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03.05.2017

Les électeurs voulant protéger la famille face à un dilemme : voter blanc ou voter Le Pen


anne schaub-thomas,pma,gpa,politique,lmpt,conscience,transmission,la france,Écologie humaine,théorie du genreChère Anne,
 
Ce qui est dans le document que vous pointez est exact. Macron est officiellement contre la GPA mais pour la filiation "artificielle" des enfants issus de GPA à l'étranger dans l'état-civil Français.
Cette position est incohérente à mon avis, et va permettre d'arriver à la légalisation de la GPA en France en deux étapes :
  1. Le business de la GPA peut se faire à l'étranger, on ferme les yeux sur ce que cela signifie réellement, et les habitudes sont prises.
  2. Puisque cela se fait à l'étranger, pourquoi ne pas le faire aussi en France avec un "encadrement" législatif d'une GPA "éthique" qui "respecterait la dignité des femmes" (c'est légal, donc la dignité des femmes est respecté !).
Il faut aussi prendre en compte la lettre ouverte de Macron concernant les LGBTI disponible ici. Quand il écrit "ma priorité sera une lutte implacable contre les anti-LGBTI dans toutes leurs dimensions", je comprends qu'il luttera contre tous ceux qui contestent les revendications de la communauté LGBTI, en particulier sur la question du mariage homosexuel, de l'adoption par des couples homosexuels, de la PMA et GPA pour les homosexuels, et plus généralement, ceux qui contestent l'idéologie du genre sur laquelle se base toute la théorie LGBTI. Ainsi, la promesse de Macron peut être comprise comme une déclaration de guerre contre La Manif Pour Tous qui conteste pacifiquement ces revendications des LGBTI et qui dénonce de façon argumentée cette idéologie du genre. Ceci est très inquiétant dans une démocratie.

D'autre part, la situation électorale actuelle est inédite. Constater que les grands partis traditionnels de droite (Les Républicains, ex UMP) et de gauche (PS) ne sont pas présents au second tour est une première depuis plus de 50 ans. Cela montre le délabrement de la vie politique en France. Il faut donc analyser la situation de façon précise et voir toutes les solutions possibles.

D'abord, on peut analyser les programmes des deux candidats restant en lice. Pour cela, je vous renvoie à l'excellent site WEB Boomerang qui analyse et compare les programmes des deux candidats sur les question "sociétales". Le résultat est sans appel : Macron ne peut être sélectionné, et Marine Le Pen s'en sort relativement bien. Il reste les questions économiques pour lesquelles il est beaucoup plus difficile de trancher entre les deux. La priorité à donner entre les deux analyses revient à se demander si les problèmes actuels de notre société viennent de dérives économiques ou de dérives morales, l'un entrainant l'autre. Pour ma part, je pense qu'il s'agit, avant tout, de dérives morales qui provoquent ensuite des dérives économiques.

Il faut aussi bien comprendre ce que sont réellement les deux mouvements politiques restant en lice.

D'une part, on a le Front National. Il faut se garder de plaquer la même analyse qu'il y a 30 ans sur le parti de Jean-Marie Le Pen. Sa fille a pris ses distances avec son père, et cela a fait des vagues (c'est le moins que l'on puisse dire !). La bataille a été sanglante, et c'est la fille qui a gagné. Le fait que ce parti n'ait pas été interdit montre qu'il n'est pas antisémite ou fasciste, comme certains voudraient le faire croire pour pouvoir le diaboliser. En travaillant régulièrement au Parlement Européen et au contact de tous les courants politiques européens, je peux confirmer cela. Je n'ai jamais constaté ou même senti la moindre tendance antisémite, raciste ou fasciste au FN. Néanmoins, les positions de Florian Philippot, N°2 de ce parti, sont souvent inquiétantes, en particulier sur sa tendance à vouloir augmenter le contrôle de l'état sur le pays. Cela se traduit, entre autres, par une position sur l'école qui mettrait les écoles "libres" sous contrôle étatique. Or la liberté d'enseignement est une des libertés sur laquelle je ne transige pas. Notez également que sur ce point, le programme de Macron n'est pas meilleur...

D'autre part, on a le nouveau mouvement En Marche. Ce mouvement politique est une création nouvelle qui a été appuyée ouvertement par les médias dominants en France. Dans son livre "Un Président ne devrait pas dire cela", Hollande explique fin 2015 que lorsque l'on est bloqué par des partenaires politiques qui refusent d'aller dans la même direction que le PS, il faut créer une nouvelle formation politique sur la base de l'ancienne formation (le PS), procéder par élargissement et non par alliance, et le faire dans la perspective d'une élection présidentielle de préférence. (voir cet extrait ici). Vu les divers ralliements à En Marche, on voit bien qu'ils sont en majorité issus de l'aile libérale/libertaire du PS. Tout porte à croire que En Marche est la nouvelle version du PS sous "fausse bannière" apparente, et créée par François Hollande. Ce n'est pas bon signe...

Pour le second tour de l'élection présidentielle, nous avons 4 possibilités :
  • L’abstention, 
  • Le vote blanc,
  • Le vote Macron,
  • Le vote Le Pen.
 
L’abstention n'est normalement pas admissible en politique. Cela revient à abandonner le droit de vote. C'est, dans une certaine manière, abandonner la démocratie.
Le vote blanc ne sert à rien en France, et c'est un grave problème de démocratie. Si on avait la possibilité de dire que s'il y a plus de 50% de votes blancs, tous les candidats du 1er et du second tour sont éliminés définitivement et que l'on recommence l'élection à zéro, on pourrait utiliser cette solution pour relancer cette élection sur de nouvelles bases. Mais ce n'est malheureusement pas le cas. Le vote blanc est maintenant comptabilisé dans les statistiques, mais, comme pour l'abstention, c'est une attitude qui conduit à laisser à d'autres le droit de décider à votre place.
Le votre Macron revient à approuver son programme anti-famille et libertaire. C'est accepter de continuer sur la voie tracée par François Hollande, et je ne peux m'y résoudre.
Le vote Le Pen reste difficile à faire vu l'histoire de ce parti et certaines orientations politiques (étatisme).

Donc, en disant "NON A MACRON !" comme l'a décidé La Manif Pour Tous, on laisse le choix à tout le monde de décider en son âme et conscience entre le vote Le Pen et l'abstention ce qui est le mieux pour la France. C'est, de mon point de vue, la meilleure façon de respecter les personnes, en respectant leur choix, un choix qui n'est pas facile.

Mais il faut aussi replacer cette élection dans la perspective des autres élections. Nous aurons dans un mois les élections législatives, et ce sont elles qui décideront réellement des orientations politiques du pays. Un président sans une majorité à la chambre ne peut pratiquement rien ; c'est la cohabitation. D'habitude, les élections législatives donnent au président élu un parlement qui lui est acquis, mais ce n'est pas une règle. En particulier, si le président est élu avec une faible majorité, il est moins probable que les élections législatives lui donnent également une majorité, plus encore dans le contexte actuel. Certaines personnes font ce calcul politique, et vont voter pour le candidat le moins bien placé dans les intentions de vote pour affaiblir au maximum celui qui est donné vainqueur dans tous les sondages. Dans le cas présent, ils voteront Marine Le Pen au second tour par calcul électoral et non par adhésion aux idées du Front National, sachant que Marine Le Pen n'a pratiquement aucune chance d'être élue selon les sondages. Ce raisonnement peut sembler absurde à première vue, mais il est parfaitement justifiable. D'autres voteront blanc pour montrer leur désapprobation des deux candidats. C'est aussi parfaitement justifiable, mais cela signifie également qu'ils laissent aux autres le choix de décider à leur place.

D'autre part, appeler à voter Macron ou Le Pen au second tour des élections présidentielles n'est pas sans conséquences sur les élections législatives. Appeler à voter pour un des deux partis maintenant et appeler à voter pour un autre parti dans un mois est incohérent et décrédibilise ceux qui diront cela. Ils passeront pour des girouettes, et on n'a pas besoin de girouettes en politique. Ces politiciens de droite qui appellent actuellement à voter Macron et qui vont ensuite appeler à voter contre Macron vont se ridiculiser. Peut-être espèrent-ils sauver ainsi leur prébendes ?

Bref, les électeurs français qui veulent protéger la famille sont face à un dilemme : voter blanc ou voter Le Pen. Cela se traduit dans tous les cas par "Non à Macron !". À eux de choisir la voie qui leur semble préférable.

Je mets également en pièce jointe à ce message une autre analyse d'Yves Meaudre, un grand chrétien qui était, jusqu'à l'été dernier, le directeur général d'Enfants du Mékong, ONG auquel il aura consacré sa vie pour sauver de jeunes asiatiques de la mort et/ou de la misère et leur offrir un avenir digne de ce nom. Il parle de cette élection présidentielle de façon très intéressante, en constatant combien de personnes réagissaient de façon affective mais irraisonnée sur ces sujets politiques. Je vous laisse lire cette belle lettre.

Bien cordialement.
Antoine

16.09.2016

La multiplication récente des attaques idéologiques et concrètes contre l’enfant et sa famille

Politique de la famille &…LMPT 2016.jpg— L’ambition de « libérer l’individu » et de parvenir à « l’égalité réelle »

 

- La famille, « lieu d’oppression et d’inégalité »

                  « La seule question qui vaille, c’est comment orienter la modernité pour accélérer l’émancipation des individus », Manuel Valls[1]. 

                  Pour la gauche de gouvernement, la famille est un lieu d’oppression et de déterminismes qui empêche l’individu d’être libre.

                  À leurs yeux, il faut que l’Etat intervienne auprès des enfants « dès le plus jeune âge » (Vincent Peillon, Najat Vallaud-Belkacem) et ce, d’autant plus que la famille est également un lieu d’inégalité, à commencer par l’inégalité homme-femme[2], que le couple transmet systématiquement à ses enfants : la famille est censée reproduire les inégalités, d’où la nécessité de la chasse aux stéréotypes de genre dès la crèche… 

 

                     - La différence sexuelle, source d’inégalité

                  Depuis quelques dizaines d’années, le terme « genre » est principalement employé pour remplacer le mot « sex » qui, en anglais, tendait à se spécialiser pour désigner l’activité sexuelle.

                  Le « genre » désigne aussi les manières variables dont une société donnée perçoit et organise la différence entre les sexes : le « genre » est alors le système des « codes » régissant les attentes, les images, les rôles, etc. de chacun des deux sexes.

                  Ce terme a donc permis de théoriser la différence entre le sexe biologique et le sexe psychologique et social.

                  En outre, depuis le début des années 70, une deuxième acception est celle qui est utilisée couramment aujourd’hui pour combattre les « stéréotypes de genre », tandis que la troisième acception est à l’arrière-plan des combats pour la reconnaissance des « identités de genre » (par exemple dans la mouvance LGBTIQ[3]). La « déconstruction » du genre, inspirée notamment par Judith Butler, cautionne dans les deux cas l’idée que le sexe lui-même relève d’une « construction sociale ».

                  Le point commun à ces nouvelles acceptions est le refus de l’enracinement de la condition féminine ou masculine dans un corps naturellement sexué. Une frontière étanche devrait séparer ce qui est considéré comme un pur « donné » biologique, sans valeur intrinsèque, et ce qui relève de la liberté individuelle (choix des identités subjectives, « rôles » adoptés dans la vie sociale, etc.) 

                  Ainsi, « l’idéologie du genre » est une position philosophique et sociologique qui affirme que l’identité sexuelle n’est qu’une construction sociale, indépendante de toute réalité biologique comme le corps sexué. 

                  Cette idéologie a justifié et structuré les revendications LGBT et donné un deuxième souffle au féminisme radical.

                  Cette idéologie – que certains appellent « théorie », au singulier ou au pluriel – n’est pas assumée par la gauche de gouvernement : Najat Vallaud-Belkacem, pour éviter tout débat sur le fond et sur ses propres objectifs, ne cesse de déclarer que « la théorie du genre n’existe pas » en dépit de l’évidence. Cette posture est d’autant plus facile que le genre est une notion complexe, voire fourre-tout. En outre, ce que nous appellons « théorie du genre » en France est intitulée « Gender theory » aux Etats-Unis.

                  L’idéologie du genre fonde certaines interventions de l’Etat, au nom de la libération des individus, dans le domaine éducatif, au détriment de la liberté individuelle et de la responsabilité propre des parents.
 

                     - Les revendications de l’Inter-LGBT 

                  Depuis des années, l’influence de l’inter-LGBT n’a cessé de prendre de l’ampleur.

                  Le fait est que ses revendications vont avec l’esprit individualiste du temps, qu’elles convergent avec certaines revendications du féminisme dit « de la deuxième vague » ... et avec des intérêts financiers puissants. A lui seul, le marché de la GPA est estimé aujourd’hui à 4 milliards de dollars minimum[4].

                  L’influence de l’Inter-LGBT repose sur la nécessité – bien réelle – de lutter contre l’homophobie.

                  Mais l’Inter-LGBT est loin de s’en tenir à la seule lutte contre l’homophobie. Celle-ci lui sert de paratonnerre pour avancer sur d’autres sujets. De fait, toute personne ne partageant pas les vues de l’inter-LGBT est aussitôt accusée d’homophobie. La victimisation est une arme puissante, remarquablement maniée par ce lobby ultra-minoritaire, pourtant non représentatif, loin s’en faut, de l’ensemble des personnes homosexuelles[5]. Leaders d’opinion et politiques sont terrifiés face au risque de telles accusations. 

                  La longue liste des revendications de l’Inter-LGBT, portées officiellement notamment lors de la Gay Pride annuelle, est bien souvent méconnue du grand public, mais aussi des médias et des politiques. 

                  Outre le mariage et l’adoption pour deux hommes ou deux femmes, l’Inter-LGBT réclame que soit « redéfinie la filiation pour la fonder sur l’engagement parental, ce qui permettrait d’établir la filiation des enfants dès la naissance avec tous leurs parents, indépendamment de leur genre, de leur nombre (pluriparentalité) et de leur mode de conception » (ce qui inclue la PMA « sans père » et la GPA).

                  Elle vise aussi le changement d’identité sexuelle à l’état civil sur simple déclaration, comme si l’identité sexuelle n’était que subjective et non objective.

                  L’Inter-LGBT souhaite également que soit mise en place « une éducation à la sexualité prenant en compte la question du genre et de l’homosexualité féminine, masculine, ainsi que la bisexualité et une éducation à la vie affective dès l’école primaire. »[6]

 

                     - Les argumentaires scientifiques 

                  Les partisans du mariage gay et de l’homoparentalité nient la nécessité anthropologique, dans la construction psychologique de l’enfant, d’être élevé par deux référents, l’un masculin, l’autre féminin.

                  Ils s’appuient sur des études biaisées, dépourvues de toute rigueur scientifique parce que ce sont des militants de la cause13 qui y participent, que les adultes répondent à la place des enfants et que le nombre de cas étudiés (44 au maximum) ne signifie rien et défie même toutes les règles scientifiques en la matière. 

                  Ces pseudo-études n’ont d’ailleurs pas été mises en avant lors des débats sur la loi Taubira. C’est dans la période précédente qu’elles ont été utilisées, préparant les esprits. Dès lors que le sujet a été explicitement ouvert, les militants promariage gay se sont prudemment abstenus de s’appuyer sur ces études au cours des débats politiques et médiatiques : la malhonnêteté de ces études serait apparue aussitôt.

         En fait, les travaux menés avec la méthodologie scientifique requise pour toute étude sociologique n’aboutissent pas du tout aux mêmes conclusions : cf par exemple l’étude « How different are the adult children of parents who have same-sex relationships ? Findings from the New Family Structures Study », Mark Regnerus, Department of Sociology and Population Research Center, University of Texas. La rigueur et le sérieux de cette étude ont été attestés par le communauté scientifique, notamment dans « Further comments on the papers by Marks and Regnerus », Social Science Research 41, no. 4 (juillet 2012), 779-783, de Cynthia Osborne, ou encore dans « First Look at Mark Regnerus’s Study on Children of Parents In Same-Sex Relationships », boxturtlebulletin.com, juin 10, 2012, de Jim Burroway (lui-même favorable aux revendications des associations LGBT).

                  Mark Regnerus commente ainsi les conclusions de son étude : « La famille nucléaire biologiquement intacte et stable demeure l’environnement le plus sain et sécurisant pour le développement de l’enfant. [...] Ce qu’affirmaient les sociologues Sarah McLanahan et Gary Sandefur en 1994 reste une réalité : “S’il nous était demandé de concevoir un système destiné à répondre aux besoins essentiels de l’enfant, nous finirions probablement par inventer quelque chose d’assez proche de l’idéal d’une famille avec deux parents.”[7] »

                  Par ailleurs, est mise en avant l’existence de familles monoparentales, des enfants étant élevés par l’un de ses parents et un 2e conjoint de même sexe[8]. En réalité, même dans ce contexte, l’enfant a bien un père et une mère. Cela ne justifiait en rien le mariage et l’adoption pour deux hommes ou deux femmes.  

Politique de la famille &…LMPT 2016.jpg

 

Extrait de Politique de la famille et intérêt de l'enfant, 40 propositions concrètes de La Manif Pour Tous

Texte intégral :
Politique de la famille et intérêt de l'enfant.pdf

 

 

Bannière 16OCT16.jpg

 

 

 

 

10.01.2016

"Le genre en images" : Quelle société voulons-nous pour nos enfants ? Le livret VigiGender est arrivé !

théorie du genre, VigiGender, éducation, transmission

 

LIVRET

"LE GENRE EN IMAGES"

© VigiGender

vigi-gender.fr

08.09.2015

La liberté, renforcée et purifiée par la grâce, rend possible de faire des blessures et des échardes de notre vie un chemin de joie

Cath Ste-&-Indivisible-Trinité à Ely RU.jpg

         L’Année Paulinienne a donné à l’Église l’opportunité de méditer sur la vie et l’œuvre de l’un de ses plus grands saints. Les fruits de l’activité apostolique de saint Paul sont bien connus. Mais qu’est-ce qui a fait de cet homme un instrument si efficace entre les mains de Dieu ? Quelle était la raison de sa sainteté ? En guise de réponse, je propose un épisode rapporté par saint Paul lui-même, vers la fin de sa seconde lettre aux Corinthiens. Il dit qu’il était importuné par une "écharde", et qu’il a supplié le Seigneur par trois fois de la lui ôter. Nous ne savons pas de quelle écharde il pouvait s’agir, et en fait, cela n’a guère d’importance. Cependant, de l’ardeur de sa prière, nous pouvons présumer que cette matière affectait profondément Paul. Peut-être pensait-il qu’il pourrait être un apôtre plus efficace sans cette écharde. 

         « Vos chemins ne sont pas mes chemins », dit le Seigneur au prophète Isaïe (55,8). Dans le prolongement, Jésus précise ces paroles de l’ancienne alliance pour Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » (2 Co 12,9). Je crois que nous trouvons, dans ce passage, le secret de la sainteté de saint Paul. Dans l’expérience de sa souffrance, saint Paul comprend davantage la sagesse et la providence de Dieu. Assumant cet avertissement du Christ, saint Paul écrit alors des mots débordants de force et de consolation : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (2 Co 12,10). Il n’y avait pas d’autre voie de sanctification pour l’apôtre ; il en ira de même pour chacun de nous.

         Le Cardinal Newman disait que nous comprendrions toujours davantage la Croix du Christ en la portant à Sa suite, bien plutôt qu’en glosant à son sujet. L’épouse de Jésus, l’Église, le sait très bien dans son être propre et au travers de l’expérience vécue par ses membres. De même que la Croix a uni les cieux et la terre, Elle unit le cœur des hommes au Sacré Cœur transpercé et blessé. Dans un amour tout maternel, l’Église offre la grâce, la miséricorde et la paix de son Sauveur crucifié et ressuscité à un monde déchu et éprouvé, à travers ses sacrements, son enseignement, et ses œuvres apostoliques. Courage est l’une d’entre elles. 

It takes great COURAGE.jpg         Courage a été fondée à New-York il y a environ trente ans pour aider les hommes et les femmes qui sont affligés par l’écharde de l’attirance vers le même sexe (SSA[1]). Encourage est l’œuvre au service de leurs familles. Aujourd’hui, ces services sont internationaux et sont soutenus par le Saint Siège. Les membres de Courage veulent parvenir non seulement à une chasteté extérieure conforme aux enseignements de l’Église Catholique, mais aussi à une chasteté intérieure, ou "chasteté du cœur", comme la désignait souvent son fondateur, le Père John Harvey, OSFS. La prière, la Messe et la Confession, une vie intégrée dans la communauté chrétienne, et le service des autres sont les moyens de parvenir à ce but. De plus, la paternité spirituelle d’un aumônier-prêtre d’un groupe local de Courage peut aider à panser une "blessure paternelle", particulièrement dans le cœur d’un homme. L’œuvre cherche à encourager une chaste amitié entre ses membres. Par-dessus tout, Courage désire aider les hommes et les femmes avec une SSA à devenir saints, en leur permettant de reconnaître la grâce de Dieu dans et au travers leur faiblesse humaine.

IMG-20150428-00578.jpg         Bien sûr, toute une partie du monde ne considère pas la condition de l’homosexualité comme une faiblesse, et moins encore comme une croix ou une voie de sainteté. Les émotions et la confusion rendent difficile, voire pénible, toute conversation sur ce sujet. Nous devons aussi dire que les jugements raides et la sévérité ne sont pas dans le ton de l’Évangile. L’attitude de tous les disciples du Maître qui approchent cette question peut être trouvée dans l’exemple de saint Paul en 2 Corinthiens 12. Une humilité, un esprit docile, et une volonté joyeuse de se confier à la providence de Dieu disposent le cœur à trouver de la force dans la faiblesse, et de s’adresser avec charité à ceux qui sont affligés par la faiblesse. Désirant suivre l’exemple du Seigneur, Courage veut toujours se situer par rapport aux personnes individuelles et à leurs besoins, plutôt qu’à l’idée de l’homosexualité considérée comme un thème culturel. Saint Paul appellerait cela entrer « dans la pensée du Christ » (1 Co 2,16). 

Clément Borioli & le Pape François.jpg         La question de l’attirance vers le même sexe est souvent irritante pour ceux qui l’éprouvent, et cela ne se surmonte pas facilement. La honte, la solitude, et un sentiment de désespoir sont les ennemis. Avec une abondante charité, le Catéchisme de l’Église Catholique reconnaît que ceux qui ont des tendances homosexuelles sont nombreux, et que cette inclination « constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. » (§2358) Bien souvent, les personnes avec une SSA éprouvent également des dépendances au sexe, à la drogue ou sont confrontées à l’abus d’alcool, à la dépression, l’anxiété ou d’autres maladies psychiques. Cela reste avéré même dans les lieux où la promiscuité sexuelle est largement tolérée. Les hommes et femmes avec une SSA – peut-être jusqu’à 40% d’entre eux – pourraient avoir été les victimes d’un abus sexuel dans leur enfance. (Il est bon de garder ceci présent à l’esprit quand un jeune s’affirme "gay"). Dans bien des cas, ils diront que, aussi loin que remontent leurs souvenirs, ils se sont "toujours sentis différents", ou qu’ils "n’ont pas choisi cela". Mais saint Paul propose un chemin pour traverser cela : « Nous savons que Dieu œuvre en tout pour le bien de ceux qui L’aiment » (Rm 8,28). En tout... en chaque écharde. 

         Continuons avec un peu d’histoire, pour définir les termes et les origines de la SSA avant d’en arriver aux questions spécifiquement morales. Le Professeur anglais R.V. Young, de l’état de Caroline du Nord, remarque qu’il faut attendre la fin du XIXème siècle pour que le mot "homosexualité" soit considéré comme un terme du langage permettant de désigner la condition permanente d’un groupe déterminé de personnes, appelées "homosexuelles". Dans le langage des Grecs et des Romains, et dans les Saintes Écritures, le vocabulaire utilisé désignait en revanche les actes ou le comportement. Young suggère que cette nouveauté permet aux partisans de la révolution sexuelle de contrôler les termes du discours en société. Alors qu’il est indéniable que nous soyons transformés par nos actes, nous devons également convenir que l’identité d’une personne ne peut pas être réduite à ses désirs sexuels. 

         Le mot "homosexuel" utilisé comme un nom est donc ambigu, et peu utile dans une discussion. Fait-il référence à un attrait involontaire, à un comportement choisi, ou à un ensemble de convictions ? Plus encore, les sciences de la psychologie indiquent qu’il y a un large spectre, parmi ceux qui sont attirés par des personnes du même sexe, en termes d’intensité de l’attrait sexuel. C’est pour cela que Courage, porté par la charité chrétienne et par une saine anthropologie, utilise la terminologie "d’hommes et de femmes ayant une attirance vers le même sexe". 

Amitié David & Jonathan Courage.jpg         Quelle est l’origine de l’attirance vers le même sexe ? D’abord, aucun constat scientifique n’établit l’existence d’un "gène gay". S’il y avait une explication génétique, alors dans le cas de vrais jumeaux, l’un ayant une attirance vers le même sexe, l’autre devrait également l’avoir. Or il est établi que l’occurrence simultanée de la SSA en de tels jumeaux (qui ont des gènes identiques) est très faible, peut-être seulement de 10%. De plus, les nombreux cas bien établis de changement dans l’attrait sexuel tendraient également à infirmer, pour la SSA, une cause génétique (et donc déterminée). Enfin, comme le chercheur Dale O’Leary l’a remarqué, une sexualité active, orientée vers le même sexe, est toujours stérile et donc ne peut pas être considérée comme une variance neutre au sein de la population humaine.

         Le Catéchisme de l’Église Catholique déclare précisément que la SSA est "objectivement désordonnée". (§2358) Ces mots peuvent résonner de manière fausse et libératrice tout à la fois. Ils sonnent faux, en tant qu’ils peuvent être perçus comme un jugement moral de la personne (ce qu’ils ne sont pas), plutôt qu’un jugement sur l’inclination considérée comme contraire à la nature humaine. Le désir de mentir est objectivement désordonné, de même que le désir de voler, de tricher, et de forniquer. Une fois mises en œuvre, ces inclinations iront toujours contre le bien de la personne tel qu’il peut être connu par la prima gratia, la loi morale naturelle, qui est imprimée dans le cœur et l’esprit de chacun (cf. Rm 2,15). Les mots du Catéchisme sont libérateurs précisément pour cette raison. Dans la personne qui a une SSA, quelque chose dit que ce désir ne s’accorde pas avec la nature, et la voix de l’Église confirme cet instinct.

         Revenons alors à la question de l’origine ou de la source du problème. L’attirance vers le même sexe est un désordre développemental qui est à la fois soignable et évitable. Il indique le développement incomplet d’un caractère probablement basé sur la convergence de plusieurs facteurs : le tempérament, l’environnement, l’expérience, et le libre arbitre. En d’autres mots, nous sommes nés mâle ou femelle, mais nous apprenons et croissons dans notre masculinité ou féminité au travers de la famille et des amis, des relations, et d’autres aspects de notre histoire personnelle et sociale. Ce qui compte dans chaque cas, c’est la manière dont la personne réagit face à ces facteurs. 

IMG-20150501-00621.jpg         Quelques circonstances sont récurrentes, lorsque l’on étudie les profils de nombreuses personnes avec une SSA : une famille éclatée ou troublée, une aliénation du parent du même sexe (par exemple, du père pour le garçon) ou même la perception d’un désintéressement, un échec de l’enfant à s’intégrer avec des pairs du même sexe (spécialement vrai pour les garçons), et un choc sexuel. Cela signifie que la SSA n’est pas d’abord un problème sexuel, mais un symptôme ou une composante d’un problème antécédent, c’est-à-dire un déficit dans l’identité au genre, et décelable en grande partie dans la manière dont quelqu’un réagit aux situations précédemment évoquées. Quelque chose qui aurait dû survenir dans le développement de l’enfant n’est pas survenu. En particulier, le désir naturel d’une relation saine avec des personnes du même sexe est frustré ou insatisfait. Quand cela s’ajoute à d’autres facteurs, particulièrement à un tempérament sensible, ce désir peut s’érotiser. 

         Ainsi, les sentiments de SSA ou d’"être différent", quelle que soit l’ancienneté avec laquelle ils sont perçus, ne constituent pas une preuve que quelqu’un est "né comme ça". 

         La conscience de ces choses nous aide à identifier les enfants qui pourraient être "à risques" et sensibles à une blessure émotionnelle. Parce que la fréquence des hommes avec une SSA est probablement au moins le double de celles des femmes avec une SSA, la relation entre pères et fils devra toujours mériter une considération spéciale. Le Dr Joseph Nicolosi, de l’Association Nationale de Recherche et de Thérapie de l’Homosexualité, parle d’une absence de "plaisirs partagés" dans l’enfance et l’adolescence d’hommes avec une SSA, du plaisir mutuel et régulier d’une activité ou d’une expérience partagée entre un garçon et son père, qui fait habituellement partie d’une enfance normale. Par exemple, beaucoup d’hommes avec une SSA ont un déficit de coordination main/œil et de ce fait ont été rejetés ou été sujets de dérision pour leurs pères ou pour les garçons du voisinage, parce qu’ils ne pouvaient pas jouer avec aisance à certains sports. Très simplement, si un garçon ne peut pas bien jouer au football, il y a beaucoup d’autres choses que lui et son père peuvent faire et apprécier ensemble... mais l’initiative doit venir du père. 

         Dans le même temps, une mère qui est trop engagée dans la vie de son fils, spécialement si elle rabaisse le père aux yeux du garçon ou essaie de faire de son fils un mari de substitution, nuira certainement au développement de la masculinité du garçon. 

         Le fait que l’Église Catholique enseigne que l’activité homosexuelle (distinguée de l’inclination) est gravement immorale est largement connu, mais peut-être pas aussi largement compris. Peut-être peut-il être expliqué de cette manière. Le philosophe moraliste J. Budziszewski écrit que, en tant qu’individus, nous sommes « bienheureusement incomplets », ce qui est une autre manière de dire que nous sommes faits pour les autres. Dans le cas de l’amour conjugal, l’union de l’homme et de la femme en « une seule chair » commence dans la complémentarité des sexes où, précisément, l’homme est fait pour la femme et la femme pour l’homme. Cette complémentarité est physique, bien sûr, mais aussi émotionnelle, psychologique, et spirituelle. Au travers de l’union totale des esprits, des cœurs, des âmes et des corps, les époux se transcendent d’abord eux-mêmes, et alors leur amour s’incarne – ou se transcende – dans un enfant. Tel est le dessein de la nature sur le mariage et l’amour sexué. 

         Il n’y a qu’un petit pas entre le fait de séparer la procréation du mariage et de séparer l’activité sexuelle du mariage, et qu’un petit pas supplémentaire pour séparer l’activité sexuelle du dessein de la nature. Le rejet très large de l’enseignement d’Humanae Vitae, qui exprime simplement l’ordre naturel pour l’amour sexué, explique l’ambivalence de nombreux catholiques envers l’enseignement de l’Église au sujet de l’activité homosexuelle ou des unions entre personnes du même sexe. 

Courage Amitié spirituelle .jpg         Ni nos gènes ni notre environnement ne nous contraignent à faire quoi que ce soit, et ici se fonde une raison d’espérer. Une fréquente tentation de colère, par exemple, ne signifie pas que quelqu’un doive y céder ou se la permettre. Saint Paul nous assure que « où le péché avait abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). La grâce, la persévérance, l’amour et l’aide d’un thérapeute guidé par une saine anthropologie chrétienne peuvent transformer les cœurs de ceux qui ont une SSA. Quand Jésus dit que « la vérité vous rendra libres » (Jn 8,31), Il n’exprime pas tant un principe théologique qu’un rappel de ce que signifie être humain. Nous avons besoin de reconnaître humblement la vérité, et nous avons besoin de la vertu de courage pour la vivre. La liberté, renforcée et purifiée par la grâce, rend possible, pour chacun d’entre nous, de faire des blessures et des échardes de notre vie un chemin de joie.

         De manière regrettable, bien des gens pensent que tout ce que l’Église Catholique offre aux hommes et aux femmes ayant une attirance vers le même sexe est le mot « non ». Ainsi qu’une bonne mère, comme une forme d’expression de son amour pour ses enfants, l’Église dit effectivement « non » à l’autodestruction et au plaisir menteur du péché. Mais ce « non » est inclus dans un « oui » plus large, un oui à Celui qui est Amour, et qui S’est donné Lui-même au Père et à nous sur la Croix. Le Seigneur a demandé à saint Paul de trouver la force dans sa faiblesse au travers du pouvoir de la Croix. La mission de Courage est d’exprimer ce même paradoxe de salut aux hommes et aux femmes ayant un attrait vers le même sexe, et de les encourager à croire en ce qu’ils voient dans la vie du Maître et de Ses apôtres.

 

Courage p. Paul N. Check.jpgP. Paul N. Check, prêtre du diocèse de Bridgeport,
directeur de 
Courage International

Source : Courage et la Croix : la question de l’attirance vers le même sexe sur couragefrance.blogspot.fr

site internet de Courage : www.couragerc.org

 



[1] Note du traducteur : l’expression "Same Sex Attraction" a été traduite par "attirance vers le même sexe" ; sa forme abrégée SSA a été conservée.

06.06.2015

GPA : la fine pointe de l'esclavage

 

  lucien fornello,Écologie humaine,économie,foi,christianisme,politique,théorie du genre,homophobie

 

  

Pourquoi la religion des droits
ne peut défendre la personne 

 

I 

         Une marchandisation de la personne humaine s'accomplit aujourd'hui au nom de la lutte contre les discriminations, par l'accès des homosexuels, des couples stériles ou de toute autre personne à la « gestation pour autrui ». La personne est fabriquée pour être vendue au nom de l'égalité et de la liberté, puisqu'une technique est disponible, qui permet de pallier l'infécondité. Le droit de la personne devient droit à la personne – jusqu'à cette possibilité de se faire l'acquéreur d'un être humain. Une société fondée uniquement sur la liberté individuelle ne peut qu'aboutir à ce genre de paradoxe et de sauvagerie.

         Si les droits de l'homme, au départ, furent sans doute sincèrement constitués autour de la liberté, ils en sont venus à permettre la chosification de l'être humain. Sans contester leur importance, voire leur universalité, on peut s'interroger sur le fondement caché de notre société qui, au sacré, a substitué la religion du droit, de la science et du progrès. Or, sans justice qui le transcende, le droit devient pure technique et se dévore lui-même. Il peut même adouber l'infâme.

         Rappelons ce qu'est une « gestation pour autrui » : d'abord, conception en laboratoire d'un être humain à partir de deux gamètes, un spermatozoïde et un ovule, provenant souvent de deux pays différents ; puis, insémination artificielle dans une « mère porteuse » qui portera l'enfant avec lequel elle n'a généralement aucun lien génétique ; enfin, livraison du bébé aux parents commanditaires. En résumé, en parodiant à peine, on a un ovule venu d'Australie, un spermatozoïde venu d'Espagne, une conception dans un laboratoire américain et une gestation en mère porteuse en Inde, le tout pour être livré à des parents hollandais ! Voilà un vrai bébé mondialisé, dont l'origine éclatée est, de surcroît, en partie technique. La mère porteuse – qui n'est d'ailleurs pas la plus coûteuse dans cette transaction – puisqu'il faut payer des biologistes, des laboratoires, des médecins – perd donc aussitôt cet enfant qui, lui, en gardera d'inévitables troubles, puisque tout être humain désire savoir d'où il vient. Cependant, même si ces considérations sont essentielles, nous nous en tiendrons à contester le fondement d'une telle pratique : l'idée qu'on peut volontairement fabriquer un être humain en vue de le commercialiser – ou de le donner, selon une dernière hypocrisie qui sera balayée par notre argumentaire. 

         Et pourquoi pas le trafic d'organes ? Loin d'être combattu par les droits de l'homme, ce genre d'aberration en est parfois favorisé. Pour contester la « gestation pour autrui », on ne peut donc s'en tenir à une argumentation juridique. Un discours philosophique fondamental est nécessaire. Le droit peut empêcher l'esclavage, il peut aussi l'autoriser. Il y a une sorte d'envoûtement, aujourd'hui, autour du droit individuel, devenu si sacré qu'il permet de laisser passer l'énormité de la vente des êtres humains.

         Pour nous défaire des interdits contemporains, revenons à la question du sacré non pas en tant qu'objet que nous aurions perdu, mais en tant qu'énergie refoulée, méconnue, sourdement agissante chez ceux mêmes qui la nient. Notre société ne manque pas de sacré, mais de clarté. L'homme est comme obnubilé par un sentiment de toute-puissance où toute limite apparaît comme une violence. Pourtant, même si elle peut provenir de la contrainte, la violence vient plus sûrement encore du manque de structure. La question n'est donc pas de se débarrasser du sacré, des tabous, des interdits, mais de savoir les placer au bon endroit. 

         La religion de la liberté, s'étant fondée contre le christianisme mais aussi avec lui, est une sorte de contre-religion qui en a absorbé des éléments. Le libéralisme politique a quelque chose de chrétien et d'antichrétien. Ainsi de beaucoup de nos mouvements politiques, comme le socialisme. Cela, loin d'être paradoxal, est contenu dans les Évangiles. Leur fécondité particulière – certains diront subversive – recèle comme la semence de toute modernité. En effet, Jésus ne cesse de critiquer le faux sacré, l'hypocrisie des prêtres, et finalement la religion afin de la réduire à l'essentiel : la relation à Dieu et la conformation de nos agissements à sa sainteté. Le dépouillement christique n'est pas seulement matériel, il est une dénudation du sacré jusqu'à son point d'exactitude et de rayonnement libérateur : la contemplation du créateur en esprit et en vérité. Cette exigence d'adéquation intérieure et extérieure suscitant, à travers l'Histoire, les différentes crises du christianisme, reste comme le ferment réformateur de l’Église.

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II

         La victoire des philosophes au XVIIIème siècle est celle d'un certain matérialisme, mais l'élan qui porte la société vers la Révolution a quelque chose de religieux. Ce mouvement a gardé la force de libération de l’Évangile mais en en supprimant la source. Curieusement, en ce qu'il est religieux, il est antichrétien, et en ce qu'il est laïcisé, il est pétri de christianisme. N'interpréter la Révolution qu'en terme de triomphe de l'intérêt bourgeois ne pourrait rendre compte du mouvement plus large dans lequel elle s'inscrit et dont elle forme une sorte de concrétion ou de synthèse. Il y a ici un point aveugle qui est la contradiction même de son dogme : la négation de tout mystère au profit de la Raison ne peut se fonder que de manière mystique et ne peut déboucher que sur une religion certes refoulée, mais tout aussi obligatoire qu'une autre. 

         L'idée que la raison suffit à interpréter le monde et à gouverner nos vies accompagne le développement du capitalisme et se traduit par une conception de plus en plus gestionnaire de la vie sociale. La montée en puissance de l'argent comme agent organisateur n'a sans doute pas que des conséquences négatives. Le progrès matériel, l'égalisation juridique, la liberté individuelle viennent pour une part de cette rationalisation. Pourtant, nous voyons bien que si le « dieu Intérêt » devient le prince unique du monde, cela nous conduira vers l'enfer d'un matérialisme pur. Face à cette possibilité insupportable, le droit individuel joue sa partition mystique : la rationalisation trouve son contrepoint dans le culte de la liberté, synonyme de jouissance et de vie.

         Si deux conceptions de l'homme s'affrontaient, l'une matérialiste, l'autre sacrée, vous n'auriez pas tant d'adorateurs de la matière chez les religieux, ni tant d'idolâtres cachés chez les matérialistes. La question se pose donc autrement, en terme de mouvement. Le sacré est un principe organisateur que la modernité vient rationaliser et transférer en technique, en culture, en institution. Je ne parle pas spécialement de notre modernité, mais de toute modernité qu'il nous est donné, depuis le néolithique, d'observer à travers l'Histoire.

         Le sacré, c'est l'intouchable. L'homme, dépassant la nature, doit trouver de nouveaux moyens d'équilibre s'il ne veut basculer dans la violence. La culture sera ce nouvel ordre, lui-même en mouvement. Le sacré en est l'acte initial : il dresse des limites, oriente l'énergie, donne forme et sens aux pratiques. L'interdit et l'adoration en sont les deux versants – que ce soit d'un objet, d'un lieu, d'une personne, voire d'une idée ou d'un nom. Le sacré est la séparation qui instaure le règne de la culture, autrement dit de l'humanité. Est-ce à dire que notre monde est exclusivement culturel – certes pas : le premier sacré n'est pas un acte d'arrachement à la nature, mais le rétablissement d'un équilibre alors que notre sortie du règne naturel ouvrait une béance. Il élabore une seconde nature. Tout cela ne vient pas d'un instant, bien sûr, mais d'un long processus qui se poursuit toujours. 

         Deux qualités de sacré s'esquissent. L'une, disons, plus totémique, l'autre plus légale. Prenant de la distance envers les interdits ou les adorations, l'homme en décompose les nécessités, en pointe les aspects arbitraires, il en comprend le sens comme le poids mais il en relativise, du même coup, le caractère inamovible. À travers le temps, le sacré se transfert en savoir. L'interdit devient juridique, la notion devient scientifique, l'adoration devient artistique. Sans lui, la civilisation n'existerait pas, mais celle-ci, prise dans un mouvement irrésistible qui l'éloigne du sacré, le fera dès lors apparaître comme archaïque. Une question se pose : s'il est nécessaire à l'origine, notre croissance en humanité permettrait-elle de sortir définitivement du sacré, afin d'entrer dans l'âge de raison ? C'est ce que nous disent deux frères pourtant ennemis – le libéralisme et le marxisme – fils du matérialisme – qui du moins sur ce point seront d'accord. 

         En vérité, si vous éliminez le sacré, vous le verrez renaître sous diverses formes. Si vous détruisez l'idée de Dieu, vous divinisez d'autres choses, à commencer par la matière, et vous figerez en dogme cet acte de négation qui formera une croyance inversée. Il est ainsi d'irréductibles mécanismes que notre raison, capable de les discerner, s'obstine à ne pas voir car elle serait obligée de reconnaître ce qui la dépasse. Si votre Dieu est la Raison, alors, fatalement, votre raisonnement sera amputé de l'immense partie du réel qui vous échappe. Rien de plus irrationnel que la raison sans dehors, qui prétend surplomber le monde. Auguste Comte en est devenu fou. D'autres victimes courent les rues en ce moment. 

         Certes, il y a du mauvais sacré, du sacré figé, et figeant, il y a surtout du sacré violent. Soyons donc modernes, opérons notre critique du mauvais sacré ou plutôt œuvrons à préciser ce que cachent nos interdits – c'est-à-dire essentiellement des blessures – sans nous lasser de le faire, mais sans non plus croire que nous pourrons un jour arriver au bout d'un tel processus en éliminant le mystère lui-même. 

         Nous sommes à peu près tous pour cette modernité, celle qui éclaircit notre rapport au réel sans faire sauter le suprême interdit, de nous croire les auteurs de nos destins et les maîtres de la Création. Mais, pour ce moderne que nous sommes, qui a accepté le grand dépouillement du sacré au profit de la spiritualité et de la connaissance, que reste-t-il de sacré ? D'abord, une évidence : ce bon sacré se réduit presque à une admission du mystère de l'existence, un mystère de l'origine qui nous échappe... Ce mystère, il n'est pas obligatoire dans un premier temps d'en décider, simplement de l'admettre. De là, je crois, ce qui ne peut que réconcilier les bonnes volontés : le sacré, notre sacré le plus caché et le plus brandi, le plus intime et en même temps le plus universel, c'est le respect de la personne humaine, l'affirmation de son éminente et intangible dignité, de son caractère irremplaçable et singulier. Or, cela, auquel portent gravement atteinte les dernières avancées du libéralisme – mais pas seulement lui – à travers par exemple la commercialisation des utérus et des bébés – cela, que nous chérissons au plus près en son mystère lié à celui de l'origine, s'identifie à l'humanisme chrétien.

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III 

         Pour répondre aux promoteurs de la vente des êtres humains, je ne vois pas de plus vigoureuse prise de parole que celle, énoncée au quatrième siècle par un Père de l’Église, Saint Grégoire de Nysse, dans sa quatrième homélie sur l'Ecclésiaste, qui est aussi l'un des premiers argumentaires contre l'esclavage.

         L'originalité de son approche est que, loin d'attaquer cette pratique, comme d'autres chrétiens de son époque, pour des raisons morales ou sentimentales, Grégoire s'en tient à l’Écriture et à l'orthodoxie. Son approche est théologique. Parmi les devoirs d'un chrétien, la précision est essentielle. Parler juste, sous l'autorité de l’Église, fait partie des dons de notre personne au monde. J'oserais même dire que c'est le premier devoir d'un prêtre, à fortiori d'un pape, un devoir de charité. Préférons un pape rude, pointilleux sur le dogme, à un prélat onctueux qui, allant ostensiblement embrasser les pauvres, en oublierait la précision de la doctrine ! Ainsi Grégoire, dans son argumentaire contre l'esclavage, ne cherche pas l'émotion mais la solidité. Il part de deux affirmations de la Genèse : la création de l'homme à l'image de Dieu, d'une part ; et d'autre part sa suprématie sur la nature, sa capacité à la gérer et à régner sur elle. De ces postulats, Grégoire tire une conséquence majeure : l'homme n'est pas monnayable. La nature elle-même pourrait-elle être achetée ? Et quand bien même ce serait possible, Dieu pourrait-il l'être ? Il attaque d'abord assez classiquement la transaction sur le plan de l'orgueil :

St Grégoire de Nysse.jpgY a-t-il autant matière à fatuité (…) que lorsque un homme se considère le maître de ses congénères ? « J'ai acquis, dit-il, des esclaves et des servantes, et j'ai eu des serviteurs nés chez moi. » Vois-tu l'énormité de la forfanterie ? Une telle parole s'élève ouvertement contre Dieu.

         La force avec laquelle Grégoire place l'esclavage comme un défi à Dieu se trouve justifié, fondé par l’Écriture :

St Grégoire de Nysse.jpg

Car nous avons entendu dire par la prophétie que toutes choses sont les esclaves du pouvoir qui est au-dessus de tout. Or, l'homme qui fait de ce qui est à Dieu son propre bien et qui s'attribue domination sur son semblable, au point de se croire le maître d'hommes autant que de femmes, que fait-il d'autre que transgresser la nature par son orgueil, lui qui se voit différent de ceux qu'il commande ?

         On notera l'importance de cette différence faite entre les hommes, signe d'un péché essentiel – l'orgueil – qui en engendre d'autres – tous les saints, tous les pères de l’Église ont ainsi affirmé la fondamentale égalité de tous les hommes. Cependant, la critique de cette mauvaise différence ne saurait être la négation de nos singularités, voire de nos hiérarchies, puisque cette profonde égalité devant Dieu repose précisément en cet amour qu'il a pour chaque créature, et plus encore pour chaque personne. C'est l'un des génies du christianisme et la clef de l'humanisme chrétien : notre commune et singulière dignité se réalise dans la distinction. L'argumentaire se termine justement sur l'égalité fondamentale issue non pas d'un désir politique mais de la nécessaire humilité :

St Grégoire de Nysse.jpg

Car je ne vois rien que tu possèdes en plus que ton « sujet » – tu le nommes ainsi – à part le nom. En effet, qu'est-ce que ton pouvoir a ajouté à la nature ? Ni temps, ni beauté, ni bonne santé, ni les avantages que donne la vertu. Tu nais des mêmes êtres humains, ta vie se déroule de la même manière, les passions de l'âme et du corps vous dominent autant, toi, le maître, et celui soumis au joug de ta domination : douleurs et satisfactions, joies et inquiétudes, chagrins et plaisirs, colères et craintes, maladies et morts. Y a-t-il là une différence entre esclave et maître ? N'aspirent-ils pas le même air avec leurs poumons ? Ne voient-ils pas pareillement le soleil ? Ne se conservent-ils pas pareillement en se nourrissant ? Leurs organes ne sont-ils pas disposés de la même façon ? Ne sont-ils pas tous deux une même poussière après la mort ? N'y a-t-il pas un même jugement ? N'ont-ils pas un royaume commun, une commune géhenne ? Toi donc qui as en tout un sort égal, en quoi as-tu davantage, dis-moi, pour te croire, toi, un homme, souverain d'un autre homme et pour dire : « J'ai acquis des esclaves et des servantes », comme on acquiert quelques troupeaux de chèvres et de cochons ? En effet, après avoir dit : « J'ai acquis des esclaves et des servantes », il a ajouté l'abondance en troupeaux de brebis et de bœufs qui était devenue la sienne. « J'ai fait acquisition, dit-il, de brebis et de bœufs en quantité », comme si animaux et esclaves étaient à rang égal soumis à son pouvoir. 
 

         Grégoire de Nysse était médecin. On remarque, au-delà de l'éloquence du lettré grec, combien l'intériorité organique du corps, sa composition et ses nécessités, sont accompagnées des considérations morales pour montrer que rien, du dedans, du dehors, ne peut distinguer les hommes sinon la vertu. Or celle-ci, jamais acquise, n'aura pour juge que Dieu. 

         Le mystère chrétien est en un sens celui de la modernité. L'émancipation – au sens propre la sortie d'esclavage – est une conséquence essentielle de la Révélation et de la Rédemption. « La Vérité vous rendra libre ». En effet, toutes les sacralités, toutes les distinctions artificielles tomberont plus ou moins vite dans les sociétés chrétiennes, au profit du développement spirituel et humain – processus que notre modernité a affolé et détourné pour nous faire entrer dans un âge d'indistinction – vers une régression pire, en un sens, que l'ordre sacral dont nous sortions. Cette liberté originelle, corollaire de la création de l'homme à l'image de son créateur, essentielle pour qu'il y ait amour, est aussi une épreuve – puisque elle contient la possibilité de se détourner de Dieu, voire de se tourner résolument vers le mal. Ainsi dit la Genèse, la prise du fruit nous coupe de la grâce. Enfermé dans le gouvernement et la jouissance d'un soi qui usurpe la place de Dieu, on perd la capacité d'accueillir le réel, l'imaginaire conflictuel reprend violemment le dessus. C'est précisément, me semble-t-il, le geste sacral et sacrilège de la modernité occidentale.

         Notre liberté a une limite : si on en jouit pour soi, on la perd, car on se soumet à un esclavage qui est le pire de tous : de soi-même. On doit donc, si on veut qu'elle soit féconde, rendre au Créateur cette liberté qu'il nous offre et qu'il fera grandir. Certains – voyant là un sujet de révolte – refusent un tel échange d'amour entre le Créateur et sa créature. Le péché, c'est vouloir s'approprier la liberté et le jugement en supprimant la filiation divine. Ainsi l'acheteur ou le marchand d'esclave :

St Grégoire de Nysse.jpg

« J'ai acquis des esclaves et des servantes. » Que veux-tu dire ? Tu condamnes à l'esclavage un homme dont la nature est libre et autonome, et tu légifères en t'opposant à Dieu, en renversant la loi qu'il a établie pour la nature. En effet, celui qui est né pour être maître de la terre (l'homme, d'après Genèse, I, 26, nda), qui a été placé par le créateur pour commander, tu le soumets au joug de l'esclavage en combattant, en transgressant pour ainsi dire l'ordre divin. Tu as oublié les limites de ton pouvoir, tu as oublié que le commandement t'a été imparti dans les limites de l'autorité sur les êtres sans raison. « Qu'ils commandent, dit l’Écriture, aux volatiles, aux poissons, aux quadrupèdes et aux reptiles. » Comment, outrepassant ton droit à l'asservissement, t'élèves-tu contre la nature libre elle-même (c'est-à-dire l'homme, nda), en comptant au nombre des quadrupèdes et des animaux sans pattes celui qui est de la même race que toi ? « Tu as tout soumis à l'homme », proclame la prophétie à propos de Dieu (Psaume 8) et cette parole met dans le nombre des êtres qui sont en notre pouvoir « troupeaux, bœufs, et bétail ». Mais toi, tu as déchiré la nature par l'esclavage et la domination, tu l'as faite esclave d'elle-même et dominatrice d'elle-même. 
 

         Le désir d'égaler Dieu, de le singer ne peut se faire qu'en supprimant, d'une manière ou d'une autre, l'image divine. On perd la divine ressemblance à vouloir l'acquérir. « Vous serez comme des dieux », suggère le Serpent pour inciter à la prise du fruit, le seul interdit, qui pend à l'arbre de la connaissance du bien et du mal, autrement dit du jugement. À cela, Jésus répond qu'au contraire nous devons devenir « petits enfants », non pas dans le sens d'une régression, mais d'une acceptation de la filiation divine. Qu'est-ce qu'un enfant ? Quelqu'un qui grandit. À mesure que nous recevons Dieu, nous nous dépouillons de l'orgueil vis-à-vis du prochain : il y a là un système vertueux qui produit la maturité collective et individuelle des sociétés chrétiennes.

         C'est la singularité même de la personne la signature de cette liberté et de cette ressemblance. En effet, si chaque personne est à aimer d'un même amour c'est qu'elle est singulière, singulièrement l'image de Dieu pourrait-on dire, et que nul ne peut l'égaler en ce qu'elle est elle-même. Ce qui revient à dire qu'aimer Dieu, c'est aimer aussi une personne, la personne objective et singulière par excellence. La limite à notre liberté est la fragilité de la personne, l'effroi que nous aurions à l'offenser, car ainsi nous offenserions Dieu. Le jour, alors, devient ce lieu de partage que Jésus appelle le Royaume « au milieu de vous ». Il est tout intériorité – caché en Dieu – certes – mais il affleure ici dès qu'il y a accueil et partage de charité. Quelle boucle plus parfaite pourrait être esquissée que cette vérité : l'homme, à l'image de Dieu, reçoit cette image en l'autre, met en acte cette ressemblance en aimant son prochain pour aimer Dieu, et aime Dieu pour mieux aimer son prochain, se conformant ainsi à cette divine ressemblance.

         Le péché, certes, a brisé cette relation vertueuse, produisant notre monde fragmenté et cupide. C'est là que le Christ, en donnant toute sa plénitude à cette ressemblance, restaure le Pont entre la créature et Dieu. Le manque d'amour, l'opacification de cette ressemblance par la préoccupation que nous avons de nous diriger et de juger est alors travaillée par la grâce, raclée, et l'âme, qu'on ne voyait plus, retrouve sa nature de miroir de Dieu. L'Incarnation, en effet – folie pour les Grecs, scandale pour les Juifs, blasphème pour les musulmans – oui, cette folie est nécessaire pour nous faire comprendre enfin – et jusqu'à la Croix – que ce n'est pas un jeu : nous sommes vraiment à l'image de Dieu, libres, précieux, chacun, mais ce don est d'un tout autre poids qu'une simple application des droits modernes. Et chaque être, ainsi, a un prix infini, qui n'est pas même celui du monde. Grégoire le dit déjà, dans un passage qui ne peut aujourd'hui encore que nous interpeller par sa précision :

St Grégoire de Nysse.jpg

« J'ai acquis des esclaves et des servantes. » A quel prix, dis-moi ? Qu'as-tu trouvé, parmi les êtres, de même prix que la nature ? À quelle somme as-tu évalué la raison ? Combien de pièces de monnaie as-tu payé en échange de l'image de Dieu ? Contre combien de statères as-tu échangé la nature façonnée par Dieu ? « Dieu dit : Faisons l'homme à notre image et ressemblance. » Celui qui est à la ressemblance de Dieu, qui commande à toute la terre et qui a reçu de Dieu en héritage le pouvoir sur tout ce qui est sur la terre, qui peut le vendre, dis-moi, et qui peut l'acheter ? À Dieu seul ce pouvoir : et encore, pas même à Dieu ! Car « il ne se repent pas de ses dons », est-il dit. Dieu ne saurait asservir la nature, lui qui volontairement nous a appelés à la liberté, alors que nous nous étions asservis au péché. 

 

         On ne saurait insister sur la force avec laquelle le christianisme détruit toute sacralité de pouvoir et de superstition pour placer le seul sacré dans la personne – divine en premier lieu, humaine ensuite – mais pratiquement à égalité – non que l'homme soit son égal, mais parce que Dieu se porte vers lui pour le combler de grâce, lui qu'il a fait à sa ressemblance : Combien de pièces de monnaie as-tu payé pour acheter l'image de Dieu ? La question rhétorique va bien au-delà d'un argumentaire contre l'esclavage, elle exige une vigilance dans notre rapport quotidien à ces unités de Dieu que sont nos époux, nos enfants, nos collègues et n'importe quel passant ! Oui, fussent-ils pécheurs, ils sont l'image de Dieu – déformée, parfois brisée, toujours fragile, mais, au fond, intacte jusqu'au bout : qui peut le vendre, dis-moi, et qui peut l'acheter ? À Dieu seul ce pouvoir : et encore, pas même à Dieu ! Car il ne se repent pas de ses dons.

         Ainsi Malebranche, à la suite de Saint Augustin, rappelle qu'il faut haïr le crime, mais toujours aimer le pécheur. Cette distinction entre le crime et la personne va pour nous plus loin, elle est une distinction entre les idéologies, les religions, les pensées, et les personnes elles-mêmes. Ce discernement doit nous accompagner dans le combat. Je peux détester l'idéologie du genre, la promotion de la mort et du commerce humain, mais non pas les personnes qui véhiculent ces horreurs, et qui sont, qu'elles le sachent ou non, enfants de Dieu. De même, je peux contester la véracité d'autres religions, et, si je suis chrétien, je ne peux que le faire ; en revanche, je dois aimer leurs pratiquants comme tous ceux qui vont sans religion, et prier pour eux, rester humble devant eux – car tout à l'heure, à coup sûr, l'un d'eux me donnera une leçon de charité ou de courage. Ne l'oublions pas, l'offense à Dieu, nous l'avons aussi portée, en tant que société, en tant qu'individu, tous, sans exception.

         Nous devrions en finir avec nos sempiternelles argumentations autour des droits, il y a quelque chose d'à la fois plus ouvert et plus précis pour affirmer l'éminente dignité de chacun : la Vérité ! Celle-ci ne nous appartient pas, certes, et c'est bien ce que nous sommes en train de dire. Comment mieux contester la pratique barbare des mères porteuses, la fabrication et la vente des bébés, que par des arguments théologiques ? À moins de nous perdre en exemples, en suggestions sentimentales, en circonvolutions philosophiques plus ou moins vagues, nous devons en revenir au dogme. Oui, la Foi est nécessaire, mais une Foi qui s'énonce ainsi est entendue de tout homme, car elle est articulée à ses conséquences concrètes : la sacralité intangible de la personne humaine. Il s'ensuit une théologie de la fragilité et de la liberté qui a des conséquences politiques. Voilà ce qu'au IVème siècle un homme disait déjà dans sa prose d'une rare profondeur.

         Cette sacralité réduite à l'essentiel – la personne humaine – ne saurait nous conduire au mépris de la nature. C'est d'ailleurs un équilibre spécial que nous risquons de perdre dans nos villes, où tout, même le sol, a été remplacé. Oui, nous sommes tellement entourés de nos propres constructions que nous en oublions plus facilement le Créateur de l'univers. Il y a pourtant un sentiment qui n'est nullement profane, d'admiration, de contemplation de la nature, et j'oserais dire qu'il est même nécessaire au poids que nous donnons à cette notion d'image de Dieu. Voilà le dernier coup que porte Saint Grégoire de Nysse à la maudite transaction de l'esclavage :

St Grégoire de Nysse.jpg

Mais si Dieu n'asservit pas ce qui est libre, qui peut établir au-dessus de Dieu sa propre domination ? Comment sera vendu celui qui commande à la terre et à ce qui se trouve dessus ? Car obligatoirement on achète, avec l'homme qui est vendu, tout ce qui lui appartient. À combien estimerons-nous la terre ? Et à combien tout ce qui est sur la terre ? Et si c'est inestimable, à quel prix estimes-tu, dis-moi, celui qui est au-dessus de tout ? Dirais-tu « le monde entier » que tu ne trouverais même pas le prix qui convient. Car celui qui sait estimer la nature humaine à son juste prix a dit que le monde entier n'est pas digne d'être échangé contre l'âme d'un homme. Chaque fois qu'un homme est à acheter, ce n'est pas moins que le maître de la terre qui est conduit au marché. Donc ce qui sera vendu à la criée en même temps que cet homme, c'est évidemment aussi la création existante. Et la création, ce sont la terre, les îles, la mer, et tout ce qu'elles contiennent. Que paiera donc l'acheteur ? Que recevra le vendeur, si c'est une telle possession qui accompagne la transaction ? Mais le petit livret, l'engagement écrit et le paiement en espèces t'ont-ils convaincu avec leur tromperie que tu étais maître de l'image de Dieu ? Ô folie ! Et si le contrat se perdait, si les lettres étaient mangées par les vers, si une goutte d'eau en tombant les effaçait, où seraient les gages de ton droit à asservir ; et où, les moyens de ta domination ?

         Nous vivons dans une fiction que nous croyons réelle : le contrat. Et ce contrat, si nécessaire soit-il par ailleurs, nous en avons fait le dernier sacré. Les forces de négation et de cupidité se sont engouffrées dans la faille, et voilà le retour pervers de l'esclavage. Oh, je sais, lorsqu'on vend un enfant on ne vend pas un esclave, on destine un être à des parents d'intention. Mais comment peut-on nier qu'il y aura, à l'origine, la même transaction exactement que celle dénoncée par Grégoire de Nysse ? Et si l'enfant était donné comme le prétendent certains – ce qui est difficile à croire étant donné le processus de fabrication et les fatigues de la grossesse – cela voudrait dire qu'on en dispose comme d'une possession, puisqu'on ne peut donner que ce qui nous appartient. Or, un être humain n'appartient à personne, pas même à ses parents – à personne si ce n'est à Dieu – encore celui-ci nous laisse libre de nous détourner et ne reprend pas ses dons.

         La chosification de l'être humain ne peut donc être combattue avec les arguments du droit, nous devons ramener le débat aux fondements qui constituent ce en quoi nous croyons. Même un athée comprendra symboliquement cette sacralité de la personne humaine. La singularité est le seul contrepoint à l'infini. Or, aujourd'hui, certains voudraient tout simplement nier la personne humaine. Nous trouverons des alliés partout dans ce combat, mais n'ayons plus peur d'employer ces arguments théologiques, car ils sont en vérité les seuls solides. Sinon, nous serons incohérents et nous aurons craint davantage le regard des hommes que celui de Dieu.

         À la suite de la quatrième homélie sur L’ecclésiaste, Grégoire dans la cinquième engage une attaque contre l'or et le prêt à intérêt. En faisant un culte à la matière – ou au néant du métal jaune – ou, aujourd'hui, au chiffre apparemment efficace de nos comptes en banque – nous adorons une illusion au lieu de la sainte et invisible réalité du Créateur qui nous regarde à tout instant. Notre seul vrai bien est notre prochain, non pas que nous le possédions, mais parce que nous l'accueillons et que par lui nous pouvons accueillir Dieu. En substituant à la sacralité de la personne l'équivalent universel, nous nous éloignons considérablement de notre pauvreté essentielle, qui est la seule vraie richesse, puisqu'elle seule nous ouvre à la Grâce. Voilà l'ultime et merveilleux mystère chrétien : Dieu se fait pauvre. Dieu lui-même se fait fragile. Oui, pour te conformer à son image, cher lecteur, tu n'as que cela à faire : l'aimer, lui, pour ce qu'il est, dans son incompréhensible richesse et profusion, toute transcendance, mais l'aimer, lui, pour ce qu'il est, dans l'image de ton frère – même déformée, même brisée par le péché ou la folie – l'amour infini qui se dépouille jusqu'à nous. Tu marcheras, alors, avec la liberté des enfants de Dieu...
 

Lucien Fornello
pour La Vaillante

 

         Voici in-extenso cette partie de la quatrième homélie sur L'ecclésiaste, de Saint Grégoire de Nysse, traduite et annotée par Françoise Vinel aux éditions du Cerf en 1996, dans la très belle collection des Sources Chrétiennes (il m'est arrivé, dans le texte, de légèrement modifier la traduction).

 

St Grégoire de Nysse.jpg            Homélie IV 

         C'est encore le sujet de la confession qui retient notre texte. En effet, l'ecclésiaste, en racontant ce qui chez lui fait reconnaître la vanité des choses de cette vie, passe pour ainsi dire tout en revue. Et maintenant, il aborde comme objet d'une accusation plus grave que celles de ses actions qui lui font dénoncer la passion de l'orgueil. Y a-t-il autant matière à fatuité dans les biens qu'il a dénombrés – maison somptueuse, abondance de vignes, l'agrément des potagers et, pour les eaux, leur collecte dans les bassins et leur répartition dans les jardins – que lorsque un homme se considère le maître de ses congénères ? « J'ai acquis, dit-il, des esclaves et des servantes, et j'ai eu des serviteurs nés chez moi. » Vois-tu l'énormité de la forfanterie ? Une telle parole s'élève ouvertement contre Dieu. Car nous avons entendu dire par la prophétie que toutes choses sont les esclaves du pouvoir qui est au-dessus de tout. Or, l'homme qui fait de la possession de Dieu sa propre possession et qui s'attribue domination sur sa race, au point de se croire le maître d'hommes aussi bien que de femmes, que fait-il d'autre que transgresser la nature par son orgueil, lui qui se regarde comme différent de ceux qu'il commande ?

         « J'ai acquis des esclaves et des servantes. » Que veux-tu dire ? Tu condamnes à l'esclavage l'homme dont la nature est libre et autonome, et tu légifères en t'opposant à Dieu, en renversant la loi qu'il a établie pour la nature. En effet, celui qui est né pour être maître de la terre (l'homme, d'après Genèse, I, 26), celui qui a été placé pour commander par le créateur, tu le soumets au joug de l'esclavage, en combattant et en transgressant pour ainsi dire l'ordre divin. Tu as oublié les limites de ton pouvoir, tu as oublié que le commandement t'a été imparti dans les limites de l'autorité sur les êtres sans raison. « Qu'ils commandent, dit l’Écriture, aux volatiles, aux poissons,  aux quadrupèdes et aux reptiles. » Comment, outrepassant ton droit à l'asservissement, t'élèves-tu contre la nature libre elle-même, en comptant au nombre des quadrupèdes et des animaux sans pattes celui qui est de la même race que toi ? « Tu as tout soumis à l'homme », proclame la prophétie à propos de Dieu (Psaume 8) et cette parole met dans le nombre des êtres qui sont en notre pouvoir « troupeaux, bœufs, et bétail ». Mais toi, tu as déchiré la nature par l'esclavage et la domination, tu l'as faite esclave d'elle-même et dominatrice d'elle-même. « J'ai acquis des esclaves et des servantes. » A quel prix, dis-moi ? Qu'as-tu trouvé, parmi les êtres, de même prix que la nature ? À quelle somme as-tu évalué la raison ? Combien de pièces de monnaie as-tu payé en échange de l'image de Dieu ? Contre combien de statères as-tu échangé la nature façonnée par Dieu ? « Dieu dit : Faisons l'homme à notre image et ressemblance. » Celui qui est à la ressemblance de Dieu, qui commande à toute la terre et qui a reçu de Dieu en héritage le pouvoir sur tout ce qui est sur la terre, qui peut le vendre, dis-moi, qui peut l'acheter ? À Dieu seul appartient ce pouvoir : bien plus, pas même à Dieu lui-même ! Car « il ne se repent pas de ses dons », est-il dit. Dieu ne saurait asservir la nature, lui qui volontairement nous a appelés à la liberté, nous qui avions été asservis au péché.

         Mais si Dieu n'asservit pas ce qui est libre, qui peut établir au-dessus de Dieu sa propre domination ? Et comment sera aussi vendu celui qui commande toute la terre et tout ce qui est sur la terre ? Car il est de toute nécessité que le bien de celui qui est vendu soit cédé en même temps que lui. À combien estimerons-nous donc toute la terre ? Et à combien tout ce qui est sur la terre ? Et si c'est inestimable, à quel prix estimes-tu, dis-moi, celui qui est au-dessus ? Dirais-tu « le monde entier » que tu ne trouverais même pas le prix qui convient. Car celui qui sait estimer la nature humaine à son juste prix a dit que le monde entier n'est pas digne d'être échangé contre l'âme d'un homme. Chaque fois qu'un homme est à acheter, ce n'est pas moins que le maître de la terre qui est conduit au marché. Donc ce qui sera vendu à la criée en même temps que cet homme, c'est évidemment aussi la création existante. Et la création, ce sont la terre, les îles, la mer, et tout ce qu'elles contiennent. Que paiera donc l'acheteur ? Que recevra le vendeur, si c'est une telle possession qui accompagne la transaction ? Mais le petit livret, l'engagement écrit et le paiement en espèces t'ont-ils convaincu avec leur tromperie que tu étais maître de l'image de Dieu ? Ô folie ! Et si le contrat se perdait, si les lettres étaient mangées par les vers, si une goutte d'eau en tombant les effaçait, où seraient les gages de ton droit à asservir ; et où, les moyens de ta domination ?

         Car je ne vois rien que tu aies en plus par rapport à ton sujet – tu le nommes ainsi – que le nom. En effet, qu'est-ce que le pouvoir a ajouté à la nature ? Ni temps, ni beauté, ni bonne santé, ni les avantages que donne la vertu. Tu nais des mêmes êtres humains, ta vie se déroule de la même manière, les passions de l'âme et du corps vous dominent autant, toi, le maître, et celui qui est soumis au joug de ta domination : douleurs et satisfactions, joies et inquiétudes, chagrins et plaisirs, colères et craintes, maladies et morts. Y aurait-il en cela une différence entre l'esclave et le maître ? N'aspirent-ils pas le même air avec leurs poumons ? Ne voient-ils pas pareillement le soleil ? Ne conservent-ils pas semblablement leur nature à l'aide de la nourriture ? Leurs entrailles ne sont-elles pas disposées de la même façon ? Ne sont-ils pas tous deux une même poussière après la mort ? N'y a-t-il pas un même jugement ? N'ont-ils pas un royaume commun et une commune géhenne ? Toi donc qui as en tout un sort égal, en quoi as-tu davantage, dis-moi, pour te croire, toi, un homme, souverain sur un homme et pour dire : « J'ai acquis des esclaves et des servantes », comme on acquiert quelques troupeaux de chèvres et de cochons ? En effet, après avoir dit : « J'ai acquis des esclaves et des servantes », il a ajouté l'abondance en troupeaux de brebis et de bœufs qui était devenue la sienne. « J'ai fait acquisition, dit-il, de brebis et de bœufs en quantité », comme si animaux et esclaves étaient soumis à rang égal à son pouvoir.

Grégoire de Nysse

Icône mosaïque datant du XIIIème siècle

Article repris par Ichtus : http://www.ichtus.fr/gpa-la-pointe-de-lesclavage/

 

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18.09.2014

Des femmes « vaillantes », à toutes les époques…

foi,ludovine de la rochère,la vaillante,politique,christianisme,égalité,théorie du genre(La Vaillante dédie cet article à Ludovine de la Rochère, rencontrée le 17 septembre 2014 à Saint-Mandé, à l’issue de la conférence-débat qu’elle donna avec Esther Pivet, intitulé « Gender à l’école : mythe ou réalité ».)

 

LE DON DE L’ÉPOUSE 

         Le Concile Vatican II a renouvelé dans l’Église la conscience de l’universalité du sacerdoce. Dans la Nouvelle Alliance, il n’y a qu’un seul sacrifice et un seul prêtre, le Christ. Tous les baptisés, les hommes comme les femmes, participent à ce sacerdoce unique, car ils doivent « s’offrir en victimes vivantes, saintes, agréables à Dieu (cf. Rm 12, 1), porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requête, de l’espérance qui est en eux d’une vie éternelle (cf. 1 P 3, 15) ».[i] La participation universelle au service du Christ, par lequel le Rédempteur a offert au Père le monde entier et en particulier l’humanité, fait de tous les membres de l’Église « un royaume de prêtres » (Ap 5, 10 ; 1 P 2, 9), c’est-à-dire qu’ils participent non seulement à la mission sacerdotale, mais encore à la mission prophétique et royale du Christ-Messie. Cette participation entraîne en outre l’union organique de l’Église, comme Peuple de Dieu, avec le Christ. Le « grand mystère » de la Lettre aux Éphésiens s’y exprime en même temps : l’Épouse unie à son Époux, unie parce qu’elle vit de sa vie ; unie parce qu’elle participe de sa triple mission (tria munera Christi) ; unie de manière à répondre par un « don désintéressé » de soi au don ineffable de l’amour de l’Époux, le Rédempteur du monde. Cela concerne toute l’Église, les femmes comme les hommes, et évidemment cela concerne aussi ceux qui participent au « sacerdoce ministériel » [ii] qui est par nature en service. Dans le cadre du « grand mystère » du Christ et de l’Église, tous sont appelés à répondre — comme une épouse — par le don de leur vie au don ineffable de l’amour du Christ qui est seul, come Rédempteur du monde, l’Époux de l’Église. Dans le « sacerdoce royal », qui est universel, s’exprime en même temps le don de l’Épouse.

         Cela revêt une importance fondamentale pour comprendre l’Église dans son essence même, en évitant de reprendre pour l’Église — même en sa qualité d’institution composée d’êtres humains et inscrite dans l’histoire — des critères d’interprétation et de jugement qui sont sans rapport avec sa nature. Même si l’Église possède une structure « hiérarchique »,[iii] cette structure est cependant ordonnée à la sainteté des membres du Christ. Et la sainteté s’apprécie en fonction du « grand mystère » dans lequel l’Épouse répond par le don de l’amour au don de l’Époux, le faisant « dans l’Esprit Saint » parce que « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Le Concile Vatican II, en confirmant l’enseignement de toute la tradition, a rappelé que, dans la hiérarchie de la sainteté, c’est justement la « femme », Marie de Nazareth, qui est « figure » de l’Église. Elle nous « précède » tous sur la voie de la sainteté ; en sa personne « l’Église atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride (cf. Ep 5, 27) ».[iv] En ce sens on peut dire que l’Église est « mariale » en même temps qu’ « apostolique » et « pétrinienne ».[v]

         Dans l’Histoire de l’Église, dès les premiers temps, il y avait aux côtés des hommes de nombreuses femmes pour qui la réponse de l’Épouse à l’amour rédempteur de l’Époux prenait toute sa force expressive. Nous voyons tout d’abord celles qui avaient personnellement rencontré le Christ, qui l’avait suivi et qui, après son départ, « étaient assidues à la prière » avec les Apôtres au Cénacle de Jérusalem jusqu’au jour de la Pentecôte. Ce jour-là, l’Esprit Saint parla par « des fils et des filles » du Peuple de Dieu, accomplissant ce qu’avait annoncé le prophète Joël (cf. Ac 2, 17). Ces femmes, et d’autres encore par la suite, eurent un rôle actif et important dans la vie de l’Église primitive, dans la construction, depuis ses fondements, de la première communauté chrétienne — et des communautés ultérieures — grâce à leurs charismes et à leurs multiples manières de servir. Les écrits apostoliques retiennent leurs noms, ainsi Phébée, « diaconesse de l’Église de Cenchrées » (cf. Rm 16, 1), Priscille avec son mari Aquila (cf. 2 Tm 4, 19), Évodie et Syntyché (cf. Ph 4, 2), Marie, Tryphène, Persis, Tryphose (cf. Rm 16, 6. 12). L’Apôtre parle de leurs « fatigues » pour le Christ : celles-ci montrent les divers domaines du service apostolique dans l’Église, en commençant par « l’Église domestique ». En effet, la « foi sans détour » y passe de la mère aux enfants et aux petits-enfants, comme cela eu lieu dans la maison de Timothée (cf. 2 Tm 1, 5).

         La même chose se renouvelle au cours des siècles, de génération en génération, comme le montre l’histoire de l’Église. L’Église, en effet, en défendant la dignité de la femme et sa vocation, a manifesté de la gratitude à celles qui, fidèles à l’Évangile, ont participé en tout temps à la mission apostolique de tout le Peuple de Dieu, et elle les a honorées. Il s’agit de saintes martyres, de vierges, de mères de familles qui ont témoigné de leur foi avec courage et qui, par l’éducation de leurs enfants dans l’esprit de l’Évangile, ont transmis la foi et la tradition de l’Église.

foi,ludovine de la rochère,la vaillante,politique,christianisme,égalité,théorie du genre         À toutes les époques et dans tous les pays, nous trouvons de nombreuses femmes « vaillantes » (cf. Pr 31, 10) qui, malgré les persécutions, les difficultés et les discriminations, ont participé à la mission de l’Église. Il suffira de mentionner ici Monique, la mère d’Augustin, Macrine, Olga de Kiev, Mathilde de Toscane, Edwige de Silésie et Edwige de Cracovie, Élisabeth de Thuringe, Brigitte de Suède, Jeanne d’Arc, Rose de Lima, Elisabeth Seton et Mary Ward.

         Le témoignage et l’action des femmes chrétiennes ont eu une influence significative dans la vie de l’Église, comme aussi dans la vie de la société. Même face à de graves discriminations sociales, les saintes femmes ont agi « librement », rendues fortes par leur union avec le Christ. Cette union et cette liberté fondées en Dieu expliquent par exemple l’action importante de sainte Catherine de Sienne dans la vie de l’Église et de sainte Thérèse de Jésus dans la vie monastique.

         De nos jours, l’Église ne cesse de s’enrichir grâce au témoignage de nombreuses femmes qui épanouissent leur vocation à la sainteté. Les saintes femmes sont une incarnation de l’idéal féminin ; mais elles sont aussi un modèle de « sequela Christi », un exemple de la manière dont l’Épouse doit répondre avec amour à l’amour de l’Époux.

  

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Article 27 de
LA DIGNITÉ ET LA VOCATION DE LA FEMME
Lettre apostolique Mulieris dignitatem
15 août 1988
Saint Jean-Paul II

        



[i] Cf. CONC.ŒCUM. VAT.II, Const. Dogm. Sur l’Église Lumen gentium, n.10.

[ii]Cf. ibid. n.10.

[iii]Cf. ibid. nn. 18-29.

[iv]Cf. ibid. n. 65 ; cf. Encycl. Redemptoris Mater, nn. 2-6 : lc., pp. 362-367.

[v]« Ce profil marial est aussi fondamental et caractéristique de l’Église — sinon davantage — que le profil apostolique et pétrinien, auquel il est profondément uni. […] la dimension mariale de l’Église précède la dimension pétrinienne, tout en lui étant étroitement unie et complémentaire. Marie, l’Immaculée, précède tout autre personne et, bien sûr, Pierre lui-même et les Apôtres. Non seulement parce que Pierre et les Apôtres, issus de la masse du genre humain qui naît sous le péché, font partie de l’Église ”sancta ex peccatoribus”, mais aussi parce que leur triple munus ne tend à rien d’autre qu’à former l’Église dans cet idéal de sainteté qui est déjà préformé et préfiguré en Marie. Comme l’a si bien dit un théologien contemporain, ”Marie est ‘la Reine des Apôtres’, sans revendiquer pour elle les pouvoir apostoliques. Elle a autre chose et beaucoup plus” (H.U. VON BALTHASAR, Neue Klarstellungen) » : Allocution aux Cardinaux et aux Prélats de la Curie romaine (22 décembre 1987) : L’Osservatore Romano, 23 décembre 1987. 

 


Photos : Oratoire Jean-Paul II
église Saint-Pierre du Gros Caillou
Paris 7ème

 

08.09.2014

L'égalité entre homme et femme selon F-X. Bellamy

FX Bellamy LES DÉSHÉRITÉS.jpg

François-Xavier Bellamy, auteur de « Les déshérités - ou l’urgence de transmettre » répond à Sylvie Braibant et à Mohamed Kaci (Émission « 64’ Le monde en français », rubrique « Grand angle », TV5Monde, du 2 septembre 2014).

 

 

 

                      S.B. : C’est une question un peu sous forme d’interpellation, puisque, François-Xavier Bellamy, vous vous présentez comme un défenseur irréductible entre les sexes et vous soutenez que, pour parvenir à cette égalité, c’est la transmission du savoir qu’il faut faire.

         Je voudrais vous soumettre des chiffres. En France, 71% des filles réussissent au baccalauréat. 61% seulement pour les garçons. Et malgré cette supériorité, les filles se dirigent majoritairement vers les filières littéraires ou médico-sociales, tandis que les garçons se précipitent, eux, dans les secteurs d’excellence tels les sciences dures et les hautes technologies. Cette orientation naturelle ne date pas d’hier, comme le montre cette « Fabrique des filles » qui retrace la pédagogie mise en place depuis Jules Ferry pour inciter les élèves elles-mêmes à se diriger vers des filières où elles pourraient appliquer leurs qualités ”féminines”. Et c’est un travers, d’ailleurs, qui n’existe pas seulement en France, mais dans toute l’Europe, sauf en Suède. Peut-être parce que dans ce pays on a mis en place depuis des décennies ces « ABCD de l’égalité » que vous aimez tant détester.

         Alors, je vous repose la question : Croyez-vous donc toujours que c’est seulement par la transmission du savoir que l’on parviendra à surmonter l’inégalité entre les ”genres” ?

 

FX Bellamy Photo.jpg         F-X.B. : Merci beaucoup pour votre question et merci pour la formulation de votre question. Vous avez dit quelque chose qui me paraît très symptomatique. Vous avez dit que « les filles ne se dirigeaient pas vers les filières d’excellence mais qu’elles se dirigeaient vers les filières plutôt littéraires. » Moi qui ai fait une filière littéraire et qui suis un professeur, un métier extraordinairement féminisé, je suis absolument en désaccord avec vous sur la formulation même de votre question. Je crois que les filières littéraires sont des filières d’excellence et je ne suis absolument pas jaloux de mes camarades qui ont fait des carrières d’ingénieurs ou de financiers. Je crois que l’enseignement de la philosophie…

 

          M.K. : … Les débouchés ne sont pas les mêmes, quand même…

 

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         F-X.B. : À quelle aune les évalue-t-on ? Si on les évalue en terme strictement financiers oui, c’est vrai que je gagne peut-être moins qu’un ou une de mes ami(e)s qui serait entré(e) dans la banque ou dans la finance. Mais je ne suis pas moins heureux pour autant et même je peux vous garantir le contraire. C’est un métier dans lequel on peut trouver un épanouissement extraordinaire.

         Je crois qu’il faut éviter de plaquer des modèles de réussite exclusifs. Vous voyez, c’est très paradoxal : les métiers vers lesquels les hommes se dirigent majoritairement vous les décrivez comme des métiers d’excellence. En réalité, n’est-ce pas là précisément faire peser une forme d’aliénation sur les femmes qui, parce qu’elles sont attirées par d’autres métiers, se voient déniée la possibilité d’incarner une forme d’excellence dans ces métiers-là ? Moi qui suis enseignant, je crois que c’est un métier qui suppose des compétences extrêmement complexes, variées et dans lesquelles on peut exprimer une excellence particulière. Je ne vois pas pourquoi on serait plus excellent parce qu’on a choisi d’aller compiler des tableaux Excel dans une tour de La Défense.

 

        M.K. : Alors, comment remettre la transmission au cœur du système éducatif français ? Quelles sont les pistes que vous proposez et que vous évoquez dans ce livre ?

 

FX Bellamy Photo.jpg

         F-X.B. : Pour assurer l’égalité à tous les élèves, l’égalité entre les sexes mais aussi l’égalité entre les origines, les milieux sociaux… je crois précisément qu’il faut que l’école redevienne une école de la transmission qui offre à tous la possibilité d’accéder aux mêmes savoirs. C’est-à-dire au meilleur de ce que notre culture a à transmettre parce que – et c’est l’idée que j’essaie de défendre au cœur de ce livre – au fond, le propre de notre expérience humaine est que nous ne sommes pas nous-mêmes par nature, nous avons besoin de la rencontre avec l’autre, avec ce patrimoine qui nous est transmis pour devenir nous-mêmes et conquérir notre propre personnalité. Garçons comme filles, issus de milieux sociaux divers, nous avons besoin de cette culture que nous recevons. Je crois que la meilleure chose que nous puissions faire est, au lieu de se focaliser sur la volonté de produire des uniformités qui ne répondent à rien, d’obliger les filles à s’intéresser à des métiers d’ingénieur parce que nous avons l’impression que c’est cela l’excellence… Donnons à chacun la même possibilité d’accès au savoir. Les filles qui voudront être ingénieurs seront ingénieurs, les filles qui voudront enseigner la philosophie enseigneront la philosophie. Et de la même façon pour les garçons. C’est la meilleure façon par laquelle nous pourrons servir une égalité réelle et aussi - et c’est très important - une liberté réelle de chacun, l’accès de chacun à sa propre singularité que de transmettre vraiment le meilleur de notre culture, de notre langue, de notre capacité d’écriture et de parole à chacun des enfants de France.  

 

 

Retrouvez François-Xavier Bellamy avec « La critique du nihilisme contemporain serait très maladroite si elle s’appuyait sur le lexique des valeurs »

 

01.09.2014

Le genre à l'école (Ludovine de la Rochère #5oct14)

Chers compatriotes,

 

ABC égalité.jpg         Benoît Hamon (que Najat Vallaud-Belkacem remplace) prend les français pour des crétins. Pourquoi ? Parce que ”ABCD de l’égalité”, ”plan égalité”, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. C’est même encore pire. Pourquoi ? Parce que Benoît Hamon et Mme Najat Vallaud-Belkacem ont dit qu’ils allaient étendre ce plan à tous les niveaux scolaires, de la maternelle au baccalauréat, et à toutes les disciplines, puisque les programmes scolaires sont en cours de refonte. On va en fait beaucoup plus loin.

         Alors quel est le problème ? L’égalité, c’est formidable, on est tous pour, bien entendu. La question qui nous préoccupe est le contenu réel de ce ”plan égalité”.

ThéoGenreDécryptageFJL.jpg         Premier point : quand on se plonge dans ce contenu, on découvre que tout ce qui est féminin est dévalorisé. Tout ce qui est féminin est considéré comme moins bien. Quel est l’objectif ? L’objectif est que la femme soit un homme comme les autres. Exemple : il est dit, notamment, que ”quand on joue au ballon” on peut mesurer, évaluer la force et la réussite de ce que l’on fait. Et ”quand on joue à la poupée” rien n’est en jeu. Vous voyez tout simplement que ce qui est féminin est déconsidéré. C’est parfaitement anti féministe.

Pas leur Genre.jpg

         Deuxième point : il est demandé aux enseignants de considérer leurs élèves comme des êtres neutres, absolument neutres. Et eux-mêmes, de manière neutre. Par exemple, dans la grille d’auto-évaluation de l’académie de Créteil, il est demandé à l’enseignant de s’interroger lui-même : « Fais-je référence à mon appartenance sexuelle ? À celle des élèves ? ». Ainsi, l’enseignant doit faire comme s’il avait devant lui ni garçon ni fille, comme si lui-même n’était ni homme ni femme. Il ne doit même pas l’évoquer. On est dans le déni de la réalité humaine.

         Troisième point : ”Déconstruire les stéréotypes de genre”. Une expression difficile à comprendre, et par-là, on enfume les français. Alors moi je vais la décrypter : déconstruire, cela veut dire démolir. Peut-on démolir, alors que nous avons tous à nous construire nous-mêmes, à commencer par les enfants, bien sûr, et à construire notre société et son avenir ?

StéréoTypesGenres.jpg         ”Les stéréotypes de genre” : voilà une expression des gender studies (études de genre). L’identité de genre est une identité floue, ambiguë. L’identité de genre est ce que je ressens, est ce que je me sens être, c’est subjectif. On ne peut pas se fonder là-dessus pour se comprendre.

         Je vais parler des ”stéréotypes sexués”, une notion plus objective. Les ”stéréotypes sexués” sont toutes les manifestations, les signes de notre féminité et de notre masculinité. C’est ainsi que nous savons qui est notre interlocuteur, c’est ainsi aussi que nous sommes nous-mêmes compris par notre interlocuteur. Autrement dit, ce sont des repères fondamentaux dans les relations humaines pour vivre ensemble et pour vivre avec soi-même. Donc, déconstruire les stéréotypes c’est catastrophique.

         Il est vrai qu’il y a quelques stéréotypes sexistes et il faut les combattre. Mais de manière générale, vouloir déconstruire les stéréotypes de genre - comme ils disent - c’est très grave. Surtout auprès des jeunes enfants.

          Je vous invite donc à continuer à signer la consultation nationale de La Manif Pour Tous. Vous la trouverez sur le site internet www.lamanifpourtous.fr.

         Je renouvelle aussi mon invitation à réserver votre week-end du 4-5 octobre prochain. Cochez dans votre agenda. Nous allons vous appeler à descendre massivement dans la rue. Nous devons obtenir le retrait de toute intrusion de l’idéologie du genre à l’école. Le genre n’a rien à faire à l’école : ni à la maternelle, ni au collège, ni au lycée.

         Je vous remercie. Rappellez-vous : on ne lâche rien, jamais.

           LUDOVINE DE LA ROCHÈRE

Vidéo du Décryptage du « Plan égalité » : Esther Pivert – Coordinatrice de VIGIGENDER.        

 

 

     

          

07.05.2014

La honte face à notre nudité est justifiée lorsque cette nudité constitue une menace pour la dignité de la personne

Éloge de la pudeur

Louis-Marie Guitton, théorie du genre,

Tout récemment nous avons assisté à un véritable festival autour de la nudité, à l’occasion de la polémique causée par la diffusion du livre pour enfant « Tous à poil ». Scandale d’un côté, dérision de l’autre, escalade verbale et assaut de caricatures de plus ou moins bon goût. Rien de bien extraordinaire à se mettre sous la dent tellement les qualificatifs paraissent désormais usés fatigués et élimés : ridicule, rétrograde, archaïque, conservateur, réactionnaire, pudibond, puritain, hypocrite… et le fameux nauséabond ! Il faut dire que nous ne sommes pas habillés depuis très longtemps, puisque ce n’est que depuis Pâques que nous avons revêtu le Christ (Gal, 3).

Louis-Marie Guitton, théorie du genre, christianisme, dignité, conscienceAlors, « Tous à poil » ou « Revêtez le Christ » ? Une réflexion sur le vêtement ne peut se borner seulement à une pieuse méditation. Et pourtant, il est bien vrai que Dieu se préoccupe de nous habiller: après le péché originel, découvrant leur nudité, Adam et Eve se cachent. Avant de les chasser du paradis, Dieu se fait tailleur -le premier couturier !- et leur confectionne des tuniques de peau. Cette précision donnée par la Genèse n’est sûrement pas un détail. Depuis lors, le vêtement occupe dans notre vie une place importante. Voilant la chair, il reflète la personne et devient aussi un langage pour l’âme.

   Inoubliables méditations de saint Jean-Paul II sur la nudité, la honte, le langage du corps… Un trésor de réflexions longuement menées et finement ciselées au fil de 4 années de catéchèse hebdomadaire. Quelle délicatesse il faut pour aborder cette question de la pudeur. On parlait autrefois (?) « d’attentat à la pudeur » : il y a des choses que l’on ne fait pas en public. Mais aujourd’hui, on voudrait faire comme s’il existait encore des tabous, histoire de s’y attaquer et de les renverser. Alors, « Tous à poil » ! La nudité ne choque que celui qui a l’esprit mal tourné, répète-t-on à l’envie. L’enfant lui-même n’est pas étonné par le corps dénudé… Et voilà même qu’un professeur accomplit la « performance » de se déshabiller à l’Université pendant son cours.

    La pudeur a ceci de particulier qu’elle disparaît chez les saints, omnia munda mundis, et … les débauchés (Saint Thomas ajoute aussi les vieillards). Faut-il croire que la sainteté s’est démocratisée à ce point qu’elle tend à faire disparaître la pudeur ? La pudeur voile ce qui doit rester caché, dans la crainte d’être instrumentalisé. La honte face à notre nudité est justifiée lorsque cette nudité constitue une menace pour la dignité de la personne ; or la nudité qui fait de la femme un objet pour l’homme (et vice-versa) est source de honte. Jean-Paul II conclut : « Au commencement, la femme n’était pas un objet pour l’homme, ni lui pour elle ». Oui, la honte protège la dignité de la personne, elle manifeste un besoin profond d’acceptation et de reconnaissance de notre personne et, dans le même temps, une crainte que l’autre ne reconnaisse pas et n’affirme pas la vérité de ma personne, révélée par ma nudité. On se couvre alors.

   Il y a une bonne crainte qui désire non pas cacher, mais protéger ce qui est précieux ; et plus une chose a de la valeur, plus on est attentif à la préserver. La pudeur n’est peut-être pas une vertu, mais elle permet de jeter les premiers fondements de la tempérance, dit saint Ambroise. C’est l’attitude des médiocres, sans doute, ou plutôt de ceux qui ont « un certain amour du bien et qui ne sont pas totalement affranchis de l’empire du mal », … c’est-à-dire la plupart d’entre nous.

   Le vêtement ne fera jamais partie des stéréotypes à déconstruire : au contraire, il est un indice précieux sur la santé d’une société, de sa culture et de son histoire. Il y a une manière de se vêtir ou de se dévêtir qui est conforme à la dignité de la personne ou qui la dégrade. Et l’enfant est précisément celui qui a le plus besoin d’être protégé et éduqué dans ce domaine. « Malheur à celui qui scandalise un seul de ces petits ! » (Mt 18, 6) La nudité à tout prix n’est le signe ni d’un hypothétique retour aux origines ni d’une simplicité retrouvée. Elle ne constitue encore moins une réponse adaptée aux questions des enfants sur le corps. L’exhibition forcenée du corps dénudé provoque généralement l’effet contraire de celui escompté : il n’y a qu’un pas entre le nudisme intégral et le voile intégral.

   « La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres », disait Mallarmé. L’oubli de la pudeur ne conduit pas seulement à fausser le regard sur le corps, mais laisse le cœur désarmé contre ces blessures de l’affectivité qui ont tant de mal à cicatriser. La nudité n’est pas non plus un outil au service de la dernière croisade à la mode : contre les discriminations. Loin de rassurer sur les différences, la nudité ne facilite ni la communication ni le respect.

   Au fond, la pudeur est au service d’une plus grande liberté intérieure pour pouvoir aimer en vérité. Elle s’éduque, s’entretient et, bien cultivée, elle se conjugue avec élégance et beauté : pudeur et fascination cohabitent volontiers. Faut-il rappeler que mode vient d’un mot qui signifie d’abord équilibre et mesure ? Alors, n’oubliez pas d’aller vous rhabiller !

Père Louis-Marie Guitton

in Observatoire Socio-Politique
du diocèse de Fréjus-Toulon
7 mai 2014
Louis-Marie Guitton, théorie du genre, christianisme, dignité, conscience

28.04.2014

Des enfants endoctrinés par des théories féministes ne seront en rien demain des personnes libres, mais des esclaves…

JP Delaume_Myard.jpg« Cher(e)s ami(e)s, depuis le début de mon engagement, je n’ai eu de cesse de répéter que je suis homosexuel et pas gay. Si je précise de nouveau cela, à l’occasion du bilan de notre grenelle de la Famille, c’est que cette distinction n’est en rien une subtilité linguistique de ma part. Elle revêt une réalité qui est la cause de ce qui s’est passé hier aux États-Unis, ce qui se passe aujourd’hui en France, et ce qui se passera demain dans toute l’Europe, contre la Famille. Le lobby gay est déterminé à détruire, et peut importe les moyens, les institutions du mariage et de la famille ; aidée en cela par certains lobby féministes, comme les femen, mais pas seulement.

Après la loi Taubira pour le mariage entre personnes de même sexe voici que maintenant risque d’arriver les conséquences directes de celle-ci, la PMA et la GPA.

Le désir d'enfant, et je le sais, est une réalité sincère et douloureuse, mais nous homosexuels, nous n’avons pas à demander, pour autant, à la société de bricoler quelque chose pour transformer cette réalité-là 

Mais revenons un instant sur un des multiples mensonges de la loi Taubira. Je veux parler de l’adoption.

Les couples hétérosexuels ont déjà bien du mal à pouvoir adopter un enfant. Il existe très peu de pupilles de la Nation qui le soient. Ces couples doivent alors se diriger la plupart du temps vers des pays d’Afrique ou d’Amérique Latine.

Il est peut-être utile de rappeler que dans ces pays, leur convention rejette toute adoption par des parents de même sexe. Et aujourd’hui, certains d’entre eux ferment même leur frontière pour les couples hétérosexuels.

L’enfant n’a pas à être traité comme un cobaye. Il n’a pas à s'adapter à une dictature « Homo-parentale ».

Le gouvernement, à force de vouloir faire des lois et des concessions pour le lobby gay, fait de l’apartheid non seulement vis-à-vis des autres citoyens, mais plus encore vis-à-vis des homosexuels eux-mêmes. Et je dis bien de l’apartheid, c’est-à-dire une politique ultra-minoritaire et communautariste à l’encontre d’une majorité de Français.

Pour faire croire qu’un homme avec un homme ou une femme avec une femme pouvait avoir un enfant, on nous impose l’idéologie du genre. On nous dit mensonge lorsqu’on l’évoque.

Nous avons beau brandir « Papa porte une robe », « Tango a deux papas » ou bien encore « Jean a deux mamans », on nous dit que nous sommes d’affreux réactionnaires.

N’ayons pas peur de dire haut et fort que des enfants endoctrinés par des théories féministes ne seront en rien demain des personnes libres, mais des esclaves bien plus que le machisme qu’elles sont censées combattre.

Une Nation construite ainsi ne pourra adhérer qu’aux idées les plus ridicules et les plus aberrantes et cela avec la même servilité.

J’aimerais faire une comparaison hasardeuse, mais en réalité je ne le pense pas.

Le 4 décembre 2013, la majorité a adopté une loi pénalisant les clients de prostitués.

Si la GPA passe au détour de la PMA, est-ce que le fait de se servir du corps d’une femme contre rémunération ne sera-t-il pas considéré comme un acte du coup répréhensible par la loi ?

Ce n’est pas seulement moi qui m’interroge ainsi, mais la ministre des droits de la femme elle-même quand elle a dit devant l’Assemblée nationale, je cite :

JP Delaume-Myard 2.jpg« La détresse de l’un ne se soigne pas par l’exploitation de la détresse de l’autre. Elle n’est jamais une justification… Depuis quand notre pays admettrait-il que la liberté aille au-delà de ce qui ne nuit pas à autrui ? Depuis quand privilégierions une souffrance par rapport à une autre ? Depuis quand le corps humain devrait-il être assimilé à un médicament ? Depuis quand se soignerait-on aux dépens d’une autre personne. »

Pour une fois, vous avez raison Madame la Ministre.

Enfin, pour conclure, je voudrais dire comme je l’avais déjà dit, il y a un an à la même date à Tours, il est quand même incroyable qu’en ce 8 mars, journée de la Femme, que cela soit un homme qui plus est homosexuel qui défende l’intégrité de la Femme.

Lorsque je vois que ce sont des femmes elles-mêmes qui veulent exploiter la misère d’autres femmes, je me dis dans quel monde vit-on ? Femmes réveillez-vous ! Indignez-vous comme aurait dit Stéphane Heissel. »

 

Jean-Pier Delaume-Myard
Porte-Parole de La Manif Pour Tous

Grenelle de la Famille
8 mars 2014
Mutualité de Paris

 

 

 

 

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Comment une Secrétaire d’État m’a demandé de me taire 

Par Jean-Pier Delaume-Myard, porte-parole national de La Manif Pour Tous, auteur de "HOMOSEXUEL contre le mariage pour tous"

 

Le 28 avril 2014, la Secrétaire d’État à la Famille et aux Personnes âgées, Laurence Rossignol, a reçu une délégation de La Manif Pour Tous, dans le cadre de ses rencontres avec des associations familiales ou des mouvements citoyens. Une rencontre que nous avions réclamée de longue date et que la Ministre en charge de ce dossier du précédent gouvernement avait toujours refusé.


Comme le 25 janvier 2013, lors de l’entrevue avec Monsieur le Président de la République, je faisais partie de la délégation, mais j’ai été reçu, cette fois-ci, beaucoup moins courtoisement, la Secrétaire d’État m’a demandé purement et simplement de me taire.

La délégation autour de Ludovine de la Rochère, Présidente, était composée de quatre personnes, Jérôme Brunet, Porte-parole de L’Appel des professionnels de l’enfance et de La Manif Pour Tous, Albéric Dumont, Coordinateur général de La Manif Pour Tous, Anne-Claude Venot, porte-parole des Adoptés pour l’enfance, mouvement du collectif de La Manif Pour Tous et de moi-même.

Avant la conclusion de Ludovine de la Rochère, je fus le dernier à prendre la parole.

J’eus à peine le temps de commencer de donner mon point de vue : « Je représente de nombreux homosexuels - hommes et femmes, qui sont contre la loi qui a ouvert le mariage entre personnes de même sexe. En leurs noms, je vous remercie de me recevoir car nous avons eu, jusqu’ici, l’impression que l’on nous volait notre voix. 

Madame la Ministre vous avez appelé à l’apaisement. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

Cependant, dès le mois de mai, débuteront dans toute la France, les gay pride 2014. Et je m’en inquiète fortement en tant que porte-parole de La Manif Pour Tous, mais aussi en tant qu’homosexuel.

Je m’en inquiète en tant que porte-parole de la Manif Pour Tous car je ne voudrai pas que vous écoutiez les sirènes de la LGBT qui vont, réclamer, à cors et à cris, à cette occasion, l’obtention de la PMA et ses dérives directes, la GPA. »

Paradoxalement, alors que je l’avais remercié, quelques instants plus tôt, de nous donner (nous homosexuels) la parole que la Secrétaire d’État me demandait si « je souhaitais vraiment poursuivre ». 

Pour Madame Rossignol, il n’était pas question de revenir sur la loi Taubira. En outre, elle-même, ainsi que le Premier Ministre et Madame Marisol Touraine, ministre des Affaires Sociales et de la Santé, avaient été très claires, « il n’y aura pas de PMA sous cette mandature et pas plus d’amendement » de qui que se soit ; pas plus de madame Esther Benbassa, Sénatrice EELV, qui pour la Secrétaire d’État lorsqu’on lui a fait part de notre inquiétude quant à son souhait de déposer un article, nous a affirmé qu’ « elle était seule à avoir cette position ».

Lorsque je retentai de prendre la parole pour indiquer que « des associations gays comme l'Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens » souhaitaient la « voir reprendre l'accès à la PMA à toutes les femmes, en couples ou célibataire, le statut du beau-parent, la reconnaissance de la pluriparentalité, et la reconnaissance des états civils étrangers des enfants nés par GPA. » 

Que je poursuivis, en rappelant que « la circulaire Taubira » inquiétait « également La Manif Pour Tous. Cette circulaire signifie la régularisation, en France, d'enfants qui seraient nés, entre guillemets, illégalement. Mais, Madame la Ministre comme vous le savez tout enfant-né, par exemple, sur le sol américain est américain. Cette circulaire introduit en réalité un premier pas vers la légalisation de la GPA et la mercantilisation de l'enfant ce qui est pour nous totalement insupportable. »

La Secrétaire d’État a affirmée, alors que cette circulaire fait actuellement l’objet, depuis plusieurs mois, d’un recours devant le Conseil d’État, qu’elle « faisait partie à part entière de la Loi Taubira ».

Puis, elle ignora la suite de mes propos souhaitant aborder les futures propositions de la Loi Famille dont la première devrait passer dès le mois de mai en commission des lois.

Alors que la Secrétaire d’État demande l'apaisement avec les associations contre le mariage homosexuel, elle commence fort mal, du moins avec un des représentants homosexuels.

On verra bien, si Madame Rossignol demandera à la LGBT de se taire sur la PMA, on verra bien si Madame Rossignol demandera à Madame Esther Benbassa, Sénatrice EELV, de se taire au Sénat.

Si le gouvernement ne veut plus attendre parler de la Loi Taubira et de la PMA, pourquoi alors ne demande-t-il pas au Comité Consultatif National d’Éthique de se dessaisir de la demande du Président de la République de donner un avis sur la PMA ? Pourquoi ne demande-t-il pas à Madame Taubira de retirer sa circulaire qui introduit une suspicion quant à la GPA ?

Enfin, si la Secrétaire d’État ne souhaite plus que soit abordé la question de la PMA, condition très clairement sine qua non pour être de nouveau reçu, pourquoi laisser alors l’adoption dans la loi ouvrant le mariage pour personnes de même sexe, puisque tout le monde sait que l’adoption pour des couples homosexuels est pratiquement impossible, la majorité des conventions des pays autorisant l’adoption l’interdisant pour les homosexuels… il faudra, donc, bien qu’un jour ou l’autre, face à la pression des associations gays ce gouvernement traite de nouveau la question de la PMA.

Pour l’heure, circulez il n’y a rien à voir. Taisez-vous, Jean-Pier… Delaume-Myard.

 

03.03.2014

Théorie du Genre : destruction de la personne

RÉFLEXION SUR LE GENDER ET SES CONSÉQUENCES SUR L’HUMANITÉ
Entretien avec Yann Carrière, docteur en psychologie 

 

DÉFINIR LE GENDER

Yann Carrière Doct en psycho Théorie du Genre.jpgDéfinir est une démarche de rigueur. Or la rigueur, comme il m’a été rétorqué une fois à l’université, c’est un truc d’homme hétérosexuel blanc du XVIIIème siècle. Avec la théorie du genre, on est dans un domaine où on est systématiquement pas rigoureux. C’est une technique de prise de pouvoir. C’est comme ça que la théorie du genre a pris le pouvoir à Pékin en 1995 en faisant signer, par des étrangers qui ne connaissaient pas l’emploi du mot gender en anglais, quelque chose qu’ils pouvaient  croire correspondre simplement à une autre désignation des sexes (masculin, féminin), mais qui en réalité renvoie aussi à une théorie assez confuse où un ensemble de mouvements d’idées (mouvements idéologiques et politiques)  qui a derrière lui des implications radicales. Je crois que c’est Marguerite Peeters qui parle de couches comme pour un oignon. Vous avez des façades dans le genre qui sont tout à fait respectables, et en effet le genre, comme aspect social de l’identité sexuée, c’est quelque chose de tout à fait scientifique. Si on l’approche de manière rigoureuse, on peut essayer de voir effectivement comment sont variables les aspects sociaux de l’identité sexuée. Mais si on s’en tient à ça, et ça c’est la façade soft que les idéologues du gender présentent quand ils veulent faire passer leurs idées, c’est une recherche scientifique légitime.

Et puis vous avez, très lié au reste, le noyau dur, pour qui le gender est une approche uniquement en terme de pouvoir. C’est-à-dire que les hommes et les femmes n’existent pas : parler d’hommes et de femmes, c’est juste transmettre une vision complètement politique, hiérarchisée et oppressive de la société et c’est cela qu’il faut détruire. Et à ce moment-là, il faut détruire toute l’hétérosexualité, l’identité d’homme et l’identité de femme. Donc il n’y a pas de définition, c’est normal et c’est très utile pour les idéologues du gender.

En fait, c’est George Orwell qui, en écrivant « 1984 », avait onze ans d’avance. La théorie du gender, qui est une théorie fascisante, a pris le pouvoir au niveau mondial à l’ONU en 1995 à Pékin. George Orwell n’avait que onze ans d’avance. Et pas en disant « Il n’y a pas d’homme, il n’y a pas de femme ». On est vraiment dans « la guerre, c’est la paix », on est vraiment dans la redéfinition des mots ; qui n’est pas seulement un trait du genre, on trouve ça déjà dans les idéologies de libération ; mais c’est une stratégie générale qui est utile pour noyer l’esprit. Depuis des décennies, on substitue au raisonnement et à l’intellect des fonctionnements par émotions et par images, notamment grâce à la publicité. Le brouillage des mots fait partie de cette dégradation, en partie voulue et délibérée, de la réflexion intellectuelle.

Si on empêche de penser, c’est presque la mort de l’humanité. Le vivant et l’humain fonctionnent sur la discrimination. La première discrimination, c’est peut-être « cette plante est-elle comestible ou pas ? Je vais discriminer ce qui est bien de ce qui est mal. » C’est comme ça que la vie fonctionne et que la pensée fonctionne. Et il y a une menace, à partir du moment où on refuse de penser, (« supprimez le mot ‘race’ de la constitution, cachez ce mot » - on ne peut même plus nommer des choses – « homme, femme », on ne peut plus nommer la différence, etc.), eh bien c’est un aspect extrêmement mortifère. Mortifère assumé. Vous avez un des plus brillants auteurs de la théorie du genre qui s’appelle Lee Edelmann, il a écrit un livre qui s’appelle « No future : Queer Theory and the Death Drive » (death instinct as a drive - l’instinct de mort), et il le revendique. C’est-à-dire que les Queers sont ceux qui contestent cette proportion obligatoire - et donc oppressive – de l’humanité à se reproduire. Et il prend comme exemple (il insiste) le film d’Hitchcock « Les oiseaux » parce qu’il dit : « typiquement, ce sont les enfants qui sont les victimes ». Et il dit « les Queers sont ceux qui s’opposent à cette reproduction imposée ». Et il revendique cette place. Donc à partir de cette non-définition, on débouche sur la non-pensée, et sur quelque chose qui tue l’humanité, en fin de compte. Et c’est revendiqué, c’est-à-dire que chez les gens du Gender, vous avez des gens brillants, il faut le reconnaitre ; après on verra pourquoi et en quoi ça déconne, mais ce ne sont pas eux qui sont les plus dangereux, ce sont ceux qui les récupèrent. Il y a toujours deux couches dans l’idéologie : il y a ceux qui y croient, et les cyniques qui manipulent les idéologies. Eh bien ils sont brillants, et ils assument ce qu’ils disent. En particulier Lee Edelmann, qui dit parfaitement « Mais oui, nous sommes du côté de la pulsion de mort. »

 

LE GENDER ET LA SCIENCE

YC1.jpgVoici en gros les idées de la théorie du genre : il n’y a pas de différences entre les hommes et les femmes ; les différences, c’est un système social construit oppresseur qu’il s’agit de détruire. En gros, c’est ça. Donc une idée au départ en elle-même ni scientifique, ni pas scientifique. Ce qui va être scientifique sera la manière dont on va la creuser, et en particulier la manière dont on va accepter de lui faire passer les tests des preuves de la réalité. Et de voir si, expérimentalement, la théorie donne des résultats qu’on peut prévoir, etc. Les principaux auteurs ne se réclament pas du tout d’une approche scientifique. Mais même s’ils se le réclamaient, il y a un vice de fond dans l’idée principale de l’idéologie du genre : il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes, parce que scientifiquement c’est la seule chose qu’on ne pourra jamais prouver. Pourquoi ? Parce que quoi que soit ce que vous fassiez comme confrontation au réel, comme expérience, comme expérimentation, parce que c’est bien cela la science, ce sera toujours quelque chose de limité et fini. Et donc si dans cette expérience limitée et finie vous trouvez qu’il n’y a pas de différences entre les hommes et les femmes, vous n’aurez pas prouvé qu’il n’y a pas de différences : vous aurez prouvé que sur ce champ-là, dans ces conditions-là, il n’y a pas de différences. On pourra toujours vous rétorquer « oui mais les différences, pour les voir, il fallait faire autre chose, et vous ne l’avez pas fait ». On peut prouver qu’il y a des différences. Mais pour prouver qu’il n’y a pas de différences, il faut faire une infinité d’expérimentations tout le temps. Donc c’est la seule hypothèse idiote, en fait, qu’il n’y ait pas de différences entre les hommes et les femmes. On peut choisir plein d’hypothèses, mais celle-là est la plus absurde parce que c’est celle qu’on ne pourra jamais assumer.

 

LE GENDER ET LA CONTINUATION DU FÉMINISME RADICAL

YC2.jpgLe féminisme libéral : « nous voulons les mêmes droits » est le féminisme auquel moi j’adhère à cent pour cent. Il n’y a aucune raison de faire des droits différents avec les hommes et les femmes. Et puis, là, certains ont eu des attentes déçues. Parce que comme l’explique le journaliste norvégien dans « Norwich on paradox », si vous donnez les mêmes droits à des gens qui sont différents, qui ont des préférences différentes comme les hommes et les femmes, au résultat final vous aurez des divergences importantes. C’est-à-dire que si les femmes préfèrent les études de lettres et de psychologie et les hommes les études d’ingénieur, la société va se diversifier selon les genres et va décevoir tous ceux qui pensaient qu’ils auraient des femmes partout et surtout aux postes de pouvoir. Alors là, soit on accepte la réalité, soit on la refuse et on se réfugie dans l’idéologie. C’est là qu’intervient le féminisme radical qui, par analogie avec la conception marxiste des oppresseurs et des opprimés, a dit « c’est parce qu’il y a un système peu visible et une idéologie peu visible qui oppriment les femmes au bénéfice des hommes ».

Là, on commence à entrer dans quelque chose de dangereux parce que ça suscite la haine. Parce que ça stigmatise – en psychologie on parle de clivage – les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Évidemment, les méchants, tout le monde va se mettre à les détester. Et ça, c’est l’irruption et la domination de ce type de féminisme dans les années quatre-vingt. Ça a été la raison de l’émergence de la misandrie, c’est-à-dire le sexisme contre les hommes, des quotas qui empêchent les hommes d’avoir la juste rétribution de leurs efforts, de leurs goûts ou de leurs compétences, et cela donne lieu – et ça, c’est important de le dire – à deux énormes mensonges qui dominent aujourd’hui notre société, bien avant l’irruption de la théorie du genre : les mensonges sur les violences conjugales et les mensonges sur les prétendues inégalités salariales.

 

VIOLENCES CONJUGALES ET INÉGALITÉS SALARIALES

YC3.jpgUn mot sur ces deux mensonges parce qu’ils donnent une idée de comment fonctionnent nos médias et notre démocratie, qu’il est très important d’avoir si on veut comprendre comment fonctionne l’implantation d’une idéologie comme le genre et comment la combattre.

Depuis qu’on fait des études sur les violences conjugales, c’est-à-dire les années 1970, toutes les études ont toujours trouvé qu’il y a autant, sinon plus d’hommes battus que de femmes battues. Toutes les études. Il n’y en a pas d’autres. Si on fait une étude sérieuse en interrogeant hommes et femmes, on trouve qu’il y a autant d’hommes battus que de femmes battues, et autant de femmes violentes que d’hommes violents, voire un peu plus. Évidemment, vous voyez bien que ce n’est pas du tout ce qui est transmis ni par les médias, ni par le gouvernement. Il y a donc des mensonges délibérés, il y a des livres écrits là-dessus mais tout le monde s’en fout. L’important est de montrer que le féminisme radical a raison et que via cette violence, les femmes sont opprimées et qu’il faut toujours les avantager puisqu’elles sont toujours opprimées.

Le deuxième mensonge est celui sur les inégalités salariales qui est continuellement asséné par les médias et le gouvernement. Il existe des disparités salariales, mais si on cherche les raisons pour les expliquer, on les trouve. Un auteur américain comme Warren Farrell je crois, qui est tout à fait accepté par les féministes, a listé vingt-cinq variables qui, quand on les introduit dans l’analyse des différences, suppriment toute différence ; et même révèlent que les femmes sont plutôt plus payées que les hommes. Et ça, même les gens en France qui sont statisticiens peuvent le savoir. Pourquoi ce mensonge ? Pour pouvoir toujours avoir l’idée que les femmes sont opprimées. Personne n’est excusé de croire à ce mensonge, à mon avis, parce qu’il peut vérifier autour de lui. Et puis même la logique du système capitaliste, si vraiment les femmes étaient payées 20% de moins que les hommes, à travail égal et à performances égales, tout le monde se précipiterait pour les embaucher. Ca commence à se voir, que ça ne marche pas, cette théorie. Par exemple, si on prend la catégorie de femmes auto-employées, aucun système ne les opprime, ce sont elles qui font leur entreprise et décident de combien elles sont payées, et elles sont moins payées que les hommes. Il y a des explications à ça : c’est qu’elles font des choix différents des hommes. Par exemple, pour celles qui sont médecins, elles vont décider de voir moins de gens, mais de prendre plus de temps avec. Alors évidemment, elles vont gagner plutôt moins d’argent. Et là, la théorie de l’oppression, la théorie du féminisme radical ne marche plus. Alors comment expliquer ? La théorie du genre est géniale. Déjà, on y arrivait avec les derniers travaux du ministre radical, Carole Gilligan. C’est le problème de la socialisation. C’est-à-dire que les femmes se limitent elles-mêmes.

 

LA DOMINATION MASCULINE

YC4.jpgL’éducation conditionne des tout-petits : les garçons à être dominants et à revendiquer, et les filles à être soumises et à se déprécier. Et ça, ça va être le gros travail de Carole Gilligan dans les années quatre-vingt-dix en faisant des études pas du tout sérieuses sur le plan méthodologique mais très à la mode sur le plan idéologique, en même temps que les livres de Judith Butler (ce sont toujours les mêmes époques : « Gender trouble » de Butler date des années 90, et les études de Gilligan aussi). Voilà comment le relais se fait. Parce qu’on ne peut plus arguer qu’il y a un système. Le mythe du plafond de verre, quand on le regarde de près, en fait ça ne marche pas du tout. En revanche, si on dit que c’est dès le conditionnement, dès la constitution de l’identité que tout s’installe, alors on a une bonne idée. Et ça aboutit à ce que vous trouvez maintenant sur les sites américains d’éducation : si on tolère que les petits garçons se conduisent différemment des petites filles, alors on perpétue l’oppression des femmes. Conclusion : il faut empêcher les petits garçons d’être différents des petites filles. Et c’est cela, l’ambition de la théorie du genre dans l’éducation.

 

LES DISCRIMINATIONS

YC5.jpgIl m’arrive de donner des conférences et j’ai remarqué qu’il y a vraiment une difficulté, voire une incapacité pour des personnes y compris qui ont fait des études supérieures, à raisonner de manière satisfaisante pour conjuguer à la fois les contraintes de la réalité et les aspirations légitimes à l’égalité et à l’absence de discriminations injustes. En fait, le raisonnement à tenir à tout moment est relativement simple : il est de dire que si on prend des groupes, il est normal d’avoir des différences statistiques entre les hommes et les femmes, ne serait-ce que de taille, de force musculaire au niveau des bras ; mais ce n’est pas un prétexte justifié pour brimer un homme ou une femme en fonction des caractéristiques de son groupe.

Quand je donne des conférences, je prends l’exemple des bûcherons. Il n’y a pas de raison d’interdire à une femme d’être bûcheron si elle en a la force, l’agressivité, l’énergie et l’envie d’être bûcheron. En revanche, il ne faut pas s’étonner s’il y a plus de bûcherons hommes que femmes parce qu’en principe, au niveau du corps, dans la force des bras et des muscles, les hommes sont plus costauds et ils ont peut-être plus de plaisir à le faire. Eh bien ce raisonnement, si tout le monde le tenait, il suffirait à résoudre tous les problèmes de discrimination. Parce qu’on accepterait à la fois les différences générales quelles qu’elles soient, et évidemment qui sont toujours bonnes ou mauvaises pour les uns et les autres, tout dépend de quel côté on se place. Et on serait toujours en train de traiter avec équité les personnes qu’on a devant soi en fonction de leur réalité : il peut y avoir des hommes féminins, des femmes masculines etc. Mais ça, je me rends compte quand je donne des conférences que bien des gens ne sont plus capables de ce raisonnement.

 

LA PERVERSITÉ DU GENDER

YC6.jpgJe pense que le plus simple est de reprendre l’analogie avec le communisme. Qu’a fait le communisme, qui est le fascisme le plus violent qu’ait connu l’humanité au XXème siècle ?

Au nom du bien, et de la défense des prolétaires qui est une bonne cause, il a massacré des paysans, des bourgeois, des millions et des millions de personnes. Et ça, c’est pervers. C’est pervers au sens étymologique, parce que le pervers retourne la logique naturelle. Le communisme était censé faire le bien et il a fait le mal. Dans ce sens-là, le gender se promet de prendre la suite ; c’est-à-dire qu’il ne promet pas une société sans classes, mais il promet une société sans sexes, puisqu’il y aura une infinité de genres.

 

LA PATHOLOGIE DU NARCISSISME

YC7.jpgOn est dans la pathologie du narcissisme. Simone de Beauvoir a dit « On ne naît pas femme, on le devient ». Au départ, c’est une intention libératrice quand elle l’écrit dans « Le deuxième sexe » de 1949. Seulement quelques temps plus tard, une féministe, Betty Friedan, lui dit « Mais vous savez, il y aura toujours des femmes qui voudront être mères et privilégieront ça au travail ». Simone de Beauvoir lui répond, du moins c’est ce qui est écrit dans le livre de Christina Hoff Sommers : « Eh bien dans ce cas, il faudra le leur interdire ». Ce qui signifie « je libère les gens mais je ne tolère pas qu’ils aient un avis différent du mien ». Ça, c’est du narcissisme : « je réorganise le monde ». Et les gens qui ont une dynamique narcissique sont souvent des révolutionnaires, des leaders, et en ce sens-là ils peuvent être bénéfiques ; mais il y a une dérive possible qui est « je libère le monde uniquement dans le sens de mon idéal et il n’est pas question que je tolère que l’autre ait aussi son avis ».

Dans le Genre, c’est ça qui se passe. Au départ de la théorie du genre, et notamment chez Judith Butler, vous avez une ambition légitime, une ambition bénéfique, qui est de défendre les gens qui n’ont pas la chance de tomber facilement dans une catégorie hommes ou femmes : soit parce qu’ils sont hermaphrodites, soit parce qu’ils ont une orientation sexuelle non hétérosexuelle. Ils vont avoir du mal à se caser dans le monde très normé, et parfois, ça peut aller, comme elle le soulignait elle-même, jusqu’au meurtre. On peut tuer des gens parce qu’ils sont homos. Et c’est tout à fait louable, en tout cas à mon avis, de vouloir aménager le monde pour que ces gens-là trouvent au mieux leur place.

Seulement, la théorie du genre qui se répand aujourd’hui, ce n’est pas du tout ça. La théorie du genre qui se répand aujourd’hui, c’est dire « pour que ces gens trouvent leur place, il faut détruire la structure psychique de tous les gens qui trouvaient naturellement leur place en hommes et femmes et en hétérosexuels ». Et là, c’est pervers. Vous voyez bien qu’à nouveau, au nom de la libération d’une petite quantité de gens (mais ça vaut toujours le coup de s’occuper des gens même s’ils ne sont pas nombreux), on va opprimer la majorité. Et comme dans le communisme, il y a un retournement pervers.

 

LA NÉGATION DE LA RÉALITÉ

YC8.jpgEn psychanalyse, les pervers nient une partie de la réalité qui est la différence des sexes. Donc effectivement, la théorie du genre est emblématique en niant une partie de la réalité, qui est la différence des sexes, mais je voudrais rétropédaler par rapport à votre question : la négation de la réalité est une très vieille tradition en occident même ; et quand on veut se pencher sur les racines des dysfonctionnements actuels, il faut absolument prendre ça en compte. Moi, je remonterais presque jusqu’au nominalisme au Moyen Âge, qui réduisait la possibilité de faire une adéquation vraiment à la réalité. Mais après, quand vous avez Descartes qui dit « Je suppose que rien n’existe et je m’aperçois qu’il ne reste plus que ma pensée », on est aussi dans le doute de la réalité. Quand vous avez Rousseau qui dit « Commençons par écarter tous les faits », on est aussi dans l’éloignement de la réalité. De ce point de vue-là, les théoriciens du gender ne font pas de saut qualitatif important, mais prolongent une longue tradition. Et à la limite, si on n’est pas content, ça veut dire qu’il faut se poser la question « comment tout a dérivé depuis Saint Thomas d’Aquin ? ». J’exagère à peine.

 

LE NARCISSIQUE ET LA RÉALITÉ

YC9.jpgQuand on parle de toute puissance narcissique, en tant que psychologue c’est là que je place la racine du mal. On parlait de nier la réalité. Le narcissique est à cheval entre ses rêves et la réalité et quand il est en bonne santé, il arrive à jongler entre les deux. Mais quand il commence à délirer, comme dans ses mouvements révolutionnaires, il veut plier la réalité à son rêve (communiste ou gender) et à ce moment-là, il va massacrer ceux qui lui résistent.

La première limite, la limite minimale, la limite symbolique à la toute-puissance du narcissisme, c’est l’idée de Dieu : c’est l’idée que « moi, je ne suis pas tout, et je ne suis pas tout-puissant ». Vous avez des gens qui ont étudié les leaders, je pense à Kohut, un grand spécialiste du narcissisme, et je pense aussi à un Australien qui s’appelle Hawks. Ils ont remarqué qu’il y a deux types de gourous. Il y a les gourous qui se croient eux-mêmes la Divinité, et il y a ceux qui se croient messagers de la divinité. Ceux-ci ont leur narcissisme grandiose divisé en deux parties : eux et la divinité qu’ils représentent.

Évidemment, il y en a qui finissent mieux que les autres. Parce que si vous vous octroyez la divinité à vingt, trente, quarante ans ça peut encore marcher, à cinquante, soixante, soixante-dix ans la réalité vous rattrape et vous montre que la divinité n’est pas si glorieuse que ça. Ceux-là ne finissent pas très bien. Mais ceux qui sont simplement des messagers peuvent maintenir leur équilibre psychique plus longtemps. Parce que le grandiose, l’idéal, il est en Dieu. Et moi je crois que si on veut vraiment lutter contre ces délires qui arrivent régulièrement à l’humanité, il faut se pencher sur le lien avec la croyance en Dieu. Les deux grands fascismes qui ont massacré des millions de gens au XXème siècle sont des idéologies athées, que ce soit le communisme ou le nazisme.

Comme on dit « la crainte de Dieu est le début de la sagesse ». Si je ne suis pas le plus grand, je vais me relier au monde et aux autres différemment.

 

LE GENDER, UN MOUVEMENT POLITIQUE MONDIAL

YC10.jpgCe mouvement d’idées n’est pas resté un mouvement d’idées : il est devenu un mouvement politique, un mouvement qui a pris le pouvoir, un mouvement qui s’impose au monde entier depuis Pékin 1995. Et là, c’est une autre sorte de danger, et c’est même, à mon avis, un alignement fascisant de la société. C’est-à-dire que progressivement, vous n’avez plus le droit de penser différemment que ce que dit la théorie du genre.

J’ai répondu à des intervenants dans une entreprise où j’étais, qui faisaient de la propagande sur la théorie du genre, subventionnée par la Direction des Ressources Humaines.Ce que nous disait le psychiatre, c’est que dans des années il n’y aura plus de normes, nous serons tous des exceptions et ce sera peut-être difficile à gérer. Je lui ai répondu « Mais attendez monsieur, si nous sommes tous des exceptions, il n’y a plus d’exceptions. Il n’y a plus de loi, il n’y a plus de règle : on a un magma informe de gens paumés parce qu’ils n’ont plus d’identité et contrairement à ce que vous dites, ce n’est pas difficile à gérer, c’est extrêmement facile à manipuler. » Et ça, en tant que psychologue, c’est un message fort : si on détruit les repères des gens, ça donne des gens paumés faciles à manipuler.

Dans les années 1990, j’ai été amené à enseigner une théorie du management, qui s’appelle le chaos management. Le chaos du management, c’est casser les repères des gens pour les rendre plus créatifs et plus productifs. Mais ils sont aussi plus faciles à manipuler. Cette théorie, je n’en entends plus beaucoup parler en tant que théorie, mais en revanche je la vois appliquée partout, que ce soit dans les entreprises ou au niveau politique actuellement. Casser les repères des gens rejoint la prédiction de Marx. Marx disait « le capitalisme détruira tout ce qui s’oppose à lui ». Donc toutes les structures anciennes, les nations, les familles etc. sont en train d’être brisées à travers le monde : soit par les guerres, soit pas l’immigration, etc.

Ce qui se cache derrière est une mise en ordre, au niveau mondial et politique, de l’humanité, qui à mon avis va dans le sens – mais là je peux me tromper parce que ce n’est pas mon domaine – d’une sorte de mise en esclavage au profit des grandes puissances financières. C’est une hypothèse que je risque. En tout cas, ce dont je suis sûr, c’est que c’est dangereux, parce que ce n’est pas une idéologie, c’est un mouvement politique qui s’impose avec violence au monde.

 

QUAND LES DÉLIRES S’IMPOSENT AU RÉEL

YC11.jpgComment une erreur cognitive, ou ce qui peut apparaître à certains ou à certaines comme un gentil délire, donne des résultats terribles si on veut le forcer avec violence sur la réalité : c’est l’affaire Jandré Botha en Afrique du Sud. C’est cette affaire de deux lesbiennes dont l’une a un petit garçon, et sa compagne veut que le petit garçon l’appelle « papa ». Ce qui est parfaitement conforme à la théorie du genre. Le genre, c’est une question de rôle social construit : je ne vois pas pourquoi le petit garçon, même si je suis une femme, ne m’appellerait pas « papa ». Il a refusé, et il a été torturé à mort. Voilà ce qui se passe quand les délires sont imposés par la violence au réel. Ça donne des massacres comme on a connu au XXème siècle.

Donc ce n’est pas une théorie, c’est vrai que penser est toujours dangereux mais ce qui se passe n’est pas la théorie du genre : ce qui se passe, c’est l’imposition au niveau mondial de la théorie du genre. Et comme toutes les questions de diversité, de ce que je constate, que ce soit dans les entreprises ou dans les gouvernements, les questions de diversité servent, même si elles ont un bon fond au départ, de cache-sexe à des manœuvres de pouvoir et de domination sociale.

 

LE GENDER À L’ÉCOLE

YC12.jpgAu niveau de l’école, la première conséquence est une amplification de ce qu’a très bien décrit l’Américaine Christina Hoff Sommers dans son livre « The war against boys », La guerre contre les garçons. Derrière les discours lénifiants sur « déconstruire les stéréotypes », clairement, les Américains sont parfois plus francs, ils disent : « si on permet aux petits garçons d’être différents des petites filles, on perpétue l’oppression des femmes. On va donc interdire aux petits garçons d’être différents des petites filles. » On va donc les inviter fortement à jouer à la poupée, à porter des robes, on va supprimer les cours de récréation pour qu’ils ne puissent pas courir, etc. C’est ce que décrit Christina Hoff Sommers dans son livre. Et donc, on a vraiment, là, les traits d’un fascisme qui fabrique un homme nouveau, ou un androgyne nouveau, un homme-femme, si vous voulez. On a vu avec Simone de Beauvoir que ce n’est pas mieux intentionné vis-à-vis des femmes, mais malgré tout comme un des principaux axes est de libérer les femmes, la haine, ou l’agression, ou la rage est dirigée contre les garçons et les hommes.

 

LA DESTRUCTION DE LA PERSONNE

YC13.jpgLe but visé, à mon avis, ou l’intérêt, ce pour quoi cette idéologie rend service, c’est parce qu’elle aboutit à la destruction de la personne. Le sous-titre de Judith Butler, c’est Féminisme et subversion de l’identité. Ce n’est pas Subversion de l’identité sexuée. C’est subversion de l’identité tout court. C’est-à-dire que dans cette idéologie post-moderne, la personne, le sujet n’existe pas. Le chemin pris par Descartes « Je pense, donc je suis » a été mené jusqu’au bout, mais « je » n’existe pas. Donc, nous sommes juste un petit noyau de vie manipulé par des rapports de pouvoir qui nous font homme ou femme : c’est ça, le gender. Mais que la personne n’existe pas, ça, c’est génial pour un état totalitaire. Parce que ça va à l’encontre de toute la civilisation chrétienne qui est fondée sur la dignité de la personne faite à l’image de Dieu.

La personne n’est pas intéressante pour un système capitaliste, que ce soit du point de vue employeur ou consommateur. Et d’ailleurs, vous n’avez plus de Direction du Personnel, mais une Direction des Ressources Humaines qui s’occupe des compétences des gens. Vous avez des portefeuilles de compétences sur pattes, en gros ; ambulants, qu’on va exploiter au mieux, mais la personne, c’est gênant, parce que ça a des besoins, notamment spirituels. De même du côté de la consommation, on ne va pas se soucier de la personne, on va faire du marketing en fonction du fait que vous êtes – je ne sais pas, moi – musulman, chrétien, juif, ou en fonction de ce que vous êtes mère de famille, père isolé, parent isolé etc. et on va créer en vous des actes compulsifs d’achat, c’est ça le but du marketing. Mais il ne se soucie pas de la personne, c’est un encombrement, il faut la bipasser. Et quel meilleur moyen de la bipasser que d’enlever toute structure à l’identité ?

Bien sûr, c’est totalitaire, mais c’est bougrement commode si on a en vue un monde organisé uniquement sous le prima de la consommation et du fonctionnement capitaliste.

 

LE GENDER, LA VIOLENCE ET LE SACRÉ

YC14.jpgLe fondateur de la chaire de sociologie à Harvard est quelqu’un qui s’appelait Pitirim Sorokin et qui a beaucoup travaillé sur les groupes et la notion de l’amour. Il a écrit un livre qui s’appelle « The power of love », Le pouvoir de l’amour. Et il avait remarqué qu’on pouvait glisser assez rapidement de l’amour d’un groupe à la haine des autres groupes. Pas besoin d’insister : le nazisme, le communisme, etc., c’est vraiment typiquement ça : l’amour des Allemands – la haine des Juifs ; l’amour des prolétaires – la haine des bourgeois et des oppresseurs…

Alors, moi, ce qu’il me semble, c’est que en réalité, notamment dans une société qui a refusé Dieu, le besoin de sacré de l’homme est tellement fort qu’on va avoir tendance à idéaliser, à sacraliser une partie de l’humain. Et typiquement, à notre époque qui idéalise les victimes, les pauvres victimes d’injustices vont être idéalisées. On va complètement investir ce groupe. Ça peut être les femmes, ça peut être les homosexuels, ça peut être les hommes, ça dépend des circonstances. Le problème, c’est que s’il n’y a pas un régulateur qui est Dieu au-dessus de tout le monde, à ce moment-là l’idéalisation d’un groupe va être concomitante de la déshumanisation de l’autre groupe. Forcément, parce que s’il y a oppresseur et opprimés, on va porter aux nues les opprimés, et les oppresseurs sont des méchants qui perdent leur statut d’humains et on va les massacrer.

Et donc, voilà une autre raison pour laquelle il est important que le narcissisme soit mobilisé au niveau de Dieu. C’est Dieu qui est grand. Et une deuxième notion très importante du christianisme qui permet la régulation, c’est la notion de péché originel, qui fait que le mal est présent en tout le monde, donc on ne peut pas utiliser le mécanisme du clivage en disant « les bons d’un côté, et les gentils de l’autre ». Et c’est aussi en ça que l’éloignement de la religion chrétienne fait qu’on délire de plus en plus, parce qu’on va investir les gentils d’un côté et on va massacrer les autres.

 

L’OBJECTIF FINAL DU GENDER

YC16.jpgC’est un mouvement qui cherche à détruire. Et ce qui est curieux, c’est qu’il y ait un ennemi privilégié. Et l’ennemi privilégié, c’est le christianisme et l’Église catholique. Pour deux raisons essentiellement : d’abord parce que c’est une organisation internationale qu’on pourrait qualifier d’idéologique, qui propose aux gens une structuration (on a vu que le but était de déstructurer l’humanité pour la manipuler) ; et en particulier parce que la notion de personne est très ancré dans la foi catholique et la foi chrétienne, l’homme ou la femme à l’image de Dieu, et que c’est ça qu’il s’agit de détruire toujours dans le but de manipuler les gens. Ce qui rend les gens in-manipulables, c’est leur relation à Dieu. Donc c’est ça qu’il faut détruire.

 

Entretien : Matthias Barbier et Louis-Marie de l’Épinois de Réinformation-TV

Transcription réalisée par Sophie Naumiak pour La Vaillante

 

 

http://reinformation.tv/

http://www.vigi-gender.fr/

16.02.2014

L'islam et la France, un amour possible ?

Conférence de Camel Bechikh, Président de Fils de France (Association Culturelle et Éducative des Musulmans de Moissy) à Moissy, en novembre 2013.
Avec l'aimable autorisation de Camel Bechikh, La Vaillante reprend la retranscription réalisée par Fils de France de la vidéo postée en fin de ce message. Vous retrouverez les retranscriptions de ses interventions publiques sur la page Une raison d'espérance.

 

camel bechikh,christianisme,foi,lmpt,conscience,théorie du genre,éducation,transmission« Merci à l'association de Moissy, d'inviter Fils de France. Comme le disait Selim, la position de Fils de France est un peu iconoclaste, parce que nouvelle dans le paysage islamique français. À Fils de France, nous faisons le pari de dire que non seulement il n'y a pas d'antagonisme entre l'identité musulmane et l'identité française, mais plus que ça, au-delà de la non-antinomie, il peut même y avoir une symbiose positive et épanouissante dans le fait que nous soyons de spiritualité musulmane et de nationalité française. Évidemment, le champ est un peu brouillé en ce moment car nous parlons plus d'islamophobie, qui devient presque le vecteur essentiel de notre perception à la France, or la France et l'islam ont une relation très ancienne depuis le Moyen-Âge, puisque, vous le savez peut-être, il y a eu ce qu'on appelait l’Émirat de Narbonne, où du VIIIème siècle au XIème siècle, les musulmans avaient administré un territoire propre des Pyrénées aux Alpes Maritimes d'aujourd'hui. Dans cet Émirat de Narbonne, les musulmans faisaient battre monnaie avec une face en caractère latin et une face en caractère arabe. C’est très intéressant car au VIIIème siècle, en plein Moyen-Âge, on aurait pu penser que cette présence musulmane aurait donné lieu à des combats incessants. Évidemment, au départ il y a eu des batailles pour occuper les territoires puisque le propre d'un peuple, d'une civilisation, c'est aussi l'expansion des territoires. Il y a eu la colonisation occidentale et bien avant il y a eu une colonisation européenne, byzantine, perse et évidemment arabo-musulmane. Tout cela est le B-A-BA de l'histoire des peuples.

Camel Moissy 2.jpgJe voudrais prendre l'exemple de cet Émirat de Narbonne, un exemple que j'avais déjà donné au Bourget au Rassemblement Annuel des Musulmans de France il y a deux ans, pour expliquer que dans les années 60, on a fait des fouilles archéologiques à côté de la Cathédrale de Narbonne et lorsqu'on a fait ces fouilles archéologiques, on a découvert les fondations d'une mosquée. C'était la mosquée de l’Émirat. Étrangement cette mosquée, alors que les musulmans sont en situation de domination, n'est pas éloignée de l’Église mais elle est collée à l’Église. Déjà, d'une : l'église n'était pas détruite, cela n'est pas une révélation pour vous et moi, mais en plus les musulmans cherchent une certaine forme de proximité entre les deux lieux de culte. Si on fait l'analogie, la comparaison entre la forme architecturale de cette mosquée et celles qui sont construites en Afrique du Nord à la même période, on s'aperçoit que le minaret doit se trouver sur le mur mitoyen qui est le mur reliant les deux édifices, or sur ce mur mitoyen, on retrouve le clocher. Ce qui a fait dire aux archéologues qu'en situation de domination militaire, administrative, les musulmans n'ont pas détruit l'église, ils n'ont pas non plus construit la mosquée, l'édifice loin de l'église mais ils sont allés au-delà de cela, ils ont collé la mosquée à l'église, ils utilisaient en même temps que les chrétiens le clocher pour faire l'appel à la prière. Nous sommes au VIIIème siècle donc en termes d'exemple de cohabitation, je dirais que c'est assez éloquent. La France est une République laïque mais c'est un pays de confession catholique, de confession chrétienne. Son identité est principalement chrétienne et les valeurs du christianisme, du catholicisme sont de fait extrêmement proches de notre spiritualité musulmane.

Camel Moissy 2.jpg

Si on envisage le rapport entre les deux religions finalement, il ne peut être que vertueux. Je vous rappelle que le Prophète Muhammad (Paix et Bénédiction de Dieu sur lui) invite les primo musulmans à fuir Qoraïche, il les envoie sous la direction de Uthman Ibn 'Affan (que Dieu l'agréé) en Abyssinie auprès d'un roi chrétien juste comme l'appelle le Prophète (Paix et Bénédiction de Dieu sur lui). L'idée de départ est qu’entre le christianisme et l'islam il n'y a pas d'antinomie, même si quand, bien évidemment, les deux religions sont prises dans l'histoire, dans la politique, il peut y avoir des frictions, notamment les croisades. Mais si nous envisageons l'ensemble des rapports entre le catholicisme et l'islam depuis l'avènement de l'islam au VIIème siècle, on s'aperçoit qu'il y a d'avantage de rapports vertueux entre les deux spiritualités plutôt que des conflits. La France étant profondément chrétienne, il est de fait, de la part de ses valeurs profondes, pas d’antinomie, pas d'opposition possible entre notre foi et l'identité principale de la France qui est le christianisme. Cela est la première chose. Ensuite la France devient une république : du fait de la révolution de 1789 nous passons de la Monarchie à la République et la République ambitionne un projet nouveau qui s'appelle la sécularisation, c'est-à-dire qu'on sépare la religion et le pouvoir. Cela s'appelle aussi la laïcité. Cette laïcité, cette sécularisation, s'est beaucoup construite dans l'anticléricalisme, dans le fait d'être contre la religion. La République s'est construite en grande partie contre la religion, ce que je veux dire par là, c'est que lorsque nous, en tant que musulmans, nous arrivons près d'un siècle et demi plus tard en France et que nous connaissons des perturbations dans l'expression de notre foi dans l'espace public, il faut juste se rappeler que ce n'est pas complètement une situation qui vise les simples musulmans mais c'est une situation historique qui vise d'abord la religion. Je donne aussi cet exemple assez souvent qui est celui du mot "liberté" : le sens du mot "liberté" en France est « comment se défaire de la religion, comment se libérer de la religion ». Quand on prend le mot "liberté" aux États-Unis c'est exactement le contraire, c'est « pouvoir pratiquer librement sa religion ». Pourquoi ? Parce que l'Amérique s'est créée du fait des migrations des différents types de protestantismes persécutés par le catholicisme en Europe. Ces gens-là, à un moment, ont fui le catholicisme et se sont retrouvés en Amérique. Et leur principale préoccupation était la liberté religieuse. On a donc le même mot, mais de part et d'autre de l'Atlantique il a un sens inversé. Je vous dis tout ça, pourquoi ? Pour qu'en tant que musulmans français, nous ayons bien conscience que si parfois il y a des frictions entre notre identité musulmane et notre système français, ce n'est pas à destination unique de notre foi musulmane. C'est que nous sommes pris dans une histoire contemporaine qui s'est d'abord créée sur le fait de se séparer de la religion. En partant de là, on peut aussi considérer la laïcité comme une chance puisqu'elle permet de faire en sorte que l'ensemble des religions puissent cohabiter sans que les religions fortes prennent le pouvoir et ne domestiquent, ne persécutent les religions faibles. Je vous rappelle, comme je le disais tout à l'heure, que les protestants ont souffert de ces persécutions, que les athées ou que différentes congrégations à l'intérieur même du catholicisme ont souffert de ces persécutions. Par conséquent, à un moment donné, le législateur a initié un système de gouvernance nouveau qui était la laïcité et qui permettait à l'ensemble des religions de pouvoir cohabiter entre elles. Ceci dit, il faut distinguer trois types de laïcité : il y a la laïcité juridique qui, si elle était appliquée, ne poserait de problème à personne ; il y a la laïcité qu'on peut qualifier d'anthropologique qui est complètement intégrée dans les us et coutumes des gens, même les catholiques les plus pratiquants ont intégré le fait qu'il y ait la séparation du pouvoir et de la religion, de l’État et des Églises ; et la laïcité militante, c'est celle qui se situe dans le champ associatif et qui se construit de l'anti-religion. Il y a donc trois types, trois niveaux de laïcité. Quand en tant que musulman nous avons un souci de pratique religieuse, il est bon de savoir à quel canal nous avons à faire, de manière à ne pas commettre d'injustice, à ne pas mettre tout le monde dans le même panier. L'islam est une religion universelle, l'islam est né chez les arabes, révélé chez des tribus arabes qui avaient eux-mêmes leurs us et coutumes. Mais l'arabité de l'islam est un point de départ, ce n'est pas un point d'arrivée. Le point d'arrivée est de pouvoir proposer cette foi à des gens de différentes époques, de différentes cultures, qu'ils puissent l'accepter ou la rejeter. Je vais vous donner un exemple assez éloquent. Vous savez ce qu'est une société patriarcale ? Une société patriarcale est une société comme elles le sont généralement dans le pourtour méditerranéen, où les hommes ont le pouvoir, où les hommes sont au centre de la société et la plupart des ensembles culturels, la majorité, fonctionnent selon un mode patriarcal. La plupart des sociétés dans le monde, qu'elles soient industrielles ou traditionnelles fonctionnent sous un mode patriarcal où l'homme est au centre de la société et possède les pouvoirs.

Camel Moissy 2.jpg

Aujourd'hui, le plus grand ensemble ethnique au monde, huit millions d'individus, qui a conservé un système matriarcal où les femmes possèdent tous les pouvoirs, les biens, les terres et qui fait essentiellement hériter ses filles est une société musulmane que l'on trouve en Indonésie et qui s'appelle les Minangkabau. Pourquoi je vous dis cela ? C'est pour exprimer la plasticité de la religion musulmane. La religion musulmane est ferme dans sa 'Aquida, dans son dogme, l'Unicité de Dieu est indiscutable, le fait de croire aux anges, aux Livres, aux Prophètes, au Destin, ce sont des piliers de la Foi qui sont indiscutables. Les 'ibada, les adorations, le fait que nous prions cinq fois par jour, que nous jeûnons un mois dans l'année et que nous faisons une fois le Pèlerinage dans notre vie etc. sont des choses indiscutables mais aménageables, si nous sommes en voyage ou si nous sommes malades, bref vous connaissez bien ou mieux que moi ces choses-là. Et il y a une troisième partie que nous appelons el mu'amalat, les actions courantes du fait de la vie en société qui sont constamment en variance. C'est-à-dire que selon les sociétés que l'islam rencontre, il y a une capacité d'adaptation aux us et coutumes locales avec bien entendu la part d'éthique, de morale obligatoire dans ces actions courantes. Si par exemple, je fais un contrat, il y a des éléments stables dans le contrat qui sont l'honnêteté, la parole donnée, la véracité etc. Ensuite, la manière dont va se dérouler la transaction commerciale peut varier d'une culture à une autre. Donc l'islam encadre la troisième partie qu'on appelle el mou'amalat par ses principes moraux qui sont la justice, la véracité, la générosité, l'abnégation, le fait d'être magnanime etc. Toutes les qualités morales que le Prophète (Paix et Bénédiction de Dieu sur lui) portait en lui, il était rappelez-vous, « le Coran qui marchait » comme disait 'Aïcha (Que Dieu l'agréé), et toutes ces qualités morales doivent uniquement accompagner les us et coutumes des civilisations, des ensembles culturels que l'islam rencontre. Indéniablement, si on prend un sénégalais et si on prend un indonésien, ils mangent différemment, s'habillent différemment, ils pensent peut-être même différemment, mais si on les met dans une pièce l'un et l'autre, ils sauront tous les deux comment faire la Salat Dohr : il n'y en n’a pas un qui fera quatre unités de prière et l'autre trois unités mais tous deux savent que la prière de Dohr est de quatre unités. Ce que je veux dire par là est qu'il y a dans la religion musulmane des choses qui sont inscrites dans le marbre et il y a un ensemble de choses qui sont amenées à bouger. La célèbre parole d’Ibn Qayyim el Jawziya qui dit « l'avis juridique change selon l'époque, le lieu et l'individu », c'est-à-dire que pour une même question il peut y avoir une formulation différente de la part des savants. Et comment nous en sommes arrivés là ? C'est qu'il y a ce fameux hadith du Prophète (Paix et Bénédiction de Dieu sur lui) qui dit « Le Prophète était avec les compagnons et un homme est entré et lui a dit "Ô Prophète si je tue quelqu'un, est-ce que Dieu me pardonne ?", le Prophète lui a répondu "Non !". La personne est repartie et une autre entre et pose la même question au Prophète "Ô Prophète, si je tue quelqu'un, est-ce que Dieu me pardonne ?" et le Prophète de répondre "Oui !". Et les compagnons de s'étonner bien évidemment, " Ô Prophète, comment as-tu pu répondre différemment à une même question ?", le Prophète de répondre "le premier, je lui ai dit "non" car c'est quelqu'un qui partait pour tuer quelqu'un, qui avait l'intention de tuer quelqu'un, alors que le deuxième je lui ai dit "oui" parce qu'il cherchait à se repentir d'un acte qu'il avait commis dans le passé". » Ainsi à une même question, il peut y avoir une réponse différenciée. Ce que je veux dire par là est que notre situation aujourd'hui sociologique, historique, se situe dans une nouvelle réalité qui s'appelle la France, qui s'appelle l'Europe, qui s'appelle l'Occident. Si nous continuons à vouloir maintenir la culture maghrébine, je ne dis même pas arabe, je dis bien maghrébine et plein d'autres choses encore, dans un ensemble qui culturellement est homogène depuis quasiment deux mille ans, nous allons maintenir l'islam comme un corps étranger. Et nous serons toujours vus dans notre foi comme des étrangers parce que culturellement parlant, nous confondons la Foi musulmane qui est universelle, qui rencontre les cultures et s'y adapte et la maghrebinité qui fait qu'on peut être maghrébin musulman mais aussi maghrébin hindou, maghrébin bouddhiste et je ne sais quoi d'autre. Il est essentiel de situer, à chacun sa place, la notion de culte et la notion de culture. Et ce que nous disons nous à Fils de France, si notre culte est musulman, notre culture est française, un peu plus française que celle de nos parents qui eux étaient des primo-migrants, mais notre culture est un peu moins française que celle de nos enfants, qui sera un peu moins française que celle de nos petits-enfants, et moins française que celle de nos arrières petits-enfants et ainsi de suite, jusqu'à ce que nous arrivions à des générations de musulmans où ils ne se poseront même plus la question de savoir s’ils mettent des babouches ou pas des babouches. Pour eux, l'histoire de la babouche sera une chose complètement exotique. En revanche, le fait de prier cinq fois par jour demeure au-delà du temps, et au-delà de l'espace. Ce que je veux dire, ce n'est pas parce qu'on mange beaucoup de couscous qu'on est meilleur musulman, donc il y a des automatismes culturels qu'il va falloir penser pour les distinguer et ne pas les encombrer de la Foi musulmane. Parce que la Foi musulmane, de fait elle épouse, rencontre et s'adapte aux différents espaces qu'elle rencontre.

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Donc pas d'antinomie profonde entre notre identité musulmane et l'identité profonde catholique de la France. Je ne sais pas si vous le savez mais la France est le seul pays au monde à avoir été sacré par l'Église. La France est le pays au monde à avoir le plus de Saints canonisés. Il y a des saints espagnols, des saints italiens, eh bien la France compte le plus de saints au monde canonisés par le Vatican. La France naît du Baptême de Clovis. Il y a une imprégnation profonde des valeurs catholiques avec l'identité française, même si aujourd'hui nous sommes dans une République laïque, qui distingue en termes de gouvernance l'Église et l’État. Hier, c'était la fête de la Toussaint, la Toussaint était férié pour l'ensemble des français. Si le calendrier français est rythmé par des fêtes catholiques et bien c'est parce que la France est un pays catholique.

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D'ailleurs certains sociologues parlent de la France comme d’une catholaïcité. Si nous musulmans, nous n'envisageons pas le lieu de notre vie dans son histoire large et dans son identité large, nous passons à côté de tout. Si nous pensons que la France c'est TF1, la Star Academy et H&M, eh bien on n'a rien compris à cet espace culturellement extrêmement riche qui s'appelle la France. La France est construite sur des identités culturelles très fortes, Pays Basque, Bourgogne, Bretagne, Flandres, Auvergne, Ardennes etc. Donc avec des dialectes différents, avec des nourritures différentes, avec des façons de s'habiller différentes qui sont en train d'être complètement éradiquées par la mondialisation. Mais la beauté d'un pays finalement, c'est sa diversité. Dieu dit dans la Sourate Al Hujurat (Les appartements) « (...) Nous avons fait de vous des nations et des tribus, afin que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d'entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux (...) ». Si ces cultures disparaissent eh bien on va à l'encontre de la Volonté de Dieu d'avoir créé des peuples différents. Et la mondialisation aujourd'hui menace l'identité française, mais pas seulement. Moi je suis d'origine algérienne et quand je vais en Algérie, par exemple… une fois je recherchais une tenue traditionnelle de Tlemsen, je vous défis aujourd'hui de trouver un couturier qui la fasse, ça n'existe plus ! En l'espace de dix ans, ça a été totalement éradiqué ! Remplacé par le qamis saoudien fabriqué en Chine. C'est triste parce que ces cultures-là, elles ont mis du temps à se créer, à se former, tous les pays du monde possèdent une diversité culturelle qu'il faudrait entretenir puisque c'est la volonté divine. Donc nous, en tant que musulmans, nous sommes dans ce qu'on appelle en sociologie un processus d'acculturation, le "a" n'étant pas privatif : ça ne veut pas dire qu'on n'a pas de culture mais que nous sommes en train de passer de la culture de nos parents, qui était une culture maghrébine, à la culture de nos enfants, de nos petits-enfants et arrières petits-enfants qui est française. Mais comme le disais tout à l'heure le conférencier précédent, encore faut-il distinguer ce qui relève dans la culture du réel et du factice, du traditionnel, du naturel, de la synthèse et de l'artificiel. Indéniablement lorsque nos jeunes se tournent vers une sous culture américaine, ils sont dans un égarement culturel, je dirais. Puisque ce n'est pas leur culture en vérité. Nike, ce n'est pas notre culture, le rap n'est pas notre culture.

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Nous habitons, nous vivons dans le pays le plus touristique au monde, le plus visité au monde ! Pourquoi ? Parce que c'est le pays le plus beau du monde, le pays le plus riche au monde en matière de culture, de patrimoine, d'ensemble urbain etc. Donc, on ne peut pas passer à côté de tout ça ! On ne peut pas s'américaniser et dire « la France c'est la colonisation, moi, je n'aime pas la France », sans dire qu'on est en train de s'américaniser. Finalement, à choisir entre l'ensemble culturel le plus visité au monde, qui a produit en termes d'art, d'artisanat, de littérature… parmi les choses les plus brillantes que l'humanité ait connu, moi, sincèrement, je préfère l'entité culturelle française dans sa complexité, sa beauté esthétique, au Mc Do américain ! Et quand je parlais tout à l'heure de processus d'acculturation — le passage de la culture de nos parents vers la culture de notre pays — ça passe par une réflexion ! Ça passe par le fait de faire des choix, des choix de vie notamment. Et ça passe aussi par le fait de pouvoir décrypter les arnaques, les artefacts qui nous ont été livrés dans les années 80, 90, notamment par SOS racisme. SOS racisme, nous a livré un logiciel en boîte pour détester la France, en nous victimisant à outrance : ils ont fait de nous des pleurnichards à vie. Et ça continue par d'autres formes d'ailleurs. Quand je parle d'islamophobie, bien sûr je dis qu'il ne faut pas laisser passer les actes islamophobes, mais ça se passe à travers le juridique, à travers le droit. Accompagner la lutte contre l'islamophobie par de la pleurnicherie, par de la victimisation, c'est contre-productif ! Il faut juste envisager les faits et combattre juridiquement et y opposer un discours digne et sain de ce qu'est réellement notre religion, mais surtout essayer de comprendre les peurs des autres. Parce qu’on peut évidemment dire « on nous aime pas ! », en vérité ce n’est pas tant qu'on ne nous aime pas mais qu'on ne nous connaît pas. Les musulmans de France ne sont pas connus et les musulmans de France ont finalement très peu fait pour mieux se faire connaître. Pour un tas de raisons d'ailleurs qui sont légitimes parce que lorsqu’on est en position d'acculturation, qu'on n'est pas vraiment français, qu'on n'est pas vraiment algérien ou marocain, on est dans une situation identitaire très inconfortable, on n'a pas les outils nécessaires pour traduire ce qu'on est ou ce qu'on n'est pas, d'ailleurs. Donc, on se réfugie parfois dans une forme hyper visible de religiosité pour exister dans l'espace, en disant « je ne suis pas français, je ne suis pas algérien, d'ailleurs je suis musulman ». Mais en vérité, ce n'est pas suffisant. Parce que l'islamité ne se traduit pas d'abord par le vêtement comme manière d'exister dans la société, c'est d'abord un comportement. On va puiser dans nos actes d'adoration, dans la 'Aquida, dans les 'ibadat, on va puiser dans les deux premiers niveaux pour les reverser dans le troisième niveau qui est el mou'amalat. Ça veut dire que plus je prie, plus je lis le Coran, plus je me rapproche de Dieu… plus je deviens véridique, plus je deviens honnête, plus je deviens sensible aux malheurs des autres, plus j'essaie d'avoir de l'empathie, plus j'aime, plus je me transforme intérieurement et plus cette formation intérieure produit un élément positif, admirable, apaisé, paisible et apaisant dans l'espace social. Nous sommes en vérité un peu dans le schéma inverse. Nous sommes, et notamment par le biais de l'islamophobie, constamment dans une situation de confrontation. Alors qu'en vérité, il n'y a pas lieu à ce qu'il y ait confrontation. Puisque nous, nous devons envisager au contraire la paix. Pourquoi ? Parce que la paix est l'essence de notre religion. Le mot islam est construit à partir du mot salam, Salam étant l'un des attributs de Dieu. Nous sommes 'abdosalam, les adorateurs de Celui qui incarne la paix. Nous devrions donc être au service permanent de la paix dans ce pays. Au lieu de ça, je m'aperçois que beaucoup d'acteurs ou une partie des acteurs de la communauté musulmane, même s’ils ne sont pas liés directement à la foi musulmane ou aux mosquées etc., sont des entrepreneurs de guerre. Nous sommes constamment dans un rapport post-colonial, et nous voilà asservi à l'homme blanc, mauvais par nature alors que nous, nous venons du Sud... Toute une rhétorique dont internet nous nourrit, qui est finalement le prolongement de ce qui a été institutionnalisé à l'époque par le parti socialiste qui était SOS racisme et qui se retrouve aujourd'hui d'une manière moins institutionnelle mais tout aussi réelle, qui est celui de se victimiser en permanence et de produire sur cette victimisation un discours belliqueux, belliciste qui cherche l'affrontement. Ce qui est antinomique avec nos valeurs. Parce que l'islam est basé sur la paix. Salam étant un attribut de Dieu, nous sommes les serviteurs de la paix. Est-ce que les attributs divins sont là pour être réciter sans être vécus ? Évidemment non, ils sont là pour d'abord être vécus puis récités. Les caractéristiques de Dieu doivent constituer notre manière de nous porter. On se dirige vers la sainteté. Mais finalement, on peut s'apercevoir les uns les autres pour être honnête, dans notre communauté, on a plus tendance à soigner les apparences exotériques, les apparences extérieures de notre foi, plutôt que les aspects ésotériques qui sont les aspects intérieurs de notre foi. En vérité, on va être extrêmement pointilleux sur le halal par exemple : c'est bien mais je m'aperçois qu'il y a une inversion des priorités. Je vois beaucoup de gens qui ne pratiquent pas, ou pire qui pratiquent des choses illicites, qui commettent de petites délinquances mais qui ne se posent pas la question de savoir si leur comportement est en accord avec l'éthique musulmane. Mais s’il s'agit d'aller manger un hamburger halal, là ça devient extrêmement tranché. En vérité, il y a une inversion des valeurs. Ce qui est le plus difficile, c'est de modifier son comportement, c'est un jihad, ce fameux grand jihad. Le grand jihad est celui qu'on mène contre soi-même pour modifier son comportement. Ça c'est très difficile. En revanche, aller au burger halal ou au Mac Donald, faire le choix entre deux fast-foods qui sont des importations américaines, est relativement simple. En plus, on nourrit sa bonne conscience en plus de nourrir son ventre, on nourrit sa bonne conscience en ayant acheté un hamburger halal. En vérité le vécu des attributs divins est complètement délaissé. Il faut être honnête à l'endroit de ce que nous sommes, sommes-nous réellement "ceux qui croient" et "font de bonnes actions" ? Où sommes-nous juste "ceux qui croient" sans avoir capté les richesses de la Foi ? La Foi qui se vit à travers les attributs divins. J'en reviens à notre idée de « l'islam et la France, un amour possible ? » point d'interrogation. Bien évidemment, si nous vivons notre spiritualité de manière profonde, avec l'empathie nécessaire vis à vis de nos frères catholiques et nos sœurs catholiques, et bien il y a toutes les raisons de penser que nous allons vers un avenir vertueux.

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Vous savez, je suis porte parole national de La Manif Pour Tous. Vous savez ce que c'est la Manif Pour Tous ? La Manif Pour Tous c'est un grand mouvement populaire qui s'est levé conte le mariage des homosexuels en France. Pire que ça : contre l'adoption des enfants par les homosexuels en France. Intérieurement, dites-vous maintenant ce que chacun d'entre vous avait fait lorsque nous avons appelé les musulmans à manifester. Il y a eu des centaines de milliers de tracts distribués chaque vendredi pendant les manifestations devant les mosquées. Très peu de musulmans malheureusement ont été présents à ces manifestations, très peu. Et parce que nous ne nous sommes pas engagés, nous portons en partie la responsabilité de ce mariage homosexuel. Et nous portons la responsabilité en partie que des enfants auront comme parents deux homosexuels, deux hommes ou deux femmes dès le berceau. C'est vachement joyeux, vous ne trouvez pas ? On a tous eu un papa ou une maman ou les accidents de la vie ont fait que nous avons manqué d'un papa ou d'une maman. C'est l'horreur, c'est horrible ! Papa où t'es ? Maman où t'es ? Le cri du papa absent ou de la maman absente. Eh bien, en partie parce que les musulmans de France ne se sont pas levés contre cette loi, nous portons une partie de la responsabilité. Une partie de la responsabilité, je n'ai pas dit la responsabilité, mais une partie. Il y a eu des fuites du gouvernement, des fuites qui ont dit que si les musulmans s'étaient engagés en masse, il aurait été retiré ! Vous êtes sceptiques ? Nous en reparlerons après ! Moi, en tous cas, je me sens personnellement coupable, en partie coupable du fait que demain des enfants soient privés d'un père ou d'une mère, et que le droit ait été modifié quant à la filiation. Il y a des enfants qui ne sauront pas d'où ils viennent. La filiation est coupée. Dieu dit dans le Coran : « Ô hommes, Nous vous avons créé d'un mâle et d'une femelle... » Donc Dieu nous a créé à partir d'un homme et d'une femme et à partir de cet homme et de cette femme a été créé un nombre conséquent d'hommes et de femmes. Ce verset-là est répété dans toutes les mosquées du monde. Chaque vendredi incarne la filiation. Le fait que nous savons d'où nous venons. La loi sur ce mariage homosexuel, et bientôt la PMA dont je vous dirai un petit mot tout à l'heure, et bientôt la GPA, feront que les enfants naîtront sans filiation, la filiation sera coupée puisqu'on donnera une ovule ou un sperme selon que le couple soit de deux hommes ou de deux femmes, l'enfant sera coupé de sa filiation. Évidemment ce n'est pas trop tard, le mouvement de La Manif Pour Tous continue. Nous avons encore la lutte contre la PMA, puisqu'elle n'est pas encore juridiquement actée, comme on dit en mauvais français, mais le gouvernement prépare la PMA. Le Conseil d’Éthique qui disposait de dix-sept religieux en son sein et qui donne son avis sur l'éthique d'une loi, eh bien, on a viré dernièrement tous les religieux qui le composaient et on les a remplacé par des non religieux. Pourquoi ? Parce qu'on leur dit que la PMA (la PMA est le fait qu'un couple de femmes puisse avoir une gamète homme pour pouvoir avoir un enfant) sera acceptée si le Conseil d’Éthique se prononce en faveur. Donc, il y a un mois, le Conseil d’Éthique a été bouleversé et on a remplacé les religieux par des non religieux. La PMA n'est pas encore arrivée mais elle arrivera puisque c'est dans les projets du gouvernement, puisqu'il le prépare en chamboulant le Conseil d’Éthique. Ainsi les couples de femmes pourront avoir droit à la maternité et donc les couples d'hommes diront qu'au nom de l'égalité : «  ils l'ont accepté pour les femmes, maintenant reste à faire pour nous les hommes. » Sauf que les hommes ne peuvent pas porter d'enfants, donc ils feront appel à des mères porteuses. Ces gens-là achèteront un ovule, insémineront une femme dans le tiers-monde, parce que bien évidemment pour huit mille euros, ce n'est pas une européenne qui va le faire. Ça se passera en Inde, au Nigeria ou je ne sais où ailleurs et les couples d'hommes pourront accéder à la paternité en achetant des bébés, finalement.

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Maintenant, j'en reviens à notre histoire entre islam et France, amour possible ou pas possible ? Évidemment oui c'est possible. Nous avons tout un tas de causes communes qui permettraient de mieux faire connaître les gens. Parce que quand vous avez distribué des tracts, lorsque vous avez manifesté, fait un sitting avec des gens qui n'étaient pas musulmans mais qui étaient catholiques convaincus, des chrétiens convaincus ou des juifs convaincus, eh bien vous vous trouvez tout de suite un certain nombre de points communs qui vont vous rapprocher. Moi, j'ai vu des catholiques très pratiquants, de conditions sociales très favorisées mais qui m'ont dit n'avoir jamais rencontré de musulman. Et depuis que je distribue des tracts avec Myriam et Leïla qui portent le voile, on se rend compte que notre anthropologie est identique. On a envie d'avoir une vie de famille saine, on n'a pas envie de voir des publicités comme celle que vous voyez dernièrement sur l'adultère "Eden.com". Vous avez vu ça ? C'est un site sur l'adultère. C'est-à-dire qu'aujourd'hui on est en train de commercialiser de l'adultère alors que l'adultère est interdite par la loi, puisque les époux lorsqu'ils se marient à la mairie se doivent mutuellement la fidélité. On est dans un monde où les valeurs qui sont les valeurs fondatrices de la France sont les valeurs fondatrices et fondamentales de notre religion. Nous avons un combat à mener, le halal c'est bien, le hijab aussi, pourquoi pas ?, mais fondamentalement ? Est-ce que le fait de faire la promotion de l’adultère, d'exploser la cellule familiale est un gain en terme de projet, d'environnement pour nos vies futures et les générations futures ? Évidemment non ! Ce qui sera présent demain se décide aujourd'hui. Donc, nous avons tout à faire en tant que musulman français avec les autres confessions et même les non confessions parce qu'il y a des gens qui sont athées mais qui ont du bon sens, pour s'ériger contre ce processus qui détruisent les sociétés. Si on prend les valeurs fondamentales de la parole donnée, le fait de donner sa parole, le respect intergénérationnel, le fait de respecter les personnes âgées, le fait de respecter la vie, le fait de respecter les valeurs familiales… tout ça se sont des choses qui nous sont très chères en tant que musulmans. Toutes ces valeurs là sont aussi les valeurs fondatrices de la France qui les a perdues en partie à cause de la Révolution française, qui les a perdues encore en plus grande partie à cause de Mai 68. Mais tout ça, se sont des chantiers pour nous en tant que musulmans, en tant que musulmanes. Évidemment, quand je dis ça j'enfonce des portes ouvertes parce que vous savez aussi bien que moi ce que je suis en train de vous dire, ce n'est uniquement qu'un rappel. J'ai tellement entendu de musulmans me dire : "de toute façon moi, le mariage homosexuel ne me concerne pas parce que dans ma vie ce n'est pas quelque chose qui existe". C'est faux, parce que de toute façon c'est quelque chose qui va vous toucher d'une manière ou d'une autre. Si ce n'est pas vous, ce sera vos enfants, si ce n'est pas vos enfants, ce sera vos petits enfants.

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Vous savez ce qu'est la théorie du genre ? La théorie du genre, c'est une théorie qui nous arrive des États-Unis, qui est en train officiellement d'entrer dans nos écoles françaises, qui dit que la sexualité d'un individu n'est pas le fait de son appartenance biologique mais il est le fait de déterminismes culturels et sociaux. Je m'explique : ce n'est pas parce que vous avez un corps de femme ou un corps d'homme que vous êtes un homme ou une femme. Non, c'est la société qui vous dit que vous êtes un homme ou une femme. Donc si on fait jouer des enfants, des garçons à la poupée et des filles aux voitures ou aux pistolets, ils seront libres de dire "je suis un homme" ou "je suis une femme". On peut être pendant un certain temps un homme puis revenir à une femme etc. Ce n'est pas de la science fiction ce que je suis en train de vous dire, c'est la réalité. Najat Vallaut-Belkacem a inauguré une crèche dédiée à la théorie du genre, où on a séparé les garçons des filles, de manière imperméable : du côté garçons des poupées et du côté des filles des voitures. C'est ça la théorie du genre et c'est en train d'arriver et La Manif Pour Tous a créé des comités de vigilance sur le genre. Ces comités de vigilance sont ouverts à toutes et à tous, mais si les musulmans n'y participent pas, c'est un coup d'épée dans l'eau. Donc moi je pense qu'on peut s'aimer, on doit s'aimer et on va s'aimer. Parce que nous avons beaucoup de choses en commun, beaucoup plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous font diverger. D'une part et d'une autre part parce qu'il y a un ensemble de luttes sociétales dans lesquelles les musulmans doivent être aux premiers plans, aux premières loges. Il suffit de conscientiser, de rationaliser, de penser, de faire passer ces choses-là par notre esprit, par notre raison, par notre logos et se dire comment moi en tant que musulman, priant cinq fois par jour, jeûnant un mois dans l'année, et pour les plus pieux, les lundis et jeudis, lisant mes deux hizbs de Coran par jour, faisant mes invocations le matin et le soir, espérant aller visiter les lieux saints, comment socialement, je me positionne sur ces questions-là ? Parce que lui, le catholique, il fait la même chose, et finalement comme on fait la même chose, eh bien on se rencontre sur les mêmes points. Donc comme on se rencontre sur les mêmes points, eh bien on vit des choses en commun. Et comme on vit des choses en commun, on n'a plus la télévision, on n'a plus le Point ni l'Express qui fait la médiation et l'interface entre les musulmans et les non musulmans, et enfin, nous avons une société unie, un socle commun, solide qui se crée sur des valeurs. »

 

 

Votre discours consiste à oublier la culture d'origine ?

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Non, ce n'est pas oublier. Souvent dans mes conférences, j'ai été très clair. Ce n'est pas de l'amnésie, tout au contraire : le devoir de mémoire est l'origine, et la filiation au sens historique, culturel et évidemment familial, doit être constamment rappelé. Il est très intéressant que les générations futures de jeunes d'origine algérienne, marocaine etc., puissent aller retrouver la tombe des anciens au village etc., parce que c'est très constructeur de l'identité, c'est-à-dire qu'il faut vraiment savoir d'où l'on vient. Ce que je veux dire c'est qu'il y a une forme de fantasme, d'illusion dans l'aspect culturel. Quand on glorifie l'arabité pour accéder à l'islam, je pense qu'on est en train de trahir l'islam car l'islam n'est pas la religion des arabes mais la religion de l'humanité. Les arabes — il y en a d’ailleurs qui sont chrétiens — ont des us et coutumes, des cultures et des traditions qui sont emprunts de l'arabité mais ne sont pas musulmans. Il ne faut pas confondre les deux. Confondre les deux signifie emprisonner une spiritualité qui se veut légère et universelle à quelque chose qui est très circonstancié qui sont nos origines. Mais ça ne veut pas dire qu'on va jouer l'amnésie, être plus français que les français, ce n'est pas ça ! C'est quelque chose qui simplement intègre dans notre dynamique historique, sociétale, le fait que, qu'on le veuille ou non, nous sommes moins maghrébins que nos parents et nous le sommes un peu plus que nos enfants et que nos enfants le sont un peu plus que nos petits enfants etc. C'est-à-dire qu'il y a une marge inéluctable du fait que nous soyons scolarisés, que nous vivions, que nous soyons inondés de messages etc. Moi, je vais souvent en Algérie et je fais en sorte que mes enfants aillent en Algérie mais en même temps, ils ont le drapeau français dans leur chambre. Ça ne veut pas dire que nous sommes dans une confrontation, ça veut dire : vous avez votre véhicule, vous avez une destination, votre pare-brise est grand comme ça et vous avez deux rétroviseurs qui vous permettent de regarder derrière. Mais si vous regardez constamment derrière, vous allez aller dans le décor. Or, le fait de regarder derrière est très utile pour pouvoir marcher droit, donc le fait de connaître son origine, le fait même d'entretenir vis-à-vis de nos enfants l'idée que nous venons d'un pays qui a été ceci ou cela, mais que notre avenir se porte dans une direction, fera que naturellement l'apport dont vous parlez se fait à travers ce que nous sommes. L'arabité est quelque chose de fantastique : l'arabité n'est pas raciale. Quoi de commun racialement entre un libanais et un soudanais ? Rien, pourtant ils sont arabes. L'arabité est une entité linguistique. Les gens sont arabes parce qu'ils parlent arabe mais en plus de ça il y a certaines caractéristiques, assez bien d'ailleurs caricaturalement développées dans Tintin au pays de l'or noir, c'est-à-dire des excès de grande générosité, l'hospitalité, mais en même temps l'impulsivité etc. qui sont très caractéristiques, très liées à l'identité des arabes. Moi, ça me fait très plaisir. Par exemple quand j'étais gamin, j'étais horrifié quand je trouvais quelqu'un qui mangeait un petit pain au chocolat devant moi et qui ne m'en proposait pas. On n'est pas habitué à ça, parce que dans  notre culture d'origine arabe, quand tu manges quelque chose, tu le partages. C'est normal. Vous comprenez ce que je veux dire ? Cette idée de l'arabité en tant que valeur qui va apporter en terme de générosité (d'ailleurs les français sont aussi généreux). Mais il ne faut pas folkloriser, fantasmer ou pire que ça, emprisonner notre religiosité. Quand je vois par exemple des convertis qui se mettent à parler avec quasiment un accent du bled, qui se déguisent pour aller à la mosquée, qui e baladent chez eux avec des sdaris, je dis qu'il y a de fait une fusion qui n'est pas souhaitable entre une religiosité universelle et une culture contextuelle.

Vous dites que les musulmans ne sont pas allés manifester à La Manif Pour Tous et qu'ils sont en partie responsables du passage de cette loi...

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Quand je dis que nous sommes en partie responsables, je veux dire que quand je vois des manifestations sur la Palestine, lorsque Gaza est bombardé, à juste titre les musulmans manifestent. J'ai conduit plusieurs convois humanitaire à Gaza donc je sais ce que c'est, je sais de quoi je parle, j'ai été responsable d'organismes d'aides humanitaires destinées à la Palestine, eh bien à mon sens, la cause palestinienne est moins grave du point de vue sociétale que le mariage gay. Parce que le conflit palestinien de toute façon se réglera et on doit faire valoir les droits des palestiniens à travers notre engagement aussi. Là, on est en contradiction avec El fitra, cette nature humaine. C'est la nature humaine qui est contredite par une loi et ça, en tant que musulmans qui avons très clairement distingué l'homme de la femme et entretenu l'idée de la filiation… cette loi entre en contradiction directe avec nos valeurs.

Vous nous proposez d'aller plutôt vers le cassoulet halal que le burger halal en somme ?

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Pourquoi j'avais opposé le kebab Mac Do au bistrot ? J'ai tenté de dire par cet exemple-là que les lieux de socialisation, ou en tout cas le commerce lié à la gastronomie, n'est pas anodin en France. La cuisine française, avec la cuisine chinoise et la cuisine marocaine, est des plus élaborée au monde. Ce que je crois c'est qu’en n'adoptant pas, ou en ne découvrant pas, ou en ne s'appropriant pas un art culinaire représentant une classe majeure dans l'art culinaire en règle générale, nous passons à côté de quelque chose… Alors on peut ne pas aimer le cassoulet mais on peut aimer le pâté aux pommes de terre, le magret de canard ou le lapin à la moutarde… la variété culinaire française et son élaboration sont si incroyablement diverses et raffinées que face à la pauvreté d'un hamburger ou d'un sandwich grec, on est face à une misère culinaire. On va faire des pieds et des mains, et à juste titre, lorsqu'une espèce animale disparaît parce qu'elle a mis des siècles et des siècles à évoluer et que quand elle disparaît, c'est le patrimoine de l'humanité qui disparaît, mais les arts, cultures, us et coutumes liés à un peuple ont aussi mis des années, des siècles et des siècles à se développer et à aboutir. Donc si nous en tant que citoyens français, musulmans ou pas musulmans, cédons à la mondialisation en délaissant le formidable patrimoine que nous ont légué les générations antérieures, eh bien on loupe un coche. Après ce n'est pas la question de halal ou pas halal, un magret de canard, le canard doit être halal tout simplement. Faisons découvrir ensemble à nos enfants, au lieu de simple pâtes-frites etc. Ce n'est pas beaucoup plus cher, c'est très ludique, c'est extrêmement appréciable à cuisiner et c'est beau ! Et ça fait partie des choses qui font qu'on construit, sans avoir à réciter la marseillaise tous les matins, une identité plus apaisée.

Que pensez-vous de cette nouvelle Chartre de la laïcité à l'école ? Et de cette morale laïque militante ?

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La Charte de la laïcité de Vincent Peillon à l'école, eh bien c'est très bien dit par Vincent Peillon : il dit que la Révolution française n'est pas arrivée à bout du catholicisme et qu'il faut effacer toutes traces du catholicisme en France. Mais quand on vous dit « toutes traces de catholicisme », le catholicisme n'est qu'un corps, je dirais. Ce qu'on veut c'est effacer la morale catholique. Et la morale catholique, c'est la morale musulmane. Ce sont les mêmes, la morale juive aussi bien évidemment. Lorsqu'on veut tuer la famille, on veut tuer la distinction homme-femme. Lorsque les enfants donnent des ordres aux parents, lorsque l'autorité devient un fait de subversion, eh bien nous sommes dans une société d'anarchie : les repères sont complètement détruits et c'est une société où l'économie de marché, où la consommation pourra davantage s'épanouir. Je n'invente rien : en 1972, quatre ans après 1968, un philosophe qui s'appelle Michel Clouscart, un marxiste, explique comment par Mai 1968, en disant qu'il faut une liberté sexuelle totale, qu'il faut plus de loisir, qu'il faut moins travailler, donc en détruisant les valeurs d'une société, on va pouvoir étendre les ressources du Marché de la consommation, donc du libéralisme.  Est-ce que vous me comprenez ? C'est-à-dire qu'on va détruire des valeurs morales pour nous amener à devenir de simples consommateurs, c'est tout ! Lorsqu'on éduque nos enfants, il y a des valeurs profondes de croyances, de vérité, d’abnégation, de générosité, et quand il est habité, structuré par des valeurs eschatologiques, le jour du jugement dernier, la présence des anges… eh bien, bien évidemment, que Pokemon et compagnie lui feront moins envie. C'est le vide spirituel, le vide identitaire qui a besoin d'être rempli par ces messages, ces bombardements médiatiques, de la sur-image, du surmarketing. Il y a un lien intrinsèque entre le fait de tuer une morale et la consommation. Et quand on parle de morale laïque, ce n'est rien de plus que tuer ce qui restait de morale chrétienne en France. Et ça, c'est aussi notre combat, parce qu'on a les mêmes valeurs. Aujourd'hui on commence à détruire des églises en France : les musulmans devraient être à la pointe de cette contestation de cette destruction des églises ! Parce que symboliquement parlant, détruire une église c'est grave ! Moi, ça me met en colère. Parce que demain, s’il se passait la même chose dans les pays musulmans, on serait très content de voir des chrétiens s'ériger contre la destruction des mosquées ou des synagogues. Parce qu'il y a un combat commun, on a des valeurs communes, des idées communes et il y a surtout un pays commun. Nous sommes dans un même espace.

Quand on connaît le parcours sulfureux de l'avocat Karim Achoui, que pensez-vous de son initiative de créer la LDJM (Ligue de Défense Judiciaire des Musulmans) pour défendre les droits des musulmans ?

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Concernant la LDJM, moi je crains que l'islam soit devenu un produit marketing. L'islam devient un moyen de vendre, un moyen commercial et, étrangement, une spiritualité qui devrait nous pousser à moins consommer devient quelque part une identité musulmane qui nous pousse à davantage consommer. Lorsque je vois que dans les grandes surface par exemple, il y a des grands rayons halal, finalement pourquoi l'islam est-il banni de l'école et a-t-il une si grande place dans les marchés ? Pourquoi ? : parce qu'à l'école, on transmet des valeurs et aujourd'hui dans certaines écoles on impose la Charte de la laïcité. Donc dans ces écoles-là, pas de morale, surtout pas catholique, surtout pas juive et surtout pas musulmane. En revanche dans les supermarchés, pour faire tourner la machine néo-libérale, l'islam a une place et un rayonnage où personne n'a rien à redire tant que vous donnez de l'argent. Donc, nous sommes dans une société qui ne retient pas l'idée des valeurs mais qui se sert des valeurs pour faire consommer. Et il est dangereux de voir des musulmans qui estampillent un tas de produits qui n'ont rien à faire dans le halal comme étant halal. J'ai vu des pubs sur internet "voyage halal" ! Je ne mens pas, je suis sérieux. En fait, aujourd'hui, les musulmans se ré-islamisent, donc ça devient une niche marketing, donc on va essayer d'avoir leur bonnes faveurs commerciales en passant par leur islamité, en passant par leur spiritualité. Mais c'est odieux comme manière de faire ! Ce qui est halal, et bien on le sait, il y a le Coran pour distinguer, c'est pour cela qu'on l'appelle "El fourqane", le discernement, Celui qui permet de distinguer le vrai, du faux. Donc voyage halal, défilé de mode de hijab. On en arrive à une spiritualité qui devrait nous distinguer, nous éloigner de la surconsommation et finalement cette spiritualité devient un faire-valoir pour la consommation. C'est là que nous en tant que musulmans, nous devrions faire fonctionner nos méninges. C'est-à-dire : qu'est ce qui relève authentiquement de la spiritualité, de la foi et qu'est-ce qui relève d'un acte de consommation qui me permette d'exister en tant que musulman dans l'espace public ? Concernant la LDJM, je crains que ce soit un fait marketing, quasiment commercial, qui touche l'affect des musulmans, leur pathos, leur sensibilité, leur sentimentalité, pour capter un fait juridico-marketing. Maintenant, il est évident que quand une musulmane est agressée, comme quand une non-musulmane est agressée, il y a des tribunaux, il y a un Droit qui existe et tout ça doit être porté devant les tribunaux. Mais devenir un objet marketing captant la sensibilité des musulmans, là je dis faites attention. Moi, je suis parti aux États-Unis, je suis allé rencontrer l'Anti Diffamation Ligue, c'est une organisation juive aux États-Unis qui lutte contre l'antisémitisme. Mais, il faut voir à quel point cet organisme a besoin de l'antisémitisme pour exister. Et quand il n'existe pas, il est obligé de l'inventer. Le moindre graffitis sur une synagogue devient un acte antisémite. Alors qu'en vérité, il n'y a pas d'acte antisémite. Ça veut dire qu'on enclenche une machine qui va avoir besoin de s'alimenter, et même si il n'y a plus d'islamophobie ou d'actes islamophobes, il va quasiment falloir en créer. Je ne sais pas si je suis clair… La machine se nourrit comme ça, on fait tourner la boutique. Donc, il faut distinguer ce qui relève de la légitimité, du droit, porter plainte de manière tout à fait conventionnelle quant il s'agit d'un acte islamophobe et la capacité d'acteurs à pouvoir domestiquer cette islamophobie pour pouvoir en faire un fond de commerce. Voilà, je suis un peu sévère dans mes mots mais il se passe exactement la même chose avec la communauté juive aux États-Unis. Et je n'ai pas fantasmé, parce que je suis allé les rencontrer dans leur bureau à Washington pour comprendre quels étaient les mécanismes de la victimisation qui permettaient de faire d'une minorité victimisée une minorité agissante dans le champ politique. Alors si nous faisons cela en France, qui n'est pas une société communautariste à l’anglo-saxonne, mais une société où la citoyenneté est partagée par tous, nous entrons en confrontation avec le logiciel basique de la constitution et de l'identité française et nous nous mettrons de fait à l'écart de l'ensemble de nos compatriotes français. Concernant l'islamophobie, toujours, je voudrais juste rappeler — et ce n'est pas pour dire que c'est normal ou pas normal, mais c'est important que ce soit rappeler aux musulmans — que la cathophobie au XVIIIème siècle a fait près de 600 000 morts, le génocide de Vendée. Durant la Révolution française, les révolutionnaires sont allés un peu loin, c'est-à-dire qu'ils voulaient interdire les églises, interdire la religion, brûler les Évangiles etc. En Vendée, un certain nombre de français, de catholiques, se sont levés contre la Révolution française. Ils les ont zigouillés à hauteur de 600 000 personnes. En ne tuant pas que les hommes, mais aussi les femmes et les enfants. Alors ceci n'excuse pas cela, ce n'est pas ce que je suis en train de dire. Je dis simplement qu'il faut que nous, en tant que musulmans, ayons une vision globale de ce qu'est l'histoire française parce que c'est aussi notre histoire, parce que nous sommes français, et savoir intégrer nos problématiques dans une dynamique historique et sociétale, de telle manière à ce que nous ne regardions pas seulement notre propre nombril, en disant que nous n'avons pas été les seuls à souffrir dans ce pays là, non ! Il y a une dimension anti-religieuse, anti-cléricale où le concept de liberté se crée en distinction, voire en opposition, voire en persécution de la religion en France. Mais il faut aussi envisager la chance qu'est la laïcité qui permet que les religions fortes ne prennent pas le pas sur les religions faibles, et la laïcité, comme le disait un sage, est la branche sur laquelle tout le monde est assis, s'il y en a un qui veut la scier c'est tout le monde qui tombe.

Vous parlez uniquement des Catholiques et des Musulmans mais jamais de la communauté juive, pourquoi ?

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De la communauté juive, très souvent je ne parle pas, je parle principalement des catholiques. Mais comme je ne parle pas des juifs, je ne parle pas non plus des protestants, ni des orthodoxes, ni des bouddhistes, ni des hindouistes etc. Parce qu'en faites ces religions : juives… même si la religion juive est plus ancienne en France que le christianisme. Le judaïsme arrive en France avec l'Empire Romain et les premiers évangélistes arrivent durant le premier siècle. Donc en terme de nombre c'est le catholicisme qui chapote, c'est pour ça que je parle souvent de "catholaïcité" et que je ne parle pas du judaïsme, du protestantisme, de l'hindouisme etc. Et surtout, je pense que fondamentalement, le catholicisme, pour peu qu'on essaie de le comprendre, de le connaître, partage des valeurs. Je reprends l'exemple de la Toussaint, j'ai appris hier que la Toussaint avait aussi comme sens le fait que tout être humain pouvait, s’il le voulait, devenir saint. C'est-à-dire que quand on parle en islam de muslim, mu'mim, mouhsin — le mouhsin est celui par lequel Dieu voit, entend — celui qui est habité par Dieu est élevé au rang de Saint. Et la Toussaint, dans son sens catholique, pas musulman, c'est de dire que la Sainteté est accessible aux humains, ce n'est pas quelque chose qui est du domaine de l'angélisme. J'ai trouvé le sens très percutant dans notre spiritualité. D'ailleurs si je vous fais lire une page des Confessions de St Augustin, ou si je vous fais lire une page de Rabi'a el 'Adawiyya, vous serez très embarrassés pour savoir qui a dit quoi. Parce qu'en vérité et fondamentalement, la mystique catholique et la mystique musulmane sont très très proches dans le sens et dans les valeurs. Alors bien évidemment, je ne parle pas du dogme, etc.

 

 

14.02.2014

La théorie du genre : Entretien avec Yann Carrière, docteur en psychologie

Transcription de la vidéo réalisée par Sophie Naumiak, pour La Vaillante

Théorie du Genre : destruction de la personne

12.02.2014

Camel Bechikh : « Ce que j’aurais voulu dire le 2 février 2014 »

Pour une politique familiale forte


CB LMPT 2 février 2014.jpgLa politique familiale forte impose la mise en perspective des idées qui nous ont, au fil du temps, amenés à des politiques familiales faibles ! 

Politiques familiales faibles ayant exposé dangereusement, puis explosé la famille française et ses valeurs.

Il faut aujourd’hui le reconnaître, la pensée dominante, depuis le XVIIème en France, en construisant une république laïque a aussi tenté d’éteindre la France catholique. Mais que devient la France sans le souffle catholique qui l'a fait naître ? Ce souffle, fixant les points cardinaux des valeurs du respect de la vie, des valeurs de protection des plus faibles, des plus pauvres, de la famille...

Je ne rentrerai pas dans les détails car si vous êtes présents aux côtés de La Manif Pour chrétiens, juifs, musulmans, athées… Tous, depuis plus d’un an, c’est que chacun d’entre vous à terminé de comprendre comment nous en sommes arrivés là, mais surtout, comment nous allons en sortir.

 

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Marthe Robin, malheureusement trop peu connue des français, donna son avis sur la dégradation sociale et morale de la France en 1971 :

« Ce n'est rien à côté de ce qui va arriver. Vous n'imaginez pas jusqu'où l'on descendra ! Mais le renouveau sera extraordinaire, comme une balle qui rebondit ! Non, cela rebondira beaucoup plus vite et beaucoup plus haut qu'une balle ! » 

Il ne fait aucun doute qu’après l’avortement, le mariage pour tous, la théorie du genre… nous ayons atteint l’abîme, mais il ne fait aucun doute non plus que l’ensemble des dernières mobilisations populaires, La Manif Pour Tous en tête, forment ce début de Renaissance française.

À ce titre, rendons hommage à celles et ceux dans l’ombre qui ont permis que nous soyons une de fois de plus si nombreux et, une pensée particulière pour notre présidente, Ludovine de la Rochère, pour avoir su maintenir l’élan malgré les épreuves traversées par le mouvement.

Enfin merci aux musulmans de France qui ont joué un rôle décisif ces jours derniers pour que jamais l’école ne devienne un lieu totalitaire, un lieu d’endoctrinement de la morale laïque. Merci à eux pour leurs efforts afin que la France reste fidèle à son baptême, à son souffle et ne troque jamais son âme...

Vive La Manif Pour Tous,

Vive la France !

 

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J'ajoute un petit post scriptum à ce discours, tel que j'aurais voulu le manifester le 2 février : Tous les jeudis, à 18h30, une Messe pour la France est célébrée avec les Bénédictines au Sacré-Cœur de Montmartre, précédée à 18h par les Vêpres, la litanie des saints de France en assurant la transition…

 

Une raison d'espérance

23.09.2013

La libre conscience : cette capacité à penser la société

 

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Invitée à la Faculté de théologie réformée d’Aix-en-Provence Georgina DUFOIX fit cette déclaration   « je veux attirer votre attention sur le fait que l’intolérance politique est parfois plus cruelle que l’intolérance spirituelle, dont pourtant on a tellement parlé. Rabaut Saint-Etienne est mort pour avoir refusé de voter la mort du roi. Il a été réhabilité par la suite… Il est important de voir combien l’intolérance politique peut être cruelle et radicale ». Cette citation de Georgina Dufoix s’est alors imposée à l’aune de ce changement de paradigme traversant la société, changement radical des conceptions autour de l’homme dont les incidences peuvent peser demain sur notre libre arbitre comme homme, comme citoyen habité par des convictions philosophiques ou simplement spirituelles.

Nous savons que la conscience ne se réduit pas à une seule sensation d’existence mais elle est constituée d’une dimension cognitive qui est essentiellement adossée à la culture… 

Or cette dimension cognitive de la conscience, le libre arbitre de l’homme, nourrie par les savoirs est sans aucun doute en péril. Nous avançons dans ce texte l’hypothèse d’une conjonction d’éléments interagissant entre eux, altérant, atomisant la dimension de la conscience, cette capacité à penser la société. Ces menaces s’articulent autour du nivellement de la culture, du divertissement, de la crise, de l’idéologie, facteurs qui participent en s’intriquant à la déconstruction de l’être…

 

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Un nouveau contexte social et une nouvelle problématique pour la conscience

L’actualité 2013 a largement nourri cette thématique de la libre conscience, conscience qui dans sa dimension ontologique a été violemment malmenée dans les dimensions anthropologiques fondatrices de notre humanité.  Dans cette culture du divertissement, il devient aisé de rendre la conscience plus malléable. La plasticité du cerveau est ainsi comme étourdie par les petits plaisirs de la société consumériste. Cette société marchande et de l’image  se prête dès lors davantage à accueillir les réformes sociétales sans en réaliser les enjeux pervers touchant la déconstruction des représentations relativement à l’identité humaine. 

Ainsi le socle de la famille est aujourd’hui fragilisé, déstructuré par les aléas qui ne découlent pas nécessairement de réformes sociétales mais bien des conceptions marchandes qui produisent du rêve, un rêve d’égalité donnant l’illusion de s’affranchir des servitudes d’une soi-disant morale trop contraignante, bien trop pesante.

Au lieu de construire des repères, des limites pour consolider le bien commun issu des rapports, des relations dont le socle a pour essence la famille, la loi entend sublimer les mœurs, les épouse en quelque sorte. En magnifiant les mœurs, la loi façonne un autre type de société qu’il faut finir par imposer, ce que la morale librement n’avait pas elle érigé en règles.

Mais la loi qui transgresse l’anthropologie ne suffit pas pour modifier les mentalités : il faut le recours à un monopole idéologique, une  conception d'une nouvelle vérité qui ne supporte pas  l’ancienne vision anthropologique de l’humanité.

À travers l’histoire, souvenons-nous de la violence qui habite les idéologies voulant faire régner une conception de l’homme. Ainsi, comme le rappelle un écrivain français dans un article paru dans le Point « Pendant 70 ans, d'une manière sanglante, implacable, le pouvoir soviétique s'est employé à lobotomiser le peuple russe, à le couper de ses racines culturelles et spirituelles, à lui faire croire que cela seul qui importait, c'étaient désormais "les valeurs du marxisme-léninisme", à interdire aux enfants chrétiens de porter au cou leur petite croix de baptême. Vu la catastrophe inouïe que constitua cette hystérique tentative de décervelage [...], je n'imagine pas une seconde que notre ministre de l'Éducation nationale, M. Vincent Peillon, puisse désirer quoi que ce soit de comparable pour la France. »

Ainsi la conscience comme mémoire et comme appréhension des enjeux qui se dessinent à ce jour me semble comme en péril, menacé, oui affaibli par une forme de délitement de la pensée, de la culture du bien, du beau et du vrai. Les démiurges de cette nouvelle conscience s’emploient aujourd’hui à la transformer et ce à travers l’école.


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Une définition de la conscience

Sur un plan strictement psychologique, la conscience associe concomitamment une perception de soi, de soi comme identité unique, une représentation sensible de sa propre existence, la reconnaissance d’une identité indivisible au sein de son environnement.

Sur un plan philosophique  la conscience se définit également comme la faculté  qui permet d'appréhender les phénomènes, de les analyser, de les comprendre, de prévenir les menaces qui pèseraient sur sa propre survie et celle de son espèce.

Sur un plan cognitif, la conscience est une forme de mémoire. La conscience se façonne de matériaux qui lui sont transmis via la culture, la culture comme une construction de l’être, la prise de conscience d’un tout qui résulte de l’héritage d’un capital culturel.

Il convient de souligner que c’est la culture qui nourrit  l’être dans toutes ses composantes. Or, à rebours d’une conscience façonnée par la culture, c’est la dimension philosophique et cognitive de la conscience qui fait l’objet d’une entreprise d’affaiblissement. Cette culture permet à l’homme de penser ce qu’il est.  Dans les ambiances totalitaires, la transmission de la culture n’est probablement pas la bienvenue.


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La libre conscience un enjeu de société

La conscience des individus représente un enjeu pour les sociétés qui soit poursuivent l’objectif de plénitude de l’individu soit a contrario entendent la contrôler ou pire l’atomiser pour anéantir toute révolte ou toute faculté rétive.

Toutes les sociétés totalitaires naissant de l’indifférence des individus, il suffit de les distraire, de les divertir.  Hannah Arendt  avait relevé cette problématique morale d’une société plongée dans une forme de nihilisme culturel, détachée de la recherche de sens. Rappelons cette citation de la philosophe, citation fulgurante : "C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.

Le refus de s’indigner, le renoncement de soi, ne plus dénoncer les formes d’injustices conduisent inévitablement à installer le caractère liberticide de l’état. Les sociétés totalitaires ont toujours pour démarche la volonté d’anéantir  la fonction de penser, la capacité de réagir.

Les facultés de conscience, savoir appréhender, savoir analyser, savoir poser les problèmes ont toujours dérangé les gouvernances. Le changement de la conscience est engagé à l’aune d’une société galvanisée par la facilité d’accéder au plaisir des sens et aux promesses que lui font miroiter les temples de la consommation.

Dans de tels contextes,  le délitement de la conscience est engagé, altération de la conscience qui puiserait son origine dans plusieurs sources : le nivellement de la culture, le divertissement, la crise économique qui épuise et déstructure l’homme et enfin  l’idéologie de la laïcité et théorie du genre diffusée par l’école…

Le nivellement de la culture

La culture n’est-elle pas la dimension d’un héritage qui aide à penser par soi-même ? Ne remplit-elle pas une fonction d’épanouissement de l’individu ? Or force est de constater que la dimension culturelle est de plus en contestée y compris dans les milieux de la « bien-pensance ». L’homme de la cité est passé d’un statut de citoyen à celui de simple consommateur devenu addicte des temples de la marchandisation où la fonction de penser par soi-même n’est pas utile quand il suffit de satisfaire des besoins, des appétits de consommation.

Le discours de Victor Hugo énoncé à l’assemblée nationale est frappant, interpellant, sonne comme un avertissement en regard de cette puissance de la matérialité, du plaisir marchand qui appauvrit la recherche du bien commun dans sa dimension spirituelle et culturelle : « Eh bien, la grande erreur de notre temps, affirme l’écrivain, ça a été de pencher, je dis plus, de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien matériel.
Il importe, messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser pour ainsi dire l’esprit de l’homme ; il faut, et c’est la grande mission […] relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C’est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l’homme avec lui-même et par conséquent la paix de l’homme avec la société. »
http://fr.biobble.com/membres/1042/victor_hugo/anecdotes-12500

La culture consumériste est finalement l’envers de la culture, une anti-culture, celle d’une forme d’anéantissement de la pensée, la construction d’une pensée unique comme le mentionne Nabil EL-HAGGAR Vice-président de l’Université Lille 1,  pour qui « se pose la question de savoir si notre démocratie est encore capable de faire face à la pensée unique et de sauver la citoyenneté de la marchandisation, ou si notre démocratie n’a pas besoin d’une bonne révolution culturelle pacifique qui la rende capable de préserver les valeurs pour lesquelles nos anciens ont fait la grande révolution. »

Poursuivant son propos Nabil EL-HAGGAR ajoute « force est de constater que, quelques siècles après Condorcet, le nivellement de la culture par le bas n’est plus une tentation mais une réalité quotidienne. C’est ainsi que la culture est réduite à l’anecdotique et qu’il n’est pas rare d’entendre des universitaires qualifier toute exigence culturelle et intellectuelle d’élitisme mal venu et anti-démocratique. »

Nous sommes tous frappés par les éléments de langage des médias qui sont les « prêts à penser » de notre société et n’offrent que trop rarement une lecture différenciée du monde.  Leurs discours « lissés » deviennent profondément uniformes ne parlant que d’une même lèvre.

L’appauvrissement de la culture, l’abaissement des niveaux d’apprentissage participent largement à l’uniformisation de la pensée, à l’arasement de toute réflexion qui épanouit l’homme.

Si la culture est une nécessité par l’ouverture d’esprit qu’elle suscite, le nivellement engagé et qui résulte de multiples facteurs se rapproche finalement des méthodes sectaires qui excluent la différence, toute pensée critique.

La culture participe de l’éveil des consciences comme le rappellent si souvent les veilleurs dans le cadre de leurs rassemblements sur l’asphalte des routes empruntées ou les pavés des places publiques. La culture permet de penser la société, encourage le libre arbitre, éclaire la complexité.

La culture est malmenée, les pages de nos manuels d’histoire qui disparaissent témoignent de cette maltraitance du passé. Une forme de plan social est organisée autour de chapitres qui seront ou ne seront plus enseignés. Rappelons que ce n’est pas nous qui faisons l’histoire, comme le Pasteur Martin Luther King l’écrit dans La Force d’aimer. C’est l’histoire qui nous fait. Et sans le passé, la transmission de la mémoire à travers la succession des générations, il n’y a alors plus réellement de sens. Mais à l’heure où la filiation est remise en cause, y-a-il quelque chose d’étonnant ? Nous avons besoin d’apprendre du passé pour nous projeter sur le présent et dessiner un avenir à notre conscience, notre libre conscience.

Dans un livre parfaitement idéologique « La Révolution française n’est pas terminée » (Editions le Seuil), le ministre de l’Education Nationale fait de l’école non le lieu de la transmission des savoirs mais fait de l’institution scolaire  "la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la république".  Vincent Peillon, écarte ainsi  le rôle de transmission légitimement attribué à la famille, le ministre considérant que "L’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome". N’est-ce pas là la trame d’une nouvelle idéologie qui pourrait s’avérer sanglante en engendrant une forme de nouveau fascisme intellectuel ?

Le divertissement

Il faut pour l’homme échapper à l’ennui ou à l’existence chargée de vicissitudes avec ses tragédies.

En abordant le thème du divertissement comme une façon d’annihiler la conscience, on songe au philosophe Pascal qui évoque le divertissement comme une manière d’être détournée de soi. « Mais qu’on juge quel est ce bonheur qui consiste à être diverti de penser à soi. »

Il faut dans le divertissement, réinventer le réel, mettre en scène une forme d’imaginaire qui nous met en distance avec les réalités. Les médias sont devenus de véritables industries du divertissement, ont inventé la télé-réalité qui n’est en soi qu’une fiction artificielle et irréelle où se joue une parodie de la vie, mettant en scène les fantasmes délirants.

Le divertissement, il faut le reconnaitre, participe largement de cette déconstruction de la conscience en abêtissant toute faculté de penser ce que l’on voit. Le spectateur est noyé, submergé dans un flot de séductions et d’images qui l’éloignent de lui-même plongé dans ses réalités, mobilisant ainsi notre lucidité devenue délétère.

Ainsi les hommes absorbés par le tumulte des images, transfèrent docilement leur esprit, leur conscience comme si le fantasme devenait pour eux la réalité, une réalité plus douce, plus agréable, plus artificielle, un paradis artificiel en quelque sorte.

Quand une idéologie de la déconstruction de l’homme s’organise, les médias deviennent alors l’instrument du démiurge pour distiller sa pensée. Divertir l’homme est aussi une façon de façonner, de réduire son libre arbitre en diminuant sa faculté à réagir, à protester.


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La crise économique qui épuise

Le monde est aujourd’hui dominé par la puissance financière, un empire virtuel qui limoge l’économie du réel, la Babylone des marchands qui rend captif l’ensemble de la planète en mettant sous son joug les plus fragiles, les plus faibles d’entre nous. La puissance spéculative ligote d’une certaine manière la pensée comme le dénonçait Viviane Forester (femme de lettres, essayiste) qui pointait les désastres d’une économie déconnectée des dimensions qu’elles manipulent. Selon Viviane Forester, ces puissances financières « ont expulsé la substance vitale, évacué tout sens humain, dénaturé la valeur ». 
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article23849

La destruction de l’emploi stable auquel on substitue l’emploi temporaire augmente toutes les formes de précarisation. Celui qui vit dans une précarité permanente est étranglé par des situations anxiogènes qui paralysent son souhait légitime de s’épanouir, de se cultiver.

L’angoisse d’une vie sans réels lendemains freine, l’empêche de consacrer du temps pour lui, de dépenser pour s’ouvrir à son environnement.

Dans les temps de crise, que deviennent les créateurs dont les moyens d’expression se réduisent comme une peau de chagrin. Dans les crises, c’est le repli de la conscience culturelle, c’est la déprise ou le lâcher prise de la conscience qui peut se donner du temps pour réfléchir, poser un acte de penser.

Les crises ravagent non seulement des destins mais paupérisent la conscience, la liberté de penser.


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L’idéologie diffusée par l’école…

C’est dans l’ignorance que se construit le lit occulte des pires idéologies. Il est ainsi tellement plus aisé de manipuler les consciences, d’attenter à l’esprit qui est dépossédé des armes nécessaires pour freiner ces tentatives obscures de fausser, puis d’orienter les croyances des citoyens. 

Pour Vincent Peillon "Toute l’opération consiste bien, avec la foi laïque, à changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Église." (Vincent Peillon, "Une religion pour la République: La foi laïque de Ferdinand Buisson", Éd. du Seuil, 2010, page 277)

Une rhétorique de l’homme nouveau est ainsi annoncée, prêchée par ses idéologues qui entendent partager à la société entière et sans aucune précaution, la théorie du genre qui nie la différence sexuée de la société, l’altérité des êtres.

Il sera d’autant plus facile de distiller l’idéologie autour de cette nouvelle conception de l’homme, qu’il y a ce constat patent de familles morcelées qui ne sont plus dans la transmission de l’éducatif. Il est alors aisé pour l’état de transférer à l’enfant ce que la famille ne transmet plus, constat d’une véritable porosité qui en soi ne protège plus l’enfant contre cette tentative d’aliéner la conscience épurée de l’héritage familial, des stéréotypes comme nous l’avons entendu dans l’hémicycle de l’assemblée nationale.

Sans aucune précaution, cette conception de l’homme libérée d’images préconçues justement culturelles, entend conditionner l’enfant sur de nouveaux stéréotypes adossés à l’interchangeabilité des identités détachées du sexe biologique, une nouvelle théorie du genre.

Le texte de Victor Hugo  auquel nous faisons ici référence, s’avère être d’une rare acuité,  d’une grande clairvoyance, prend une dimension quasi prémonitoire dans le contexte d’une nouvelle laïcité  qui entend s’imposer aux esprits. "Eh ! Quel est, en effet, j’en appelle à vos consciences, j’en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L’ignorance. L’ignorance encore plus que la misère. L’ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau des multitudes..."

Ces idéologues veulent frapper les consciences sous des idéaux séduisants de non-discrimination, d’égalité, de vision libertaire et imposer à la conscience de nouvelles lectures sur une anthropologie soi-disant débarrassée de ses oripeaux. 


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Ces idéologues qui vantent la laïcité et citent volontiers Jules Ferry omettent cette célèbre consigne recommandée aux enseignants

"Ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas que votre sagesse, c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. Si étroit que vous semble peut-être un cercle d’action ainsi tracé, faites-vous un devoir d’honneur de n’en jamais sortir. Restez en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer à la franchir ; vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée qu’est la conscience de l’enfant"...

Toutes ces dimensions de nivellement de la culture, de divertissement, de crise, d’idéologie s’intriquent, s’entremêlent et interagissent comme autant de composantes qui affaiblissent toutes les facultés cognitives de l’homme. Ces dimensions participent d’un affaissement du libre arbitre, de la libre conscience.


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Les sociétés totalitaires savent fabriquer des individus amorphes, confinés au retrait

Dans les origines du totalitarisme, la philosophe Allemande Hannah Arendt met en évidence l’aliénation d’une forme de conscience de soi qui résulterait d’une dimension d’isolement, d’éloignement de soi de la communauté, une rupture relationnelle, la déconstruction en quelque sorte des liens de solidarité.

Les sociétés totalitaires savent fabriquer des individus amorphes, confinés au retrait, sans liens entre eux.

Pour  les régimes totalitaires, afin de régner sur les masses, il faut s’assurer de la déconstruction des liens de solidarité au sein même de la communauté des hommes. C’est en poussant une forme d’isolement relationnel jusqu’à ses limites les plus extrêmes que les régimes totalitaires ont su  créer des sociétés totalement aliénantes.

Hannah Arendt  « Les mouvements totalitaires sont des mouvements de masse d’individus atomisés et isolés. Par rapport à tous les autres partis et mouvements, leur caractéristique la plus apparente est leur exigence d’une loyauté totale, illimitée, inconditionnelle et inaltérable de la part de l’individu qui en est membre. (...) On ne peut attendre une telle loyauté que de l’être humain complètement isolé qui, sans autres liens sociaux avec la famille, les amis, les camarades ou de simples connaissances, ne tire le sentiment de posséder une place dans le monde que de son appartenance à un mouvement, à un parti. Ni le national-socialisme ni le bolchevisme ne proclamèrent jamais qu’ils avaient établi un nouveau genre de régime, ni ne déclarèrent que leurs objectifs étaient atteints avec la prise du pouvoir et le contrôle de l’appareil étatique. Leur idée de la domination ne pouvait être réalisée, ni par un État, ni par un simple appareil de violence, mais seulement par un mouvement animé d’un mouvement constant. L’objectif pratique du mouvement consiste à encadrer autant de gens que possible dans son organisation et à les mettre et à les maintenir en mouvement; quant à l’objectif politique qui constituerait la fin du mouvement, il n’existe tout simplement pas.".


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Des hommes et des femmes au destin exemplaire, qui ont décidé d’agir en regard de leur liberté de conscience

Un ami (Steph Ark) me rappelait que quand César m'enjoint d'enfreindre les lois divines, je suis contraint de désobéir à César, car « il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Actes 5:29). Ainsi des hommes comme Saint Paul ont eu ce rare courage de le mentionner, de faire ce choix, se soumette à Dieu, à ses lois divines.

Des hommes et des femmes ont ainsi jalonné l’histoire de notre pays. Ils ont obéi à leur conscience pour éviter des carnages ou des tortures inutiles en temps de guerre comme ce geste exemplaire du « général Jacques Pâris de Bollardière, responsable du secteur de l'Atlas blidéen, [qui] fait sensation en annonçant par voie de presse en quelles circonstances il a été amené à renoncer à son commandement. Ancien des Forces françaises libres, parachuté dans le maquis en 1944, il acquiert la conviction, au spectacle des atrocités nazies, que la torture est le propre des régimes totalitaires ».

Il faut du courage à ces médecins, à ces maires ; il faudra du courage demain à ces instituteurs de refuser l’application de lois qui enfreignent « la conscience délicate et sacrée de l’enfant ».


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Conclusion

Pour conclure ce texte et m’inspirer du propos d’un auteur inconnu dont je reprends l’idée, j’aimerais vous évoquer une voix intérieure plus savante que Pascal, plus éloquente que Winston Churchill, plus perspicace que Saint Augustin, plus réformatrice que Calvin et elle s'adresse à plus de monde et avec plus de puissance que  n’importe quel homme. Son auditoire se limite au nombre de gens qui habitent sur cette terre. Elle n'est jamais lasse d’interpeller, elle éprouve constamment le besoin d’importuner, elle se fait entendre de façon permanente. Si nous agissons avec égards, elle peut devenir notre meilleure amie. Si nous la traitons sans égards, elle peut être alors notre pire ennemie et cela pour notre plus grand malheur. Cette voix, c’est la Conscience.

Dans le livre des Proverbes au chapitre 20 et au verset 27,  nous pouvons lire ce texte : "Le souffle le l'homme est une lampe de l'Eternel qui pénètre jusqu'au fond des entrailles." Autrement dit, la conscience c'est la vérité de Dieu qui est mise dans le coeur des hommes. C’est elle qui nous rend libre, elle seule, si nous acceptons de nous laisser éveiller.


Éric LEMAÎTRE

in Éthique Chrétienne

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16.09.2013

Pourquoi voir dans l’idée de détermination la source de tous les maux ?

Chère amie,

Je reviens à la charge !

Je lis le lien que tu m'as donné. Toutes ces études sont intéressantes ; les statistiques semblent de façon un peu magique, faire autorité : à des statistiques, on peut toutefois les interpréter dans un sens ou bien, en fonction du présupposé initial de celui qui argumente, sur la base des mêmes statistiques, vouloir montrer l'inverse...

Nos présupposés ne sont pas, dans ce débat, les mêmes (cela n'a rien de dramatique en soi d'ailleurs !). Une chose qui m'étonne, dans cette affaire du "genre", une chose qui me chiffonne (et qui fait que je n'endosse pas du tout son postulat, cela pour des raisons, non pas spirituelles ou religieuses, mais philosophiques), c'est qu'il faudrait que l'existence humaine initialement fût indéterminée. C'est ce postulat de l'indétermination qui me gêne, parce qu'il constitue, selon moi, une abstraction, une irréalité.

On pourra bien trouver toutes les preuves que l'on voudra, issues de l'expérience, nous naissons fille ou garçon. Il y a certes des accidents de la nature qui laissent apparaître une indétermination initiale, ou plutôt une bi-détermination, si l'on veut être exact, puisque des enfants peuvent naître, semble-t-il, avec des caractéristiques à la fois féminines et masculines (j'entends physiologiques, génétiques). On s'engouffre dans ces exemples parfois pour montrer l’indétermination sexuée et l’arbitraire de l’éducation et de la culture, comme si choisir pour l’enfant était mauvais.

Sur le fond, pourtant, pourquoi vouloir à tout prix défendre l’idée d’une indétermination fondamentale ? On dirait que l’idée de détermination (dans ce qu’elle implique en terme de non-choix) fait peur. Or, la liberté absolue n’est rien ; il en va de même de l’idée d’une égalité absolue qui supposerait une absolue indifférenciation.  Hegel dit (dans l’addition du  § 6 des Principes de la Philosophie du Droit qu’une «  volonté qui ne veut que l’universalité abstraite (…) ne veut rien et n’est donc pas une volonté. Le particulier que veut la volonté est une limitation, car la volonté doit absolument se limiter pour être volonté. Le fait que la volonté veuille quelque chose est une limitation, une négation. C’est pour cette raison que la particularité est ce qu’en règle générale on appelle finitude. » Traduit en Français courant, cela veut dire que la liberté absolue n’est rien et que la liberté n’a de sens que si elle se détermine, autrement dit, que si elle se nie, se particularise.

Or, se déterminer, apprendre à choisir, c’est subir des choix que déjà pour moi on a pu faire. Cela n’est pas forcément un mal. C’est le contraire qui serait mauvais. L’absence de détermination me laisserait dans l’incapacité de savoir poser un choix, de me déterminer. Ce que l’on n’accepte pas (ou de moins en moins bien) aujourd’hui, c’est d’être d’une façon ou d’une autre déterminé sur la base de ce que nous n’aurions pas décidé (cela, au nom de la toute puissance, (j’entends par  là le fait que je veux garder la possibilité de choisir entre tous les possibles).

Déterminés, par conséquent, nous le sommes, non seulement sur la base de nos décisions (quand je me détermine), mais aussi sur la base de ce que je n’ai pas décidé, de ce qui me détermine (par exemple le handicap, que je ne choisis pas). On me dira que ce qui compte, c’est la personne, dans son absoluité ou dans sa singularité. Je répondrais cependant, sur la base de ce que dit Hegel que ce qui me permet d’accéder à l’universel, depuis ma singularité, ce sont mes particularités (féminines ou masculines entre autres)  et que c’est par elles (le moyen terme) que l’universel -1er moment du syllogisme- (le fait d’être un être humain de désir, un être pensant, etc.) se singularise (3ème moment du syllogisme) dans cette histoire que, dans son unicité, je construis.

Déterminé, je le suis toujours déjà. Si cela peut relever de cruelles pratiques ou de cruels usages (ex : excision chez les femmes), je suis d’accord pour les contester, les  changer. Mais pourquoi voir dans l’idée de détermination la source de tous les maux ? Déterminés nous le sommes tous dans le langage par exemple (le français) que nous parlons, dans ces mots qui nous ont été transmis et qui sont toujours chargés de sens, de représentation du monde ou de présupposés. Est-ce mauvais ? Sans cela nous ne penserions même pas. Déterminés nous le sommes par notre histoire, notre éducation, ce que nos aïeux ou les penseurs qui nous ont précédé nous ont transmis : et alors ? Faut-il s’en plaindre ? Sans la tradition (au sens noble du tradere, de la transmission), nous ne serions pas devenus ce que nous sommes. Faudrait-il que le monde fût initialement indéterminé ? Ce serait un monde où n’intervînt aucune initiative, où rien n’aurait commencé. Arendt cite souvent Augustin (Cité de Dieu, XII, 20 je crois : « pour que quelque chose commença, l’homme fut créé »). L’homme (l’humain) est l’être de la détermination du sens et c’est ainsi que tout commence et qu’il y a histoire.

Pour ma part, je ne rêve pas d’indétermination, fusse au nom du doux rêve d’égalité qui a pour conséquence de tout neutraliser, voire de castrer ou d’empêcher de naître. Mes propos peuvent paraître passablement violent (ils restent conceptuels). C’est que je m’insurge contre ce type d’idée par laquelle constamment on dénonce la prédominance masculine (cela est un fait historique : Mme de Beauvoir, nous vous avons entendu) ;  mais la tendance aujourd’hui semble largement s’inverser dans un monde qui se féminise, avec des mœurs en apparence plus douces mais qui ne laissent pas de développer une certaine emprise (moins brutale, plus féminine, plus policée) où tout ce qui serait un peu trop masculin serait comme ringardisé, dénoncé, méprisé.

Non, nous n’avons pas à être égaux, c’est-à-dire nivelés. Et je dis cela depuis l’immense respect que j’ai pour les femmes (sans idéalisation car je sais aussi qu’elles sont bien imparfaites : je ne dis pas ça par rabaissement non plus, mais en réaction contre une certaine idéalisation du féminin)

C’est la philosophie constructiviste sur le fond que je conteste ici (Deleuze, Derrida, Foucault) qui, si intéressants soient-ils sont les enfants de la pensée de la dé-construction, enfants de la pensée nietzschéenne, par conséquent. Cela mène à un relativisme négateur que je conteste. Que cela soit le fondement philosophique des sciences sociales contemporaines qui se focalisent parfois, semble-t-il, sur le tout culturel : soit. Discutons. Mais que cet arrière-fond scientifique avec ses présupposés métaphysiques devienne l’arme de légitimation d’une action politique, je maintiens qu’il y a des dérives idéologiques dangereuses. Quand cela veut passer dans les programmes scolaires, je crois qu’il ne s’agit pas simplement d’un « formatage » au sens classique par lequel on choisissait tel ou tel aspect d’un programme, de mettre l’accent sur telle chose plutôt que telle autre, ou de privilégier même tel point de vue politique. Je crois qu’on est plutôt dans de la « refondation », comme dit Peillon, et je vois cela comme de la « refonte », c’est-à-dire comme une entreprise prométhéenne de fusion (au sens métallurgique du terme), par lequel il faudrait faire comprendre à tout individu qu’il est confondu avec la masse. C’est une pensée que, sincèrement, je considère comme dangereuse, quand elle perd de vue le principe intellectuel de précaution par lequel elle devrait ne conserver que le statut d’hypothèse.

Pour conclure, quand je discute cette idée du « gender », c’est bien sur le terrain philosophique que je la contre (pas sur la base obscure d’un ressentiment). Je parle beaucoup d’idée (peut-être peu des personnes comme tu disais dans un précédent mail) ; mais c’est parce que les idées déterminent ce que nous réalisons (dans tous les sens du termes) ; elles déterminent  le sens que nous donnons au réel ; à nos relations. Les études de genre, quant à elles, s’appuient sur un postulat que je ne partage pas, philosophiquement, et qui a des conséquences que, philosophiquement encore, je récuse. Il ne manque plus que d’en faire un programme politique, et nous entrons dans le meilleur des mondes…

Je suis, comme toi, un incorrigible discuteur…

Portez-vous bien !

Un Veilleur des Ardennes


 

 

12.09.2013

Une posture idéaliste qui semble porter en elle la haine de la distinction pour imposer l’uniformisation

Chère amie,

J’ai vraiment eu du mal à trouver du temps pour répondre sur le fond au mail que tu m’as envoyé en avril. J’essaie de le faire maintenant.

Je reviens sur le mail d’avril et sur le débat autour du mariage homo, ses présupposés, ses conséquences. Même si la loi  a été votée, promulguée, son contexte et l’action gouvernementale qui s’ensuit restent pour moi problématiques et toujours d’actualité.

Le premier point sur lequel je suis amené à réagir, c’est celui de la question de la dignité des couples homosexuels qui amène les promoteurs de la loi, comme par incantation et de façon quasi obsessionnelle, à soupçonner l’homophobie chez quiconque viendrait discuter les intentions et/ou l’action du gouvernement sur ce sujet et sur ce qui gravite autour. La chasse à l’homophobie est une priorité gouvernementale, on le sait ; et ton mail d’avril  n’échappe pas, à mon avis, au procès d’intention. Bien sûr, les choses furent écrites sous le coup de l’émotion et aussi sûrement d’une certaine colère ; mais le mot « homophobie » y revient plusieurs fois comme un anathème pour fustiger une position indéfendable voire immonde sur le sujet.

Je soutiens pour ma part que l’on peut envisager de discuter de l’homosexualité comme n’étant pas foncièrement égale à l’hétérosexualité sans pour cela n’avoir aucune intention de nuire aux personnes homosexuelles et en les respectant complètement dans ce qu’elles sont et dans ce qu’elles vivent. Par conséquent, je conteste (et je vais expliquer pourquoi) l’expression (posée aujourd’hui comme un dogme qu’il est interdit d’effleurer) d’égale dignité des couples (on trouve cette expression, par exemple, dans le numéro de Témoignage chrétien du 14 décembre 2012, dans l’article que tu m’as transmis- « Mariage pour tous, un progrès »- et que tu as distribué à la sortie de l’église). L’article, après avoir rappelé que « l’homosexualité a été persécutée ou opprimée depuis de longs siècles », dit que celle-ci est « une orientation sexuelle aussi légitime et digne que l’hétérosexualité ».

Je vais paraître chicaner, mais la notion de dignité ici utilisée me paraît impropre dans son usage. Il est vrai que ce terme est polysémique et qu’on l’emploie aujourd’hui à toutes les sauces. On parle de vie « digne d’être vécue », on veut pouvoir mourir « dignement », on va parler de la dignité d’un revenu. Le sens n’est pas le même quand on parle de la dignité de la personne. Dans les premiers exemples cités, la dignité désigne les conditions matérielles d’existence ; dans le sens second (qui est volontiers celui que philosophiquement j’embrasse), il ne s’agit plus de conditions relatives, mais de la valeur inconditionnelle, absolue et incomparable de la personne. Ce sens est celui défini par Kant dans les Fondements de la métaphysique des mœurs ; et il est sensiblement différent de celui, emprunté à la philosophie utilitariste anglo-saxonne qui définit l’idée de dignité à partir de l’utilité ou de l’utilisation que l’on peut faire d’une chose ou avoir avec quelqu’un[1].

Parler de la dignité des personnes homosexuelles, cela, comme pour quiconque, ne se discute pas. Parler d’égale dignité des couples, c’est jouer sur une ambivalence. Un couple est par essence relatif, puisqu’il est relationnel (Kant parle du caractère relatif de nos inclinations ou de nos sentiments). Ce n’est jamais une réalité absolue. Le terme de dignité ici employé n’est pourtant pas anodin, car il n’est pas complètement indépendant de la conception kantienne ci-dessus rappelée.  Autrement dit, insidieusement, tout en parlant d’une situation particulière et relative (le couple homo comme le couple hétéro), on infère l’idée qu’il y aurait là quelque chose d’absolu, d’intouchable, comme relevant du sacré. Ainsi, discuter cela serait porter atteinte au dogme de l’intouchabilité de la réalité des sentiments personnels, porter atteinte à la dignité de la personne et blasphémer contre l’individu et sa liberté sacro-sainte.

C’est mal comprendre la réalité du couple qui n’est jamais un absolu mais plutôt une réalité relative par essence. Pour autant, la réalité de la relation homme-femme n’ouvre pas aux mêmes possibilités que celle de l’union homosexuelle qui, comme tu le dis (et c’est aussi la thèse de Besson dans son livre Catholiques et homosexuels, sortir de l’impasse), peut avoir sa fécondité. Ces réalités ne sont pas les mêmes et ne sont pas forcément comparables. Je conteste aussi l’idée d’égale légitimité. Qu’est-ce à dire ?

Si être en couple, c’est éprouver des sentiments, des pulsions, des désirs, et de là, entrer en relation de réciprocité, j’en conclurai que tout sentiment est légitime, et que toute relation a sa valeur intrinsèque et incontestable. Cependant, toutes les relations n’ont pas forcément la même portée. Sans considérer que le couple homme/femme serait spontanément bon, saint, la particularité de cette relation se distingue de toute autre forme de relation à mon avis. De l’homme et de la femme peut jaillir l’excès (au sens étymologique d’ex-cedere) : il y a quelque chose qui « marche avant » eux et qui « marche après » eux, qui les pré-cède et qui peut leur suc-cèder. C’est de la fécondité biologique que je parle ici. Sans l’absolutiser, celle-ci n’est pourtant pas un fait anecdotique. Je sais que la fécondité peut être symbolique et plurielle ; la génération n’est cependant pas un fait accidentel de la relation. Ce quelque chose qui nous excède, c’est la vie dont nous ne sommes pas maître (et je ne mets pas encore Dieu là-dedans ; je le laisse tranquille !). Si « nature » qui vient du latin natus, signifie « naître », la naissance humaine ne se fait pas en dehors de ce fait profondément naturel et culturel à la fois qui est d’être le résultat du jaillissement de cette altérité première, sexuée (séparée, étymologiquement) qui permet une naissance naturelle première ainsi qu’une naissance seconde puisque l’on perçoit intuitivement qu’idéalement, cette altérité (qui n’est pas une radicale étrangèreté de l’homme et de la femme) nous a tous individuellement structuré (ou manqué) dans la présence (ou l’absence) de nos parents.

De ce fait, il n’y a pas égalité de situations. D’un point de vue individuel, émotionnel, sentimental (dans l’attachement et la réciprocité à l’autre), on peut concéder cette égalité ; mais d’un point de vue objectif, c’est-à-dire si l’on considère la réalité (la chose) qu’est le couple homme/femme,  j’y vois une spécificité inassimilable à quelque autre forme de relation.

On me dira que je fonde mon argumentation sur un fait brut de la nature, à savoir que la femme peut enfanter, ce qui serait un argument passablement « animal ». Mais je ne suis pas sans savoir qu’une femme n’est que rarement féconde (24 h par mois, pendant le processus d’ovulation). Autrement dit, elle est très souvent « stérile » au sens physique du terme. Ce n’est pas la fécondité naturelle nécessaire qui fonderait la légitimité du couple homme/femme ; c’est sa possible ouverture à plus que les deux (à savoir la vie) qui en fait une réalité inassimilable. Cela dit, encore une fois, non pas pour idéaliser, mais pour insister sur la spécificité, la différence de cette situation qu’est l’union de l’homme et de la femme. Rendre justice au réel, appeler un chat « un chat », voilà le sens profond de ce qui est juste et vrai. Dire que tout est équivalent et que tout est pareil, voilà ce qui est injuste. C’est en ce sens que je dis que le couple homo et l’union homme/femme n’ont pas la même « légitimité » (lex-legis, en latin, désigne la loi et l’idée de justice ; par mon propos, j’essaie de m’ajuster au réel).

Pour ce qui est du « mariage », le Code Civil de 1804 ne s’appuyait pas sur une réalité religieuse d’abord mais sur un fait « naturel », à savoir que l’union d’un homme et d’une femme (deux être bien imparfaits comme le dit Musset à la fin de  On ne badine pas avec l’amour) peuvent donner naissance, engendrer (c’est le sens originel du mot « parent », qui vient du latin pario, « générer »). Le Code Civil ancien ne faisait qu’instituer la responsabilité des époux l’un envers l’autre et envers la potentielle progéniture vis-à-vis de laquelle ils étaient déjà juridiquement responsables. Autrement dit, ce qui était institué, c’était un lien d’ob-ligation (expression pléonastique), notamment envers les plus fragiles, à savoir, dans l’ordre, la femme et l’enfant ; pas essentiellement des sentiments privés.

Aujourd’hui, le terme de « parent » a profondément changé de sens : on parle à toutes les sauces de « parentalité », faisant sens cette fois vers la fonction qu’ont les époux et non plus vers l’altérité sexuée fondatrice qui permet la génération. Or, une fonction est parfaitement interchangeable. Comme tu le disais, un homme peut être maïeuticien, une femme chauffeur de camion. Ton fils peut avoir appris à l’école, comme tu me le disais dans un mail,  que le rose était une couleur de fille (par parenthèse, les choses seraient peut-être différentes si son frère avait été une sœur : pour ma part, je n’ai rien forcé mais suis obligé de constater que le comportement de ma fille diffère sensiblement de celui de ses frères, même si, parmi ceux-ci, certains sont hyper sensibles ou ont même fait de la danse…) ; beaucoup de choses sont construites, mais on ne construit ni ne se construit jamais à partir de rien. En ce qui concerne le fait d’être parent, ce n’est pas seulement la fonction, ce que je  « fais » qui me définit comme  tel. Si c’était le cas, pourquoi être deux en effet, pourquoi un homme et une femme ; pourquoi pas une équipe éducative, etc.

J’ai bien entendu l’argument que tu as développé et qui est de dire que le droit français protège de façon exagérée le lien biologique. Sans vouloir le défendre comme un lien absolu (Dark Vador le méchant était bien le père indigne du sauveur Luc Skywalker que ce dernier aura dû finir par terrasser !), le lien naturel à l’enfant ne peut être ignoré. Affirmer, comme le fait la ministre de la Justice  que la « parentalité »[2] devient un fait social, culturel et choisi, c’est tomber à mon avis  dans un excès.

Avant, dans le mariage, ce qui était juridiquement fondateur, ce n’était pas l’état ou l’intensité du sentiment amoureux ; c’était la possibilité d’être parent. Cela concerne la société qui a son mot à dire en ce qui concerne la perpétuation de ce qu’elle est (sans ingérence non plus, mais en terme de protection de la famille).  Avec la loi nouvelle, ce qui est fondateur, c’est l’ordre du sentiment et la reconnaissance de toute forme d’inclination amoureuse. Pour le coup, l’État devient très intrusif et outrepasse son rôle qui est d’envisager le citoyen dans sa généralité et l’homme et la femme dans leur union particulière. S’intéresser à la singularité de la situation sentimentale, c’est donner à la loi un grand pouvoir. Vouloir changer les mentalités sur ce point peut légitimement laisser craindre une volonté d’emprise totale quoique douce et humaine  en apparence et dans ses intentions. Du point de vue des citoyens enfin, c’est penser que le droit doit nous rejoindre jusque dans la singularité de nos désirs. Cela peut ouvrir la porte à une pluralité de revendications délirantes pour satisfaire la démesure de nos désirs qui, par définition, sont sans limite. [3]

Je ne veux pas faire injure aux personnes homosexuelles ; je tiens seulement à redire la spécificité de la famille et de son fondement (l’altérité sexuée, un père, une mère). Les modèles familiaux sont multiples, d’un point de vue ethnique, culturel, existentiel, je ne suis pas sans le savoir. Toute famille humaine est bien imparfaite. Il n’empêche que, même si on a été élevé par ses grands-mères ou toute autre situation, nous n’avons qu’un père et qu’une mère ; et c’est bien sur ce fait naturel que l’on peut souhaiter que se construise une existence, y compris dans la recherche d’un père et/ou d’une mère symboliques.

Les homosexuels ne pourraient-ils pas jouer pleinement ou symboliquement ce rôle de parents ? 

Je crois que l’on peut avoir été élevé par deux pères et être équilibré ; mais je crois aussi que dans cette situation quelque chose (ou plutôt quelqu’un) aura manqué ; de même que, sans faire offense aux enfants de divorcés, on peut dire que cette situation, en général, laissé des blessures plus ou moins profondes. Il n’y a pas de papa et de maman idéale ; on peut reconnaître et même donner une reconnaissance juridique à des situations familiales plurielles ; mais uniformiser le réel sur la base de la conception des adultes qui veulent que tout revienne au même, je dis que c’est un déni de réalité. Idéalement, sans être idéalisant, un enfant a besoin de son père et de sa mère vivant leur relation si possible dans la paix et dans la stabilité.

Être parent ne se réduit pas au seul fait de remplir une fonction, de changer les couches ou de sortir les poubelles (pas plus qu’il ne se réduit au seul fait d’être géniteur). Il y a une altérité fondatrice qui échappe aux époux eux-mêmes parce qu’elle relève du mystère. Le mystérieux n’est pas l’occulte ; il est ce qui ne cesse de m’étonner et ce que je n’en finirai jamais de comprendre. Tout être est pour quiconque un mystère, je l’accorde ; et je suis moi-même pour moi-même un mystère. Mais l’altérité homme/femme dans la relation ne relève pas que de la différence génitale ; elle relève aussi de l’altérité ontologique. Je ne veux pas essentialiser, absolutiser ou réduire la femme dans un rôle (comme Beauvoir le signifiait dans leDeuxième sexe) ; pas plus, pas moins pour l’homme. Mais cette distinction sexuée, naturelle a des incidences psychologiques, émotionnelles, intellectuelles, spirituelles évidentes si bien que dans mon être au monde, être homme ou être femme n’est jamais indifférent. Je ne dis pas que l’homosexuel nie la différence (l’homosexualité masculine n’est pas le lesbianisme) ; mais j’affirme la polarisation essentielle (et non accidentelle) du féminin et du masculin dans la définition de notre identité, ce qui forcément a une incidence dans la nature de nos relations.

Dans Éthique et Infini, Lévinas pensait la relation homme/femme de la façon suivante : ce qui en l’autre sexe se cherche (entre le masculin et le féminin), ce n’est pas « un autre attribut en l’autre », mais un « attribut d’altérité ». Soyons précis : l’être humain est un être de désir. En ce sens, nos relations humaines sont par essence des relations d’êtres de désir à d’autres êtres de désir. On peut dire que, selon Lévinas, toute relation inter-humaine est une érotique (qui me convoque dans ma responsabilité et m’amène à discerner envers quiconque ce que je peux donner ou recevoir). Cela dit, dans la pluralité de nos relations, il y a une spécificité de l’opposition du féminin et du masculin ; une polarisation. La polarité n’est pas un positionnement absolu (il y a toujours plus au nord ou plus au sud que moi). Mais il n’y a de nord que par rapport à un sud. Cette opposition polarisée, que je le veuille ou non, me fonde physiquement mais aussi métaphysiquement. John Gray l’Américain a très bien signifié cela, sur la base de sa très riche expérience de thérapeute de couples. Cette différence entre les hommes et les femmes est relatée dans son livre Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Venus. Mme Codalen, psychanalyste, répond dans son ouvrage Toi mars, moi Venus, ou le contraire que le propos de Gray est inepte et que nous sommes universellement des êtres de désir ; voilà ce qui indistinctement nous constitue. Pourtant, même si le propos de Gray peut friser la caricature ou paraître schématique ; même si aucune relation ne se fait sur la base d’une technique de communication, l’intuition et l’exposé de l’auteur américain n’est pas hors de sens. La féminité et la masculinité ne se réduisent pas à la génitalité et ont une incidence décisive dans mon rapport au réel, dans mon être-au-monde.

Qu’en est-il de cette universalité de l’être humain ? L’égalité de condition est une chose indiscutable. Elle est un acquis de la pensée moderne et contemporaine. Cependant, elle n’est pas sans risque si on la comprend comme égalité des conditions (au pluriel). C’est Hannah Arendt qui, dans son texte Les Origines du totalitarisme au tome I (Sur l’antisémitisme), explique que « l’égalité des conditions,[est] à coup sûr un impératif fondamental de justice, [et] aussi l’une des plus grandes et des plus hasardeuses entreprises de l’humanité moderne » (ch.3 p.103-104 édition Points). Elle explique en effet que  « l’égalité exige que je reconnaisse tout individu, quel qu’il soit comme mon égal », si bien que des « conflits entre des groupes différents qui (…) refusent de se reconnaître réciproquement cette égalité de base » ont revêtu « des formes si effroyables ». Ce qu’elle veut dire, c’est que le  XXéme siècle a connu de grandes entreprises de nivellement. Cela est un effet pervers d’une notion — noble initialement — qui est celle d’égalité. L’égalité universelle ne peut ni ne doit être une négation des particularismes (Hegel avait déjà signifié cela à la remarque du §209 des Principes de la Philosophie du Droit). L’égalité de droit n’est pas l’égalité de fait ; cette dernière étant  impossible à obtenir vu que, d’un point de vue concret, les différences sont inassimilables. L’uniformisation est un danger. Quoique politiquement la revendication de l’égalité des conditions puisse se justifier, elle est, dans les faits, inaccessible. L’égale dignité des personnes n’est pas l’égalité des situations. Cette fiévreuse revendication d’égalité, Tocqueville l’a parfaitement décrite (Arendt s’inspire beaucoup de Tocqueville) dans son ouvrage La démocratie en Amérique[4] ; le XXéme siècle a réalisé dans son caractère le plus abject ce que pouvait être une société uniforme.

Si je m’en vais sur ce terrain, c’est que l’idée d’un « mariage pour tous », ponctuellement s’appuie sur un tel présupposé d’égalité uniformisante. Le paradigme sur lequel s’appuie l’idée d’un « mariage pour tous » est celui d’une parfaite interchangeabilité des conjoints, sans que la différenciation sexuée ne doive intervenir. Autrement dit, ce qui fonde la nouvelle définition du mariage, ce n’est plus le fait objectif et réel de la possible parenté (entendu au sens de la possibilité de générer puis d’éduquer l’enfant) ; c’est la reconnaissance et la consécration du fait subjectif (même s’il est relationnel, puisque l’on parle bien aussi de couple et de relation) qu’est le sentiment des individus. Même s’il y a réciprocité sentimentale, c’est l’ordre subjectif qui ici fait autorité ; non plus la possibilité objective et excessive de recevoir la vie dans la présence de l’enfant. C’est la famille et l’enfant que l’État et la société précédemment protégeait dans l’institution du mariage (c’est aussi cette conception que l’article 16 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 défend) ; aujourd’hui, c’est l’inclination d’individus adultes, certes liés dans la réciprocité, que l’État consacre. En effet, comme le disait la Garde des Sceaux, nous changeons de civilisation, nous changeons de référent, de paradigme. À dire vrai, le changement n’est pas d’aujourd’hui, il est profondément ancré dans la mentalité moderne (j’entends depuis la pensée du XVIIéme siècle) ; la loi actuelle ne fait que rendre effectif, sur ce point, une revendication (qui n’est pas prêt de s’arrêter) qui est de consacrer (jusqu’à la calcination : Giacometti exprime cela très bien dans ses sculptures) les désirs de l’individu.

Je ne fustige pas le désir homosexuel. J’insiste en disant que la réalité de sa situation n’est pas la même que celle de l’union d’un homme et d’une femme. C’est cela que le droit continuait de distinguer en reconnaissant la spécificité du mariage à l’union de l’homme et de la femme qui seuls peuvent être parents au sens plénier (naturel et culturel) du terme. Qu’un couple homosexuel se retrouve secondairement en situation d’autorité parentale (puisqu’il aura bien fallu un homme ou une femme pour générer l’enfant), cela ne me gêne pas ; que la loi en prenne acte ad hoc, pourquoi pas. Mais que de façon programmatique la loi dise que le couple homme/femme est comme un couple homosexuel, il y a là une posture idéaliste qui semble porter en elle la haine de la distinction pour imposer l’uniformisation.

Pour ce qui est de l’adoption, elle s’appuyait jusqu’ici sur la parenté naturelle et première (la présence de parents sexuellement différenciés, même si des dérogations étaient accordées à des célibataires). Cela veut dire que la parenté symbolique prend tout son sens à partir d’une parenté première et naturelle. Mais aujourd’hui, on ne voit plus pourquoi des individus devraient être privés de la possibilité et du bonheur d’avoir des enfants. Le fait naturel est complètement évacué au profit de l’affirmation de la liberté et de l’égalité des individus.

Le risque d’uniformisation est bien réel. Le « djènnedeure », comme tu dis, y est aussi pour quelque chose. Tu dis que l’appellation d’ « idéologie » est une stigmatisation vaticane, presqu’ignorante du phénomène dans sa complexité[5]. Je prends acte du fait que les « études de genre » sont une nébuleuse complexe qui ouvre à une pluridisciplinarité difficile à étiqueter derrière une conception uniforme. Il n’empêche qu’il y a là ce qu’on peut appeler un paradigme (comme le dirait Kuhn dans la Structure des révolutions scientifiques), c’est-à-dire un cadre de recherche ; et qu’aucun cadre de recherche, à ma connaissance, ne jouit d’une incontestabilité absolue. Que l’on conteste a priori la possibilité d’exister d’un cadre de recherche sans plus approfondir les choses, je comprends que cela puisse irriter ; mais que ce cadre soit discuté voire contesté dans ses présupposés ou dans ses conséquences, quoi de plus légitime intellectuellement ?

Quand le Vatican met en garde, sur les questions d’identité sexuelle, sur le fait que l’on ait une compréhension exclusivement culturelle, sociale, constructiviste de la sexualité, qu’est-ce qui gêne ? Ce n’est pas parce que c’est le Vatican qu’il n’a pas le droit de réfléchir et de le faire sur des bases anthropologiques ou philosophiques qui ne sont pas forcément celles de la pensée contemporaine constructiviste et relativiste. Quand Favier présente Anatrella (prêtre psychanalyste hostile au gender et à ses conséquences radicales) comme une posture académiquement isolée, est-ce un argument définitif et disqualifiant ?

Les positions radicales sont toujours gênantes du fait de la fermeture au dialogue qu’elles impliquent ; mais l’ouverture à la discussion n’implique pas qu’il faille comme un mouton tout accepter pour se faire tondre. En ce qui concerne le « djèndeure », on n’en est plus au stade de la simple réflexion ou de l’investigation universitaire. L’actualité pullule d’exemples où la pensée uniformisante s’impose jusqu’au sein des écoles où des familles doivent parfois faire face à des amendes ou à des peines de prison (c’est le cas en Allemagne[6], en Espagne,etc.). En France, on en est seulement au stade de la répression de manifestations pacifistes (je pense au mouvement des Veilleurs et au délit de pensée malfamée).

Je n’ai pas besoin du Vatican pour élaborer une pensée personnelle, même si ses documents me paraissent fort intéressants et plus sage que ce que la presse ou la pensée ambiante veut bien en dire[7]. Que les « études de genre » soit un cadre de recherche, très bien ; mais que cela devienne un principe d’action politique systématique et indiscuté (c’est ce que nous voyons se réaliser depuis plusieurs mois), cela nous inquiète. Nous sommes bien dans la dérive idéologique. Karl Marx est un grand penseur qu’en tant que philosophe, économiste, sociologue, etc. je respecte. Il n’empêche que la base de sa pensée (le matérialisme dialectique) a historiquement donné lieu à des dérives idéologiques. Le Darwinisme a toute sa légitimité scientifique (même s’il n’est pas scientifiquement et rationnellement incontestable). Le darwinisme social et le scientisme ont pourtant légitimé scientifiquement l’horreur nazie. Que des sociologues, des historiens, des biologistes, des médecins des philosophes discutent de la construction de l’identité sexuelle, très intéressant. Par contre, que l’on veuille venir bourrer le crâne de mes gosses dès la grande section de maternelle sur le fait qu’il peut choisir sa masculinité ou sa féminité, dans l’indifférence, je n’ai pas tellement envie de laisser faire ; non par homophobie, mais refus de transformer une hypothèse scientifique — discutable — en dogme sacro-saint de l’individu condamné à être libre, comme dirait Sartre, pour se choisir dans l’Absolu et l’absence de toute détermination initiale. Toute philosophie, si noble soit-elle, n’a jamais valeur de dogme. C’est vrai pour un adulte et pour un élève de 18 ans ; ça l’est a fortiori pour un enfant de 6 ans[8] dont l’éducation incombe en priorité aux parents, ce que semble contester aujourd’hui le gouvernement, pas seulement français.

Pour finir sur ce volet et pour appuyer scientifiquement mon argument, j’appelle « idéologie » une théorie, logiquement satisfaisante, voire plus rassurante que le réel, (le réel étant toujours trop complexe, imprévisible comme dirait Bergson) et  qui finit par nous couper de la réalité. Ce n’est pas sur l’autorité du Vatican que j’appuie mon propos mais sur la réflexion de Hannah Arendt[9]. Que l’identité sexuelle soit un fait essentiellement culturel dans la construction de soi, je ne l’ai, pour ma part, jamais nié ; à condition que l’on considère (c’est ce que j’avais écrit dans mon premier mail en citant Merleau-Ponty) que le culturel en l’homme n’a de sens que sur la base de la nature qu’il transforme[10]. Autrement dit, en l’homme, la nature sans la culture est une hérésie philosophique (je veux bien contester les partisans du « tout naturel » ou du « tout biologique ») ; la culture sans la nature en est une autre. L’exaltation du « je choisis tout » et d’une liberté absolue pensée comme construite exclusivement à partir de  soi, c’est joli comme idée, mais d’un point de vue éducatif, cela peut s’avérer catastrophique. Là aussi, je contesterai la thèse.

Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que le paradigme constructiviste (via la pensée de Foucault par exemple) qui semble déconstruire et délégitimer toute idée de nature pour renvoyer à la seule idée de choix absolument libre ouvre la porte insidieusement à une nouvelle compréhension de l’idée de nature[11]. Je m’explique : puisque rien ne prédétermine mes actions, mes orientations, mes choix, je suis absolument libre, si bien que, en matière de sexualité, je dois être à l’écoute de moi-même dans le sens d’une totale liberté. Aucune tendance, aucune tension n’est alors anodine ; elle exprime une pulsion qui en soi a toute sa légitimité. Par conséquent, la répression des pulsions devient un fait culturel illégitime. Culturellement n’aura de sens que le fait de cultiver ce que je ressens et d’exalter toute forme de plaisir. L’idée de nature est là aussi bien présente. Ce qui maintenant la fonde, c’est la légitime satisfaction de mes désirs (si bien que mon genre peut au cours de ma vie évoluer). Ne pas écouter ses tendances, ce serait les refouler de façon non légitime. Ce qu’on constate, c’est que le concept de nature ne disparaît pas (chassez le concept de nature, pourrait-on dire, et il revient au galop !) ; il change de sens (ainsi que le concept de culture qui doit cultiver la liberté sans frein et bannir toute morale ou culture archaïsante). Avec le nouveau concept de nature (cautionnant la liberté absolue où je dois être à l’écoute de mes tendances), il est possible que je sois au final dans la plus grande dépendance (mes tendances naturelles qui impérieusement devraient être satisfaites). Autrement dit, l’idée d’un « je me choisis comme je veux » peut devenir véritablement tyrannique[12] . Si de plus cela prend une tournure politique et collective, on est en droit de discuter voire de ne pas se laisser imposer des lois d’un genre nouveau qui voudraient régenter jusqu’à l’intime…

Je ne suis pas dans le délire, le point de Godwin ou la théorie du complot. Cela fait plusieurs mois, disais-je plus haut, que nous sommes dans l’effectif et la concrétisation des idées. Quand on voit que les écoles de formation des enseignants (il faudrait dire de formatage), des enseignants d’enseignants se foutent à poil pour apprendre la déconstruction des stéréotypes ou des interdits culturels, je m’inquiète sur ce que l’on cultive. À vrai dire, je ne sais s’il faut en rire ou en pleurer ; et je me demande de quel côté on dis-joncte, au sens propre du terme, c’est-à-dire de quel côté on se coupe du réel… [13]

Lorsque je parle de programme d’État, je ne puis ne pas évoquer l’attitude (qui n’a rien perdu de ce que Machiavel enseigne) de notre cher Ministre de l’Intérieur. L’action et l’actualité des Veilleurs est soigneusement tue (ajoute un accent aigu sur ce dernier mot, en l’accordant, et le terme est encore signifiant). Cela est vrai de l’attitude médiatico-politique depuis le début sur la considération des faits par le pouvoir qui, à mes yeux, est loin de s’honorer. Sortir des hordes de CRS face à des manifestants pacifiques que l’on fait passer pour des extrémistes, quel courage politique ! Tu parlais dans un précédent mail de la puissance de certaines familles, entité qu’il serait peut-être vain de défendre, au profit de causes autres ou plus nobles. Laisse-moi t’exprimer mon désaccord sur ce point, du fait de son anachronisme. L’ère contemporaine se situe du côté de l’exaltation de l’individu, pas du tout du côté de la défense de la famille depuis longtemps affaiblie. Ces dernières sont (comme toute situation familiale) à mon avis fragiles, bâties sur un équilibre non évident à préserver. Aujourd’hui, c’est plutôt du côté des individus qu’il faut rechercher les puissants[14]. Les familles influentes, cela valait peut-être du temps de l’aristocratie. S’il peut en exister encore aujourd’hui, ce n’est pas le cas de la famille moyenne (traditionnelle, ou plurielle, c’est-à-dire monoparentale, recomposée, etc.). J’en veux pour preuve le fait que, si les manifestations de la Manif pour Tous n’avaient pas été celle de familles classiques, de vieux, de célibataires pacifiques, d’homosexuels même,[15] etc. elle n’aurait pas eu le traitement qu’elle a eu. Quand on voit que quelques centaines de chauffeurs de taxi font plier le gouvernement dans ses décisions ou que quelques centaines de manifestants d’Électrolux (à raison) l’inquiètent, ça montre vraiment que les gens de LMPT dans l’immense majorité étaient plus proche de pacifistes que des activistes d’extrême droite. Sauf mon respect pour sa fonction, un Président fort avec les faibles et faible avec les forts, voilà ce que nous avons.

Pour ma part, c’est aujourd’hui du côté des Veilleurs que je me situe, sans haine, sans rejet de quiconque ni de personne, mais sans rougir non plus de ce que je pense et crois. Si cela me vaut de figurer sur un quelconque « mur des cons » ou « mur des homophobes », alors la liberté en moi saignera mais continuera de façon irrépressible de vouloir s’exprimer contre toute forme de pensée unique qui prend déjà des tournures tyranniques.

Je ne veux pas être moi-même despotique envers quiconque et accepte la pensée autre, même si je suis prêt à me battre par les arguments contre la diffamation. Je crois, pour finir, que Tocqueville a profondément été visionnaire lorsque, à la moitié du XIXème siècle, il décrivit la nature des mœurs contemporaines démocratiques. Sans aucune haine de la démocratie (il le dit dans son introduction et à plusieurs reprises dans son ouvrage), il est important d’en voir les possibles dérives. Celles-ci sont de l’ordre du nivellement, de l’uniformisation vers la médiocrité; et cela s’exerce dans l’impératif d’une pensée uniforme où la différence n’ose plus s’exprimer. La tyrannie des âmes est alors plus dangereuse (même si le propos peut paraître décalé) que n’importe quelle forme de torture physique. C’est ce qu’il appelle la « tyrannie douce ». Je crois que c’est ce qu’aujourd’hui nous vivons.[16]

Je m’excuse d’avoir été aussi long. Je t’assure sincèrement que je n’ai pas voulu m’épancher. J’ai seulement voulu suivre le fil logique d’une pensée, la mienne, sans pour autant m’enfermer (autant que j’ai pu, je suis allé lire des choses sur la question, y compris dans le « camp adverse » ; c’est pourquoi j’ai répondu aussi longtemps après ton mail d’avril).

Je n’ai aucune rancœur, aucune amertume dans mon propos. J’espère ne pas avoir laissé transparaître cela. J’ai réagi fortement car le fait de m’être senti (et de nous être sentis) comme rejetés par des amis du fait de ce que l’on pouvait penser ou croire m’a (et nous a) heurté. Je sais que cela est de part et d’autre involontaire. J’ai longtemps écrit et pesé mes mots, pas tant pour convaincre, mais pour de la façon la plus honnête qui soit, défendre une posture qui, selon moi et quoi qu’on en dise, a toute sa légitimité.

C’est ce que j’ai essayé de démontrer ; je ne sais si j’y suis parvenu. Pardon si j’ai pu être blessant. Même dans la polémique, là n’est pas mon intention.

 

En toute amitié

Un Veilleur des Ardennes 

 


[1] Pour l’utilitarisme, je me réfère aux pensées de Bentham puis de John Stuart Mill. La définition kantienne de la dignité, qui me paraît plus juste puisqu’elle se réfère à la valeur absolue de la personne, est par exemple exprimée de la façon suivante dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, 2° partie:  « Dans le règne des fins [pour l’homme] tout a un prix ou une dignité. Ce qui a un prix peut être aussi bien remplacé par quelque chose d’autre, à titre d’équivalent ; au contraire, ce qui est supérieur à tout prix, ce qui par suite n’admet pas d’équivalent, c’est ce qui a une dignité. Ce qui rapporte aux inclinations et aux besoins généraux de l’homme, cela a un prix marchand ; ce qui, même sans supposer de besoin, correspond à un certain goût, c’est-à-dire à la satisfaction que nous procure un simple jeu sans but de nos facultés mentales, cela a un prix de sentiment ; mais ce qui constitue la condition, qui seule peut faire que quelque chose est une fin en soi, cela n’a pas seulement une valeur relative, c’est-à-dire un prix, mais une valeur intrinsèque, c’est-à-dire une dignité. »

[2] Pour la distinction entre « parenté » et le terme récent de « parentalité », je m’appuie sur  les analyses de Thibaut Colin, dans son livre Les lendemains du mariage gay, édition Salvator, collection Carte blanche, juillet 2012.

[3] Sans faire d’amalgame, on voit la revendication des droits fleurir. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis (comme à d’autres endroits), des pédophiles ont situé leur inclination et leur pratique au même rang de légitimité que toute autre inclination sexuelle. Ils demandent la reconnaissance de leurs droits : direct.cd/2013/04/29/etats-unis-les-pedophiles-reclament-les-memes-droits-les-homosexuels.html. Cela a été repris aussi par mediapart.

[4] cf le début de l’introduction de La démocratie en Amérique ; cf aussi le tome I, 1°partie, chapitre 3 p.115-116 en GF.

[5] Je suis allé voir le blog http://penser-le-genre-catholique.over-blog.com/ ainsi que l’article d’Anthony Favier que tu m’avais indiqué sur la réception des « études de genre » par l’Eglise catholique, dans le contexte francophone :

http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/76/57/86/PDF/R...

[6] Va voir l’article suivant ; (on croit rêver, ou plutôt, pour ma part, cauchemarder…)http://www.contrepoints.org/2013/09/03/137364-assaut-poli...

[7] J’ai bien aimé la référence qu’Anthony Favier fait aux propos du Magistère aux pages 13 et 14 de l’article cité en note plus haut. Voici les propos de  Josef Ratzinger que Favreau cite. Ceux-ci sont extraits de laLettre aux Evêques de l’Eglise catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Eglise et dans le monde du 31 mai 2004 (Paris, Salvator, p.13) : « Pour éviter toute suprématie de l’un ou l’autre sexe, on tend à gommer leurs différences, considérées comme de simples effets d’un conditionnement historique et culturel. Dans ce nivelage, la différence corporelle, appelée sexe, est minimisée, tandis que la dimension purement culturelle, appelée genre, est soulignée au maximum et considérée comme primordiale. L’occultation de la différence ou de la dualité des sexes a des conséquences énormes à divers niveaux. Une telle anthropologie qui entendait favoriser des visées égalitaires pour la femme en la libérant de tout déterminisme biologique, a inspiré en réalité des idéologies qui promeuvent par exemple la mise en question de la famille, de par nature biparentale, c’est-à-dire composée d’un père et d’une mère, ainsi que la mise sur le même plan de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, un modèle nouveau de sexualité polymorphe. »

[8] J’ai vu dans les grandes ligne le document du syndicat SNUIPP-FSU sur l’éducation à l’égalité et la lutte contre l’homophobie : en terme d’endoctrinement implicite, ça fait froid dans le dos. Les intentions sont excellentes ; les applicatiions pratiques sont effrayantes dans ce qu’elles peuvent imposer en terme de vision du réel excluant toute alternative éducative. En 1789, l’exigence de liberté avait déjà conduit à la Terreur. Peillon qui a écrit La Révolution française n’est pas terminé semble sur la même voie. Contrairement à ce que tu écrivais dans un mail, je pense que sa posture, au sein du gouvernement, est loin d’être isolée (cf www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers_joints/p...).

[9] Aller voir pour cela les pages 294 à 299, au chapitre 4 du tome III - « Le Système totalitaire »- des Origines du totalitarisme (édition Points-Essai). une « idéologie » n’est pas n’importe quelle idée, théorie ou philosophie. Il s’agit d’une conception qui prend ses distances avec le réel et qui cherche à le supplanter. L’« idéologie » relève de la « logique d’une idée » qui  propose une vision mensongère plus satisfaisante parce que plus simple, plus schématique et, au final, moins déroutante que le réel et son caractère foisonnant, déstabilisant.

[10] La référence à Merleau-Ponty était la suivante : Phénoménologie de la perception, livre I, chapitre 6, pp.220-221). En l’homme, rien n’est naturel et  tout est culturel, à condition que l’on ne pense pas le culturel indépendamment de sa base naturelle et biologique : « Il n’est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d’embrasser dans l’amour que d’appeler table une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain sont en réalité des institutions. Il est impossible de superposer en l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait « naturels » et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique – et en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale… »:

[11] Pour ma part, je préfère philosophiquement me référer à l’idée aristotélitienne de « nature ». D’aucun diront que le paradigme aristotélitien est désuet et archaïsant pour penser l’homme. Pourtant, Penser que la philosophie constructiviste et relativiste contemporaine soit la seule qui vaille (avec cette croyance présupposée dans le progrès des sciences), c’est mal comprendre le sens de ce que philosopher veut dire. La philosophie aristotélitienne est une philosophie « finaliste », ce qui veut dire que son paradigme pour comprendre le réel intègre l’idée de « cause finale », concept contesté par la philosophie moderne (notamment par Spinoza dans l’appendice du livre I de l’Ethique). Cela dit, rien n’indique a priori que, pour comprendre la nature humaine, une philosophie soit obsolète. La façon qu’Aristote a de comprendre l’éthique et le politique est loin d’être insensée. Anthropologiquement, il n’est pas forcément inepte de voir une finalité inhérente et excédant l’homme et la femme dans leur relation. On peut penser un déterminisme sans que cela implique une prédétermination de nos vies : la liberté reste sauve !

[12] Jean Claude Guillebeaud développe cela dans son livre La Tyrannie du plaisir où il analyse très clairement l’injonction de jouissance dans laquelle culturellement aujourd’hui nous baignons tous.

[13] Va voir le lien (« Queer days Rachele Borghi) relatif au cours de Rachele Borghi de l’université  Paris IV Sorbonne. Elle serait professeure de géographie, militante du genre et spécialiste du post-porn, formatrice des futurs professeurs d’Histoire Géographie. On croirait un  canular étudiant. Elle se fout à poil en faisant son « cours ». Tout est possible !...

[14] L’influence et l’action par exemple, de quelqu’un comme Pierre Berger sur les médias et sur le politique le montrent.

[15] Il n’y a pas que Philippe Ariño  qui se soit exprimé sur la question. On le taxe d’homophobie ; je veux bien que l’on puisse ne pas s’aimer soi-même, mais on peut peut-être écouter tous ceux qui sont concernés par rapport à une question et ne pas forcément s’arrêter à un propos monolithique. Le mal être de l’homosexuel peut être dû à la société qui a sa part de responsabilité et c’est bien dommage ; mais il y a aussi des questions existentielles ou personnelles à écouter et à entendre. Le site homovox.com a pu exprimer cela ; d’autres personnes, homosexuelles, se sont aussi  exprimées dans le sens de la non-conformité à la bien pensance ambiante (cf par exemple le témoignage d’Yves Colin, maire et homosexuel, qui s’est publiquement opposé au projet de loi et à l’idée de l’appréhension uniforme des situations affectives : http://www.yvescolin.fr/article-un-maire-homosexuel-contr...).

[16] Voici comment Tocqueville perçoit la différence entre les tyrannie anciennes et la nouvelle forme de tyrannie émergente qui caractérise notre époque (in De la démocratie en Amérique, tome I, II°partie, chapitre 7). Je ne puis m’empêcher de le citer longuement : « La pensée est un pouvoir invisible et presque insaisissable qui se joue de toutes les tyrannies. De nos jours, les souverains les plus absolus de l’Europe ne sauraient empêcher certaines pensées hostiles à leur autorité de circuler sourdement dans leurs Etats et jusqu’au sein de leurs cours. Il n’en est pas de même en Amérique : tant que la majorité est douteuse, on parle ; mais dès qu’elle est irrévocablement prononcée, chacun se tait, et amis comme ennemis semblent alors s’attacher de concert à son char. La raison en est simple : il n’y a pas de monarque si absolu qui puisse réunir dans sa main toutes les forces de la société et vaincre les résistances comme peut le faire une majorité revêtue du droit de faire les lois et de les exécuter. Un roi d’ailleurs n’a qu’une puissance matérielle qui agit sur les actions et ne saurait atteindre les volontés ; mais la majorité est revêtue d’une force tout à la fois matérielle et morale, qui agit sur la volonté autant que sur les actions, et qui empêche en même temps le fait et le désir de faire.(…)Des chaînes et des bourreaux, ce sont là des instruments grossiers qu’employait jadis la tyrannie ; mais de nos jours la civilisation a perfectionné jusqu’au despotisme lui-même, qui semblait pourtant ne plus rien avoir à apprendre.(…) Sous le gouvernement absolu d’un seul, le despotisme, pour arriver à l’âme, frappait grossièrement le corps ; et l’âme, échappant à ses coups, s’élevait glorieuse au-dessus de lui ; mais dans les républiques démocratiques, ce n’est point ainsi que procède la tyrannie ; elle laisse le corps et va droit à l’âme. Le maître n’y dit plus : vous penserez comme moi ou vous mourrez ; il dit : vous êtes libre de ne point penser ainsi que moi ; votre vie, vos biens, tout vous reste ; mais de ce jour, vous êtes un étranger parmi nous. Vous garderez vos privilèges à la cité, mais ils vous deviendront inutiles ; car si vous briguez le choix de vos concitoyens, ils ne vous l’accorderont point, et si vous ne demandez que leur estime, ils feindront encore de vous la refuser. Vous resterez parmi les hommes mais vous perdrez vos droits à l’humanité. Quand vous approcherez de vos semblables, ils vous fuiront comme un être impur et ceux qui croient en votre innocence, ceux là même vous abandonneront, car on les fuirait à leur tour. Allez en paix, je vous laisse la vie, mais je vous la laisse pire que la mort. »

02.09.2013

Le « genre » : un outil éducatif majeur qui permettra la déconstruction des repères élémentaires liés à la vie affective et sexuelle, à la vision de la famille et de la société

Intervention de Ludovine de la Rochère auprès des Veilleurs lors de la veillée du 31 août à la Concorde – venue présenter aux côtés de Camel Béchikh les orientations de la Manif Pour Tous pour l’année à venir.

 

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« Bonsoir,

Je suis très heureuse d’être à nouveau avec vous ce soir, de vous faire part de mon amitié et de ma solidarité, de vous rencontrer et vous écouter. Il y a quelques jours j’étais à Pau avec les veilleurs du Béarn. J’y ai senti la même écoute, la même ferveur, la même envie de témoigner pour réveiller la conscience de nos contemporains. C’est sans aucun doute ce que vous venez de vivre au cours de votre périple. Je voudrai également saluer votre mouvement, ses organisateurs et bien sûr chacun de vous, Les Veilleurs. Vous formez une force, je veux dire une force d’idéaux, de valeurs dans lesquelles tous les hommes et les femmes de bonne volonté se reconnaissent, d’où votre succès, d’où votre pérennité et votre ancrage territorial avec la multiplication des veillées.

Vous faites partie d’un mouvement qui marquera l’histoire politique et sociale de notre pays : par la nouveauté de son mode d’action, par son ouverture aux autres, par le calme qu’il impose dans le tohu-bohu actuel, par son pacifisme, par la solidité de son corpus intellectuel et philosophique. Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, La Manif Pour Tous et les veilleurs sont les deux faces d’une même médaille. A l’orée de cette année 2013-2014, nous sommes décidés, tous, à poursuivre notre chemin avec détermination !

Quels seront les enjeux de notre engagement cette année ?

Nous continuerons bien-sûr de promouvoir une société respectueuse de l’altérité sexuelle homme/femme, du droit de l’enfant et de la famille. Compte-tenu du contexte, nous poursuivrons aussi notre défense des libertés fondamentales de tout citoyen français, en particulier liberté d’expression, de conscience et d’éducation. Le genre est le fondement de la loi Taubira et de ses conséquences. Elle est au cœur du changement de civilisation en cours. Je voudrai donc, ce soir, insister sur ce sujet.

 

La diffusion du concept de genre

Qu’est-ce que ce concept qui, disons-le tout de suite, n’a aucun fondement scientifique. C’est, tout simplement, la remise en cause de l’identité sexuelle homme/femme. Qu’est-ce qu’implique ce concept pour notre société et pourquoi en entendons-nous tant parler depuis quelques mois ? Il concerne avant tout l’éducation des nouvelles générations. En ouvrant le mariage et l’adoption aux personnes de même sexe, la loi Taubira pose des principes nouveaux :

1.  Former un couple homme-homme, femme-femme ou homme-femme est indifférent pour fonder une famille,

2.  Les rôles de père et de mère sont interchangeables,

3.  La négation de la différence des sexes et de leur complémentarité,

4.  L’absence d’impact et d’importance de l’altérité sexuelle. Celle-ci n’aurait pas d’importance pour l’Homme.

Je parle là, bien-sûr, de l’Homme avec H. Au sens du dictionnaire de l’Académie française : « Homme, terme qui embrasse la femme ». Une fois ces principes juridiquement posés, il faut maintenant les légitimer et les faire entrer concrètement et massivement dans les mœurs. A ce jour, les mentalités des générations adultes sont encore largement imprégnées par les principes « anciens » : l’hétérosexualité est la norme et l’homosexualité l’exception ; l’écrasante majorité des parents ne considérerait pas comme neutre le fait qu’un de leur enfant soit homosexuel. Le plus grand nombre des parents pense encore (et constate) que le père et la mère jouent un rôle différencié et complémentaire dans l’éducation des enfants et l’équilibre familial. Un enfant a deux parents, et non trois ou quatre ou plus.

Les promoteurs actuels de cette mutation de civilisation savent qu’il est difficile et lent de faire évoluer les mentalités concrètement. Ils savent parfaitement qu’il y a une marge considérable entre imposer une législation et imprégner profondément et durablement les conceptions nouvelles portées par cette législation, aussi bien dans les mœurs que dans la culture, même si cela est déjà bien entamé. Ils savent aussi que l’éducation reçue en famille constitue le principal obstacle à une mutation aussi radicale que celle qui est visée.

C’est pourquoi leur projet est de construire progressivement une éducation d’Etat qui se substitue à l’éducation familiale : Vincent Peillon le déclare : « Il faut arracher l’élève aux déterminismes familial, social, ethnique et intellectuel ». L’objectif est de formater le plus vite possible les nouvelles générations aux nouveaux principes et ce, dès le plus jeune âge. Ici, l’école constitue un enjeu majeur et ce, dès la crèche. La France présente une porosité particulière à l’accomplissement de ce projet compte-tenu de l’évolution historique du lien entre l’école et la famille : Nous sommes passés depuis longtemps déjà de la notion d’instruction (transmettre un savoir) à celle de l’éducation. Le rôle éducatif de l’école est installé. Ce rôle éducatif de l’école est perçu par les parents comme un prolongement de l’éducation familiale (complémentarité de la famille et de l’école).

Au plan pratique, les difficultés éducatives dans les familles (qui touchent tous les milieux sociaux) conduisent nombre de parents à attendre de l’école qu’elle supplée leurs insuffisances. Les attentes vis-à-vis de l’école sont devenues énormes : c’est l’école « bouée de secours » éducative. Un grand nombre de parents sont prêts à accepter des « transferts de compétences et de responsabilités » de la famille vers l’école, quitte à perdre en « maîtrise » de l’éducation de leurs enfants. En même temps que la notion de « responsabilité », celle de « liberté d’éducation » est aujourd’hui en recul.

Dans ce contexte, se déroule, pour les tenants des « nouveaux principes », un véritable « tapis rouge ». Sur ce « tapis rouge », entre tranquillement à l’école, un « cheval de Troie », qui entend formater aux nouveaux principes les enfants, à un âge de plus en plus jeune : de la sensibilisation des adolescents, on est prêt à passer à celle des enfants dès la maternelle, voire dès la crèche. Ce « cheval de Troie » s’appuie sur trois objets de sensibilisation aujourd’hui largement légitimés et admis par les parents : l’éducation sexuelle ; la lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et l’égalité homme-femme.

Nous sommes tous pour l’éducation sexuelle, mais la vraie. Nous sommes tous pour l’égalité entre les sexes. Nous refusons les discriminations car nous refusons tout manque de respect aux personnes. Mais cela ne justifie en rien, bien au contraire, la remise en cause des identités sexuelles homme/femme. Hélas, c’est ici que le « Gender » trouve sa place comme enjeu éducatif majeur.
 

 

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Le « genre » comme enjeu éducatif

On peut considérer le « genre » comme un outil éducatif majeur qui permettra la déconstruction des repères élémentaires liées à la vie affective et sexuelle, à la vision de la famille et de la société. Une fois cette déconstruction achevée dans les nouvelles générations – vierges de la culture antérieure, il ne se trouvera plus d’obstacle majeur pour l’achèvement progressif de la mutation de civilisation en cours. Nous pouvons donc considérer que porter le combat sur ce terrain constitue aujourd’hui un enjeu politique essentiel si nous voulons éviter à notre société de poursuivre sa marche vers le « Meilleur des mondes ».
 

Les faits

L’inspection générale de l’Education nationale vient de remettre un rapport au gouvernement qui recommande « la déconstruction des stéréotypes de genre » à l’école et la formation des enseignants au Gender. Des expérimentations vont être menées dans 500 écoles : des milliers d’enfants vont donc servir de cobayes. Tout cela au nom de « l’égalité homme/femme ». L’amendement sur l’enseignement du genre à l’école, envisagé dans le cadre de la loi Peillon, a été retiré grâce à notre mobilisation. Mais il faut savoir que la question du genre est en fait bien restée dans les objectifs et l’annexe de la loi telle qu’elle a été votée. Des supports pédagogiques vont être diffusés cette année, tel que l’ouvrage « Papa porte une robe ». Une circulaire demande à tous les élus et fonctionnaires de se former au concept de genre. Serons-nous bientôt comme la Suède qui vient d’adopter le pronom neutre « Hen » comme pronom pour les personnes « asexuées ».

 

Gender à l’école : tout le monde est concerné

L’enjeu du Gender à l’école concerne un très grand nombre des Français sur un lieu essentiel de leur vie quotidienne et de leurs relations sociales – l’école – et sur un sujet qui rejoint directement l’une de leurs préoccupations majeurs – leurs enfants. Nous souhaitons leur faire savoir ce que leurs enfants entendent ou vont entendre. Et les faire réfléchir avec nous : est-ce qu’ils veulent que ce discours soit tenu à nos enfants ? Veulent-ils être associés, impliqués, avoir leur mot à dire dans ce qui est enseigné à leurs enfants ? Voulons-nous assumer notre responsabilité de premiers éducateurs de nos enfants ? Sommes-nous prêts à nous laisser imposer des concepts douteux dérivés des « Etudes Gender », qui vont brouiller les repères élémentaires de nos enfants en matière de sexualité, de vie affective, de vision de la famille ? Il en va de notre liberté d’éducation et de l’avenir de notre société.

 

Notre action à venir sur cet enjeu Gender et éducation

L’année scolaire 2013-2014 sera une année d’implantation dans toutes les écoles scolaires, publiques et privées, de « Comité de parents – Vigilance Gender ». Ces comités seront créés au sein des associations locales de parents d’élèves (un peu comme un groupe de travail) ou à côté. Il s’agit d’un immense travail de terrain, de réseau, d’information et de sensibilisation : vis-à-vis des parents d’élèves bien sûr, mais aussi de l’ensemble de la communauté éducative.

 

Ouverture de la PMA aux couples de même sexe

En ce qui la concerne, LMPT se prépare à lancer des manifestations si la proposition de loi sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de même sexe, déposée le 19 juillet dernier au Sénat, n’était pas retirée dans les plus brefs délais. A ce sujet, LMPT a demandé en juillet un RDV à Mme Bertinotti. Hélas, au contraire de l’APGL (association des parents et futurs parents gay et lesbien), LMPT n’a pas été reçu. Pire : LMPT n’a même pas eu l’honneur d’être reçu. LMPT poursuit aussi toutes ses actions politiques et judiciaires.

 

Conclusion

Compte-tenu des dangers actuels et des échéances électorales prochaines, l’année à venir demandera à tous une mobilisation très intense : nous devons à la fois stopper ces projets, mais aussi obtenir des futurs candidats qu’ils s’engagent sur les convictions que nous défendons. À nous tous de continuer à éveiller les consciences et défendre le bien commun. On lâche rien ! »

*

La Manif pour tous organise une université d’été les 14 et 15 septembre prochain au parc floral de Vincennes. Plus d’information sur l’évènement.

 

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27.08.2013

Décryptage de la Théorie du Genre pour Tous

Livret à l'usage des élèves de 1ère : Décryptage de la Théorie du Genre
PDF à télécharger

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Introduction

La question du genre intéresse des disciplines telles que la philosophie, la sociologie ou encore la psychologie.

Parmi ceux qui s’intéressent à ce sujet, certains sont convaincus de l’exactitude d’une théorie dite « du genre » qui considère que l’identité sexuelle de l’être humain ne dépend pas du sexe biologique mais du ressenti subjectif de chacun. 

Cette théorie est l’objet de débat depuis les premiers temps de son élaboration. Elle demeure aujourd’hui un sujet de controverses, y compris chez ses promoteurs, qui se divisent entre divers courants. Pourtant cette théorie est de plus en plus souvent présentée comme scientifiquement exact, c’est-à-dire correspondant à un constat d’ordre biologique.

De la description du développement du corps de la femme et du corps de l’homme, on passe, par exemple dans certains manuels scolaires, à une présentation de la sexualité humaine à partir de codes et d’éléments signant la théorie du genre. Dans le contexte de l’enseignement des SVT (science de la vie et de la terre), cette théorie semble alors cautionnée scientifiquement.

La Fondation Jérôme Lejeune, organisme dédié à la recherche scientifique et à la bioéthique, refuse tout détournement de la science au profit d’une idéologie, quelle qu’elle soit. 

Forte du succès rencontré par son Manuel Bioéthique des Jeunes, la Fondation met à disposition des jeunes le présent document, en leur proposant une démarche inédite : étudier les propos et les faits évoqués, et les décrypter.

Ce décryptage permettra aux jeunes de saisir le sens de ce qu’ils entendent et lisent. Il vise plus largement à développer leur esprit critique, seul moyen pour eux de ne pas se laisser manipuler et de garder leur libre-arbitre !" *


* Les références citées dans le présent livret sont données à titre d’exemples pour illustrer les idées générales de la théorie du genre.

 

Rappel : Le développement embryonnaire

L’histoire de l’être humain commence à la fécondation

Une nouvelle vie commence au moment où toute l’information apportée par le spermatozoïde du père est réunie à celle apportée par l’ovocyte de la mère.

Dès la fécondation se trouve réalisé un être nouveau qui commence son existence.

Le patrimoine génétique unique de la personne, donc aussi son sexe, féminin ou masculin, est déterminé dès ce moment-là.

Il s’agit du 1er stade de développement de celui qu’on appellera plus tard Paul ou Virginie.

Une nouvelle vie commence. 

L’embryon commence à se diviser en 2, 3, 4, 8 cellules... déjà organisées.

Le processus de développement de l’embryon est continu. 

Le zygote est le premier stade de l’embryon dans lequel se réunissent les 23 chromosomes de la mère et les 23 chromosomes du père. 

L’embryon humain est un être vivant avec un patrimoine génétique humain hérité de son père et de sa mère. Même s’il est amené à se développer et à se modifier dans son apparence, comme il le fera d’ailleurs toute sa vie, l’embryon est bien un être humain dès la 1ère cellule issue de la fécondation : il ne s’agit pas là d’une opinion, mais d’un constat.

Et dès la fécondation, dès cette 1ère cellule constituant un nouvel être humain, il est déjà garçon ou fille.

 

1- La théorie du genre

La théorie du genre est une hypothèse selon laquelle l’identité sexuelle de l’être humain dépend de l’environnement socio-culturel et non du sexe – garçon ou fille – qui caractérise chacun dès l’instant de sa conception.

Autrement dit, notre sexe biologique ne serait pas plus déterminant que le fait d’être grand ou petit, blond ou brun : notre identité féminine ou masculine n’aurait pas grand chose à voir avec la réalité de notre corps.

La cohérence entre sexe et genre nous serait en fait imposée par la société. N’ayant pas le choix, chacun intérioriserait dès son plus jeune âge le rôle qu’il est supposé tenir dans la société comme femme ou comme homme.

D’après la théorie du genre, notre genre devrait être fondé sur notre orientation sexuelle, que nous sommes libres d’accepter. Celle-ci pourrait avoir des formes diverses tout comme elle pourrait évoluer dans le temps. Certains soutiennent qu’il existerait jusqu’à six genres : hétérosexuel masculin, hétérosexuel féminin, homosexuel, lesbienne, bi sexuel et indifférencié (ou neutre, c’est-à-dire ni homme, ni femme).

Ainsi, la théorie du genre sous-estime la réalité biologique de l’être humain. Réductionniste, elle survalorise la construction socio-culturelle de l’identité sexuelle, qu’elle oppose à la nature.

L’être humain n’aurait pas à s'en tenir à sa propre réalité sexuelle. L’identité sexuelle, ne serait pas objective, mais subjective : l’orientation sexuelle – librement choisie – caractériserait l’individu.


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« Cette activité a pour objectif de permettre aux élèves d’identifier puis éventuellement de remettre en cause les stéréotypes de genre les plus courants...» « Filles et garçons, cassons les clichés », Livret pour les élèves (du CP au CE1), Fédération de Paris de la Ligue de l’Enseignement.

 

Qu’est-ce qui différencie le sexe du genre ?

Le « sexe » désigne la réalité biologique – garçon ou fille – de l’être humain, tandis que le « genre » désigne la dimension sociale du sexe, c’est-à-dire le comportement social d’un homme ou d’une femme en lien avec son sexe biologique.

Dans la théorie du genre, le terme « genre » désigne la masculinité ou la féminité construite par l’environnement social et culturel (la langue, l’éducation, les modèles proposés…). Le genre ne dépendrait pas du sexe biologique : il serait subjectif (il dépendrait de la perception que chaque individu a de lui-même).


2- Des ambiguïtés qui posent problème

« Devenir homme ou femme », l’un des nouveaux sujets de SVT des classes de 1ères comportent des ambiguïtés qui posent question :

« Devenir femme ou homme : ce sera l’occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée. »(1)

(1)http://media.education.gouv.fr/


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« Devenir femme ou homme » : un titre ambigu

Certes, le développement de la petite fille et du petit garçon, à la naissance, n’est pas achevé. Du point de vue biologique, il le sera complètement à partir de la puberté, lorsque les organes sexuels deviendront fonctionnels et que leurs caractères sexuels secondaires s’exprimeront. Il le sera aussi, sur le plan psychologique, quand la petite fille et le petit garçon réaliseront qu’ils sont sexués, en comprenant lequel des deux sexes est le leur, puis avec l’identification progressive que chacun réalise à celui de ses parents qui est du même sexe que lui, et par opposition à celui de sexe opposé.

Ce titre, cependant, laisse penser que le devenir du petit garçon ou de la petite fille peut se dessiner autrement... Ainsi, il est susceptible de signifier que la réalité biologique ne suffit pas à identifier chaque être humain comme étant homme ou femme.

En effet, le psychisme et d’autres éléments, notamment culturels, entrent aussi en ligne de compte dans la nature de l’identité féminine et masculine. Mais il s’agit là d’un sujet qui relève de la psychologie ou d’autres domaines mais non de la biologie.

Ce titre « devenir femme ou homme » introduit donc une première ambiguïté.


« si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique… »

Bien que présentés comme s’il s’agissait d’évidences, ces termes et le sens de cette phrase présentant le programme sont loin d’être anodins :

•  l’identité sexuelle et le rôle sexuel sont distingués ;

le terme de « rôle » renvoie à quelque chose qui serait artificiel et imposé ;

le terme de « stéréotype » renvoie à quelque chose qui est répété mécaniquement, qui n’est pas spontané ni authentique. Il laisse à penser que la conduite d’une personne comme homme ou comme femme n’est qu’un conditionnement.

Cela signifierait que nous sommes uniquement conditionnés par la société.


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Ici, une opposition entre « identité » et « orientation sexuelle » est affirmée, comme si elle allait de soi. Pourtant, en général, identité et orientation sexuelles vont de pair.

En parlant de « sphère privée », on suggère qu’il pourrait en être autrement et qu’on est libre de faire ce qu’on veut. S’agit-il d’inciter à la pratique d'expériences sexuelles diverses ou véritablement d’appeler au respect de la sphère privée de chacun, c’est-à-dire de son intimité ? S’il est vrai que la sexualité est un sujet intime, ce n’est pas parce qu’il y aurait à se protéger de critiques, mais tout simplement parce que cela ne regarde que l’intéressé lui-même, en lien avec son entourage.

Or, en l’occurrence, l’approche proposée ici est intrusive vis-à-vis des jeunes et de l’éducation que les familles souhaitent leur donner dans ce domaine.

Ces ambigüités laissent la possibilité d’introduire la théorie du genre en biologie. Ce faisant, on laisse penser que ce qui n’est qu’une théorie serait attesté par une science exacte.


3- Des fondamentaux scientifiques mis de côté

« La plupart des cultures catégorisent tous les individus en tant qu’homme ou femme, mais pour certaines, il reste une troisième catégorie, considérée comme ni femme, ni homme... »

Manuel Bordas 1er L/ES, p. 173


Le rôle des chromosomes sexuels

Aborder le féminin et le masculin devrait logiquement conduire à aborder de manière conséquente le rôle des chromosomes sexuels. Ce sujet est fondamental puisque notre patrimoine génétique est à l’origine de notre féminité ou masculinité. Il a une importance tout au long de la vie et pas seulement pendant la période embryonnaire.

Les manuels consacrent pourtant peu de place – voire pas du tout dans certains cas – au rôle des chromosomes sexuels. Il est en outre radicalement distingué de l’identité sexuelle, comme si celle-ci n’avait rien à voir avec notre patrimoine génétique et notre corps.

À lire certains, les chromosomes sexuels semblent n’avoir d’impact que sur la sécrétion hormonale et la formation des organes sexuels au cours de la seule période prénatale.

L’un des manuels n’aborde même le sujet des chromosomes que pour évoquer l’histoire de la découverte du caryotype féminin et masculin(1).

(1) Hachette 1 L/ES, p. 165


Compte-tenu du sujet dont il s’agit, « Devenir homme ou femme », il aurait été logique, du point de vue scientifique, de rappeler que l’embryon est XX ou XY dès la 1ère cellule issue de la fécondation et que cette différence chromosomique caractérise les 70 000 milliards de cellules du corps humain et ce, tout au long de la vie, de la conception jusqu’à la mort.

En outre, les manuels (à l’exception du Belin) n’évoquent qu’un seul gène, le SRY, celui de la masculinité, présent sur le chromosome Y. Son absence chez les embryons XX serait à l’origine de leur féminité.

En fait, on sait que ce gène entraîne l’activation en cascade de très nombreux autres gènes, lesquels ont aussi des rôles importants chez le garçon.

Du côté de la fille, il existe bien un gène de la féminité : le gène NR0B1, situé sur le chromosome X codant pour la protéine DAX1.


Homme et femme / Père et mère

La capacité de l’homme et de la femme à être père pour le premier, et mère pour la seconde, est l’une des caractéristiques essentielles de l’identité sexuelle. La grossesse et la maternité sont une part importante de la féminité.

Tout comme la paternité est une dimension significative de la masculinité (même si certains ne deviennent pas effectivement mère ou père).

Ce sujet « Devenir homme ou femme » aurait donc dû déboucher sur une présentation de la procréation et de la gestation, et non pas uniquement sur des techniques destinées à éviter la conception d’un enfant, ou au contraire sur des techniques artificielles pour procréer.

Le développement de l’être humain de la conception à la naissance aurait même pu être étudié dans la continuité du chapitre « Devenir homme ou femme ».


4- Une description faussée du développement embryonnaire

« L’origine commune d’appareils génitaux différents »

Manuel Bordas 1ère S, p. 236

 

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L’embryon présenté comme indifférencié sexuellement

Dans le chapitre «  Du sexe génétique au sexe différencié », les manuels insistent longuement sur la période au cours de laquelle le sexe de l’embryon n’est pas encore reconnaissable.

Il y est sans cesse question d’indifférenciation entre les sexes pendant les premières semaines de vie et ce, sans toujours rappeler en parallèle qu’en fait l’embryon est déjà XX ou XY.

Des textes parfois longs et de nombreux visuels illustrent cette période du développement embryonnaire. On y parle tantôt d’ « organe sexuel indifférencié », tantôt d’« appareil génital indifférencié ».

Le manuel Hatier(1) indique même que « tous les embryons humains jeunes ont des organes reproducteurs indifférenciés, identiques pour les embryons des deux sexes ».

(1) 1 ES/L, p. 179

 

Certains font comme si le sexe de l’embryon était indifférencié jusqu’à la 7ème ou 8ème semaine.

En fait, plus précisément le sinus uro-génital se dessine au cours de la 4ème semaine, pour évoluer dans un sens ou dans l’autre à partir de la 8ème semaine.

Plusieurs manuels (Bordas, Nathan, Belin) comportent en place évidente (souvent en entrée de chapitre) une grande photo (en relief et en couleur) de ce qui deviendra plus tard un sexe féminin ou masculin mais dont, pour le moment, on ne voit pas encore ce qu’il se prépare déjà à devenir.

En réalité, ce «  tubercule génital  » n’est pas encore un organe sexuel puisque, précisément, il n’est pas encore formé, tout comme les autres organes du fœtus cœur, poumon, cerveau, estomac, foie ne peuvent être développés dès l’instant de la conception.

 

Comme on l’a déjà dit (et comme les manuels ne le rappellent pas en parallèle), le fœtus est bien garçon ou fille dès l’instant de sa conception, même si cela ne se voit pas encore physiologiquement.


5- Une présentation incomplète de la puberté

« Des différences physiologiques distinguent également les deux sexes : les testicules assurent une production continue de spermatozoïdes et de testostérone, alors que les ovaires et l’utérus ont un fonctionnement jusqu’à la ménopause et produisent des ovules et des hormones »

Manuel Hachette 1ère L/ES, p. 172


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La puberté

La puberté est à peine étudiée par les manuels alors que c’est le moment où les corps des garçons et des filles deviennent effectivement ceux d’un homme et d’une femme adultes.

Certains(1) n’abordent pas ce sujet et passent directement à la question de l’identité et de l’orientation sexuelles…

(1) Hachette 1 L/ES par exemple

 

Quant à ceux qui l’abordent, ils n’évoquent en général que les organes sexuels.

Les autres évolutions physiques et physiologiques de la puberté sont à peine évoquées.

La puberté est en outre définie comme le moment où les organes sexuels deviennent fonctionnels et donc comme l’étape à partir de laquelle il est possible de vivre sa sexualité. Ce n’est pourtant pas suffisant, c’est incomplet scientifiquement : il aurait été plus complet de développer aussi le fait que la fonctionnalité des organes sexuels conduit à la possibilité de procréer.

 

L’évolution morpho-anatomique et physiologique de la puberté est réduite à sa plus simple expression, c’est-à-dire aux seuls organes sexuels.

 

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Les différences biologiques entre homme et femme

Seuls les organes génitaux sont schématisés, de manière bien peu scientifique d’ailleurs(1).

Les caractères sexuels secondaires (pilosité faciale et corporelle, gravité de la voix, proéminence de la pomme d’Adam pour les hommes seins développés, bassin élargi, taille fine... pour les femmes) ne sont pas toujours décrits.

(1) Nathan 1 ES/L, p. 186 et Hachette 1 L/ES, p.164

 

Les différences de taille, poids, répartition de la masse musculaire, forme du corps… ne sont pas décrites.

Il serait pourtant intéressant pour les jeunes d’apprendre à mieux connaître leur propre corps, comme celui du sexe opposé, pour mieux le comprendre et le respecter.

Seuls la production des spermatozoïdes et le cycle menstruel de la femme sont évoqués, comme si la différence entre homme et femme ne reposait que sur la différence de rythme de production des cellules sexuelles (spermatozoïdes et ovules(2)).

Les différences physiologiques entre homme et femme vont pourtant bien au-delà.

Les hormones, par exemple, ont un impact considérable, non seulement sur le fonctionnement des organes sexuels, mais aussi sur l’ensemble du corps féminin et du corps masculin ou encore sur le psychisme.

(2) Par exemple, Hatier 1 ES/L, pages 177, 181 et 183 et Hachette 1 L/ES, p.165


6- Des troubles de l’identité sexuelle surreprésentés

« Avec l’ADFH, vous participez à l’histoire en marche pour que l’homoparentalité soit enfin reconnue légalement en France !

Vous soutenez les actions de l’association visant à la reconnaissance des familles homoparentales et à l’égalité de droits et devoirs que nos familles réclament. »

« Avec l’ADFH vous aurez les informations les plus récentes sur la Gestation Pour Autrui à l’étranger (GPA, ou mères porteuses), l’adoption en tant que gay, la coparentalité et les contextes d’enfant dans un cadre ex-hétéro, et vous connaîtrez toutes les dernières avancées juridiques en matière d’homoparentalité. »

www.adfh.net (ADFH : Association des familles homoparentales)

 

Une large place donnée aux anomalies sexuelles

D’une manière générale, une large place est donnée aux anomalies sexuelles : elles sont abondamment étudiées, commentées et illustrées ; elles font aussi l’objet de nombreux exercices.

Il s’agit souvent de poser deshypothèses et tirer des conclusions sur le rôle des gènes ou des hormones masculines et féminines. Ce qui correspond en effet à une démarche scientifique.

Pourtant, ce n’est pas toujours le cas : certains de ces exercices ne sont pas forcément nécessaires à la compréhension des phénomènes biologiques observés(1).

(1) Cf exemple Bordas, S, p. 234, 2 texte et illustration et p. 238, document A ; Nathan ES-L, p. 200 ; Hatier 1e L/ES, p. 185, etc.

D’ailleurs, au lieu de parler « d’anomalies » - terme habituellement employé en biologie pour nommer ce qui diffère de la normalité -, le Hatier(2) utilise le terme « doriginalités surprenantes ».

Sans doute n’ose-t-il même plus employer le terme «d’anomalie ». En science, il est pourtant nécessaire de nommer les choses.

Certains manuels(3) décrivent des cas de femmes (donc XX) ayant une apparence masculine et réciproquement.

Ils sont présentés comme « hommes XX et femmes XY ».

En fait, ce sont des hommes avec un phénotype (aspect) féminin et des femmes avec un phénotype masculin.

La rigueur et l’honnêteté scientifiques et pédagogiques auraient dû conduire les auteurs à mettre entre guillemets les termes « hommes » et « femmes ».

(2) 1 L/ES, p.178

(3) Par exemple, Hatier 1e ES-L, p. 178 ; Bordas 1e S, p. 238


Des genres et orientations sexuelles hors-normes abondamment représentés

Un visuel (photo, dessin ou autre) n’est jamais anodin. Bien plus, son impact peut être très fort, comme on le voit en publicité.

Or les visuels sont très utilisés, par exemple dans les manuels scolaires. Ceux qu’on y trouve font parfois passer l’idée que  les personnes d’orientation autre qu’hétérosexuelle ne sont pas acceptées, qu’elles doivent manifester pour être reconnues... On est alors dans une expression d’ordre politique et non plus biologique.

Certaines de ces représentations sont d’ailleurs réalisées et diffusées par des mouvements comme le collectifLGBTQI (lesbien, gay, bi, trans, queer, indifférent) qui militent pour la banalisation de l’homosexualité et la reconnaissance du «  mariage  » homosexuel et de l’homoparentalité.


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Des genres et orientations sexuelles présentés comme reconnus depuis longtemps dans divers groupes humains

Des manuels évoquent des groupes humains qui auraient reconnu ou reconnaîtraient l’existence d’un «  troisième genre »(1). Les fa’afafines, par exemple, que les habitants desîles Tonga (Polynésie) considé-reraient comme n’étant ni homme ni femme. Ils ont en effet fasciné nombre de spé-cialistes de la théorie du genre dont Judith Butler. Or les habitants des îles Tonga ont souvent dénoncé le fait que le cas des fa’afafines avait été surinterprété, que leur statut n’a rien à voir avec nos conceptions occidentales de l’identité sexuelle. D’abord parce qu’il semble que ces garçons ont été élevés comme des filles dès la naissance, ce qui signifie qu’ils ne l’ont pas choisi, mais que cela leur a été imposé. D’autre part, la société tonga traditionnelle était en fait très stricte sur le comportement sexuel des hommes et des femmes, et en particulier avant le mariage. Contrairement à ce qui a été énoncé, la société tonga ne valide donc pas l’idée que lorsqu’un groupe humain n’est pas « corrompu  » par la civilisation, il est alors libre sexuellement.

(1) Bordas 1 S, p. 248


L’assistance médicale à la procréation (AMP) permet-elle à deux personnes de même sexe d’avoir des enfants ?

Non, deux personnes de même sexe ne forment pas un couple et ne peuvent en aucun cas donner naissance à un enfant : quelle que soit la technique employée, la conception d’un enfant nécessite TOUJOURS l’union d’un gamète féminin (ovocyte) avec un gamète masculin (spermatozoïde).

L’AMP conduit nécessairement à utiliser un gamète d’une personne d’un autre sexe : la femme doit recourir à un donneur anonyme ou connu, et l’homme doit passer par une donneuse d’ovocyte et mère porteuse.


7- Un sujet non biologique : l’identité et l’orientation sexuelle

« Être gay, lesbienne, bisexuel(le), ce n’est pas facile à vivre tant les préjugés sont tenaces. Tout le monde a le droit élémentaire à une sexualité épanouie. »

Manuel hachette 1ère p. 179 


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Identité et orientation sexuelle

Le sujet de l’identité et de l’orientation sexuelle est important. Cette question va cependant bien au-delà de la biologie. C’est notamment un sujet du domaine de la psychologie. Pour l’immense majorité des êtres humains, leur identité et leur orientation sexuelles sont en cohérence et sans problème : les personnes de sexe féminin sont femmes et attirées par les hommes, les personnes de sexe masculin sont hommes et attirées par les femmes.

S’il arrive en effet que cela ne se passe pas ainsi, c’est une question qui mérite d’être étudiée. Mais la problématique de l'homosexualité, de la bisexualité ou de la transsexualité ne sont pas du domaine de la biologie : de ce point de vue, chaque être humain est homme ou femme.

 

La théorie du genre présentée aux jeunes

La théorie du genre est souvent présentée, notamment dans les manuels destinés aux jeunes, comme s’il s’agissait d’un fait scientifique démontré. Il est écrit par exemple que : « L’identité sexuelle, c’est-à-dire le genre (masculin ou féminin) dans lequel nous sommes socialement reconnus, ne dépend pas uniquement du sexe phénotypique à la naissance.

Cette identité sexuelle s’établit dans la petite enfance et la façon dont le jeune enfant est éduqué joue un rôle important »(1). Ou encore : « Le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle, mais ce n’est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de féminin ou de masculin(2) ».

Conformément à la théorie du genre, sexe et genre sont explicitement présentés comme étant distincts. 

(1) Bordas, 1 L-ES, p. 166

(2) Hachette éducation, 1ère L/ES, p. 170 

 

Le sujet de l’identité et de l’orientation sexuelle ne relève pas du domaine de la biologie. Bien qu’il ne s’agisse que d’une hypothèse, la question est quasi-systématiquement abordée dans l’optique de la théorie du genre.


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La distinction entre sexe et genre

« L’identité sexuelle se réfère au genre sous lequel une personne est socialement reconnue »(1) peut on lire par exemple.

Et ce texte poursuit : « L’identité sexuelle dépend d’une part du genre conféré à la naissance (), d’autre part du conditionnement social. En effet, chacun apprend à devenir homme ou femme selon son environnement, car on ne s’occupe pas d’un petit garçon comme d’une petite fille »

(1) Bordas, 1 L/ES p. 173

On trouve ailleurs(2) deux textes sur l’identité sexuelle dont un extrait d’un manuel de sexologie.

L’un d’eux explique que «  l’identité sexuelle est déterminée par la perception subjective que l’on a de son propre sexe et de son orientation sexuelle ».

Certes, il est vrai qu’on ne s’occupe pas tout à fait de la même manière d’un garçon et d’une fille.

(2) Hachette 1 L/ES p. 170

 

Depuis les débuts de l’humanité, on prend en effet en compte dans l’éducation le sexe de chacun.

On met logiquement en harmonie le sexe et le genre de la personne : on éduque la petite fille comme une personne qui deviendra plus tard une femme et une mère.

Et on éduque le petit garçon comme une personne qui deviendra plus tard un homme et un père.

Cela ne veut pas dire, naturellement, qu’il n’y ait rien à revoir dans l’éducation donnée aux uns et autres, notamment dans les rapports homme / femme. Mais, au moins, l’éducation tient compte de la réalité de chacun.

Le rôle culturel et social du genre est survalorisé, tout en laissant de côté la dimension objective, celle du sexe.

Elle est pourtant bien la dimension fondatrice de notre identité sexuelle.

 

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Identité sexuelle et orientation sexuelle

 

Dans la théorie du genre, chaque dimension - sexe biologique, identité, orientation... - est séparée, voire opposée, comme si elles n’étaient pas intrinsèquement liées les unes au autres.

 

« À côté de l’identité sexuelle, il existe un autre aspect personnel de la sexualité : c’est l’orientation sexuelle » peut-on lire(1).

(1)         Bordas; 1 L/ES p. 173 

«  Le terme d’orientation sexuelle désigne le désir affectif et sexuel, l’attirance érotique qui peut porter sur les personnes du même sexe, sur celles du sexe opposé ou indistinctement sur l’un ou sur l’autre sexe. L’orientation sexuelle peut varier de l’hétérosexualité exclusive à l’homosexualité exclusive et inclut la bisexualité »indique l’un des manuels(2), tandis que l’autre(3) écrit «  Je peux être un homme et être attiré par les femmes. Mais je peux aussi me sentir attiré par les hommes. Et je peux être une femme attirée par les hommes, ou une femme attirée par les femmes ».

(2) Hachette, p. 171

(3) Belin, p. 133

 

Ces textes sont accompagnés de visuels, dont l’un est une affiche de la Journée Internationale contre l’homophobie qui présente un nouveau-né avec un bracelet de naissance sur lequel on ne lit pas un prénom, mais le terme «  homosexuel ». La légende indique : « On ne choisit pas son orientation sexuelle ». Cette affirmation est plutôt paradoxale puisque, précisément, ces manuels ne cessent d’inciter à choisir librement sa sexualité.

Un autre encore(4) indique que « le partenaire ou le moment du premier rapport sexuel sont des choix individuels ».

 

Parmi les autres visuels illustrant la question de l’orientation sexuelle, on trouve deux affiches de films racontant l’histoire de personnes homosexuelles(5). Au contraire de celle qui montre une famille sur la même double-page du manuel, les acteurs présentés ici sont sympathiques, beaux, «  branchés  », etc. En outre, les élèves sont invités à aller « chercher sur internet des informations concernant les deux films cités dans ce document… »

Dans ces pages, le parti pris est tel que l’on peut s’interroger sur l’objectif : s’agit-il de promouvoir l’homosexualité ? 

(4) Bordas, S, p.243

(5) Nathan, p. 191

 

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Le transsexualisme

 

Alors même qu’il s’agit d’un phénomène très rare, le transsexualisme fait partie des sujets actuels :

La transsexualité « se caractérise par la conviction profonde et durable, chez un sujet normalement constitué, d’appartenir au sexe opposé à celui de son anatomie.
Cette conviction s’accompagne d’un sentiment d’inconfort et d’inadéquation quant à son sexe, avec un désir intense et obsédant d’être débarrassé de ses caractéristiques sexuelles ainsi que d’acquérir celle de l’autre sexe »(1).

(1) Hachette en p. 170

Certains vont jusqu’à expliquer comment «  changer  » de sexe grâce aux traitements hormonaux et chirurgicaux(2).

(2) Bordas en p. 173 par exemple

Pourquoi donner tant d’informations sur ce type de parcours ? Il n’est pas précisé, en outre, que l’intervention chirurgicale de « réassignation sexuelle » n’est qu’apparente : seuls les organes génitaux externes sont reconstitués (plus ou moins bien), pas les organes internes.

Les transsexuels masculins (c’est-à-dire hommes à l’origine) sont donc définitivement stériles : ayant été mutilés, ils ne peuvent plus être pères.

Cependant, il est intéressant de constater que l’importance et la signification du sexe biologique reviennent «  en surface  »… par cette question du transsexualisme : on voit bien, ici, que l’inadéquation entre sexe et genre est problématique.
Dire que l’on peut aller sans dommage de l’un à l’autre genre est faux.

On note aussi que les transsexuels sont décrits comme « normalement constitués » : le transsexualisme ne s’explique donc pas par la biologie (contrairement à ce que certains discours pourraient laisser penser) : Il s’agit bien d’une problématique psychique liée au refus du corps réel.

 

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Les mineurs sont libres de leur orientation sexuelle

Le manuel Hachette(1) consacre un long paragraphe au fait que « le droit français protège la pratique de la sexualité (La majorité sexuelle est fixée à quinze ans). Le mineur est libre de ses orientations sexuelles, c’est-à-dire qu’il peut avoir des relations sexuelles soit avec un homme, soit avec une femme ».

(1) p. 171

En réalité, la notion de « majorité sexuelle » ne figure dans aucun article des codes pénal et civil. Ce qui existe, en fait, ce sont des lois qui visent à protéger en particulier les mineurs d’abus de personnes plus âgées. C’est pourquoi les infractions sexuelles commises à l’encontre d’un mineur de moins de 15 ans sont spécifiquement évoquées.

En outre, pourquoi insister systématiquement sur la possibilité d’avoir des relations avec l’un ou l’autre sexe, comme si c’était indifférent ?


L’orientation sexuelle d’une personne fait partie de sa vie privée

Certains insistent sur le fait que la sexualité ne regarde que l’intéressé : elle« relève de l’intimité et de la sphère privée, elle doit être respectée(2) ».

(2) p. 191

Après lecture de ces informations, les jeunes auront bien compris qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent et que la loi les protège même des conseils de leurs parents.


L’hétérosexualité intéresse-t-elle encore notre société ?

Même si l’on peut discuter sur un comportement, on a bien-sûr toujours le devoir de respecter les personnes.

Néanmoins, la dénonciation insistante de l’homophobie finit par devenir une présentation indifférente de toutes les orientations sexuelles(3) comme si elles étaient toutes équivalentes.

(3) Voir aussi le Belin 1 L/ES, p. 144

L’homosexualité a une importance inversement proportionnelle à la réalité de sa place dans la population.

 

A contrario de l’homosexualité, la relation homme/femme est peu abordée.


8- À propos du désir sexuel

« Si dans un groupe social, il existe une très forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels. »

Manuel Hachette 1ère L/ES, p. 182

 

À propos du désir sexuel : une conclusion erronée

La sexualité est présentée comme une simple « activité », distincte de la procréation. Elle aurait essentiellement le plaisir pour finalité.

Et, alors que ces pages évoquent largement la liberté sexuelle, le respect dû à la vie privée et autres sujets qui ne relèvent pas de la biologie, aucun lien n’est fait en revanche entre sexualité et relation à l’autre.

La sexualité humaine est au contraire systématiquement comparée à celle des grands primates(1). Si la comparaison vaut pour certains points, elle est très insuffisante pour décrire la particularité de la sexualité humaine (avec ses dimensions affective, sociale, responsable...).

(1) Nathan, L/ES, p. 205 ; Bordas, L/ES, p. 178 ; Hatier, L/ES, p. 186, etc.

Le « système de récompense » présent dans le cortex cérébral des primates hominoïdes (chimpanzé, bonobo, homme) est présenté par les manuels.

Ce « système », qui est à l’origine du plaisir liée à l’activité sexuelle, est présenté comme suivant un schéma « désir – action – satisfaction ».

De prime abord, ce chapitre s’appuie sur des faits scientifiques observés puisqu’il étudie le rôle des hormones et l’emplacement des aires cérébrales concernées par ce « système ».

Cependant, des documents sur « les contextes culturels et comportements sexuels »sont présentés aux jeunes dans ce même chapitre. L’un des documents du Hatier(2) porte par exemple pour titre : « Un contexte culturel qui influence le comportement sexuel humain ».

(2) 1 S, p. 193

Il y a donc un amalgame entre faits biologiques constatés et faits d’ordre socio-culturel, susceptibles d’être interprétés et sujets de débats.

Il s’agit en fait d’expliquer que le cortex cérébral, très adaptable, éprouverait ce schéma «  désir-action-récompense  » en fonction du contexte socioculturel qui l’a marqué.

Pourquoi passe-t-on ainsi du biologique au culturel  ? Le manuel Hachette conclu (3) en tout cas que nos contemporains fréquentant plutôt des hétérosexuels, leur système de récompense serait « programmé » dès la naissance pour l’hétérosexualité.

Ainsi, dans certains cas, ce chapitre de biologie fait passer l’idée que l’hétérosexualité n’aurait la préférence d’une très grande majorité des êtres humains que par simple imprégnation culturelle et non par le fait même de la condition humaine.

(3) 1 L/ES, p. 182


Fondation Jérôme Lejeune

Livret à l'usage des élèves de 1ère : Décryptage de la Théorie du Genre
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09.06.2013

La sainte colère du Père Daniel-Ange

 

"Nous refusons de pervertir nos enfants avec vos stupidités !"

"Nous sommes en plein régime idéologique totalitaire qui nous est imposé. Et le pire encore ce sont les petits…"

"Tout ce que je dit c'est en train de se passer maintenant !"

06.06.2013

La science-fiction pour tous c'est maintenant !

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       On ne comprend rien à la problématique de la loi Taubira si on n'en mesure pas la dimension ultra-libérale, mondialiste et totalitaire. Les grandes banques de la planète, à commencer par la Goldman Sachs ; l'écrasante majorité, si ce n'est la totalité des grands groupes économiques ; enfin l'ensemble des institutions supranationales, comme le Conseil de l'Europe, soutiennent activement, d'une manière ou d'une autre, l'introduction de la théorie du genre dans l'éducation et dans les structures politiques de tous les pays, ainsi que le mariage homosexuel qui en est un premier fruit, un symbole et un cheval de Troie. Loin d'être une émancipation, je tiens que ce projet vise un asservissement. Il nous faut mettre des mots là où le pouvoir a placé des leurres, et retourner, là où on l'identifie, le retournement lexical qu'il aura opéré. Retourner le retournement, voilà une tâche qu'il ne faut pas faire trop mécaniquement... Pour notre bonheur, l'ennemi désigné, mais innommable au sens propre, ne peut avancer constamment masqué ni informulé. Aussi, même s'il est difficile de définir la nature du pouvoir contre lequel nous luttons, il est temps d'en dessiner quelques contours et d'essayer d'en saisir l'essence.

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       Certaines contradictions sont à interroger dans leurs nuances. Vivien Hoch, journaliste prometteur, rendait sur une radio libre, entre deux diatribes contre la loi Taubira, un vibrant hommage à Margaret Thatcher à l'occasion de ses obsèques. La dame de fer et Ronald Reagan, dans les années 1980, formèrent le redoutable duo qui accéléra la dérégulation économique. On ne peut sans doute pas les réduire à cela. On ne peut non plus nier que la gauche plus hypocrite n'a cessé de faire la même chose en prétendant le contraire. Mais les faits sont là, et nous vivons aujourd'hui les conséquences de ces décisions. Si Vivien Hoch en tant que « libéral-conservateur » salue celle qui représente le capitalisme triomphant, je lui suggère un petit effort de clairvoyance envers un certain nombre de paradoxes, de contradictions, de conflits que porte ce quasi-oxymore de libéral et conservateur. Ces tensions, pour être exposées et même incarnées en clivage politique, à commencer par celui entre gauche et droite, n'en restent pas moins des questions intérieures pour le penseur, des problèmes insolubles pour la collectivité, voire des dilemmes générateurs de souffrance. Je pense qu'il y a un piège pour la pensée de la liberté à rester dans ce droitisme qui ne mène qu'à la moitié du réel. Il n'est qu'à observer combien les médias et les hommes politiques cherchent à tout prix à politiser le mouvement « manif pour tous » dans le sens de ce clivage pour se convaincre qu'il s'y cache plus que jamais l'un des nœuds par lesquels un système nous tient.

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       Une difficulté, quels que soient nos fondements intellectuels, est de penser la nature du pouvoir ; de reconnaître qu'il ne s'agit pas de camps, ni même de classes, mais de quelque chose de plus insaisissable, qui a rapport au système politique et à la structure de notre économie. Nous devons admettre que même les institutions démocratiques ne suffisent pas à la justice ni même à la considération du peuple et de la nation. La liberté réelle, c'est-à-dire en grande partie économique, n'est pas mieux garantie dans un monde libéral où règnent les multinationales que dans un système plus mixte. Le problème est que nous appelons libéral ce qui en est par endroits presque l'opposé, et que nous qualifierons facilement d'anti-libérale une lutte qui a pourtant tous les aspects d'une défense de la liberté, y compris économique. Quel est ce paradoxe ? Comment voir à l'endroit ce qui se propose à l'envers depuis si longtemps à notre esprit ?

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       La complexité de ce monde et de ce système ne peut nous empêcher une simplicité radicale du constat : aujourd'hui la finance, les banques, ainsi que les multinationales de l'agro-alimentaire, de l'industrie (notamment militaire) et des services – parfois des deux ou des trois ensemble – tiennent le pouvoir politique et médiatique d'une manière qui ne s'est jamais vue auparavant. Le politique apparaît dissous dans ce méta-pouvoir qui l'englobe et qui lui donne ses missions. Mais on n'a rien compris à notre époque si on n'a pas identifié la part idéologique nécessaire à ces puissances désincarnées : la mission de l’État, un peu partout, n'est plus seulement de faire le flic ou l'éducateur, mais de vertébrer idéologiquement l'énorme Mammon autrement trop mollusque ou trop brutal et qui, pour puissant qu'il soit, n'est jamais qu'une illusion. Illusion, certes, qui devient réelle – notamment lorsqu'elle s'appuie sur des armes ou qu'elle crée de la monnaie – mais illusion quand même. Ainsi devient-il quasiment proverbial que le dollar maintient sa valeur du fait qu'en dernière instance il ne trouve sa réalité, sa protection, sa vérité que dans les bombes atomiques américaines, alors même que l'armement exorbitant des États-Unis n'a été possible en large partie que par le leurre du dollar... Nous voilà apparemment loin de la France, de la souffrance du citoyen sincère de gauche, qui ne comprend pas pourquoi on devrait liquider un système social protecteur ou interdire une participation de l’État à l'économie en vue du bien commun ; et de celle du citoyen sincère de droite, qui reste pétrifié et souvent impuissant face au gâchis des énergies, à la haine de soi et au renversement des valeurs. Nous voilà loin apparemment du sujet lancé, la question du mariage homosexuel dont les opposants, après tout, aurait pu se recruter sur notre gauche en cas de référendum. Pourtant, on peut se demander si les angoisses de l'un et de l'autre ne sont pas non seulement toutes les deux légitimes, mais souvent les mêmes – et si, finalement, il ne faut pas aller voir d'un peu plus près comment s'organise entre droite et gauche une alternance-leurre qui nous dessaisit de notre destin. Ainsi pourrons-nous nous désenvoûter de ce système entré dans les psychismes, et mieux construire une alternative populaire affranchie de ce clivage. Comme le référendum de 2005, le mouvement contre le mariage homosexuel est une occasion de repenser la chose politique, d'identifier le pouvoir qui nous menace, mais aussi de prendre en considération l'existence d'un levain par-delà gauche et droite, qui est notre seul trésor en tant que peuple.

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       Jean-Claude Michéa dans ses derniers ouvrages, notamment Le Complexe d'Orphée (éditions Climats), rappelle quelques vérités oubliées : l'origine philosophique de la gauche est les Lumières, une pensée économiquement et politiquement libérale. Au XIXème siècle, la gauche est le parti bourgeois, libéral et anti-conservateur. Les mouvements socialistes et ouvriers en sont distincts. Ce n'est que tardivement, au début du XXème siècle, que ces mouvements, largement contaminés par le matérialisme marxiste, s'y coaliseront à l'occasion de l'affaire Dreyfus. La gauche devient alors un camp bourgeois et ouvrier. Le progrès, un temps, sera le terme incarnant la jonction. L'anticléricalisme pourra faire ciment – ce qui prouve d'ailleurs que la gauche, qui a certains aspects d'un christianisme sans Dieu, détruit ce qui s'oppose le mieux à la folie économique, à savoir la religion. Du coup, cette gauche libérale et marxiste incarne le sens de l'Histoire, la marche en avant, la table rase. Toute sorte de charmantes locutions rappellent ce tropisme du progrès plus ou moins révolutionnaire. Dès le début, cela chante les louanges du libéralisme autant que du marxisme et cela contrarie, inquiète l'homme en sa chair, c'est-à-dire l'ouvrier, le pauvre que nous sommes tous, qui risque de perdre son bien le plus précieux – ses racines et son horizon spirituel. D'où, dès le XIXème siècle, les soupirs dépités des élites contre le peuple réactionnaire... Écoutez comme ce mouvement résonne dans l'Assemblée Nationale ou dans les médias, comme il se chuchote dans les petits bureaux, pour définir et lancer de telles réformes que la loi Taubira.

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       Il y a certes une différence fondamentale entre l'enthousiasme des lendemains qui chantent décliné en fascisme (qui a, ne l'oublions pas, des racines dans le syndicalisme révolutionnaire) ou en stalinisme, c'est-à-dire en volontarisme et en constructivisme, et, d'autre part, la marche en avant du libéralisme qui compte sur le pluralisme économique et politique autant que sur le fameux laisser-faire. Mais si effectivement on nous laissait faire, si on laissait la société vivre un peu d'elle-même, il n'est pas du tout sûr qu'on aboutirait au sans-frontiérisme économique et symbolique d'aujourd'hui. L'un des meilleurs exemples de la torsion que font subir certaines élites à la société est la Révolution Française. Turgot est comme un symbole de sa double-face. Du « parti des philosophes », devenu ministre des finances, il lancera des réformes libérales notamment sur le contrôle des prix et des spéculations. Il s'en est suivi ce qu'on a appelé la « révolte des farines » dans les années 1770, dont on a dit qu'elle préfigurait 1789. Ainsi, cet homme des Lumières par sa main gauche annonce la République des droits de l'homme tandis que par sa main droite il pousse le peuple à la faim et à la sédition ! Ce n'est pas un simple paradoxe. On voit de même les lois d'Isaac Le Chapelier détruire dès le début de la Révolution tout ce que l'Ancien Régime avait construit d'équilibre économico-social, notamment certains droits des travailleurs de se rassembler en corporations. Il n'est pas sûr que le peuple y ait gagné. La dérive totalitaire de la Terreur, la répression génocidaire contre le peuple vendéen forment une autre face du phénomène. Les français ont vécu dans ces années à peu près toutes les problématiques de notre modernité. Mais la question est toujours la même : où est la vraie liberté des individus, des corps, de la société, comment trouver le vrai libéralisme et le mettre en mouvement ? 

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       À l'heure actuelle, il se dessine une forme de totalitarisme par les décisions d'un pouvoir mondial ni élu, ni représentatif, ni transparent. Or, ce pouvoir se forme d'un mélange entre un libéralisme financier et une idéologie libertaire, entre la fiction d'une planète mixée et une dureté économique de plus en plus palpable. La gauche, c'est toujours ce mouvement en avant, qu'il soit de construction ou de destruction, tandis que l'idée de droite est éminemment conservatrice. Aussi, les mouvements nationaux-socialistes, ou fascistes, sont des bêtes bizarres qu'on ne peut placer à droite ni à gauche, car la droite peut être autoritaire, non pas révolutionnaire ni totalitaire. Être de droite, c'est seulement ne pas être de gauche et, pour des raisons diverses, ne pas adhérer à une idéologie ou un projet. C'est ce qui aujourd'hui se retourne plusieurs fois pour faire du socialiste réel un conservateur et du libéral de droite un liquidateur. Si on refuse de penser ce retournement et cette « pensée double » du système, on risque de toujours se tromper de combat, qu'on soit de droite ou de gauche. Mais il y a plus : l'idée de gauche repose sur l'idée que l'homme peut lui-même non seulement faire son monde mais se refaire lui-même. Cela a peut-être une origine dans cette préférence hautement libérale et révolutionnaire pour la notion de droit par rapport à celle plus religieuse de personne – substitution qui mène au relativisme. Ainsi, les humanismes promothéens du communisme ou du fascisme, l'humanisme plus ouvert du libéralisme juridique, ou encore l'humanisme utopique-naturaliste de l'écologie, si différents paraissent-ils entre eux, s'opposent tous à l'humanisme chrétien, qui repose sur l'unicité de la personne et l'égale dignité des êtres, où il place quelque chose de sacré, c'est-à-dire qu'on ne peut toucher ni remplacer. La technologie et la science peuvent aujourd'hui réaliser partiellement le fantasme de dépassement de l'homme par l'homme et elles produisent une gauche d'un nouveau genre, « stade suprême du capitalisme » selon Jean-Claude Michéa, et que j'appelle, pour ma part, la gauche transformiste.

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       Aujourd'hui, la gauche fournit l'alibi du progrès à la liquidation permanente qu'opère le capitalisme total tandis que la droite l'établit comme le règne de la liberté. Nous pouvons observer cependant à quelle époque la gauche cesse d'être elle-même double (bourgeoise-ouvrière), c'est-à-dire, en somme, à quel moment elle abandonne la thématique sociale et au moins l'apparence d'un discours de défense des travailleurs. En France, c'est dans les années 80 que s'opère ce changement. Au sujet de l'immigration, c'est spectaculaire : alors que tous les mouvements ouvriers se déclaraient contre, non par xénophobie, mais parce que fondamentalement ce n'était pas l'intérêt du travailleur ni d'ailleurs une aspiration de l'intellectuel sincère, voilà que soudain les élans anti-racistes se multiplient ; que l'accueil de l'étranger, vertu essentielle, devient le socle dévoyé d'une propagande immigrationniste larmoyante et que, suprême détournement, on invoque la diversité, réalité humaine vitale, comme une valeur obligée, uniformisante. Il faut se souvenir des déclarations en 1980 du premier secrétaire du Parti Communiste Georges Marchais qui condamnait l'immigration comme une demande patronale contre les intérêts de l'ouvrier pour se convaincre du changement radical de logiciel. Il faut se souvenir aussi que c'est à partir de 1969 un gouvernement appuyé sur la majorité la plus droitière de notre Histoire qui a, d'une part, accéléré l'immigration, au prétexte, selon Pompidou, « qu'ils en voulaient toujours plus » – ce « ils » désignant les industriels – et, d'autre part, les premières lois contre la discrimination qui, sous de nobles aspects, commençaient à défaire la préférence nationale, autre nom de la citoyenneté, en distribution généreuse des droits « à tous », allant vers une dépossession progressive du travailleur français.

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       Ce même Pompidou, ex-employé de la banque Rotschild, fera voter la fameuse « loi 73 » qui ôte à l’État français sa capacité de battre monnaie, le mettant du coup dans la main des marchés, changement conçu avec le ministre des finances Giscard promis à un bel avenir. (Notons au passage qu'aujourd'hui le fait, pour un état, de mettre la main sur sa banque centrale n'est même plus critiqué pour des raisons techniques mais idéologiques : comble du retournement lexical, on considère ce geste comme une atteinte à la démocratie, par exemple au sujet de Victor Orban en Hongrie, alors que c'est le retour de l'argent au service du bien commun). C'est sous ce même Giscard devenu à son tour président que les premières lois du regroupement familial furent promulguées. En substituant l'étranger à l'ouvrier, la gauche n'a donc fait que se convertir à ce projet économico-politique de l'immigration massive en lui donnant, il est vrai, sa caution morale et en étouffant, que dis-je, en culpabilisant les protestations du petit travailleur qui aspirait à une légitime priorité. Jean-Marie Le Pen et les médias se chargeront de colorer de soufre une revendication pourtant si juste, si modérée. Entendons-nous bien : ce ne sont pas les immigrés, nos frères comme tout autre, souvent eux-mêmes le jouet de ces puissances, ce sont les pouvoirs cyniques de la grosse économie et de la fiction idéologique du métissage universel qu'il faut ici pointer. À partir du moment où ces personnes sont entrées sur le sol, les conséquences de leur accueil et de leur droit non seulement ne sont pas à remettre en cause, mais tout renouveau ne se fera qu'en incluant tous les citoyens dans un projet national. En revanche, on peut s'interroger sur la sincérité d'une gauche qui appelle à toujours plus d'immigration au nom des droits de l'homme ainsi que d'une vision multicolore de la société déracinée, accomplissant en cela l'un des vœux principaux du marché qu'elle prétend combattre – et sur la sincérité d'une droite qui en dénonce les méfaits alors qu'elle en est l'instigatrice, qui fait mine sans arrêt de la modérer ou d'en durcir les conditions sans rien faire qu'attiser des sentiments de plus en plus vains, malsains et impuissants. On peut se demander si l'intégration, concept qui ne va pas de soi, est aujourd'hui seulement possible et si ce n'est pas ça le but recherché : le fractionnement des nations et le déracinement surplace des populations européennes.

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       Quel rapport avec le mariage homosexuel, me direz-vous ? J'en vois plusieurs. D'abord, il s'agit d'une loi qui concilie le pire de la gauche et de la droite, en bref qui incarne la jonction entre le transformisme social et le libéralisme économique. L'autre enseignement, c'est que les forces politiques « tournent ». La gauche passe du libéralisme à l'étatisme, puis, comme la droite, elle fait le contraire, et l'une et l'autre oscillent entre des désirs de « marche en avant » d'un côté et de protection ou de reconstruction de l'autre – du moins dans leurs discours, afin d'amadouer le peuple. Aussi, la revendication du mariage homosexuel ne me semble pas être un combat « de gauche » ni, à fortiori, notre opposition être un combat spécifiquement « de droite » au sens où sont les clivages d'aujourd'hui. Cela, si différent parût-il au premier abord, se rapprocherait plutôt de la mobilisation populaire contre le projet européen de 2005. Et c'est un signe des temps. L'opinion change au gré de ses difficultés et de l'épreuve du réel, par exemple au sujet de l'euro et de l'Union Européenne, et c'est une vertu de la démocratie que d'avoir toujours ce thermomètre. Or, les élites ne prennent plus en compte les températures qu'il indique. Elles mettent en scène, au contraire, la disqualification de ce thermomètre en invoquant l'extrémisme ou le populisme.

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       Il est temps de l'admettre : nous ne sommes plus maîtres chez nous. Pas plus nous, petit peuple, que le sous-fifre François Hollande. Et s'il tient bon à tout prix, s'il ne reviendra probablement pas sur la loi Taubira et si aucun homme politique n'y touchera dans les années qui viennent, c'est parce qu'un certain pouvoir supranational l'exige : il y a des pressions dans ce sens et cette loi doit absolument passer en France comme dans d'autres pays. Comment expliquer autrement qu'elle soit votée en ce moment à Chypre, en Angleterre et ailleurs, sous diverses formes ? Nous devrions en tenir compte dans notre stratégie de communication et d'information : plutôt que de crier au pourvoir « cède ! » nous devrions lui dire « résiste en notre nom ! ». Aussi, entre le référendum sur l'Europe et les mouvements d'aujourd'hui, on observe d'étranges similitudes : même fracture entre les élites et le peuple, même désinformation et propagande, même activité militante et multiple, même désir de dignité, même diabolisation du peuple. Et, plus que tout, même fracture entre un pouvoir devenu insaisissable, international, et une conscience d'en bas qui, passant sans doute par quelques fantasmes, commence à entrevoir à qui elle a affaire. D'où l'enseignement essentiel à en tirer dans notre lutte : ce n'est pas en validant et en durcissant le clivage gauche-droite comme le veut ce pouvoir qui divise pour mieux régner que nous réussirons à le combattre, c'est au contraire en rassemblant le peuple autour de ses intérêts vitaux en attendant, en espérant qu'en émanent des forces politique nouvelles. D'ailleurs, il ne faut pas faire un effort si violent pour s'imaginer une situation exactement inverse : à savoir un pouvoir de droite libérale décontractée proposant le mariage homosexuel au nom du libéralisme et de la marche en avant, dans le but d'étendre à la procréation et à l'enfant le marché tout-puissant qui est son dieu avoué, et une partie de la gauche mobilisée sincèrement contre au nom du refus de la marchandisation de l'être humain, avec une partie plus centriste gênée aux entournures qui jouerait la carte de l'opposition politique en surface avec une connivence de fond. C'est plus que plausible et c'est un cas de figure dont on doit pouvoir trouver l'exemple, peut-être en Angleterre.

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       La stratégie de l'affrontement parfois bizarre, comme si nos gouvernants provoquaient volontairement le peuple, s'explique donc parce que le pouvoir ne doit pas céder, mais aussi pour une raison encore moins avouable : elle vise à cacher la misère dans laquelle il se trouve du fait de son obéissance au schéma économique global sans aucune alternative, misère qui pour l'instant se traduit par un dilemme plus ou moins à l'esprit des gens avertis, à savoir que notre gouvernement tarde à s'engager dans un cycle de réformes d'adaptation extrêmement impopulaires pour éviter d'être balayé par l'opinion, au risque de l'être par le défaut de paiement... Il temporise, attendant le moment de panique et de bousculade qui permettra de faire toutes les liquidations nécessaires, avec peut-être un resserrement de nos libertés politiques (internet, notamment, pourrait subir une restriction car, comme vous le constatez, c'est dangereux...) Le pouvoir jouera donc à fond la carte du « bouclier légitime » contre une révolution qu'ils s'empresseront de placer à l'extrême-droite, à mesure d'ailleurs que cette qualification finira par devenir réelle tout en étant, de fait, fabriquée. J'aimerais préciser quelque chose : l'adaptation économique au mondialisme qu'on nous propose est presque sans fin. On nous demandera toujours d'aller plus loin. Aussi, si on se laisse dépouiller, nous n'aurons bientôt plus aucun moyen de riposter et le pays fracturé sera littéralement à vendre. En clair, quand les français n'auront plus d'armée de haut niveau, il ne restera presque plus rien pour résister à leur intégration dans le meilleur des mondes, rien que nos corps, nos sueurs et notre vocation spirituelle.

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       Nous voilà entrés dans un moment que je propose d'appeler, en badinant un peu, la science-fiction pour tous. En effet, beaucoup d'ingrédients d'un film ou d'un livre, d'ailleurs assez mauvais, sont réunis dans les événements que nous vivons. D'abord, il y a une complète déconnexion entre un pouvoir de représentation dans tous les sens du terme – politique, linguistique et médiatique – et ce qu'il est censé représenter, à savoir les citoyens d'une part, le réel d'autre part. Cette disjonction devient si criante que même nos efforts pour ne pas basculer dans la fameuse « théorie du complot » finissent par être les sages modérateurs qui nous permettent seulement d'aller plus loin dans l'élucidation de ce cauchemar. Mais le plus grave, ce n'est pas cette déconnexion comme une sorte de dérive de l'élite en sa cage dorée, c'est la profondeur de la modification du réel par le langage. La dernière phase avant le vote du texte a vu le trucage des photos et des chiffres des manifestations ; un vote au Sénat pour le moins trouble ; et surtout la fabrication médiatique massive d'agressions hélas banales dans notre « France d'après » mais transformées en une montée nationale de l'homophobie astucieusement associée, voire carrément assimilée à notre mouvement qui n'avait rien à voir. Mais le chef-d’œuvre en terme de science-fiction est le projet lui-même : indistinction des sexes ; modification du vocabulaire ; éducation idéologique ; fabrication de bébés en vue de les vendre ; location de ventres... Une pondeuse humaine peut, en Inde, porter un embryon dont le sperme vient d'Australie, l'ovule d'Espagne, conçu dans un laboratoire américain, et elle devra rester dans une chambre collective neuf mois sous surveillance avant d'accoucher d'un enfant qui ne sera pas de sa couleur et qui sera, aussitôt, livré à des homosexuels aux Pays-Bas. Et si vous vous opposez à ce charmant tableau, vous serez un ennemi de la liberté et du progrès, tandis qu'un néo-puritanisme incriminera toute allusion à la différence des sexes. La science-fiction pour tous, c'est maintenant !

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       Nous voyons les habituelles dérives du pouvoir prendre ces formes d'autant plus effrayantes qu'elles paraissent durables : le peuple protestant contre son asservissement, pour sa dignité, est assimilé à une menace contre la liberté, voire à une racaille terroriste, alors qu'une autre partie du peuple apparaît lobotomisée en accréditant ce discours de haine. Le renversement du vocabulaire est permanent. Ainsi, le mariage homosexuel, victoire du nombrilisme pour ses rares défenseurs sincères, devient selon Mme Taubira une « victoire de l'altérité » avec Lévinas à l'appui, philosophe pourtant conservateur. Il devient « choquant » selon Monsieur Bergé de s'opposer à la gestation pour autrui alors que pour n'importe quelle conscience claire le terme « choquant » s'applique à la pratique elle-même. Enfin, nous avons entendu que la loi votée est une « victoire de l'amour contre la haine », là où, pendant des mois, les opposants ont essuyé les opprobres et parfois les matraques sans perdre leur sang froid parce qu'ils étaient mus justement par un certain amour, tandis qu'ils voyaient, de l'autre côté, se dessiner une forme de haine d'autant plus inquiétante qu'elle jouit de moyens étatiques, économiques et médiatiques presque écrasants. Oui, cela a quelque chose de la science-fiction. Mais gardons courage. Fourbissons nos armes intel-lectuelles. Convainquons les citoyens. Travaillons, mes amis. Notre révolution sera une contre-révolution par sa profondeur et sa paix – même si sur le plan symbolique une démonstration un peu musclée est sans doute nécessaire. Quant à la force, il faudra se mettre en position de l'employer au moment où elle sera devenue légitime.

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       Entendre tous les jours des mensonges finit par les rendre réels – en fausse monnaie, certes – mais tout de même efficacement. Nos lieux de travail ou de rencontre nous permettent de vérifier, hélas, que si nous sommes de plus en plus nombreux à démasquer au moins une partie de ce pouvoir mensonger, il reste puissant sur une grande partie de nos concitoyens. Ainsi une collègue, connaissant mes opinions, vint vers moi affolée, au moment de la « semaine sanglante », pour me dire : « Alors ? Tu as vu ? Les homos s'en prennent plein la gueule. Faut quand même faire attention à ce qu'on dit, hein ? » Le plus triste était la sincérité de sa colère, après même que je lui eus expliqué qu'il y avait au moins une part de manipulation. Démontons, sans nous lasser, ce mécanisme de sidération dès qu'il nous apparaît. Quand la droite alerte sur la dette et sur le système social trop coûteux, quand la gauche nous inquiète sur notre retard en termes de mœurs ou sur notre repli identitaire, elles font le même travail de culpabilisation des consciences par la sidération, au service du même pouvoir invisible, adémocratique et bancaire, dont le but de plus en plus transparent est de nous asservir pour se gorger de notre travail.

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       La loi Taubira s'inscrit dans un projet mondial totalitaire. On nous dit que le peuple a voté, que la gauche n'a pas caché son programme, qu'il y a donc une légitimité démocratique dans cette loi et que leurs opposants deviennent des menaces pour la République – on se moque de nous. Rappelons d'abord qu'au second tour des présidentielles, pour la première fois dans la Vème, François Hollande a été élu sans obtenir la majorité des votants, tant le nombre de bulletins blancs a été massif, autour de deux millions. Ensuite, posons-nous plus fondamentalement la question de savoir qui écrit ces programmes, par qui ils sont demandés, et à qui ils sont destinés. Non seulement les français pour la plupart n'en ont que faire, mais les homosexuels eux-mêmes n'ont jamais réclamé le mariage à part une minorité agissante qu'ils apprécient peu. Et il est évident que, passé l'effet comique du « ah, s'ils s'aiment, qu'ils se marient » et que les véritables conséquences du projet apparaissent, le peuple se réveille et refuse catégoriquement. Qui donc veut, qui donc voulait cette loi ? Si vous vous concentrez sur François Hollande ou le Parti Socialiste, vous vous fourrez le doigt dans l’œil. Ils furent convaincus par qui ? Je vous le donne en mille : Dominique Strauss-Kahn, car c'est un projet de l'oligarchie mondiale et c'est pour cette raison, cette unique raison, que le gouvernement ne reculera pas. S'il reste une gauche populaire authentique, on peut lui demander de nous affranchir de cette peste oligarchique qui nous impose la fabrication et la vente des bébés, dans un but final qu'il ne vaut mieux pas imaginer tant il nous glace les veines... Entre la gauche transformiste et la droite décontractée il n'y a pas l'épaisseur d'un papier à cigarette, même s'il existe des parlementaires qui ont pour l'occasion sincèrement défendu notre mouvement et lutté contre ce projet. Les autres, au service d'un pouvoir mondial bancaire, n'ont que faire des jérémiades – ils font leur boulot : liquider la France (bientôt son armée) ; asservir son peuple ; déraciner sa culture et sa langue ; car le peuple français est un ennemi viscéral, par sa conscience et son Histoire, de ce pouvoir à dominante anglo-saxonne, impersonnel comme le silence de l'or. Leur but sera bientôt de vous arracher à votre langue. La défense du Français fait intégralement partie de notre résistance par la dignité. On a le droit de refuser l'imposition de la langue unique de la mondialisation et son introduction à travers les médias, la publicité et bientôt l'éducation. Il existe un projet de passage à l'anglais de tout notre système éducatif. Cela passe par la « tête », d'abord, l'enseignement dans les facultés et les grandes écoles, comme cela vient d'être voté, puis cela redescendra jusqu'à faire jonction avec les projets d'écoles maternelles en anglais qui ne tarderont pas à fleurir. Pour en revenir au fond, et c'est la thèse essentielle de cet article, nous assistons depuis déjà quelque temps à la fusion du Marxisme et du Libéralisme qui étaient déjà des frères, dans un projet mondial de liquidation de toutes les structures au profit du seul élan capitaliste-progressiste. Un élan lui-même liquide... Si je suis favorable à une plus grande liberté économique des petits, étouffés qu'ils sont par une fiscalité délirante, je n'ai en revanche pas de fascination particulière pour le libéralisme global tel qu'il se dessine aujourd'hui en énorme absorption d'énergie, d'image et de matière... 

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       Le mariage homosexuel est une bonne affaire pour ce pouvoir idéologique. D'abord, il dissout la famille un peu plus, seule structure qui échappe à la domination politique ou économique. Il dégrade le mariage au statut de simple droit, accentuant la judiciarisation libérale. Il défait la vision séculaire du couple et de la famille. Il relativise les bases anthropologiques et crée un flottement des êtres. L'individu déconstruit est plus facile à modeler. Mais surtout, il fonde un nouvel ordre parental et dissocie la procréation de son acte naturel. Il ouvre un marché juteux (deux milliards de dollars en Inde) et fait considérablement reculer les tabous. Acheter un enfant, c'est aussi un enfant à jeter, si vous me permettez cette violence du jeu de mots. Aussi, non pas immédiatement, mais à long terme, c'est le moyen de jouir d'esclaves, éventuellement de victimes sacrificielles. Bien sûr, les conséquences ne seront pas immédiates, ce pouvoir a tout son temps, et il le prend, pour accomplir un projet qui nous est de plus en plus clair, mais qui n'aboutira jamais, du moins pas complètement. Entre le marxisme et ce libéralisme, il y a de nombreux points communs, le premier étant de considérer l'homme comme une matière – et ce n'est pas un accident : la pensée de Marx doit beaucoup aux Lumières anglaises et françaises, même si ses inspirateurs principaux sont les penseurs allemands comme Hegel et Feuerbach. C'est pourquoi j'interpelle amicalement Vivien Hoch et, à travers lui, ces blogueurs qui se définissent comme libéraux-conservateurs. Peut-être cela suscitera-t-il un débat difficile, mais fécond. Je ne résiste pas à vous resservir cette prophétie de Bernanos qui, dès 1948 – je le cite en substance – déclarait : libéralisme et marxisme apparaîtront bientôt pour ce qu'ils sont, les deux mâchoires d'une seule gueule – le matérialisme – qui ne tardera pas, s'il n'y prend garde, à broyer l'homme tout entier. Et la science-fiction revient : on fabriquera un homme volontairement déraciné. Certains livres comme les contes de fée seront interdits aux enfants parce qu'ils leur donneraient une image trop orientée des sexes. L'introduction de la théorie du genre dans l'éducation des plus petits fait partie d'un projet de contrôle : le fameux « diviser pour mieux régner », utilisé à l'échelle des nations, des peuples, des tribus, sera dorénavant introduit dans l'individu multipolaire. L'être flottant qui ne connaît même pas son sexe me semble un excellent candidat à une certaine forme d'asservissement par l'auto-éclatement et la consommation de ses existences. Hannah Arendt disait que l'un des critères du totalitarisme était l'abolition des différences. En s'attaquant à la distinction sexuelle, le nouvel ordre mondial s'en prend à la plus intime, la plus fondamentale, la plus féconde sur tous les plans de nos différences créatrices d'ordre. Est venu le temps où les puissances ne dominent plus par l'ordre, mais par le chaos et la liberté. Mais c'est cette liberté pourtant, que nous chérissons, qui vaincra – une liberté retrouvée dans son sens vrai, c'est-à-dire ayant retourné le retournement pour enfin voir clair – une liberté réelle, vivante, ouverte – qui déteste la fiction qu'on lui substitue.

 

Lucien Fornello

5 juin 2013
pour La Vaillante

 

 

19.04.2013

Ce qu'est l'homophobie selon la Théorie du Genre

Qu'est-ce que l'homophobie ? Réponse de SOS Homophobie dans cette émission "Du grain à moudre" sur France Culture.
Vous voulez voir l'état de la culture officielle dans notre pays ? Où en est la Théorie du genre ? Écoutez cette émission où dès le début, par la problématique posée, l'antenne France Culture se place en propagandiste de la cause de cette théorie. Tugdual Derville s'en sort bien, mais aura-t-il été écouté et entendu par les auditeurs habitués au bain de la culture libertariste & libéralisante ? :

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4607954

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4607954     "Du Grain à moudre" le 15 avril 2013

Et aussi Observatoire de la Théorie du Genre : http://www.theoriedugenre.fr/
Page facebook de l'Observatoire de la Théorie du genre :
https://www.facebook.com/pages/Observatoire-de-la-théorie-du-genre/301879863274835?fref=ts

Théorie du Genre : Institut de Formation Politique (PDF) :
http://www.ifpfrance.org/images/stories/Fichiers/les%20notes%20de%20l%5C%27ifp_n%B04_la%20th%E9orie%20du%20genre_d%E9cembre%202012.pdf

Camille Fornello
pour La Vaillante

02.04.2013

En finir avec la distinction des sexes : la Théorie du Genre imposée à toute la société

Patrice André, Juriste, dévoile l'application concrète par le gouvernement de la Théorie du Genre à toutes les couches de la société.  Vidéo du 21 mars 2013, Lille.

 

27.01.2013

Chorégraphie pour un dépliant

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Voulons-nous transmettre

la confusion des genres

aux générations naissantes ?