Du corps parlant au corps priant : Quelle transition ? – Réunion interreligieuse de prières – ARTISANS DE PAIX
22 novembre 2021
Zaouïa Naqshabandi de Richarville (91)
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC 7, 31-37
GUÉRISON D’UN SOURD-BÈGUE
Traduction du grec : Lucien Deiss C. S. Sp., 1963 – Synopse des Évangiles, DDB, 1991
31 Et étant sorti de nouveau du territoire de Tyr,
il vint par Sidon vers la mer de Galilée,
en plein territoire de la Décapole.
32 Et ils lui amènent un sourd-bègue.
Et ils le supplient de lui imposer la main.
33 Et l’ayant pris à l’écart de la foule,
Il lui mit ses doigts dans les oreilles.
Et ayant craché, il toucha sa langue ;
34 Et ayant levé les yeux au ciel,
il soupira.
Et il lui dit : « Ephphata »
C’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
35 Et ses oreilles s’ouvrirent.
Et aussitôt, le lien de sa langue fut délié.
Et il parlait correctement.
36 Et il leur défendit de le dire à personne.
Mais plus il le leur défendait,
Bien plus encore eux le proclamaient.
37 Et ils étaient au comble de l’étonnement, disant :
« Il a bien fait toutes choses !
Et il fait entendre des sourds
Et parler des muets ! »
Pour évoquer le corps parlant et priant, j’ai choisi un évangile apophatique : apophase signifie négation. C’est plutôt par le silence que le corps de Jésus parle dans cet évangile. Une seule parole est relevée, celle qui opère la guérison de cet homme sourd-bègue.
Prenons verset par verset :
v. 31 : LONGUE MARCHE DE JÉSUS, après avoir guéri la syro-phénicienne : environ 150 kilomètres parcourus. Si vous prenez une carte, vous voyez la courbe de sa marche qui n’a pas l’air très logique : c’est que Jésus suit la volonté divine, pas à pas. Il ne sait pas à l’avance où il sera envoyé. Il quitte Tyr et remonte en Phénicie jusqu’à Sidon, puis redescend à l’est de la mer de Galilée en plein territoire des Dix Villes, au sud-est du lac de Galilée. La marche de Jésus est UNION À SON PÈRE DU CIEL. Pour Jésus, marcher c’est prier le Père, attention permanente à ce que lui souffle l’Esprit Saint. C’est comme si, en marchant, il accumulait une force, tout en priant, comme si cette marche-prière était une dynamo qui accumulait cette force dont il fera bénéficier le sourd-bègue ensuite. Jésus arrive au cœur de la Décapole[1], en plein territoire non-juif.
v. 32 : Mystérieusement attirés par Jésus, les habitants d’une ville de la Décapole lui amènent un sourd-bègue. Ils savent que Jésus fait des miracles, en ont le souvenir dans celui du gérasénien possédé d’un esprit impur qu’il a libéré à la suite d’une traversée du lac, en Marc 5, 1-20. Jésus, quant à lui, est très discret et NE S’ANNONCE PAS LUI-MÊME LORS DE SES DÉPLACEMENTS. Ces gens lui demandent d’imposer la main sur le sourd-bègue, geste thaumaturge, pour le guérir de son handicap.
v. 33 : Première réaction décisive de Jésus : il emmène cet homme loin des bruits, des yeux, des paroles de la foule. Il cherche à ÉTABLIR UNE INTIMITÉ avec cet homme silencieux et privé d’une parole claire. Ce n’est pas dit dans le texte, mais implicite : pour aller à l’écart de la foule, ils sont donc côte à côte, à marcher en silence. Ce temps-là de la marche silencieuse est déjà une action de Jésus, de relation, très délicate, invisible, tout intérieure et attentive à la personne de l’homme dont il prend soin, dès qu’il lui est confié. Ce TEMPS DE LA MARCHE est celui de la rencontre mutuelle et de l’apprivoisement de la P(p)résence. Ce qui permet à Jésus de poser les GESTES TRÈS INTIMES ET INTRUSIFS de cette guérison : mettre ses propres doigts dans les trous des oreilles ; cracher dans la paume de sa main, prélever sa salive et l’appliquer sur la langue de l’homme, qui voit très bien ses gestes.
LA SALIVE suggère la création d’Adam de la terre : pour faire de la boue il faut ajouter de l’eau à la terre. La salive fait aussi penser au SOIN MATERNEL : avec son petit, quand elle donne les premiers aliments solides, il n’est pas rare que la mère goûte pour voir si ce n’est pas trop chaud, où mâchouille avant de mettre le petit bout de nourriture en la bouche du petit… Enfin, et c’est peut-être le plus important ici, LA SALIVE DU CHRIST, le Verbe fait chair, est CONDUCTRICE DE VIE et de recréation, de restauration.
v. 34 : Ces gestes très charnels et intrusifs de Jésus sont finalement très maternels. C’est d’ailleurs ce qui qualifie la miséricorde divine : des entrailles de mère. Les gestes du Christ Jésus s’accompagnent de sa prière vers le Père du Ciel : tout en levant les yeux au ciel Jésus PRONONCE EN SOUPIRANT un vocable en trois syllabes, une PAROLE ELLE-MÊME PLEINE DU SOUFFLE AVEC LE SON F DOUBLÉS : « Ephphata ». On ne sait pas trop s’il demande au Ciel/au Père de s’ouvrir pour faire descendre le Souffle divin en l’homme, sur l’homme, comme la colombe de l’Esprit Saint au baptême de Jésus ; ou bien s’il demande à la personne sur laquelle il prononce cette parole de s’ouvrir au don de Dieu, de son Esprit. Il s’agit sans doute des deux : étant le médiateur entre la volonté du Père et l’action de l’Esprit Saint, JÉSUS INSUFFLE SA DIVINITÉ.
v. 35 : Ainsi, le Verbe fait chair, Dieu fait homme, Jésus prononce Ouvre-toi ! et sa parole agit ce qu’elle dit, performative. Parole plus efficace qu’une épée à double tranchant, avec ses deux f du Souffle divin ! Et ses oreilles s’ouvrirent. Et aussitôt, le lien de sa langue fut délié. Et il parlait correctement. La guérison qu’opère Jésus rend toute son intégrité de personne à cet homme qui, dorénavant, ne pourra plus être qualifié par son handicap.
v. 35-36 : Entre le verset 35 et le verset 36, Jésus va rendre cet homme à sa communauté. Il n’est pas dit qu’ensemble ils retournent à la ville, mais c’est une évidence. LE COMPAGNONNAGE DE LA MARCHE RECOMMENCE, mais d’une façon inouïe, toute nouvelle pour l’homme qui entend désormais ses pas sur le sable, la terre, les cailloux… et ceux de Jésus, et qui peut exprimer ce qu’il ressent de façon articulée et droite, sans doute avec beaucoup de joie. Tous les deux partagent ce moment exceptionnel et certainement très intense, dans l’intimité de leur marche.
V 36 : De retour au point de départ, dans la ville en plein territoire de la Décapole, la foule qui les attendait est là. Après avoir rendu son intégrité à cet homme, il le rend à sa communauté en leur défendant une chose bien étrange : alors qu’il a rendu la parole à cet ex sourd-bègue, il interdit à tous de clamer la guérison qu’il a opérée ! Il défendit de le dire à personne. Alors qu’une foule est témoin du miracle ! Et LE MIRACLE PARLE DE LUI-MÊME ! Et naturellement : plus il le leur défendait bien plus encore eux le proclamaient. Alors pourquoi Jésus ordonne-t-il le silence sur la guérison qu’il a opérée ? Parce qu’il est MU PAR L’OBÉISSANCE AU PÈRE ET PAR L’HUMILITÉ : toute sa personne est tournée vers le Père et toute ses actions sont faites pour rendre gloire à Dieu, pour nous montrer Dieu le Père, car c’est lui la Source du salut, la Source de toute libération et de toute guérison. JÉSUS SE VEUT L’HUMBLE SERVITEUR DE DIEU. IL S’EFFACE.
v. 37 : Mais la nature humaine est telle que personne ne comprend la nature divine de Jésus au milieu d’eux, qui fait des miracles : ils sont au comble de l’étonnement. Dans l’admiration toute charnelle, ils ne peuvent que publier les œuvres du Seigneur opérées par Jésus.
Jésus, Dieu sauve : pour sauver l’humanité, il est nécessaire que Jésus s’efface, se donne lui-même jusqu’au bout, dans l’humilité, le silence, l’ombre, l’effacement.
Pour finir : LE CORPS DE JÉSUS EST LE CANAL DE L’ESPRIT SAINT. Quand il marche, il est sans cesse relié au Père et en chacun de ses gestes aussi. Comme la nuée au désert, dans le premier Testament, qui descend sur l’arche d’Alliance, manifestant la présence divine qui accompagne les pérégrinations de son peuple, ainsi en va-t-il de la marche et des gestes de Jésus, mais de manière discrète et invisible aux yeux du corps… « que celui qui a des oreilles entende ! ».
CHANT
ABBA PÈRE – Collectif Cieux Ouverts
Un chant de recréation, de restauration et de rappel du lien de l’homme à la divinité, dans l’Esprit et la confiance du tout petit, dans la tendresse du Tout-Puissant.
Bien avant le chant qui créa l'univers
Bien avant l'Esprit qui planait sur la Terre
Bien avant que tu me formes de la poussière
Tu rêvais du jour où Tu pourrais m'aimer
Et bien avant les premiers battements de mon cœur
Bien avant que je m'éveille à Ta douceur
Bien avant mes doutes, mes joies et mes douleurs
Tu rêvais du jour où je pourrais T'aimer (bis) —> Ref
Ref / Abba Père, je suis à Toi
Abba Père, je suis à Toi
Abba Père, je suis à Toi
Abba Père, je suis à Toi
Bien avant que Jésus marche sur la Terre
Bien avant le Fils qui nous montre le Père
Bien avant que les cieux sur moi soient ouverts
Tu rêvais du jour où Tu pourrais m'aimer
Bien avant que mon péché brise Ton cœur
Bien avant que coulent le sang et la sueur
Bien avant les clous, le froid et la douleur
Tu rêvais du jour où je pourrais T'aimer (bis) —> Ref
Abba Père, je suis émerveillé
Saisi par l'immensité de Ton amour pour moi
Abba Père, si grande est ta tendresse
Ton cœur est grand ouvert et je viens plonger dans Tes bras (BIS & Ref)
TEXTE DE LA TRADITION
MADELEINE du Bienheureux Père Marie Jean-Joseph LATASTE (1832-1868)
Né en 1832 à Cadillac-sur-Garonne, près de Bordeaux, les premières années de la vie religieuse dominicaine du Bhx père Marie Jean-Joseph LATASTE, jusqu’à son ordination, sont marquées par la maladie qui l’empêche de suivre normalement la vie dominicaine régulière. Un panaris à la main, mal soigné pendant son noviciat, faillit aboutir à une amputation de l’index, l’empêchant ainsi d’être ordonné prêtre. Plus tard, une ostéomyélite de la hanche gênera toute la période de ses études. La rencontre fondamentale de ces années de formation n’est pas celle de S. Thomas d’Aquin ou de la théologie, mais bien plutôt celle de Marie-Madeleine. À partir de 1859, à 27 ans, dans sa correspondance, il lui est quasiment impossible de parler de l’amour de Dieu, de l’attachement au Christ, du pardon, sans nommer Marie-Madeleine. Il semble fasciné par le travail de la grâce à l’œuvre chez cette femme : « Je ne sais rien de beau comme cette innocence recouvrée dans les larmes et dans l’amour », dit-il dans un Sermon (383 pour le jour de Pâques sur la persévérance, sans date).
Grâce à sa maladie, il aura le privilège de baiser le chef vénéré de Marie-Madeleine, lors des grandes cérémonies entourant la translation des reliques dans un nouveau reliquaire, à Saint-Maximin, à la Sainte-Baume, le 20 mai 1860. Dans un précédent travail pour un séminaire de recherche d’Artisans de Paix, j’ai repéré que ce baiser à la tête de Marie-Madeleine du Père Lataste correspondait à son illumination spirituelle, le TOUCHER DE L’ESPRIT, à la 3ème demeure spirituelle d’Artisans de Paix.
Je vais donc vous lire quelques extraits de ce sermon prêché aux détenues. Il décrira la scène de sa rencontre des détenues, 3 ou 4 ans plus tard, ainsi :
« Elles étaient là, près de quatre cents, couvertes de vêtements grossiers, la tête enveloppée d’un mouchoir étroitement serré autour des tempes qui leur donnait une physionomie toute singulière et (il me le parut alors du moins) vraiment repoussante.
Il était quatre heures et demie du matin. Je fus tout d’abord frappé de leur grand nombre et de leur recueillement. Il avait été réglé que, pour ne nuire en rien au travail forcé auquel elles sont soumises et aux habitudes de la prison, les exercices de la retraite seraient pris sur le temps ordinaire de leur sommeil : le matin, la prière, l’instruction, la Sainte Messe ; le soir, l’instruction, la prière et la bénédiction du très Saint Sacrement. Mais ces exercices étaient absolument libres ; c’était le seul point sur lequel on leur avait laissé l’usage de leur liberté, et cependant toutes étaient là, toutes à part deux mauvaises femmes obstinées, aussi quelques protestantes qui se tenaient à la porte, sans oser entrer, mais toutefois le plus près possible des autres. Il en fut ainsi tous les jours. (…) »
Extrait du Sermon 95 du bhx Père Marie Jean Joseph Lataste, prononcé le 3ème soir de la retraite de 4 jours (samedi 17 septembre 1864), aux détenues de la Maison de Force de Cadillac. Retraite d’inauguration et d’introduction à l’Adoration perpétuelle du Saint Sacrement dans la chapelle de cette prison. Maison de force pour femmes tenue par des religieuses.

« Le moyen assuré d’échapper à la damnation et d’êtres admises aux banquets du Ciel, c’est de vous convertir dès la vie, à l’exemple de Marie-Madeleine, de vous convertir résolument et de tout cœur. Et que faut-il pour une conversion complète ? Madeleine va vous l’enseigner. Et quels sont les fruits d’une conversion complète ? Vous l’apprendrez encore par l’histoire de Madeleine.
Il arriva un certain jour qu’un pharisien invita Jésus à manger avec lui. (…)
Or, tandis qu’ils étaient à table, une femme connue dans la ville pour une pécheresse, apprenant que Jésus était là, entra dans la maison du pharisien apportant avec elle un vase et, se tenant humblement par-derrière aux pieds de Jésus, elle commença à les arroser de ses larmes, et elle les essuyait de ses cheveux, et elle les couvrait de baisers, et elle les oignait de son parfum. – Ce que voyant, le pharisien se disait en lui-même : Si cet homme-là était prophète, il saurait bien quelle est cette femme qui le touche et qu’elle est une pécheresse. – Et Jésus, qui lisait dans son cœur, répondant à sa pensée intime [lui dit une parabole. Puis, se tournant vers la femme, Jésus dit à Simon le pharisien :] Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas donné d’eau pour laver mes pieds ; mais elle, depuis qu’elle est entrée, elle n’a cessé d’arroser mes pieds de ses larmes et de les essuyer de ses cheveux. – Tu ne m’a pas donné le baiser en entrant, mais elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé de baiser mes pieds. – Tu n’as pas embaumé ma tête, mais elle, elle a couvert mes pieds de parfum. – C’est pourquoi je te le dis : Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu’elle a beaucoup aimé. Celui a qui il est moins remis, c’est qu’il aime moins. Et se tournant vers Marie-Madeleine, car c’était elle : Vos péchés vous sont remis. Votre confiance vous a sauvée. Allez en paix.
Oh ! la douce et ineffable parole ! Et vous aussi, pauvres âmes, vous pouvez l’entendre, cette parole divine au fond de votre âme aussi pleine et entière que Madeleine ; si vous repentant comme elle vous allez à Dieu avec confiance, si vous faites ensuite ce qu’elle a fait… Trois choses : Braver la honte et l’humiliation publique. – Employer à Dieu ce qu’elle employait au péché. – Vivre pénitente. (…)
Avez-vous remarqué ceci : C’est qu’elle se sert pour exprimer au Sauveur son repentir et son amour des mêmes choses qu’elle employait autrefois au péché, et à témoigner aux misérables créatures ses amours criminelles : ses parfums, ses baisers, ses cheveux… elle les emploie au service du Sauveur ; et les purifie à ce contact sacré. C’est ainsi qu’il faut faire. Il n’est rien de bon qui ne nous vienne de Dieu et qu’il ne nous ait donné pour l’aimer. Ces dons de la libéralité de Dieu, les hommes les emploient bien souvent à des œuvres mauvaises ; vous-mêmes, Dieu vous avait donné bien des facultés, peut-être : la jeunesse, la santé, les avantages extérieurs peut-être, peut-être une âme ardente et capable des grandes et nobles affections, une intelligence ouverte, pénétrante, peut-être, capable de comprendre et de goûter les grandes et solides joies de la piété et de la foi… et tous ces dons de Dieu vous en avez abusé contre Dieu lui-même. Que vous reste-t-il à faire, maintenant que vous êtes résolues à vous convertir à lui ? – Allez-vous essayer de vous dépouiller de toutes ces choses par la raison que vous les avez employées au péché, allez-vous maudire votre jeunesse, votre santé, votre âme ardente, allez-vous essayer de tuer votre cœur et charger de fers votre intelligence… Non, non, mille fois non ; et sans compter que vous n’aboutiriez pas peut-être, ce n’est pas là ce que Dieu demande de vous. – Toutes ces choses c’est lui qui vous les a données, et il veut que vous en usiez pour le bien. Reportez tout cela vers lui, dépensez à l’aimer et à le servir désormais, dépensez à expier vos fautes et à lui faire oublier le passé, toute la force de votre âge, toute l’activité de votre âme, toute la lumière de votre âme, tout l’élan et toutes les tendresses de votre cœur. – Suivez le conseil de l’apôtre : Ne faites pas de vos membres des armes d’iniquité ; mais donnez-vous à Dieu et désormais devenus vivants, de morts que vous étiez, consacrez-lui ces mêmes membres et faites-en, à son service, des armes de justice et de sainteté. Et comme vous avez fait autrefois servir les membres de votre corps à l’impureté et à l’injustice pour commettre l’iniquité, faites-les servir maintenant à la justice pour votre sanctification[2]. (…)
Il y a quelque temps – Saint-Maximin – Procession – Sept Évêques – Deux cents prêtres et moines – vierge – foule, décors. – Qu’est-ce donc ? Est-ce Jésus sous les voiles du pain ?… Non, c’est un crâne, une tête décharnée, une tête de femme… C’est le Chef de Ste Madeleine… Sainte-Baume…
C’est ainsi que la grâce de Dieu peut relever les âmes tombées et d’un monceau de boue, d’un vase de honte et d’ignominie faire un vase de gloire, d’honneur et de sainteté !… »
BÉNÉDICTION
Psaume 132
1 Oui, il est bon, il est doux pour des frères *
de vivre ensemble et d'être unis !
2 On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, +
qui descend sur la barbe, la barbe d'Aaron, *
qui descend sur le bord de son vêtement.
3 On dirait la rosée de l'Hermon *
qui descend sur les collines de Sion.
C'est là que le Seigneur envoie la bénédiction, *
la vie pour toujours.

Sandrine Treuillard
Chargée de mission de la Fraternité eucharistique (catholique) d'Artisans de Paix
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Artisans de Paix – ou le désir de rencontrer l'A(a)utre
[1] La Décapole a été créée par le découpage administratif romain. À l’origine, antérieurement à la Pax Romana, ces dix villes occupées par des colons grecs avaient sans doute été regroupées en une ligue, pour des raisons commerciales. Cependant, les dix villes d’origine coloniale grecque ne sont plus celles du découpage administratif romain où se rend Jésus.
[2] Rm 6,19












La description architecturale de notre passage évoque le sang des holocaustes sans en prononcer le mot. C’est un vendredi, aujourd’hui, que je reçois ce passage. Le vendredi est le jour de la Passion du Christ, Agneau de Dieu immolé sur la Croix pour le rachat de toute l’humanité. Son sang pénètre le bois de la croix, et s’écoule de ses pieds pour féconder la terre. C’est la croix qui canalise le Sang du Dieu fait homme sacrifié pour l’humanité entière. Le passage que nous lisons aujourd’hui doit être lu comme un signe des temps. L’introduction au livre d’Ézéchiel de la Bible de Jérusalem peut encore nous guider vers une interprétation contemporaine du paragraphe reçu ce jour :

Nous revenons d’une semaine de sang et de larmes sur notre sol de France et dans sa capitale. La ville lumière s’est remplie de ténèbres, et Notre-Dame, la sentinelle de pierre dressée au cœur de la cité, a fait sonner son glas, comme une invitation au deuil, comme un appel à l’espérance. Les scènes de guerre n’étaient qu’un souvenir lointain, de vieilles histoires enfouies dans la mémoire des siècles, entrées déjà dans la légende. Nous étions sans doute trop habitués à danser sur un volcan, attachés à un confort sans grande question ni grand drame, entretenus dans l’illusion d’un « vivre ensemble » pétri de bons sentiments et de touchante naïveté, gavés des slogans d’un multiculturalisme infiniment ressassés, et d’une « tolérance » qui se voile la face devant l’urgence d’affronter les vraies questions. Nous avons bercé le fanatisme en notre propre sein, comme on accouche d’un enfant monstrueux qui finit par nous tuer.












Au lieu de lire ”tireur d’arc”… en hébreu, j’ai déplacé la dernière lettre du mot ‘rove’ sur le mot ‘keshet’. Étant donné que les mots dans la Bible ont été coupé de façon arbitraire, on peut les découper autrement, si l’on veut. Ainsi, au lieu de lire ”rov’e keshet” je lis ”rov’a keshet”. Et tout d’un coup j’ai : il est le maître de l’arc. Et qu’est-ce que c’est que l’arc ”keshet” ? C’est l’arc-en-ciel qui est le signe de l’alliance dressé entre Dieu et Noé à la sortie de l’arche, dans le mythe de Noé.
C'est en cela qu’aujourd'hui nous avons une union profonde à jouer dans le retour de la fratrie de Ismaël et de Israël, finalement, puisqu'il est devenu le fils d'Isaac. Voilà pourquoi je suis très touchée par l'expérience que nous faisons ensemble d'un touché divin qui nous conduit dans une sorte d'ivresse… Que ce soit Éric Geoffroy, que ce soit moi ou que ce soit d'autres, nous sommes dans une ivresse commune parce que nous sommes dans une fratrie intime qui touche à l'alliance directe entre Dieu et l'homme. Nous sommes dans cet axe du milieu. Comme si toutes les autres traditions venaient en oblique, nous avons la grâce incroyable d'être là tous les deux, dans ce milieu même de l'axe de l'alliance. Que ce soit la Bible ou que ce soit le Coran, nous avons là une information directe.
Le monde de l'Islam étant et restant intimement lié au monde des anges, ce monde de l'Islam, en soi, fait en direct l'expérience de la sortie de tout esclavage à la terre et aux valeurs de la terre, pour être sécurisé par le monde divin. Le monde de l'Islam (en soi, les hommes sont comme nous tous) est un monde qui monte l'échelle directement. Le monde de l'Islam ne perd pas son temps à vivre l'exil, il monte directement à l'échelle. Comme si, pour nous, il n'y avait pas eu l'esclavage en Égypte et que nous vivions directement la Pâque et que nous entrions dans le désert. C'est là où nous nous rejoignons : dans le désert. Où nous rejoignons le monde des anges qui apportent une toute autre sécurité. Qui apporte la grâce divine, qui apporte l'amour divin, l'amour, l'infini. Et tout cela se manifeste d’une façon extrêmement concrète. Ça n’est pas de l’imaginaire, c’est de l’imaginal, pour reprendre le mot de Henri Corbin.
C’est vrai que le judéo-christianisme s’est beaucoup éloigné du monde angélique. On retrouve des petits hommes joufflus, infantiles, dans le monde catholique, ce qui est absolument navrant. Il faut vraiment les basiliques romanes pour retrouver des statuaires d’anges qui sont à la dimension de ce dont nous sommes en train de parler. Ces mondes angéliques qui ont présidé à l’ascension de Mahomet qui est entré dans les plus hautes sphères de la Révélation. C’est l’archange Gabriel, qui, pour nous chrétiens, est un peu confondu avec l’Esprit Saint, mais c’est le même esprit qui préside à toute l’œuvre de l’archange Gabriel dans le monde de l’Islam. Ce monde-là nous unit d’une façon extrêmement profonde. Il s’exprime dans le monde chrétien par l’art.
Les artistes sont ceux qui, qu’ils le sachent ou qu’ils ne le sachent pas, sont en communion avec un monde angélique. La plupart du temps ils ne le savent pas. Mais ils sont en communion avec le monde angélique. Parce que l’art, c’est véritablement ce don du ciel qui nous place d’emblée sur l’échelle. L’échelle qu’a vu Jacob (Israël). Il y a là une sensibilité de l’au-delà du réel. Qui est un autre réel, beaucoup plus fin, beaucoup plus profond, de ce réel qui correspond à ce que nos physiciens découvrent aujourd’hui dans le troisième terme, au delà de toute dualité.
Une réalité commune ! À savoir que nous sommes tous, l’homme, l’humanité, homme et femme, habités dans l’inconscient par un monde animal d’une violence incroyable. Une violence qui nous amène, lorsque nous en sommes esclaves, à tuer, ou à faire tant de choses regrettables. Ou des choses tellement inconscientes qu’elles détruisent tout, alors que l’on croit bien faire, même. Notre inconscient joue à notre place, c’est ce qui est dit dans la Bible de façon très nette. Si nous travaillons ces éléments, et c’est ce que nous dit le Livre de la Genèse, si nous nommons ces animaux sauvages qui nous habitent. Et que nos ancêtres connaissaient encore lorsqu’ils les représentaient dans le haut des chapiteaux des basiliques romanes : ce sont les animaux de la colère, de l’orgueil, de ces volontés de puissance, de ces jalousies, médisance… Tous ces animaux-là, tout ce bestiaire qui est tellement riche.
C’est exactement ce qui se passe avec l’énergie de ces animaux sauvages à l’intérieur de nous, qui donnent à ce moment-là leur information. Nous construisons alors l’arbre de la connaissance que nous sommes pour en devenir le fruit. C’est nous qui allons devenir le fruit de l’arbre de la connaissance. C’est cette dimension seigneuriale qui demande à naître à l’intérieur de nous, au fur et à mesure que nous faisons ce travail. C’est pour montrer que ce problème de la violence qui est dit d’une façon lapidaire dans les évangiles est saisie dans le Coran, dans une poésie, dans une musique - je ne sais pas comment dire… - qui fait que la chose va être comprise, travaillée et va pouvoir éclairer l’Évangile. Je dirai que le Coran peut venir éclairer l’Évangile : au lieu de se vivre en rapport de force, nous vivons en communion dans une verticalisation de l’être. »

La rencontre de Jésus avec la Cananéenne, dans l’évangile, s’inscrit dans ce contexte : les non-juifs peuvent-ils avoir accès à la table du Royaume ? La femme a commencé à crier de loin : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Très belle prière, entendue par tous ceux qui sont auprès de Jésus ! « Fils de David » est un titre populaire utilisé alors par les Juifs pour désigner leur Messie. Comment cette femme, non juive, a-t-elle fait pour trouver cette prière ? Des amis juifs la lui ont peut-être suggérée : « Si tu veux demander quelque chose à ce Jésus, tu dois le prier ainsi. En effet, peu de temps auparavant, deux aveugles l’ont appelé “Fils de David” et ils ont été guéris (Mt 9, 27-31). » Pourtant, dans la bouche de cette femme, cette prière semble trop formelle : ce n’est pas sa prière. Jésus se tait, car il sent que la femme n’est pas encore prête à accueillir sa parole.
La femme reconnaît alors sa situation par rapport aux Juifs : elle est une païenne, sans avoir le droit d’être à la table comme les fils ; mais elle demande pourtant à recevoir, elle aussi, quelque chose de Dieu ; elle fait partie de ces petits chiens qui prétendent bénéficier, eux aussi, de quelques miettes de la table de
La réponse de Jésus est à lire avec attention : « Ta foi est grande. » Nous savons qu’un miracle est toujours lié à la foi. « Que tout se passe pour toi comme tu le veux. » Jésus ne se plie pas à la volonté de la femme ; Jésus ne capitule pas. Non, il reconnaît que maintenant la volonté de la femme, portée par sa foi, rejoint la sienne propre. Il exauce la femme car elle en est venue à vouloir ce que lui-même veut, ce qui est le meilleur pour elle en ce moment, c’est-à-dire la santé de sa fille. La volonté de la femme et celle de Jésus coïncident en quelque sorte.
Venez au festin de Dieu ! Rassasions-nous du pain de sa Parole ! Nourrissons-nous du pain des anges, ce pain qui est son corps donné en nourriture pour la vie éternelle.
Le 1
« Et si nous parlions de la croix ? me demandait récemment l’un de nos amis soufis (dans la voiture qui nous ramenait tous deux du Maroc où il avait voulu faire retraite auprès de nos frères de Fès). Si nous parlions de la croix ?


Car, cette année 1994 fut pour moi marqué par le sceau de l’offrande. Ce sceau de l’offrande, manifesté dans une sculpture, marque ma vie actuelle et explique ma vocation à devenir moniale trappistine, d’une part ; et à poursuivre ma découverte et ma pratique du dialogue spirituel avec les soufis Naqshabandi, initié en région parisienne avec l’association 
« Et si nous parlions de la croix ? me demandait récemment l’un de nos amis soufis (dans la voiture qui nous ramenait tous deux du Maroc où il avait voulu faire retraite auprès de nos frères de Fès). Si nous parlions de la croix ?
Pour accompagner le projet dessiné de ma sculpture,
C’est alors que je compris la véritable nature de cette sculpture-installation. La lumière solaire pénétrant dans la pièce projetait, si je puis dire ainsi, son ‘ombre lumineuse’ sur la sculpture, comme l’ombre d’un cadran solaire, marquant le temps. Le vent et le son, venus de l’extérieur, animaient les éléments naturels constitutifs de la sculpture. L’eau s’évaporait. Les feuilles de lauriers se rétractaient et manifestaient la violence de la nature en couchant la multitude des épingles
Et c’est bien à une autre Présence que cette sculpture installée dans cette pièce particulière du Palais des Papes de Viterbo renvoyait. Manifestation d’un don de soi à plus grand que soi, à l’Altérité absolue et fondatrice, créatrice et à l’origine de soi. Perception du religieux. Avec le regard de l’âme.
Le fruit actuel est la lecture du Qur’ân 
L’union du Sacré Cœur et de la Sainte Eucharistie se produisit sous mes yeux et ce fut la confirmation fulgurante de mon union au Christ, par mon nouveau nom en Lui, qu’Il me donna en novembre 2014 (‘Jehanne de la Sainte Eucharistie’) ; et le 3

Nous fêtons aujourd’hui la mémoire de saint Pachôme, un saint qui m’est particulièrement cher, et qui est connu comme le père du cénobitisme chrétien, c’est-à-dire de la vie monastique vécue en communauté. Si nous avions voulu choisir des lectures propres pour cette mémoire de saint Pachôme, il aurait été difficile d’en trouver de plus adaptées que celles que nous offre aujourd’hui le lectionnaire férial pour le vendredi de la 5
Il ne s’agit pas toutefois d’un vague sentiment d’affectivité. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », dit Jésus. Et il explique tout de suite le sens de ce « comme je vous ai aimés », en disant : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Et c’est après avoir expliqué cette exigence de l’amour qu’il répète : « Le commandement que je vous donne, c’est de vous aimer les uns les autres ». Il s’agit donc d’un amour fraternel qui s’exprime à travers le renoncement de chacun à ses intérêts personnels, pour travailler au bien de chacun de ses frères.
Jésus insiste en disant : « Je ne vous appelle pas mes serviteurs, mais bien mes amis ». En cela il nous indique le vrai sens de l’amitié au sein d’une communauté cénobitique. Nous ne sommes pas des copains qui ont choisi la même vocation parce qu’ils avaient les mêmes goûts. Nous sommes des personnes différentes les unes des autres que Dieu a appelées à former une communauté pour incarner dans cette communauté le mystère de son propre amour. C’est son amour pour nous qui est le lien de notre amitié.
La première lecture de l’eucharistie d’aujourd’hui est aussi révélatrice. Il s’agit de la conclusion du Concile de Jérusalem, qui fut réuni pour trouver une solution à un conflit qui était né au sein de l’Église primitive, y compris entre ceux qui en étaient les responsables. La solution trouvée implique un grand respect des sensibilités différentes, spécialement entre les Chrétiens convertis du paganisme et ceux convertis du judaïsme, en même temps que la volonté de ne rien imposer aux uns ou aux autres qui ne soit vraiment nécessaire. L’harmonie de la vie communautaire au sein d’une communauté comme les nôtres exige un tel respect et une telle souplesse. C’est la seule façon de vivre sainement les tensions qui ne manquent pas de se manifester au sein de n’importe quelle communauté normale, tout comme dans la communauté primitive de Jérusalem et d’Antioche.
C’est ce que dit fort bien, saint Benoît, disciple spirituel de saint Pachôme, paraphrasant d’ailleurs saint Paul, à la fin de son beau chapitre 72 de la Règle sur le bon zèle :
Thomas est un personnage vraiment intéressant. Il n'hésite jamais à intervenir même avec des questions qui n'ont rien de diplomatique. Lorsque Jésus dit aux Apôtres qu'il va leur préparer une place près de son Père et qu'il reviendra les prendre avec lui, Thomas objecte : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » Et comme à chacune de ses interventions, Jésus le prend au sérieux et non seulement lui donne une réponse, mais lui fait une révélation importante : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. »
Jésus nous a appelés, chacun de nous par notre nom. Il a avec chacun de nous une relation particulière. Dieu nous a tous faits différents les uns des autres et il est le premier à respecter cette différence. C'est pourquoi il y a, nous révèle Jésus, de nombreuses demeures dans la maison de son Père. En réalité il y a autant de demeures que de personnes appelées au salut ; et tous les humains sont appelés.
Et n’oublions pas que nous célébrons aujourd’hui la mémoire de nos frères de Tibhirine, déclarés bienheureux par le pape François, le 8 décembre 2018, en même temps que douze autres témoins de l’Évangile qui ont donné leur vie en Algérie et pour l’Algérie.

En ce 3
Je pense le vivre de façon œcuménique, pour l’Unité de tous les chrétiens, même si je suis d’obédience catholique. La dimension communautaire de l’Eucharistie retrouve toute sa nécessité et tout son sens dans ce jeûne imposé. Il est bon que nous en souffrions. Il est sain que nous en souffrions pour contacter à nouveau et de façon plus aiguë, plus profonde, l’essence du Mystère de l’Eucharistie du Seigneur Jésus Christ. Je pressens que le fruit de ce jeûne eucharistique communautaire 
En effet, pour les catholiques, le 2
Rien d’étonnant, alors, peut-être en conviendrez-vous avec moi, que quand l’une manque (l’Eucharistie) on se réfugie dans l’autre (le Cœur de Jésus). Que quand la communion sacramentelle (donc physique) au Corps et au Sang du Christ dans les saintes espèces consacrées manque, on se réfugie dans le Sacré Cœur de Jésus. Cœur de Jésus du Jeudi saint (le disciple bien-aimé qui penche sa tête sur la poitrine de Jésus), et du Vendredi saint (ayant expiré en Croix, son Côté transpercé laisse jaillir le sang et l’eau et donc l’Esprit Saint), avant sa Résurrection
Trois jours après le 2
Le lendemain de la fête de la bienheureuse Maria Gabriella, apôtre de l’Unité, jeudi 23 avril 2020, dans sa pensée synthétique Paula Kasparian écrivit sa lettre de confinée aux Artisans de Paix confinés, y joignant ma réponse (précitée) au message du pasteur, qu’elle introduisit ainsi :
La communion spirituelle étant déjà une transfiguration du temps séculier en le temps de Dieu, comme une faille, une fêlure dans le temps du siècle, la douleur de la privation de la communion sacramentelle dans la chair (comme l’écharde de saint Paul), deviendra, peut-être, dans la durée, doucereuse à l’âme dans la communion spirituelle. On serait alors confiné dans le Cœur de Jésus, enveloppé de la grâce rafraîchissante qui renouvelle notre esprit comme elle jaillit en même temps que le Sang et l’Eau. De la douleur aiguë dans le jeûne eucharistique, la grâce de l’Esprit de Jésus remis entre les mains du Père nous placerait peut-être dans la douceur du Cœur de Jésus comme dans « la main sûre et tranquille » du Père où « nous reposons comme un oiseau au creux du rocher »
Le temps dont il est question ici est spirituel. C’est l’instant d’éternité de l’extase, la sortie de soi. L’instant d’éternité renouvelé à chaque mémorial eucharistique, durant chaque célébration de la messe. Le Mystère de Dieu s’accomplit en chaque célébration eucharistique, à la consécration
Ayant reçu ce passage de l’Apocalypse au chapitre 10 où il s’agit du 7
Dans le contexte de la pandémie du Covid-19 qui pousse au confinement, dans la séparation physique d’avec nos frères en humanité, dans l’empêchement de nous rencontrer, nos vulnérabilités humaines, nos interdépendances de toutes sortes sont mises en relief et leur rupture nous font souffrir. J’ai pris ce passage de ce que l’Esprit dit à l’Eglise de Laodicée comme accusant les traits d’orgueil de notre époque : quand nous refusons de considérer la vulnérabilité humaine et notre besoin de lien spirituel aux autres et à Dieu. Une parole qui accuse l’autosuffisance humaine qui nie l’existence de Dieu. Une parole qui respecte la liberté humaine, don de Dieu à sa créature qui s’adresse en vérité à sa conscience, souvent aveuglée. Une parole divine qui dit à nouveau son amour pour sa créature. Dieu, par son Christ, le Nouvel Adam, nous veut restaurés à son image et à sa ressemblance (2
Confinée dans la chambre haute de la Croix, le Cœur de Jésus.
Dans la souffrance silencieuse que je partage avec des milliers de croyants, je suis unie au Crucifié qui crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15, 34). Sentiment de déréliction, alors que je sais, par ma foi, que je suis dans la chambre haute du Sacré Cœur de Jésus, sur la Croix. C’est cela mon sacrifice, qui n’est pas doucereux. Simplement douloureux. Douloureux pour quelque chose. Pour intercéder en faveur de nos contemporains au cœur endurci. Pour ne pas céder au ressentiment, à l’amertume, à la colère, sentiments qui n’ont jamais été très évangéliques. Cette souffrance spirituelle est ce qui m’unit concrètement au sacrifice du Christ, à sa Sainte Eucharistie.
Relisant cette page écrite dans la salle de bain
Tout cet état intérieur qui n’a pas cessé de s’amplifier depuis dimanche dernier, comme absorbée dans un abîme intérieur, se révèle être l’écrin à ce qui est né et a été transcrit sur le papier, dans la salle de bain. Douloureux accouchement depuis dimanche. Avec les prémices heureux l’annonçant dès le 22 avril, par la fête de la bienheureuse Maria Gabriella, apôtre de l’Unité, qui mourut en quinze mois de la tuberculose s’offrant pour l’Unité des chrétiens. De laquelle je me sens proche, dans sa consécration monastique prononcée le jour du Christ-Roi, avec sa prière d’offrande si belle. Proche d’elle aussi, par le lieu, l’abbaye et l’abbesse qui était sa mère au moment de son offrande. Grottaferrata, transféré à Vitorchiano, près de Viterbo, région où j’ai moi-même réalisé en 1994, à mes vingt ans, une sculpture « L’offerta » (L’offrande) cristallisant le désir puissant de m’offrir à Dieu moi aussi. J’étais alors loin de l’Église, étudiante aux Beaux-Arts. Mais, lors de ma communion, huit ans plus tôt, je m’étais vécue comme épouse du Christ. Désir absolu de Dieu contrarié dans ma treizième année et quand je reçus le sacrement de la confirmation, le démon avait déjà commencé son maléfice de la séparation d’avec Dieu. Mais le désir de Dieu était en moi et cette sculpture, installée dans une exposition collective au Palais des Papes de Viterbo, en témoignait silencieusement.
Dans l’épaisseur du brouillard intérieur qui était comme une boue, une glaise lourde dans mon esprit, mon âme, tout ceci est parvenu à s’exprimer, à se dévoiler, à s’extirper, à être mis en lumière. C’est la révélation de ma vocation. C’est comme si le Seigneur préparait tout, en moi, pour ma vocation monastique de trappistine à Blauvac. C’est en la fête de saint Athanase que la parturition a eu lieu, en dix jours, si on compte les contractions depuis le 22 avril ̶ mais aussi depuis le dimanche de la Divine Miséricorde, 19 avril, où le pasteur Alain Joly a partagé le jeûne eucharistique de ses paroissiens, où je reçus une abondance de grâce de communion spirituelle recevant son geste de privation de ne pas célébrer l’Eucharistie, en ce Dimanche pascal du Quasimodo.
Il y a aussi une autre trace indélébile de ma communion à la Table de la Sainte Cène : avec des pentecôtistes, lors de la session œcuménique de 2019, 




![IMG-20200422-01718[1].jpg](http://lavaillante.hautetfort.com/media/00/01/928042169.jpg)
Il y a quelque chose qui m'a toujours intrigué dans le texte des Actes que nous venons de lire. Pourquoi l'ange s'est-il donné la peine de fermer les portes de la prison après avoir laissé sortir les apôtres ?... En effet, au début du texte, Luc dit que l'ange du Seigneur a ouvert les portes de la prison et a fait sortir les apôtres ; mais quand le gardien du temple arrive le matin, il trouve les portes bien fermées ! Il doit y avoir une signification symbolique dans cette histoire de portes ouvertes et puis verrouillées.
Il y avait quelque chose de similaire dans l'Évangile de dimanche dernier, de Jean. Les disciples avaient fermé les portes du lieu où ils étaient assemblés. Cela est sans doute à mettre en relation avec la recommandation de Jésus : "Quand tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme la porte à clé, et prie ton père en secret". Ce que Jean semblait dire dans ce récit, c'est que Jésus a manifesté sa présence parmi ses disciples lorsqu'ils étaient assemblés pour prier. Mais alors, que fait-il ? Il souffle son Esprit sur eux et dit « Recevez le Saint-Esprit. Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Dans le texte des Actes des Apôtres d'aujourd'hui, l'ange du Seigneur apparaît aux disciples lorsqu'ils sont derrière des portes fermées. Mais l'ange du Seigneur est-il distinct du Seigneur lui-même ? Et que fait-il ? Il leur dit : "Sortez maintenant... et prêchez au peuple au sujet de cette Vie".
Les portes de la prière et de la solitude sont des portes tournantes. Elles séparent du monde au sens johannique du terme. Paradoxalement, les portes verrouillées sont une invitation au Seigneur à entrer. Mais, en même temps, il nous invite à sortir de nous-mêmes, vers nos frères et sœurs. Mais si nous sortons en Son nom, pour accomplir les services que nous sommes appelés à remplir, nous sommes toujours à l'intérieur et, en fait, la porte est toujours fermée.
La communauté de Grottaferrata et son abbesse étaient très sensibles à la cause œcuménique : la réconciliation des chrétiens désunis. Maria Gabriella se sentit appelée à offrir sa vie pour l'unité des chrétiens. S'« offrir » ainsi, pour un chrétien, signifie aimer jusqu'au bout Dieu et ses frères. Le « jusqu'au bout » de Maria Gabriella fut rapide : atteinte de la tuberculose, elle mourut le , après quinze mois de souffrances et de tentatives infructueuses pour la guérir.
PSAUME 18
Ce passage de l’Évangile de Marc nous donne une description rapide et globale de la première évangélisation chrétienne, dans les jours qui suivent la résurrection de Jésus. Marc trace une distinction très nette entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, entre ceux qui font une expérience personnelle de Jésus, et ceux pour qui ce qui leur est raconté par d’autres demeure quelque chose d’extérieur.
De ce passage de l’Évangile de Marc nous pouvons retenir que ceux qui ont fait l’expérience personnelle de la présence de Jésus vivant doivent l’annoncer aux autres. Ce que Jésus reproche ici à ses disciples ce n’est pas de ne pas avoir cru en Lui, mais précisément de ne pas avoir cru en l’expérience de ceux qui l’ont vu. Il y a en cela une leçon très importante concernant la transmission de la foi. La foi se transmet de personne à personne. Si nous avons la foi, c’est que nous l’avons reçue à travers une longue chaîne de témoins, dont chacun a rendu témoignage de son expérience. L’enseignement sur ce que nous appelons les « vérités de la foi » est important, bien sûr. Mais ce n’est pas à travers cet enseignement que se transmet la foi. Elle se transmet à travers le partage d’une expérience vécue.
Par ailleurs il ne suffit pas d’entendre l’annonce de la foi, ou le partage d’une expérience de foi pour croire. Il faut faire en même temps l’expérience personnelle de la rencontre de Jésus. Ce qui empêche de faire cette rencontre, c’est la dureté du cœur, que Jésus reproche à ses disciples d’avoir. Un cœur dur est un cœur qui n’est pas pur, qui est divisé. Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
La paix dans laquelle je suis à Saint-Pardoux, avec laquelle je reviens chez mes parents, la paix de Jésus Christ ressuscité, c’est ce qui remplace l’Eucharistie sacramentelle. C’est ma messe quotidienne dans ce silence et cette solitude. C’est ainsi que le Seigneur me fortifie, chaque jour, à Saint-Pardoux. Je dois Le laisser faire, continuer à le laisser faire, à avoir confiance en lui et en son action qui bruisse comme la brise légère, qui agit puissamment dans la brise légère. Ma confiance doit être totale. Il n’oublie pas sa Promesse envers moi. Son Alliance, jamais Il ne la trahira. Il agit dans ma patience, dans ma persévérance. Je n’ai qu’à rester fidèle à ce pèlerinage quotidien. Il continue à faire très beau temps. Je n’ai pas à douter du Seigneur dont le dessein est sûr. Dont la fidélité est certaine. Je n’ai qu’à continuer à être, à demeurer là quand je suis à Saint-Pardoux. Je n’ai qu’à recevoir même ce que je ne perçois pas, ne sens pas avec mes sens mais sais avec
Continuer, chaque jour, à prier 3 heures jusqu’à Saint-Pardoux, aller-retour, et à y rester, y demeurer dans la confiance. C’est là que le Seigneur agit dans ma vie, ici, à Sury. Ce lieu est vraiment mon sanctuaire naturel. Je lis la Philocalie, Il m’enseigne, j’écoute et demeure. Là. C’est tout. C’est tout simple. Et sobre. C’est :
Je me sens
JE SUIS LA PORTE




Quand j’entre dans la cathédrale, les fidèles sortent de la messe précédente et d’autres entrent pour celle de 11h15. Je décide de rester à la messe et m’installe. Après la messe, je commence ma visite en empruntant le déambulatoire à droite. Je prends quelques photos avec mon portable. J’arrive à la chapelle où est exposé, je crois, le Saint Sacrement. Je suis saturée par les vitraux que je trouve trop bavards et trop puissants de couleurs. Je me demande comment on peut prier devant le Saint Sacrement dans ce « décor » surchargé. Tout en reconnaissant que les couleurs et les vitraux sont magnifiques, particulièrement le vert.
J’arrive donc au chevet et je vois par une ouverture sur la chapelle, toujours arrivant par la droite, les bannières de l’ordre des Chevaliers du Saint Sépulcre
Je ne la vis plus, m’étant agenouillée, mon regard regardait devant moi : le portrait de Jésus à la couronne d’épines posé sur la pierre d’autel [
Devant moi, ce dispositif triangulaire en verre rouge épais laissait deviner un cercle désigné comme étant la sainte Couronne d’épines du Christ. Je pris conscience de la superposition spatiale, à la verticale, de cette couronne de jonc sans plus d’épines avec la zone de ma poitrine, de mon plexus solaire. J’étais là, sans rien désirer de particulier, ouverte au temps présent et au lieu, j’avais réussi à chasser la tentation de partir et je baignais dans ce rouge, cette chaleur de l’amour et la Couronne d’épines était devenue une alliance que Dieu imposa en ma poitrine, simplement, comme un constat donné à cet instant dans la disposition de mon être et la super-position de mon corps agenouillé devant ce reliquaire et cette relique uniques. Je suis peut-être restée une demi-heure ainsi, là. Pendant la seconde messe
Lundi 22 juin 2015
Mes règles ne sont pas encore venues. Ce qui est venu est ce que j’ai écrit : l’élucidation de cette alliance de charité avec la Couronne du Christ. Il n’y a plus d’épines à cette couronne. Ce sont des joncs. Une alliance imposée en ma poitrine, qui unifie tout mon être, l’aime, l’enveloppe. J’ai découvert le rapport de la Couronne d’épines du Christ à Notre-Dame avec le dessin que j’ai réalisé dans la cathédrale st Paul de Tours, d’après la photographie d’une sculpture, un visage du Christ en croix, portant la couronne d’épines. Et c’était un huit couché sur son front, le signe de l’infini, l’amour infini de Dieu sur la tête de son Fils, Dieu Homme, Amour ineffable.
Samedi 26 juin 2015




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Quand je vis le docteur le vendredi 3 mai, elle me demanda si j’avais eu un choc émotionnel, dernièrement. Le virus de la varicelle se manifestant en zona chez l’adulte peut avoir une cause émotionnelle.
19-20 avril 2019
Le matin du Mardi saint, je reçu un sms de ma sœur Delphine, sous forme de sortes de condoléances, me faisant part de son cœur désolé devant le feu de Notre-Dame. Elle ajouta que mon cœur devait être dans un état pire que le sien. Je n’eus alors la force de lui répondre que ceci : « En charpie… » Mon corps était complètement déglingué et j’eux une forte crise de larmes.
J’eus cependant la conscience, quasi instantanée avec l’incendie, que nous sommes les pierres vivantes de l’édifice qui, lui, brûlait. Et que la mémoire des événements que nous avons vécus dans la cathédrale aurait toujours raison des flammes. En cette Semaine sainte, très vite, le sens de la purification du chemin de Croix, avant le Vendredi saint de la Passion et le dimanche de la Résurrection, sublimait la destruction matérielle. Même si le vitrail relatant, dans ses couleurs flamboyantes, la généalogie du Christ depuis la racine de Jessé aurait/a été détruit


Rebecca : c’est aussi le prénom de la jeune fille en seconde année des Beaux-Arts de Lyon qui m’a interviewée, il y a quelques semaines, sur ma



Lors d’une marche fraternelle rappeler ces éléments de la présence de S. Pardoux. Marcher sur les sentiers communaux et dans les chemins creux, de l’église dans le bourg, jusqu’au lieu connu dans les champs, de la fontaine et de celui, présumé, de la chapelle (ici, dans cette vidéo,
C’est ainsi que j’envisage l’amorce d’une ré-évangélisation de la campagne en Pays Fort. Par ce pèlerinage, qui au Moyen-Âge drainait les paroisses voisines, redonner vie aux vérités de foi qui sont enfouies autant dans les mémoires que dans le paysage. Par-là, revigorer les c
« Entrer dans cette relation avec celui qui est le Rocher, le Christ, nourri par les sacrements : le Pardon et l'Eucharistie. Celui qui ne cesse d'être avec nous. Je peux transmettre beaucoup de connaissance, sur le Christ, sur la Bible, sur la théologie. Mais il y a une chose que je ne peux pas faire : c'est vous ouvrir à la rencontre du Christ, que vous puissiez dire oui à l'amitié avec le Christ. Et cependant, c'est cela être chrétien (là Mgr Jérôme Beau commence à toucher sa croix). C'est vivre cette rencontre et en vivre à chaque instant de sa vie comme étant sa force. La force que vous avez reçue lorsque vous avez reçu le don de l'Esprit Saint lors de votre confirmation. Et c'est la mémoire de ce don de Dieu. L'espérance ne trompe pas, car "l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le don de l'Esprit Saint". Vous vous rappelez de votre confirmation et donc vous vous rappelez comment cette confirmation a été le don de Dieu comme une force d'espérance dans votre vie. (Rappel de la devise épiscopale de Mgr Beau : "Pour l'espérance du monde"). Cette force d'espérance dont nous parle saint Paul, dans l'épître aux Romains. Oui, l'espérance ne déçoit pas. Mais l'espérance n'est jamais un optimisme béat. L'espérance est la force du courage qui se manifeste dans le don de soi-même. Et peut-être que l'épreuve que de nombreuses nations traversent aujourd'hui à travers la pandémie du Corona Virus, nous rappelle que l'espérance tient au courage du don de soi-même. C'est ce courage-là qu'il faut savoir voir. Le Seigneur dans sa bonté ne vient pas aplanir le chemin de tel façon qu'il n'y ait aucun obstacle. Il nous donne de traverser les obstacles et les épreuves par la seule force qui vient de Dieu : la charité. Car la charité ne nous tromperas jamais. "Si tu savais le don de Dieu…" si tu te laissais aimer par Dieu, alors tu aurais la force de témoigner et de traverser les réalités les plus fortes, les plus grandes épreuves, par la puissance de l'amour et de la miséricorde de Dieu. » 



Sr Bénédicte, la sœur hôtelière
Après le trajet en ter de Carpentras à Avignon, il y avait une correspondance de 40 minutes à la gare tgv. Les voyageurs se sont massés tout le long du quai au niveau du numéro de leur voiture en attendant l’arrivée du tgv, de Marseille, pour Paris. Arrêtant ma valise dans le coin salle d’attente au niveau du repère de la voiture 3 qui m’était attribuée, je m’assis. La gare tgv d’Avignon est d’une architecture fort intéressante. Mais je ne pouvais rien voir à l’extérieur : ni à droite, la voie par où le tgv allait arriver, ni à gauche. À gauche, derrière un double-panneau publicitaire, je devinais une lumière, celle du soleil déclinant.
Avec des gestes, je lui dis qu’elle était musulmane et moi, chrétienne, tout en prenant entre mes doigts la petite croix de bois foncé qui pend au ruban lie-de-vin que je porte en ras-de-cou, la croix lovée dans le creux au-dessus du manubrium, l’os triangulaire qui fait la jonction entre les deux clavicules. Plusieurs fois, je lui dis que je n’avais pas d’argent liquide sur moi, quand elle réclamait des euros. Plusieurs fois, je lui proposai des biscuits que j’avais, pour le petit de trois ans. Plusieurs fois elle prononça le mot : halal.
À la Visitation, Élisabeth avait senti tressaillir de joie le petit Jean en ses entrailles, quand Marie entra dans sa maison, souhaitant la paix à sa cousine : « As salam alaikum ! ». Le petit Jean avait tressailli de joie en les entrailles de sa mère au toucher de l’Esprit de Jésus par ce salut de Marie. S’en était suivi l’émerveillement d’Élisabeth et le Magnificat de Marie. Marie avait reçu l’annonce de sa grossesse de Jésus par l’ange Gabriel, et s’était précipitée en toute hâte dans les montagnes pour rejoindre sa cousine âgée miraculeusement enceinte, elle, depuis 6 mois. 
C’est à la tête de ce monastère que sœur Marie 



Dès 740 avant notre ère, dans le premier Testament, le prophète Isaïe annonce la naissance du Christ. Il y est désigné comme Prince de la Paix :
À la dernière Cène, avant sa Passion, Jésus donne sa Paix à ses disciples.
Après sa Résurrection, le Christ se manifestera et se montrera aux disciples réunis dans le Cénacle, en commençant par leur donner la paix. Quand Jésus donne sa paix, c’est celle de Dieu le Père qu’il nous transmet. La paix de Jésus, celle du Père et leur Esprit, c’est tout Un. Nous sommes là au cœur du mystère de la Trinité. La paix est cette vie qui circule entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Cette harmonie entre les trois personnes de la Trinité produit la paix. Celui qui la véhicule, c’est l’Esprit Saint.
Après le prologue de son évangile, Luc décrit les circonstances de l’annonce de la naissance de Jean le Baptiste « qui sera rempli d’Esprit Saint dès le sein maternel ». C’est l’ange du Seigneur qui parle ainsi quand il apparaît au futur père, Zacharie, alors qu’il offre l’encens dans le sanctuaire. Zacharie et Élisabeth étaient un couple stérile et avancé en âge. Ils ont touché la paix. Ou plutôt : c’est la paix qui est venue les toucher et qu’ils ont reçue, avec la joie inespérée d’engendrer un fils, Jean (Dieu exauce), le Précurseur du Christ. La conception de Jean est donc le miracle de Dieu pour Zacharie & Élisabeth, et pour toute l’humanité.
En deuxième lieu, Luc l’évangéliste décrit l’annonce de la naissance de Jésus qu’on appelle l’Annonciation. Dans l’annonce faite à Marie, une vierge déjà promise à Joseph, l’ange Gabriel, lui dit qu’elle tombera enceinte du Fils du Dieu Très-Haut. Comme elle est d’abord bouleversée de voir entrer chez elle un ange, et lui adresser la Parole de Dieu, celui-ci lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. » Il la rassure, l’apaise par ces mots pour l’introduire au message qu’il lui porte de l’action de Dieu sur elle, en elle, et pour l’humanité : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » À la question de Marie « comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge ? », l’ange lui révèle que « l’Esprit Saint descendra sur elle, et que la puissance du Dieu très-haut la couvrira de son ombre. »
Comme pour Zacharie & Élisabeth, Marie reçoit la paix de Dieu : pour elle-même et pour tous les hommes. Par le Verbe qui prendra chair en son corps, elle touche la paix, et portera le Prince de la Paix en elle avant de lui donner naissance. Aussitôt après avoir reçu les explications de l’ange, Marie se soumet à la volonté de Dieu par ce qu’on appelle son ‘Fiat’ : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » C’est par l’Esprit Saint que Dieu engendre son Fils en Marie. L’ange lui a annoncé qu’elle portera Jésus Christ, le Verbe fait chair, en elle. Jésus, le fils de Marie, est la paix en personne, de la part de Dieu, pour tous les hommes.
L’ange la quitte et quelques jours plus tard, Marie se met en route pour rendre visite à sa cousine Élisabeth, dont elle a appris, lors de l’Annonciation, qu’elle était aussi enceinte depuis six mois. Et c’est l’épisode qui nous intéresse ici : la Visitation.



Oui, le petit Jean en le sein d’Élisabeth tressaille d’allégresse au contact de l’Esprit dont est comblée Marie, et c’est la bouche d’Élisabeth qui le formule après que son être entier en ait été informé. Marie ne sent rien encore en son sein virginal, elle est tout emplie d’abord de la foi et de l’Esprit. L’Esprit Saint la couvrit de son ombre, il est venu dans les plis virginaux de ses entrailles. Jésus fait homme n’est pas encore charnel. Il est pur Esprit de Dieu en elle. Comme l’Esprit de Jésus est premier lors de la Création, son incarnation vient ensuite dans l’histoire humaine. 


La Vaillante souhaite donner à lire à nouveau cet article du 5 juin 2013, de Lucien Fornello, qui annonce la logique de l'histoire des transformations sociétales brutales amorcées avec le mariage pour tous : PMA sans père et GPA, contre lesquelles nous Marcherons pour la Liberté l'Égalité & la Paternité 



















En milieu d’après-midi, quand il dut repartir chez d’autres amis catholiques — en cette fin de semaine pour l’Unité des chrétiens —, je regardais les livres posés sur la table au fond de la salle — celui sur la confession orthodoxe attira mon attention. Le père Marc-Antoine allait partir, debout, dos à la porte. Je vins à lui, simplement. Et, tout aussi simplement, il m’embrassa en me prenant les mains. À ma grande surprise, il me fit ce baiser de la paix, sur les deux joues, avec ferveur et grande amitié. Ce baiser inattendu scella quelque chose au delà de nos personnes. Peut-être que saint Pierre y était pour quelque chose. En tout cas, la Paix de Notre Seigneur Jésus Christ y demeure encore… Car en Jésus Christ, vous êtes tous fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus (Gal. 3, 26-28).