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16.11.2020

La danse cosmique de la prière - L'expérience de prière mystique de Christian de Chergé — Artisans de Paix - 30e Réunion de prières interreligieuse

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d’Artisans de Paix
dans le cadre de la SERIC

16 novembre 2020 – en visioconférence

LA FRATERNITÉ DES CHEMINANTS

Cette rencontre manifestera

L’INTERCONNECTIVITÉ ENTRE L’ESPRIT

ET LE CORPS,

L’HOMME ET LA SOCIÉTE,

LA NATURE ET L’HOMME,

LA NATURE ET LA SURNATURE.

 

Déroulé et participants de la Réunion de prières interreligieuse pour la paix sur ce pdf.


1 - Un texte du NT
qui illustre le thème de la Fraternité entre ceux qui suivent le Christ, les "cheminants", entre eux et avec l'univers.

J’étais tout à fait en phase avec Paula Kasparian, la présidente de l'association, pour lire l’évangile de Jean au premier chapitre, à partir du verset 35 où Jean Baptiste désigne Jésus à ses propres disciples qui, mystérieusement attirés par l’Agneau de Dieu, vont le suivre.

Les premiers disciples Retable de Montbéliard.jpg

Retable de Montbéliard, 1538 - Musée d'Histoire de l'Art, Vienne

Paula m’indiqua aussi de trouver un texte biblique montrant que l’univers est en nous.

D’abord perplexe, je cherchais dans les psaumes et le Premier Testament sans résultat convainquant.

Le lendemain, j’entendis la rediffusion de l’audience du pape François du mercredi 16 septembre, sur Radio Notre-Dame, à propos de la contemplation dont il disait « qu’elle se fait à partir de l’intérieur en nous reconnaissant comme une partie de la Création. » François ajoutait :

« Chaque créature possède cette capacité iconique ou mystique de nous conduire au Créateur et à la communion avec la Création.

Celui qui contemple éprouve de l’émerveillement non seulement pour ce qu’il voit, mais également parce qu’il se sent faire partie intégrante de cette beauté.

Qui ne sait pas contempler la nature et la Création ne sait pas non plus contempler les personnes. »

J’ai alors relu le passage le l’évangile de Jean, jusqu’au bout. Et j’ai compris que la réponse à la question de l’univers qui est en nous était dans le texte, tout au long du texte de cet évangile et dans la promesse que le Christ fait à ses disciples au dernier verset.

— > Pendant la lecture de l’appel des premiers disciples, qui se déroule sur trois jours, je vous propose de visualiser les différentes rencontres de Jésus et des disciples en contemplant leur visage, les relations qui se tissent de visage à visage. Et d’être attentifs au final de ce chapitre, au dernier verset, qui est la promesse du Christ nous donnant une réponse à la question initiale de "l’univers qui est en nous".

Sandrine Treuillard
Chargée de mission de la Fraternité eucharistique catholique
d'Artisans de Paix

 

ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN 1, 35-5

Bande 1Les premiers disciples Retable de Montbéliard.jpg

Le lendemain, Jean Baptiste se trouvait de nouveau (là au bord du Jourdain) avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus. Celui-ci se retourna, vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).

André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : le Christ. André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha » – ce qui veut dire : Pierre.

Bande 3 Les mains - premiers disciples Retable de Montbéliard.jpg

Le lendemain, Jésus décida de partir pour la Galilée. Il rencontre Philippe, et lui dit : « Suis-moi. » Philippe était de Bethsaïde, le village d’André et de Pierre.

Philippe rencontre Nathanaël et lui dit : « Celui dont parle la loi de Moïse et les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » Nathanaël répliqua : « De Nazareth ! Peut-il sortir de là quelque chose de bon ? » Philippe répond : « Viens, et tu verras. »

Bande 2 Les pieds - premiers disciples Retable de Montbéliard.jpg

Lorsque Jésus voit Nathanaël venir à lui, il déclare : « Voici un véritable fils d’Israël, un homme qui ne sait pas mentir. » Nathanaël lui demande : « Comment me connais-tu ? » Jésus lui répond : « Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » Nathanaël lui dit : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël ! » Jésus reprend : « Je te dis que je t’ai vu sous le figuier, et c’est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. »

Et il ajoute [et c’est la promesse finale, nda] : « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l’homme. »

L'échelle de Jacob.jpg

Nicolas d'Ypres, Échelle de Jacob (vers 1500), Musée du Petit Palais (Avignon).

 

2 - Le texte d'un saint illustrant le thème

La danse cosmique de la prière

En réponse à la promesse de Jésus dans l’évangile de Jean 1,51 « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l’homme », je vous propose un texte que j’ai intitulé la danse cosmique de la prière. En voici l’environnement :

« Une ancienne cave vinicole de la ferme où le monastère s’est implanté était devenue la chapelle des frères. Les carreaux de faïence des grandes cuves avaient été conservées. On priait dans un lieu qui était celui des lentes fermentations. » [i]

C’est ainsi que le Père Blanc Claude Rault, aujourd’hui évêque émérite du Sahara algérien, décrit la chapelle du monastère de Tibhirine, dans les montagnes de l’Atlas, où je vous emmène pour cette danse cosmique de la prière

Chapelle Tibhirine.jpg

Photo : OCSO, Décembre 2018.

La scène décrite par Christian de Chergé, alors frère hôtelier à Tibhirine, eut lieu le dimanche 21 septembre 1975, en plein ramadan, et 11 ans avant l’initiative du pape Jean-Paul II de rassembler les représentants des grandes religions du monde, à Assise, le 25 janvier 1986.

Frère Christian jeta sur le papier ce qui suit, trois jours après cette expérience.

La séquence que je m’apprête à vous lire nous montre d’abord Christian, seul.
Puis, il est rejoint par un ami musulman.
Enfin, ce duo sera complété par un troisième priant, lui aussi musulman.

La danse cosmique de la prière Un texte de Christian de Chergé [ii]

 

Un quart d’heure après Complies, retour à la chapelle… Silence du soir, cette plage au rivage de la Parole où viennent se briser comme vagues tous les mots et les bruits du jour.

Pénombre de la nuit, à l’ombre d’une Présence confiée à la vigilance de la lampe vacillant au sanctuaire.

Prière d’abandon, prosternée, entre l’autel et le tabernacle : « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’Il est proche », disait le prophète Isaïe (liturgie de ce jour…).

Et puis cette autre présence qui s’approche doucement, insolite.
Tu étais donc là toi aussi, tout contre le même autel, frère à genoux, prosterné.
Le silence continue, un long moment.
Un murmure s’élève, venu des profondeurs, puis s’amplifie, s’arrachant à quelque abîme, telle une source paisible, et tout à la fois irrésistible : ‘ALLAH ! « Dieu ! » ‘ALLAH ‘AKBAR ! « Le Tout-Grand ! » Soupir. « Dieu ! » À nouveau et encore ce soupir, comme de l’enfant qui se nourrit et qui ne s’arrête un instant que pour reprendre souffle avant d’en redemander ; soupir de celui-là qui sait la prière insatiable, et qui ne se rassasie pas d’être là, tourné, si petit, vers le Tout-Autre.

Silence. Alors tu t’es tourné vers moi : « Priez pour moi. » Un autre silence, ton attente. Nous avions à peine échangé quelques mots depuis ton arrivée, lundi, avec lui, notre ami commun. Tu restes là. Il me faut risquer des mots que j’entendrai à peine :
Seigneur Unique et Tout-Puissant, Seigneur qui nous vois, Toi qui unis tout sous ton regard, Seigneur de tendresse et de miséricorde, Dieu qui es nôtre, pleinement.
Apprends-nous à prier ensemble, Toi, le seul Maître de la prière, Toi qui attires le Premier ceux qui se tournent vers Toi, Toi, Toi, Toi…

Dès lors, notre prière à deux voix. L’arabe et le français se mélangent, se rejoignent mystérieusement, se répondent, se fondent et se confondent, se complètent et se conjuguent. Le musulman invoque le Christ. Le chrétien se soumet au plan de Dieu sur tous les croyants, et sur l’un d’entre eux qui fut le prophète Muhammad.
Puis l’un et l’autre cherchent à pénétrer ensemble dans l’Amour qui dit Dieu. Les voilà tous deux dans la tempête…
« Les vagues m’assaillent, ordonne la paix ! » dis-tu.
« Seigneur, sauve-nous, nous périssons ! »
« Mets ta lumière en mon cœur, illumine ma route », dis-tu.
« Mets une lumière en mes yeux, une lumière sur mes lèvres, une lumière dans mes oreilles, une lumière dans mon cœur… Je suis la lumière du monde. Vous êtes la lumière du monde, qu’il ne faut pas cacher car elle doit briller pour moi… » 

Le chemin se fait plus étroit, tandis que le silence plus dense encore se fraie la route commune vers l’amour de ce Dieu partagé.

Et c’est toi qui t’élances. J’accueille.
« Je ne te demande pas la richesse ; je ne te demande pas la puissance ni les honneurs… je ne te demande que l’Amour qui vient de Toi, car rien n’est aimable en dehors de Toi, et nul ne peut aimer sans Toi.
Je veux t’aimer en tout. L’amour est la source, l’œil de la religion. L’amour est la joyeuse consolation de la foi. »

La LOUANGE alors déborde le lieu et le moment. Il nous faut remonter le temps pour déceler toutes les étapes de la longue aventure de Dieu en quête d’humanité, depuis Abraham, l’Ami.

C’est alors qu’il arrive, lui aussi. Il t’attendait, te cherchait, s’étonnait de ne pas te voir arriver au rendez-vous du soir, pour la prière avant la deuxième collation du ramadan qu’il prendrait avec toi. Il venait de s’entretenir longuement avec quelques hôtes, répondant à leurs questions sur la prière « dans l’Esprit ».
Dans l’obscurité de la chapelle, il n’a d’abord perçu que le murmure. Intrigué, n’osant trop y croire, il s’est avancé, et nous a trouvés à l’œuvre, ici, ensemble. Sans plus, il s’est joint à nous. D’ailleurs, la Parole nous vient aussitôt : « Là où deux ou trois se rassemblent en mon Nom, JE SUIS au milieu d’eux ! » Que demander de plus ?

La prière se fait plus ample, moins haletante. Une complicité à trois, plus exigeante pour l’oreille intérieure qui se veut disponible au cheminement de chacun, étrange, déconcertant parfois ; l’impression de zigzaguer dans les sables ! Laisser la prière de l’un vous interpeller au tréfonds d’un silence sans autre voix, vous reprendre au vol, puis rebondir vers l’autre chargée d’un écho nouveau. Note après note, la symphonie se construit dans la fusion de ces trois expressions différentes d’une seule et même fidélité, celle de l’esprit qui est en Dieu, qui dit Dieu ! Prière contre les tentations de Satan, « le lapidé » ; puis, ensemble, la « fatihâ », le « Magnificat » (tu le répètes, mot après mot), le PATER (tu le sais par cœur), et, toujours et encore, la louange, l’action de grâces.

Faut-il dire qu’on s’est arrêté ? Il était 23 heures passées ! Depuis 20 heures, nous étions là côte à côte… tout ce temps, un instant, à ne pas y croire !
Joie exubérante, chacun de son côté, chacun à sa façon. Demain, tu diras avoir eu envie de danser, puis avoir fait le tour des bâtiments, quatre fois, en chantant.
Et si Dieu lui-même riait du bon tour qu’il vient de jouer à des siècles d’imprécations entre frères appelés à Le prier ?
Et lui, il voulait tout de même savoir comment on s’y était pris ! Tu lui as dit : « Quand je l’ai vu là, tout seul, j’ai senti qu’il fallait faire quelque chose. J’avais peur, et puis j’y suis allé… il y avait comme une force en moi qui m’as poussé… »

Avant de nous quitter, ce lundi, nous avons parlé d’autre chose.
Un peu comme si cela nous brûlait encore, ne pouvait se dire alors sans se perdre. « Peinture fraîche », on n’y touche pas, sous peine de tout barbouiller.
Tu m’as dit : « Tout est simple quand Dieu conduit. » C’est tout.

 

Notes jetées sur le papier le 24 septembre 1975. À ce jour anniversaire (21 septembre 1976), je n’ai pas revu ce frère d’une seule nuit. Il existe. Il me dit tous les autres. 

ND de l'Atlas Tibhirine.jpg

Notre-Dame de l'Atlas au cœur du paysage.
Photo de Meisa Msd, 2018 - Myatlas : Carnet de voyage

 

3 - Le chant — Le Cantique des créatures (extraits)

Interprètes : Chœur Saint-Ambroise / Chœur Amos
Album : Oratorio Jacquaire : Le Pèlerin


Ref.
Très Haut, puissant, et bon Seigneur
à toi louange, gloire, honneur,
et toute bénédiction.

Loué sois-tu, mon Seigneur, en toutes tes créatures,
spécialement messire frère Soleil,
qui nous chauffe et par qui tu nous illumines ;
il est beau, et rayonne en toute sa splendeur,
et de toi, Ô Très Haut, il montre la grandeur.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur la Lune
et les étoiles dans le ciel : tu les as formées,
claires, précieuses et si belles.

Ref.        

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent,
pour l’air et les nuages,
et le ciel pur et tous les temps
à qui tu gardes en vie toutes tes créatures.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour l’Eau notre sœur,
laquelle est si utile,
humble, précieuse et chaste.

Ref.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Terre mère,
laquelle nous gouverne et nous donne nourriture,
et produit tant de fruits,
de fleurs multicolores et d’herbes.    

Ref.

 

4 - La prière de bénédiction finale

de st François d’Assise à frère Léon

François écrivit des Louanges de Dieu et la bénédiction à fr. Léon pour chasser une tentation qui assaillait frère Léon. On peut dater cet écrit de septembre 1224.  

Bénédiction 

1 Que le Seigneur te bénisse et te garde ; que le Seigneur te découvre sa Face et te prenne en pitié ! 2 Qu’il tourne vers toi son Visage et te donne la paix ! 3 Que le Seigneur, frère T Léon, te bénisse !

 

Signature de François, le signe Tau, en forme de T majuscule,
traverse le prénom de Léon en témoignage de bénédiction.

Septembre 1224 – Traduction : Damien Vorreux (1996)

(Sources : http://ecole-franciscaine-de-paris.fr/louanges-de-dieu-et...)

Prière Bénédiction St François d'Assise.jpg

[i] In Tibhirine, Les veilleurs de l’Atlas, Robert Masson, Éd. Cerf/Saint-Augustin, 1997, p. 217.

[ii] In L’invincible espérance, Christian de Chergé, Bayard Éditions 2010, pp. 33-38, extrait titré Nuit de feu par Bruno Chenu.

Retrouvez cette intervention sur la page enrichie :

Artisans de Paix — ou le désir de rencontrer l'(A)autre

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