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03.11.2019

Esprit Saint en Visitation : Méditation sur la Visitation avec Christian de Chergé

Esprit Saint en Visitation

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                  C’est Jésus qui est dans le secret de Dieu [1].

             C’est Jésus qui est dans le sein de Marie, et c’est le secret de Dieu. Marie ne le sait même pas elle-même, même si elle en a reçu l’annonce. C’est Élisabeth qui le lui révèlera, alors qu’elle-même porte Jean depuis 6 mois et que Marie vient à peine d’être fécondée par l’Esprit. Elle porte le Verbe en elle qui n’est pas encore chair, puisque Jésus n’est humainement qu’une minuscule cellule. Déjà pleinement Dieu, étant le Verbe, pur Esprit de Dieu descendu en le sein de la Vierge. Marie en est là au moment de la Visitation.

            Jésus est en secret en Marie jusqu’à la Visitation. Poussée par l’Esprit reçu à l’Annonciation, Marie s’élance pour aller aider son aînée qui donnera naissance à un enfant dans trois mois. Elle pénètre le seuil de la maison de Zacharie et adresse le salut en ces termes : « La paix soit avec vous ! » C’est alors que dans la rencontre avec Élisabeth l’Esprit Saint révèle le mystère qui est en Marie par la bouche de sa cousine.


la visitation,christian de chergé,christian salenson,foi,christianisme,islam,esprit saint,magnificat,sandrine treuillard            Oui, le petit Jean en le sein d’Élisabeth tressaille d’allégresse au contact de l’Esprit dont est comblée Marie, et c’est la bouche d’Élisabeth qui le formule après que son être entier en ait été informé. Marie ne sent rien encore en son sein virginal, elle est tout emplie d’abord de la foi et de l’Esprit. L’Esprit Saint la couvrit de son ombre, il est venu dans les plis virginaux de ses entrailles. Jésus fait homme n’est pas encore charnel. Il est pur Esprit de Dieu en elle. Comme l’Esprit de Jésus est premier lors de la Création, son incarnation vient ensuite dans l’histoire humaine.

            Le petit Jean a vent de Jésus alors qu’Il n’est encore qu’Esprit. Jésus est conçu du Père par l’Esprit en Marie. Il est parole vivante de l’Esprit en Marie pour le petit Jean qui le reçoit donc d’abord comme Verbe, pur Esprit de Dieu. Cette réception du petit Jean se manifeste en joie, en tressaillements dans la matrice d’Élisabeth. La joie se communique ainsi à Élisabeth, pleine de reconnaissance. Car, avec la joie, Élisabeth reçoit un autre don de l’Esprit : la connaissance. Elle sait que Marie, devant elle, est la Mère du Sauveur…

            Quand Marie adresse la paix au seuil de la maison de Zacharie, le petit Jean reçoit directement la paix de Jésus Christ. Lui même empli d’Esprit Saint dès sa conception, le petit Jean reconnaît son Sauveur qui n’est encore qu’un amas de cellules, mais déjà une personne divine. En les deux femmes, Dieu est plus intime à elles-mêmes qu’elles-mêmes.  


la visitation,christian de chergé,christian salenson,foi,christianisme,islam,esprit saint,magnificat,sandrine treuillardJean, en Élisabeth, est dans le secret de Dieu. Le Verbe en Marie se communique à Jean. C’est l’Esprit de Jésus communiqué au petit Jean qui fait parler à Élisabeth la langue de l’Esprit. Comme la paix qu’adresse Marie, d’abord, est Paix du Christ. La langue de l’Esprit reconnaît la vie de l’Esprit. Il y a là une circulation de l’Esprit du Verbe en Marie, à Jean en les entrailles d’Élisabeth, et de son sein tressaillant à sa bouche, d’où le souffle divin s’exhale et s’articule.

             Marie est traversée par cette circulation de l’Esprit qui va et vient en elle, depuis elle, et retourne vers elle faisant surgir à son tour ce souffle de vie divine : le Magnificat. Ce souffle de la Vie de Jésus, né du Père avant tous les siècles, repasse en elle par toutes les étapes depuis la création de l’homme, Adam, la naissance d’Israël. C’est la généalogie de Jésus en un formidable passage de l’Esprit. Elle clame et fait mémoire de la vie de l’Esprit de Jésus, premier-né avant toute créature, qui d’abord planait sur les eaux et planait sur toute l’existence humaine. L’Esprit du Christ a été insufflé dans l’histoire humaine du premier Testament.

            Marie dans son Magnificat fait l’anamnèse de la présence de l’Esprit de celui qui vient en elle. Elle devient témoin de tout le premier Testament et sa bouche, tout son être empli de l’Esprit rend grâce de l’action de Dieu dans l’humanité. C’est l’Esprit de Jésus qui parle en elle. Sa langue est celle de l’Esprit. Elle récapitule en le Magnificat l’histoire sainte de son peuple avec Dieu. Cette récapitulation c’est le Verbe de Dieu qui s’articule par elle, en tout l’être de Marie, corps et âme. L’histoire sainte récapitulée en Marie, le magnificat, c’est la prononciation du nom de Jésus, la prononciation du Verbe qui vient s’incarner en elle pour toute l’humanité.  

            Jésus, en Esprit, est présent à toute l’histoire que récapitule Marie. Il est en gestation dans le sein du Père dès avant tous les siècles et dans les siècles précédents l’Annonciation. Né du Père avant tous les siècles, l’Esprit de Jésus vient. Jésus vient.

 

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Sandrine Treuillard
30 avril-1er mai 2019

 

 

[1] En correspondance avec le texte du Bx Christian de Chergé, extrait de la Retraite sur le Cantique des cantiques (présentée et commentée par Christian Salenson, éditions Nouvelle Cité, 2013) qu’il prêcha aux Petites sœurs de Jésus, à Mohammedia, au Maroc, en 1990.

              « Profiter de la fête de la Vierge pour revenir sur le mystère de la Visitation. Il est évident que ce mystère de la Visitation, nous devons le privilégier dans l’Église qui est nôtre. 

          J’imagine assez bien que nous sommes dans cette situation de Marie qui va voir sa cousine Élisabeth et qui porte en elle un secret vivant qui est encore celui que nous pouvons porter nous-mêmes, une Bonne Nouvelle vivante. Elle l’a reçue d’un ange. C’est son secret et c’est aussi le secret de Dieu. Et elle ne doit pas savoir comment s’y prendre pour livrer ce secret. Va-t-elle dire quelque chose à Élisabeth ? Peut-elle le dire ? Comment le dire ? Comment s’y prendre ? Faut-il le cacher ? Et pourtant, tout en elle déborde, mais elle ne sait pas.

                D’abord, c’est le secret de Dieu. (…) »

 

Retrouvez ce texte sur la page enrichie
Artisans de Paix ou le désir de rencontrer l'(A)autre

29.10.2019

PMA-GPA : Le consentement à nos limites : un chemin de fraternité et de fécondité

Chers amis,

Merci d’être là.

Nous sommes là parce que nous ne cédons pas aux modes et aux passades, « comme la paille balayée par le vent » (Ps. 1, v. 4). Nous sommes là pour « dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste » comme l’écrivait Charles Péguy[1].

Bertrand & Gaëlle Lionel Marie.jpg 

Quelle est-elle cette vérité ?

C’est que notre société, adolescente, est incapable de poser des limites aux volontés individuelles, quelles qu’en soient les conséquences sur l’ensemble du corps social. (« Dire que je veux et le choix et ce que le choix m’interdit, ça devient une forme d’adolescence d’une société » disait Aïm Korsia, Grand Rabbin de France, devant l’Assemblée nationale, le 29 août 2019).

C’est que la ‘PMA’ sans père n’a rien à faire dans une loi relative à la bioéthique, parce qu’aucun progrès médical n’est en cause - la première insémination artificielle date de 1790 (Hunter) - !

C’est que ce n’est pas en créant, par la loi, des familles monoparentales, comme autant d’îlots balayés par le vent et par les vagues, que nous retrouverons le fil d’un projet national.

C’est qu’après avoir réduit le père à un fournisseur de ressource biologique, c’est-à-dire à sa semence, nous réduirons la mère à son utérus. Édouard Philippe écrivait, d’ailleurs, en 2013 : « Nous nous opposerons résolument à la PMA pour les couples homosexuels féminins, et à la GPA qui, au nom de l'égalité, ne manquera pas d'être réclamée par la suite ».

C’est que le relativisme des ”valeurs” et des ”lignes rouges” (même à la présidence du CCNE !) fait de nous un bateau ivre, sans boussole ni port d’attache.

C’est que la suppression, par cette loi, du cadre pathologique de l’AMP nous conduira, cahin-caha, au bébé parfait pour tous… et à l’eugénisme libéral.

C’est qu’un enfant, n’en déplaise au Rapporteur Touraine, a bien le droit d’avoir un père !

C’est, Madame la Ministre de la Santé, que M. Elie Buzyn, dont la vie est une victoire contre la barbarie et contre la mort, n’est pas « une femme, une altérité, un oncle ou une grand-mère » mais est votre père !

C’est que si l’intérêt de l’enfant est une ‘considération primordiale’, il n’est pas possible de consacrer - en même temps - le droit de tout adulte à accéder à une semence labellisée et à une assistance à la procréation, c’est-à-dire au droit à avoir un enfant !

*

Dira-t-on demain de nous, de la France : C’est un triste pays, celui dont le Président n’aime pas les enfants !

*

Gaëlle Lionel-MArie.jpg

Mais si nous avons à témoigner de la vérité, nous avons, aussi, à rendre compte de l’Espérance qui habite en nous

Une autre société et autre projet de loi sont possibles.

Une société dans laquelle la lutte contre l’infertilité serait une grande cause de santé publique.

Une société dans laquelle l’indisponibilité et la non-patrimonialité du corps humain seraient gravées dans le marbre de la Constitution.

Une société dans laquelle on prendrait soin, avec précaution, du scarabée pique-prune mais dans laquelle les enfants ne compteraient pas pour des prunes !

Une société qui, au lieu d’adapter le corps des femmes au monde du travail (avec cette autoconservation ovocytaire qui est de la poudre aux yeux !), adapterait le monde du travail au corps des femmes.

Une société qui limiterait l’absolutisme des techniques sur notre environnement mais, aussi, sur notre nature humaine, pour le bien des générations futures…

Une société dans laquelle on continuerait à célébrer la Gloire de son père, tellement plus que celle d’un tiers donneur !

Une société dans laquelle l’être humain, quel que soit le stade de son développement, serait toujours considéré comme une fin et jamais comme un moyen pour des chercheurs et pour des marchés…

Une société dans laquelle l’homme et la femme feraient du consentement aux limites de leur corps et de l’acceptation de leurs manques, un chemin de fraternité et de fécondité…

*

L’espérance est

« comme un enfant qui n’aurait pas la force de marcher

et qu’on traînerait sur la route malgré elle.

Et en réalité […], c’est elle […] qui fait marcher tout le monde.

Et qui le traîne.

Car on ne travaille jamais que pour les enfants »

comme disait Péguy[2].

Bertrand & Gaëlle Lionel-Marie
Avocats au Barreau de Paris

#Marchons Enfants ! Mobilisation nationale
6 octobre 2019, Place du 18 juin 1940, Paris

 

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[1] Charles Péguy, Lettre du Provincial, I, pp. 291-292.

[2] Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, IV, p. 537.

 

17.10.2019

L’étreinte gravée corps et âme – une eucharistie

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L’étreinte gravée en mon âme

9 mai 2019            La tempête de cette nuit et les douleurs du zona m’éveillèrent avant 3h00, sonnée par l’antalgique. J’en repris un autre, et ne pus cependant me rendormir. J’étais traversée par un vent autre que la tempête, pourtant en synchronie avec elle. Si l’insomnie se révèle être une aventure intérieure pour celui qui la vit, il demeure cependant qu’elle nous enveloppe de sa tunique cosmique…

            Dans ce temps de latence de la nuit où la tempête grondait dehors, les gouttes de pluie fouettant le plastique au rebord de la fenêtre, en dedans j’eus d’intenses images et sensations, et dans la semi-veille ou bien le demi-sommeil, je ne sais plus à quel moment, entre deux rêves peut-être, je compris le sens du zona contracté le 1er mai.

 

JesséDormant seul N-D Paris .jpg

           
L’empreinte du zona

Zona 1.jpg1er- 3 mai 2019    Pour ce qui est du zona, j’avais d’abord perçu durant les 3 premières nuits, une hyper-sensibilité de la peau, comme si j’avais eu de la fièvre, mais sans en avoir. Et le vendredi matin du 3 mai, je constatai l’apparition de plaques de boutons en divers endroits sur le haut du ventre, côté gauche, et la douleur plus aigüe au flanc gauche, comme si j’avais eu un point de côté, sous les côtes. Comme si une force venue de l’intérieur de mon corps s’achoppait contre mes côtes provoquant ce point (ou poing) de côté. Un coup permanent perçu de l’intérieur contre les côtes. L’hypersensibilité cutanée s’accrut. Les lésions commencèrent sous le plexus solaire et au-dessus du nombril et il me semble encore que la douleur la plus aigüe part de cette zone. Comme des flammèches à l’intérieur qui lècheraient la peau d’où naissent ces boutons en grappes. Mais, contre tout attente, les douleurs les plus vives ne sont pas perçues là où ont issi les boutons. C’est bien en le flanc gauche, sous les côtes, que la douleur persiste. Comme si les flammèches partaient des zones visiblement affectées, provoquant la douleur plus haut, invisible, au niveau des côtes. Le ruban des rougeurs boutonneuses se dédouble et monte en spirale le long du buste jusque dans le dos, se terminant plus haut, sur la colonne vertébrale.

Zona 2.jpgQuand je vis le docteur le vendredi 3 mai, elle me demanda si j’avais eu un choc émotionnel, dernièrement. Le virus de la varicelle se manifestant en zona chez l’adulte peut avoir une cause émotionnelle.

 

 

 

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres

eucharistie, sacré cœur, sandrine treuillard, prêtre, incendie, notre-dame de paris, cathédrale de chartres, labyrinthe, zona28 avril 2019      Le dimanche précédent le 1er mai était celui de la Divine Miséricorde, second dimanche après Pâques. J’étais allée en pèlerinage à Chartres avec le GAIC (Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne). Nous avons passé une petite heure dans la cathédrale avec Capucine, une guide-conférencière qui nous a parlé du labyrinthe. Le quart inférieur droit avait été découvert des chaises qui, normalement, sont installées sur le dessin au sol. Le labyrinthe est un cheminement initiatique à parcourir dans un but spirituel, intérieur. Tous les vendredis, les pèlerins peuvent expérimenter ce parcours en marchant sur les dalles du labyrinthe. Capucine m’a appris que, si l’on fait tomber virtuellement la grande rosace du portail ouest au sol, le centre de la rosace tombe exactement sur celui du labyrinthe. Et, si l’on faisait tomber le petit vitrail nord aux 6 dons de l’Esprit avec Notre-Dame assise sur un trône, le vitrail tomberait exactement au centre du labyrinthe. Ce que j’ai traduit ainsi : le « squelette » du bâtiment est en rapport exact avec l’intérieur représenté ici au sol, avec le labyrinthe. Et d’intérieur représenté par le labyrinthe, l’association se poursuivit jusqu’à l’intériorité. Le « squelette » de pierre du bâtiment spirituel qu’est la cathédrale Notre-Dame de Chartres est en rapport intime avec l’intériorité de tout visiteur qui la visite, et expérimente la voie du labyrinthe.

 

L’incendie de Notre-Dame

Rosace en feu NDP.jpg19-20 avril 2019  Durant la nuit de l’incendie de la cathédrale de Paris, après être restée devant BFMTV depuis 19h30, couchée à minuit et ne parvenant pas à dormir, je me relevai avec l’impérieux et puissant besoin de revenir à l’événement qui marqua profondément mon parcours spirituel, du 21 juin 2015. Je publiai cette nuit du 19 au 20 avril 2019 des Lundi et Mardi saints, les notes de mon journal spirituel affairant à cet événement et j’intitulai ma publication : La sainte Couronne d'épines à Notre-Dame de Paris, le 21 juin 2015 — Lundi saint 2019.

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Après cette publication nocturne, je fis un tour sur Twitter et écrivis ce tweet avec le lien au texte que je venais de mettre en forme sur mon blog. Vaillamment, j’écrivis : « Ce que nous avons vécu avec/en la cathédrale Notre-Dame de Paris la maintiendra vivante. Nous sommes les pierres vivantes de l'Édifice. Cette expérience contée là est le témoignage d'un tournant sur mon chemin spirituel. » Je dis ‘vaillamment’, car dans la violence de l’incendie je refoulais presqu’immédiatement l’événement si douloureux en ‘le recouvrant’ d’un autre événement passé qui remonta à la surface au point de vouloir le rendre public, grâce à l’incendie de Notre-Dame qui n’était pas encore éteint.


Entrailles DDP en feu.jpgLe matin du Mardi saint, je reçu un sms de ma sœur Delphine, sous forme de sortes de condoléances, me faisant part de son cœur désolé devant le feu de Notre-Dame. Elle ajouta que mon cœur devait être dans un état pire que le sien. Je n’eus alors la force de lui répondre que ceci : « En charpie… » Mon corps était complètement déglingué et j’eux une forte crise de larmes.

 

 

 

 

 

La flamme chrétienne 

VitrauxArbreJessé N-D PAris.jpgJ’eus cependant la conscience, quasi instantanée avec l’incendie, que nous sommes les pierres vivantes de l’édifice qui, lui, brûlait. Et que la mémoire des événements que nous avons vécus dans la cathédrale aurait toujours raison des flammes. En cette Semaine sainte, très vite, le sens de la purification du chemin de Croix, avant le Vendredi saint de la Passion et le dimanche de la Résurrection, sublimait la destruction matérielle. Même si le vitrail relatant, dans ses couleurs flamboyantes, la généalogie du Christ depuis la racine de Jessé aurait/a été détruit (à ce jour, je n’en sais toujours rien…[i]), notre foi vivante de chrétiens continuerait à dresser la racine de Jessé comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront (encore), et la gloire sera (toujours) sa demeure” (Isaïe 1,10). Même sans toiture, la cathédrale reste la demeure de Dieu ! Même abîmée, Notre-Dame reste la Mère de Tendresse, debout au pied de la Croix, dans le chœur de l’Édifice. Même fendues, ses pierres sont habitées du souffle de l’Esprit qui la relève.

            C’est bien ce qui m’arriva cette nuit-là : exhumant les notes de mon journal spirituel du 21 juin 2015, je fis part publiquement de mon témoignage la nuit du Lundi au Mardi saints 2019.

 

Du baiser à la sainte Plaie au zona

eucharistie, sacré cœur, sandrine treuillard, prêtre, incendie, notre-dame de paris, cathédrale de chartres, labyrinthe, zona23 avril-1er mai Toutefois, l’émotion foudroyante de l’incendie — dont rend excellemment compte, pour moi, l’image prise par un drone du transept en flammes, la Croix incandescente — se rappela à moi, en mon corps, par le zona qui se localisa plus précisément en mon flanc gauche. Comme si les flammes de la nuit du Lundi au Mardi saints étaient venues, de l’intérieur, lécher mon côté 10 jours plus tard. Ce qu’on appelle une émotion différée… Le symptôme différé d’une émotion passée. Dans un zona, ce sont les terminaisons nerveuses qui sont enflammées, donnant naissance à des irruptions cutanées localisées. À ma mesure, je revivais l’incendie dans mon corps qui se manifesta comme une autre Passion du Christ, ne pouvant pas oublier la plaie du Côté du Christ embrassée le Vendredi saint, au soir où nous célébrions sa Passion et vénérions la sainte Croix. Comme si j’avais aspiré son Esprit transmis par le baiser donné à la sainte Plaie. Comme si son Esprit avait incubé 7 jours en moi (du vendredi 23 avril au 1er mai) où il commença à me brûler de l’intérieur, telle une fièvre en latence contre la peau de mon flanc, qui se manifesta en zona le vendredi 3 mai.

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Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

Sandrine Treuillard
Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie
en la fête de Notre-Dame du Saint-Sacrement
le 13 mai 2019
Vanves

 

 

 

[i] J’ai appris par la suite que les flammes avaient épargné les vitraux de la nef et du transept. Ils ont été démontés et nettoyés, déposés en lieu sûr.

Les images :

- 2 détails du vitrail de la cathédrale Notre-Dame de Paris : L'arbre de Jessé et la baie gothique complète.

- 2 photos du zona, Sandrine Treuillard

- Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres

- 2 photos de l'incendie de Notre-Dame de Paris, Nuit du 19-20 avril 2019, et celle du drone.

- Un vidéogramme de la vidéo Mon âme s'élance, Sandrine Treuillard 

26.07.2019

La science-fiction pour tous c'est (toujours & encore) maintenant !

lucien fornello,la france,politique,théorie du genre,homophobie,conscience,pma,gpa,lmptLa Vaillante souhaite donner à lire à nouveau cet article du 5 juin 2013, de Lucien Fornello, qui annonce la logique de l'histoire des transformations sociétales brutales amorcées avec le mariage pour tous : PMA sans père et GPA, contre lesquelles nous Marcherons pour la Liberté l'Égalité & la Paternité Marchons Enfants ! - Mobilisation nationale, ce dimanche 6 octobre 2019, à partir de 13h place Edmond Rostand, entre le Sénat et le Panthéon.
Départ du cortège 1h-1h30 après. Direction Montparnasse, place du 18 juin 40 !

 

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Deux photographies de La Manif Pour Tous Île-de-France — #Marchons Enfants ! - Mobilisation nationale n°1
Place Edmond Rostand, au départ, et Place du 18 juin 1940, à l'arrivée.

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       On ne comprend rien à la problématique de la loi Taubira si on n'en mesure pas la dimension ultra-libérale, mondialiste et totalitaire. Les grandes banques de la planète, à commencer par la Goldman Sachs ; l'écrasante majorité, si ce n'est la totalité des grands groupes économiques ; enfin l'ensemble des institutions supranationales, comme le Conseil de l'Europe, soutiennent activement, d'une manière ou d'une autre, l'introduction de la théorie du genre dans l'éducation et dans les structures politiques de tous les pays, ainsi que le mariage homosexuel qui en est un premier fruit, un symbole et un cheval de Troie. Loin d'être une émancipation, je tiens que ce projet vise un asservissement. Il nous faut mettre des mots là où le pouvoir a placé des leurres, et retourner, là où on l'identifie, le retournement lexical qu'il aura opéré. Retourner le retournement, voilà une tâche qu'il ne faut pas faire trop mécaniquement... Pour notre bonheur, l'ennemi désigné, mais innommable au sens propre, ne peut avancer constamment masqué ni informulé. Aussi, même s'il est difficile de définir la nature du pouvoir contre lequel nous luttons, il est temps d'en dessiner quelques contours et d'essayer d'en saisir l'essence.

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       Certaines contradictions sont à interroger dans leurs nuances. Vivien Hoch, journaliste prometteur, rendait sur une radio libre, entre deux diatribes contre la loi Taubira, un vibrant hommage à Margaret Thatcher à l'occasion de ses obsèques. La dame de fer et Ronald Reagan, dans les années 1980, formèrent le redoutable duo qui accéléra la dérégulation économique. On ne peut sans doute pas les réduire à cela. On ne peut non plus nier que la gauche plus hypocrite n'a cessé de faire la même chose en prétendant le contraire. Mais les faits sont là, et nous vivons aujourd'hui les conséquences de ces décisions. Si Vivien Hoch en tant que « libéral-conservateur » salue celle qui représente le capitalisme triomphant, je lui suggère un petit effort de clairvoyance envers un certain nombre de paradoxes, de contradictions, de conflits que porte ce quasi-oxymore de libéral et conservateur. Ces tensions, pour être exposées et même incarnées en clivage politique, à commencer par celui entre gauche et droite, n'en restent pas moins des questions intérieures pour le penseur, des problèmes insolubles pour la collectivité, voire des dilemmes générateurs de souffrance. Je pense qu'il y a un piège pour la pensée de la liberté à rester dans ce droitisme qui ne mène qu'à la moitié du réel. Il n'est qu'à observer combien les médias et les hommes politiques cherchent à tout prix à politiser le mouvement « manif pour tous » dans le sens de ce clivage pour se convaincre qu'il s'y cache plus que jamais l'un des nœuds par lesquels un système nous tient.

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       Une difficulté, quels que soient nos fondements intellectuels, est de penser la nature du pouvoir ; de reconnaître qu'il ne s'agit pas de camps, ni même de classes, mais de quelque chose de plus insaisissable, qui a rapport au système politique et à la structure de notre économie. Nous devons admettre que même les institutions démocratiques ne suffisent pas à la justice ni même à la considération du peuple et de la nation. La liberté réelle, c'est-à-dire en grande partie économique, n'est pas mieux garantie dans un monde libéral où règnent les multinationales que dans un système plus mixte. Le problème est que nous appelons libéral ce qui en est par endroits presque l'opposé, et que nous qualifierons facilement d'anti-libérale une lutte qui a pourtant tous les aspects d'une défense de la liberté, y compris économique. Quel est ce paradoxe ? Comment voir à l'endroit ce qui se propose à l'envers depuis si longtemps à notre esprit ?

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       La complexité de ce monde et de ce système ne peut nous empêcher une simplicité radicale du constat : aujourd'hui la finance, les banques, ainsi que les multinationales de l'agro-alimentaire, de l'industrie (notamment militaire) et des services – parfois des deux ou des trois ensemble – tiennent le pouvoir politique et médiatique d'une manière qui ne s'est jamais vue auparavant. Le politique apparaît dissous dans ce méta-pouvoir qui l'englobe et qui lui donne ses missions. Mais on n'a rien compris à notre époque si on n'a pas identifié la part idéologique nécessaire à ces puissances désincarnées : la mission de l’État, un peu partout, n'est plus seulement de faire le flic ou l'éducateur, mais de vertébrer idéologiquement l'énorme Mammon autrement trop mollusque ou trop brutal et qui, pour puissant qu'il soit, n'est jamais qu'une illusion. Illusion, certes, qui devient réelle – notamment lorsqu'elle s'appuie sur des armes ou qu'elle crée de la monnaie – mais illusion quand même. Ainsi devient-il quasiment proverbial que le dollar maintient sa valeur du fait qu'en dernière instance il ne trouve sa réalité, sa protection, sa vérité que dans les bombes atomiques américaines, alors même que l'armement exorbitant des États-Unis n'a été possible en large partie que par le leurre du dollar... Nous voilà apparemment loin de la France, de la souffrance du citoyen sincère de gauche, qui ne comprend pas pourquoi on devrait liquider un système social protecteur ou interdire une participation de l’État à l'économie en vue du bien commun ; et de celle du citoyen sincère de droite, qui reste pétrifié et souvent impuissant face au gâchis des énergies, à la haine de soi et au renversement des valeurs. Nous voilà loin apparemment du sujet lancé, la question du mariage homosexuel dont les opposants, après tout, aurait pu se recruter sur notre gauche en cas de référendum. Pourtant, on peut se demander si les angoisses de l'un et de l'autre ne sont pas non seulement toutes les deux légitimes, mais souvent les mêmes – et si, finalement, il ne faut pas aller voir d'un peu plus près comment s'organise entre droite et gauche une alternance-leurre qui nous dessaisit de notre destin. Ainsi pourrons-nous nous désenvoûter de ce système entré dans les psychismes, et mieux construire une alternative populaire affranchie de ce clivage. Comme le référendum de 2005, le mouvement contre le mariage homosexuel est une occasion de repenser la chose politique, d'identifier le pouvoir qui nous menace, mais aussi de prendre en considération l'existence d'un levain par-delà gauche et droite, qui est notre seul trésor en tant que peuple.

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       Jean-Claude Michéa dans ses derniers ouvrages, notamment Le Complexe d'Orphée (éditions Climats), rappelle quelques vérités oubliées : l'origine philosophique de la gauche est les Lumières, une pensée économiquement et politiquement libérale. Au XIXème siècle, la gauche est le parti bourgeois, libéral et anti-conservateur. Les mouvements socialistes et ouvriers en sont distincts. Ce n'est que tardivement, au début du XXème siècle, que ces mouvements, largement contaminés par le matérialisme marxiste, s'y coaliseront à l'occasion de l'affaire Dreyfus. La gauche devient alors un camp bourgeois et ouvrier. Le progrès, un temps, sera le terme incarnant la jonction. L'anticléricalisme pourra faire ciment – ce qui prouve d'ailleurs que la gauche, qui a certains aspects d'un christianisme sans Dieu, détruit ce qui s'oppose le mieux à la folie économique, à savoir la religion. Du coup, cette gauche libérale et marxiste incarne le sens de l'Histoire, la marche en avant, la table rase. Toute sorte de charmantes locutions rappellent ce tropisme du progrès plus ou moins révolutionnaire. Dès le début, cela chante les louanges du libéralisme autant que du marxisme et cela contrarie, inquiète l'homme en sa chair, c'est-à-dire l'ouvrier, le pauvre que nous sommes tous, qui risque de perdre son bien le plus précieux – ses racines et son horizon spirituel. D'où, dès le XIXème siècle, les soupirs dépités des élites contre le peuple réactionnaire... Écoutez comme ce mouvement résonne dans l'Assemblée Nationale ou dans les médias, comme il se chuchote dans les petits bureaux, pour définir et lancer de telles réformes que la loi Taubira.

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       Il y a certes une différence fondamentale entre l'enthousiasme des lendemains qui chantent décliné en fascisme (qui a, ne l'oublions pas, des racines dans le syndicalisme révolutionnaire) ou en stalinisme, c'est-à-dire en volontarisme et en constructivisme, et, d'autre part, la marche en avant du libéralisme qui compte sur le pluralisme économique et politique autant que sur le fameux laisser-faire. Mais si effectivement on nous laissait faire, si on laissait la société vivre un peu d'elle-même, il n'est pas du tout sûr qu'on aboutirait au sans-frontiérisme économique et symbolique d'aujourd'hui. L'un des meilleurs exemples de la torsion que font subir certaines élites à la société est la Révolution Française. Turgot est comme un symbole de sa double-face. Du « parti des philosophes », devenu ministre des finances, il lancera des réformes libérales notamment sur le contrôle des prix et des spéculations. Il s'en est suivi ce qu'on a appelé la « révolte des farines » dans les années 1770, dont on a dit qu'elle préfigurait 1789. Ainsi, cet homme des Lumières par sa main gauche annonce la République des droits de l'homme tandis que par sa main droite il pousse le peuple à la faim et à la sédition ! Ce n'est pas un simple paradoxe. On voit de même les lois d'Isaac Le Chapelier détruire dès le début de la Révolution tout ce que l'Ancien Régime avait construit d'équilibre économico-social, notamment certains droits des travailleurs de se rassembler en corporations. Il n'est pas sûr que le peuple y ait gagné. La dérive totalitaire de la Terreur, la répression génocidaire contre le peuple vendéen forment une autre face du phénomène. Les français ont vécu dans ces années à peu près toutes les problématiques de notre modernité. Mais la question est toujours la même : où est la vraie liberté des individus, des corps, de la société, comment trouver le vrai libéralisme et le mettre en mouvement ? 

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       À l'heure actuelle, il se dessine une forme de totalitarisme par les décisions d'un pouvoir mondial ni élu, ni représentatif, ni transparent. Or, ce pouvoir se forme d'un mélange entre un libéralisme financier et une idéologie libertaire, entre la fiction d'une planète mixée et une dureté économique de plus en plus palpable. La gauche, c'est toujours ce mouvement en avant, qu'il soit de construction ou de destruction, tandis que l'idée de droite est éminemment conservatrice. Aussi, les mouvements nationaux-socialistes, ou fascistes, sont des bêtes bizarres qu'on ne peut placer à droite ni à gauche, car la droite peut être autoritaire, non pas révolutionnaire ni totalitaire. Être de droite, c'est seulement ne pas être de gauche et, pour des raisons diverses, ne pas adhérer à une idéologie ou un projet. C'est ce qui aujourd'hui se retourne plusieurs fois pour faire du socialiste réel un conservateur et du libéral de droite un liquidateur. Si on refuse de penser ce retournement et cette « pensée double » du système, on risque de toujours se tromper de combat, qu'on soit de droite ou de gauche. Mais il y a plus : l'idée de gauche repose sur l'idée que l'homme peut lui-même non seulement faire son monde mais se refaire lui-même. Cela a peut-être une origine dans cette préférence hautement libérale et révolutionnaire pour la notion de droit par rapport à celle plus religieuse de personne – substitution qui mène au relativisme. Ainsi, les humanismes promothéens du communisme ou du fascisme, l'humanisme plus ouvert du libéralisme juridique, ou encore l'humanisme utopique-naturaliste de l'écologie, si différents paraissent-ils entre eux, s'opposent tous à l'humanisme chrétien, qui repose sur l'unicité de la personne et l'égale dignité des êtres, où il place quelque chose de sacré, c'est-à-dire qu'on ne peut toucher ni remplacer. La technologie et la science peuvent aujourd'hui réaliser partiellement le fantasme de dépassement de l'homme par l'homme et elles produisent une gauche d'un nouveau genre, « stade suprême du capitalisme » selon Jean-Claude Michéa, et que j'appelle, pour ma part, la gauche transformiste.

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       Aujourd'hui, la gauche fournit l'alibi du progrès à la liquidation permanente qu'opère le capitalisme total tandis que la droite l'établit comme le règne de la liberté. Nous pouvons observer cependant à quelle époque la gauche cesse d'être elle-même double (bourgeoise-ouvrière), c'est-à-dire, en somme, à quel moment elle abandonne la thématique sociale et au moins l'apparence d'un discours de défense des travailleurs. En France, c'est dans les années 80 que s'opère ce changement. Au sujet de l'immigration, c'est spectaculaire : alors que tous les mouvements ouvriers se déclaraient contre, non par xénophobie, mais parce que fondamentalement ce n'était pas l'intérêt du travailleur ni d'ailleurs une aspiration de l'intellectuel sincère, voilà que soudain les élans anti-racistes se multiplient ; que l'accueil de l'étranger, vertu essentielle, devient le socle dévoyé d'une propagande immigrationniste larmoyante et que, suprême détournement, on invoque la diversité, réalité humaine vitale, comme une valeur obligée, uniformisante. Il faut se souvenir des déclarations en 1980 du premier secrétaire du Parti Communiste Georges Marchais qui condamnait l'immigration comme une demande patronale contre les intérêts de l'ouvrier pour se convaincre du changement radical de logiciel. Il faut se souvenir aussi que c'est à partir de 1969 un gouvernement appuyé sur la majorité la plus droitière de notre Histoire qui a, d'une part, accéléré l'immigration, au prétexte, selon Pompidou, « qu'ils en voulaient toujours plus » – ce « ils » désignant les industriels – et, d'autre part, les premières lois contre la discrimination qui, sous de nobles aspects, commençaient à défaire la préférence nationale, autre nom de la citoyenneté, en distribution généreuse des droits « à tous », allant vers une dépossession progressive du travailleur français.

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       Ce même Pompidou, ex-employé de la banque Rotschild, fera voter la fameuse « loi 73 » qui ôte à l’État français sa capacité de battre monnaie, le mettant du coup dans la main des marchés, changement conçu avec le ministre des finances Giscard promis à un bel avenir. (Notons au passage qu'aujourd'hui le fait, pour un état, de mettre la main sur sa banque centrale n'est même plus critiqué pour des raisons techniques mais idéologiques : comble du retournement lexical, on considère ce geste comme une atteinte à la démocratie, par exemple au sujet de Victor Orban en Hongrie, alors que c'est le retour de l'argent au service du bien commun). C'est sous ce même Giscard devenu à son tour président que les premières lois du regroupement familial furent promulguées. En substituant l'étranger à l'ouvrier, la gauche n'a donc fait que se convertir à ce projet économico-politique de l'immigration massive en lui donnant, il est vrai, sa caution morale et en étouffant, que dis-je, en culpabilisant les protestations du petit travailleur qui aspirait à une légitime priorité. Jean-Marie Le Pen et les médias se chargeront de colorer de soufre une revendication pourtant si juste, si modérée. Entendons-nous bien : ce ne sont pas les immigrés, nos frères comme tout autre, souvent eux-mêmes le jouet de ces puissances, ce sont les pouvoirs cyniques de la grosse économie et de la fiction idéologique du métissage universel qu'il faut ici pointer. À partir du moment où ces personnes sont entrées sur le sol, les conséquences de leur accueil et de leur droit non seulement ne sont pas à remettre en cause, mais tout renouveau ne se fera qu'en incluant tous les citoyens dans un projet national. En revanche, on peut s'interroger sur la sincérité d'une gauche qui appelle à toujours plus d'immigration au nom des droits de l'homme ainsi que d'une vision multicolore de la société déracinée, accomplissant en cela l'un des vœux principaux du marché qu'elle prétend combattre – et sur la sincérité d'une droite qui en dénonce les méfaits alors qu'elle en est l'instigatrice, qui fait mine sans arrêt de la modérer ou d'en durcir les conditions sans rien faire qu'attiser des sentiments de plus en plus vains, malsains et impuissants. On peut se demander si l'intégration, concept qui ne va pas de soi, est aujourd'hui seulement possible et si ce n'est pas ça le but recherché : le fractionnement des nations et le déracinement surplace des populations européennes.

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       Quel rapport avec le mariage homosexuel, me direz-vous ? J'en vois plusieurs. D'abord, il s'agit d'une loi qui concilie le pire de la gauche et de la droite, en bref qui incarne la jonction entre le transformisme social et le libéralisme économique. L'autre enseignement, c'est que les forces politiques « tournent ». La gauche passe du libéralisme à l'étatisme, puis, comme la droite, elle fait le contraire, et l'une et l'autre oscillent entre des désirs de « marche en avant » d'un côté et de protection ou de reconstruction de l'autre – du moins dans leurs discours, afin d'amadouer le peuple. Aussi, la revendication du mariage homosexuel ne me semble pas être un combat « de gauche » ni, à fortiori, notre opposition être un combat spécifiquement « de droite » au sens où sont les clivages d'aujourd'hui. Cela, si différent parût-il au premier abord, se rapprocherait plutôt de la mobilisation populaire contre le projet européen de 2005. Et c'est un signe des temps. L'opinion change au gré de ses difficultés et de l'épreuve du réel, par exemple au sujet de l'euro et de l'Union Européenne, et c'est une vertu de la démocratie que d'avoir toujours ce thermomètre. Or, les élites ne prennent plus en compte les températures qu'il indique. Elles mettent en scène, au contraire, la disqualification de ce thermomètre en invoquant l'extrémisme ou le populisme.

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       Il est temps de l'admettre : nous ne sommes plus maîtres chez nous. Pas plus nous, petit peuple, que le sous-fifre François Hollande. Et s'il tient bon à tout prix, s'il ne reviendra probablement pas sur la loi Taubira et si aucun homme politique n'y touchera dans les années qui viennent, c'est parce qu'un certain pouvoir supranational l'exige : il y a des pressions dans ce sens et cette loi doit absolument passer en France comme dans d'autres pays. Comment expliquer autrement qu'elle soit votée en ce moment à Chypre, en Angleterre et ailleurs, sous diverses formes ? Nous devrions en tenir compte dans notre stratégie de communication et d'information : plutôt que de crier au pourvoir « cède ! » nous devrions lui dire « résiste en notre nom ! ». Aussi, entre le référendum sur l'Europe et les mouvements d'aujourd'hui, on observe d'étranges similitudes : même fracture entre les élites et le peuple, même désinformation et propagande, même activité militante et multiple, même désir de dignité, même diabolisation du peuple. Et, plus que tout, même fracture entre un pouvoir devenu insaisissable, international, et une conscience d'en bas qui, passant sans doute par quelques fantasmes, commence à entrevoir à qui elle a affaire. D'où l'enseignement essentiel à en tirer dans notre lutte : ce n'est pas en validant et en durcissant le clivage gauche-droite comme le veut ce pouvoir qui divise pour mieux régner que nous réussirons à le combattre, c'est au contraire en rassemblant le peuple autour de ses intérêts vitaux en attendant, en espérant qu'en émanent des forces politique nouvelles. D'ailleurs, il ne faut pas faire un effort si violent pour s'imaginer une situation exactement inverse : à savoir un pouvoir de droite libérale décontractée proposant le mariage homosexuel au nom du libéralisme et de la marche en avant, dans le but d'étendre à la procréation et à l'enfant le marché tout-puissant qui est son dieu avoué, et une partie de la gauche mobilisée sincèrement contre au nom du refus de la marchandisation de l'être humain, avec une partie plus centriste gênée aux entournures qui jouerait la carte de l'opposition politique en surface avec une connivence de fond. C'est plus que plausible et c'est un cas de figure dont on doit pouvoir trouver l'exemple, peut-être en Angleterre.

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       La stratégie de l'affrontement parfois bizarre, comme si nos gouvernants provoquaient volontairement le peuple, s'explique donc parce que le pouvoir ne doit pas céder, mais aussi pour une raison encore moins avouable : elle vise à cacher la misère dans laquelle il se trouve du fait de son obéissance au schéma économique global sans aucune alternative, misère qui pour l'instant se traduit par un dilemme plus ou moins à l'esprit des gens avertis, à savoir que notre gouvernement tarde à s'engager dans un cycle de réformes d'adaptation extrêmement impopulaires pour éviter d'être balayé par l'opinion, au risque de l'être par le défaut de paiement... Il temporise, attendant le moment de panique et de bousculade qui permettra de faire toutes les liquidations nécessaires, avec peut-être un resserrement de nos libertés politiques (internet, notamment, pourrait subir une restriction car, comme vous le constatez, c'est dangereux...) Le pouvoir jouera donc à fond la carte du « bouclier légitime » contre une révolution qu'ils s'empresseront de placer à l'extrême-droite, à mesure d'ailleurs que cette qualification finira par devenir réelle tout en étant, de fait, fabriquée. J'aimerais préciser quelque chose : l'adaptation économique au mondialisme qu'on nous propose est presque sans fin. On nous demandera toujours d'aller plus loin. Aussi, si on se laisse dépouiller, nous n'aurons bientôt plus aucun moyen de riposter et le pays fracturé sera littéralement à vendre. En clair, quand les français n'auront plus d'armée de haut niveau, il ne restera presque plus rien pour résister à leur intégration dans le meilleur des mondes, rien que nos corps, nos sueurs et notre vocation spirituelle.

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       Nous voilà entrés dans un moment que je propose d'appeler, en badinant un peu, la science-fiction pour tous. En effet, beaucoup d'ingrédients d'un film ou d'un livre, d'ailleurs assez mauvais, sont réunis dans les événements que nous vivons. D'abord, il y a une complète déconnexion entre un pouvoir de représentation dans tous les sens du terme – politique, linguistique et médiatique – et ce qu'il est censé représenter, à savoir les citoyens d'une part, le réel d'autre part. Cette disjonction devient si criante que même nos efforts pour ne pas basculer dans la fameuse « théorie du complot » finissent par être les sages modérateurs qui nous permettent seulement d'aller plus loin dans l'élucidation de ce cauchemar. Mais le plus grave, ce n'est pas cette déconnexion comme une sorte de dérive de l'élite en sa cage dorée, c'est la profondeur de la modification du réel par le langage. La dernière phase avant le vote du texte a vu le trucage des photos et des chiffres des manifestations ; un vote au Sénat pour le moins trouble ; et surtout la fabrication médiatique massive d'agressions hélas banales dans notre « France d'après » mais transformées en une montée nationale de l'homophobie astucieusement associée, voire carrément assimilée à notre mouvement qui n'avait rien à voir. Mais le chef-d’œuvre en terme de science-fiction est le projet lui-même : indistinction des sexes ; modification du vocabulaire ; éducation idéologique ; fabrication de bébés en vue de les vendre ; location de ventres... Une pondeuse humaine peut, en Inde, porter un embryon dont le sperme vient d'Australie, l'ovule d'Espagne, conçu dans un laboratoire américain, et elle devra rester dans une chambre collective neuf mois sous surveillance avant d'accoucher d'un enfant qui ne sera pas de sa couleur et qui sera, aussitôt, livré à des homosexuels aux Pays-Bas. Et si vous vous opposez à ce charmant tableau, vous serez un ennemi de la liberté et du progrès, tandis qu'un néo-puritanisme incriminera toute allusion à la différence des sexes. La science-fiction pour tous, c'est maintenant !

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       Nous voyons les habituelles dérives du pouvoir prendre ces formes d'autant plus effrayantes qu'elles paraissent durables : le peuple protestant contre son asservissement, pour sa dignité, est assimilé à une menace contre la liberté, voire à une racaille terroriste, alors qu'une autre partie du peuple apparaît lobotomisée en accréditant ce discours de haine. Le renversement du vocabulaire est permanent. Ainsi, le mariage homosexuel, victoire du nombrilisme pour ses rares défenseurs sincères, devient selon Mme Taubira une « victoire de l'altérité » avec Lévinas à l'appui, philosophe pourtant conservateur. Il devient « choquant » selon Monsieur Bergé de s'opposer à la gestation pour autrui alors que pour n'importe quelle conscience claire le terme « choquant » s'applique à la pratique elle-même. Enfin, nous avons entendu que la loi votée est une « victoire de l'amour contre la haine », là où, pendant des mois, les opposants ont essuyé les opprobres et parfois les matraques sans perdre leur sang froid parce qu'ils étaient mus justement par un certain amour, tandis qu'ils voyaient, de l'autre côté, se dessiner une forme de haine d'autant plus inquiétante qu'elle jouit de moyens étatiques, économiques et médiatiques presque écrasants. Oui, cela a quelque chose de la science-fiction. Mais gardons courage. Fourbissons nos armes intel-lectuelles. Convainquons les citoyens. Travaillons, mes amis. Notre révolution sera une contre-révolution par sa profondeur et sa paix – même si sur le plan symbolique une démonstration un peu musclée est sans doute nécessaire. Quant à la force, il faudra se mettre en position de l'employer au moment où elle sera devenue légitime.

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       Entendre tous les jours des mensonges finit par les rendre réels – en fausse monnaie, certes – mais tout de même efficacement. Nos lieux de travail ou de rencontre nous permettent de vérifier, hélas, que si nous sommes de plus en plus nombreux à démasquer au moins une partie de ce pouvoir mensonger, il reste puissant sur une grande partie de nos concitoyens. Ainsi une collègue, connaissant mes opinions, vint vers moi affolée, au moment de la « semaine sanglante », pour me dire : « Alors ? Tu as vu ? Les homos s'en prennent plein la gueule. Faut quand même faire attention à ce qu'on dit, hein ? » Le plus triste était la sincérité de sa colère, après même que je lui eus expliqué qu'il y avait au moins une part de manipulation. Démontons, sans nous lasser, ce mécanisme de sidération dès qu'il nous apparaît. Quand la droite alerte sur la dette et sur le système social trop coûteux, quand la gauche nous inquiète sur notre retard en termes de mœurs ou sur notre repli identitaire, elles font le même travail de culpabilisation des consciences par la sidération, au service du même pouvoir invisible, adémocratique et bancaire, dont le but de plus en plus transparent est de nous asservir pour se gorger de notre travail.

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       La loi Taubira s'inscrit dans un projet mondial totalitaire. On nous dit que le peuple a voté, que la gauche n'a pas caché son programme, qu'il y a donc une légitimité démocratique dans cette loi et que leurs opposants deviennent des menaces pour la République – on se moque de nous. Rappelons d'abord qu'au second tour des présidentielles, pour la première fois dans la Vème, François Hollande a été élu sans obtenir la majorité des votants, tant le nombre de bulletins blancs a été massif, autour de deux millions. Ensuite, posons-nous plus fondamentalement la question de savoir qui écrit ces programmes, par qui ils sont demandés, et à qui ils sont destinés. Non seulement les français pour la plupart n'en ont que faire, mais les homosexuels eux-mêmes n'ont jamais réclamé le mariage à part une minorité agissante qu'ils apprécient peu. Et il est évident que, passé l'effet comique du « ah, s'ils s'aiment, qu'ils se marient » et que les véritables conséquences du projet apparaissent, le peuple se réveille et refuse catégoriquement. Qui donc veut, qui donc voulait cette loi ? Si vous vous concentrez sur François Hollande ou le Parti Socialiste, vous vous fourrez le doigt dans l’œil. Ils furent convaincus par qui ? Je vous le donne en mille : Dominique Strauss-Kahn, car c'est un projet de l'oligarchie mondiale et c'est pour cette raison, cette unique raison, que le gouvernement ne reculera pas. S'il reste une gauche populaire authentique, on peut lui demander de nous affranchir de cette peste oligarchique qui nous impose la fabrication et la vente des bébés, dans un but final qu'il ne vaut mieux pas imaginer tant il nous glace les veines... Entre la gauche transformiste et la droite décontractée il n'y a pas l'épaisseur d'un papier à cigarette, même s'il existe des parlementaires qui ont pour l'occasion sincèrement défendu notre mouvement et lutté contre ce projet. Les autres, au service d'un pouvoir mondial bancaire, n'ont que faire des jérémiades – ils font leur boulot : liquider la France (bientôt son armée) ; asservir son peuple ; déraciner sa culture et sa langue ; car le peuple français est un ennemi viscéral, par sa conscience et son Histoire, de ce pouvoir à dominante anglo-saxonne, impersonnel comme le silence de l'or. Leur but sera bientôt de vous arracher à votre langue. La défense du Français fait intégralement partie de notre résistance par la dignité. On a le droit de refuser l'imposition de la langue unique de la mondialisation et son introduction à travers les médias, la publicité et bientôt l'éducation. Il existe un projet de passage à l'anglais de tout notre système éducatif. Cela passe par la « tête », d'abord, l'enseignement dans les facultés et les grandes écoles, comme cela vient d'être voté, puis cela redescendra jusqu'à faire jonction avec les projets d'écoles maternelles en anglais qui ne tarderont pas à fleurir. Pour en revenir au fond, et c'est la thèse essentielle de cet article, nous assistons depuis déjà quelque temps à la fusion du Marxisme et du Libéralisme qui étaient déjà des frères, dans un projet mondial de liquidation de toutes les structures au profit du seul élan capitaliste-progressiste. Un élan lui-même liquide... Si je suis favorable à une plus grande liberté économique des petits, étouffés qu'ils sont par une fiscalité délirante, je n'ai en revanche pas de fascination particulière pour le libéralisme global tel qu'il se dessine aujourd'hui en énorme absorption d'énergie, d'image et de matière... 

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       Le mariage homosexuel est une bonne affaire pour ce pouvoir idéologique. D'abord, il dissout la famille un peu plus, seule structure qui échappe à la domination politique ou économique. Il dégrade le mariage au statut de simple droit, accentuant la judiciarisation libérale. Il défait la vision séculaire du couple et de la famille. Il relativise les bases anthropologiques et crée un flottement des êtres. L'individu déconstruit est plus facile à modeler. Mais surtout, il fonde un nouvel ordre parental et dissocie la procréation de son acte naturel. Il ouvre un marché juteux (deux milliards de dollars en Inde) et fait considérablement reculer les tabous. Acheter un enfant, c'est aussi un enfant à jeter, si vous me permettez cette violence du jeu de mots. Aussi, non pas immédiatement, mais à long terme, c'est le moyen de jouir d'esclaves, éventuellement de victimes sacrificielles. Bien sûr, les conséquences ne seront pas immédiates, ce pouvoir a tout son temps, et il le prend, pour accomplir un projet qui nous est de plus en plus clair, mais qui n'aboutira jamais, du moins pas complètement. Entre le marxisme et ce libéralisme, il y a de nombreux points communs, le premier étant de considérer l'homme comme une matière – et ce n'est pas un accident : la pensée de Marx doit beaucoup aux Lumières anglaises et françaises, même si ses inspirateurs principaux sont les penseurs allemands comme Hegel et Feuerbach. C'est pourquoi j'interpelle amicalement Vivien Hoch et, à travers lui, ces blogueurs qui se définissent comme libéraux-conservateurs. Peut-être cela suscitera-t-il un débat difficile, mais fécond. Je ne résiste pas à vous resservir cette prophétie de Bernanos qui, dès 1948 – je le cite en substance – déclarait : libéralisme et marxisme apparaîtront bientôt pour ce qu'ils sont, les deux mâchoires d'une seule gueule – le matérialisme – qui ne tardera pas, s'il n'y prend garde, à broyer l'homme tout entier. Et la science-fiction revient : on fabriquera un homme volontairement déraciné. Certains livres comme les contes de fée seront interdits aux enfants parce qu'ils leur donneraient une image trop orientée des sexes. L'introduction de la théorie du genre dans l'éducation des plus petits fait partie d'un projet de contrôle : le fameux « diviser pour mieux régner », utilisé à l'échelle des nations, des peuples, des tribus, sera dorénavant introduit dans l'individu multipolaire. L'être flottant qui ne connaît même pas son sexe me semble un excellent candidat à une certaine forme d'asservissement par l'auto-éclatement et la consommation de ses existences. Hannah Arendt disait que l'un des critères du totalitarisme était l'abolition des différences. En s'attaquant à la distinction sexuelle, le nouvel ordre mondial s'en prend à la plus intime, la plus fondamentale, la plus féconde sur tous les plans de nos différences créatrices d'ordre. Est venu le temps où les puissances ne dominent plus par l'ordre, mais par le chaos et la liberté. Mais c'est cette liberté pourtant, que nous chérissons, qui vaincra – une liberté retrouvée dans son sens vrai, c'est-à-dire ayant retourné le retournement pour enfin voir clair – une liberté réelle, vivante, ouverte – qui déteste la fiction qu'on lui substitue.

 

Lucien Fornello

5 juin 2013
pour La Vaillante

 

 

23.06.2019

La branche d'hysope - Les Larmes de Pierre & La Visitation

Méditation commencée avec la peinture reproduite en couverture de la Revue Magnificat du mois de mai 2019, Saint Joseph et Jésus enfant (v. 1650), par Sebastián Martínez (1615-1667), Madrid (Espagne), musée du Prado.

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La branche d’hysope

            Je vois cette branche, peut-être d’hysope, droite comme un bâton et fleurie en son extrémité. Ce bâton que Joseph semble tendre à Jésus enfant d’environ 4 ans, qui lui, tend la main vers les raisins blancs de la corbeille de fruits. Finalement, si ces fruits symbolisent sa Passion à venir, défendus pour le moment par Joseph, son père adoptif, la branche droite fleurie semble indiquer qu’il sera le Bon Pasteur des brebis que nous sommes tous. Un mystère circule entre ces deux personnes de la sainte Famille. Le regard du petit s’accroche à celui de son père ; les joues roses esquissant la gravité naissante qui va peut-être s’exhaler, dans quelques secondes, de cette bouche, de ce petit nez, en pleurs de contrariété. Mais, la lumière caressante sur ce visage transfigure la naturalité de l’enfant, le bénit : lui donne une force surnaturelle et divine. Il ne pleurera pas — comme tout enfant l’aurait fait alors —, devant les fruits défendus, le bras tiré pour interrompre son geste de saisir un grain du raisin blanc, à sa portée. Ce visage est lui-même le fruit préféré du Père, qu’il a choisi d’illuminer de sa divinité.

            Oui, la main de Joseph prend fermement le bras du jeune Sauveur, tandis que ses yeux semblent déjà plongés dans une méditation profonde, au delà du quotidien, non pas à la surface des choses, mais « méditant chaque événement en son cœur », telle Marie qu’il a prise chez lui.

            Ces échanges de regard, ce mystère enveloppant les deux figures, cette lumière dorée — qu’on dirait d’un crépuscule, d’ombres accompagnée — c’est l’amour de Dieu fait chair et présent à l’humanité. Ce mystère des regards et de la lumière donne un relief particulier à ce bâton, droit et fleuri : surnaturel.

            Oui, c’est aussi l’annonce de sa Passion, la branche d’hysope au bout de laquelle une éponge gorgée de vinaigre sera plantée, dont les lèvres du Christ en croix seront imbibées, pour seul cruel breuvage à sa soif (Jn 19,29). Ces fleurs qui remplacent l’éponge vinaigrée, sont déjà la vie. Issies du souffle de la vie que le Ressuscité répandra sur ses disciples rassemblés dans la peur au Cénacle. Et déjà sur ceux présents au pied de la Croix quand, ayant rendu son souffle au Père, son Cœur sera transpercé ; d’où jailliront les fleuves de l’eau vive de son Esprit.

            Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Jn, 19,30)

 

Les Larmes de saint Pierre

            Et puis, voulant lire le commentaire de cette peinture par le rédacteur Pierre-Marie Varennes, en fin de la Revue Magnificat —que j’ai lu et qui m’a appris le sens des fruits vers lesquels la main de l’enfant est suspendue —, j’ai vu, d’abord, l’œuvre méditée sur la page de droite : Les Larmes de saint Pierre (v. 1612) par un autre espagnol, Juan Bautista Maíno, qui se trouve au Louvre.

            Oh lala ! Quelle merveille ! Avant de lire le texte, j’ai pleuré, à la vue de cette image si puissante et éloquente. Et, après avoir lu le texte, j’ai pleuré davantage.

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             C’est alors que j’ai repensé à ces moments si beaux avec le père orthodoxe Marc-Antoine Costa de Beauregard, à Avon chez les Carmes, le samedi 19 janvier dernier.

            Il nous était permis de lui faire parvenir de petits papiers avec des questions auxquelles il répondrait, dans le flux de sa parole sur le Grand Carême orthodoxe. C’est alors que je déchirai un morceau d’une page de mon petit carnet — celui que je porte toujours dans mon sac, au cas où —, et j’y inscrivis ceci : « Et les larmes de Pierre ? » Le père Emilian Marinescu, orthodoxe roumain qui avait invité le père Marc-Antoine, se retourna vers moi au crissement du papier, et je le lui tendis. Nous échangeâmes un clin d’œil. Quand il put le faire, il tendit mon petit bout de papier au père Marc-Antoine qui ne tarissait pas sur le sujet du merveilleux sens du carême orthodoxe.

            Il roulait le petit bout de papier entre ses doigts, tout en parlant. Tous les yeux étaient posés sur ses lèvres, sur sa barbe clairsemée de patriarche qui monte et descend sous sa bouche, quand il parle. C’est sa bouche qui produit tous ces souffles articulés et pleins d’amour…

            C’est alors que je fus doucement mortifiée… : ma question entre ses doigts, roulée, c’était un peu moi, mon ego pétri, signe de ma patience mise à l’épreuve… Allait-il enfin lire ma question avant que le papier ne devienne illisible ? Dans cette nonchalance — non pas négligence mais détachement — comme si ce papier était l’occasion d’un divertissement pour ses doigts, alors que sa parole inspirée poursuivait sa pensée —, ma patience était mise à l’épreuve, mon orgueil doucement humilié. Dans ce geste de rouler le papier entre ses doigts en un jeu sans fin répété, avec ma question inscrite Et les larmes de Pierre ?, mon ego en était secrètement mortifié : « Quand va-t-il lire ma question ? Va-t-il finir par la lire ou le bout de papier va-t-il passer directement à la corbeille ?… » Le diviseur était de la partie en moi, et personne d’autre ne le sut… Il m’empêchait de me concentrer sur ce que le père disait, focalisant toute mon attention sur cette ‘balayure’ de papier où mon ego se réduisit. Ce fut un véritable combat spirituel, en miniature…

            Mais enfin, il finit sa phrase — à plusieurs reprises il sembla finir sa pensée… La fois fut venue où ce fut la dernière phrase : il déroula le papier, ses yeux se posèrent enfin dessus. Il était à l’envers. Il dit : « Il est à l’envers ! ». Il a beaucoup d’humour, le père Marc-Antoine Costa de Beauregard. Il le retourna et le lut tout bas : « Ah ! les larmes de Pierre !… C’est très beau !… »  Et après un temps où il se laissa pénétrer par ce drame de Pierre, sa parole repris son cours de plus belle…

            Ouf ! J’étais soulagée, délivrée de mon bout de papier…

 

La Visitation

La Visitation d'Arcabas.jpgEn milieu d’après-midi, quand il dut repartir chez d’autres amis catholiques — en cette fin de semaine pour l’Unité des chrétiens —, je regardais les livres posés sur la table au fond de la salle — celui sur la confession orthodoxe attira mon attention. Le père Marc-Antoine allait partir, debout, dos à la porte. Je vins à lui, simplement. Et, tout aussi simplement, il m’embrassa en me prenant les mains. À ma grande surprise, il me fit ce baiser de la paix, sur les deux joues, avec ferveur et grande amitié. Ce baiser inattendu scella quelque chose au delà de nos personnes. Peut-être que saint Pierre y était pour quelque chose. En tout cas, la Paix de Notre Seigneur Jésus Christ y demeure encore… Car en Jésus Christ, vous êtes tous fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus (Gal. 3, 26-28).

            C’est ainsi que ce jour, dimanche du Bon Pasteur, me revient cette rencontre avec le père orthodoxe Marc-Antoine Costa de Beauregard et je la vois, cette rencontre, comme la figure de l’hospitalité réciproque en Jésus Christ, comme la Visitation recommencée entre la Vierge et sa cousine Élisabeth, si chère à Christian de Chergé.

            Dieu soit béni, éternellement, qui vit dans nos entrailles, celles de la foi !

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

 

Sandrine Treuillard
Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

Dimanche du Bon Pasteur, 12 mai 2019, Vanves

 

 

 

 

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Artisans de Paix - où le désir de rencontrer l'(A)autre

20.06.2019

L’oasis du soufi & la graine d’Évangile - Un père spiritain témoigne : 50 ans de cohabitation en République islamique de Mauritanie

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixReligieux spiritain, le père Paul Grasser a d’abord exercé son ministère en Mauritanie, puis à Rome, à Paris, en Algérie. Il est aujourd’hui au siège d’Apprentis d’Auteuil.

Je l’ai côtoyé en 2013-2014. C’est le 31 octobre 2014, dans une chapelle aux Apprentis d’Auteuil, que nous avons partagé sur notre relation aux musulmans en survolant la préface du tapuscrit Le livre des miroirs — ouvrage à quatre mains (encore inédit) rassemblant d’une part des textes de la tradition chrétienne le Miroir catholique (dont je m’occupais) ; et d’autre part des textes de la tradition musulmane, le Miroir musulman (par Slimane Reski)—. Lui laissant ce tapuscrit, il me remit Animés par l’Esprit de Dieu (Éditions de l’Emmanuel) de son frère spiritain, le père Alphonse Gilbert.

Régulièrement, il m'envoie des photos de ses expéditions. Ce récit autobiographique, écrit le 2 février 2019, a été publié dans le n°235 de la revue Spiritus, en juin 2019.

Sandrine Treuillard
pour La Vaillante
                   

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Le diocèse de Nouakchott est né à la suite d’un accident d’avion, en juin 1965 à Zouerate, ville minière au nord du pays, qui coûta la vie à Mgr Joseph Landreau, préfet apostolique de Saint-Louis du Sénégal, dont dépendait la chrétienté en Mauritanie. Après de longues années à Brazzaville, Mgr Michel Bernard accepta de lancer ce diocèse à la condition que la Congrégation du Saint-Esprit, à laquelle il appartenait, lui envoyât chaque année un des jeunes prêtres nouvellement ordonnés. Le premier envoyé ne tint pas longtemps. Les quatre suivants, à partir de 1967, s’enracinèrent parfaitement.

Découverte

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixJ’ai eu l’honneur d’ouvrir la piste ; et ce à l’Université de Dakar : deux ans d’islamologie et surtout de langue arabe. Mai 68 ! L’onde de choc venue de Paris saccage une partie de l’université de Dakar. Grandes vacances pour moi. J’accepte avec enthousiasme et appréhension de remplacer le prêtre de Zouerate en juillet et août, par cinquante degrés, hors climatisation ! Pour le mois de septembre, je me dirige par train minéralier, puis par taxi-brousse, vers la capitale des oasis : Atar, prise dans un immense massif montagneux ayant déjà servi de décor à des westerns. Je découvre. Malgré la chaleur toujours inhumaine, ce jour-là je saute sur le véhicule du directeur de l’usine de commercialisation des dattes. Il va régler un litige avec les producteurs fournisseurs, à Aoujeft. Une vingtaine d’hommes palabrent pendant quatre heures, assis sur les nattes. Les voix se relayent. Par deux fois, un participant, assis dans l’angle de la pièce prend la parole. Simplement, en dialecte arabe local. Je suis percuté par ce qui émane de cet homme ! La séance levée je me précipite vers lui : « Vous ne le trouverez plus, me dit-on, il ne traîne pas dans la rue ». Vite j’écris son nom dans un bout de papier. 

Cathédrale Nouakchott.jpgUn an plus tard je suis nommé à la cathédrale de Nouakchott. Arrive un lycéen voulant me vendre ses aquarelles pour gagner trois ouguiyats. « Et ton papa il fait quoi ? — Il est religieux à Aoujeft. » Vérification : c’est bien son nom qui est sur mon bout de papier : Mohamed Lemine ould Sidina. « Il faut que je le voie. » Il était de passage à la capitale. Facilement nous le trouvons, assis par terre, au milieu de quelques dizaines de fidèles, hommes et femmes, dans la maison d’un de ses disciples, les « Amis de Cheikh ». Thé, cordialités, visages détendus. Après vingt minutes, je repars ; un fidèle me suit, c’est Mohamed Naaman. Bien vite je l’appellerai « mon frère ».

P1016829.JPGVoici donc les graines, les personnages qui ont couru avec moi pendant cinquante ans. Et alors ? Très vite Mohamed Naaman me fut utile comme locuteur dans le cours du soir, lancé à travers la paroisse de Nouakchott pour permettre aux étrangers d’apprendre le dialecte, le hassanya. Mohamed refusait toute rémunération. Des semaines avaient passé. « Mohamed tu es chômeur, je te demande un service et tu n’acceptes rien ? » Réponse : « Quand je t’ai vu chez mon marabout, j’ai compris que vous cherchez la même chose que nous. Alors, il faut vous aider. »

 

Aller plus loin

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paix1983. Bien enracinée dans ma double mission — servir les chrétiens, tous immigrés, et rencontrer les Mauritaniens, tous musulmans —, j’éprouve le désir d’aller plus loin. Reprendre des risques, aller au fond du désert, seul, sans bagages, chez des gens qui ne me connaitraient pas. J’ai le tort d’en parler à Mohamed Naaman, qui me dit : « Tu viens chez nous à Maaden. » Je n’y suis jamais allé, mais j’y suis trop connu par réputation. « Tu auras une dose suffisante de dépaysement et d’ascèse » me convainc Mohamed.

Les aînés des palmiers dattiers avaient alors treize ans ; leurs petites sœurs — ils ne plantaient que peu de palmiers mâles — sont nombreuses. Sous les palmiers, les légumes poussent avec parcimonie : carottes, tomates, menthe, luzerne, blé. Nous sommes dans un lit d’oued coincé entre un complexe de dunes vives et un flanc de montagne formant une immense plaque rocheuse. Pourquoi cette oasis ?

 

Un homme épris de savoir, épris de Dieu

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixNé en 1918 à Aoujeft, Mohamed Lemine ould Sidina, fils d’un goumier de la force coloniale française, est épris de savoir, épris de Dieu. Pendant quatorze ans, il s’assied au pied de grands théologiens de son pays. Il ira jusqu’au Maroc, puis au Sénégal, à Kaolack, pour y chercher le savoir ; et ce, dans la voie confrérique Tijaniya qui prône tolérance, fraternité, entraide et ouverture. De retour, non point à Nazareth mais à Aoujeft, il est rejeté par les siens ; de fait, il dénonce l’esclavage, le tribalisme, la sorcellerie. Il rachètera et libérera les vieilles servantes que souvent l’on achevait par lapidation au motif qu’elles étaient « suceuses de sang. » Mohamed Lemine s’exilera à trente kilomètres sud, dans un endroit désert qu’il nommera Maaden El Ervane (i.e. « Mine de connaissances, source de la foi en Dieu et de la bonté humaine »). Avec les « Amis du Cheikh » qui l’ont suivi, il crée un barrage en terre battue pour obliger l’eau de l’oued à s’infiltrer dans le sable : on pourra ainsi le retrouver dans des puits de un à trois mètres de profondeur.


paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixLes premiers palmiers sont plantés en 1970. Les buissons de henné, quasi sauvages, étaient déjà d’un apport appréciable. L’habitat rectangulaire ou rond est fait de murs de pierres sèches couverts de feuilles de palmiers. Aujourd’hui, en janvier 2019, cette oasis s’étire en chapelet sur sept kilomètres de long grâce à des barrages filtrants (galets contenus dans du gros grillage métallique.) Le savant agro-écologiste Pierre Rabhi, séduit par ce développement endogène, propose le village de Maaden comme modèle de développement durable, intégrant à la fois l’humain, le divin, le terrien. Un film long métrage est en préparation : Maaden développement intégral.

 

Immersion intégrale
paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixC’est donc là que, en janvier 1983, je vis quinze jours d’immersion intégrale. Je ne mange que quand ils mangent (ils m’invitent dans différentes familles) ; quand ils prient, je prie, soit à côté d’eux, à ma manière, soit dans ma case, ou sur un rocher ; et quand ils travaillent, je donne mon petit coup de main. Cheikh, avec douceur et autorité, coordonne toutes les activités de la collectivité. Chaque secteur a son responsable. Tout un chacun qui a le désir d’approfondir sa foi, sa connaissance du Coran et surtout la pratique de sa religion, est le bienvenu parmi les « Amis de Cheikh ».


paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixEffectivement, le mélange social est total. Parmi eux : un Égyptien, un Marocain, un Sénégalais. Celui-ci, simple petit immigré, bricoleur de motopompes, s’intègre à merveille. Avec lui, je navigue, par voie de sable, de puits en puits. Sa consécration sociale sera manifeste quand Cheikh lui accordera une de ses filles en mariage. Leur fils, sorti de l’école locale, sera brillant bachelier à seize ans. Il vient d’achever son mandat de Ministre de la Jeunesse et des sports. Oui, à Maaden, depuis des années, on fait le cycle primaire en trois ans au lieu de sept ; de même pour le secondaire ; et ce, sans aucun frais pour l’État. Leur secret : pas de vacances scolaires. Les adultes travaillent chaque jour… pourquoi les jeunes subitement débrayeraient-ils ?

Les hommes font, chaque semaine, deux jours de travail pour la communauté : l’un collectif, l’autre individuel. Spécificité spirituelle, leur dhikr, récitation litanique de telle ou telle formule, généralement comptabilisé au moyen d’un chapelet, est constitué chez eux par un interpellatif : « Allah, Allah, Allah ! » à l’infini, sans compter, seul ou en groupe, ou par relais, à voix forte et ferme, dans les champs ou en toute circonstance, la formule classique, elle, est déclarative : « Il n’y a de Dieu que Dieu ».

 

« Quelle grandeur ! »

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixDécembre 1984. Le frère Roger Schutz de Taizé, avec deux de ses frères, trouve chez nous, à Nouakchott-cathédrale : refuge pour écrire, selon son habitude, sa Lettre aux jeunes. Cette année-là, leur rassemblement aura lieu à Cologne. In extremis je réalise que Cheikh Mohamed Lemine est en visite pastorale à la capitale : « Frère Roger, il faut absolument que vous veniez rencontrer mon ”marabout”. — Trop tard, nous sommes sur nos bagages .» Nous finissons par passer vingt minutes, assis, très à l’aise, au cœur des « Amis de Cheikh. » Brève prière commune. Au sortir, le Frère Roger a quatre mots : « Quelle grandeur, quelle grandeur ! » « Et cette mélopée incessante qui montait de la cour ! » dit un autre frère. Il s’agissait effectivement de cette louange continue. Elle honore Dieu et irrite fort les voisins, tous musulmans. Nous aurons, à cette occasion, entendu une phrase revenant si souvent dans la bouche de Cheikh : « On ne voit bien Dieu qu’avec les yeux de Dieu. »[1]

 

« Il nous donne le souffle »

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixJuin 1985. Je retourne, pour trois semaines, m’immerger dans ce monde, dynamique, pauvre, croyant. Dans ma case ronde, glaciale, à l’aube, je suis réveillé par leur bruyante et massive prière. Que faire ? Sûr de ne pas être dérangé, n’est-ce pas le moment de faire ma grande prière ? En soutane kaki, mon chèche blanc pour étole, je célèbre l’Eucharistie. Bizarre tout de même : Dieu est unique, notre désir de nous orienter vers Lui est le même, et pourtant nous devons l’exprimer séparément. Le lendemain, même heure, mêmes prières… j’en arrive au Per ipsum : « Par Lui, avec Lui… à toi Dieu le Père… dans l’unité du Saint Esprit… » Je suis saisi. La voilà, l’ultime pointe de la prière : par Jésus, dans l’Esprit, au Père. N’est- ce pas là la clé de voûte qui manque à ces tonnes de prière musulmane ? Peut-être ne suis-je ici que pour cela !

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixTous les soirs, de six à sept : heure sainte. Des nattes sur le sable. Au centre un grand drap blanc. Les « Amis » assis autour, femmes au deuxième rang, quelques gamins ; ambiance toujours un peu désordonnée, fraternelle, fervente. La théière n’est jamais très loin. Cheikh préside, son ami « Brahim, Paul »[2] à sa droite. On lit le Coran, Cheikh commente et à chaque fois me donne la parole. Tantôt j’approuve par un simple amîn, tantôt je cite le passage de l’évangile qui dit la même chose, parfois je marque un complément voire une différence, quelques hommes se lancent ensuite dans le « dhikr », cette même prière litanique permanente. Ils forment comme un début de mêlée d’équipe de rugby. Ils se dandinent, d’autres tournent, d’autres s’y agrippent, par moment le « Allah, allah » se réduit à un simple souffle. Je m’en étonne un peu auprès de Cheikh. Toujours avec sourire, douceur, parcimonie verbale il me fait : « Le souffle de Dieu. Il nous donne le souffle. Nos souffles veulent rejoindre le sien et fusionner entre nous. Oui, il arrive que intelligence, mémoire, savoir s’arrêtent un moment. Toute initiative est alors laissée à Dieu. »

 

« Notre cadeau c’est toi
Ton cadeau c’est nous »

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixOctobre 1993. Je quitte la Mauritanie, suite à une agression dans la cathédrale de Nouakchott. J’y retournerai pour deux fois. Bien des amis chrétiens et musulmans m’accueillent avec joie. Cheikh est à Maaden, mais ses fidèles présents à la capitale se regroupent pour « célébrer » ensemble, avec moi, tant de choses… !  


paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixLa Mauritanie, vingt-quatre ans de ma vie, sans regret ni nostalgie, c’est fini.

Et voici… qu’en février 2018, la presse française annonce la réouverture de la Mauritanie au tourisme. Divers périples proposés Terres d’Aventure offre cinq jours de trek intégral dans les oasis de l’Adrar. Au troisième jour, le top : passage dans une oasis récente fondée en 1970 ; ses palmiers, son maraîchage, son école : Maaden el Ervane. Alerte dans ma tête… Mais ce n’est plus pour moi !…


paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixLe 6 janvier 2019, je suis dans le charter Mauritania avec quatorze autres aventuriers : Roissy-Atar direct ! Maaden n’a cessé de s’allonger, les carottes prospèrent en vue de la commercialisation ; elles l’emportent sur les autres légumes. Au milieu du village, le mausolée de Cheikh attire les pèlerins de partout. Je me précipite pour retrouver mon vieux frère Mohamed Naaman, assis dans sa maison, les genoux bloqués par l’arthrose, des centaines de mouches pour l’accabler ; sa deuxième femme, répudiée, est loin ; ses deux enfants, aussi ! Vive émotion, cachée par quelques traits d’humour, à l’ancienne, qui claquent en hassaniya (il fut mon maître et s’empresse de me corriger encore.) Le lendemain midi, en tête à tête, repas traditionnel et rare : bouillie de pépins de coloquintes écrasées. Je signe une décharge à notre guide, je me sédentarise pour vingt-quatre heures.

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixLe soir, plat de riz avec Djibrill et Brahim, sur la terrasse de « La grande maison » que Cheikh a léguée à la communauté. Repas terminé, deux autres hommes nous rejoignent. L’un tient dans sa main un téléphone qui émet la voix de Cheikh : lecture, commentaire et prière y sont enregistrés. Trois femmes, et d’autres encore, finissent par reproduire quelque chose du carré d’antan. Pendant trente minutes personne ne bouge, c’est le recueillement, la mémoire. Ils savaient que je comprendrais, apprécierais. Communion simple et forte. Convergence des consciences, dirait Pierre Rabhi. Je n’avais emporté de France aucun cadeau pour eux ; je n’en ai rapporté aucun : « Notre cadeau c’est toi, ton cadeau c’est nous, tous cadeaux de Dieu », aurait dit Cheikh avec sourire et douce action de grâce.

            Le lendemain matin on me fait visiter ce qu’il reste de la Bibliothèque de Cheikh. « Tiens ! Voici les albums dactylographiés des manuscrits de Cheikh. » Au hasard, quelques lignes écrites du Maroc. Je comprends difficilement son arabe classique. Je fais répéter une phrase. C’était celle dite aux frères de Taizé en 1984, que j’avais oubliée depuis, et que frère Charles-Eugène m’a rappelée en décembre 2018 : « On ne voit bien Dieu qu’avec les yeux de Dieu ! »

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixQue d’honneur pour moi ! Le responsable spirituelle de la Fraternité appelle de Nouakchott pour me saluer. Le nouveau maire, habitant une Oasis voisine, se déplace pour moi. Mais rien du style réception, cadeaux, etc.

Après la visite de la Bibliothèque, je demande à rester seul dans le grand salon pour y faire ma « grande prière ». Un verre à thé me sert de calice, une boîte à pastilles de patène, Prions en Église de Missel, le vaste monde d’assemblée. Oui, joie indicible du Corps et du Sang élevés : « Par Lui, dans l’Esprit, au Père… » Comme il y a trente-six ans. Je venais d’en avoir quatre-vingts.

 

Pour terminer : deux surprises…

paul grasser,spiritain,mauritanie,islam,foi,soufisme,christianisme,eucharistie,transmission,prêtre,conscience,artisans de paixEn taxi-brousse j’ai facilement rejoint mon équipe. « Mais comment donc est-il possible que je ne sois même pas allé me recueillir sur la tombe de Cheikh ! ». Je pense qu’il aurait approuvé.

            — Sur le tarmac pour le retour, un beau monsieur me fait :

« Alors mon Père comment ça s’est passé ?

- Parfait…

- Je suis le correspondant mauritanien de Terres d’Aventure. On a essayé de vous arranger les choses pour le mieux. Mais, dites-moi, le Père Guy Daniel est-il encore en vie ? »

- Oui, plus que jamais, il a quatre-vingt-un ans… Il est à Marseille.

- Voici ma carte de visite. Je l’invite, je lui paye le voyage, car sa mère et la mienne étaient de grandes amies[3]. »

            — En octobre 2018, Pierre, à sa totale surprise et contre son désir, à quatre-vingt-un ans lui aussi, est invité par ses anciens élèves. Pierre leur avait enseigné les mathématiques au Lycée d’État de 1972 à 1979. Aujourd’hui, ils sont tous niveau cadre en Chine, Canada, voire en Mauritanie. La presse locale, en langue arabe relatait l’événement.  

            Ils étaient quatre spiritains à être envoyés en Mauritanie à partir de 1967 : Paul, Bernard, Pierre et Guy. Dieu les a comblés en même temps que leurs frères mauritaniens.

Paul Grasser.jpg

 

 

 

Paul Grasser, cssp                                                          
Auteuil, le 2 février 2019

 

 

 

Photographies :
Jean-Michel Pénard, entre les 7 et 11 janvier 2019,
dans l'Adrar mauritanien, à Maaden et ses environs.
©Paul Grasser

Sauf : La cathédrale Saint-Joseph de Nouakchott - La carte de Mauritanie. 

 

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[1] On peut retrouver ces faits dans le récit de la vie du Frère Roger (année 1984) en cours d’édition.

[2] Sur leur proposition, j’avais accepté que l’on associe à mon nom celui de Brahim, Abram ayant vécu des années sans être ni juif, ni chrétien, ni musulman !

[3] Mme Daniel avait 78 ans quand son fils Guy, contre l’avis de ses confrères, amena sa maman à Zouerate. Elle y passa neuf ans, grande missionnaire sans le savoir.

 

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10.06.2019

La pentecôte eucharistique commence à la Croix

Couv 1 pensée par jour PJ Eymard.JPGLe terme pentecôte eucharistique vient de saint Pierre-Julien Eymard qui l'emploie deux fois dans tous ses écrits, sans en préciser le sens. Sœur Suzanne Aylwin, Servante du Saint-Sacrement de la communauté de Sherbrooke (Canada), auteur de Une pensée par jour avec saint Pierre-Julien Eymard (éditions Médiaspaul, 2010), relève cet extrait où l'"on comprend ce qu’il entend par Pentecôte eucharistique" : 

« L'archange ne dit pas seulement à Marie : “Le Saint-Esprit viendra en vous”, mais il ajoute : “Il vous couvrira de son ombre” [Lc 1,35]. Dieu est un feu consumant [Dt 4,24]. Quand Dieu vient en nous, il y vient avec sa nature divine et si le Saint-Esprit n'était en nous comme un voile, nous serions à l'instant consumés. Qu'est-ce qu'une paille au milieu d'un grand feu ? Que sommes-nous dans la divinité ? Le Saint-Esprit, comme une nuée, tempère ces ardeurs, n'en laisse transpirer que ce qu'il faut. Il fait comme au mont Sinaï. Il nous est nécessaire dans nos rapports avec Notre Seigneur. Notre Seigneur est homme, je le sais, mais il est Dieu aussi et nous avons besoin du Saint-Esprit pour recevoir Dieu. » (PP 32,2) 

Pour ma part, je poursuis ma recherche pour rejoindre la pensée du Saint Esprit qu'avait le Père Eymard en méditant ce terme de Pentecôte eucharistique. Voici :

« En cette fête de saint Maximilien-Marie Kolbe,
nous nous souvenons du repas où le Roi des martyrs offrit sa vie pour nous
et de la croix où il remet son esprit à son Père. »

Sur la Croix, Jésus expire son Esprit entre les mains de Dieu le Père : son Âme monte au Ciel dans la kénose, et dans le même temps, quand le soldat romain transperce son Côté, le Sang et l’Eau s’écoulent de son Cœur pour la Terre et tous ses habitants.

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Jésus-Christ est le médiateur sur l’ostensoir de la Croix. Cette Croix si visible sur le mont Golgotha a fait le vide autour d’elle pour ne laisser que Jean, Marie, les soldats et les deux autres larrons à son pied. Il est visible sur sa Croix mais personne ne le voit que Marie-Madeleine et quelques femmes avec Jean et Marie. Á la fois exposé aux yeux de ceux qui osent voir son supplice, et si humble. Je ne parviens pas à exprimer ce contraste que je perçois de l’humilité du Christ sur la Croix exposée. Ce qui attire à Lui tous les hommes, c’est son humilité qui est tout intérieure, dans la prière en union avec son Père. Je perçois l’amour dans cette humilité, je perçois le retrait de la prière sur la Croix. Il est là, dans le monde, avec nous et pour nous, mais Il n’est pas du monde. Il est en union avec Dieu le Père et c’est ce qui nous attire à Lui. C’est le lieu même de son retrait en Dieu qui nous attire à sa Croix. Ce n’est pas le supplice, ni même sa souffrance qui attire notre regard sur Jésus à la Croix. C’est la communion avec le Père qui nous attire. C’est cet amour que nous percevons à la Croix qui nous attire. Et c’est cet amour qui jaillit de la Croix que nous recevons. Cet amour sur la Croix nous le recevons dans la kénose du Christ quand son souffle le quitte pour le Père et que son Sang nous éclabousse de grâce. L’Eau aussi lors de la kénose de Jésus-Christ nous inonde de la lumière de son Esprit. Et nous recevons aussi son Âme quand Il rend l’Esprit, en expirant. Son Âme est répandue avec le souffle de l’Esprit dans son Sang et l’Eau issie de son Cœur sur nous. L’Esprit de vie qui planait sur les eaux au Commencement, c’est aussi l’Esprit de Jésus. Sur la Croix, l’Esprit Saint de toujours devient une personne de la Trinité, par la Vie du Christ qu’Il remet, rend à son Père et nous donne. La pentecôte eucharistique commence à la Croix. C’est quand la Terre reçoit le dernier souffle à la fois humain et divin du Christ. Á son dernier souffle, tout est accompli. Il se vide de Lui-même dans le don total. Sur la Croix, la communion trinitaire est parfaite, quand Jésus expire. Il nous distribue ses grâces en même temps qu’Il expire. Il rend à Dieu ce qui appartient à Dieu. Son Âme. Et de son Corps mutilé Il est donné tout entier aux hommes dans la merveille eucharistique de sa kénose où le don de son Sang et de l’Eau baigne dans la lumière de son Esprit. Son Âme est auprès du Père et pourtant, son Âme est partout depuis cette pentecôte eucharistique de la Croix. Elle rayonne depuis la Croix. Depuis la Croix nous pouvons la recevoir si nous levons les yeux vers elle. Son Corps saint ne cesse de nous inonder de sa grâce, de sa lumière d’amour. Lors de l’adoration eucharistique, nous adorons sa Croix. Nous ne cessons pas de recevoir son Esprit depuis la Croix, depuis ce moment de la Croix chaque fois que nous tournons notre visage vers Lui, Jésus Eucharistie.

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgSandrine Treuillard  —  Sury-ès-Bois, le 14 août 2017

Responsable de la Fraternité Eucharistique, de 2015 à 2018,
Branche laïque de la Congrégation du Saint Sacrement (sss), rattachée à la Chapelle Corpus Christi, 23 avenue de Friedland, Paris 8.

 

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Saint Pierre-Julien Eymard, Prophète de l'Eucharistie, un saint d'avenir

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04.06.2019

Christian de Chergé, Pentecôte 1994 : Le « martyre » de l’Esprit saint à Tibhirine : Artisans de Paix - 28ème Réunion interreligieuse de prières

Voici le chant chrétien et les textes que j’ai choisis et lus/priés au milieu de mes frères et sœurs d’Artisans de Paix, le 2 juin 2019, au Monastère de l’Inspir des Sœurs Bouddhistes de Noisy-le-Grand (91). Le thème était l’Esprit Saint, préparant la Pentecôte du 9 juin. En note, le détail des participants et du déroulé de ces 2h15 de Réunion interreligieuse de prières.[i]

Sandrine Treuillard
Chargée de mission pour la Fraternité Eucharistique (catholique) d'Artisans de Paix

Logo Artisans de Paix.jpg

Viens Esprit Créateur

1 - Viens Esprit créateur, nous visiter,
Viens éclairer l'âme de tes fils ;
Emplis nos cœurs de grâce et de lumière,
Toi qui créas toute chose avec amour.

2 - Toi le don, l'envoyé du Dieu très Haut
Tu t'es fait pour nous le défenseur ;
Tu es l'amour, le feu, la source vive,
Force et douceur de la grâce du Seigneur.

3 - Donne-nous les sept dons de ton amour,
Toi le doigt qui œuvre au nom du Père ;
Toi dont il nous promit le règne et la venue,
Toi qui inspires nos langues pour chanter.

4 - Mets en nous ta clarté, embrase-nous,
En nos cœurs, répand l'amour du Père ;
Viens fortifier nos corps dans leurs faiblesses,
Et donne nous ta vigueur éternelle.

5 - Chasse au loin l'ennemi qui nous menace,
Hâte-toi de nous donner la paix ;
Afin que nous marchions sous ta conduite,
Et que nos vies soient lavées de tout péché.

6 - Fais-nous voir le visage du très Haut,
Et révèle-nous celui du Fils ;
Et toi, l'esprit commun qui les rassemble,
Viens en nos cœurs, qu'à jamais nous croyions en toi.

7 - Gloire à Dieu notre Père dans les cieux,
Gloire au Fils qui monte des enfers ;
Gloire à l'Esprit de force et de sagesse,
Dans tous les siècles des siècles.
Amen.

 

« Dès sa conception au IXè siècle, vraisemblablement par Raban Maur, cet hymne, le Veni Creator, n’a cessé de résonner dans la chrétienté, spécialement en la fête de la Pentecôte, comme une longue et solennelle invocation de l’Esprit Saint sur l’Église et sur toute l’humanité. Dans les églises chrétiennes d’Occident, l’avènement du XXIè siècle et du nouveau millénaire a été salué par ce chant solennel. Dès les premières décennies du second millénaire, il a inauguré chaque nouvelle année, chaque conclave et chaque concile œcuménique, chaque synode et chaque réunion importante de la vie de l’Église, chaque ordination sacerdotale et épiscopale et, par le passé, chaque sacre royal. » Raniero Cantalamessa, Introduction à Viens Esprit Créateur – Méditations sur le Veni Creator, Éditions des Béatitudes, 2008

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 14, 15-21

Jésus vient de laver les pieds de ses disciples. Lors de ce dernier repas au Cénacle avant sa Passion, il leur donne ses dernières recommandations et annonce l'héritage de l'Esprit Saint.  

Cœur Eucharistique de Jésus.jpg

15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. 16 Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : 17 l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. 18 Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. 19 D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. 20 En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. 21 Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »

 

Le texte d’un saint

Christian de Chergé (portrait de face).jpgPour ce morceau choisi dans la tradition catholique, je vais vous emmener dans un autre monastère : Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine, en Algérie. Nous sommes en 1994. C’est le prieur du monastère, Christian de Chergé, qui donne son homélie de la Pentecôte. C’est le début des années noires en Algérie (1992-2006). Dom Christian a déjà rédigé son testament spirituel en deux fois : à Alger, le 1er décembre 1993, « au moment où, après les attentats dans le métro de Paris et la prise d’otage des passagers d’un Airbus français qui s’était terminée dans le sang à l’aéroport de Marseille, le GIA (Groupe islamiste armé) demandait à tous les étrangers de quitter l’Algérie, les menaçant de mort. » Il termina la rédaction de son testament spirituel à Tibhirine, le 1er janvier 1994, après que « douze ouvriers Croates chrétiens aient été égorgés à Tamezguida, à quelques kilomètres du monastère et, » après que « durant la soirée du 24 décembre, six islamistes armés » se soient « présentés au monastère en présentant des requêtes et des exigences. Durant les jours suivants les moines avaient longuement réfléchi en communauté sur l’opportunité de rester ou de partir. Ils avaient finalement opté unanimement pour rester. Parmi les raisons de rester étaient leur solidarité avec la population locale. » (Citations de Armand Veilleux, ocso. Voir sa conférence La rencontre de l’Autre au cœur de la violence : Le message des sept moines de Tibhirine). 

            À la date de la Pentecôte, le 22 mai 1994, deux religieux français installés en Algérie ont déjà payés de leur vie, et le prieur fera mention de ses amis à la fin de son texte. Le 8 décembre 2018, à Oran, Christian de Chergé a été béatifié avec les 6 autres moines de Tibhirine, et les 12 autres religieux martyrs d’Algérie, assassinés entre 1994 et 1996.

            Cette homélie de Pentecôte commence avec de fortes allusions à la foi musulmane puisque Dom Christian avec toute sa communauté vit en terre d’islam, par choix, comme les 18 autres martyrs. À Tibhirine, il a fondé avec les musulmans spirituels locaux un groupe de réunion interreligieuse : le « Ribât es-Salam », le lien de la paix, qu’il évoque aussi dans ce texte.

 

Christian de Chergé,
in L’invincible espérance

Le « martyre » de l’Esprit saint
Pentecôte
22 mai 1994

     « C’est l’Esprit qui rend témoignage… »
                                                        1 Jn 5,6

 

            Pentecôte… au lendemain de l’’Aïd-el-Adhâ, de la « fête du sacrifice », de la « grande fête » (‘Aïd-el-Kebir). La Pentecôte aussi, une « grande fête » ! « Alors, qu’est-ce que tu sacrifies, qu’est-ce que tu égorges ? » me demandait un jeune du voisinage. On pourrait être tenté de répondre : j’offre la foule des TÉMOINS qui, depuis cet événement-là que nous célébrons, n’ont cessé de livrer leur vie pour l’annonce de l’Évangile, à l’exemple de leur Maître et Seigneur.

            En effet, la Pentecôte n’est-elle pas d’abord la grande fête du TÉMOIGNAGE, c’est-à-dire du « martyre » (en grec), ou encore de la « shahâda » (en arabe). Les apôtres étaient là, cloîtrés dans leur peur, mais fidèles à attendre en prière ce que Jésus avait promis. Et voici que les portes s’ouvrent. Un grand courant d’air dans tout leur être. Les langues se délient. Les cœurs s’élargissent aux dimensions du monde, réuni là et qu’ils ne voyaient pas. Bientôt Pierre prendrait la parole : « Ce Jésus… Dieu l’a ressuscité. Nous en sommes témoins » (Ac 2,32). Plus tard, il ajouterait la précision nécessaire qui avait échappé au premier moment tant ils ne faisaient qu’un avec la force neuve qui les portait à témoigner : « … nous sommes témoins de ces choses, nous et l’ESPRIT SAINT que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (Ac 5,32).

            Jésus leur avait annoncé : « Quand viendra le Défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra TÉMOIGNAGE en ma faveur. Et vous aussi – vous ensuite – vous rendrez témoignage » (Jn 15,26). C’est la Bonne Nouvelle, l’évangile de ce jour. Nous proclamons que l’Esprit saint nous a été donné, et nous témoignons qu’il témoigne en nous. C’est la « grande fête » du témoignage de l’Esprit, sans lequel le témoignage de l’Église, celui des apôtres, le nôtre, serait nul et vain. Nous célébrons le DON de ce Témoin qui n’en finit plus de se communiquer, de génération en génération, de langue en langue, de vie en vie, comme dans une course de relais, portant la flamme de l’Amour jusqu’aux extrémités des cœurs.

            Nous célébrons le « martyre » de l’Esprit saint. « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). C’est là le témoignage de Jésus, son mystère pascal. C’est là, de toute éternité, le témoignage de Dieu. Si l’Esprit saint est le « martyr » par excellence, c’est parce qu’il est le don vivant que le Père et le Fils se font mutuellement de tout ce qu’ils sont. Il est la VIE en Dieu, éternellement donnée, et désormais communiquée à la terre pour une nouvelle création impliquant le sang et la souffrance d’un enfantement laborieux.

            Il semble bien en dehors du temps ce premier « témoignage » de l’Esprit présidant à la genèse, dans la sérénité d’une construction parfaite. Tout était bon… il planait sur les eaux de ce baptême primordial, dans l’amour du Père où le Verbe éveillait toutes choses. Ce « martyre »-là était celui d’un bonheur partagé. Il ignorait la souffrance et le sang répandu. Il se suffisait à lui-même. Il s’inscrivait profond, comme un sceau, une image, une ressemblance. Encore aujourd’hui, il émerge parfois, trace vierge d’une grâce initiale dans un cœur d’enfant que le mal a pu effleurer sans le déflorer… 

            En Jésus, ce témoignage est ressuscité. L’homme est restitué à lui-même. De toutes ses forces, l’Esprit vient témoigner que c’est cela que le Père a voulu pour nous. Que c’est cela qu’il vient accomplir en nous, dans la patience de nos chemins cahotants. Et ce témoin est là, qui veille et ne désespère pas. Il sait qu’en tout homme le Christ se cherche et s’accomplit. « L’Esprit saint en personne atteste que nous sommes enfants de Dieu » (Rom 8,16). Il est le témoin qui suscite les témoins, il est le « martyr » sans lequel il n’y a pas de martyre. Lui seul peut authentifier le témoignage. Elle est sûre, cette parole de Jésus : « Ne vous faites pas de souci ! L’Esprit saint vous donnera de dire et de faire… » Et ce témoin, ce « shahîd », nous dit de ne pas se satisfaire d’une « shahâda » purement verbale : « Ils disent et ne font pas ! » Ce« shahîd » nous dit que le témoin se reconnaît à ses fruits. D’après saint Paul (2e lecture), voilà ce que produit le témoin quand son témoignage lui vient de l’Esprit : « Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité, maîtrise de soi. » (Ga 5,2 sq.). 

            Et l’Esprit lui-même nous invite aujourd’hui « à élargir notre regard pour contempler son action présente en tout lieu et en tout temps » (RM n°29)[1]. Nous pouvons tous en témoigner – et plus encore dans la situation douloureuse qui est la nôtre – nombreux sont autour de nous ceux qui triomphent des forces du mal et de désespérance parce qu’il y a en eux paix et patience, humilité, justice, maîtrise et oubli de soi… Ils sont cachés, comme l’Esprit en Dieu ; l’Esprit n’a pas de voix… Quand ils émergent, c’est parce que nous avons besoin de bornes témoins sur notre chemin. Ainsi, le cheikh Bouslimani : militant islamiste, et aussi cheville ouvrière d’une sorte de « Caritas » musulmane. Sollicité par des extrémistes de donner une fetwa (un jugement) autorisant la violence au nom de l’islam, il a préféré l’arrestation, la torture et finalement la mort. Pour nous tous, il est un témoin, parce qu’il n’a pas voulu pécher « contre l’Esprit saint ». Nous attestons que son « martyre » vient de l’Esprit, et nous proclamons que ce savant du droit musulman a partagé la grâce des simples et des tout-petits qui est de rendre témoignage à la vérité. 

             Ainsi l’islam ne se trompe pas lorsqu’il inscrit le nom de « shahîd » parmi les 99 plus beaux noms de Dieu. Dieu est le témoin par excellence. La spécificité de ce Témoin-là, dit le Coran, c’est qu’il se suffit à lui-même (8 fois dans le Coran). Cela veut dire qu’il n’y a pas besoin « de deux ou trois témoins » quand c’est Dieu qui témoigne. En fait, ce témoin unique, c’est l’Esprit saint ; et voici qu’il témoigne qu’en Dieu les témoins sont deux, le Père et le Fils ! Il s’offre à nous comme le témoin de l’un et de l’autre, et c’est sa façon de nous introduire dans l’amour qui unit l’un à l’autre. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », atteste le Père, mais c’est l’Esprit qui nous le fait entendre. « Abba ! Père ! » atteste le Fils, mais c’est l’Esprit qui le murmure, en lui comme en nous. Sa Pâque à lui, c’est de passer de l’un à l’autre dans un total oubli de soi.

            Car le signe particulier de ce témoin, nous dit Jésus, c’est « qu’il n’a rien en propre, rien à lui » (Jn 16, 13 sq.). Tout, il le reçoit ; tout, il le donne, sans rien retenir. Le témoignage de l’Esprit, c’est l’esprit de pauvreté. Il faut avoir un cœur de pauvre pour être témoin selon l’Esprit saint. L’homme a été créé par Dieu, voulu par le Père, avec ce cœur-là, un cœur de fils. La Pentecôte c’est renaître à cette vocation. Ces apôtres apeurés que nous voyons confinés en prière, ils ont fait ce chemin-là qui est de se reconnaître démunis face à une mission trop grande pour eux, de tout attendre de Dieu jusqu’au premier mot de leur témoignage, d’attendre Dieu de Dieu, pour que ce soit Lui qui témoigne. Et le miracle va naître de la rencontre de deux pauvretés, celle des apôtres et celle de cette foule qui est là, dans l’attente. Dans cet événement tout le monde semble témoigner, chacun dans sa langue, et selon sa grâce propre.

            Si nous pensons à notre frère Henri et à notre sœur Paule-Hélène[2] – et comment ne pas y penser ? –, nous savons que leur témoignage ne peut se passer de ceux qu’en disent tous ceux qui ont longuement bénéficié de leur vie si vraiment donnée. Ils étaient venus, l’un et l’autre, avec un cœur de pauvre, prêts à accueillir, et ils ont confessé avoir beaucoup reçu de cette foule de gens pauvres qui les pleurent avec nous, témoignant qu’ils doivent beaucoup. L’Esprit faisait ainsi le « lien de la paix », et c’est lui qui nous aide à vivre leur sacrifice comme une Pentecôte en proclamant sur eux et avec eux « les merveilles de Dieu ».

            Je laisse la parole à Henri, lors d’une réunion de notre ribât, il y a un an : « Nous sommes tous habités par l’Esprit… Dieu chemine avec ce peuple, avec cette religion, mais je ne comprends pas (je suis comme Marie). Je suis en recherche de ce plan. Je me laisse questionner, et je questionne. Je déstabilise un peu l’autre, et l’autre me déstabilise. Il faut toujours essayer de découvrir ce qu’il y a de positif en chacun, et l’encourager. Être veilleurs, c’est être éveilleurs, c’est aider les gens à vivre selon l’Esprit. »

 

Bénédiction finale

Psaume 132 (133)

Oui, il est bon, il est doux pour des frères
de vivre ensemble et d’être unis. 

On dirait un baume précieux,
un parfum sur la tête,
qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron,
qui descend sur le bord de son vêtement. 

On dirait la rosée de l’Hermon
qui descend sur les collines de Sion.
C’est là que le Seigneur envoie la bénédiction,
la vie pour toujours.

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[i] Constitution de l’assemblée :

Mots d’accueil de Sœur GIAC NGHIEM, Prieure du Monastère de l’Inspir
Et de Paula KASPARIAN, Présidente d’Artisans de Paix

Chant chrétienSandrine TREUILLARD

A l’écoute des signes annoncés par nos textes fondateurs respectifs :

L’un et l’autre Testament : Sandrine TREUILLARD
Coran : Théophile (Ahmad’Ali) de WALLENSBOURG
Sutras Bouddhique : Sœur GIAC NGHIEM

Invocation musulmane, Dikhr
Théophile (Ahmad’Ali) de WALLENSBOURG

Contemplant le témoignage de ceux en lesquels ces textes ont pris corps :

Tradition chrétienne : Sandrine TREUILLARD
Tradition islamique : Théophile (Ahmad’Ali) de WALLENSBOURG
Tradition Bouddhique : Sœur GIAC NGHIEM

Offrande de prière bouddhique
Jean-Luc CASTEL et Vincent PILLEY

Devenant chacun et ensemble,  prière vivante accueillant la Paix parmi nous,
La recevant les uns des autres et  nous La donnant les uns aux autres :

À l’écoute du Souffle ténu qui prend corps parmi nous,
Se risquer à parler à Celui que certains appellent Dieu
et que d’autres ne nomment pas,
Se taire si l’on préfère ; en tous les cas, recevoir et transmettre la lumière.

Offrande de prière bouddhique
Moniales du MONASTÈRE DE L’INSPIR

Témoins des Fraternités Artisans de Paix dont l’espérance prend corps parmi nous,
Donner à goûter la paix dans le monde d’aujourd’hui, bénédictions et envoi :

Fraternité eucharistique : Sandrine TREUILLARD
Fraternité islamique : Théophile (Ahmad’Ali) de WALLENSBOURG
Fraternité bouddhique : Sœur GIAC NGHIEM et ses Moniales

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[1] Redemptoris Missio : Lettre encyclique du pape Jean-Paul II, du 7 décembre 1990.

[2] 8 mai 1994 : Sur les hauteurs de la Casbah, à Alger, se tient un ancien palais oriental. C’est là qu’est aménagé la bibliothèque Ben Cheneb, fréquentée par des étudiants. L’établissement est confié à la direction du frère Henri Vergès, mariste, ex-professeur de mathématiques. Il est assisté de la sœur Paule-Hélène Saint-Raymond, Petite Sœur de l’Assomption, autrefois ingénieur à l’institut français du pétrole et ancienne de l’école Sainte-Marie de Neuilly. Trois agresseurs en tenue de policiers font irruption dans la bibliothèque et les abattent. L’imam de la mosquée locale dénonce ce crime et est assassiné à son tour. (source : Famille chrétienne n° 2134)

 

27.04.2019

Les sept Demeures spirituelles d'Artisans de Paix

Logo Artisans de Paix.jpgLe 23 avril 2019, à La Maison Soufie de Saint-Ouen, a eu lieu la première exploration des Sept Demeures spirituelles d’Artisans de Paix. Les participants étaient réunis en cercle. C’est Paula Kasparian, présidente de l’association, qui commençait par décrire chaque Demeure, à l’aide du discernement spirituel de sa propre expérience sur ce chemin dont elle témoigne - et dont elle est l’initiatrice (voir les 33 premières minutes filmées). Une fois la Demeure présentée, je lisais le passage évangélique correspondant que j’avais choisis, en l‘introduisant dans son contexte au préalable. Puis, les personnes présentes de confessions musulmane, bouddhiste, chrétienne… réagissaient, partageant une expérience, une lecture, un songe même… Enfin, le carme d’Avon, Philippe Hugelé, présentait la Demeure correspondante du Château de l’Âme de Thérèse d’Avila.
Ce jour-là, nous avons pu pénétrer jusqu’en la 4ème Demeure. À une date ultérieure qui sera précisée, nous poursuivrons jusqu’en la septième.

Voici le texte avec lequel je suis venue à La Maison Soufie. J’ai souhaité conserver les gras et les italiques dans cette publication pour vous montrer aussi une méthode de travail, celui de la diction, de la transmission orale du texte dans ce contexte du partage. C’est pour moi une manière de partition où je différencie dans le souffle, le timbre et le ton de ma voix ce qui est gras, italique ou régulier.

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Je commence cette exploration en vous lisant un extrait de Quand tu étais sous le figuierd’Adrien Candiard. Il y est question de vocation, de l’écoute attentive du vrai désir que Dieu a mis en nous. ”Être sous le figuier” signifie ”lire l’Écriture sainte”, se laisser pénétrer par la parole de Dieu. Quand Paula a lu ce texte, elle m’a dit que c’était le ton exact de la première Demeure de son “Livre des grâces“.

Aussi, c’est votre écoute attentive et particulière à chacun, tout intérieure, que je sollicite, à la lecture des passages que j’ai choisi, pour vous entraîner dans ces Demeures spirituelles. Par cette écoute, l’Esprit de Dieu nous parle.


Adrien Candiard
écrit : « On trouve de tout dans ses désirs : de la jalousie, de l'ambition, du désir sexuel Mais il s'agit de passer de ses multiples désirs au désir le plus profond, le vrai, celui qui nous permettra de hiérarchiser tout le reste. Il n'y a pas deux amours, comme il n'y a pas deux royaumes de Dieu. Et pardonnez-moi d'insister : il n'y a pas deux désirs. Bien sûr, des désirs, nous en avons des dizaines, qui s'opposent, qui se font la guerre, qui se concurrencent. Mais nous n'en avons qu'un véritable, et c'est celui-là que nous devons suivre. Accompagner une vocation, ce n'est pas se demander ce que Dieu veut pour la personne ; c'est l'aider à se demander ce qu'elle veut au fond d'elle-même, ce qu'elle veut réellement. Parce qu'en réalité, c'est la même chose. Nous n'avons pas de meilleurs indicateurs de la volonté que l'écoute attentive du vrai désir qu'il a mis en nous, et que personne ne connaît sinon nous-mêmes.

Je sais bien que nous nous méfions de nous-mêmes, et nous avons souvent raison de le faire. Alors méfiez-vous de vous-mêmes tant que vous voudrez, mais faites confiance à Dieu. Il sait ce qu’il fait, lui. Il ne nous a pas créés distraitement, un peu trop vite, sans faire attention. Il faut faire confiance à l’acte créateur.

Discerner notre vocation, réaliser notre vocation, vivre une vie chrétienne, c’est apprendre à nous libérer du poids de nos fantaisies, de nos envies du moment, de nos tocades, pour nous concentrer sur notre désir le plus vrai, celui qui nous constitue et nous fait avancer, celui qui nous appelle vers le bien. Celui auquel le Christ faisait allusion quand il nous a dit, à nous aussi : Quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu.

Que ta volonté soit faite, Seigneur. Ta volonté, c’est-à-dire la mienne, c’est-à-dire celle que tu as placée en moi, et qui ne me laissera jamais tranquille, tant qu’elle ne m’aura pas conduit jusqu’à toi. »

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  1. Première Demeure : Un immense Désir : l’Amour fort comme la mort. C’est en suivant cette Aspiration que l’on va vers soi-même

Je vais vous lire l’appel particulier, la vocation de Nathanaël dans l’Évangile de Jean. Quand Jésus appelle ses disciples à le suivre, il dévoile en chacun la ressemblance, cette image de Dieu originelle enfouie en tout homme. Jésus les regarde du regard d’amour inconditionnel de Dieu dont il est lui-même l’image parfaite et sans péché : Dieu fait homme. Quand Jésus dit : ”Je t’ai vu”, toute la miséricorde de Dieu son Père s’exprime. C’est le « je te connais », « je t’aime », « tu as du prix à mes yeux » du Premier Testament, dans la bouche de Jésus. Pas seulement dans son regard et sa bouche mais aussi dans ses gestes, ses attitudes, ses silences, ses retraits, ses réserves. Jésus, corps et esprit, manifeste l’amour de Dieu pour chacun. Écoutons : 

La vocation de Nathanaël (Jn 1, 45-51) : « Philippe trouve Nathanaël et lui dit : « Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. »

Nathanaël répliqua : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe répond : « Viens, et vois. »

Lorsque Jésus voit Nathanaël venir à lui, il déclare à son sujet : « Voici vraiment un Israélite : il n’y a pas de ruse en lui. »

Nathanaël lui demande : « D’où me connais-tu ? » Jésus lui répond : « Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. »

Nathanaël lui dit : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël ! » 

Jésus reprend : « Je te dis que je t’ai vu sous le figuier, et c’est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. » Et il ajoute : « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. » »

Quand Jésus dit qu’« il n’y a pas de ruse en Nathanaël », il signifie que Nathanaël cherche Dieu de tout son cœur quand il lit l’Écriture sainte. À la profession de foi de Nathanaël, Jésus nous fait la promesse d’une abondance de grâce spirituelle. Promesse d’un accomplissement en Dieu si nous marchons à sa suite.

  1. Deuxième Demeure : Le Combat spirituel

Le regard d’amour que Dieu pose sur tout homme, et la grâce qu’il en reçoit, sont toujours contrés par le Diviseur, Satan, le Démon… Dès sa naissance, Jésus, le Sauveur des hommes, est menacé de mort. D’où la fuite en Égypte et le massacre des Innocents. Toute sa vie terrestre le Christ vivra des combats spirituels contre le Prince de ce monde. Ils sont le gage de notre Salut et le Christ en sort toujours victorieux parce qu’il s’abandonne sans cesse à Dieu son Père. Même et surtout sur la Croix. Tout chrétien à la suite de Jésus, n’étant pas plus grand que son Maître, est aussi éprouvé, à sa mesure, et selon le dessein que Dieu a sur lui, tout au long de sa progression spirituelle. C’est l’or au creuset purifié par le feu. La qualité de l’amour se reconnaît à l’obéissance, en la remise confiante à Dieu dans l’épreuve.

Livre de l’Apocalypse (Ap. 12, 1-6) : « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement.

Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance.

Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place, pour qu’elle y soit nourrie pendant mille deux cent soixante jours. »

  1. Troisième Demeure : L’Illumination spirituelle

Jean le Précurseur, aîné de Jésus de 6 mois, n’a cessé de désigner Jésus comme étant plus grand que lui. Jésus, le Verbe, était à peine conçu dans le sein de Marie que Jean, dans les entrailles d’Elisabeth, a tressailli de joie lors de leur première rencontre (la Visitation). Jean désigne l’Agneau de Dieu à ses disciples qui iront, verront et demeureront avec lui. Mais au moment où Jésus demande le baptême de Jean, Jean ne comprend pas le dessein de Dieu sur le Christ. Jésus n’a certes pas besoin d’être baptisé. Mais Jean et nous avec lui avons besoin de percevoir ce signe surnaturel explicite de l’Esprit de Dieu sur le Christ. Le Baptême du Christ révèle l’entreprise qu’a Dieu pour nous, par Jésus. Sa chrismation nous illumine.[1]


Jean baptise le Christ
(Mat 3, 13-17) : « Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire.

Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il (Jean le baptiste) vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » »

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  1. Quatrième Demeure : Le Souffle de l’Offrande : le Souffle de l’Esprit Saint.

Avec le don de l’Esprit à la Pentecôte, reçu au Cénacle 50 jours après la Résurrection de Jésus-Christ, l’Esprit Saint permet aux Apôtres qui le reçoivent de témoigner de la Bonne Nouvelle du Ressuscité. L’action de l’Esprit Saint fait de la première communauté chrétienne l’Église témoin de Jésus-Christ, par toute la terre. Recevoir l’Esprit, c’est recevoir la force du Ressuscité pour l’annoncer.

Le don de l’Esprit (Actes 2, 1-8) : « Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble.

Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux.

Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? »

  1. Cinquième Demeure : L’élection

L’obéissance à l’Esprit Saint est la marque de cette union des volontés de Dieu et de l’homme. Toute élection est envoi en mission. Ainsi, Jean Baptiste, aussi appelé le Précurseur, est élu pour préparer la venue de Jésus, le désigner. L’action de Dieu sur toute sa vie se déploiera en ce sens. Dès sa conception, Dieu l’a choisi à dessein.

L’annonce à Zacharie (Lc 1,13-17) : L’ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée : ta femme Élisabeth mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean.

Tu seras dans la joie et l’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boisson forte, et il sera rempli d’Esprit Saint dès le ventre de sa mère ; il fera revenir de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ; il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé. »

  1. Sixième Demeure : Les fiançailles spirituelles

L’onction amoureuse, la douce ivresse de l’Esprit Saint reçu à l’Annonciation, pousse Marie à visiter sa cousine Élisabeth. La grossesse d’Élisabeth est bien avancée, puisqu’elle en est à son sixième mois. Jean bouge dans le ventre d’Élisabeth. Jésus n’est encore qu’une petite cellule, pur Esprit, Parole de Dieu élisant demeure en Marie. Le Bx Christian de Chergé, Prieur des moines de Tibhirine assassinés en Algérie en 1996, a développé une lecture très sensible du mystère de la Visitation, éminemment pertinente pour nous. « Mystère de l’hospitalité réciproque », la Visitation vue comme « figure de toute vraie rencontre », devient le paradigme de la rencontre interreligieuse entre le chrétien et le musulman. En effet, chacun porte en soi l’Esprit de Dieu. C’est l’autre qui reconnaît la présence de Dieu en celui qu’il rencontre. C’est l’Esprit qui circule, plein d’accueil et de charité, d’une personne à l’autre, et témoigne de la Présence de Dieu en soi, en l’autre.

La Visitation (Luc 1, 39-45) : En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.

Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : 

« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Ainsi, Marie entre dans la maison et adresse son bonjour : « La paix soit avec vous ! » « As salam alaikum ». Et Élisabeth révèle à Marie le mystère qui l’habite, grâce à l’action de l’Esprit saint en Jean qu’elle porte, qui lui-même a reconnu la présence de Dieu en Marie, à peine enceinte de Jésus. L’Esprit circule entre les êtres (et c’est cela l’interreligieux), ainsi animés d’amour et de reconnaissance. Nous pouvons imaginer que dans une accolade, un embrassement, elles échangent un baiser, ce lien de la paix. Ribât es Salâm, lien de la paix, est le nom du groupe spirituel instauré au monastère de Tibhirine avec les musulmans.

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  1. Septième demeure : Le mariage spirituel 

Restons dans la Visitation. L’Esprit circule entre les êtres ainsi animés d’amour et de reconnaissance. Dans la salutation de Marie, Élisabeth perçoit quelque chose de la merveille qui l’habite. Peut-être dans sa voix… L’Esprit circule dans les êtres, et des uns aux autres. Aussi et peut-être d’abord entre les deux enfants, en leur sein. Et, à la reconnaissance que formule Élisabeth de l’inhabitation de Dieu en Marie, de la bouche de Marie l’action de grâce jaillit. Un pur chant de l’Esprit où elle fait mémoire de l’alliance de Dieu avec son peuple, Israël, alliance qui se joue nouvellement en elle par l’Incarnation de Jésus. Ce cantique évangélique s’appelle Le Magnificat et est chanté aux vêpres, chaque jour. Toute âme chrétienne peut s’identifier à Marie portant en elle le Sauveur et l’exaltant. C’est la première eucharistie de l’Évangile : action de grâce, mémoire, acquiescement à la volonté de Dieu, communion, don de soi, louange. Marie a reçu Jésus, la Parole de Dieu qui advient en elle. Elle a couru par la montagne à la rencontre de sa cousine. Intérieurement, elle a eu tout le loisir de lui dire : « Viens ! ». Élisabeth le confirme dès son entrée dans la maison : Il est là. Dieu parmi nous, en nous. Il se manifeste par la bouche de Marie. Ce chant est la Joie incarnée. Douce et forte à la fois, une extase pleine d’harmonie. Une sortie de soi en communion avec Dieu et avec l’autre, dans le cercle de l’alliance.

 

Le Magnificat (Lc 1, 46-55) :

« Marie dit alors :

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !

Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. » »

 

Comme l’écrit Christian Salenson [dans Catéchèses mystagogiques pour aujourd’hui – Habiter l’Eucharistie (ch. Une vie eucharistique avec Marie)], Marie « lisait les Écritures », était pétrie de judaïté. Et elle a été « visitée par la Parole. Plus encore, elle va concevoir le Verbe de Dieu. La Parole va prendre corps en elle. »

De même, « l’Église, quand elle se met à l’écoute des Écritures prend le risque d’être enfantée par la Parole. Toi, quand tu lis les Écritures, tu es en situation d’annonciation ! Tu prends le risque que la Parole prenne corps en toi, « efficace et incisive plus qu’une épée à deux tranchants »[2]. La Parole peut pénétrer en toi jusqu’au plus profond de ton être, jusqu’aux « articulations »[3] de ton existence.
La Parole éternelle de Dieu ne désire rien tant que de s’incarner, de trouver une chair, que de prendre corps dans une existence comme elle a pris corps dans la Vierge Marie. »

artisans de paix,christianisme,islam,paula kasparian,sandrine treuillard,la maison soufie,esprit saint,adrien candiard,foi,consciencePar là, nous revenons à la première Demeure, à notre vocation de lire l’Écriture sainte pour y recevoir l’amour de Dieu. La boucle est bouclée. Ou plutôt, l’alliance se concrétise, le cercle s’anime du mouvement de la vie, du souffle de l’Esprit. Comme dans le labyrinthe de Chartres que reprend le logo de l’association, en le parcourant il nous semble par moment nous éloigner du centre. Mais c’est pour mieux y revenir, et s’en rapprocher. Car finalement, le centre demeure en nous. Dieu nous habite comme Marie est investie par l’Esprit à l’Annonciation. Mais nous en prenons conscience par vague, dans notre marche oscillante. Notre désir nous le rappelle. Et c’est lors de nos visitations, dans la vraie rencontre de l’(A)autre, que cette inhabitation nous est confirmée.

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Sandrine Treuillard
22 avril 2019, Lundi de Pâques

Chargée de mission de la Fraternité Eucharistique (catholique) d'Artisans de Paix

 

 

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[1] « Une fois remonté de la piscine des saintes eaux, ce fut la chrismation, l’image exacte de celle dont fut chrismé le Christ. Je veux dire l’Esprit Saint… Le Christ a été chrismé de l’huile spirituelle d’allégresse, c’est-à-dire de l’Esprit Saint appelé huile d’allégresse, car il est l’auteur de l’allégresse spirituelle. » Cyrille de Jérusalem, in 3ème catéchèse mystagogique.

[2] He 4,12

[3] He 4,12

 

Retrouvez ce texte sur la page enrichie
Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

 

17.04.2019

Rebâtir l'Édifice c'est faire appel à tout le corps social pour le relever

C'est aussi relever le corps social que de rebâtir l'Édifice !

Rebâtir Notre-Dame c'est reconstruire la société.jpg

Il s'agit de rebâtir en société, comme le dit très bien cette émission en podcast sur , ce matin.  

Sophie Nouaille avec :

 

 

« Notre chère cathédrale est à genoux. Nous savons bien qu’elle est bien autre chose qu’un tas de pierres. Toutes les réactions du monde entier le montrent. Car quelle est la différence entre un tas de pierres et une cathédrale ? C’est la même différence qu’entre un amas de cellules et une personne humaine. Un tas de pierres et un amas de cellules ne sont qu’un amoncellement informe. Dans une cathédrale ou une personne humaine, il y a un principe d’organisation, un principe d’unité, une intelligence créatrice. L’autre chose qui unit la cathédrale et la personne humaine, c’est l’onction qu’elles peuvent recevoir pour manifester une transcendance, une présence divine qui leur confère un caractère sacré.

Notre cathédrale Notre-Dame de Paris a reçu l’onction. En effet lors de son édification, l’autel a été chrismé, enduit de saint chrême. L’autel est le signe de la présence mystérieuse de Dieu, comme celui que Jacob construisit après sa vision des anges qui montent et descendent des cieux. Il appela ce lieu Béthel, qui signifie la maison de Dieu. L’autel, en effet, représente la présence de Dieu. La chrismation que nous faisons sur l’autel signifie la présence du Christ. Voilà pourquoi les prêtres le vénèrent en l’embrassant car c’est sur lui que se réalise le Saint Sacrifice rendu présent à chaque messe et qui sauve les hommes par le don d’amour que le Christ a fait une fois pour toutes sur la croix. C’est ce chemin de Pâques que nous célébrons à chaque Eucharistie : la mort et la Résurrection du Seigneur Jésus.

Les croix de ses murs ont été elles aussi enduites de cette huile sacrée, de cette huile que nous allons maintenant consacrer. Cette cathédrale est habitée par un peuple. Mais elle n’est pas seulement habitée par ceux qui prient ou qui la visitent. Elle est le vaisseau d’une présence. Elle est la maison de Dieu et c’est pourquoi elle est la maison de tous.

Mais nous savons surtout que notre Eglise, ce sont les pierres vivantes qui ont reçu l’onction. Ce peuple de fidèles qui, eux aussi, savent qu’ils sont le vaisseau d’une présence. Saint Paul le rappelle quand il dit aux chrétiens : « C’est vous le Temple de Dieu ».

Nous allons rebâtir la cathédrale. L’émotion mondiale, l’extraordinaire élan de générosité qu’a suscité l’incendie qui l’a en partie détruite, va nous permettre d’envisager son relèvement, nous pourrions parler en ces temps de Pâques de résurrection certaine. Mais il nous faut aussi relever l’Église. Que tous les baptisés qui ont reçu l’onction du Christ, prêtre, prophète et roi, retrouvent la ferveur de leur commencement, revivent de l’extraordinaire grâce qu’ils ont reçue un jour en devenant enfants de Dieu. Il faut aussi que l’onction qu’ils ont reçue à la Confirmation manifeste ce don plénier de l’Esprit-Saint qui est l’expression même de l’amour de Dieu. Elle doit les remplir de joie afin qu’ils construisent autour d’eux la civilisation de l’amour.

Que les prêtres, dont les mains qui touchent le corps et le sang du Seigneur ont été marquées par une onction sacrée, retrouvent le sens profond de cette suite du Christ auquel ils ont donné leur vie pour, comme lui, servir et non pas être servis. Que le seul pouvoir qu’ils possèdent jamais soit celui-là même du Christ qui donne sa vie pour ceux qu’il aime. Je sais, mes frères prêtres, que c’est ce que vous vivez déjà et que c’est cela qui fait votre joie. Et vous, frères diacres, rappelez-nous toujours par votre vie et le don de vous-mêmes dans ce service que nous sommes tous d’humbles serviteurs, en particulier ceux qui ont pour mission de nous guider en étant configurés au Christ Bon Pasteur, c’est-à-dire nous les évêques. Et vous, chers consacrés, soyez les prophètes du monde à venir.

Ensemble, frères et sœurs, avec le don de l’Esprit-Saint qui nous vient du Père par le Fils, nous rebâtirons notre Église. Confions-nous aussi à Notre Dame qui est toujours debout, même au pied de la Croix, où son fils nous l’a confiée et nous a confiés à elle, la Sainte Vierge Marie, la toute belle : Oui, Notre-Dame de Paris, priez pour nous. »

Mgr Michel Aupetit
archevêque de Paris
17 avril 2019 – Mercredi saint
Homélie de la Messe chrismale à Saint-Sulpice (Paris 6)


- Voir le compte-rendu.
- Is 61, 1-3a.6a.8b-9 ; Ps 88,20-22.25.27.29 ; Ap 1,5-8 ; Lc 4,16-21 
- Jeudi 18 avril 2019 – Mercredi saint – Année C

 

16.04.2019

La sainte Couronne d'épines à Notre-Dame de Paris, le 21 juin 2015 — Lundi saint 2019

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Ce que nous avons vécu avec/en la cathédrale Notre-Dame de Paris la maintiendra vivante. Nous sommes les pierres vivantes de l'Édifice. Cette expérience avec la Couronne d'épines contée là est le témoignage d'un tournant sur mon chemin spirituel.

Journal Spirituel - Notes de juin 2015

”Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples,
les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure”
(Isaïe 1,10)

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Dimanche 21 juin 2015 (solstice d'été) : (Toute la note en rouge dans mon cahier peut être lue, écrite le soir de l’événement à Notre-Dame).

À la lecture de la messe du jour, Ma 4, 35-41, où Jésus dort à l’arrière de la barque alors que les flots menace la nacelle où sont aussi ses disciples apeurés. Je vois dans le coussin sur lequel Jésus pose sa tête et dort, l’image du Cœur de Dieu lui-même, la paix absolue, la confiance. « Tous ont les yeux sur toi, Seigneur, ils espèrent, et tu donnes à chacun sa nourriture. » (Préface)

Je vais le matin à Notre-Dame de Paris, en bicyclette, appelée par ce lieu alors que je priais les laudes et la messe. [Je vais voir le numéro des bureaux de la Fondation Notre-Dame dont j’ai vu une annonce de stage pour septembre dans Ecclesia RH, pour lequel j’ai déposé ma candidature. Je n’ai jamais vraiment visité la cathédrale, n’appréciant pas le style gothique, ni la liturgie, ni la Maîtrise, ni la grandiloquence de l’orgue. Mais je viens palier à cette répulsion et décide d’aller voir la sainte couronne d’épines, à laquelle je sais que le Père Richard Escudier (rencontré au Foyer de Charité Notre-Dame de Lacépède à Colayrac Saint-Cirq près de Agen, qui a prêché la retraite de février 2014 — ami du Père Bostyn, Père du Foyer, et connaissant aussi le Père Paul Grasser, spiritain — qui nous a montré le fac-similé de la prière d’abandon au Père de Charles de Foucauld et a été curé à l’église saint Augustin où il a créé l’espace Charles de Foucauld avec le carnet original de ce dernier visible en vitrine) est attaché, comme chanoine. Je me souviens lui avoir montré la gravure de saint Louis apportant la couronne d’épines sur son cheval, du livre La France & le Sacré Cœur que mon père m’avait donné le 1er mars 2014, et que j’étais allée lui montrer à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou.]


JesséDormant N-D Paris.jpgQuand j’entre dans la cathédrale, les fidèles sortent de la messe précédente et d’autres entrent pour celle de 11h15. Je décide de rester à la messe et m’installe. Après la messe, je commence ma visite en empruntant le déambulatoire à droite. Je prends quelques photos avec mon portable. J’arrive à la chapelle où est exposé, je crois, le Saint Sacrement. Je suis saturée par les vitraux que je trouve trop bavards et trop puissants de couleurs. Je me demande comment on peut prier devant le Saint Sacrement dans ce « décor » surchargé. Tout en reconnaissant que les couleurs et les vitraux sont magnifiques, particulièrement le vert.


AutelChapelleCouronned'épines.jpgJ’arrive donc au chevet et je vois par une ouverture sur la chapelle, toujours arrivant par la droite, les bannières de l’ordre des Chevaliers du Saint Sépulcre (je n’ai aucune connaissance dans le domaine et peut me tromper d’appellation). Puis, mon regard tombe sur la statue au-dessus de l’autel, toute petite Vierge qui présente devant elle un coussin entre ses mains. Je me sens aussitôt accueillie par cette statue et comprend qu’il s’agit de la couronne d’épines, sur le coussin… Je passe devant le pan de mur qui cache la chapelle avant d’arriver à un lieu de prière plus intime (les visiteurs ne cessant jamais leur mouvement perpétuel avec le bruit constant et cette tension spécifique dans le déambulatoire de Notre-Dame). Deux bancs en prie-Dieu avec un écriteau invitent plus spécialement au silence et à la prière. Je m’installe sur le banc du second rang, devant la chapelle à la relique de la sainte Couronne d’Épines. Je suis d’abord très surprise et aussitôt conquise par le dispositif du reliquaire. Je m’attendais à un reliquaire en verre classique, comme une vitrine dans un musée, autour duquel circuler pour regarder la relique. Mais ce fut une forme difficilement descriptible, posée à même le sol, un verre rouge épais, enchâssé, triangulaire et courbe qui laisse deviner la fragilité d’un objet qui ressemble à un anneau posé à la verticale. J’étais à genoux devant ce dispositif et je pris peu à peu conscience avec mon corps de nos dispositions spatiales. J’écris nos dispositions parce que je me suis sentie incluse aussitôt dans ce que je voyais et percevais avec tous mes sens. Il y eut même un combat, car l’heure du déjeuner avait bien commencé, j’étais là depuis 11h15 et je sentais cette oppression de la foule instable des touristes se renouveler en permanence et une petite voix contraire m’invitait à quitter les lieux… Mais j’entrais en prière… Je voyais en haut la Vierge présentant la couronne sur le petit coussin.

StatuetteViergeCouonned'épines.jpgJe ne la vis plus, m’étant agenouillée, mon regard regardait devant moi : le portrait de Jésus à la couronne d’épines posé sur la pierre d’autel [ réminiscences : le Jésus Ecce Homo que Christophe le sdf m’avait rappelé le jour de Pâques 2013 ; le visage du Christ couronné d’épines avec lequel je vécus dans ma chambre durant la retraite des 5 jours à Châteauneuf-de-Galaure, chez Marthe Robin. La couronne d’épines que je portais à la recollection au Sacré Cœur de Montmartre en février 2014. Et que je portais encore durant l’autre retraite de 5 jours, dont le même portrait (photo noir et blanc d’une sculpture en bois) était dans ma chambre à Notre-Dame de Lacépède… Ces sensations douloureuses et mystérieuses que je vécus de com-passion aux souffrance de la couronne d’épines du Christ, que je ne comprenais pas, et qui m’avaient préparée à vivre les deux petits mois de calvaire de ma grossesse qui se finit en fausse couche le vendredi 4 juillet (jour du Saint Chef, premier vendredi dans l’octave du Sacré Cœur) et dont la vie du petit Augustin cessa le vendredi du Sacré Cœur de Jésus (sang abondant indiquant le décrochage de l’embryon, et sensation de mort en moi le lendemain jour du Cœur Immaculé de Marie, à Notre-Dame de la Paix, rue de Picpus, chez les religieux des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie sscc, Paris 12…].


ChapelleCouronne d'épines.jpgDevant moi, ce dispositif triangulaire en verre rouge épais laissait deviner un cercle désigné comme étant la sainte couronne d’épines du Christ. Je pris conscience de la superposition spatiale, à la verticale, de cette couronne de jonc sans plus d’épines avec la zone de ma poitrine, de mon plexus solaire. J’étais là, sans rien désirer de particulier, ouverte au temps présent et au lieu, j’avais réussi à chasser la tentation de partir et je baignais dans ce rouge, cette chaleur de l’amour et la couronne d’épines était devenue une alliance que Dieu imposa en ma poitrine, simplement, comme un constat donné à cet instant dans la disposition de mon être et la super-position de mon corps agenouillé devant ce reliquaire et cette relique uniques. Je suis peut-être restée une demi-heure ainsi, là. Pendant la seconde messe (seconde messe commencée pendant ma déambulation, et là homélie devant la couronne d’épines), je pris conscience de la citation que fit le prêtre durant son homélie, de Catherine de Sienne, citation dont j’ai oublié le contenu, mais qui me frappa sur le moment, à cause de ma position et de ce que je vivais devant, avec Jésus par la couronne d’épines. Je compris immédiatement que Jésus me confirmait sa volonté que je devienne son épouse. J’en restais toute ébaubie.


Coeur épinesAllianceÉternelle.jpgLundi 22 juin 2015
: Dessin au coucher du blason du Sacré Cœur avec la Croix, rouges, entourés de la couronne d’épines « Ô alliance éternelle – Il imposa sa couronne d’épines en ma poitrine » et récit de ce qui m’arriva ce lendemain de la confirmation de ce que le Seigneur me veut pour épouse :

«  Au coucher 21h42. Il m’est arrivé une bêtise. Voulant aller à la messe, je me suis précipitée, car j’étais prise dans mon travail de dessiner à l’ordi la couronne d’épines et mon cœur au milieu, et à la publication, recopiage de 3 chapitres de Catherine de Sienne sur le Saint Sacrement et la dignité des prêtres… si bien que j’en ai oublié mon rendez-vous avec l’orthophoniste qui m’a dispensée de venir aujourd’hui… Et me précipitant pour être présente à la messe à l’Immaculée Conception, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai dû rater la dernière marche dans les escaliers du square, et une énorme douleur au pied droit qui a manqué me faire tomber dans les pommes. Vite, sentant mes forces m’abandonner, j’ai rebroussé chemin en boitant, un son terrible dans les oreilles, et dans l’ascenseur j’ai cru qu’il n’en finirait jamais de monter… j’étais au bord de m’évanouir. Je me suis mise au lit. Et Rémi est rentré avec ses béquilles remontées de la cave. Et alors, là, avant que Rémi n’arrive, environ 40 minutes après la chute, j’ai compris que le Seigneur m’avait assez donné hier ! Que j’avais assisté à trois messes dans la journée ! (Celle du soir, habituelle à tous dimanches, avec Rémi à L’Immaculée Conception). Communié deux fois ! Durant la seconde messe de 12h45 à Notre-Dame, quand je vivais cette élucidation de la couronne d’épines en moi, le prêtre prêchant a cité sainte Catherine de Sienne, en espagnol et en français. J’ai oublié la citation, mais comme j’avais l’intention de publier dans La Vaillante quelque chose sur le prêtre que j’avais lu dans ses Dialogues, son évocation me rejoignait profondément devant la charité de l’alliance au Christ par sa sainte couronne d’épines sublime, comme ceinte par le verre rouge, comme un insecte incrusté dans l’ambre, anneau d’amour à la taille de mon plexus solaire qui s’imposait à moi, en moi.

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Qu’avais-je besoin de me précipiter à la messe ce soir ! j’ai de quoi méditer durant des jours et des nuits, rendre grâce à Dieu de son alliance avec moi, louer Dieu au Ciel de sa puissance !, dans la solitude, le recueillement, le calme de l’appartement, l’intimité de mon cœur. Ce que je faisais à l’ordi et que je continuerai demain (…).

Au fond de moi, je suis heureuse.

Le choc de la douleur m’a épuisée (diagnostic du lendemain par le docteur : entorse), mais, justement, le chant de l’Alléluia de la Maîtrise de Notre-Dame d’hier m’est revenu, alitée devant le Christ de la chambre : Aleluiuia, Allelu-u-ia ! Louez Dieu, louez Dieu au Ciel de sa Puissance !

Avec cette grande joie débordante.

Au plus intime de moi-même Jésus veut une alliance d’amour avec moi.


Visage Christ en Croix Tours.jpgMes règles ne sont pas encore venues. Ce qui est venu est ce que j’ai écrit : l’élucidation de cette alliance de charité avec la couronne du Christ. Il n’y a plus d’épines à cette couronne. Ce sont des joncs. Une alliance imposée en ma poitrine, qui unifie tout mon être, l’aime, l’enveloppe. J’ai découvert le rapport de la couronne d’épines du Christ à Notre-Dame avec le dessin que j’ai réalisé dans la cathédrale st Paul de Tours, d’après la photographie d’une sculpture, un visage du Christ en croix, portant la couronne d’épines. Et c’était un huit couché sur son front, le signe de l’infini, l’amour infini de Dieu sur la tête de son Fils, Dieu Homme, Amour ineffable.

La couronne que je cherche à représenter ceignant le cœur d’où pendent trois gouttes de sang, un cœur joyeux qui donne joyeusement sa vitalité rougeoyante, cette couronne est faite de ces huit couchés, du signe de l’infini répété en un cercle. La couronne d’épines de Notre-Dame ne porte presque plus d’épines. Dois-je figurer des épines tout de même ? Je pense que oui, absolument, en figurer 3 qui répondront aux perles de sang. Mais les épines qui entourent le cœur sont là pour protéger le cœur. Leur piquant est tourné vers l’extérieur. Je voudrais qu’ils soient des signes comme des virgules, qui apostrophent, attirent le regard et en même temps scandent ce cercle parfait de la couronne. La Trinité d’où jaillit l’amour divin pour moi.

Voilà ce à quoi me sert cet incident au pied droit ! Gloire à toi Seigneur, pour ton Esprit d’intelligence et de science ! Eucharistein merci Seigneur pour ce que tu opères en moi et me donne à lire. Bénis sois-tu éternellement !

A M E N   A L L E L U I A » (suit le dessin au stylo bleu et rouge du blason)


St Martin Perle des Prêtres.jpgSamedi 26 juin 2015
: Messe de l’ordination sacerdotale à Notre-Dame regardée en ligne sur mon lit : prise de notes en direct, pleurs de joie:
 « Je vois saint Martin de Tours en chaque évêque et en chaque prêtre » (allusion à « saint Martin de Tours perle des prêtres » lu sur une ancienne bannière dans le chœur de la basilique de Tours, en février 2015).

 

 

 

 

 

 

 

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

Sandrine Treuillard (Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la sainte Eucharistie)
Nuit du Lundi saint 15, au Mardi saint, 16 avril 2019, la cathédrale Notre-Dame de Paris ayant présenté la Croix de son transept incandescent, lors de l'incendie qui l'a défigurée.

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VitrauxArbreJessé N-D PAris.jpg

Vitrail de l'Arbre de Jessé, dormant.
(Aura-t-il résisté à l'incendie ? Le plomb a-t-il fondu ?)

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”Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples,
les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure”
(Isaïe 1,10)

27.03.2019

Les trois algériens de l’Annonciation et l'oiseau spirituel

Bonjour Élisabeth, Guy & Muguette, 

J'ai repris ce jour la lecture de votre blog Tibhirine 2019.

Merci pour le titre "Un peuple fabuleux", qui me touche beaucoup, car j'aime aussi l'Algérie, même si je n'y ai (encore) jamais mis les pieds.

J'ai un beau frère kabyle, Menad, et ma nièce, Esther, qui a 6 ans et 1/2, a du sang algérien pour moitié dans les veines ! En février dernier, elle y a fait son premier séjour.

J’ai reconnu l’allusion au texte du Père Armand Veilleux, la rencontre de l’Autre au cœur de la violence, dans le premier jour de votre An 2 à Tibhirine.

Demain, jeudi 28, je pars pour l'Abbaye de Hautecombe où a lieu, jusqu'à dimanche, une session œcuménique :

La vie de l'Esprit : une expérience de l'Unité.

Avant mon départ, je viens vous raconter ceci qui m'est arrivé il y a deux jours et noté dans mon journal spirituel, et que je mets un peu en forme ici, pour vous. J’intitule ce texte Les trois algériens de l’Annonciation.

 

albatros.jpgCe mardi 25 mars 2019, jour de l'Annonciation, il était midi quand je revenais d'une course dans les Hauts de Vanves. Arrivée au carrefour de la rue de la forge et à la naissance de l'allée aux arbres en fleurs, sur la place Kennedy, là, devant le Franprix, j’ai vu une voiture s’arrêter au niveau du passage-piétons alors que deux hommes en tenue de peintres en bâtiment s’y engageaient. Elle les laissa passer, tandis que le troisième homme était resté en arrière, sur le trottoir, une baguette de pain à la main. Il interpela les deux autres qui avaient ‘forcé’ l’arrêt de la voiture en s’engageant sur le passage-piétons. Lui choisit de laisser passer la voiture, puis rejoignit les deux autres en disant quelque chose que je perçus mal, ponctué d’un ‘kif-kif’. Ce faisant, j’avais moi-même traversé la rue de la forge, arrivant par la place de la République, étant passée devant l’église Saint-Rémy. Quand je m’engageai dans l’allée des arbres aux fleurs d’ivoire, je me suis retrouvée au même niveau que les trois travailleurs en bâtiment qui allaient prendre leur pause-déjeuner. Celui qui tenait la baguette et semblait doucement tancer les deux autres, m’adressa la parole. Il continuait ce qu’il leur adressait mais, soudain, il m’inclut comme témoin de sa pensée. La phrase qu’il disait en traversant la rue, tout en désignant de sa baguette ses deux compères, était : « Les algériens traînent toujours ! ». Il répéta cette phrase, cette fois à mon intention : « Les algériens, ça traîne toujours ! » avec son accent typique. C’est par mon visage que je lui ai répondu, par une moue, de surprise mêlée à ma tristesse, et à de la compassion, alors que je comprends très bien ce sentiment d’errance des immigrés et fils d’immigrés. Oui, ce sentiment d’errance m’est familier et je pensais en moi-même, tous ces gestes et ces pas se faisant, que moi aussi je suis encore en errance, pas fixée, française, oui, là, mais en attente de me fixer vraiment. Il a dit de très belles paroles, sans animosité. Des paroles teintées d’une sagesse populaire, d’une expérience que le temps a polie et rendue sage. Il put me dire qu’il était né en Espagne et que maintenant il vivait en France. Que les algériens sont comme des oiseaux*. Ils touchent la terre mais n’y restent pas. Il se confiait sans se lamenter, exprimait sa souffrance avec légèreté, et celle des siens. Je lui fis comprendre que je le comprenais. J’en avais moi-même gros sur le cœur, pour d’autres raison que les leurs, et, gardant tout à l’intérieur, sa peine toucha la mienne, la rencontra, la bonifia. Dans mon cœur, je lui répondais que moi non plus je ne suis pas fixée. Il disait que ‘nous les français’ nous sommes fixés et que ‘nous les algériens, on est comme des oiseaux’. Au bout de l’allée, comme j’allais traverser la rue pour continuer dans le Parc Pic, rentrant ‘chez moi’ (chez Philippe le jardinier, en fait, chez lequel je suis hébergée à titre gratuit, lui-même chrétien et miraculé de la guerre d'Algérie, porte-drapeau…), et lui bifurquant à droite avec ses deux compagnons de travail qui l’avaient devancé, je lui dis que, peut-être, un jour, j’allais aller moi aussi en Algérie… Et il me répondit : « Oui madame ! Inch ‘Allah ! » sans y croire lui-même, habitué à rêver la réalité pour la supporter, et moi y croyant tout de même un peu plus que lui. « Inch’ Allah ! » lui ai-je répondu à mon tour. Et il brandissait la baguette de pain, déjà un peu plus loin, en signe d’à-Dieu… Je n’ai pas eu le temps de lui dire que ma nièce était ‘kif-kif’ franco-algérienne, que j’avais eu un petit Augustin perdu en fausse couche ainsi nommé à cause du grand Augustin d’Hippone… Mais j’y ai pensé très fortement, et à toutes les strates de ma vie qui croisent des algériens ou des fils d’algériens connus de par mon passé, et d’autres au présent. Comme ceux de La Maison Soufie à Saint-Ouen.

Le lendemain matin, j’ai pensé à cette scène, et je l’ai écrite dans mon journal spirituel. C’était le jour de l’Annonciation. J’avais ‘le nez dans le guidon’, ce jour-là, pleine de tristesse. Ils étaient trois. Comme les trois hommes de passage par la tente d’Abraham, l’attendant sous l’arbre de Mambré, alors qu’il demanda à Sara d’aller préparer trois galettes…

Je ne pense pas que ces trois algériens soient spécialement religieux ; de culture et tradition musulmane, oui, mais sans doute pas pratiquants, dans notre société française laïcisée. Je ne pus m’empêcher de penser à Christian de Chergé, à Tibhirine, à mes lectures de Christian Salenson à son sujet et à ce désir qui m’habite de vivre le dialogue interreligieux tel que le Ribât es-Salâm, à Notre-Dame de l’Atlas, l’avait engagé, avec les leçons que nous pouvons en tirer pour continuer. Ici en France et en Algérie.  

perdrix.jpgCes trois algériens ont été trois oiseaux dont l’un m’effleura de son aile, de façon si proche, qu’il fit une mince entaille en mon cœur de petite perdrix française dont les traces des pattes s’effacèrent dans le Parc Pic, aussitôt passée…

Sandrine Treuillard
25-27 mars 2019, Vanves

 

* À l'écoute de cette émission du 21 avril 2019, Louis Pernot nous dévoile le sens de l'oiseau spirituel, à partir de la 21ème minute et 20 secondes. Je retranscris ses mots :

Commentaire du Psaume 55, verset 7 par le Pasteur Louis Pernot - émission Hébreu biblique du 21 avril 2109, sur Fréquence protestante.

Voici les 8 premiers versets (trad. AELF) de ce psaume de David 54 (55) (David signifie ”amour” en hébreu, nous précise L. Pernot).

02 Mon Dieu, écoute ma prière, n'écarte pas ma demande. *

03 Exauce-moi, je t'en prie, réponds-moi ; inquiet, je me plains.

04 Je suis troublé par les cris de l'ennemi et les injures des méchants ; * ils me chargent de crimes, pleins de rage, ils m'accusent.

05 Mon cœur se tord en moi, la peur de la mort tombe sur moi ; *

06 crainte et tremblement me pénètrent, un frisson me saisit.

07 Alors, j'ai dit : « Qui me donnera des ailes de colombe ? + Je volerais en lieu sûr ; *

08 loin, très loin, je m'enfuirais pour chercher asile au désert. »

09 J'ai hâte d'avoir un abri contre ce grand vent de tempête ! *

Le verset 7 est ainsi traduit de l’hébreu par Louis Pernot :

« Qui me donnera un plumage de la colombe afin que je m’envole et que je demeure ? »

Et il le commente ainsi :

            esprit saint,algérie,tibhirine,armand veilleux,artisans de paix,foi,sandrine treuillard,christianisme,islam,laïcité,communauté du chemin neuf« La colombe est un animal important dans la Bible. Malheureusement, souvent mal compris dans notre société actuelle, puisqu’aujourd’hui la colombe est le symbole de la paix. Alors que dans la Bible, la colombe renvoie en fait à Noé sur son arche qui laisse s’envoler l’oiseau. Donc la colombe - qui est en plus un corbeau, au début -, s’envole et à un moment donné elle revient avec un rameau d’olivier dans le bec, pour signifier qu’il y a de la terre ferme quelque part. Et à un autre moment elle s’en va et ne revient pas, ce qui prouve qu’elle a dû trouver un endroit où se poser. La colombe est donc là le signe du fait que l’épreuve est terminée. Et donc ”qui me donnera un plumage de colombe ?” ne signifie pas forcément que je puisse m’envoler moi-même (encore que… c’est ce qu’il dit après), mais que moi-même j’ai cette capacité à pouvoir signaler la fin de l’épreuve.

            Mais ce qui est intéressant c’est qu’il ne demande pas simplement une colombe pour lui indiquer que, en effet, le déluge ou l’épreuve s’arrête. Mais il veut lui-même être colombe et lui-même s’envoler et trouver une demeure loin de là où il est. C’est-à-dire qu’il veut lui-même être signe, peut-être, pour les autres, de la fin de l’épreuve. Parce que la colombe, elle sert pour les autres. La colombe n’est qu’un signe pour Noé. Et finalement peut-être que la solution est non seulement d’avoir pour soi un signe qu’il y a une terre ferme quelque part, qu’il y a une espérance, qu’”il y a un endroit où on pourra reposer ses pattes”, mais aussi de l’être pour les autres. Et c’est quand on l’est pour les autres qu’on l’obtient pour soi. C’est pourquoi le psalmiste dit là une chose absolument merveilleuse mais tout à fait originale. Il ne dit pas ”Envoie-moi, Seigneur, une colombe pour que je puisse savoir qu’il y a quelque part du repos”. Il dit : « Qui me donnera à moi d’être colombe ? », je dirais, sous entendu, pour les autres, c’est-à-dire que je puisse être effectivement signe de libération pour les autres. Et c’est quand on est signe d’espérance pour les autres que l’on peut, à fortiori, trouver de l’espérance pour soi.

esprit saint,algérie,tibhirine,armand veilleux,artisans de paix,foi,sandrine treuillard,christianisme,islam,laïcité,communauté du chemin neuf« Avoir les ailes de la colombe » c’est encore autre chose puisque si la colombe est le signe de cette libération dans la Bible, elle est aussi l’image du Saint Esprit. En effet, lors de la Création, il est écrit : « L’esprit de Dieu planait à la surface des eaux ». Le Saint Esprit est l’image de l’oiseau qui plane au-dessus de sa Création. C’est pourquoi la colombe, en particulier, est le symbole du Saint Esprit, de cette présence de vie qui plane en descendant du ciel vers la terre, c’est-à-dire de Dieu vers les hommes. (C’est pourquoi les protestantes sur leur croix huguenote portent cette colombe à laquelle elles sont toutes très attachées et qui représente le Saint Esprit.) Le psalmiste demande donc d’avoir les ailes de la colombe, c’est-à-dire d’être revêtu du plumage du Saint Esprit. Ça, c’est vraiment une très belle chose. En effet, on ne peut pas être soi-même l’incarnation de l’Esprit. L’Esprit, nous en bénéficions. Mais ce qu’il demande, c’est d’avoir les ailes du Saint Esprit et que grâce à ce plumage du Saint Esprit que Dieu peut nous donner, nous puissions nous envoler, c’est-à-dire nous rapprocher de Dieu et remonter vers Dieu plutôt que de rester dans la fange, dans la boue et dans l’épreuve de cette terre. Et c’est l’Esprit lui-même, le Saint Esprit de Dieu, cette puissance de Dieu, qui peut nous permettre de nous envoler pour monter vers Lui. Et là, il y a une théologie très sûre, qui n’est justement pas une théologie ni du mérite, ni de l’action propre de l’homme - c’est-à-dire théologie des œuvres qui pourrait dire ”sois sages”, « fais des bonnes œuvres”, ”repends-toi et à ce moment-là tu pourras t’élever vers Dieu” - mais il dit qu’il ne pourra s’élever vers Dieu que si Dieu lui donne les ailes de la colombe, c’est-à-dire que si Dieu lui donne les ailes du Saint Esprit.

            Nous ne pouvons donc nous élever vers Dieu que par l’aide de Dieu et non pas par nos propres mérites ou nos propres œuvres. Et, effectivement, « Qui donnera ? », bien entendu, c’est Dieu. On sait très bien qu’il n’y a que Dieu qui peut nous donner cette puissance de l’Esprit. Il dit donc « et enfin je m’envolerai », c’est-à-dire je vais pouvoir aller vers Dieu, m’élever vers Dieu, monter vers le ciel, « et je demeurerai ». Alors, où est-ce qu’il va demeurer ? Si l’oiseau s’envole où va-t-il demeurer ? Il va demeurer dans le ciel. Il ne va pas s’envoler pour aller demeurer par terre. Alors peut-être que ”demeurer dans le ciel” c’est justement faire sa demeure en Dieu. Et la meilleure chose qu’on puisse faire c’est demeurer dans la présence de Dieu et demeurer avec Dieu, comme Dieu également doit demeurer en nous. Cet aspect a été développé très longuement dans l’Évangile de Jean quand Jésus dit : « Afin que je demeure en toi et que tu demeures en moi, que mes disciples demeurent en moi, qu’ils demeurent en toi ». Ainsi, l’idée de demeurer en Dieu est la chose absolument essentielle.

            Maintenant, l’idée de demeurer en elle-même peut-être aussi de demeurer, c’est-à-dire de trouver un endroit où habiter, tout simplement. Parce qu’il peut y avoir un sentiment, dans celui qui est éprouvé, qu’« il n’a plus aucun endroit où reposer sa tête » et qu’« il ne trouve de repos nulle part ». L’éprouvé a besoin de trouver un endroit de repos, un endroit de confort et de tranquillité et ce lieu peut-être justement la présence de Dieu qui lui permet de demeurer. À moins que, justement, il s’envole et qu’il demeure, sous entendu, nulle part, parce que le Talmud dit qu’en fait la colombe ne se repose jamais, qu’elle ne trouve aucun endroit pour se reposer. Il paraît que certains oiseaux ne se posent jamais nulle part, qu’ils volent toute leur vie. Le Talmud avait remarqué cela, sans doute, et il dit que la colombe – ce n’est peut-être pas vrai de la colombe… - mais il dit que quand la colombe est fatiguée, elle replie une aile pour la reposer pour voler avec l’autre. Ce n’est sans doute pas très ornithologiquement juste, mais l’idée est assez belle : la demeure que propose le psalmiste, ce n’est pas de dire : ”je vais être peinard dans mon coin, ne plus bouger, ne plus rien faire et rester tranquille”, dans une sorte d’ataraxie, mais c’est une demeure en vol. Il va voler, aller vers Dieu, être en mouvement, et être en marche, et là va être sa demeure. Une demeure dynamique qui consiste à demeurer en Dieu en restant toujours en l’air avec Dieu et c’est ainsi qu’il peut trouver le repos auquel il aspire.

            Voilà donc la prière du psalmiste dans cette grande épreuve que nous avons évoqué dans le psaume 55, verset 7 et nous continuerons à partir du verset 8 la prochaine fois. »                       

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Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

09.03.2019

Genèse d'une rencontre d'Artisans de Paix

Voici le texte de présentation de la nouvelle page enrichie de La Vaillante :

Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

Logo Artisans de Paix.jpg

Genèse d'une rencontre d' artisans de paix

 

            Le 19 janvier 2018, Paula Kasparian m’appela au téléphone pendant 1h47 où elle me présenta l’association Artisans de Paix (site : artisans-de-paix.org) dont elle est la présidente. Cette association de dialogue œcuménique et interreligieux, je ne la connaissais pas.

Genèse Livre des Miroirs Artisans de Paix.jpgLe 13 mars suivant, à l’occasion d’une soirée de conférences intitulées La communion des saints, horizon et fondement des Fraternités Artisans de Paix, je fis une présentation d’un livre écrit à 4 mains en 2014 (non édité) pour le dialogue islamo-catholique à partir de textes de la tradition respective des deux fois, Miroir catholique et Miroir musulman. C'est Camel Bechikh de l'association Fils de France qui m'avait mise en contact avec le futur auteur du Miroir musulman, spécialiste du soufisme, Slimane Reski. Le livre des miroirs, c’est son titre, a alors trouvé un espace où vivre cette rencontre des spiritualités avec Artisans de Paix. Ce soir du 13 mars 2018, l’enseignant en hagiologie de l’Institut Saint-Serge, Anatole Negruta, attisa ma curiosité sur la vision orthodoxe du saint Sacrement. (Ci-dessous : Dessin pour présenter la Genèse du Livre des miroirs)

Genèse Livre des Miroirs Artisans de Paix2.jpg

            Quelques temps plus tard, j’assistai pour la première fois aux vigiles du samedi à l’église orthodoxe Alexandre Nevsky de la rue Daru (Paris 8), où le geste des fidèles embrassant les icônes m’a beaucoup touchée, ainsi que les allers-venues du prêtre entre le Saint des saints et l’ensemble de l’église qu’il encensait abondamment dans les chants profonds des voix masculines russes.

          Le 2 juin 2018, j'assistais au concert en avant-première Les Voix de l'Unité dans la chapelle du séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux dont c'était les portes ouvertes et commandai l'album édité en septembre. Comme le dit la jaquette : "cet album est le fruit de l'amitié entre de futurs prêtres catholiques et orthodoxes : ceux du séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux et ceux du séminaire russe Sainte-Geneviève d'Épinay-sous-Sénart (Essonnes). Formant un même chœur, ils partagent leurs si riches traditions liturgiques et musicales." Ce très beau moment d'œcuménisme en action m'amène à souhaiter inviter le Père Alexandre Siniakov, recteur du séminaire orthodoxe russe, à venir nous parler de la vision orthodoxe de la Présence réelle au Saint Sacrement et celle de la présence sacramentelle dans les icônes. 
 

Ste Jeanne de France (anonyme).jpgLe 20 novembre 2018, nous avons eu une réunion de prière interreligieuse à La Maison Soufie de Saint-Ouen, un de ces précieux espaces où vivre la rencontre de nos spiritualités, où j’ai donné en partage ceci : Faire silence pour écouter - Prière de la Fraternité Eucharistique (catholique) d'Artisans de Paix. Le président de cette association est le maître soufi (Hajj) Abd El Hafid Benchouk, chargé de mission de la Fraternité Islamique d'Artisans de Paix.

 

 

            Le week-end suivant, nous avions la retraite interreligieuse annuelle des Artisans de Paix au Centre Spirituel Carme d’Avon, où a été confirmé mon désir de pénétrer dans les profondeurs de la spiritualité des orthodoxes, grâce à l’enseignement du Pasteur Alain Joly (chargé de mission de la Fraternité Eucharistique (luthérienne) d'Artisans de Paix). Le thème général de cette retraite était : À la suite d’Elie, écouter la voix du silence fin : entrer dans le geste éternel de la création. Le pasteur Alain Joly nous a fait découvrir, dans le texte grec, au début de la lettre de saint Paul aux Colossiens, l’hymne « Le Christ, premier-né avant toute création » (Col 1, 12-20).

Dans la joie, vous rendrez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière.

Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.

Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui.

Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui.

Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté.

Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

            Au cours de sa méditation de l’hymne, le pasteur a évoqué le Christ image de Dieu, « icône » en grec, qui désigne la substance. Et au milieu de l’hymne, le 55ème mot « sunestèkèn » signifie "se tient". Le Christ est l’accès à Dieu, sa récapitulation, l’agir du Christ qui tient tout. "En lui tout se tient". Dans l’hymne en grec, ce mot « sunestèkèn » est précédé de 54 mots, et 54 mots le suivent jusqu’au point final. Ce terme est donc le pivot du texte grec (souligné en rouge dans l’image ci-dessous) en harmonie avec le sens profond de « sunestèkèn » indiquant le Christ comme l’accès même à Dieu, en qui Dieu récapitule toute sa création, dont il est la tête.

Hymne Col 1,12-20.jpg

            Tandis que le pasteur nous révélait quelques-uns des mystères de cette hymne aux Colossiens, l’image d’une icône qui m’est familière (puisque je prie avec elle tous les matins) s’invita à mon esprit et prit toute la place. En fin d’enseignement le pasteur nous lut un extrait du livre de la Sagesse [au chapitre 7 où la sagesse est : "effluve" (de la puissance de Dieu), "émanation", "reflet", "miroir sans tache" (de Dieu), "image" (icône)], que je reproduits ici avec la petite image de cette icône orthodoxe russe du XVIIè intitulée, en italien, Sagesse et Rédemption. J’avais cette petite image sur moi. Je la montrai au pasteur qui me dit plus tard que l’icône est la vérité (« Vera icona » : véronique située en haut à gauche du portrait du Christ).

Christo %22Sapienza & Redenzione%22.jpeg

            Entretemps, le 5 décembre 2018, lors du Conseil d’Administration, je suis devenue chargée de mission de la Fraternité eucharistique (catholique) des Artisans de Paix. Était confirmé par-là mon désir de poursuivre plus particulièrement la rencontre interreligieuse avec l’islam et de pénétrer la spiritualité orthodoxe.

Le 15 décembre 2018, Paula Kasparian, Jean-Luc Castel (chargé de mission de la Fraternité Bouddhique d’Artisans de Paix) et moi-même étions invité par l'imam Tarik Abou Nour (chargé des Relations Publiques des Artisans de Paix avec les traditions musulmanes) à exposer les enjeux et méthodes du dialogue interreligieux à la Grande Mosquée d'Évry-Courcouronnes, où nous accueillit le recteur et fondateur de l'Association Culturelle des Musulmans d'Île-de-France, Khalil Merroun.

Icône Christ Mont Athos.jpgLe 20 janvier 2019, en fin de la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, je sortais d’une petite retraite au Centre Spirituel Carme d’Avon autour pour découvrir le Grand Carême orthodoxe avec l’église orthodoxe roumaine locale (représenté par le Père Emilian Marinescu). C’est le passionnant Père Marc-Antoine Costa de Beauregard (chargé des homélies sur l’émission hebdomadaire « Lumière de l’Orthodoxie » de Victor Loupan, sur Radio Notre-Dame…) qui nous dévoila la vision orthodoxe du Carême. Ce dimanche-là, Paula m’avait demandé d’animer les chants de la messe pour l’unité plurale des Artisans de Paix. Ce que je fis avec bonheur, et pour la première fois…

            Voici que vous est donc conté ma première année avec Artisans de Paix. Cette page enrichie vous communiquera des textes de fond ayant trait à la vie de l’association, mais pas seulement. D’autres propositions se font jour qui alimentent mon engagement dans la rencontre œcuménique et interreligieuse.

Reliquaire, Icône, Autel.jpgAinsi de la théologie développée par le bienheureux Christian de Chergé, prieur du monastère Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine (Algérie), au contact des musulmans. J’ai eu la chance de bénéficier durant une année des homélies du moine cistercien Armand Veilleux, en résidence au monastère des bénédictines de Vanves (Prieuré Sainte-Bathilde, où j’ai moi-même résidé de l’été 2016 à l’été 2017. J’habite maintenant dans Vanves). Cet abbé émérite de Chimay (abbaye de Scourmont) fut très proche de la communauté des moines de Tibhirine, ayant été le numéro deux de l’ordre cistercien-trappiste. Deux mois avant leur enlèvement, il effectuait une retraite comme visiteur général là-bas. À son retour de la béatification des 19 martyrs d’Algérie à Oran, le 8 décembre 2018, je le rencontrai à Vanves à trois reprises, avant qu’il ne rentre en Belgique. Il accepta de me communiquer le texte d’une conférence qu’il donna à Bruxelles à l’occasion des 20 ans de leur assassinat, pour célébrer leur vie donnée : La rencontre de l’Autre au cœur de la violence : Le message des sept moines de Tibhirine

            Enfin, je prépare en ce moment un texte sur la spiritualité de la rencontre avec les musulmans, par Christian de Chergé, avec l’épisode évangélique de la Visitation… Vision prophétique du dialogue interreligieux ! À suivre…

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgSandrine Treuillard

Chargée de mission de la Fraternité Eucharistique (catholique)
des Artisans de Paix
 

La Visitation d'Arcabas.jpg

La Visitation d'Arcabas
voir le texte du Père Pascal Sevez, s.j. :

https://psevezsj.com/2017/08/15/la-visitation-darcabas/

 

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11.02.2019

La rencontre de l’Autre au cœur de la violence : Le message des sept moines de Tibhirine

Le Père Armand Veilleux était procureur de l’ordre des moines Trappistes-Cisterciens en 1996. Deux mois avant l’enlèvement des sept moines de Tibhirine (nuit du 27-28 mars 1996), il faisait une visite canonique à Notre-Dame de l’Atlas. En 2003, il a porté plainte auprès de la justice française, au nom de l’ordre, pour que la vérité soit faite sur les circonstances de leur assassinat. Il est actuellement abbé émérite de Scourmont (Chimay), en Belgique. Dans cette conférence qu’il donna à Bruxelles en 2016, il expose le message spirituel de la vie des moines de Tibhirine qui ont été béatifiés le 8 décembre 2018, à Oran.

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Reliquaire contenant : la Bible du Bhx Christian de Chergé ; l'anneau de la Bhse Esther Paniagua Alonso ; l'étole du Bhx Pierre Claverie ; Icône des 19 martyrs d'Algérie béatifiés ce 8 décembre 2018, en la solennité de l'Immaculée Conception à Notre-Dame de Santa-Cruz d'Oran. Devant l'autel du Monastère de Tibhirine. Arrêt sur image de la messe de béatification des 19 martyrs d'Algérie, le 8 décembre 2018 à Notre-Dame de Santa-Cruz, à Oran, vidéo produite par KTO.

La rencontre de l’Autre au coeur de la violence

Le message des sept moines de Tibhirine

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            Il y a déjà 20 qu’un groupe de sept moines cisterciens-trappistes étaient enlevés, puis tués en Algérie. Leur mort suscita de vives émotions ainsi que de quasi-unanimes condamnations dans tout le monde occidental, aussi bien musulman que chrétien. C’est du sens de leur vie, encore plus que de leur mort, que je voudrais vous entretenir ce matin.

            Je rappelle tout d’abord très rapidement les faits, qui sont d’ailleurs assez bien connus : Au cours de la nuit du 25 au 26 mars 1996 un groupe d'hommes armés fit irruption dans le monastère de Notre-Dame de l'Atlas à Tibhirine en Algérie et séquestra les sept moines qu'ils y trouvèrent. Au bout d’une longue attente d'environ un mois, durant laquelle on ne sut rien ni d’eux ni de leurs ravisseurs, un premier message signé par un chef du GIA (Groupe Islamique Armé) du nom de Djamel Zitouni revendiquait l'enlèvement des moines et proposait au président de la République française leur libération en contrepartie de celle de prisonniers islamistes. Finalement, après un autre mois d’attente, au cours duquel il y eut diverses tractations sur lesquelles la lumière n’a pas encore été faite totalement, et qui échouèrent, un deuxième communiqué annonçait leur mort. Quelques jours plus tard on célébrait dans la cathédrale d’Alger leurs funérailles, en même temps que celles du Cardinal Duval, décédé quelques jours auparavant, et ils étaient enterrés dans le cimetière du monastère à Tibhirine même, en présence d’une population locale entièrement musulmane qui les aimait et qui pleurait leur mort.

            Ceci est évidemment un résumé très bref des faits. Pour les interpréter, je crois que nous pouvons prendre notre inspiration dans le Testament de Dom Christian de Chergé, prieur de la communauté de Tibhirine et l’un des sept moines assassinés. Ce testament spirituel écrit deux ans avant les événements et ouvert le dimanche de la Pentecôte 1996, quelques jours après l’enterrement des moines, restera sans doute l’une des plus belles pages de la littérature religieuse du 20ème siècle. Les premières lignes de ce Testament nous donnent tout de suite le cadre de notre analyse : 


« S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui –

d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant

tous les étrangers vivant en Algérie,

j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille,

se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.

(…)

Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes laissées dans l’indifférence de l’anonymat. »
           

Christian de Chergé Séminaire Carme.jpg            Christian est un moine qui a choisi de vivre dans la solitude une communion avec Dieu. Il sait cependant qu’une communion authentique avec Dieu n’est pas possible sans une communion tout aussi authentique avec ses frères, comme avec l’Église et la société. Il conserve tous ses liens avec ceux qu’il appelle, non sans une touche d’intimité : ma communauté, mon Église, ma famille. Sa vie n’a pas été simplement « donnée à Dieu » ; mais ce don à Dieu a été incarné dans un don à « ce pays », l’Algérie, qu’il aimait tant. Et, finalement, il n’oublie pas que s’il était victime de la violence qui engloutissait alors l’Algérie, il ne serait qu’une des milliers de victimes de la même violence.  

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            Ce texte fut rédigé dans un contexte bien précis du drame algérien. Il porte deux dates : « Alger, 1er décembre 1993 et Tibhirine, 1er janvier 1994 ». La première date correspond au moment où, après les attentats dans le métro de Paris et la prise d’otage des passagers d’un Airbus français qui s’était terminée dans le sang à l’aéroport de Marseille, le GIA (Groupe islamiste armé) demandait à tous les étrangers de quitter l’Algérie, les menaçant de mort. C’est le jour où Christian rédigea la première mouture de son Testament. Le texte reçut sa forme finale un mois plus tard. Entre-temps, divers événements tragiques étaient survenus. D’abord douze ouvriers Croates chrétiens avaient été égorgés à Tamezguida, à quelques kilomètres du monastère et, durant la soirée du 24 décembre, six islamistes armés s’étaient présentés au monastère en présentant des requêtes et des exigences. Durant les jours suivants les moines avaient longuement réfléchi en communauté sur l’opportunité de rester ou de partir. Ils avaient finalement opté unanimement pour rester. Parmi les raisons de rester étaient leur solidarité avec la population locale. Or, pour comprendre la nature et l’importance de cette solidarité, il faut retourner encore un peu plus haut dans l’histoire et considérer le contexte de l’implantation de cette communauté monastique en terre algérienne.

 

... Un peu d’histoire de l’Algérie

            Il y avait eu une chrétienté florissante en Afrique du nord au temps de Tertullien et de Cyprien de Carthage et d'Augustin d'Hippone. Cette partie de l'Afrique était alors une colonie romaine. Lorsque Augustin mourut les barbares étaient aux portes de Carthage, et l'église latine d'Afrique du Nord ne survécut guère à l'écroulement de l'Empire romain d'Occident. Elle avait à peu près déjà disparu au moment des invasions musulmanes.

Une première fondation trappiste fut faite en Afrique du Nord du temps de la colonisation française, à Staouëli, à 17 kilomètres à l'ouest d'Alger. Fondée par l'abbaye d'Aiguebelle en 1843, treize ans après la conquête de l'Algérie par les Français, cette fondation avait acquis une certaine notoriété par son développement rapide. Elle était toutefois très liée au système colonial, dans son esprit et son mode d'implantation. Elle fut fermée en 1904. Notre-Dame de l'Atlas, une nouvelle communauté, d'un style et d'un esprit très différent fut fondée à proximité de Médéa quelque 30 ans plus tard.

            Comme beaucoup de monastères nés au 19ème siècle, ou au début du 20ème, la communauté de Notre-Dame de l'Atlas commença comme un refuge. Un groupe de moines du monastère de Notre-Dame de la Délivrance en Slovénie, dans la crainte d'être chassés, ouvrirent un refuge à Ouled-Trift en 1934, transféré à Ben Chicao en 1935 et à Tibhirine, à 7 kilomètres de Médéa, en 1938. Le refuge fut alors assumé par l'abbaye française d'Aiguebelle et transformé en véritable fondation, qui devint bientôt une communauté monastique autonome. C’est sans doute partiellement à cause de ces humbles débuts que cette communauté établit des relations d'amitié et de collaboration avec la population locale qui, en quelque sorte, l'adopta. Ces liens établis avec la population locale, permirent à la communauté, même si elle était composée entièrement de Français, de passer sans grandes difficultés à travers la guerre d'indépendance d'Algérie. L'un des moines, le frère Luc, fut bien pris comme otage par le FLN, mais libéré au bout de quelques jours, dès qu’on sut qui il était.

            Ce frère, qui était médecin, eut un impact énorme sur le développement de la communauté et surtout sur son intégration dans la société locale, longtemps avant l'Indépendance de l’Algérie. Né en 1914, il avait connut encore enfant les terribles violences de la première Guerre Mondiale et les souffrances de l'après-guerre. Jeune médecin, il connut les violences de la seconde Guerre Mondiale, au cours de laquelle il se porta volontaire pour soigner les prisonniers dans les camps de concentration nazis. Entré ensuite à l’abbaye d’Aiguebelle, en France, il arrivait en Algérie en 1946. Aussitôt, il ouvrit dans l'enceinte du monastère un dispensaire où, depuis cette date jusqu'à sa mort en 1996 – donc, durant un demi-siècle – il soigna quiconque se présentait à lui, sans regard à la nationalité, à l'appartenance politique ou à la religion. Tous l'aimaient et le respectaient parce que tous se savaient aimés et respectés de lui. Au début, son dispensaire suppléait à l'absence de services publics de santé. Si l'on continua à venir à lui longtemps après l'installation d'autres dispensaires et d'hôpitaux publics dans la région, c'est qu'on trouvait chez lui non seulement un toubib au diagnostic presque toujours exact, mais aussi un homme de Dieu incarnant dans son mode d'être, à la fois très humain et très surnaturel, la sollicitude pastorale du Fils de Dieu. Homme d'une grande liberté intérieure, muni d'un sens de l'humour désarmant, il n'avait peur de rien ni de personne. Aucune menace, de quelque quartier qu'elle vienne, n'aurait pu l'empêcher de témoigner jusqu'au bout, même au risque de sa vie, l'amour universel à quiconque avait besoin d'être soigné.

            L’année 1946, durant laquelle frère Luc était arrivé à Tibhirine marquait l’arrivée en Algérie, comme évêque de Constantine, de Monseigneur Léon-Étienne Duval (qui deviendra le Cardinal Duval), un homme qui marqua profondément l'Église d'Algérie et aussi la communauté de Tibhirine. Nommé à la tête de l'archidiocèse d'Alger en 1954, vers la fin de la période coloniale, alors que rien ne semblait l'avoir préparé à une situation aussi complexe, il s'était révélé l'homme de l'heure. Au cours de la guerre d'indépendance, il se fit respecter de tous, sauf des extrémistes d'un côté comme de l'autre, en affirmant sa foi en la possibilité pour tous – Algériens et Français, musulmans et chrétiens – de vivre en frères et dans l’harmonie. Il ne cessa de condamner la violence – toutes les violences, de quelque côté qu'elles viennent. C'était une prise de position fort dangereuse, et c'est un miracle qu'il n'ait jamais été éliminé. Dieu a voulu qu'il demeure, jusque dans un âge avancé et longtemps après l'abandon de ses fonctions officielles, un témoin fidèle de ce type de témoignage chrétien. Les moines de Tibhirine incarnaient le témoignage qu'il avait lui-même vécu tout au long de son épiscopat ; et c’est sans doute la peine profonde causée par l'écroulement apparent de la cohabitation et de la forme de fraternité universelle qu'il avait désirée en Algérie, qui fut la cause immédiate de sa mort. 

            À la fin de la guerre d’indépendance, la situation des Chrétiens d’Algérie était radicalement changée. L'Église d'Algérie, composée en très grande partie de français ou de "pieds-noirs", fut réduite à un tout petit reste, à cause de l'exode massif de ces deux groupes vers la France. Les conversions au christianisme étaient devenues à peu près impossibles – au moins les conversions ouvertement reconnues. Un recrutement local devenant exclu, on pouvait se poser des questions sur l'opportunité de maintenir en Algérie une communauté monastique désormais très réduite en nombre et qui ne pourrait plus se recruter sur place. Les autorités de l'Ordre cistercien décidèrent donc la fermeture du monastère. Mais le Cardinal Duval, ayant depuis longtemps reconnu dans la communauté de Tibhirine une réalisation de son idéal de présence chrétienne, protesta vigoureusement, et le monastère ne fut pas fermé. Cette simple présence d'une communauté monastique chrétienne, quelle que soit la nationalité de ses membres, au milieu d'un peuple musulman, lui semblait d'une importance capitale. La communauté fut maintenue et son témoignage trouva son épanouissement dans la mort de sept de ses membres, en 1996.

            À un certain moment, tout de suite après l'Indépendance en 1960, la communauté fut réduite à seulement deux ou trois personnes. Elle fut ensuite reconstituée avec des moines venant de diverses communautés appartenant à des traditions monastiques différentes. Tous étaient des caractères forts, ayant choisi de venir en Algérie. Il n'était certainement pas facile de faire une communauté homogène à partir de tels éléments. Et pourtant, à travers le dialogue, la prière et une attention contemplative aux manifestations de Dieu, ils arrivèrent à une unité très profonde qui les maintint ensemble durant les trois dernières années de leur vie, qui furent des années exigeantes et très dangereuses.

            Il va sans dire que l'arrivée de Christian de Chergé fut un moment décisif pour la communauté. Trajectoire toute spéciale que celle de sa vocation. De famille de militaires, il avait passé son enfance en Algérie, où sa mère l'avait formé à un profond respect de l'Algérien et du Musulman. Il était ensuite revenu en Algérie durant la guerre, comme jeune officier et avait alors noué une amitié avec un Arabe musulman qui lui a d’ailleurs sauvé la vie au prix de la sienne. D'abord prêtre séculier du diocèse de Paris, il sentit l'appel à la vie contemplative et choisit le monastère de Notre-Dame de l'Atlas à Tibhirine. Avec l'accord de ses supérieurs, il fit d’abord à Rome, au PISAI, des études de langue et de culture arabe. Ayant développé une connaissance assez approfondie et un grand amour pour la religion de l'Islam, il s'impliqua et impliqua profondément sa communauté dans le dialogue interreligieux. Après son élection comme prieur de sa communauté, en 1984, il guida celle-ci dans une orientation plus explicite vers ce dialogue interreligieux, qui venait couronner les autres formes de communion déjà pratiquées dans la vie de tous les jours, dans la fraternité et l’amitié.

            Le monastère de Tibhirine devint, au fil des années, un lieu de dialogue chrétien-musulman. Ce fut le fruit d'une évolution naturelle et non de quelque chose de programmé. Des musulmans profondément religieux se mirent graduellement à fréquenter le monastère. Par la suite, un groupe de dialogue chrétien-musulman, le Ribat es-Salam se constitua, qui se réunissait régulièrement au monastère, pour prier et échanger. (Trois des onze missionnaires assassinés avant les frères de Tibhirine étaient membres de ce groupe).  

            Quelques années après l'élection de Christian comme prieur, la communauté accepta, à la demande insistante de l'évêque de Rabat, de fonder une maison annexe dans le diocèse de Fez au Maroc. Cette fondation eut plusieurs rôles. D'abord elle instaurait au Maroc, un pays entièrement musulman, une présence chrétienne contemplative semblable à celle de Tibhirine en Algérie. De plus elle permettait aux quelques membres anciens de N.-D. de l'Atlas, qui se sentaient moins à l'aise avec l'orientation nouvelle donnée à la communauté par Christian, de continuer au Maroc une présence chrétienne moins explicitement impliquée dans le dialogue interreligieux. Enfin, elle permit providentiellement à la communauté de N.-D. de l'Atlas de survivre à la tragédie de 1996.  

 

La crise politique de 1990 et des années suivantes

            Considérons maintenant les années qui précédèrent cette tragédie. C’est en 1988 que commença à se manifester l’insatisfaction de la population à l’égard d’un pouvoir perçu comme corrompu. Cette insatisfaction grandit de plus en plus et favorisa la croissance d'un mouvement islamiste, le FIS (Front Islamiste du Salut). À la fin de 1991, lors d'élections nationales dont il apparut évident que le FIS sortirait vainqueur, les militaires arrêtèrent le processus électoral et prirent de nouveau le pouvoir. L'Algérie allait entrer dans une période de violence armée qui dure jusqu'à nos jours, et qui a fait à cette date entre 200.000 et 250.000 victimes, la plupart parmi la population civile – sans compter un million et demi de personnes déplacées à l’intérieur du pays, jusqu’à aujourd’hui. Aussi bien la violence de l'armée, que celle des groupes de résistance islamistes, se radicalisa de plus en plus. Les moines de Tibhirine se voulaient très solidaires de la population locale. Donc, lorsque nous pensons à leur mort, nous devons penser aussi non seulement aux autres religieux catholiques qui furent tués avant eux, mais aussi aux milliers d'Algériens qui furent victimes de la même violence. Parmi ces victimes on pouvait compter de nombreux imans qui furent victimes de leurs appels à la paix et de leur refus de toute violence, qu’elle vienne des islamistes ou de l’armée.

            J’ai mentionné plus haut la ”visite” d’un groupe d’islamistes armés au monastère de Tibhirine, dans la soirée du 24 décembre 1993. Il vaut la peine de s’y arrêter. Le chef du groupe, l'émir Sayah Attiya, était reconnu comme un terroriste d'une violence redoutable. Il était responsable de la mort des douze Croates et aurait, selon les forces de sécurité, égorgé 145 personnes. Son échange avec le Père Christian, supérieur de la communauté de Tibhirine, fut exceptionnel. Père Christian, en appelant au Coran, lui dit que le monastère était un lieu de prière où jamais aucune arme n'avait pénétré et exigea que la conversation ait lieu à l'extérieur du monastère. Ce à quoi Attiya se plia. Il présenta aux moines, en tant que "religieux" comme lui-même et son groupe d'Islamistes, trois exigences de coopération. À chacune Christian répondit que ce n'était pas possible ; chaque fois il dit : « vous n'avez pas le choix » ; et chaque fois Christian répondit : « oui, nous avons le choix ». Il partit en disant qu'il enverrait ses émissaires avec un mot de passe. Lorsqu'au moment de son départ Christian lui dit : « Vous êtes venus ici en armes au moment où nous nous préparions à célébrer Noël, la fête du Prince de la Paix », il répondit : « Excusez-moi, je ne savais pas. »

            Le miracle fut que non seulement Sayah Attiya repartit ce soir-là sans égorger les moines et sans les brutaliser, mais qu'il ne revint pas et n'envoya pas ses émissaires. Lorsque, environ deux mois plus tard il fut blessé gravement dans un affrontement avec les forces de sécurité, il agonisa durant neuf jours dans la montagne, tout près, mais n'envoya pas chercher le médecin du monastère, ce qui avait été l'une des exigences auquel Christian avait dit qu'il ne pouvait pas répondre. Jamais les moines n'achetèrent leur sécurité par quelque concession que ce soit, et ils ne cautionnèrent jamais quelque violence que ce soit ; mais pour eux, toute personne, même le terroriste, demeurait une personne humaine digne de compréhension. Dans l’esprit d’islamistes, comme Ali Benhadjar, qui était présent à ce dialogue entre Christian et l’émir Attiya, celui-ci décida alors que les moines, en tant que religieux, ne devaient pas être l’objet de violence de la part de ses hommes.

            Lorsque plus tard, l'administration algérienne voulut imposer au monastère une protection militaire armée, la communauté refusa nettement cette protection, utilisant le même argument : les armes n'ont pas de place dans un lieu de prière et de paix.                     

            On peut constater des constantes dans ces morts. Tous ces témoins étaient des personnes qui avaient établi des liens d'amitié avec le peuple algérien et qui vivaient en grande communion avec le petit peuple, dont ils partageaient la vie. Tous ont été tués dans le milieu où ils vivaient et travaillaient. Il est clair que le message donné par les assassins – ou leurs mandataires – était que cette proximité et cette fraternité étaient précisément ce qui dérangeait et qu'on voulait faire cesser. On ne leur reprochait pas d'être des prosélytes, ce qu'ils n'étaient pas. On leur reprochait d'être des personnes de communion, et de condamner par leur vie-même toute forme d'exclusion et toute forme de violence, de quelque côté qu'elle vienne, et au nom de quelque idéal – religieux ou politique – qu'elle soit exercée.

           

La solidarité avec ceux qui ne pouvaient pas partir 

            Après chacune de ces tragédies, dont les victimes étaient dans plusieurs cas des amis intimes de la communauté de Tibhirine, celle-ci se posa la question : Fallait-il rester ou partir ? Chaque fois les moines décidèrent de rester. Pourquoi ?

            En Europe, certains disaient alors qu'on comprenait que des "missionnaires" demeurent pour continuer leur "apostolat", mais pas des moines qui, de toute façon, pouvaient mener leur vie de prière n'importe où ailleurs... C'était ne rien comprendre à leur vie. La vie contemplative ne se vit pas dans l'abstrait. Elle est toujours incarnée, enracinée dans un lieu et un contexte culturel bien concret.

            Le moine cistercien, qui vit selon la Règle de saint Benoît, fait vœu de stabilité. Cela implique non seulement la stabilité dans la vocation monastique, mais aussi la stabilité dans une communauté bien concrète et, à moins d'une mission spéciale, dans un lieu déterminé. Bien sûr, une communauté tout entière peut se déplacer, mais elle ne peut le faire sans tenir compte des liens qu'elle a établis avec la société et la culture locale. La communauté de Tibhirine ne se comprenait pas sans son enracinement dans les montagnes de l'Atlas, sans ses liens d'amitié avec toute la population de Tibhirine, de Draa Esnar, de Médéa. Dans une prédication de retraite donnée à Alger quelques semaines avant l'enlèvement, Christian disait, avec une jeu de mot périlleux : « ... j'affiche cette différence : je viens de la montagne... »

            Les frères étaient conscients que la population locale était elle-même prise dans un étau entre deux violences opposées – celle des islamistes radicaux et celle de l’armée – et qu'elle n'avait pas le choix de fuir. Pour les moines, fuir eut alors été un manque de solidarité avec ceux dont ils avaient partagé la vie dans les moments de paix. Après le martyre de Henri et Paule-Hélène, Christophe écrit dans son journal : « On ne peut pas oublier et partir sans trahir ce qui reste une grâce de proximité, d'amitié de vérité. » (29/05/1995). Mohammed, le gardien, avait dit à Christophe : « Vous, vous avez encore une petite porte par où partir. Pour nous : non, pas de chemin, pas de porte. » Et un autre voisin, Moussa, avait dit à Christian : « Si vous partez, vous nous privez de votre espoir et vous nous enlevez notre espoir. » Il n'eut pas été chrétien de partir. Ils restèrent. Les frères considéraient leur présence comme une affirmation du droit à la différence – droit qu'ils réclamaient pour le peuple des environs aussi bien que pour eux-mêmes.

            Ils n’étaient pas naïfs, loin de là. Sans cesse ils analysaient soigneusement la situation politique du pays et de la région, non pas pour réagir en politiciens mais pour donner à cette situation, dans leur vie de tous les jours, une réponse évangélique. Leur unanimité se fit dans la prière plus qu’à travers les discussions ou les échanges. « La violence me tue et je dois trouver quelque part un appui pour ne pas me laisser emporter par ce flux de mort », écrivait Christophe en son Journal (11/07/1995).

            Aucun d'entre eux ne désirait le martyre. Ils aimaient la vie et redoutaient la mort. Mais ils l'avaient consciemment et explicitement acceptée si c'était la volonté de Dieu. Dans une lettre circulaire du 21 novembre 1995, ils avaient écrit : « La mort brutale – de l'un de nous, ou de tous à la fois – ne serait qu'une conséquence de ce choix de vie à la suite du Christ.[1] »

            Lorsque, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 un groupe d'hommes armés se présentèrent au monastère et les amenèrent en direction de Médéa, aux yeux de ceux qui ont pu les voir traverser le village encadrés d'hommes armés, ils avaient l'air de suivre des terroristes. En réalité ils suivaient le Christ.

            S'il fallait mourir, ils voulaient le bien faire ! Le vieux frère Luc, qui avait depuis longtemps demandé qu'on chante à ses funérailles la chanson d'Edith Piaff "Non, je ne regrette rien", fit à la Prière universelle de l'Eucharistie, le 31 décembre 1994 – donc quelques jours après la visite dramatique de la nuit de Noël – la prière suivante : « Seigneur, fais-nous la grâce de mourir sans haine au cœur. » L'inspiration de cette belle prière a été reprise dans le Testament de Christian.

 

Encore le Testament

            En effet, tout ce qui précède nous permet, je crois, de mieux comprendre plusieurs passages très denses du Testament de Christian de Chergé, et de percevoir à quel point la mystique et la politique s’y marient dans une solidarité d’inspiration et d’orientation profondément chrétienne.

            Dans ce texte qu’il adresse, comme nous l’avons vu, à sa communauté, son Église, et sa famille, à qui il demande de prier pour lui, il affirme sa conscience d’une responsabilité collective de la violence et du mal :


« J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal

qui semble, hélas, prévaloir dans le monde,

et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. »

            Le vrai mystique n’est pas celui qui prie pour « les pécheurs », comme s’il s’agissait d’une catégorie d’hommes à part. Il prie pour eux, parce qu’il en est solidaire, se sachant lui-même pécheur.

            Du mal qui lui serait fait personnellement, il veut pardonner, mais il sait bien que seule la grâce peut rendre capable de pardonner. Bien plus, il est si conscient de sa co-responsabilité dans tout le mal qui existe sur la terre, qu’il sent le besoin d’être lui-même pardonné du mal qui pourrait le toucher :


J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité

qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu

et celui de mes frères en humanité,

en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m’aurait atteint. »

            Dans les lignes suivantes de son Testament, Christian affirme très clairement qu’il ne désire aucunement la mort, même pas celle du martyre. Et ce qui est le plus impressionnant est la raison qu’il donne pour ne pas désirer cette grâce :


« Je ne saurais souhaiter une telle mort.

Il me paraît important de le professer.

Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir

que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.

C’est trop cher payé ce qu’on appellera, peut-être, la ”grâce du martyre”

que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit,

surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’Islam. »

            Il fait ensuite allusion aux caricatures de l’Islam qu’encourage un certain islamisme radical et regrette qu’on identifie l’Islam, qui est avant tout une voie religieuse, avec les intégrismes de ses extrémistes. Ces propos sont sans doute encore plus d’actualité aujourd’hui alors que, surtout depuis le 11 septembre 2001, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, on monte de toutes pièces une guerre des civilisations entre l’Occident que, pour les besoins de la cause, on considère chrétien et le monde arabe, qu’on identifie à l’Islam, et plus précisément à un Islam intégriste.


« L’Algérie et l’Islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme.

Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu,

y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile. »

            Vient ensuite la partie proprement mystique de ce Testament. Il fait allusion à ceux qui le trouvaient quelque peu naïf dans son dialogue avec l’Islam et il se réjouit déjà de pouvoir contempler ses frères musulmans avec les yeux mêmes de Dieu. Combinant dans un raccourci gigantesque l’enseignement de la Genèse sur la création de l’homme et de la femme à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la doctrine patristique sur la perte de la ressemblance divine par le péché et son rétablissement par la grâce, de même que les réflexions de Lévinas sur le respect de la « différence », il se représente Dieu rétablissant la ressemblance chez tous ses enfants, en « jouant » avec leurs différences, un peu comme un enfant jouant avec le sable... ou la glaise (ce qui est une allusion au récit biblique de la création).


« ... sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.

Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu,

plonger mon regard dans celui du Père

pour contempler avec lui Ses enfants de l’Islam

tels qu’il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ,

fruit de sa Passion, investis par le Don de l’Esprit

dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion

et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences. »

            Cet admirable texte se termine par un « merci » adressé non seulement à Dieu, mais à sa famille, à tous les siens, à tous ses amis, étendant ce « merci » également à celui qui pourrait lui trancher la gorge :


« Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais.

Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « A-DIEU » en-visagé de toi.

Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux,

en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.

AMEN

Insh’ Allah. »

            Remarquons en passant le sens, probablement emprunté à Lévinas (qu’il lisait à ce moment-là), qu’il donne au mot « en-visagé » (qu’il écrit d’ailleurs en deux mots, avec un trait d’union. Il avait alors écrit, en dehors de son Testament les mots : « Quand un A-DIEU s’envisage », écrivant aussi le mot a-dieu avec un trait d’union ; le sens étant « quand le chemin vers Dieu prend un visage, ou reçoit un visage ». Il veut donc voir la manifestation de Dieu dans le visage de son bourreau.

            Quelle que soit l’impression très forte faite par leur mort aussi bien en Algérie qu’en France et ailleurs, et quels que soient les résultats de l’enquête judiciaire en cours, il reste que l’impact le plus important de ces quelques moines aura été celui, non pas de leur mort, mais de leur vie. En continuant de vivre tout simplement leur vie monastique de tous les jours dans des circonstances sociales et politiques qui devenaient de plus en plus compliquées et dangereuses, ils se sont manifestés de vrais mystiques répondant à leur vocation monastique d’une vie de communion avec Dieu incarnée dans une communion avec des frères, avec la Société et l’Église locales, aussi bien qu’avec la culture de leur temps.

            On ne peut qu’espérer que les effets en profondeur de cette communion aident l’Algérie à sortir complètement du cycle de violence qui continue de l’affliger et concourre à une compréhension et un dialogue toujours plus grands entre Musulmans et Chrétiens. Les mystiques vont souvent à contre-courant. Le témoignage des moines de Tibhirine va réellement à l’encontre de tout le courant actuel de conquête et d’imposition à l’échelle mondiale d’un type de société et de culture.

            La rencontre de l’Autre, qu’on peut considérer comme une définition de l’expérience mystique, ne peut jamais se réaliser sans la rencontre de l’autre – tout être humain quel qu’il soit – dans la pleine acceptation et le plein respect de sa « différence ». C’est quand on continue tout bonnement de vivre cette rencontre, même lorsqu’elle dérange, que l’on devient « martyr ». 


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Armand Veilleux

Conférence donnée à Bruxelles, en 2016.

Photo ci-contre : arrêt sur image du Père Veilleux portant l'étole à l'inscription en arabe "Dieu est amour", lors de la procession d'entrée de la messe de béatification des 19 martyrs d'Algérie, à Notre-Dame de Santa-Cruz d'Oran, le 8 décembre 2018. Célébration filmée par KTO.

 


[1]
Sept Vies pour Dieu et l'Algérie, Bayard / Centurion, 1996, p. 180.

Autre site : www.moines-tibhirine.org

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Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

07.12.2018

Faire silence pour écouter - Prière de la Fraternité Eucharistique (catholique) des Artisans de Paix

Artisans de Paix

Logo Artisans de Paix.jpg

Réunion interreligieuse de prière

Maison Soufie – Saint-Ouen                                                                   Mardi 20 novembre 2018

Faire silence pour écouter


Préalable à la lecture de l’Évangile (Jean 8, 1-12)

Comme le préconise Ignace de Loyola pour la lecture priée d’un passage de l’Écriture sainte, je vous invite à vous représenter la scène que nous allons lire : figurez-vous la saynète, voyez mentalement les personnages dans l’espace décrit. Attachez-vous aux gestes de Jésus, à ses regards ou absence de regard… et à ceux qui l’entourent.

Situation du passage de l’Évangile

Les gardes, que les chefs des prêtres et les pharisiens, bien décidés à le faire mourir, avaient envoyés arrêter Jésus, reviennent bredouilles. Ayant entendu Jésus parler, les gardes, édifiés, n’ont pas osé l’arrêter : « Jamais un homme n’a parlé comme cet homme ! » disent-ils à ceux qui les interrogent à leur retour. — Ils se voient répondre par les pharisiens, vexés et en colère : « Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarés ? » — Mais, parmi les pharisiens, Nicodème, qui était allé trouver Jésus de nuit pour lui parler, leur dit : « Est-ce que notre Loi permet de condamner un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ? » — Dépités, les chefs des prêtres et les pharisiens retournent chez eux. Chacun retourne chez soi en cette fin de journée. — Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers où il passe la nuit, qui est le lieu de silence et de solitude, propice à la prière, au colloque intérieur avec Dieu le Père.


ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT JEAN (8,1-12)

01 Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers.

02 Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui,
il s’assit et se mit à enseigner.

03 Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu,

04 et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.

05 Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »

06 Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.

07 Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »

08 Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.

09 Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.

10 Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »

11 Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »


Faire silence pour écouter
est une attitude de paix dont use Jésus dans ce passage de l’Évangile de Jean, déjà préconisé dans l’Ancien Testament :

Isaïe 33

15 Celui qui va selon la justice et parle avec droiture, qui méprise un gain frauduleux, détourne sa main d’un profit malhonnête, qui ferme son oreille aux propos sanguinaires et baisse les yeux pour ne pas voir le mal,

16 celui-là habitera les hauteurs, hors d’atteinte, à l’abri des rochers. Le pain lui sera donné ; les eaux lui seront assurées. »

 

« Faire silence pour écouter » & sainte Jeanne de France

Sainte Jeanne de France (1464 -1505)

            Née en 1464, à Nogent-le-Roi (28 - Eure-et-Loir, à 80 km à l’ouest de Paris entre Dreux & Chartres), Jeanne est la fille du roi Louis XI et de la reine Charlotte de Savoie.

            De 5 ans à 19 ans, elle réside au château de Lignières-en-Berry, où elle vit retirée de la cour, en exil forcé à cause de son handicap dû à une maladie osseuse. En effet, elle est voutée et sera surnommée ‘Jeanne la boiteuse’.

            À 7 ans, dans l’oratoire de Lignières, elle reçoit en elle l’intuition spirituelle qu’un jour elle fondera un Ordre religieux dédié à la Vierge Marie. Les années vont passer.

            À 12 ans, elle est imposée en mariage par son père à Louis d’Orléans, de deux ans son aîné, qui jamais n’accepta ce mariage forcé. Vont suivre 22 ans de vie conjugale difficile.

            Elle a 34 ans en 1498, quand son frère le roi Charles VIII meurt accidentellement. Louis d’Orléans devient alors roi de France (Louis XII) et Jeanna devient de ce fait reine de France. Il fera alors reconnaître par Rome la nullité du sacrement du mariage avec Jeanne pour épouser Anne de Bretagne qu’il convoitait depuis longtemps, qui de veuve de Charles VIII, deviendra alors reine de France à la place de Jeanne. Jeanne, elle, devient duchesse du Berry.

            En 1502, elle concrétise alors l’intuition reçue en sa jeunesse : elle fonde à Bourges l’Ordre de la Vierge Marie, l’Annonciade, avec l’aide de son père spirituel et confesseur franciscain, le bienheureux Gabriel-Maria. 

            Elle meurt trois ans plus tard, le 4 février 1505.

            Béatifiée en 1742, Jeanne de France est canonisée par Pie XII en 1950.

Ste Jeanne de France (anonyme).jpg

            L’Annonciade, cet Ordre de la Vierge Marie, tire son nom de l’Annonciation.
L’Annonciation est ce moment où Marie a reçu l’Esprit Saint qui lui fit concevoir la vie de Jésus, Fils de Dieu, le Verbe fait chair, en elle. Annonciade est un néologisme qui résume l’attitude d’écoute et d’accueil de la Vierge Marie de faire la volonté de Dieu, au moment de l’Annonciation, quand l’archange Gabriel lui révèle le dessein de Dieu sur elle. Elle répond à l’ange : « Je suis la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole ». Dieu a choisi la Vierge Marie pour être la mère de Jésus pour ses qualités d’accueil, d’écoute, d’humilité, d’obéissance. Parce que Marie est avant tout une femme de prière attentive à la Parole de Dieu. Telle est la spiritualité de sainte Jeanne de France : vivre l’Évangile en se conformant aux attitudes intérieures de la Vierge Marie, décrites dans les Évangiles de Luc et de Jean.
 

« Faire silence pour écouter » dans la vie de Jeanne de France

stPJEymard portrait rosé.jpgPermettez-moi de citer un autre saint que j’affectionne tout particulièrement pour vous montrer comment Dieu s’adresse à une âme qu’il a choisie. Saint Pierre-Julien Eymard dans une prédication sur le recueillement écrit ceci : « Il (Dieu) commence par (l’)isoler (l’âme) du monde afin de l’avoir plus à lui – c’est l’époux qui veut avoir à lui seul son épouse ». Ailleurs, à propos de la vie intérieure : « La vie intérieure est le sanctuaire du Saint Esprit dans lequel il forme l’âme fidèle à l’esprit et à la vie de Jésus. Elle est le tabernacle où Dieu rend ses oracles, fait entendre à l’âme sa douce et aimable voix, lui révèle sa vérité, l’attire à sa charité, la remplit des dons de sa bonté. Elle est le règne de Dieu dans une âme. »

            Et enfin, dans un Traité (sur la prière) d’oraison : « On peut dire que le fruit le plus précieux et le plus parfait de l’oraison, c’est de mettre l’âme dans un plus grand recueillement. C’est la condition et la preuve divine et sensible de l’opération de la grâce d’union avec Dieu. Voilà pourquoi quand Dieu veut faire quelques grandes faveurs à une âme, il commence toujours par la recueillir. Heureux silence ! qui laisse Dieu parler, et l’écoute avec amour ! »

            Grâce à son handicap qui la conduira à être rejetée de la cour immédiate de son père le roi Louis XI, Jeanne va être isolée au château de Lignières et au cœur de ce château c’est dans l’oratoire que Dieu lui parlera par l’intermédiaire de la Vierge Marie. En effet, à l’âge de 7 ans Jeanne priait Marie de tout son cœur dans l’oratoire et eut alors le sentiment que la Vierge lui disait (toute les citations et textes sur Jeanne de France sont tirées du site de l'Annonciade https://www.annonciade.info) :

                       « Il y a trois choses qui me plaisent par dessus tout, c’est d’écouter mon Fils, ses paroles et ses enseignements  […], c’est de méditer sur ses blessures, sur sa croix et sa Passion et (enfin) c’est le très Saint Sacrement de l’autel ou la messe […]  Tu chercheras aussi à établir la paix là où tu habites… Fais ceci et tu vivras ». (Chronique de l’Annonciade dans Les Sources). Jeanne vivra donc de ces choses qui plaisent à Marie, pour plaire à Jésus son Fils et à Dieu.

            Jeanne est une femme de foi dont le seul désir est de plaire à Dieu, à l’exemple de la Vierge Marie, la première croyante. Marie est la première à avoir accueilli la parole de Dieu par la bouche de l’archange Gabriel. Marie est la femme qui a accueilli le Verbe fait chair en elle. Elle est la première à avoir obéi à Dieu par son fiat (« Qu’il me soit fait selon ta parole »). L’exemple de la Vierge a été déterminant chez Jeanne. En méditant l’Évangile, avec Marie et comme Marie, Jeanne a appris ces trois choses dont la mise en pratique a contribué à la construire, à la faire tenir bon dans la prière et la charité et, de ce fait, à vivre la charité en acte, notamment auprès des pauvres de Bourges, après l’incendie qui avait ravagé la ville.

            La première chose : lire la Parole de Dieu. Comme « Marie conservait toutes ces choses, les méditant dans son cœur » (Luc, 2, 19.51), Jeanne s’est attachée aux vérités de l’Évangile. Elle l’a médité, particulièrement les passages où il est question de la Vierge, y découvrant ce qui pouvait l’aider dans sa vie quotidienne à elle. Ainsi, elle a découvert dix attitudes du cœur de la Vierge qu’elle pouvait faire siennes. C’est l’héritage spirituel marial qu’elle lègue à ses filles de l’Annonciade : le dizain des dix ‘Ave Maria’. Le regard de son esprit s’est alors posé sur Marie pure, Marie prudente, Marie humble, Marie croyante, Marie priante, Marie obéissante, Marie pauvre, Marie patiente, Marie charitable et Marie compatissante. Ce regard prolongé sur la Vierge a nourri ses pensées, inspiré ses paroles et orienté ses actions, les pénétrant de bonté.

            La seconde chose : méditer la Passion du Christ. « Debout, Marie sa Mère se tenait au pied de la Croix » (Jn, 19,25). À l’exemple de la Vierge du Stabat, Jeanne a contemplé longuement le Crucifié, comprenant que, sur la Croix, Jésus a voulu nous « séduire par son amour » (Bx Duns Scot), par sa vie donnée, sa vie livrée. Cette méditation prolongée l’a conduite à faire de sa vie un service d’amour. Si chaque année, Jeanne lavait les pieds de treize pauvres afin de commémorer le geste du Christ lavant les pieds de ses apôtres, on peut dire que c’est toute l’année qu’elle les leur lavait par ses œuvres bonnes. La méditation de la Passion a contribué aussi à faire de Jeanne un être de bonté.

            La troisième chose : recourir souvent à l’Eucharistie. « Les apôtres, avec quelques femmes, dont Marie la mère de Jésus, étaient assidus à la prière et à la fraction du pain » (Ac, 2,42). À l’exemple de Marie, Jeanne est une femme de prière ; l’eucharistie est pour elle un moment d’intense union avec Celui qu’elle reçoit. Elle communiait souvent. De communion en communion, elle est entrée toujours plus profondément dans l’intelligence de ce mystère, non pas d’une manière intellectuelle, mais existentielle : comme la Vierge, elle a porté en elle la Présence et l’a donnée au monde, là encore, par sa bonté, ses œuvres bonnes.

            Ainsi, ces trois choses que Jeanne appris en regardant la Vierge de l’Évangile l’a fait sortir de chez elle, c’est-à-dire, d’elle-même ; cela l’a conduite à avancer toujours plus avant sur les chemins de la prière et du véritable amour.

            La prière et la charité ont éclairé toute sa vie, toute son existence. C’est à cette lumière qu’elle a pu découvrir le sens des événements qui ont jalonné sa vie. La lumière de la foi, une foi réfléchie et vécue, ainsi qu’une intense vie de prière et de charité, ont constitué cette écoute intérieure lui permettant de lire au cœur des événements de sa vie le sens dont ils étaient porteurs.

 

Jeanne et la paix

            La paix est bien un des fruits de l’eucharistie (action de grâce). À chaque messe nous recevons la Paix du Christ. À ceux et celles qui étaient proches de l’Annonciade, l’ordre religieux qu’elle fonda à la fin de sa vie, elle demandait d’êtres des artisans de paix dans leur milieu de vie. Elle-même en a donné l’exemple. 

            Le souci de la paix, le souci de construire un climat de paix, habite le cœur de sainte Jeanne. Pour elle, le moindre petit geste de paix, de charité, sert la vie. Dans ce qui est infime, fragile, dans l’insignifiant elle reconnait le don de Dieu. De plus, elle désire que tous aient ce souci de la paix. Voilà pourquoi, elle « recommandait, dit la Chronique de l’Annonciade, d’être patients dans l’adversité et pacifiques envers le prochain, de n’être ni des mécontents, ni des détracteurs ».

Ce souci de maintenir la paix là où elle vit, Jeanne l’a reçu de la Vierge elle-même. Nous le savons grâce à son confesseur, le père Gabriel-Maria (franciscain) qui rapporte, dans un de ses écrits, les paroles de la Vierge à Jeanne :

Ste Jeanne de France & 10 vertus.jpg« Tu chercheras à établir la paix entre tous ceux au milieu desquels tu habites. Tu ne diras rien d’autre que des paroles de paix, soucieuse du salut des âmes. Tu n’écouteras pas les paroles médisantes, lui avait dit la Vierge, et dès que tu verras quelques pécheurs, tu diras dans ton cœur : il faut sauver ces pauvres gens. Car Dieu a permis qu’ils pèchent en ta présence pour voir, Lui, Dieu, comment tu voudrais prier pour eux et quel labeur tu entreprendrais pour les sauver. Excuse-les auprès de Dieu afin d’être comme je te l’ai dit l’avocat et le défenseur de tous. »  

Voilà pourquoi elle recommande à ses filles de garder la paix entre elles :

« Le Christ a établi son « Tabernacle dans la paix ». Que les sœurs fassent donc tous les jours le « sermon de la paix », c’est-à-dire, qu’elles établissent toujours la paix entre les sœurs, réconciliant celles qui seraient en contestation, les excusant toutes et se faisant toujours les avocates de la paix ».

Pourquoi cela ?

« Parce que, répond le père Gabriel-Maria, le Christ est l’auteur de la paix, c’est Lui qui l’a donnée et Lui qui l’a prêchée. » En effet : « c’est ma paix que je vous donne » dit plusieurs fois Jésus dans l’Évangile : au Cénacle, avant sa Passion ; et après sa Résurrection.

Pour Jeanne comme pour le père Gabriel-Maria, nos paroles doivent construire un climat de paix, et non de division. Dans un sermon sur les vertus de la Vierge Marie, il écrit :

« Se garder d’entendre mal parler ou de critiquer quoi que ce soit car ce serait contre la vertu de vérité. Bien souvent ces paroles de critique ne sont pas vraies. Il nous faut fuir de telles paroles… Que nos paroles soient nécessaires pour le prochain ! Si la parole est de nul profit, nous perdons notre temps… » Ainsi : « Que toutes paroles ne soient qu’amour et charité. Avoir toujours paix en son cœur : ce qui est le vrai repos de l’âme. »

(Sources : Jeanne et la paix | L'Annonciade : https://www.annonciade.info/2018/01/jeanne-et-la-paix/)

 

Humblement, dans le silence de mon cœur…

T : Bhx Marie-Eugène de l’Enfant Jésus
M : Fr. Jean-Baptiste de la Sainte Famille, ocd

R : Humblement, dans le silence de mon cœur,
je me donne à toi, mon Seigneur. 

  1. Par ton amour, fais-moi demeurer humble et petit devant toi. 
  2. Enseigne-moi ta sagesse, Ô Dieu, viens habiter mon silence.
  3. Entre tes mains, je remets ma vie, ma volonté, tout mon être. 
  4. Je porte en moi ce besoin d'amour, de me donner, de me livrer, sans retour.
  5. Vierge Marie, garde mon chemin dans l'abandon, la confiance de l'amour.

 

 

La prière de bénédiction de saint François d’Assise

François écrivit des Louanges de Dieu et la bénédiction à fr. Léon pour chasser une tentation qui assaillait frère Léon. On peut dater cet écrit de septembre 1224. 

Prière Bénédiction St François d'Assise.jpg

Bénédiction 

1 Que le Seigneur te bénisse et te garde ; que le Seigneur te découvre sa Face et te prenne en pitié ! 2 Qu’il tourne vers toi son Visage et te donne la paix ! 3 Que le Seigneur, frère T Léon, te bénisse !

Signature de François, le signe Tau, en forme de T majuscule, traverse le prénom de Léon en témoignage de bénédiction.

Septembre 1224 – Traduction : Damien Vorreux (1996)

(Sources : http://ecole-franciscaine-de-paris.fr/louanges-de-dieu-et...)

 

Sandrine Treuillard
Chargée de mission pour la Fraternité Eucharistique (catholique)
de l'association œcuménique & interreligieuse Artisans de Paix : http://www.artisans-de-paix.org/

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24.10.2018

Audition (PMA/AMP) de La Manif Pour Tous à l'Assemblée Nationale - 24/10/2018 : Texte intégral de l'exposé

 

Vidéo sur Périscope : Audition de La Manif Pour Tous à l'Assemblée Nationale - 24/10/2018

 

Texte intégral de l’exposé

1 – La question qui nous est posée

Toutes les 40 secondes en moyenne, un bébé vient au monde en France. Même lorsqu’il naît d’un couple homme-femme uni au moment de la naissance, nul ne sait si quelques mois ou quelques années plus tard, il ne vivra pas, par exemple, avec un seul de ses parents ou l’un de ses parents et un autre conjoint, de sexe différent ou de même sexe.

Depuis toujours en effet, des enfants ont été élevés par leur mère seule ou par l’un de leur parent et un « beau-parent », ce qu’on appelle aujourd’hui des familles monoparentales, recomposée ou homoparentale.

Ce sont là des faits, qui n’ont rien de nouveau : une réalité, que nul ne peut contester.

Nous commençons par là pour souligner un point essentiel : la question qui nous est posée aujourd’hui sur l’éventuelle extension de l’assistance médicale à la procréation aux femmes seules et aux couples de femmes n’a rien à voir avec cela. Il ne s’agit pas de parler des familles monoparentales, recomposées ou homoparentales. La question n’est pas celle-ci. Et d’ailleurs nombre de déclarations politiques et médiatiques sont trop souvent à côté de la question en jeu. Il ne faut pas se tromper de sujet !

La question qui nous est posée, la seule, c’est de déterminer si nous pouvons – en termes d’égalité, de justice, d’éthique – décider de priver délibérément, sciemment, des enfants de père dès avant leur conception :

Est-il envisageable qu’une société décide de créer volontairement les conditions qui feront que des enfants naissent de père inconnu ? des enfants qui seront privés de père toute leur vie !

Autrement dit peut-on dire qu’avoir – ou ne pas avoir – de père est sans importance, indifférent dans la vie d’un enfant ?

Alors que tous les enfants ont un père et une mère – qu’ils connaissent leur père ou non, qu’ils vivent avec lui ou non – peut-on considérer que les enfants nés de AMP, eux,pourraient être volontairement privés de père ?

Pour le dire autrement, les enfants nés de PMA n’auraient-ils pas les mêmes droits que tous les enfants ?

Peut-on aller, en somme, à l’encontre de l’article 1 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen selon lequel « les hommes naissent libres et égaux en droits » ?

 

2 – Que représente le fait de naître de père inconnu ?

Pour chercher des réponses objectives à cette question, nous avons deux possibilités :

La première serait de s’appuyer sur des études scientifiques. Malheureusement, le CCNE nous dit lui-même, dans son avis n°126, que « les études sur le vécu des enfants nés ou non d’IAD dans des familles homo- et monoparentales a fait l’objet d’études récentes, mais souvent entachées d’erreurs méthodologiques et dénuées de pouvoir statistique ».

Cette absence d’études fiables devrait au moins nous inciter à appliquer le principe de précaution, c’est-à-dire à ne pas avancer en l’absence de certitudes étant donné le risque d’injustice pour l’enfant.

Il y a cependant une seconde possibilité, qui est de nous appuyer sur l’expérience humaine.

Nous pensons d’abord aux enfants adoptés. S’ils ont été adoptés, c’est parce qu’ils ont d’abord été orphelins. Parce qu’ils sont nés à l’étranger dans des contextes difficiles, ou parce qu’ils sont nés sous X en France, un certain nombre ne savent rien de leurs parents d’origine. Or, nous constatons que nombre d’entre eux, alors qu’ils ont été adoptés par des familles aimantes, recherchent leurs origines.

Cette quête peut envahir toute leur vie, parfois même jusqu’à l’âge adulte. Je me souviens de Lucas, un homme de 65 ans, né et adopté en France, qui avait pu compter chaque jour de sa vie sur l’amour de ses parents adoptifs, et qui me racontait, les larmes aux yeux, le vide qu’il ressentait en lui-même, le fait qu’il ne pouvait se rattacher à rien ni personne, qu’il ne pouvait se connaître vraiment. De fait, le CCNE indique que la connaissance de ses origines est « un élément structurant de l’identité des personnes ».

D’autres cas, plus proches encore de la question qui nous intéresse, sont ceux des enfants nés d’une insémination avec donneur.

Les premiers enfants nés à l’issue d’une IAD ont aujourd’hui plus de trente ans. Nous avons donc du recul à ce sujet. Et le fait est que nous savons que c’est une source de souffrance pour un certain nombre d’entre eux, au point qu’ils ont constitué des associations pour mettre fin à l’anonymat des donneurs, pour qu’il n’y ait plus d’enfants qui, par décision de la société, naissent d’un inconnu.

Leurs nombreux témoignages sont éloquents. Ils emploient souvent les termes d’ « abîme », « flottement », « exclusion », « solitude », « torture psychologique », etc.

Nous ne pouvons donc prétendre qu’être né d’un inconnu est indifférent.

Reconnaissons-le, nous tous présents dans la salle ou suivant nos débats en vidéo, personne ne peut souhaiter à quelqu’un de naître de naître d’un inconnu.

Alors, pourquoi provoquer volontairement de telles situations ?

 

3 – L’absence de père est-elle sans importance pour l’enfant ?

Cependant, les enfants nés d’une AMP avec IAD, jusqu’à présent, ont bien toujours un père qui les élève, un père « social » comme on dit, puisque l’encadrement de l’AMP la réserve depuis la 1e loi de bioéthique de 1994 aux couples homme-femme.

Mais si l’assistance médicale à la procréation était ouverte aux femmes seules et aux couples de femmes, les enfants concernés vivraient en outre une absence totale de père : pas de présence paternelle, pas d’amour paternel, pas de père du tout.

Certes, nous comprenons tous la puissance du désir d’enfant. Et nous sommes convaincus qu’une femme seule ou un couple de femmes apporteront de l’amour à l’enfant, qu’il sera choyé. Mais l’amour répond-il à tous les besoins d’un enfant ?

La réponse est négative puisque, déjà, nous venons de voir que même élevés par des parents aimants, les enfants nés d’un don anonyme se posent des questions existentielles, parfois même envahissantes.

Mais allons un peu plus loin :

Se pose en effet la question du père : est-il important pour l’enfant ? Compte-t-il dans la vie d’un enfant ? Ou peut-on dire qu’un père peut être remplacé par une mère – ou deux mères ? Suffit-il d’aimer un enfant pour remplacer son père ?

Ces questions nous renvoient en fait à la différence père-mère et donc à la différence homme-femme, c’est-à-dire à la différence des sexes et même, pour creuser un peu plus la question, à l’identité sexuelle. Est-elle importante, pour nous-mêmes ? pour notre entourage, pour nos enfants, pour leur construction psychique ?

Le sexe, nous le savons bien, est une dimension fondamentale de notre être. Il n’est pas possible de balayer d’un revers de la main l’importance de l’identité sexuelle, et par suite l’importance incontournable de la différence des sexes.

Et c’est bien pourquoi père et mère diffère l’un de l’autre, non d’une simple altérité, mais bien d’une altérité sexuelle.

La paternité et la maternité sont différentes, et elles sont complémentaires l’une de l’autre.

Un père, évidemment, peut remplir les mêmes tâches qu’une mère, et réciproquement. Mais ce n’est pas le sujet.

La véritable question est beaucoup plus profonde que cela et il est clair que la manière d’être à l’enfant, d’être en relation avec l’enfant, diffère entre la mère et le père. Cela explique aussi que l’enfant a éminemment besoin de chacun de ses parents : il a non seulement besoin de connaître ceux dont il est né, mais aussi d’être en relations avec eux,proches d’eux, autant que faire se peut.

Il est d’ailleurs des réalités sur lesquelles il est bien difficile de mettre des mots, et parler de ce qu’est un père, ou une mère, en fait partie. Mais cela n’empêche pas de vivre cette réalité au plus profond de son cœur et de reconnaître que, s’il est difficile de définir ce que représente un père pour chacun d’entre nous, il nous est plus aisé de savoir qu’il est le plus souvent irremplaçable.

Alors nous entendons dire, parfois, qu’un grand père, par exemple, pourra tenir le rôle de « référent masculin » auprès de l’enfant.

Ce besoin de proximité avec des personnes des deux sexes est donc bien identifié par tous.

Cependant, cette idée d’un référent masculin ne tient pas, d’abord parce qu’un « référent masculin » ne fait pas un père : un grand-père, un oncle, un ami a sa propre vie, ses responsabilités, sa famille, etc.

D’autre part, si l’on étend l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules, il y aura donc des familles dans lesquelles, au bout de quelques années, il n’y aura pas de grand père.

C’est en somme une réflexion de court terme de dire qu’un « référent masculin » tiendra la place du père.

Et j’ajoute que la proximité et la légitimité d’un père sont particulières auprès de l’enfant. Quelle légitimité a un ami, par exemple, au moment de l’adolescence, période de contestations et remises en cause parfois très vives ?

Un « référent masculin », n’est-ce pas une illusion ?

Nous nous félicitons d’ailleurs, aujourd’hui, et à juste titre, de voir que des pères s’occupent beaucoup plus qu’auparavant de leur enfant. Ces « nouveaux pères » sont une bonne nouvelle pour les enfants, comme pour les mères et l’ensemble de la société.

Or notre réaction commune, très positive à ce phénomène nouveau dit bien que nous savons, profondément et intuitivement, toute l’importance des pères.

A contrario, la Cour de cassation, dans un arrêt du 14 décembre 2017, tout récent donc, a jugé qu’être privé de père est un « préjudice d’affection ». Elle soulignait que l’enfant concerné dans l’affaire, dont le père était mort d’un accident pendant la grossesse de sa mère, « souffre à l’évidence de l’absence définitive de son père ». Et encore, dans ce cas, l’enfant sait au moins qui était son père, connaît sa filiation et sa famille paternelle !

De fait, nous constatons combien l’absence de père pose problème. La magistrate Dominique Marcilhacy indique, par exemple, que 80% des mineurs qui passent au tribunal en comparution immédiate n’ont pas ou plus de lien avec leur père.

Quant au phénomène de délinquance grandissante des mineurs – bien connu des services de police et de justice et qui a défrayé la chronique ces derniers temps, n’est-il pas,justement, à mettre en relation avec l’absence, la démission ou l’impossibilité de nombre de pères d’assumer leur rôle – pour diverses raisons ?

 

4 – Peut-on éviter la commercialisation des gamètes si on étend la AMP ?

Nous souhaitons maintenant aborder la question des gamètes.

Nous savons tous que la France manque de gamètes disponibles pour l’assistance médicale à la procréation : la France plafonne à 300 donneurs par an. Cette insuffisance est telle que les 3,9% de couples ayant besoin d’un don de sperme dans le cadre d’une AMP peuvent attendre jusqu’à 2 ans pour en bénéficier, alors que l’âge est un facteur clé du point de vue de la fécondité. Quant aux campagnes de communication sur ce sujet, dont la dernière en 2017, on sait qu’elles ont peu d’impact.

Or il est évident qu’étendre l’AMP aux femmes seules et aux couples de femmes nécessitera beaucoup plus de gamètes puisque, au contraire du couple homme-femme pour lequel c’est exceptionnel, 100% d’entre elles auront besoin d’apport de gamètes. La situation changerait donc radicalement au regard des besoins en gamètes masculines.

Alors comment ferions-nous ?

Le CCNE met pour condition à l’extension de l’AMP, la diffusion, je cite, « de campagnes énergiques, répétées dans le temps ». Qu’est-ce que cela signifie ? Que les campagnes deviendraient tout à coup 10 ou 20 fois plus efficaces ? Qu’on va mettre la pression sur les hommes ? Qu’on va les culpabiliser de ne pas avoir envie de donner leur sperme ?

Ce n’est ni sérieux, ni crédible !

Alors comment font les autres pays, les quelques-uns qui ont étendu l’AMP aux femmes seules et aux couples de femmes ?

Hélas, le fait est qu’aucun Etat n’a pu maintenir la gratuité des gamètes en ayant étendu l’AMP. En effet, soit les Etats ont rendu les gamètes payants, comme l’Espagne et le Danemark ; soit ils achètent à l’étranger, dans des pays où les gamètes sont rémunérés.

La Grande-Bretagne a ainsi publiquement expliqué, le 31 août dernier, que si les accords sur le Brexit n’incluaient pas aussi l’assistance médicale à la procréation, elle serait confrontée à une pénurie de gamètes parce qu’elle ne pourrait pas continuer à en acheter à d’autres pays. Au passage, elle a précisé qu’elle achetait près de 50% de ses échantillons de sperme au Danemark. Il en est de même pour la Belgique. Nous avons apporté des documents à ce sujet, qui ont été déposés sur vos bureaux.

Etendre l’AMP, c’est démultiplier le besoin en apport de sperme, ce qui conduit au commerce des gamètes.

Or le CCNE souligne lui-même qu’ « une fois le principe de la gratuité rompu sur les gamètes, on voit mal ce qui empêcherait de faire la même chose pour les autres produits et éléments du corps humain, y compris les organes (…) Il existe, comme le montre le marché international du sang et de ses dérivés, des gamètes, ou des mères porteuses, un immense vivier de personnes qui, en raison de leurs difficultés économiques, acceptent de vendre les éléments de leur corps. »

Et le CCNE souligne que ce point « ne peut être ni évacué, ni minimisé ».

Ce point est fondamental et il impose de ne pas être naïfs : si elle étend l’AMP à des femmes fécondes mais ayant besoin d’apport de sperme, la France participera au commerce international des gamètes. Et comme le dit le CCNE, ce seront ensuite les autres éléments du corps humain qui seront concernés.

Voulons-nous de la marchandisation de l’humain ?

Est-ce conforme à nos principes bioéthiques ?

Est-ce conforme à nos valeurs républicaines ?

 

5 – L’encadrement actuel de l’AMP ne pose pas de problème au regard de l’égalité

Le temps nous manque pour développer d’autres points pourtant essentiels pour les générations à venir. Nous pensons à la finalité de la médecine comme à la finalité de notresystème de santé et de l’assurance maladie, lequel est d’ailleurs en difficulté.

Nous préférons insister sur les conséquences de l’extension de l’AMP sur la pratique de l’AMP elle-même :

Les couples homme-femme ne peuvent eux-mêmes recourir à l’AMP qu’à des conditions médicale précises : autrement dit, en l’absence d’une pathologie de la fertilité ou d’une maladie d’une particulière gravité susceptible d’être transmise à l’enfant ou au conjoint, les couples homme-femme ne peuvent accéder à l’AMP.

Il arrive par exemple que des femmes dont le conjoint est décédé, mais dont le sperme a été conservé, réclament ce qu’on appelle une AMP post mortem. Elle n’est pas autorisée à ce jour, justement pour ne pas faire naître sciemment un enfant orphelin de père.

Mais si l’AMP est étendue aux femmes seules, obligera-t-on des femmes veuves à détruire le sperme de leur mari alors qu’elles pourront faire ensuite une AMP seule avec un apport de sperme anonyme ? Non, évidemment.

On voit bien, avec ce seul exemple, que sortir du motif médical pour justifier l’accès à l’acte médical qu’est l’AMP serait un engrenage, lequel rapprocherait d’ailleurs la médecine d’une « prestation de service » suivant l’expression employé par le Conseil d’Etat dans son étude « Révision de la loi de bioéthique : quelles options pour demain ? »

A propos du Conseil d’Etat, nous voulions aussi rappeler qu’il souligne, dans son étude précitée et encore dans un arrêt du 28 septembre dernier, que l’encadrement actuel de l’AMP n’est pas contraire au principe d’égalité et qu’il ne pose pas de problème de discrimination. En effet, écrit-il, « les couples formés d’un homme et d’une femme sont, au regard de la procréation, dans une situation différente de celle des couples de personnes de même sexe (…) La différence de traitement (…) entre les couples formés d’un homme et d’une femme et les couples de personnes de même sexe est en lien direct avec l’objet de la loi qui l’établit et n’est, ainsi, pas contraire au principe d’égalité. »

L’extension de l’AMP, en revanche, créerait des inégalités nouvelles :

–          Entre enfants, les uns ayant un père et une mère, les autres ayant été privés de père par la société

–          Entre femmes et hommes, les unes ayant accès à un mode de procréation qui leur permettrait d’avoir un enfant, les autres non, la gestation pour autrui étant à ce jour interdite en France.

 

6 – La consultation publique et officielle a montré que les Français ne souhaitent pas cette extension

Avant de conclure, nous souhaitons rappeler l’engagement pris par le Président de la République.

Contrairement à ce que nous entendons souvent, pas un mot n’était dit de l’AMP dans la profession de foi d’Emmanuel Macron en vue de la présidentielle : l’extension de l’AMP ne figurait pas dans son programme.

En revanche, dans la dernière ligne droite de sa campagne, puis après son élection, Emmanuel Macron a effectivement exprimé son opinion favorable, mais il a systématiquement précisé qu’il s’agissait de son opinion « personnelle ». Et il a toujours posé plusieurs conditions, dont celle d’un débat favorable. Il disait ainsi, à Têtu, dans une interview du 24 avril 2017 : « Je souhaite qu’il y ait un vrai débat dans la société. Si un tel débat aboutit favorablement, je légaliserai la PMA, mais je ne le porterai pas comme un combat identitaire ».

Or il est de notoriété publique que la consultation légale, publique et officielle des Etats généraux de la bioéthique a montré qu’ « il n’y a pas de consensus », comme l’a souligné à plusieurs reprises le Pr Delfraissy, président du CCNE.

Dans le détail, les Etats généraux de la bioéthique, dans les réunions publiques qui ont eu lieu partout en France, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, dans les auditions (en prenant en compte la représentativité des organismes auditionnés), comme sur le site internet de consultation en ligne, ont montré que seule une minorité est favorable à l’extension de l’AMP.

Et en ce qui concerne les sondages, si nous les prenons tous, sans écarter ceux qui ne nous conviendraient pas, nous voyons tout de suite que les Français sont certesspontanément favorables à l’ouverture d’un nouveau « droit », mais quand on leur pose la question concrètement, en incluant l’enfant – premier concerné par l’AMP -, les réponses sont à l’opposé : ainsi, mi-septembre 2018, d’après un sondage IFOP, 82% des Français estiment que « l’Etat doit garantir à l’enfant né par PMA le droit d’avoir un père et une mère ».

Nous avons apporté des documents à ce sujet, qui ont été déposés sur vos bureaux.

 

Conclusion

Toutes les instances publiques qui ont réfléchi sur l’éventuelle extension de l’AMP constatent l’ampleur de ses implications et de ses risques.

Leurs préoccupations, qui rejoignent les nôtres, portent sur des questions essentielles, sans réponses à ce jour. Cela explique, naturellement, qu’aucune institution n’ait déclaré que l’extension de l’AMP est une nécessité et encore moins qu’il y aurait urgence à la légaliser.

En outre, comme l’a déclaré le président du CCNE, « il n’y a pas de consensus » sur ce sujet. Il n’existe même dans aucun secteur de la société. Là aussi, nous avons apporté des documents à ce sujet, qui ont été déposés sur vos bureaux.

Au contraire, la consultation publique et officielle, d’une ampleur inédite, a montré la volonté massive de respecter les droits de l’enfant, la finalité de la médecine et la protection du principe de gratuité des éléments du corps humain.

J’ajoute que nous qui vivons, pour l’immense majorité, le confort de connaître nos origines paternelles et maternelles, nous avons sans doute un devoir de courage pour protéger les enfants d’un projet qui priverait délibérément, sciemment, volontairement certains d’entre eux de père.

La société ne peut pas dire, d’une part, que les femmes ne peuvent pas se passer d’enfant et, d’autre part, que les enfants peuvent se passer de père !

En effet, les enfants nés par PMA ont les mêmes droits que tous les enfants.

Il semble donc raisonnable de reporter toute initiative qui remettrait en cause l’encadrement de l’accès à l’assistance médicale à la procréation.

Un renvoi du débat sur la PMA en l’absence de père pour l’enfant permettra de poursuivre sereinement, et à l’abris de toutes polémiques, les échanges sur les nombreuses implications soulevées et soulignées par toutes les parties prenantes ; ce report donnerait en outre le temps au gouvernement de poser des actes forts attestant d’une opposition réelle et d’une lutte effective contre la pratique des mères porteuses.

Au-delà des différents avis sur la PMA en l’absence de père, nous partageons tous la crainte de l’engrenage qui conduirait de la PMA sans père à la GPA, celle-ci étant même déjà présente sur la scène pubique.

On nous dit que la PMA sans père n’entraînerait pas la GPA. Avant toute chose, des actes sont attendus.

Merci de votre attention.

Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif Pour Tous

 

01.10.2018

Que le règne eucharistique du Christ arrive ! Conférence intégrale du P. Nicolas Buttet - SC Montmartre

À l'occasion de la Nuit d'Adoration au Sacré-Cœur de Montmartre du 20-21 avril 2018 voici la Conférence du Père Nicolas Buttet intégralement retranscrite (d'après l'audio sur YouTube), fondateur de la Fraternité Eucharistein — du samedi 21 avril 2018 — invité par Gino Testa du Groupe de prière Padre Pio de Paris — à la suite de celle (Le 'chant' du P. Eymard - Sa dernière retraite, son testament spirituel) du Père André Guitton, sss (Congrégation du Saint-Sacrement), biographe de st Pierre-Julien Eymard (communauté des Pères du Saint-Sacrement, Chapelle Corpus Christi - 23 av. de Friedland - Paris 8).

Dans cette conférence, le p. Nicolas Buttet nous donne sa vision du premier Saint Patron (des 4) de la Fraternité Eucharistein, S. Pierre-Julien Eymard. Pour lui c'est "vraiment le grand prophète de l'Eucharistie". Il s'en explique au cours de son exposé.

Le désenveloppement du Mystère

Portrait seul.jpgTrès heureux de vous retrouver. Merci cher Père Guitton pour cette présentation si touchante de ce prophète de l'Eucharistie. Je pense que Pierre-Julien Eymard est vraiment le grand prophète de l'Eucharistie. Et vous savez que dans l'histoire de l'Église on appelle cela le 'désenveloppement du Mystère'. Tout est donné au départ, dans la personne de Jésus et, on le sait, la révélation s'achève avec la mort du dernier apôtre. Donc tout est dit. Mais là, les choses se désenveloppent, prennent une tournure particulière. Je vous parlais hier du Sacré Cœur. Il est bien là, ouvert sur la Croix, toute la dévotion se trouve là, il y a des textes merveilleux… Mais finalement c'est au XIIème XIIIème siècle avec sainte Gertrude d’Helfta, sainte Metchilde de Hackeborn, sainte Metchilde de Magdebourg, Hildegarde de Bingen, où tout d’un coup le Sacré Cœur prend une première… Il y a une scène très belle où Hildegarde de Bingen voit le Sacré Cœur de Jésus, repose sur le Sacré Cœur de Jésus, et elle voit saint Jean. Et elle dit à saint Jean : « Tu es un petit cachotier ! Je suis sûre que quand tu as posé ta tête sur le Sacré Cœur de Jésus tu as dû sentir l’amour fou qu’il y avait dans son Cœur, et tu ne nous as rien dit ! Tu es un petit cachotier ! » Alors, saint Jean lui dit : « Effectivement, j’ai senti cet amour fou dans le Cœur de Jésus, mais Dieu m’a confié la mission d’annoncer le Verbe fait chair. Quant aux secrets insondables de son Cœur, ils sont réservés aux temps où la charité se refroidira sur la terre. » Et donc, ça va être Marguerite-Marie Alacoque qui va recevoir cette dévotion au Sacré Cœur. Et puis on va voir que cette dévotion va se concentrer, se cristalliser, s’incarner, si j’ose dire, autour du Christ Eucharistique. Puisque c’est le Cœur Eucharistique de Jésus qui va être la grande dévotion de la fin du XIXème siècle mais un peu brève, malgré tout. Et saint Pierre-Julien Eymard en fait partie, avec tous ses amis, avec Émilie Tamisier, avec le Père Antoine Chevrier, avec le Curé d’Ars… Ils étaient tous copains, c’est incroyable, il y avait une collection de saints qui se côtoyaient et qui priaient ensemble qui était absolument extraordinaire, hein ! C’était les potes de Jésus qui s’étaient rassemblés et ils voulaient annoncer. Ça, c’est important, c’est une belle leçon parce que dans des moments de tiédeur et de froideur Dieu veut vraiment rassembler ses amis pour nous donner le feu et nous donner la grâce d’évangéliser. Et puis tout d’un coup, on va voir que quand on va plus profondément dans ce Cœur de Jésus, on a la Miséricorde et c’est saint Faustine. Finalement toute la révélation de sainte Faustine se joue autour de Jésus Eucharistie. Et je vous disais hier soir cette phrase qui me touche beaucoup : « Dis bien au monde entier qu’il n’y aura pas de paix sur la terre si l’on ne vient pas à ma Miséricorde et le trône de ma Miséricorde c’est le Saint Sacrement. » Donc : « Dis bien au monde entier qu’il n’y aura pas de paix si l’on ne vient pas au Saint Sacrement. » Et donc les prophéties du Père Pierre-Julien Eymard sur la conversion de la France, de l’Europe, sur la nécessité absolue de l’adoration, sur la grâce de l’adoration pour transformer le monde, qui est pris dans la tiédeur et dont les âmes se croient ferventes et qu’elles ne le sont pas parce qu’elles n’ont pas établi leur trône en Jésus Eucharistie… eh bien !, c’est vraiment maintenant que ce temps est là. Il nous est donné maintenant. Et avec cette Miséricorde qui jaillit du Cœur de Jésus. Et pour moi, cette prophétie de Faustine et cette prophétie de saint Pierre-Julien Eymard, est aussi importante que celle de Fatima, voyez-vous. Quand Marie dit, en 1917, que si on ne va pas se convertir, une guerre plus grave encore éclatera sous le pontificat de Pie XI… On est encore à l’époque du pape Benoît XV, Pie XII arrivera en 1922 sur le siège de Pierre, il mourra en 1938, et c’est vrai que la guerre éclate sous le pontificat de Pie XI, juste avant son décès. Marie annonce cela en 1917, et donc, à part Marie et le Ciel, personne ne peut savoir le nom du prochain pape, et elle l’annonce clairement, avec un signe aussi cosmique, qui aura lieu au début de l’année 1938, une lueur dans le ciel qui se verra de manière assez extraordinaire dans le monde un peu partout. Parce qu’on n’aura pas écouté Marie, on aura cette tragédie, voyez-vous.

Toute prophétie est conditionnelle, soumise à la liberté des hommes

ND d'Akita -sang.jpgToute prophétie est conditionnelle, soumise à la liberté des hommes. Ninive se convertit, l’Europe ne se convertit pas. Voilà. Et aujourd’hui, le pape François a beaucoup insisté sur le lien entre Fatima et Akita, et donc, c’est quelque chose d’assez important, ce lien entre Fatima et Akita. Notre-Dame d’Akita a été reconnu par l’Église en 1984 et 1988 par le cardinal Ratzinger à Rome. C’est chez les Servantes Eucharistique du Sacré-Cœur, en montrant qu’il faut prier Jésus Eucharistie. Donc, au cœur du renouveau du monde, au cœur du renouveau de notre vie personnelle, au cœur de la guérison du monde, il y a Jésus Eucharistie. Il fallait être fou de la part de Jésus, de se rendre présent dans cette vulnérabilité-là, vous voyez… Bien sûr, c’est Dieu transcendant qui est là, mais c’est le bébé de Marie, c’est le vrai corps que Marie a porté dans ses bras, c’est ce Jésus qu’elle a touché, qu’elle a caressé, qu’elle a pris, et Joseph, et le vieillard Siméon : « Oh qu’il est chou ce petit bébé ! » Et c’est l’émerveillement des bergers à la crèche, voyez-vous… C’est ça ! l’Eucharistie. Alors on a tellement pris de la distance avec l’Eucharistie… On ne dérangeait pas le ‘Divin Prisonnier’. « Interdiction… » Un prêtre a écrit à son évêque : « Interdiction de déranger le Divin Prisonnier. » À un moment donné on interdisait de le toucher avec les dents. Or, comme je l’ai dit hier, le mot ‘trogein’ en grec, c’est ‘broyer avec les dents en faisant du bruit’. Et on est arrivé à dire que c’est un péché mortel de toucher avec les dents l’Eucharistie. Mais comment a-t-on pu vouloir tenir à distance ce Dieu qui se fait si proche, jusqu’à se faire manger et « descendre dans les latrines de notre corps »[i] ?
Comment a-t-on pu faire pour ne pas rentrer dans la logique évangélique et dans la logique eucharistique d’un Dieu qui s’abaisse et qui est l’ultime point de l’abaissement de Dieu ? Seule l’humilité pouvait descendre plus bas que le péché. Et l’humilité c’est Jésus à l’Eucharistie. C’est de là qu’Il vient nous rechercher, c’est de là qu’Il vient nous empoigner. C’est là qu’Il vient relever chacune et chacun d’entre nous et qui vient transformer le monde.

Repenser l’Eucharistie avec la théologie mystique des saints

Gaudate & exsultate.jpgAlors je pense qu’il va falloir repenser l’Eucharistie. Non pas partir de l’acte pur de la transcendance absolue et des concepts philosophiques et même théologiques sur Dieu. Il y a une théologie mystique qui est plus grande encore que la théologie spéculative, qui est la théologie des saints qui nous apprend le vrai mystère. Et Pierre-Julien Eymard est vraiment ce grand prophète de cette théologie mystique. J’en pleurais de joie quand je relisais le dernier texte du pape François (La joie et l’allégresse Gaudete et Exsultate). C’est ce qui manquait à l’Église, depuis des siècles, si j’ose dire. Les papes se sont exprimés avec beaucoup de ferveur, de justesse, de dévotion, d’intelligence et de piété aussi, sur des grands mystères de la foi, mais personne n’avait écrit une encyclique de théologie mystique. C’est-à-dire, d’une véritable théologie des saints. Qui est la science suréminente. Quand on fait de la théologie ont dit que tout est subordonné à la théologie des saints. C’est la science par excellence. On l’a complètement écarté de notre vision théologique. On n’osait même pas en parler parce que ça ne faisait pas scientifique. Mais on s’en fout ! L’important c’est de rencontrer Dieu dans son vrai mystère tel qu’Il s’est révélé à nous. Et la théologie des saints est là, dans cette délicatesse, voyez-vous… Et je vous parlais hier de Jésus qui débarque du tabernacle pour aller trouver sœur Faustine dans sa chambre… C’est ça la théologie mystique… Mais… Il veut être avec nous, Il demeure avec nous. Sa souffrance, c’est de ne pas être avec nous. Un ami chilien me racontait cette histoire, liée à S. Padre Pio, d’ailleurs : il y avait un camionneur qui faisait la traversée de la grande transaméricaine, la grande route qui traverse toute l’Amérique latine, et tout à coup il voit un type en train de faire du stop au bord de la route. Il s’arrête, il prend le gars. Le gars dit : « Vous voyagez toujours seul comme ça ? » « Je ne suis jamais seul ! » et il montre la photo de Padre Pio et dit : « Il est toujours avec moi, Padre Pio, on est toujours ensemble. » D’un coup, il n’y avait personne sur la route, et le camionneur se met à klaxonner très fort. L’autre dit : « Mais qu’est-ce que vous faites ? Il n’y a personne, il n’y a rien ! » Il répond : « Non, mais il y a une église, là-bas, il y a le clocher, alors je sais que Jésus est seul. Alors à chaque fois que je vois une église je klaxonne pour lui dire : « Hello, Jésus, c’est moi ! », je n’ai pas le temps de m’arrêter, mais je lui fais coucou, puisque tout le monde l’oublie ! » Le gars dit : « Arrêtez tout de suite ! » « Pourquoi ? » « Je suis le curé de la paroisse, je quittais le sacerdoce, je partais, je fuyais… Il faut que je retourne dans ma paroisse ! » Vous voyez la Providence de Dieu ?! Ça, c’est la tendresse de Dieu, vous voyez. Lui, il fait son coup de klaxon à Jésus.

Enfant Jésus au tabernacle.jpgEt c’est ça : Un jour une maman rentre dans une église, elle arrive avec son enfant et lui dit : « Tu vois, là-bas, c’est la petite maison de Jésus, et la petite lumière rouge ça veut dire qu’Il est là. Alors on va faire silence, on va parler à Jésus. » Au bout d’un moment le petit garçon dit : « Maman, c’est quand que c’est vert, qu’on peut repartir ? » Je suis sûr que Jésus à craqué, vous voyez… Voilà… Comment nous rentrons dans cette proximité, cette intimité de Jésus. Avec nous. Vous savez, on accueille chez nous (à la Fraternité Eucharistein, note de La Vaillante) des jeunes traversés par l’alcool, la drogue, la dépression, la violence. Et c’est Jésus Eucharistie qui les guérit. C’est Jésus Eucharistie qui les transfigure. On a une fille qui à douze ans est partie dans la rue : la drogue, la prostitution, le sado-masochisme… enfin, un peu tout, comme ça… qui débarque chez nous à 19 ans, dans un état !…, mais complétement cassée, bourrée de phobies. Tout d’un coup elle découvre Jésus Eucharistie. Je peux vous dire que quand elle va rencontrer Jésus, mais c’est quelque chose ! C’est son Amour. C’est sa force. Elle est prise de combats, de tentations… Elle dit : « Mais c’est Jésus qui me tient. » Et sa communion…! Elle veut recevoir Jésus.

Trek en Chine.jpgJ’étais en Chine, l’année dernière… On rencontre un gars qui faisait du trekking. On marche dans les montagnes, on visite des communautés chrétiennes du côté du Tibet… Et un gars me dit : « Ah, j’ai appris que vous traversiez la montagne… Je ne connais rien. Est-ce que je peux marcher avec vous ? » Je me dis : c’est un flic camouflé, je suis sûr qu’il va nous surveiller… Comment je vais faire pour lui dire que ce n’est pas possible ? Et en fait, je sonde un petit peu mes amis chinois aussi. Ils me disent, non, il n’est pas de la police, tu peux être confiant. Et je ne lui dis pas qu’on était chrétien. Je lui dit qu’on est des trekkers, on est des marcheurs, comme ça… Et puis on part dans la montagne. C’est trois jours de marche dans la montagne. Le premier soir, on a la messe le soir et un temps d’adoration en pleine nature, à 4000 mètres d’altitude. Et lui, là, vient vers moi et me dit : « C’est quoi ce que vous avez fait ?! » Et je réponds : « Je ne t’ai pas dit avant le départ, mais on est chrétien… » « Oui, mais c’est quoi, cette chose ronde qui est là-bas ?! » « Eh bien je vais te dire : c’est mon Dieu. » Et il se met à pleurer et il me dit : « Mais il m’a parlé, tu sais ?… Il m’a dit qu’Il m’aimait. » Et alors on est arrivé à un petit village, on a fait une nuit d’adoration. Il a passé la nuit entière devant Jésus. Il était là, il ne bougeait pas. Le lendemain matin, il me dit : « Comment on fait pour devenir comme vous ? Ça veut dire quoi ? » Alors je lui explique un petit peu… « Alors moi je veux être baptisé ! Il faut que tu me baptises, Nicolas ! » Je lui dis : « Écoutes, là, c’est trop rapide, je ne peux pas faire ça, mais… » Il me dit : « Mais, je peux continuer de voyager avec vous parce que je ne peux pas me passer de Jésus dans l’Eucharistie comme ça ! » Je dis : « Bien sûr, tu vas faire tout le voyage avec nous, tout le pèlerinage. » Et il a été baptisé à Pâques, cette année, et c’était au mois de… On s’est quitté au mois d’août l’année dernière, et il m’a envoyé des photos et derrière il m’a dit : « Y’a une surprise, y’a une surprise, y’a une surprise ! Et à Pâque il m’a envoyé la photo de lui en grand habit blanc, baptisé à Pâques. Il a créé un groupe : Faithbook. Faith ça veut dire ‘foi’ en anglais… Faithbook pour annoncer Jésus Eucharistie. Ça, c’est Jésus Eucharistie, voyez-vous… Ça c’est ce que Dieu nous demande de vivre et de découvrir aujourd’hui.

En quoi Jésus Eucharistie est-il vraiment le lieu d’une guérison pour nous ?

25 mai 2018 P.Buttet Journée Eucharistique StLouis d'A;.jpgAlors c’est un petit peu ce dont je vais vous parler maintenant… j’ai pris un peu de temps en introduction, mais… en quoi Jésus Eucharistie est vraiment le lieu d’une guérison pour nous ? Première chose, d’abord je crois qu’on est très obsédés par la santé aujourd’hui. Je ne sais pas si vous avez remarqué, on est très, très pris par la santé. Mais en fait, en latin, dans différentes langues, en italien, en espagnol, dans les langues latines le mot santé et salut viennent d’une même origine, d’une même étymologie. Et finalement, quand on a perdu le sens du salut, on s’est obsédé de la santé. On se dit, au Nouvel An : « Bonne santé ! » On peut mourir en bonne santé, mais être damné… Et on peut mourir très malade et être sauvé. Ce qui est important de noter c’est le bon salut. Parce que quand on dit ‘salut’, ça veut dire je te souhaite le Salut : la vie éternelle, qui peut comprendre la santé mais qui est d’abord la vie éternelle, le salut de l’âme. Et donc je pense que l’adoration eucharistique nous remet en face de l’essentiel, redit au monde qui a perdu le sens de Dieu : « Mais, retrouve le sens de Dieu, retrouve tout ce qui est important pour toi. » Dans l’Écriture sainte, voyez-vous, ce qui est important ce n’est pas d’être en bonne santé ou d’être malade. Et même pas d’être mort ! Jésus parle à des morts : « Lazare, sors ! » ou « Talita kum ! » « Je dis : lève toi ! » Et puis il ne parle pas à des vivants : à Hérode, à ceux qui le frappent… parce qu’ils sont déjà morts… dans leur cœur. La mort et la vie ne sont pas les mêmes frontières que pour nous. La santé et la maladie ne sont pas les mêmes frontières que pour nous. J’allais dire même mieux que ça : Jésus nous rejoint dans nos vulnérabilités, notre péché.

Moïse doux.jpgIl y a une scène étonnante dans l’Écriture sainte : c’est Moïse qui négocie avec le Bon Dieu la mission que Dieu lui a confiée, d’aller libérer son peuple, de collaborer à la libération du peuple. Alors, Moïse dit d’abord : « Je suis âgé, je suis à la retraite, je ne peux pas ! » Dieu dit : « Non, ça ce n’est pas une bonne raison. » Alors Moïse dit : « J’ai un casier judiciaire en Égypte, ça ne se fait pas, il n’est pas encore périmé… » Et après il dit : « J’ai un problème : tu me demandes d’être ambassadeur et j’ai la bouche pâteuse. » Sans doute un bégaiement… Dieu dit : « Eh bien ton frère, Aaron, te donnera un coup de main ! » Mais c’est très beau, voyez-vous, l’argument ultime, la souffrance mystérieuse de Moïse, c’est cette bouche pâteuse. Et à la fin quand il meurt sur le mont Nebo quarante ans après, aux portes de la Terre promise, on nous dit qu’il mourut, les traductions disent : « Sur la parole de Dieu, sur l’ordre de Dieu… » Le texte hébreu dit : sur la bouche de Dieu. Et c’est le même mot qui est utilisé quand il dit que la bouche est pâteuse et que la bouche de Dieu le rejoint. Voyez-vous… : Dieu l’a attendu toujours sur cette bouche. L’expérience de sa pauvreté, de sa bouche pâteuse était l’expérience de Dieu qui lui parlait et qui le rejoignait. Ça, ça c’est le christianisme, voyez-vous… Ça c’est la vie avec Dieu. C’est-à-dire que le lieu de la rencontre avec Dieu c’est le lieu de ma propre vulnérabilité. C’est le lieu de ma propre pauvreté. C’est le lieu de mon propre drame. C’est là que Dieu m’attend et c’est là que Dieu me rejoint. Je ne veux pas être trop long là-dessus, il y a plusieurs choses à dire, mais… Voyez-vous, ce que Dieu nous donne, et finalement… c’est là qu’il va falloir venir pour découvrir la tendresse de Dieu et l’amour de Dieu.

Développer aujourd’hui la véritable ferveur eucharistique de Pierre-Julien Eymard

PJE au St Sacrement.jpgEt je pense qu’il va falloir développer aujourd’hui la véritable ferveur eucharistique de Pierre-Julien Eymard : faire travailler le saint Sacrement pour que l’irradiation de la grâce de Dieu se répande partout. Benoît XVI démontre deux drames de notre humanité et de notre christianisme aujourd’hui.

                       1- La gnose : Le salut par la connaissance, par la science, par le savoir. Et on croit que notre connaissance va nous sauver. On croit que notre savoir va nous sauver. Sur le plan mondial, c’est sûr, c’est depuis les Lumières, la science qui doit sauver l’humanité. Quand Condorcet disait : On va progressivement vers un monde… Les dix étapes de l’humanité vers le progrès parfait. L’avenir radieux intra-historique. Enfin, on avait cette idée que le monde est perpétuellement en progrès du bien vers le mieux grâce à la science. Et la science répondra à tous les problèmes. Au XXIème siècle on peut se dire qu’on a manqué le train et que le progrès technique ne signifie pas le progrès humain et progrès d’amour. C’est un échec total. Et les idéologies ont marqué l’échec. Reste qu’on est toujours marqué là-dedans, y compris dans l’Église ! La dernière parole du ‘pape intello’, Benoît XVI : « Ma plus grande crainte dans l’Église aujourd’hui c’est l’intellectualisation de la foi. » Une façon de mettre à distance Dieu par la science et par des théories. Non pas une intelligence de la foi. Une intellectualisation de la foi. L’intelligence de la foi passe par le cœur, par la lumière, par l’expérience. Et les saints ont une intelligence de la foi. Et les plus pauvres ont une intelligence de la foi. Cette fille dont je vous parlais tout à l’heure : elle vient vers moi… textuel, texto, elle me dit : « Putain, j’ai pas dormi de la nuit passée ! » Je dis : « Ah ouais… ! » Elle me dit : « Ouais, mais j’ai parlé avec la Trinité. Toute la nuit ! » Ah, j’dis : « Bien, très bien… » Elle dit : « Mais, putain, c’est un truc de ouf !!! Tu te rends compte : le Père n’aime pas comme le Fils ; le Fils n’aime pas comme le Père ; l’Esprit Saint n’aime pas comme le Père. Chacun aime de manière unique ! J’ai parlé avec les trois l’un après l’autre, mais c’était chaque fois des discussions différentes. Il y avait à chaque fois un amour totalement différent : entre l’amour que le Père avait pour moi ; que le Fils avait pour moi ; que l’Esprit Saint avait pour moi. Et nos discussions étaient complètement différentes avec les trois. » Alors je la regarde, comme, ça… Elle me dit : « J’ai dit une bêtise ? » Je dis : « Non, mais l’Église a mis cinq siècles pour découvrir ça, tu vois, dans les Conciles ? » Juste un petit détail… Et quand elle m’a dit ça, avec le ton avec lequel elle me l’a dit… je ne l’ai pas, le ton… Mais le ton avec lequel elle me l’a dit… mais j’ai découvert quelque chose ! J’avais étudié mes Conciles ! J’avais étudié un peu la Trinité, quand même… Enfin, je connais deux ou trois choses. Je ne m’étais jamais émerveillé à ce point du fait que les Personnes n’aimaient pas de la même manière. Je n’en avais pas pris conscience et c’est lorsqu’elle me l’a dit, que j’ai pris conscience de cette réalité-là, vous voyez… Alors, Dieu veut vraiment renouveler le monde… Première chose la gnose. Deuxième chose…

                                   2ème - Le pélagianisme. Pélage était un moine du IVème siècle, qui, pour faire très bref et pas tout juste, mais enfin ça vous dit un peu les choses… C’est un peu l’idée qu’on se sauve à la force du poignet. Que Dieu nous a tout donné dans notre nature et aussi par le baptême et qu’on n’a plus besoin de ce qu’on appelle la grâce actuelle, c’est-à-dire du secours permanent de Dieu pour vivre. Qu’il suffit de… à nous de travailler au salut. La Gnose était première : c’était le salut par la connaissance. Les premiers chrétiens ont vu que ça ne marchait pas, que les grands savants étaient des crétins et des gens pas du tout charitables. Et donc ils se sont dit : c’est les œuvres qui vont… mais les œuvres par nous-mêmes, à la force du poignet. Et François met cela en lumière depuis le début de son pontificat ; il a dit ça. Mais là, dans son dernier texte, Gaudete et Exsultate, il a mis en lumière le fait que c’est le grand drame de l’humanité : on a jeté de côté la grâce ! On a perdu le cœur du christianisme ! La vie de la grâce, la vie théologale. Or, l’Eucharistie nous oblige à entrer dans la vie de la grâce. Non seulement elle donne la grâce, mais elle contient l’auteur de la grâce ! Seul sacrement qui contient l’auteur de la grâce. Tous les sacrements communiquent la grâce divine, la vie divine, mais l’Eucharistie de manière suréminente et unique, non seulement communique la grâce mais contient l’auteur de la grâce, puisque Jésus y est réellement présent. Donc cela c’est déjà une chose inouïe ! Et ensuite, la vulnérabilité du Christ vient rejoindre notre vulnérabilité, qui est en même temps le Dieu tout-puissant. Donc cette tentation du transhumain, du surhomme et tout ça, elle se réalise dans la pauvreté de ce que le Christ nous révèle de lui-même en son corps eucharistique. Lui, de riche qu’il était s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté. Et dans cette merveilleuse parole du pape Benoît XVI : « Sa façon d’être Dieu provoque notre façon d’être homme. » Il n’est pas le Dieu tout-puissant, car il veut, là… voyez-vous, à la Résurrection, Thomas ne dit pas : « Montre-nous la puissance de ta gloire et qu’on voit en toi le rayonnement cosmique de ta personne ! » Il dit : « Si je ne mets pas la main dans ses plaies, dans ses trous, je ne croirai pas. » On demande de toucher le Christ ressuscité dans ses trous des mains, des pieds et dans sa plaie du côté. Ce qui n’aurait jamais dû être ! Parce qu’un corps ressuscité est beau, n’a plus aucun défaut et il a 33 ans, nous dit saint Thomas d’Aquin. La plénitude de l’âge. Donc, comment se fait-il que le corps ressuscité du Christ ait gardé ses stigmates ? Car c’est là qu’on le rejoint. Et c’est là qu’il nous rejoint. Voyez-vous… Il se garde vulnérable et blessé contre toute logique d’un corps glorieux et les apôtres ne se trompent pas : c’est là qu’ils veulent le reconnaître. C’est là qu’ils veulent le rejoindre. La preuve que tu es ressuscité c’est que tu as encore les trous dans ta chair. C’est extraordinaire… Et la preuve que tu es vivant c’est que tu es dans la vulnérabilité de l’apparence d’un bout de pain et d’un peu de vin. Et là j’y crois ! Là, tu es crédible, Seigneur. Et il faut qu’on ait l’audace et le courage de le rejoindre dans cette même pauvreté. Voyez-vous, on fait des théories, parfois… Oui, bien sûr, c’est le Glorieux, oui, bien sûr, mais rentrons dans la logique de Dieu, dans cette tendresse de Dieu. C’est un prêtre qui disait un jour… Il était ici, à Paris, un certain âge, déjà, alors il dit : « Moi, je passe ma journée à l’église, j’accueille les gens, ceux qui veulent se confesser se confessent, ceux qui ont envie de dire un mot en me parlant… Et puis le reste du temps j’adore Jésus. » Et un jour, une personne vient et lui dit : « Mon Père, vous dormez ! Vous devriez aller vous reposer. » « Oh, il dit, madame, peut-on reprocher à un vieux chien fidèle de dormir aux pieds de son maître ?! » C’est ça, l’Eucharistie. On appelle ça l’adodoration… vous savez… Alors, s’il n’y a que ça, c’est peut-être problématique, mais enfin… !

Adoration et guérison

            Alors, très rapidement peut-être, quelques points qui paraissent importants sur ce rapport, plus spécifiquement, entre adoration et guérison. L’adoration vient au cœur du drame du péché de l’humanité. S. Thomas d’Aquin nous dit que le péché c’est se détourner de Dieu pour se tourner vers la créature. C’est un repliement sur soi. L’homme qui préfère la créature au Créateur, et qui finalement tue en nous le désir de Dieu pour le ratatiner, le réduire au désir de la créature. C’est ça tout le drame de la Création : c’est briser la relation avec Dieu en se repliant sur une fausse relation parce qu’elle n’est pas illuminée par la présence de Dieu.

L’adoration eucharistique nous met en état d’extase, de sortie de soi

Adorateur Carmel Angers.jpgL’adoration eucharistique nous met en état d’extase, de sortie de soi. Elle nous fait sortir de nous. Je vous ai dit hier soir cette intuition plus forte : finalement, l’Eucharistie c’est l’ultime de l’amour humain de Dieu pour nous. Si l’amour est extatique, c’est-à-dire qu’il doit sortir de soi — pas extatique dans le sens un peu mystico-gélatineux du terme où on est collé au plafond… C’est bien si certains sont portés par Dieu là, mais ce n’est pas le but… —, c’est une sortie de soi dans l’amour. Eh bien, quel plus grand amour pouvait-il exister d’un Dieu qui sort tellement de lui-même qu’il se rend présent hors de lui-même, sans se quitter, sous l’apparence du pain, sur la table du Séder pascal, c’est-à-dire du repas de la première pâque que Jésus a célébré avec ses apôtres ? C’est inouï, ça, voyez-vous… Et c’est ça la logique de l’Eucharistie. Elle nous extasie. Vous savez que dans l’adoration regarder l’hostie est très important. Parce que le regard est le sens qui nous extasie. L’ouïe nous enstasie : les sons rentrent en nous, et quand on écoute un concert habituellement on ferme les yeux et on écoute, on laisse entrer la musique en nous… sauf si le violoniste est un artiste, une personne assez éblouissante, ou le pianiste, on voit danser les doigts sur le clavier du piano, alors on est un peu fasciné par ça, mais… Mais pour la musique, fondamentalement, c’est l’en stase, ça rentre en nous. Le regard nous extasie. L’amour nous extasie. L’amour s’émerveille. La beauté nous attire. Le plus beau des enfants des hommes, présent au saint Sacrement, nous extasie. Voyez-vous… Et donc il y a dans l’adoration eucharistique la nécessité du regard porté sur l’Hostie, qui est aussi la logique de l’amour. Des amis me racontaient qu’ils étaient en vacances à Castel Gondolfo, dans la maison du pape qui s’appelle Sainte-Marthe, avec le pape Jean-Paul II. Ils avaient huit enfants, ils avaient mangé à table, le soir, avec Jean-Paul II dont ils étaient proches. Le petit dernier était là, ils l’avaient mis à dormir dans la salle d’à côté dans le petit berceau, parce qu’il était fatigué. À la fin du repas ils disent au Pape : « Écoutez, saint Père, si ça ne vous gêne pas, on va mettre à coucher les enfants et on revient chercher le petit dernier après, comme ça on ne va pas le déranger, on va coucher les aînés d’abord… » « Pas de problème, laissez-le là, dans la salle… » Alors, ils mettent à coucher les enfants, cela prend un certain temps, et quand ils arrivent Jean-Paul II était à genoux, penché sur le berceau et il le regardait. Il dit : « Vous voyez, je m’émerveille ! » L’enfant dormait. C’est ça l’extase, voyez-vous… C’est ça l’amour, c’est ça la logique eucharistique. C’est ça le renversement. L’adoration eucharistique vient au renversement du drame du péché. En nous amenant à passer… à renverser le mouvement du péché qui est un repliement, pour entrer dans une logique d’extase qui est la sortie de soi. L’extase vers Dieu qui nous conduit… « à un exode vers les plaies de nos frères et sœurs », dit le pape François.

De l’extase à l’exode : l’Eucharistie c’est la gratitude

uch beau geste humble, caché.jpgDonc, on passe de l’extase à l’exode qui nous conduit véritablement à un deuxième aspect qui est juste le contraire du péché. Le péché c’est l’ingratitude, le refus de dire merci, le refus de rendre grâce, le refus de se recevoir, le refus de s’accueillir comme un don. Et l’eucharistie c’est la gratitude, c’est dire merci. ‘Eupharisto’ ça veut dire merci. J’étais un jour en Grèce, dans une léproserie. Il y avait là une dame : plus de bras, plus de jambes, plus de nez, plus d’yeux, aveugle… Un corps tout frêle sur un lit, comme une hostie sur un autel. La sœur responsable de ce centre me dit : « Cette dame est en prière toute la journée… Elle ne fait que ça. » Alors moi j’ai craqué : j’ai sauté sur son lit, je l’ai embrassée… Vous pensez, une masse comme moi qui débarque sur le lit… Cette petite dame dont il ne restait plus que le corps et le visage déformés, complètement méconnaissable… Alors, elle était un peu étonnée au départ. Puis la sœur lui explique en grec ce qui se passe à ce moment-là. Et cette dame avec le peu de lèvre qui lui restait, qui avait aussi été rongé par la lèpre, me dit : « Eupharisto… » Ça veut dire ‘merci’ en grec. Eucharistein. Et j’ai compris le sens de tout ça, voyez-vous… Voilà. Tout d’un coup je reconnais.  

            C’est quand même terrible ! : Aujourd’hui, vous allez partout en management, partout en sens du développement personnel, on ne vous parle que de la gratitude, les bouquins sortent partout sur la gratitude. On s’est fait piqué le cœur de notre vie chrétienne ! ‘eucharistein’, ça veut dire merci ! Et on découvre aujourd’hui que, comme par hasard, si l’homme ne dit pas merci, eh bien, il crève ! Si l’homme n’est pas reconnaissant, il en meurt. Dans les bordes d’entreprise, dans les stages de développement personnel, de tous les côtés, en psychologie, en psychanalyse, vous regardez les livres qui sortent sur la gratitude… c’est partout ! Retrouver la gratitude, le merci devant la vie… Et nous, on avait ça au cœur de notre vie chrétienne. L’Eucharistie, dire merci. Dire merci… et on a oublié ça. Et déjà, les pères de l’Église disaient : Ou on est dans l’eu-charistie, dans l’eu-charistia, ou on est dans l’a-charistia, l’ingratitude. Ce sont les deux mouvements de l’homme. Ou je dis merci, ou je me replie dans l’ingratitude, et je meurs. Et je crève. Quand bien même je suis croyant. J’en meurs… Et j’en crève. Donc, vous voyez, l’eucharistie va bouleverser tout cet ordre et va mettre en relation.  

Le légalisme

            Le drame du péché originel, dans le texte, c’est quand le serpent dit : « Alors, Dieu a dit… » Ça, c’est tout le drame du péché originel. Ensuite, les tentations arrivent, mais le drame est dans cette parole du texte de la Genèse alors, Dieu a dit. Pourquoi ? Parce que c’est la première fois qu’il n’y a pas un sujet en face de Dieu. Parce que là c’était : Alors Dieu leur dit ; Alors Dieu leur parla ; Alors Dieu leur adressa la parole… Pour la première fois Dieu devient une voie off qui résonne, un principe intellectuel : « Alors, le concept Dieu a dit. » Et le mot ‘Dieu’, dans le texte de la Genèse c’est éloïm, c’est un nom commun pluriel, en hébreu. Alors que là c’était ‘Yahvé éloïm’ : la personne de Dieu leur parle. Dieu n’est plus une personne, c’est un concept, c’est un nom commun qui parle sans s’adresser à quelqu’un. Ça c’est le cœur du péché originel. Après, tout découle de ça. On arrive dans le légalisme : « Alors lui il a dit : Il ne faut pas toucher du fruit de l’arbre. » Mais non, il n’a pas dit ça, le bon Dieu !, il a dit : « Tu ne peux pas en manger. » Mais le toucher, tu fais tout ce que tu veux, tu vas faire ta tasse de soupe… Enfin, il n’a pas dit ça. Légalisme.

Le moralisme 

            Moralisme : « Ah ! Tu connaitras la science du Bien et du Mal. » Mais non, Dieu ne connaît pas le mal, il ne connaît que le bien. Parce que le bien c’est l’aptitude à la vie. Le mal n’est rien. C’est l’anéantissement du bien.  

Le formalisme 

            Et puis le formalisme : « toucher » ; « ne pas toucher ». Attends, non, si tu n’as pas mis les pouces comme ça… Aujourd’hui, dans l’Église, vous voyez un retour d’un certain formalisme, d’un certain traditionalisme : « Si tu n’as pas fait comme ça les choses, si tu n’as pas fait le geste juste, attention, le bon Dieu… » Mais il n’en a rien à foutre, le bon Dieu ! Ce n’est pas ce qui l’intéresse. Ce qui l’intéresse c’est que l’on soit en amour avec lui… Alors, il faut des formes, l’Église fournit des formes, bien sûr ! Je ne dis pas le contraire. Mais attention… on croit qu’on fait plaisir. Les juifs pensaient ça, les pharisiens pensaient ça. « T’as vu Seigneur : on t’a sacrifié 3000 bœufs, 5000 chèvres et on t’a tout fait grillé. T’es content ? » « Non ! Vos sacrifices de viande grasse, j’en gerbe ! », dit le bon Dieu. « J’en vomis. J’en peux plus ! Ça me sort par le trou des narines et par les oreilles. » C’est dit comme ça dans la Bible. « J’en peux plus ! Vous croyez me faire plaisir en faisant ça ! Vous ne me faites pas plaisir. » « Ce qui me fait plaisir, c’est de délivrer le pauvre ; de donner à manger à celui qui a faim ; d’aller trouver le malheureux. Ça, ça me fait plaisir », dit Dieu. « Et manger le gigot et puis aller trouver le pauvre et partager le gigot avec le pauvre. Mais vos sacrifices, j’en peux plus ! Vous croyez me faire plaisir avec ça et c’est faux. Vous ne me faites pas plaisir avec ça ! » Dieu nous veut donc dans une relation où on se fasse plaisir les uns les autres.

            Mais on voit ça : un jour j’avais un couple qui vient. C’était assez tendu. Elle dit : « Tu ne m’offre jamais rien ! » Il dit : « Écoute, pour ton anniversaire je t’ai apporté la dernière machine à café, la plus performante. C’est même moi qui suis allé l’acheter pour toi. Je n’ai pas envoyé quelqu’un. J’ai fait l’effort et te l’ai apportée. » Sa femme le regarde et dit : « Et je ne bois jamais de café. » Alors vous vous dites, oh ! mince… il y a un petit problème. Lui buvait du café mais pas sa femme. Alors vous vous dites, comment on va rattraper le coup… ? Des fois, c’est ça avec Dieu : on lui fait des trucs qui ne lui font pas plaisir. Ça te fait plaisir ? Ben non, ce n’est pas comme ça que j’aimerais que tu viennes vers moi. Ça ne me fait pas très plaisir. Reprendre le sens de la relation brisée. Reprendre le sens de ce cœur à cœur avec lui. Reprendre le sens de cette intimité. Et il est un peu joueur le bon Dieu… Une histoire authentique : c’est l’histoire d’un enfant qui était sur une chaise roulante à Lourdes, et qui dit : « Je suis sûr qu’à la bénédiction du saint Sacrement je vais marcher ! » Alors l’évêque arrive, le bénit, et rien du tout, il reste coincé sur son siège. Il regarde Jésus au saint Sacrement et dit : « Jésus, puisque c’est comme ça, j’irai tout dire à ta mère ! » Il fonce à la grotte et à la grotte il s’est levé ! Et j’imagine Jésus et Marie au Ciel en train de discuter le coup… : « Allez, vas-y, vas-y, là c’est pour toi ! » Voyez donc cet émerveillement qui est là.

Du désespoir à la Pentecôte

Élévat°Eucharistie Complète.jpgCe que nous fait découvrir aussi le péché, c’est le désespoir. Qu’est-ce qu’on a perdu au moment du péché originel ? On a perdu notre dignité d’enfants de Dieu. La capacité de parler à la brise légère du soir avec le Père, en toute simplicité. C’était extraordinaire, vous imaginez ? Cette idée nous est redonnée. Et Dieu n’a fait que ça, quand on lit tout l’Ancien Testament. Et même l’histoire depuis les origines. Dieu s’est dit : « Mais comment je vais faire pour apprivoiser cette humanité qui s’est détournée de moi ? » Et Il va tenter. Et toute l’histoire de l’Ancien Testament, c’est Dieu qui essaie de ré-apprivoiser l’humanité à travers son peuple, en disant : « Mais je t’aime ! Regarde-moi ! Les idées que tu as sur moi sont fausses. C’est pas comme ça… Tu crois… non… Je n’aime pas fracasser la tête des ennemis. Je n’aime pas le sang qui coule. Mais bon, je t’ai défendu quand même. Et je prends soin de toi. » Jusqu’au moment où il va nous saisir, nous empoigner, et ça, c’est la Pentecôte. Or, il y a deux Pentecôte. Il y a la Pentecôte de saint Luc, qu’on connaît bien, dans les Actes des apôtres. Le phénomène extraordinaire dont je vous parlais hier soir. Et il y a une Pentecôte plus discrète, c’est la Pentecôte de saint Jean. C’est celle qui jaillit du Cœur du Christ sur la Croix. Si on regarde un petit peu cette histoire, mais très rapidement… À un moment donné, vous savez, il y a un papa et son fiston, qui partent… Il n’est plus tout jeune, il a une trentaine d’années, ils partent sur une montagne et le fiston dit au papa : « Mais, papa… On a le feu, on a le bois, mais où est l’agneau du sacrifice ? » C’est Abraham et Isaac… Et ils ont traduit : « Mon fils, Dieu pourvoira à l’agneau. » En hébreu, ce n’est pas ça : « Mon fils, Dieu voit l’agneau. » C’est au présent. Et le présent en hébreu est un présent qui continue. Dieu a sans cesse sous les yeux l’agneau. Ah ! Alors là, on comprend mieux. Ensuite, on connaît l’histoire. En fait, c’est un bélier qui se prend la tête dans un buisson. Je ne sais pas si vous avez remarqué, c’est le papa de l’agneau. C’est le père, d’abord, qui souffre, qui parle, qui participe. C’est le papa de l’agneau qui s’est pris la tête dans le buisson d’épines. Jusqu’au jour où l’agnus se prendra la tête dans le buisson d’épines aussi. Donc, Dieu se cache toujours dans un buisson d’épines. C’est la petite leçon qu’il faut en tirer… Quand ça pique, il y a le bon Dieu qui se cache dedans. Quand ça fait mal, il y a le bon Dieu qui est là, qui nous attend… C’est là qu’on trouve le bon Dieu : dans les buissons d’épines… du quotidien. Bref ! Jusqu’au jour où on arrive au bord du Jourdain. Et tout d’un coup : « Papa, où est l’agneau du sacrifice ? » « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » : saint Jean-Baptiste désignant Jésus. Whouaaa ! on l’a trouvé ! Et alors arrive ce moment extraordinaire, où deux disciples, - les évangélistes nous disent qu’il s’agit de Jean et André – suivirent l’Agneau. L’Agneau se retourne en disant : « Que cherchez-vous ? » Ils lui disent : « Rabbi (Maître), où demeures-tu ? » « Venez et voyez », leur répond-il. Ils allèrent. Ils demeurèrent avec lui ce jour-là. Ils rentrèrent. C’était vers la dixième heure, soit vers 4h de l’après-midi. Et ça, c’est un point où j’ai un petit problème avec saint Jean, quand même… Je dis : « Mais, tu ne nous a pas dit ce qui s’est passé… Tu aurais pu nous dire. Tu était là… Nous expliquer ce que tu as vécu avec l’Agneau pour la première fois que tu le rencontrais. Tu passes la journée avec lui : pas un mot ! Si ce n’est un petit détail : il était vers la dixième heure… Qu’est-ce que l’on en a à faire, 2000 ans plus tard que c’est la dixième heure, la cinquième heure, la huitième heure… » Sauf que la dixième heure est un temps très important. Pour les juifs et pour nous. Je reviendrai pour les juifs après. Mais pour nous c’est très important : parce que les heures reviennent à la fin de l’Évangile de saint Jean, voyez-vous… À la sixième heure : une grande ténèbre se fit sur toute la terre. À la neuvième heure : Jésus poussant un grand cri remit l’esprit. Et avant que les premières lumières du shabbat, quand cette chose s’est passée, ne soient allumées, vers 5h et 1/2, le 14 nisan à cette période de l’année à Jérusalem, on a voulu descendre les condamnés à mort de la croix. Il a fallu vérifier leur mort et pour Jésus, on n’a pas brisé ses jambes mais on a transpercé le cœur. Le temps de le mettre au tombeau, de l’embaumer rapidement, de fermer le tombeau et d’arriver à la maison pour respecter le shabbat de Pâque, de Pessah’, on peut imaginer que c’est vers la dixième heure. Alors, si on prend toute l’histoire du Salut depuis Abraham : « Papa, où est l’agneau du sacrifice ? » « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » « Où demeures-tu ? » « Venez et voyez »… à la dixième heure vous comprendrez tout. Le rendez-vous que Jésus nous fixe depuis les origines, c’est la dixième heure. C’est tellement vrai que c’est l’heure de Jésus. Dans tout saint Jean : « Mon heure n’est pas venue / mon heure n’est pas venue / Mon heure n’est pas venue … » « L’heure est venue / l’heure est venue / l’heure est venue ». L’heure de Jésus c’est ça. En gros, c’est sa Passion, mais quand on zoome, c’est le cœur ouvert.

Croix san Damiano.jpgQue disent les juifs, le Talmud ? Il dit : « À la sixième heure Dieu créa nos premiers parents, Adam et Ève - Ish et Isha. » « À la neuvième heure, Il leur donna la Loi - la Torah. » « À la dixième heure, ils transgressèrent la Loi. » « À la onzième heure, ils furent chassés du Paradis - du Gad Éden. Ah ! La dixième heure c’est le lieu du péché originel dans la tradition imagée du Talmud, c’est-à-dire dans la succession sur un jour de la grande histoire du Salut. Et à la dixième heure Jésus nous attend pour nous redonner l’Esprit Saint. Il n’y a aucun décalage entre le temps du péché et le temps du don de l’Esprit Saint. Oh ! il y a eu des milliers d’années entre deux ! Mais spirituellement il n’y a pas de décalage. Le péché est le moment où Dieu attend pour me rejoindre. La perte de l’esprit filial où Dieu m’attend pour me redonner l’esprit filial. C’est à la dixième heure que l’un et l’autre adviennent et donc c’est à la dixième heure que j’ai ce rendez-vous. Or, justement, que se passe-t-il à la dixième heure ? Eh bien, Jésus l’annonce dans l’Évangile de saint Jean. C’est le jour de la fête de Souccot. Souccot est une grande fête de la tradition juive où l’on se rappelait le séjour dans le désert. On dormait sous des tentes, on célébrait avec joie la providence divine. Et le dernier jour de la fête de Souccot, il y avait la fête de l’eau, du don de l’eau. C’était une célébration assez étonnante. Il y avait peut-être 300 000 personnes à Jérusalem, à l’époque du Christ, quand on célébrait Souccot et la fête de l’eau. Le grand prêtre descendait chercher l’eau à la fontaine de Siloë, qui était au fond du Cédron, sous le temple de Jérusalem. Qui était la seule source jaillissante d’eau vive à Jérusalem. Jérusalem est alimentée par des puits, mais là c’était l’eau qui jaillissait comme une fontaine, en saccades, nous disait-on, d’ailleurs, dans les récits antiques. Il vient chercher l’eau, il l’apporte au temple et verse l’eau sur l’autel, pour signifier la communion avec le Ciel. Parfois même on dressait une estrade en bois, où on lisait la Torah, tous les sept ans. Et les commentaires juifs, le Midrash, la Mishna, le Talmud, nous dit : « Qui n’a pas vu la joie de la fête de l’eau qui clôt la fête des Tentes ne sait pas ce que c’est que la Joie. » Il y a un commandement de la Joie. Vous devez être joyeux ! Jérusalem était éclairée de mille torches, on voyait comme en plein jour. Il y avait des torches et des bougies partout. Et c’était la Joie des joies. On ne pouvait pas ne pas être joyeux. C’était interdit. À ce moment-là Jésus se met à crier. « Si quelqu’un à soif, qu’il vienne à moi, car il est écrit de son côté jailliront des fleuves d’eau vive. » Il parlait de l’Esprit saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui, au moment de sa glorification. Donc, au moment où c’est le don de l’eau, le rapprochement du ciel et de la terre par l’autel, une estrade en bois sur laquelle le grand prêtre proclame l’Alliance… Au moment où on parle de l’eau qui va jaillir, Jésus annonce le don de l’Esprit saint. Et même ‘pire’, si j’ose dire, le mot grec est utilisé par saint Jean : « Il crie comme un corbeau. » C’est le verbe kraso qui est utilisé en grec : « Il crie comme un corbeau. » « Ôooo… » Or, ce n’est pas très bon signe, dans l’Écriture sainte… Ceux qui crient comme des corbeaux, ceux sont les démons quand Jésus les expulse. C’est la foule qui crie : « À mort, à mort, crucifie-le ! » Dans saint Jean, il y a saint Jean-Baptiste qui crie comme un corbeau. Si vous remontez à la Genèse et à l’Arche de Noé, avant même que la colombe ne soit envoyée sur la terre, pour renouveler la face de la terre, c’est le corbeau qui est envoyé. Plusieurs fois, il va et vient. Plusieurs fois, le corbeau va et vient et ensuite Noé envoie la colombe qui repose ensuite sur la terre, sans revenir. Et la terre, ce n’est pas la terre de la patrie. Ce n’est pas Eretz en hébreu, c’est ‘Adamah : c’est la glaise dont nous sommes tirés. L’Esprit vient sur la glaise dont nous sommes tirés pour renouveler la face de la terre. Eh bien… Jésus annonce que sa Pentecôte sera au Cœur ouvert.

Le Cœur du Christ à l’Eucharistie : la Pentecôte eucharistique

Jean sur le cœur de Jésus.jpgOr, où est ce Cœur palpitant du Christ… ? Eh bien, il est à l’Eucharistie aujourd’hui. De sorte que la nouvelle pentecôte prophétisée par Jean XXIII, prophétisée par Marthe Robin, prophétisée par tant de saints et saintes… Prophétisée par le règne eucharistique du Christ de saint Pierre-Julien Eymard, par le triomphe du Cœur Immaculé de Marie, qui est la même chose, à Fatima… C’est à l’Eucharistie que ça se passe. Car c’est du Cœur ouvert du Christ au saint Sacrement que jaillit en permanence l’Esprit Saint. Saint Jean Chrysostome l’a dit dans son texte sur la Pentecôte eucharistique que Benoît XVI et Jean-Paul II ont repris. En disant que l’Eucharistie est une Pentecôte permanente. Alors, elle est moins spectaculaire que celle de saint Marc. Dans le Renouveau charismatique, on aimerait bien les signes et prodiges, le parlé-en-langues, les manifestations, les guérisons… Oui… Sauf que la Pentecôte de saint Luc, dans les Actes, suit la Pentecôte de saint Jean. Et c’est parce qu’il y a eu la Pentecôte de saint Jean qu’il a pu y avoir la Pentecôte de saint Luc. C’est parce qu’il y a eu l’effusion silencieuse, au pied de la Croix, de l’Esprit Saint sur l’Église naissante, avec Marie et Jean… qu’il a pu y avoir ensuite, au Cénacle, au lieu de la première messe, la Pentecôte. Saint Pierre-Julien Eymard, moi je l’aime quand il va chercher à racheter le Cénacle ! Il s’est fait avoir… comme Charles de Foucauld qui s’est fait complètement pigeonné en voulant racheter le Gethsémani… Pigeonné ! Mais c’est beau parce que ça montre le vrai désir, voyez-vous… : être au Cénacle, là où il y a l’Eucharistie et la Pentecôte. Eh bien, on est au Cénacle, à chaque messe. Le cénacle de son cœur, vous l’avez très bien dit (le P. Nicolas Buttet s’adresse alors au P. André Guitton qui a parlé précédemment du testament spirituel du P. Eymard : Le ‘chant’ de P.J. Eymard, note de La Vaillante), est le cénacle de l’Eucharistie.

La prière

            L’Esprit Saint jaillit en permanence du Cœur du Christ pour nous redonner un cœur filial. Pour nous réapprendre à dire à Dieu : « Abba ! » « Père ! ». Pour prononcer comme des enfants ‘Abba’ : « Dis : ‘papa’ » « - Baba… » « - Non : ‘papa’ » « - Aba… ». Le bon ton de la prière. L’abandon filial. Le cœur filial. C’est ça que Dieu nous demande.

Arturo Benedetti Michelangeli.jpgLa prière, ce n’est pas une question de parole ou de demande. La prière est une question de ton. Il y a un grand pianiste qui s’appelle Arturo Benedetti Michelangeli. Cortot disait que c’était le « nouveau Liszt ». Un homme assez particulier, assez brillant. Il arrive un jour pour jouer un concert. Il se met au piano et dit : « Ce fa ne va pas. » Et l’accordeur était là et dit : « Écoutez… J’ai vraiment vérifié et je peux vous assurer… » « - Le fa ne va pas ! Débrouillez-vous, je ne peux pas jouer avec ce piano… » Alors, l’accordeur regarde et puis il va regarder sur les feutres et il voit qu’il y avait un cheveux sur le feutre du fa. Alors il enlève le cheveu et Arturo Benedetti Michelangeli revient : « Ah oui ! Cette fois-ci c’est bon ! Qu’est-ce que vous avez fait ? » Il avait retiré un cheveu sur… Vous voyez… Ce n’est pas les paroles, c’est le ton. Est-ce que le ton de ma prière est filial ? Est-ce que j’ai cet abandon filial entre les mains du Père ? Est-ce que je suis dans cette simplicité filiale ? Je suis frappé de voir ces tout pauvres, comme ça… qui ne savent pas articuler une prière, mais Dieu craque devant eux. Parce que… « Seigneur, c’est toi. Tu es Papa, débrouille-toi, quoi… » Dieu aime quand on le prend au mot, comme ça, dans cette simplicité filiale. Une personne me dit un jour : « J’ai une prière puissante, mon Père, il faut que vous l’appreniez ! » Je ne sais pas quel saint c’était… Je lui dis : « Écoutez, moi j’en ai une plus puissante. Je vais vous la donner aussi. » « - Haaannn ! Je peux l’écrire ? » « Vous la savez déjà par cœur. » « C’est pas possible ! Je ne suis pas sûre… Moi, c’est la plus puissante que j’ai découverte… ! » « Je vais vous la dire, la plus puissante : Notre Père, qui es aux cieux, Que ton nom soit sanctifié… C’est Jésus lui-même qui nous l’a enseignée. Vous vous rendez compte ? C’est la plus puissante de toutes ! Pas comme vous l’imaginez. C’est celle qui vous redonne un cœur d’enfant. » Quand les apôtres disent à Jésus « Apprends-nous à prier », il ne dit pas d’apprendre une formule, une technique, la formule magique de la prière. Ils sont saisis par la façon avec laquelle Jésus parle avec son Père. Ils connaissaient la prière juive. Avec les phylactères, proche du cœur, sur le bras gauche, sur le front. Les papillotes, la kippa. Et ce mouvement : le balancier. Il faut se bouger… Ils connaissaient ça, mais tout d’un coup, de voir en silence, Jésus… Ils se disent : « Mais, c’est quoi ton secret ? » Et le secret n’est pas dans une formule, mais dans une relation personnelle avec le Père. C’est ça le grand secret, voyez-vous… C’est ça le gigantesque secret.

La sainteté

            L’Eucharistie est au cœur de ce renversement total. Thérèse de l’Enfant Jésus disait : « La sainteté n’est pas dans telle ou telle pratique. Elle consiste dans une disposition du cœur qui nous rend humble et petit entre les bras de Dieu, conscient de notre faiblesse et confiant jusqu’à l’audace en sa bonté de Père. » À sainte Faustine : « Tu vois, mon enfant, que tu es par toi-même la cause de tes échecs. C’est que tu comptes trop sur toi et que tu t’appuies trop peu sur moi. Mais que cela ne t’attriste pas outre mesure. Je suis le Dieu de la miséricorde. Ta misère ne saurait épuiser mon amour puisque je n’ai pas limité le nombre de mes pardons. Saches, mon enfant, que les plus grands obstacles à la sainteté sont le découragement et l’inquiétude. Ils t’enlèvent la possibilité de t’exercer à la vertu. Toutes les tentations réunies ne devraient pas, même un instant, troubler la paix de ton cœur. Quand à l’irritabilité et au découragement, ce sont les fruits de ton amour-propre » : le diagnostic médical, par Jésus, sur notre vie intérieure. Et autre chose lié à ce drame du péché…

L’athéisme

La foi des démons ou l'athéisme dépassé FH.jpgChesterton, un auteur anglais, disait : « Il n’est pas vrai que lorsque l’homme a cessé d’adorer Dieu, il ne croit en rien. Il croit en n’importe quoi. » Un monde incroyant, qui refuse le Dieu de Jésus-Christ, n’est pas un monde qui ne croit en rien. Il croit en n’importe quoi. On a vu des gens extrêmement savants adhérer à des sectes complètement débiles… Le Temple solaire osait prendre la comète Cyrus pour aller dans l’espace interstellaire… enfin, il y avait des gens brillants qui étaient là ! Qui avaient fait de hautes études, bac + machin… Et crétins comme tout ! Et il y a des gens tout simples qui sont puissamment intelligents parce qu’ils ont l’intelligence de la lumière de la Parole de Dieu. Et donc, un monde sans Dieu, est un monde idolâtre. Un monde qui n’adore pas le vrai Dieu. L’homme ne peut pas ne pas adorer. L’homme ne peut pas ne pas se prosterner. Et s’il ne se prosterne pas devant le vrai Dieu, il se prosterne devant de faux dieux. Il va idolâtrer la science, le savoir… L’athéisme est impossible en lui-même. Il y a un très beau livre de Fabrice Hadjadj là-dessus, La foi des démons ou l'athéisme dépassé, où il montre que si on est dans la pure logique de l’athéisme de se couper délibérément de ce qui donne sens à la vie, l’homme ne peut que se suicider. Il ne peut qu’être conduit à la mort. Donc, l’athéisme en soi est impossible. Le problème, c’est que j’ai rejeté le Dieu de Jésus-Christ, mais que je peux très bien adorer d’autres dieux : mon ego, mon moi, ma santé, une personne, mon enfant, ma femme, mon époux, mon travail, mon sport, mon loisir, telle vedette de cinéma ou de la chanson… Bref… Il y a un culte qui est rendu, qui donne sens à mon existence. Et on comprend bien ! C’est pour ça qu’il ne faut pas être sévère face à cela, parce que ça révèle ce qu’il y a de plus profond au cœur de l’homme. L’homme ne peut pas ne pas être relié. C’est une des étymologies de religion : relié. Voilà… Et alors, l’Eucharistie vient nous libérer de ça, voyez vous…

L’adoration

Adoration Veillée.jpgL’homme a un lieu devant qui se prosterner. Le pape Benoît XVI disait : « Nous trouvons ici ce qui est constitutif de l’adoration eucharistique. S’agenouiller en adoration devant le Seigneur. Adorer le Dieu de Jésus-Christ qui s’est fait pain rompu par amour est le remède le plus valable et radical contre les idolâtries d’hier et d’aujourd’hui. S’agenouiller devant l’Eucharistie est une profession de liberté. Celui qui s’incline devant Jésus ne peut et ne doit se prosterner devant aucun pouvoir terrestre, aussi fort soit-il. Nous les chrétiens, nous ne nous agenouillons que devant Dieu, devant le Très-saint Sacrement, parce qu’en lui nous savons et nous croyons qu’est présent le seul Dieu véritable qui a créé le monde et l’a tant aimé au point de lui donner son Fils unique. » C’est la profession la plus révolutionnaire que nous puissions faire. J’ai vécu une expérience un peu étonnante : un jour, j’ai rencontré un jeune qui était complètement athée, qui avait quand même été baptisé dans son enfance, mais qui avait grandi dans un milieu non croyant et qui avait été loin de tout. Et puis il suit un chemin de foi et il demande la confirmation. J’étais son parrain de confirmation. On se retrouve dans une paroisse de Lyon, avec tout le côté catho… c’était l’Emmanuel qui tenait la paroisse. Avec tout son milieu professionnel - il était dans l’aviation - de gens athées, musulmans… Il avait invité tout le monde, parce que c’était un homme avec un beau relationnel, tout le monde était là à sa confirmation. À la fin, il y avait un petit repas, dans un hall de gymnastique. Il avait mis une croix, comme ça. Et à la fin, il me dit : « Il faut que tu leur parles. » « Écoute, je ne sais pas que dire… t’as les cathos pratiquants, charismatiques et puis t’as les athées et les musulmans… Qu’est-ce que tu veux que je leur raconte… ? » « Il me fait : « Ça, c’est ton problème, c’est pas le mien. Vas-y ! » Je dis : « Attends… C’est un peu fort… Attends… » «  Ouais… Je te passe la parole ! » Alors, il annonce au micro. Et moi, j’étais tellement déconcerté que je suis arrivé devant la croix, je me suis prosterné, mais complètement, le front au sol, en disant : « Jésus, là, c’est à toi de jouer, parce que moi je ne sais pas que dire… je ne sais vraiment pas ce que je vais dire ! » Je me relève. Je raconte des choses, je ne sais pas quoi, bref… À la fin, il y a un monsieur qui vient me voir et qui me dit : « Voilà… Je suis musulman. Je veux devenir chrétien. » Je dis : « Ça fait longtemps que vous songez à ça ? » Il me dit : « Non, tout à l’heure. » Je dis : « Comment ? » « Parce que quand vous vous êtes prosterné, le front par terre, en face de la croix, comme nous on le fait en direction de La Mecque cinq fois par jour, j’ai su que vous étiez devant le vrai Dieu. » Il a été baptisé deux ans plus tard. Alors, je lui ai présenté le curé de la paroisse. Je lui ai dit : « Écoutez, moi je suis absent… » Et deux ans plus tard, j’ai reçu la nouvelle qu’il avait été baptisé. Parce qu’on s’est prosterné devant le vrai Dieu, voyez-vous… Et ça, je crois que c’est un acte d’adoration incroyable. Et nous avons ce vrai Dieu…

Abd el Kader.jpgÀ l’époque, comment s’appelle-t-il… ? Ce chef touareg, qui était venu… heu… Ah ! Ce grand… qui était venu à Paris pour les négociations… Il était avec le grand général de l’armée française qui l’accompagnait… Ah ! mince, je suis fatigué, là… Bref ! Et puis tout d’un coup le prêtre… on est au XIXème siècle, le prêtre portait le saint Sacrement à un malade avec les cierges et tout, et puis le général s’agenouille sur le trottoir. Et il dit : « Qu’est-ce que tu fais là !?… » « Je m’agenouille devant mon Dieu qui est porté par le prêtre. » Et ce chef… Abd el-Kader ! Abd el-Kader lui dit : « Vous vous agenouillez devant un Dieu porté par un prêtre ! Chez nous, on a une plus haute idée de Dieu que ça, dans l’islam ! » Et le général lui répond : « C’est parce que vous avez une idée de Dieu que vous ne pouvez pas comprendre. » Dieu n’est pas une idée : c’est le Verbe fait chair, voyez-vous… Et nous, chrétiens, on a parfois des idées de Dieu. Et on refuse de rentrer dans la logique de l’Incarnation. Dans la stupeur de l’Incarnation. Dans la stupeur de l’abaissement, de la kénose. Du lien… Donc, on est au cœur de ce renversement.

            Le cardinal Garonne disait à l’époque : « Notre temps a perdu le sens de Dieu. C’est-à-dire qu’un monde naît, il est né déjà, où ne s’affirme aucune présence spirituelle. La mobilisation s’impose donc de toutes les puissances d’adoration dont l’Église du Christ est riche. La perte sensible du goût de l’adoration eucharistique, loin de marquer une purification du sens religieux, révèle au contraire un abandon mal avisé et inconscient au courant des choses de ce monde. »

Marie-Thérèse Dubouché.jpgUne autre grande prophète de l’Eucharistie, Théodelinde, Marie-Thérèse Dubouché. Marie-Thérèse du Sacré Cœur qui a fondé les Sœurs de l’Adoration Réparatrice disait qu’il fallait retrouver ce sens de l’adoration, que c’était là que tout allait pouvoir se transformer. « Quand nous ne ferions autre chose par notre présence perpétuelle à l’église que d’attester la Présence perpétuelle de Jésus au Très Saint Sacrement, quand nous ne prononcerions d’autres paroles que celles-ci : « Dieu est là ! », il me semble que nos vies seraient dignement et utilement employées. » C’est le sens de l’adoration perpétuelle ici à Montmartre depuis 130 ans. Donc voyez vous, cette guérison profondément théologique. Et c’est là qu’il faut comprendre à quel point le Christ vient nous rejoindre, vient nous guérir et à quel point il vient nous transformer par cette présence eucharistique.

L’orgueil

            Il y aurait aussi peut-être un point plus anthropologique… Je le relèverai assez rapidement, il y aurait plusieurs points à relever, mais… peut-être 2 choses là dessus ; 3 choses ; 4 choses. Rapidement, il y en a plusieurs, oui : 4. Le première, c’est l’orgueil. Je ne sais pas si tout le monde voit ce que c’est, ça, l’orgueil… Ça vous dit quelque chose, ça ?… Je reviens à cette phrase de Benoît XVI : « Sa façon d’être Dieu provoque sa façon d’être homme. » Qui suis-je pour revendiquer quoi que ce soit devant ce Dieu qui s’abaisse à ce point ? Qui suis-je pour revendiquer quelque reconnaissance que ce soit devant un Dieu qui se fait si pauvre, devant moi ? Et qui me rejoint dans ma pauvreté. Qui me rejoint dans ma misère. Il est descendu jusqu’à ce point pour m’apprendre le vrai chemin de la dignité : accepter d’être ce qu’on est. Mais en même temps, reconnaître cette pauvreté, cette vulnérabilité, rejeter cet orgueil devant le Christ qui s’est abaissé, le Dieu Tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, qui se rend présent sous l’apparence d’un bout de pain. Et comme disait un théologien : « C’est même pire aujourd’hui… Parce qu’avant de faire croire que c’est Jésus sous l’apparence de l’hostie, il faut déjà faire croire aux gens que cette petite pastille blanche qui n’a ni le goût du pain, ni l’apparence du pain, ni rien d’un pain… est un pain. » C’est-à-dire qu’on a réduit le signe eucharistique à tel point… que finalement on dit que c’est du pain mais, nos frères et sœurs orthodoxes ont vraiment du pain. Et on se dit : « Oui, c’est du pain qui devient Dieu ». Mais, nous, cette petite hostie… même à une certaine époque on se faisait un honneur de la faire la plus fine possible pour que la plus grande légèreté porte le plus grand être. Mais, non… manger, ce n’est pas déguster. On n’est pas en cuisine gastronomique, voyez vous… On est en Vie ! Je veux manger cette chair du Fils de l’homme ! Au point que des fois… J’ai un ami évêque qui est en Amérique latine, qui a célébré 5 messes dans différents quartiers d’un bidonville, le même dimanche, et un petit garçon était là à chaque messe et venait communier. Alors, à la fin, il dit : « Mon petit, dis donc ! t’aimes Jésus pour venir… » « Non… j’ai très faim ! ». Il a dit : « J’ai compris… Il avait raison. Il avait même raison comme ça !… » Il avait faim physiquement, il venait chercher l’hostie pour manger quelque chose. Le Seigneur, ensuite, Il se débrouille, dans son cœur, hein ! C’est son job.

L’estime de soi

            Donc, premier point, l’orgueil. Mais en même temps, l’estime de soi. On cherche tous un regard qui nous fasse exister. On cherche tous un regard qui nous fasse vivre. Parce qu’on a besoin d’être regardé. Il y a des psychologues comme Erik Erikson qui montrent que le capital confiance d’un enfant se fait par le regard posé par deux ou trois personnes dans la première année de la vie. C’est le regard paternel, maternel, des frères et sœurs, des grands-parents… très peu de personnes, le capital ‘confiance’ d’une vie… - Erik Erikson montre ça - se situe à ce niveau là. On a tous ce besoin. Et parfois, quand ce regard a manqué, ou quand le regard a dévisagé plutôt que d’envisager ; quand le regard a détruit, plutôt qu’il n’a construit… alors je suis très blessé. Et sous le regard du Christ Eucharistie, je revis. Un jour une fille avait fait 5 tentatives de suicide. J’étais encore dans mon ermitage à l’époque : il y avait 480 marches d’escalier, dans une grotte, un petit rocher… Et je la vois… Il y avait une chapelle à côté. Donc, elle était montée là-haut. Elle avait 15 ans. Et quand j’ai vu la tête qu’elle tirait, je l’ai prise par les épaules et je lui ai dit : « Tu sais que tu es belle ? Dieu t’aime et je t’aime. » Ce que je ne savais pas c’est que son père lui avait dit en psychothérapie familiale : « Tu peux crever, j’en ai rien à foutre ! »… Elle a fait 5 tentatives de suicide et ce jour là elle était montée avec un pistolet dans son sac en se disant qu’avec une balle dans la tête et 135 mètres de chute à-pic elle n’allait pas se louper. On a passé 3 heures ensemble. Elle ne disait rien. « Oui / Non ». La seule chose qu’elle m’a dite c’est : « Je ne crois pas en Jésus. » Elle est descendue par les escaliers. Elle est venue le deuxième jour, le troisième jour. Le troisième jour elle est venue là. Je dis : « Écoutes, tu es trop blessée. Je vais te dire, je vais être cash avec toi. Il n’y a qu’une chose qui peut te relever : c’est te laisser regarder par Jésus. » Elle dit : « Mais je t’ai dit que je n’y croyais pas ! » Je dis : « Ça ne fait rien, Lui, Il croit en toi. » Elle dit : « Ça veut dire quoi ? » Je dis : « Eh bien tu vois, moi, je passe des nuits de prière à la chapelle, à côté. Tu peux venir passer une nuit, si tu veux. Tu viens à 10h du soir, jusqu’à 6h du matin. On va adorer Jésus. » Et je dis : « Tu vois, il y a des gens qui vont passer des heures sur la plage cet été, à se bronzer recto, verso, pile/face… » ce qui n’est pas mal en soi, mais… Mais parfois le cœur revient tout pâle, vous voyez… Là dans la chapelle, la nuit, pas de risque de coup de soleil ! Extérieur en tout cas, mais à l’intérieur, oui, dans le cœur. Je pensais à cette phrase du prophète Malachie : « Le soleil de justice brille portant dans ses rayons notre guérison » qui est la dernière prophétie de l’Ancien Testament - après c’est l’Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu -, où on annonce que le prophète Elie viendra ramener le cœur des enfants vers leur père et le cœur du père vers les enfants. Et c’est la troisième fois dans le Targum, c’est-à-dire dans le texte en araméen de l’Ancien Testament, que le mot ‘Abba’ revient. On nous dit que ‘Abba’ est là, aux portes. Dans l’Ancien Testament c’est 170 fois que ‘Abba’ est là. Donc… je lui parle de ça, elle part au pas de course et elle revient, elle me dit : « Ok ! D’accord, mais 9 nuits ! » Elle m’a dit que sa grand-mère faisait des neuvaines, alors elle voulait faire neuf nuits. Alors elle revient et le premier soir, de 10h du soir à 6h du matin, elle était les yeux rivés sur l’hostie, comme ça. Elle ne bougeait pas. Moi, j’étais comme ça à côté (il mime le fait d’être pantelant). Et je me relevais et je disais : « Houlala… ! Il faut que je m’y mette ! » Elle, rien. Je dis : « Ça a été ? », à 7h du matin, elle me dit : « Oui » « Eh ben, tu peux revenir une autre fois, si tu veux. » Elle dit : « Je viens ce soir ! » Je dis : « Non, pas toutes les nuits. On fait une nuit sur deux. C’est trop… » Elle a fait les neufs nuits. À la fin, elle ne pouvait pas parler, encore. Elle m’a écrit un mot : « Nicolas, je suis tombée si bas, si bas… qu’au fond du trou je me suis cassé le nez sur Jésus. Et comme un trampoline il m’a renvoyé la lumière ! Je me trouvais moche, nulle et conne. Et Jésus m’a dit : « Tu es ma fille bien-aimée, je t’aime » dans ces nuits d’adoration. » Elle s’est revue avec le regard de Jésus. Elle a fait sa confirmation 6 mois plus tard. Elle a passé son bac après. Elle est mariée et a deux enfants. Pour la petite histoire : il y a trois ans en arrière maintenant, je célébrais la messe à 7h du matin dans notre petite chapelle dans notre communauté et je vois un homme dans le fond de la chapelle. Et puis je me dis : « Mais, ce type, je l’ai vu quelque part mais je ne sais plus où le situer… » et je ne comprenais pas. À la fin il me dit : « Vous vous souvenez de moi ? » Je dis : « Votre visage me dit quelque chose mais je ne me souviens plus où on s’est vu. » Et il me dit le nom de cette fille. Et je comprends : c’était le papa de cette fille. Et il m’a dit : «  Je me suis converti et je suis venu à la messe ici ce matin parce que je vais garder les enfants de ma fille. Elle travaille aujourd’hui. » Elle est enseignante, elle a fait un master en lettres classiques, après… Et donc, il me dit : « Comme je vais garder les enfants je suis venu à la messe avant. Ça fait plaisir de venir à la messe ! » Je trouve ça tellement beau ! Jésus Eucharistie qui vient faire ce miracle, voyez vous… : Tu peux crever, j’en ai rien à foutre ! / Je vais garder les enfants de ma fille. Vous voyez, le chemin… Parce que le regard du Christ s’est posé là-dessus, voyez-vous… Donc, deuxième point : l’estime de soi par le regard du Christ.

L’émotionnalité

            Troisième point : l’émotionnalité. On est pris dans un monde très émotionnel, aujourd’hui. C’est l’exaltation de l’émotion. C’était un philosophe, Michel Lacroix, qui a écrit un livre sur cette question-là. Et il a une expression dedans : ‘l’homo sentiens’. L’homme qui sent. On avait l’homo sapiens sapiens, et là c’est ‘sentiens sentiens’. Où tout est dans le ressenti. Je sens et toute l’existence est faite de ce ressenti, y compris le jugement moral. Franchement, dans l’Eucharistie, je ne sais pas si vous avez déjà vécu ça, mais… on ne ressent pas grand chose. Si on vient de temps en temps, comme ça, Dieu est bon, il peut nous donner des choses, mais à la longue, à passer des heures devant le saint Sacrement, on ne sent pas grand chose. Mais on pose des actes de foi. Et ça, ça nous structure. Quand je ne ressens rien et que je vois… comme disait un gars un jour : « J’ai l’impression d’être comme un rat crevé derrière une armoire en face d’un bout de carton blanc ! ». Je dis : « Ah ! Très bien. Toi, tu n’es pas un rat crevé derrière une armoire. Tu es un être vivant racheté par le sang du Christ ! Et le bout de carton blanc c’est ton Sauveur, Jésus-Christ ! Et tu poses cet acte de foi et ça te structure. » Ils ont besoin d’être structurés par la foi qui perfectionne la raison et qui vient guérir nos émotions, qui vient ordonner notre sensibilité. Non pas pour la nier, mais pour l’ordonner et pour la guérir d’un monde extrêmement émotionnalisé. L’adoration eucharistique doit être aussi une guérison de notre émotionnalité pour resituer notre vie en perspective d’une rationalité perfectionnée par la foi, d’une vérité qui nous libère.

L’acédie

Ste Teresa de CALCUTTA.jpgLe dernier point, c’est l’acédie. L’acédie est une tristesse spirituelle. Le pape en parle, d’ailleurs, dans son dernier texte. S. Thomas d’Aquin nous dit que c’est le dégoût de la joie qui naît de l’amour de Dieu. Il rattache l’acédie à un des fruits de l’amour de Dieu répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint. Il y a trois fruits, dit-il : la paix, la joie et la miséricorde, qui se traduit en œuvre de miséricorde. Deux fruits internes : la paix, la joie. Un fruit externe : la miséricorde. Et la joie est rongée par la tristesse, par la tiédeur, par le manque de ferveur. Par le ”bof !”, ”rien à faire… !”, ”tout m’ennuie…”. L’acedia dans les textes d’Evagre le Pontique, un Père du désert, c’est celui qui prononce à moitié les paroles de la prière, qui est toujours en train de regarder par la fenêtre, qui veut toujours être ailleurs que là où il est, qui en a marre de tout, qui ne supporte plus rien, qui s’énerve facilement… parce qu’il n’y a plus la joie d’être aimé de Dieu et d’aimer Dieu. L’adoration eucharistique est un lieu de renouveau de la ferveur, de l’amour. D’abord, c’est le sacrement de l’Amour. Qui communique l’Amour ? La grâce propre de l’Eucharistie, c’est l’amour. Mais c’est un lieu où je vais être revivifié dans cet amour ! Et finalement, j’allais dire… c’est parfois un peu au degré d’adoration que je juge un peu mon amour, si j’ose dire… Il y aura la miséricorde et l’amour à l’égard de mes frères et sœurs. C’est Mère Teresa : c’est parce qu’on a contemplé, adoré Jésus au saint Sacrement ici, dans la chapelle, qu’on est capable de le reconnaître sous le visage du frère ou de la sœur, souffrant derrière. J’étais un jour à Calcutta, je parlais avec Mère Teresa devant la porte d’entrée, et tout d’un coup il y a une sœur qui sort et Mère Teresa dit : « Sister ! Come here ! ». La sœur qui était en train de partir revient. « Ma sœur, vous restez ici aujourd’hui. Vous n’allez pas dans les centres du mouroir. » Et la sœur dit : « Ah bon ? C’était prévu… » « Non ! Avec la tête que vous tirez, les pauvres ont déjà suffisamment à supporter sans supporter votre tristesse ! ». En direct ! J’étais à côté, j’ai entendu, hein ! Houlala… j’ai fait semblant de rien… « Oui, ma Mère !… » « Allez à la chapelle trouver Jésus, vous allez faire le ménage après, ici. » Wahouw ! Avec la tête que vous tirez les pauvres ont déjà suffisamment à supporter sans supporter encore votre tristesse. Ouf ! La douce et sainte Mère Teresa… Directe et percutante.

            Donc, voilà, je crois qu’il faut qu’on arrête pour aller célébrer la messe. Merci Seigneur. Amen.       

 

Capture d’écran 2018-10-01 à 15.18.48.pngP. Nicolas Buttet, fondateur de la Fraternité Eucharistein
21 avril 2018, salle Saint-Ephrem, Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, Paris 18ème

 

 

[1] Voici le texte de Benoît XVI, citant S. Bonaventure : « Laissons-nous remplir à nouveau de cette joie : Où y a-t-il un peuple à qui Dieu est aussi proche que notre Dieu est proche de nous ? Si proche qu'il est l'un de nous, au point de nous toucher de l'intérieur. Oui, d'entrer en moi dans la Sainte Eucharistie. Une pensée qui peut être déconcertante. Sur ce processus, saint Bonaventure a utilisé, une seule fois, dans ses prières de Communion, une formulation qui secoue, qui effraie presque. Il a dit : Mon Seigneur, comment a-t-il pu te venir à l'esprit d'entrer dans les latrines sales de mon corps ? Oui, Il entre dans notre misère, il le fait avec conscience et il le fait pour nous pénétrer, pour nous nettoyer et pour nous renouveler, afin que, grâce à nous, en nous, la vérité soit dans le monde et le salut se réalise". »

 

Retrouvez cet enseignement sur les pages enrichies
Adoration Saint Martin — Ré-évangéliser les campagnes (Centre-Val-de-Loire)

et
Catéchèse Eucharistique Corpus Christi #JubiléPJEymard2018

 

19.09.2018

Message eucharistique de Notre-Dame de la Salette : Larmes & Lumière

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Mercredi 27 décembre 2017, en la fête de la saint Jean apôtre & évangéliste, pendant une heure d’adoration à l’oratoire saint Pierre-Julien Eymard, sanctuaire Notre-Dame de la Salette, veille de mon départ, ai vu, lors du dernier quart d’heure, la réminiscence de l’Eucharistie à la blancheur rayonnante se superposer à la croix sur la poitrine de la Vierge de la Salette, de l’ensemble des trois statuettes posées au sol, debout, à droite du thabor ou trône d’exposition du Saint Sacrement. Ce fut le point de départ d’une méditation sur le message eucharistique de la Salette, que voici.

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Les larmes de la Vierge ne se transforment-elles pas en perles de lumière lorsqu’elles atteignent le crucifix sur sa poitrine ? Ces larmes de lumière n’enveloppaient-elles pas tout le Christ en croix et n’en rayonnait-il pas lui-même de plus belle ? La lumière jaillissant du crucifix sur la poitrine de la Vierge n’indique-t-elle pas cette merveilleuse transfiguration de la souffrance chrétienne en gloire de la résurrection ? Cette croix glorieuse sur le cœur de la Mère de Dieu est-elle autre chose que le Mystère pascal révélé dans l’Eucharistie ? L’indifférence des hommes devant Jésus en croix sur laquelle pleure la Vierge n’est-elle pas transmuée en grâce d’amour pour ces mêmes hommes lors de cette apparition à Mélanie et Maximin ?

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Cette réminiscence visuelle de la blancheur rayonnante de l’Eucha-ristie sur la poitrine,
le Cœur Immaculé
de Marie, fut l’image qui
a condensé le mystère eucharistique qui unit Marie à son Fils Jésus sacrifié. Ensemble,
ils communient à
la souffrance devant l’indifférence des hommes pour l’amour que Dieu veut leur communiquer par leurs saintes personnes. Ensemble,
ils communient dans
la souffrance en une im-mense prière eucharis-tique, le don de leur vie et de leur personne, la Mère de Dieu et le Fils de Dieu communient et s’offrent pour le salut des hommes, ce qui attise l’amour divin entre eux et provoque la miséricorde divine pour les hommes.
 

 

Cette apparition de La Salette est une merveilleuse machine d’amour divin. Sur le crucifix, lieu-même du supplice, summum de la souffrance offerte, l’Esprit Saint rebondit, la lumière divine s’écoule, mêlée aux larmes, transfigurant toute tristesse et ténèbres à qui reçoit le message de l’apparition jusqu’au bout, dans son intégralité. La joie d’être lavé de tout péché, le sentiment incommensurable de reconnaissance, la joie de communier à la vie divine du Christ ressuscité, celle de contempler Dieu dans sa gloire sur le cœur de Notre Mère la Vierge, emportée au Ciel.


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La Belle Dame les quitta.

Mélanie et Maximin, le visage tourné vers le ciel, rayonnaient.

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De dessous la pierre d’ardoise où Marie était assise et pleurait, une fontaine a issi.

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Sandrine Treuillard (texte & photos)

responsable de la Fraternité Eucharistique (de 2015 à 2018), branche laïque de la Congrégation du Saint-Sacrement fondée par saint Pierre-Julien Eymard, Chapelle Corpus Christi, Paris 8. 

Texte initialement publié dans les Annales de La Salette Mai-juin 2018

Notre-Dame de La Salette, eucharistie, st pierre-julien eymard, adoration eucharistique, adoration,  

28.08.2018

Le 'chant' du P. Eymard - Sa dernière retraite, son testament spirituel

Retranscription d'après l'enregistrement
des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre

P André Guitton sss.jpgLe p. André Guitton, sss (Père du Saint-Sacrement, communauté au 23 avenue de Friedland, Paris 8, Chapelle Corpus Christi) ouvre sa conférence par un Notre Père avec l’assemblée présente, salle Saint Ephrem, Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, ce matin du 21 avril 2018. Il nous confie à l’intercession de Notre-Dame du Saint-Sacrement, saint Joseph, saint Pierre-Julien Eymard et tous les « saints et saintes de Dieu ». 

 

Petite histoire des éditions des Œuvres complètes de S. P-J. Eymard

Bannière Chapelle Corpus Christi.jpgBonjour à tous, je suis très heureux d’être parmi vous. Je ne sais pas pourquoi je suis venu, mais j’ai été invité et j’ai eu la simplicité d’accepter cette invitation, comme une grâce. Et puis j’ai rencontré le père Nicolas Buttet, tôt ce matin, pour harmoniser nos interventions orales. Je ne connaissais pas le thème de la conférence qu’il va nous donner tout à l’heure, et j’ai pensé, puisqu’il est question cette année du 150ème anniversaire de la mort de saint Pierre-Julien Eymard, vous présenter sa vie, non pas comme un récit biographique – il y a des livres pour cela, et même si on a évoqué quelques points de sa vie, tout à l’heure, à l’instant… - mais à partir d’une de ses retraites, la dernière qu’il a faite comme retraite personnelle.

            Comme on l’a noté tout à l’heure, le Père Eymard n’est pas un écrivain, en ce sens qu’il n’a pas publié, sinon simplement les livres des Constitutions des Pères du Saint-Sacrement, des Servantes du Saint-Sacrement et une petite revue qui a duré deux ans. Mais il a laissé beaucoup d’écrits. Et à sa mort tous ses textes ont été collationnés, recueillis, conservés, transmis. Ça a été aussi le point de départ d’une édition que l’on a faite pour la piété des fidèles dans les années 1870-76, sous le titre de La divine Eucharistie, en 4 séries, mais qui ne sont pas des éditions qui correspondent aux normes actuelles de l’édition ; qui sont arrangées, reconstruites. Et il a fallu attendre l’ère électronique pour pouvoir saisir, organiser, puis éditer d’abord de façon électronique (sur internet), et ensuite en édition imprimée grâce au frère Poswick de l’abbaye de Maredsous et de son équipe qui ont collationné cette immense masse de documents. Il y avait dans les archives 70 000 pages qui ont été numérisées en 43 000 photos, et là-dedans, une vingtaine de milles pages ont servi de base à l’édition électronique. On a travaillé, pendant 3 ans, d’arrache-pied. On avait un terme. Parce qu’on était en 2002, et on leur a dit : « En 2006, c’est le 150ème anniversaire de la fondation. Ce serait bien que ce soit terminé le 13 mai 2006… » Alors le frère Poswick a dit : « Bon d’accord, on se met au travail. Je vous enverrai tous les mois 300 pages à vérifier, à corriger, à annoter, à traduire, à préparer pour l’édition. Vous me les remettez dans les deux mois qui suivent, moyennant quoi, en l’espace de 2 ans et 1/2 nous pourrons balayer tout l’ensemble. Ce sera fait. » Et ça a été un énorme travail de va et vient dans les petites équipes que nous étions. Et effectivement, le 13 mai 2006, nous avons présenté à l’avenue de Friedland, une première édition, une première partie. Et au mois de décembre de la même année à la Grégorienne, à Rome, nous avons présenté l’édition électronique en ligne, devant les supérieurs majeurs des congrégations religieuses. Et c’était vraiment un événement. Puis, après, on a procédé à l’édition imprimée. On s’est aperçu que l’édition électronique pouvait avoir bien des fautes… et ça passait. Mais l’édition imprimée, ça ne passe pas ! On a tout repris à zéro, on a tout corrigé, on a tout complété, on a tout harmonisé en faisant de chaque document, à ce moment-là, numéroté, et avec sa côte authentifiée. Il y en a plus de 16 000. Et le tirage a été fait : il y a eu 17 volumes, en partenariat avec les éditions Centro Eucharistico di Ponteranica en Italie, l’édition de nos pères (du Saint-Sacrement) italiens et avec Nouvelle Cité de Bruyères-le-Châtel, en France. Ceci, en guise d’introduction.

 

La dernière retraite personnelle du P. Eymard à Saint-Maurice : son testament spirituel

            En réfléchissant à ce que je pourrais vous dire aujourd’hui, j’ai pensé prendre dans ses retraites, précisément. Deux volumes de l’édition intégrale sont ses Retraites et notes personnelles. Le 5ème volume contient toutes ses retraites personnelles. Il faut vous dire que le P. Eymard écrivait beaucoup et conservait tout. Si bien que nous avons sa première retraite - qui est celle de sa première communion à La Mure en date du 15 février 1823 -, jusqu’à sa dernière retraite qu’il va faire à Saint-Maurice, près de Paris, dans le noviciat de la communauté, au mois d’avril-mai 1868. Et nous avons ses notes de retraites de séminariste, de jeune prêtre, de prêtre de paroisse, de mariste, de père du Saint-Sacrement. C’est extraordinaire parce que ce n’était vraiment pas fait pour être édité. Mais évidemment, nous avions tous les droits et nous l’avons fait.

            Sa dernière retraite de Saint-Maurice, du 27 avril au 2 mai 1868, est vraiment comme son testament spirituel. Si vous voulez retrouver les grands repères, vous les trouverez dans les feuillets qu’on vous a remis. Né à La Mure d’Isère le 4 février 1811, baptisé le lendemain, dans une famille nombreuse. Son père avait eu 6 enfants du premier mariage. Devenu veuf, il eut 4 autres enfants de son second mariage. Beaucoup de décès. Restent à sa naissance simplement 2 du premier mariage encore survivants. Dont sa marraine et son parrain. Famille très chrétienne, laborieuse : le père a un petit commerce dans la petite cité de La Mure. Et puis, désir religieux, profondément. Puis le désir d’être prêtre qui sera contrarié par son père. Néanmoins, malgré les difficultés, après la mort de son père, qui finalement va accepter, en 1831 il entre au Grand Séminaire de Grenoble. Il est ordonné prêtre le 20 juillet 1834. Il sera prêtre du diocèse de Grenoble pendant 5 ans. D’abord 3 ans à Chatte, près de Saint-Marcellin, dans la vallée de l’Isère, et puis 2 ans comme curé à Monteynard, près de La Mure. Puis, désir de la vie religieuse : il rentre chez les maristes en 1839, heureux d’avoir la vie de communauté qui était mariale, et missionnaire. Mais il ne part pas en mission, sa santé ne le lui permet pas. Il est directeur spirituel au collège de Belley. Appelé par le père Colin, le fondateur, comme assistant général, tout jeune qu’il soit. Puis visiteur général, directeur du Tiers-ordre de Marie, à Lyon. Puis directeur, puis supérieur du collège de La Seyne s/ Mer : les maristes sont des éducateurs.

Eymard Jeune Mariste ?.png            Dans cet itinéraire il va recevoir des grâces, que l’on dira grâces de vocation, qui vont l’orienter vers un choix qui sera décisif, pour lui aussi, de quitter la société de Marie pour fonder à Paris la Société du Saint-Sacrement, avec Mgr Sibour, l’archevêque. Il fonde à Paris, dans un milieu de pauvreté et il va développer sa congrégation. L’archevêque lui avait dit, en le recevant, après sa retraite : « Je ne suis pas pour ces choses-là, c’est purement contemplatif ! » Il pensait que c’était simplement une société d’adorateurs du saint Sacrement. Et le Père Eymard avait sursauté intérieurement, mais très calme, quand même, il dit : « Nous voulons adorer et faire adorer. Et en premier lieu créer l’œuvre de la première communion des jeunes ouvriers. » Paris, en 1856, est en plein chantier, en pleine effervescence de la révolution industrielle qui canalisait de toute la province des jeunes qui venaient à Paris pour travailler, mais dans la banlieue dont plus personnes ne s’occupait. Et lui va mettre sur pied une œuvre pour catéchiser ces jeunes : les rencontrer, les former, les discipliner, les former humainement, bien sûr. Et puis, le 15 août 1859, il a la joie d’avoir les douze premiers communiants, des jeunes, dans sa chapelle de la rue du Faubourg Saint-Jacques qui sont les prémices de 800 jeunes, des garçons, qu’il va catéchiser. Sans compter les filles lorsque Marguerite Guillot va le rejoindre pour former le noyau de la congrégation des Servantes du Saint-Sacrement. C’est à Marseille, sa deuxième fondation, que sera créée l’Agrégation du Saint-Sacrement, qui elle, se situe davantage dans le culte de l’Eucharistie, dans l’aide pour participer à l’adoration dans ces centres pour l’adoration qu’il crée. Troisième communauté à Angers. L’approbation du Saint Siège en 1863 : l’occasion d’une première retraite de fondateur.

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            En 1864, il imagine qu’il peut fonder une communauté du Saint-Sacrement, non seulement à Jérusalem, mais dans le Cénacle. Rien que ça ! Ça revient aux pères du Saint-Sacrement, c’est évident pour lui ! Et il ne soupçonne pas, évidemment, les difficultés énormes que cela pourrait soulever. Avec beaucoup de candeur et avec une opiniâtreté qui était digne de sa vocation, il va se heurter à des fins de non-recevoir. Il part à Rome pour défendre sa cause (auprès de Pie IX qui l’a en grande estime. Mais Pie IX ne peut rien : il convoque une commission de cardinaux qui étudient. Et puis il y a Noël, l’Épiphanie… ”l’épiphanat” : à ce moment-là, il n’y a plus personne qui travaille au Vatican. Alors, c’est renvoyé. Et le Père Eymard quitte le séminaire français où il est hébergé pour aller chez les rédemptoristes et faire à ce moment-là une retraite, jusqu’à ce que la décision soit prise. Le ”jusqu’à-ce-que” va durer 65 jours. Et le Père Eymard, chaque jour : trois méditations dans l’édition impressionnante où il va s’examiner lui-même. « J’ai l’impression d’avoir fait beaucoup de choses mais n’avoir pas fait l’essentiel », qui était sa propre sanctification. Il est venu pour le Cénacle, et puis tout d’un coup, il perçoit que peut-être, au fond, ce n’était pas l’essentiel, le Cénacle à Jérusalem, mais le cénacle en lui. Et à travers cet approfondissement sous l’action de la grâce, le 21 mars 1865, il va faire le don de sa personnalité, de son moi, une grâce qu’il reçoit durant son action de grâces et dont vous avez le texte ici, dans le dépliant, en dessous de la photo de la châsse. « Rien pour moi, personne. » Rien pour moi, comme personne. Ça ne veut pas dire rien pour moi, ni personne. Mais Rien pour moi comme personne. « Rien par moi. Modèle : Incarnation du Verbe. » Et dès lors, il va être tout comme dépouillé de lui-même, comme centre, et, par ailleurs, « tout revêtu de Jésus-Christ ». Il termine ainsi : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga. 2,20). Dès lors, le Père Eymard entre dans la nuit de l’Esprit. Dorénavant c’est un état mystique, comme les grands mystiques l’on connu. Comme Thérèse de Lisieux après son acte d’offrande à l’Amour miséricordieux. Dans la foi pure, sans aucune consolation, il va poursuivre et au milieu de nombreuses tribulations. Il va continuer, mais la requête à Jérusalem, comme vous le devinez, a été négative. Il s’est abandonné totalement au Seigneur mais avec le cénacle en lui. Et c’est extraordinaire, parce que nous soupçonnons à peine ce que cela représente. Et dès lors, effectivement, les tribulations, les difficultés vont survenir.

  

Trois méditations de la Retraite de Saint-Maurice, du 28 avril 1868

St Pierre-Julien Eymard malade.jpg            Alors, je pensais vous remettre cette feuille double qui est tirée de sa dernière retraite du 28 avril 1868, qui doit être lue [— et on vous le communiquera d’une façon ou d’une autre : voir sur ce lien (qui comporte l’introduction à cet enseignement) —] à la lumière de l’état dans lequel vit S. Pierre-Julien Eymard. Tout dépouillé de lui-même et tout entier donné au Christ, donné à sa mission, donné à ses frères. Et c’est merveilleux parce que dans cette retraite qu’il commence en disant Je suis venu pour prier, il a conscience qu’il est usé, mais il continue à prêcher l’Eucharistie et à vivre. C’est un moment de grâce qu’il vit dans une propriété qui est à Saint-Maurice, Montcouronne - je ne sais pas si vous voyez dans la région parisienne où cela se trouve, du côté de Dourdan, du côté de Saint-Gomez-la-Ville, qui reste d’ailleurs presque telle quelle aujourd’hui… Une belle maison bourgeoise de la fin du XVIIIème siècle, avec 4 hectares d’enclos, où il avait installé son noviciat. Tranquille, heureux ! Il disait : « Ce sera la maison… On ouvrira les portes de la chapelle et les oiseaux viendront chanter leur Créateur ! » On croirait entendre François, n’est-ce pas ? Et il était là, vraiment heureux. Ça a été un moment pour lui de réconfort. Ce 28 avril a été un moment merveilleux parce qu’il fait comme l’anamnèse, la mémoire de ce qu’il a vécu. Mais pensons que c’est un homme qui est dans cet état dépouillé de lui-même et entièrement donné. Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christi qui vit en moi.

            La première méditation de ce 28 avril, c’est d’abord à la Très-Sainte Vierge. On ne va pas le relire en entier, mais…


NR 45,2 [mardi 28 avril 1868] 2e jour

de 6 h à 7 h

1re méditation – À la très Sainte Vierge

Grâces

Que de grâces Dieu m’a faites jusqu’à ce jour !

Comme il m’a aimé ! – À l’excès.

Que m’a-t-il refusé ? – Rien.

Que ne me donne-t-il pas à présent !

Je l’aime peu, et il m’aime tendrement.

Je le déshonore par ma vie, et il m’honore encore plus par ses dons et […].

Je le sers si mal, et il me garde à son service, comme si j’étais un bon serviteur.

Je suis si lâche et si infidèle à mes devoirs, à l’honneur de sa gloire, et il me laisse l’honneur et la puissance.

Il m’a confié la gloire de sa Société. Hélas ! Je la vole, je la vends, cette gloire. Et il ne reste à mon Maître qu’un serviteur infidèle et un ministre paresseux.

Qui de nous deux va se lasser ? Sera-ce moi ?

Quelle a été la source de mon peu de correspondance à la grâce ?

Je ne me suis jamais donné absolument, exclusivement.

J’ai servi Dieu par gloire propre.

 

            Impressionnant de la part d’un homme qui est au sommet de la sainteté à laquelle Dieu l’appelle, mais qui se trouve tellement décalé par rapport à l’appel qu’il reçoit, en lui.
 

J’ai servi Dieu pour mon amour-propre.

Je n’ai jamais embrassé résolument et constamment la pratique de l’humilité de Jésus. J’ai voulu être quelque chose avec Lui, par Lui. Voilà le dernier mot du vieil homme en moi. 


            Mais, comme c’est sous la protection de la Vierge Marie, il dit tout simplement… Mais il est dans la nuit de l’esprit. Si je vous ai parlé de la Grande Retraite de Rome (1865), c’est qu’on ne peut pas comprendre ce texte si on ne sait pas dans quel état spirituel il se trouve. Il doit être entièrement réinterprété à la lumière de ces états.

 

Ô Marie ! Qui m’avez conduit et donné à Jésus, il faut maintenant me reconduire, me redonner à Jésus que j’ai perdu !

 

            Parce que c’est par elle qu’il a vraiment cheminé. Cet abîme d’indignité et cet élan extraordinaire vers un plus comme impossible. 


            La deuxième méditation nous fait relire la vie du Père Eymard, par le Père Eymard, donc, trois mois avant son départ pour le Ciel. Elle est intitulée Foi eucharistique. C’est vraiment très beau. C’est très beau parce qu’on a le Père Eymard dans sa limpidité, dans la clarté de son âme et avec son cheminement, les grâces qu’il a reçu. Il nous y donne la clef d’interprétation de toute sa vie, à travers ces notes qu’il écrit pour lui-même. Ce n’est pas pour nous, ça ne nous concerne pas du tout ! Mais nous sommes-là par-dessus et nous voyons le Père Eymard qui écrit ces choses-là.

            La plus grande grâce de ma vie a été une foi vive au très Saint Sacrement, dès mon enfance. Le Père Fiorenzo Salvi, qui a préfacé l’édition intégrale des écrits du Père Eymard, cite ceci comme le fil rouge qui nous permet de comprendre le P. Eymard dans tout son cheminement. Parce qu’il a un cheminement extraordinaire. Et alors de reprendre à ce moment-là les grandes étapes de sa vie. Mais sous l’angle, précisément, de cette foi vive au très Saint Sacrement. Les grands repères pour lui. Il a dit : dès mon enfance.

 

NR 45,3

2e jour – de 10 h à 11 h

2e méditation – Foi eucharistique

La plus grande grâce de ma vie a été une foi vive au très Saint Sacrement, dès mon enfance :

– grâce de communion : le désir de ma 8e année : tout vers elle.

 

            Il a 8 ans, il désire communier profondément : mais on est en 1823, le jansénisme marquait très profondément la piété chrétienne, même après la Révolution, et à ce moment-là on attend 12 ans pour communier. Il faut dire que jusqu’au décret libérateur de S. Pie X, en 1910, c’était la norme : 12 ans pour communier. Et lui, à 8 ans, il est tout vers la communion et dit à sa sœur et marraine : « Que tu es heureuse, toi… » (il doit dire ‘vous’ à Marianne, d’ailleurs, parce qu’en famille, à cette époque-là…) : Que vous êtes heureuse de pouvoir communier et communiez pour moi. Et il se penchait vers elle, Jésus est présent en toi, et moi… Et lui se sentait… C’est quand même très beau, parce que… Grâce de communion. Ensuite :
 

– grâce de dévotion : visite journalière au très Saint Sacrement.


            Figurez-vous que dans ses notes de l’époque - parce qu’on en a aussi -, il a retrouvé dans Les Visites au Saint Sacrement de S. Alphonse de Liguori - qui n’était pas encore saint en ce temps-là -, l’histoire du frère (je ne sais pas si c’est Élie ou autre chose), où il dit : un ami ne pourrait pas passer devant la porte de son ami sans aller lui rendre visite. Quand vous passez devant une église, allez visiter votre ami, Jésus ! Il reprend ces choses-là.
 

– grâce de vocation : à Fourvière : Notre Seigneur est au très Saint Sacrement, seul, sans un corps religieux qui le garde, l’honore, le fasse glorifier ! Pourquoi ne pas établir quelque chose, un Tiers-Ordre, etc. à La Seyne (saint Joseph), grâce de donation, de fusion, de bonheur, et qui a duré jusqu’à l’approbation apostolique, si douce.

 
            Grâce de vocation. Il passe par-dessus : il est ordonné prêtre, mais là il n’en dit rien : grâce de vocation : à Fourvière. Là, nous sommes en 1851, le P. Eymard est mariste. En 1845 il y a eu quand même un événement. Il y a des grâces qui jalonnent la vie du P. Eymard. Comme jeune vicaire, en 1836-37, au calvaire de Saint-Romans - dans l’Isère, près de Saint-Marcellin -, il a la révélation que le mystère de la Croix n’est pas simplement le mystère des souffrances de Jésus mais de son amour infini et pour chacun. Donc, pour lui, personnellement. Alors qu’il a vécu jusque-là dans une piété assez rigoureuse et rigoriste. Et pénitentielle, à faire des sacrifices… Mais il va s’ouvrir à cette dimension de l’Amour. En 1845, il va prêcher l’Eucharistie : Jésus, Jésus-Christ et Jésus-Christ Eucharistie, reprenant, parodiant, pourrait-on dire, la parole de Saint Paul. À Fourvière, c’est le 21 janvier 1851 qu’il passe dans la petite chapelle de Fourvière - la grande basilique n’existe pas à ce moment-là, c’est la petite chapelle qui est sur le côté -, c’est le début de l’après-midi et il est absorbé par une pensée qu’il note et cite telle quelle : Notre Seigneur est au très Saint Sacrement, seul, sans un corps religieux qui le garde, l’honore, le fasse glorifier ! Pourquoi ne pas établir quelque chose, un Tiers-Ordre, etc. Quand Pierre-Julien dit Notre Seigneur est au très Saint Sacrement, seul ce n’est pas dans le sens romantique du divin prisonnier qui a cours aussi à cette époque-là. Jésus, tout seul… Non. Comme il le dit lui-même un peu après, c’est que l’Eucharistie ne produit pas dans l’Église les fruits qu’elle devrait produire. Donc, un corps religieux, quelque chose, et c’est une pensée. Il n’y a pas de vision, mais simplement une pensée qui lui vient, une parole intérieure.     

– grâce de vocation : à Fourvière : Notre Seigneur est au très Saint Sacrement, seul, sans un corps religieux qui le garde, l’honore, le fasse glorifier ! Pourquoi ne pas établir quelque chose, un Tiers-Ordre, etc. à La Seyne (saint Joseph), grâce de donation, de fusion, de bonheur, et qui a duré jusqu’à l’approbation apostolique, si douce.

 
            À la Seyne s/ Mer (saint Joseph) : il s’agit du 18 avril 1853, après la messe, d’ailleurs aussi, en action de grâces : grâce de donation, de fusion, de bonheur, et qui a duré jusqu’à l’approbation apostolique, si douce. À la Seyne il reçoit une grâce dans la même ligne de fondation, de force, pour entreprendre tout ce qui sera nécessaire, quelques soient les difficultés, mais de les dépasser, et ça ne lui coûte pas. C’est une grâce de douceur, 'fortiter' & 'suaviter' ("Elle déploie sa vigueur d’un bout du monde à l’autre, elle gouverne l’univers avec bonté." Sg 8,1) ‘suaviter’ : c’est vraiment la douceur de l’Esprit Saint, la puissance de l’Esprit Saint qui lui est donnée. Et Dieu sait s’il y a… lorsque viendra ce moment, par exemple, où il devra renoncer à son état de mariste, ce n’était pas de gaîté de cœur… Il avait confié à son supérieur général, le p. Favre, qui était allé à Rome pour les affaires de la congrégation, en 1856, au mois de février-mars, il lui avait confier le souci de demander au saint Père ce qu’il fallait faire : s’il devait quitter ou s’il ne devait pas quitter la congrégation mariste. C’est beau, parce qu’avec le saint Père on avait le dernier mot, il n’y avait plus de recours, mais… par chance, ou par grâce, quand le p. Favre est revenu et que le P. Eymard l’a retrouvé près de Mâcon, à Chaintré, au noviciat des maristes, et lui a demandé : « Mais le Pape, qu’est-ce qu’il a dit ? », le p. Favre alors lui dit : « Mon pauvre ami, figure-toi, j’ai complètement oublié ! » Alors, on revenait à la case départ ! Et lui qui mettait toute sa confiance ! Il y avait quelque chose d’une simplicité : « Si le Pape dit oui, il n’y a pas de problème, c’est que le p. Favre dira oui, parce qu’il ne peut pas aller (contre l’avis du Pape). » Mais il y a quand même des médiations humaines. Elles existent et elles ont leur sens aussi. Et c’est alors que le P. Eymard dit : « Mais quoi qu’en pensent les autres secrétaires, les monsignori à Rome sur toutes ces affaires-là… » C’est alors que le p. Favre, qui faisait aussi part de son autorité, de cette vérification de la grâce qui est quand même singulière, parce que le Père Eymard était un religieux profès perpétuel qui avait exercé des charges très importantes dans la congrégation, alors le p. Favre lui pose la question : « Quel signe avez-vous de votre vocation ? » Et c’est à ce moment-là qu’il dit : « Je n’ai rien d’extraordinaire, ni vision, ni apparition, ni quoi que ce soit d’extraordinaire » - même s’il a eu des grâces singulières - « mais depuis quatre ans j’éprouve un attrait de plus en plus fort pour me consacrer à cette œuvre. » Le p. Favre lui dira : « Mais je ne peux pas. Je ne fais pas de visite… » « Ah, mais je vais demander à l’évêque ! » « Mais l’évêque… » « Si, si, l’évêque peut me relever de mes vœux… » Et quand le p. Favre a perçu à ce moment-là, la solidité, l’appel, la présence d’un appel qui vraiment venait d’ailleurs, sur le champ, il l’a relevé de ses vœux. Sur le champ ! Alors que normalement c’est le pouvoir du supérieur général avec l’avis de son Conseil. Mais c’était tellement un événement que sur le champ il l’a relevé de ses vœux. Sauf qu’il fallait bien, après, une formulation canonique et en référer au Conseil. Le P. Eymard a aussi été convoqué au Conseil général et il a été très humilié, lorsque d’aucun lui ont reproché… Enfin, peu importe… On ne faisait pas de cadeau, j’allais dire, d’une certaine façon. Et à ce moment-là il a demandé au p. Favre : « Vous suspendez la décision que vous avez prise. Je pars, je quitte Lyon, je quitte la Société, je pars dans un endroit où je ne connais personne. Je confierai à des hommes expérimentés la décision et leur décision sera définitive. » C’était le 22 avril 1856. Il quitte Lyon le 30 avril, il vient à Paris où il était venu jadis comme visiteur général pour visiter la communauté mariste de Paris. Il demande l’hospitalité pour faire sa retraite à la Mère Thérèse Dubouché de l’Adoration réparatrice. Et le 1er mai, c’était le jour de l’Ascension en 1856, il va célébrer à Notre-Dame-des-Victoires à 6h du matin. Puis il revient… Et à ce moment-là, la Mère Dubouché, dira : « Désolé, mais monsieur Gaume, le supérieur ecclésiastique, ne m’a pas permis de… » Elle le regardait embarrassée… « Il faut chercher ailleurs… » Et le P. Eymard va trouver, finalement, au 114 rue d’Enfer, là où sont actuellement les Sœurs aveugles de Saint Paul, qui est le 88 de l’avenue Denfert-Rochereau, juste à côté de l’infirmerie Marie-Thérèse, des prêtres du diocèse, une maison qui appartenait au diocèse, qui était la maison d’un grand homme… Oui, d’un grand homme : Chateaubriand. Le Pavillon Chateaubriand. Mme de Chateaubriand avait acheté l’infirmerie Marie-Thérèse pour les prêtres âgés du diocèse, en 1822, comme œuvre d’assistance, la première du genre, et comme la propriété qui était à côté… il devait y avoir je ne sais quelle chose qui devait s’installer… plus ou moins… ce n’était pas le Moulin Rouge mais c’était quand même assez divertissant… et ça pouvait troubler la tranquillité des prêtres… À ce moment-là, le vicomte avait acheté la propriété et il avait construit son pavillon où il a vécu pendant une dizaine d’années. Mais comme il était criblé de dettes, dix ans après il la cédait à l’archevêché, ce qui a soldé les dettes, et cela a appartenu à l’archevêché. C’est une maison qui était un peu à l’abandon. Et le Père Eymard va faire sa retraite là. Il va rencontrer Monseigneur Sibour qui le confiera à son auxiliaire Léon Sibour (qui était aussi le cousin de l’archevêque), qui va le suivre durant ces quelques jours de retraite entre Ascension et Pentecôte 1856. Et lorsque le mardi de la Pentecôte, le 13 mai, il va rencontrer l’archevêque, alors qu’il cherchait à rencontrer l’auxiliaire, l’archevêque lui dira : « Mais, vous êtes ces prêtres… » Le P. Eymard : « Oui… » L’archevêque : « Ah, non, c’est purement contemplatif, je ne suis pas pour ces choses là… Non, non ! » C’est à ce moment-là qu’il va dire : Nous adorons sans doute, mais nous voulons aussi faire adorer. Nous devons nous occuper de la première communion des adultes. Nous voulons mettre le feu aux quatre coins de la France, et d’abord au quatre coins de Paris, qui en a tant besoin.[1] Et il va créer l’œuvre de la première communion. Il va débuter, sans relation, sans connaissance, à Paris, dans un monde inconnu, sans ressource. Et avec sa seule foi. Comme lui-même le dira ailleurs : Dieu le veut. Et l’homme, plus rien, les moyens viendront. Mais Dieu le veut. D’abord, les vocations se font attendre. Il fera la première exposition du saint Sacrement le 6 janvier 1857, dans la première communauté du Saint-Sacrement.  
 

– grâce d’apostolat : foi en Jésus. Jésus est là. Donc à Lui, pour [ou par] Lui, en Lui.

 
Jésus est là mais c’est le mouvement même de la doxologie de la célébration. À lui, pour lui, en lui. Ce dynamisme de l’Eucharistie.

Renouvellement

J’ai bien demandé à Notre Seigneur de me renouveler dans cette grâce première. Jésus est là, seul, oublié des siens – stérile en son Sacrement.

 
Stérile en son Sacrement, voilà le sens de ‘seul’.
 

J’ai bien demandé la résurrection de cette grâce – de mon état si peiné, si triste, si désolé depuis trois ans.

Oui, mon cœur a toujours aimé Jésus Hostie. Personne ne l’a eu ce cœur. Mais mon esprit, mais ma vie extérieure, mais mes rapports trop naturels, trop expansifs, voulant me faire louer de ma vocation, me consoler dans les âmes qui semblaient l’aimer, qui pouvaient le glorifier en moi : voilà le tombeau de cette grâce première.

 
Il va demander à ce moment-là, précisément :

Oh ! Jésus ! Des profondeurs, je crie vers toi. [Ps 129,1]. – Ressuscite en moi la grâce première. [Reprends ta conduite première] [Cf. 2Tm 1,6 – Ap 2,4].

 
Le texte de l’Apocalypse. 


            Nous voici à la troisième méditation, pour aller très rapidement, mais c’est toute la vie du Père Eymard qui est évoquée.

 

NR 45,4

2e jour – de 3h à 4h

3e méditation – Vocation eucharistique

1° Notre Seigneur m’a appelé à son service eucharistique malgré mon indignité.

Il m’a choisi pour travailler à sa Société malgré mon incapacité et mon infirmité.

Il m’a conduit de la mort, et par la mort, à la vie de la Société.

 
Le mystère pascal.

Tout ce qu’on disait impossible est arrivé facilement, et à l’heure de Dieu.

 
Et Dieu sait s’il y a eu des choses impossibles dans la vie du P. Eymard !
 

À Dieu seul, amour et gloire !

2° Preuves de grâces :

– Dieu m’a conduit par degrés à sa Société. Il m’en montrait par fractions les sacrifices. Enfin, à La Seyne, il me les a tous demandés, jusqu’à la séparation [de la Société de Marie], – jusqu’à la croix, – jusqu’à l’abandon.

Or, avec quel bonheur j’ai dit oui à tout, après cette bienheureuse messe ! Et Dieu a tout agréé, et conduit à bonne fin.

 
C’est donc le 18 avril 1853, à la Seyne s/ Mer, l’épisode qu’on a évoqué plus haut.
 

– La douceur si grande, qui a duré tant d’années, et toujours croissante par l’Eucharistie, me dit le oui de Dieu.

 
C’est au milieu des épreuves. Il y a des épreuves, des souffrances. Il y a aussi des grâces de consolation. Recevoir à travers les événements le ‘oui’ de Dieu.
 

La force qui en sortait, comme le fruit de sa fleur, m’assure le cœur de Dieu.

 
Je pense que c’est d’une beauté merveilleuse… Puis… Alors-là, c’est… Nous avons dit que la nuit de l’esprit c’est la nuit de l’épreuve.


– les sacrifices de mort à la pensée de l’œuvre, lors de Rome (P. Favre)3.
– La mort à la Société de Marie, si pénible.
– La mort à la réception de l’Archevêque de Paris, après treize jours d’agonie4.

 
Je ne suis pas pour ces choses là - Pourtant Mgr D. Sibour était un homme très pieux. Et très soucieux. Il est le premier archevêque de Paris à avoir pris conscience du fait de la banlieue qui commence à entourer Paris avec le développement industriel. Et soucieux de la pastorale qui était celle de la paroisse à l’intérieur des murs et qui débordait à ce moment-là les murs de la capitale.


– La mort au personnel quand, abandonné, tout seul.

 
Son premier compagnon c’était un capitaine de vaisseau, le commandant de Cuers. Au début, c’était tellement difficile, qu’un beau jour le Père de Cuers l’a laissé, tout seul. Alors lui est allé au prie-Dieu et s’est mis à l’adorer. Et le Père de Cuers est revenu le lendemain.  


– La mort à Paris, quand le Cardinal voulait nous renvoyer (sainte Thérèse)5.
– La mort par les sujets.
– La mort à Rome, lors du Décret6.
– La mort la plus sensible (séparation du premier [compagnon])7.
– La mort à l’estime des Évêques par Nemours8.

 
La communauté des Servantes du Saint-Sacrement qui se termine lamentablement.


– des miens par…
– de moi par les plus pénibles épreuves depuis le… au…

Et cependant la vie suit la mort. C’est la voie de la Société et la mienne.


3 La rencontre à Chaintré le 22 avril 1856 avec le P. Favre, Supérieur général.

4 La rencontre avec Mgr D. Sibour le 13 mai 1856.

5 Le 15 octobre 1857, convocation du cardinal François Morlot qui lui demande les titres de l'approbation de l'institut.

6 Au mois de mai 1863, à Rome où une accusation calomnieuse l'atteint.

7 Le départ du P. de Cuers pour fonder son œuvre, en juin 1867.

8 La fermeture de la communauté des Servantes de Nemours au mois de mai 1867.

 

Voilà, le P. Eymard tel qu’en lui-même il se révèle. Et si nous prenions alors un peu plus loin, dans cette même retraite qui est très courte, nous verrions la profondeur de sa souffrance lorsqu’il évoque les difficultés, les épreuves qu’il connaît, qui nous laisse entrevoir combien il…
 

Amour propre (…) 

Il faut que l’amour de Jésus ait bien décru en moi, si j’en juge par l’état de ma vie : depuis deux [ans] et demi.

- Jadis, mon esprit vivait de la vérité, du travail pour Jésus, des sacrifices pour sa gloire. Il était libre et fort, joyeux. La peine n'entrait pas dans son état intérieur. Et maintenant, il vit de ses peines en soi-même. Il souffre du prochain au fond de son être. C'est une tentation presque continuelle. L'amour-propre de l'esprit est froissé, est humilié, est dépité. Ce qui ne serait pas, si Jésus était sa vie. Donc…

- Mon cœur est occupé, tenté, des consolations humaines, – et faible dans les témoignages d'estime et de dévouement. Il est trop faible quand sa vanité ou sa petite vertu est flattée.

+ x Ah! quand Jésus le remplissait, il n'avait même pas la pensée de dire ses peines. Rien ne transpirait sur ses traits. Il n'y avait de place que pour Jésus.

Quand les épreuves venaient du dehors ou du dedans, un quart d'heure devant le très Saint Sacrement me fortifiait, me rassérénait. Et aujourd'hui, des heures me laissent le cœur brisé.

Puis j'ai de la peine à me recueillir, à entrer dans l'intérieur des vérités, de Jésus, de moi. Je suis comme un malade qui ne sait parler que de ses douleurs ou de ses déceptions. Je suis dans le négatif.

Aussi le sentiment intérieur est-il mort dans mes adorations. Mon âme est glacée. Jésus ne fait plus luire son bon soleil. Quel galérien je suis ! 

(NR 45,11 – 4ème jour, 3ème méditation)


Il va quand même retrouver une grâce, un peu plus loin, où il dira :


Oh ! que j'aurais besoin de cette oraison de repos, aux pieds du Maître : 
Venez à l'écart dans un lieu désert, et reposez-vous un peu [Mc 6,31] ; – de ce repos aux pieds de Jésus, repos qui aspire vers sa grâce, sa bonté, sa miséricorde – un regard d'amour.

C'est le calme et la paix de tout soi-même, sommeil affectueux et réparateur.

J'ai eu un petit moment ce repos.

Oh ! que je désire l'autre oraison dont parle le Sauveur. Je la conduirai au désert, et je parlerai à son cœur [Os 2,16]. 

(NR 45,14 – 5ème jour, 3ème méditation)

 

[1] Citation reprise dans la biographie Saint Pierre-Julien Eymard - L’Apôtre de l’Eucharistie, André Guitton, éditions Nouvelle Cité, p. 110. L’épisode y est décrit de façon très complète.


Lien aux Œuvres complètes en ligne de S. Pierre-Julien Eymard
:
http://www.msv3.org/Main.aspx?BASEID=EYM2014

Bannière Chapelle Corpus Christi.jpgConférence donnée dans le cadre du Jubilé de S. P-J. Eymard que vous retrouverez à la page enrichie sur ce lien : Fraternité Eucharistique Corpus Christi #JubiléPJEymard2018

10.08.2018

"Pour l'espérance du monde" : Mgr Jérôme Beau, nouvel archevêque de Bourges, venu de Paris pour les ruraux

Détail Annonciation Fra Angelico Mgr Beau.jpgLe Pape François a nommé ce mercredi 25 juillet 2018, Mgr Jérôme Beau, archevêque de l'archidiocèse de Bourges. Il était jusqu'à présent évêque auxiliaire de Paris. Mgr Armand Maillard est nommé administrateur apostolique pour gouverner l'archidiocèse de Bourges, jusqu'à la prise de possession canonique de son successeur. L'installation de Mgr Beau aura lieu le dimanche 23 septembre 2018 en la cathédrale de Bourges.

http://www.ktotv.com/video/00228386/mgr-jerome-beau-nouvel-archeveque-de-bourges



Portrait Jérôme Beau.jpg"C'est une vraie joie de voir comment Dieu
est en attente dans les cœurs.

La difficulté c'est que la croix sera toujours présente dans la mission et dans l'annonce.

Le lieu même où, dans la mission,
va se trouver la vraie joie

c'est lorsque la joie accepte de passer
par l'épreuve de la croix qui est aussi
l'épreuve du refus de Dieu.
"

 


L'épreuve de la Croix.jpgDit le nouvel archevêque de Bourges, Mgr Jérôme Beau, nommé par François le 25 juillet 2018. 

 

 



Pour l'espérance du monde 0.jpgCet homme qui a pour devise épiscopale Pour l’espérance du monde, a été évêque chargé de la formation des futurs prêtres parisiens, directeur spirituel des séminaristes, responsable et supérieur de Maison des séminaristes de Paris. Il a aussi été professeur de théologie au diocèse parisien, maintenant au cœur du Collège des Bernardins, à l’ouverture duquel il a aidé et duquel il est devenu responsable par la suite. Ces trois grands axes - Séminaire, Faculté de théologie et Collège des Bernardins - ont été sa mission au diocèse de Paris et il emportera avec lui à l’archidiocèse de Bourges les grâces qu’il y a reçu. Dieu en soit béni et loué ! Je vois donc en ce nouvel archevêque l’envoyé de Dieu qui sera certainement sensible à ce projet de ré-évangélisation des campagnes par l’Adoration Saint Martin.

Que saint Martin de Tours l'accompagne dans cet archiépiscopat rural !


Vous savez comme moi que je suis toute petite et me sens toute petite.
C'est mon cœur qui éclate d'un amour très ancien qui me fait me mouvoir alors que je ne vois aucun moyen d'agir, en moi et concrètement, autre que cet amour…

En 2016, j'écrivais dans la présentation de l'Adoration Saint Martin, communiquée à Mgr Armand Maillard et Mgr Michel Santier, alors :

J’ai l’intuition que les évêques de l’Île-de-France devraient prêter main forte à l’archevêque de Bourges pour libérer des énergies permettant la réalisation de ce projet qui demande moyens et volonté. Les grâces reçues à Paris sont vouées à rayonner sur les diocèses des provinces. Redistribuer ces grâces, les répartir avec justice est un devoir autant civique que chrétien.

Bannière Image Les Priants des campagnes.jpg


Dans l'espérance qu'avec l'association Les Priants des Campagnes nous puissions véritablement faire revenir Jésus Eucharistie sur les autels des églises rurales de France ! 

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Sandrine Treuillard​
porteuse du projet Adoration Saint Martin — Ré-évangéliser les campagnes



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Le miracle, c'est la prière ! Appel aux Priants des Campagnes - Église rurale

L e  m i r a c l e,   c ' e s t   l a   p r i è r e  !

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Écoute de l'émission sur Radio Notre Dame

Ecclesia Magazine invite Priants des Campagnes

 

 

20GénéraleChapelleSCJésusCroix20.jpg

adoration saint martin,eucharistie,sacré cœur,la france,foi,christianisme,priants des campagnes,philippe de la mettrieNous assistons avec tristesse à la disparition de lieux de cultes, parcelles ostentatoires de notre patrimoine cultuel et culturel : ici, une église est désaffectée ; là, transformée en musée ; là encore, abandonnée aux ravages des intempéries, quand ce n’est pas la pelle du bulldozer qui la met à bas. Ne sommes-nous pas, nous catholiques, en particulier ceux résidant dans nos campagnes et nos petites villes, responsables de la disparition des églises ? Ne condamnons pas trop vite les élus qui refusent de les entretenir, quand elles ne sont ouvertes qu’une fois par an, devenant le reste de l’année les tombeaux poussiéreux d’une foi populaire morte. Je rêve alors que ces églises retrouvent leur vocation de Lieu de prière (« La maison de mon Père est une maison de prière »). Elles retrouveront cette vocation par l’audace, le courage de quelques-uns, convaincus que la prière en commun est un des piliers de la demande d’intercession ou de louange avec la prière personnelle. N’est-il pas possible de voir filtrer pendant quelques minutes, une fois par semaine, la lumière à travers leurs vitraux, de faire entendre, à celui qui passerait sous leurs murs, les intonations priantes ou les paroles d’un « Je vous salue Marie » ? En outre, quelques tintements de cloches ne pourraient-ils pas porter aux alentours le message suivant : « Des catholiques prient dans leur église » ? Dans tel ou tel village de 200 habitants, n’y aurait-il un matin ou un soir que 20 priants dans l’église, cela suffirait pour faire entendre nos prières. Y en aurait-il que 10, ce serait assez pour témoigner de notre foi. Y en aurait-il que 5, c’est encore assez. Y en aurait-il que 2, fidèles parmi les fidèles, cela suffirait à Dieu, car « Là où deux ou trois sont assemblés en Mon nom, Je suis au milieu d’eux ». C’est assez pour redonner vie, aux yeux du monde, à cette maison de prière et témoigner qu’elle est un lieu privilégié de rencontre et de dialogue avec Dieu. Point n’est besoin de clercs pour rouvrir nos églises ; le laïc y entre de plein droit. Personne ne nous en chasse. C’est nous, catholiques, qui la désertons, par notre tiédeur, notre manque de courage, la peur de nous montrer, et par l’alibi, parfois justifié, des contraintes de la vie quotidienne. Oui, je rêve de voir nos églises de campagne devenir les multiples chapelles dispersées d’un monastère immense, sans clôture, celui des hommes et des femmes de toutes conditions qui y prieront quelques minutes par jour ou par semaine. Cette démarche de foi d’un petit nombre, véritable levain dans la pâte, vaudra sans doute témoignage plus fécond que la grand’messe annuelle, dédiée au Saint de la contrée. Alors, si nos églises sont habitées, je dirais même éclairées, fréquemment par la prière, alors seulement nous pourrons dire à nos élus : « Ne touchez pas à mon église, nous ne pouvons vivre sans elle, car c’est en ce lieu que monte notre prière commune à Celui qui est venu pour le salut de tous les peuples ». Quant à l’argent nécessaire pour leur entretien, j’ose dire qu’il nous sera donné par surcroît. Non pas qu’il tombera du ciel, mais que la nécessité d’une participation financière des catholiques de notre pays à la conservation de lieux de cultes s’imposera. Les modes de collecte associatifs, développés ici et là avec succès, apportent la preuve que les chrétiens savent et sauront réserver à cette grande cause de sauvegarde de notre patrimoine religieux une part de leurs biens matériels. Catholiques fervents des campagnes, osez ouvrir vos églises pour y prier, soyez les visibles Priants des campagnes ; votre témoignage touchera les cœurs, parfois même les plus endurcis, et votre présence fréquente et priante en ces lieux sera la cause première de la sauvegarde de nos églises. Une église où l’on prie est une lumière qui brille dans les ténèbres du monde.

adoration saint martin,eucharistie,sacré cœur,la france,foi,christianisme,priants des campagnes,philippe de la mettriePhilippe de La Mettrie
Novembre 2013
www.priantsdescampagnes.org

Si vous voulez rejoindre l'association, écrivez à :
priantsdescampagnes@gmail.com : nom, prénom, département, paroisse

À diffuser largement car notre nombre peut être déterminant pour la sauvegarde d’une église ou chapelle.

Téléchargez, Imprimez, Photocopiez & Déposez dans votre église :
l'
Appel aux Priants des Campagnes & le Bulletin d'Adhésion à l'association,
ici : 1 page A4 horizontale
.

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Les 2 photographies : Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)

Exemple d'église fermée pendant 10 ans pour travaux 
et réhabilitée au culte, en avril 2014, par l'archevêque de Bourges,
par la célébration eucharistique.



 

Retrouvez cet article dans la sous-page de la page enrichie :
Adoration Saint Martin

07.08.2018

S. P-J. Eymard : Honorer le Christ dans le Saint Sacrement

EN LA FÊTE DE S. PIERRE-JULIEN EYMARD : 2 août

Eymard Jeune Mariste ?.pngLe Père Eymard est un homme habité par Dieu et qui ne veut qu’accomplir la volonté de Dieu. C’est « la pensée eucharistique » qui le guide. Il a un amour passionné pour le Saint Sacrement. Il vit tout en rapport avec cet amour de Jésus qu’il découvre dans l’Eucharistie. Pour lui l’Eucharistie, c’est la communion, mais c’est aussi cette présence du Christ dans le Saint Sacrement à laquelle il veut vouer toute sa vie. Son désir est de rendre gloire au Christ présent, de le manifester, de l’adorer. Cette foi en la présence de Jésus dans l’hostie est impressionnante. De plus, il ne veut pas garder cette foi pour lui. Il veut la manifester, la répandre, la prêcher pour la faire naître dans le cœur de beaucoup. Toujours dans ce but, il fonde une société, une congrégation qui essentiellement se donnera le but d’honorer le Christ dans le Saint Sacrement.

Le Père Eymard est sensible au fait de la tiédeur dans l’Église, dans le monde. Et il considère que l’Eucharistie est le moyen très efficace pour réveiller la foi, pour « mettre le feu » sur la terre, comme il le dit.

Cet amour du Christ dans l’Eucharistie entraîne une spiritualité dont le Père Eymard est un vivant témoin. L’état de Jésus dans l’Eucharistie inspire sa propre attitude intérieure. Par l’Eucharistie, c’est le Christ qui vit en lui. « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal.2,20), citation de saint Paul fréquente chez le Père Eymard. Il est sensible à l’état d’anéantissement du Christ dans l’Eucharistie. Il y voit le prolongement de l’Incarnation du Verbe dans l’homme Jésus. Cette Incarnation de Jésus a été vécue par Jésus comme un accomplissement d’amour envers son Père. Le Père Eymard se dit qu’il doit être envers Jésus eucharistique dans une semblable volonté d’amour. On peut remarquer que par ce moyen le Père Eymard se met avec Jésus sous l’influence de l’amour du Père, amour qui comporte un va-et-vient du Père au Fils et du Fils au Père, amour qui s’appelle l’Esprit.

Comment suivre aujourd’hui le Père Eymard ?

Reconnaître comme lui la merveilleuse présence du Christ dans l’Eucharistie… bien sûr, en vivant au maximum la liturgie eucharistique qui conduit à la communion. Mais aussi reconnaître cette présence dans l’adoration. Comme il faudrait que cette adoration soit respectueuse, pleine en même temps de don de soi et d’amour !

La spiritualité eucharistique est aussi appelée à inspirer toute la vie. Comment ?

En accomplissant la volonté de Dieu, en union avec Jésus, « l’union de société ». À un endroit, le Père Eymard écrit que la vertu souveraine de l’adorateur est la modestie (La Grande Retraite de Rome – NR 44). Comment comprendre ce mot « modestie » ?... Le lendemain il écrit : « Je cherche Dieu, et ne le trouve pas dans les vertus, dans la prière même, dans les saints » (NR,44 - 14 février). Mais 2 jours après : « Voilà tout le secret trouvé. Donner à Notre Seigneur mon moi sans condition. Je l’ai donné, je l’ai jeté devant le Saint Sacrement à la consécration. Mes larmes l’ont sanctionné. J’ai mis mon cœur dans le ciboire de la communion, qui se donnait pour être un ciboire… »

Il semble que la spiritualité du Père Eymard va dans le sens d’un dépouillement pour être tourné vers Jésus : « C’est Jésus qui veut être mon Raphaël, mon moyen, mon centre : « in me manet (Il demeure en moi) Vos… qui permansistis mecum (Vous qui demeurez avec moi) » (Jn6, 56, Lc.22, 28). Il semble que pour lui tout part de Jésus … et ainsi son attitude envers les autres a sa source en Jésus et en Jésus dans l’Eucharistie… De même sa façon de vivre, d’être… se laisser guider par l’Esprit de Jésus eucharistique. Cela suppose évidemment une union intime avec Jésus-Christ. Cela dépasse une attitude philosophique ou même pré-chrétienne. Au fond de soi il y a cette Présence qui inspire tout, être comme un « ciboire » pour laisser en soi jaillir le feu de l’amour eucharistique, pour laisser la mort et la résurrection du Christ informer toute la vie. L’Eucharistie « mémorial » de la mort et de la Résurrection du Christ.

Logo sss NEUF.jpgPaul Mougin, sss
supérieur de la communauté des Pères du Saint-Sacrement

Chapelle Corpus Christi
23 avenue de Friedland, Paris 8

ChasseEymardLivretsss -Luminosité.jpg

Traditionnellement, et ce depuis 1876,
la chapelle Corpus Christi - 23 avenue de Friedland, Paris 8
est le lieu du 'tombeau' du P. Eymard.
On y vénère ses reliques
sous le gisant de cire qui repose dans la châsse qui fut celle du S. Curé d'Ars.

Retrouvez ce texte dans la sous-page enrichie 
Fraternité Eucharistique Corpus Christi #JubiléPJEymard2018

et la page consacrée à Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie - Un saint d'avenir

Communauté de prière Hozana St Pierre-Julien Eymard — Chapelle Corpus Christi

26.07.2018

Le sacrifice eucharistique du Père Jacques Hamel

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Illustration utilisée à l’occasion de la Nuit des Témoins 2017 dédiée au Père Jacques Hamel
©Thomas Jarry/AED Aide à l'Église en Détresse

 

Père Jacques Hamel.jpg         Tout ce jour, j’ai été sonnée.

      Dense journée hier. L’assassinat du Père Jacques Hamel.

 

 

 

 

 

 

 

Jerzy Popieluszko Issy.jpg         Aujourd’hui, en fin d’après-midi, j’ai eu besoin d’aller retrouver le Père Jerzy Popiełuzsko qui a une statue en haut du Parc saint Jean-Paul II, à Issy. J’y suis allée juste après le dîner. Comme j’ai appris qu’il a été torturé et son corps jeté dans la Vistule, son martyre de prêtre (en 1984) rejoint celui du Père Hamel égorgé sur l’autel de Saint-Étienne du Rouvray.

         La veille de sa mort, c’était sa fête, la saint Jacques.

         Je suis sûre, dans la foi, comme par une intuition spirituelle, que ce prêtre immolé sur l’autel est un signe pour la France et les âmes de notre pays, en union avec le sacrifice parfait du Christ célébré durant la messe, ce sacrifice d’action de grâce, produira beaucoup de fruits, de conversion.


Vertical Retouché Couleur.jpg         J’ai eu l’image du dessin du vitrail du Songe de saint Martin. La Miséricorde Divine. La compassion de saint Martin de Tours pour la France, comme une image en réminiscence, flottant au milieu de cet état de méditation du choc que j’accusais aujourd’hui. Je me suis allongée sur mon lit au retour du petit déjeuner et aussi au retour du déjeuner. Puis, j’ai lu le gros ouvrage du jésuite de 1892 sur La France et le Sacré Cœur.

         Je ne peux pas m’empêcher de mettre tout cela en lien. Ce prêtre innocent, comme un autre agneau de Dieu immolé avec le Christ durant la messe, avec cette sauvagerie qui frappe l’imagination de tous, une violence qui n’a rien à envier à celle de la crucifixion, et cette prière qui ne manque pas de se lever, en France, en Pologne pour la paix dans le monde. C’est un témoignage de la présence du Christ, de Dieu, au sein de la pire barbarie.

  


IMG-20160728-01010.jpg         Hier, après avoir reçu la nouvelle après le déjeuner, par Twitter, je suis allée à l’église Saint-Rémy de Vanves. J’ai pu me prosterner en croix sur le tapis au pied du tabernacle, au pied de Marie et Jean implorant du regard et recevant le Crucifié, au-dessus du tabernacle. Le chrisme est inscrit sur le tabernacle. La Paix du Christ y demeure.

         Une grand-mère avec ses deux petites filles, tout ce petit monde parlant italien, occupaient l’église fort bruyamment quand j’y suis entrée. Les deux petites s’affairaient avec des loupiotes pour les allumer, l’une avait la chaussure à un pied et une bottine à l’autre pied ; et sa sœur une bottine à un pied et l’autre chaussure à l’autre pied. Je l’ai vu quand je me suis agenouillé près du tabernacle. Mais d’abord, dans le chaos des voix qui envahissait l’église vide, j’ai pris un instant d’éternité, un genoux à terre devant l’autel, la main droite sur la poitrine, le visage contemplant l’espace de la Table sainte et du chœur. Un monsieur assez âgé était assis à droite et semblait tout aussi gêné et agressé par le chahut du trio, la grand-mère parlant aussi fort que ces petites filles, l’une d'elle ayant allumé la mèche à gauche du tabernacle. Il y avait quelque chose de la folie dans cette scène… J’ai comme forcé le barrage du bruit par mon calme et mon silence, m’agenouillant alors devant le tabernacle, et, fermant les yeux j'étais en prière. Ce tourbillon a fini par quitter les lieux, très vite.

 

Px Tabernacle St Rémi Vanves.jpg         J’ai constaté que le monsieur aussi était parti. La petite furie tapageuse avait eu raison de son recueillement. C’est alors que plus rien ne me retenait ; je me suis alors prosternée en croix, à plat ventre sur le tapis, au pied du tabernacle, tout près de l’autel, pour la paix de l’âme du prêtre, pour la paix dans le monde, pour réparation du mal en union avec le Christ et ce prêtre ; en reconnaissance de cette immolation sanglante où Dieu se rend présent pour le monde, au-delà de l'acte ignoble. J'éprouvais une grande paix ainsi prosternée.

         Ce martyre va permettre de redire ce qu’est la célébration eucharistique. Cet égorgement du prêtre sur l’autel comme l’Agneau de Dieu innocent dont le Sang précieux lave le monde de ses péchés.

         Ai demandé à saint Rémi de participer au réveil spirituel et catholique de la France. Si le Seigneur a permis ce sacrifice de son humble et fidèle prêtre (58 ans de sacerdoce) c’est qu’Il revient sur les autels de France, comme je l’avais demandé à travers saint Martin de Tours… Une petite église de province, une messe avec très peu de personnes pour assemblée, surtout âgées, un prêtre âgé célébrant… Dieu revient sur les autels de France… Le sang du Père Jacques Hamel se mêle à celui du Christ il y a 2000 ans et dont nous faisons mémoire à chaque messe. Le Précieux Sang du Christ présent dans le calice sur l’autel au moment de la transsubstantiation a sanctifié ce prêtre qui s’est donné avec Lui. — Tout prêtre se donne en sacrifice avec le Christ lors de la messe. Et les personnes de l'assemblée avec lui. Chacun y fait l'offrande de soi-même avec le Christ, pour et par le Christ. — Le scandale de la croix, le scandale de la mort de l’innocent a été vécu en communion avec le Christ par ce Père Jacques Hamel.

         Un pèlerinage naîtra à Saint-Étienne du Rouvray. Des conversions se produiront. Des conversions ont déjà commencé par la nouvelle annoncée de cet assassinat.


père jacques hamel, eucharistie, sacré cœur, la france, politique, christianisme,foi,prêtre,sandrine treuillard         Dieu ne peut laisser au hasard cet événement. C’est un mal affreux pour permettre à la Miséricorde Divine d’éclater dans toute sa splendeur. Un geste pédagogique de Dieu intervient au cœur de la monstruosité, au cœur de l’inhumanité pour à nouveau faire saisir la sublimité du geste libre de son Fils de se donner corps et âme pour les âmes, par pur amour. Dieu ayant permis ce geste odieux de l’égorgement de son prêtre nous donne en même temps la mission de rappeler ce qu’est la messe, ce que signifie ce sacrifice d’action de grâce, parfait, de la vie de Jésus offerte, présente dans les saintes Espèces, oui, Jésus ressuscité se rend présent à nous dans cette petite hostie que nous prenons, Il est là et Il se répand en nous quand nous communions à son Corps et à son Sang… Toute la beauté du catholicisme est là, dans la messe. Toute la bonté de Dieu y est. Et nous aussi, nous nous donnons au Seigneur, nous nous mêlons à Lui lors de ce sacrifice d’action de grâce, et nous jouissons de la paix du Christ, nous avons part à sa croix glorieuse et à la joie de pouvoir nous donner nous-même avec Lui, à travers Lui, la joie d’être transfiguré au fond de nous-même, de participer à sa nature divine. Ô Seigneur, donne nous d’expliquer ce que nous vivons à la messe, et que nous ne comprenons pas quand nous le vivons, donne nous de le saisir pour en être de justes témoins et ramener par cette parole du témoignage des âmes à Toi. Oui, fais que le sacrifice du Père Jacques Hamel qui s’est donné à Toi durant 58 ans de sacerdoce jusqu’à cet ultime messe produise beaucoup de fruits dans les âmes, des conversions. Que les personnes reviennent à la source du catholicisme, à la source de leurs racines spirituelles et qu’elles se laissent à nouveau remplir par la Miséricorde Divine qui désire tant retrouver ses Enfants de lumière.

         Merci, eucharistein, Père Jacques Hamel.

         Action de grâce.

         Dieu garde votre âme.

         Vous demeurez dans la Paix du Christ, dorénavant.

         Dorénavant vous contemplez son Visage.

         Vous voyez notre monde du Ciel.

         Et le monde viendra dans l’église de votre sacrifice ultime, dont le patron est le premier martyr, saint Étienne. Dieu va à nouveau parler à nos contemporains et à ceux qui vont suivre, à travers vous. Vous êtes participant du sacrifice parfait. Le Seigneur a fait de vous le docile instrument de son amour. La Passion du Christ jusqu’à la Croix glorieuse va pouvoir être entendue et vue à nouveau en France.

         Oui Seigneur, que ta Volonté se fasse en toutes tes créatures. Que ta Bonté impondérable soit à nouveau reçue !

         Que ton Règne eucharistique arrive.

         Que du Règne de ton Sacré Cœur jaillisse la Lumière !

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgMercredi 27 juillet 2016, Chambre Accueil Jean XXIII
Prieuré Sainte Bathilde, Vanves.
(23h46)

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

 

 

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Sandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique,
Congrégation du Saint Sacrement, Chapelle Corpus Christi,
23, avenue de Friedland, Paris 8.

 

 

Article à retrouver sur les pages enrichies 
La France & le Sacré Cœur
Adoration Saint Martin

 

Père Hamel - L'hommage du Pape il y a deux ans

Il y a deux ans, le père Jacques Hamel était assassiné alors qu'il célébrait la messe en l'église Saint-Etienne du Rouvray.

« C’est un martyr, et les martyrs sont des bienheureux – nous devons le prier. Qu’il nous donne la douceur, la fraternité, la paix. Aussi le courage de dire la vérité: tuer au nom de Dieu est satanique », avait déclaré le Pape François lors d'un hommage en la chapelle Sainte-Marthe le 14 septembre 2016. https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2018-07/pere-hamel-pape-francois-martyr.html#play

 

29.06.2018

Le prêtre n’a de raison d’être que l’enfantement des âmes à Dieu : Ordinations sacerdotales de Didier & Johannes par Monseigneur Rey

dominique rey,eucharistie,didier bertod,johannes de hasbourg,prêtre,foi,fraternité eucharistein,miséricorde divine,la france,christianismeEn cette fête des deux Apôtres, piliers de l'Église, saint Pierre et saint Paul, La Vaillante relaie le très beau texte de Monseigneur Dominique Rey sur le prêtre, l'Eucharistie, la vie donnée au Christ & à l'Église.

Le 16 juin 2018, cette homélie a été prononcée à l’occasion des ordinations sacerdotales de
Johannes de Habsbourg et Didier Berthod, membres de la Fraternité Eucharistein — & fils spirituels du P. Nicolas Buttet, le fondateur — au Champs des Martyrs, à Vérolliez, Saint-Maurice (Suisse). 

 

 

 

 

 

 

dominique rey,eucharistie,didier bertod,johannes de hasbourg,prêtre,foi,fraternité eucharistein,miséricorde divine,la france,christianismeOrdination presbytérale de Johannes de Hasbourg et Didier Berthod

Toute ordination sacerdotale est l’occasion d’une action de grâce. Cette action de grâce est le fruit d’abord d’un émerveillement devant l’appel de Dieu. Appel déroutant qui dépasse les programmes de vie que l’on s’était fixés, qui bouscule nos agendas. Appel mystérieux qui se fraie un chemin à travers des rencontres parfois impromptues, au fil de prises de conscience, au gré des aléas de la vie… Une conviction, au départ subjective, va devenir peu à peu une certitude consistante lorsqu’elle est confirmée, confortée par l’Église.

dominique rey,eucharistie,didier bertod,johannes de hasbourg,prêtre,foi,fraternité eucharistein,miséricorde divine,la france,christianismeCet appel au sacerdoce, au fur et à mesure qu’il s’affiche, nous dépasse et nous plonge dans la démesure de la miséricorde de Dieu à notre égard. Qui sommes-nous pour recevoir une telle mission, devenir ministres du Seigneur, pour le représenter ? «  Oh, que le prêtre est quelque chose de grand ! S’il se comprenait, il mourrait », disait le curé d’Ars. Un prêtre aîné me répétait il y a quelque temps : « Les prêtres sont de moins en moins nombreux. Il va falloir qu’ils ressemblent de plus en plus à Jésus-Christ  ».

Notre action de grâce en ce jour est aussi portée par la générosité de la réponse à cet appel du Seigneur. Dans quelques instants, Johannes et Didier vont se prostrer sur le sol de tout leur long, dans une posture qui signifie le don radical de soi, jusqu’à la mort à soi-même. Par cette prostration, Johannes et Didier exprimeront ainsi qu’ils épousent cette terre qui devient le lieu de leur mission, jusqu’à la déposition de leur corps sur elle, en elle. La seule réponse qui vaille face à l’appel de Dieu est un oui sans restriction et sans retour en arrière, jusqu’à la mort. 

dominique rey,eucharistie,didier bertod,johannes de hasbourg,prêtre,foi,fraternité eucharistein,miséricorde divine,la france,christianismeLe « oui » que Johannes et Didier vont prononcer sera pour vous et pour l’Église, source de salut et de bénédiction. Ce « oui » les projette dans une nouvelle dimension de leur existence. De fils, de frère, d’ami… ils deviennent désormais vos pères. Pères pour vous engendrer à la foi. Radicalement au service de votre sainteté et de la croissance de l’Église notre Mère.

dominique rey,eucharistie,didier bertod,johannes de hasbourg,prêtre,foi,fraternité eucharistein,miséricorde divine,la france,christianismeCette cérémonie est action de grâce, mais aussi elle va transformer la vie de Johannes et de Didier qui vont recevoir le sacrement de l’Ordre. Ils vont devenir des médiateurs de la grâce de Dieu en étant configurés au Christ Bon Pasteur, pour agir in persona Christi, c’est-à-dire en la personne du Christ afin de le rendre présent. Désormais ils ne s’appartiennent plus. Le centre de gravité de leur existence se déplace en direction de la mission que le Christ leur confie. Leur existence devient pastorale, c’est-à-dire qu’elle ne se comprend qu’à partir de la mission que Dieu leur confie. Le prêtre n’a de raison d’être que l’enfantement des âmes à Dieu. Il fait naître l’homme, tout homme à la vie de Dieu. Il donne Dieu. Il donne le goût de Dieu et fait grandir le Corps du Christ qu’est l’Église.
 
La joie du prêtre est de susciter autour de lui le bonheur de croire en Dieu. Son combat c’est de vaincre les résistances et les refus que suscite cette annonce dans le cœur de l’homme. Le combat commence par lui-même, en ce qui en lui freine ou interdit l’action du Seigneur. Souvent la joie de la mission se cueille, non seulement après, mais aussi au cœur de la bataille. Comme en témoignent les Actes des Apôtres, « ceux-ci étaient tout heureux d’avoir été trouvé dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus  ».


eucharistie,didier bertod,johannes de hasbourg,prêtre,foi,fraternité eucharistein,dominique rey,miséricorde divine,la france,christianismeAu cœur de la vie du prêtre, il y a l’eucharistie. Jamais le prêtre n’est autant prêtre qu’à la messe lorsqu’il prononce en la personne du Christ les paroles qui convertissent le pain et le vin en Corps et Sang du Christ. Moment d’intimité avec Dieu qui nous rejoint au plus intime de notre cœur. Moment de communion avec l’Eglise qui comme Corps du Christ, se construit à partir de l’eucharistie. Moment de sanctification du peuple chrétien, mais aussi de transformation du monde puisque celle-ci commence à partir de l’eucharistie. «  On ne comprendra le bonheur qu’il y a à dire la messe, que dans le ciel  », disait encore le curé d’Ars, qui ajoutait : « Voyez la puissance du prêtre : la langue du prêtre, d’un morceau de pain fait advenir Dieu. C’est plus que de créer…. » 

Si l’efficacité du sacrement ne dépend pas de la sainteté du prêtre (Pastores dabo Vobis), l’Église souligne par contre que la sainteté du prêtre rend fructueux son ministère. Le prêtre est appelé à propager dans tous les compartiments de sa vie ce qu’il célèbre dans le sacrement de l’eucharistie. Sa vie entière se comprend, s’unifie, se perfectionne à partir de l’eucharistie. Comme le disait le pape Jean-Paul II « l’eucharistie, c’est ma vie. »

dominique rey,eucharistie,didier bertod,johannes de hasbourg,prêtre,foi,fraternité eucharistein,miséricorde divine,la france,christianismeLa qualité de la vie pastorale du prêtre dépend essentiellement de l’eucharistie. C’était encore Jean-Paul II qui disait : « l’eucharistie est le sacrement le plus efficace pour l’évangélisation  » Nos initiatives aussi géniales soient-elles, resteront toujours des œuvres humaines. L’eucharistie elle, est l’œuvre de Dieu. Je peux parler beaucoup sur Dieu, à propos de Dieu, mais la vertu de l’eucharistie est de Le rendre personnellement et substantiellement présent. Le prêtre célèbre dans l’eucharistie « source et sommet de la vie chrétienne » (Lumen Gentium n° 11), l’abaissement de Dieu, l’actualité de la Croix du Christ qui offre sa vie pour nous. Chaque messe accompagne notre marche vers la Patrie céleste. De messe en messe, nous marchons avec Dieu, vers Dieu. Le prêtre fait mémoire du Seigneur pour le faire vivre aujourd’hui en nos cœurs. Le prêtre signifie l’aujourd’hui de Dieu pour marcher ensemble sous sa conduite, vers un avenir qu’il a ouvert au matin de Pâques. 

Par l’eucharistie, le prêtre nous apprend à discerner la présence de Dieu dans le pain et le vin offert. Tout Dieu dans la modicité de la parcelle d’hostie. L’infini dans l’infime. Tout le sacrifice du Christ dans une goutte de vin qui devient une larme de son Sang. La miséricorde divine s’exprime par ce geste inouï du Christ qui a voulu nous rejoindre au-dedans de nous-mêmes lorsque nous le recevons comme une nourriture. La miséricorde de Dieu s’exprime par sa descente jusque dans nos intestins, jusque dans nos entrailles. 

dominique rey,eucharistie,didier bertod,johannes de hasbourg,prêtre,foi,fraternité eucharistein,miséricorde divine,la france,christianismeMinistre de l’eucharistie, le prêtre est serviteur de la Miséricorde divine. Face au mal le plus profond qui afflige notre humanité, qui blesse le cœur de chacun d’entre nous, la seule réponse qui permet à l’homme de ne pas désespérer de lui-même et des autres et même de Dieu, c’est la miséricorde qu’il nous révèle en son Fils. Il en est l’humble instrument. En raison de la miséricorde divine révélée par le Christ, l’homme ne peut tomber qu’en Dieu, aussi basse que soit sa chute. Par son ministère de la confession et en accordant le pardon de Dieu, mais aussi par son regard paternel, son attention à chacun et aux plus petits, par sa prévenance à l’égard des plus fragiles, le prêtre est homme de miséricorde. 

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Johannes et Didier, il vous faudra toujours revenir à cette infinie miséricorde de Dieu qui vous a choisis, appelés, bénis en ce jour consacré pour être ses ministres. Dans votre ministère de prêtre, vous aurez à vivre de pardon, en le donnant aux autres et aussi en le recevant pour vous-mêmes. Il vous faudra « recoudre », comme le disait Blanche de Castille qui s’adressait à son fils Louis IX, le futur saint Louis, à propos de la France blessée par tant de divisions. Oui, Johannes et Didier, vous serez des « couturiers de la grâce ». Recoudre, telle sera votre mission. Recoudre le fil rompu avec Dieu, avec les autres, avec son propre passé. Ce ministère de réconciliation sera votre joie mais aussi votre croix, en « complétant en votre chair ce qui manque à la Passion du Christ  ». 

Johannes et Didier, le meilleur que l’on puisse souhaiter pour vous en ce jour de votre ordination presbytérale, c’est la fidélité. La fidélité dans la sainteté. La fidélité à travers vos pauvretés et parfois grâce à elles. En paraphrasant Bernanos dans son journal du curé de campagne : « La grâce des grâces est de s’aimer humblement soi-même.  »

 
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Abbaye de Saint-Maurice (Suisse) 
16 juin 2018 

 

 

 

 

 

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25.06.2018

La naissance au Ciel du Père Eymard - Ses derniers jours…

Fraternité Eucharistique
23 - 06 - 2018

La Naissance au Ciel
de S. Pierre-Julien Eymard

Centre vitrail dernière messe au P Eymard& bas.jpg

 

Notre Seigneur exige de moi tant de délicatesse
que ce doit être bientôt la fin.


            Cette citation du Père Eymard est rapportée par le frère Albert Tesnière. Elle date du printemps 1868, quelques mois avant sa mort. Le frère Albert était le disciple et le confident du Père Eymard, et sans doute a-t-il reçu cette phrase de la bouche du Père à Paris, au sein de la communauté des religieux du Saint-Sacrement. Cette citation est inscrite sur le vitrail de la chapelle dédiée à S. Pierre-Julien Eymard, à La Mure d’Isère. Le vitrail représente le Père Eymard alité qui va recevoir la communion du P. Chanuet, célébrant sa dernière messe pour lui dans sa chambre à La Mure, rue du Breuil. Au pied du lit, une de ses sœurs de profil, Marianne ou Annette, est agenouillée, le visage dans les mains.


Notre Seigneur exige de moi tant de délicatesse
que ce doit être bientôt la fin.

            Dans cette phrase confiée au jeune frère et confident du Père Eymard, Albert Tesnière, nous percevons la profondeur du lien qui les unissait. En cette année ultime de sa vie, le Père Eymard demandait au frère Albert de l’accompagner dans ses déplacements, pour aller donner des enseignements, par exemple, parce qu’il était très fatigué et avait besoin d’assistance. C’est ainsi que le frère Albert a pris les notes de la prédication avec laquelle nous adorerons Jésus Eucharistie, tout à l’heure. 

            Pour cette dernière rencontre, avant la coupure estivale de la Fraternité Eucharistique jubilaire, nous nous penchons donc sur la fin de vie de saint Pierre-Julien. Si tout au long de sa vie nous pouvons lire les moments et les attitudes eucharistiques du Père Eymard, dans ses lettres, ses notes de retraites personnelles, nous percevons cette attitude eucharistique d’autant plus à l’approche de son enciellement, sous le regard du frère Tesnière et le témoignage de ceux qui l’ont assisté jusqu’à son agonie et son dernier souffle.

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            Avant de vous emmener quelques mois avant la mort de Pierre-Julien, permettez-moi de vous faire part de ce message reçu jeudi dernier, alors que je préparais cet exposé. C’est une amie carmélite à Nevers qui m’a envoyé ce mail, dont j’extrais ces mots pour éclairer ce que signifie ‘être un homme ou une femme eucharistique’ en fin de vie. 

Enciellement sr Louise-Marie Carmel Nevers.jpg 

            Nous lirons tout à l’heure le passage où le frère Albert nous fait part du témoignage de Mlle Thomas, la garde malade qui accompagna le Père Eymard dans ses derniers instants.


Les derniers mois du Père Eymard

(Tout au long de cet exposé je m’appuie sur la biographie du P. André Guitton, sss,
Saint Pierre-Julien Eymard - L’Apôtre de l’Eucharistie)

CouvLl'ApôtreDeL'Eucharistie.jpg            Pierre-Julien Eymard était né à la Mure d’Isère le 4 février 1811, et il retourna y mourir le 1er août 1868, à l’âge de 57 ans.

            Avant la lecture proprement dite des morceaux choisis dans le livret Les derniers jours de S. Pierre-Julien Eymard — écrit en 1869 par le frère Albert Tesnière qui fut son disciple, son confident et témoin direct de ses derniers jours — nous allons revenir à ses dernières activités de prédicateurs.

            Début mai 1868, sans doute le 2, le Père Eymard revient d’une retraite qu’il a prêchée au noviciat de la Congrégation du Saint-Sacrement, à Saint-Maurice, en Essonne. C’est là qu’il donna le titre de « Notre-Dame du Saint-Sacrement » à la Vierge. [J’ouvre ici une parenthèse pour préciser que ce titre à pour origine celui que le P. Jules Chevrier donna à Notre-Dame du Sacré-Cœur. Le P. Eymard avait vu des imprimés avec ce titre Notre-Dame du Sacré-Cœur, envoyés par les pères du Sacré-Cœur d’Issoudun, pour en répandre la dévotion. C’est le frère Paul Maréchal, alors novice à Saint-Maurice et qui avait suivi la dernière retraite du Père Eymard, qui en rapporta le témoignage. Ce frère conclut dans sa déposition au Procès ordinaire de Paris dans la somme (Summarium) pour l’introduction de la cause de béatification du Père : « Le Père Eymard mourut deux mois après. »]

            De retour de Saint-Maurice où il a prêché cette retraite, le Père en commence une autre, du 4 au 9 mai, à Vaugirard, pour les Frères de Saint-Vincent de Paul. Il était tenu par une promesse faite au supérieur général de prêcher cette retraite annuelle. Le Père étant fatigué demanda au jeune frère Albert Tesnière (22 ans) de l’accompagner. Celui-ci pris les notes de cette retraite (PA 10, 1-24), la dernière que le P. Eymard prêcha à des religieux. Durant les 5 jours de cette retraite il donnait trois instructions par jour, plus un sermon de professions le 6ème jour, le samedi matin.

St Pierre-Julien Eymard malade.jpg            À cheval sur cette retraite, le Père Eymard accepta de donner le soir, du 6 au 8 mai, le triduum de l’Adoration perpétuelle dans la chapelle des Bénédictines du Saint-Sacrement, rue Monsieur. « Prédication lumineuse et fervente » selon les mots du P. André Guitton dans la biographie du Saint. « Le frère Tesnière qui l’accompagnait rapporte qu’il revenait exténué à sa communauté », au 112 boulevard Montparnasse, tout près de Notre-Dame des Champs.

            À Paris, il profite de ce temps pour mettre à jour sa correspondance. Par deux fois en mai il se rend à Saint-Maurice pour se reposer.

     Il donne une instruction sur le sacerdoce le jour de la première messe d’un prêtre, le 7 juin. Le 11 juin, en la Fête-Dieu, le sermon aux Vêpres à Notre-Dame-des-Victoires. Les 26 et 27 juin il préparait 37 jeunes à leur première communion. Le dimanche 28 juin il préside cette célébration, mais, à cause de la fatigue, il dut céder la place à un confrère.

            Le lendemain, 29 juin, il part pour Angers pour la bénédiction de la première pierre de la chapelle de la Congrégation du Saint-Sacrement. La célébration eut lieu le 30 juin, présidée par Mgr Angebault. Malgré sa fatigue extrême le P. Eymard voulut rendre visite à ses filles, les Servantes du Saint-Sacrement d’Angers. Il leur donna une dernière exhortation (PS 642,6), et se rendit à la chapelle pour donner la bénédiction du Saint Sacrement. Puis il rentra à Paris.

Pierre Fourier Peint:Cuivre Musée Lorrain.jpg            Épuisé, « il subit une attaque qui paralysa presque entièrement son bras gauche. Mais il avait promis aux religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de s’associer à la fête de leur fondateur, le bienheureux Pierre Fourier. Le 7 juillet, avec l’aide du frère Tesnière, il se rendit à l’Abbaye-aux-bois » et donna cette prédication, dont nous méditerons le texte tout à l’heure, pendant l’heure d’adoration. « Pendant une heure, il tint son auditoire sous le charme de sa parole de feu » (André Guitton). Et vous verrez qu’on pense immanquablement au Père Eymard lui-même quand il évoque la sainteté du Bienheureux Pierre Fourier ! « Ce fut la dernière prédication qu’il donna en dehors de sa communauté. »

            Le 9 juillet, il parla sur la foi et en fit l’application à l’Eucharistie, au sein de sa communauté pour le sermon du jeudi soir (Croire à l’Eucharistie, PP 66,3).           

            Le 16 juillet 1868 fut son ultime instruction : La foi à l’Eucharistie (PP 67,3), où il poursuivit sa méditation sur le chapitre 6 de l’Évangile de saint Jean, dont il portait toujours un exemplaire sur son cœur. 

            Le 17 juillet au matin, au bord de l’épuisement et sous les conseils de son médecin qui le décida à partir se reposer en famille, il partit pour la Mure. Le Père Eymard pensait aussi retourner au Laus, tranquillement, reprendre des forces. Il avait même autorisé le frère Albert à venir le rejoindre dans ce sanctuaire béni. Il était conscient de sa faiblesse et de l’imminence de sa mort. « Notre Seigneur exige de moi tant de délicatesse que ce doit être bientôt la fin » avait-il dit au printemps de 1868, propos rapporté par le frère Albert.

Marguerite Guillot.jpg            Mais il n’alla pas directement à la Mure. Il passa rendre visite à Marguerite Guillot, la supérieure des Servantes du Saint-Sacrement d’Angers, qui était en cure thermale à Vichy. Il était question de créer une communauté féminine à Lyon, et il voulait s’en entretenir avec elle. Il resta 2 jours avec elle, jusqu’à sa fête le 20 juillet. Il était rendu à Lyon le soir même, dans un hôtel près de Perrache.

            Le lendemain matin il prit le premier train pour Grenoble où il arriva vers 9 heures. Il était encore à jeun et n’avait pas encore dit sa messe. Avec son ami l’abbé Bard, avec lequel il allait rejoindre La Mure dans l’après-midi, ils allèrent réserver leur voiture. Puis, le P. Eymard se rendit à la chapelle de l’Adoration, tenue par les missionnaires de La Salette. Il était près de 11 heures. Il demanda à célébrer la messe. Visiblement si fatigué, le Père missionnaire voulu l’en dissuader. Mais le P. Eymard insista et le missionnaire resta pour l’accompagner. Ce fut sa dernière messe. Le P. Archier raconta par la suite : « Je le reçus presque dans mes bras lorsqu’il quitta le saint autel. Je lui donnai un peu de chartreuse. »
(P . Archier, récit dans R. Ullens, Devant la mort, le bienheureux Pierre-Julien Eymard, Montréal 1950, p.20)

            De la biographie du P. André Guitton :

  Le P. Eymard dut renoncer à son rendez-vous au restaurant : il était si faible qu’il pouvait à peine se tenir debout. Il ne voulut rien prendre, il se reposa en attendant le départ de la diligence. Le P. Archier tenta de le dissuader de prendre la route et l’invita à demeurer quelques jours. Mais en vain. Vers 1 heure et demie, le Père se leva. À peine accepta-t-il un peu de nourriture et il rejoignit l’abbé Bard à la Porte de Bonne, lieu de départ de la voiture de La Mure. Avec son compagnon, il prit le coupé à l’avant et dans la chaleur étouffante de la canicule, il quitta Grenoble pour La Mure. Le voyage fut harassant. Selon le témoignage de son compagnon, « le Père devenait taciturne, ne répondait que par des monosyllabes. À chaque relais cependant il descendait, prenait un peu l’air, quelques rafraîchissements et remontait seul en voiture avec assez de vigueur » (Tesnière, AGRSS, Rome, 0 1, PP. 337-374). L’abbé Bard le quitta à Villard, non sans recommander au cocher de veiller sur le Père Julien. Vers 8 heures du soir, la diligence arrivait chez Pelloux à La Mure. Personne ne l’attendait.

    « Quand je serai à Grenoble, avait-il écrit de Vichy à ses sœurs, je vous enverrai une dépêche pour vous annoncer mon arrivée à La Mure » (À Marianne Eymard, 19 juillet 1868, CO 2209). Ses sœurs n’avaient rien reçu. Alertées, elles arrivèrent immédiatement, Annette Bernard d’abord. Le Père l’embrassa, mais il ne dit pas un mot, il oubliait même son chapeau dans la voiture. Puis survint Marianne. Pas un mot non plus. Arrivés à la maison, toute proche, il rédigea avec peine un télégramme à l’adresse de la communauté de Paris sans doute, mais dont seules la date et la signature sont lisibles. On le conduisit dans sa chambre au second étage et il se mit au lit. On était loin de soupçonner la gravité de son état, et lui-même ne pouvait rien demander. « Nous pensions que ce serait une fatigue comme il en avait tant éprouvé de fois », devait confesser naïvement par la suite Annette. En réalité, il avait été victime d’une congestion cérébrale. Le voyage et la chaleur n’avaient pu qu’aggraver son état : il était aphasique.

 
Les derniers jours de S. Pierre-Julien Eymard

(Édition du Centre de spiritualité "Eymard", La Mure d'Isère, 2018)

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Mercredi 29 juillet 1868

Le matin avant d’aller à la Messe je dis au Père : « Oh ! ce qui vous manque, mon Père, c’est N. Seigneur. Je vais écrire à Monseigneur de permettre à un des prêtres habitués de La Mure de venir vous dire la Messe. » Il sourit mais fit un signe négatif. Peut-être prévoyait-il l’arrivée du père Chanuet.

Le Père se leva encore pour faire son lit. Il voulut changer de linge tout seul et pour cela resta debout sur son tapis. Je ne pouvais le laisser ainsi. Je craignais qu’il ne tombât. Il se changea donc et comme je jetais un rapide regard pour voir s’il ne faisait pas signe de l’aider, j’acquis de visu la certitude de ses macérations sanglantes.

Dans la matinée le Père fut plus gai. Il parlait un peu plus facilement. Nous nous mîmes à table. Il nous fit signe de mettre son couvert et un fauteuil à sa place et pendant que nous mangions il arriva bravement, s’assit et mangea un petit peu de poisson et de raisin. Il nous regardait manger en souriant. Il resta à table un quart d’heure à peu près. Le Père avait pris un peu de pain, il en mangea un peu. Il lui en restait une bouchée dans la main. Sa sœur voulut la lui prendre. Il refusa et me la laissa prendre. C’est la dernière fois que l’enfant reçut le pain des mains du Père de famille.

Le reste de la journée fut très calme. Le Père put traiter quelques affaires. Je lui lisais des lettres, il me disait la réponse en quelques mots.

Nemours revint le poursuivre. Il reçut aussi une lettre pénible de f… Mais dit-il, il n’y a rien à faire.

Ainsi la tribulation l’attaquait encore à son lit de mort. Il reçut une dépêche du père de Cuers demandant s’il fallait venir. Non, me répondit le Père à deux fois. D’autres, les jours suivants, firent la même demande et reçurent la même réponse. Le Père voulait mourir simplement et faire cette action avec la simplicité d’un acte de service Eucharistique comme les autres.

Le soir le Père fut plus agité. Le père Chanuet arriva avec Mlle Thomas qui a soigné le Père sans le quitter et a reçu son dernier soupir. 

Le Père était trop fatigué pour parler. Ce n’est que le lendemain qu’il adresse la parole eu père Chanuet.

Je veillai le Père jusqu’à une heure. La nuit fut très pénible. À un moment le Père eut un râle effrayant à entendre, et plus effrayant à moi. Sa poitrine se soulevait bruyamment. Il respirait avec effort et par saccades. Il était étendu sur le dos pâle comme un mort. Les narines s’étaient retirées et contractées. La bouche était violemment serrée. La sueur ruisselait sur son visage, cela dura plus d’une demi-heure (je crois). Je m’approchai. Je ne savais quel parti prendre, je priai. Enfin le bruit cessa et le Père resta assoupi jusqu’à l’heure où je le quittai pour aller reposer. 

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Jeudi 30 juillet

P Chanuet célèbre dernière messe au P Eymard.jpegDès le matin on installa dans la chambre tout ce qu’il fallait pour dire la Messe. Le père Chanuet n’avait pu obtenir de Monseigneur de Grenoble la permission que pour une fois la semaine. L’autel était dressé sur la commode en vue du Père qui put suivre la Messe, quelques personnes y assistèrent. Le Père communia. Pendant l’action de grâce il me fit signe de lui donner à boire le vin qui restait dans la burette avec l’eau du sacrifice. Sa figure était radieuse de paix et de calme. Je m’approchai et l’embrassai. C’était la première fois depuis mon arrivée. Après l’action de grâces le père Chanuet vint au pied du lit et le Père lui dit assez distinctement : « Vous êtes bien drôles d’être venus. Pour quoi faire ? - Eh bien, mon Père, ne le méritez-vous pas. - Ah ! bah ! dit le Père ! » Et le père Chanuet de reprendre : « Vous alliez bien voir les autres, vous mon Père ! » Le Père se tut, content de cette raison.

Il parla quelques minutes avec Mlle Thomas, lui demanda des détails minutieux sur les affaires d’une succession qui l’embarrassaient. Ce qui prouve sa grande présence d’esprit.

Vers neuf heures je lui demandais de lui passer autour du corps une ceinture de soie qui avait servi à revêtir sa chère Notre-Dame du Laus. Il voulut bien et me dit : « C’est pour elle (ou à elle) que je l’offre (ou que je souffre) ». La difficulté que le Père avait de s’exprimer m’empêcha de saisir laquelle des deux phrases il prononça, mais leur sens est identique. (Il mourut avec cette ceinture autour du corps. N.-Dame du Laus avait été son premier désir, son premier amour. Elle vint occuper sa dernière pensée. Je l’avais passée moi-même. Après la mort, Mlle Thomas la prit et me la donna). Je lui demandai alors s’il ne voulait pas que j’allasse demander sa guérison à Notre-Dame de La Salette. Une neuvaine de messes s’y terminait le lendemain. Il me dit : « Oui, je veux bien ». – J’obtiendrai votre guérison, mon Père. – « Je veux bien ». Au moment de partir vers onze heures il me dit : « Restez demain, samedi et dimanche ». – C’est trop, lui dis-je, je veux vous revoir avant. « Eh bien ! revenez samedi ». Je me mis à genoux. Le Père me bénit. Il me fit sur le front avec sa main une croix. Et je partis croyant bien le revoir plein de santé – hélas !

Pour montrer comment le Père pensait à tout il voulut que je prisse son parapluie. Il ne put venir à bout de dire ce mot. Il me montrait du doigt le fond de sa chambre et me disait : Prenez mon… mon… Et moi qui ne pouvais, par le beau temps qu’il faisait, songer à un parapluie, je désignai tous les objets. Le Père disait : non, avec un petit air aimable et agacé. Il souriait de son impuissance. Mais pour nous quelle souffrance de voir muette cette bouche toujours ouverte pour annoncer Notre Seigneur ! ou pour dire une parole d’affection ou de bienveillance.

Je partis. Depuis ce temps jusqu’à sa mort il s’est écoulé 50 heures. Je serais revenu plus tôt de La Salette. Mais j’attendais une personne qui devait y arriver le vendredi soir à 2 heures et me donner des nouvelles du Père. Elle n’arriva pas, je résolus de l’attendre. Au fond du cœur je croyais invinciblement que le Père guérirait vite et bien. Je le croyais et ma conscience me faisait verser d’avance des larmes de reconnaissance. Hélas ! Notre Seigneur ne l’a pas voulu ! J’ai toujours regardé cette absence comme une punition de mes péchés. Oui, Seigneur, vous jugez toutes choses avec équité. Je vous remercie de la faveur inestimable d’avoir vu mon Père dans ses derniers jours, de l’avoir soigné, d’avoir vu un saint sous le coup de la douleur, laissant une œuvre à peine établie, sans regrets, sans récriminations, mourant parce que vous jugiez à propos qu’il mourut, ne se croyant pas nécessaire une minute de plus que vous le vouliez, allant à la mort comme à l’adoration, ne voulant rien dire pour plus tard afin de vous laisser à vous, seul maître, seule personnalité dans la Société, votre pleine liberté de direction, votre autocratie ! O ! quel spectacle. Et peut-être aussi, Seigneur, que vous m’avez éloigné de peur que je ne forçasse, par mes instances toujours écoutées dans ces matières-là, notre Père à parler. Tout ce que vous avez fait est bien, et mieux que tout ce qui aurait pu être.

Les deux lettres ci-jointes donnent les détails sur les deux derniers jours Jeudi et Vendredi. La dernière a été écrite vendredi vers trois ou quatre heures. On y remarquera cette annonce de sa mort faite par le Père à une personne de La Salette. Elle m’a été confirmée en ces termes par la personne elle-même : « Le Père m’a dit : Eh ! bien c’est la fin ». Je ne veux pas juger de l’autorité de cette personne à se faire croire. Ce n’est que plus tard que l’on pourra obtenir là-dessus des données certaines.

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Vendredi 31 et Samedi 1er août

Alcove P Eymard.jpegLa lettre de Mlle Thomas indique que la nuit a été assez calme. Mais que l’affaiblissement augmen-te et que là est le grand danger. En effet le Père ne pouvait plus, usé comme il l’était, lutter contre la maladie.

Le père Chanuet dit la messe le matin.

Deux fois dans la journée il lui parla de l’extrême-onction. Le Père dit : non, pas maintenant.

Le Père se lève pour laisser faire son lit. La nuit on lui a posé un emplâtre sur le cou. Le soir Mlle Thomas veille sur le Père. Vers minuit elle était dans la chambre. Les rideaux du lit placé dans une alcôve étaient entr’ouverts. Une petite veilleuse placée sur la cheminée éclairait l’appartement. Mlle Thomas, regardant le Père, le voit fixer attentivement les yeux vers le pied de son lit du côté du mur. Il souriait, ses yeux s’animaient. Il paraissait singulièrement heureux. Elle regarde et aperçoit dans un nimbe d’une lumière douce comme la lumière de la lune, des plis de robe. Comme elle est loin d’être portée au merveilleux, elle prend la lampe, la change de place, la cache afin de bien s’assurer que ce n’est pas une réfraction de sa lumière : le nimbe lumineux persiste. Le Père regardait toujours, toujours plus souriant. Il avait l’air de remercier. Ces plis, m’a dit Mlle Thomas, étaient ceux d’une robe pendante. Ils pouvaient avoir un mètre de haut. Et le nimbe entier tenait depuis le lit jusqu’au plafond. Elle n’a pas vu de traits, pas de figure. Elle m’a attesté cela. Et tous ceux qui ont connu son instruction, son caractère énergique, son cœur viril, savent qu’elle n’était pas portée aux visions. 

Elle croyait intimement que c’était la Ste Vierge qui venait avertir le Père. Cette croyance, loin de s’éteindre, n’a fait jusqu’à sa mort qu’augmenter chez elle. Mlle Thomas envoie aussitôt chercher le père Chanuet qui logeait dans une maison voisine. Le Père accepte volontiers cette fois d’être administré. Le père Chanuet lui apporte les Saintes Huiles. Le Père s’unit à toutes les prières, suit toutes les cérémonies. Il était 2 heures du matin.

La faiblesse allait toujours croissant. Les idées toujours parfaitement claires. À sept heures le père Chanuet dit au Père qu’il allait lui chercher la Communion. Le Père ne sembla pas content. Il aurait voulu la Messe. Le père Chanuet craignit d’aller contre sa conscience et le Père se soumit à ce nouveau sacrifice. Il reçut son viatique. C’était sept heures avant de partir !

Après la Communion, le Père se leva encore pour laisser faire son lit. À dix heures, il embrassa sa sœur et lui dit : « Eh bien sœur, adieu c’est la fin ! » Vers onze heures, les sinapismes appliqués et promenés sur les jambes ne prenaient déjà plus. La vie s’en allait peu à peu. Le sang se réfugiait des extrémités vers le cœur. Chez le Père surtout, et plus peut-être qu’en aucun autre, le cœur avait été la vie. La vie s’y réfugiait à ce moment suprême comme dans un dernier retranchement.

À midi, on crut que tout était fini. Une syncope fit craindre la mort. Elle dura quelques minutes. Le père Chanuet récita alors au Père des prières des mourants. Le Père s’y unissait.

Tous ceux qui étaient présents vinrent s’agenouiller au pied du lit. Le Père les bénit les uns après les autres. Quand il eut fini, il cherchait encore quelqu’un, il regardait de côté et d’autre et semblait appeler. Puis il rentra dans le repos. – Mlle Thomas a cru toujours que c’était moi que le Père cherchait. Il me croyait sans doute de retour, ou ne se souvenait plus de m’avoir envoyé à La Salette.

Vers deux heures, le père Chanuet alla au télégraphe. Quelques signes de plus grand abattement ne trompèrent pas Mlle Thomas. Elle fit courir après elle le père Chanuet. Le Père voulut expectorer une glaire. Mlle Thomas le souleva un peu sur l’oreiller. La respiration lui manqua. C’était fini. Il retomba sans vie ou plutôt il s’endormit doucement. De sa main il cherchait l’envers de son mouchoir afin de cracher. Ses yeux étaient demeurés fixés sur un tableau du crucifiement. Le père Chanuet était arrivé quelques secondes avant et avait eu le temps de donner au Père, de la porte de la chambre, la dernière bénédiction in articulo mortis. Il était environ deux heures et demie. J’ai oublié de dire que vers midi, quand on récitait au Père les prières des mourants, il avait paru un peu fatigué. Mlle Thomas lui montra alors une image du Sacré-Cœur avec les litanies lui demandant s’il voulait qu’on les récitât. Oui, fit le Père et il suivit toutes les invocations avec un intérêt et une piété soutenus. Ce fut sa dernière prière ici-bas. – Un jour le Père m’avait dit : « Ah ! la dévotion au Sacré-Cœur je lui dois tout, elle m’a sauvé ». Et Jésus venait offrir la vue de son Cœur à ce cher mourant pour lui faciliter le passage et le lui faire faire dans cette nacelle assurée contre le naufrage ! C’est le samedi 1er août à 2 heures 1/2 que le Père s’est éteint dans le Seigneur. C’était la fête de St Pierre-ès-liens son patron et l’heure des premières Vêpres de Notre-Dame des Anges.

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Après le premier moment de la douleur, on songea à exposer le Père et à le revêtir. Ce fut Mlle Thomas et Mme Gras qui se chargèrent de ce douloureux office. 

Le Père fut revêtu de sa soutane, de l’aube, du cordon et de l’étole noire. Il avait aux pieds ses bas et ses souliers à boucles. On l’étendit ainsi sur son lit et, le bruit s’étant répandu dans la ville, la chambre commença à se remplir de visiteurs, les larmes aux yeux, qui venaient contempler ce Père vénéré et moins prier pour lui que se recommander à ses prières.

Mais puisque ces souvenirs sont surtout faits pour moi, je vais y noter quelques faits sans importance mais dont j’ai été frappé après l’événement.

De la messe qui termina la neuvaine à La Salette, je crus très certainement que le Père guérirait. Je faisais l’action de grâces à Marie plus que je ne lui demandais la faveur tant souhaitée. 

Il y avait, à La Salette, un vénérable pèlerin dans le genre du Benoît Labre en universelle vénération. Je lui demandais la guérison du Père sans lui dire la gravité exacte de sa maladie. Sa réponse fut celle-ci : « Ah ! Monsieur, quand le bon Dieu a résolu de rappeler quelqu’un à Lui, les prières n’y font plus rien ». Mais, lui dis-je, c’est un saint dont Notre Seigneur a besoin, l’Église et la Société aussi. « Dans ce cas, me répondit le vieillard comme pour me consoler, Dieu le conservera peut-être ». – Je ne fis pas grande attention à ces paroles. Le soir à l’instruction du vendredi, le père Pons prêchant sur St Pierre-ès-liens dit : « St Pierre paraissait bien nécessaire à l’Église naissante et cependant Dieu le tenait en prison. C’est que personne n’est nécessaire à Dieu ». Enfin le samedi, inquiet de ne voir personne venir de la Mure, j’étais hésitant si je devais rester ou repartir. Vers 1 heure et demie on arriva. Le Père, me dit-on, n’est pas mieux, repartez. – Je ne le croyais pas. Peut-être, me dis-je, quand la personne a quitté la Mure cela était vrai, mais depuis, Marie a certainement guéri le Père. Je le crois sans hésitation, ceci n’est qu’une épreuve de ma foi.

Statuette ND Salette P Eymard.jpegCependant je me décidai à partir. Vers deux heures j’allais dire adieu à Notre Seigneur. Je fis un acte de soumission à Notre Seigneur dont je ne me rendis pas compte, mais qui m’arracha un cri assez fort avec une douleur profonde. De la chapelle, je vais au lieu de l’apparition. Là, je ne me sens nullement porté à demander la guérison du Père. Mais saisi d’une paix suave, douce, d’un calme incroyable regardant les cieux, je dis dans mon cœur, sans prononcer extérieurement une seule parole : « Eh ! bien, quand vous partiriez, Père, cela ne vous vaudrait-il pas mieux ? N’avez-vous pas assez souffert ! Ah ! que vous seriez heureux d’être uni à votre Jésus ». Ce sentiment me remplit de joie intérieure et je partis sans y attacher d’importance. Il était deux heures passées à l’horloge de l’église. À quelques minutes de là, le Père se mourait. Tout le long du chemin je ruminais ce que je devais demander au Père, car j’étais persuadé que je le reverrais. Je portais des croix à indulgencier pour 16 francs. Cependant le ciel me paraissait plus beau qu’à l’ordinaire. Je ne suis pas poète, ni rêveur. Je le regardais et me disais : Mais que se passe-t-il donc au Ciel ? Quel triomphe y a-t-il donc ! que le Ciel est beau, puis pensant de nouveau au Père je songeais à ce que je lui dirais, aux moyens de le sauver, etc.

Ste Chantal savait la maladie de St François. Elle était à Grenoble. Le St se mourait à Lyon. Notre Seigneur lui dit dans l’oraison : « Ma fille, ton père ne vit plus dans ce monde » et la Sainte de répondre : « Oh non, mon Dieu, je sais qu’il est si mortifié que tout est mort pour lui et qu’il ne vit plus que pour vous ». Ce fait, que j’ai lu après, m’a expliqué comment, malgré tous ces avertissements intérieurs, je croyais toujours le Père en vie. 

Cependant j’avais pris un express. Une heure avant d’arriver à la Mure, à Pont-Haut, un homme m’arrête et me dit : « Le Père Julien est mort tantôt !!!! »

Quand j’arrivai près du Père, il était neuf heures du soir. Le Docteur Douillard était venu, mais trop tard, de Paris.

Je me précipitai sur mon Père et l’embrassai avec frénésie. Eh ! quoi, Père, vous êtes mort sans m’appeler pour recueillir une dernière bénédiction !

Je ne cessai d’embrasser ce visage vénéré. Les yeux étaient ouverts et aussi animés qu’aux plus beaux jours des fêtes de Notre Seigneur.

Pendant sa vie, même quand le Père était content, son regard conservait toujours un certain voile de mélancolie. Ici, plus rien. La paix, la paix souriante. Ses lèvres souriaient. Il me regardait au point que par deux ou trois fois je lui dis : « Mais riez donc, parlez donc, Père, vous n’êtes pas mort, ce n’est pas possible ! » Ce regard limpide, souriant et animé, dura jusque vers minuit. À cette heure le Père prit la figure qu’il a conservée jusqu’à sa sépulture. Son regard était toujours calme, ses yeux doucement ouverts, mais sans cette vie qui avait tant frappé les assistants durant les premières heures. Ce qui faisait le caractère de sa physionomie, c’était le calme, la paix, paix d’en haut que rien ne trouble plus.

Je passai la nuit au pied du lit de mon Père. Dieu sait quelles recommandations je lui fis. Je n’oubliai aucun de mes frères. Je sentais quel sacrifice N. S. demandait d’eux.

Les pénitents disaient l’office des morts. 

 

Stèle P Eymard.jpegLa journée du 2 août est ensuite relatée, avec la foule des gens affluant pour voir le Saint de La Mure avant ses funérailles, rue du Breuil. Je vous invite à le lire par vous-mêmes dans le livret (disponible au 23 avenue de Friedland, Paris 8, Chapelle Corpus Christi, Église du Saint-Sacrement, et au Centre Spirituel "Eymard" de La Mure). 

Nous pouvons maintenant partager sur ce que signifie ‘être un homme, une femme eucharistique’ à la lumière de l’exemple du P. Eymard.

Nous ferons une pause avant de reprendre à 16h l’adoration eucharistique animée avec un texte du Père Eymard : la prédication sur la sainteté qu’il donna trois semaines plus tôt et qui est comme, en creux, entre les lignes du texte, un autoportrait de sa vie de fondateur.

 

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Le tombeau du Père est traditionnellement situé à Paris, au 23 avenue de Friedland (8ème). Son gisant de cire occupe la châsse qui fut celle du bienheureux Curé d'Ars, que la Congrégation du Saint-Sacrement a rachetée au pris de 1000 francs de l'époque, en 1925, quand Jean-Marie Vianney a été canonisé et le P. Eymard déclaré bienheureux. On peut toujours vénérer ses reliques sises sous la châsse.

 

Logo sss NEUF.jpgSandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique
rattachée à la Chapelle Corpus Christi, Paris 8

23 juin 2018

 

 

Adorons Jésus Eucharistie avec la dernière prédication
sur la sainteté du P. Eymard : PDF

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Les trois photographies de la catéchèse, Chapelle Corpus Christi,
23 avenue de Friedland, samedi 23 juin 2018 : ©Anthony Loi


Retrouvez l'ensemble de la catéchèse eucharistique du semestre sur ce lien :
Fraternité Eucharistique Corpus Christi #JubiléPJEymard2018
L’IDEAL DU CÉNACLE Comprendre l’Eucharistie dans sa totalité
avec st Pierre-Julien Eymard

14.05.2018

Adorateurs en esprit & vérité avec Notre-Dame du Saint-Sacrement - #JubiléPJEymard2018

Fraternité Eucharistique
12 - 05 - 2018
Adorateurs en esprit & vérité 12 mai.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’influence de la Vierge Marie
dans la vie de S. Pierre-Julien Eymard
 

            Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868) a été ordonné prêtre en 1834, à Grenoble, à l’âge de 23 ans. Après avoir été prêtre diocésain et curé à Monteynard, il devient religieux Mariste, à Lyon, à l’âge de 28 ans.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelDepuis son enfance, la Vierge Marie tient une place importante de Conseillère dans sa vocation sacerdotale & religieuse, et dans son cheminement jusqu’à fonder une Congré-gation centrée sur l’Eucharistie.

Il fréquente le sanc-tuaire de Notre-Dame du Laus dès ses 11 ans où il parcourt les 80 km depuis La Mure d’Isère, seul, à pied, mendiant son pain. Il y retournera à ses 13 ans où il fera sa première confession et rencontrera le P. Touche qui l’encouragera à suivre sa vocation sacerdotale, à apprendre le latin, et à communier chaque dimanche.

            À 17 ans, Pierre-Julien apprend par hasard la mort de sa mère, survenue le 5 août 1828. Il est alors pendant une année volontaire à l’hospice Saint-Robert, près de Grenoble, afin d’aider l’aumônier, en échange de leçons de latin, pour devenir prêtre.

            À 18 ans, Pierre-Julien commence son noviciat chez les Oblats missionnaires de Marie Immaculée, à Marseille. Mais il contracte une pleurésie, on le ‘rapatrie’ à La Mure chez son père. On va jusqu’à sonner la cloche des agonisants… Mais il revient à la vie et sa convalescence durera une année.

            Quand il a 20 ans, le père de Pierre-Julien décède. Il peut alors entrer au Grand Séminaire de Grenoble introduit par Eugène de Mazenod le fondateur des Oblats de Marie Immaculée.

            Contemporain de la vision de Maximin et Mélanie à Notre-Dame de La Salette, le 19 septembre 1846, il sera un défenseur de l’authenticité de la vision et un visiteur assidu du sanctuaire. Il accompagnera aussi Maximin jusqu’à le confier à une famille amie, les Jordan, dans les Yvelines.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelÀ chaque étape de sa vie, il a su reconnaître l’influ-ence de Marie. C’est seulement en 1858, après avoir fondé en 1856 les Religieux du Saint-Sacrement, et en fondant les Servan-tes du Saint-Sacre-ment, qu’il encoura-ge et approuve le culte que ses fils rendent à Marie, sous le vocable : Notre-Dame du Saint-Sacrement.

L’année de sa mort, en 1868, il ouvre ainsi le mois de Marie dans le premier noviciat de la Congrégation, à Saint-Maurice, dans l’Essonne :

« Eh bien ! nous honorerons Marie sous le vocable de
Notre-Dame du Très Saint Sacrement,
Mère et Modèle des adorateurs,
priez pour nous qui avons recours à vous. »
(PS 317,2)

            Il célèbrera sa dernière messe à Grenoble, dans la chapelle des Missionnaires de La Salette. Et, à La Mure d’Isère, son village natal, pendant son agonie, suite à un accident cérébral et épuisé, il quittera ce monde avec une vision de la Vierge Immaculée, une statuette de Notre-Dame de La Salette entre les mains.


            Dans La Grande Retraite de Rome, en 1865, trois ans avant sa mort, il médite à plusieurs reprises sur les Mystères de l’Incarnation et la Vie de Marie en l’Incarnation, les attitudes intérieures de Marie tout au long de la vie de son Fils, jusqu’à Marie adoratrice du Verbe incarné en l’Incarnation, avec 4 actes d’adoration : l’humilité, la joyeuse reconnaissance, le dévouement et la compassion. Ce sera l’objet de la Neuvaine à Notre-Dame du Saint-Sacrement qui se déroulera avec le réseau social Hozana, du 26 mai au 3 juin prochain, jour de la Solennité du Saint Sacrement.

            On le comprend donc, la présence de Marie est fondamentale dans toute la vie du Père Eymard. Elle a le rôle qu’elle tient déjà dans les Évangiles :

Servante du Seigneur, elle s’offre elle-même en le servant, en accueillant le Verbe fait chair en elle ;

— Elle indique son Fils, aux noces de Cana, pour qu’il manifeste la puissance de Dieu dont il est investi ;

Médiatrice, elle portera dans la prière les enfants de Dieu à son Fils, Mère de l’Église dont elle reçoit la tâche au pied de la croix.

— Rôle de co-rédemptrice aussi, même si ce n’est pas le mot que le P. Eymard emploie pour désigner la part active qu’à la Vierge dans l’économie du Salut ;

— Et surtout, Reine du Cénacle, qui reçoit l’Esprit Saint à la Pentecôte avec les disciples, Adoratrice du Christ ressuscité présent au saint Sacrement.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocel            Voilà pour l’introduction à Notre-Dame du Saint-Sacrement que la congrégation fête demain, le 13 mai. C’est le jour anniversaire où le Père Eymard, en compagnie de son premier compagnon, le P. Raymond de Cuers, a reçu de l’archevêque de Paris d’alors, Mgr Dominique Sibour, la bénédiction pour fonder la première communauté des Religieux du Saint-Sacrement. La mission première de la congrégation est d’adorer et de faire adorer le Saint Sacrement, avec l’œuvre de la première communion des adultes et des enfants en milieux ouvriers dans les faubourgs pauvres de la capitale (Faubourg Saint-Jacques).
 

 

            Mais que signifie « adorer et faire adorer le saint Sacrement » ? Pour répondre, entrons dans le Mystère de l’Incarnation du Verbe, par cette citation du prologue de l’Évangile de saint Jean :

Jean 1,14 (Prologue)

14 Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire,
la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
 


            L’angelus est une prière en l’honneur de l’incarnation du Christ, que je vous invite à prier ensemble pour se mettre en présence de Marie & de Jésus son Fils :

V/. L’Ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie,
R/. Et elle conçu du saint-Esprit.
Je vous salue Marie ...

V/. Voici la servante du Seigneur,
R/. qu’il me soit fait selon votre parole.
Je vous salue Marie ...

V/. Et le Verbe s’est fait chair,
R/. et il a habité parmi nous.
Je vous salue Marie ...

V/. Priez pour nous, sainte mère de Dieu,
R/. Afin que nous soyons rendu dignes des promesses de notre Seigneur Jésus-Christ.

PRIONS : Que ta grâce Seigneur notre Père se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus-Christ, Notre Seigneur, qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint Esprit maintenant et dans les siècles des siècles. Amen

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            Nous allons donc développer au cours de cet exposé ce que signifie « adorer en esprit & vérité ». Permettez-moi, tout d’abord, de baliser ce que j’ai à vous dévoiler par trois courts extraits du Projet de Vie de la Fraternité Eucharistique — l’Agrégation du Saint-Sacrement, la branche laïque de la Congrégation — à laquelle j’appartiens, ayant fait ma Promesse d’engagement il y a bientôt 2 ans (le 3 juin 2016).

1 — À l’article Avec Marie, il est écrit :st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard

Avec Marie

La Vierge Marie
Mère de Jésus et Mère de l’Église,
est le modèle irremplaçable
de la vie eucharistique.
Elle a partagé la vie des disciples
en prière au Cénacle
et en chemin sur les voies du monde.

Comme elle,
nous nous laissons guider par l’Esprit
pour que, dociles à son action,
nous contribuions efficacement
à la venue du Royaume.

D’ailleurs, nous l’honorons et l’invoquons
sous le titre de :
Notre-Dame du Saint-Sacrement.

(PdV – II, 11)

2 — À l’article La prière de contem-
plation et d’adoration …
est écrit :

La prière de contemplation et d’adoration

Dans la prière
de contemplation et d’adoration
au Christ présent dans l’Eucharistie
solennellement exposé ou dans le tabernacle,
nous prolongeons
la grâce du mystère célébré,
et intensifions notre union au Christ
pour devenir avec lui et comme lui
pain rompu pour un monde nouveau.

(PdV – II, 8)

3 — Et, enfin, à l’article La célébration eucharistique, nous lisons :st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocel

La célébration eucharistique

La célébration du Mémorial du Seigneur
est le point de départ
de notre compréhension de l’Eucharistie
et inspire notre prière et notre engagement.

Appelés à témoigner
de la forme eucharistique de l’existence,
par toute notre vie nous devenons
les ‘adorateurs en esprit et en vérité
que le Père cherche’ (Jn 4,23).

(PdV – II, 7)

 



Appelés à témoigner de la forme eucharistique de l’existence, par toute notre vie nous devenons 
les ‘adorateurs en esprit et en vérité que le Père cherche’ (Jn 4,23).

Et c’est le titre de cet exposé que nous allons approfondir en lisant l’Évangile de saint Jean, chapitre 4, versets 1 à 28.

 

Appelés à témoigner de la forme eucharistique
de l’existence, par toute notre vie nous devenons les
adorateurs en esprit et en vérité que le Père cherche

ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT JEAN

Chapitre 4

1 Les pharisiens avaient entendu dire que Jésus faisait plus de disciples que Jean et qu’il en baptisait davantage. Jésus lui-même en eut connaissance.
2 – À vrai dire, ce n’était pas Jésus en personne qui baptisait, mais ses disciples.

3 Quand Jésus appris cela, il quitta la Judée pour retourner en Galilée, 4 il devait donc traverser la Samarie.5 Il arrive ainsi à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, 6 et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. C’était la sixième heure, environ midi.

7 Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » 8 – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger. 9 La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.

10 Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » 11 Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? 12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » 13 Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; 14 mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » 15 La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »

16 Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » 17 La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : 18 des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » 19 La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !... Alors, explique-moi :

20 Nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. » 21 Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 23 Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. 24 Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » 25 La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » 26 Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

27 À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » 28 La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville. (…)


st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelJ’aimerais que nous voyions cette rencontre de Jésus avec la Samaritaine comme le paradigme de notre rencontre avec Jésus Eucharistie. Abordons cette scène comme le modèle d’une rencontre avec la personne divine de Jésus présent au saint Sacrement. Rencontre de Jésus Eucharistie comme quand nous sommes en adoration ou même lorsque nous communions à son Corps et à son Sang à la messe, quand nous prenons part au banquet des Noces de l’Agneau.

            Dès le début de ce chapitre 4, il est dit que Jésus attire à lui les gens et baptise plus que Jean, qu’il fait plus de disciples que Jean le Baptiste. Pour cette raison, les pharisiens veulent rejoindre Jésus pour lui demander des comptes. Ils s’en offusquent et s’interrogent sur le pourquoi de ce succès de Jésus. Ce succès vient de ce que Dieu habite pleinement en Jésus, qu’il est rendu capable par le Père de donner l’Esprit et la Vie sans mesure à celui qui croit en lui et reçoit le baptême en son nom. C’est parce que Jésus baptise dans l’Esprit, qu’il est lui même cet Esprit, cette Vie, que les gens viennent à lui et se font baptiser.

            Jésus connaît très bien le cœur des pharisiens, c’est pourquoi il les fuit, veut retourner en Galilée et doit pour cela traverser la Samarie. Pays que les Juifs mettent à distance. Les Juifs ne veulent aucun commerce avec les Samaritains, qu’ils considèrent comme impurs : rien à voir avec leurs règles sociales, culturelles et religieuses.

            Traversant donc cette région désertique, Jésus se retrouve au mythique puits de Jacob. Lieu essentiel, vital et stratégique, aussi bien dans le passé que pour maintenant dans la scène que Jésus s’apprête à nous donner à voir. Rendu vulnérable comme tout homme par la chaleur et la fatigue de la marche, Jésus a soif et s’assoit sur la margelle du puits. C’est la sixième heure, c’est-à-dire qu’il est environ midi. Je me suis demandée pourquoi ce détail de l’horaire précis. Et je me suis souvenue que dans saint Jean, ailleurs, à environ midi, la sixième heure, un autre événement a lieu… Aux abords de la Passion, avec Pilate qui cherche à relâcher Jésus. Voici le passage en Jean 19, 12-14 :                                                  

Mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » 13 En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l’endroit qu’on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha). 14 C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. »  

            Deux choses me frappent dans ces deux passages de l’Évangile :

            Dans un cas c’est la fatigue de la route qui fait s’asseoir Jésus au bord du puits. Dans l’autre cas, c’est Pilate qui fait asseoir Jésus sur une estrade, pour montrer à ceux qui veulent sa mort qu’il est inoffensif et innocent. Il vient d’être flagellé, moqué, il est en sang et porte la couronne d’épines, le roseau et le vêtement pourpre.

            Au bord du puits, Jésus, au contact de la samaritaine, est, librement, dans l’abnégation de sa personne humaine : il met son besoin individuel de boire au second plan, privilégiant le dialogue pour amener la femme à reconnaître qu’il est l’envoyé de Dieu, le Messie. Il lui révèlera sa personne divine, plus loin, au verset 26 : « Moi qui te parle, je le suis ».

            Finalement, Pilate ne fait pas autre chose que révéler la personne divine du Christ quand il le désigne aux Juifs comme étant leur roi. Mais Pilate ne connaît pas la portée de sa déclaration. Il ignore aussi que c’est librement que Jésus s’offre à toutes les tortures qui l’attendent encore.

            Dans les deux cas, la sixième heure, vers midi, désigne le moment crucial où s’opère la révélation de la personne divine de Jésus. La samaritaine reçoit cette révélation. Les juifs au moment de l’Ecce Homo la rejettent.

            Revenons à notre puits. Jésus est donc assis au bord. Il a soif. Et quand la samaritaine s’approche, il ne lui dit pas, comme sur la croix, dépouillé et à l’article de la mort : « J’ai soif ! ». Là, il lui demande : « Donne-moi à boire. » Il est en position de faiblesse par rapport à cette femme, puisqu’il n’a rien pour puiser et qu’elle en a les moyens : elle porte sa cruche. Mais il ne met pas en avant son besoin à lui, vital et humain. Il est très respectueux dans sa demande, tout en étant direct. Il demande avec autorité, mais il ose demander à une femme, qui plus est, étrangère. N fait, il se préoccupe de son besoin spirituel, à elle qui n’accède pas à sa demande. Elle ne se précipite pas au bord du puits pour y descendre sa cruche et la remonter pleine de l’eau fraîche qui lui ferait tant de bien physique ! C’est pourtant elle qui a la clef pour répondre à sa demande matérielle. C’est elle qui a le seau ou la cruche pour puiser. Au lieu de cela, immédiatement, le dialogue est enclenché sur le mode spirituel. La demande de Jésus « donne-moi à boire » contient la clef, la réponse à la question spirituelle que la samaritaine soulève par sa remarque spontanée : « Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » Toi, un Juif : Il est question immédiatement de la personne de Jésus dans la bouche de la samaritaine, mais elle ne le sait pas encore. C’est bien la personne de Jésus qui est le seau, la cruche, la clef à la question du don de l’Esprit, ce don de l’eau vive.

            Le sens pragmatique de la samaritaine lui montre que Jésus n’a rien pour puiser l’eau matérielle et cette remarque l’adoucit. C’est comme si elle s’asseyait à son tour à son côté, sur la margelle du puits, songeuse : « Tu n’as rien pour puiser (…) avec quoi prendrais-tu l’eau vive ? » Et Jésus l’amène sur son terrain, petit à petit, ne détachant pas son regard de ses yeux à elle qui se sont abaissés et qui se pose la question : « Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? ». Question qui pèse le poids de l’héritage de ses ancêtres, contenant toute l’histoire du premier Testament d’où elle parle encore. Mais Jésus la fait aborder la source véritable, l’Alliance Nouvelle qu’il lui propose en sa personne : « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » À ces paroles de Jésus, la samaritaine est conquise : elle relève les yeux vers son visage et c’est elle qui lui demande à boire de cette eau spirituelle.

 
st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelJésus la gagne. Elle se laisse toucher et il avance, en lui demandant d’appeler son mari et de venir avec lui, pour profiter de ce don de l’Esprit, de sa propre personne, qu’il veut lui faire. Il connaît très bien sa vie : les cinq maris de son passé et l’homme qu’elle a actuellement et qui n’est pas son mari. Le chiffre parfait étant le sept, sans se proposer à elle directement comme Époux spirituel, elle déclare d’elle-même qu’il est prophète, qu’elle le voit bien puisqu’il lit sa vie comme en un livre ouvert. Alors elle laisse jaillir la question qui lui brûle les lèvres et l’âme de savoir où il faut adorer Dieu. Sur la montagne qui est là, en Samarie, où à Jérusalem comme le prétendent les Juifs ?

            Là, Jésus lui répond en l’appelant ‘femme’ : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. » Comme quand Marie, sa mère, s’adresse à lui pour lui signaler que les invités aux noces de Cana n’ont plus de vin. Il lui répond : «  Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Dans les deux cas il est fait allusion à l’heure de sa mort sur la croix où aura lieu le don suprême de Dieu dans l’Esprit Saint, dans le sang et l’eau. Si la sixième heure, vers midi, correspondait à la révélation de la personne divine de Jésus, la neuvième heure, à quinze heure (15h), sera le moment de la kénose, de la remise entre les mains du Père de son souffle, et du don de l’Esprit saint quand le coup de lance transpercera son Cœur.

            « L’heure vient », dit Jésus, « – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité ». Oui, l’heure vient où Jésus donnera son Esprit, par sa mort, le remettant au Père sur la croix. Déjà, à la croix, il nous donne son Esprit. Et quand il ressuscitera il enverra son Esprit sur la terre. C’est ce Jésus Eucharistie-là que nous adorons au saint Sacrement, en esprit et vérité. La circulation de l’amour entre les trois personnes divines, la Trinité, Dieu Trine, Père, Fils et Saint Esprit est ce don que Jésus nous fait par son sacrifice et sa résurrection. Nous recevons cette vérité, qui est le dynamisme de l’amour divin, quand nous adorons Jésus au Saint Sacrement. Cette vérité nous rend libre. C’est le règne de Dieu en soi. C’est l’authentique culte d’adoration de Dieu que nous recevons de la Nouvelle Alliance en Jésus Christ. Nous recevons le nouveau principe de vie, l’Esprit de Jésus, qui nous fait, nous crée « enfants de Dieu » [Jean 1,12-13 (Prologue) : Tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. (Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.)]

            Et la samaritaine acquiesce : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Quand elle dit cela, je la vois encore songeuse et la tête baissée, attentive à ce qui se passe en son propre cœur, en elle-même, à l’écoute de son intériorité. Et elle en sait des choses ! Elle est déjà habitée, éclairée par l’Esprit de Jésus. Ses paroles sont de l’Esprit de vie contracté au toucher de Jésus. Et lui, de répondre : « Moi qui te parle, je le suis ». Paf ! un éclair intérieur, comment ne pas être tourneboulée… ? Comme du buisson ardent Dieu répondit à Moïse : « Je suis ». Oui, Jésus est bien le buisson ardent de la Nouvelle Alliance. Il est bien ce feu de l’amour qui consume toute sa personne sans qu’elle ne l’anéantisse. Il en rayonne par sa parole qui touche le cœur et nous met en mouvement. Un mouvement vertueux.

            En effet, la samaritaine a à peine le temps de réaliser ce que Jésus lui révèle, qu’un mouvement de personnes se fait autour d’eux, et brise leur cercle intime. L’effet de la parole de Jésus révélant sa divinité à la samaritaine est tel qu’elle se met en mouvement aussitôt, elle aussi. Elle lâche la cruche, le seau, sans avoir servi le Messie, pleine qu’elle est de l’Esprit que vient de lui infuser Jésus, et elle part, retourne au village annoncer qu’elle a trouvé le Messie. Comme Marie qui vient de vivre l’Annonciation, pleine de l’Esprit saint — qui la couvrit de son ombre et insuffla la vie de Jésus en son sein­ —, partant sur les chemins, gravissant les montagnes à la rencontre de sa cousine Élisabeth —, de même la samaritaine n’a pas le loisir de savourer pour elle-même la rencontre avec Jésus : elle part annoncer la Bonne Nouvelle de la venue du Messie en la personne de Jésus. Elle devient illico-presto évangélisatrice. Les disciples reviennent avec les provisions qu’ils étaient partis quérir en ville. Ils les proposent à Jésus, pour qu’il se sustente, mais finalement, pas plus que sa soif, sa faim n’est matérielle. L’occasion pour Jésus de poursuivre sa catéchèse auprès des disciples pour leur montrer le Père, d’une autre manière qu’avec la samaritaine fraîchement convertie.

           [Mais là, c’est une autre histoire : de pain, de semeur et de moissonneur qui pourrait faire l’objet d’une prochaine rencontre avec la Fraternité Eucharistique…].


Logo sss NEUF.jpgSandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique
Chapelle Corpus Christi
23 av. de Friedland - Paris 8


Bannière 13 mai ND st Sacrement.jpgAnimation de l'Adoration Eucharistique du 12 mai 2018 Chapelle Corpus Christi - avec la petite histoire de Notre-Dame du Saint-Sacrement

 

 

Retrouvez cet article avec les 4 précédents et le suivant du #JubiléPJEymard2018
Catéchèse Eucharistique L'idéal du Cénacle Comprendre l'Eucharistie dans sa totalité
avec S.Pierre-Julien Eymard

 

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Jésus et la Samaritaine

Étienne Parrocel (dit le Romain) - Huile sur toile, XVIIIè s.
Palais Fesch - Musée des Beaux-Arts, Ajaccio

 

Iconographies, plus haut

Notre-Dame du Saint-Sacrement - Vitrail, Oratoire de la Maison Généralice -
Congrégation du Saint-Sacrement, Rome.

La Vierge à l'hostie - Jean-Dominique Ingres, Musée du Louvre.
La Sainte Cène - Vitrail oculus, Chapelle Corpus Christi Paris 8.

01.05.2018

Que le règne eucharistique du Christ arrive ! Conférence du P. Nicolas Buttet - SC Montmartre

À l'occasion de la Nuit d'Adoration au Sacré-Cœur de Montmartre du 20-21 avril 2018 : Conférence du Père Nicolas Buttet, fondateur de la Fraternité Eucharistein — du samedi 21 avril 2018 — invité par Gino Testa du Groupe de prière Padre Pio de Paris — à la suite de celle (Le 'chant' de st P-J. Eymard) du Père André Guitton, sss (Congrégation du Saint-Sacrement), biographe de st Pierre-Julien Eymard, de la communauté des Pères du Saint-Sacrement, Chapelle Corpus Christi - 23 av. de Friedland - Paris 8.
En voici la 'vidéo'-audio enregistrée par les soins des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre.

 

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Il est bien là, ouvert sur la Croix, toute la dévotion se trouve là, il y a des textes merveilleux, comme ça… Mais finalement c'est au XIIème XIIIème siècle avec sainte Gertrude d’Helfta, sainte Metchilde de Hackeborn, sainte Metchilde de Magdebourg, Hildegarde de Bingen, où tout d’un coup le Sacré Cœur prend une première… Il y a une scène très belle où Hildegarde de Bingen voit le Sacré Cœur de Jésus, repose sur le Sacré Cœur de Jésus, et elle voit saint Jean. Et elle dit à saint Jean : « Tu es un petit cachotier ! Je suis sûre que quand tu as posé ta tête sur le Sacré Cœur de Jésus tu as dû sentir l’amour fou qu’il y avait dans son Cœur, et tu ne nous as rien dit ! Tu es un petit cachotier ! » Alors, saint Jean lui dit : « Effectivement, j’ai senti cet amour fou dans le Cœur de Jésus, mais Dieu m’a confié la mission d’annoncer le Verbe fait chair. Quant aux secrets insondables de son Cœur, ils sont réservés aux temps où la charité se refroidira sur la terre. » Et donc, ça va être Marguerite-Marie Alacoque, qui va recevoir cette dévotion au Sacré Cœur. Et puis on va voir que cette dévotion va se concentrer, se cristalliser, s’incarner, si j'ose dire, autour du Christ Eucharistique. Puisque c’est le Cœur Eucharistique de Jésus qui va être la grande dévotion de la fi du XIXème siècle mais un peu brève, malgré tout. Et saint Pierre-Julien Eymard fait partie, avec tous ses amis, avec Émilie Tamisier, avec le Père Antoine Chevrier, avec le Curé d’Ars… Ils étaient tous copains, c’est incroyable, il y avait une collection de saints qui se côtoyaient et qui priaient ensemble qui était absolument extraordinaire, hein ! C’était les potes de Jésus qui s’étaient rassemblés et ils voulaient annoncer. Ça, c’est important, c’est une belle leçon, parce que dans des moments de tiédeur et de froideur, Dieu veut vraiment rassembler ses amis pour nous donner le feu et nous donner la grâce d’évangéliser. Et puis tout d’un coup, on va voir que quand on va plus profondément dans ce Cœur de Jésus, on a la Miséricorde et c’est sainte Faustine. Finalement, toute la révélation de sainte Faustine se joue autour de Jésus Eucharistie. Et je vous disais, hier soir, cette phrase qui me touche beaucoup : « Dis bien au monde entier qu’il n’y aura pas de paix sur la terre si l’on ne vient pas à ma Miséricorde. Et le trône de ma Miséricorde c’est le Saint Sacrement. » Donc : « Dis bien au monde entier qu’il n’y aura pas de paix si l’on ne vient pas au Saint Sacrement. » Et donc, les prophéties du Père Pierre-Julien Eymard sur la conversion de la France, de l’Europe, sur la nécessité absolue de l’adoration, sur la grâce de l’adoration pour transformer le monde qui est pris dans la tiédeur et dont les âmes se croient ferventes et qu’elles ne le sont pas, parce qu’elles n’ont pas établi leur trône en Jésus Eucharistie… eh bien !, c’est vraiment maintenant que ce temps est là. Il nous est donné maintenant. Et avec cette Miséricorde qui jaillit du Cœur de Jésus. Et pour moi, cette prophétie de Faustine et cette prophétie de saint Pierre-Julien Eymard, est aussi importante que celle de Fatima, voyez-vous. Quand Marie dit, en 1917, que si on ne va pas se convertir, une guerre plus grave encore éclatera sous le pontificat de Pie XI… On est encore à l’époque du pape Benoît XV, Pie XII arrivera en 1922 sur le siège de Pierre, il mourra en 1938 et c’est vrai que la guerre éclate sous le pontificat de Pie XI, juste avant son décès. Marie annonce cela en 1917, et donc, à part Marie et le Ciel, personne ne peut savoir le nom du prochain pape, et elle l’annonce clairement, avec un signe aussi cosmique, qui aura lieu au début de l’année 1938, une lueur dans le ciel qui se verra de manière assez extraordinaire dans le monde, un peu partout. Parce qu’on n’aura pas écouté Marie, on aura cette tragédie, voyez-vous. Toute prophétie est conditionnelle, soumise à la liberté des hommes. Ninive se convertit, l’Europe ne se convertit pas. Voilà. Et aujourd’hui, le pape François a beaucoup insisté sur le lien entre Fatima et Akita, et donc, c’est quelque chose d’assez important, ce lien entre Fatima et Akita. Notre-Dame d’Akita a été reconnu par l’Église en 1984 et 1988 par le cardinal Ratzinger à Rome, c’est chez les Servantes Eucharistique du Sacré-Cœur, en montrant qu’il faut prier Jésus Eucharistie. Donc, au cœur du renouveau du monde, au cœur du renouveau de notre vie personnelle, au cœur de la guérison du monde, il y a Jésus Eucharistie. Il fallait être fou de la part de Jésus, de se rendre présent dans cette vulnérabilité-là, vous voyez… Bien sûr, c’est Dieu transcendant qui est là, mais c’est le bébé de Marie, c’est le vrai corps que Marie a porté dans ses bras, c’est ce Jésus qu’elle a touché, qu’elle a caressé, qu’elle a pris, et Joseph, et le vieillard Siméon : « Oh qu’il est chou ce petit bébé ! » Et c’est l’émerveillement des bergers à la crèche, voyez-vous… C’est ça ! l’Eucharistie. Alors on a tellement pris de la distance avec l’Eucharistie… On ne dérangeait pas le ‘Divin Prisonnier’. « Interdiction… » Un prêtre a écrit à son évêque : « Interdiction de déranger le Divin Prisonnier. » À un moment donné on interdisait de le toucher avec les dents. Or, comme je l’ai dit hier, le mot ‘trogein’ en grec, c’est ‘broyer avec les dents en faisant du bruit’. Et on est arrivé à dire que c’est un péché mortel de toucher avec les dents l’Eucharistie. Mais comment a-t-on pu vouloir tenir à distance ce Dieu qui se fait si proche, jusqu’à se faire manger et « descendre dans les latrines de notre corps »[1]  ? (suite à retranscrire…)       

 

[1] Voici le texte de Benoît XVI, citant S. Bonaventure : « Laissons-nous remplir à nouveau de cette joie : Où y a-t-il un peuple à qui Dieu est aussi proche que notre Dieu est proche de nous ? Si proche qu'il est l'un de nous, au point de nous toucher de l'intérieur. Oui, d'entrer en moi dans la Sainte Eucharistie. Une pensée qui peut être déconcertante. Sur ce processus, saint Bonaventure a utilisé, une seule fois, dans ses prières de Communion, une formulation qui secoue, qui effraie presque. Il a dit : "Mon Seigneur, comment a-t-il pu te venir à l'esprit d'entrer dans les latrines sales de mon corps ?". Oui, Il entre dans notre misère, il le fait avec conscience et il le fait pour nous pénétrer, pour nous nettoyer et pour nous renouveler, afin que, grâce à nous, en nous, la vérité soit dans le monde et le salut se réalise. »

 

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P. Nicolas Buttet
Fondateur de la Fraternité Eucharistein

30.04.2018

Au terme de sa vie, le 'chant' de S. Pierre-Julien Eymard

À l’occasion d’une nuit d’adoration le vendredi 20 avril 2018 en la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris, organisée par M. Gino TESTA, du Groupe de prière de Padre Pio et animée par le P. Nicolas BUTTET, fondateur de la Fraternité Eucharistein, il m’a été demandé de participer le samedi 21 à une matinée studieuse où j’évoquerais la vie et la mission de S. Pierre-Julien EYMARD, en ce 150e anniversaire de sa mort.


Plutôt que de reprendre un exposé biographique, j’ai pensé offrir aux participants le texte des trois méditations du 28 avril 1868 – 3 mois avant sa mort – de sa Retraite dite de Saint-Maurice (Essonne) du 27 avril – 2 mai 1868.

Eymard Jeune Mariste ?.pngIl s’agit de notes personnelles : dans un texte concis il évoque, sous le signe de l’action de grâce, les grandes étapes de sa vie, de prêtre, de mariste, de fondateur. Sa vie singulièrement mouvementée – ‘J’ai été un peu comme Jacob, toujours en chemin, notait-il en 1865 – apparaît unifiée. D’emblée, il note la plus grande grâce de sa vie. Et comment les différents événements qu’il rappelle le conduisent à sa vocation d’adorateur et d’apôtre de l’Eucharistie. Toujours le Saint Sacrement a dominé, note-t-il également dans un autre texte.

Non seulement le P. Eymard est au terme de sa vie, mais depuis le 21 mars 1865, date à laquelle il s’est engagé par vœu à faire le don de sa personnalité au Seigneur, il vit dans la nuit de l’esprit, sans consolation intérieure, aux prises avec de nombreuses difficultés, dans un abandon total au bon vouloir de Dieu. Les notes qu’il transcrit sont lourdes de cette ultime expérience spirituelle.

St Pierre-Julien Eymard malade.jpgNous en devinons à mi-mots la profondeur. Il écrit ainsi le 30 avril : Quand les épreuves venaient du dehors ou du dedans, un quart d’heure devant le très Saint Sacrement me fortifiait, me rassérénait. Et aujourd’hui, des heures me laissent le cœur brisé. Au terme de sa retraite, à travers les orientations qu’il prend, il n’entend être tout simplement que le journalier de Dieu.

La conférence a été enregistrée, ainsi que celle du P. Nicolas Buttet qui a suivi, par les soins des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre. La vidéo-Audio est sur ce lien et ci-dessus. La retranscription intégrale de l'enseignement du P. André Guitton est lisible sur ce lien : Le 'chant' du P. Eymard - Sa dernière retraite, son testament spirituel.

Voici le texte des 3 méditations du 28 avril, tel que le P. Eymard l’a rédigé et tel qu’il est édité dans l’édition de ses Œuvres complètes.

 

NR 45,2 [mardi 28 avril 1868] 2e jour

de 6 h à 7 h

1re méditation – À la très Sainte Vierge

Grâces

Que de grâces Dieu m’a faites jusqu’à ce jour !

Comme il m’a aimé ! – À l’excès.

Que m’a-t-il refusé ? – Rien.

Que ne me donne-t-il pas à présent !

Je l’aime peu, et il m’aime tendrement.

Je le déshonore par ma vie, et il m’honore encore plus par ses dons et […].

Je le sers si mal, et il me garde à son service, comme si j’étais un bon serviteur.

Je suis si lâche et si infidèle à mes devoirs, à l’honneur de sa gloire, et il me laisse l’honneur et la puissance.

Il m’a confié la gloire de sa Société. Hélas ! Je la vole, je la vends, cette gloire. Et il ne reste à mon Maître qu’un serviteur infidèle et un ministre paresseux.

Qui de nous deux va se lasser ? Sera-ce moi ?

Quelle a été la source de mon peu de correspondance à la grâce ?

Je ne me suis jamais donné absolument, exclusivement.

J’ai servi Dieu par gloire propre.

J’ai servi Dieu pour mon amour-propre.

Je n’ai jamais embrassé résolument et constamment la pratique de l’humilité de Jésus. J’ai voulu être quelque chose avec Lui, par Lui. Voilà le dernier mot du vieil homme en moi.

Ô Marie ! Qui m’avez conduit et donné à Jésus, il faut maintenant me reconduire, me redonner à Jésus que j’ai perdu !

 

NR 45,3

2e jour – de 10 h à 11 h

2e méditation – Foi eucharistique

La plus grande grâce de ma vie a été une foi vive au très Saint Sacrement, dès mon enfance :

– grâce de communion : le désir de ma 8e [année] : tout vers elle.

– grâce de dévotion : visite journalière au très Saint Sacrement.

– grâce de vocation : à Fourvière : Notre Seigneur est au très Saint Sacrement, seul, sans un corps religieux qui le garde, l’honore, le fasse glorifier ! Pourquoi ne pas établir quelque chose, un Tiers-Ordre, etc. à La Seyne (saint Joseph), grâce de donation, de fusion, de bonheur, et qui a duré jusqu’à l’approbation apostolique, si douce.

– grâce d’apostolat : foi en Jésus. Jésus est là. Donc à Lui, pour [ou par] Lui, en Lui.

Renouvellement

J’ai bien demandé à Notre Seigneur de me renouveler dans cette grâce première. Jésus est là, seul, oublié des siens – stérile en son Sacrement.

J’ai bien demandé la résurrection de cette grâce – de mon état si peiné, si triste, si désolé depuis trois ans.

Oui, mon cœur a toujours aimé Jésus Hostie. Personne ne l’a eu ce cœur. Mais mon esprit, mais ma vie extérieure, mais mes rapports trop naturels, trop expansifs, voulant me faire louer de ma vocation, me consoler dans les âmes qui semblaient l’aimer, qui pouvaient le glorifier en moi : voilà le tombeau de cette grâce première.

Oh ! Jésus ! Des profondeurs, je crie vers toi. [Ps 129,1]. – Ressuscite en moi la grâce première. [Reprends ta conduite première] [Cf. 2Tm 1,6 – Ap 2,4].

 

NR 45,4

2e jour – de 3h à 4h

3e méditation – Vocation eucharistique

 

Notre Seigneur m’a appelé à son service eucharistique malgré mon indignité.

Il m’a choisi pour travailler à sa Société malgré mon incapacité et mon infirmité.

Il m’a conduit de la mort, et par la mort, à la vie de la Société.

Tout ce qu’on disait impossible est arrivé facilement, et à l’heure de Dieu.

À Dieu seul, amour et gloire !

2° Preuves de grâces :

Dieu m’a conduit par degrés à sa Société. Il m’en montrait par fractions les sacrifices. Enfin, à La Seyne, il me les a tous demandés, jusqu’à la séparation [de la Société de Marie], – jusqu’à la croix, – jusqu’à l’abandon.

Or, avec quel bonheur j’ai dit oui à tout, après cette bienheureuse messe ! Et Dieu a tout agréé, et conduit à bonne fin.

– La douceur si grande, qui a duré tant d’années, et toujours croissante par l’Eucharistie, me dit le oui de Dieu.

La force qui en sortait, comme le fruit de sa fleur, m’assure le cœur de Dieu.

Puis :
– les sacrifices de mort à la pensée de l’œuvre, lors de Rome (P. Favre)
3.
– La mort à la Société de Marie, si pénible.
– La mort à la réception de l’Archevêque de Paris, après treize jours d’agonie
4.
– La mort au personnel quand, abandonné, tout seul.
– La mort à Paris, quand le Cardinal voulait nous renvoyer (sainte Thérèse)
5.
– La mort par les sujets.
– La mort à Rome, lors du Décret
6.
– La mort la plus sensible (séparation du premier [compagnon])
7.
– La mort à l’estime des Évêques par Nemours
8.
– des miens par…
– de moi par les plus pénibles épreuves depuis le… au…

Et cependant la vie suit la mort. C’est la voie de la Société et la mienne.

 

NR 45,4.3 La rencontre à Chaintré le 22 avril 1856 avec le P. Favre, Supérieur général.

NR 45,4.4 La rencontre avec Mgr D. Sibour le 13 mai 1856.

NR 45,4.5 Le 15 octobre 1857, convocation du cardinal François Morlot qui lui demande les titres de l’approbation de l’institut.

NR 45,4.6 Au mois de mai 1863, à Rome où une accusation calomnieuse l’atteint.

NR 45,4.7 Le départ du P. de Cuers pour fonder son œuvre, en juin 1867.

NR 45,4.8 La fermeture de la communauté des Servantes de Nemours au mois de mai 1867.

 

[Extrait de La Retraite de Saint-Maurice – 27 avril – 2 mai 1868 – Œuvres complètes, vol. V, NR 45 , p. 391]

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André Guitton, sss
Chapelle Corpus Christi
23 av. de Friedland - Paris 8

 

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29.04.2018

Grâce d'attrait au saint Sacrement de Catherine de Sienne - par le Père Eymard

catherine de sienne, eucharistie, saint pierre-julien eymard, #jubilépjeymard2018, foi, christianisme« Prenons un autre attrait, il n'y a pas dans les âmes un attrait véritable si cet attrait n'est pas intérieur. Sainte Catherine de Sienne avait une dévotion au saint Sacrement comme il est rare de la trouver même dans les saints, au milieu de ses tribulations et dans ses oraisons. Quand on lit sa Vie et ses Dialogues, on voit que toutes ses lumières venaient de là ; c'est à elle qu'a été donnée la comparaison du soleil1, c'était sa grâce, sa vertu. C'est avec cette grâce qu'elle a converti toute l'Italie et une partie de l'Europe, qu'elle a ramené le pape, d'Avignon à Rome, remettant ainsi à l'Italie sa gloire : le pape se servait d'elle comme d'un ambassadeur auprès des rois. Où prenait-elle les grâces ? Dans le saint Sacrement, c'était sa grâce d'attrait, et elle lui a donné la force et les triomphes.

Mais moi, quel est mon attrait ? Jamais un attrait n'est contraire à la vocation, Dieu ne se contredit pas. »

catherine de sienne,eucharistie,saint pierre-julien eymard,#jubilépjeymard2018,foi,christianisme,transmission,sacré cœur,la franceSaint Pierre-Julien Eymard PS 185,3 (L'attrait intérieur de recueillement, de vocation, de perfection, de direction – Prédication aux Servantes du Saint-Sacrement, octobre 1959)
Voir les catéchèses en ligne sur l'Eucharistie : #JubiléPJEymard2018


Le P. Eymard utilise fréquemment la comparaison du soleil. Il convient donc de donner ici sa source : sainte Catherine de Sienne. Parlant du corps et du sang du Christ, Dieu le Père disait à cette mystique :

“Ce corps [de mon Fils] est un soleil puisqu'il ne fait qu'un avec moi, vrai soleil. Il est tellement uni que l'un ne peut être séparé ni coupé de l'autre, comme dans le soleil on ne peut séparer ni la chaleur de sa lumière ni la lumière de sa couleur, tant est grande la perfection de cette union. [] Je suis ce soleil, Dieu éternel, d'où ont procédé le Fils et le Saint-Esprit.”

Voir le texte complet dans Le livre des Dialogues, Sainte Catherine de Sienne, Seuil, 1953, chap. 110, p. 351.

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Photo : Chapelle des Dominicaines, Carcassonne (11)

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22.04.2018

St P-J. Eymard, Apôtre de l'Eucharistie - Écoute dans la nuit - 19 avril 2018 (Podcast)

St Pierre-Julien Eymard, L'Apôtre de l'Eucharistie

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saint pierre-julien eymard, andré guitton, Brel daouda, theresa hong, sandrine treuillard, eucharistie, #jubilépjeymard2018, adoration, adoration eucharistique, adoration saint martin, christianisme, foi, transmissionJean-Marie Marçais de Écoute dans la nuit invite :

— le Père du Saint-Sacrement André GUITTON, biographe du saint, Chapelle Corpus Christi Paris 8

— le Père du Saint-Sacrement Brel DAOUDA, supérieur régional du Congo Brazzaville  

— Sœur Teresa HONG, supérieure des Servantes du Saint-Sacrement, Chapelle Notre-Dame du Saint-Sacrement, Paris 16

— Sandrine TREUILLARD, responsable de la Fraternité Eucharistique, Agrégation du Saint-Sacrement, Chapelle Corpus Christi Paris 8


Merci à Gino Testa, des Groupes de prières Padre Pio de Paris, à l'initiative duquel cette émission a été réalisée.