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21.07.2017

L'adoration eucharistique assume toute ma chair et ma psychologie pour la tourner vers Dieu

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurL’Eucharistie et la guérison

Enseignement par le Père Nicolas Buttet, fondateur de la Fraternité Eucharistein,  pendant le Congrès sur l'Adoration Eucharistique, Adoratio 2017, avec pour thème "Adorer au Cœur du Monde".

 

 

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurPremière réflexions introductives. D’abord, on a beaucoup de confusion entre la santé et le salut. Finalement ce que nous désirons profondément c’est être sauvés, c’est la vie éternelle. Et puis, on a reporté aujourd’hui, un petit peu, sur la santé la quête de vie éternelle. Il y a une sorte d’obsession de la santé et une sorte de désaffection pour l’idée du salut, de la rédemption, de la vie éternelle, de sorte que, finalement, on estime plus important parfois la santé que le salut. Il ne faut pas opposer l’un à l’autre. Dans le livre des Chroniques on nous dit que Asa eut les pieds malades, une maladie très grave, et même alors il n’a pas recourt dans sa maladie au Seigneur, mais aux médecins seulement. Il ne va pas chez le Seigneur, il est malade, ça ne va pas bien du tout et il ne va pas chez le Seigneur. C’est quand même terrible. Et puis, inversement, dans l’Évangile de saint Marc, on nous parle de cette femme atteinte d’hémorragies et elle avait beaucoup souffert de nombreux médecins et elle avait dépensé tout son avoir sans aucun profit, même que ça allait pire après, qu’avant. Elle va vers Jésus et elle va être guérie. Alors, pour la petite histoire, saint Luc ne parle pas qu’elle avait souffert des médecins. Comme il était toubib lui-même, il ne voulait pas d’ennui avec la profession, il dit juste que c’était compliqué pour elle. Donc, on se rend compte que, tout d’un coup, on a une frontière un peu particulière et saint Augustin nous dira : « Quelques fois le médecin se trompe en promettant au malade la santé du corps. Dieu te donne, à toi qu’il a fait, une guérison certaine et gratuite. Le Christ est à la fois le médecin des corps et des âmes. Dieu guérit parfaitement toute maladie, mais Il ne guérit pas sans le malade. » Première remarque dans cette relation santé/salut qu’il s’agit de bien intégrer.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurDeuxième remarque : Est-ce que le malade doit être guérit dans la Bible ? Comme être vivant ou mort, ce n’est pas tout à fait ce qu’on croit. Évidemment la frontière ne passe pas entre une santé physique ou psychique et une maladie physique ou psychique. Elle passe entre être avec Dieu ou être sans Dieu. Quand quelqu’un est avec Dieu, même s’il est malade il est en bonne santé, quelque part. Quand quelqu’un est mort avec Dieu, Dieu lui parle. Á Lazare, vous imaginez !, le frère de Marie-Madeleine. Ça fait quatre jours qu’il est au tombeau, ça sent déjà mauvais et Jésus lui dit : « Sors ! ». On ne parle pas aux morts ! Alors que, à Hérode qui vient lui poser des questions à sa Passion, il ne répond pas parce qu’il est déjà mort dans le cœur. Il y a des vivants qui sont morts, il y a des morts qui sont vivants. Et finalement la frontière n’est pas tout à fait là où on pense qu’elle est. Finalement, au cœur de tout ça, c’est la présence de Jésus. Quand Mère Teresa était malade à l’hôpital, pour une nouvelle crise cardiaque qu’elle venait de faire, le médecin hindou dit au prêtre qui était à côté de Mère Teresa : « Père, allez vite chercher la petite boîte ! ». Le prêtre dit : « La boîte de médicaments ? Quel médicament ? Quelle boîte ? ». « Mais non ! La petite boîte qu’ils apportent et qu’ils mettent dans sa chambre. Quand la boîte est là, Mère Teresa la regarde tout le temps. Si vous la mettez, l’apportez dans sa chambre, elle sera toute calme. » Le prêtre a compris qu’il s’agissait du tabernacle, la Présence réelle. Et le médecin rajoute : « Quand cette boîte est là dans sa chambre elle ne fait que regarder, regarder, regarder encore cette boîte. » Et donc Mère Teresa avait la grâce d’avoir la Présence réelle dans sa chambre d’hôpital. Et quelque fois Dieu a des manières assez surprenantes de nous voir. Je prends un exemple : Dans les Actes des Apôtres vous savez qu’il y a cet eunuque éthiopien, premier ministre de la reine d’Éthiopie qui retourne chez lui depuis Jérusalem et qui est en train de lire, seul. Alors, il faut s’imaginer ce qu’est un eunuque. C’est une personne qui ne peut plus avoir d’enfant. Dans la tradition antique la postérité était capitale. C’était une façon d’exister socialement. C’est la seule façon d’exister. C’est une sorte de malédiction de ne pas avoir de descendance. Il avait tout le pouvoir politique qu’il voulait. Il avait la reconnaissance de la reine et des gens qui s’inclinent et lui font des courbettes. Mais fondamentalement son être humain est complètement atrophié et sa suite n’est pas là. Il est en train de lire un texte un peu particulier quand Philippe le rattrape. Ce texte que l’on retrouve dans les Actes des Apôtres et qui est une citation du prophète Isaïe : « Dans son humiliation,  ̶  c’est le même mot qui est utilisé en grec pour parler de l’humiliation de Marie : « Il a baissé les yeux sur l’humiliation de sa servante » ­­ ̶  son jugement a été levé et sa postérité, qui en parlera ? ». Donc, il a un texte où lon parle de la postérité. Le type est seul sur son char, il va faire des jours de voyage, et Dieu vient mettre le doigt en plein où il a mal. Ta postérité, qui est-ce qui va en parler, un jour ? Non Seigneur, on ne veut pas de ça, pas de ça ! Ma postérité, c’est mon drame secret. C’est mon infirmité. C’est la question qui me travaille en permanence et quand je suis seul en silence, c’est ça qui me fait mal. « Ta postérité, qui en parlera ? » Et Dieu dit : c’est justement là que je vais te rejoindre. C’est dans cette question-là. Dans cette souffrance-là. Dans ce drame de ta vie. Dans ce qui fait, finalement, la vraie question de ton existence. Tu n’auras pas de postérité. Ton pouvoir c’est bien, ton avoir c’est bien, tout ça c’est bien mais il y a une chose à côté de laquelle tu es en train de passer. Et Dieu lui dit ça et met le doigt en plein où ça fait mal, pour lui dire c’est là que je te rejoins et c’est là que je vais t’apporter la guérison. Et la guérison ce n’est pas qu’il aura une postérité. La guérison c’est qu’il va être investi par la grâce de Dieu en raison même de cette fêlure et c’est là qu’il va recevoir le baptême que Philippe va lui donner. Vous voyez, quelque part Dieu vient nous rejoindre, et c’est ça l’adoration eucharistique, on en reparlera tout à l’heure…

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurTroisième remarque : Je crois que l’adoration répond aussi à ce grand appel de Jésus : « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau je vous soulagerai. Mettez-vous à mon école, prenez mon joug, apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le soulagement. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger. » Qu’est-ce que le joug dans la tradition antique et aujourd’hui encore d’ailleurs ? Le joug c’est ce qui permet d’unir deux animaux afin de labourer plus facilement le champ. Le joug n’est pas un fardeau qui pèse, le joug est un moyen d’alléger le travail, de rendre plus facile le travail. Si un bœuf laboure seul le champ, c’est difficile, s’ils sont deux, avec le copain à côté, le pote, avec le joug qui les unit, c’est plus facile. Le joug est une façon d’alléger l’épreuve et la souffrance. Jésus nous invite à venir nous unir et ce joug c’est l’Esprit Saint que Jésus nous donne en permanence au Saint Sacrement. Á sainte Gertrude d’Helphta Jésus disait : « Là, dans l’Eucharistie, dans la généreuse bonté de mon cœur, je guéris les blessures de tous les hommes, je procure le soulagement aux pécheurs, j’enrichis la pauvreté par les dons et les vertus, et je console chacun dans ses épreuves. » Il y a dans cette expérience que là, devant Jésus, je vais pouvoir trouver la guérison. Là, devant Jésus, je vais pouvoir venir déposer mon fardeau pour prendre son joug, c’est-à-dire avoir son secours et son aide qui, joints à ma propre responsabilité, mon propre effort, va me permettre de sortir de cette épreuve dans laquelle je suis plongé. D’être là avec ce cri : « Toi seul, Seigneur, peut me sauver ! » Saint Pierre dira : « Lui-même a porté nos péchés dans son corps, sur le bois, afin que morts à nos péchés nous vivions pour la justice, par ses blessures nous trouvons la guérison. » Et ce corps du Christ vivant ressuscité mais stigmatisé, on pourrait dire, dans l’humilité de la présence sous l’apparence du pain, est un lieu permanent de perfusion de l’Esprit Saint et de perfusion de la vie divine par nos propres fêlures qui passent par ses propres fêlures à lui.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurUn dernier point, quand même : Guérir ou soigner ? Un médecin ne peut pas guérir, il ne peut que soigner. Tout thérapeute ne peut que soigner. Il ne peut pas guérir. La guérison est un processus propre du corps, un processus qui ne peut revenir qu’à Dieu seul, quelque part. On peut faire en sorte que le corps aille mieux par une certaine thérapie, mais le processus de guérison est impossible. Il se fait par la dynamique propre de la vie qui m’habite. Dieu seul est capable de guérir. Un médecin peut soigner. Un thérapeute peut soigner. Mais Dieu seul peut guérir. Il n’y a pas de guérison en dehors de Dieu. On peut soigner, on peut « care » disent les anglais, on peut prendre soin, mais on ne peut pas guérir fondamentalement, puisque le processus de guérison ne dépend pas des médicaments ou de la thérapie, il dépend du processus propre, de dynamiques soit du corps, soit de la psychologie de la personne. Tous les thérapeutes en psychologie, en psychiatrie, savent bien que finalement s’il n’y a pas une collaboration de la personne, un oui de la personne, il n’y a pas de processus de guérison possible. Ultimement, c’est cet acquiescement de la personne qui va amener à ça.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurDéjà les juifs avaient compris que tout ce mystère se jouait autour du pain, puisqu’il y avait un pain particulier, un pain azyme, la matsa shemoura, qui était un pain extrêmement important. « Matsa » c’est le pain azyme, « shemoura » veut dire surveiller. On surveillait attentivement toute la fabrication et toute la cuisson et puis là, autour… Ce pain était servi dans le remake, ou l’after de Pâque et on dit que c’était le pain de la foi et de la guérison. Déjà dans la tradition juive on avait l’idée qu’autour du pain de la foi se jouait la guérison.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurDonc Jésus est présent, Jésus est là, il est présent partout, c’est sûr… Un jour on demandait à une classe d’enfants : « Où est Jésus ? » « - Dans mon cœur ! » Un autre dit : « Á l’église, au Tabernacle ! » « - Oui, très bien ! » « - Au milieu de nous, quand deux ou trois sont réunis en son nom ! » « Très bien ! » « - Moi monsieur, moi monsieur, j’sais ! » « - Il est où ? » « - Á la salle de bain ! » « - Á la salle de bain ! ?? Pourquoi tu dis ça ? » « Ben, chaque matin quand maman fait sa toilette et que papa est devant la porte il tape, il tape et il dit : « Bon Dieu ! T’es encore là ! ». Non, Dieu n’est pas étranger à nos vies, mais il y a un lieu dans lequel Il veut être, corporellement présent et c’est ça qui change tout, corporellement présent, c’est au Saint Sacrement. Il est là réellement, spirituellement et corporellement. Charnellement présent, réellement présent.

Alors, j’aimerais voir quatre aspects, rapidement. Le premier aspect est un aspect plus théologique : Comment l’Eucharistie devient un lieu de guérison. Deuxièmement un aspect plus anthropologique, humain : Comment l’Eucharistie est un lieu de guérison très personnel, très concret. Troisièmement : Comment l’Eucharistie peut être une guérison politique, économique, cosmique, si j’ose dire. Et dernièrement : Comment l’Eucharistie est déjà une préfiguration de la guérison ultime qu’est la parousie, la venue en gloire du Christ.     

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurLe premier point. Comment l’adoration eucharistique est au cœur du drame de l’humanité. Le drame de l’humanité c’est le péché. La folie d’amour de Dieu c’est la création, c’est la rédemption qui va s’en suivre, bien sûr, mais le drame, c’est le péché. Et le péché, nous dit saint Thomas d’Aquin, c’est se détourner de Dieu pour se tourner vers la créature. C’est ce mouvement fou de l’homme qui préfère la créature au Créateur. Ou qui n’aime pas les créatures sous le regard du Créateur. Parce qu’il ne s’agit pas de rejeter la créature mais de voir les créatures en tant que don du Créateur et de voir le Créateur toujours là en premier. Comme dit le vieux proverbe chinois : « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. » Ou alors, dans une classe, on demande : Mais d’où vient le lait ? Et un enfant dit du berlingot, de la brique. Oui, c’est vrai, mais il y a peut-être une vache derrière… Donc, nous sommes un peu bloqués sur les créatures sans voir qu’il y a un Créateur derrière. Alors, l’adoration va se mettre là : quand nous nous mettons en adoration, nous proclamons la source, nous proclamons Dieu. Nous renversons ce mouvement du péché qui est de préférer la créature au Créateur pour dire que je préfère le Créateur et le Rédempteur à la créature. Je viens affirmer de manière profonde et forte que le Créateur est au cœur de ma vie, de mon existence. Le péché me replie sur moi-même, l’adoration, disait le pape Benoît XVI, est une extase, une sortie de soi, là où les yeux m’amènent. Il y a un grand guide de montagne, René Desmaison, qui répondait à pourquoi vous êtes monté sur des montagnes, à faire des choses folles ? Il disait : « Je voulais marcher là où mes yeux me portaient. » Je voulais poser mes pieds là où mes yeux m’avaient attiré. Eh bien, voyez-vous, l’adoration, c’est ça : je regarde Jésus. Et je veux être là où est celui que je contemple. Je suis en extase de moi-même qui me met en exode de moi-même. Benoît XVI va dire : « L’extase initiale se traduit dans un pèlerinage, un exode permanent allant du je enfermé sur lui-même vers sa libération dans le don de soi. Et précisément ainsi vers la découverte de soi, plus encore, vers la découverte de Dieu. » Donc de l’exode à l’extase. Et de l’extase à l’exode. Je sors de moi, je suis en sortie de moi vers ce Dieu. Ça c’est le renversement du mouvement du péché. Le péché. Le péché me replie sur moi-même, me replie sur mon ego, m’enferme en moi-même dans l’enfermement,  ̶  et dans enfermement il y a lenfer aussi, vous voyez, une fermeture totale. Ça cest le drame qui peut sexprimer de manière spirituelle, de manière psychique, psychologique, de manière égoïste, pécamineuse, sans souci de l’autre et Dieu va briser ce mouvement pour me mettre hors de moi. Le pape François disait : « C’est dans le don de soi, dans le fait de sortir de soi-même que se trouve la véritable joie et que par l’amour de Dieu, le Christ, lui, a vaincu le mal. » Même des gens comme Boris Cyrulnik, psychiatre athée, d’origine juive, qui dit, mais écoutez : « La seule guérison possible dans les grands traumatismes c’est de sortir de soi et de regarder à l’extérieur. » Ce que le bon sens a compris, l’Eucharistie nous permet de le vivre, l’adoration eucharistique nous permet de le vivre. Sortir dans un exode qui nous tourne vers le Rédempteur qui est là, qui lui-même nous envoie vers les plaies de nos frères et sœurs. Un petit enfant disait un jour : « Cher Dieu, ça doit être difficile pour toi d’aimer toutes les personnes du monde. Il n’y en a que quatre dans notre famille et je n’y arrive jamais ! » Dieu nous amène à partir de cette extase vers Lui dans un exode et de l’exode vers Lui, un mouvement, se mettre en route, sortir de ma terre pour aller vers la terre de Dieu, sa terre charnelle qui est Présence au Saint Sacrement, et de là, aller vers la chair de mes frères et sœurs souffrants pour semer cet amour que lui-même me donne.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurDeuxième aspect important, théologique : Vous savez que l’on dit que l’Eucharistie est la prolongation de l’action de grâce pour la communion et la préparation dans le désir de la communion suivante. Ce qui est vrai théologiquement. Mais Benoît XVI avait souligné un aspect très important. Il disait déjà que, d’un point de vue naturel, l’homme est appelé à vivre dans la justice, qui est une vertu, et la justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Or, il y a un premier élément constitutif de la vertu de justice, qui s’appelle la vertu de religion. D’un point de vue philosophique les grecs en ont parlé quatre siècles avant Jésus-Christ, soit cinq siècles, même, qui consiste à rendre à Dieu un culte d’adoration, d’action de grâce et de louange car il est la source de tout bien et à cette hauteur de tous les biens, on va lui rendre l’adoration, l’action de grâce et la louange qui lui est due. Eh bien voyez-vous, l’adoration eucharistique permet de remplir ce devoir fondamental de l’être humain à l’égard de son Dieu Créateur, de lui rendre ce qui lui est dû : l’adoration, la louange et l’action de grâce. De sorte que Benoît XVI pouvait même dire que, quelque part, avant même, du point de vue non pas de l’ordre chronologique, où l’Eucharistie, la messe, précède l’adoration, mais du point de vue de l’excellence, l’adoration précède encore tout. Et l’adoration est l’accomplissement du devoir premier du cœur de l’homme, en justice. Et je crois que c’est important de revenir à cela.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurSaint Augustin disait que « personne ne mange cette chair sans auparavant l’avoir adorée. Nous pécherions si nous ne l’adorions pas. » Alors lui il l’entendait de manière très concrète puisqu’on communiait dans la main. On va recevoir le corps du Christ, on va L’adorer avant de Le porter à sa bouche. C’est ce que disait saint Augustin dans cette façon de faire. Mais profondément, cite Benoît XVI, il va faire précéder dans l’ordre de l’excellence l’adoration par rapport au reste pour montrer que c’est le premier devoir de l’être humain, en justice, que de dire : « Mais Dieu, Tu es mon Seigneur et mon Tout ! » Et donc de s’amener vers la gratitude et l’action de grâce, de dire merci. De dire merci à Dieu. C’est le mot efcharisto. Eucharistie ça veut dire merci. C’est l’attitude de l’homme qui dit merci, tout bien vient de Toi. L’ingratitude, l’acharistia en grec, est une catastrophe. Et l’eucharistia est le chemin de la délivrance. Même psychologiquement, aussi aujourd’hui. On se rend compte que la chose la plus importante pour vivre, dans la psychologie positive, c’est de dire merci, d’être dans l’action de grâce. Ceux qui rouspètent tout le temps, ceux qui marmonnent tout le temps, ceux qui sont dans la plainte tout le temps, dans le murmure, eh bien, c’est une tragédie. Le peuple hébreu quand il a commencé à murmurer, plutôt que de traverser le désert en quarante jours a mis quarante ans. Ce n’est pas très agréable, ça fait un peu plus long, vous voyez. Refusant l’eucharistie, ils sont enfermés dans l’acharistia et donc se sont retrouvés dans cette tragédie du murmure perpétuel. Eh bien, l’adoration eucharistique nous sort et nous disons : « Merci à toi Jésus, Gloire à Toi, Gloire à Toi ! » Donc, de sorte qu’à l’adoration on ne commence pas par soi mais on commence par le Christ : Ô Jésus, Toi, Toi, Toi… Vous voyez, ce mouvement de sortie de soi. Il y a un très beau conte soufi de la tradition mystique musulmane : c’est un fiancé qui rentre d’un long voyage et il se réjouit de rencontrer sa fiancée. Il frappe à la porte et la voix aimée à l’intérieur dit : « Mais qui est-ce ? » Il dit : « C’est moi, je suis ton fiancé, ça y est, je suis revenu ! C’est moi ! » La porte ne s’ouvre pas. Il se dit : « Mais ce n’est pas possible ! Elle n’a pas pu m’oublier, elle n’a pas pu m’abandonner… » Alors, il va dans le désert, il prie, il réfléchit, il jeûne. Il revient quelques jours plus tard, il frappe à la porte. La même voix aimée dedans dit : « Qui est-ce ? » Il dit : « C’est moi, je suis ton bien-aimé, je suis ton fiancé, je suis revenu du long voyage. Ouvre-moi ! » Et la porte ne s’ouvre pas. Alors il repart dans le désert, il prie, il jeûne, il réfléchit et il revient. Une troisième fois il frappe à la porte. La même voix aimée : « Mais qui est-ce ? » Á ce moment-là il va dire : « C’est toi, ma bien-aimée, c’est toi ! » Et la porte s’ouvre. Vous voyez, l’adoration eucharistique nous fait passer du moi à toi. Un philosophe juif et poète à sa manière, Martin Buber, a fait un poème extraordinaire. Du, qui veut dire en allemand toi. En haut Toi, en bas Toi, à gauche Toi, au-dessus Toi, dans le malheur Toi, dans la joie Toi, Toi, Toi, Toi, rien que Toi, uniquement Toi.  Eh bien l’adoration c’est ça, voyez-vous… Je passe du je au Toi.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurPeut-être un autre point très important dans l’adoration eucharistique, que j’aimerais soulever… Saint Thomas d’Aquin nous dit qu’il y a deux drames qui rongent le cœur de l’homme. C’est la présomption et le désespoir. La présomption c’est croire qu’on peut faire par nous-même les choses. Et le désespoir, c’est se retrouver dans cette pauvreté, cette vulnérabilité où on ne sait plus où donner de la tête, jusqu’à la dépression. Et saint Thomas d’Aquin dit que la présomption et le désespoir sont les deux péchés contre la vertu d’espérance. Ah, c’est intéressant, la vertu d’espérance ! Et l’espérance, dit-il, se nourrit de la prière. Et la prière en particulier du Notre Père qui es au cieux. Or, saint Paul nous dit que personne ne peut dire Abba, Père, sans la puissance de l’Esprit Saint. Or, il se trouve une chose incroyable : l’Eucharistie est justement le lieu de la pentecôte perpétuelle. Saint Jean Chrysostome, un père de l’Église, disait que, à l’origine, la Pentecôte n’était pas qu’un fait initial, c’était un mouvement qui avait été inauguré une fois et que Dieu ne cessait pas de donner l’Esprit Saint, et que l’Esprit Saint est un jaillissement permanent du Cœur eucharistique de Jésus. Il y a deux Pentecôte, on les connaît tous : celle de saint Luc dans les Actes des Apôtres cinquante jours après Pâque, où une flamme arrive, où l’Esprit Saint arrive, de grands signes et de grands phénomènes, avec les flammes sur la tête des apôtres. Ils sortent, Pierre fait un sermon et trois mille conversions. Un ami prêtre m’a dit un jour : « Tu te rends compte ! Un sermon, trois mille conversions ! Moi, trois mille sermons et pas une conversion ! » Je dis : « Non… Le Seigneur travaille quand même, pas de souci ! » Voilà. Et il y a une Pentecôte dont on parle moins, c’est la Pentecôte de saint Jean. Saint Jean ne situe pas la Pentecôte de la même manière que saint Luc, mais pour Jean la Pentecôte est immédiatement à la Croix. Au dernier jour de la fête de Soukkot, la fête des Tentes, où le peuple juif vivait sous des tentes en dehors de leur maison, rappelant le séjour au désert, le dernier jour il y avait un rite particulier où le grand prêtre descendait à la fontaine de Siloé, qui était la seule fontaine jaillissante d’eau vie à Jérusalem. Le reste c’était des puits. Il allait chercher l’eau vive, l’amenait sur l’autel du Temple pour verser l’eau en offrande. Et à ce moment-là, dans une acclamation,  ̶  le commentaire du Talmud dit qui n’a pas vu la joie de la fête de l’eau qui clôt la fête des Tentes ne peut pas connaître la joie. C’était l’apothéose de la joie.  Et Jésus crie à ce moment-là : « Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi, car il est écrit de son sein jaillira l’eau vive. Il parlait de l’Esprit Saint qui jaillirait de son côté, à sa glorification », c’est-à-dire au moment de la Pâque. Donc, pour saint Jean le Cœur ouvert du Christ est la Pentecôte. Or, le Cœur du Christ ne cesse de palpiter au Saint Sacrement. Et l’Esprit Saint ne cesse d’être donné. De sorte que, en l’adoration eucharistique, Dieu vient me libérer de la présomption et du désespoir. Qui suis-je pour, pardonnez-moi l’expression un peu directe, me la péter devant le Bon Dieu, au Saint Sacrement ? Qui suis-je pour avoir quelque sentiment d’orgueil devant Jésus au Saint Sacrement ? Lui, le Tout-puissant s’est fait dans une telle vulnérabilité, sous l’apparence d’un bout de pain inerte, et c’est Dieu qui est là. Et en même temps qui suis-je pour désespérer, puisque la grâce m’est donnée. Puisqu’Il s’est revêtu de mon humanité, Il a pris l’humilité de descendre et vient aux tréfonds me rechercher et m’empoigner. On a accueilli une fille chez nous qui avait fait cinq tentatives de suicides, des violences extrêmes, la drogue depuis douze ans, son copain était un dealer qui s’est fait assassiné, dans la rue comme ça… Enfin voilà, c’était vraiment un truc incroyable. Et quand elle a débarqué chez nous, elle était en hôpital psychiatrique juste avant. Elle avait fracassé l’infirmière qui était venue lui faire une piqûre de calmants, du coup l’infirmière avait dû être hospitalisée pour coups et blessures. Elle avait quinze ans, on ne savait plus que faire d’elle. Alors on l’a amenée chez nous. Un jour elle a pété les plombs, c’était horrible. Et puis elle me dit : « J’me casse ! » J’dis : « Écoute, de toute façon il n’y a plus personne qui peut te supporter ici, donc… Mais avant, on cause. » Et puis elle me dit : « J’ai pas envie de parler avec toi, tu dégages, connard ! »  Très bien. Alors j’dis : « Mais on cause. » Alors je la poursuis, j’arrive à la chambre, elle m’envoie la porte à la figure, je bloque la porte. Je dis : « Écoute, j’ai dit qu’on causait ! » Elle me dit : « T’as pas l’droit de rentrer ici ! » J’dis : « Écoute, c’est ni chez toi, ni chez moi, c’est chez le Bon Dieu, donc on est chez le Bon Dieu tous les deux. » Elle commence à faire sa valise. Á ce moment-là je ferme la valise, je m’assieds dessus, j’dis : « J’t’ai dit qu’on causait avant que tu te casses, quoi ! » Et là, elle vient vers moi avec le poing comme ça, vous savez… Alors j’enlève vite mes lunettes parce que j’me dis qu’il vaut mieux un œil au beurre noir qu’un œil crevé. Et elle s’arrête à ça de moi avec le poing ! J’étais très content, d’ailleurs. Et elle me dit : « Mais pourquoi je suis comme ça, Nicolas ? » « Ah !, j’dis, ça c’est une très bonne question, assied-toi. » On a passé un long moment à discuter, et puis à la fin, elle me dit : « J’fais quoi, maintenant ? » « Si tu veux t’casser, tu veux t’casser… Á moins que tu aies une autre idée, maintenant. » « Tu veux que j’aille où ? » J’dis : « J’suis tout à fait d’accord avec toi, à part la rue, tu n’as rien. » Elle me dit : « Tu m’gardes encore ici ? » J’dis : « Ouais ! Mais à une condition. C’est que quand tu pètes les plombs, tu vas à la chapelle. » Elle me dit : « Non ! mais moi je n’y crois pas à ton machin de Jésus, avec ton machin blanc, là ! J’y crois rien ! » J’dis : « C’est pas ça que je t’ai dit. Je t’ai dit : Il n’y en a qu’un seul qui te supporte ici, c’est Jésus. Et la chapelle est insonorisée. Et il n’y a personne qui te supporte, par ailleurs. Donc, quand tu as envie de péter les plombs, tu vas chez Jésus péter les plombs. D’abord on n’entend pas, ensuite c’est Lui qui te supportera. » Et elle faisait ça très gentiment d’ailleurs, par obéissance. Et un jour, elle sortait de la chapelle, je la vois arriver. Je passais juste devant la chapelle à ce moment-là, c’est vraiment providentiel et elle me dit : « Aïe ! Aïe ! Nicolas ! » J’dis : « Quoi ? » « - Le cœur !... » J’dis : « Saute dans la voiture, on part à l’hôpital tout de suite ! » Je me suis dit, avec toutes les substances qu’elle a prises, le cœur est en train de… Elle dit : « Non, c’est pas ça, c’est l’amour de Jésus ! » « Ah, j’dis, c’est bon ! » Elle me dit : « Tu vois, j’ai dit à Jésus : Tu as une heure, montre suisse en main, tu as une heure pour me dire si tu existes ou pas. Soit tu existes et tu fais quelque chose, soit, s’il n’y a pas de réponse, je vais me suicider. Peut-être, si tu existes, on se retrouvera de l’autre côté. Mais moi je ne supporte plus la vie comme ça. » Elle s’est mise à genoux, une heure montre en main. Après une heure, elle s’est levée et elle a dit : « Tu n’m’as rien dit. Peut-être qu’on se reverra de l’autre côté, si tu existes. » Et à ce moment-là elle me dit : « Je ne sais pas ce qui s’est passé Nicolas, j’ai senti mon cœur brûler, je me suis effondrée au pied du… Elle était à ça de Jésus ! Á ça de l’ostensoir, au bord de l’autel, comme ça ! Elle a dit : « J’l’ai pas quitté des yeux, hein ! J’te lâche pas ! J’te lâche pas les baskets ! » Elle m’a dit : «  J’me suis effondrée là, je sors maintenant de la chapelle. Il m’a dit qu’Il existait et qu’Il m’aimait. » Elle avait des médocs à n’en plus finir. On a fait le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Elle a fait un chemin comme ça. Bref, elle a fait son Bac, elle a terminé son Master en Sciences Po, croyante et tout… Avec cette expérience du Christ qui vient sauver, qui vient regarder. Tout d’un coup, entre la présomption et le désespoir, il y a le cœur de l’enfant de Dieu qui nous est restitué par l’effusion de l’Esprit Saint jaillissant du Cœur eucharistique du Christ. De sorte qu’il y a cette Pentecôte permanente qui est là, et qui fait que tout d’un coup je peux venir à ce Cœur miséricordieux.

Á sainte Faustine Jésus disait : « Tu vois, mon enfant, ce que tu es par toi-même, la cause de tes échecs, c’est que tu comptes trop sur toi et que tu t’appuies trop peu sur moi. Mais que cela ne t’attriste pas outre mesure, je suis le Dieu de la Miséricorde, ta misère ne saurait épuiser mon Amour, puisque je n’ai pas limité le nombre de mes pardons. Sache, mon enfant, que les plus grands obstacles à la sainteté sont le découragement et l’inquiétude. Toutes les tentations réunies ne devraient pas, même un instant, troubler la tranquillité intérieure. Quant à l’irritabilité et au découragement, ce sont les fruits de ton amour propre. » Le diagnostic est clair, c’est bien, on sait où on en est.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurUne autre chose fondamentale dans l’adoration eucharistique c’est qu’on a le choix entre adorer et idolâtrer. Le cœur de l’homme est ainsi fait qu’il ne puisse pas ne pas s’attacher à quelque chose. Qu’il ne puisse pas aller à un endroit où le sens de sa vie prend source, où il s’accroche. L’athéisme comme tel est impossible. J’aurais de toute façon une idole à la place de Dieu. Je peux être athée d’un certain Dieu, du Dieu de Jésus-Christ, je peux être athée d’un autre Dieu, peu importe… Mais je ne peux pas vivre d’un athéisme. J’aurais nécessairement quelque chose qui tient lieu : mon travail, mon sport, ma littérature, ma science, mon art, une personne, mon moi, mon ego… bref, quelqu’un tiendra lieu de Dieu qui remplira cette tâche dans mon existence. C’est subtile, parfois… Un petit enfant de cinq ans : « Maman, t’aimes mieux qui le plus au monde ? – Mais mon p’tit chou ! tu sais bien que je te préfère à tout ! – Ah, c’est là le problème, alors, maman. » C’est que tu n’as pas quelqu’un devant, qui est là et qui pourrait dire : eh bien, oui, c’est parce que j’aime Dieu en premier que je peux t’aimer toujours mieux. Donc l’idolâtrie sera toujours là et Benoît XVI disait : Enfin, avec Jésus au Saint Sacrement, on a quelqu’un devant qui plier le genou : « Celui qui plie le genou devant l’Eucharistie fait une profession de liberté. Il ne pourra plus jamais plier le genou devant quelque idole que ce soit. » Je suis libre quand je plie le genou devant Dieu, quand je m’agenouille devant le Seigneur et Sauveur, quand je me prosterne devant l’unique Seigneur. Ce geste d’adoration devient une contestation révolutionnaire face à notre monde des idoles. Adorer le Saint Sacrement, répandre l’adoration sur la terre entière devient la plus grande contestation révolutionnaire mais dans un sens prophétique et positif du terme de la révolution. Non pas dans un sens destructeur mais au contraire dans la proclamation d’un nouvel ordre du monde qui est un peu déboussolé, qui est un peu désorienté. Un monde qui a perdu l’Orient devient désastré. Il a perdu l’astre. Et c’est une catastrophe. Replier le genou devant celui qui est le Soleil levant qui porte en ses rayons notre guérison, le Christ, Soleil levant, c’est se tourner vers l’Orient, c’est réorienter le cœur de l’homme et le monde et retrouver l’astre du matin qui vient illuminer notre monde. Voilà. C’est ce renversement qui s’opère comme ça. Et je pense qu’il y a une profession de foi prophétique par l’adoration permanente du Saint Sacrement. Un jour à Lyon, un jeune qu’on avait accueilli qui s’était converti et qui allait être confirmé. Il avait invité à la fois des amis de la paroisse, des cathos bien engagés et ses amis du travail qui était athées, musulmans… Á la fin, il m’a dit : « Il faudrait que tu parles… Un petit mot comme ça, devant tout le monde… » J’dis : « Écoute, j’peux pas parler aux gens de ta paroisse de l’Emmanuel de la même manière que je vais parler à un musulman, ou à un athée… Enfin, c’est pas possible ! » Il fait : « Débrouille-toi, ça c’est ton problème, c’est pas le mien ! » C’était un hall de gymnastique, il avait mis une croix quelque part et il y avait un petit pique-nique, là, un petit buffet. Et puis… j’étais tellement perdu que je me suis prosterné devant la croix en mettant le front par terre et disant : « Jésus ! il n’y a plus que Toi qui peut me dire ce qu’il faut dire. » Je me relève. Je raconte, je ne sais pas ce que j’ai raconté… Á la fin, un monsieur vient me voir et me dit : « Voilà… j’aimerais vous dire que je suis musulman, j’aimerais devenir chrétien. » Je dis : « Ah bon ! Vous y pensez depuis longtemps ? » Il me dit : « Non, depuis tout à l’heure. » Je dis : « Quand ça ? » « Quand vous vous êtes prosterné le front par terre devant la Croix du Christ, comme nous on fait en direction de La Mecque, mais vous devant la Croix du Christ, j’ai su que vous adoriez le vrai Dieu ! » Et deux ans après il a été baptisé à Saint-Jean, à la cathédrale de Lyon. Dieu s’est servi de ce geste que j’avais fait de manière "égoïste", en disant Seigneur, moi je ne sais pas ce qu’il faut dire. Je n’avais aucune intention en posant ce geste. Dieu s’est servi de ce geste qui n’avait aucune intention. Je crois qu’il n’a pas écouté ce que j’ai dit après, il a bien fait d’ailleurs, tellement bouleversé par ce que Dieu lui avait donné, ou ce que l’Esprit Saint lui avait donné, par ce geste d’adoration. Professer le Christ dans l’adoration c’est délivrer l’homme de toutes les idoles.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurPeguy disait : « Tous les prosternements du monde ne valent pas le bel agenouillement droit d’un homme libre. Toutes les soumissions, tous les accablements du monde ne valent pas une belle prière bien droite, agenouillée, de ces hommes libres-là. Toutes les soumissions du monde ne valent pas le point d’élancement, bel élancement droit d’une seule invocation d’un libre amour. » C’est bouleversant, ça, voyez… Donc l’adoration est là au cœur du drame de notre humanité pour renverser les choses.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurDu point de vue anthropologique, le premier drame de l’humanité, c’est l’orgueil. Quand on est devant le Saint Sacrement exposé, quand on regarde Jésus dans son look du bout de pain, dans son apparence d’un bout de pain, dans cette vulnérabilité-là, vraiment, on est bouleversé. Le Tout-Puissant s’est fait le désarmé. Le Seigneur des armées est devenu le Seigneur désarmé. Désarmé, vulnérable, pauvre. Il ne peut même pas sortir du tabernacle tout seul. Bon, des fois, il le fait. Avec sainte Faustine, un jour, Il débarque dans sa chambre et Il se pose sur ses mains, et dit : J’en ai marre, ici, il n’y a personne qui m’aime. Il n’y a que toi, donc je quitte cette maison et j’me casse ! Et Faustine négocie, elle dit : Tu ne peux pas Jésus, quand même, non… Il était sorti du tabernacle, du ciboire, comme ça, et puis Il lui dit, bon, tu m’as convaincu, rapporte-moi au tabernacle. Elle lui dit non, t’es venu tout seul, tu retournes… Il dit, non, j’y retournerai avec toi. Il lui a fait trois fois le coup comme ça. Trois fois Il lui a dit, non, je ne veux plus rester ici, ça va pas. Et trois fois Faustine dit, mais non, Jésus, écoute… Faut pas faire comme ça, elles sont bien mes sœurs quand même, tu sais…  Et donc elle ramènera trois fois Jésus au tabernacle. Á part ça, il a besoin des mains du prêtre ou du diacre, pour sortir, être exposé. Benoît XVI dit : « Sa façon d’être Dieu provoque notre façon d’être homme. » C’est prodigieux cette phrase, aussi. Qui es-tu devant ce Dieu pour revendiquer quoi que ce soit ? Au point que Jean-Paul II a pu dire : « La première tâche de la théologie est l’intelligence de cet abaissement de Dieu  ̶  quon appelle en grec la kénose, en français venant du grec  ̶  le Dieu qui se vide de lui-même, vrai et grand mystère pour l’esprit humain. » Dieu s’abaisse jusqu’à la Croix, jusqu’à l’Hostie. « C’est pourtant dans ce mystère de l’abaissement de Dieu que le mystère de l’homme s’éclaire totalement. Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. »

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurDeuxième point : l’égoïsme et le repliement sur soi. Nous sommes libres mais nous avons tous besoin d’être libérés. Si de manière générale, théologiquement, l’adoration renverse le mouvement du péché, qui est la préférence de la créature pour le Créateur, d’un point de vue très concret, l’adoration me donne ce goût de la liberté, élargit mon espace, élargit mon cœur. Dans la confiance de la présence de Celui qui me regarde et qui m’aime il y a un mouvement de libération qui peut se faire.  

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurTroisième point de ce côté-là : les troubles de l’estime de soi, les maladies du refus de vivre. Vous savez, on est très marqué par rapport à ça : Je ne m’estime pas, je ne vaux rien, je suis nul, c’est n’importe quoi, rien à foutre… C’est une fille que j’avais accueillie, qui avait fait aussi plusieurs tentatives de suicide. Qui était dans un état aussi incroyable. Elle a passé neuf nuits d’adoration. Neuf nuits de 10h du soir à 6h du matin. Sans trop y croire, d’ailleurs. Après ces neuf nuits elle m’a écrit un mot. Elle ne pouvait pas encore parler parce qu’elle était tellement blessée, traumatisée. Je lui avais dit, t’es trop cassée. Il n’y a qu’une chose qui peut te relever c’est te laisser regarder par Jésus. Elle me dit : « Mais j’y crois pas ! » « Ça fait rien, Lui croit en toi. Alors si tu veux passer une nuit d’adoration, je peux accepter. » La première nuit, de 10h du soir à 6h du matin, elle n’a pas bougé. Moi j’avais la tête qui tombait. Elle rien, rien. Je dis : « Tu peux revenir une fois, si tu veux. » Elle me dit : « Je reviens ce soir. » Je dis : « Non, pas toutes les nuits, une nuit sur deux, quand même ! » Et donc, elle a fait les neuf nuits. Elle m’a écrit : «  Tu vois, Nicolas, je me trouvais moche, nulle et conne. Et Dieu dans l’adoration m’a dit : «  Tu es belle, tu as du prix à mes yeux et je t’aime. » Et j’ai compris que ce qui compte c’est pas ce que moi je pense de moi, même pas ce que mon père pense de moi.  ̶  Qui avait dit en psychothérapie systémique : « Tu peux crever, j’en ai rien à faire », ce qui n’était pas son intention profonde, mais dans le désespoir et la souffrance qu’il avait, c’est la seule chose qu’il a pu sortir, mais elle l’a pris en pleine figure, comme une parole vraie. ̶  Et puis, c’est pas ce que pensent les copains de moi. Ce qui compte, c’est ce que Jésus pense de moi. » Et ça a été le chemin de la libération.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurOn est vraiment aux antipodes, dans les Métamorphoses d’Ovide, avec le mythe de Narcisse. Ovide dit : « Il meurt victime de ses propres yeux. » C’est extraordinaire : à force de regarder là-dedans, il est séduit par lui-même, il meurt victime de son propre regard replié sur lui-même. Nous, nous allons vivre du regard du Christ posé sur nous. Á l’adoration où Jésus est exposé, nous nous exposons à son regard de miséricorde. Jean-Paul II dans la Théologie du corps dit : « L’homme accueille par un regard celle qui lui est donnée. » Il y a toujours un regard qui est là, voyez-vous. Au cœur de ce mystère, il y a ce regard. François Roustang, un thérapeute psychanalyste, disait : « Dans le regard sur ma propre chair, sur ma propre corporéité, sur ma propre sensibilité, j’ai la certitude d’être vivant en tant que tel, d’une pleine évidence telle qu’elle rejette dans l’ombre toutes les modalités de la vie individuelle. Je suis vivant, je suis assuré d’être vivant et cela me donne une fermeté et un aplomb que je n’avais jamais ressenti auparavant. » Pour lui, il le dit de manière psychanalytique athée, c’est-à-dire que le regard de l’autre me sort de mon narcissisme destructeur, de mon renfermement sur ce regard qui me fait mourir parce qu’il m’enferme sur moi-même et me met en présence de celui qui m’extasie, justement, et qui me regarde. Cette parole d’un psychanalyste s’applique dans sa perfection et son excellence à l’adoration eucharistique. Jésus, avec son regard d’amour, il est là, il a ses yeux. J’étais avec un petit enfant, un jour, cinq ans, devant le Saint Sacrement. Il regarde l’Hostie comme ça, il dit : « Jésus, toi tu ne me vois pas, hein, mais moi je sais que c’est Toi qui es là ! » Alors : « Oui, oui, il te voit aussi… » Je l’ai trouvé tellement beau… Tu ne me vois pas, mais moi je sais… On est complice. Et le Pape François disait : « Dans l’adoration, j’ai l’expérience que Dieu m’aime. Cette sécurité, personne ne pourra nous l’enlever, personne ne pourra nous l’arracher. Personne. » Dieu est là. C’est juste l’inverse du regard de Sartre. Dans Les mots, Sartre raconte qu’il était dans le salon de la maison familiale. Il avait joué avec des allumettes, il avait mis le feu au tapis. Le tapis a cramé. Il a réussi à éteindre mais il restait les marques et il dit : Dieu m’a vu, j’étais devenu une cible vivante. J’essayais d’échapper à son regard. J’ai été me cacher sous la table du salon, il me voyait toujours. J’étais à la salle de bain, il me voyait toujours. Alors, je me suis mis à jurer comme mon grand-père. Sacré nom de Dieu, de nom de Dieu, de nom de Dieu, tu ne me regarderas plus ! Je n’ai pas immédiatement cru que Dieu n’existait pas, mais je ne voulais plus qu’il me regarde. Vous voyez l’image qu’il avait du regard de Dieu. Le père Fouettard. Je suis athée de ce Dieu-là de Sartre. Le Dieu auquel je crois n’est pas un Dieu qui regarde pour juger ou accuser. C’est un Dieu qui regarde pour relever, faire exister. Et au Saint Sacrement il me relève et me fait exister. On apprend par Jésus l’expérience de cela. Quand Jacob se bat dans son combat contre Dieu dans cette nuit à Penuel, le nom Penuel veut dire la face de Dieu, se tourner vers le seul vrai Dieu. Et saint Ambroise commentant Marie-Madeleine dit : « Qui cherche-tu ? demande le Christ à Marie. Regarde-moi ! Tant que tu ne me regardes pas je t’appelle femme. Tu me regardes, je t’appelle Marie. Tu reçois le nom de celles qui engendrent le Christ, car, en me regardant spirituellement, tu engendres le Christ dans ton âme. » Et Hagar, chassée par sa maîtresse, Saraï, pas très gentille, là, l’envoie au désert. Elle est là, elle croit qu’elle va mourir. Elle a son enfant d’un côté et va de l’autre côté. Et tout d’un coup, Dieu vient la visiter et lui montre le puits. Elle a l’audace, pour une esclave non juive, de donner un nom à Dieu. Elle va donner à Dieu le nom : « Toi tu es Dieu qui me voit ». Atta-El-roï. C’est pourquoi on appelait ce puits le puits pour le vivant qui me voit. C’est la seule qui ose donner un nom à Dieu. Vous voyez la liberté d’une esclave ! Elle ose donner un nom parce qu’elle a fait l’expérience que dans sa misère et dans la mort qui s’annonçait, pour sa descendance et pour elle, Dieu la voyait et lui a donné la vie. Il lui a donné l’eau vive. Donc n’ayons pas peur de nous présenter à Dieu comme ça, devant lui.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurUn autre point. On vit beaucoup dans l’affectivité, l’émotion, le ressenti. L’adoration eucharistique est une guérison de mon émotionnalité. Je ne sais pas si ceux qui adorent régulièrement parmi vous ont beaucoup de guili-guili qui partent de l’occiput à la pointe du petit orteil, mais… Moi, en tout cas, c’est pas trop le cas, depuis des années que je fais cela… Par contre, je vois une chose qui est absolument prodigieuse qui se passe en moi. Ce n’est pas ma sensibilité qui rejoint Dieu. D’ailleurs, elle ne permet jamais de rejoindre Dieu. Elle peut être un cadeau, il ne faut pas rejeter les cadeaux de Dieu dans notre sensibilité, si sa bonté, sa tendresse nous donne ça. Mais c’est un cadeau de Dieu, ce n’est pas Dieu lui-même. Dieu lui-même ne se touche que par la foi, l’espérance et la charité. Par les vertus que l’on appelle théologales. Et donc, l’adoration eucharistique… Si les Pères de l’Église disaient il faut fixer son regard  ̶  et toute l’adoration eucharistique au XIIIème siècle est née du fait que l’on voulait voir Dieu avec nos yeux de chair, puisque certains contestaient sa présence réelle  ̶  On a toujours dit : oui, mais nos yeux de chair, qui sont le vecteur de ce regard posé sur Dieu, portent un autre regard, ceux de l’âme, qui est perfectionné par la foi, l’espérance et la charité. Donc, toute l’adoration eucharistique consiste à poser des actes de foi, d’espérance et de charité. Je crois que Tu es là, Seigneur. Je T’aime, Seigneur, je T’adore et je compte sur Toi, parce que sans Toi, je ne peux rien faire. Et un jour je te verrai face à face. Acte de foi, acte d’espérance et de charité. De sorte que quelques soient mes émotions, quand je ressens, je dis merci Jésus, mais ce n’est pas ça ce à quoi je veux m’attacher. C’est à Toi que je veux m’attacher. Ce n’est pas pour tes cadeaux que je T’aime, c’est pour Toi-même. Et quand je ne ressens rien, encore mieux : je peux au moins m’attacher à Toi par la foi, l’espérance et la charité. Et donc je suis lié à Lui de manière indéfectible. Un jour, un petit enfant de 6 ans, qui préparait sa première communion, devant le Saint Sacrement : « Nicolas, c’est fou, hein ? de penser que c’est Jésus qui est là ! » Je dis, génial, on va… Il me dit : « Enfin, c’est la Toute-Puissance de Dieu, quoi ! » Oui, t’as raison, c’est vrai, la Toute-Puissance peut se faire toute petite.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurL’adoration nous délivre des maladies de la subjectivité ̶ qui se transforment d’ailleurs en pathologies : boulimie, anorexie, dépression, crise identitaire, toxicomanies diverses… ̶  pour nous établir dans une structuration de notre être profond par la dimension essentielle de notre dignité humaine, qui est l’âme spirituelle, qui elle-même est faite d’intelligence et de volonté, qui elles-mêmes, ces facultés, sont perfectionnées par la foi, l’espérance et la charité. Ce qui ne me désincarne pas, ce serait une tragédie, mais qui assume toute ma chair et ma psychologie pour la tourner vers Dieu.


eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurUn autre point qui me paraît important. Parfois, on a une maladie que l’on appelle l’acédie. Acédie veut dire la perte du désir, la perte de la soif, la perte de la faim ; le train-train, la paresse ; l’assoupissement, le manque de force et de détermination pour aller vers Dieu. L’adoration m’amène à crier vers Dieu en permanence. L’adoration est vraiment ce cri qui me tourne vers Dieu perpétuellement. Paul Claudel disait : « Lève les yeux et tiens-les fixés devant toi. C’est là ! Et regarde l’azyme (le pain) dans la monstrance. Le voile des choses, pour moi, sur un point est devenu transparent. J’étreins la substance, enfin, à travers l’accident. » C’est-à-dire : j’étreins Jésus à travers l’apparence du pain. Il y a donc là un désir. L’adoration est le lieu du désir. C’est Toi que je veux ! J’ai faim de Toi, j’ai soif de Toi ! Je le mange des yeux ! Je le mange du regard et je nourris ma foi, mon espérance et ma charité. Je n’arrête pas de le désirer. Saint Augustin dit : « Le gémissement de mon cœur me faisait rugir. Et qui connaissait la cause de mon rugissement ? Tout mon désir est devant Toi. Non pas devant les hommes mais devant Dieu. Car ton désir c’est ta prière. Si le désir est continuel, la prière est continuelle. » Ça, c’est beau ! Donc, j’apprends le désir. En même temps devant le Saint Sacrement, j’apprends à être moi-même, aussi. Ma vulnérabilité, ma pauvreté, je suis là. Le monde nous pousse à la performance, nous pousse à la réussite. Nietzsche avait parlé du surhomme, aujourd’hui c’est le transhumanisme qui fait fureur partout. J’en parlais avec un spécialiste du transhumanisme ici, en France, Laurent Alexandre, qui me disait : « Mais qui, aujourd’hui, voudrait vivre avec 120 de QI ? Mais c’est 175 minimum, voire 200 ! Il n’y a plus de raison de vivre avez 120 ! » Je dis : « Moi, je n’ai encore jamais rencontré une seule personne qui m’a parlé de son QI ! Mais toutes les personnes que j’ai rencontrées m’ont parlé de leur cœur. Qui souffraient de ne pas être aimées. De ne pas avoir l’amour. De ne pas trouver sens à la vie. Ça oui. Mais personne ne m’a dit, là, j’ai un problème avec mon QI. Jamais. Ou alors avec des gros intellos. Mais c’était très bien pour eux. » Finalement, devant cet appel au culte de la performance et à la fatigue d’être soi (Nietzsche) il y a, devant Jésus, la pauvreté, l’expérience que ma vulnérabilité est aimée, que ma vulnérabilité est le lieu de l’entrée de la grâce, que ma pauvreté est le lieu par lequel Dieu va passer. C’est le lieu par lequel Dieu va me rejoindre. La désappropriation radicale de l’humanité de Jésus dans l’Eucharistie est un lieu pour que je puisse aussi m’abandonner tel que je suis. Ma pauvreté est la porte d’entrée de la grâce. Ma misère est la porte d’entrée de la grâce. Elle est le reposoir de la miséricorde de Dieu et le lieu par lequel Dieu va tout transformer. Et c’est par-là que ça se passe, voyez-vous. C’est capital de redécouvrir cela. De redécouvrir que la vulnérabilité est au cœur de l’existence humaine et au cœur de l’étreinte divine. Dieu vient épouser ma vulnérabilité. Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin. Ce sont les malades. « Je suis venu pour les pécheurs et pas pour les justes. » Vous voyez. Et quand j’arrive comme ça devant Dieu, je peux Lui dire : « Tu n’es pas venu pour rien, Seigneur, tu n’es vraiment pas venu pour rien. Tu as trouvé ton bonhomme devant Toi. »

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurJe pense qu’il y a aussi dans l’adoration eucharistique quelque chose d’assez extraordinaire qui se produit. C’est une… Je disais tout à l’heure que si l’homme est fait pour trouver le sens à sa vie, pour ad-orer, ̶  adorer veut dire "mettre une source à sa bouche pour en vivre". On ne peut pas vivre sans eau. Ou je mets ma bouche à la source de Dieu ; ou je la mets à dautres sources frelatées. Il y a une autre chose qui me caractérise : je ne peux pas vivre sans une certaine dépendance. Si je ne dépends pas de l’unique nécessaire qui est Dieu, je vivrais dans des dépendances affectives diverses. Mon cœur sera balloté. Et ce cœur balloté va se trouver aussi, parfois, souillé. Et Dieu vient me redonner par l’adoration eucharistique la possibilité de m’attacher à l’unique nécessaire, Lui, et une purification aussi du cœur, une chasteté. « Tu nous as fait pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en Toi » dit saint Augustin. Il y a, par ce regard posé sur le Christ, une chasteté qui nous est donnée. Jésus dit : « Ton regard, c’est la fenêtre de ton cœur. Garde ton regard pur afin que ton regard soit pur. » On a accueilli une fille qui était dans la prostitution sadomasochiste, dix ans de prostitution, de violence et d’horreur « mais je ne peux même pas, Nicolas, te raconter ce que j’ai fait, parce que tu ne supporterais pas d’écouter ce que moi j’ai vécu. » Et à l’adoration eucharistique, elle passait des heures chaque jour. Elle s’en est sortie. Elle fait de belles études maintenant. Et un jour elle vient vers moi et elle me dit : « Mais tu sais, Nicolas, il semble que Jésus m’a recréé ma virginité. « Je dis, d’accord. Elle me dit : « Je la sens même physiquement. Mon corps qui me faisait mal en permanence, ma féminité qui avait mal en permanence… » pas tant physiquement… Je ne sais pas, je n’ai pas exploré ce qu’elle voulait me dire dans ces mots… Mais en tout cas, dans sa chair meurtrie par ce qu’on lui avait fait par son corps, sa virginité lui était restituée par l’adoration eucharistique. Le regard chaste du Christ et son regard à elle posé sur le Christ venaient à la fois purifier son cœur et purifier son corps. Je crois que dans un monde très marqué par ça, par l’érotisme et la pornographie, l’adoration devient un lieu de guérison profonde. Qui a posé son regard sur le corps du Christ ne peut pas regarder le corps de l’autre n’importe comment. De la même manière que lorsque l’on a touché le corps du Christ on ne peut plus toucher son corps ou le corps de l’autre n’importe comment. La charnalité du Christ, la corporalité du Christ au Saint Sacrement me met en rapport immédiat avec mon corps. Et le respect du corps du Christ et l’adoration du corps du Christ renverse aussi ce mouvement-là. « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. »


eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurTout ça passe aussi par ce fameux regard dont je vous parlais. Je crois que c’est très important. Si l’on expose Jésus au Saint Sacrement, c’est pour le regarder, voyez-vous. Autrement, c’est pas le Tabernacle. En Suisse, j’étais dans une chapelle, un jour… Il n’y a que les suisses pour faire ça… Le tabernacle était un coffre-fort. Les portes blindées du coffre-fort, vous voyez. Il fallait y penser, moi je n’y avais pas pensé… Mais… Voilà. En fait, c’est vrai, c’est un trésor, Jésus. Le seul trésor. C’est même plus important que tout ce qu’il y a dans les coffres-forts de toutes les banques suisses. Ce n’est même pas cette porte blindée qui empêchait Jésus de rayonner. Alors, pourquoi l’expose-t-on s’il est là dans le Tabernacle ? C’est parce qu’il y a ce mystère du regard qui peut se poser sur le vrai corps du Christ, sur la vraie corporalité. Le cardinal Journet avait cet exemple, il disait : Imaginez deux amoureux qui se téléphonent. Ils se parlent : je t’aime, moi aussi, mon petit lapin, ma petite chérie… tout ce qu’on veut comme petits diminutifs et tout d’un coup, paf ! ils tombent l’un sur l’autre. Ils se voient et ils s’embrassent. Vous voyez la différence ? Entre le coup de fil et l’étreinte. Si vous n’avez pas compris, vous ne pouvez pas comprendre l’adoration eucharistique. Si vous avez compris la différence qu’il y a entre un coup de fil et une étreinte, vous avez compris l’adoration eucharistique. C’est-à-dire qu’à un moment donné, vous passez d’une communication avec Jésus, d’une présence réelle, spirituelle, à une présence réelle, spirituelle et corporelle. Et la chair est importante.


Et donc, dans la chair, le regard, qui est le sens qui m’extasie le plus
̶ alors que louïe menstasie, fait rentrer en moi les sons et fait vibrer en moi le son qui rentre en moi  ̶  le regard, ladoration mextasie, me sort de moi-même et me permet de voir celui qui maime. Á sainte Gertrude d’Helfta Jésus dit : « Autant de fois l’homme regarde avec amour et révérence l’Hostie qui contient sacramentellement le Corps et le Sang du Christ, autant il augmente ses mérites futurs. J’ai réservé des trésors d’amour et des récompenses particulières pour chaque regard qu’on aura dirigé vers le Saint Sacrement. » Á l’adoration, à l’élévation. Alors, ses sœurs baissaient la tête à l’élévation. Et elle, elle trichait.  Elle regardait par-dessous comme ça. Et puis elle dit : « Jésus, ça t’embête ? – Non, ça me fait tellement plaisir. » Au point que le pape Pie X a dû accorder une indulgence particulière de plus de sept ans à quiconque au moment de l’élévation à la messe regarde Jésus en disant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Parce que l’amour veut regarder. L’amour regarde. Je voyais un couple, récemment. Ils viennent vers moi, ils ne se regardaient pas l’un l’autre. Ils disent : « On peut parler avec vous ? On a un problème. » Je dis : « Je savais. » « - Quelqu’un vous a dit ? » « - Non, j’ai vu. Vous ne vous êtes pas regardés depuis que vous êtes entrés ici. Vous n’avez pas échangé de regard entre vous. Quand on ne peut plus se regarder, on ne peut plus se voir. » C’est Raymond Devos, l’humoriste, qui disait : « Ma femme et moi on était tellement timide, qu’on n’osait pas se regarder. Après, on ne pouvait plus se voir. » Se regarder et se voir.


eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurAutre maladie très forte aujourd’hui : la solitude. On parle beaucoup de cette maladie de la solitude. Et elle est réelle pour tant de personnes. Si je vais à l’adoration, le Christ vient rejoindre ce qui est le plus profond, ce qui est ma solitude. Mais ma solitude en tant que capacité d’être moi-même. Ce que Jean-Paul II appelait la solitude originelle dans le texte de la Genèse. Cette capacité d’exister sous le regard de Dieu, seul, qui me permet la vraie relation avec l’autre et avec les choses. Dieu, en venant combler ma solitude affective par sa Présence réelle, vient me restituer à cette solitude profonde qu’est la solitude originelle, seule capable de me mettre en relation avec les autres de manière juste et guérissante. Je passe donc, avec l’adoration, de Dieu pour moi, à moi pour Dieu. Je peux être capable de venir enfin dans ce qui est l’apothéose de ma dignité humaine, de m’offrir totalement à Dieu, de me donner à Dieu. Lui s’est offert à moi : « Prenez, mangez. » Ce n’est pas rien ! Il s’offre à moi pour que je m’offre à Lui.


eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurEt Dieu devient aussi la force des martyrs. Le bienheureux Fulton Sheen disait que ce qui l’a bouleversé dans sa vie 
̶  c’était un évêque américain, il a fait des émissions télévisées, des millions de personnes regardaient ça, Pie XII le regardait, ou l’écoutait à la radio, en tout cas  ̶  et donc, il dit : Enfant, jai appris ça un jour, à l’époque de la révolution des boxers en Chine, en 1917. Des gens sont venus dans une église, ont profané le Saint Sacrement, ont mis le prêtre aux arrêts dans le presbytère. Et le prêtre voyait une jeune fille de onze ans, une petite chinoise. Ils avaient jeté le Saint Sacrement par terre et le prêtre savait exactement qu’il y avait trente-deux hosties dans le tabernacle, trente-deux parcelles du Corps du Christ qui étaient là. Et le prêtre voyait depuis sa fenêtre, toutes les nuits, quand les gardes dormaient ou étaient distraits, cette fille qui allait là-bas. Pendant une heure, elle adorait Jésus sur le sol et avec sa langue, elle prenait une hostie, comme ça. Un jour, deux jours, trente et un jours. Il dit : Le trente deuxième jour, j’ai vu arriver cette fille : « L’enfant revînt et échappant à la vigilance des gardes, s’agenouillait, se baissait à quatre pattes après avoir passé une heure en adoration et lapait une hostie de sa langue. Un jour, il ne restait plus qu’une dernière hostie que la petite consomma comme d’habitude. Mais elle fit, sans le vouloir, un bruit qui éveilla l’attention du garde. Celui-ci courut derrière elle, l’attrapa, et la frappa avec la crosse de son arme. » Il l’a tuée comme ça. Fulton Sheen dit : « Depuis ce récit j’ai fait la promesse que jusqu’à ma mort je passerai une heure d’adoration chaque jour devant le Saint Sacrement. Une promesse que j’ai tenue pendant les soixante années de ma vie sacerdotale. » Puisque c’est devant le Saint Sacrement exposé, dans sa chapelle privée, qu’il est mort le 9 décembre 1979.


eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurJe vous parle aussi, mais j’irai très vite, de l’aspect cosmique et social. En un mot : ou le monde est dévoré par la consommation et défiguré par la consommation, ou il est transfiguré par l’adoration. C’est l’alternative dans laquelle nous nous trouvons. Ou la défiguration par la consommation, ou la transfiguration par l’adoration. L’adoration nous donne un vrai rapport aux choses et aux biens. Non pas un rapport de possession, de maîtrise et d’absorption. Mais un rapport de respect et d’utilisation pour le bien de tous. L’Eucharistie est donc à la charnière, aussi, d’un monde nouveau. Elle est aussi l’adoration réparatrice. C’est là que le monde nouveau est en train de se créer. Saint Pierre-Julien Eymard disait : « Le culte de l’adoration est nécessaire pour sauver la société. La société se meurt parce qu’elle n’a pas de centre de vérité, de charité. Mais elle renaîtra pleine de vigueur quand tous ses membres viendront se réunir autour de la vie à Jésus dans l’Eucharistie. Il faut Le faire sortir de sa retraite pour qu’Il se mette de nouveau à la tête des sociétés chrétiennes qu’Il dirigera et sauvera. Il faut lui construire un palais, un trône royal, une cour de fidèles serviteurs, une famille d’amis, un peuple d’adorateurs. Maintenant, il faut se mettre à l’œuvre, sauver les âmes et le monde par la divine eucharistie. Réveiller la France et l’Europe engourdis dans un sommeil d’indifférence parce qu’elles ne connaissent pas le don de Dieu, Jésus, l’Emmanuel eucharistique. C’est la torche de l’amour qu’il faut porter dans les âmes tièdes et qui se croient pieuses et ne le sont pas, parce qu’elles n’ont pas établi leur centre et leur vie dans Jésus-Eucharistie. » Au point que Jean-Paul II pouvait dire que tous les maux de la terre peuvent être guéris grâce à l’adoration permanente du Saint Sacrement. Quand on demandait à Mère Teresa comment faire pour guérir ce monde et ramener… – ce sont des américains qui avaient écrit L’Amérique à Jésus 
: « Instaurez dans toutes vos paroisses l’adoration perpétuelle du Saint Sacrement. » Voilà la réponse de Mère Teresa. Guérison aussi des communautés paroissiales grâce à ça. Benoît XVI disait que la vraie crise de l’Occident c’était la crise de la foi. Comment ramener les gens à la foi et à l’expérience de Jésus ? Il disait : « Une telle voie pourrait être des petites communautés où se vivent les amitiés qui sont approfondies dans la fréquente adoration communautaire de Dieu. » Voilà le remède que Benoît XVI trouve. Il disait cela en Allemagne, dans l’Église organisée d’Allemagne, extrêmement structurée, riche et tout ce que vous voulez, mais morte, disait Benoît XVI, parce qu’elle n’a pas son centre de gravité là où c’est important. Au monde de la violence va s’établir le monde de la paix du Christ eucharistique. Jésus dit à Faustine : « Dis bien au monde entier qu’il n’y aura pas de paix dans le monde si l’on ne vient pas à ma miséricorde. Or, le trône de ma miséricorde sur la terre, c’est l’Eucharistie, c’est le Tabernacle. » Ça veut dire : Dis bien au monde entier qu’il n’y aura pas de paix dans les cœurs, dans les familles, dans la société, si l’on ne vient pas à l’Eucharistie. Et pas de paix, à mon avis c’est aussi grave que ce que Marie disait à Fatima : « Si l’on ne vient pas à Jésus, une guerre plus grave éclatera sous le pontificat de Pie XI. » C’était Benoît XV qui était pape à l’époque. Pie XI arrive en 22 alors que cette révélation est en 17. Et la guerre éclatera en 38 avec soixante millions de morts. Cette parole à sainte Faustine est capitale. La paix que nous cherchons, la paix que nous désirons, en Syrie, partout, c’est au cœur miséricordieux eucharistique du Christ qu’on va pouvoir la puiser et la voir.

eucharistie,adoration,adoration eucharistique,adoration saint martin,nicolas buttet,foi,christianisme,politique,transmission,éducation,vulnérabilité,sacré coeur,sacré cœurUltimement, le dernier point, le quatrième point c’est que l’Eucharistie est déjà la vie éternelle. Jésus va venir dans la gloire, on appelle ça la parousie. La venue ultime : plus de larmes, plus rien, les cieux nouveaux, une terre nouvelle. Nous croyons à ça ! Parousie veut dire en grec venue mais aussi présence. Il y a déjà dans la parousie eucharistique la présence du Christ, déjà les cieux nouveaux et la terre nouvelle. Et c’est ce qu’on va recevoir tout à l’heure. Amen.

Père Nicolas Buttet
Enseignement L’Eucharistie et la guérison
du mercredi 12 juillet 2017
Basilique Ste Marie-Madeleine, Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var).

Congrès sur l'Adoration Eucharistique, Adoratio 2017,

avec pour thème "Adorer au Cœur du Monde"
du 9 au 14 juillet 2017.

 

 

29.01.2017

Marguerite-Marie Alacoque & le message du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial (1688)

Phrase Vosation Visitandines & Jésuites.jpg

Lettre LXXXIX

À la Mère de Saumaise, à Dijon

Vive † Jésus

Juillet 1688


JésusCentreVertical.jpg            C’est donc pour obéir à mon Souverain, ma chère Mère, que je tâcherai, lorsqu’il me le permettra, de satisfaire en toute simplicité à la demande que vous nous faites sur la continuation de ses miséricordes et libéralités. Oh ! qu’elles sont grandes, puisque souvent elles ne me laissent d’autre expression sinon de dire :
Misericordias Domini in æternum cantabo ! Car, hélas ! que pourrais-je dire autre chose, puisque je m’en trouve tellement remplie que je ne m’en puis exprimer. Je m’en vois environnée de toute part, et je m’y sens abîmée sans pouvoir en sortir. Il me semble être une petite goutte d’eau dans cet océan du Sacré Cœur, qui est un abîme de toutes sortes de biens, une source inépuisable de toutes sortes de délices, et plus on en prend, plus elle est abondante. C’est un trésor caché et infini qui ne demande qu’à se manifester à nous, à se répandre et distribuer pour enrichir notre pauvreté. Je le prise et l’aime plus que tous ses dons, grâces et bienfaits ; je lui laisse faire en moi, de moi et pour moi selon son bon plaisir, sans regarder que lui seul, qui vaut un million de fois plus que tout ce qui est hors de lui-même. Si vous ne m’obligiez de vous en dire quelque chose, je laisserais tout dans lui qui me met dans l’impuissance de m’exprimer qu’avec ceux qu’il lui plaît, dont vous êtes du nombre.

2-MosaïqEnsemble.jpg            Je vous dirai qu’ayant eu le bonheur de passer tout le jour de la Visitation devant le saint Sacrement, mon Souverain daigna bien gratifier sa chétive esclave de plusieurs grâces particulières de son Cœur amoureux, lequel, me retirant au-dedans de lui-même, me fit expérimenter ce que je ne puis exprimer. Il me fut représenté un lieu fort éminent, spacieux et admirable en sa beauté, au milieu duquel il y avait un trône de flammes, dans lequel était l’aimable Cœur de Jésus avec sa plaie, laquelle jetait des rayons si ardents et lumineux que tout ce lieu en était éclairé et échauffé. La Sainte Vierge était d’un côté et saint François de Sales de l’autre avec le saint Père de la Colombière ; et les Filles de la Visitation paraissaient en ce lieu avec leurs bons anges à leur côté, qui tenaient chacun un cœur en main, et la Sainte Vierge nous invitant par ces paroles : « Venez mes bien-aimées filles, approchez-vous, car je vous veux rendre comme les dépositaires de ce précieux trésor que le divin Soleil de justice a formé dans la terre virginale de mon cœur, où il a été caché neuf mois, après lesquels il s’est manifesté aux hommes, qui n’en connaissant pas le prix, l’ont méprisé parce qu’ils l’ont vu mêlé et couvert de leur terre, dans laquelle le Père éternel avait jeté toute l’ordure et corruption de nos péchés, lesquels il a fait purifier pendant trente-trois ans dans les ardeurs du feu de sa charité. Mais voyant que les hommes, bien loin de s’enrichir et de se prévaloir d’un si précieux trésor, selon la fin pour laquelle il leur avait été donné, tâchaient au contraire de le mettre à néant et de l’exterminer, s’ils avaient pu, de dessus la terre, le Père éternel, par un excès de sa miséricorde, a fait servir leur malice pour rendre encore plus utile cet or précieux, lequel, par les coups qu’ils lui ont donné en sa Passion, en ont fait une monnaie inappréciable, marquée au coin de la divinité, afin qu’ils en puissent payer leurs dettes et négocier la grande affaire de leur salut éternel. »


GaucheMargueriteM&Visitandines.jpg            Et cette Reine de bonté continuant à parler, dit en leur montrant ce divin Cœur : « Voilà ce précieux trésor qui vous est particulièrement manifesté, par le tendre amour que mon Fils a pour votre institut, qu’il regarde et aime comme son cher Benjamin, et pour cela le veut avantager de cette portion par dessus les autres. Et il faut que non seulement elles s’enrichissent de ce trésor, mais encore qu’elles distribuent cette précieuse monnaie de tout leur pouvoir, avec abondance, en tâchant d’en enrichir tout le monde sans crainte qu’il défaille, car plus elles y en prendront, plus elles en trouveront. »

 

DroiteLaColombière+Jésuites.jpg            Ensuite, se tournant vers le bon Père de la Colombière, cette Mère de bonté dit : « Pour vous, fidèle serviteur de mon divin Fils, vous avez grande part à ce précieux trésor ; car s’il est donné aux Filles de la Visitation de le connaître et distribuer aux autres, il est réservé aux Père de votre Compagnie d’en faire voir et connaître l’utilité et la valeur, afin qu’on en profite, en le recevant avec le respect et la reconnaissance dus à un si grand bienfait. Et à mesure qu’ils lui feront ce plaisir, ce divin Cœur, source de bénédictions et de grâces, les répandra si abondamment sur les fonctions de leur ministère, qu’ils produiront des fruits au delà de leurs travaux et de leurs espérances, et même pour le salut et la perfection de chacun d’eux en particulier. »

 

DroiteLaColombière+StFrançoisDeSales.jpg            Notre saint Fondateur, parlant à ses filles, leur dit : « O filles de bonne odeur, venez puiser dans la source de bénédictions les eaux de salut, dont il s’est déjà fait un petit écoulement dans vos âmes, par le ruisseau de vos Constitutions qui en est sorti. C’est dans ce divin Cœur que vous trouverez un moyen facile de vous acquitter parfaitement de ce qui vous est enjoint dans ce premier article de votre Directoire, qui contient en substance toute la perfection de votre Institut : Que toute leur vie et exercices soient pour s’unir avec Dieu. »

            Il faut pour cela que ce Cœur sacré soit la vie qui nous anime, son amour notre exercice continuel, qui seul nous peut unir à Dieu, pour aider par prières et bons exemples la sainte Église et le salut du prochain. Et pour cela, nous prierons dans le Cœur et par le Cœur de Jésus, qui se veut rendre derechef médiateur entre Dieu et les hommes. Nos bons exemples seront de vivre conformément aux saintes maximes et vertus de ce divin Cœur de Jésus-Christ dans celui des fidèles, afin que nous soyons la joie et la couronne de cet aimable Cœur.

 

JésusZoom+PersonnagesImportants-2.jpg            Après tout cela, tous les bons anges s’approchèrent pour lui présenter ceux qu’ils tenaient, qui ayant touché cette plaie sacrée devenaient beaux et luisants comme des étoiles. Il y en avait d’autres qui n’avaient pas tant d’éclat ; mais il y en eut plusieurs dont les noms demeurèrent écrits en lettres d’or dans le Sacré Cœur, dans lequel quelques uns de ceux dont je parle s’écoulèrent et abîmèrent avec avidité et plaisir de part et d’autre, leur disant : « C’est dans cet abîme d’amour où est votre demeure et repos pour toujours. » Et c’était les cœurs de ceux qui ont le plus travaillé à le faire connaître et aimer, dont il me semble, ma chère Mère, que le vôtre était de ce nombre. Pour les autres, je n’expliquerai pas l’intelligence qui m’en fut donnée, car je suis déjà trop longue en cette lettre, et puis je crois que vous l’entendrez assez. Je vous dirai seulement que ce divin Cœur vous récompensera, non seulement en votre personne, mais aussi en celle de vos proches, qu’il regarde d’un œil de miséricorde, pour les secourir en tous leurs besoins, pourvu qu’ils s’adressent à lui avec confiance, et il aura une éternelle mémoire de tout ce qu’ils font pour sa gloire. J’espère que vous ne me refuserez pas la grâce de procurer quinze messes pour feu M. de la Michaudière, en l’honneur du Sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, après lesquelles il me semble qu’il vous sera un avocat puissant dans le ciel et à toute votre famille proche de ce divin Cœur.

                        D.S.B.  



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Visitation Sainte-Marie, Paray-le-Monial

Lettre extraite du Tome II
de Vie et œuvres - Sainte Marguerite-Marie
Éditions Saint-Paul, 1991

 


Photographies : Mosaïque de Mauméjean, 1932 - Chapelle de La Colombière - Paray-le-Monial
©Sandrine Treuillard, 2015

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La France & le Sacré Cœur

 

03.01.2017

Versez dans le sein et le cœur de Marie tous vos trésors... St L-M. Grignion de Montfort

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28.07.2016

Le sacrifice eucharistique du Père Jacques Hamel

 Père Jacques Hamel.jpg         Tout ce jour, j’ai été sonnée.

      Dense journée hier. L’assassinat du Père Jacques Hamel.

 

 

 

 

 

 

 

Jerzy Popieluszko Issy.jpg         Aujourd’hui, en fin d’après-midi, j’ai eu besoin d’aller retrouver le Père Jerzy Popiełuzsko qui a une statue en haut du Parc saint Jean-Paul II, à Issy. J’y suis allée juste après le dîner. Comme j’ai appris qu’il a été torturé et son corps jeté dans la Vistule, son martyre de prêtre (en 1984) rejoint celui du Père Hamel égorgé sur l’autel de Saint-Étienne du Rouvray.

         La veille de sa mort, c’était sa fête, la saint Jacques.

         Je suis sûre, dans la foi, comme par une intuition spirituelle, que ce prêtre immolé sur l’autel est un signe pour la France et les âmes de notre pays, en union avec le sacrifice parfait du Christ célébré durant la messe, ce sacrifice d’action de grâce, produira beaucoup de fruits, de conversion.


Vertical Retouché Couleur.jpg         J’ai eu l’image du dessin du vitrail du Songe de saint Martin. La Miséricorde Divine. La compassion de saint Martin de Tours pour la France, comme une image en réminiscence, flottant au milieu de cet état de méditation du choc que j’accusais aujourd’hui. Je me suis allongée sur mon lit au retour du petit déjeuner et aussi au retour du déjeuner. Puis, j’ai lu le gros ouvrage du jésuite de 1892 sur La France et le Sacré Cœur.

         Je ne peux pas m’empêcher de mettre tout cela en lien. Ce prêtre innocent, comme un autre agneau de Dieu immolé avec le Christ durant la messe, avec cette sauvagerie qui frappe l’imagination de tous, une violence qui n’a rien à envier à celle de la crucifixion, et cette prière qui ne manque pas de se lever, en France, en Pologne pour la paix dans le monde. C’est un témoignage de la présence du Christ, de Dieu, au sein de la pire barbarie.

  


IMG-20160728-01010.jpg         Hier, après avoir reçu la nouvelle après le déjeuner, par Twitter, je suis allée à l’église Saint-Rémy de Vanves. J’ai pu me prosterner en croix sur le tapis au pied du tabernacle, au pied de Marie et Jean implorant du regard et recevant le Crucifié, au-dessus du tabernacle. Le chrisme est inscrit sur le tabernacle. La Paix du Christ y demeure.

         Une grand-mère avec ses deux petites filles, tout ce petit monde parlant italien, occupaient l’église fort bruyamment quand j’y suis entrée. Les deux petites s’affairaient avec des loupiotes pour les allumer, l’une avait la chaussure à un pied et une bottine à l’autre pied ; et sa sœur une bottine à un pied et l’autre chaussure à l’autre pied. Je l’ai vu quand je me suis agenouillé près du tabernacle. Mais d’abord, dans le chaos des voix qui envahissait l’église vide, j’ai pris un instant d’éternité, un genoux à terre devant l’autel, la main droite sur la poitrine, le visage contemplant l’espace de la Table sainte et du chœur. Un monsieur assez âgé était assis à droite et semblait tout aussi gêné et agressé par le chahut du trio, la grand-mère parlant aussi fort que ces petites filles, l’une d'elle ayant allumé la mèche à gauche du tabernacle. Il y avait quelque chose de la folie dans cette scène… J’ai comme forcé le barrage du bruit par mon calme et mon silence, m’agenouillant alors devant le tabernacle, et, fermant les yeux j'étais en prière. Ce tourbillon a fini par quitter les lieux, très vite.

 

Px Tabernacle St Rémi Vanves.jpg         J’ai constaté que le monsieur aussi était parti. La petite furie tapageuse avait eu raison de son recueillement. C’est alors que plus rien ne me retenait ; je me suis alors prosternée en croix, à plat ventre sur le tapis, au pied du tabernacle, tout près de l’autel, pour la paix de l’âme du prêtre, pour la paix dans le monde, pour réparation du mal en union avec le Christ et ce prêtre ; en reconnaissance de cette immolation sanglante où Dieu se rend présent pour le monde, au-delà de l'acte ignoble. J'éprouvais une grande paix ainsi prosternée.

         Ce martyre va permettre de redire ce qu’est la célébration eucharistique. Cet égorgement du prêtre sur l’autel comme l’Agneau de Dieu innocent dont le Sang précieux lave le monde de ses péchés.

         Ai demandé à saint Rémi de participer au réveil spirituel et catholique de la France. Si le Seigneur a permis ce sacrifice de son humble et fidèle prêtre (58 ans de sacerdoce) c’est qu’Il revient sur les autels de France, comme je l’avais demandé à travers saint Martin de Tours… Une petite église de province, une messe avec très peu de personnes pour assemblée, surtout âgées, un prêtre âgé célébrant… Dieu revient sur les autels de France… Le sang du Père Jacques Hamel se mêle à celui du Christ il y a 2000 ans et dont nous faisons mémoire à chaque messe. Le Précieux Sang du Christ présent dans le calice sur l’autel au moment de la transsubstantiation a sanctifié ce prêtre qui s’est donné avec Lui. — Tout prêtre se donne en sacrifice avec le Christ lors de la messe. Et les personnes de l'assemblée avec lui. Chacun y fait l'offrande de soi-même avec le Christ, pour et par le Christ. — Le scandale de la croix, le scandale de la mort de l’innocent a été vécu en communion avec le Christ par ce Père Jacques Hamel.

         Un pèlerinage naîtra à Saint-Étienne du Rouvray. Des conversions se produiront. Des conversions ont déjà commencé par la nouvelle annoncée de cet assassinat.


père jacques hamel, eucharistie, sacré cœur, la france, politique, christianisme,foi,prêtre,sandrine treuillard         Dieu ne peut laisser au hasard cet événement. C’est un mal affreux pour permettre à la Miséricorde Divine d’éclater dans toute sa splendeur. Un geste pédagogique de Dieu intervient au cœur de la monstruosité, au cœur de l’inhumanité pour à nouveau faire saisir la sublimité du geste libre de son Fils de se donner corps et âme pour les âmes, par pur amour. Dieu ayant permis ce geste odieux de l’égorgement de son prêtre nous donne en même temps la mission de rappeler ce qu’est la messe, ce que signifie ce sacrifice d’action de grâce, parfait, de la vie de Jésus offerte, présente dans les saintes Espèces, oui, Jésus ressuscité se rend présent à nous dans cette petite hostie que nous prenons, Il est là et Il se répand en nous quand nous communions à son Corps et à son Sang… Toute la beauté du catholicisme est là, dans la messe. Toute la bonté de Dieu y est. Et nous aussi, nous nous donnons au Seigneur, nous nous mêlons à Lui lors de ce sacrifice d’action de grâce, et nous jouissons de la paix du Christ, nous avons part à sa croix glorieuse et à la joie de pouvoir nous donner nous-même avec Lui, à travers Lui, la joie d’être transfiguré au fond de nous-même, de participer à sa nature divine. Ô Seigneur, donne nous d’expliquer ce que nous vivons à la messe, et que nous ne comprenons pas quand nous le vivons, donne nous de le saisir pour en être de justes témoins et ramener par cette parole du témoignage des âmes à Toi. Oui, fais que le sacrifice du Père Jacques Hamel qui s’est donné à Toi durant 58 ans de sacerdoce jusqu’à cet ultime messe produise beaucoup de fruits dans les âmes, des conversions. Que les personnes reviennent à la source du catholicisme, à la source de leurs racines spirituelles et qu’elles se laissent à nouveau remplir par la Miséricorde Divine qui désire tant retrouver ses Enfants de lumière.

         Merci, eukaristein, Père Jacques Hamel.

         Action de grâce.

         Dieu garde votre âme.

         Vous demeurez dans la Paix du Christ, dorénavant.

         Dorénavant vous contemplez son Visage.

         Vous voyez notre monde du Ciel.

         Et le monde viendra dans l’église de votre sacrifice ultime, dont le patron est le premier martyr, saint Étienne. Dieu va à nouveau parler à nos contemporains et à ceux qui vont suivre, à travers vous. Vous êtes participant du sacrifice parfait. Le Seigneur a fait de vous le docile instrument de son amour. La Passion du Christ jusqu’à la Croix glorieuse va pouvoir être entendue et vue à nouveau en France.

         Oui Seigneur, que ta Volonté se fasse en toutes tes créatures. Que ta Bonté impondérable soit à nouveau reçue !

         Que ton Règne eucharistique arrive.

         Que du Règne de ton Sacré Cœur jaillisse la Lumière !

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgMercredi 27 juillet 2016, Chambre Accueil Jean XXIII
Prieuré Sainte Bathilde, Vanves.
(23h46)

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

 

 

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Sandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique,
Congrégation du Saint Sacrement, Chapelle Corpus Christi,
23, avenue de Friedland, Paris 8.

 

 

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La France & le Sacré Cœur
Adoration Saint Martin

21.07.2016

Le saint Sacrement, le Cœur de Jésus & la divine miséricorde selon Pauline Jaricot

Pauline Jaricot,sacré cœur,eucharistie,miséricorde divine,la france, foi,christianisme            « Ô Cœur adorable de Jésus ! vous êtes le principe de la divine Eucharistie, comme l’Eucharistie est elle-même le principe des autres sacrements. De la même manière que vous fûtes le siège de la vie temporelle de Jésus, ainsi vous êtes la source de mon existence sacramentelle. Avant que le sang précieux qui nous a rachetés, fût répandu, il recevait en vous la chaleur et le mouvement ; et depuis qu’il a coulé sur la croix, c’est par vous qu’il coule sur nos âmes, pour les purifier, pour les fortifier et les conserver dans la vie de la grâce. Je dis que c’est par vous que le sang de Jésus-Christ est répandu sur nos âmes, parce qu’il n’appartenait qu’à vous seul de concevoir un dessein d’amour assez généreux pour associer des hommes faibles et mortels à votre divin sacerdoce. Parviendrai-je à me faire comprendre ? Par les mérites de votre incarnation et de votre sacrifice sanglant sur le Calvaire, vous avez réconcilié le Ciel avec la terre ; mais votre prodigieux anéantissement dans ces deux adorables mystères, quoique suffisant pour racheter mille mondes, ne suffisait pas pour établir dans votre Église le sacerdoce de la nouvelle alliance. L’orgueil de l’homme est si démesuré et outrage tellement la Divinité, que pour rendre ce même homme capable d’offrir votre auguste sacrifice, vous vous êtes vu forcé de vous anéantir jusqu’au-dessous de la nature humaine, en vous cachant sous les apparences du pain et du vin pour devenir vous-même notre nourriture. Par cet admirable sacrement vous nous transformez en vous-même et nous communiquez votre divinité. Dès lors vos heureux apôtres, en recevant la divine Eucharistie de vos propres mains dans la dernière cène, se trouvent si prodigieusement ennoblis, qu’il ne répugne plus à votre sainteté de leur transmettre votre puissance et de les revêtir de votre sacerdoce, pour renouveler le miracle de la transsubstantiation, faire descendre sur l’autel le Saint des saints, offrir et perpétuer le sacrifice du salut jusqu’à la consommation des siècles, et par ce moyen rendre intarissable la source des mérites et des grâces de Sauveur, et enfin tenir le réservoir de son précieux sang toujours rempli.

            C’est dans ce sens que l’Eucharistie, unique source du sacerdoce, est le principe des autres sacrements, et que vous, ô Cœur adorable ! êtes le principe de l’Eucharistie, c’est-à-dire du chef-d’œuvre d’amour infini. Que dirai-je, Seigneur Jésus ? Par ce sacrement vous avez trouvé le moyen d’unir l’homme si intensément à vous, que, ne faisant plus qu’un avec nous, votre cœur devient le principe de notre vie spirituelle, comme notre propre cœur est le principe de notre vie temporelle ; en sorte que, pour m’exprimer comme je le sens, vous créez, en celui qui vous reçoit dignement, un homme spirituel, composé d’un corps spirituel et d’une âme divine. Son âme imparfaite, sanctifiée par votre adorable présence, devient comme le corps spirituel de l’homme, et votre âme devient elle-même l’âme et la vie de cet être renouvelé et comme absorbé en vous. Par la suite de cette merveilleuse union, vous réformez aussi le corps matériel de cette heureuse créature ; votre cœur devient comme le mobile de son cœur, votre sang devient comme l’activité de son sang, et votre chair devient comme sa chair : il vit en vous et vous vivez en lui, tellement, Seigneur, qu’il me paraît étonnant que l’homme ne meurt pas aussi corporellement, dès qu’il est assez malheureux que de se séparer de vous par le péché mortel. Et pourquoi ne perd-il pas alors la vie corporelle ? ô Jésus ! il me semble le comprendre. C’est que l’amour que vous lui portez n’est pas tout concentré dans votre admirable sacrement. Je vois Jésus-Christ crucifié, comme une fontaine de vie placée sur le sommet de la montagne de Sion, d’où jaillissent des sources de grâces et de salut. Ces eaux vivifiantes tombent dans un immense réservoir, qui est l’Eucharistie, mais très-surabondantes, elles dépassent les bords et se précipitent le long de la montagne sainte que le pécheur veut quitter. Elles arrosent la terre qu’il foule aux pieds, elles l’accompagnent partout comme malgré lui ; et, tandis qu’il s’efforce de s’éloigner, elles le poursuivent comme pour l’entraîner dans un deuxième réservoir qui entoure la montagne, qui communique au premier par des canaux souterrains et qui représente le sacrement de Pénitence. C’est dans ce bain de réconciliation que la grâce sollicite le pécheur de se précipiter, afin que, purifié de ses iniquités et de ses ingratitudes, il puisse remonter vers la source primitive qu’il a volontairement abandonnée. Et pourquoi, ô pécheur infortuné, frémissez-vous de ce que le sacrement de Pénitence est un remède à vos maux ? Pourquoi préférez-vous d’être tranquille dans votre malheur, que d’être poursuivi dans votre péché ? Pourquoi vous irritez-vous de ce que la grâce intolérante ne vous laisse pas la cruelle liberté de vous perdre sans crainte comme sans remords ? Ah ! vous ignorez donc que, si vos pieds n’étaient baignés dans les eaux du tabernacle, vous mourriez aussitôt après votre péché, comme un poisson qui perd son élément ; parce que ne pouvant plus glorifier la miséricorde de Dieu, vous iriez incessamment dans l’enfer pour manifester sa justice ?

            Quelle faiblesse dans mes paroles ! Aidez-moi, Seigneur, à faire comprendre aux pécheurs qui osent vous résister, que rien n’égale leur aveuglement. Quand ils vous ont délaissé, vous êtes loin de les délaisser vous-même ; votre grâce les poursuit jour et nuit pour les solliciter de revenir à vous. Mais, trop souvent, presque toujours, plus votre grâce les poursuit, plus ils s’irritent contre elle. Résolus de placer leurs affections sur la terre, ils repoussent tout ce qui tend à mettre un frein à leurs désirs déréglés. Rien ne les chagrine tant que la voix qui leur crie : Vous n’avez pas ici-bas de cité fixe et permanente ; le temps vous entraîne malgré vous dans une autre vie qui ne finira jamais. De là leurs interminables déclamations contre la prétendue intolérance de votre Religion et de vos ministres, lesquelles plaintes absurdes ne sont, après tout, que des reproches dirigés contre votre grâce miséricordieuse, qui ne leur laisse pas un instant de repos et veut à toute force pénétrer dans leur cœur. Hélas ! que deviendraient-ils, si vous les preniez au mot, si le sang que vous avez répandu pour eux cessait un seul instant d’intercéder en leur faveur ? Tels que l’ange rebelle, ils seraient de suite frappés d’une malédiction éternelle. C’est faute d’avoir eu cette ressource de salut, que Lucifer et les compagnons de sa révolte furent précipités dès l’instant que leur crime fut consommé. Comme il n’y avait pour eux aucune rédemption, l’exécution des arrêts de la justice divine ne pouvait souffrir aucun délai. Ainsi, pécheurs ingrats, seriez-vous traités vous-mêmes, si vos pieds ne trempaient dans les eaux salutaires qui sortent du tabernacle, c’est-à-dire, dans le sang de Jésus-Christ. Séparés de Dieu, incapables de retourner à lui, vous seriez de suite et invinciblement entraînés dans l’abîme par votre propre poids, comme une pierre lancée dans les airs retombe par la force qui l’attire vers le centre de la terre ; vous perdriez l’existence temporelle qui, désormais, deviendrait inutile à votre salut et à la manifestation des perfections divines. Comme une plante se fane et dessèche quand elle est séparée de sa racine, si elle n’est mise dans l’eau, ainsi périrait le pécheur, si le ruisseau de la grâce était tari sous ses pas. Comment donc, ô aveugles mortels ! le délire de vos égarements peut-il aller jusqu’au point de vouloir oublier Jésus-Christ et de désirer d’en être oubliés, puisque sans lui vous ne pourriez pas rester un seul instant dans la voie qui se trouve entre les deux éternités ; puisque sans lui vous seriez arrachés de force aux criminelles et fugitives jouissances que vous préférez au bonheur du ciel ; puisque sans lui vous seriez incessamment exterminés de dessus la surface de la terre et précipités en corps et en âme, avec la rapidité de l’éclair, dans l’étang de feu et de soufre, disons la vérité tout entière ; puisque vous n’êtes conservés ici-bas et n’existez que dans le sang de Jésus-Christ ! Voilà ce que nous ne méditons pas assez, et ce que la plupart n’ont peut-être jamais compris. Ce Dieu, victime sur le Calvaire et sur l’autel, n’est pas seulement le Sauveur, le réparateur, mais encore le conservateur du genre humain. Son précieux sang devient un élément, hors duquel nous ne pouvons plus exister sur la terre. Si l’immensité de son amour et de sa générosité nous montre l’étendue de son amour et de sa générosité nous montre l’étendue de nos obligations envers lui, telle provoque également une indignation sans borne contre les ingrats qui sont assez ignorants, assez abrutis pour vivre dans l’oubli de ses bienfaits.  »

pauline jaricot,sacré cœur,eucharistie,miséricorde divine,la france,foi,christianismePauline Jaricot (1799-1862, Lyon)
L’Amour infini dans la divine Eucharistie : ou Le Cœur de Jésus-Christ, Salut de L'Église et de La Société (1823)

 


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La France & le Sacré Cœur

27.06.2016

St P-J. Eymard & le cœur de Jésus : Cette flamme doit s’étendre, elle doit s’alimenter par les œuvres de zèle…

St Pierre-Julien Eymard malade.jpg« Le cœur de Jésus est une fournaise où votre cœur doit aller s’enflammer, et cette flamme doit s’étendre, elle doit s’alimenter par les œuvres de zèle, elle doit se propager. »

Saint Pierre-Julien Eymard (PA 2,1)

Citation du 27 juin
in Une pensée par jour avec Saint Pierre-Julien Eymard, Médiaspaul, 2010

Cette citation est extraite d’un enseignement du Père Eymard intitulé L’adoration aux Sœurs de l'Adoration perpétuelle du Sacré-Cœur de Jésus, à Lyon, le 31 janvier 1861.

 

         À la lecture de la Grande Retraite de Rome du Père Eymard (25 janvier-30 mars 1865), qui est postérieure à cet enseignement-ci, nous voyons le saint être le premier à critiquer son zèle des œuvres extérieures. Car il s'est vu lui-même privé de l’intimité avec Notre Seigneur pris qu'il était dans le tourbillon de sa tache de fondateur tourné vers l’action et vers les autres, voyant ses temps de prière personnelle tout grignotés.

         Le bois pour entretenir la flamme est le don de soi-même. Ces ”œuvres de zèle” sont aussi le véhicule de l’amour reçu du cœur de Jésus. Quand on brûle de l’amour de Dieu, le mouvement du don de soi est impulsé et l’on en rayonne malgré soi, poussé vers l’extérieur à œuvrer pour le bien, à témoigner de cet amour. Le don de soi dans les œuvres de zèle est le bois dont le cœur de Jésus a besoin pour continuer à brûler à l’extérieur de lui-même, au sein de nos relations humaines et interpersonnelles. Ce bois, c’est nous. Dans le don de nous-mêmes nous acquiesçons à devenir ces bûches qui se consument dans la fournaise du cœur de Dieu.

         C’est un geste eucharistique, d’abaissement joyeux, d’écoute du besoin de l’autre, une œuvre de modestie dans la disponibilité à l’autre, d’humilité dans l’écoute. Il ne s’agit pas de faire à la place de l’autre : les œuvres de zèle ne sont pas l’action à tout prix, elles doivent respecter la liberté d’autrui et le principe de subsidiarité. Pour être recevable, le don de soi doit pouvoir accepter que l’autre ne soit pas forcément prêt à recevoir. Essuyer l’échec que notre désir du don de nous-même ne soit pas reçu est le signe de la liberté de l’autre. Cette possibilité du refus nous enjoint à rester humble et modeste.

         Le don que nous souhaitons faire de nous-même est une grâce accordée par Dieu le Père. Ce désir de répondre à l’appel divin en nous offrant dans l’amour est don gratuit de Dieu de nous faire communier à l’Eucharistie suprême de son Fils. Désir de Dieu pour nous de nous faire communier au don d’amour de son Fils bien-aimé manifesté par son Sacré Cœur transpercé sur la Croix ; par sa résurrection glorieuse ; par le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte ; et par la célébration de sa sainte Eucharistie qui est l’ultime signe de sa Présence dans les espèces du pain et du vin consacrés.

         Les œuvres de zèle dont parle ici st Pierre-Julien Eymard sont plutôt celles intérieures. Il s’agit davantage de s’exercer aux vertus dans le retrait de la prière, dans l’ouverture à l’action de l’Esprit Saint en nous qui nous dirige, nous indique quelle juste attitude adopter et quelle action engager ensuite. Si ce feu doit se propager ce n’est pas à l’extérieur de nous comme un incendie viendrait ravager tout autour de lui, aveuglément. Il s’agit d’une disponibilité de notre cœur qui, lui, s’est embrasé au cœur de Jésus. L’Esprit Saint qui brûle dans le cœur de Jésus et que nous recevons aussi — je vois alors cette peinture de saint François-Xavier à l’église Saint-Ignace du Centre Sèvres de Paris, où son cœur est flamboyant dans sa poitrine et son visage en extase…­ — nous enseigne la manière tout intérieure de nous donner aux autres dans l’humilité, la paix, le silence, l’abandon, sans doute dans la joie, mais jamais en imposant aux autres notre volonté et notre activisme égocentré.

sacré cœur, eucharistie, st pierre-julien eymard, la france, politique         C’est toujours dans l’abandon à la volonté de Dieu. Dans l’humilité du cœur de Jésus. Dans son infinie douceur. Ces vertus d’humilité et de douceur sont le gage de l’œuvre de l’Esprit de Jésus en nous. Le feu qui nous consume à l’intérieur et demande à se propager est tempéré dans son expression, dans sa communication aux autres par les vertus de douceur, d’humilité, de modestie. En somme, se résument ces trois vertus en une seule qualité, la première dans la Règle de saint Benoît : l’écoute. Écoute de l’Esprit en nous. Son fruit est la paix. Écoute de l’autre et de son besoin d’être entendu. La paix nous permet d'écouter. L’écoute est une posture intérieure d’offrande de nous-même. La plus grande ”œuvre de zèle” dans son humilité, sa modestie et sa douceur. Elle est tout cela à la fois car elle repose elle-même tout contre le cœur de Jésus, s’y adosse, y siège comme Jean s’y est blotti lors de la Cène.

27 juin 2016 
Chambre Emmaüs,
Prieuré Sainte Bathilde, Vanves.

sacré cœur,eucharistie,st pierre-julien eymard,la france,politiquesacré cœur,eucharistie,st pierre-julien eymard,la france,politiqueSandrine Treuillard
Responsable de la Fraternité Eucharistique,
Congrégation du Saint Sacrement,
Chapelle Corpus Christi, Paris 8



 

 

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Pierre-Julien Eymard, apôtre de l'Eucharistie, un saint pour notre temps

La France & le Sacré Cœur

Adoration Saint Martin

« Le cœur de Jésus est une fournaise où votre cœur doit aller s’enflammer… » L'adoration selon st P-J. Eymard

sacré cœur, st pierre-julien eymard, eucharistie« Le cœur de Jésus est une fournaise où votre cœur doit aller s’enflammer, et cette flamme doit s’étendre, elle doit s’alimenter par les œuvres de zèle, elle doit se propager. »

Saint Pierre-Julien Eymard (PA 2,1)
Citation du 27 juin
in Une pensée par jour avec Saint Pierre-Julien EymardMédiaspaul, 2010.
 

Cette citation est extraite d’un enseignement intitulé L’adoration aux Sœurs de l'Adoration perpétuelle du Sacré-Cœur de Jésus, à Lyon, le 31 janvier 1861.

Voici l’ensemble de cet enseignement du Père Eymard — fondateur des Pères du Saint Sacrement, des Servantes du Saint Sacrement et de la branche laïque Agrégation du Saint Sacrement, aujourd'hui la Fraternité Eucharistique — d’après les notes prises par une des religieuses.

 

Instruction sur l'adoration

         Ô mes bonnes sœurs, estimez-vous bien heureuses d'être les Adoratrices du Cœur de Jésus. Je ne vous ai point oubliées, et je suis heureux de vous revoir, car, si nous sommes frères par le but comme chrétiens, nous le sommes plus encore par vocation. La garde royale est toujours heureuse de rencontrer un bataillon de la garde royale.

         C'est ainsi que vous devez vous considérer, en effet, mes sœurs, vous les épouses et les Adoratrices de Notre Seigneur Jésus-Christ ; vous êtes vraiment la garde royale du grand Roi. Vous devez donc tout rapporter à l'adoration comme à votre première fin; votre place est au pied des autels : là où le Seigneur habite, là sont aussi les anges, et les anges obéissent à sa voix, ils exécutent ses volontés ; aussi, devez-vous accomplir avec zèle la seconde fin de votre Institut qui est l'éducation de la jeunesse.

         Vous le savez, Jésus a dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu'il s'allume ? » [Lc 12,49]

         L'Eucharistie, voilà le feu ; mais il faut une flamme à un foyer, et cette flamme c'est le zèle pour le salut des âmes. Je crois sincèrement que tout Ordre ayant pour but l'adoration du saint Sacrement, ne sera jamais purement contemplatif, car alors il ne serait pas dans la plénitude de sa grâce. Si quelqu'un se présentait à moi pour entrer dans notre congrégation, et qu'il me dît : « Mon Père, je veux demeurer caché dans un coin », je lui répondrais : « Non, certes, si Dieu vous y met, je le veux bien, mais je ne vous y placerai pas de moi-même, parce que ce serait vous placer hors de votre vocation. »

         À l'adoration, vous joignez encore l'instruction, ce qui donne à votre Institut deux fins fort sublimes ; il est incontestable, en effet, que, de toutes les vocations, la vôtre est celle qui se rapproche le plus du sacerdoce et de l'apostolat. Pourquoi cela, mes sœurs ?

         C'est que vous formez des âmes à Jésus-Christ, vous faites des chrétiens, vous complétez notre ministère, et même vous faites ce que nous ne pouvons pas faire : vous donnez aux jeunes filles une éducation chrétienne avec les soins d'une sainte et maternelle affection. Pour nous, Dieu ne nous a pas donné les mêmes grâces ; il ne nous a pas mis au cœur les sentiments délicats du cœur de la femme. Soyez donc bien zélées, mes sœurs, pour l'œuvre que vous avez à remplir auprès de la jeunesse ; ne croyez pas en cela vous écarter de votre fin première qui est l'adoration. Non, mes sœurs, l'une ne peut exister sans l'autre ; pour être parfaite institutrice, il faut avant tout être parfaite adoratrice. C'est aux pieds de Notre Seigneur que vous devez aller puiser toute science et toute lumière, pour ensuite les communiquer aux enfants qui vous sont confiées. Le feu fait la flamme. Mais sans la flamme le feu s'éteindrait.

         Le cœur de Jésus est une fournaise où votre cœur doit aller s'enflammer, et cette flamme doit s'étendre, elle doit s'alimenter par les œuvres de zèle, elle doit se propager.

         Oh ! la belle œuvre que l'Adoration ! Mais elle n'est pas encore assez connue, ni assez établie ; c'est un grand arbre dont les rameaux doivent s'étendre jusqu'aux confins de la terre. Ah ! mes sœurs, si nous étions bien fervents, un seul de nous ferait des prodiges ; on pourrait nous envoyer dans un coin de l'univers et, comme un tison ardent, nous y mettrions le feu. Oui, mes sœurs, c'est une belle vie que cette vie d'Adoratrice ! C'est à vous que doivent s'appliquer ces paroles que l'apôtre adressait aux premiers chrétiens: « Votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu » [Col 3,3].

         Elle est cachée, comme tout principe de vraie vie ; elle est intérieure, elle échappe aux sens ; mais elle est cachée avec Jésus-Christ ; Jésus, votre modèle dans l'Eucharistie, Jésus que vous devez imiter, car vous êtes, mes sœurs, les épouses de Jésus-Christ, et l'épouse doit ressembler à son époux.

         Enfin, elle est cachée en Dieu, et il ne peut en être autrement, puisque Jésus-Christ nous mène à son Père et que nous ne pouvons aller au Père que par lui [cf. Jn 14,6].

 

PA 2,2

Mort à soi-même

         Voilà donc, mes sœurs, votre vocation : elle suppose une mort continuelle et complète à tout sentiment d'égoïsme. Je dois le dire, dans un Institut comme le vôtre, cette mort doit s'opérer d'une manière plus absolue et plus entière. Dans certains ordres, Dieu se sert de ses dons dans ses serviteurs pour opérer les œuvres de sa gloire. Ici, il n'en est pas de même. Dieu veut opérer seul sur le rien de la créature ; une âme eucharistique est sous la dépendance immédiate de Dieu, et Notre Seigneur fait à son égard ce qu'il a fait pour lui-même dans le sacrement de son amour.

         Qu'a-t-il fait, mes sœurs ?… Il a voulu que son corps et que son sang précieux fussent cachés sous les apparences du pain et du vin ; il anéantit la substance, mais il laisse la forme. De même dans vos âmes, il veut détruire, anéantir, annuler tout être personnel, tout moi humain, tout sentiment d'amour-propre qui s'opposerait à son règne. Partout où Jésus trouve la personne, l'individu, il s'en va ; car il n'y a pas deux maîtres dans un royaume. C'est la substance qu'il veut changer ; mais il laisse la forme, c'est-à-dire l'enveloppe de nos misères et de nos faiblesses, et cette forme de notre humaine fragilité nous est infiniment utile comme préservatif de l'orgueil qui serait bien vite entré dans notre cœur à cause de la sublimité de notre vocation.

         C'est la vie de Jésus qui remplacera notre vie, mais elle doit s'établir sur la mort : mort à vos sens, mort à vos goûts, mort à vos pensées, mort à toutes vos volontés ; de même que chaque respiration nous enlève une partie de notre vie naturelle, de même notre mort spirituelle doit s'opérer à chacune de nos œuvres.

         Il y a bien à faire pour parvenir à cette destruction totale du moi humain ; aussi vos Supérieures et vos Maîtresses des novices n'ont pas autre chose à faire. Il faut qu'elles y travaillent par la correction de vos défauts, par la mortification de votre amour-propre. C'est pénible, douloureux à la nature ; mais c'est leur devoir, sans quoi elles se condamneraient à brûler au Purgatoire pour vous avoir laissées imparfaites. Et vous, mes sœurs, vous devez en être très reconnaissantes. Seriez-vous satisfaites qu'on vous laissât aller devant le très saint Sacrement avec des grosses taches sur vos vêtements ?… Eh bien ! votre âme aussi a des taches que l'on vous montre charitablement et qu'il faut faire disparaître, car nous ne devons pas faire souffrir Notre Seigneur de nos défauts.

         Oui, mes sœurs, je vous le répète, dans une maison comme la vôtre, il ne doit plus y avoir de personnalité. Vous devez toutes être perdues en une seule âme et un même esprit ; aussi on commence par vous ôter votre nom. Ce nom vous rappellerait le monde, et peut-être une petite gloire humaine. Il ne doit plus y avoir d'individu, de personne, d'égoïsme ; vous êtres Adoratrices, et si l'on vous demande : « Comment vous appelez-vous ? » vous devez répondre : « Je m'appelle Adoratrice. »

 

PA 2,3

Devenir Adoratrice

         Il est une chose à remarquer à ce sujet, c'est qu'il y a une grande différence entre votre vocation d'Adoratrice et la vocation religieuse en général. La vie religieuse est l'étude de la perfection et la pratique de toutes les vertus, et si vous êtes parvenue à devenir parfaitement mortifiée, parfaitement humble, parfaitement obéissante, on peut dire en quelque sorte que vous avez atteint votre but. Pour la vie d'Adoratrice, cette étude et cette pratique des vertus religieuses ne doit être considérée que comme un travail de préparation. Lorsqu'un jeune homme aspire à servir à la cour d'un grand roi, il fait des études, il forme ses manières, son langage, il entre dans des écoles où on le soumet à divers exercices, et s'il réussit en tout cela, on lui dit : « Ce n'est pas assez, ce n'est rien encore, vous n'êtes pas arrivé, et votre but n'est pas rempli. »

         Il en est de même pour l'âme qui veut être Adoratrice. L'étude des saintes Règles, l'observation de ses vœux, la pratique des plus belles vertus, tout cela ne sont que les exercices qui la préparent à remplir sa sublime destinée ; c'est comme le vêtement dont elle doit se revêtir pour paraître à la cour du Roi des anges. On ne devra donc jamais la louer de ce qu'elle est humble, obéissante, mortifiée, fidèle à sa règle, elle ne fait que son devoir. On ne donne jamais la décoration à un élève de l'École polytechnique, et si vous louez un soldat, un officier parce qu'il a bien rempli sa charge, il vous répondra : « Mais pour qui me prenez-vous, je n'ai fait que mon devoir. »

         Voilà, mes sœurs, ce à quoi vous oblige votre titre d'Adoratrice ; c'est une vie sublime, mais qui doit s'établir sur la destruction et la mort. Et puisque votre objet est principalement d'honorer le Sacré Cœur de Jésus, cherchez-le, adorez-le surtout dans nos saints tabernacles, car enfin c'est là qu'il réside ; il n'est qu'au ciel et dans la sainte Eucharistie.

         Beaucoup de personnes, hélas ! sont sur ce point dans une grande ignorance ; si elles prient dans une chapelle, elles se prosterneront devant un cœur de peinture ou de pierre et ne penseront même pas à faire la génuflexion devant le tabernacle. Cependant, dites-le-moi, que signifie l'emblème à côté de la réalité ? À quoi sert l'image quand on possède l'original ?

         Entrons donc, mes sœurs, entrons profondément dans ce cœur adorable de Jésus. Il est percé pour nous, et remarquez que cette blessure n'y fait qu'une ouverture, afin qu'y étant entrés nous n'en puissions plus sortir. Le cœur de Jésus n'est point percé comme celui de la très sainte Vierge. Le cœur de Marie, nous devons le considérer comme l'antichambre, comme le vestibule par lequel il faut passer pour arriver à Jésus. Dans ce cœur, nous devons y faire l'étude des vertus intérieures, nous y pénétrer de l'esprit d'adoration, y prendre un cœur mariste, car ce nom ne doit pas s'appliquer seulement à une Communauté, mais il doit s'étendre à tout cœur vraiment chrétien.

 

PA 2,4

Courage, mes sœurs…

         Courage, mes sœurs ; croyons fermement que le règne de Jésus va s'étendre de plus en plus. On appelle ce siècle le siècle de Marie. Oui, cela est vrai comme aurore, comme préparation ; mais c'est aussi et surtout le siècle du saint Sacrement.

         Lorsque Marie fut immaculée dans sa conception, Dieu s'abaissa sur la terre et Jésus descendit pour s'incarner. Aujourd'hui, l'Église, en proclamant ce dogme si cher à nos cœurs, nous annonce comme l'aurore du plein jour qui va luire. Oui, je le crois sincèrement, l'œuvre de l'Adoration du très saint Sacrement doit se propager, se dilater, c'est par elle que tout se fera.

         De nos jours, ce n'est plus le règne des saints : saint Ignace reviendrait, il ne ferait rien. Saint Dominique reviendrait, il ne ferait rien : il n'y a plus d'Albigeois à combattre. Saint Bernard reviendrait, il ne ferait rien : il n'y a plus de croisade à prêcher. Non, non, mes sœurs, c'est maintenant le règne du grand saint. Le Roi est attaqué, c'est au Roi à se défendre, et il le fera, soyons-en sûrs. Que de fois on a tremblé pour cette pauvre ville de Paris ; mais en moi-même je me disais : Paris n'a rien à craindre, il est bien gardé par sa ceinture de feu, c'est-à-dire par toutes ses maisons d'adoration. Oh ! qu'il serait à désirer que Lyon fût à son niveau sous ce rapport… Mais il est hélas ! bien en retard, encore… Prions, mes sœurs ; soyez de ferventes et vraies Adoratrices et Dieu vous bénira toujours.

 

Source : Œuvres complètes de saint Pierre-Julien Eymard en ligne

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La France & le Sacré Cœur

 

 

 

10.05.2016

Promesse d'engagement dans la Fraternité Eucharistique à la suite de St Pierre-Julien Eymard

fraternité eucharistique,saint pierre-julien eymard,eucharistie,sacré cœur,sandrine treuillard,foi,christianisme,politiqueLe 3 juin 2016,
en la fête du Sacré Cœur,

chapelle Corpus Christi,
23 avenue de Friedland, Paris 8.
Durant la messe de 18h30.


La nuit suivante sera d'adoration eucharistique.

  

 

L'événement sur Facebook

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fraternité eucharistique,saint pierre-julien eymard,eucharistie,sacré cœur,sandrine treuillard,foi,christianisme,politiqueLettre de St P-J. Eymard au Tiers Ordre de Marie Immaculée de Lyon, depuis La Seyne-sur-Mer :

Maintenant, il faut vite se mettre à l'œuvre, sauver les âmes par la divine Eucharistie, et réveiller la France et l'Europe engourdie dans son sommeil d'indifférence, parce qu'elle ne connaît pas le don de Dieu, Jésus l'Emmanuel eucharistique. C'est la torche de l'amour qu'il faut porter dans les âmes tièdes et qui se croient pieuses et ne le sont pas, parce qu'elles n'ont pas établi leur centre et leur vie dans Jésus au saint Tabernacle ; et toute dévotion qui n'a pas une tente sur le Calvaire et une autour du Tabernacle n'est pas une piété solide et ne fera jamais rien de grand. Je trouve que l'on s'éloigne trop de la sainte Eucharistie, qu'on ne prêche pas assez souvent sur ce mystère d'amour par excellence ; alors les âmes souffrent, elles deviennent toutes sensuelles et matérielles dans leur piété, s'attachant aux créatures d'une manière déréglée, parce qu'elles ne savent pas trouver leur consolation et leur force en Notre Seigneur. (CO 325,1), 1852

 

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Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie,
un saint pour notre temps
 

03.05.2016

"L'amour nous rend apôtres de Jésus" st P-J. Eymard

P-J. Eymard Portrait 1.jpgSi la foi nous fait disciples de Jésus,
l’amour nous rend apôtres.

Saint Pierre-Julien Eymard

Citation du 3 mai (Sts Philippe et Jacques)
tirée de sa correspondance (CO 1273),
extraite de Une pensée par jour,
éditions Médiaspaul, 2010.

 

                 Le disciple écoute son maître, il est docile à sa parole qu’il laisse pénétrer et œuvrer en lui. Il écoute et se délecte de l’enseignement de son doux maître. Son cœur s’ouvre à la Parole bienfaisante du Fils de Dieu, la Parole du Dieu fait homme descend en lui et transfigure son être. Car cette parole est remplie de l’Esprit de Jésus. C’est une source venue du Père qui s’échappe du Cœur de Jésus et rejaillit dans celui du disciple.

                 L’Esprit de Jésus est amour du Père pour toute créature. Il a le pouvoir merveilleux de nous transfigurer à tel point à l’intérieur qu’il nous rend capables, à notre tour, d’amour. Cet amour nouveau qui coule en nous est à la fois si pénétrant et si intense qu’il nous donne une force particulière. C’est alors que, dans une nouvelle facilité, il nous est donné de diffuser, de transmettre à notre tour cet amour.

                 Nous reconnaissons l’amour que nous recevons de Jésus à ce qu’il nous stimule à le partager, à le redistribuer, comme une eau qui viendrait gonfler notre petite rivière qui, elle aussi, à son tour, vient gonfler d’autres petites rivières. On reconnaît que l’on devient apôtre de Jésus quand ce besoin de transmettre l’amour que nous recevons de Lui est fluide, qu’il ne force ni les êtres, ni les événements, mais reçoit, tel une grâce, en son heure, ce temps favorable pour le témoignage qui n’est autre qu’un abandon à la Volonté du Père.

                 L’apôtre appartient de façon doucereuse au Christ. Il obéit en toute joie à son Esprit qui demeure en lui et le fait être un feu sur la terre. Son action découle de ce que la Personne du Christ demeure en lui, le fortifie amoureusement. L’ayant simplifié dans tout son être, il lui permet d’agir fidèlement à la Volonté de Dieu Notre Père qui répand sa bonté depuis les cieux par le Cœur saint de son Fils bien-aimé, Jésus.


Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

 

Sandrine Treuillard

(Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie)

 


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un saint pour notre temps

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Adoration Saint Martin

 

 

23.02.2016

Le manteau de saint Martin ou le Cœur de Dieu donné en partage

Adoration ihs SC Saint Martin.jpg         « Comment faire pour que les urbains se sentent concernés par la question de la campagne ?* ». Commencer l’Adoration Saint Martin en ville pour la faire rayonner dans les campagnes.

         En ville, j’ai été touchée par les sdf, par la dignité humaine mise au ban de la société.

Les pauvres, ces étrangers, rendus étrangers par leur extrême misère sociale, se voient en rupture d’avec les autres, dangereusement isolés. Les sdf sont les premiers étrangers et pauvres à avoir besoin de la reconnaissance de leur dignité, de l’espace sacré qui est en eux et qui les garde profondément ancrés dans l’humanité.

         Quand saint Martin descend de son cheval et donne la moitié de son manteau au déshérité à la porte d’Amiens, Martin donne son amour à cette personne interdite de cité, déchue de la ville ou venant de la campagne pour y trouver de quoi subsister, y faire l’aumône. Chaque sdf est un étranger, un campagnard dans la ville, un déchu de civilité, un paysan, un païen urbain, un rejeté de la cité, un citoyen d’outre zone. Il n’a plus son mot à dire ni sur lui-même, ni sur la société qui l’a laissé se perdre, a encouragé, même par omission, la violation de sa personne jusqu’à une forme d’anéantissement. C’est la néantisation de l’homme, la négation de son humanité dont est coupable notre système anthropologique malade qui réduit l’homme à l’homo economicus, au matérialisme, à l’instrumentalisation des « couches hautes » de la personne humaine.  

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         La charité de saint Martin ne fait pas que préserver du froid un homme, en cet hiver de l’an 353-354. Elle lui fait revêtir son humanité, sa dignité de personne en créant un lien fort et symbolique : la moitié de la chape que porte Martin est sur les épaules du miséreux. C’est le sens même du symbole : deux moitiés d’un même objet, qui, se retrouvant s’assemblent et font se reconnaître comme les deux parties d’un seul et même objet. La chape de saint Martin devient le symbole de l’unité, de l’union par excellence. Cette chape rouge de la charité est la pièce de tissu unique de la communion. « Un cor unum et anima una ». « Un seul cœur et une seule âme », voilà ce que dit le geste de saint Martin, qui n’est pas encore baptisé ce jour-là, recouvrant les épaules du pauvre de la moitié de son manteau. Martin transmet l’amour du Christ au pauvre, il le partage.

         C’est bien le Cœur de Dieu qui est donné-là en partage. C’est bien un geste de communion d’amour. Un geste eucharistique. Il partage le Cœur du Christ quand il pose sa chape sur les épaules du malheureux. Il donne un aperçu de l’amour eucharistique de Jésus : ce manteau partagé, c’est comme le pain rompu puis distribué. Le Cœur du Christ étant compris dans la sainte Eucharistie, enceint en elle… ce Cœur rayonne dans la blancheur de l’hostie consacrée… le Cœur de Dieu est dans le Corps du Christ sur l’autel…


saint martin, miséricorde divine, adoration saint martin, eucharistie, sacré cœur, sacré coeur, christianisme, foi, la france         Martin revêt le corps du pauvre du Corps du Christ quand il le vêt du manteau partagé. Le geste de Martin est eucharistique. La porte d’Amiens, au ban de la ville, et déjà seuil de la campagne, devient un lieu consacré comme un autel par le geste eucharistique de Martin descendant de son destrier et jetant la moitié de sa chape sur les épaules du démuni. C’est le sacre du misérable. Une onction d’amour sur un corps banni, et en son âme. Par ce geste, Martin devient prêtre. Le corps du malheureux est à la fois autel et sur l’autel. Son corps et son âme sont rendus sacrés par le geste rempli de l’Esprit de Jésus dont Martin est agi. À la porte d’Amiens, au ban de la cité, au seuil de la campagne, ce lieu où la rencontre de Martin et du misérable se déploie devient (con)sacré par ce geste rempli de l’onction divine, de la Miséricorde.
 

         Toute la personne du misérable est ainsi revêtue du Cœur et du Corps du Christ. « Un cor unum et anima una ». Un seul corps et une seule âme en Jésus, communion de deux êtres en l’amour du Christ. 

         Ainsi, le lieu de l’action où se donne en partage le Cœur et le Corps de Dieu fait homme en Jésus, par Martin, ni ville ni campagne, plus ville, pas encore campagne, no man’s land, cette banlieue est aussi consacrée par l’onction divine contenue dans l’acte eucharistique du partage et du don de le moitié de son manteau de Martin. 

         Le cheval, un genou à terre, incline sa tête devant la scène.

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

 

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

14-21 février 2016

 

 

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Adoration Saint Martin

        

* Question posée par Michel Corajoud, paysagiste à Paris, dans le documentaire de Dominique Marchais, Le temps des grâces.

 

Images
La Charité de saint Martin.
Manuscrit France du Nord, 1280-1290 - Bibliothèque Nationale  
Charité de saint Martin. Église Saint-Martin de Donzenac. Limousin. 

 

 

 

24.01.2016

Une forme de résistance certaine : le Congrès Eucharistique International, depuis 1881

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saint Pierre-Julien Eymard,
Apôtre de l'Eucharistie, un saint pour notre temps

 

Émilie-Marie Tamisier.jpg

 

À LA MESSE DE CONSÉCRATION DE LA FRANCE
AU SACRÉ CŒUR À PARAY-LE-MONIAL,

EN 1873, ÉMILIE TAMISIER
DÉCOUVRE SA MISSION :
SE CONSACRER AU SALUT DE LA SOCIÉTÉ
PAR LE BIAIS DE L’EUCHARISTIE

 

LogoChapStSacrement CorpusChristi.jpg         Voici ce que le biographe de saint Pierre-Julien Eymard, le Père André Guitton, sss — qui, depuis plus de 40 ans, vit tout contre le gisant du saint, Chapelle Corpus Christi, au 23 avenue de Friedland, Paris 8ème, et qui fut le Provincial de la Congrégation du Saint Sacrement nous a communiqué lors de notre dernière rencontre à la Fraternité Eucharistique. Le 51ème Congrès Eucharistique International se tient à Cebu (Philippines), du 24 au 31 janvier 2016, sur le thème : « Le Christ parmi vous, l’espérance de la gloire » (Col 1,27). Voici l’histoire fort intéressante des Congrès Eucharistiques Internationaux, nés en plein anticléricalisme en 1881. Une forme de résistance certaine…

P-J. Eymard Portrait 1.jpg

Par le Père Vittore Boccardi, sss, secrétaire du Comité pontifical des congrès eucharistiques.

 

         À l'occasion de ce Congrès Eucharistique International, nous organisons une heure d’adoration à la Chapelle Corpus Christi - 23 avenue de Friedland, Paris 8 (M° Charles de Gaulle Étoile / Georges V) - le jeudi 28 janvier, après la messe de 18h30, jusqu’à 20h. (Voir l’événement Facebook).
Tout contre la châsse du Père Eymard…

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HISTOIRE ET SPIRITUALITÉ DES CONGRÈS EUCHARISTIQUES MONDIAUX

         Le 51e Congrès eucharistique international aura lieu à Cebu, aux Philippines, du 24 au 31 janvier prochain. Le choix des Philippines avait été annoncé par le pape Benoît XVI dans son message transmis durant la messe de clôture du congrès de Dublin (17 juin 2012) : « Je voudrais vous inviter à vous joindre à moi pour invoquer la bénédiction de Dieu sur le prochain Congrès eucharistique international, qui se déroulera en 2016 dans la ville de Cebu ! J’adresse au peuple philippin mes vœux chaleureux, l’assurance de ma proximité dans la prière. »

Les congrès eucharistiques internationaux

St P-J Eymard Adoration Eucharistique.jpg         On pourrait croire que les Congrès Eucharistiques Internationaux sont des reliques du passé désormais difficiles à insérer dans le monde d’aujourd’hui. Comme de vieux parements de sacristie autrefois brillant d’or et aujourd’hui défraîchis, ils rappellent à beaucoup une époque : celle des manifestations populaires, fin XIXe début XXe siècle, organisées pour célébrer la royauté du Christ dans les plus grandes capitales du monde, les interminables processions auxquelles assistaient des centaines de milliers de fidèles, les gestes de culte rassemblant des masses d’adorateurs pour rendre des hommages de foi, d’amour et de réparation à Jésus Christ, Dieu caché sous les voiles du Sacrement, « profané par les impies, ignoré par les pouvoirs publics ».

         Que les congrès eucharistiques viennent du passé, cela est un fait. En effet, leur apparition date de la seconde moitié du XIXe siècle ; à l’époque des mouvements populaires, de la démocratie représentative et de la presse, les catholiques de France se servirent des congrès comme nouveau moyen pour rendre compte publiquement – dans une perspective internationale – de la vaste activité liée à la dévotion eucharistique. Malgré un environnement culturel où « le catholicisme intransigeant » de France connaissait sa forme la plus rigide, voyant la piété eucharistique comme un moyen pour reconstruire la société chrétienne démolie par la Révolution française, ces congrès devinrent immédiatement des laboratoires de réflexion et une caisse de résonnance pour proclamer, dans l’espace social, la vitalité de la foi et de l’Eglise.

Émilie-Marie Tamisier.jpg         On doit le lancement de ces congrès eucharistiques au profil spirituel et singulier de mademoiselle Émilie Tamisier (1843-1910). Emilie avait une vie intérieure inquiète, tourmentée, et avait pour maîtres deux grands saints. Après Pierre-Julien Eymard (le fondateur des Religieux du Saint-Sacrement, 1811-1868) chez qui elle absorba cette exigence de recourir à l’Eucharistie pour favoriser la reconstruction de la société, Antoine Chevrier (1826-1879) l’entraînera dans la patiente recherche de sa vocation. Et en 1873, alors qu’elle assistait à la messe de consécration de la France au Sacré Cœur à Paray-le-Monial, elle découvre sa mission : « se consacrer au salut de la société par le biais de l’eucharistie ».

         Un vaste réseau de relations ecclésiastiques commence alors à se tisser lentement, donnant lieu au premier des congrès, célébré à Lille en 1881, dans le Pas-de-Calais, au nord de la France. Mais en quelques années, le petit grain semé s’est mis à pousser et a fini par se transformer en un mouvement mondial capable d’atteindre – en passant par les capitales européennes – les plus grandes villes de tous les continents : Montréal (1910), Chicago (1926), Sidney (1928), Buenos Aires (1934), Manille (1937), Rio de Janeiro (1955). Faisant résonner la voix de tous ceux qui ont fait l’histoire de l’Eglise au siècle dernier, et mettant sous les feux des projecteurs des aspirations religieuses, des nouveautés liturgiques et d’urgentes questions sociales.

         Ainsi, chemin faisant, le mouvement des congrès eucharistiques a façonné sa nouvelle identité, intégrant progressivement les acquisitions du mouvement liturgique, en se mettant au service de l’Eglise universelle, s’ouvrant aux horizons les plus vastes de la mission et mûrissant – grâce aux apports des mouvements biblique, patristique et théologique – une compréhension plus complète de l’eucharistie. A la veille du concile Vatican II, au 37e Congrès eucharistique international, qui a eu lieu à Munich, en Bavière, à l’été 1960, les vieilles raisons qui avaient motivé ces congrès furent surmontées. On commençait à voir ces grandes réunions internationales comme une statio orbis, un temps d’arrêt pendant lequel le peuple de Dieu pèlerin sur terre se réunissait pour célébrer l’eucharistie et construire une communion ecclésiale. Le mouvement eucharistique, ainsi déclenché au niveau mondial, a évolué au fil de l’histoire et, avec d’autres mouvements ayant marqué le XXe siècle, a aidé à donner à l’Église sortie de Vatican II un nouveau visage, en la ramenant à sa source eucharistique.

Un congrès en Orient

         Le rendez-vous de Cebu est particulièrement important sous divers profils : tout d’abord sous un profil, disons, géographique, puis historique et missionnaire, et enfin lié à l’évangélisation moderne de l’Asie proprement dite.

         Le profil géographique est lié directement au choix de la ville appelée à accueillir le congrès. A près de 11 000 km de l’Italie, Cebu se trouve en quelque sorte en plein cœur de l’Asie orientale, à un peu plus de deux heures d’avion de Hong Kong, Taïwan, du Vietnam, et relativement près de la Corée du Sud, du Japon, de l’Inde et de l’Australie. A Cebu, pour le 51e Congrès eucharistique international, pourront venir tous ces chrétiens qui, à cause des distances et des coûts prohibitifs, sont souvent exclus des grands événements internationaux.

         C’est là, à Cebu, au centre de l’archipel philippin, que l’explorateur Fernand de Magellan a débarqué en 1521. Selon un récit de Pigafetta, Magellan fut accueilli chaleureusement par le roi indigène Humabon qui, un peu plus tard, se convertira au christianisme, avec la reine Juana et 400 de ses sujets. Pour commémorer l’événement Magellan fit don à Juana d’une statuette de l’Enfant Jésus (Santo Niño) et dressa une croix sur les lieux mêmes de la conversion. La fête du Santo Niño tombe le troisième dimanche de janvier. Elle est encore aujourd’hui, pour tous les catholiques philippins, une des fêtes religieuses les plus importantes.

         D’un point de vue historique et missionnaire, le choix des Philippines – seul pays d’Asie à majorité catholique – constitue un défi important pour l’Eglise de cet énorme continent.

         Naturellement, l’Évangile s’était déjà répandu sur le continent bien avant l’arrivée des Espagnols, il y a près de 500 ans. Disons même que tout a commencé au fin fond de l’ouest de l’Asie, à Jérusalem, où Jésus souffla l’Esprit Saint sur ses disciples et les envoya jusqu’aux extrémités de la terre. C’est d’ailleurs pourquoi, en 1998, l’assemblée spéciale pour l’Asie du synode des évêques avait dit que l’histoire de l’Église en Asie était aussi ancienne que l’Eglise primitive. En effet, c’est sur le sol de cet immense continent qu’est née la toute première communauté à avoir reçu et entendu l’annonce évangélique du salut. Les apôtres, obéissant aux ordres du Seigneur, y prêchèrent la Parole et implantèrent les premières Églises.

         Après les apôtres, l’évangélisation de l’Asie est passée aux mains des missionnaires syriens qui fondèrent des sièges épiscopaux au cœur du continent et en Mongolie. A partir du XIIIe siècle, ce sont les franciscains qui ont pris la relève, puis à partir du XVIe siècle, les jésuites. Au XIXe siècle, un grand nombre de congrégations religieuses se sont lancées à leur tour et, sans réserve, ont contribué à l’édification des Eglises locales, évangélisant et développant toute une série d’activités formatrices et caritatives.

         Mais tous ces efforts se sont révélés insuffisants pour acculturer la Bonne Nouvelle, si bien que pour les peuples du continent – mystère de l’histoire du salut ! – le Sauveur du monde, né en Asie, reste encore largement méconnu. À l’exception des Philippines, le christianisme forme aujourd’hui, en Asie, « un petit reste », une minorité néanmoins vive et généreuse.

         Selon les dernières statistiques de l’Annuaire du Vatican, l’Asie compte 134 millions de catholiques, soit 3 % des habitants du continent, mais 11 % des catholiques du monde. Le pape, à ses derniers voyages, est allé dans les pays où le nombre de catholiques est supérieur à la moyenne, mais le catholicisme croît aussi ailleurs, surtout en Chine, en Inde et au Vietnam. Au Vietnam, la croissance est exponentielle : de 1,9 million de catholiques en 1975 à 6,8 millions aujourd’hui.

         Par conséquent, le troisième profil du Congrès de Cebu est lié à l’évangélisation moderne de l’Asie. Au-delà des chiffres, relativement bas, l’Eglise en Asie incarne le défi à vivre et imaginer le christianisme sous des formes historiques autres que celles auxquelles nous sommes habitués en Occident. Car l’Asie n’a jamais vécu les dynamiques – également politiques – héritées de l’empire de Constantin ou de Charlemagne. En Asie, aucun pays n’a jamais vécu lui-même comme une societas cristiana.

         L’Église d’Asie s’inscrit dans un contexte social fait de périphéries et de frontières, de fortes tensions et de conflits de nature religieuse, politique et sociale. Ces quarante dernières années, le continent a cherché à forger sa propre identité en payant souvent le prix d’un esprit nationaliste agité de sentiments anti-occidentaux. La mondialisation a entraîné un processus de modernisation et de changements rapide. Et elle s’accompagne souvent de phénomènes de sécularisation tandis que des agglomérations urbaines entières, minées par la criminalité, l’exploitation des plus faibles, les luttes, ne cessent de créer des situations d’urgence.

         D’autre part, la diversité des nombreuses cultures et identités nationales du continent issues d’une multiplicité de grandes traditions religieuses sont aujourd’hui, plus qu’hier, à l’origine de tensions et conflits cyniquement instrumentalisés.

         Mais le fait que l’on continue à associer l’Église catholique à l’Occident, parce qu’elle dépend de règles, de financements et d’autorités occidentales, constitue encore aujourd’hui le plus sérieux des obstacles à la mission, créant des difficultés à la grande majorité des asiatiques. L’Église est souvent perçue comme un corps étranger, détaché de la structure religieuse et culturelle du continent.

         Les Philippines, dans ce panorama, représentent la seule vraie exception. Dans l’archipel, qui s’étend dans le Pacifique, la religion chrétienne apportée par les Espagnols s’est greffée sur les cultures et religions traditionnelles, obtenant un résultat qu’aucun autre pays d’Asie n’a connu. Dans ce contexte, on comprend pourquoi, sur une population qui dépasse les 100 millions, les catholiques dépassent les 80 %, et le nombre annuel des baptisés est plus élevé qu’en Italie, France, Espagne et Pologne mises ensemble.

         Le pape François s’est rendu compte de tout cela et, au cours de ses voyages, d’abord en Corée (13-18 août 2014), puis au Sri Lanka et aux Philippines (12-19 janvier 2015), il a pu le souligner, faisant valoir le défi que représentait l’évangélisation sur ce continent.

Le 51e Congrès eucharistique

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         Cebu est appelée « berceau du christianisme » et « reine du Sud ». C’est aussi la première ville fondée aux Philippines par les Espagnols qui, le 1er janvier 1571, rebaptisèrent le village royal de Sugbu (= Cebu, en langue locale) en « Villa del Santo Niño », le plaçant sous la protection de l’Enfant Jésus. Cinq siècles d’interaction entre la culture locale et le message chrétien ont porté à cette harmonieuse fusion que l’on appelle aujourd’hui « culture chrétienne philippine ». Les chrétiens qui arrivent à Cebu de tous les coins du monde se trouvent chez eux, au milieu de personnes qui partagent les mêmes aspirations et la même espérance qu’eux !

         La petite communauté chrétienne de Sugbu, sous la protection du Santo Niño, est devenue la deuxième concentration métropolitaine de l’archipel et un archidiocèse florissant de presque 5 millions de personnes, pratiquement toutes catholiques, avec un clergé actif et vaillant, des religieux (hommes et femmes) très actifs, et un nombre encourageant de séminaristes. Foi grandissante et vie chrétienne florissante furent une constante dans l’Eglise locale, et ça l’est encore aujourd’hui. Il suffit de penser à toutes les institutions et organisations catholiques, à tous les mouvements laïques prospères – sous la conduite de l’archevêque Mgr Palma – entre la hiérarchie et le clergé tant diocésain que religieux ; au gros travail d’évangélisation des prêtres et des agents pastoraux ; à ce profond sens ecclésial et religieux qui habite les gens.

         D’autre part, l’architecture religieuse laissée par l’Espagne, les interminables plages de sable blanc, bordées de palmiers qui donnent à la ville une atmosphère paradisiaque, la croissance de l’industrie touristique et hôtelière, font de cet endroit une destination du tourisme international.

         Le Congrès de Cebu n’est pas le premier congrès eucharistique international célébré aux Philippins. En 1937, Manille accueillit le 33e Congrès, le premier célébré en Asie. Ce congrès, qui connut un succès émouvant, fut sans aucun doute l’événement international le plus important jamais célébré jusqu’ici dans ce pays. Le 51e Congrès, célébré en ce mois de janvier 2016, sera tout aussi important. Il entre dans la « neuvaine d’années » que les chrétiens des Philippines célèbrent en ce moment pour préparer le 500e anniversaire de l’arrivée de la foi chrétienne dans leur pays.

         Le thème du congrès – « Le Christ parmi vous, l’espérance de la gloire » – fait l’objet d’un texte de base qui se concentre sur les rapports entre l’eucharistie et la mission à l’intérieur d’une Eglise qui se perçoit comme un événement missionnaire.

         La foi chrétienne ne tient pas seulement une place extraordinaire dans l’histoire des Philippines, elle est un phare dans sa vocation providentielle à évangéliser l’Asie. Cette évangélisation, depuis désormais des décennies, selon les conférences épiscopales présentes en Asie, passe par un triple dialogue avec les cultures et les religions, avec la masse de pauvres du continent et les jeunes dont l’Asie abonde. Enfin, à Cebu on prend conscience que pour célébrer un événement international de cette portée, on n’a pas besoin d’une métropole de premier choix, riche en structures, en espaces publics, et en qualités solides pour tout organiser. Ce qu’il faut, c’est plutôt un espace humain, voire relativement pauvre, qui soit en marge du monde, en marge du bien-être, mais riche en foi, où le peuple soit accueillant et généreux. On a besoin d’un terrain où l’annonce missionnaire de l’eucharistie croît et porte des fruits.

La célébration du Congrès

         Pour présider l’événement de Cebu, le pape François a nommé un représentant spécial, le cardinal Charles Maun Bo, Archevêque de Yangon (jadis Rangoon), capitale du Myanmar (ou Birmanie). Le cardinal présidera ce dimanche 24 janvier la messe d’ouverture du Congrès qui aura lieu en plein cœur de la ville, sur la Plaza Independencia, en face du fort San Pedro, l’endroit des premières installations espagnoles de la zone.

         Parmi les milliers de pèlerins provenant de tous les continents (les pays représentés seront plus de 60) mais surtout des communautés chrétiennes d’Asie, on prévoit aussi la présence d’au moins 20 cardinaux, environ 200 évêques et des milliers de prêtres. Durant la semaine du Congrès, les participants célèbreront l’Eucharistie, prieront ensemble, se rassembleront en procession, interviendront aux catéchèses générales tenus par une quinzaine d’orateurs internationaux de premier choix, écouteront des dizaines et des dizaines de témoignages, débattront sur des thèmes religieux et pourront vivre une vraie solidarité ecclésiale. Le tout avec l’aide de 50 000 bénévoles et des paroisses de la ville qui ne ménageront pas leurs efforts.

         Le Congrès s’achèvera le dimanche 31 janvier par une messe célébrée dans un vaste espace capable de recevoir plus d’un million de fidèles, situé dans la South Road Property, la partie de la ville en plein essor.

         Tous ceux qui arriveront à Cebu de tous les coins du monde pour assister à ces « journées mondiales de l’Eucharistie », pourront vivre l’expérience d’une mission qui aujourd’hui, et pas seulement en Asie, se réalise à travers un échange de dons entre celui qui annonce et celui qui reçoit l’annonce évangélique. Dans cet environnement, très loin du labyrinthe rationaliste de l’Occident, on peut encore faire appel à l’intelligence des affects, à l’expérience de la pauvreté et de la souffrance pour ouvrir les cœurs et bâtir des communautés qui ont envie de « manger du pain dans le Royaume de Dieu » (cf. Lc 14,15).

 

P Vittorio Boccardi sss.jpgP. Vittore Boccardi, sss,
secrétaire du Comité pontifical des congrès eucharistiques

 

 

Traduction complète de la présentation du P. Boccardi établie par & sur Zenit.


Le programme et les informations se trouvent sur le site du Comité pontifical : www.congressieucaristici.va et sur le site du Congrès de Cebu : www.iec2016.ph

Crédit photo du Père Vittore Boccardi : WIKIMEDIA COMMONS - Judgefloro

51ème Congrès Eucharistique International.pdf

 

 

24.11.2015

Le Vœu National du Sacré Cœur de Montmartre, ste M-M. Alacoque

Marguerite-Marie 2.jpgBasilique du Sacré-Cœur de Montmartre

Inscription sur un pilier de la Basilique :

Paray-le-Monial 1689

Extrait de la lettre CIV de sainte Marguerite-Marie Alacoque :

 

 



« Le Père Éternel voulant réparer les amertumes et angoisses que l'Adorable Cœur de son divin fils a ressenties parmi les humiliations et outrages de sa Passion veut un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur pour y recevoir consécration et hommages. 
»

 

 La construction de cet édifice demandé par Dieu à la France a été décidée par un vote de l'ASSEMBLÉE NATIONALE

le 23 juillet 1873
à la majorité de 244 voix.

 

Vitrail Basilique du Sacré Cœur
de Montmartre

 

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22.11.2015

Le Sacré Cœur à Manrèse : Du buisson ardent à Jésus Eucharistie

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         Voici mes notes du 27 avril 2015, soir de l’arrivée au Centre Manrèse, à Clamart, pour les 5 jours d’Initiation aux Exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola. Après la lecture priée de ce passage de l’Ancien Testament, dans ma chambre.[i]



[i] Voici la photo du Bienheureux Charles de Foucauld
dans la salle portant son nom où l’initiation avait lieu,
au Centre Manrèse de Clamart :

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Livre de l’EXODE 3, 1-12
L’appel & l’envoi de Moïse

3 Moïse faisait paître les brebis de son beau-père Jéthro, prêtre de Madian. Il mena son troupeau au-delà du désert et parvint jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu. 2 L’ange de l’Éternel lui apparu dans une flamme au milieu d’un buisson : Moïse aperçut un buisson qui était tout embrasé et qui, pourtant, ne se consumait pas. 3 Il se dit alors :

         - Je vais faire un détour pour aller regarder ce phénomène extraordinaire et voir pourquoi le buisson ne se consume pas.

         4 L’Éternel vit que Moïse faisait un détour pour aller voir et il l’appela du milieu du buisson :

         - Moïse, Moïse !

         - Je suis là, répondit Moïse.

         5 Dieu lui dit :

         - N’approche pas d’ici, enlève tes sandales, car le lieu où tu te tiens est un lieu sacré. 6 Puis il ajouta : Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.

         Alors Moïse se couvrit le visage car il avait peur de regarder Dieu.

         7 L’Éternel reprit :

         - J’ai vu la détresse de mon peuple en Égypte et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs. Oui, je sais ce qu’il souffre. 8 C’est pourquoi je suis venu pour le délivrer des Égyptiens, pour le faire sortir d’Égypte et le conduire vers un bon et vaste pays, un pays ruisselant de lait et de miel ; c’est celui qu’habitent les Cananéens, les Hittites, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens, et les Yebousiens. 9 À présent, les cris des Israélites sont parvenus jusqu’à moi et j’ai vu à quel point les Égyptiens les oppriment. 19 Va donc maintenant : je t’envoie vers le pharaon, pour que tu fasses sortir d’Égypte les Israélites, mon peuple.

         11 Moïse dit à Dieu :

         - Qui suis-je, moi, pour aller trouver le pharaon et pour faire sortir les Israélites d’Égypte ?

         12 - Je serai avec toi, lui répondit Dieu. Et voici le signe auquel on reconnaîtra que c’est moi qui t’ai envoyé : quand tu auras fait sortir le peuple hors d’Égypte, vous m’adorerez sur cette montagne-ci.

(Bible du Semeur, 2000)

 

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                                         beauté des arbres

         Moi, je faisais une première promenade, découverte du parc du Centre Manrèse, dans le silence et la paix de ce printemps. Je fis le tour de la chapelle minuscule St Joseph avec tendresse. Puis, au détour d’un sentier, je vis plus haut, la statue de Jésus ouvrant les bras, son Sacré Cœur offert. [*]

         —>  O u i ,   j e   v i e n s   v e r s   t o i   J é s u s  !

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       Tu m’appelles comme le buisson ardent appela Moïse ! C’est ton Cœur ardent au milieu de ta poitrine qui m’accueille. Tu es plus qu’un ami, plus qu’un compagnon pour moi, tu es l’Époux.
 

sacré cœur,adoration eucharistique,adoration,sandrine treuillard,foi,christianisme,eucharistie,centre manrèse         —> J’ai pris en photo cette statue, les détails : le calice, les 3 clous, le fouet, la couronne d’épines aux pieds de Jésus. Ses pieds transpercés. Ses mains ouvertes et transpercées. Sa poitrine ardente, le Cœur ouvert, une plaie tailladant la chair de ce Cœur offert, une flamme en sortant par le haut comme de la carotide. Un Cœur grenade ! Un Cœur si ardent qu’il est en similitude avec la charge, le potentiel que nous sentons à la vue d’une grenade prête à être dégoupillée ! Mais ce n’est pas une menace de mort que la grenade du Seigneur : son Cœur transpercé est une proposition ardente d’un amour infini, de la vie en abondance.

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         Je vis en cette figure de Jésus ressuscité ouvrant les bras offrant son ardent Sacré Cœur de Grenade, les instruments de la Passion à ses pieds, les plaies à ce Cœur et à ses quatre membres, mains et pieds, comme l’Adoration Eucharistique. Je vis cet ensemble de Jésus Sacré Cœur comme une immense hostie, le Saint Sacrement dans l’ostensoir. Au cœur du Saint Sacrement offert, exposé à notre adoration, est l’image spirituelle du Sacré Cœur de Jésus et de la Croix de sa Passion. Jésus au Sacré Cœur et portant les traces de sa Passion dans les 5 plaies et les instruments de son martyre à ses pieds de Ressuscité est la figure qui condense le sens de l’Eucharistie, du Saint Sacrement.

IMG-20150427-00562.jpg         Alors j’ai pris les photos de cette statue et en détail. C’était comme un acte amoureux, une caresse et Jésus s’offrait à moi comme si je le dénudais du regard, du regard spirituel. Il me permit de faire cela, amoureusement, avec ce sentiment d’être favorisée d’une relation particulière avec Jésus au Sacré Cœur. C’était un moment comme un temps d’Adoration Eucharistique, au milieu des arbres. Et ce moment privilégié, comme Marie-Madeleine a dû en vivre avec son Christ, ce temps d’adoration eucharistique du Sacré Cœur de Jésus, du Christ Ressuscité après sa Passion, de son Cœur ardent de chair offert comme une grenade au monde que nous pourrions choisir de dégoupiller pour en faire jaillir le feu d’Amour divin, cette parfaite eucharistie du Seigneur me convoque et m’envoie en mission ! Qui est de dire, d’écrire ce que j’écris-là, ce soir, au coucher, pour le faire connaître aux autres, transmettre ces révélations du sens de l’Eucharistie de Jésus-Christ.

IMG-20150427-00570.jpg         Ce mouvement de venir à Jésus, de s’élancer dans ses bras ouverts, de se blottir contre sa poitrine, de boire son Amour à son Sacré Cœur ardent, de voir les 5 plaies de son Cœur et de ses pieds et mains, de voir les instruments de sa Passion à ses pieds de Ressuscité qui avance vers nous les bras ouverts, Jésus, Porte du Ciel, Corps glorieux, Croix glorieuse vivante, Lumière de la Vie, ce mouvement comme une grande prière qui s’élève, qui s’élance dans ces bras, n’est-ce pas un mouvement d’adoration eucharistique ? Toute la Passion est contenue dans cette statue du Sacré Cœur de Jésus offert et Ressuscité. C’est une figure du sens profond du Saint Sacrement, de l’Eucharistie. Et cet élan est de l’ordre de la prière d’adoration eucharistique.

sacré cœur,adoration eucharistique,adoration,sandrine treuillard,foi,christianisme,eucharistie,centre manrèse,la france         « Vas, dis-leur, toute ma tendresse pour eux » (Marthe Robin), me murmure ce Jésus-là. Dis-leur la grenade d’Amour à dégoupiller qu’est mon Cœur !

         C’est à cela que Dieu m’appelle et me convoque à aller en mission, révéler le sens de son Sacrifice saint d’Amour eucharistique. Avec les Pères du Saint-Sacrement à la suite de saint Pierre-Julien Eymard, la Chapelle Corpus Christi, la Fraternité eucharistique.[†] [‡]

            Et moi je signe Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie 

A M E N  

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg 

 

 

 

 

 

 

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La France & le Sacré Cœur
L'Adoration Saint Martin



[*] Il m’attire à Lui dans sa posture d’accueil, Corps Ressuscité, en Croix glorieuse.

[†] 23 avenue de Friedland, Paris 8ème, métro Charles de Gaulle Étoile, où gît le corps de saint Pierre-Julien Eymard dans la châsse de son « saint ami » le Curé d’Ars.

[‡] En ce jour où je mets en ligne ces pages, le 28 mai 2015, voici la Pensée du jour de saint Pierre-Julien EYMARD : « Le cœur de Jésus est vivant au très saint Sacrement. Il n’est vivant que là. Donc l’Eucharistie doit être le centre de notre culte d’adoration du Sacré Cœur. » (PO 6,12)

11.11.2015

L’adoration de l’étranger : Adoration Saint Martin

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            En cette fête de la saint Martin de Tours, approfondissons la notion d‘adoration suscitée par la lecture de l’Évangile du jour.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (17, 11-19)

En ce temps-là,
    Jésus, marchant vers Jérusalem,
traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.
    Comme il entrait dans un village,
dix lépreux vinrent à sa rencontre.
Ils s’arrêtèrent à distance
    et lui crièrent :
« Jésus, maître,
prends pitié de nous. »
    À cette vue, Jésus leur dit :
« Allez vous montrer aux prêtres. »

En cours de route, ils furent purifiés.
    L’un d’eux, voyant qu’il était guéri,
revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.
    Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus
en lui rendant grâce.
Or, c’était un Samaritain.
    Alors Jésus prit la parole en disant :
« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ?
Les neuf autres, où sont-ils ?
    Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger
pour revenir sur ses pas
et rendre gloire à Dieu ! »
    Jésus lui dit :
« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

 

            Jésus : « Allez vous montrer aux prêtres. »
Ils furent purifiés en cours de route : c’est l’intention qui les a sauvés. Ils étaient tout tendus du désir d’être guéris. Leur foi les a sauvés.

            Seul le samaritain, l’étranger, revient se prosterner devant Jésus pour rendre grâce du miracle qu’Il a opéré sur et en lui. Les neuf autres semblent bien ingrats et indifférents. Peut-être ne partagent-ils pas la joie de leur maître, Jésus, qu’ils ne semblent pas reconnaître comme ce samaritain. Par ce miracle, le samaritain a connu Jésus et reconnu en son maître l’œuvre du Très-Haut.  

            Les neuf autres ne vont pas jusqu’au bout de leur vocation (l’appel que Dieu leur tend) : certes, nous sommes sauvés, mais si nous ne laissons pas circuler la joie, l’amour, la reconnaissance entre le Père et notre cœur, le salut n’est permis qu’incomplètement, ce n’est qu’une amorce de rédemption, sans la contemplation. La liberté que Dieu nous laisse, de Lui rendre grâce, de L’adorer pour ses bienfaits et la gratuité de sa miséricorde, qui n’est pas donnée selon notre mérite, cette liberté Dieu la respecte. C’est le cœur de sa pédagogie : il nous donne sans mesure, il attend notre réponse, ses entrailles s’émeuvent du désir de recevoir la réponse de notre amour au Sien, mais Il ne nous force en rien. Il nous rejoint là où nous en sommes avec Lui et saura nous attendre. 

            Si nous parvenons à nous laisser aimer par Dieu complètement, la joie ne manquera pas de déborder et le besoin de l’exprimer se traduira dans notre prière d’action de grâce et d’adoration. Dieu nous guérit, mais pas seulement en surface, pour la seule apparence (la lèpre se voit beaucoup, elle mange le corps et le visage). Non. Il nous guérit en profondeur : la rédemption est un grand nettoyage de tout notre être, qui, si l’on s’y prête totalement, si l’on s’abandonne à cet amour divin, nous transfigurera de l’intérieur dans sa Joie. Et nous pourrons alors le contempler, le voir face à face. Exulter en Lui.

            Cette Joie se traduira par la louange, l’action de grâce, l’adoration, la joyeuse célébration de renaître en Dieu, par Dieu, d’ainsi se sentir corps et âme fils et fille de Dieu, aussi proche de Jésus. Toute l’attitude du samaritain lépreux guéri déborde de joie, de reconnaissance. Cette joie l’a conduit jusqu’à la source de la vie, Jésus. Jésus, source de la miséricorde de Dieu mise à l’endroit de son cœur d’homme pour que nous venions y puiser notre joie et participer de sa Joie. La plus grande joie de Dieu est de nous y faire participer.

    « L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. »

 

 

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Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharitie

 

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Image : Couverture de la Revue Magnificat : La Charité de saint Martin, Gustave Moreau (1826-1898), collection particulière. © Artothek / La Collection.

 

 

 

 

 

 

 

08.09.2015

La liberté, renforcée et purifiée par la grâce, rend possible de faire des blessures et des échardes de notre vie un chemin de joie

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         L’Année Paulinienne a donné à l’Église l’opportunité de méditer sur la vie et l’œuvre de l’un de ses plus grands saints. Les fruits de l’activité apostolique de saint Paul sont bien connus. Mais qu’est-ce qui a fait de cet homme un instrument si efficace entre les mains de Dieu ? Quelle était la raison de sa sainteté ? En guise de réponse, je propose un épisode rapporté par saint Paul lui-même, vers la fin de sa seconde lettre aux Corinthiens. Il dit qu’il était importuné par une "écharde", et qu’il a supplié le Seigneur par trois fois de la lui ôter. Nous ne savons pas de quelle écharde il pouvait s’agir, et en fait, cela n’a guère d’importance. Cependant, de l’ardeur de sa prière, nous pouvons présumer que cette matière affectait profondément Paul. Peut-être pensait-il qu’il pourrait être un apôtre plus efficace sans cette écharde. 

         « Vos chemins ne sont pas mes chemins », dit le Seigneur au prophète Isaïe (55,8). Dans le prolongement, Jésus précise ces paroles de l’ancienne alliance pour Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » (2 Co 12,9). Je crois que nous trouvons, dans ce passage, le secret de la sainteté de saint Paul. Dans l’expérience de sa souffrance, saint Paul comprend davantage la sagesse et la providence de Dieu. Assumant cet avertissement du Christ, saint Paul écrit alors des mots débordants de force et de consolation : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (2 Co 12,10). Il n’y avait pas d’autre voie de sanctification pour l’apôtre ; il en ira de même pour chacun de nous.

         Le Cardinal Newman disait que nous comprendrions toujours davantage la Croix du Christ en la portant à Sa suite, bien plutôt qu’en glosant à son sujet. L’épouse de Jésus, l’Église, le sait très bien dans son être propre et au travers de l’expérience vécue par ses membres. De même que la Croix a uni les cieux et la terre, Elle unit le cœur des hommes au Sacré Cœur transpercé et blessé. Dans un amour tout maternel, l’Église offre la grâce, la miséricorde et la paix de son Sauveur crucifié et ressuscité à un monde déchu et éprouvé, à travers ses sacrements, son enseignement, et ses œuvres apostoliques. Courage est l’une d’entre elles. 

It takes great COURAGE.jpg         Courage a été fondée à New-York il y a environ trente ans pour aider les hommes et les femmes qui sont affligés par l’écharde de l’attirance vers le même sexe (SSA[1]). Encourage est l’œuvre au service de leurs familles. Aujourd’hui, ces services sont internationaux et sont soutenus par le Saint Siège. Les membres de Courage veulent parvenir non seulement à une chasteté extérieure conforme aux enseignements de l’Église Catholique, mais aussi à une chasteté intérieure, ou "chasteté du cœur", comme la désignait souvent son fondateur, le Père John Harvey, OSFS. La prière, la Messe et la Confession, une vie intégrée dans la communauté chrétienne, et le service des autres sont les moyens de parvenir à ce but. De plus, la paternité spirituelle d’un aumônier-prêtre d’un groupe local de Courage peut aider à panser une "blessure paternelle", particulièrement dans le cœur d’un homme. L’œuvre cherche à encourager une chaste amitié entre ses membres. Par-dessus tout, Courage désire aider les hommes et les femmes avec une SSA à devenir saints, en leur permettant de reconnaître la grâce de Dieu dans et au travers leur faiblesse humaine.

IMG-20150428-00578.jpg         Bien sûr, toute une partie du monde ne considère pas la condition de l’homosexualité comme une faiblesse, et moins encore comme une croix ou une voie de sainteté. Les émotions et la confusion rendent difficile, voire pénible, toute conversation sur ce sujet. Nous devons aussi dire que les jugements raides et la sévérité ne sont pas dans le ton de l’Évangile. L’attitude de tous les disciples du Maître qui approchent cette question peut être trouvée dans l’exemple de saint Paul en 2 Corinthiens 12. Une humilité, un esprit docile, et une volonté joyeuse de se confier à la providence de Dieu disposent le cœur à trouver de la force dans la faiblesse, et de s’adresser avec charité à ceux qui sont affligés par la faiblesse. Désirant suivre l’exemple du Seigneur, Courage veut toujours se situer par rapport aux personnes individuelles et à leurs besoins, plutôt qu’à l’idée de l’homosexualité considérée comme un thème culturel. Saint Paul appellerait cela entrer « dans la pensée du Christ » (1 Co 2,16). 

Clément Borioli & le Pape François.jpg         La question de l’attirance vers le même sexe est souvent irritante pour ceux qui l’éprouvent, et cela ne se surmonte pas facilement. La honte, la solitude, et un sentiment de désespoir sont les ennemis. Avec une abondante charité, le Catéchisme de l’Église Catholique reconnaît que ceux qui ont des tendances homosexuelles sont nombreux, et que cette inclination « constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. » (§2358) Bien souvent, les personnes avec une SSA éprouvent également des dépendances au sexe, à la drogue ou sont confrontées à l’abus d’alcool, à la dépression, l’anxiété ou d’autres maladies psychiques. Cela reste avéré même dans les lieux où la promiscuité sexuelle est largement tolérée. Les hommes et femmes avec une SSA – peut-être jusqu’à 40% d’entre eux – pourraient avoir été les victimes d’un abus sexuel dans leur enfance. (Il est bon de garder ceci présent à l’esprit quand un jeune s’affirme "gay"). Dans bien des cas, ils diront que, aussi loin que remontent leurs souvenirs, ils se sont "toujours sentis différents", ou qu’ils "n’ont pas choisi cela". Mais saint Paul propose un chemin pour traverser cela : « Nous savons que Dieu œuvre en tout pour le bien de ceux qui L’aiment » (Rm 8,28). En tout... en chaque écharde. 

         Continuons avec un peu d’histoire, pour définir les termes et les origines de la SSA avant d’en arriver aux questions spécifiquement morales. Le Professeur anglais R.V. Young, de l’état de Caroline du Nord, remarque qu’il faut attendre la fin du XIXème siècle pour que le mot "homosexualité" soit considéré comme un terme du langage permettant de désigner la condition permanente d’un groupe déterminé de personnes, appelées "homosexuelles". Dans le langage des Grecs et des Romains, et dans les Saintes Écritures, le vocabulaire utilisé désignait en revanche les actes ou le comportement. Young suggère que cette nouveauté permet aux partisans de la révolution sexuelle de contrôler les termes du discours en société. Alors qu’il est indéniable que nous soyons transformés par nos actes, nous devons également convenir que l’identité d’une personne ne peut pas être réduite à ses désirs sexuels. 

         Le mot "homosexuel" utilisé comme un nom est donc ambigu, et peu utile dans une discussion. Fait-il référence à un attrait involontaire, à un comportement choisi, ou à un ensemble de convictions ? Plus encore, les sciences de la psychologie indiquent qu’il y a un large spectre, parmi ceux qui sont attirés par des personnes du même sexe, en termes d’intensité de l’attrait sexuel. C’est pour cela que Courage, porté par la charité chrétienne et par une saine anthropologie, utilise la terminologie "d’hommes et de femmes ayant une attirance vers le même sexe". 

Amitié David & Jonathan Courage.jpg         Quelle est l’origine de l’attirance vers le même sexe ? D’abord, aucun constat scientifique n’établit l’existence d’un "gène gay". S’il y avait une explication génétique, alors dans le cas de vrais jumeaux, l’un ayant une attirance vers le même sexe, l’autre devrait également l’avoir. Or il est établi que l’occurrence simultanée de la SSA en de tels jumeaux (qui ont des gènes identiques) est très faible, peut-être seulement de 10%. De plus, les nombreux cas bien établis de changement dans l’attrait sexuel tendraient également à infirmer, pour la SSA, une cause génétique (et donc déterminée). Enfin, comme le chercheur Dale O’Leary l’a remarqué, une sexualité active, orientée vers le même sexe, est toujours stérile et donc ne peut pas être considérée comme une variance neutre au sein de la population humaine.

         Le Catéchisme de l’Église Catholique déclare précisément que la SSA est "objectivement désordonnée". (§2358) Ces mots peuvent résonner de manière fausse et libératrice tout à la fois. Ils sonnent faux, en tant qu’ils peuvent être perçus comme un jugement moral de la personne (ce qu’ils ne sont pas), plutôt qu’un jugement sur l’inclination considérée comme contraire à la nature humaine. Le désir de mentir est objectivement désordonné, de même que le désir de voler, de tricher, et de forniquer. Une fois mises en œuvre, ces inclinations iront toujours contre le bien de la personne tel qu’il peut être connu par la prima gratia, la loi morale naturelle, qui est imprimée dans le cœur et l’esprit de chacun (cf. Rm 2,15). Les mots du Catéchisme sont libérateurs précisément pour cette raison. Dans la personne qui a une SSA, quelque chose dit que ce désir ne s’accorde pas avec la nature, et la voix de l’Église confirme cet instinct.

         Revenons alors à la question de l’origine ou de la source du problème. L’attirance vers le même sexe est un désordre développemental qui est à la fois soignable et évitable. Il indique le développement incomplet d’un caractère probablement basé sur la convergence de plusieurs facteurs : le tempérament, l’environnement, l’expérience, et le libre arbitre. En d’autres mots, nous sommes nés mâle ou femelle, mais nous apprenons et croissons dans notre masculinité ou féminité au travers de la famille et des amis, des relations, et d’autres aspects de notre histoire personnelle et sociale. Ce qui compte dans chaque cas, c’est la manière dont la personne réagit face à ces facteurs. 

IMG-20150501-00621.jpg         Quelques circonstances sont récurrentes, lorsque l’on étudie les profils de nombreuses personnes avec une SSA : une famille éclatée ou troublée, une aliénation du parent du même sexe (par exemple, du père pour le garçon) ou même la perception d’un désintéressement, un échec de l’enfant à s’intégrer avec des pairs du même sexe (spécialement vrai pour les garçons), et un choc sexuel. Cela signifie que la SSA n’est pas d’abord un problème sexuel, mais un symptôme ou une composante d’un problème antécédent, c’est-à-dire un déficit dans l’identité au genre, et décelable en grande partie dans la manière dont quelqu’un réagit aux situations précédemment évoquées. Quelque chose qui aurait dû survenir dans le développement de l’enfant n’est pas survenu. En particulier, le désir naturel d’une relation saine avec des personnes du même sexe est frustré ou insatisfait. Quand cela s’ajoute à d’autres facteurs, particulièrement à un tempérament sensible, ce désir peut s’érotiser. 

         Ainsi, les sentiments de SSA ou d’"être différent", quelle que soit l’ancienneté avec laquelle ils sont perçus, ne constituent pas une preuve que quelqu’un est "né comme ça". 

         La conscience de ces choses nous aide à identifier les enfants qui pourraient être "à risques" et sensibles à une blessure émotionnelle. Parce que la fréquence des hommes avec une SSA est probablement au moins le double de celles des femmes avec une SSA, la relation entre pères et fils devra toujours mériter une considération spéciale. Le Dr Joseph Nicolosi, de l’Association Nationale de Recherche et de Thérapie de l’Homosexualité, parle d’une absence de "plaisirs partagés" dans l’enfance et l’adolescence d’hommes avec une SSA, du plaisir mutuel et régulier d’une activité ou d’une expérience partagée entre un garçon et son père, qui fait habituellement partie d’une enfance normale. Par exemple, beaucoup d’hommes avec une SSA ont un déficit de coordination main/œil et de ce fait ont été rejetés ou été sujets de dérision pour leurs pères ou pour les garçons du voisinage, parce qu’ils ne pouvaient pas jouer avec aisance à certains sports. Très simplement, si un garçon ne peut pas bien jouer au football, il y a beaucoup d’autres choses que lui et son père peuvent faire et apprécier ensemble... mais l’initiative doit venir du père. 

         Dans le même temps, une mère qui est trop engagée dans la vie de son fils, spécialement si elle rabaisse le père aux yeux du garçon ou essaie de faire de son fils un mari de substitution, nuira certainement au développement de la masculinité du garçon. 

         Le fait que l’Église Catholique enseigne que l’activité homosexuelle (distinguée de l’inclination) est gravement immorale est largement connu, mais peut-être pas aussi largement compris. Peut-être peut-il être expliqué de cette manière. Le philosophe moraliste J. Budziszewski écrit que, en tant qu’individus, nous sommes « bienheureusement incomplets », ce qui est une autre manière de dire que nous sommes faits pour les autres. Dans le cas de l’amour conjugal, l’union de l’homme et de la femme en « une seule chair » commence dans la complémentarité des sexes où, précisément, l’homme est fait pour la femme et la femme pour l’homme. Cette complémentarité est physique, bien sûr, mais aussi émotionnelle, psychologique, et spirituelle. Au travers de l’union totale des esprits, des cœurs, des âmes et des corps, les époux se transcendent d’abord eux-mêmes, et alors leur amour s’incarne – ou se transcende – dans un enfant. Tel est le dessein de la nature sur le mariage et l’amour sexué. 

         Il n’y a qu’un petit pas entre le fait de séparer la procréation du mariage et de séparer l’activité sexuelle du mariage, et qu’un petit pas supplémentaire pour séparer l’activité sexuelle du dessein de la nature. Le rejet très large de l’enseignement d’Humanae Vitae, qui exprime simplement l’ordre naturel pour l’amour sexué, explique l’ambivalence de nombreux catholiques envers l’enseignement de l’Église au sujet de l’activité homosexuelle ou des unions entre personnes du même sexe. 

Courage Amitié spirituelle .jpg         Ni nos gènes ni notre environnement ne nous contraignent à faire quoi que ce soit, et ici se fonde une raison d’espérer. Une fréquente tentation de colère, par exemple, ne signifie pas que quelqu’un doive y céder ou se la permettre. Saint Paul nous assure que « où le péché avait abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). La grâce, la persévérance, l’amour et l’aide d’un thérapeute guidé par une saine anthropologie chrétienne peuvent transformer les cœurs de ceux qui ont une SSA. Quand Jésus dit que « la vérité vous rendra libres » (Jn 8,31), Il n’exprime pas tant un principe théologique qu’un rappel de ce que signifie être humain. Nous avons besoin de reconnaître humblement la vérité, et nous avons besoin de la vertu de courage pour la vivre. La liberté, renforcée et purifiée par la grâce, rend possible, pour chacun d’entre nous, de faire des blessures et des échardes de notre vie un chemin de joie.

         De manière regrettable, bien des gens pensent que tout ce que l’Église Catholique offre aux hommes et aux femmes ayant une attirance vers le même sexe est le mot « non ». Ainsi qu’une bonne mère, comme une forme d’expression de son amour pour ses enfants, l’Église dit effectivement « non » à l’autodestruction et au plaisir menteur du péché. Mais ce « non » est inclus dans un « oui » plus large, un oui à Celui qui est Amour, et qui S’est donné Lui-même au Père et à nous sur la Croix. Le Seigneur a demandé à saint Paul de trouver la force dans sa faiblesse au travers du pouvoir de la Croix. La mission de Courage est d’exprimer ce même paradoxe de salut aux hommes et aux femmes ayant un attrait vers le même sexe, et de les encourager à croire en ce qu’ils voient dans la vie du Maître et de Ses apôtres.

 

Courage p. Paul N. Check.jpgP. Paul N. Check, prêtre du diocèse de Bridgeport,
directeur de 
Courage International

Source : Courage et la Croix : la question de l’attirance vers le même sexe sur couragefrance.blogspot.fr

site internet de Courage : www.couragerc.org

 



[1] Note du traducteur : l’expression "Same Sex Attraction" a été traduite par "attirance vers le même sexe" ; sa forme abrégée SSA a été conservée.

28.08.2015

Par saint Martin de Tours, Dieu revient sur les autels de France - Adoration Saint-Martin

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La messe miraculeuse de saint Martin de Tours par Simone Martini
XIVème s. Assise, Église San Francesco (détail)


Carmel de Nevers après la messe du dimanche 26 juillet 2015

adoration saint martin,adoration eucharistique,sandrine treuillard,la france,Écologie humaine,sacré cœur,politique,miséricorde divine,transmission,foi            La proximité du prêtre dans sa façon de célébrer la messe avec les habitants du quartier et dans son homélie, m’a beaucoup touchée. Il m’a donné les larmes aux yeux évoquant son père qui, à la fin de la journée où les enfants revenaient à pieds de l’école à 3km, revenant lui-même du bois où il préparait les bûches de chauffage pour l’année, rapportait dans son sac un pain qui avait un peu séché durant la journée, et le partageait avec ses enfants leur disant que c’était le pain d’alouette, un pain d’oiseaux… Ce souvenir lui revenait en résonance avec l’Évangile du jour, en ce dimanche 26 juillet, où Jésus a pitié de la foule nombreuse qui le suit et n’a rien à manger. Il multiplia les cinq pains d’orge et les deux poissons qu’un jeune garçon avait là, fit asseoir la foule sur l’herbe fraîche et les leur fit distribuer. Il se donne comme signe, lui-même, pour leur signifier l’existence de Dieu le Père qui pourvoie avec abondance à leurs besoins, et celui de Ciel dont ils n’ont pas encore conscience. Une fois ce signe divin donné, Jésus retourne sans ses compagnons les disciples, seul, dans la montagne, pour le cœur à cœur avec son Père du Ciel. Ainsi fuyait-il le désir des gens d’en faire leur roi sur la terre, son heure n’étant pas encore venue pour devenir celui du Ciel. Ainsi évitait-il de ”se faire manger” par le commun des mortels de façon précoce et inopportune, ce qui aurait gâché son don de lui-même, qui est tout spirituel et divin, dans le sacrifice de la Croix et jusqu’à la Résurrection. 

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            Ce qui m’a particulièrement touchée dans la parole du prêtre est son souci de l’homme rural et de la reconnaissance de ses besoins spirituels. Ce prêtre se souvient et nous transmet un épisode de la simplicité du monde rural où la bonté originelle s’exprime. Son père avait été élevé chez des ”frères” ; il connaissait bien ”sa” Bible. Ainsi le pain des oiseaux avec ce côté merveilleux du conte n’était pas sans lien avec le Corps du Christ que nous aimons à célébrer à la messe. L’enfant qui a écouté son père et mangé avec les autres enfants ce pain des oiseaux un peu dur est devenu prêtre. C’est très beau !

            Hier matin, j’ai pris mon petit déjeuner en compagnie de ce même prêtre après la messe qu’il avait célébrée. Il est originaire de Pouilly-sur-Loire. Je lui ai parlé de mon projet d’Adoration Saint Martin. Ce matin, après la messe, nous sommes venus prendre le petit déjeuner avec Philippe, le monsieur à la grande moustache qui sert la messe et distribue la communion le dimanche.  Je lui avais demandé si je pouvais apporter le calice à l’offertoire. Il m’a du coup proposé de donner la communion. Je ne savais pas si j’en étais digne… si cela m’était autorisé. Je ne l’avais jamais fait. Eh bien, aujourd’hui est un grand jour, puisque pour la première fois de ma vie j’ai tendu le calice à chaque paroissien en disant : « Le Sang du Christ ! ». J’ai aussi porté la Paix du Christ aux Sœurs, dans leur clôture. Quelle joie de voir chaque visage souriant m’accueillir et accueillir la Paix du Christ et la partager ensemble ! Le plus beau sourire était celui de sr Marie-Dominique. Mais tous étaient très beaux. J’ai découvert le visage de l’une d’elle, âgée, aux yeux bleus aveugles, voilés de blanc. Sr Christiane aussi a accueilli la Paix du Christ dans un très large sourire, la dernière… Comme si je venais faire partie de leur communauté de carmélites…

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine       Tout à l’heure, je vais proposer à Sr Michèle-Marie, ma bienfaitrice ici, celle qui a su accueillir la première mon récit de vie spirituelle et discerner avec moi l’importance de l’expression artistique dans ma vie et pour l’évangélisation… avec sainte Thérèse Bénédicte de la Croix qu’elle a introduite dans ma vie, Édith Stein… je la bénis, que Dieu bénisse toujours sr Michèle-Marie !, je lui proposerai donc de regarder avant mon départ la vidéo-diaporama « Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) » avec ses sœurs Christiane et Marie-Dominique. Je souhaite leur exposer mon projet d’Adoration Saint Martin pour les campagnes, pour mon village du diocèse de Bourges qui manque tant de prêtre, qui n’a pas un seul séminariste, comprenant pourtant deux départements : le Cher (Bourges) et l’Indre (Issoudun, Châteauroux). 

            Quand le prêtre a imité le Christ consacrant le pain et le vin, il a évoqué les agriculteurs et les vignerons qui produisent ce pain et ce vin. Cette reconnaissance des agriculteurs au cœur de la messe devrait se faire avec autant de générosité dans toutes les églises de France. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Notre humanité a besoin de reconnaître le besoin spirituel de l’homme, et en particulier de l’homme rural abandonné, oublié et méprisé par le citadin. Ce mépris des autorités citadines pour l’homme rural le rend plus rude qu’il ne l’est. Il faut lever ce mépris qui est méprise et méconnaissance, regagner la confiance en la générosité tapie dans le cœur de l’homme rural, du paysan. Le paysan aime Dieu. Il a un lien privilégié à la Création par son travail  au milieu de la nature pervertie par le Plan Marshall, les lois imposées depuis Bruxelles, les décisions bureaucratiques. La distribution mal avisée de subventions étatiques et européennes est un chantage pour maîtriser la production agricole. Elle coupe l’homme, le paysan lui-même qui, à l’origine, connaît et aime sa terre, de la vie même de cette terre. Les subventions éhontées obligent l’agriculteur à pratiquer avec ”sa” terre, avec l’écosystème (ce terme manifeste l’éloignement de la nature de l’homme qui travaillait avec elle : la nature serait devenue un système froid tout comme le système économique ou le système financier, l’homme surplombant la nature sans n’avoir plus de relation essentielle avec elle), des choses qui trop souvent sont contre le bien de la nature, contre le respect de la terre, contre l’éthique écologique et humaine. Et contre le cœur même de l’homme du pays, le paysan. Les autorités payent les agriculteurs qui doivent exécuter des pratiques anti-biologiques. C’est pourquoi il y a le plus de suicide dans cette catégorie de la population française. On apprend aux futurs agriculteurs, dans les écoles, non pas à connaître et aimer son pays, mais on les éloigne de  la terre, du travail avec la terre. On éloigne la terre du corps et du cœur du paysan. On lui indique comment booster une terre déjà épuisée en ajoutant des engrais. Ou comment supprimer la vie des insectes par l’ajout d’insecticides qui viennent polluer les sols à long terme et tuer les abeilles. Constater que la terre que l’on est amené à travailler est sans vie est un drame humain pour l’agriculteur qui ne s’appelle plus ainsi d’ailleurs, mais ”exploitant agricole”. Les directives étatiques et européennes ont tellement exploité le travail des hommes dans de mauvais sens qu’il n’y a plus ni terre, ni humanité dans le travail, et que l’homme du pays est devenu l’esclave d’un travail qui n’a plus de sens que mortifère. Des hommes qui étaient en communion avec leur milieu agricole, on a fait d’eux des bureaucrates, des gestionnaires d’entreprise de destruction des ressources naturelles par des pratiques absurdes et artificielles, coupées du bon sens ordinaire, coupées de la perception naturelle de l’homme en harmonie avec son milieu de vie et de travail. L’homme du pays ne travaille plus avec la terre, avec la nature, mais contre la nature pour satisfaire une logique purement économique, abstraite, coupée de la vie. L’homme apprend à déconstruire les chaînes naturelles de la vie biologique sans plus avoir connaissance de l’harmonie naturelle de ces chaînes biologiques. Comment un agriculteur sain ne pourrait-il pas être profondément dégoûté de devoir pratiquer tout cela qu’il devrait faire subir à la terre, aux bêtes, à lui-même enfin !, en conscience ? Ceux qui se suicident montrent jusqu’où va l’absurdité du système : anti-biologique, contre l’homme, contre la vie. Une machine bureaucratique et idéologique devenue folle et meurtrière. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Qu’au sein de la messe le respect et l’amour de la vie par le Don de Dieu du Corps –le pain- et du Sang –le vin- de son Fils Jésus, le Sauveur, au Cœur transpercé qui nous donne la vie en abondance (la Miséricorde), que cela soit le cœur, le centre de la messe, est le plus grand signe d’espérance de la réconciliation possible entre les citadins et les ruraux. Les hommes des campagnes étant les garants de la dernière authenticité du pays, de la terre à aimer, à respecter, de laquelle recevoir tous les plaisirs sensibles mais aussi spirituels. Le cœur de la célébration eucharistique est le plus grand signe d’espérance de l’homme avec sa terre blessée. Cette terre blessée par l’homme devenu un administrateur éloigné de ses origines, coupé de ses racines, le citadin de Paris ou de Bruxelles qui décide de la production, du cours de l’économie, de la finance sans plus aucun lien avec le pays. La terre et le pays sont désaffectés. L’homme ne porte plus d’affection envers eux. Sa sensibilité affective est si émoussée qu’elle s’est réduite à la gestion économique. Ce qui le fait homme, sa subjectivité affective, est anéanti par un système qui le domine. Il est ainsi démuni même du sens de la responsabilité. Abêti et dominé par des règles qui n’ont plus de sens. L’homme rural qui voit le fruit de ces pratiques a le cœur qui saigne. Même la terre qui est devenue si sèche, sans vie, n’a plus de sang pour saigner. Elle souffre brutalement, à sec.  Dans une région comme la Bourgogne, il n’y a plus de vie dans la terre. Le sang n’abreuve plus la terre. Elle a soif. Anémiée, elle crie sa sécheresse. Avez-vous entendu le témoignage de ce couple de microbiologistes des sols qui sillonnent avec leurs appareils de mesure les vignes bourguignonnes ? (Voir la page enrichie Le temps des grâces) Les vignes sont anémiées ! La terre n’a plus de ressource pour nourrir les ceps, elle a été épuisée par les engrais, par la surproduction contre nature, par l’atrophie du bon sens. Une terre sans ver ne respire plus et étouffe. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            L’actualité du Christ dans la prière eucharistique, le don de Son Corps et de Son Sang est vivante et criante. Le miracle à opérer pour la conversion des cœurs à son Amour, à sa Vie, est là, à chaque messe, à la portée de chacun s’il veut bien ouvrir son cœur à la fraternité de base, au partage de base, à la solidarité humaine de base auquel nous convie Jésus lors de son dernier repas. Ouvrir notre cœur au don que Dieu veut nous faire de sa Vie, qu’il lui tarde de déverser dans nos vies par Jésus, avec abondance. 

            Il est venu répandre un feu sur la terre, le feu de son amour débordant, un feu de lumière, ce feu est lumière, un fleuve de lumière qui désaltère tout l’être et donne vie à toute chair, à toute terre. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Saint Martin avait perçu et compris le besoin spirituel du paysan dans un temps où son rapport à la nature n’était pas encore si malmené qu’aujourd’hui. Laissons-le revenir nous enseigner la Charité du Christ qu’il a partagée, à l’époque de l’Empire romain, avec les Gaulois que nous sommes toujours, au fond, mais que nous avons oubliés que nous sommes. L’homme est le même, ses besoins, mêmes spirituels, sont les mêmes. Après tout, non : le besoin spirituel de l’homme moderne a tellement été dénigré, renié, méprisé, que, comme l’annonçait Marthe Robin il y a quelques décennies, « la France est tombée encore plus bas ». Le message de la Bonne Nouvelle des bienfaits de Dieu pour l’homme n’a pas changé et est au contraire d’une très grande actualité. Il y a urgence à ce que l’homme considère son besoin de consolation et de direction spirituelle. 

            Sachons par là recevoir l’exemple de saint Martin de Tours. Écoutons saint Martin nous rappeler la bonté, la compassion de Dieu pour l’homme. Dieu nous veut reliés à lui dans sa grâce. Dieu nous fait miséricorde : gratuitement il nous propose son Amour sans condition. Relisons la vie de ce grand saint, moine puis évêque malgré lui. Écoutons la parole du prêtre. Tout prêtre est un autre Christ qui nous enseigne ce que Jésus lui-même enseigne. Saint Martin est la richesse du christianisme dans notre pays, un trésor d’humanité baigné de la divinité à redécouvrir. Il a eu pitié du pauvre. Il a pris part à la Passion du Christ. C’est cela la compassion, c’est cela « Jésus doux et humble de cœur » : se mettre à son école, écouter le cœur de Dieu battre pour nous.       

A M E N 

 

            Le diagnostic est facile à poser. Il y a des décennies que l’on peut constater les dommages. 

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            Le remède est cependant là, sous les yeux de qui veut bien le voir. C’est par le bois de la Croix que Dieu a donné le remède. Toute l’espérance est là. Elle coule à flot du Cœur de Jésus, la foi, dans le Sang et l’Eau. Sinon, la Croix ne serait qu’un bâton sec. Être chrétien aujourd’hui, et qui plus est dans le milieu rural, c’est s’abreuver au bois de la Croix, c’est recontacter le sens spirituel du christianisme. C’est puiser le remède à la source, dans le Cœur de Dieu, le Cœur de Jésus transpercé sur le bois de la Croix, du haut de laquelle il nous déverse tout son Amour. Le Cœur de Dieu bat au bois de la Croix. Il est tout espérance et tout amour. La Miséricorde Divine est là, pour vous, qui peinez dans les campagnes, qui souffrez de l’indifférence du pays qui ne voit pas que vous êtes sa vie, son cœur de France. Dieu, lui, le voit, le sait, et il est là pour vous, afin que vous puissiez à son Cœur qui est toute votre espérance. Dans la prière d’adoration du Saint Sacrement vous trouverez le Cœur de Dieu qui brûle d’amour pour vous. À la suite de l’évêque de Tours, avec saint Martin, vous participerez de l’amour de Jésus pour vous et pour vos frères, pour la génération humaine tout entière. Le saint Sacrement dilatera votre cœur au contact du Cœur de Dieu. Car l’Eucharistie est le mystère du Cœur de Dieu. C’est son Cœur incarné. Le Cœur de Dieu fait chair est l’Eucharistie. Laissez son silence œuvrer en vous et vous entendrez ce que personnellement il a à vous dire. Car Dieu vient pour tout homme. Il veut parler au cœur de chacun. Et plus tu es loin de Lui, plus il désire se rapprocher de toi. Le diocèse de Bourges est désert. C’est pourquoi Dieu veut y revenir. Il y est d’ailleurs : toute la vastitude le contient. Seulement, c’est l’humilité qui manque à l’homme qui fait qu’il ne Le rencontre plus. Le berrichon a perdu le lien avec son Dieu par manque de prêtres aussi. La laïcité a fait son œuvre de séparation. Non pas la séparation de l’Église et de l’État. Non. Celle-ci est toujours souhaitable. Mais la séparation de l’homme d’avec son Dieu. La dissuasion distillée au sein de l’éducation d’avoir recours au secours divin dans la difficulté inhérente au fait de vivre. L’esprit laïc mal transmis, et peut-être mal transmis à dessein et de façon renforcée depuis mai 68, a fini par interdire l’expression même du besoin spirituel fondamental de Dieu. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Mais Dieu revient dans les campagnes abandonnées de France. Justement parce qu’elle sont abandonnées, il y est d’autant plus présent. Les autochtones n’osent pas encore trop exprimer leur besoin de Dieu, de liturgie, de pasteurs. Mais Il est là, parmi nous, un reste dans les cœurs, gros comme un grain de moutarde, et qui contient toute son intensité. L’Adoration Saint Martin est une porte pour revenir au Seigneur, un canal qui y conduira à nouveau. Par l’adoration du Saint Sacrement sur l’autel, la sainte Eucharistie sertie dans l’ostensoir, laissons-nous pénétrer des trésors divins. Jésus est un délice. Sa Résurrection n’est pas une fiction, un conte de fée. Le christianisme n’est pas une sucrerie. C’est une réalité qui s’expérimente dans le cœur à cœur avec Dieu. L’adoration de la sainte Eucharistie exposée dans l’ostensoir sur l’autel de chaque église de France est une chance très belle de retrouver la relation au Dieu de la Nouvelle Alliance et éternelle. Buvons au fleuve de sa Miséricorde !

A M E N 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgJehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

le di. 26.VII.2015, 
Carmel de Nevers, chambre Élisabeth de la Trinité

 

 

 

 

 

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Adoration Saint Martin

  

19.08.2015

Précurseur du culte du Sacré Cœur : Saint Jean Eudes

La France & le Sacré Cœur :
Saint Jean Eudes — précurseur [1]
 

jean eudes, sacré cœur, la france, prêtre, adoration         Saint Jean Eudes (1601-1680), prêtre normand, fut formé par le cardinal de Bérulle. Tout dévoué aux saints Cœurs de Jésus et Marie, il eut d’abord l’initiative d’une fête mariale pour honorer la source des états intérieurs de la Sainte Vierge. Il présentait son cœur, dans lequel Jésus vit et règne, comme le modèle de la vie chrétienne, la parfaite identification au Christ. Il disait d’ailleurs : « Le Cœur de Marie, c’est Jésus ». Attentif à l’unité de ce qu’il appelait le « Cœur de Jésus et de Marie », il ne sentit que tardivement l’importance d’une fête spécifique pour le Sacré-Cœur de Jésus. En 1668, il en soumit la messe et l’office à l’approbation épiscopale. Dans la circulaire envoyée pour la demande de la fête, il mit en avant que loin d’être novateur, il avait puisé dans les textes bibliques, en particulier ceux du prophète Ézéchiel, ainsi que dans la tradition cistercienne et bénédictine avec saint Bernard, sainte Mechtilde et sainte Gertrude d’Helfta. L’évêque donna son accord, et saint Jean Eudes put célébrer la première fête du Cœur de Jésus le 20 octobre 1672, quelques mois avant les apparitions de Paray-le-Monial. Le saint prêtre écrivait :

jean eudes,sacré cœur,la france,prêtre,adoration,miséricorde divine            « Quelle est la fin et l’intention pour lesquelles le Roi des cœurs nous a donné cette fête de Son aimable Cœur ? C’est afin que nous rendions les devoirs d’adoration, de louange, de réparation et, pour tout dire, d’amour que nous Lui devons »[2].

         Il concluait qu’une telle fête nous donne l’occasion d’aimer le Seigneur « au nom de tous ceux qui ne L’aiment point », affirmation qu’allait confirmer et approfondir le message de Paray-le-Monial.

 

         Saint Jean Eudes, prêtre, Fondateur des Eudistes, Apôtres des Cœurs de Jésus et de Marie, (1601-1680). Son œuvre écrite Le Cœur admirable est lisible en ligne sur le site liberius.net.

 

jean eudes, sacré cœur, la france, prêtre, adoration         « C’est ce Cœur qui est le premier principe de tout bien et la source primitive de toutes les joies et de tous les délices du Paradis. C’est de là, ô mon très doux Jésus, c’est-à-dire de votre divin Cœur, comme d’une source première, principale et inépuisable, que découle dans le cœur des enfants de Dieu toute félicité, toute douceur, toute sérénité, tout repos, toute paix, toute joie, tout contentement, toute suavité, tout bonheur et tout bien… Oh ! quel avantage de puiser en cette divine source toutes sortes de biens ! Quel bonheur de boire et d’être enivré des eaux délicieuses de cette fontaine de sainteté !… Faites donc couler en abondance, ô Dieu d’amour, la bonne odeur de vos divins parfums, qui sont les vertus admirables de votre saint Cœur, dans le plus intime de mon cœur. »[3]

 

LE CŒUR ADMIRABLE DE LA TRÈS SACRÉE MÈRE DE DIEU par Jean Eudes : Méditation du Magnificat.

Photos :
1 - Portrait de Saint Jean Eudes : Paul Challan-Belval, vitrailliste à Chartres
2 - Vitrail du Sacré-Cœur de Montmartre (Photo : Sandrine Treuillard)

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La France & le Sacré Cœur

 
 
________________________________

[1] Extrait du livret Cœur de Jésus, Source de Miséricorde, ©Association Pour La Miséricorde Divine, 2011. Association Pour La Miséricorde Divine – 374, rue de Vaugirard, 75015 Paris. 01 45 03 17 60 - contact@pourlamisericordedivine.org. Ce livret me fut transmis par sœur Marie-Odile, Prieure du Monastère de la Visitation de Nevers, en juillet 2014 (Sandrine Treuillard).

[2] Cité par le Père Édouard Glotin in Voici ce Cœur qui nous a tant aimés, Éditions de l’Emmanuel, 2003, p.119.

[3] Le Cœur admirable, Livre XII.

22.07.2015

Quand Marie Madeleine contemple Dieu dans sa splendeur

Nole me tangere Fra Angelico.jpgComme en rêve, ivre de chagrin*, désemparée, désorientée dans le jardin, Marie Madeleine ne perçoit pas la présence surnaturelle des deux anges dans le tombeau. Elle se tient elle-même au bord du réel, chancelante à la frontière du surnaturel. Ses sentiments envers le Christ la font être, depuis bien avant ce jour du trépas de son Jésus, dans la dimension au-delà de la simple humanité. Elle a déjà goûté Dieu par son Christ, mais restée simple de cœur, n’en a pas encore obtenu la conscience claire. Marie Madeleine rejoint son Christ de l’autre côté du réel, véritablement, quand Il l’appelle par son prénom. À ce moment précis, cela y est, elle pourra contempler Dieu dans sa splendeur, sans le toucher avec son corps, mais en communion d’Amour, en Esprit, tout en Union avec Jésus.



* Le chagrin de Marie Madeleine au tombeau vide résonne des larmes de Anne (la stérile) ivre de douleur dans le Temple.


Méditation d’après
l’Évangile selon saint Jean (20,1.11-18)
Sandrine Treuillard
22.VII.2014

 

09.07.2015

Mon âme s'élance : Vidéo-prière au Sacré Cœur de Jésus en la Basilique Notre-Dame du Sacré Cœur d'Issoudun (36)

Au rythme de ma respiration
unie au Cœur de Jésus
s'élance cette prière d'adoration…

         Traversée du désert, d’abord, le temps vous paraîtra long. Quête, déréliction. Les champs d’amour d’Issoudun sont d’un calme assourdissant. Le paysage est plat. Il ne se passe rien dans cette vidéo… D’une certaine manière je vous fais percevoir ce qu’est le sentiment d’abandon, si présent dans ces campagnes berrichonnes. Mais Dieu répond toujours à celui qui appelle… Patience… Quand Il donne, sachez recevoir… Pas un seul séminariste dans le diocèse de Bourges : pourtant, des trésors y veillent… Faire le lien entre la charité de saint Martin de Tours [église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) & Adoration Saint Martin] et le Sacré Cœur de Jésus (ici à Issoudun, ailleurs, à Manrèse, mais de partout…).

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg 

 

 

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29.06.2015

Une adoration de la Sainte Eucharistie

Hostie sainte.jpg

UNE ADORATION DE LA SAINTE EUCHARISTIE

 Dieu qui simplifies tout

simplifie-moi

Eucharistie

Offrande sainte de Dieu

Par laquelle je touche à Ta Présence

Rends-moi pure

Simplifie-moi

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Tu es l’Essence de ma foi

Sa fin et son commencement

Ô disque pur

Cœur de Dieu

Plexus solaire d’où rayonne l’Amour divin

Lumière-source de toute Miséricorde

Durée éternellement présente fixée à la Blancheur

Où le spectre entier des couleurs est résumé

Touché de Dieu inaltérable

Qu’aucune prière n’usera jamais

Cercle chéri de l’abnégation

Comblé de Toi qui demeure partout

Et que rien ne peut contenir

Ô Christ

Ta Passion est donnée en ce disque parfait

Le Sang et l’Eau de Ton Côté

Nourrissent sans cesse

Ton Corps saint

Corps du Christ pure offrande

Qui ne tarit jamais

Abreuve-moi

Laisse se répandre en moi l’eau éternelle du Baptême

Que chacun de mes membres et toute cellule

Vivent de Toi

Que mes organes et toute âme

Soient drainés de Toi

Que ma peau et tout muscle

Respirent en Toi

Par Toi et pour Toi

Que mon être entier exulte

Et s’accomplisse en Toi

Ô

Lettre parfaite

Imprononçable à mon cœur de femme

Ô

Toi que j’aime pourtant

Et aspire à aimer de toute mon âme

Ô Jésus

Dieu qui te fis lumière et chair

Verbe venu au secours de mon imperfection

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Sacré-Cœur de Jésus résumé en Cela

Tu m’attires à Ta Résurrection

Vers laquelle je tends tout mon être éploré

Laisse-moi toucher la frange du Salut

Laisse-moi goûter à la beauté de Ton Visage

Jésus !

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

 

 

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
sa. 12 avril 2014, veille des Rameaux

Prière-poème à retrouver sur la page
La France & le Sacré Cœur

13.05.2015

Saint Martin, perle des prêtres

LE  PLEXUS  SOLAIRE  &  LE  CŒUR 

Buste-reliquaire St Martin.jpg         La petite boîte en verre enchâssée dans le buste-reliquaire se situe sous la croix pectorale de l’Évêque de Tours, à l’endroit même du plexus solaire[1].

         La poitrine est le siège du cœur et ce dernier rassemble toute la personne en son symbole. La croix pectorale du Christ est ici placée pour être au plus près du cœur de celui qui la porte.

         Le plexus solaire est, lui, situé au centre du diaphragme. Si nous posons notre poing sous les seins à ce niveau de l’estomac, dans ce creux entre la pointe du sternum & le nombril, nous trouvons cette zone qui est un centre nerveux, émotionnel et énergétique très actif et non moins précieux que le cœur. Le plexus solaire participe même de son rayonnement.

         Quand le Christ a subi la crucifixion, sa cage thoracique était compressée de par l’étendue des bras en croix. Le diaphragme et la respiration oppressés, le rythme cardiaque ralenti, l’apport en oxygène dans le sang est raréfié. Lors du martyre de la crucifixion, le plexus solaire est lui-même esquinté : comme les cinq branches d’une étoile tiraillées. Le plexus solaire rassemble en son bulbe un réseau de nerfs intriqués parvenus à lui en rayons d’autres régions du corps. La symbolique du Cœur de Jésus au centre de la poitrine concentre ces deux aspects : du cœur, situé à gauche dans la poitrine ; et du plexus solaire, situé au niveau du diaphragme, sous la poitrine, au centre.

         Sang et respiration. Souffle et pulsation. Sentiments et émotions.

         Quand un saint est représenté sous la forme d’un buste-reliquaire il nous est rappelé que ce saint eut un lien de communion avec le Christ, à ses souffrances, à sa joie et à sa Charité. La relique que renferme la petite boîte en verre du plexus solaire n’est autre que cette Charité. Ce qu’il y a de plus précieux est ici conservé, protégé dans une boîte en verre, et bien souvent objet, fragment difficile à distinguer. Car la Charité est impalpable et invisible. Que ce petit réceptacle en verre fut vide serait plus représentatif du trésor qu’il étreint. La Charité se sent mais ne se perçoit pas comme un objet visible.

         Ce buste-reliquaire de saint Martin n’exhale-t-il pas la charité pure ? La bonté ne se lit-elle pas dans les traits de son visage ? Le rouge de sa chape ne nous transmet-il pas la chaleur de ce qui l’habite ?


EcceHomo St Martin d'Aubigny:Nère(18).jpg         
Comme nous l’avons vu dans un précédent écrit[2], saint Martin a communié à la charité du Christ. Il eut la grâce de vivre de sa Passion en voyant en songe l’Ecce Homo lui apparaître, recouvert de la moitié de sa cape romaine qu’il avait cédée la veille à un misérable, à une porte de la ville d’Amiens. La compassion de saint Martin pour ce misérable se révèle être, par le songe divin, participation à la Passion du Christ lorsque Pilate présenta l’Ecce Homo (« voici l’homme ») aux Juifs après l’avoir fait flagellé. Ecce Homo humilié et outragé par les soldats qui le vêtir de la couleur pourpre du Roi et enfoncèrent la couronne d’épines sur son crâne, lui imposant un roseau à maintenir pour sceptre.

         Le buste-reliquaire de l’Évêque de Tours renferme le précieux trésor de la Charité du Christ que Dieu lui partagea, à laquelle Martin eut le privilège de communier avant de se faire chrétien.

         Le plexus solaire est le siège où converge cette énergie d’amour, zone dans laquelle elle circule et d’où elle rayonne.

 

SAINT MARTIN   PERLE DES PRÊTRES

St Martin Perle des Prêtres.jpg         Dans le chœur de la Basilique Saint-Martin de Tours, je vis une bannière ancienne sur laquelle était brodée cette affirmation : Saint Martin perle des prêtres. Le bas-relief sculpté dans le bois de l'autel représente ce qui est dessiné ci-contre. 

         Laissons Sulpice Sévère, son biographe, disciple et témoin direct, nous relater cette scène :

«  (…) ce jour-là, se produisit un fait merveilleux que je vais raconter. Comme l’évêque, suivant le rite, bénissait l’autel, nous avons vu jaillir de sa tête un globe de feu, qui s’éleva dans les airs avec un rayonnement lumineux comme une très longue chevelure de flammes. Cela, nous l’avons vu un jour de grande affluence, au milieu d’une grande multitude de peuple ; et cependant, les seules personnes qui l’aient vu, c’est une des vierges, un des prêtres, trois seulement parmi les moines. Pourquoi tous les autres ne l’ont-ils pas vu ? De cela, nous ne saurions être juges. » 

         Ce qui me frappe, c’est la correspondance des formes entre le cercle plein de la grande eucharistie présentée lors de l’élévation à l’offertoire ; le cercle de ce globe de feu flamboyant au-dessus de sa tête ; et la sensation globulaire de la zone du plexus solaire. Ces trois manifestations sont de l’ordre du rayonnement solaire. Il y a aussi une nette correspondance entre ces trois formes et cette caractérisation de perle (des prêtres), puisque la perle est aussi sphérique que le globe. Et accolée au nom de prêtres cette sphère minuscule atteint la taille du globe de feu, au-dessus de sa tête, ou de la sainte eucharistie qu’il élèvera et que nous adorerons un instant en silence.

         La prière eucharistique commence par ce dialogue entre le prêtre qui célèbre la messe et l’assemblée :

-       Le Seigneur soit avec vous.
-       Et avec votre esprit.
-       Élevons notre cœur.
-       Nous le tournons vers le Seigneur.
-       Rendons grâce au Seigneur notre Dieu
-       Cela est juste et bon.
   

         Le prêtre prononce ces paroles en les accompagnant de gestes. Écartant les bras en un geste d’accueil et de partage : le Seigneur soit avec vous. Tendant les mains en coupelle vers le haut : élevons notre cœur. Par cette élévation du cœur nous nous tournons vers le Père du Ciel, nous disposant ainsi à la prière. Il s’agit d’une orientation de tout l’être vers Dieu (« Examinons notre voix, scrutons-la, et revenons au Seigneur, élevons notre cœur et nos mains vers Dieu qui est au Ciel. » Lm 3, 40-41). Ce mouvement du cœur vers les réalités célestes mimée par le prêtre préfigure l’élévation de l’eucharistie qui suivra, quand le prêtre présentera l’Hostie consacrée à l’assemblée, tendue devant lui et vers le haut, entre le pouce et l'index de la main droite, au-dessus du Sang dans le calice qu'il tient de la main gauche.

17Depuis l'autel Christ.jpg         Le rituel de la messe met en scène la circulation de l’amour entre Dieu et les hommes, le prêtre représentant à la fois la personne du Christ et la personne de l’Église que forment les membres de l’assemblée de tous les croyants d’ici et du monde entier. Qu’il s’agisse de notre cœur que nous élevons ou de l’Hostie consacrée que présente le prêtre à l’assemblée, l’un symbolise l’amour humain pour Dieu ; l’autre montre la Présence réelle de l’amour de Dieu pour les hommes, dans ce rappel du Sacrifice saint de son Fils Unique Jésus Christ, qu’est l’Eucharistie. 

         Et quand, sur l’autel, nous exposons l’Hostie sainte sertie dans l’ostensoir, souvent sont figurés par l’orfèvre des rayons qui émanent du Saint Sacrement manifestant ainsi le rayonnement de l’amour de Dieu auquel il veut nous faire communier, auquel il nous attire par cette admirable dévotion qu’est l’adoration eucharistique.

 

L’ADORATION SAINT MARTIN

ARIm 1.jpg         Suite à la visite de l’église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) dont témoigne la vidéo-diaporama, enveloppé dans le chant Vivre d’amour de Thérèse de Lisieux (interprété a capella par la Chorale des Guides & Scouts d’Europe), apparaît, se détachant de la pierre au-dessus du portail (à 14'50"), le projet d’un groupe de prière pour les églises de campagne que j’ai nommé Adoration Saint-Martin.

 

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Foyer d’amour eucharistique
l’Adoration Saint Martin
au cœur de nos campagnes.

À la suite de l’Apôtre de la Gaule
l’Adoration Saint Martin
est une fraternité d’adorateurs.

Pour faire jaillir cette sublime prière
au cœur des églises de campagne
l’
Adoration Saint Martin
présente un enseignement
suivi de la célébration eucharistique.

Le temps d’Adoration
découle de la Messe.
 

C’est l’Apôtre qui a posé sa tête
sur la poitrine du Seigneur
et boit à la source
de son Sacré Cœur.


Foyer d'am Euch Ado St Martin Portail .jpg         L’enseignement peut avoir lieu après la messe, sous la forme d’une méditation lue, afin d’engager les adorateurs dans la prière. Puis, laisser l’Esprit saint œuvrer dans les cœurs, en silence. L’adoration en tant que telle doit se passer dans la prière silencieuse.

         Comme premières méditations lues je propose les deux sous-titres de cet article Le plexus solaire & le cœur et Saint Martin perle des prêtres et, en premier, La compassion de saint Martin de Tours pour la France. Dans la page Adoration Saint Martin d’autres articles viendront enrichir le corpus des textes de méditation. La figure de saint Martin de Tours étant un modèle de sainteté à explorer comme homme, prêtre et évêque, à redécouvrir pour notre époque où l’évangélisation des campagnes est en jeu afin de restaurer le cœur abîmé des hommes et redonner sa vigueur à la foi chrétienne de notre pays.

 

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Toutes les photos & dessins : © Sandrine Treuillard
Buste-reliquaire & arrêts sur image vidéo : église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)
Ecce Homo : église Saint-Martin d'Aubigny/Nère (18)
 
 
 
 


[1] Cet emplacement de la relique est remarquable dans d’autres bustes de ce type. J’en ai vu à Naples, au couvent des Clarisses, devenu un musée, lors de mon voyage en 2008. Comme celui de sainte Claire, datant du XVIIème. 

Reliquaire Ste Claire Plexus.jpg

[2]La compassion de Saint Martin de Tours pour la France : http://lavaillante.hautetfort.com/archive/2015/02/07/la-compassion-de-saint-martin-de-tours-pour-la-france5554222.html

 

06.03.2015

Que veut dire une église à l'intérieur de notre cité ? Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)

 6VueGénéraleInté6.jpg 

« À la vue d'un clocher, vous pouvez dire : - Qu'est-ce qu'il y a là ? - Le Corps de Notre-Seigneur. - Pourquoi y est-il ? - Parce qu'un prêtre est passé là et a dit la sainte messe. » Pensée du saint Curé d'Ars

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D'abord désigné Évêque de Tours,
saint Martin, perle des prêtres
eut d'abord pitié
des pauvres
de nos campagnes

 

 

 

 

 

 

 

 

Buste-reliquaire de saint Martin de Tours,
don de l'archevêque de Bourges,
Mgr Armand Maillard




Vidéo-diaporama : le sens (de la visite) de l'église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)


« Qu'on le sache bien
 : un siècle grandit ou décroît en raison de son culte pour la divine Eucharistie. 
» Saint Pierre-Julien Eymard, Fondateur des Pères du Saint Sacrement (sss Société du Saint Sacrement)
 

20GénéraleChapelleSCJésusCroix20.jpg

Le Sacré Cœur correspond au pilier central

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         « Voilà ce qui devrait nous inquiéter : non pas faire en sorte qu’on évite de raser nos églises, mais faire en sorte que pour aujourd’hui et pour demain, nos contemporains soient encore capables de comprendre ce qu’est une église, nos contemporains soient encore capables de comprendre ce que signifie pour eux la place de cette église à l’intérieur de chacune de nos villes et de chacun de nos villages. De fait, ne nous y méprenons pas, nous enfermer dans le lexique de la défense des valeurs, c’est le plus sûr moyen de perdre les unes après les autres toutes les batailles que nous rencontrerons. Reprenons cet exemple tout simple qui est celui du patrimoine sacré à l’intérieur de nos villes. Nous pouvons nous engager pour défendre les murs de nos églises et nous avons raison de le faire, et il va falloir le faire car l’un des grands défis que nous allons rencontrer dans les années à venir sera précisément celui d’éviter que notre patrimoine et notre patrimoine sacré ne soit progressivement ou rasé ou reconverti dans une utilisation qui ne correspond pas à son essence propre et à l’intention de nos aïeux qui ont construit ces églises à l’intérieur de chacune de nos villes. Nous devons nous engager pour défendre ce patrimoine. Mais si nous nous engageons simplement comme chrétiens pour dire « Ne touche pas à mon église » comme d’autres ont dit « Touche pas à mon pote », si nous nous engageons simplement pour dire « Ceci est notre héritage, n’y touchez pas, nous le défendrons jusqu’au bout parce que nous ne voulons pas qu’on touche à notre famille », alors dans ce cas-là nous sommes sûrs de perdre les batailles les unes après les autres et nous sommes certains que nos églises finiront par s’écrouler quel que soit le nombre de pétitions que nous aurons signées, de manifestations que nous aurons organisées, d’occupations que nous aurons mises en scène.

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         Ce qui compte le plus profondément bien sûr, c’est que nous défendions ce patrimoine, mais aussi et surtout que nous fassions en sorte que nos contemporains puissent retrouver le sens de ces églises, pour que nos contemporains puissent entendre à nouveau ce qu’elles veulent dire à l’intérieur de nos villes. Et ceci, précisément, ce n’est pas d’une logique de défense de nos valeurs, de préservation de notre propre famille, de nos intérêts, de notre lobby qu’il s’agit, c’est d’une tentative de conversion collective qu’il s’agit. Voilà ce que nous avons à vivre et à faire vivre. Et la première conversion qu’il s’agit de vivre c’est la nôtre. Croyons-nous encore que nos églises ont quelque chose à dire au temps présent ? Croyons-nous encore que chacune de nos chapelles, que chacune de nos cathédrales qui sont, comme le disait un poète – mais je ne me rappelle plus lequel, pardonnez-moi – qui sont comme des doigts levés vers le ciel dans chacune de nos villes, croyons-nous encore qu’un de ces doigts levés vers le ciel aient quelque chose à dire au temps présent et aux générations qui viennent ?

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         Nous pouvons, je crois, être profondément inquiets, et je le suis comme certains d’entre vous bien sûr, comme tous certainement, lorsque je vois justement tant de nos contemporains, et tant de jeunes en particulier, passer devant nos églises, passer devant nos calvaires, sans rien comprendre de ce qu’ils veulent dire. Comme le dit la magnifique affirmation de Saint-Exupéry dans Citadelle : « Je me sens lourd de secrets inutiles, je me sens lourd de trésors inutiles comme d’une musique qui jamais plus ne sera comprise. » Parfois j’ai le sentiment, comme vous certainement peut-être, que nous avons peut-être déjà perdu la bataille, en tous les cas si nous ne sommes plus capables de faire comprendre à ceux qui sont autour de nous l’actualité de la parole que nous voudrions leur porter. Mais ce désespoir évidemment ne doit pas nous atteindre, il ne doit pas nous empêcher d’agir, car le seul véritable péché, nous le savons, c’est le péché contre l’espérance. Et donc il nous reste à prendre au sérieux l’actualité de notre propre héritage.

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         Voilà ce que veut dire ne pas se laisser exclure : prendre au sérieux l’actualité de notre propre héritage, être convaincu que sans lui aucune société ne se fondera. Madame Taubira nous a menti quand elle disait qu’il s’agissait d’un changement de civilisation. Le mariage pour tous n’était pas un changement de civilisation, la déconstruction de notre héritage n’est pas un changement de civilisation, car il n’y a pas de civilisation dans la déconstruction de cet héritage, il n’y a que la dé-civilisation, la dé-culturation, la destruction de toute société.

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy         Nous le savons bien encore une fois, les civilisations sont mortelles. Il ne reste donc plus qu’une seule possibilité : prendre au sérieux pour aujourd’hui et pour demain l’actualité de l’héritage que nous avons reçu pour tous ceux qui nous entourent, prendre au sérieux la soif qu’ils ont, même lorsqu’elle n’est pas dite, même lorsqu’elle n’est pas pensée, même lorsqu’elle ne s’exprime que sous la forme de l’agressivité, prendre au sérieux la soif de notre monde et la nécessité de dire à ce monde qui vient le message que nous avons reçu, en mettant sur ce message des mots d’une actualité absolue. Ne plus tenter simplement de nous faire plaisir en répétant les mêmes mots parce que nous avons le sentiment qu’ils nous parlent à l’intérieur de notre petite communauté, mais tenter de réinventer un vocabulaire qui parle à chacun de ceux qui nous entourent pour rejoindre au plus profond de leur cœur leurs aspirations les plus essentielles. Voilà ce que veut dire croire à la vérité de la parole du Christ. Croire à la vérité de la parole du Christ, c’est croire que tout homme a soif de cette parole, parce qu’elle le rejoint dans la vérité de sa personne, parce qu’elle le rejoint dans la vérité de toute aventure humaine.

foi,christianisme,conscience,art & culture,éducation,transmission,sandrine treuillard,la france,politique,françois-xavier bellamy,ichtus,sacré cœur,saint martin,jeanne d'arc,adoration,eucharistie         Notre but donc n’est pas simplement de défendre nos convictions, notre but n’est pas de faire en sorte que nos chapelles ne s’écroulent pas trop vite, de les protéger en érigeant des lignes Maginot qui nous éviteront pour un temps de voir la destruction de ce que nos ancêtres ont construit. Notre but c’est de faire en sorte que nos chapelles parlent à nouveau à tous ceux qui nous entourent, notre but c’est de faire en sorte précisément de redonner à notre société la vie qu’elle attend en redonnant vie à l’héritage que nous avons reçu. »

François-Xavier Bellamy

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12 octobre 2014 - « Faut-il défendre ses convictions »  Introduction au Colloque Ichtus  « Catholiques en action 2014 »
(Extrait de Une civilisation qui a perdu le sens de l’actualité de son héritage ne peut que s’écrouler de l’intérieur)

Photographies : Arrêts sur image de la vidéo-diaporama de Sandrine Treuillard

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Détail de la statue de Sainte Solange
patronne du Berry

01.12.2014

Prière d'Adoration du Bienheureux Charles de Foucauld

Le Bienheureux tiret entre catholiques et musulmans. Une raison d'espérance

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Prière

         Saint Mathieu. 4,10. « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu »… C’est vous qui nous le dites, mon Seigneur et mon Dieu : c’est la première parole sortie de votre bouche qu’on trouve dans l’Évangile touchant la prière : c’est aussi le principal, le fond de nos prières : adorer : se mettre à vos pieds, sous vos pieds, comme un néant, comme une poussière, bonne seulement à être sous vos pieds, mais une poussière pensante, une poussière aimante, une poussière qui vous admire, qui vous vénère, qui vous respecte et vous aime passionnément, qui baise et embrasse vos pieds en étant foulée par eux et se fond en amour et en vénération devant vous… Voilà mon 1er devoir envers vous, mon Seigneur et mon Dieu, mon Maître, mon Créateur, mon Sauveur, mon Dieu bien-aimé !… C’est pour me perfectionner et perfectionner mon prochain que je fais ces petites méditations. Et ce double perfectionnement je ne le veux que parce qu’il est le plus que je puisse faire pour votre gloire. Daignez donc bénir, mon Dieu, ce petit travail, ce doux travail, entrepris uniquement pour votre gloire, pour la consolation de votre Cœur. Cœur sacré de Jésus, je dépose en vous ce travail fait pour vous : répandez sur lui vos grâces pour qu’il soit ce que vous voulez qu’il soit. Notre-Dame du Perpétuel Secours, accordez-moi en ceci comme dans toutes mes pensées, mes paroles et mes actions, votre secours tout-puissant. Ma mère, sainte Magdeleine, saint Joseph, saint Jean Baptiste, saint Pierre, saint Paul, mon bon Ange, saintes femmes qui avez broyé des parfums pour embaumer Notre Seigneur, broyez ce travail et broyez-moi surtout moi-même et répandez-nous comme un parfum d’agréable odeur sur les pieds de Notre Seigneur. Daignez m’aider aussi en cela et en tout, chers saints sous la protection desquels je me suis particulièrement placé, sainte Anne, saint Joachim, saints Apôtres, saints disciples, saint benoît, saint Bernard, saint François d’Assise, saint Augustin, saint Alexis, saint Pierre d’Alcantara, saint Charles Borromée, saint François Xavier, saint jean Chrysostome, sainte Monique, sainte Thérèse, sainte Marguerite-Marie. Enfin, protégez-moi tous, en ceci et en tout, saints et saintes, et saints anges du Paradis ! Amen.

 

charles de foucauld, la france, sacré coeur, foi, christianismeCharles de Foucauld
« Méditation sur l’Évangile
au sujet des principales vertus » (1896)
Extrait de l’ouvrage « L’Esprit de Jésus »
Éditions Nouvelle Cité, 2005

 

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La France & le Sacré Cœur

 


Image : Paul Vitrailliste à Chartres

17.10.2014

Jésus me désignait son Sacré Cœur entouré de la couronne d’épines : Natalie Saracco

Un cœur qui écoute

Émission présentée par Hubert de Torcy sur KTO. Il reçoit Natalie Saracco pour sa vision du Sacré-Cœur. Retranscription réalisée par La Vaillante d’après la vidéo de l’émission. À retrouver sur la page La France & le Sacré Cœur

HdeTorcy.jpg

 

HdT : Natalie Saracco, vous êtes auteur, réalisatrice, co-productrice d’un film qui sort le 4 juin 2014, « La Mante Religieuse », dont on a déjà beaucoup entendu parlé. Ce film est aussi le fruit de tout un parcours de foi. Je crois que c’est une longue histoire… Comment en êtes-vous arrivée à écrire puis réaliser ce film ?

NS2.jpgNS : J’ai eu un terrible accident de la route il y a six ans. J’étais passagère, j’avais la place du mort – je confirme, ce n’est pas terrible d’être passager ! J’étais avec une amie. Je sortais d’un super rendez-vous : j’étais en développement très avancé d’un autre long métrage qui s’appelle « Larmes blanches ». Les larmes qui coulent, au pluriel, c’est une très belle histoire d’amour. J’étais avec un producteur de renom qui voulait produire mon film. Tout allait très bien. On prend cette voiture, direction Normandie. Ce qui est fou c’est que cette amie en question qui n’avait absolument pas la foi, qui était plutôt révoltée, une Jézabel, une Marie-Madeleine des temps modernes. La pauvre malheureuse, à chaque fois que l’on se retrouvait ensemble, j’en profitais pour lui parler de Dieu. Elle n’en pouvait plus. Et là, j’étais en train de lui dire ces dernières paroles avant l’accident :

NS3.jpg        

« Écoute, réveille-toi, ne te dis pas ”on verra bien après”. Après ce sera trop tard. Aujourd’hui, ça peut être le jour de ta mort, tu n’en sais rien. N’attends pas le dernier moment pour t’ouvrir à Dieu, à ”qu’est-ce que tu fous ici !”. »


     

NS1.jpgÀ ce moment précis, on double un camion, et on a un super accident. Au moment où on va pour dépasser le camion, lui a eu une queue de poisson d’une voiture qu’il a percutée et qui nous a renvoyé de trois quarts plein fouet, une immense espace Renault, bref… qui est venu se tanker derrière mon dos… Un truc terrible… À 130 km/h sur l’autoroute, vous imaginez… On a tapé à droite, à gauche, bref… On a terminé notre course folle encastrées dans la tôle toutes les deux. Toute la voiture était complètement broyée, il y avait juste notre petit habitacle. Je me revois, à trois reprises, la ceinture de sécurité, un modèle ancien (donc sans air bags), qui m’a arrêtée et qui a arrêté mon visage à ça du pare-brise… On s’est donc retrouvée prisonnière dans la tôle et tout de suite je me suis mise à ne plus pouvoir respirer et à cracher du sang.

NS Christ souffrant 3.jpgChez moi, ils sont tous médecins, chirurgiens : en tant que bonne fille de médecins, je me suis dis : « Je ne peux plus respirer, je crache du sang, je dois avoir des côtes cassées qui ont perforé un poumon, j’ai une hémorragie interne, voilà… ». J’ai senti, à un moment donné, la vie vraiment partir. C’est-à-dire que là, à ce moment précis, les secours étaient déjà arrivés. Les pompiers découpaient la voiture en morceau avec d’immenses tenailles, cisailles… pour nous extraire par le pare-brise. J’étais sous assistance, j’avais tout le kit de survie : le papier en aluminium « en chocolat », l’assistance respiratoire, tout… Ils m’avaient transformée en Robocop, j’avais une minerve des pieds à la tête. Ils pensaient que j’étais en train de mourir, d’être paralysée… c’était terrible. Et j’ai senti très tranquillement cette chaleur, cette énergie que nous avons, qui fait que l’on se sent en vie. On ne peut pas le prouver mais on sent cette vie. J’ai senti cette énergie, cette chaleur me quitter, m’abandonner, en partant de la tête et en descendant, comme une bouteille d’eau en plastique percée par le bas, cette énergie descendait, baissait, baissait de niveau. Et là où cette énergie, cette chaleur me quittait je savais… j’étais totalement, d’abord, consciente. Et là, on sait absolument ce qui se passe, en toute vérité, en toute lucidité. Je me disais ”holala”… Je devenais totalement paralysée, froide comme du marbre et absolument consciente, très tranquillement, j’assistais à ma propre mort, je sentais la vie me quitter, me quitter… comme ça, cette chaleur, jusqu’aux pieds.

NS Hallucinéé.jpgEt là, il s’est passé quelque chose de fou : je me suis retrouvée nez à nez avec le Sacré Cœur de Jésus. Jésus, en tunique blanche. Jésus, en train de pleurer à chaudes larmes. À chaudes larmes de souffrir juste le martyr. Jésus me désignait son Sacré Cœur entouré de la couronne d’épines. Il y avait comme des larmes de sang qui s’échappaient de son Sacré Cœur. Son Sacré Cœur pleurait des larmes de sang, en fait. Et les larmes du Christ et les larmes de sang de son Sacré Cœur venaient s’échouer dans mon propre cœur. Il voulait que je partage, que je ressente sa souffrance. Je peux vous dire que c’était un tel concentré de souffrance qu’on ne peut pas imaginer. Comme une espèce de concentré d’acide de souffrance. Je m’attendais à tout, sauf à cela.

NS6 GesteSCJésus.jpg

NSChrist souffrant 2.jpgDéjà, à l’époque, j’étais croyante, je cherchais Dieu, j’aimais Dieu… Mais je ne m’attendais pas du tout à me retrouver face à Dieu. On était vraiment encore plus proche que vous et moi, vraiment tout près. Et de le voir en train de pleurer, de souffrir, défiguré par la souffrance. Du coup, j’en ai oublié ma peur de la mort. On se dit : « Ah, j’aurais dû faire ceci, cela, dire au revoir à Pierre, Paul, Jacques… » J’étais juste débordée par sa souffrance à Lui… que j’aimais déjà, mal… mais profondément, à l’époque. Je lui ai dit : « Ah !, mon Seigneur… ». On s’est parlé comme par télépathie : des sœurs auxquelles j’ai raconté l’histoire m’ont engueulée, m’ont dit : « Non, ce n’est pas par télépathie, vous vous êtes parlé dans un cœur à cœur. » Je lui ai dit : « Mon Dieu, pourquoi tu pleures ? » Là, Il m’a répondu, et Il a répondu à tout le genre humain, pas qu’à moi, c’est vraiment nous tous, ses créatures :

NSVisageSouffrant.jpg« Je pleure parce que vous êtes mes enfants chéris, que j’ai donné ma vie pour vous, que je ne sais plus quoi faire pour vous. Et qu’en échange je n’ai que froideur, mépris et indifférence. Je pleure parce que mon cœur se consume d’un amour fou, pour vous tous qui que vous soyez et qu’en échange j’ai vos péchés et votre indifférence. Je pleure parce qu’il n’y a rien de pire que de brûler d’amour, que d’aimer ceux qui nous rejette, ceux qu’on aime le plus. »

NS Cherchant.jpgVous voyez, Hubert, dans cette rencontre avec le Cœur du Christ j’ai été bouleversée pour plein de raisons, notamment deux qui m’ont complètement skotchée. La première, c’est de sentir physiquement l’amour de Dieu à travers le Sacré Cœur de Jésus, pour nous tous, qui que nous soyons. C’est-à-dire qu’avec Dieu il n’y a pas de casting. Ce n’est pas ”toi, tu corresponds au moule, au kit, tu as quinze enfants ; toi t’es comme ci, t’es comme ça ; toi tu es avocat, toi t’es un pauvre sdf ; toi tu mènes une vie qui ne correspond pas.” Il nous aime tous comme nous sommes. On est tous ses petits, Il nous aime à la folie et on a tous une importance unique, démesurée pour Lui. Il veut tous nous sauver. Mais il veut tous qu’on accepte de se faire aimer par Lui tels que nous sommes, qu’on ne doute pas de son amour.

NS inspiration.jpgJe connaissais… Je chantais à la messe, je lisais dans la Bible l’amour fou, l’amour insondable de ce Dieu pour nous tous, mais c’était beaucoup plus intellectuel pour moi, théorique. Même si je l’aimais. C’était plus intellectuel. Et là, le Seigneur m’a fait sentir de manière physique cet amour pour nous. Cela m’a juste bouleversée. L’amour est bien au delà de tout ce que l’on peut imaginer. Donc, cela m’a complètement bouleversée.

NS Souriante.jpg

Et deuxièmement, que ce grand Dieu qui est parfait, qui est saint, en plus du libre arbitre qu’il nous donne, pour l’aimer ou le rejeter, il nous mendie, à nous, pauvres pécheurs que nous sommes, notre amour. Il nous mendie à nous, pauvres pécheurs, Lui, ce grand Dieu, notre amour. C’est juste… surréaliste ! C’est dingue !

 

HdT : Du coup, que lui avez-vous dit, une fois qu’Il vous a exprimé sa tristesse ?

 

NS4.jpgNS : Cela a été comme un cri du cœur, encore. J’ai dit : « Seigneur, quel dommage de rendre l’âme, maintenant que je sais cela. Je voudrais pouvoir revenir sur terre pour témoigner de Ton amour fou pour nous tous, qui que nous soyons et pour te consoler, à ma façon, dans la nature qui est la mienne. C’est-à-dire, j’ai la totale : je suis à moitié italienne, bélier, marseillaise, femme, artiste… donc vous imaginez… un peu passionnée. Pour lui dire Tu es le plus beau, je T’aime… Et surtout que l’on connaisse que Tu es cet Amour et que Tu nous accueilles vraiment tous dans cet Amour. Et finalement, le pari que Dieu nous demande c’est juste de faire le pari fou de se laisser aimer par Lui, comme on est. Personne ne mérite Dieu, à par Dieu Lui-même.

HdT : Et que s’est-il passé, du coup ? Parce que vous êtes là, aujourd’hui.

NS2.jpgNS : Je me sens en sursis. Du coup… je vais juste vous dire une deuxième partie, vite fait, que je révèle à très peu de gens, mais je pense que là, c’est bien un endroit où je peux ouvrir vraiment mon cœur. Vous avez le droit à la saga, à la version longue.

 

 


NS Joues gonflées.jpgQuand j’ai dit cela, à ce moment précis, j’ai été comme transportée dans un autre lieu, un autre endroit qui n’avait rien à voir. Et là, quelque chose de fou : je vois au-dessus de moi, face à moi, une espèce de demi cercle de lune, plongée dans une sorte de lumière, de nuée. Quelque chose d’écrasant, bien en hauteur et d’écrasant. On sentait que ça ne plaisantait pas. Et à ce moment-là, je savais, tout simplement, que c’était l’heure de mon jugement, l’heure de notre jugement, qui nous attend tous. En fait, j’avais face à moi le Tribunal céleste. Le fameux Tribunal céleste dont parle saint Paul dans les Épîtres. À l’époque, je ne l’avais absolument pas lu. Là, ce qui est dingue, c’est que la créature se retrouve face à son Créateur. En toute vérité, en toute responsabilité. On doit répondre jusqu’au dernier petit pseudo détail de notre vie. Pas question de dire, vous savez, comme dans la cour de récréation : « Je lui ai tiré la langue parce qu’il m’a tiré les couettes… J’ai fait ceci parce que cela… » Là, non, c’est toi, la créature, face à ton Créateur. Et là, une voix… Je peux vous dire on n’en mène pas large. Il vaut mieux le savoir, parce que Dieu est miséricordieux, Il est absolu dans on Amour, Il veut tous nous sauver, certes, miséricordieux. Mais Il est aussi absolu dans sa Justice, sinon Il ne serait pas Dieu. Ça dépend de notre réponse, de notre libre arbitre. Et là, une voix me dit : « Vous serez jugés  (vous tous, les humains), vous serez jugés sur l’amour de Dieu, l’amour vrai de Dieu, et l’amour vrai des frères. » Et qu’en gros, tout le reste, c’est de la littérature.

HdT : Et vous avez repris vie…

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NS : À ce moment précis, j’ai été comme réinjectée dans mon pauvre petit corps dans la voiture. J’ai fait comme si je me prenais une méga-décharge : « AAhh ! » (Elle ouvre grand la bouche et inspire, gonfle ses poumons et recrache l’air). J’ai repris ma respiration, j’étais complètement essoufflée. Et il s’est passé le phénomène inverse. C’est comme si on m’inoculait un liquide brûlant, de la pure lave, un liquide très chaud par les pieds et cette chaleur reprenait. Je me suis arrêtée net de cracher du sang et j’ai pu bouger à nouveau. Bon, je ne pétais pas la forme, évidemment ! Mais je savais que j’étais là, encore…

Effectivement, depuis, je me sens en sursis. Mais finalement, on est un peu tous en sursis ! 

Hubert de Torcy.jpgHdT : Merci beaucoup Natalie pour ce beau témoignage. Malheureusement notre émission s’arrête là. Je rappelle que vous êtes l’auteur, la réalisatrice et la co-productrice de ce film qui sort en salle le 4 juin 2014, qui s’intitule « La Mante Religieuse ». Un site internet pour en savoir plus sur ce film : www.jaimelamante.com. Merci encore d’avoir accepté notre invitation.


 

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 NS : J’en suis ravie !                             

 

 

 

15.10.2014

Cœur de Jésus : Il a pris ma tête et l'a posée sur sa poitrine…

Enseignement lors de la 4ème Session des Familles à Paray-le-Monial
Mercredi 20 août 2014
Retranscription réalisée par La Vaillante (La France & le Sacré Cœur) depuis l’enregistrement de Gloria.TV

Le Père Ottavio de Bertolis a la chance de vivre à 20 mètres de la chambre de saint Ignace à Rome. Il est attaché à l’église du Gesù. Je voudrais vous demander, Père, de nous expliquer comment vous avez rencontré le Cœur de Jésus. 

 

Ignace de Loyola.jpg         « J’ai toujours reçu la grâce de la foi dans ma vie. Mais quand j’étais enfant je me demandais ce que signifiait exactement le Cœur de Jésus, le cœur du Sauveur. Pour moi, c’était aussi un problème linguistique. Pourquoi dire : «  Cœur de Jésus, prends pitié de moi ! » ? Il n’est pas plus facile, plus simple de prier : « Jésus, par ton Cœur prends pitié de moi ! ». Pourquoi parler du cœur du Sauveur ? Y a-t-il une différence entre le cœur du Sauveur et le Sauveur lui-même ? Pendant longtemps dans ma vie, quand j’étais jeune, avant d’entrer dans la Compagnie de Jésus, je me le demandais toujours, je voulais comprendre. En fait, je n’avais pas compris et je ne pouvais pas prier le Cœur du Sauveur. Cela ne signifie pas que je ne priais pas, mais je restais avec ce doute. Pourquoi le Cœur du Sauveur ? Alors j’ai lu beaucoup de livres. Mais les livres ne m’ont pas aidé. J’ai lu des livres populaires, mais les livres trop populaires étaient trop simples et ceux de théologies trop difficiles. C’est ainsi que j’ai compris que connaître le Cœur du Sauveur ne venait pas des livres. Cela ne dépend pas de notre force, de notre culture. Le Cœur de Jésus est montré par Jésus même, à chacun de vous. Vous ne devriez pas être ici pour entendre quelqu’un, un prêtre de Rome, parler du Cœur du Sauveur. Vous devriez être ici pour écouter Jésus qui parle de son Cœur à chacun d’entre vous. Car il a un mot, une parole pour chacun de vous. Je peux vous parler à tous mais je ne connais pas votre histoire, votre langage. Mais Lui, si, Lui peut parler à chacun d’entre vous. Comme j’ai connu le Seigneur dans ma faiblesse et comme j’ai reçu la parole du Seigneur qui m’a montré son Cœur, je suis sûr qu’aujourd’hui, à Paray-le-Monial, Il veut parler à chacun de nous.

Coupe eucharistique.jpg         Pendant longtemps je me demandais : « Pourquoi, Seigneur, qu’est-ce que cela veut dire ? », mais je ne trouvais pas de réponse. Quand vous ne trouvez pas de réponse vous ne pouvez faire qu’attendre. Regardez… Quand je suis entré dans la Compagnie de Jésus… - je vais souligner l’importance d’être jésuite pour la dévotion au Cœur du Sauveur. J’étais novice… Deux petites histoires. La première fois, quand j’étais novice, lors d’une des premières messes durant mon noviciat à Gênes, le Père, pendant l’eucharistie, nous a donné la coupe du Sang du Sauveur et, peut-être à cause de la forme de la coupe, j’ai eu une impression, une motion intérieure dirait saint Ignace, une forte motion intérieure : « Bois à mon Cœur ! ». Quand nous buvons à la coupe de l’eucharistie nous buvons au Cœur même du Sauveur. Car l’eucharistie est le Cœur de Jésus. C’est un premier pas : « Reçois mon Cœur, bois à la coupe de mon Cœur. Tiens mon Cœur dans tes mains. » Tous, chaque fois que vous recevez l’eucharistie, vous tendez votre main et Jésus pose son Cœur dans vos mains. Dans vos mains, comme vous êtes. Il n’a pas choisi des hommes et des femmes idéals, sans péché, mais il a choisi des hommes et des femmes réels, comme nous tous. Et depuis, j’ai fait les Exercices. Vous savez que les Pères Jésuites pendant le noviciat font le Mois des Exercices Spirituels. En effet Les Exercices Spirituels sont une grande contemplation du Cœur de Jésus, renforcée par des intuitions de notre père saint Ignace. Tout le mois des Exercices est une longue contemplation, un cœur à cœur avec la vie du Sauveur. Jésus montre son Cœur à travers sa Parole. Toute sa Parole nous parle de son Cœur. Toute la Parole de Dieu. C’est-à-dire de la première page de la genèse jusqu’à la dernière du livre de la Révélation. Toute l’Écriture sainte est un don du Cœur de Jésus. Ce sont comme des morceaux d’une mosaïque qui, tous ensemble, montrent et éclairent la personne même du Sauveur, c’est-à-dire son Cœur. Alors la Parole de Dieu écoutée dans notre cœur, comme la Vierge Marie, la personne même devient le Seigneur. C’est-à-dire son corps, le crucifix contemplé. La personne même, dans sa réalité physique que saint Ignace nous aide à imaginer, à contempler, à écouter, à toucher, pendant les Exercices, est une grande contemplation du Cœur du Sauveur. Ignace ne parle pas explicitement du Cœur de Jésus, l’expression n’était pas en usage dans son temps, mais en effet, dans les Exercices Spirituels vous avez tout ce qui constitue en profondeur la spiritualité du Cœur du Sauveur.

foi, sacré cœur, christianisme         Et depuis… Je dois choisir seulement quelques petites histoires mais j’en aurais beaucoup à raconter… À la fin de mon noviciat… Vous savez que les novices Jésuites doivent passer un mois entier dans un hôpital. Je suis allé à Turin où il y a un grand hôpital fondé par le Bienheureux Cottolengo, une vraie cité dans la cité, où il y a des milliers de malades incurables, des handicapés… dont beaucoup de personnes diraient qu’ils n’ont pas de dignité à vivre. J’ai reçu un petit groupe de handicapés, une douzaine. Parmi cette douzaine il y en avait un en particulier qui ne pouvait pas parler, répondre, écouter. Il y a toujours quelqu’un qui peut répondre, vous pouvez parler en souriant, par quelques mots… Vous pouvez établir un lien avec lui, de quelque sorte que cela soit. Mais celui-ci qui s’appelait Aloïs, pendant tout un mois, n’a jamais pu établir aucun lien. Il vivait dans un monde inaccessible pour moi. Chaque jour on devait leur donner à manger, les laver, les vêtir, etc. Le dernier jour de ma présence… C’était une expérience très profonde. Peut-être que cela ne vous dira rien… Mais pour moi, j’ai vécu cela très profondément comme motion intérieure. J’étais en train de lui donner à manger comme chaque jour et plusieurs fois par jour, mais comme si j’étais avec une chose… et quand j’étais en train de lui donner à manger la petite sœur est passée et m’a dit : « Vous partez, demain, vous retournez à Gênes… », et j’ai répondu : « Oui, oui ma sœur, je m’en vais demain… ». À ce moment-là, très intéressant car le Seigneur parle non seulement à travers l’Écriture Sainte, mais parle avec la vie, la vie de chaque personne que nous rencontrons… Il a pris ma tête et l’a posée sur sa poitrine. Vous savez que la tête sur la poitrine est l’expérience du disciple aimé. Je me souviens qu’à ce moment, et seulement à ce moment, j’ai pensé à toutes les fois quand j’étais jeune et que je priais le Seigneur et lui disait : « Seigneur, donne-moi de connaître ton Cœur ! Donne-moi de connaître l’amour de ton Cœur. Laisse-moi poser ma tête sur ta poitrine, comme le disciple bien-aimé ». Alors j’ai compris qu’à ce moment-là il m’avait révélé que toutes mes prières avaient déjà été écoutées. À ce moment-là seulement il m’a montré qu’elles avaient déjà été entendues. C’est-à-dire que j’avais posé ma tête sur sa poitrine, non pas seulement à cet instant précis à Turin, mais aussi pendant ma vie précédemment, quand je ne voyais pas son Cœur. J’ai compris que nous pouvons louer le Cœur du Seigneur, l’adorer, le célébrer dans la liturgie, dans le silence, mais il est vrai que le Cœur du Sauveur est le cœur des pauvres. « Ce que vous avez fait à chacun de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». La présence personnelle de Jésus n’est pas seulement la présence réelle du sacrement, mais aussi la présence personnelle de ces pauvres. Car il est présent dans ses frères. C’est l’expérience des disciples d’Emmaüs. Je crois que nous sommes tous comme les disciples d’Emmaüs. Nous faisons notre chemin, nous parlons entre nous, nous pleurons sur nos problèmes, sur nos blessures, nous parlons de nos espérances… mais nos yeux ne peuvent pas Le voir. Mais Il est avec nous. Seulement à un moment opportun Il montre sa Présence. Et quand il montre sa Présence nos yeux Le reconnaissent et la Lumière se fait dans nos cœurs et nous pouvons comprendre qu’Il était avec nous. Non pas seulement dans ce moment de grâce mais tout au long du chemin, car il nous a toujours aimé. Et pour moi c’est l’expression foncière du Cœur du Sauveur. Si vous me demandez, par exemple : Où peut-on trouver l’expression privilégiée du Cœur du Sauveur ? Lisez la Première Épître de Jean. Selon mon point de vue la Première Épître de Jean est le livre en condensé de toute l’Écriture. Si vous me demandez de retenir un seul livre ou passage de la Bible, je répondrais la Première Épître de Jean. Et si vous me demandez de ne retenir qu’un chapitre de cette Épître je répondrais le chapitre 4. Et si vous me demandez de ne retenir qu’un verset : « Nous n’avons pas aimé Dieu, mais Il nous a aimé le premier. » La primauté de son Amour pour nous. Elle est toujours vraie. Affirmer qu’Il nous a aimé le premier signifie qu’il nous aime comme nous sommes et là où nous sommes.

foi,sacré cœur,christianisme         Notre vie est une vie réelle. La vie de chaque homme et de chaque femme a ses contradictions, ses espérances, ses forces et ses faiblesses. Nous sommes des hommes réels, Il nous a aimé comme nous sommes. Beaucoup, ici, vous êtes en famille. La famille est remplie d’expériences. Il y a des familles heureuses, d’autres divisées, des couples divorcés, des veuves, des solitudes, des célibataires… Le célibat peut être un choix, ou presque un choix ou tout à fait un choix. Ce peut-être une disgrâce, cela dépend. Nous sommes comme nous sommes. Notre vie est aussi signée par la violence que nous avons pu recevoir. Peut-être avons-nous aussi fait violence. La rancœur peut s’insinuer dans notre vie. Envers mon mari, envers mon fils, même envers Dieu. Et nous devons avoir le courage d’admettre que nous-mêmes pouvons avoir de la rancœur envers le Seigneur : « Pourquoi as-tu permis tout ce qui m’est arrivé ? » ; « Pourquoi as-tu permis la maladie de ma femme, de mon mari, la mort, la souffrance ? » ; « Pourquoi as-tu permis ma vie ? ». Ce sont des questions réelles. Vous pouvez penser au Livre de Job, par exemple. Je ne peux pas répondre. Je dis seulement que ces questions sont sérieuses. Je crois que l’Écriture ne répond pas à ces questions comme nous le voulons, mais l’Écriture témoigne qu’Il nous a aimé comme nous sommes et là où nous sommes. Peut-être que maintenant nous portons sur nos épaules une vie normale ou une vie pleine de difficultés. Peut-être est-ce une vie proche ou dans l’Église ou au delà, en dehors de l’Église. Cela n’importe pas, le Seigneur nous a aimé comme nous sommes et là où nous sommes. Les problèmes, les difficultés, la faiblesse de notre vie restent. Mais ce que Jésus à dit à l’Apôtre Paul est vrai pour chacun de nous : « Ma grâce se montre parfaitement dans ta faiblesse. » Si vous me demandez : « Selon toi, où l’Apôtre Paul parle-t-il le plus parfaitement du Cœur du Sauveur, de la dévotion à son Cœur, de la spiritualité du Cœur du Sauveur ? » Je crois qu’il en parle bien dans l’Épître aux Galates, chapitre 2, verset 20 : « Ma vie présente dans la chair, j’ai la vie dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé, il s’est livré pour moi. » « Dans la chair… » : dans l’Écriture vous savez que « la chair est l’humaine faiblesse ». La chair ne signifie pas seulement le sexe, comme pour nous. La chair est l’humaine faiblesse dans toutes ses manifestations. Naturellement aussi l’affectivité, mais pas seulement. Nous vivons dans la chair. Pour vivre nous ne pouvons pas vivre en dehors, au delà de la chair. Nous sommes hommes de chair. Mais notre vie présente avec les difficultés, les espérances, les blessures, avec notre histoire qui nous conditionne, naturellement. Mais nous vivons dans la foi en le Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. Il m’a aimé. Notre solitude est habitée par Lui. Alors vous comprenez que seule la foi nous soutient. Nous ne voyons pas, sauf par moment… Nous avons aussi des moments de lumière. Je vous ai parlé de mes petits moments de lumière. Je suis sûr que vous aussi avez reçus, dans votre vie, des moments de lumière, comme les disciples d’Emmaüs. Mais ce sont seulement des moments. Quand nous le reconnaissons, il disparaît à notre vue. Mais reste l’expérience.

foi,sacré cœur,christianisme         À la lumière de cette expérience nous reconnaissons — saint Ignace dirait : « Nous discernons » — la présence de Dieu, même aujourd’hui quand je ne le vois pas. Quand il n’est pas présent à mes yeux. Mais je sais, car la foi est lumière dans mes ténèbres. Alors, ma solitude, mes blessures, ma faiblesse ne sont pas seulement le lieu de mon abandon, mais sont le lieu de sa Présence. Vous comprenez donc comme notre vie doit être soutenue, signée, marquée par la prière quotidienne. C’est-à-dire par l’écoute de chaque jour de la Parole du Seigneur. Car la foi naît dans l’écoute de la Parole de Dieu. Alors chaque jour, comme la Vierge Marie, écoutons la Parole de Dieu. Car la Parole est le premier don du Cœur du Sauveur. Le Cœur du Christ est la Parole dans laquelle toutes les paroles ne font qu’une. La Parole foncière. Toutes les paroles de l’Écriture, tous ces petits morceaux de cette grande mosaïque se fondent, peuvent se résumer en une seule parole : le Cœur du Sauveur. Notre faiblesse reste mais nous vivons dans la foi du Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. Il m’a aimé. Excusez-moi, mais nous n’avons pas eu besoin de sainte Marguerite-Marie (Alacoque) pour savoir qu’Il m’a aimé. « Regarde ce Cœur qui a tant aimé le monde ». La mystique confirme toujours l’Écriture sainte. Elle ne fait pas que confirmer l’Écriture. La mystique est l’expérience de l’Esprit qui accompagne la vie de l’Église à travers ses saints. Et Jésus donne sa Parole, à travers l’Esprit Saint, à ses témoins privilégiés que sont les saints comme sainte Marguerite-Marie. Mais la vérité qu’Il m’a aimé ne vient pas de Marguerite-Marie. Elle vient de l’Évangile. Il m’a aimé et s’est livré pour moi. C’est-à-dire…

foi,sacré cœur,christianisme         Peut-être que nous avons aussi péché dans notre vie, mais Il s’est laissé abandonner par nous. Nous pouvons être opprimé, oppressé par le souvenir de nos péchés. Mais regardez : le péché, le coup de lance qui a transpercé le Cœur du Seigneur, est devenu la clef pour ouvrir son Cœur. De mon point de vue, vous pouvez ici contempler la puissance, l’omnipotence et la générosité, la fidélité de Dieu qui a choisi non pas les bonnes œuvres, non pas les prières de quelques justes pour laisser ouvrir son Cœur, mais un coup de lance. C’est-à-dire le symbole de comment les hommes l’ont accueilli, Lui. Il est venu parmi les siens mais les siens ne l’ont pas accueilli. C’est Jean aussi qui dit aussi cela. Alors, il est vrai que pour le monde, pour l’Église aussi peut-être, pour moi aussi… il s’est laissé blesser par moi. Dans la liturgie de la messe de Pâque on chante : « Felix culpa », « bienheureuse faute ». Bienheureuses soient vos fautes car avec nos fautes nous avons ouvert le Cœur du Sauveur. Et cela est la fin du royaume du mal. Car Jésus a choisi les armes du mal pour détruire le mal lui-même. « Felix culpa quae talem et tantum meruit habere redemptorem », « Ô bienheureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur ». Il s’est consacré lui-même pour nous. Toute la vie de Jésus est résumée dans son Cœur. Toutes les pensées, toutes les forces, tout ce qu’il a dit, tout ce qu’il a fait, toute sa personne est résumée dans son Cœur. Il s’est lui-même consacré pour nous. Nous pouvons contempler dans l’Évangile de Jean, le chapitre 13, 14 : « Je me sanctifie pour eux ». S’Il s’est donné lui-même, s’Il nous a aimé le premier, nous pouvons nous donner à Lui, comme nous sommes et tout ce que nous sommes. Parce qu’Il a tout aimé de nous. Tout ! Cela est difficile à comprendre. Pascal dirait « le Dieu des philosophes et le Dieu de Jésus-Christ ». Le Dieu des philosophes, le Dieu des moralistes, par exemple, ne peut pas dire que Dieu a aimé mes péchés. Mais le Dieu de Jésus-Christ, oui. Car il a vu ma tristesse dans mes péchés. Ma solitude, ma désespérance. Ils m’ont abandonné, moi, Source de l’eau vive. Moi, je suis l’eau vive. Comme Il s’est consacré lui-même à nous, nous pouvons nous consacrer nous-mêmes à Lui. Nous consacrer nous-mêmes : ce n’est pas seulement la consécration des prêtres ou celles des religieuses dans les vœux religieux. Mais c’est la consécration du baptême. La consécration foncière de toute l’Église. Se consacrer à Lui est une réponse à Sa consécration. Nous allons répondre à son amour. Que pouvons-nous offrir ?

foi,sacré cœur,christianisme         Quand j’étais jeune, je croyais que je pouvais donner à Dieu juste mes bonnes œuvres, mes prières… toutes les choses bonnes que je pouvais faire. Et j’ai conçu (malheureusement…) ma vie spirituelle comme devant faire de bonnes œuvres, toujours, de plus en plus, jusqu’à n’avoir plus aucun péché, ou presque plus aucun. Paul dirait : « Tu cherches ta justification », c’est-à-dire ta juste relation avec Dieu, « par la Loi », car les œuvres sont prescrites par la Loi. Mais nous avons pu constater que c’est impossible. La Loi ne justifiera aucun de nous. Car nous tous, comme l’Apôtre Paul, disons de nous-mêmes : « Nous faisons beaucoup de choses que nous ne voulons pas faire en réalité, et nous ne pouvons pas faire beaucoup de choses que nous voulons faire. » Mais nous ne pouvons pas, nous sommes faibles. Alors, voyez ! Si la Foi peut nous ouvrir la porte de la réconciliation — et cela est la doctrine de Paul, c’est la doctrine chrétienne. Notre justification, notre juste relation avec Dieu est ouverte par Lui et non pas par moi. Il a détruit tous les obstacles, toute la distance que je prenais entre moi et Lui, il l’a couverte parce qu’il est venu vers moi. Non pas parce que je suis allé vers Lui. Mais Il est venu à moi. Il a donc aimé dans ma vie non pas seulement les bonnes choses : ma joie, mes bonnes œuvres, quand j’étais bien : c’est le Dieu des philosophes. Mais il m’a aimé, moi. Au delà de la Loi. Dans mes blessures, dans mes péchés, dans mes faiblesses. Je crois qu’Il demande aujourd’hui, à chacun de nous : « Donne-moi ta faiblesse. Donne-moi ce dont tu n’es pas fier. Donne-moi ta vie comme elle est. Donne-moi ta solitude, ta maladie, tes difficultés. Je ne promets pas que je vais résoudre tes problèmes. Mais je promets que je montrerai en toi — comme le mentionnera Paul — la grandeur de ma puissance. » Nous restons faibles. Nous restons pauvres. Car Dieu aime les pauvres afin qu’aucun de nous ne puisse s’enorgueillir devant Lui. Je veux dire simplement que notre force est notre faiblesse.

foi,sacré cœur,christianisme         Quand j’ai compris cela, ma vie spirituelle, ma vie chrétienne, ma vie comme prêtre s’est vraiment simplifiée. Et maintenant je n’ai plus peur. Peur de moi, peur de mes péchés, peur de mes difficultés. Je n’ai plus peur. Car j’ai compris qu’il m’aime comme je suis. Et tout ce qui m’est arrivé dans la vie, non seulement les dons reçus, et j’ai comme vous, reçu beaucoup de dons, mais aussi le mal. L’Épître aux Romains, chapitre ?, verset 28 : « Tout s’est passé par le bien de ceux qui aiment Dieu. » Et la force de l’Écriture est qu’elle dit : « Tout » ! Nous entendons normalement « tout le bien ». Mais il est écrit : « Tout » ! Nous pouvons relire notre vie avec ses défauts. Lis ta vie, même les pages plus obscures, en demandant : « Où es-tu, mon Dieu ? Où étais-tu, Cœur du Sauveur quand tu as permis cela pour le bien ? Étais-tu avec moi, même si je ne te voyais pas ? » Car nous sommes toute notre vie comme les disciples d’Emmaüs. Il est près de nous, il chemine avec nous, il parle avec nous, mais nos yeux sont incapables de le reconnaître. Mais il est là. Quelques fois nous le voyons. Il disparaît. Et nous pouvons retenir dans notre cœur cette expérience. Alors, se consacrer au Sacré Cœur signifie se donner soi-même. Voyez… Je croyais être très intelligent et avoir compris tout cela le premier — je suis très intelligent… je suis un jésuite (rire de l’assemblée). Mais en effet, une fois, en lisant une homélie de saint Basile le Grand : Le saint n’est pas celui qui donne à Dieu de bonnes choses, de nouvelles bonnes œuvres. Nous pouvons entendre la vie chrétienne comme étant de bonnes œuvres à faire. Nous pouvons prier le chapelet le premier vendredi du mois, et tous les jours… bien ! Nous pouvons aussi faire des œuvres par esprit d’obéissance qui n’est pas l’esprit de l’amour. Nous pouvons être observant de la Loi, mais la Loi peut être observée sans amour. Nous en avons malheureusement beaucoup d’exemples. Saint Basile le Grand dit : « Saint, n’est pas qui donne à Dieu de bonnes œuvres ». Multiplier les bonnes œuvres : l’exemple que je donnais de ma vie devant de plus en plus être remplie de bonnes œuvres. Ce n’est pas possible. À un certain point, la construction ne réagit plus. « Mais est saint, poursuit saint Basile le Grand, celui qui s’offre lui-même à Jésus-Christ. » Ce qui est beaucoup plus, vraiment plus que des œuvres. Et nous-mêmes, nous sommes aussi, et je crois surtout : nos ténèbres, nos faiblesses, notre ambiguïté, notre capacité à faire ce que nous comprenons être bon.

foi,sacré cœur,christianisme         Alors, pour résumer, la consécration au Cœur du Sauveur fleurit dans la Consécration même du Christ en nous. Il s’est sanctifié lui-même pour nous. Il s’est sanctifié lui-même pour nous quand il s’est livré à nous. Il s’est livré non pas il y a deux mille ans, aux Romains et aux Juifs dans l’Évangile. Il s’est livré à nous dans notre vie, dans ce que nous avons voulu faire de Lui. Et maintenant aussi, nous recevons l’eucharistie. Qu’allons-nous faire de Lui ? Nous ne le savons pas. Peut-être du bien, peut-être du mal. Il s’est livré à nous. Mais s’Il se livre à nous, Il se livre à nous comme nous sommes et là où nous sommes. Et tout obstacle est détruit par Lui. Je parle de la Grâce. Cela signifie simplement que de l’ancienne parole « grâce », nous avons reçu une nouvelle Grâce. C’est pourquoi nous pouvons nous donner nous-mêmes. La consécration au Cœur du Sauveur n’est pas un vœu religieux. C’est plus important, car les vœux religieux sont des spécificités de la seule consécration chrétienne, qu’est le baptême. Pauvreté, chasteté, obéissance… Nous incarnons, nous cherchons à incarner dans notre faiblesse la vie même de Jésus. Mais la racine, la source de tout cela est l’amour de Jésus qu’il a manifesté en nous. Alors nous voulons dire : « Seigneur, je te confie à toi seulement la confiance en Dieu ». Le Psaume 91, « Toi qui habites sous la protection de Dieu », dit « j’ai confiance en Toi. ». La confiance en Lui est la confiance qui a détruit tous les obstacles. Il n’est pas mon ennemi. Il n’est pas un étranger. Il n’est pas un maître. Il est un époux. Un Époux. La spiritualité du Cœur de Jésus montre la tête sur la poitrine de Jésus. Vous savez, c’est une citation implicite du Cantique des cantiques, au chapitre 8, verset 6 : « Pose-moi sur ton cœur. ». Le Cantique est l’amour nuptial. Le cœur de Jésus est un cœur d’époux. Et en fait Il a donné son corps pour nous. Et l’Époux est celui qui nous donne Son corps. Comme l’épouse est celle qui donne son corps à l’époux. Ainsi, Il me donne son corps dans l’Alliance du mariage — lisez le livre du prophète Osée, le chapitre 2, le 11 ; même Ézéchiel. Il m’a aimé de cette manière et alors je lui donne mon corps, ma chair. La vie présente dans ma chair je la vis dans la foi. Il m’a aimé. Il lui donne sa force qui peut ressusciter de la mort. Ma vie a besoin de son Esprit. « Recevez l’Esprit Saint. » L’Esprit Saint est le don du Cœur du Sauveur. L’Apôtre Jean, à la page de la Pâque : « Il donna (rendit) l’Esprit Saint. » Quand il mourut, il souffla son esprit. L’Esprit est le don du Cœur du Sauveur qui est devenu vide.

foi,sacré cœur,christianismePeut-être avez-vous (malheureusement, mais ce peut-être une expérience) été présent à la mort de quelqu’un. Je me souviens, par exemple, de la mort de ma mère. Quand elle mourut, le dernier : « HHHhhhh………… » (le père fait entendre le bruit de l’air sortant de la bouche) et vous comprenez que les poumons se vident. Notre corps devient comme un sac totalement vide. La kenosis (kénose) du Christ, c’est-à-dire son anéantissement. Le Cœur du Sauveur nous donne son Esprit, c’est-à-dire sa Vie. La vie du Chef, de la Tête du Corps ressuscité, est elle-même notre vie, nous qui sommes les cellules de son Corps.
 

foi,sacré cœur,christianisme         Aujourd’hui, l’Église célèbre saint Jean Eudes, un des saints qui a beaucoup aimé le Cœur du Sauveur. L’Église, dans la liturgie des heures à l’Office des lectures, offre une réflexion de saint Jean Eudes qui dit : Jésus est la Tête du Corps. Son Esprit se déploie dans tout son Corps. De même que son Esprit en tant que force de la Tête se déploie dans tout mon corps, la Force, l’Esprit du Corps du Seigneur se déploie en chacun de vous. Il est le don de l’Esprit. Et l’Esprit est Seigneur et donne la Vie. Nous pouvons offrir, c’est-à-dire Lui consacrer notre vie comme elle est ; ma famille comme elle est. Je veux souligner. Non une famille idéale. Mon histoire, comme elle est. Elle restera, mais ce qui va changer n’est pas l’expérience empirique extérieure de ma vie. Mais c’est moi qui vais changer. Car moi je suis déjà ressuscité avec Lui quand je reçois son Esprit. Et avec son Esprit la vie que je vis dans ma chair blessée, j’ai la vie dans Sa puissance. Et sa Puissance se montre à moi. C’est pourquoi nous pouvons pardonner à tous ceux qui nous ont blessé. Nous pouvons bénir tous ceux qui nous ont maudit. Nous pouvons donner notre corps, notre vie au service de l’Église et du Peuple de Dieu.

Merci…

 

Père Ottavio de Bertolis
Enseignement lors de la 4ème Session des Familles à Paray-le-Monial
Mercredi 20 août 2014
Retranscription réalisée depuis l’enregistrement de Gloria.TV
« Le cœur de Jésus par le Père Ottavio de Bertolis »
 


Retrouvez ce texte sur la page enrichie
La France et le Sacré Cœur de La Vaillante

 

            

                          

 

24.07.2014

Le culte du Cœur de Jésus : synthèse de toute la religion catholique

Congrès Adoration - Conférence aux Sanctuaires de Paray-Le-Monial. 
Le 7.VII.2014 - Père Bernard Peyrous : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris « Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut » Jérémie 30,21. Citation reprise aux premiers mots de l'Encyclique de Pie XII, le 15 mai 1956.

 

PortraitBernard Peyrous.jpg         L’Encyclique de Pie XII Haurietis aquas commence comme cela : « Vous puiserez les eaux aux sources du Salut ». C’est le père Kars qui a voulu que nous parlions de cette Encyclique parce que dans tous les documents pontificaux existants c’est celle qui parle le plus de l’eau. Alors il avait prévu le temps d’aujourd’hui… (rire de l’assemblée) c’est donc une prophétie en réalité (rire de l’assemblée). Bien, allez, on va être sérieux et on va, s’il-vous-plaît, confier d’abord nos cœurs à la Vierge Marie, et après nous commencerons cet enseignement. (Prière Je vous salue Marie). Notre-Dame de la Sagesse, Priez pour nous.

         La plus grande encyclique sur le Cœur de Jésus est cette Encyclique de Pie XII, dont on vient de vous donner le titre, Haurietis aquas in gaudio, « vous puiserez les eaux avec joie aux sources du Salut » ou « du Sauveur ». C’est le plus grand document sur le Cœur de Jésus et quelque part elle n’a pas été dépassée, même si, je pense, qu’une nouvelle encyclique à l’heure actuelle serait utile. Cette encyclique a été promulguée en 1956 : ce n’était pas un hasard, c’était le centenaire de l’institution par le Pape Pie IX de la Fête du Cœur de Jésus. Cette fête avait été demandée par le Christ à sainte Marguerite-Marie (Alacoque) en 1675 et elle n’a été instituée que beaucoup plus tard, en 1956. Cette encyclique a été faite pour le commémorer. Je voudrais dire un petit mot, non pas de l’ensemble de l’encyclique, qui est un document assez long, mais je voudrais donner quelques points importants et aussi le rapport entre cette encyclique sur le Cœur de Jésus et le Saint Sacrement, l’Eucharistie. Le titre de l’encyclique vient naturellement des deux phrases que l’on trouve chez saint Jean. La première phrase quand Jésus dit ceci, le dernier jour de la fête, le plus solennel : « Jésus debout s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi comme le dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son sein. » Les fleuves d’eau vive c’est évidemment la charité du Christ qui coulera de notre cœur vers le monde. Cette charité du Christ est liée, en réalité, à la mort de Jésus sur la Croix, et à ces fleuves d’eau vive qui coulent du Côté transpercé du Christ. Ce qui veut dire que si nous regardons le Christ, si nous aimons le Christ, nous sommes remplis de la Charité. Et comme le dit le Pape Pie XII au début même de son encyclique, « la Charité, l’Amour, c’est le Saint Esprit ». L’Encyclique Haurietis aquas présente cette particularité d’être extrêmement centrée sur le rôle de l’Esprit Saint. Si nous croyons en Jésus, si nous aimons Jésus, si nous contemplons Jésus, si nous prions Jésus, si nous recevons les sacrements, alors les fleuves d’eau vive coulant du Côté du Christ viennent dans notre âme, et à notre tour de notre côté coulent les fleuves d’eau vive sur le monde. Ces fleuves d’eau vive qui vont couler de notre côté, c’est aussi une réponse à l’Amour du Christ, et c’est ce que dit également le Pape dès le début même de l’encyclique, c’est-à-dire que, au fond, nous allons rendre, et cela c’est tout à fait le message de Paray-le-Monial manifesté dès le début de l’encyclique, nous allons rendre Amour pour Amour. Rappelez-vous que le message de  Paray-le-Monial tel que l’on en a brièvement parlé hier soir, c’est un appel à l’Amour. Le Christ qui n’est pas aimé demande aux hommes de l’aimer. Ce qui peine le plus le Cœur du Christ c’est que les hommes ne répondent pas. Quand le Christ sur la Croix dit : « J’ai soif ! », naturellement il est complètement déshydraté par le supplice du fouet qu’il a subi et le sang qu’il a perdu, il est comme un papier desséché, un papier buvard desséché… mais en même temps, c’est aussi un mot symbolique : le Christ a soif de notre amour et notre amour ne lui est pas donné. Notre amour rafraichît, en quelque sorte, le Christ. Quand nous entrons dans cette logique, nous aimons le Christ, nous rendons au Christ amour pour amour, et à ce moment-là le Christ nous envoie l’Esprit Saint et de notre cœur coulent vers le monde des fleuves d’eau vive. Le résultat est que quand on a compris ce mouvement très simple, on est au cœur même de la foi chrétienne. Le Pape Léon XII disait que le culte du Cœur de Jésus était la forme de religion la plus estimable. C’est-à-dire que quand on est là on est au cœur même de la foi. Et le Pape Pie XI déclarait que le culte du Cœur de Jésus était la synthèse de toute la religion. On est au centre, en quelque sorte, des choses, dès que nous parlons du Cœur de Jésus. 

         Avant d’aller plus loin, il faut que je reprenne la logique de l’encyclique parce que le Pape a voulu fixer théologiquement le culte du Cœur de Jésus. Il a voulu l’affermir théologiquement. Quand nous parlons du culte du Cœur de Jésus, de quoi parlons-nous ? Il est très important de comprendre cela : nous parlons d’une personne qui s’appelle Jésus-Christ, qui est une personne. Une personne est un être uni, cohérent, unique, absolument unique. Et en même temps une personne humaine est composée d’éléments divers. Par exemple notre corps est composé d’éléments divers : nous avons nos mains, nous avons nos pieds, certains d’entre nous ont des cheveux… Mais il n’y a pas que le corps. Il y a aussi l’intérieur de notre être, c’est-à-dire nos capacités de connaissance : je l’appelle notre intelligence ; et notre décision sur l’action, qu’on appelle la volonté, et la volonté qui est orientée vers l’Amour. Nous sommes des êtres unis, mais composés. Et composés dans un Tout, qui est un tout harmonieux et solide. Le Christ est une personne comme nous, un être absolument unique, et parfaitement cohérent, parfaitement construit. Mais, à notre différence à nous qui ne sommes que des hommes, le Christ est une personne humano-divine. Il a les deux natures de façon complète et plénière : il a la nature divine, il est vraiment le Verbe de Dieu, seconde personne de la Trinité, et son humanité ne réduit pas le Verbe de Dieu. Mais en même temps il est absolument Homme. Il est totalement Homme. Et sa divinité ne réduit pas son humanité. Les deux natures sont plénières. On a dit d’ailleurs que personne n’a été plus homme que le Christ. Il a épousé l’humanité, et non seulement il l’a épousée mais il a exploré l’humanité, il a exploré tous les sentiments du cœur humain, il a été très profondément dans l’humanité.
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         Le Cœur de Jésus, c’est évidemment son cœur de chair, ce cœur qui bat dans sa poitrine, qui a été percé sur la Croix, comme nous tous avons un cœur que nous sentons battre. Mais vous savez aussi que le cœur est un symbole. Le cœur est le symbole du mystère et de l’amour. Quand nous parlons du Cœur de Jésus nous ne parlons pas d’abord prioritairement de son cœur de chair, mais nous parlons aussi des sentiments qui ont habités chez lui. Et les sentiments qui ont habité chez lui sont de deux ordres : il y a les sentiments normaux d’un être humain, les émotions. Par exemple quand on est amoureux le cœur fait « boum boum » ; quand on a peur, le cœur fait « boum boum » aussi. Et il y a aussi la Volonté, cette partie noble de nous-mêmes qui peut être habitée par l’Esprit Saint et qui s’oriente vers l’amour. Quand nous parlons du Cœur de Jésus nous ne parlons pas tellement du cœur de chair qui n’est qu’un symbole, mais nous parlons des sentiments normaux de Son cœur : la tendresse, la joie, la gentillesse, l’affection, la peur, le dégoût, l’impatience, l’amour pour le Père… toutes ces choses-là qui sont dans sa sensibilité et aussi dans son intelligence, l’Intelligence de Jésus, la Volonté de Jésus, la plus noble partie de l’être humain de Jésus qui s’oriente vers le Père. Cela, c’est du côté humain. Mais il est Dieu. Donc nous parlons aussi de l’Amour Divin qui habite Jésus. C’est-à-dire que en Jésus, dit l’encyclique, il y a un triple amour : l’amour divin, puisque la divinité du Verbe n’est pas réduite dans l’humanité de Jésus, et il y a l’amour de sa Volonté avec les sentiments de son Cœur. Je dis cela de façon extrêmement simplifiée, mais ce qu’il faut retenir, comme le dit le Pape Léon XIII cité par le Pape Pie XII, « Il y a dans le Sacré Cœur de Jésus un symbole et une image clairs de l’Amour infini de Jésus-Christ, Amour qui nous pousse à nous aimer les uns les autres. » Ce que je vous ai dit est peut-être un peu compliqué. Mais ce n’est pas moi, c’est le Pape qui est compliqué, je n’y peux rien… On ne corrige pas un Pape. Ce que je voudrais bien vous faire comprendre — écoutez bien parce que c’est important de le comprendre et vous allez le comprendre très bien : nous sommes faits pour l’Amour, vous et moi. Tout notre être est fait pour l’Amour. Il n’y a pas de parties de notre être qui ne soient pas faites pour l’Amour. Notre corps est fait pour aimer et être aimé. On le voit très bien avec un bébé, par exemple : si vous n’aimez pas un petit bébé, il meurt. Le petit bébé n’est pas nourri que de lait. Il est nourri de l’affection d’une maman et d’un papa. Notre corps est donc fait pour être aimé et pour aimer. Notre sensibilité qui est liée à notre corps, est faite pour aimer et être aimée. Notre volonté profonde, le secret de notre cœur est fait pour aimer et être aimé. Est-ce que vous comprenez ?… Nous sommes des êtres d’amour, on est fait pour ça, et souvent on ne le sait pas, on l’oublie, ce qui fait que l’on dérive de façon spectaculaire, surtout aujourd’hui… mais en réalité nous sommes faits pour cela. Un amour qui soit bien placé et qui soit juste. C’est exactement pareil en Jésus-Christ qui est l’Amour même : tout l’être de Jésus symbolisé par son Cœur est un être d’amour. C’est pour cela que cette phrase de Léon XII que je relis est très juste : «  Il y a dans le Sacré Cœur de Jésus un symbole et une image »… Si vous ne retenez de la première partie de cet enseignement qu’une seule chose, retenez ce que je vous dis maintenant : «  Il y a dans le Sacré Cœur de Jésus un symbole et une image clairs de l’Amour infini de Jésus-Christ, amour qui nous pousse à nous aimer les uns les autres ». C’est l’image et le symbole de l’Amour. Un amour qui est un amour miséricordieux, comme le dit très bien le Pape. Un amour lié à ce Cœur de Jésus percé, à ce Cœur de Jésus qui s’est donné entièrement pour sauver les hommes. Tout l’être de Jésus se retrouve dans son Cœur et le Cœur de Jésus a palpité d’amour toute sa vie. Il est avec tous les sentiments en parfait accord les uns avec les autres dans un être qui était très cohérent, très harmonieux, et qui n’était qu’amour. Ce n’est pas la peine que je vous lise les phrases du Pape, surtout que certaines sont un peu compliquées, mais c’est très beau… Cet Amour qu’il y a dans le Cœur de Jésus, qui imbibe le Cœur de Jésus, va le pousser à se donner entièrement. « Il n’y a pas de plus grand amour » dit Jésus à ses Apôtres en célébrant la Cène, « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » ou pour ceux qu’on aime. Comment le Christ va-t-il se donner ? Il va aller jusqu’au bout du don. Il va aller à la mort sur la Croix, qui est une mort cruelle et douloureuse et il va donner la totalité de son corps, la totalité de ses sentiments, la totalité de son être par ce sacrifice. Il n’y a pas une cellule du corps de Jésus, il n’y a pas un recoin de sa psychologie, il n’y a pas une partie de son âme qui n’ait été donné pour nous, par bonté et par amour pour nous. Ce don est complet et absolu. Il se traduit par la mort de Jésus et sa Résurrection glorieuse car la Croix ne se comprend que par la Résurrection. La Résurrection est vraiment l’acte de la joie et de la vie. C’est quand on regarde Jésus ressuscité, comme les Apôtres, comme les Saintes femmes, comme Marie, qu’on est pris par une espèce de tourmente de joie et de bonheur. La mort de Jésus se continue par le don de la vie qui nous est donné au moment de la Résurrection de Jésus et qui va se continuer par le don de l’Esprit à la Pentecôte. Tout cela est rappelé, est rendu actuel — écoutez bien cela — chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie. L’Eucharistie est le mémorial de la mort et de la Résurrection de Jésus.

foi,sacré cœur,christianisme         Je fais un tout petit cours que peut-être on vous a déjà fait, et qui peut revenir dans ce congrès… Est-ce que vous faites bien la différence entre un souvenir et un mémorial ? Que ceux qui font bien la différence lèvent le doigt… Très bien. Alors je vais continuer pour les autres, d’accord ? Quand Jésus célèbre l’Eucharistie, il dit aux Apôtres : « Faites ceci en mémoire de moi ». Il aurait pu dire, mais il ne le dit pas : « Faites ceci en souvenir de moi ». Le mot qu’il utilise est un mot très précis. Quelle est la différence ? Vous et moi, nous avons des souvenirs que nous fêtons d’ailleurs quelques fois. Le souvenir de votre naissance vous le fêtez le jour de votre anniversaire. Vous fêtez peut-être, j’espère, le souvenir de votre anniversaire de mariage. Les Sœurs fêtent l’anniversaire de leur grand Vœu. Un prêtre se rappelle de l’anniversaire de son ordination sacerdotale et ainsi de suite. Un souvenir est quelque chose qui a eu lieu une fois, cela ne se répète pas. On s’en rappelle mais cela ne se répète pas. Vous êtes né une fois, vous vous en rappelez, c’est fait, non ? Jusque-là vous suivez ?… Le mémorial est absolument différent : il a eu lieu une fois, en effet, dans l’histoire des hommes à un moment précis, mais nous pouvons le rendre absolument présent aujourd’hui. Ou à l’inverse, nous pouvons à travers le temps et l’espace nous rendre présent au mémorial. Exemple : les Juifs pieux célèbrent tous les ans la Fête des Tentes. À Jérusalem, dans les quartiers où se concentrent les Juifs pieux, une fois par an, ils sortent des maisons, ils n’ont pas le droit d’y rentrer, et pendant une semaine ils vivent sous des huttes de branchages. Ils ne rentrent donc pas dans les maisons. Qu’est-ce que cela veut dire ? Ils rappellent, alors écoutez bien cela, ils rappellent sous la forme d’un mémorial la fuite des Hébreux depuis l’Égypte et tout leur passage dans le désert avant d’arriver dans la Terre sainte, dans la Terre promise. Ce n’est pas un souvenir, ils ne font pas le souvenir des quarante ans que leurs ancêtres avaient passés dans le désert. C’est un mémorial, c’est-à-dire que invisiblement ils y sont transportés. C’est comme si invisiblement ils étaient avec leurs ancêtres, ou réciproquement c’est comme si leurs ancêtres invisiblement étaient présents à ce qu’ils font. Eh bien l’Eucharistie est un mémorial, c’est-à-dire que chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie « faites ceci en mémoire de moi » — rappelez-vous les paroles de Jésus redites à la consécration — nous traversons le temps, nous traversons l’espace, et c’est comme si vous et moi sur un registre différent nous étions présents le soir de la Cène quand Jésus célèbre la Pâque. Et la Pâque de Jésus concentre, en quelque sorte, tout le Mystère pascal, en tout cas la Cène concentre tout le Mystère pascal, ce qui veut dire que quand nous célébrons l’Eucharistie nous célébrons la mort de Jésus et nous célébrons aussi sa Résurrection. Mais on ne la refait pas, cela a eu lieu une fois. C’est comme si nous étions présents. Ou à l’inverse, on peut le dire de façon tout à fait inversée mais c’est la même chose : Jésus est présent, là, au milieu de nous. Est-ce que vous comprenez cela ? Et c’est cela qui est prodigieux à la messe. C’est prodigieux parce qu’une seule fois un sacrifice parfait a été célébré, par un prêtre parfait qui est Jésus, sur un autel parfait qui est l’autel de son corps, une seule fois dans l’histoire de l’humanité un acte absolument parfait a été fait par un être qui était à la fois un homme et un dieu. C’est toute l’Épître aux Hébreux. Si vous voulez approfondir ce que je dis, relisez simplement l’Épître aux Hébreux qui explique cela très bien. Une fois cela a été fait, mais chaque fois que nous célébrons la messe nous sommes unis à Jésus. Et, entre parenthèses, c’est pour cela que le prêtre célèbre in personna Christi, dans la Personne du Christ : cela veut dire que quand nous disons « ceci est mon corps » et« ceci est mon sang » ce n’est pas le prêtre qui le dit, c’est le Christ qui le dit à travers la bouche du prêtre. C’est très impressionnant de penser cela. Parce que toute la spiritualité sacerdotale part de là. C’est vous dire l’importance de l’Eucharistie comme mémorial. Et quand nous adorons l’Hostie, l’hostie est le prolongement en quelque sorte de la célébration eucharistique. C’est-à-dire que le corps de Jésus présent dans l’hostie, c’est ce corps qui est né de Marie, ce corps qui a souffert à la Passion, ce corps qui est mort et c’est ce corps qui est ressuscité. C’est donc le corps de Jésus mort et ressuscité que nous avons là devant nous. Et c’est ce Jésus qui est là dans l’Eucharistie qui nous dit qu’il n’est qu’Amour, qu’il a tout donné aux hommes, et que de la plupart il ne reçoit que des ingratitudes et des irrévérences et qui dit à Marguerite-Marie : «  Mais toi du moins veux-tu me faire ce plaisir de suppléer à… ? ». C’est pour cela que l’Encyclique Haurietis aquas a un passage sur l’Eucharistie qui n’est pas très long et que je vais vous lire, parce que c’est la continuation même, la mise en application du culte du Cœur de Jésus, la contemplation de l’Eucharistie. Voilà ce que dit le Pape Pie XII :

         « Qui pourrait décrire dignement les sentiments dont était imprégné le Cœur Divin (de Jésus), indice de son Amour infini, au moment où il se donnait lui-même aux hommes dans le Sacrement de l’eucharistie où il leur donnait sa Mère très sainte et nous faisait participer à la charge sacerdotale. Avant de partager la dernière Cène avec ses disciples, le Christ notre Seigneur qui savait qu’il devait instituer le sacrement de son Corps et de son Sang, par l’effusion duquel une Nouvelle Alliance devait être scellée, sentit son Cœur s’animer de sentiments ardents qu’il exprima à ses Apôtres par ces paroles : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ». Ses sentiments ont sans doute été plus ardents encore lorsqu’il prit du pain et après avoir rendu grâce il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi ». Et pareillement pour la coupe après qu’ils eurent soupé en disant : « Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon Sang répandu pour vous ». On peut donc affirmer que la Divine Eucharistie en tant que sacrement par lequel il se donne aux hommes et sacrifie, et pour lesquels ils s’immolent perpétuellement, ainsi que le sacerdoce, sont des dons du Cœur très Sacré de Jésus. »

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         Je pense que vous avez compris… Jésus est réellement présent dans l’Hostie. Il nous unis tous les jours quand nous célébrons l’Eucharistie de vous et nous [i], et qu’on l’adore dans le Saint-Sacrement à sa Passion et à sa Résurrection. Il envoie l’Esprit Saint sur ceux qui le regardent et sur ceux qui le prient. La grande douleur du Cœur de Jésus, comme il le disait à Marguerite-Marie, c’est justement de ne pas être aimé, et donc, du coup, la grande joie de Jésus c’est d’être aimé dans l’Eucharistie. Parce qu’il ne faut pas s’arrêter à la plainte. Quand on a de grandes douleurs, quelque part, quand elles sont compensées, on a de grandes joies. Si nous aimons Jésus, nous suppléons, nous compensons, nous remplaçons ceux qui ne l’aiment pas et donc nous donnons au Cœur de Jésus une joie vraiment extraordinaire. C’est très beau. Le Pape dit que Marguerite-Marie n’a rien apporté de nouveau à la doctrine catholique mais elle a permis de préciser, d’une certaine façon, toute la doctrine de l’Église catholique et en particulier cet amour de l’Eucharistie. Le Pape, dans la dernière partie de son encyclique, rappelle une phrase de Léon XIII : « L’acte d’Amour suprême par lequel notre Rédempteur, répandant toutes les richesses de son Cœur afin de demeurer avec nous jusqu’à la fin des siècles, institua l’adorable Sacrement de l’Eucharistie ». Vous voyez ?… Il dit que ce n’est pas une part minime de son Cœur qu’il a tiré de l’Eucharistie. L’Eucharistie est vraiment le Sacrement de la grande Charité de Jésus pour les hommes. Ça va ? Vous êtes encore là ? Vous ne sortez pas parce qu’il pleut, hein… Il est possible que dans ce que je vous ai dit là il y ait des choses un peu complexes pour certains. Ne vous cassez pas la tête, balayez cela, quand vous sortirez de la tente, que vous aurez un temps d’Adoration, dites-vous simplement : « Qu’est-ce que je retiens ? ». Dans un enseignement il y a toujours quelque chose à retenir. Dites-vous : « Qu’est-ce qui m’a touché le plus dans ce que j’ai entendu là ? », et laissez le reste. C’est par là que Dieu veut vous parler.

 

         Maintenant, je passe à la deuxième partie de cet enseignement. Puisque nous parlons des papes et du Cœur de Jésus, je voudrais vous parlez de saint Jean XXIII qui a énormément aimé le Cœur de Jésus. D’ailleurs, peu après son ordination sacerdotale, il est venu ici en pèlerinage à Paray-le-Monial, et il y est revenu ensuite trois fois étant Nonce, dont une fois plus solennelle que nous avons commémorée par une plaque qui est à l’entrée du Parc des Chapelains. Vous savez que Jean XXIII n’a pas écrit de document particulier ni sur l’Eucharistie, ni sur le Cœur de Jésus, en tout cas pas de document exceptionnellement solennel. Mais il a écrit un journal qu’on a retrouvé après sa mort, qu’on appelle « Le journal de l’âme ». Ce journal est le compte-rendu des retraites qu’il a faites dans sa vie, et il se livre en quelque sorte à lui-même, il écrit pour lui-même les sentiments de son cœur. C’est très touchant parce qu’on voit un homme qui est habité par l’amour du Cœur de Jésus. Je vais vous lire quelques passages et j’en ferai un commentaire tout simple.

foi,sacré cœur,christianisme         Je vais partir des passages sur le Sacré Cœur et je dériverai après vers des passages qui concernent le Saint Sacrement. Vous allez voir c’est très lié chez lui. Le premier passage que nous ayons, chronologiquement, est une retraite qu’il a faite quand il était séminariste à Rome, au séminaire romain. Il dit ceci : « Pour me préserver du péché, et ne pas me laisser courir trop loin de Lui (de Dieu), Dieu s’est servie de la dévotion au  Saint Sacrement et au Sacré Cœur de Jésus. » Vous trouvez les deux unis. « Cette dévotion devrait être toujours l’élément le plus efficace de mon progrès spirituel. Je m’efforcerai de la pratiquer de telle manière que mon amour et ma tendresse pour le Divin Cœur de Jésus présent dans le Saint Sacrement vivifie tout mon être, mes pensées, mes paroles, mes actions et se manifeste dans tous mes actes. Donc union la plus possible avec Jésus, comme si ma vie devait se passer entièrement devant le Tabernacle. ». Vous ne trouvez pas cela fort ? C’est puissant comme texte. Là il a vingt ans. Il dit : « …comme si toute ma vie devait se passer devant le Saint Sacrement ». Il n’était pas appelé à une vocation contemplative. Je crois qu’il s’est posé la question à un moment donné… Il était appelé à une vocation de prêtre diocésain. D’ailleurs qui ne s’est pas du tout déroulé comme il le pensait… Mais, ce qui était important pour lui, c’était d’être uni au Cœur de Jésus et son union avec le Cœur de Jésus était liée à son union à l’Eucharistie.

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          Alors, un peu de temps se passe, il est toujours au séminaire, mais un peu plus âgé. Il fait une autre retraite et il dit ceci : « Aujourd’hui, tout ce qui regarde le Sacré Cœur de Jésus me devient familier et doublement cher. » Il avait vraiment intégré à l’intérieur de sa vie tout ce qui concernait le Cœur de Jésus. D’ailleurs je crois qu’il a fait partie d’une société de prêtres dédiée au Cœur de Jésus. « Il me semble que ma vie est destinée à se dérouler à la lumière qui rayonne du Tabernacle et que je dois trouver dans le Cœur de Jésus la solution de toutes mes difficultés. Il me semble que je serais prêt à donner mon sang pour le triomphe du Sacré Cœur. Mon désir le plus ardent est de pouvoir faire quelque chose pour ce cher objet de mon amour. » C’est-à-dire, c’est Jésus. Il était prêt à donner sa vie pour Jésus. Et il aurait voulu en quelque sorte faire comme sainte Marguerite-Marie qu’il cite, à qui Jésus disait : « Je t’ai choisie pour révéler les merveilles de mon Cœur parce que tu es un abîme d’ignorance et de misère. » Et ça l’a encouragé beaucoup d’entendre cela. Parce qu’il se disait : « Si le Christ a dit cela à Marguerite-Marie et si elle est sainte, alors, moi qui suis un abîme d’ignorance et de misère, après tout, je peux devenir saint moi aussi. » Et donc il disait : « Je veux servir le Sacré Cœur de Jésus aujourd’hui et à jamais. Je veux que ma dévotion au Cœur caché dans le Sacrement d’Amour soit le thermomètre de tout mon progrès spirituel. L’essentiel de mes résolutions de cette retraite consiste à vouloir faire tout ce que j’ai noté jusqu’ici, en union intime avec le Sacré Cœur de Jésus dans le Saint Sacrement. » Il disait qu’il voulait être littéralement anéanti dans le Cœur de Jésus. Alors c’est très beau, vous voyez, de mettre son cœur dans le Cœur de Jésus. De mettre notre petit cœur, notre cœur blessé, fripé, pécheur, pas toujours propre… de le mettre dans le Cœur même de Jésus. Ce qui est incroyable c’est que c’est possible. Il y a des saints auxquels le Seigneur l’a fait physiquement et c’est un symbole pour nous. Cela veut dire que simplement nous les hommes, nous les pauvres chrétiens qui sommes là sous cette tente, en commençant par moi, qui sommes des hommes tellement limités et tellement pauvres… Il est possible en réalité que nous placions notre cœur à l’intérieur même du Cœur de Jésus et que le Cœur de Jésus batte à l’intérieur de nous.

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     Ensuite, troisième passage, là nous sommes en 1907, et Monseigneur XXIII, qui n’est pas encore Monseigneur d’ailleurs, l’abbé XXIII… L’Abbé XXIII ! L’abbé Roncalli ! — Seigneur, qu’est-ce que je raconte ?… — L’abbé Roncalli ! — n’importe quoi… on devrait créer une confrérie de gens qui s’appelleraient les historiens pour vérifier… — (Rire de l’assemblée). L’abbé Roncalli est devenu secrétaire de l’évêque de Bergame, qui s’appelle Radini-Tedeschi. Ce n’était absolument pas ce qu’il avait prévu, cela… Il fait une retraite et il dit ceci… D’abord il s’aperçoit que sa vie n’est pas du tout comme ce qu’il avait programmé… Mais il dit ceci : « Au cours de cette retraite j’ai éprouvé un grand élan pour la dévotion au Saint Sacrement et au Sacré Cœur de Jésus. Cette dévotion a été tout pour moi. Maintenant que je suis prêtre je dois être tout pour elle. Le Tasse, » qui est un grand écrivain italien, « disait : « De l’âme éprise de Dieu, elle va avec Lui, elle vient avec Lui, est toujours avec Lui. » Voilà comment doit être ma vie : toute tournée devant le Saint Sacrement. La dévotion au Saint Sacrement et au Sacré Cœur doit inspirer toute ma vie, mes pensées, mes sentiments, mes actions… en sorte que je ne vive que pour elle et en elle. » Vous voyez, c’est beau ! Il veut vraiment être uni à Jésus par son Sacré Cœur, dans l’Eucharistie. La retraite suivante est beaucoup plus tard, en 1931, en Turquie. À l’époque il est nonce en Bulgarie et en Turquie. 1931 n’est pas une période facile. Il s’isole pour faire une retraite pendant l’octave de la Fête du Sacré Cœur et il dit ceci : « Comme elle me plaît, la pensée de saint Augustin qui appelle le Cœur de Jésus “la porte de la vie“. «  C’est magnifique : le Coeur de Jésus est la porte de la vie. « On trouve parfois que dans le développement de la dévotion au Sacré Cœur au cours des dernières années, on a été aux limites de l’exagération… » Il y a eu des excès, cela ne fait aucun doute, dont on a beaucoup souffert après. « Mais si le Cœur de Jésus est vraiment la porte il n’y a rien de trop exagéré. Il faut passer par là à tout prix pour entrer et pour sortir et moi je veux passer par là. Une autre pensée me donne grande confiance. Elle est de saint Bernard, dans l’Office du Sacré Cœur : « Où notre faiblesse trouve-t-elle la sécurité et le repos sinon dans les plaies du Seigneur ? L’univers chancelle, le corps pèse de tout son poids, le Diable tend ses pièges, je ne tombe pas car je suis campé sur un roc solide, j’ai commis quelque péché grave, ma conscience se trouble, mais ne perd pas courage puisque je me souviens des plaies du Seigneur. Le secret de son Cœur paraît à nu dans les plaies de son corps. » Vous voyez cet amour du Cœur de Jésus, en Bulgarie, là, montre vraiment sa confiance dans l’amour de Jésus, dans son Cœur.

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          La dernière retraite en Turquie, dans laquelle il parle du Cœur de Jésus, s’est passée en 1937, avant la guerre. Il dit ceci : « Je veux être un homme de l’Eucharistie (vir eucharisticus), je veux l’être vraiment ». Il explique qu’il a une vie difficile, parce que comme nonce il est très occupé, et il n’a à lui que deux heures de tranquillité par jour, entre 22h et 24h. C’est donc à ce moment là qu’il veut être, en quelque sorte, uni au Cœur de Jésus. Ensuite il a été nonce en France et a continué à faire des retraites dans lesquelles il parle aussi du Cœur de Jésus, de cet amour du Cœur de Jésus et de ce que cela lui a donné dans la vie. C’est très beau. On sent qu’il y est extrêmement attaché. Je ne veux pas rentrer dans les détails par rapport à Jean XXIII aujourd’hui, parce que tout à l’heure en relisant ces textes pour préparer cet enseignement, ce qui m’a touché à travers ces textes c’est le cœur de cet homme, Jean XXIII. Parce que je trouve qu’il nous livre son cœur. Ce sont des notes de retraite, donc ce ne sont pas des enseignements. Dans des notes de retraite qui ne sont que pour soi, on peut parler de soi, il faut parler de soi, il faut aller jusqu’au bout de ce qu’on peut dire. Il n’avait pas du tout écrit cela pour que ce soit publié, il n’a pas pensé un instant qu’il serait pape. D’ailleurs, quand il est à Paris, c’est assez drôle… il dit qu’il est indifférent à toute forme d’avancement ou d’honneur. Alors, du coup, comme il était indifférent, Dieu s’en est servi et l’a fait Pape. Il ne s’en ait pas glorifié, vous voyez. Ce qu’il y a de très beau dans le témoignage de Jean XXIII c’est précisément le cœur de cet homme. Et je trouve que c’est très intéressant de citer ces deux papes, Pie XII et Jean XXIII, l’un après l’autre. Parce que Pie XII est un intellectuel, il donne un texte très beau et très fort, il se livre à travers ce texte qui suit une continuité remarquablement bien faite. Jean XXIII c’est tout à fait différent : il ne fait pas d’enseignement, il livre son cœur, il donne son cœur, il expose son cœur à lui-même, mais mystérieusement à nous aussi. Dont nous bénéficions, nous qui sommes sous cette tente, là, ce soir. De ce cœur de cet homme qui était un homme bon, qui est devenu un saint, qui ne se prenait pas pour un aigle, qui ne passait pas pour un aigle. C’est un homme qui n’a pas été estimé. Quand il était nonce en Turquie on ne pensait pas que c’était un modèle. On l’a envoyé en France parce que la situation était très difficile, en 1944, et on pensait qu’il allait arranger les affaires en urgence, ce que d’ailleurs il a fait… Le nonce en France est automatiquement nommé cardinal… il est devenu cardinal… Comme il fallait en faire quelque chose on l’a mis sur le siège de Venise, mais il ne passait pas pour un génie. Et voilà qu’il est devenu pape et qu’il a changé le cours de l’Histoire. Pourquoi ? Parce que c’était un cœur pur. C’était un petit, c’était un cœur pur, c’était un homme bon. Et cette bonté, il l’a puisée où ? Pas dans son intelligence. Ce n’est pas qu’il était sot, c’était un homme très cultivé. Mais il a puisé, tout simplement, dans l’amour du Cœur de Jésus, qu’il contemplait dans l’Eucharistie. Il a aspiré, en quelque sorte, l’amour du Cœur de Jésus qui venait à l’intérieur de son propre cœur. Ça va ? Vous voyez, donc, c’est beau de voir ces deux papes l’un après l’autre, très différent l’un de l’autre, et qui pourtant nous parle de l’Amour de Dieu.

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         Je vais terminer en nous lisant une prière de Jean XXIII. Une prière à Jésus dans le mystère de l’Eucharistie. Il l’a probablement écrite assez tard, probablement même étant pape :

         « Ô Jésus, voyez la prière qui s’élève plus intense et émue en ce jour de chaque autel et de chaque cœur de chrétien », (c’était la fête Dieu, la fête du Saint Sacrement), « Ô Jésus, regardez-nous de votre Sacrement tel que vous invoque le docteur angélique saint Thomas et avec lui la sainte Église. Ô Jésus Bon Pasteur, voici votre troupeau, le troupeau que vous avez rassemblé des quatre coins de la Terre, le troupeau qui écoute votre parole de vie et se propose de la garder et de la mettre en pratique, de la répandre, c’est le troupeau qui vous suit docilement, Ô Jésus, et qui sera si heureux de voir » (au Concile œcuménique qu’on allait réunir juste après) « le reflet de votre aimable visage, sur celui de votre Église, la Mère commune qui ouvre à tous ses bras et son cœur et qui avec émotion et confiance attend tous ses évêques » (là on voit bien qu’il a rédigé étant Pape) « Ô Jésus, Nourriture substantielle des âmes, ce peuple immense accourt vers vous, il veut répondre à sa vocation humaine et chrétienne avec une nouvelle ardeur, une nouvelle vie intérieure, disposé au sacrifice dont vous avez donné en paroles et en actes un exemple inimitable. Vous avez précédé chacun de nous Christ Jésus, qui êtes notre Frère aîné, vous avez pardonné les fautes de chacun, tous et chacun vous nous appelez à donner le témoignage d’une vie plus noble, plus convaincue, plus active. Ô Jésus, vrai Pain, unique et seule nourriture substantielle des âmes, rassemblez tous les peuples autour de votre table, elle est une divine réalité sur la Terre, un gage de faveur céleste, la garantie de bonne entente dans la justice entre les peuples et de pacifique compréhension pour le véritable progrès de la civilisation. Nourris pas vous et de vous, Ô Jésus, les hommes seront forts dans la foi, joyeux dans l’espérance, actifs dans les multiples applications de la charité. Les volontés sauront résister aux assauts du Mal, aux tentations de l’égoïsme, à la lassitude et à la paresse. Et aux yeux des hommes droits et craignant Dieu, apparaîtra la vison de la Terre des Vivants dont le cheminement de l’Église militante veut être l’image en faisant retentir dans le monde entier les premiers échos mystérieux et ineffables de la Cité de Dieu. Oui, Ô Jésus, soyez notre pasteur et notre protecteur, faites-nous connaître le bonheur dans la Terre des Vivants. Amen. Alleluia. »

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         Je relis cette dernière phrase, frères et sœurs, qui est tellement belle : « Oui, Ô Jésus, soyez notre pasteur et notre protecteur, faites-nous connaître le bonheur dans la Terre des Vivants. Amen. Alleluia. »

 

Père Bernard Peyrous

        


[i] L’assemblée et les prêtres.

 

Retranscription effectuée pour La Vaillante
par le podcast de réécoute de Radio Notre-Dame

Illustration & photographies :
Sanctuaire de Paray-le-Monial

 

Retrouvez cet enseignement retranscrit sur la page
La France & le Sacré Cœur

30.06.2014

Marguerite-Marie Alacoque et la sainte Eucharistie

Église St André Montreuil (93).jpg            « Qu’y a-t-il de plus obéissant que mon Jésus en la sainte Eucharistie ? où il se trouve à l’instant que les paroles sacramentelles sont prononcées, que le prêtre soit bon ou mauvais, ou quel usage qu’il en veuille faire, souffrant d’être porté en des cœurs souillés de péchés dont il a tant d’horreur. De même, à son imitation, il veut que je m’abandonne entre les mains de mes supérieures, quelles qu’elles puissent être, pour disposer de moi à leur gré sans que je témoigne la moindre répugnance, pour contraire à mes inclinations que cette disposition m’arrive, parce que je veux, toute ma vie, aller au rebours d’icelles, disant au fort de mes répugnances : Mon jésus a été obéissant jusqu’à la mort de la Croix, je veux donc obéir jusqu’au dernier soupir de ma vie, pour rendre hommage à l’obéissance de Jésus en l’hostie, dont la blancheur m’apprend qu’il faut être une pure victime pour lui être immolée, sans tache pour le posséder, pure de corps, de cœur, d’intention, d’affection ; et pour se transformer toute en lui, il faut mener une vie sans curiosité, d’amour et de privation, me réjouissant de me voir méprisée et oubliée, pour réparer l’oubli et le mépris que mon Jésus reçoit dans l’hostie.

            Mon silence intérieur et extérieur sera pour honorer le sien. Lorsque je parlerai, ce sera pour rendre hommage à cette parole du Père, ce Verbe divin qui est caché dans l’hostie.

            Lorsque j’irai prendre ma réfection, je l’unirai à cette nourriture divine dont il substante nos âmes dans la sainte Eucharistie, lui demandant que tous les morceaux soient autant de communions spirituelles qui m’unissent et me transforment toute en lui-même.

            Mon repos sera pour honorer celui qu’il prend dans l’hostie ; mes peines et mortifications, pour réparer les outrages qu’il reçoit dans la sainte hostie.

           J’unirai toutes mes oraisons à celles que le sacré Cœur de Jésus fait pour nous dans l’hostie ; de même, l’office divin, aux louanges que ce Cœur adorable y donne à son Père éternel, et en faisant la génuflexion, je penserai à celles que l’on lui faisait par dérision en sa Passion, et je dirai : Que tout fléchisse devant vous, ô grandeur de mon Dieu, souverainement abaissé dans l’hostie ! Que tous les cœurs vous aiment, que tous les esprits vous adorent et que toutes les volontés vous soient soumises ! Et en baisant terre, je dirai : C’est pour rendre hommage à votre grandeur infinie que je baise terre, en confessant que vous êtes tout, et que je ne suis rien. En tout ce que je ferai ou souffrirai, j’entrerai dans ce sacré Cœur pour y prendre ses intentions, pour m’unir à lui et pour demander son secours. Après chaque action, je l’offrirai à ce divin Cœur pour réparer tout ce qu’il y trouvera de défectueux, surtout mes oraisons.

            Lorsque je commettrai des fautes, après les avoir punies sur moi par pénitences, j’offrirai au Père éternel une des vertus de ce divin Cœur pour payer l’outrage que je lui aurai fait, afin d’acquitter ainsi peu à peu ma dette ; et le soir je mettrai dans cet adorable Cœur tout ce que j’aurai fait le jour, afin qu’il purifie ce qu’il y aura d’impur et d’imparfait dans mes actions, pour les rendre dignes de les lui approprier et de les mettre dans son divin trésor, lui laissant le soin de disposer de tout selon son désir ; ne me réservant que celui de l’aimer et le contenter, puisqu’il m’a fait entendre que je ne dois avoir de prétention en tout ce que je pourrai faire ou souffrir, l’ayant sacrifié au bien et en faveur de la Communauté.

            Après tout ce que je viens de dire, je frémissais de crainte de ne le pouvoir mettre en pratique, et comme j’allais à la sainte communion, il me fit entendre qu’il venait lui-même imprimer dans mon cœur la sainte vie qu’il mène en l’Eucharistie, vie toute cachée et anéantie aux yeux des hommes, vie de mort, de sacrifice, et qu’il me donnerai la force de faire ce qu’il désirait de moi. »

 

Marguerite-Marie Alacoque
« Retraite de 1684 » (1684)
in « Vie et œuvres de sainte Marguerite-Marie Alacoque » tome 2
Éditions Saint-Paul, 1991
    

 

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La France & le Sacré Cœur

 

Vitrail Saint-André de Montreuil (93)

 

13.05.2014

Un de ces centres d’où l’amour et la grâce du Seigneur rayonnent mystérieusement mais réellement sur votre cité

Coupole Sacré-Coeur Montmartre.jpg

Plaque de marbre aux lettres d’or gravée
Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

 

« … Nous sommes à Montmartre,
dans la Basilique du Sacré-Cœur,
consacrée à la contemplation de l’amour du Christ
présent dans le Saint-Sacrement.

 

Ce mystère de l’amour du Christ, nous ne sommes pas
appelés à le méditer et à le contempler seulement :
nous sommes appelés à y prendre part. C’est le mystère
de la Sainte Eucharistie, centre de notre foi, centre
du culte que nous rendons à l’amour miséricordieux
du Christ manifesté dans son Sacré-Cœur, mystère qui
est adoré ici nuit et jour, dans cette Basilique, qui
devient par là-même un de ces centres d’où l’amour et
la grâce du Seigneur rayonnent mystérieusement
mais réellement sur votre cité, sur votre pays et sur
le monde racheté (…) »

 

Jean-Paul II au soir du dimanche 1er juin 1980

« Je vous confesse que cette visite est un instant
privilégié pour moi et pour toute ma vie.
 »

 

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(Voir la Méditation intégrale du Pape Jean-Paul II

Canonisation du 27 avril 2014,
Fête de la Miséricorde Divine
Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre)

 

 

 


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La France et le Sacré Cœur

22.04.2014

La construction de cet édifice demandé par Dieu à la France a été décidée par un vote de l'ASSEMBLÉE NATIONALE

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

Inscription sur un pilier de la Basilique :

Paray-le-Monial 1689

Extrait de la lettre CIV de sainte Marguerite-Marie Alacoque :

Marguerite-Marie Alacoque Clignancourt.jpg

 

« Le Père Éternel voulant réparer les amertumes et angoisses que l'Adorable Cœur de son divin fils a ressenties parmi les humiliations et outrages de sa Passion veut un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur pour y recevoir consécration et hommages. »

 

 La construction de cet édifice demandé par Dieu à la France a été décidée par un vote de l'ASSEMBLÉE NATIONALE

le 23 juillet 1873
à la majorité de 244 voix.

 

Vitrail de Lorin, années 30
Notre-Dame-de-Clignancourt

UNE ADORATION DE LA SAINTE EUCHARISTIE

 Dieu qui simplifie tout

simplifie-moi

Eucharistie

Offrande sainte de Dieu

Par laquelle je touche à Ta Présence

Rends-moi pure

Simplifie-moi

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Tu es l’Essence de ma foi

Sa fin et son commencement

Ô disque pur

Cœur de Dieu

Plexus solaire d’où rayonne l’Amour divin

Lumière-source de toute Miséricorde

Durée éternellement présente fixée à la Blancheur

Où le spectre entier des couleurs est résumé

Touché de Dieu inaltérable

Qu’aucune prière n’usera jamais

Cercle chéri de l’abnégation

Comblé de Toi qui demeure partout

Et que rien ne peut contenir

Ô Christ

Ta Passion est donnée en ce disque parfait

Le Sang et l’Eau de Ton Côté

Nourrissent sans cesse

Ton Corps saint

Corps du Christ pure offrande

Qui ne tarit jamais

Abreuve-moi

Laisse se répandre en moi l’eau éternelle du Baptême

Que chacun de mes membres et toute cellule

Vivent de Toi

Que mes organes et toute âme

Soient drainés de Toi

Que ma peau et tout muscle

Respirent en Toi

Par Toi et pour Toi

Que mon être entier exulte

Et s’accomplisse en Toi

Ô

Lettre parfaite

Imprononçable à mon cœur de femme

Ô

Toi que j’aime pourtant

Et aspire à aimer de toute mon âme

Ô Jésus

Dieu qui te fis lumière et chair

Verbe venu au secours de mon imperfection

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Sacré-Cœur de Jésus résumé en Cela

Tu m’attires à Ta Résurrection

Vers laquelle je tends tout mon être éploré

Laisse-moi toucher la frange du Salut

Laisse-moi goûter à la beauté de Ton Visage

Jésus !

 Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
sa. 12 avril 2014, veille des Rameaux
Sandrine T.

                                              

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23.03.2014

Par sa nature et par sa vocation la France était prédestinée à posséder d'une manière spéciale et plus intime le Cœur royal de son Christ

[Retrouvez la page enrichie LA FRANCE & LE SACRÉ CŒUR]

 

StLongin BibleHistorialeXIIIèGuiarddesMoulins.jpgBible historiale XIIIème siècle - Guiard des Moulins

«          Par sa nature et par sa vocation la France était pré-destinée à posséder d'une manière spé-ciale et plus intime le Cœur royal de son Christ.

Ce Cœur de Jésus-Christ est le foyer et le symbole de son amour : amour ardent, généreux, magnanime jusqu’à la mort. Or, c’est l’amour surtout, qui parle à l’âme française. On ne gouverne guère le Français par la seule force ; on ne le fait pas agir ou combattre par contrainte : bientôt il brise le joug, et foule aux pieds son tyran quel qu’il soit. Au contraire, prenez-lui le cour ; passionnez-le pour un noble but, pour une idée désintéressée, montrez-lui l’exemple du sacrifice, qu’il se sente aimé : il n’est pas d’effort qu’on puisse obtenir de lui, son élan est irrésistible, son courage indomptable ; son dévouement ne connaît plus de bornes.

Aussi, dès que Jésus-Christ, dans sa beauté et son amour, se fut révélé à Clovis, et que les francs, d’enthousiasme, eurent conclu avec lui au baptistère de Reims leur pacte d’alliance, il s’établit entre la France et son divin Roi un courant de mutuelle confiance, un perpétuel échange de faveurs et de services, une étroite solidarité d’intérêts et d’aspirations, tels que l’histoire d’aucun peuple n’offre rien de comparable. Voilà ce qui devait amener, dans le cours des âges, une manifestation de plus en plus éclatante du Sacré Cœur de Jésus, manifestation qui atteint aujourd’hui son apogée [nous sommes en 1892], et dont nous espérons pour notre pays des bienfaits toujours plus magnifiques. 

Carte La France du Sacré Cœur.jpg Carte tirée de l'ouvrage La France et le Sacré Cœur
du P. Victor Alet de la Compagnie de Jésus
Paris, D. Dumoulin et Cie, Imprimeurs-Éditeurs, 1892
Cinquième édition

 

Le Père Félix[i] a bien mis en lumière ces providentielles harmonies entre le Cœur de Jésus et la nature et les destinées de la France. Ce que Notre-Seigneur attendait, avant tout, du peuple qu’il choisirait pour lui donner son divin Cœur, à la charge d’en propager le culte et d’en affermir le règne, c’était une puissance de prosélytisme capable de tous les dévouements. Or, où a trouver plus prompte, plus irrésistible, que dans notre patrie ? Le Français est d’une nature tellement expansive, qu’une fois en possession d’une idée, bonne ou mauvaise, il est tourmenté du besoin de la communiquer. La semence qu’il a reçue, semence de vie ou de mort, il faut qu’il la confie à tous les souffles qui passent, pour la disperser au-delà de ses frontières. Ne lui demandez pas de garder pour lui la vérité ou l’erreur dont il est dépositaire : non, il faut qu’avec lui on adore, ou qu’avec lui on blasphème ; et que, selon la nature des dons qu’il présente au monde, il en devienne le sauveur ou le fléau. L’apostolat du bien, le prosélytisme du mal, c’est sa passion, c’est sa vie. Et pour servir ce besoin d’expansion, le Français possède un merveilleux organe, une langue nette et précise, lumineuse et persuasive, envahissante et dominatrice, dont tous, amis et ennemis, subissent l’ascendant. 

Cathédrale StÉtienne Bourges 18.jpgVitrail Baie 6 Cathédrale Saint Étienne de Bourges (18) 

Il faut compléter ces réflexions en replaçant dans leur glorieux cadre historique les révélations de Paray-le-Monial. C’est qu’en effet, à cette influence du caractère et de la langue s’ajoutait alors la prépondérance irrésistible que la France tirait de sa situation politique. C’était l’apogée du grand règne ; la voix de Louis XIV était écoutée avec respect dans le conseil des rois ; il maintenait encore sur tous les champs de bataille la supériorité de ses armées, et ses flottent victorieuses portaient sur tous les rivages le prestige de nom français. Nos colonies étaient florissantes, nos missionnaires partout ! Au Canada et à Saint-Domingue, dans les Indes orientales et en Chine, dans les Échelles du Levant, la religion du grand roi était en honneur,  et à Stamboul même, le sultan avait des égards pour l’ambassadeur qui représentait la France. Enfin, dans toutes les factoreries de la Méditerranée, en Égypte et en Syrie, dans la Palestine et sur le mont Liban, dans toutes les îles de la Grèce, les Francs reprenaient l’influence que le temps leur avait enlevée, ils reconstituaient, au profit de leur patrie et de leur foi, les vieil héritage des croisades.

On conçoit dès lors que Notre-Seigneur ai fait à une cité française la révélation de son amour, et qu’il ait choisi pour évangéliste de son Cœur une Française, pour son premier apôtre un Français. Mais il voulut les prendre dans la vie religieuse : Marguerite-Marie, au sein d’un Ordre si éminemment français qu’on ne peut nommer ses fondateurs, François de Sales et Françoise de Chantal, sans faire résonner le nom même de la France, et Claude de la Colombière, membre de cette Compagnie de Jésus, qui, cosmopolite par son recrutement, n’en est pas moins française par sa naissance : Montmartre fut son berceau. »


Extrait de La France et le Sacré Cœur
du P. Victor Alet de la Compagnie de Jésus
Paris, D. Dumoulin et Cie, Imprimeurs-Éditeurs, 1892
Cinquième édition

 


[i] La France devant le Sacré Cœur, discours prononcé à Paray-le-Monial, le 20 juin 1873, dont nous donnons ici un résumé.