine Treuillard et Paula Kasparian portent le pain et le vin vers l’autel, accompagnées d’une personne juive, Richard Zeitoun, qui porte une Menora avec 7 bougies et les pose devant l’autel, et de Karim Ifrak qui porte une calligraphie ou un autre objet symbolique de sa tradition, suivis par nos amis bouddhistes, Jean-Luc Castel et Jean-Claude Gaubert qui portent un objet représentatif de leur tradition.

Ensemble, ils symbolisent l’alliance entre les peuples et l’alliance cosmique à laquelle participent nos amis bouddhistes, authentiques Fraternités Artisans de Paix transcendant les frontières des peuples et des religions, démarche plurielle qui rencontre la fraternité eucharistique catholique.

Prière sur les offrandes : Par l’unique sacrifice de Jésus, ton Fils bien-aimé, tu t’es acquis, Père très bon, un peuple de fils ; à nous qui sommes ton Eglise en ce monde, accorde l’Unité et la Paix / Par Jésus…

Préface : Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ, notre Seigneur……Par lui, tu nous conduis à la connaissance de ta Vérité, nous appelant à devenir son Corps, grâce à la même foi et par un seul baptême.   Par lui, tu répands ton Esprit Saint sur tous les peuples du monde, l’Esprit qui met en œuvre ses dons les plus divers et qui réalise l’Unité.     Il habite le cœur de tes fils, il remplit l’Eglise tout entière, il ne cesse de la guider….C’est pourquoi, avec les anges et tous les saints, nous proclamons ta gloire en chantant d’une seule voix :

16/ Sanctus Sanctus (Messe de saint Boniface)

17/ Anamnèse

18/ Consécration eucharistique du Pain et du Vin en Corps et Sang du Christ.  

19/ Pour introduire la prière chrétienne du « Notre Père », explication de « que ton Règne vienne… » par le célébrant Jean-Paul Durand op.

20/ Geste de paix offert par le célébrant ; les autres traditions invitent, elles-aussi, par une parole, les participants à se donner la paix. Chacun partage la paix, en prenant le temps de rencontrer l’autre.

21/ Agneau de Dieu Agnus Dei (Messe de saint Boniface)

22/ / Communion eucharistique, aux catholiques qui le désirent ; avec bénédiction (imposition des mains) donnée par le célébrant aux baptisés(ées) non catholiques désireux de la recevoir ; Les non baptisés peuvent s’approcher la main sur le cœur pour une salutation réciproque (comme se saluent les bouddhistes et les musulmans).

23/ « Dans ta main sûre et tranquille » chant de communion.

Dans ta main sûre et tranquille 
Nous reposons 
Comme un oiseau au creux du rocher, 
Car tes pensées 
Sont au-delà de nos pensées, 
Ta miséricorde nous conduit 
Tant que dure pour nous 
Ton aujourd’hui.

Fin : Dans ta main sûre et tranquille 
Nous reposons.

Prière après la communion : Répands en nous, Seigneur, ton Esprit de Charité : par la grâce du sacrifice que nous avons offert, rassemble dans un même amour tous ceux qui croient en toi, Par Jésus...

24/ Envoi, puis clôture par « Jérusalem, mère des peuples », texte composé par Jacques Cusset.

  • S’agissant de la lecture à 2 voix, le père J-P Durand interprétera le prophète et Paula la voix off
  • Richard Zeitoun aura prévu les 7 bougies qui iront sur la Ménorah et le père Durand aura apporté un briquet.
  • Les personnes qui auront lu un verset de l’Apocalypse à l’ouverture de la célébration (sauf Paula affectée à la lecture), ainsi qu’une autre personne allumeront successivement une bougie, au cours de la lecture de chaque strophe du texte final d’Isaïe, rythmant ainsi le texte par l’allumage d’une lumière.

La lecture est accompagnée, en staccato, ponctuellement (si on a un instrument de musique).

Jérusalem, Mère des Peuples !
Drame musical biblique avec accompagnement musical si possible.

Lecture faite par le célébrant (le prophète) et Paula (voix off)

« Adonaï sera Roi sur toute la terre ; en ce Jour-là, Adonaï sera unique, et son Nom Unique. » (Zacharie 14,9)

« Il parle de toi pour ta gloire, Cité de Dieu ! De Sion l’on dira :’Tout homme y est né’. » (Psaume 87)

« Quand il fut proche, à la vue de la Ville, il pleura sur elle en disant :’Ah ! Si en ce Jour tu avais compris, toi aussi, le Message de Paix !’ » (Luc 19,41)

 « Puis je vis la Cité sainte, la Jérusalem nouvelle, qui descendait du Ciel, de chez Dieu, belle comme une mariée parée pour son Epoux » (Apocalypse 21,2) 

(Fond musical exprimant, sur une note scandée, en staccato et crescendo…)

Le prophète

Jérusalem ! La Cité Sainte !
Jérusalem ! La Qadisha !
Jérusalem ! El Quds !
Jérusalem de l’An 2020 !
Festivités pour le temps qui passe !
Festivités pour rappeler que la Naissance
la Vie d’un certain Jésus de Nazareth !
a marqué, de façon indélébile, le Temps de notre Histoire
de son empreinte divine !
Jésus n’appartient pas aux chrétiens seulement !
Ce Jésus appartient à toute notre Famille humaine,
Parce qu’il est… de Dieu.

(Reprendre la note musicale en staccato, résonnante, avec cymbales…)

Le prophète

… À la vue de la Ville, Jésus pleura sur Elle en disant :
« Ah ! Si en ce Jour tu avais compris, Toi aussi, le Message de Paix ! » (Luc 19,41)
À la Fin des Temps, n’est-il pas dit dans l’Apocalypse :
« Je vis la Cité Sainte, Jérusalem, qui descendait du Ciel, avec, en elle, la Gloire de Dieu ! » (Apocalypse 21,10-11)     

(Reprise du fond musical bien scandé. Montée puissante ! puis brusque silence)

(On peut projeter pendant les ‘Impropères’ qui vont suivre une ou deux belles images sur Jérusalem)

Le prophète

« Avec la Gloire de Dieu ! »
Quel Appel !…
Quel Rappel, aux trois grandes religions du Monothéisme biblique !
Jérusalem, Cité du Roi David, Cité des Prophètes, Mère des Peuples !
Jérusalem, Cité du Dieu Unique et de toute Miséricorde !
Jérusalem, Cité des larmes, et pourtant Cité de l’Espérance !
Jérusalem, Cité de la Paix, de la Joie,
Cité du Dieu Vivant pour notre humanité appelée, perdue et retrouvée !

(Reprise du même fond musical bien scandé, montée en puissance, puis, brusque silence)

Voix off (soutenue par une musique douce et plaintive, Adadgio d’Albinoni ou Choral de Bach…)

Jérusalem ! Cité des larmes !
Jérusalem ! Cité pourtant éternellement promise à la Paix et à la Joie !
Jérusalem ! Comme il me tarde que cesse en Toi le bruit des armes
et le cri des enfants !
Comme il me tarde que sèchent les larmes de tant de mères et de veuves aux cœurs transpercés par la violence des hommes !
Comme il me tarde que s’accomplisse enfin ta Vocation unique parmi tous les peuples de la terre !
Jérusalem ! Toi, la Mère des Peuples, la Lumière des Nations !
Oui ! Comme il me tarde qu’en Toi, à l’abri de tes ailes, se rassemblent toutes les nations et toutes les générations « aussi nombreuses que les étoiles du ciel et que les grains de sable au bord de la mer » (Genèse 22,17), comme je l’ai promis à votre Père Abraham, votre Père dans la foi !
Oui ! Jérusalem, comme il me tarde que fleurissent en Toi la Paix et la Joie !
Et que tous, rassemblés des quatre points de l’horizon, vous célébriez ma Miséricorde sur ma Montagne Sainte !
Et que vous chantiez, en reconnaissance, la Sainteté de mon Nom trois fois Saint !

Le Prophète

« Dieu très Saint, infiniment Saint, très-Haut,
Tout-Puissant et Miséricordieux, nous invoquons ton Nom glorieux,
Toi qui suscitas la Destinée unique de notre Ville Sainte entre toutes, la Shoah du Peuple Juif, unique entre tous les peuples.
Et pourtant encore la Shoah de tant d’autres peuples de par le monde et de l’Histoire, dès qu’un homme, une femme, un enfant - sont atteints dans leur chair ou dans leur dignité.
Toutes ces Shoah ont baigné de sang et de larmes notre Terre maternelle !
Nous invoquons ton Nom, Dieu très-Haut, pour que de ce Baptême de souffrances naisse la Nouvelle Jérusalem, ‘Belle comme une Epouse parée pour son Epoux’ pour la Noce Éternelle !  (Apocalypse 21, 2) 

(Pendant la Lecture suivante du Prophète Isaïe, un jeune va allumer, à chaque strophe du texte d’Isaïe, une bougie ou une torche qu’il va placer sur un chandelier à 7 branches, Ménora, disposé devant une image projetée de la Ville Sainte, tandis qu’est donné un accompagnement musical très doux et joyeux d’une mélodie juive)

Voix off

1 - « Je tressaille, je tressaille à cause du Seigneur !
Mon âme exulte à cause de mon Dieu !
Car il m’a vêtue des vêtements du Salut,
Il m’a couverte du manteau de la Justice,
Comme le fiancé orné du diadème,
La fiancée que parent ses joyaux !

2 - « Comme la terre fait éclore son germe,
Et le jardin germer ses semences,
Le Seigneur Dieu fera germer la Justice
Et la Louange devant toutes les nations !

3 - « Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas,
Et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse
Que son Juste ne monte comme l’aurore,
Que son Sauveur ne brille comme la flamme !

4 -  « Et les nations verront ta Justice :
Tous les rois verront ta Gloire !
On te nommera d’un Nom nouveau
Que la bouche du Seigneur dictera !

5 - « Tu seras une couronne brillante
Dans la main du Seigneur,
Un diadème royal entre les doigts de ton Dieu !
On ne te dira plus ‘Délaissée’,
À ton pays, nul ne dira ‘Désolation’ !

6 - « Toi, tu seras appelée : ‘ma Préférence’ !
Cette Terre se nommera : ‘l’Epousée’ !
Car le Seigneur t’a préférée,
Et cette Terre deviendra :’l’Epousée’ !

7 - « Comme un jeune homme épouse une vierge,
Tes fils t’épouseront.
Comme la fiancée fait la joie de son fiancé,
Tu seras la Joie de ton Dieu !
Parole du Seigneur ! »

Livre du Prophète Isaïe (chapitre 61-62)

Le Prophète (reprenant les stances du début, accompagnées, à chaque phrase, par un coup de cymbale)

- Jérusalem ! Cité du Roi David, Cité des Prophètes et Mère des Peuples !
- Jérusalem ! Cité du Dieu Unique et de toute Miséricorde !
- Jérusalem ! Cité des larmes et pourtant Cité de l’Espérance !
- Jérusalem ! Cité du Dieu Vivant, de la Paix et de la Joie !
- Pour notre Humanité, Appelée, Perdue et Retrouvée !

Voix off 

Le vieux monde est noyé dans les ténèbres (bis)
Tous les Peuples s’avancent dans la Nuit ! (bis)
Mais chez Toi, le Seigneur un jour viendra ! (bis)
Et sa Gloire sur Toi rayonnera ! (bis)
Jérusalem ! Réveille-Toi ! Jérusalem ! Réveille-Toi !
Au Souffle de l’Esprit…
En toi, tout homme est né…
Quelle paradoxale Vérité, si laborieuse à mettre en œuvre !
Seigneur, fais de nous tous des artisans de Paix,
Seigneur, fais de nous tous des bâtisseurs d’Amour,
Pour cette Humanité appelée, perdue et retrouvée !

 

25/ « Céleste Jérusalem » Chant d’envoi

R/ Notre cité se trouve dans les cieux,
Nous verrons l'épouse de l'Agneau,
Resplendissante de la gloire de Dieu,
Céleste Jérusalem.

1 - L'Agneau deviendra notre flambeau.
Nous nous passerons du soleil.
Il n'y aura plus jamais de nuit
Dieu répandra sur nous sa lumière. R/

2 - Dieu aura sa demeure avec nous,
Il essuiera les larmes de nos yeux,
Il n'y aura plus de pleurs ni de peines,
Car l'ancien monde s'en est allé. R/

3 - Et maintenant, voici le salut,
Le règne et la puissance de Dieu,
Soyez donc dans la joie vous les cieux,
Il règnera sans fin dans les siècles. R/

 

 

27.11.2019

Toucher la paix, la partager, la rayonner : Le mystère de la Visitation

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Réunion de prières interreligieuse 

Artisans de Paix - Novembre 2019

 

Toucher la paix,
la partager, la rayonner :

Le mystère de la Visitation

 

Au cours de la semaine de l’amitié islamo-chrétienne (SERIC), le 25 novembre 2019 a eu lieu la 29ème Réunion interreligieuse de prières d’Artisans de Paix à la Zaouia Soufie Naqshbandi de Richarville (Essonne), dont voici le déroulé[1]. Cette rencontre avait pour thème Toucher la paix, la partager, la rayonner.

                  Comme chargée de mission de la Fraternité eucharistique catholique d’Artisans de Paix, j’ai choisi d’évoquer le mystère de la Visitation relaté dans l’Évangile de Luc. Le Mystère de la Visitation est la figure de toute vraie rencontre et mystère de l’hospitalité réciproque, pour Christian de Chergé (prieur des 7 moines trappistes de Tibhirine assassinés en Algérie en 1996, et l’un des 19 martyrs religieux des Années noires en ce pays. Béatifiés à Oran, le 8 décembre 2018). L’extrait d’un de ses textes à ce sujet est reproduit ci-après (III - Partager la paix).

                  Pour commencer, je vais à la source de la paix dans le Premier Testament, avant d’introduire à l’Évangile de Luc dans le Nouveau Testament. Survolons donc le texte biblique qui évoque la paix et se fait annonciateur du Prince de la Paix…

Sandrine Treuillard

 

I - La paix depuis la Genèse      Dans le Premier Testament

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or, la terre était informe et vide. Les ténèbres couvraient l’abîme, et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux. »[2] Ces mots sont les premiers de la Bible, dans le Livre de la Genèse. Dieu s’apprête à créer la lumière et toute sa Création. « Le souffle planait sur les eaux »[3] : la paix, l’harmonie primordiale de la Création régnait sur elle.


1 - La paix : un fruit de l’Esprit


Esprit de Dieu planant sur les eaux Enlum Bible Sens 14è.jpgRevoyons cette image, plus loin dans la Genèse : la colombe, après le Déluge, rapporte en son bec un rameau, signifiant par-là que la terre ferme et verdoyante a réapparu à sa surface, que le courroux de Dieu avait inondée. Dieu s’était en effet repenti d’avoir créé l’homme qui, bien qu’à son image mais libre, devînt très indisposé à le suivre dans la voie du Bien. Avec le Déluge, Dieu voulut reprendre sa Création, comme le peintre lors d’un repentir efface une partie du tableau et corrige le geste d’une main, par exemple. Dès la Genèse, la colombe représente l’Esprit. Comme lors du geste créateur de Dieu, elle apparaît à Noé, au-dessus des eaux dont l’arche est environnée.

            La colombe en vol, tenant en son bec le rameau, représente la paix comme fruit de l’Esprit. Quand l’Esprit survolait les eaux, aux commencements de la Création, ce souffle était la paix originelle elle-même. La paix a quelque chose de la Sagesse et de la pureté divine. Dieu l’a placée au cœur même de la Création, c’est-à-dire de toute créature, de la nature, y compris au cœur de l’homme créé à sa ressemblance, à son image. La paix est constitutive de la Création. Elle est consubstantielle au Créateur. C’est l’harmonie spirituelle de Dieu avec toute sa Création.

            La paix, c’est Dieu lui-même. C’est d’ailleurs un des noms de Dieu invoqué par les musulmans dans la prière du Dikhr…


2 - Le Verbe fait chair : Prince de la Paix


Le Verbe a planté sa tente parmi nous.jpgDès 740 avant notre ère, dans le premier Testament, le prophète Isaïe annonce la naissance du Christ. Il y est désigné comme Prince de la Paix :

« Car pour nous un enfant est né, un fils nous est donné. Il exercera l’autorité royale ; il sera appelé Merveilleux Conseiller, Dieu Fort, Père à jamais et Prince de la Paix. Il étendra sa souveraineté et il instaurera la paix qui durera toujours au trône de David et à tout son royaume. Sa royauté sera solidement fondée sur le droit et sur la justice dès à présent et pour l’éternité. Voilà ce que fera le Seigneur des armées célestes dans son ardent amour. »[4] 

« Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). Par Jésus-Christ, Dieu vient restaurer sa Création, sa créature humaine pervertie par le péché depuis Adam. Par Jésus-Christ, Dieu fait œuvre de recréation et de paix pour la terre et les hommes qu’il aime. Par Jésus-Christ, Dieu vient dans l’histoire de l’humanité recréer l’homme à son image. Le Christ est contemporain du geste créateur de Dieu, quand « le souffle de Dieu planait sur les eaux », comme l’indique l’évangéliste Jean dans son Prologue : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui est ne s’est fait sans lui » (Jn 1, 1-3). 

            Le Christ est le Prince de la Paix. Il est le Fils de Dieu. Par et avec Jésus Christ, Dieu nous rend l'harmonie spirituelle de l’origine en apportant la restauration de notre relation avec Lui.

 
3 - La Paix du Christ

La Paix du Christ.jpgÀ la dernière Cène, avant sa Passion, Jésus donne sa Paix à ses disciples.
Jésus nous donne la Paix venue de Dieu son Père, comme la vie-même de Jésus est restauration de notre lien à Dieu le Père (c’est le sens de la Rédemption). Jésus la donne aussi sur la croix : « Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel » (Col 1, 19-20).
 

Esprit St au Cénéacle Pentecôte Paix du Christ.jpgAprès sa Résurrection, le Christ se manifestera et se montrera aux disciples réunis dans le Cénacle, en commençant par leur donner la paix. Quand Jésus donne sa paix, c’est celle de Dieu le Père qu’il nous transmet. La paix de Jésus, celle du Père et leur Esprit, c’est tout Un. Nous sommes là au cœur du mystère de la Trinité. La paix est cette vie qui circule entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Cette harmonie entre les trois personnes de la Trinité produit la paix. Celui qui la véhicule, c’est l’Esprit Saint.

            Depuis l’Ascension, quand Jésus-Christ a rejoint le Père dans le Royaume céleste, nous recevons la paix de Jésus par l’Esprit Saint. La messe est un moment important ou recevoir cette paix en communauté ecclésiale. Mais elle peut être reçue a tout moment, au contacte de la nature, dans la prière, la vie quotidienne, les rencontres… C’est toujours une manifestation de l’Esprit Saint.

II - Toucher la paix, la partager         Introduction à l’Évangile

            Pour évoquer cette paix dans l’Écriture Sainte, dans les trois états proposés (toucher, partager, rayonner la paix) par la présidente de notre association, Paula, j’ai choisi l’épisode de la Visitation, dans l’Évangile de saint Luc.

            Luc relate l’épisode que l’on nomme la Visitation dès le premier chapitre de son récit de la Bonne Nouvelle. La Visitation est la rencontre de Marie, qui vient de vivre l’Annonciation, avec sa cousine Élisabeth enceinte de 6 mois de Jean (le Baptiste). Pour aller à la Visitation, il faut cependant voir les circonstances de la conception de Jean (l’annonce à Zacharie) et celles de la conception de Jésus (l’Annonciation).  


1 - Toucher la paix             
L’annonce à Zacharie

Annonce à Zacharie.jpgAprès le prologue de son évangile, Luc décrit les circonstances de l’annonce de la naissance de Jean le Baptiste « qui sera rempli d’Esprit Saint dès le sein maternel ». C’est l’ange du Seigneur qui parle ainsi quand il apparaît au futur père, Zacharie, alors qu’il offre l’encens dans le sanctuaire. Zacharie et Élisabeth étaient un couple stérile et avancé en âge. Ils ont touché la paix. Ou plutôt : c’est la paix qui est venue les toucher et qu’ils ont reçue, avec la joie inespérée d’engendrer un fils, Jean (Dieu exauce), le Précurseur du Christ. La conception de Jean est donc le miracle de Dieu pour Zacharie & Élisabeth, et pour toute l’humanité.


2 - Toucher la paix             
L’Annonciation

Lumière Ventre Marie.jpgEn deuxième lieu, Luc l’évangéliste décrit l’annonce de la naissance de Jésus qu’on appelle l’Annonciation. Dans l’annonce faite à Marie, une vierge déjà promise à Joseph, l’ange Gabriel, lui dit qu’elle tombera enceinte du Fils du Dieu Très-Haut. Comme elle est d’abord bouleversée de voir entrer chez elle un ange, et lui adresser la Parole de Dieu, celui-ci lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. » Il la rassure, l’apaise par ces mots pour l’introduire au message qu’il lui porte de l’action de Dieu sur elle, en elle, et pour l’humanité : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » À la question de Marie « comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge ? », l’ange lui révèle que « l’Esprit Saint descendra sur elle, et que la puissance du Dieu très-haut la couvrira de son ombre. »

Embryon.jpgComme pour Zacharie & Élisabeth, Marie reçoit la paix de Dieu : pour elle-même et pour tous les hommes. Par le Verbe qui prendra chair en son corps, elle touche la paix, et portera le Prince de la Paix en elle avant de lui donner naissance. Aussitôt après avoir reçu les explications de l’ange, Marie se soumet à la volonté de Dieu par ce qu’on appelle son ‘Fiat’ : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » C’est par l’Esprit Saint que Dieu engendre son Fils en Marie. L’ange lui a annoncé qu’elle portera Jésus Christ, le Verbe fait chair, en elle. Jésus, le fils de Marie, est la paix en personne, de la part de Dieu, pour tous les hommes.


3 - Partager la paix        
La Visitation (Évangile selon saint Luc 1, 39-45)

Esprit Saint en Visitation.jpgL’ange la quitte et quelques jours plus tard, Marie se met en route pour rendre visite à sa cousine Élisabeth, dont elle a appris, lors de l’Annonciation, qu’elle était aussi enceinte depuis six mois. Et c’est l’épisode qui nous intéresse ici : la Visitation.

            C’est donc remplie de l’Esprit Saint, la vie de Jésus commencée en son sein, qu’elle part vers la montagne chez sa parente, Élisabeth. 



« 
39 En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.

40 Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

41 Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, 42 et s’écria d’une voix forte :

« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.

43 D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?

44 Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.

45 Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » »[5]

 

III - Partager la paix         Le texte    Le mystère de la Visitation

            de Christian de Chergé, est extrait de sa Retraite sur le Cantique des cantiques qu’il prêcha en 1990, à des Petites sœurs de Jésus (filles du bx Charles de Foucauld), à Mohammedia, au Maroc, dans le contexte où quelques chrétiens vivent au sein de la société musulmane. C’était 6 ans avant sa mort et celle des 6 autres moines de Tibhirine, en Algérie, dont il était le prieur. Ce texte est intitulé Le mystère de la Visitation par Christian Salenson qui a retranscrit d’après les enregistrements audio, commenté et publié toute cette Retraite sur le Cantique des Cantiques (éditions Nouvelle Cité, 2013).

            « Profiter de la fête de la Vierge pour revenir sur le mystère de la Visitation. Il est évident que ce mystère de la Visitation, nous devons le privilégier dans l’Église qui est nôtre. 

            J’imagine assez bien que nous sommes dans cette situation de Marie qui va voir sa cousine Élisabeth et qui porte en elle un secret vivant qui est encore celui que nous pouvons porter nous-mêmes, une Bonne Nouvelle vivante. Elle l’a reçue d’un ange. C’est son secret et c’est aussi le secret de Dieu. Et elle ne doit pas savoir comment s’y prendre pour livrer ce secret. Va-t-elle dire quelque chose à Élisabeth ? Peut-elle le dire ? Comment le dire ? Comment s’y prendre ? Faut-il le cacher ? Et pourtant, tout en elle déborde, mais elle ne sait pas.

            D’abord, c’est le secret de Dieu. Et puis, il se passe quelque chose de semblable dans le sein d’Élisabeth. Elle aussi porte un enfant. Et ce que Marie ne sait pas trop, c’est le lien, le rapport, entre cet enfant qu’elle porte et l’enfant qu’Élisabeth porte. Et ça lui serait plus facile de s’exprimer si elle savait le lien. Mais sur ce point précis, elle n’a pas eu de révélation, sur la dépendance mutuelle entre les deux enfants. Elle sait simplement qu’il y a un lien puisque c’est le signe qui lui a été donné : sa cousine Élisabeth.

            Et il en est ainsi de notre Église qui porte en elle une Bonne Nouvelle – et notre Église c’est chacun de nous – et nous sommes venus un peu comme Marie, d’abord pour rendre service (finalement c’est sa première ambition)… Mais aussi, en portant cette Bonne Nouvelle, comment nous allons nous y prendre pour le dire… Et nous savons que ceux que nous sommes venus rencontrer, ils sont un peu comme Élisabeth, ils sont porteurs d’un message qui vient de Dieu. Et notre Église ne nous dit pas et ne sait pas quel est le lien exact entre la Bonne Nouvelle que nous portons et ce message qui fait vivre l’autre. Finalement, mon Église ne me dit pas quel est le lien entre le Christ et l’islam.

            Et voici que, quand Marie arrive, c’est Élisabeth qui parle la première. Pas tout à fait exact car Marie a dit : As salam alaikum ! Et ça c’est une chose que nous pouvons faire ! On dit la paix : La paix soit avec vous ! Et cette simple salutation a fait vibrer quelque chose, quelqu’un en Élisabeth. Et dans sa vibration, quelque chose s’est dit… Qui était la Bonne Nouvelle, pas toute la bonne Nouvelle, mais ce qu’on pouvait en percevoir dans le moment. D’où me vient-il que… l’enfant qui est en moi a tressailli ? Et vraisemblablement, l’enfant qui était en Marie a tressailli le premier. En fait, c’est entre les enfants que s’est passé cette affaire là…

            Et Élisabeth a libéré le Magnificat de Marie. Et finalement, si nous sommes attentifs et si nous situons à ce niveau-là notre rencontre avec l’autre, dans une attention et une volonté de le rejoindre, et aussi dans un besoin de ce qu’il est et de ce qu’il a à nous dire, vraisemblablement, il va nous dire quelque chose qui va rejoindre ce que nous portons, montrant qu’il est de connivence… Et nous permettant d’élargir notre Eucharistie, car finalement le Magnificat que nous pouvons, qu’il nous est donné, de chanter, c’est l’Eucharistie. La première Eucharistie de l’Église, c’était le Magnificat de Marie. Ce qui veut dire le besoin où nous sommes de l’autre pour faire Eucharistie : pour vous et pour la multitude… »

Esprit Saint en Visitation.jpg

IV - Rayonner la paix       Le chant 

Luc 1, 46-56 (Le Magnificat)

45 Marie dit alors :

« Mon âme exalte le Seigneur,

47 exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

48 Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.

49 Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !

50 Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

51 Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

52 Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

53 Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

54 Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

55 de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

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V - Toucher la paix, la partager, la rayonner      
Bénédiction finale

PSAUME 18 A

02 Les cieux proclament la gloire de Dieu,
le firmament raconte l'ouvrage de ses mains.
03 Le jour au jour en livre le récit
et la nuit à la nuit en donne connaissance.

04 Pas de paroles dans ce récit,
pas de voix qui s'entende ;
05 mais sur toute la terre en paraît le message
et la nouvelle, aux limites du monde.

Là, se trouve la demeure du soleil : +
06 tel un époux, il paraît hors de sa tente
il s'élance en conquérant joyeux.

07 Il paraît où commence le ciel, +
il s'en va jusqu'où le ciel s'achève :
rien n'échappe à son ardeur.

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                  Abdelkader Abdellaoui, Muqadam de la Zaouia de Richarville, nous a présenté la Sourate 18 pour évoquer la relation maître-disciple chez les soufis. J'y ai répondu par l'article de Roger Michel : Scandale du mal et patience de Dieu (Sourate 18) avec le texte de Christian de Chergé extrait de l'ouvrage : Le Verbe s'est fait frère - Christian de Chergé et le dialogue islamo-chrétien.[6]

                  Après les bénédictions mutuelles, pour conclure fraternellement cette réunion de prières interreligieuse, la Zaouia a offert au sept participants une soupe de lentilles parfumée à la coriandre. Enfin, les clémentines de culture biologique qu’avait apportées la bouddhiste de Nichiren, Claire Tardieu, nous désaltérèrent plaisamment. Le tout dans la chaleur du poêle et la présence des maîtres soufis Naqshbandis, dont nous croisions le regard dans les visages photographiés…

 

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N O T E S

[1] Déroulé de la Vingt neuvième Réunion de prières interreligieuse

Mots d’accueil d’Abdel Kader ABDELLAOUI, Muqadam de la Zaouia de Richarville et de Paula KASPARIAN, Présidente d’Artisans de Paix.

Psalmodie

À l’écoute des signes annoncés par nos textes fondateurs respectifs :

Bible : Sandrine TREUILLARD
Coran : Abdel Kader ABDELLAOUI
Sutras Bouddhique : Marc & Claire TARDIEU

Invocation musulmane, Dikhr

Contemplant le témoignage de ceux en lesquels ces textes ont pris corps :

Tradition chrétienne : Sandrine TREUILLARD
Tradition islamique : Abdel Kader ABDELLAOUI
Tradition Bouddhique : Jean-Luc CASTEL                                                                      

Chant chrétien

Devenant chacun et ensemble, prière vivante accueillant la Paix parmi nous, la recevant les uns des autres et nous La donnant les uns aux autres : à l’écoute du Souffle ténu qui prend corps parmi nous, se risquer à parler à Celui que certains appellent Dieu et que d’autres ne nomment pas, se taire si l’on préfère ; en tous les cas, recevoir et transmettre la lumière.

Offrande de prière bouddhique

Bénédictions et envoi : Témoins des Fraternités Artisans de Paix dont l’espérance prend corps parmi nous, donner à goûter la paix dans le monde d’aujourd’hui :

Fraternité eucharistique : Sandrine TREUILLARD
Fraternité islamique : Abdel Kader ABDELLAOUI
Fraternité bouddhique : Jean-Luc CASTEL, Marc & Claire TARDIEU

[2] Traduction de la Bible du Semeur, 2000.

[3] Traduction de l’AELF.

[4] Traduction de la Bible du Semeur, 2000.

[5] Traduction de l’AELF.

[6] Article de Roger Michel : Scandale du mal et patience de Dieu (Sourate 18) avec le texte de Christian de Chergé extrait de Dieu pour tout jour, Chapitres à la communauté de Tibhirine (1989-1996) : collection "Cahiers de Tibhirine" n°1, 2004, Abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle, p. 200 : Jeudi 20 juillet 1989 (Saint Élie), Élie et les pensées de Dieu… dans l'ouvrage : Le Verbe s'est fait frère - Christian de Chergé et le dialogue islamo-chrétienÉditions Bayard, 2010. Livre collectif avec des membres de l'ISTR de Marseille : Anne-Noëlle Clément, Christian Salenson, Sr Bénédicte Avon, Roger Michel.

Retrouvez ce texte sur la page enrichie
Artisans de Paix ou le désir de rencontrer l'(A)autre

et la sous-page
La Visitation :  Mystère de l'hospitalité réciproque
& f
igure de toute vraie rencontre - avec Christian de Chergé

03.11.2019

Esprit Saint en Visitation : Méditation sur la Visitation avec Christian de Chergé

Esprit Saint en Visitation
en correspondance avec Christian de Chergé

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                  C’est Jésus qui est dans le secret de Dieu [1].

             C’est Jésus qui est dans le sein de Marie, et c’est le secret de Dieu. Marie ne le sait même pas elle-même, même si elle en a reçu l’annonce. C’est Élisabeth qui le lui révèlera, alors qu’elle-même porte Jean depuis 6 mois et que Marie vient à peine d’être fécondée par l’Esprit. Elle porte le Verbe en elle qui n’est pas encore chair, puisque Jésus n’est humainement qu’une minuscule cellule. Déjà pleinement Dieu, étant le Verbe, pur Esprit de Dieu descendu en le sein de la Vierge. Marie en est là au moment de la Visitation.

            Jésus est en secret en Marie jusqu’à la Visitation. Poussée par l’Esprit reçu à l’Annonciation, Marie s’élance pour aller aider son aînée qui donnera naissance à un enfant dans trois mois. Elle pénètre le seuil de la maison de Zacharie et adresse le salut en ces termes : « La paix soit avec vous ! » C’est alors que dans la rencontre avec Élisabeth l’Esprit Saint révèle le mystère qui est en Marie par la bouche de sa cousine.


la visitation,christian de chergé,christian salenson,foi,christianisme,islam,esprit saint,magnificat,sandrine treuillard            Oui, le petit Jean en le sein d’Élisabeth tressaille d’allégresse au contact de l’Esprit dont est comblée Marie, et c’est la bouche d’Élisabeth qui le formule après que son être entier en ait été informé. Marie ne sent rien encore en son sein virginal, elle est tout emplie d’abord de la foi et de l’Esprit. L’Esprit Saint la couvrit de son ombre, il est venu dans les plis virginaux de ses entrailles. Jésus fait homme n’est pas encore charnel. Il est pur Esprit de Dieu en elle. Comme l’Esprit de Jésus est premier lors de la Création, son incarnation vient ensuite dans l’histoire humaine.

            Le petit Jean a vent de Jésus alors qu’Il n’est encore qu’Esprit. Jésus est conçu du Père par l’Esprit en Marie. Il est parole vivante de l’Esprit en Marie pour le petit Jean qui le reçoit donc d’abord comme Verbe, pur Esprit de Dieu. Cette réception du petit Jean se manifeste en joie, en tressaillements dans la matrice d’Élisabeth. La joie se communique ainsi à Élisabeth, pleine de reconnaissance. Car, avec la joie, Élisabeth reçoit un autre don de l’Esprit : la connaissance. Elle sait que Marie, devant elle, est la Mère du Sauveur…

            Quand Marie adresse la paix au seuil de la maison de Zacharie, le petit Jean reçoit directement la paix de Jésus Christ. Lui même empli d’Esprit Saint dès sa conception, le petit Jean reconnaît son Sauveur qui n’est encore qu’un amas de cellules, mais déjà une personne divine. En les deux femmes, Dieu est plus intime à elles-mêmes qu’elles-mêmes.  


la visitation,christian de chergé,christian salenson,foi,christianisme,islam,esprit saint,magnificat,sandrine treuillardJean, en Élisabeth, est dans le secret de Dieu. Le Verbe en Marie se communique à Jean. C’est l’Esprit de Jésus communiqué au petit Jean qui fait parler à Élisabeth la langue de l’Esprit. Comme la paix qu’adresse Marie, d’abord, est Paix du Christ. La langue de l’Esprit reconnaît la vie de l’Esprit. Il y a là une circulation de l’Esprit du Verbe en Marie, à Jean en les entrailles d’Élisabeth, et de son sein tressaillant à sa bouche, d’où le souffle divin s’exhale et s’articule.

             Marie est traversée par cette circulation de l’Esprit qui va et vient en elle, depuis elle, et retourne vers elle faisant surgir à son tour ce souffle de vie divine : le Magnificat. Ce souffle de la Vie de Jésus, né du Père avant tous les siècles, repasse en elle par toutes les étapes depuis la création de l’homme, Adam, la naissance d’Israël. C’est la généalogie de Jésus en un formidable passage de l’Esprit. Elle clame et fait mémoire de la vie de l’Esprit de Jésus, premier-né avant toute créature, qui d’abord planait sur les eaux et planait sur toute l’existence humaine. L’Esprit du Christ a été insufflé dans l’histoire humaine du premier Testament.

            Marie dans son Magnificat fait l’anamnèse de la présence de l’Esprit de celui qui vient en elle. Elle devient témoin de tout le premier Testament et sa bouche, tout son être empli de l’Esprit rend grâce de l’action de Dieu dans l’humanité. C’est l’Esprit de Jésus qui parle en elle. Sa langue est celle de l’Esprit. Elle récapitule en le Magnificat l’histoire sainte de son peuple avec Dieu. Cette récapitulation c’est le Verbe de Dieu qui s’articule par elle, en tout l’être de Marie, corps et âme. L’histoire sainte récapitulée en Marie, le magnificat, c’est la prononciation du nom de Jésus, la prononciation du Verbe qui vient s’incarner en elle pour toute l’humanité.  

            Jésus, en Esprit, est présent à toute l’histoire que récapitule Marie. Il est en gestation dans le sein du Père dès avant tous les siècles et dans les siècles précédents l’Annonciation. Né du Père avant tous les siècles, l’Esprit de Jésus vient. Jésus vient.

 

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Sandrine Treuillard
30 avril-1er mai 2019

Comment j’ai été amenée à écrire ce texte, voir en note [2]

 

[1] En correspondance avec le texte du Bx Christian de Chergé, extrait de la Retraite sur le Cantique des cantiques (présentée et commentée par Christian Salenson, éditions Nouvelle Cité, 2013) qu’il prêcha aux Petites sœurs de Jésus, à Mohammedia, au Maroc, en 1990.

              « Profiter de la fête de la Vierge pour revenir sur le mystère de la Visitation. Il est évident que ce mystère de la Visitation, nous devons le privilégier dans l’Église qui est nôtre. 

          J’imagine assez bien que nous sommes dans cette situation de Marie qui va voir sa cousine Élisabeth et qui porte en elle un secret vivant qui est encore celui que nous pouvons porter nous-mêmes, une Bonne Nouvelle vivante. Elle l’a reçue d’un ange. C’est son secret et c’est aussi le secret de Dieu. Et elle ne doit pas savoir comment s’y prendre pour livrer ce secret. Va-t-elle dire quelque chose à Élisabeth ? Peut-elle le dire ? Comment le dire ? Comment s’y prendre ? Faut-il le cacher ? Et pourtant, tout en elle déborde, mais elle ne sait pas.

                D’abord, c’est le secret de Dieu. (…) »

Voir aussi à ce sujet le texte de sœur Bénédicte Avon La visitation ou le mystère de la rencontre in Le Verbe s'est fait frère - Christian de Chergé et le dialogue islamo-chrétien, éditions Bayard (Spiritualité), 2010.  

[2] C’est le 16 février 2019, durant une retraite anamnèse avec la Communauté du Chemin Neuf, que je reçus le baptême dans l’Esprit Saint ou effusion de l’Esprit. C’était à genoux, au pied du tabernacle, dans la chapelle de ce qui fut le monastère des Dominicaines de Béthanie, à Saint-Sulpice de Favières, congrégation fondée par le bienheureux Jean-Joseph Lataste au XIXème siècle. En recevant l’effusion de l’Esprit, un frère et deux sœurs (de la Communauté du Chemin Neuf) qui priaient sur nous (nous étions deux femmes à recevoir ce baptême dans l’Esprit) eurent pour moi deux images, d’une part ; et d’autre part, de la Parole de Dieu, le début d’un psaume et un extrait d’évangile. C’est cet Évangile en saint Luc, chapitre 1, verset 39 à 45, qui décrit l’épisode de la Visitation. Alors même que cet Évangile était lu, à la fin, l’autre partie des retraitants qui était rassemblée devant l’autel de la chapelle, se mit à entonner : Magnificat… J’étais moi-même au comble de la joie avec Marie à la Visitation exultant son Magnificat.

                  Or, depuis décembre 2018, j’avais rencontré la spiritualité de Christian de Chergé par le Prier 15 jours qui lui est consacré, de Christian Salenson (éd. Nouvelle Cité). Le dernier chapitre (15ème jour) développe le mystère de l’hospitalité réciproque et la figure de toute vraie rencontre qu’est la Visitation, pour Christian de Chergé. Avec l’effusion de l’Esprit reçu le 16 février 2019 et l’Évangile de Luc 1, 39-45, ma proximité avec le bienheureux fut scellée. Je ne cesse de m’identifier à la Vierge Marie qui reçoit grâce sur grâce de la part de Dieu. La grâce de Dieu qui forme en moi le Verbe, qui incarne en moi le Christ, par son Esprit saint qui nous visite en ces temps qui sont les derniers. La grâce de la Visitation c’est de vivre le Christ en soi, c’est de vivre du Christ et de le reconnaître en l’autre. Mais, au moment des rencontres vraies nous n’avons pas conscience de vivre cela. Nous sommes abandonnés dans la Visitation. Nous ne savons pas à cet instant t que c’est le Christ qui vit en nous. Si nous le savions, nous ne le vivrions pas. C’est cela qui est le secret de Dieu. C’est sa discrétion. C’est seulement ensuite, en relecture de notre vie, que nous pouvons authentifier la présence du Christ en telle ou telle rencontre. C’est par cette sorte d’innocence que la rencontre est vraie, authentique. Une forme d’humilité, de simplicité dans la rencontre, en même temps que ce don généreux de soi dans l’accueil de l’autre, mais à notre insu. (Ajout du 2 février 2020, 15h, en la fête de la Vie consacrée, Monastère de la Visitation, chambre Saint Jean, Paris 14ème.)    

 

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La Visitation :  Mystère de l'hospitalité réciproque
& f
igure de toute vraie rencontre - avec Christian de Chergé

 

23.06.2019

La branche d'hysope - Les Larmes de Pierre & La Visitation

Méditation commencée avec la peinture reproduite en couverture de la Revue Magnificat du mois de mai 2019, Saint Joseph et Jésus enfant (v. 1650), par Sebastián Martínez (1615-1667), Madrid (Espagne), musée du Prado.

Sebastian Martinez (v.1650) - Prado.jpg

La branche d’hysope

            Je vois cette branche, peut-être d’hysope, droite comme un bâton et fleurie en son extrémité. Ce bâton que Joseph semble tendre à Jésus enfant d’environ 4 ans, qui lui, tend la main vers les raisins blancs de la corbeille de fruits. Finalement, si ces fruits symbolisent sa Passion à venir, défendus pour le moment par Joseph, son père adoptif, la branche droite fleurie semble indiquer qu’il sera le Bon Pasteur des brebis que nous sommes tous. Un mystère circule entre ces deux personnes de la sainte Famille. Le regard du petit s’accroche à celui de son père ; les joues roses esquissant la gravité naissante qui va peut-être s’exhaler, dans quelques secondes, de cette bouche, de ce petit nez, en pleurs de contrariété. Mais, la lumière caressante sur ce visage transfigure la naturalité de l’enfant, le bénit : lui donne une force surnaturelle et divine. Il ne pleurera pas — comme tout enfant l’aurait fait alors —, devant les fruits défendus, le bras tiré pour interrompre son geste de saisir un grain du raisin blanc, à sa portée. Ce visage est lui-même le fruit préféré du Père, qu’il a choisi d’illuminer de sa divinité.

            Oui, la main de Joseph prend fermement le bras du jeune Sauveur, tandis que ses yeux semblent déjà plongés dans une méditation profonde, au delà du quotidien, non pas à la surface des choses, mais « méditant chaque événement en son cœur », telle Marie qu’il a prise chez lui.

            Ces échanges de regard, ce mystère enveloppant les deux figures, cette lumière dorée — qu’on dirait d’un crépuscule, d’ombres accompagnée — c’est l’amour de Dieu fait chair et présent à l’humanité. Ce mystère des regards et de la lumière donne un relief particulier à ce bâton, droit et fleuri : surnaturel.

            Oui, c’est aussi l’annonce de sa Passion, la branche d’hysope au bout de laquelle une éponge gorgée de vinaigre sera plantée, dont les lèvres du Christ en croix seront imbibées, pour seul cruel breuvage à sa soif (Jn 19,29). Ces fleurs qui remplacent l’éponge vinaigrée, sont déjà la vie. Issies du souffle de la vie que le Ressuscité répandra sur ses disciples rassemblés dans la peur au Cénacle. Et déjà sur ceux présents au pied de la Croix quand, ayant rendu son souffle au Père, son Cœur sera transpercé ; d’où jailliront les fleuves de l’eau vive de son Esprit.

            Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Jn, 19,30)

 

Les Larmes de saint Pierre

            Et puis, voulant lire le commentaire de cette peinture par le rédacteur Pierre-Marie Varennes, en fin de la Revue Magnificat —que j’ai lu et qui m’a appris le sens des fruits vers lesquels la main de l’enfant est suspendue —, j’ai vu, d’abord, l’œuvre méditée sur la page de droite : Les Larmes de saint Pierre (v. 1612) par un autre espagnol, Juan Bautista Maíno, qui se trouve au Louvre.

            Oh lala ! Quelle merveille ! Avant de lire le texte, j’ai pleuré, à la vue de cette image si puissante et éloquente. Et, après avoir lu le texte, j’ai pleuré davantage.

Les Larmes de saint Pierre Juan Bautista Maíno.jpg

             C’est alors que j’ai repensé à ces moments si beaux avec le père orthodoxe Marc-Antoine Costa de Beauregard, à Avon chez les Carmes, le samedi 19 janvier dernier.

            Il nous était permis de lui faire parvenir de petits papiers avec des questions auxquelles il répondrait, dans le flux de sa parole sur le Grand Carême orthodoxe. C’est alors que je déchirai un morceau d’une page de mon petit carnet — celui que je porte toujours dans mon sac, au cas où —, et j’y inscrivis ceci : « Et les larmes de Pierre ? » Le père Emilian Marinescu, orthodoxe roumain qui avait invité le père Marc-Antoine, se retourna vers moi au crissement du papier, et je le lui tendis. Nous échangeâmes un clin d’œil. Quand il put le faire, il tendit mon petit bout de papier au père Marc-Antoine qui ne tarissait pas sur le sujet du merveilleux sens du carême orthodoxe.

            Il roulait le petit bout de papier entre ses doigts, tout en parlant. Tous les yeux étaient posés sur ses lèvres, sur sa barbe clairsemée de patriarche qui monte et descend sous sa bouche, quand il parle. C’est sa bouche qui produit tous ces souffles articulés et pleins d’amour…

            C’est alors que je fus doucement mortifiée… : ma question entre ses doigts, roulée, c’était un peu moi, mon ego pétri, signe de ma patience mise à l’épreuve… Allait-il enfin lire ma question avant que le papier ne devienne illisible ? Dans cette nonchalance — non pas négligence mais détachement — comme si ce papier était l’occasion d’un divertissement pour ses doigts, alors que sa parole inspirée poursuivait sa pensée —, ma patience était mise à l’épreuve, mon orgueil doucement humilié. Dans ce geste de rouler le papier entre ses doigts en un jeu sans fin répété, avec ma question inscrite Et les larmes de Pierre ?, mon ego en était secrètement mortifié : « Quand va-t-il lire ma question ? Va-t-il finir par la lire ou le bout de papier va-t-il passer directement à la corbeille ?… » Le diviseur était de la partie en moi, et personne d’autre ne le sut… Il m’empêchait de me concentrer sur ce que le père disait, focalisant toute mon attention sur cette ‘balayure’ de papier où mon ego se réduisit. Ce fut un véritable combat spirituel, en miniature…

            Mais enfin, il finit sa phrase — à plusieurs reprises il sembla finir sa pensée… La fois fut venue où ce fut la dernière phrase : il déroula le papier, ses yeux se posèrent enfin dessus. Il était à l’envers. Il dit : « Il est à l’envers ! ». Il a beaucoup d’humour, le père Marc-Antoine Costa de Beauregard. Il le retourna et le lut tout bas : « Ah ! les larmes de Pierre !… C’est très beau !… »  Et après un temps où il se laissa pénétrer par ce drame de Pierre, sa parole repris son cours de plus belle…

            Ouf ! J’étais soulagée, délivrée de mon bout de papier…

 

La Visitation

La Visitation d'Arcabas.jpgEn milieu d’après-midi, quand il dut repartir chez d’autres amis catholiques — en cette fin de semaine pour l’Unité des chrétiens —, je regardais les livres posés sur la table au fond de la salle — celui sur la confession orthodoxe attira mon attention. Le père Marc-Antoine allait partir, debout, dos à la porte. Je vins à lui, simplement. Et, tout aussi simplement, il m’embrassa en me prenant les mains. À ma grande surprise, il me fit ce baiser de la paix, sur les deux joues, avec ferveur et grande amitié. Ce baiser inattendu scella quelque chose au delà de nos personnes. Peut-être que saint Pierre y était pour quelque chose. En tout cas, la Paix de Notre Seigneur Jésus Christ y demeure encore… Car en Jésus Christ, vous êtes tous fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus (Gal. 3, 26-28).

            C’est ainsi que ce jour, dimanche du Bon Pasteur, me revient cette rencontre avec le père orthodoxe Marc-Antoine Costa de Beauregard et je la vois, cette rencontre, comme la figure de l’hospitalité réciproque en Jésus Christ, comme la Visitation recommencée entre la Vierge et sa cousine Élisabeth, si chère à Christian de Chergé.

            Dieu soit béni, éternellement, qui vit dans nos entrailles, celles de la foi !

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

 

Sandrine Treuillard
Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

Dimanche du Bon Pasteur, 12 mai 2019, Vanves

 

 

 

 

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10.06.2019

La pentecôte eucharistique commence à la Croix

Couv 1 pensée par jour PJ Eymard.JPGLe terme pentecôte eucharistique vient de saint Pierre-Julien Eymard qui l'emploie deux fois dans tous ses écrits, sans en préciser le sens. Sœur Suzanne Aylwin, Servante du Saint-Sacrement de la communauté de Sherbrooke (Canada), auteur de Une pensée par jour avec saint Pierre-Julien Eymard (éditions Médiaspaul, 2010), relève cet extrait où l'"on comprend ce qu’il entend par Pentecôte eucharistique" : 

« L'archange ne dit pas seulement à Marie : “Le Saint-Esprit viendra en vous”, mais il ajoute : “Il vous couvrira de son ombre” [Lc 1,35]. Dieu est un feu consumant [Dt 4,24]. Quand Dieu vient en nous, il y vient avec sa nature divine et si le Saint-Esprit n'était en nous comme un voile, nous serions à l'instant consumés. Qu'est-ce qu'une paille au milieu d'un grand feu ? Que sommes-nous dans la divinité ? Le Saint-Esprit, comme une nuée, tempère ces ardeurs, n'en laisse transpirer que ce qu'il faut. Il fait comme au mont Sinaï. Il nous est nécessaire dans nos rapports avec Notre Seigneur. Notre Seigneur est homme, je le sais, mais il est Dieu aussi et nous avons besoin du Saint-Esprit pour recevoir Dieu. » (PP 32,2) 

Pour ma part, je poursuis ma recherche pour rejoindre la pensée du Saint Esprit qu'avait le Père Eymard en méditant ce terme de Pentecôte eucharistique. Voici :

« En cette fête de saint Maximilien-Marie Kolbe,
nous nous souvenons du repas où le Roi des martyrs offrit sa vie pour nous
et de la croix où il remet son esprit à son Père. »

Sur la Croix, Jésus expire son Esprit entre les mains de Dieu le Père : son Âme monte au Ciel dans la kénose, et dans le même temps, quand le soldat romain transperce son Côté, le Sang et l’Eau s’écoulent de son Cœur pour la Terre et tous ses habitants.

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Jésus-Christ est le médiateur sur l’ostensoir de la Croix. Cette Croix si visible sur le mont Golgotha a fait le vide autour d’elle pour ne laisser que Jean, Marie, les soldats et les deux autres larrons à son pied. Il est visible sur sa Croix mais personne ne le voit que Marie-Madeleine et quelques femmes avec Jean et Marie. Á la fois exposé aux yeux de ceux qui osent voir son supplice, et si humble. Je ne parviens pas à exprimer ce contraste que je perçois de l’humilité du Christ sur la Croix exposée. Ce qui attire à Lui tous les hommes, c’est son humilité qui est tout intérieure, dans la prière en union avec son Père. Je perçois l’amour dans cette humilité, je perçois le retrait de la prière sur la Croix. Il est là, dans le monde, avec nous et pour nous, mais Il n’est pas du monde. Il est en union avec Dieu le Père et c’est ce qui nous attire à Lui. C’est le lieu même de son retrait en Dieu qui nous attire à sa Croix. Ce n’est pas le supplice, ni même sa souffrance qui attire notre regard sur Jésus à la Croix. C’est la communion avec le Père qui nous attire. C’est cet amour que nous percevons à la Croix qui nous attire. Et c’est cet amour qui jaillit de la Croix que nous recevons. Cet amour sur la Croix nous le recevons dans la kénose du Christ quand son souffle le quitte pour le Père et que son Sang nous éclabousse de grâce. L’Eau aussi lors de la kénose de Jésus-Christ nous inonde de la lumière de son Esprit. Et nous recevons aussi son Âme quand Il rend l’Esprit, en expirant. Son Âme est répandue avec le souffle de l’Esprit dans son Sang et l’Eau issie de son Cœur sur nous. L’Esprit de vie qui planait sur les eaux au Commencement, c’est aussi l’Esprit de Jésus. Sur la Croix, l’Esprit Saint de toujours devient une personne de la Trinité, par la Vie du Christ qu’Il remet, rend à son Père et nous donne. La pentecôte eucharistique commence à la Croix. C’est quand la Terre reçoit le dernier souffle à la fois humain et divin du Christ. Á son dernier souffle, tout est accompli. Il se vide de Lui-même dans le don total. Sur la Croix, la communion trinitaire est parfaite, quand Jésus expire. Il nous distribue ses grâces en même temps qu’Il expire. Il rend à Dieu ce qui appartient à Dieu. Son Âme. Et de son Corps mutilé Il est donné tout entier aux hommes dans la merveille eucharistique de sa kénose où le don de son Sang et de l’Eau baigne dans la lumière de son Esprit. Son Âme est auprès du Père et pourtant, son Âme est partout depuis cette pentecôte eucharistique de la Croix. Elle rayonne depuis la Croix. Depuis la Croix nous pouvons la recevoir si nous levons les yeux vers elle. Son Corps saint ne cesse de nous inonder de sa grâce, de sa lumière d’amour. Lors de l’adoration eucharistique, nous adorons sa Croix. Nous ne cessons pas de recevoir son Esprit depuis la Croix, depuis ce moment de la Croix chaque fois que nous tournons notre visage vers Lui, Jésus Eucharistie.

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgSandrine Treuillard  —  Sury-ès-Bois, le 14 août 2017

Responsable de la Fraternité Eucharistique, de 2015 à 2018,
Branche laïque de la Congrégation du Saint Sacrement (sss), rattachée à la Chapelle Corpus Christi, 23 avenue de Friedland, Paris 8.

 

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Saint Pierre-Julien Eymard, Prophète de l'Eucharistie, un saint d'avenir

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Prier avec Hozana & la Communauté St Pierre-Julien Eymard - Prophète de l'Eucharistie 

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04.06.2019

Christian de Chergé, Pentecôte 1994 : Le « martyre » de l’Esprit saint à Tibhirine : Artisans de Paix - 28ème Réunion interreligieuse de prières

Voici le chant chrétien et les textes que j’ai choisis et lus/priés au milieu de mes frères et sœurs d’Artisans de Paix, le 2 juin 2019, au Monastère de l’Inspir des Sœurs Bouddhistes de Noisy-le-Grand (91). Le thème était l’Esprit Saint, préparant la Pentecôte du 9 juin. En note, le détail des participants et du déroulé de ces 2h15 de Réunion interreligieuse de prières.[i]

Sandrine Treuillard
Chargée de mission pour la Fraternité Eucharistique (catholique) d'Artisans de Paix

Logo Artisans de Paix.jpg

Viens Esprit Créateur

1 - Viens Esprit créateur, nous visiter,
Viens éclairer l'âme de tes fils ;
Emplis nos cœurs de grâce et de lumière,
Toi qui créas toute chose avec amour.

2 - Toi le don, l'envoyé du Dieu très Haut
Tu t'es fait pour nous le défenseur ;
Tu es l'amour, le feu, la source vive,
Force et douceur de la grâce du Seigneur.

3 - Donne-nous les sept dons de ton amour,
Toi le doigt qui œuvre au nom du Père ;
Toi dont il nous promit le règne et la venue,
Toi qui inspires nos langues pour chanter.

4 - Mets en nous ta clarté, embrase-nous,
En nos cœurs, répand l'amour du Père ;
Viens fortifier nos corps dans leurs faiblesses,
Et donne nous ta vigueur éternelle.

5 - Chasse au loin l'ennemi qui nous menace,
Hâte-toi de nous donner la paix ;
Afin que nous marchions sous ta conduite,
Et que nos vies soient lavées de tout péché.

6 - Fais-nous voir le visage du très Haut,
Et révèle-nous celui du Fils ;
Et toi, l'esprit commun qui les rassemble,
Viens en nos cœurs, qu'à jamais nous croyions en toi.

7 - Gloire à Dieu notre Père dans les cieux,
Gloire au Fils qui monte des enfers ;
Gloire à l'Esprit de force et de sagesse,
Dans tous les siècles des siècles.
Amen.

 

« Dès sa conception au IXè siècle, vraisemblablement par Raban Maur, cet hymne, le Veni Creator, n’a cessé de résonner dans la chrétienté, spécialement en la fête de la Pentecôte, comme une longue et solennelle invocation de l’Esprit Saint sur l’Église et sur toute l’humanité. Dans les églises chrétiennes d’Occident, l’avènement du XXIè siècle et du nouveau millénaire a été salué par ce chant solennel. Dès les premières décennies du second millénaire, il a inauguré chaque nouvelle année, chaque conclave et chaque concile œcuménique, chaque synode et chaque réunion importante de la vie de l’Église, chaque ordination sacerdotale et épiscopale et, par le passé, chaque sacre royal. » Raniero Cantalamessa, Introduction à Viens Esprit Créateur – Méditations sur le Veni Creator, Éditions des Béatitudes, 2008

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 14, 15-21

Jésus vient de laver les pieds de ses disciples. Lors de ce dernier repas au Cénacle avant sa Passion, il leur donne ses dernières recommandations et annonce l'héritage de l'Esprit Saint.  

Cœur Eucharistique de Jésus.jpg

15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. 16 Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : 17 l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. 18 Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. 19 D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. 20 En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. 21 Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »

 

Le texte d’un saint

Christian de Chergé (portrait de face).jpgPour ce morceau choisi dans la tradition catholique, je vais vous emmener dans un autre monastère : Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine, en Algérie. Nous sommes en 1994. C’est le prieur du monastère, Christian de Chergé, qui donne son homélie de la Pentecôte. C’est le début des années noires en Algérie (1992-2006). Dom Christian a déjà rédigé son testament spirituel en deux fois : à Alger, le 1er décembre 1993, « au moment où, après les attentats dans le métro de Paris et la prise d’otage des passagers d’un Airbus français qui s’était terminée dans le sang à l’aéroport de Marseille, le GIA (Groupe islamiste armé) demandait à tous les étrangers de quitter l’Algérie, les menaçant de mort. » Il termina la rédaction de son testament spirituel à Tibhirine, le 1er janvier 1994, après que « douze ouvriers Croates chrétiens aient été égorgés à Tamezguida, à quelques kilomètres du monastère et, » après que « durant la soirée du 24 décembre, six islamistes armés » se soient « présentés au monastère en présentant des requêtes et des exigences. Durant les jours suivants les moines avaient longuement réfléchi en communauté sur l’opportunité de rester ou de partir. Ils avaient finalement opté unanimement pour rester. Parmi les raisons de rester étaient leur solidarité avec la population locale. » (Citations de Armand Veilleux, ocso. Voir sa conférence La rencontre de l’Autre au cœur de la violence : Le message des sept moines de Tibhirine). 

            À la date de la Pentecôte, le 22 mai 1994, deux religieux français installés en Algérie ont déjà payés de leur vie, et le prieur fera mention de ses amis à la fin de son texte. Le 8 décembre 2018, à Oran, Christian de Chergé a été béatifié avec les 6 autres moines de Tibhirine, et les 12 autres religieux martyrs d’Algérie, assassinés entre 1994 et 1996.

            Cette homélie de Pentecôte commence avec de fortes allusions à la foi musulmane puisque Dom Christian avec toute sa communauté vit en terre d’islam, par choix, comme les 18 autres martyrs. À Tibhirine, il a fondé avec les musulmans spirituels locaux un groupe de réunion interreligieuse : le « Ribât es-Salam », le lien de la paix, qu’il évoque aussi dans ce texte.

 

Christian de Chergé,
in L’invincible espérance

Le « martyre » de l’Esprit saint
Pentecôte
22 mai 1994

     « C’est l’Esprit qui rend témoignage… »
                                                        1 Jn 5,6

 

            Pentecôte… au lendemain de l’’Aïd-el-Adhâ, de la « fête du sacrifice », de la « grande fête » (‘Aïd-el-Kebir). La Pentecôte aussi, une « grande fête » ! « Alors, qu’est-ce que tu sacrifies, qu’est-ce que tu égorges ? » me demandait un jeune du voisinage. On pourrait être tenté de répondre : j’offre la foule des TÉMOINS qui, depuis cet événement-là que nous célébrons, n’ont cessé de livrer leur vie pour l’annonce de l’Évangile, à l’exemple de leur Maître et Seigneur.

            En effet, la Pentecôte n’est-elle pas d’abord la grande fête du TÉMOIGNAGE, c’est-à-dire du « martyre » (en grec), ou encore de la « shahâda » (en arabe). Les apôtres étaient là, cloîtrés dans leur peur, mais fidèles à attendre en prière ce que Jésus avait promis. Et voici que les portes s’ouvrent. Un grand courant d’air dans tout leur être. Les langues se délient. Les cœurs s’élargissent aux dimensions du monde, réuni là et qu’ils ne voyaient pas. Bientôt Pierre prendrait la parole : « Ce Jésus… Dieu l’a ressuscité. Nous en sommes témoins » (Ac 2,32). Plus tard, il ajouterait la précision nécessaire qui avait échappé au premier moment tant ils ne faisaient qu’un avec la force neuve qui les portait à témoigner : « … nous sommes témoins de ces choses, nous et l’ESPRIT SAINT que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (Ac 5,32).

            Jésus leur avait annoncé : « Quand viendra le Défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra TÉMOIGNAGE en ma faveur. Et vous aussi – vous ensuite – vous rendrez témoignage » (Jn 15,26). C’est la Bonne Nouvelle, l’évangile de ce jour. Nous proclamons que l’Esprit saint nous a été donné, et nous témoignons qu’il témoigne en nous. C’est la « grande fête » du témoignage de l’Esprit, sans lequel le témoignage de l’Église, celui des apôtres, le nôtre, serait nul et vain. Nous célébrons le DON de ce Témoin qui n’en finit plus de se communiquer, de génération en génération, de langue en langue, de vie en vie, comme dans une course de relais, portant la flamme de l’Amour jusqu’aux extrémités des cœurs.

            Nous célébrons le « martyre » de l’Esprit saint. « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). C’est là le témoignage de Jésus, son mystère pascal. C’est là, de toute éternité, le témoignage de Dieu. Si l’Esprit saint est le « martyr » par excellence, c’est parce qu’il est le don vivant que le Père et le Fils se font mutuellement de tout ce qu’ils sont. Il est la VIE en Dieu, éternellement donnée, et désormais communiquée à la terre pour une nouvelle création impliquant le sang et la souffrance d’un enfantement laborieux.

            Il semble bien en dehors du temps ce premier « témoignage » de l’Esprit présidant à la genèse, dans la sérénité d’une construction parfaite. Tout était bon… il planait sur les eaux de ce baptême primordial, dans l’amour du Père où le Verbe éveillait toutes choses. Ce « martyre »-là était celui d’un bonheur partagé. Il ignorait la souffrance et le sang répandu. Il se suffisait à lui-même. Il s’inscrivait profond, comme un sceau, une image, une ressemblance. Encore aujourd’hui, il émerge parfois, trace vierge d’une grâce initiale dans un cœur d’enfant que le mal a pu effleurer sans le déflorer… 

            En Jésus, ce témoignage est ressuscité. L’homme est restitué à lui-même. De toutes ses forces, l’Esprit vient témoigner que c’est cela que le Père a voulu pour nous. Que c’est cela qu’il vient accomplir en nous, dans la patience de nos chemins cahotants. Et ce témoin est là, qui veille et ne désespère pas. Il sait qu’en tout homme le Christ se cherche et s’accomplit. « L’Esprit saint en personne atteste que nous sommes enfants de Dieu » (Rom 8,16). Il est le témoin qui suscite les témoins, il est le « martyr » sans lequel il n’y a pas de martyre. Lui seul peut authentifier le témoignage. Elle est sûre, cette parole de Jésus : « Ne vous faites pas de souci ! L’Esprit saint vous donnera de dire et de faire… » Et ce témoin, ce « shahîd », nous dit de ne pas se satisfaire d’une « shahâda » purement verbale : « Ils disent et ne font pas ! » Ce« shahîd » nous dit que le témoin se reconnaît à ses fruits. D’après saint Paul (2e lecture), voilà ce que produit le témoin quand son témoignage lui vient de l’Esprit : « Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité, maîtrise de soi. » (Ga 5,2 sq.). 

            Et l’Esprit lui-même nous invite aujourd’hui « à élargir notre regard pour contempler son action présente en tout lieu et en tout temps » (RM n°29)[1]. Nous pouvons tous en témoigner – et plus encore dans la situation douloureuse qui est la nôtre – nombreux sont autour de nous ceux qui triomphent des forces du mal et de désespérance parce qu’il y a en eux paix et patience, humilité, justice, maîtrise et oubli de soi… Ils sont cachés, comme l’Esprit en Dieu ; l’Esprit n’a pas de voix… Quand ils émergent, c’est parce que nous avons besoin de bornes témoins sur notre chemin. Ainsi, le cheikh Bouslimani : militant islamiste, et aussi cheville ouvrière d’une sorte de « Caritas » musulmane. Sollicité par des extrémistes de donner une fetwa (un jugement) autorisant la violence au nom de l’islam, il a préféré l’arrestation, la torture et finalement la mort. Pour nous tous, il est un témoin, parce qu’il n’a pas voulu pécher « contre l’Esprit saint ». Nous attestons que son « martyre » vient de l’Esprit, et nous proclamons que ce savant du droit musulman a partagé la grâce des simples et des tout-petits qui est de rendre témoignage à la vérité. 

             Ainsi l’islam ne se trompe pas lorsqu’il inscrit le nom de « shahîd » parmi les 99 plus beaux noms de Dieu. Dieu est le témoin par excellence. La spécificité de ce Témoin-là, dit le Coran, c’est qu’il se suffit à lui-même (8 fois dans le Coran). Cela veut dire qu’il n’y a pas besoin « de deux ou trois témoins » quand c’est Dieu qui témoigne. En fait, ce témoin unique, c’est l’Esprit saint ; et voici qu’il témoigne qu’en Dieu les témoins sont deux, le Père et le Fils ! Il s’offre à nous comme le témoin de l’un et de l’autre, et c’est sa façon de nous introduire dans l’amour qui unit l’un à l’autre. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », atteste le Père, mais c’est l’Esprit qui nous le fait entendre. « Abba ! Père ! » atteste le Fils, mais c’est l’Esprit qui le murmure, en lui comme en nous. Sa Pâque à lui, c’est de passer de l’un à l’autre dans un total oubli de soi.

            Car le signe particulier de ce témoin, nous dit Jésus, c’est « qu’il n’a rien en propre, rien à lui » (Jn 16, 13 sq.). Tout, il le reçoit ; tout, il le donne, sans rien retenir. Le témoignage de l’Esprit, c’est l’esprit de pauvreté. Il faut avoir un cœur de pauvre pour être témoin selon l’Esprit saint. L’homme a été créé par Dieu, voulu par le Père, avec ce cœur-là, un cœur de fils. La Pentecôte c’est renaître à cette vocation. Ces apôtres apeurés que nous voyons confinés en prière, ils ont fait ce chemin-là qui est de se reconnaître démunis face à une mission trop grande pour eux, de tout attendre de Dieu jusqu’au premier mot de leur témoignage, d’attendre Dieu de Dieu, pour que ce soit Lui qui témoigne. Et le miracle va naître de la rencontre de deux pauvretés, celle des apôtres et celle de cette foule qui est là, dans l’attente. Dans cet événement tout le monde semble témoigner, chacun dans sa langue, et selon sa grâce propre.

            Si nous pensons à notre frère Henri et à notre sœur Paule-Hélène[2] – et comment ne pas y penser ? –, nous savons que leur témoignage ne peut se passer de ceux qu’en disent tous ceux qui ont longuement bénéficié de leur vie si vraiment donnée. Ils étaient venus, l’un et l’autre, avec un cœur de pauvre, prêts à accueillir, et ils ont confessé avoir beaucoup reçu de cette foule de gens pauvres qui les pleurent avec nous, témoignant qu’ils doivent beaucoup. L’Esprit faisait ainsi le « lien de la paix », et c’est lui qui nous aide à vivre leur sacrifice comme une Pentecôte en proclamant sur eux et avec eux « les merveilles de Dieu ».

            Je laisse la parole à Henri, lors d’une réunion de notre ribât, il y a un an : « Nous sommes tous habités par l’Esprit… Dieu chemine avec ce peuple, avec cette religion, mais je ne comprends pas (je suis comme Marie). Je suis en recherche de ce plan. Je me laisse questionner, et je questionne. Je déstabilise un peu l’autre, et l’autre me déstabilise. Il faut toujours essayer de découvrir ce qu’il y a de positif en chacun, et l’encourager. Être veilleurs, c’est être éveilleurs, c’est aider les gens à vivre selon l’Esprit. »

 

Bénédiction finale

Psaume 132 (133)

Oui, il est bon, il est doux pour des frères
de vivre ensemble et d’être unis. 

On dirait un baume précieux,
un parfum sur la tête,
qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron,
qui descend sur le bord de son vêtement. 

On dirait la rosée de l’Hermon
qui descend sur les collines de Sion.
C’est là que le Seigneur envoie la bénédiction,
la vie pour toujours.

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Retrouvez ce texte parmi ceux de la page enrichie 
Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

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[i] Constitution de l’assemblée :

Mots d’accueil de Sœur GIAC NGHIEM, Prieure du Monastère de l’Inspir
Et de Paula KASPARIAN, Présidente d’Artisans de Paix

Chant chrétienSandrine TREUILLARD

A l’écoute des signes annoncés par nos textes fondateurs respectifs :

L’un et l’autre Testament : Sandrine TREUILLARD
Coran : Théophile (Ahmad’Ali) de WALLENSBOURG
Sutras Bouddhique : Sœur GIAC NGHIEM

Invocation musulmane, Dikhr
Théophile (Ahmad’Ali) de WALLENSBOURG

Contemplant le témoignage de ceux en lesquels ces textes ont pris corps :

Tradition chrétienne : Sandrine TREUILLARD
Tradition islamique : Théophile (Ahmad’Ali) de WALLENSBOURG
Tradition Bouddhique : Sœur GIAC NGHIEM

Offrande de prière bouddhique
Jean-Luc CASTEL et Vincent PILLEY

Devenant chacun et ensemble,  prière vivante accueillant la Paix parmi nous,
La recevant les uns des autres et  nous La donnant les uns aux autres :

À l’écoute du Souffle ténu qui prend corps parmi nous,
Se risquer à parler à Celui que certains appellent Dieu
et que d’autres ne nomment pas,
Se taire si l’on préfère ; en tous les cas, recevoir et transmettre la lumière.

Offrande de prière bouddhique
Moniales du MONASTÈRE DE L’INSPIR

Témoins des Fraternités Artisans de Paix dont l’espérance prend corps parmi nous,
Donner à goûter la paix dans le monde d’aujourd’hui, bénédictions et envoi :

Fraternité eucharistique : Sandrine TREUILLARD
Fraternité islamique : Théophile (Ahmad’Ali) de WALLENSBOURG
Fraternité bouddhique : Sœur GIAC NGHIEM et ses Moniales

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[1] Redemptoris Missio : Lettre encyclique du pape Jean-Paul II, du 7 décembre 1990.

[2] 8 mai 1994 : Sur les hauteurs de la Casbah, à Alger, se tient un ancien palais oriental. C’est là qu’est aménagé la bibliothèque Ben Cheneb, fréquentée par des étudiants. L’établissement est confié à la direction du frère Henri Vergès, mariste, ex-professeur de mathématiques. Il est assisté de la sœur Paule-Hélène Saint-Raymond, Petite Sœur de l’Assomption, autrefois ingénieur à l’institut français du pétrole et ancienne de l’école Sainte-Marie de Neuilly. Trois agresseurs en tenue de policiers font irruption dans la bibliothèque et les abattent. L’imam de la mosquée locale dénonce ce crime et est assassiné à son tour. (source : Famille chrétienne n° 2134)

 

27.04.2019

Les sept Demeures spirituelles d'Artisans de Paix

Logo Artisans de Paix.jpgLe 23 avril 2019, à La Maison Soufie de Saint-Ouen, a eu lieu la première exploration des Sept Demeures spirituelles d’Artisans de Paix. Les participants étaient réunis en cercle. C’est Paula Kasparian, présidente de l’association, qui commençait par décrire chaque Demeure, à l’aide du discernement spirituel de sa propre expérience sur ce chemin dont elle témoigne - et dont elle est l’initiatrice (voir les 33 premières minutes filmées). Une fois la Demeure présentée, je lisais le passage évangélique correspondant que j’avais choisis, en l‘introduisant dans son contexte au préalable. Puis, les personnes présentes de confessions musulmane, bouddhiste, chrétienne… réagissaient, partageant une expérience, une lecture, un songe même… Enfin, le carme d’Avon, Philippe Hugelé, présentait la Demeure correspondante du Château de l’Âme de Thérèse d’Avila.
Ce jour-là, nous avons pu pénétrer jusqu’en la 4ème Demeure. À une date ultérieure qui sera précisée, nous poursuivrons jusqu’en la septième.

Voici le texte avec lequel je suis venue à La Maison Soufie. J’ai souhaité conserver les gras et les italiques dans cette publication pour vous montrer aussi une méthode de travail, celui de la diction, de la transmission orale du texte dans ce contexte du partage. C’est pour moi une manière de partition où je différencie dans le souffle, le timbre et le ton de ma voix ce qui est gras, italique ou régulier.

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Je commence cette exploration en vous lisant un extrait de Quand tu étais sous le figuierd’Adrien Candiard. Il y est question de vocation, de l’écoute attentive du vrai désir que Dieu a mis en nous. ”Être sous le figuier” signifie ”lire l’Écriture sainte”, se laisser pénétrer par la parole de Dieu. Quand Paula a lu ce texte, elle m’a dit que c’était le ton exact de la première Demeure de son “Livre des grâces“.

Aussi, c’est votre écoute attentive et particulière à chacun, tout intérieure, que je sollicite, à la lecture des passages que j’ai choisi, pour vous entraîner dans ces Demeures spirituelles. Par cette écoute, l’Esprit de Dieu nous parle.


Adrien Candiard
écrit : « On trouve de tout dans ses désirs : de la jalousie, de l'ambition, du désir sexuel Mais il s'agit de passer de ses multiples désirs au désir le plus profond, le vrai, celui qui nous permettra de hiérarchiser tout le reste. Il n'y a pas deux amours, comme il n'y a pas deux royaumes de Dieu. Et pardonnez-moi d'insister : il n'y a pas deux désirs. Bien sûr, des désirs, nous en avons des dizaines, qui s'opposent, qui se font la guerre, qui se concurrencent. Mais nous n'en avons qu'un véritable, et c'est celui-là que nous devons suivre. Accompagner une vocation, ce n'est pas se demander ce que Dieu veut pour la personne ; c'est l'aider à se demander ce qu'elle veut au fond d'elle-même, ce qu'elle veut réellement. Parce qu'en réalité, c'est la même chose. Nous n'avons pas de meilleurs indicateurs de la volonté que l'écoute attentive du vrai désir qu'il a mis en nous, et que personne ne connaît sinon nous-mêmes.

Je sais bien que nous nous méfions de nous-mêmes, et nous avons souvent raison de le faire. Alors méfiez-vous de vous-mêmes tant que vous voudrez, mais faites confiance à Dieu. Il sait ce qu’il fait, lui. Il ne nous a pas créés distraitement, un peu trop vite, sans faire attention. Il faut faire confiance à l’acte créateur.

Discerner notre vocation, réaliser notre vocation, vivre une vie chrétienne, c’est apprendre à nous libérer du poids de nos fantaisies, de nos envies du moment, de nos tocades, pour nous concentrer sur notre désir le plus vrai, celui qui nous constitue et nous fait avancer, celui qui nous appelle vers le bien. Celui auquel le Christ faisait allusion quand il nous a dit, à nous aussi : Quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu.

Que ta volonté soit faite, Seigneur. Ta volonté, c’est-à-dire la mienne, c’est-à-dire celle que tu as placée en moi, et qui ne me laissera jamais tranquille, tant qu’elle ne m’aura pas conduit jusqu’à toi. »

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  1. Première Demeure : Un immense Désir : l’Amour fort comme la mort. C’est en suivant cette Aspiration que l’on va vers soi-même

Je vais vous lire l’appel particulier, la vocation de Nathanaël dans l’Évangile de Jean. Quand Jésus appelle ses disciples à le suivre, il dévoile en chacun la ressemblance, cette image de Dieu originelle enfouie en tout homme. Jésus les regarde du regard d’amour inconditionnel de Dieu dont il est lui-même l’image parfaite et sans péché : Dieu fait homme. Quand Jésus dit : ”Je t’ai vu”, toute la miséricorde de Dieu son Père s’exprime. C’est le « je te connais », « je t’aime », « tu as du prix à mes yeux » du Premier Testament, dans la bouche de Jésus. Pas seulement dans son regard et sa bouche mais aussi dans ses gestes, ses attitudes, ses silences, ses retraits, ses réserves. Jésus, corps et esprit, manifeste l’amour de Dieu pour chacun. Écoutons : 

La vocation de Nathanaël (Jn 1, 45-51) : « Philippe trouve Nathanaël et lui dit : « Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. »

Nathanaël répliqua : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe répond : « Viens, et vois. »

Lorsque Jésus voit Nathanaël venir à lui, il déclare à son sujet : « Voici vraiment un Israélite : il n’y a pas de ruse en lui. »

Nathanaël lui demande : « D’où me connais-tu ? » Jésus lui répond : « Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. »

Nathanaël lui dit : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël ! » 

Jésus reprend : « Je te dis que je t’ai vu sous le figuier, et c’est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. » Et il ajoute : « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. » »

Quand Jésus dit qu’« il n’y a pas de ruse en Nathanaël », il signifie que Nathanaël cherche Dieu de tout son cœur quand il lit l’Écriture sainte. À la profession de foi de Nathanaël, Jésus nous fait la promesse d’une abondance de grâce spirituelle. Promesse d’un accomplissement en Dieu si nous marchons à sa suite.

  1. Deuxième Demeure : Le Combat spirituel

Le regard d’amour que Dieu pose sur tout homme, et la grâce qu’il en reçoit, sont toujours contrés par le Diviseur, Satan, le Démon… Dès sa naissance, Jésus, le Sauveur des hommes, est menacé de mort. D’où la fuite en Égypte et le massacre des Innocents. Toute sa vie terrestre le Christ vivra des combats spirituels contre le Prince de ce monde. Ils sont le gage de notre Salut et le Christ en sort toujours victorieux parce qu’il s’abandonne sans cesse à Dieu son Père. Même et surtout sur la Croix. Tout chrétien à la suite de Jésus, n’étant pas plus grand que son Maître, est aussi éprouvé, à sa mesure, et selon le dessein que Dieu a sur lui, tout au long de sa progression spirituelle. C’est l’or au creuset purifié par le feu. La qualité de l’amour se reconnaît à l’obéissance, en la remise confiante à Dieu dans l’épreuve.

Livre de l’Apocalypse (Ap. 12, 1-6) : « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement.

Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance.

Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place, pour qu’elle y soit nourrie pendant mille deux cent soixante jours. »

  1. Troisième Demeure : L’Illumination spirituelle

Jean le Précurseur, aîné de Jésus de 6 mois, n’a cessé de désigner Jésus comme étant plus grand que lui. Jésus, le Verbe, était à peine conçu dans le sein de Marie que Jean, dans les entrailles d’Elisabeth, a tressailli de joie lors de leur première rencontre (la Visitation). Jean désigne l’Agneau de Dieu à ses disciples qui iront, verront et demeureront avec lui. Mais au moment où Jésus demande le baptême de Jean, Jean ne comprend pas le dessein de Dieu sur le Christ. Jésus n’a certes pas besoin d’être baptisé. Mais Jean et nous avec lui avons besoin de percevoir ce signe surnaturel explicite de l’Esprit de Dieu sur le Christ. Le Baptême du Christ révèle l’entreprise qu’a Dieu pour nous, par Jésus. Sa chrismation nous illumine.[1]


Jean baptise le Christ
(Mat 3, 13-17) : « Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire.

Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il (Jean le baptiste) vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » »

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  1. Quatrième Demeure : Le Souffle de l’Offrande : le Souffle de l’Esprit Saint.

Avec le don de l’Esprit à la Pentecôte, reçu au Cénacle 50 jours après la Résurrection de Jésus-Christ, l’Esprit Saint permet aux Apôtres qui le reçoivent de témoigner de la Bonne Nouvelle du Ressuscité. L’action de l’Esprit Saint fait de la première communauté chrétienne l’Église témoin de Jésus-Christ, par toute la terre. Recevoir l’Esprit, c’est recevoir la force du Ressuscité pour l’annoncer.

Le don de l’Esprit (Actes 2, 1-8) : « Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble.

Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux.

Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? »

  1. Cinquième Demeure : L’élection

L’obéissance à l’Esprit Saint est la marque de cette union des volontés de Dieu et de l’homme. Toute élection est envoi en mission. Ainsi, Jean Baptiste, aussi appelé le Précurseur, est élu pour préparer la venue de Jésus, le désigner. L’action de Dieu sur toute sa vie se déploiera en ce sens. Dès sa conception, Dieu l’a choisi à dessein.

L’annonce à Zacharie (Lc 1,13-17) : L’ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée : ta femme Élisabeth mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean.

Tu seras dans la joie et l’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boisson forte, et il sera rempli d’Esprit Saint dès le ventre de sa mère ; il fera revenir de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ; il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé. »

  1. Sixième Demeure : Les fiançailles spirituelles

L’onction amoureuse, la douce ivresse de l’Esprit Saint reçu à l’Annonciation, pousse Marie à visiter sa cousine Élisabeth. La grossesse d’Élisabeth est bien avancée, puisqu’elle en est à son sixième mois. Jean bouge dans le ventre d’Élisabeth. Jésus n’est encore qu’une petite cellule, pur Esprit, Parole de Dieu élisant demeure en Marie. Le Bx Christian de Chergé, Prieur des moines de Tibhirine assassinés en Algérie en 1996, a développé une lecture très sensible du mystère de la Visitation, éminemment pertinente pour nous. « Mystère de l’hospitalité réciproque », la Visitation vue comme « figure de toute vraie rencontre », devient le paradigme de la rencontre interreligieuse entre le chrétien et le musulman. En effet, chacun porte en soi l’Esprit de Dieu. C’est l’autre qui reconnaît la présence de Dieu en celui qu’il rencontre. C’est l’Esprit qui circule, plein d’accueil et de charité, d’une personne à l’autre, et témoigne de la Présence de Dieu en soi, en l’autre.

La Visitation (Luc 1, 39-45) : En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.

Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : 

« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Ainsi, Marie entre dans la maison et adresse son bonjour : « La paix soit avec vous ! » « As salam alaikum ». Et Élisabeth révèle à Marie le mystère qui l’habite, grâce à l’action de l’Esprit saint en Jean qu’elle porte, qui lui-même a reconnu la présence de Dieu en Marie, à peine enceinte de Jésus. L’Esprit circule entre les êtres (et c’est cela l’interreligieux), ainsi animés d’amour et de reconnaissance. Nous pouvons imaginer que dans une accolade, un embrassement, elles échangent un baiser, ce lien de la paix. Ribât es Salâm, lien de la paix, est le nom du groupe spirituel instauré au monastère de Tibhirine avec les musulmans.

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  1. Septième demeure : Le mariage spirituel 

Restons dans la Visitation. L’Esprit circule entre les êtres ainsi animés d’amour et de reconnaissance. Dans la salutation de Marie, Élisabeth perçoit quelque chose de la merveille qui l’habite. Peut-être dans sa voix… L’Esprit circule dans les êtres, et des uns aux autres. Aussi et peut-être d’abord entre les deux enfants, en leur sein. Et, à la reconnaissance que formule Élisabeth de l’inhabitation de Dieu en Marie, de la bouche de Marie l’action de grâce jaillit. Un pur chant de l’Esprit où elle fait mémoire de l’alliance de Dieu avec son peuple, Israël, alliance qui se joue nouvellement en elle par l’Incarnation de Jésus. Ce cantique évangélique s’appelle Le Magnificat et est chanté aux vêpres, chaque jour. Toute âme chrétienne peut s’identifier à Marie portant en elle le Sauveur et l’exaltant. C’est la première eucharistie de l’Évangile : action de grâce, mémoire, acquiescement à la volonté de Dieu, communion, don de soi, louange. Marie a reçu Jésus, la Parole de Dieu qui advient en elle. Elle a couru par la montagne à la rencontre de sa cousine. Intérieurement, elle a eu tout le loisir de lui dire : « Viens ! ». Élisabeth le confirme dès son entrée dans la maison : Il est là. Dieu parmi nous, en nous. Il se manifeste par la bouche de Marie. Ce chant est la Joie incarnée. Douce et forte à la fois, une extase pleine d’harmonie. Une sortie de soi en communion avec Dieu et avec l’autre, dans le cercle de l’alliance.

 

Le Magnificat (Lc 1, 46-55) :

« Marie dit alors :

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !

Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. » »

 

Comme l’écrit Christian Salenson [dans Catéchèses mystagogiques pour aujourd’hui – Habiter l’Eucharistie (ch. Une vie eucharistique avec Marie)], Marie « lisait les Écritures », était pétrie de judaïté. Et elle a été « visitée par la Parole. Plus encore, elle va concevoir le Verbe de Dieu. La Parole va prendre corps en elle. »

De même, « l’Église, quand elle se met à l’écoute des Écritures prend le risque d’être enfantée par la Parole. Toi, quand tu lis les Écritures, tu es en situation d’annonciation ! Tu prends le risque que la Parole prenne corps en toi, « efficace et incisive plus qu’une épée à deux tranchants »[2]. La Parole peut pénétrer en toi jusqu’au plus profond de ton être, jusqu’aux « articulations »[3] de ton existence.
La Parole éternelle de Dieu ne désire rien tant que de s’incarner, de trouver une chair, que de prendre corps dans une existence comme elle a pris corps dans la Vierge Marie. »

artisans de paix,christianisme,islam,paula kasparian,sandrine treuillard,la maison soufie,esprit saint,adrien candiard,foi,consciencePar là, nous revenons à la première Demeure, à notre vocation de lire l’Écriture sainte pour y recevoir l’amour de Dieu. La boucle est bouclée. Ou plutôt, l’alliance se concrétise, le cercle s’anime du mouvement de la vie, du souffle de l’Esprit. Comme dans le labyrinthe de Chartres que reprend le logo de l’association, en le parcourant il nous semble par moment nous éloigner du centre. Mais c’est pour mieux y revenir, et s’en rapprocher. Car finalement, le centre demeure en nous. Dieu nous habite comme Marie est investie par l’Esprit à l’Annonciation. Mais nous en prenons conscience par vague, dans notre marche oscillante. Notre désir nous le rappelle. Et c’est lors de nos visitations, dans la vraie rencontre de l’(A)autre, que cette inhabitation nous est confirmée.

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Sandrine Treuillard
22 avril 2019, Lundi de Pâques

Chargée de mission de la Fraternité Eucharistique (catholique) d'Artisans de Paix

 

 

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[1] « Une fois remonté de la piscine des saintes eaux, ce fut la chrismation, l’image exacte de celle dont fut chrismé le Christ. Je veux dire l’Esprit Saint… Le Christ a été chrismé de l’huile spirituelle d’allégresse, c’est-à-dire de l’Esprit Saint appelé huile d’allégresse, car il est l’auteur de l’allégresse spirituelle. » Cyrille de Jérusalem, in 3ème catéchèse mystagogique.

[2] He 4,12

[3] He 4,12

 

Retrouvez ce texte sur la page enrichie
Artisans de Paix ou le désir de rencontrer l'(A)autre

et la sous-page
La Visitation :  Mystère de l'hospitalité réciproque
& f
igure de toute vraie rencontre - avec Christian de Chergé

 

 

27.03.2019

Les trois algériens de l’Annonciation et l'oiseau spirituel

Bonjour Élisabeth, Guy & Muguette, 

J'ai repris ce jour la lecture de votre blog Tibhirine 2019.

Merci pour le titre "Un peuple fabuleux", qui me touche beaucoup, car j'aime aussi l'Algérie, même si je n'y ai (encore) jamais mis les pieds.

J'ai un beau frère kabyle, Menad, et ma nièce, Esther, qui a 6 ans et 1/2, a du sang algérien pour moitié dans les veines ! En février dernier, elle y a fait son premier séjour.

J’ai reconnu l’allusion au texte du Père Armand Veilleux, la rencontre de l’Autre au cœur de la violence, dans le premier jour de votre An 2 à Tibhirine.

Demain, jeudi 28, je pars pour l'Abbaye de Hautecombe où a lieu, jusqu'à dimanche, une session œcuménique :

La vie de l'Esprit : une expérience de l'Unité.

Avant mon départ, je viens vous raconter ceci qui m'est arrivé il y a deux jours et noté dans mon journal spirituel, et que je mets un peu en forme ici, pour vous. J’intitule ce texte Les trois algériens de l’Annonciation.

 

albatros.jpgCe mardi 25 mars 2019, jour de l'Annonciation, il était midi quand je revenais d'une course dans les Hauts de Vanves. Arrivée au carrefour de la rue de la forge et à la naissance de l'allée aux arbres en fleurs, sur la place Kennedy, là, devant le Franprix, j’ai vu une voiture s’arrêter au niveau du passage-piétons alors que deux hommes en tenue de peintres en bâtiment s’y engageaient. Elle les laissa passer, tandis que le troisième homme était resté en arrière, sur le trottoir, une baguette de pain à la main. Il interpela les deux autres qui avaient ‘forcé’ l’arrêt de la voiture en s’engageant sur le passage-piétons. Lui choisit de laisser passer la voiture, puis rejoignit les deux autres en disant quelque chose que je perçus mal, ponctué d’un ‘kif-kif’. Ce faisant, j’avais moi-même traversé la rue de la forge, arrivant par la place de la République, étant passée devant l’église Saint-Rémy. Quand je m’engageai dans l’allée des arbres aux fleurs d’ivoire, je me suis retrouvée au même niveau que les trois travailleurs en bâtiment qui allaient prendre leur pause-déjeuner. Celui qui tenait la baguette et semblait doucement tancer les deux autres, m’adressa la parole. Il continuait ce qu’il leur adressait mais, soudain, il m’inclut comme témoin de sa pensée. La phrase qu’il disait en traversant la rue, tout en désignant de sa baguette ses deux compères, était : « Les algériens traînent toujours ! ». Il répéta cette phrase, cette fois à mon intention : « Les algériens, ça traîne toujours ! » avec son accent typique. C’est par mon visage que je lui ai répondu, par une moue, de surprise mêlée à ma tristesse, et à de la compassion, alors que je comprends très bien ce sentiment d’errance des immigrés et fils d’immigrés. Oui, ce sentiment d’errance m’est familier et je pensais en moi-même, tous ces gestes et ces pas se faisant, que moi aussi je suis encore en errance, pas fixée, française, oui, là, mais en attente de me fixer vraiment. Il a dit de très belles paroles, sans animosité. Des paroles teintées d’une sagesse populaire, d’une expérience que le temps a polie et rendue sage. Il put me dire qu’il était né en Espagne et que maintenant il vivait en France. Que les algériens sont comme des oiseaux*. Ils touchent la terre mais n’y restent pas. Il se confiait sans se lamenter, exprimait sa souffrance avec légèreté, et celle des siens. Je lui fis comprendre que je le comprenais. J’en avais moi-même gros sur le cœur, pour d’autres raison que les leurs, et, gardant tout à l’intérieur, sa peine toucha la mienne, la rencontra, la bonifia. Dans mon cœur, je lui répondais que moi non plus je ne suis pas fixée. Il disait que ‘nous les français’ nous sommes fixés et que ‘nous les algériens, on est comme des oiseaux’. Au bout de l’allée, comme j’allais traverser la rue pour continuer dans le Parc Pic, rentrant ‘chez moi’ (chez Philippe le jardinier, en fait, chez lequel je suis hébergée à titre gratuit, lui-même chrétien et miraculé de la guerre d'Algérie, porte-drapeau…), et lui bifurquant à droite avec ses deux compagnons de travail qui l’avaient devancé, je lui dis que, peut-être, un jour, j’allais aller moi aussi en Algérie… Et il me répondit : « Oui madame ! Inch ‘Allah ! » sans y croire lui-même, habitué à rêver la réalité pour la supporter, et moi y croyant tout de même un peu plus que lui. « Inch’ Allah ! » lui ai-je répondu à mon tour. Et il brandissait la baguette de pain, déjà un peu plus loin, en signe d’à-Dieu… Je n’ai pas eu le temps de lui dire que ma nièce était ‘kif-kif’ franco-algérienne, que j’avais eu un petit Augustin perdu en fausse couche ainsi nommé à cause du grand Augustin d’Hippone… Mais j’y ai pensé très fortement, et à toutes les strates de ma vie qui croisent des algériens ou des fils d’algériens connus de par mon passé, et d’autres au présent. Comme ceux de La Maison Soufie à Saint-Ouen.

Le lendemain matin, j’ai pensé à cette scène, et je l’ai écrite dans mon journal spirituel. C’était le jour de l’Annonciation. J’avais ‘le nez dans le guidon’, ce jour-là, pleine de tristesse. Ils étaient trois. Comme les trois hommes de passage par la tente d’Abraham, l’attendant sous l’arbre de Mambré, alors qu’il demanda à Sara d’aller préparer trois galettes…

Je ne pense pas que ces trois algériens soient spécialement religieux ; de culture et tradition musulmane, oui, mais sans doute pas pratiquants, dans notre société française laïcisée. Je ne pus m’empêcher de penser à Christian de Chergé, à Tibhirine, à mes lectures de Christian Salenson à son sujet et à ce désir qui m’habite de vivre le dialogue interreligieux tel que le Ribât es-Salâm, à Notre-Dame de l’Atlas, l’avait engagé, avec les leçons que nous pouvons en tirer pour continuer. Ici en France et en Algérie.  

perdrix.jpgCes trois algériens ont été trois oiseaux dont l’un m’effleura de son aile, de façon si proche, qu’il fit une mince entaille en mon cœur de petite perdrix française dont les traces des pattes s’effacèrent dans le Parc Pic, aussitôt passée…

Sandrine Treuillard
25-27 mars 2019, Vanves

 

* À l'écoute de cette émission du 21 avril 2019, Louis Pernot nous dévoile le sens de l'oiseau spirituel, à partir de la 21ème minute et 20 secondes. Je retranscris ses mots :

Commentaire du Psaume 55, verset 7 par le Pasteur Louis Pernot - émission Hébreu biblique du 21 avril 2109, sur Fréquence protestante.

Voici les 8 premiers versets (trad. AELF) de ce psaume de David 54 (55) (David signifie ”amour” en hébreu, nous précise L. Pernot).

02 Mon Dieu, écoute ma prière, n'écarte pas ma demande. *

03 Exauce-moi, je t'en prie, réponds-moi ; inquiet, je me plains.

04 Je suis troublé par les cris de l'ennemi et les injures des méchants ; * ils me chargent de crimes, pleins de rage, ils m'accusent.

05 Mon cœur se tord en moi, la peur de la mort tombe sur moi ; *

06 crainte et tremblement me pénètrent, un frisson me saisit.

07 Alors, j'ai dit : « Qui me donnera des ailes de colombe ? + Je volerais en lieu sûr ; *

08 loin, très loin, je m'enfuirais pour chercher asile au désert. »

09 J'ai hâte d'avoir un abri contre ce grand vent de tempête ! *

Le verset 7 est ainsi traduit de l’hébreu par Louis Pernot :

« Qui me donnera un plumage de la colombe afin que je m’envole et que je demeure ? »

Et il le commente ainsi :

            esprit saint,algérie,tibhirine,armand veilleux,artisans de paix,foi,sandrine treuillard,christianisme,islam,laïcité,communauté du chemin neuf« La colombe est un animal important dans la Bible. Malheureusement, souvent mal compris dans notre société actuelle, puisqu’aujourd’hui la colombe est le symbole de la paix. Alors que dans la Bible, la colombe renvoie en fait à Noé sur son arche qui laisse s’envoler l’oiseau. Donc la colombe - qui est en plus un corbeau, au début -, s’envole et à un moment donné elle revient avec un rameau d’olivier dans le bec, pour signifier qu’il y a de la terre ferme quelque part. Et à un autre moment elle s’en va et ne revient pas, ce qui prouve qu’elle a dû trouver un endroit où se poser. La colombe est donc là le signe du fait que l’épreuve est terminée. Et donc ”qui me donnera un plumage de colombe ?” ne signifie pas forcément que je puisse m’envoler moi-même (encore que… c’est ce qu’il dit après), mais que moi-même j’ai cette capacité à pouvoir signaler la fin de l’épreuve.

            Mais ce qui est intéressant c’est qu’il ne demande pas simplement une colombe pour lui indiquer que, en effet, le déluge ou l’épreuve s’arrête. Mais il veut lui-même être colombe et lui-même s’envoler et trouver une demeure loin de là où il est. C’est-à-dire qu’il veut lui-même être signe, peut-être, pour les autres, de la fin de l’épreuve. Parce que la colombe, elle sert pour les autres. La colombe n’est qu’un signe pour Noé. Et finalement peut-être que la solution est non seulement d’avoir pour soi un signe qu’il y a une terre ferme quelque part, qu’il y a une espérance, qu’”il y a un endroit où on pourra reposer ses pattes”, mais aussi de l’être pour les autres. Et c’est quand on l’est pour les autres qu’on l’obtient pour soi. C’est pourquoi le psalmiste dit là une chose absolument merveilleuse mais tout à fait originale. Il ne dit pas ”Envoie-moi, Seigneur, une colombe pour que je puisse savoir qu’il y a quelque part du repos”. Il dit : « Qui me donnera à moi d’être colombe ? », je dirais, sous entendu, pour les autres, c’est-à-dire que je puisse être effectivement signe de libération pour les autres. Et c’est quand on est signe d’espérance pour les autres que l’on peut, à fortiori, trouver de l’espérance pour soi.

esprit saint,algérie,tibhirine,armand veilleux,artisans de paix,foi,sandrine treuillard,christianisme,islam,laïcité,communauté du chemin neuf« Avoir les ailes de la colombe » c’est encore autre chose puisque si la colombe est le signe de cette libération dans la Bible, elle est aussi l’image du Saint Esprit. En effet, lors de la Création, il est écrit : « L’esprit de Dieu planait à la surface des eaux ». Le Saint Esprit est l’image de l’oiseau qui plane au-dessus de sa Création. C’est pourquoi la colombe, en particulier, est le symbole du Saint Esprit, de cette présence de vie qui plane en descendant du ciel vers la terre, c’est-à-dire de Dieu vers les hommes. (C’est pourquoi les protestantes sur leur croix huguenote portent cette colombe à laquelle elles sont toutes très attachées et qui représente le Saint Esprit.) Le psalmiste demande donc d’avoir les ailes de la colombe, c’est-à-dire d’être revêtu du plumage du Saint Esprit. Ça, c’est vraiment une très belle chose. En effet, on ne peut pas être soi-même l’incarnation de l’Esprit. L’Esprit, nous en bénéficions. Mais ce qu’il demande, c’est d’avoir les ailes du Saint Esprit et que grâce à ce plumage du Saint Esprit que Dieu peut nous donner, nous puissions nous envoler, c’est-à-dire nous rapprocher de Dieu et remonter vers Dieu plutôt que de rester dans la fange, dans la boue et dans l’épreuve de cette terre. Et c’est l’Esprit lui-même, le Saint Esprit de Dieu, cette puissance de Dieu, qui peut nous permettre de nous envoler pour monter vers Lui. Et là, il y a une théologie très sûre, qui n’est justement pas une théologie ni du mérite, ni de l’action propre de l’homme - c’est-à-dire théologie des œuvres qui pourrait dire ”sois sages”, « fais des bonnes œuvres”, ”repends-toi et à ce moment-là tu pourras t’élever vers Dieu” - mais il dit qu’il ne pourra s’élever vers Dieu que si Dieu lui donne les ailes de la colombe, c’est-à-dire que si Dieu lui donne les ailes du Saint Esprit.

            Nous ne pouvons donc nous élever vers Dieu que par l’aide de Dieu et non pas par nos propres mérites ou nos propres œuvres. Et, effectivement, « Qui donnera ? », bien entendu, c’est Dieu. On sait très bien qu’il n’y a que Dieu qui peut nous donner cette puissance de l’Esprit. Il dit donc « et enfin je m’envolerai », c’est-à-dire je vais pouvoir aller vers Dieu, m’élever vers Dieu, monter vers le ciel, « et je demeurerai ». Alors, où est-ce qu’il va demeurer ? Si l’oiseau s’envole où va-t-il demeurer ? Il va demeurer dans le ciel. Il ne va pas s’envoler pour aller demeurer par terre. Alors peut-être que ”demeurer dans le ciel” c’est justement faire sa demeure en Dieu. Et la meilleure chose qu’on puisse faire c’est demeurer dans la présence de Dieu et demeurer avec Dieu, comme Dieu également doit demeurer en nous. Cet aspect a été développé très longuement dans l’Évangile de Jean quand Jésus dit : « Afin que je demeure en toi et que tu demeures en moi, que mes disciples demeurent en moi, qu’ils demeurent en toi ». Ainsi, l’idée de demeurer en Dieu est la chose absolument essentielle.

            Maintenant, l’idée de demeurer en elle-même peut-être aussi de demeurer, c’est-à-dire de trouver un endroit où habiter, tout simplement. Parce qu’il peut y avoir un sentiment, dans celui qui est éprouvé, qu’« il n’a plus aucun endroit où reposer sa tête » et qu’« il ne trouve de repos nulle part ». L’éprouvé a besoin de trouver un endroit de repos, un endroit de confort et de tranquillité et ce lieu peut-être justement la présence de Dieu qui lui permet de demeurer. À moins que, justement, il s’envole et qu’il demeure, sous entendu, nulle part, parce que le Talmud dit qu’en fait la colombe ne se repose jamais, qu’elle ne trouve aucun endroit pour se reposer. Il paraît que certains oiseaux ne se posent jamais nulle part, qu’ils volent toute leur vie. Le Talmud avait remarqué cela, sans doute, et il dit que la colombe – ce n’est peut-être pas vrai de la colombe… - mais il dit que quand la colombe est fatiguée, elle replie une aile pour la reposer pour voler avec l’autre. Ce n’est sans doute pas très ornithologiquement juste, mais l’idée est assez belle : la demeure que propose le psalmiste, ce n’est pas de dire : ”je vais être peinard dans mon coin, ne plus bouger, ne plus rien faire et rester tranquille”, dans une sorte d’ataraxie, mais c’est une demeure en vol. Il va voler, aller vers Dieu, être en mouvement, et être en marche, et là va être sa demeure. Une demeure dynamique qui consiste à demeurer en Dieu en restant toujours en l’air avec Dieu et c’est ainsi qu’il peut trouver le repos auquel il aspire.

            Voilà donc la prière du psalmiste dans cette grande épreuve que nous avons évoqué dans le psaume 55, verset 7 et nous continuerons à partir du verset 8 la prochaine fois. »                       

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Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

09.03.2019

Genèse d'une rencontre d'Artisans de Paix

Voici le texte de présentation de la nouvelle page enrichie de La Vaillante :

Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

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Genèse d'une rencontre d' artisans de paix

 

            Le 19 janvier 2018, Paula Kasparian m’appela au téléphone pendant 1h47 où elle me présenta l’association Artisans de Paix (site : artisans-de-paix.org) dont elle est la présidente. Cette association de dialogue œcuménique et interreligieux, je ne la connaissais pas.

Genèse Livre des Miroirs Artisans de Paix.jpgLe 13 mars suivant, à l’occasion d’une soirée de conférences intitulées La communion des saints, horizon et fondement des Fraternités Artisans de Paix, je fis une présentation d’un livre écrit à 4 mains en 2014 (non édité) pour le dialogue islamo-catholique à partir de textes de la tradition respective des deux fois, Miroir catholique et Miroir musulman. C'est Camel Bechikh de l'association Fils de France qui m'avait mise en contact avec le futur auteur du Miroir musulman, spécialiste du soufisme, Slimane Reski. Le livre des miroirs, c’est son titre, a alors trouvé un espace où vivre cette rencontre des spiritualités avec Artisans de Paix. Ce soir du 13 mars 2018, l’enseignant en hagiologie de l’Institut Saint-Serge, Anatole Negruta, attisa ma curiosité sur la vision orthodoxe du saint Sacrement. (Ci-dessous : Dessin pour présenter la Genèse du Livre des miroirs)

Genèse Livre des Miroirs Artisans de Paix2.jpg

            Quelques temps plus tard, j’assistai pour la première fois aux vigiles du samedi à l’église orthodoxe Alexandre Nevsky de la rue Daru (Paris 8), où le geste des fidèles embrassant les icônes m’a beaucoup touchée, ainsi que les allers-venues du prêtre entre le Saint des saints et l’ensemble de l’église qu’il encensait abondamment dans les chants profonds des voix masculines russes.

          Le 2 juin 2018, j'assistais au concert en avant-première Les Voix de l'Unité dans la chapelle du séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux dont c'était les portes ouvertes et commandai l'album édité en septembre. Comme le dit la jaquette : "cet album est le fruit de l'amitié entre de futurs prêtres catholiques et orthodoxes : ceux du séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux et ceux du séminaire russe Sainte-Geneviève d'Épinay-sous-Sénart (Essonnes). Formant un même chœur, ils partagent leurs si riches traditions liturgiques et musicales." Ce très beau moment d'œcuménisme en action m'amène à souhaiter inviter le Père Alexandre Siniakov, recteur du séminaire orthodoxe russe, à venir nous parler de la vision orthodoxe de la Présence réelle au Saint Sacrement et celle de la présence sacramentelle dans les icônes. 
 

Ste Jeanne de France (anonyme).jpgLe 20 novembre 2018, nous avons eu une réunion de prière interreligieuse à La Maison Soufie de Saint-Ouen, un de ces précieux espaces où vivre la rencontre de nos spiritualités, où j’ai donné en partage ceci : Faire silence pour écouter - Prière de la Fraternité Eucharistique (catholique) d'Artisans de Paix. Le président de cette association est le maître soufi (Hajj) Abd El Hafid Benchouk, chargé de mission de la Fraternité Islamique d'Artisans de Paix.

 

 

            Le week-end suivant, nous avions la retraite interreligieuse annuelle des Artisans de Paix au Centre Spirituel Carme d’Avon, où a été confirmé mon désir de pénétrer dans les profondeurs de la spiritualité des orthodoxes, grâce à l’enseignement du Pasteur Alain Joly (chargé de mission de la Fraternité Eucharistique (luthérienne) d'Artisans de Paix). Le thème général de cette retraite était : À la suite d’Elie, écouter la voix du silence fin : entrer dans le geste éternel de la création. Le pasteur Alain Joly nous a fait découvrir, dans le texte grec, au début de la lettre de saint Paul aux Colossiens, l’hymne « Le Christ, premier-né avant toute création » (Col 1, 12-20).

Dans la joie, vous rendrez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière.

Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.

Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui.

Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui.

Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté.

Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

            Au cours de sa méditation de l’hymne, le pasteur a évoqué le Christ image de Dieu, « icône » en grec, qui désigne la substance. Et au milieu de l’hymne, le 55ème mot « sunestèkèn » signifie "se tient". Le Christ est l’accès à Dieu, sa récapitulation, l’agir du Christ qui tient tout. "En lui tout se tient". Dans l’hymne en grec, ce mot « sunestèkèn » est précédé de 54 mots, et 54 mots le suivent jusqu’au point final. Ce terme est donc le pivot du texte grec (souligné en rouge dans l’image ci-dessous) en harmonie avec le sens profond de « sunestèkèn » indiquant le Christ comme l’accès même à Dieu, en qui Dieu récapitule toute sa création, dont il est la tête.

Hymne Col 1,12-20.jpg

            Tandis que le pasteur nous révélait quelques-uns des mystères de cette hymne aux Colossiens, l’image d’une icône qui m’est familière (puisque je prie avec elle tous les matins) s’invita à mon esprit et prit toute la place. En fin d’enseignement le pasteur nous lut un extrait du livre de la Sagesse [au chapitre 7 où la sagesse est : "effluve" (de la puissance de Dieu), "émanation", "reflet", "miroir sans tache" (de Dieu), "image" (icône)], que je reproduits ici avec la petite image de cette icône orthodoxe russe du XVIIè intitulée, en italien, Sagesse et Rédemption. J’avais cette petite image sur moi. Je la montrai au pasteur qui me dit plus tard que l’icône est la vérité (« Vera icona » : véronique située en haut à gauche du portrait du Christ).

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            Entretemps, le 5 décembre 2018, lors du Conseil d’Administration, je suis devenue chargée de mission de la Fraternité eucharistique (catholique) des Artisans de Paix. Était confirmé par-là mon désir de poursuivre plus particulièrement la rencontre interreligieuse avec l’islam et de pénétrer la spiritualité orthodoxe.

Le 15 décembre 2018, Paula Kasparian, Jean-Luc Castel (chargé de mission de la Fraternité Bouddhique d’Artisans de Paix) et moi-même étions invité par l'imam Tarik Abou Nour (chargé des Relations Publiques des Artisans de Paix avec les traditions musulmanes) à exposer les enjeux et méthodes du dialogue interreligieux à la Grande Mosquée d'Évry-Courcouronnes, où nous accueillit le recteur et fondateur de l'Association Culturelle des Musulmans d'Île-de-France, Khalil Merroun.

Icône Christ Mont Athos.jpgLe 20 janvier 2019, en fin de la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, je sortais d’une petite retraite au Centre Spirituel Carme d’Avon autour pour découvrir le Grand Carême orthodoxe avec l’église orthodoxe roumaine locale (représenté par le Père Emilian Marinescu). C’est le passionnant Père Marc-Antoine Costa de Beauregard (chargé des homélies sur l’émission hebdomadaire « Lumière de l’Orthodoxie » de Victor Loupan, sur Radio Notre-Dame…) qui nous dévoila la vision orthodoxe du Carême. Ce dimanche-là, Paula m’avait demandé d’animer les chants de la messe pour l’unité plurale des Artisans de Paix. Ce que je fis avec bonheur, et pour la première fois…

            Voici que vous est donc conté ma première année avec Artisans de Paix. Cette page enrichie vous communiquera des textes de fond ayant trait à la vie de l’association, mais pas seulement. D’autres propositions se font jour qui alimentent mon engagement dans la rencontre œcuménique et interreligieuse.

Reliquaire, Icône, Autel.jpgAinsi de la théologie développée par le bienheureux Christian de Chergé, prieur du monastère Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine (Algérie), au contact des musulmans. J’ai eu la chance de bénéficier durant une année des homélies du moine cistercien Armand Veilleux, en résidence au monastère des bénédictines de Vanves (Prieuré Sainte-Bathilde, où j’ai moi-même résidé de l’été 2016 à l’été 2017. J’habite maintenant dans Vanves). Cet abbé émérite de Chimay (abbaye de Scourmont) fut très proche de la communauté des moines de Tibhirine, ayant été le numéro deux de l’ordre cistercien-trappiste. Deux mois avant leur enlèvement, il effectuait une retraite comme visiteur général là-bas. À son retour de la béatification des 19 martyrs d’Algérie à Oran, le 8 décembre 2018, je le rencontrai à Vanves à trois reprises, avant qu’il ne rentre en Belgique. Il accepta de me communiquer le texte d’une conférence qu’il donna à Bruxelles à l’occasion des 20 ans de leur assassinat, pour célébrer leur vie donnée : La rencontre de l’Autre au cœur de la violence : Le message des sept moines de Tibhirine

            Enfin, je prépare en ce moment un texte sur la spiritualité de la rencontre avec les musulmans, par Christian de Chergé, avec l’épisode évangélique de la Visitation… Vision prophétique du dialogue interreligieux ! À suivre…

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgSandrine Treuillard

Chargée de mission de la Fraternité Eucharistique (catholique)
des Artisans de Paix
 

La Visitation d'Arcabas.jpg

La Visitation d'Arcabas
voir le texte du Père Pascal Sevez, s.j. :

https://psevezsj.com/2017/08/15/la-visitation-darcabas/

 

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07.12.2018

Faire silence pour écouter - Prière de la Fraternité Eucharistique (catholique) des Artisans de Paix

Artisans de Paix

Logo Artisans de Paix.jpg

Réunion interreligieuse de prière

Maison Soufie – Saint-Ouen                                                                   Mardi 20 novembre 2018

Faire silence pour écouter


Préalable à la lecture de l’Évangile (Jean 8, 1-12)

Comme le préconise Ignace de Loyola pour la lecture priée d’un passage de l’Écriture sainte, je vous invite à vous représenter la scène que nous allons lire : figurez-vous la saynète, voyez mentalement les personnages dans l’espace décrit. Attachez-vous aux gestes de Jésus, à ses regards ou absence de regard… et à ceux qui l’entourent.

Situation du passage de l’Évangile

Les gardes, que les chefs des prêtres et les pharisiens, bien décidés à le faire mourir, avaient envoyés arrêter Jésus, reviennent bredouilles. Ayant entendu Jésus parler, les gardes, édifiés, n’ont pas osé l’arrêter : « Jamais un homme n’a parlé comme cet homme ! » disent-ils à ceux qui les interrogent à leur retour. — Ils se voient répondre par les pharisiens, vexés et en colère : « Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarés ? » — Mais, parmi les pharisiens, Nicodème, qui était allé trouver Jésus de nuit pour lui parler, leur dit : « Est-ce que notre Loi permet de condamner un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ? » — Dépités, les chefs des prêtres et les pharisiens retournent chez eux. Chacun retourne chez soi en cette fin de journée. — Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers où il passe la nuit, qui est le lieu de silence et de solitude, propice à la prière, au colloque intérieur avec Dieu le Père.


ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT JEAN (8,1-12)

01 Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers.

02 Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui,
il s’assit et se mit à enseigner.

03 Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu,

04 et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.

05 Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »

06 Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.

07 Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »

08 Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.

09 Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.

10 Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »

11 Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »


Faire silence pour écouter
est une attitude de paix dont use Jésus dans ce passage de l’Évangile de Jean, déjà préconisé dans l’Ancien Testament :

Isaïe 33

15 Celui qui va selon la justice et parle avec droiture, qui méprise un gain frauduleux, détourne sa main d’un profit malhonnête, qui ferme son oreille aux propos sanguinaires et baisse les yeux pour ne pas voir le mal,

16 celui-là habitera les hauteurs, hors d’atteinte, à l’abri des rochers. Le pain lui sera donné ; les eaux lui seront assurées. »

 

« Faire silence pour écouter » & sainte Jeanne de France

Sainte Jeanne de France (1464 -1505)

            Née en 1464, à Nogent-le-Roi (28 - Eure-et-Loir, à 80 km à l’ouest de Paris entre Dreux & Chartres), Jeanne est la fille du roi Louis XI et de la reine Charlotte de Savoie.

            De 5 ans à 19 ans, elle réside au château de Lignières-en-Berry, où elle vit retirée de la cour, en exil forcé à cause de son handicap dû à une maladie osseuse. En effet, elle est voutée et sera surnommée ‘Jeanne la boiteuse’.

            À 7 ans, dans l’oratoire de Lignières, elle reçoit en elle l’intuition spirituelle qu’un jour elle fondera un Ordre religieux dédié à la Vierge Marie. Les années vont passer.

            À 12 ans, elle est imposée en mariage par son père à Louis d’Orléans, de deux ans son aîné, qui jamais n’accepta ce mariage forcé. Vont suivre 22 ans de vie conjugale difficile.

            Elle a 34 ans en 1498, quand son frère le roi Charles VIII meurt accidentellement. Louis d’Orléans devient alors roi de France (Louis XII) et Jeanna devient de ce fait reine de France. Il fera alors reconnaître par Rome la nullité du sacrement du mariage avec Jeanne pour épouser Anne de Bretagne qu’il convoitait depuis longtemps, qui de veuve de Charles VIII, deviendra alors reine de France à la place de Jeanne. Jeanne, elle, devient duchesse du Berry.

            En 1502, elle concrétise alors l’intuition reçue en sa jeunesse : elle fonde à Bourges l’Ordre de la Vierge Marie, l’Annonciade, avec l’aide de son père spirituel et confesseur franciscain, le bienheureux Gabriel-Maria. 

            Elle meurt trois ans plus tard, le 4 février 1505.

            Béatifiée en 1742, Jeanne de France est canonisée par Pie XII en 1950.

Ste Jeanne de France (anonyme).jpg

            L’Annonciade, cet Ordre de la Vierge Marie, tire son nom de l’Annonciation.
L’Annonciation est ce moment où Marie a reçu l’Esprit Saint qui lui fit concevoir la vie de Jésus, Fils de Dieu, le Verbe fait chair, en elle. Annonciade est un néologisme qui résume l’attitude d’écoute et d’accueil de la Vierge Marie de faire la volonté de Dieu, au moment de l’Annonciation, quand l’archange Gabriel lui révèle le dessein de Dieu sur elle. Elle répond à l’ange : « Je suis la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole ». Dieu a choisi la Vierge Marie pour être la mère de Jésus pour ses qualités d’accueil, d’écoute, d’humilité, d’obéissance. Parce que Marie est avant tout une femme de prière attentive à la Parole de Dieu. Telle est la spiritualité de sainte Jeanne de France : vivre l’Évangile en se conformant aux attitudes intérieures de la Vierge Marie, décrites dans les Évangiles de Luc et de Jean.
 

« Faire silence pour écouter » dans la vie de Jeanne de France

stPJEymard portrait rosé.jpgPermettez-moi de citer un autre saint que j’affectionne tout particulièrement pour vous montrer comment Dieu s’adresse à une âme qu’il a choisie. Saint Pierre-Julien Eymard dans une prédication sur le recueillement écrit ceci : « Il (Dieu) commence par (l’)isoler (l’âme) du monde afin de l’avoir plus à lui – c’est l’époux qui veut avoir à lui seul son épouse ». Ailleurs, à propos de la vie intérieure : « La vie intérieure est le sanctuaire du Saint Esprit dans lequel il forme l’âme fidèle à l’esprit et à la vie de Jésus. Elle est le tabernacle où Dieu rend ses oracles, fait entendre à l’âme sa douce et aimable voix, lui révèle sa vérité, l’attire à sa charité, la remplit des dons de sa bonté. Elle est le règne de Dieu dans une âme. »

            Et enfin, dans un Traité (sur la prière) d’oraison : « On peut dire que le fruit le plus précieux et le plus parfait de l’oraison, c’est de mettre l’âme dans un plus grand recueillement. C’est la condition et la preuve divine et sensible de l’opération de la grâce d’union avec Dieu. Voilà pourquoi quand Dieu veut faire quelques grandes faveurs à une âme, il commence toujours par la recueillir. Heureux silence ! qui laisse Dieu parler, et l’écoute avec amour ! »

            Grâce à son handicap qui la conduira à être rejetée de la cour immédiate de son père le roi Louis XI, Jeanne va être isolée au château de Lignières et au cœur de ce château c’est dans l’oratoire que Dieu lui parlera par l’intermédiaire de la Vierge Marie. En effet, à l’âge de 7 ans Jeanne priait Marie de tout son cœur dans l’oratoire et eut alors le sentiment que la Vierge lui disait (toute les citations et textes sur Jeanne de France sont tirées du site de l'Annonciade https://www.annonciade.info) :

                       « Il y a trois choses qui me plaisent par dessus tout, c’est d’écouter mon Fils, ses paroles et ses enseignements  […], c’est de méditer sur ses blessures, sur sa croix et sa Passion et (enfin) c’est le très Saint Sacrement de l’autel ou la messe […]  Tu chercheras aussi à établir la paix là où tu habites… Fais ceci et tu vivras ». (Chronique de l’Annonciade dans Les Sources). Jeanne vivra donc de ces choses qui plaisent à Marie, pour plaire à Jésus son Fils et à Dieu.

            Jeanne est une femme de foi dont le seul désir est de plaire à Dieu, à l’exemple de la Vierge Marie, la première croyante. Marie est la première à avoir accueilli la parole de Dieu par la bouche de l’archange Gabriel. Marie est la femme qui a accueilli le Verbe fait chair en elle. Elle est la première à avoir obéi à Dieu par son fiat (« Qu’il me soit fait selon ta parole »). L’exemple de la Vierge a été déterminant chez Jeanne. En méditant l’Évangile, avec Marie et comme Marie, Jeanne a appris ces trois choses dont la mise en pratique a contribué à la construire, à la faire tenir bon dans la prière et la charité et, de ce fait, à vivre la charité en acte, notamment auprès des pauvres de Bourges, après l’incendie qui avait ravagé la ville.

            La première chose : lire la Parole de Dieu. Comme « Marie conservait toutes ces choses, les méditant dans son cœur » (Luc, 2, 19.51), Jeanne s’est attachée aux vérités de l’Évangile. Elle l’a médité, particulièrement les passages où il est question de la Vierge, y découvrant ce qui pouvait l’aider dans sa vie quotidienne à elle. Ainsi, elle a découvert dix attitudes du cœur de la Vierge qu’elle pouvait faire siennes. C’est l’héritage spirituel marial qu’elle lègue à ses filles de l’Annonciade : le dizain des dix ‘Ave Maria’. Le regard de son esprit s’est alors posé sur Marie pure, Marie prudente, Marie humble, Marie croyante, Marie priante, Marie obéissante, Marie pauvre, Marie patiente, Marie charitable et Marie compatissante. Ce regard prolongé sur la Vierge a nourri ses pensées, inspiré ses paroles et orienté ses actions, les pénétrant de bonté.

            La seconde chose : méditer la Passion du Christ. « Debout, Marie sa Mère se tenait au pied de la Croix » (Jn, 19,25). À l’exemple de la Vierge du Stabat, Jeanne a contemplé longuement le Crucifié, comprenant que, sur la Croix, Jésus a voulu nous « séduire par son amour » (Bx Duns Scot), par sa vie donnée, sa vie livrée. Cette méditation prolongée l’a conduite à faire de sa vie un service d’amour. Si chaque année, Jeanne lavait les pieds de treize pauvres afin de commémorer le geste du Christ lavant les pieds de ses apôtres, on peut dire que c’est toute l’année qu’elle les leur lavait par ses œuvres bonnes. La méditation de la Passion a contribué aussi à faire de Jeanne un être de bonté.

            La troisième chose : recourir souvent à l’Eucharistie. « Les apôtres, avec quelques femmes, dont Marie la mère de Jésus, étaient assidus à la prière et à la fraction du pain » (Ac, 2,42). À l’exemple de Marie, Jeanne est une femme de prière ; l’eucharistie est pour elle un moment d’intense union avec Celui qu’elle reçoit. Elle communiait souvent. De communion en communion, elle est entrée toujours plus profondément dans l’intelligence de ce mystère, non pas d’une manière intellectuelle, mais existentielle : comme la Vierge, elle a porté en elle la Présence et l’a donnée au monde, là encore, par sa bonté, ses œuvres bonnes.

            Ainsi, ces trois choses que Jeanne appris en regardant la Vierge de l’Évangile l’a fait sortir de chez elle, c’est-à-dire, d’elle-même ; cela l’a conduite à avancer toujours plus avant sur les chemins de la prière et du véritable amour.

            La prière et la charité ont éclairé toute sa vie, toute son existence. C’est à cette lumière qu’elle a pu découvrir le sens des événements qui ont jalonné sa vie. La lumière de la foi, une foi réfléchie et vécue, ainsi qu’une intense vie de prière et de charité, ont constitué cette écoute intérieure lui permettant de lire au cœur des événements de sa vie le sens dont ils étaient porteurs.

 

Jeanne et la paix

            La paix est bien un des fruits de l’eucharistie (action de grâce). À chaque messe nous recevons la Paix du Christ. À ceux et celles qui étaient proches de l’Annonciade, l’ordre religieux qu’elle fonda à la fin de sa vie, elle demandait d’êtres des artisans de paix dans leur milieu de vie. Elle-même en a donné l’exemple. 

            Le souci de la paix, le souci de construire un climat de paix, habite le cœur de sainte Jeanne. Pour elle, le moindre petit geste de paix, de charité, sert la vie. Dans ce qui est infime, fragile, dans l’insignifiant elle reconnait le don de Dieu. De plus, elle désire que tous aient ce souci de la paix. Voilà pourquoi, elle « recommandait, dit la Chronique de l’Annonciade, d’être patients dans l’adversité et pacifiques envers le prochain, de n’être ni des mécontents, ni des détracteurs ».

Ce souci de maintenir la paix là où elle vit, Jeanne l’a reçu de la Vierge elle-même. Nous le savons grâce à son confesseur, le père Gabriel-Maria (franciscain) qui rapporte, dans un de ses écrits, les paroles de la Vierge à Jeanne :

Ste Jeanne de France & 10 vertus.jpg« Tu chercheras à établir la paix entre tous ceux au milieu desquels tu habites. Tu ne diras rien d’autre que des paroles de paix, soucieuse du salut des âmes. Tu n’écouteras pas les paroles médisantes, lui avait dit la Vierge, et dès que tu verras quelques pécheurs, tu diras dans ton cœur : il faut sauver ces pauvres gens. Car Dieu a permis qu’ils pèchent en ta présence pour voir, Lui, Dieu, comment tu voudrais prier pour eux et quel labeur tu entreprendrais pour les sauver. Excuse-les auprès de Dieu afin d’être comme je te l’ai dit l’avocat et le défenseur de tous. »  

Voilà pourquoi elle recommande à ses filles de garder la paix entre elles :

« Le Christ a établi son « Tabernacle dans la paix ». Que les sœurs fassent donc tous les jours le « sermon de la paix », c’est-à-dire, qu’elles établissent toujours la paix entre les sœurs, réconciliant celles qui seraient en contestation, les excusant toutes et se faisant toujours les avocates de la paix ».

Pourquoi cela ?

« Parce que, répond le père Gabriel-Maria, le Christ est l’auteur de la paix, c’est Lui qui l’a donnée et Lui qui l’a prêchée. » En effet : « c’est ma paix que je vous donne » dit plusieurs fois Jésus dans l’Évangile : au Cénacle, avant sa Passion ; et après sa Résurrection.

Pour Jeanne comme pour le père Gabriel-Maria, nos paroles doivent construire un climat de paix, et non de division. Dans un sermon sur les vertus de la Vierge Marie, il écrit :

« Se garder d’entendre mal parler ou de critiquer quoi que ce soit car ce serait contre la vertu de vérité. Bien souvent ces paroles de critique ne sont pas vraies. Il nous faut fuir de telles paroles… Que nos paroles soient nécessaires pour le prochain ! Si la parole est de nul profit, nous perdons notre temps… » Ainsi : « Que toutes paroles ne soient qu’amour et charité. Avoir toujours paix en son cœur : ce qui est le vrai repos de l’âme. »

(Sources : Jeanne et la paix | L'Annonciade : https://www.annonciade.info/2018/01/jeanne-et-la-paix/)

 

Humblement, dans le silence de mon cœur…

T : Bhx Marie-Eugène de l’Enfant Jésus
M : Fr. Jean-Baptiste de la Sainte Famille, ocd

R : Humblement, dans le silence de mon cœur,
je me donne à toi, mon Seigneur. 

  1. Par ton amour, fais-moi demeurer humble et petit devant toi. 
  2. Enseigne-moi ta sagesse, Ô Dieu, viens habiter mon silence.
  3. Entre tes mains, je remets ma vie, ma volonté, tout mon être. 
  4. Je porte en moi ce besoin d'amour, de me donner, de me livrer, sans retour.
  5. Vierge Marie, garde mon chemin dans l'abandon, la confiance de l'amour.

 

 

La prière de bénédiction de saint François d’Assise

François écrivit des Louanges de Dieu et la bénédiction à fr. Léon pour chasser une tentation qui assaillait frère Léon. On peut dater cet écrit de septembre 1224. 

Prière Bénédiction St François d'Assise.jpg

Bénédiction 

1 Que le Seigneur te bénisse et te garde ; que le Seigneur te découvre sa Face et te prenne en pitié ! 2 Qu’il tourne vers toi son Visage et te donne la paix ! 3 Que le Seigneur, frère T Léon, te bénisse !

Signature de François, le signe Tau, en forme de T majuscule, traverse le prénom de Léon en témoignage de bénédiction.

Septembre 1224 – Traduction : Damien Vorreux (1996)

(Sources : http://ecole-franciscaine-de-paris.fr/louanges-de-dieu-et...)

 

Sandrine Treuillard
Chargée de mission pour la Fraternité Eucharistique (catholique)
de l'association œcuménique & interreligieuse Artisans de Paix : http://www.artisans-de-paix.org/

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Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

19.09.2018

Message eucharistique de Notre-Dame de la Salette : Larmes & Lumière

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Mercredi 27 décembre 2017, en la fête de la saint Jean apôtre & évangéliste, pendant une heure d’adoration à l’oratoire saint Pierre-Julien Eymard, sanctuaire Notre-Dame de la Salette, veille de mon départ, ai vu, lors du dernier quart d’heure, la réminiscence de l’Eucharistie à la blancheur rayonnante se superposer à la croix sur la poitrine de la Vierge de la Salette, de l’ensemble des trois statuettes posées au sol, debout, à droite du thabor ou trône d’exposition du Saint Sacrement. Ce fut le point de départ d’une méditation sur le message eucharistique de la Salette, que voici.

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Les larmes de la Vierge ne se transforment-elles pas en perles de lumière lorsqu’elles atteignent le crucifix sur sa poitrine ? Ces larmes de lumière n’enveloppaient-elles pas tout le Christ en croix et n’en rayonnait-il pas lui-même de plus belle ? La lumière jaillissant du crucifix sur la poitrine de la Vierge n’indique-t-elle pas cette merveilleuse transfiguration de la souffrance chrétienne en gloire de la résurrection ? Cette croix glorieuse sur le cœur de la Mère de Dieu est-elle autre chose que le Mystère pascal révélé dans l’Eucharistie ? L’indifférence des hommes devant Jésus en croix sur laquelle pleure la Vierge n’est-elle pas transmuée en grâce d’amour pour ces mêmes hommes lors de cette apparition à Mélanie et Maximin ?

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Cette réminiscence visuelle de la blancheur rayonnante de l’Eucha-ristie sur la poitrine,
le Cœur Immaculé
de Marie, fut l’image qui
a condensé le mystère eucharistique qui unit Marie à son Fils Jésus sacrifié. Ensemble,
ils communient à
la souffrance devant l’indifférence des hommes pour l’amour que Dieu veut leur communiquer par leurs saintes personnes. Ensemble,
ils communient dans
la souffrance en une im-mense prière eucharis-tique, le don de leur vie et de leur personne, la Mère de Dieu et le Fils de Dieu communient et s’offrent pour le salut des hommes, ce qui attise l’amour divin entre eux et provoque la miséricorde divine pour les hommes.
 

 

Cette apparition de La Salette est une merveilleuse machine d’amour divin. Sur le crucifix, lieu-même du supplice, summum de la souffrance offerte, l’Esprit Saint rebondit, la lumière divine s’écoule, mêlée aux larmes, transfigurant toute tristesse et ténèbres à qui reçoit le message de l’apparition jusqu’au bout, dans son intégralité. La joie d’être lavé de tout péché, le sentiment incommensurable de reconnaissance, la joie de communier à la vie divine du Christ ressuscité, celle de contempler Dieu dans sa gloire sur le cœur de Notre Mère la Vierge, emportée au Ciel.


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La Belle Dame les quitta.

Mélanie et Maximin, le visage tourné vers le ciel, rayonnaient.

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De dessous la pierre d’ardoise où Marie était assise et pleurait, une fontaine a issi.

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Sandrine Treuillard (texte & photos)

responsable de la Fraternité Eucharistique (de 2015 à 2018), branche laïque de la Congrégation du Saint-Sacrement fondée par saint Pierre-Julien Eymard, Chapelle Corpus Christi, Paris 8. 

Texte initialement publié dans les Annales de La Salette Mai-juin 2018

Notre-Dame de La Salette, eucharistie, st pierre-julien eymard, adoration eucharistique, adoration,  

26.07.2018

Le sacrifice eucharistique du Père Jacques Hamel

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Illustration utilisée à l’occasion de la Nuit des Témoins 2017 dédiée au Père Jacques Hamel
©Thomas Jarry/AED Aide à l'Église en Détresse

 

Père Jacques Hamel.jpg         Tout ce jour, j’ai été sonnée.

      Dense journée hier. L’assassinat du Père Jacques Hamel.

 

 

 

 

 

 

 

Jerzy Popieluszko Issy.jpg         Aujourd’hui, en fin d’après-midi, j’ai eu besoin d’aller retrouver le Père Jerzy Popiełuzsko qui a une statue en haut du Parc saint Jean-Paul II, à Issy. J’y suis allée juste après le dîner. Comme j’ai appris qu’il a été torturé et son corps jeté dans la Vistule, son martyre de prêtre (en 1984) rejoint celui du Père Hamel égorgé sur l’autel de Saint-Étienne du Rouvray.

         La veille de sa mort, c’était sa fête, la saint Jacques.

         Je suis sûre, dans la foi, comme par une intuition spirituelle, que ce prêtre immolé sur l’autel est un signe pour la France et les âmes de notre pays, en union avec le sacrifice parfait du Christ célébré durant la messe, ce sacrifice d’action de grâce, produira beaucoup de fruits, de conversion.


Vertical Retouché Couleur.jpg         J’ai eu l’image du dessin du vitrail du Songe de saint Martin. La Miséricorde Divine. La compassion de saint Martin de Tours pour la France, comme une image en réminiscence, flottant au milieu de cet état de méditation du choc que j’accusais aujourd’hui. Je me suis allongée sur mon lit au retour du petit déjeuner et aussi au retour du déjeuner. Puis, j’ai lu le gros ouvrage du jésuite de 1892 sur La France et le Sacré Cœur.

         Je ne peux pas m’empêcher de mettre tout cela en lien. Ce prêtre innocent, comme un autre agneau de Dieu immolé avec le Christ durant la messe, avec cette sauvagerie qui frappe l’imagination de tous, une violence qui n’a rien à envier à celle de la crucifixion, et cette prière qui ne manque pas de se lever, en France, en Pologne pour la paix dans le monde. C’est un témoignage de la présence du Christ, de Dieu, au sein de la pire barbarie.

  


IMG-20160728-01010.jpg         Hier, après avoir reçu la nouvelle après le déjeuner, par Twitter, je suis allée à l’église Saint-Rémy de Vanves. J’ai pu me prosterner en croix sur le tapis au pied du tabernacle, au pied de Marie et Jean implorant du regard et recevant le Crucifié, au-dessus du tabernacle. Le chrisme est inscrit sur le tabernacle. La Paix du Christ y demeure.

         Une grand-mère avec ses deux petites filles, tout ce petit monde parlant italien, occupaient l’église fort bruyamment quand j’y suis entrée. Les deux petites s’affairaient avec des loupiotes pour les allumer, l’une avait la chaussure à un pied et une bottine à l’autre pied ; et sa sœur une bottine à un pied et l’autre chaussure à l’autre pied. Je l’ai vu quand je me suis agenouillé près du tabernacle. Mais d’abord, dans le chaos des voix qui envahissait l’église vide, j’ai pris un instant d’éternité, un genoux à terre devant l’autel, la main droite sur la poitrine, le visage contemplant l’espace de la Table sainte et du chœur. Un monsieur assez âgé était assis à droite et semblait tout aussi gêné et agressé par le chahut du trio, la grand-mère parlant aussi fort que ces petites filles, l’une d'elle ayant allumé la mèche à gauche du tabernacle. Il y avait quelque chose de la folie dans cette scène… J’ai comme forcé le barrage du bruit par mon calme et mon silence, m’agenouillant alors devant le tabernacle, et, fermant les yeux j'étais en prière. Ce tourbillon a fini par quitter les lieux, très vite.

 

Px Tabernacle St Rémi Vanves.jpg         J’ai constaté que le monsieur aussi était parti. La petite furie tapageuse avait eu raison de son recueillement. C’est alors que plus rien ne me retenait ; je me suis alors prosternée en croix, à plat ventre sur le tapis, au pied du tabernacle, tout près de l’autel, pour la paix de l’âme du prêtre, pour la paix dans le monde, pour réparation du mal en union avec le Christ et ce prêtre ; en reconnaissance de cette immolation sanglante où Dieu se rend présent pour le monde, au-delà de l'acte ignoble. J'éprouvais une grande paix ainsi prosternée.

         Ce martyre va permettre de redire ce qu’est la célébration eucharistique. Cet égorgement du prêtre sur l’autel comme l’Agneau de Dieu innocent dont le Sang précieux lave le monde de ses péchés.

         Ai demandé à saint Rémi de participer au réveil spirituel et catholique de la France. Si le Seigneur a permis ce sacrifice de son humble et fidèle prêtre (58 ans de sacerdoce) c’est qu’Il revient sur les autels de France, comme je l’avais demandé à travers saint Martin de Tours… Une petite église de province, une messe avec très peu de personnes pour assemblée, surtout âgées, un prêtre âgé célébrant… Dieu revient sur les autels de France… Le sang du Père Jacques Hamel se mêle à celui du Christ il y a 2000 ans et dont nous faisons mémoire à chaque messe. Le Précieux Sang du Christ présent dans le calice sur l’autel au moment de la transsubstantiation a sanctifié ce prêtre qui s’est donné avec Lui. — Tout prêtre se donne en sacrifice avec le Christ lors de la messe. Et les personnes de l'assemblée avec lui. Chacun y fait l'offrande de soi-même avec le Christ, pour et par le Christ. — Le scandale de la croix, le scandale de la mort de l’innocent a été vécu en communion avec le Christ par ce Père Jacques Hamel.

         Un pèlerinage naîtra à Saint-Étienne du Rouvray. Des conversions se produiront. Des conversions ont déjà commencé par la nouvelle annoncée de cet assassinat.


père jacques hamel, eucharistie, sacré cœur, la france, politique, christianisme,foi,prêtre,sandrine treuillard         Dieu ne peut laisser au hasard cet événement. C’est un mal affreux pour permettre à la Miséricorde Divine d’éclater dans toute sa splendeur. Un geste pédagogique de Dieu intervient au cœur de la monstruosité, au cœur de l’inhumanité pour à nouveau faire saisir la sublimité du geste libre de son Fils de se donner corps et âme pour les âmes, par pur amour. Dieu ayant permis ce geste odieux de l’égorgement de son prêtre nous donne en même temps la mission de rappeler ce qu’est la messe, ce que signifie ce sacrifice d’action de grâce, parfait, de la vie de Jésus offerte, présente dans les saintes Espèces, oui, Jésus ressuscité se rend présent à nous dans cette petite hostie que nous prenons, Il est là et Il se répand en nous quand nous communions à son Corps et à son Sang… Toute la beauté du catholicisme est là, dans la messe. Toute la bonté de Dieu y est. Et nous aussi, nous nous donnons au Seigneur, nous nous mêlons à Lui lors de ce sacrifice d’action de grâce, et nous jouissons de la paix du Christ, nous avons part à sa croix glorieuse et à la joie de pouvoir nous donner nous-même avec Lui, à travers Lui, la joie d’être transfiguré au fond de nous-même, de participer à sa nature divine. Ô Seigneur, donne nous d’expliquer ce que nous vivons à la messe, et que nous ne comprenons pas quand nous le vivons, donne nous de le saisir pour en être de justes témoins et ramener par cette parole du témoignage des âmes à Toi. Oui, fais que le sacrifice du Père Jacques Hamel qui s’est donné à Toi durant 58 ans de sacerdoce jusqu’à cet ultime messe produise beaucoup de fruits dans les âmes, des conversions. Que les personnes reviennent à la source du catholicisme, à la source de leurs racines spirituelles et qu’elles se laissent à nouveau remplir par la Miséricorde Divine qui désire tant retrouver ses Enfants de lumière.

         Merci, eucharistein, Père Jacques Hamel.

         Action de grâce.

         Dieu garde votre âme.

         Vous demeurez dans la Paix du Christ, dorénavant.

         Dorénavant vous contemplez son Visage.

         Vous voyez notre monde du Ciel.

         Et le monde viendra dans l’église de votre sacrifice ultime, dont le patron est le premier martyr, saint Étienne. Dieu va à nouveau parler à nos contemporains et à ceux qui vont suivre, à travers vous. Vous êtes participant du sacrifice parfait. Le Seigneur a fait de vous le docile instrument de son amour. La Passion du Christ jusqu’à la Croix glorieuse va pouvoir être entendue et vue à nouveau en France.

         Oui Seigneur, que ta Volonté se fasse en toutes tes créatures. Que ta Bonté impondérable soit à nouveau reçue !

         Que ton Règne eucharistique arrive.

         Que du Règne de ton Sacré Cœur jaillisse la Lumière !

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgMercredi 27 juillet 2016, Chambre Accueil Jean XXIII
Prieuré Sainte Bathilde, Vanves.
(23h46)

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

 

 

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Sandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique,
Congrégation du Saint Sacrement, Chapelle Corpus Christi,
23, avenue de Friedland, Paris 8.

 

 

Article à retrouver sur les pages enrichies 
La France & le Sacré Cœur
Adoration Saint Martin

 

Père Hamel - L'hommage du Pape il y a deux ans

Il y a deux ans, le père Jacques Hamel était assassiné alors qu'il célébrait la messe en l'église Saint-Etienne du Rouvray.

« C’est un martyr, et les martyrs sont des bienheureux – nous devons le prier. Qu’il nous donne la douceur, la fraternité, la paix. Aussi le courage de dire la vérité: tuer au nom de Dieu est satanique », avait déclaré le Pape François lors d'un hommage en la chapelle Sainte-Marthe le 14 septembre 2016. https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2018-07/pere-hamel-pape-francois-martyr.html#play

 

25.06.2018

La naissance au Ciel du Père Eymard - Ses derniers jours…

Fraternité Eucharistique
23 - 06 - 2018

La Naissance au Ciel
de S. Pierre-Julien Eymard

Centre vitrail dernière messe au P Eymard& bas.jpg

 

Notre Seigneur exige de moi tant de délicatesse
que ce doit être bientôt la fin.


            Cette citation du Père Eymard est rapportée par le frère Albert Tesnière. Elle date du printemps 1868, quelques mois avant sa mort. Le frère Albert était le disciple et le confident du Père Eymard, et sans doute a-t-il reçu cette phrase de la bouche du Père à Paris, au sein de la communauté des religieux du Saint-Sacrement. Cette citation est inscrite sur le vitrail de la chapelle dédiée à S. Pierre-Julien Eymard, à La Mure d’Isère. Le vitrail représente le Père Eymard alité qui va recevoir la communion du P. Chanuet, célébrant sa dernière messe pour lui dans sa chambre à La Mure, rue du Breuil. Au pied du lit, une de ses sœurs de profil, Marianne ou Annette, est agenouillée, le visage dans les mains.


Notre Seigneur exige de moi tant de délicatesse
que ce doit être bientôt la fin.

            Dans cette phrase confiée au jeune frère et confident du Père Eymard, Albert Tesnière, nous percevons la profondeur du lien qui les unissait. En cette année ultime de sa vie, le Père Eymard demandait au frère Albert de l’accompagner dans ses déplacements, pour aller donner des enseignements, par exemple, parce qu’il était très fatigué et avait besoin d’assistance. C’est ainsi que le frère Albert a pris les notes de la prédication avec laquelle nous adorerons Jésus Eucharistie, tout à l’heure. 

            Pour cette dernière rencontre, avant la coupure estivale de la Fraternité Eucharistique jubilaire, nous nous penchons donc sur la fin de vie de saint Pierre-Julien. Si tout au long de sa vie nous pouvons lire les moments et les attitudes eucharistiques du Père Eymard, dans ses lettres, ses notes de retraites personnelles, nous percevons cette attitude eucharistique d’autant plus à l’approche de son enciellement, sous le regard du frère Tesnière et le témoignage de ceux qui l’ont assisté jusqu’à son agonie et son dernier souffle.

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            Avant de vous emmener quelques mois avant la mort de Pierre-Julien, permettez-moi de vous faire part de ce message reçu jeudi dernier, alors que je préparais cet exposé. C’est une amie carmélite à Nevers qui m’a envoyé ce mail, dont j’extrais ces mots pour éclairer ce que signifie ‘être un homme ou une femme eucharistique’ en fin de vie. 

Enciellement sr Louise-Marie Carmel Nevers.jpg 

            Nous lirons tout à l’heure le passage où le frère Albert nous fait part du témoignage de Mlle Thomas, la garde malade qui accompagna le Père Eymard dans ses derniers instants.


Les derniers mois du Père Eymard

(Tout au long de cet exposé je m’appuie sur la biographie du P. André Guitton, sss,
Saint Pierre-Julien Eymard - L’Apôtre de l’Eucharistie)

CouvLl'ApôtreDeL'Eucharistie.jpg            Pierre-Julien Eymard était né à la Mure d’Isère le 4 février 1811, et il retourna y mourir le 1er août 1868, à l’âge de 57 ans.

            Avant la lecture proprement dite des morceaux choisis dans le livret Les derniers jours de S. Pierre-Julien Eymard — écrit en 1869 par le frère Albert Tesnière qui fut son disciple, son confident et témoin direct de ses derniers jours — nous allons revenir à ses dernières activités de prédicateurs.

            Début mai 1868, sans doute le 2, le Père Eymard revient d’une retraite qu’il a prêchée au noviciat de la Congrégation du Saint-Sacrement, à Saint-Maurice, en Essonne. C’est là qu’il donna le titre de « Notre-Dame du Saint-Sacrement » à la Vierge. [J’ouvre ici une parenthèse pour préciser que ce titre à pour origine celui que le P. Jules Chevrier donna à Notre-Dame du Sacré-Cœur. Le P. Eymard avait vu des imprimés avec ce titre Notre-Dame du Sacré-Cœur, envoyés par les pères du Sacré-Cœur d’Issoudun, pour en répandre la dévotion. C’est le frère Paul Maréchal, alors novice à Saint-Maurice et qui avait suivi la dernière retraite du Père Eymard, qui en rapporta le témoignage. Ce frère conclut dans sa déposition au Procès ordinaire de Paris dans la somme (Summarium) pour l’introduction de la cause de béatification du Père : « Le Père Eymard mourut deux mois après. »]

            De retour de Saint-Maurice où il a prêché cette retraite, le Père en commence une autre, du 4 au 9 mai, à Vaugirard, pour les Frères de Saint-Vincent de Paul. Il était tenu par une promesse faite au supérieur général de prêcher cette retraite annuelle. Le Père étant fatigué demanda au jeune frère Albert Tesnière (22 ans) de l’accompagner. Celui-ci pris les notes de cette retraite (PA 10, 1-24), la dernière que le P. Eymard prêcha à des religieux. Durant les 5 jours de cette retraite il donnait trois instructions par jour, plus un sermon de professions le 6ème jour, le samedi matin.

St Pierre-Julien Eymard malade.jpg            À cheval sur cette retraite, le Père Eymard accepta de donner le soir, du 6 au 8 mai, le triduum de l’Adoration perpétuelle dans la chapelle des Bénédictines du Saint-Sacrement, rue Monsieur. « Prédication lumineuse et fervente » selon les mots du P. André Guitton dans la biographie du Saint. « Le frère Tesnière qui l’accompagnait rapporte qu’il revenait exténué à sa communauté », au 112 boulevard Montparnasse, tout près de Notre-Dame des Champs.

            À Paris, il profite de ce temps pour mettre à jour sa correspondance. Par deux fois en mai il se rend à Saint-Maurice pour se reposer.

     Il donne une instruction sur le sacerdoce le jour de la première messe d’un prêtre, le 7 juin. Le 11 juin, en la Fête-Dieu, le sermon aux Vêpres à Notre-Dame-des-Victoires. Les 26 et 27 juin il préparait 37 jeunes à leur première communion. Le dimanche 28 juin il préside cette célébration, mais, à cause de la fatigue, il dut céder la place à un confrère.

            Le lendemain, 29 juin, il part pour Angers pour la bénédiction de la première pierre de la chapelle de la Congrégation du Saint-Sacrement. La célébration eut lieu le 30 juin, présidée par Mgr Angebault. Malgré sa fatigue extrême le P. Eymard voulut rendre visite à ses filles, les Servantes du Saint-Sacrement d’Angers. Il leur donna une dernière exhortation (PS 642,6), et se rendit à la chapelle pour donner la bénédiction du Saint Sacrement. Puis il rentra à Paris.

Pierre Fourier Peint:Cuivre Musée Lorrain.jpg            Épuisé, « il subit une attaque qui paralysa presque entièrement son bras gauche. Mais il avait promis aux religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de s’associer à la fête de leur fondateur, le bienheureux Pierre Fourier. Le 7 juillet, avec l’aide du frère Tesnière, il se rendit à l’Abbaye-aux-bois » et donna cette prédication, dont nous méditerons le texte tout à l’heure, pendant l’heure d’adoration. « Pendant une heure, il tint son auditoire sous le charme de sa parole de feu » (André Guitton). Et vous verrez qu’on pense immanquablement au Père Eymard lui-même quand il évoque la sainteté du Bienheureux Pierre Fourier ! « Ce fut la dernière prédication qu’il donna en dehors de sa communauté. »

            Le 9 juillet, il parla sur la foi et en fit l’application à l’Eucharistie, au sein de sa communauté pour le sermon du jeudi soir (Croire à l’Eucharistie, PP 66,3).           

            Le 16 juillet 1868 fut son ultime instruction : La foi à l’Eucharistie (PP 67,3), où il poursuivit sa méditation sur le chapitre 6 de l’Évangile de saint Jean, dont il portait toujours un exemplaire sur son cœur. 

            Le 17 juillet au matin, au bord de l’épuisement et sous les conseils de son médecin qui le décida à partir se reposer en famille, il partit pour la Mure. Le Père Eymard pensait aussi retourner au Laus, tranquillement, reprendre des forces. Il avait même autorisé le frère Albert à venir le rejoindre dans ce sanctuaire béni. Il était conscient de sa faiblesse et de l’imminence de sa mort. « Notre Seigneur exige de moi tant de délicatesse que ce doit être bientôt la fin » avait-il dit au printemps de 1868, propos rapporté par le frère Albert.

Marguerite Guillot.jpg            Mais il n’alla pas directement à la Mure. Il passa rendre visite à Marguerite Guillot, la supérieure des Servantes du Saint-Sacrement d’Angers, qui était en cure thermale à Vichy. Il était question de créer une communauté féminine à Lyon, et il voulait s’en entretenir avec elle. Il resta 2 jours avec elle, jusqu’à sa fête le 20 juillet. Il était rendu à Lyon le soir même, dans un hôtel près de Perrache.

            Le lendemain matin il prit le premier train pour Grenoble où il arriva vers 9 heures. Il était encore à jeun et n’avait pas encore dit sa messe. Avec son ami l’abbé Bard, avec lequel il allait rejoindre La Mure dans l’après-midi, ils allèrent réserver leur voiture. Puis, le P. Eymard se rendit à la chapelle de l’Adoration, tenue par les missionnaires de La Salette. Il était près de 11 heures. Il demanda à célébrer la messe. Visiblement si fatigué, le Père missionnaire voulu l’en dissuader. Mais le P. Eymard insista et le missionnaire resta pour l’accompagner. Ce fut sa dernière messe. Le P. Archier raconta par la suite : « Je le reçus presque dans mes bras lorsqu’il quitta le saint autel. Je lui donnai un peu de chartreuse. »
(P . Archier, récit dans R. Ullens, Devant la mort, le bienheureux Pierre-Julien Eymard, Montréal 1950, p.20)

            De la biographie du P. André Guitton :

  Le P. Eymard dut renoncer à son rendez-vous au restaurant : il était si faible qu’il pouvait à peine se tenir debout. Il ne voulut rien prendre, il se reposa en attendant le départ de la diligence. Le P. Archier tenta de le dissuader de prendre la route et l’invita à demeurer quelques jours. Mais en vain. Vers 1 heure et demie, le Père se leva. À peine accepta-t-il un peu de nourriture et il rejoignit l’abbé Bard à la Porte de Bonne, lieu de départ de la voiture de La Mure. Avec son compagnon, il prit le coupé à l’avant et dans la chaleur étouffante de la canicule, il quitta Grenoble pour La Mure. Le voyage fut harassant. Selon le témoignage de son compagnon, « le Père devenait taciturne, ne répondait que par des monosyllabes. À chaque relais cependant il descendait, prenait un peu l’air, quelques rafraîchissements et remontait seul en voiture avec assez de vigueur » (Tesnière, AGRSS, Rome, 0 1, PP. 337-374). L’abbé Bard le quitta à Villard, non sans recommander au cocher de veiller sur le Père Julien. Vers 8 heures du soir, la diligence arrivait chez Pelloux à La Mure. Personne ne l’attendait.

    « Quand je serai à Grenoble, avait-il écrit de Vichy à ses sœurs, je vous enverrai une dépêche pour vous annoncer mon arrivée à La Mure » (À Marianne Eymard, 19 juillet 1868, CO 2209). Ses sœurs n’avaient rien reçu. Alertées, elles arrivèrent immédiatement, Annette Bernard d’abord. Le Père l’embrassa, mais il ne dit pas un mot, il oubliait même son chapeau dans la voiture. Puis survint Marianne. Pas un mot non plus. Arrivés à la maison, toute proche, il rédigea avec peine un télégramme à l’adresse de la communauté de Paris sans doute, mais dont seules la date et la signature sont lisibles. On le conduisit dans sa chambre au second étage et il se mit au lit. On était loin de soupçonner la gravité de son état, et lui-même ne pouvait rien demander. « Nous pensions que ce serait une fatigue comme il en avait tant éprouvé de fois », devait confesser naïvement par la suite Annette. En réalité, il avait été victime d’une congestion cérébrale. Le voyage et la chaleur n’avaient pu qu’aggraver son état : il était aphasique.

 
Les derniers jours de S. Pierre-Julien Eymard

(Édition du Centre de spiritualité "Eymard", La Mure d'Isère, 2018)

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Mercredi 29 juillet 1868

Le matin avant d’aller à la Messe je dis au Père : « Oh ! ce qui vous manque, mon Père, c’est N. Seigneur. Je vais écrire à Monseigneur de permettre à un des prêtres habitués de La Mure de venir vous dire la Messe. » Il sourit mais fit un signe négatif. Peut-être prévoyait-il l’arrivée du père Chanuet.

Le Père se leva encore pour faire son lit. Il voulut changer de linge tout seul et pour cela resta debout sur son tapis. Je ne pouvais le laisser ainsi. Je craignais qu’il ne tombât. Il se changea donc et comme je jetais un rapide regard pour voir s’il ne faisait pas signe de l’aider, j’acquis de visu la certitude de ses macérations sanglantes.

Dans la matinée le Père fut plus gai. Il parlait un peu plus facilement. Nous nous mîmes à table. Il nous fit signe de mettre son couvert et un fauteuil à sa place et pendant que nous mangions il arriva bravement, s’assit et mangea un petit peu de poisson et de raisin. Il nous regardait manger en souriant. Il resta à table un quart d’heure à peu près. Le Père avait pris un peu de pain, il en mangea un peu. Il lui en restait une bouchée dans la main. Sa sœur voulut la lui prendre. Il refusa et me la laissa prendre. C’est la dernière fois que l’enfant reçut le pain des mains du Père de famille.

Le reste de la journée fut très calme. Le Père put traiter quelques affaires. Je lui lisais des lettres, il me disait la réponse en quelques mots.

Nemours revint le poursuivre. Il reçut aussi une lettre pénible de f… Mais dit-il, il n’y a rien à faire.

Ainsi la tribulation l’attaquait encore à son lit de mort. Il reçut une dépêche du père de Cuers demandant s’il fallait venir. Non, me répondit le Père à deux fois. D’autres, les jours suivants, firent la même demande et reçurent la même réponse. Le Père voulait mourir simplement et faire cette action avec la simplicité d’un acte de service Eucharistique comme les autres.

Le soir le Père fut plus agité. Le père Chanuet arriva avec Mlle Thomas qui a soigné le Père sans le quitter et a reçu son dernier soupir. 

Le Père était trop fatigué pour parler. Ce n’est que le lendemain qu’il adresse la parole eu père Chanuet.

Je veillai le Père jusqu’à une heure. La nuit fut très pénible. À un moment le Père eut un râle effrayant à entendre, et plus effrayant à moi. Sa poitrine se soulevait bruyamment. Il respirait avec effort et par saccades. Il était étendu sur le dos pâle comme un mort. Les narines s’étaient retirées et contractées. La bouche était violemment serrée. La sueur ruisselait sur son visage, cela dura plus d’une demi-heure (je crois). Je m’approchai. Je ne savais quel parti prendre, je priai. Enfin le bruit cessa et le Père resta assoupi jusqu’à l’heure où je le quittai pour aller reposer. 

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Jeudi 30 juillet

P Chanuet célèbre dernière messe au P Eymard.jpegDès le matin on installa dans la chambre tout ce qu’il fallait pour dire la Messe. Le père Chanuet n’avait pu obtenir de Monseigneur de Grenoble la permission que pour une fois la semaine. L’autel était dressé sur la commode en vue du Père qui put suivre la Messe, quelques personnes y assistèrent. Le Père communia. Pendant l’action de grâce il me fit signe de lui donner à boire le vin qui restait dans la burette avec l’eau du sacrifice. Sa figure était radieuse de paix et de calme. Je m’approchai et l’embrassai. C’était la première fois depuis mon arrivée. Après l’action de grâces le père Chanuet vint au pied du lit et le Père lui dit assez distinctement : « Vous êtes bien drôles d’être venus. Pour quoi faire ? - Eh bien, mon Père, ne le méritez-vous pas. - Ah ! bah ! dit le Père ! » Et le père Chanuet de reprendre : « Vous alliez bien voir les autres, vous mon Père ! » Le Père se tut, content de cette raison.

Il parla quelques minutes avec Mlle Thomas, lui demanda des détails minutieux sur les affaires d’une succession qui l’embarrassaient. Ce qui prouve sa grande présence d’esprit.

Vers neuf heures je lui demandais de lui passer autour du corps une ceinture de soie qui avait servi à revêtir sa chère Notre-Dame du Laus. Il voulut bien et me dit : « C’est pour elle (ou à elle) que je l’offre (ou que je souffre) ». La difficulté que le Père avait de s’exprimer m’empêcha de saisir laquelle des deux phrases il prononça, mais leur sens est identique. (Il mourut avec cette ceinture autour du corps. N.-Dame du Laus avait été son premier désir, son premier amour. Elle vint occuper sa dernière pensée. Je l’avais passée moi-même. Après la mort, Mlle Thomas la prit et me la donna). Je lui demandai alors s’il ne voulait pas que j’allasse demander sa guérison à Notre-Dame de La Salette. Une neuvaine de messes s’y terminait le lendemain. Il me dit : « Oui, je veux bien ». – J’obtiendrai votre guérison, mon Père. – « Je veux bien ». Au moment de partir vers onze heures il me dit : « Restez demain, samedi et dimanche ». – C’est trop, lui dis-je, je veux vous revoir avant. « Eh bien ! revenez samedi ». Je me mis à genoux. Le Père me bénit. Il me fit sur le front avec sa main une croix. Et je partis croyant bien le revoir plein de santé – hélas !

Pour montrer comment le Père pensait à tout il voulut que je prisse son parapluie. Il ne put venir à bout de dire ce mot. Il me montrait du doigt le fond de sa chambre et me disait : Prenez mon… mon… Et moi qui ne pouvais, par le beau temps qu’il faisait, songer à un parapluie, je désignai tous les objets. Le Père disait : non, avec un petit air aimable et agacé. Il souriait de son impuissance. Mais pour nous quelle souffrance de voir muette cette bouche toujours ouverte pour annoncer Notre Seigneur ! ou pour dire une parole d’affection ou de bienveillance.

Je partis. Depuis ce temps jusqu’à sa mort il s’est écoulé 50 heures. Je serais revenu plus tôt de La Salette. Mais j’attendais une personne qui devait y arriver le vendredi soir à 2 heures et me donner des nouvelles du Père. Elle n’arriva pas, je résolus de l’attendre. Au fond du cœur je croyais invinciblement que le Père guérirait vite et bien. Je le croyais et ma conscience me faisait verser d’avance des larmes de reconnaissance. Hélas ! Notre Seigneur ne l’a pas voulu ! J’ai toujours regardé cette absence comme une punition de mes péchés. Oui, Seigneur, vous jugez toutes choses avec équité. Je vous remercie de la faveur inestimable d’avoir vu mon Père dans ses derniers jours, de l’avoir soigné, d’avoir vu un saint sous le coup de la douleur, laissant une œuvre à peine établie, sans regrets, sans récriminations, mourant parce que vous jugiez à propos qu’il mourut, ne se croyant pas nécessaire une minute de plus que vous le vouliez, allant à la mort comme à l’adoration, ne voulant rien dire pour plus tard afin de vous laisser à vous, seul maître, seule personnalité dans la Société, votre pleine liberté de direction, votre autocratie ! O ! quel spectacle. Et peut-être aussi, Seigneur, que vous m’avez éloigné de peur que je ne forçasse, par mes instances toujours écoutées dans ces matières-là, notre Père à parler. Tout ce que vous avez fait est bien, et mieux que tout ce qui aurait pu être.

Les deux lettres ci-jointes donnent les détails sur les deux derniers jours Jeudi et Vendredi. La dernière a été écrite vendredi vers trois ou quatre heures. On y remarquera cette annonce de sa mort faite par le Père à une personne de La Salette. Elle m’a été confirmée en ces termes par la personne elle-même : « Le Père m’a dit : Eh ! bien c’est la fin ». Je ne veux pas juger de l’autorité de cette personne à se faire croire. Ce n’est que plus tard que l’on pourra obtenir là-dessus des données certaines.

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Vendredi 31 et Samedi 1er août

Alcove P Eymard.jpegLa lettre de Mlle Thomas indique que la nuit a été assez calme. Mais que l’affaiblissement augmen-te et que là est le grand danger. En effet le Père ne pouvait plus, usé comme il l’était, lutter contre la maladie.

Le père Chanuet dit la messe le matin.

Deux fois dans la journée il lui parla de l’extrême-onction. Le Père dit : non, pas maintenant.

Le Père se lève pour laisser faire son lit. La nuit on lui a posé un emplâtre sur le cou. Le soir Mlle Thomas veille sur le Père. Vers minuit elle était dans la chambre. Les rideaux du lit placé dans une alcôve étaient entr’ouverts. Une petite veilleuse placée sur la cheminée éclairait l’appartement. Mlle Thomas, regardant le Père, le voit fixer attentivement les yeux vers le pied de son lit du côté du mur. Il souriait, ses yeux s’animaient. Il paraissait singulièrement heureux. Elle regarde et aperçoit dans un nimbe d’une lumière douce comme la lumière de la lune, des plis de robe. Comme elle est loin d’être portée au merveilleux, elle prend la lampe, la change de place, la cache afin de bien s’assurer que ce n’est pas une réfraction de sa lumière : le nimbe lumineux persiste. Le Père regardait toujours, toujours plus souriant. Il avait l’air de remercier. Ces plis, m’a dit Mlle Thomas, étaient ceux d’une robe pendante. Ils pouvaient avoir un mètre de haut. Et le nimbe entier tenait depuis le lit jusqu’au plafond. Elle n’a pas vu de traits, pas de figure. Elle m’a attesté cela. Et tous ceux qui ont connu son instruction, son caractère énergique, son cœur viril, savent qu’elle n’était pas portée aux visions. 

Elle croyait intimement que c’était la Ste Vierge qui venait avertir le Père. Cette croyance, loin de s’éteindre, n’a fait jusqu’à sa mort qu’augmenter chez elle. Mlle Thomas envoie aussitôt chercher le père Chanuet qui logeait dans une maison voisine. Le Père accepte volontiers cette fois d’être administré. Le père Chanuet lui apporte les Saintes Huiles. Le Père s’unit à toutes les prières, suit toutes les cérémonies. Il était 2 heures du matin.

La faiblesse allait toujours croissant. Les idées toujours parfaitement claires. À sept heures le père Chanuet dit au Père qu’il allait lui chercher la Communion. Le Père ne sembla pas content. Il aurait voulu la Messe. Le père Chanuet craignit d’aller contre sa conscience et le Père se soumit à ce nouveau sacrifice. Il reçut son viatique. C’était sept heures avant de partir !

Après la Communion, le Père se leva encore pour laisser faire son lit. À dix heures, il embrassa sa sœur et lui dit : « Eh bien sœur, adieu c’est la fin ! » Vers onze heures, les sinapismes appliqués et promenés sur les jambes ne prenaient déjà plus. La vie s’en allait peu à peu. Le sang se réfugiait des extrémités vers le cœur. Chez le Père surtout, et plus peut-être qu’en aucun autre, le cœur avait été la vie. La vie s’y réfugiait à ce moment suprême comme dans un dernier retranchement.

À midi, on crut que tout était fini. Une syncope fit craindre la mort. Elle dura quelques minutes. Le père Chanuet récita alors au Père des prières des mourants. Le Père s’y unissait.

Tous ceux qui étaient présents vinrent s’agenouiller au pied du lit. Le Père les bénit les uns après les autres. Quand il eut fini, il cherchait encore quelqu’un, il regardait de côté et d’autre et semblait appeler. Puis il rentra dans le repos. – Mlle Thomas a cru toujours que c’était moi que le Père cherchait. Il me croyait sans doute de retour, ou ne se souvenait plus de m’avoir envoyé à La Salette.

Vers deux heures, le père Chanuet alla au télégraphe. Quelques signes de plus grand abattement ne trompèrent pas Mlle Thomas. Elle fit courir après elle le père Chanuet. Le Père voulut expectorer une glaire. Mlle Thomas le souleva un peu sur l’oreiller. La respiration lui manqua. C’était fini. Il retomba sans vie ou plutôt il s’endormit doucement. De sa main il cherchait l’envers de son mouchoir afin de cracher. Ses yeux étaient demeurés fixés sur un tableau du crucifiement. Le père Chanuet était arrivé quelques secondes avant et avait eu le temps de donner au Père, de la porte de la chambre, la dernière bénédiction in articulo mortis. Il était environ deux heures et demie. J’ai oublié de dire que vers midi, quand on récitait au Père les prières des mourants, il avait paru un peu fatigué. Mlle Thomas lui montra alors une image du Sacré-Cœur avec les litanies lui demandant s’il voulait qu’on les récitât. Oui, fit le Père et il suivit toutes les invocations avec un intérêt et une piété soutenus. Ce fut sa dernière prière ici-bas. – Un jour le Père m’avait dit : « Ah ! la dévotion au Sacré-Cœur je lui dois tout, elle m’a sauvé ». Et Jésus venait offrir la vue de son Cœur à ce cher mourant pour lui faciliter le passage et le lui faire faire dans cette nacelle assurée contre le naufrage ! C’est le samedi 1er août à 2 heures 1/2 que le Père s’est éteint dans le Seigneur. C’était la fête de St Pierre-ès-liens son patron et l’heure des premières Vêpres de Notre-Dame des Anges.

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Après le premier moment de la douleur, on songea à exposer le Père et à le revêtir. Ce fut Mlle Thomas et Mme Gras qui se chargèrent de ce douloureux office. 

Le Père fut revêtu de sa soutane, de l’aube, du cordon et de l’étole noire. Il avait aux pieds ses bas et ses souliers à boucles. On l’étendit ainsi sur son lit et, le bruit s’étant répandu dans la ville, la chambre commença à se remplir de visiteurs, les larmes aux yeux, qui venaient contempler ce Père vénéré et moins prier pour lui que se recommander à ses prières.

Mais puisque ces souvenirs sont surtout faits pour moi, je vais y noter quelques faits sans importance mais dont j’ai été frappé après l’événement.

De la messe qui termina la neuvaine à La Salette, je crus très certainement que le Père guérirait. Je faisais l’action de grâces à Marie plus que je ne lui demandais la faveur tant souhaitée. 

Il y avait, à La Salette, un vénérable pèlerin dans le genre du Benoît Labre en universelle vénération. Je lui demandais la guérison du Père sans lui dire la gravité exacte de sa maladie. Sa réponse fut celle-ci : « Ah ! Monsieur, quand le bon Dieu a résolu de rappeler quelqu’un à Lui, les prières n’y font plus rien ». Mais, lui dis-je, c’est un saint dont Notre Seigneur a besoin, l’Église et la Société aussi. « Dans ce cas, me répondit le vieillard comme pour me consoler, Dieu le conservera peut-être ». – Je ne fis pas grande attention à ces paroles. Le soir à l’instruction du vendredi, le père Pons prêchant sur St Pierre-ès-liens dit : « St Pierre paraissait bien nécessaire à l’Église naissante et cependant Dieu le tenait en prison. C’est que personne n’est nécessaire à Dieu ». Enfin le samedi, inquiet de ne voir personne venir de la Mure, j’étais hésitant si je devais rester ou repartir. Vers 1 heure et demie on arriva. Le Père, me dit-on, n’est pas mieux, repartez. – Je ne le croyais pas. Peut-être, me dis-je, quand la personne a quitté la Mure cela était vrai, mais depuis, Marie a certainement guéri le Père. Je le crois sans hésitation, ceci n’est qu’une épreuve de ma foi.

Statuette ND Salette P Eymard.jpegCependant je me décidai à partir. Vers deux heures j’allais dire adieu à Notre Seigneur. Je fis un acte de soumission à Notre Seigneur dont je ne me rendis pas compte, mais qui m’arracha un cri assez fort avec une douleur profonde. De la chapelle, je vais au lieu de l’apparition. Là, je ne me sens nullement porté à demander la guérison du Père. Mais saisi d’une paix suave, douce, d’un calme incroyable regardant les cieux, je dis dans mon cœur, sans prononcer extérieurement une seule parole : « Eh ! bien, quand vous partiriez, Père, cela ne vous vaudrait-il pas mieux ? N’avez-vous pas assez souffert ! Ah ! que vous seriez heureux d’être uni à votre Jésus ». Ce sentiment me remplit de joie intérieure et je partis sans y attacher d’importance. Il était deux heures passées à l’horloge de l’église. À quelques minutes de là, le Père se mourait. Tout le long du chemin je ruminais ce que je devais demander au Père, car j’étais persuadé que je le reverrais. Je portais des croix à indulgencier pour 16 francs. Cependant le ciel me paraissait plus beau qu’à l’ordinaire. Je ne suis pas poète, ni rêveur. Je le regardais et me disais : Mais que se passe-t-il donc au Ciel ? Quel triomphe y a-t-il donc ! que le Ciel est beau, puis pensant de nouveau au Père je songeais à ce que je lui dirais, aux moyens de le sauver, etc.

Ste Chantal savait la maladie de St François. Elle était à Grenoble. Le St se mourait à Lyon. Notre Seigneur lui dit dans l’oraison : « Ma fille, ton père ne vit plus dans ce monde » et la Sainte de répondre : « Oh non, mon Dieu, je sais qu’il est si mortifié que tout est mort pour lui et qu’il ne vit plus que pour vous ». Ce fait, que j’ai lu après, m’a expliqué comment, malgré tous ces avertissements intérieurs, je croyais toujours le Père en vie. 

Cependant j’avais pris un express. Une heure avant d’arriver à la Mure, à Pont-Haut, un homme m’arrête et me dit : « Le Père Julien est mort tantôt !!!! »

Quand j’arrivai près du Père, il était neuf heures du soir. Le Docteur Douillard était venu, mais trop tard, de Paris.

Je me précipitai sur mon Père et l’embrassai avec frénésie. Eh ! quoi, Père, vous êtes mort sans m’appeler pour recueillir une dernière bénédiction !

Je ne cessai d’embrasser ce visage vénéré. Les yeux étaient ouverts et aussi animés qu’aux plus beaux jours des fêtes de Notre Seigneur.

Pendant sa vie, même quand le Père était content, son regard conservait toujours un certain voile de mélancolie. Ici, plus rien. La paix, la paix souriante. Ses lèvres souriaient. Il me regardait au point que par deux ou trois fois je lui dis : « Mais riez donc, parlez donc, Père, vous n’êtes pas mort, ce n’est pas possible ! » Ce regard limpide, souriant et animé, dura jusque vers minuit. À cette heure le Père prit la figure qu’il a conservée jusqu’à sa sépulture. Son regard était toujours calme, ses yeux doucement ouverts, mais sans cette vie qui avait tant frappé les assistants durant les premières heures. Ce qui faisait le caractère de sa physionomie, c’était le calme, la paix, paix d’en haut que rien ne trouble plus.

Je passai la nuit au pied du lit de mon Père. Dieu sait quelles recommandations je lui fis. Je n’oubliai aucun de mes frères. Je sentais quel sacrifice N. S. demandait d’eux.

Les pénitents disaient l’office des morts. 

 

Stèle P Eymard.jpegLa journée du 2 août est ensuite relatée, avec la foule des gens affluant pour voir le Saint de La Mure avant ses funérailles, rue du Breuil. Je vous invite à le lire par vous-mêmes dans le livret (disponible au 23 avenue de Friedland, Paris 8, Chapelle Corpus Christi, Église du Saint-Sacrement, et au Centre Spirituel "Eymard" de La Mure). 

Nous pouvons maintenant partager sur ce que signifie ‘être un homme, une femme eucharistique’ à la lumière de l’exemple du P. Eymard.

Nous ferons une pause avant de reprendre à 16h l’adoration eucharistique animée avec un texte du Père Eymard : la prédication sur la sainteté qu’il donna trois semaines plus tôt et qui est comme, en creux, entre les lignes du texte, un autoportrait de sa vie de fondateur.

 

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Le tombeau du Père est traditionnellement situé à Paris, au 23 avenue de Friedland (8ème). Son gisant de cire occupe la châsse qui fut celle du bienheureux Curé d'Ars, que la Congrégation du Saint-Sacrement a rachetée au pris de 1000 francs de l'époque, en 1925, quand Jean-Marie Vianney a été canonisé et le P. Eymard déclaré bienheureux. On peut toujours vénérer ses reliques sises sous la châsse.

 

Logo sss NEUF.jpgSandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique
rattachée à la Chapelle Corpus Christi, Paris 8

23 juin 2018

 

 

Adorons Jésus Eucharistie avec la dernière prédication
sur la sainteté du P. Eymard : PDF

Adorons Jésus Eucharistie.jpg

Les trois photographies de la catéchèse, Chapelle Corpus Christi,
23 avenue de Friedland, samedi 23 juin 2018 : ©Anthony Loi


Retrouvez l'ensemble de la catéchèse eucharistique du semestre sur ce lien :
Fraternité Eucharistique Corpus Christi #JubiléPJEymard2018
L’IDEAL DU CÉNACLE Comprendre l’Eucharistie dans sa totalité
avec st Pierre-Julien Eymard

14.05.2018

Adorateurs en esprit & vérité avec Notre-Dame du Saint-Sacrement - #JubiléPJEymard2018

Fraternité Eucharistique
12 - 05 - 2018
Adorateurs en esprit & vérité 12 mai.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’influence de la Vierge Marie
dans la vie de S. Pierre-Julien Eymard
 

            Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868) a été ordonné prêtre en 1834, à Grenoble, à l’âge de 23 ans. Après avoir été prêtre diocésain et curé à Monteynard, il devient religieux Mariste, à Lyon, à l’âge de 28 ans.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelDepuis son enfance, la Vierge Marie tient une place importante de Conseillère dans sa vocation sacerdotale & religieuse, et dans son cheminement jusqu’à fonder une Congré-gation centrée sur l’Eucharistie.

Il fréquente le sanc-tuaire de Notre-Dame du Laus dès ses 11 ans où il parcourt les 80 km depuis La Mure d’Isère, seul, à pied, mendiant son pain. Il y retournera à ses 13 ans où il fera sa première confession et rencontrera le P. Touche qui l’encouragera à suivre sa vocation sacerdotale, à apprendre le latin, et à communier chaque dimanche.

            À 17 ans, Pierre-Julien apprend par hasard la mort de sa mère, survenue le 5 août 1828. Il est alors pendant une année volontaire à l’hospice Saint-Robert, près de Grenoble, afin d’aider l’aumônier, en échange de leçons de latin, pour devenir prêtre.

            À 18 ans, Pierre-Julien commence son noviciat chez les Oblats missionnaires de Marie Immaculée, à Marseille. Mais il contracte une pleurésie, on le ‘rapatrie’ à La Mure chez son père. On va jusqu’à sonner la cloche des agonisants… Mais il revient à la vie et sa convalescence durera une année.

            Quand il a 20 ans, le père de Pierre-Julien décède. Il peut alors entrer au Grand Séminaire de Grenoble introduit par Eugène de Mazenod le fondateur des Oblats de Marie Immaculée.

            Contemporain de la vision de Maximin et Mélanie à Notre-Dame de La Salette, le 19 septembre 1846, il sera un défenseur de l’authenticité de la vision et un visiteur assidu du sanctuaire. Il accompagnera aussi Maximin jusqu’à le confier à une famille amie, les Jordan, dans les Yvelines.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelÀ chaque étape de sa vie, il a su reconnaître l’influ-ence de Marie. C’est seulement en 1858, après avoir fondé en 1856 les Religieux du Saint-Sacrement, et en fondant les Servan-tes du Saint-Sacre-ment, qu’il encoura-ge et approuve le culte que ses fils rendent à Marie, sous le vocable : Notre-Dame du Saint-Sacrement.

L’année de sa mort, en 1868, il ouvre ainsi le mois de Marie dans le premier noviciat de la Congrégation, à Saint-Maurice, dans l’Essonne :

« Eh bien ! nous honorerons Marie sous le vocable de
Notre-Dame du Très Saint Sacrement,
Mère et Modèle des adorateurs,
priez pour nous qui avons recours à vous. »
(PS 317,2)

            Il célèbrera sa dernière messe à Grenoble, dans la chapelle des Missionnaires de La Salette. Et, à La Mure d’Isère, son village natal, pendant son agonie, suite à un accident cérébral et épuisé, il quittera ce monde avec une vision de la Vierge Immaculée, une statuette de Notre-Dame de La Salette entre les mains.


            Dans La Grande Retraite de Rome, en 1865, trois ans avant sa mort, il médite à plusieurs reprises sur les Mystères de l’Incarnation et la Vie de Marie en l’Incarnation, les attitudes intérieures de Marie tout au long de la vie de son Fils, jusqu’à Marie adoratrice du Verbe incarné en l’Incarnation, avec 4 actes d’adoration : l’humilité, la joyeuse reconnaissance, le dévouement et la compassion. Ce sera l’objet de la Neuvaine à Notre-Dame du Saint-Sacrement qui se déroulera avec le réseau social Hozana, du 26 mai au 3 juin prochain, jour de la Solennité du Saint Sacrement.

            On le comprend donc, la présence de Marie est fondamentale dans toute la vie du Père Eymard. Elle a le rôle qu’elle tient déjà dans les Évangiles :

Servante du Seigneur, elle s’offre elle-même en le servant, en accueillant le Verbe fait chair en elle ;

— Elle indique son Fils, aux noces de Cana, pour qu’il manifeste la puissance de Dieu dont il est investi ;

Médiatrice, elle portera dans la prière les enfants de Dieu à son Fils, Mère de l’Église dont elle reçoit la tâche au pied de la croix.

— Rôle de co-rédemptrice aussi, même si ce n’est pas le mot que le P. Eymard emploie pour désigner la part active qu’à la Vierge dans l’économie du Salut ;

— Et surtout, Reine du Cénacle, qui reçoit l’Esprit Saint à la Pentecôte avec les disciples, Adoratrice du Christ ressuscité présent au saint Sacrement.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocel            Voilà pour l’introduction à Notre-Dame du Saint-Sacrement que la congrégation fête demain, le 13 mai. C’est le jour anniversaire où le Père Eymard, en compagnie de son premier compagnon, le P. Raymond de Cuers, a reçu de l’archevêque de Paris d’alors, Mgr Dominique Sibour, la bénédiction pour fonder la première communauté des Religieux du Saint-Sacrement. La mission première de la congrégation est d’adorer et de faire adorer le Saint Sacrement, avec l’œuvre de la première communion des adultes et des enfants en milieux ouvriers dans les faubourgs pauvres de la capitale (Faubourg Saint-Jacques).
 

 

            Mais que signifie « adorer et faire adorer le saint Sacrement » ? Pour répondre, entrons dans le Mystère de l’Incarnation du Verbe, par cette citation du prologue de l’Évangile de saint Jean :

Jean 1,14 (Prologue)

14 Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire,
la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
 


            L’angelus est une prière en l’honneur de l’incarnation du Christ, que je vous invite à prier ensemble pour se mettre en présence de Marie & de Jésus son Fils :

V/. L’Ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie,
R/. Et elle conçu du saint-Esprit.
Je vous salue Marie ...

V/. Voici la servante du Seigneur,
R/. qu’il me soit fait selon votre parole.
Je vous salue Marie ...

V/. Et le Verbe s’est fait chair,
R/. et il a habité parmi nous.
Je vous salue Marie ...

V/. Priez pour nous, sainte mère de Dieu,
R/. Afin que nous soyons rendu dignes des promesses de notre Seigneur Jésus-Christ.

PRIONS : Que ta grâce Seigneur notre Père se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus-Christ, Notre Seigneur, qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint Esprit maintenant et dans les siècles des siècles. Amen

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            Nous allons donc développer au cours de cet exposé ce que signifie « adorer en esprit & vérité ». Permettez-moi, tout d’abord, de baliser ce que j’ai à vous dévoiler par trois courts extraits du Projet de Vie de la Fraternité Eucharistique — l’Agrégation du Saint-Sacrement, la branche laïque de la Congrégation — à laquelle j’appartiens, ayant fait ma Promesse d’engagement il y a bientôt 2 ans (le 3 juin 2016).

1 — À l’article Avec Marie, il est écrit :st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard

Avec Marie

La Vierge Marie
Mère de Jésus et Mère de l’Église,
est le modèle irremplaçable
de la vie eucharistique.
Elle a partagé la vie des disciples
en prière au Cénacle
et en chemin sur les voies du monde.

Comme elle,
nous nous laissons guider par l’Esprit
pour que, dociles à son action,
nous contribuions efficacement
à la venue du Royaume.

D’ailleurs, nous l’honorons et l’invoquons
sous le titre de :
Notre-Dame du Saint-Sacrement.

(PdV – II, 11)

2 — À l’article La prière de contem-
plation et d’adoration …
est écrit :

La prière de contemplation et d’adoration

Dans la prière
de contemplation et d’adoration
au Christ présent dans l’Eucharistie
solennellement exposé ou dans le tabernacle,
nous prolongeons
la grâce du mystère célébré,
et intensifions notre union au Christ
pour devenir avec lui et comme lui
pain rompu pour un monde nouveau.

(PdV – II, 8)

3 — Et, enfin, à l’article La célébration eucharistique, nous lisons :st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocel

La célébration eucharistique

La célébration du Mémorial du Seigneur
est le point de départ
de notre compréhension de l’Eucharistie
et inspire notre prière et notre engagement.

Appelés à témoigner
de la forme eucharistique de l’existence,
par toute notre vie nous devenons
les ‘adorateurs en esprit et en vérité
que le Père cherche’ (Jn 4,23).

(PdV – II, 7)

 



Appelés à témoigner de la forme eucharistique de l’existence, par toute notre vie nous devenons 
les ‘adorateurs en esprit et en vérité que le Père cherche’ (Jn 4,23).

Et c’est le titre de cet exposé que nous allons approfondir en lisant l’Évangile de saint Jean, chapitre 4, versets 1 à 28.

 

Appelés à témoigner de la forme eucharistique
de l’existence, par toute notre vie nous devenons les
adorateurs en esprit et en vérité que le Père cherche

ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT JEAN

Chapitre 4

1 Les pharisiens avaient entendu dire que Jésus faisait plus de disciples que Jean et qu’il en baptisait davantage. Jésus lui-même en eut connaissance.
2 – À vrai dire, ce n’était pas Jésus en personne qui baptisait, mais ses disciples.

3 Quand Jésus appris cela, il quitta la Judée pour retourner en Galilée, 4 il devait donc traverser la Samarie.5 Il arrive ainsi à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, 6 et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. C’était la sixième heure, environ midi.

7 Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » 8 – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger. 9 La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.

10 Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » 11 Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? 12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » 13 Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; 14 mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » 15 La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »

16 Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » 17 La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : 18 des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » 19 La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !... Alors, explique-moi :

20 Nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. » 21 Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 23 Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. 24 Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » 25 La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » 26 Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

27 À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » 28 La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville. (…)


st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelJ’aimerais que nous voyions cette rencontre de Jésus avec la Samaritaine comme le paradigme de notre rencontre avec Jésus Eucharistie. Abordons cette scène comme le modèle d’une rencontre avec la personne divine de Jésus présent au saint Sacrement. Rencontre de Jésus Eucharistie comme quand nous sommes en adoration ou même lorsque nous communions à son Corps et à son Sang à la messe, quand nous prenons part au banquet des Noces de l’Agneau.

            Dès le début de ce chapitre 4, il est dit que Jésus attire à lui les gens et baptise plus que Jean, qu’il fait plus de disciples que Jean le Baptiste. Pour cette raison, les pharisiens veulent rejoindre Jésus pour lui demander des comptes. Ils s’en offusquent et s’interrogent sur le pourquoi de ce succès de Jésus. Ce succès vient de ce que Dieu habite pleinement en Jésus, qu’il est rendu capable par le Père de donner l’Esprit et la Vie sans mesure à celui qui croit en lui et reçoit le baptême en son nom. C’est parce que Jésus baptise dans l’Esprit, qu’il est lui même cet Esprit, cette Vie, que les gens viennent à lui et se font baptiser.

            Jésus connaît très bien le cœur des pharisiens, c’est pourquoi il les fuit, veut retourner en Galilée et doit pour cela traverser la Samarie. Pays que les Juifs mettent à distance. Les Juifs ne veulent aucun commerce avec les Samaritains, qu’ils considèrent comme impurs : rien à voir avec leurs règles sociales, culturelles et religieuses.

            Traversant donc cette région désertique, Jésus se retrouve au mythique puits de Jacob. Lieu essentiel, vital et stratégique, aussi bien dans le passé que pour maintenant dans la scène que Jésus s’apprête à nous donner à voir. Rendu vulnérable comme tout homme par la chaleur et la fatigue de la marche, Jésus a soif et s’assoit sur la margelle du puits. C’est la sixième heure, c’est-à-dire qu’il est environ midi. Je me suis demandée pourquoi ce détail de l’horaire précis. Et je me suis souvenue que dans saint Jean, ailleurs, à environ midi, la sixième heure, un autre événement a lieu… Aux abords de la Passion, avec Pilate qui cherche à relâcher Jésus. Voici le passage en Jean 19, 12-14 :                                                  

Mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » 13 En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l’endroit qu’on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha). 14 C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. »  

            Deux choses me frappent dans ces deux passages de l’Évangile :

            Dans un cas c’est la fatigue de la route qui fait s’asseoir Jésus au bord du puits. Dans l’autre cas, c’est Pilate qui fait asseoir Jésus sur une estrade, pour montrer à ceux qui veulent sa mort qu’il est inoffensif et innocent. Il vient d’être flagellé, moqué, il est en sang et porte la couronne d’épines, le roseau et le vêtement pourpre.

            Au bord du puits, Jésus, au contact de la samaritaine, est, librement, dans l’abnégation de sa personne humaine : il met son besoin individuel de boire au second plan, privilégiant le dialogue pour amener la femme à reconnaître qu’il est l’envoyé de Dieu, le Messie. Il lui révèlera sa personne divine, plus loin, au verset 26 : « Moi qui te parle, je le suis ».

            Finalement, Pilate ne fait pas autre chose que révéler la personne divine du Christ quand il le désigne aux Juifs comme étant leur roi. Mais Pilate ne connaît pas la portée de sa déclaration. Il ignore aussi que c’est librement que Jésus s’offre à toutes les tortures qui l’attendent encore.

            Dans les deux cas, la sixième heure, vers midi, désigne le moment crucial où s’opère la révélation de la personne divine de Jésus. La samaritaine reçoit cette révélation. Les juifs au moment de l’Ecce Homo la rejettent.

            Revenons à notre puits. Jésus est donc assis au bord. Il a soif. Et quand la samaritaine s’approche, il ne lui dit pas, comme sur la croix, dépouillé et à l’article de la mort : « J’ai soif ! ». Là, il lui demande : « Donne-moi à boire. » Il est en position de faiblesse par rapport à cette femme, puisqu’il n’a rien pour puiser et qu’elle en a les moyens : elle porte sa cruche. Mais il ne met pas en avant son besoin à lui, vital et humain. Il est très respectueux dans sa demande, tout en étant direct. Il demande avec autorité, mais il ose demander à une femme, qui plus est, étrangère. N fait, il se préoccupe de son besoin spirituel, à elle qui n’accède pas à sa demande. Elle ne se précipite pas au bord du puits pour y descendre sa cruche et la remonter pleine de l’eau fraîche qui lui ferait tant de bien physique ! C’est pourtant elle qui a la clef pour répondre à sa demande matérielle. C’est elle qui a le seau ou la cruche pour puiser. Au lieu de cela, immédiatement, le dialogue est enclenché sur le mode spirituel. La demande de Jésus « donne-moi à boire » contient la clef, la réponse à la question spirituelle que la samaritaine soulève par sa remarque spontanée : « Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » Toi, un Juif : Il est question immédiatement de la personne de Jésus dans la bouche de la samaritaine, mais elle ne le sait pas encore. C’est bien la personne de Jésus qui est le seau, la cruche, la clef à la question du don de l’Esprit, ce don de l’eau vive.

            Le sens pragmatique de la samaritaine lui montre que Jésus n’a rien pour puiser l’eau matérielle et cette remarque l’adoucit. C’est comme si elle s’asseyait à son tour à son côté, sur la margelle du puits, songeuse : « Tu n’as rien pour puiser (…) avec quoi prendrais-tu l’eau vive ? » Et Jésus l’amène sur son terrain, petit à petit, ne détachant pas son regard de ses yeux à elle qui se sont abaissés et qui se pose la question : « Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? ». Question qui pèse le poids de l’héritage de ses ancêtres, contenant toute l’histoire du premier Testament d’où elle parle encore. Mais Jésus la fait aborder la source véritable, l’Alliance Nouvelle qu’il lui propose en sa personne : « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » À ces paroles de Jésus, la samaritaine est conquise : elle relève les yeux vers son visage et c’est elle qui lui demande à boire de cette eau spirituelle.

 
st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelJésus la gagne. Elle se laisse toucher et il avance, en lui demandant d’appeler son mari et de venir avec lui, pour profiter de ce don de l’Esprit, de sa propre personne, qu’il veut lui faire. Il connaît très bien sa vie : les cinq maris de son passé et l’homme qu’elle a actuellement et qui n’est pas son mari. Le chiffre parfait étant le sept, sans se proposer à elle directement comme Époux spirituel, elle déclare d’elle-même qu’il est prophète, qu’elle le voit bien puisqu’il lit sa vie comme en un livre ouvert. Alors elle laisse jaillir la question qui lui brûle les lèvres et l’âme de savoir où il faut adorer Dieu. Sur la montagne qui est là, en Samarie, où à Jérusalem comme le prétendent les Juifs ?

            Là, Jésus lui répond en l’appelant ‘femme’ : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. » Comme quand Marie, sa mère, s’adresse à lui pour lui signaler que les invités aux noces de Cana n’ont plus de vin. Il lui répond : «  Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Dans les deux cas il est fait allusion à l’heure de sa mort sur la croix où aura lieu le don suprême de Dieu dans l’Esprit Saint, dans le sang et l’eau. Si la sixième heure, vers midi, correspondait à la révélation de la personne divine de Jésus, la neuvième heure, à quinze heure (15h), sera le moment de la kénose, de la remise entre les mains du Père de son souffle, et du don de l’Esprit saint quand le coup de lance transpercera son Cœur.

            « L’heure vient », dit Jésus, « – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité ». Oui, l’heure vient où Jésus donnera son Esprit, par sa mort, le remettant au Père sur la croix. Déjà, à la croix, il nous donne son Esprit. Et quand il ressuscitera il enverra son Esprit sur la terre. C’est ce Jésus Eucharistie-là que nous adorons au saint Sacrement, en esprit et vérité. La circulation de l’amour entre les trois personnes divines, la Trinité, Dieu Trine, Père, Fils et Saint Esprit est ce don que Jésus nous fait par son sacrifice et sa résurrection. Nous recevons cette vérité, qui est le dynamisme de l’amour divin, quand nous adorons Jésus au Saint Sacrement. Cette vérité nous rend libre. C’est le règne de Dieu en soi. C’est l’authentique culte d’adoration de Dieu que nous recevons de la Nouvelle Alliance en Jésus Christ. Nous recevons le nouveau principe de vie, l’Esprit de Jésus, qui nous fait, nous crée « enfants de Dieu » [Jean 1,12-13 (Prologue) : Tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. (Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.)]

            Et la samaritaine acquiesce : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Quand elle dit cela, je la vois encore songeuse et la tête baissée, attentive à ce qui se passe en son propre cœur, en elle-même, à l’écoute de son intériorité. Et elle en sait des choses ! Elle est déjà habitée, éclairée par l’Esprit de Jésus. Ses paroles sont de l’Esprit de vie contracté au toucher de Jésus. Et lui, de répondre : « Moi qui te parle, je le suis ». Paf ! un éclair intérieur, comment ne pas être tourneboulée… ? Comme du buisson ardent Dieu répondit à Moïse : « Je suis ». Oui, Jésus est bien le buisson ardent de la Nouvelle Alliance. Il est bien ce feu de l’amour qui consume toute sa personne sans qu’elle ne l’anéantisse. Il en rayonne par sa parole qui touche le cœur et nous met en mouvement. Un mouvement vertueux.

            En effet, la samaritaine a à peine le temps de réaliser ce que Jésus lui révèle, qu’un mouvement de personnes se fait autour d’eux, et brise leur cercle intime. L’effet de la parole de Jésus révélant sa divinité à la samaritaine est tel qu’elle se met en mouvement aussitôt, elle aussi. Elle lâche la cruche, le seau, sans avoir servi le Messie, pleine qu’elle est de l’Esprit que vient de lui infuser Jésus, et elle part, retourne au village annoncer qu’elle a trouvé le Messie. Comme Marie qui vient de vivre l’Annonciation, pleine de l’Esprit saint — qui la couvrit de son ombre et insuffla la vie de Jésus en son sein­ —, partant sur les chemins, gravissant les montagnes à la rencontre de sa cousine Élisabeth —, de même la samaritaine n’a pas le loisir de savourer pour elle-même la rencontre avec Jésus : elle part annoncer la Bonne Nouvelle de la venue du Messie en la personne de Jésus. Elle devient illico-presto évangélisatrice. Les disciples reviennent avec les provisions qu’ils étaient partis quérir en ville. Ils les proposent à Jésus, pour qu’il se sustente, mais finalement, pas plus que sa soif, sa faim n’est matérielle. L’occasion pour Jésus de poursuivre sa catéchèse auprès des disciples pour leur montrer le Père, d’une autre manière qu’avec la samaritaine fraîchement convertie.

           [Mais là, c’est une autre histoire : de pain, de semeur et de moissonneur qui pourrait faire l’objet d’une prochaine rencontre avec la Fraternité Eucharistique…].


Logo sss NEUF.jpgSandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique
Chapelle Corpus Christi
23 av. de Friedland - Paris 8


Bannière 13 mai ND st Sacrement.jpgAnimation de l'Adoration Eucharistique du 12 mai 2018 Chapelle Corpus Christi - avec la petite histoire de Notre-Dame du Saint-Sacrement

 

 

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Catéchèse Eucharistique L'idéal du Cénacle Comprendre l'Eucharistie dans sa totalité
avec S.Pierre-Julien Eymard

 

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Jésus et la Samaritaine

Étienne Parrocel (dit le Romain) - Huile sur toile, XVIIIè s.
Palais Fesch - Musée des Beaux-Arts, Ajaccio

 

Iconographies, plus haut

Notre-Dame du Saint-Sacrement - Vitrail, Oratoire de la Maison Généralice -
Congrégation du Saint-Sacrement, Rome.

La Vierge à l'hostie - Jean-Dominique Ingres, Musée du Louvre.
La Sainte Cène - Vitrail oculus, Chapelle Corpus Christi Paris 8.

22.04.2018

St P-J. Eymard, Apôtre de l'Eucharistie - Écoute dans la nuit - 19 avril 2018 (Podcast)

St Pierre-Julien Eymard, L'Apôtre de l'Eucharistie

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saint pierre-julien eymard, andré guitton, Brel daouda, theresa hong, sandrine treuillard, eucharistie, #jubilépjeymard2018, adoration, adoration eucharistique, adoration saint martin, christianisme, foi, transmissionJean-Marie Marçais de Écoute dans la nuit invite :

— le Père du Saint-Sacrement André GUITTON, biographe du saint, Chapelle Corpus Christi Paris 8

— le Père du Saint-Sacrement Brel DAOUDA, supérieur régional du Congo Brazzaville  

— Sœur Teresa HONG, supérieure des Servantes du Saint-Sacrement, Chapelle Notre-Dame du Saint-Sacrement, Paris 16

— Sandrine TREUILLARD, responsable de la Fraternité Eucharistique, Agrégation du Saint-Sacrement, Chapelle Corpus Christi Paris 8


Merci à Gino Testa, des Groupes de prières Padre Pio de Paris, à l'initiative duquel cette émission a été réalisée.

 

 

 

23.01.2018

Notre vocation eucharistique de laïcs avec st Pierre-Julien Eymard

L’IDEAL DU CÉNACLE

Comprendre l’Eucharistie dans sa totalité avec st Pierre-Julien Eymard

Cycle #JubiléPJEymard2018

Présentation de la Fraternité Eucharistique Chapelle Corpus Christi Paris 8 — 13 janvier 2018

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Extrait de sa correspondance
CO 477,1

 À Jésus Eucharistique

[La Seyne-sur-Mer,]1
1er Janvier 1855

Merci de vos vœux et de vos souhaits si bons en Notre Seigneur. Oui, que cette année soit une année eucharistique ! Qu'un cénacle d'amour et de louange s'élève sur cette terre d'ingratitude et d'oubli ! Puissé-je en être le premier adorateur comme la première victime ! Cette pensée eucharistique ne me quitte pas, je la bénis, je l'environne d'épines et de fleurs, j'aime à en faire une couronne de vœux et de désirs. Mais Notre Seigneur le veut-il à présent ? Me fera-t-il l'honneur et le bonheur de m'appeler autour de ce doré tabernacle ? Voilà, ma fille, ce qu'il faut demander à ce Roi de tous les cœurs.

Mais que deviendra le Nazareth de Jésus et de Marie, me direz-vous ?

De Nazareth, Jésus alla au Cénacle et Marie y fit sa dernière demeure.

Je voudrais bien que vous vous missiez aux pieds de Notre Seigneur, afin qu'il daigne vous mettre une parole au cœur pour vous et pour moi.

Les matériaux se préparent, c'est bien entendu que je vous ai inscrite la première. Je n'ai pas encore commencé les conférences aux T. [Tierçaires] de Toulon, je le ferai sous peu. Ma santé est toujours un peu misérable – que Dieu en soit béni ! cependant la migraine me laisse un peu plus tranquille. Je puis dire la sainte messe : que Dieu est bon !

Mes souhaits de bonne année à toutes vos sœurs, j'avais commencé une lettre à toutes, mais le temps me manque.

Je n'ai encore écrit à personne depuis bien longtemps.

Mes souhaits à ces bonnes sœurs sont tous en Dieu et pour Dieu, tous en l'amour de Jésus et de Marie, en qui je suis

Tout à vous toutes

Eymard

1 Les mots mis entre crochets ne sont pas de la main d'Eymard.

2 Billets spirituels, tirés au sort. Celui de Noël indiquait pour l'année l'office à remplir à la cour du Roi Jésus. Au jour de l'an, doubles billets : étrennes de l'Enfant Jésus et en retour, étrennes de l'âme à Jésus.



st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillardDans cette lettre adressée le jour de l'an 1855 à Marguerite Guillot, rectrice du Tiers-Ordre de Marie, la branche laïque des Maristes, le Père Eymard présente ses vœux ainsi : Oui, que cette année soit une année eucharistique ! Que signifie ces vœux ”eucharistiques” et la vocation eucharistique pour saint Pierre-Julien Eymard ? C’est ce que nous allons explorer par cette lettre qui nous donne quelques réponses à approfondir…

 

Des origines de l’engagement du Père Eymard auprès des laïcs avec Marguerite Guillot

Très tôt, Pierre-Julien Eymard s’est intéressé à l’engagement spirituel des laïcs dans cet ordre tertiaire mariste. Cette vocation pour le bien spirituel des laïcs à part entière a toujours côtoyé sa vocation eucharistique, depuis la rencontre de Marguerite Guillot, 10 ans plus tôt, en 1845.

Le 1er janvier 1855, date de rédaction de cette lettre, il va avoir 44 ans. À 23 ans il avait été ordonné prêtre à Grenoble et l’appel à la vie religieuse le fit devenir Mariste, 5 ans plus tard, à 28 ans, à Lyon. Après 5 ans, en 1844, il y est nommé provincial.

En 1855, Mariste depuis 16 ans, le P. Eymard a été écarté de Lyon par le Supérieur général de la société de Marie qui le nomme directeur du collège Sainte-Marie de la Seyne-sur-Mer, à Toulon, et ce dès 1853.

Pourquoi a-t-il été écarté de Lyon deux ans plus tôt ? Parce qu’il a pris des libertés avec le Tiers-Ordre de Marie vis-à-vis du Supérieur général d’alors, le Père Colin. Il dirige depuis bientôt 10 ans le Tiers-Ordre de Marie qui prospéra si bien dès le début qu’il s’étend aussi aux prêtres : le curé d’Ars y est reçu dès le 8 décembre 1846.

À qui s’adresse cette lettre ? À Melle Marguerite Guillot. Ils se connaissent depuis 10 ans. Elle est rectrice du Tiers-Ordre de Marie depuis 1853, nommée par le nouveau Supérieur général, le Père Favre, après en avoir été sacristine puis maîtresse des novices, c’est-à-dire chargée des nouvelles venues.

Marguerite Guillot et le Père Eymard se sont rencontrés à Lyon lorsqu’il prêcha pour le Carême en 1845 et auquel elle alla se confesser. Le P. Eymard deviendra vite le directeur spirituel de Marguerite Guillot alors en recherche pour répondre à sa vocation de consacrée. Sr Suzanne Aylwin écrit dans la petite biographie de Marguerite Guillot :

« Sous la direction du P.  Eymard, l’âme de Marguerite se sent de plus en plus portée à la vie intérieure. Cette soif de perfection devient si grande que la vie chrétienne ordinaire, même avec la grande perfection que le Père lui fait pratiquer, n’est plus en mesure de lui suffire. Elle sent le besoin d’un milieu entre la vie du monde et la vie du cloître. Elle s’en ouvre au Père qui l’éprouve d’abord en lui répondant qu’elle ne sait pas ce qu’elle dit et ce qu’elle veut, qu’il n’y a point de voie médiane entre la vie du monde et celle du cloître. Mais, quelque temps après, il lui dit qu’à cause d’elle, il a accepté la présidence du Tiers-Ordre de Marie, la branche laïque de la Société de Marie. »

Nous pouvons relever combien dans leur relation la dirigée suscite la paternité spirituelle de son directeur, combien leur rencontre a fait partie du plan de Dieu, comme la suite nous le révèlera.

Quel est le contexte de la lettre dans le parcours spirituel du P. Eymard ?

En 1855, depuis déjà 4 ans au collège de la Seyne-sur-Mer à Toulon, Pierre-Julien Eymard vit une période de crise. Le 13 janvier de la même année il écrira à Marguerite : « Je me dis souvent : mais le Bon Dieu, que fera-t-il de moi tout souffrant et ne valant rien ? Je ne suis plus bon à rien, je suis usé, j'aurais besoin d'aller me cacher aux pieds de Notre Seigneur, j'espère que ce bon Maître me fera cette grâce. » Et : « Voilà près de 20 ans que je suis toujours dans la vie active, il me faut maintenant un peu du Cénacle. » En effet, il est au cœur d’un moment transitoire :

— En 1845, il avait eu une expérience très forte lors de la procession du Saint Sacrement le jour de la Fête-Dieu, à Saint Paul de Lyon. « Ces deux heures lui parurent un instant ».

- En 1849, il découvre à Paris les nombreux groupes de dévotion à Jésus-Eucharistie.

- En 1851, à Notre-Dame de Fourvière, toujours à Lyon, il eut un appel intérieur à fonder un groupe eucharistique.

- En 1853, à la Seyne-sur-Mer de Toulon où nous nous trouvons à l’étude de cette lettre, comme en exil depuis 2 ans, Raymond de Cuers, qu’il avait rencontré à Paris, lui demande d’être l’aumônier d’un groupe d’adoration nocturne masculine. En prière, après qu’il eût célébré sa messe, il eut l’incitation à fonder un ordre religieux qui n’existe pas encore, consacré exclusivement à Jésus-Eucharistie.

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Dans la lettre du 25 janvier 1855 à Marguerite Guillot, le P.  Eymard nous révèle que « depuis le 13 janvier, l’œuvre du Très Saint-Sacrement se dépouille et se prépare » et que « Mgr l’évêque de Fréjus Toulon (Mgr Wicart) l’a trouvée belle ». Et plus loin : « Moi, je n'ai encore rien exposé au T.R.P. Favre [le nouveau supérieur général des Maristes], pour lui exposer mes pensées, je prie et j'attends encore ».

— Il quittera donc les Maristes en 1856 pour fonder l’ordre des Religieux du Très Saint-Sacrement (sss), reconnu par Mgr Sibour archevêque de Paris, le 13 mai 1856.

- Une fois la branche masculine de la Congrégation du Saint-Sacrement fondée, Marguerite Guillot deviendra, en 1858, à Paris, la première supérieure de la branche féminine de la Congrégation qui portera le nom de Servantes du Saint-Sacrement.

— Fort de son expérience au Tiers-Ordre de Marie, dès 1857 le Père Eymard rédige un mémoire où il mentionne les Agrégés à la Congrégation du Saint-Sacrement : L’Agrégation sacerdotale (des prêtres) et l’Agrégation séculière. Cette dernière branche laïque du Saint-Sacrement sera désignée sous le vocable : Agrégation du Saint Sacrement. Elle est « composée des fidèles vivant dans le monde et qui désireraient s’unir à la Société par un lien fraternelle et s’associer à sa fin. » (in L’Apôtre de l’Eucharistie, biographie du saint par André Guitton, sss). Nous verrons plus loin quelle est cette fin.

 

Qu’est-ce que le Cénacle ?

La Sainte Cène Corpus Christi Légéndé.jpgPour répondre à cette question lisons l’Évangile de Luc, au chapitre 22 (tiré des Évangiles synoptiques, ouvrage de Lucien Deiss).

Luc 22, 7-14        Préparatifs du repas pascal


07
 Or arriva le jour des Azymes, où l’on devait immoler la Pâque.

08 Et Jésus envoya Pierre et Jean, disant : « Allez nous préparer la Pâque,

pour que nous la mangions. »

09 Or ceux-ci lui dirent : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs ? »

10 Et il leur dit : « Voici : à votre entrée dans la ville, viendra à votre rencontre

un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le dans la maison dans laquelle il entre.

11 Et vous direz au maître de la maison : “Le maître te dit :

Où est la salle où je pourrai, avec mes disciples, manger la Pâque ?

12 Et celui-ci vous montrera une salle à l’étage, grande, garnie de divans.

Là, faites les préparatifs. »

13 Or, s’en étant allés, ils trouvèrent tout comme il leur avait dit.

Et ils préparèrent la Pâque.

14 Et lorsque l’heure fut venue, il se mit à table.

Et les Apôtres étaient avec lui. 

 

— Le Cénacle est donc ce lieu réservé, secret, indiqué par le Christ de façon discrètement prophétique, et empreint de sacralité. C’est là où Jésus et les douze vont fêter la Pâque.

— Mais au Cénacle, en ce Jeudi saint, Jésus entouré des Douze va plus loin que de fêter la traditionnelle Pâque juive. Il instaure la Nouvelle Alliance : c’est l’offrande totale de lui-même pour le salut de tout homme.

Poursuivons la lecture de saint Luc du Repas pascal & institution de l’Eucharistie :

 

15 Et il leur dit : « J’ai désiré d’un grand désir

manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !

16 Car je vous dis : Désormais je ne la mangerai plus,

jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu. »

 

17 Et ayant reçu une coupe, ayant rendu grâce, il dit :

« Prenez ceci et partagez entre vous.

18 Car je vous dis : Je ne boirai plus à partir de maintenant du fruit de la vigne,

jusqu’à ce que soit venu le Royaume de Dieu. »

 

19 Et ayant pris du pain, ayant rendu grâce,

il le rompit, et il le leur donna,

20 et il dit : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous.

Ceci faites-le en mémoire de moi. »

[Ici nous ne lisons pas la trahison de Judas.]

24 De même aussi la coupe, après le dîner, disant :

« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.

25  Ceci, faites-le chaque fois que vous la boirez,

en mémoire de moi. »

 

26 Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe,

vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

Le Christ annonce l’offrande totale de lui-même et se livre dans les Espèces du pain et du vin. Il se fait Agneau pascal. Le désir du Christ est ardent, brûlant d’amour, il se donne lui-même sans retour et s’offre en partage. L’apôtre Jean, le disciple bien-aimé, a goûté à cet amour, reposant sur son sein. Détail de la Sainte Cène tirée de l’Évangile de Jean, que le P. Eymard portait toujours sur lui.

Revenons à la lettre du 25 janvier 1855 où le P. Eymard écrit à Marguerite Guillot :

« Quand saint Jean s'endormit sur la poitrine divine du Sauveur, il y puisa son amour et sa mission divine ; que j'aurais besoin, non d'un si grand honneur, mais d'être aux pieds de Jésus. Voilà près de 20 ans que je suis toujours dans la vie active, il me faut maintenant un peu du Cénacle. » (CO 482,1)

Dans une prédication à une congrégation religieuse et que j’ai reprise pour la communauté de prière en ligne sur Hozana comme Conseils spirituels pour tous,
le Père Eymard précise ce qu’est le
recueillement par la grâce de Dieu :

« Ce recueillement est bien doux, c'est celui de Madeleine aux pieds de la bonté de Jésus, des apôtres sur le Thabor, du disciple bien-aimé sur la poitrine du Sauveur. C'est celui de tant de saints qui ont goûté Dieu. C'est le vôtre, mes frères, car il est impossible que durant votre vie vous n'ayez pas reçu quelques grâces de ce recueillement divin, de cette paix suave, de cette joie céleste de l'âme, de ce divin repos aux pieds de Dieu – on n'oublie pas ce moment si doux. Oh ! qu'il fait bon sous l'action de ce soleil de bonté. » (PA 95,2)

Pour le P. Eymard, le Cénacle désignera les maisons d'adoration et toutes les communautés de la congrégation du Saint-Sacrement. Dans le récent ouvrage du P. André Guitton Les religieux du Saint-Sacrement et la Grande Guerre, les religieux au front, dans les tranchées, aumôniers, infirmiers ou soldats évoquent avec douceur et nostalgie leur Cénacle : leur communauté du Saint-Sacrement qu’ils ont dû quitter par devoir national.

Pour le P. Eymard, le Cénacle est plus qu’une adresse identifiée, à Jérusalem, où il rêvait de fonder une communauté. C’est tout un processus : le processus même de l’Eucharistie qui débute avec la Sainte Cène où le Christ nous révèle les richesses de son amour pour nous. [Dans ce qui suit, je m’aide d’un texte du Père Manuel Barbiero, sss à La Mure, où il invente un entretien entre lui et le Père Eymard, intitulé Repartir du Cénacle – rallumer la passion pour notre Mission Eucharistique (La Mure, été 1865 et 2014)].

C’est le lieu de l’attente angoissée, juste après la Crucifixion et la mort apparente du Seigneur, où certains des apôtres se réfugiaient, se cachant des Juifs dont ils avaient si peur.

Le Cénacle où Jésus se montra à eux deux fois, juste après sa Résurrection.

Lieu de l’attente de la venue de l’Esprit Saint que Jésus promit de leur envoyer et qui descendra sur eux et Marie avec puissance à la Pentecôte, cinquante jours après sa Résurrection.

Le Cénacle où la première Église se réunissaient, les apôtres reproduisant les gestes enseignés par le Christ de la fraction du pain, dans la communion fraternelle et transmettant aux premiers disciples ce que le Christ leur avait enseigné.