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25.07.2017

Le sacrifice eucharistique du Père Jacques Hamel

 Père Jacques Hamel.jpg         Tout ce jour, j’ai été sonnée.

      Dense journée hier. L’assassinat du Père Jacques Hamel.

 

 

 

 

 

 

 

Jerzy Popieluszko Issy.jpg         Aujourd’hui, en fin d’après-midi, j’ai eu besoin d’aller retrouver le Père Jerzy Popiełuzsko qui a une statue en haut du Parc saint Jean-Paul II, à Issy. J’y suis allée juste après le dîner. Comme j’ai appris qu’il a été torturé et son corps jeté dans la Vistule, son martyre de prêtre (en 1984) rejoint celui du Père Hamel égorgé sur l’autel de Saint-Étienne du Rouvray.

         La veille de sa mort, c’était sa fête, la saint Jacques.

         Je suis sûre, dans la foi, comme par une intuition spirituelle, que ce prêtre immolé sur l’autel est un signe pour la France et les âmes de notre pays, en union avec le sacrifice parfait du Christ célébré durant la messe, ce sacrifice d’action de grâce, produira beaucoup de fruits, de conversion.


Vertical Retouché Couleur.jpg         J’ai eu l’image du dessin du vitrail du Songe de saint Martin. La Miséricorde Divine. La compassion de saint Martin de Tours pour la France, comme une image en réminiscence, flottant au milieu de cet état de méditation du choc que j’accusais aujourd’hui. Je me suis allongée sur mon lit au retour du petit déjeuner et aussi au retour du déjeuner. Puis, j’ai lu le gros ouvrage du jésuite de 1892 sur La France et le Sacré Cœur.

         Je ne peux pas m’empêcher de mettre tout cela en lien. Ce prêtre innocent, comme un autre agneau de Dieu immolé avec le Christ durant la messe, avec cette sauvagerie qui frappe l’imagination de tous, une violence qui n’a rien à envier à celle de la crucifixion, et cette prière qui ne manque pas de se lever, en France, en Pologne pour la paix dans le monde. C’est un témoignage de la présence du Christ, de Dieu, au sein de la pire barbarie.

  


IMG-20160728-01010.jpg         Hier, après avoir reçu la nouvelle après le déjeuner, par Twitter, je suis allée à l’église Saint-Rémy de Vanves. J’ai pu me prosterner en croix sur le tapis au pied du tabernacle, au pied de Marie et Jean implorant du regard et recevant le Crucifié, au-dessus du tabernacle. Le chrisme est inscrit sur le tabernacle. La Paix du Christ y demeure.

         Une grand-mère avec ses deux petites filles, tout ce petit monde parlant italien, occupaient l’église fort bruyamment quand j’y suis entrée. Les deux petites s’affairaient avec des loupiotes pour les allumer, l’une avait la chaussure à un pied et une bottine à l’autre pied ; et sa sœur une bottine à un pied et l’autre chaussure à l’autre pied. Je l’ai vu quand je me suis agenouillé près du tabernacle. Mais d’abord, dans le chaos des voix qui envahissait l’église vide, j’ai pris un instant d’éternité, un genoux à terre devant l’autel, la main droite sur la poitrine, le visage contemplant l’espace de la Table sainte et du chœur. Un monsieur assez âgé était assis à droite et semblait tout aussi gêné et agressé par le chahut du trio, la grand-mère parlant aussi fort que ces petites filles, l’une d'elle ayant allumé la mèche à gauche du tabernacle. Il y avait quelque chose de la folie dans cette scène… J’ai comme forcé le barrage du bruit par mon calme et mon silence, m’agenouillant alors devant le tabernacle, et, fermant les yeux j'étais en prière. Ce tourbillon a fini par quitter les lieux, très vite.

 

Px Tabernacle St Rémi Vanves.jpg         J’ai constaté que le monsieur aussi était parti. La petite furie tapageuse avait eu raison de son recueillement. C’est alors que plus rien ne me retenait ; je me suis alors prosternée en croix, à plat ventre sur le tapis, au pied du tabernacle, tout près de l’autel, pour la paix de l’âme du prêtre, pour la paix dans le monde, pour réparation du mal en union avec le Christ et ce prêtre ; en reconnaissance de cette immolation sanglante où Dieu se rend présent pour le monde, au-delà de l'acte ignoble. J'éprouvais une grande paix ainsi prosternée.

         Ce martyre va permettre de redire ce qu’est la célébration eucharistique. Cet égorgement du prêtre sur l’autel comme l’Agneau de Dieu innocent dont le Sang précieux lave le monde de ses péchés.

         Ai demandé à saint Rémi de participer au réveil spirituel et catholique de la France. Si le Seigneur a permis ce sacrifice de son humble et fidèle prêtre (58 ans de sacerdoce) c’est qu’Il revient sur les autels de France, comme je l’avais demandé à travers saint Martin de Tours… Une petite église de province, une messe avec très peu de personnes pour assemblée, surtout âgées, un prêtre âgé célébrant… Dieu revient sur les autels de France… Le sang du Père Jacques Hamel se mêle à celui du Christ il y a 2000 ans et dont nous faisons mémoire à chaque messe. Le Précieux Sang du Christ présent dans le calice sur l’autel au moment de la transsubstantiation a sanctifié ce prêtre qui s’est donné avec Lui. — Tout prêtre se donne en sacrifice avec le Christ lors de la messe. Et les personnes de l'assemblée avec lui. Chacun y fait l'offrande de soi-même avec le Christ, pour et par le Christ. — Le scandale de la croix, le scandale de la mort de l’innocent a été vécu en communion avec le Christ par ce Père Jacques Hamel.

         Un pèlerinage naîtra à Saint-Étienne du Rouvray. Des conversions se produiront. Des conversions ont déjà commencé par la nouvelle annoncée de cet assassinat.


père jacques hamel, eucharistie, sacré cœur, la france, politique, christianisme,foi,prêtre,sandrine treuillard         Dieu ne peut laisser au hasard cet événement. C’est un mal affreux pour permettre à la Miséricorde Divine d’éclater dans toute sa splendeur. Un geste pédagogique de Dieu intervient au cœur de la monstruosité, au cœur de l’inhumanité pour à nouveau faire saisir la sublimité du geste libre de son Fils de se donner corps et âme pour les âmes, par pur amour. Dieu ayant permis ce geste odieux de l’égorgement de son prêtre nous donne en même temps la mission de rappeler ce qu’est la messe, ce que signifie ce sacrifice d’action de grâce, parfait, de la vie de Jésus offerte, présente dans les saintes Espèces, oui, Jésus ressuscité se rend présent à nous dans cette petite hostie que nous prenons, Il est là et Il se répand en nous quand nous communions à son Corps et à son Sang… Toute la beauté du catholicisme est là, dans la messe. Toute la bonté de Dieu y est. Et nous aussi, nous nous donnons au Seigneur, nous nous mêlons à Lui lors de ce sacrifice d’action de grâce, et nous jouissons de la paix du Christ, nous avons part à sa croix glorieuse et à la joie de pouvoir nous donner nous-même avec Lui, à travers Lui, la joie d’être transfiguré au fond de nous-même, de participer à sa nature divine. Ô Seigneur, donne nous d’expliquer ce que nous vivons à la messe, et que nous ne comprenons pas quand nous le vivons, donne nous de le saisir pour en être de justes témoins et ramener par cette parole du témoignage des âmes à Toi. Oui, fais que le sacrifice du Père Jacques Hamel qui s’est donné à Toi durant 58 ans de sacerdoce jusqu’à cet ultime messe produise beaucoup de fruits dans les âmes, des conversions. Que les personnes reviennent à la source du catholicisme, à la source de leurs racines spirituelles et qu’elles se laissent à nouveau remplir par la Miséricorde Divine qui désire tant retrouver ses Enfants de lumière.

         Merci, eucharistein, Père Jacques Hamel.

         Action de grâce.

         Dieu garde votre âme.

         Vous demeurez dans la Paix du Christ, dorénavant.

         Dorénavant vous contemplez son Visage.

         Vous voyez notre monde du Ciel.

         Et le monde viendra dans l’église de votre sacrifice ultime, dont le patron est le premier martyr, saint Étienne. Dieu va à nouveau parler à nos contemporains et à ceux qui vont suivre, à travers vous. Vous êtes participant du sacrifice parfait. Le Seigneur a fait de vous le docile instrument de son amour. La Passion du Christ jusqu’à la Croix glorieuse va pouvoir être entendue et vue à nouveau en France.

         Oui Seigneur, que ta Volonté se fasse en toutes tes créatures. Que ta Bonté impondérable soit à nouveau reçue !

         Que ton Règne eucharistique arrive.

         Que du Règne de ton Sacré Cœur jaillisse la Lumière !

 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgMercredi 27 juillet 2016, Chambre Accueil Jean XXIII
Prieuré Sainte Bathilde, Vanves.
(23h46)

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

 

 

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Sandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique,
Congrégation du Saint Sacrement, Chapelle Corpus Christi,
23, avenue de Friedland, Paris 8.

 

 

Article à retrouver sur les pages enrichies 
La France & le Sacré Cœur
Adoration Saint Martin

13.05.2017

Le renoncement inacceptable du combat sociétal pour les valeurs anthropologiques : Camel Bechikh

camel bechikh,la france,laïcité,Écologie humaine,économie,politique,vulnérabilité,foi,christianisme,islam,conscienceL’actualité nous amène à parler du rassemblement annuel de l’UOIF auquel vous avez participé. Pouvez-vous nous dire quelques mots de votre participation ?

Camel Bechikh : Le rassemblement annuel de l’UOIF a lieu depuis 34 ans. J’y suis invité en tant que représentant de Fils de France depuis 2012. Cette année est particulière puisque nous sommes en pleine élection présidentielle. Et je me suis autorisé à, succinctement, exposer que le vote pour Emmanuel Macron était une ineptie pour l’avenir de notre pays. Et le paradoxe a voulu qu’entre les deux tours cette organisation appelle, elle, à voter pour Emmanuel Macron. Pas uniquement elle, d’ailleurs, le CFCM aussi et la Grande mosquée de Paris. Ce qui est pour moi extrêmement dérangeant puisque considérer l’intérêt supérieur de la France c’est évidemment ne pas voter pour Emmanuel Macron, qui plus est lorsque ce dernier appelle à la légalisation de la PMA (Procréation Médicalement Assistée), lorsqu’il appelle à plus de libéralisme, à plus d’immigration, ce qui signifie en fait plus d’esclavagisme moderne. Comment est-ce qu’on délocalise des capitaux, des marchandises et maintenant des êtres humains. Le rêve d’Adam Smith, en somme. Je pense que tout cela, éthiquement, n’est pas acceptable et j’aurais préféré que les associations religieuses restent dans le domaine religieux plutôt que de donner un avis sur une élection aussi politique.

 

On a vu lors des résultats du premier tour que la plupart des gens qui avaient participé à la Manif pour tous ont voté pour François Fillon. En tant qu’ancien porte-parole de la Manif pour tous, qu’en pensez-vous ?

camel bechikh,la france,laïcité,Écologie humaine,économie,politique,vulnérabilité,foi,christianisme,islam,conscienceCamel Bechikh : Alors… il faut faire un peu d’histoire. En 1999 lorsque le Pacs a été voté à l’Assemblée Nationale, même des socialistes et des députés de gauche se sont opposé au Pacs. En 2017, le candidat Fillon que l’on présentait comme un conservateur non seulement n’abroge pas le Mariage pour tous, dit Loi Taubira, mais en plus autorise l’adoption simple. Et je trouve un immense paradoxe du fait que des gens qui s’étaient autant engagés contre ce projet de loi se résignent à voter pour un candidat qui validait cette loi. Il faut être conscient de la dégringolade, quand on pense, et je le répète, qu’en 99 des députés de gauche s’étaient opposés au simple Pacs et qu’aujourd’hui le candidat de la droite dite conservatrice valide le mariage homosexuel et que ce dernier appelle à voter pour Emmanuel Macron qui prévoit la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et prévoit aussi de reconnaître les enfants nés de GPA à l’étranger. En terme de renoncement du combat sociétal pour les valeurs anthropologiques, que l’on soit croyant ou pas, et là, en l’occurrence, il s’agit quand même majoritairement de public catholique, eh bien il y a un renoncement qui est inacceptable. Et aujourd’hui ce serait trahir l’engagement de ceux qui ont dit ”on ne lâche rien !” que de voter Emmanuel Macron.

 

En même temps il y a dans le socle de l’église catholique la notion de l’accueil de l’étranger qu’a défendu dernièrement le Pape. Comment pensez-vous que les gens se positionnent vis-à-vis de ces valeurs ?

Camel Bechikh : L’argument que l’on entend beaucoup parmi les gens qui ont milité à la Manif pour tous et qui sont prêts à voter Macron ou à s’abstenir, c’est l’accueil de l’étranger. Sauf qu’il ne s’agit pas dans le projet néo-libéral d’Emmanuel Macron de la générosité, de la charité à laquelle enjoint, engage l’Évangile. Il s’agit simplement de délocaliser des individus pour pouvoir mieux les exploiter et réhabiliter une forme d’esclavagisme moderne. On n’est pas du tout dans la charité, on est dans l’exploitation, dans l’humiliation même de ces populations que l’on fera venir ici pour faire les travaux les plus dégradants. Sachant que dans le même temps on vide les pays en question des forces vives qui peuvent assurer la prospérité de ces pays. Je pense au Maghreb, à l’Afrique subsaharienne où aujourd’hui la croissance est réelle, en terme de prospérité, en terme de richesse nationale. Il faut donc au contraire permettre à ces populations de pouvoir rester enracinées dans leurs cultures, dans leurs coutumes et participer à l’effort national pour accéder à la prospérité qui pointe son nez, aujourd’hui, dans ces pays-là.

Je reviens sur cette idée de charité : le néo-libéralisme de Macron, ce n’est pas la charité. C’est l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

À quelle charité appellerait alors Fils de France ? Une charité tournée vers la communauté nationale ?

Camel Bechikh : Une charité déjà tournée vers la communauté nationale. Une charité de partage de l’identité, de la culture, de 2000 ans d’histoire. 2000 ans d’histoire qui d’ailleurs n’existent pas pour Emmanuel Macron puisque pour lui la France n’a pas de culture et la seule culture qu’il propose est mondialisée, en fait une culture américanisée, uniformisée dans laquelle les coutumes, les traditions, les religions sont ramenées uniquement à la logique d’un grand centre commercial. Il faut donc être extrêmement lucide sur un Emmanuel Macron qui prétend être au-delà des clivages gauche/droite — c’est ce qu’il est, en vérité, mais en prenant le pire de la gauche et le pire de la droite. Qu’est-ce que le pire de la droite ? C’est le néo-libéralisme sauvage. C’est la domination de la finance. Et qu’est-ce qui est le pire de la gauche ? C’est ce progressisme-égalitarisme aveugle qui détruit l’anthropologie humaine et qui rejoint, finalement, le libéralisme financier en permettant que l’on vende et que l’on achète la vie, donc les enfants par le biais de la PMA & de la GPA.

 

On vient de le dire : Fils de France appelle à ne pas voter Emmanuel Macron. Pourquoi n’appelez-vous pas, dans ce cas-là, à voter pour Marine Le Pen ?  

Camel Bechikh : Parce que nous nous tenons à l’écart de la vie politique, autant que faire ce peut, et nous tenons à notre indépendance. En revanche, aujourd’hui, si Emmanuel Macron passait, ce serait, quasiment, du fait de l’accélération de l’histoire, du fait de la mondialisation, du mondialisme, du fait du sans-frontièrisme, ce serait la mise à mort de 2000 ans d’histoire pour le quinquennat qui arrive. C’est toujours moins de frontières, toujours plus d’immigration, toujours plus de lois dites progressistes, et finalement le triomphe du marché.

 

Faisons un peu de prospective et plaçons-nous après le second tour. Quels sont vos espoirs pour les cinq années à venir, pour le peuple français ?

Camel Bechikh : Comme je le disais la dernière fois : l’espoir de retrouver des frontières géographiques ; le fait de retrouver une souveraineté nationale ; que notre pays ne trouve pas les rennes de son destin à Bruxelles qui est vassalisée à la logique américaine, via le néo-libéralisme ; que nous retrouvions des frontières morales ; que nous cessions d’obéir aux minorités constituées en lobbies. Je pense évidemment à la Loi Taubira, à la Procréation Médicalement Assistée, à la GPA. Que nous remettions plus d’humanité même dans notre agriculture, en étant moins poussés à la surproductivité par les pesticides mais que nous revenions à une consommation plus locale et plus saine. Puisque l’on sait aujourd’hui que le traitement abusif de notre agriculture produit un certain nombre de maladies graves qui doivent être traitées en terme de santé publique. Comme l’on combat aujourd’hui le tabac, on devrait aussi combattre l’utilisation abusive des pesticides. Que nous revenions à une mémoire historique qui ne soit pas uniquement culpabilisante et au contraire qui soit un objet de fierté pour l’ensemble des français quelques soient leurs origines, quelques soient leurs religions, mais que nous revenions à ce qu’a apporté la France au monde dans le passé et que nous puissions la projeter dans le futur. En résumé, si j’étais américain, je voterais pour Emmanuel Macron. Mais je suis français.

 

Une dernière question, toujours en terme de prospective, concernant Fils de France et plus globalement les musulmans de France. Quels espoirs pour eux ?

Camel Bechikh : L’espoir qu’ils retrouvent de manière très naturelle la communauté nationale. C’est déjà le cas pour beaucoup, évidemment. Et que les associations dites victimaires soient effacées du paysage associatif par uniquement le bon sens retrouvé par les français de confession musulmane. Et que nous ne soyons plus l’objet de l’instrumentalisation politique, soit par la détestation, soit par la flatterie, qui dans un cas ou dans l’autre ne sert que les bas intérêts de la politique immédiate au dépend du socle national.

 

Merci Camel Bechikh.

Camel Bechikh : Avec plaisir.  

 

Retrouvez cet entretien sur la page enrichie consacrée à Fils de France sur La Vaillante
Une raison d'espérance        

  

 

      

03.05.2017

Ma priorité c’est la France : défendre l’intégrité de notre pays et de notre civilisation

Chers amis,

C'est avec très grand plaisir que je vous fais suivre, avec son autorisation, la belle lettre que mon ami Yves Meaudre a adressée à ses enfants.

Jusqu'à l'été dernier, Yves Meaudre était le directeur général d'Enfants du Mékong, ONG auquel il aura consacré sa vie pour sauver de jeunes asiatiques de la mort et/ou de la misère et leur offrir un avenir digne de ce nom.

Sans doute, un certain nombre d’entre vous ont-ils répondu à ses appels à la générosité.

Ce texte élevé constitue un bel appel à l'amour de la patrie, la nôtre, la France. On aurait aimé entendre plus de candidats s'exprimer avec cette hauteur de vue.

Bonne lecture

Antoine

 

Mes chers enfants,

Je vous confie mes réflexions à la suite d’un dîner d’il y a quelques jours avec des amis à qui je porte une réelle estime mais ceux-ci m’ont profondément troublé. Appartenant sans doute aux familles dont les noms sont les plus prestigieux de France, dont la fortune encore aujourd’hui reste relativement considérable avec un niveau d’étude pour certains au plus haut niveau, ils m’ont déstabilisé. Toutes ces facilités n’excluant pas leurs drames intimes et profonds que le siècle provoque dans leurs propres familles. Nul ne peut se targuer d’être imperméable aux assauts d’un monde très offensif à l’encontre de nos convictions les plus profondes.

Le sujet du dîner était politique et les choix très ”marqués” avec des positions qui interdisaient tout désir de comprendre la raison pour laquelle tel ou tel adhérait à telle option. Certains sont mondains (parisiens), d’autres plus dans la réflexion affective, mais la plupart assez conditionnés et peu autonomes. Insister aurait risqué de rendre à l’avenir les relations pénibles. Sans trahir ce qui m’habite : l’amour profond de mon pays et de sa grandeur. Avec une certaine peine je constatais que ces petits fils de ”morts héroïques” pour la France avaient une vision ”sentimentale et mondaine” de la chose politique. Lieu grave parce que c’est un lieu de guerre. Comme nous les aimons bien nous n’avons pas voulu poursuivre. Comment se positionner en face d’arguments ”définitifs” ? Aussi ai-je réfléchi à ceux qui m’ont beaucoup marqué.

politique, yves meaudre, la france,  Je me souviens de la démarche intellectuelle des deux derniers papes, Jean Paul II et Benoit XVI. Tous les deux professeurs d’université qui, voyant un élève adhérer à des positions inverses de celles qu’ils développaient, se taisaient et se mettaient avec une acuité accrue à l’écoute profonde et sincère de ”leur adversaire”. Ils cherchaient en celui-ci les raisons justes qui l’avaient amené à cette position. Non pas pour les réfuter systématiquement mais pour dégager la vérité profonde qui pouvait sortir des éléments passionnels ou idéologiques. Cette position fût celle du Cal Ratzinger avec ”son ami” Hans Küng, ou Wojtyla proposant les conférences au journal Znack avec des personnalités comme Martin Frybes ou Adam Michnick ”marxiste anti communiste !! ”. C’est grâce à cette logique du principe des recoupements que le régime de fer communiste est tombé. Le diable diabolos effaçant toute possibilité de raisonnement pour ne retenir que la peur et la colère qui sont les lieux où il se complait en insistant sur ce qui divise les personnes, même les plus proches.

Le principe des recoupements est l’attitude d’un Tugdual Derville. Il a su en réunissant des personnes idéologiquement très lointaines voire opposées, les faire adhérer à des principes fondamentaux sur lesquels ils étaient en accord. Il a fait tomber des forteresses d’incompréhension sur son combat et a provoqué les manifestations monstres de 2013. Aussi est-il devenu l’objet de véritables violences depuis.

politique, yves meaudre, la france,  Mon temps polonais pour moi a beaucoup construit mon jugement. Une violence d’état interdisant tout débat sur le fond, comme aujourd’hui en France, nécessitait une intelligence de comportement dans les positions politiques. Les professeurs Tischner et Wojniakowski rappelaient à tous la priorité du combat au-delà de toute attache partisane : Défendre l’identité polonaise, l’apport de la culture polonaise dans la construction de l’unité de la patrie et rassembler autour de ces principes simples la nation polonaise. Les héroïques professeurs de l’université Jagelon, comme le Pr Wojniakovski soutenus par l’archevêque de Cracovie Mgr Wojtyla, maintenaient le fil.


Jerzy Popieluszko Issy.jpgÀ l’exemple de cet immense pape, sans renier notre personnalité ni nos convictions, définissons paisiblement dans nos positions politiques nos priorités : l’identité de ma patrie et la culture propre de ma civilisation. Le Père Popiełuzsko, dans ses sermons pour la patrie, touchait là les fondements de l’autorité morale de l’Etat communiste. Celui-ci avait bien compris que cette catéchèse mettait à jour l’incohérence de son système et la contradiction brutale de l’idéologie marxiste avec l’âme polonaise. On connaît sa réponse à celui dont la cause de canonisation est en route. La mort. Comme Jean Paul II, sera l’objet d’un attentat. Tout le travail de résistance de ce dernier s’est centré sur ce ”combat”. Abattre le marxisme pour lui passait par la construction de l’âme polonaise comme Soljenitsyne fera un immense travail de reconstruction culturelle de l’âme russe. On en trouve la synthèse dans son dernier petit livre : Comment reconstruire notre Russie. C’est un peu la réponse à son fameux discours de Harvard qui dénonçait la mort de l’âme de nos nations, ce qui pour nous est d’une cruelle actualité.

politique, yves meaudre, la france,  Il faut prendre acte que l’autre, en raison des innombrables couches sédimentaires qui ont construit son raisonnement et sa psychologie, ne peut pas en un dîner adhérer à tout ce qui nous a structurés parfois de façon privilégiée. Présentons à l’exemple de Ste Bernadette ce que nous savons de notre patrie mais avec la conscience que nous ne savons pas si notre interlocuteur le croira. « Nous ne sommes pas là pour vous le faire croire mais pour vous le dire » ! Or Bernadette Soubirous est venu au moment où les loges prenaient une grande ampleur sur les consciences en France.

Le dire est justement ce que déjà le système veut interdire. D’où la loi ahurissante et anticonstitutionnelle du « délai d’entrave ». La campagne électorale est la démonstration la plus claire du déni de démocratie.

Le démon joue avec un brio extraordinaire sur les affectivités blessées, les éducations très marquées socialement, les expériences personnelles. L’embrigadement intellectuel de l’école primaire à l’université, les mass media interdisent pratiquement toute autonomie intellectuelle. Raison pour laquelle le principe démocratique semble complètement cironné (vermoulu). La campagne électorale atteint un niveau de non raisonnement abyssal révélant par-là que le combat se fera dans l’éducation des âmes et des cœurs sur le long terme. Comme les fils des officiers de Katyn ont su reprendre le cours de l’histoire en permettant à Solidarnosk (non pas limité au seul mouvement ouvrier de Walesa) d’émerger et de chasser les assassins de leurs pères par la volonté des consciences.

politique, yves meaudre, la france,  Contingentement et sans passion :

Pour le court terme je m’en tiens à la pertinente position maurassienne. La politique est l’art du possible ; aujourd’hui elle n’est ni du domaine de la morale ni de celui du religieux, c’est du pragmatisme pur ou entre deux maux on choisit le moins pernicieux. Cela n’a pas une valeur morale propre. Les démocrates-chrétiens se sont, à la suite de Marc Sangnier du Sillon, toujours fourvoyés dans une vision irénique. Ils ont toujours exigé des hommes politiques des positions de dames d’œuvres. Les évêques ont souvent sur ces questions-là des jugements qui confondent le jugement moral sur la personne d’avec le jugement sur l’efficacité d’une politique. Si le ”saint” Louis XIII avait lu Sangnier il n’aurait jamais pu à 14 ans (!) faire assassiner sous ses yeux le redoutable Concini ! Si jeune il a su trancher pour le salut du royaume. Quelle leçon politique ! Si Louis XVI, très marqué par la vision sentimentale de l’abbé Soldini, avait fait le roi à la demande de sa très sainte sœur Madame Elizabeth il nous aurait épargné vingt-cinq ans d’hémorragie sanglante et le drame d’une lutte des classes endémique que nous vivons encore aujourd’hui. Faire le roi consistait à la façon de Bonaparte à monter sur son cheval et charger les révolutionnaires pour galvaniser ses troupes.

Vous voyez où j’en viens :

Que m’importe que Fillon ait abusé de sa position pour favoriser ”légalement” sa famille, s’il décide de défendre notre patrie, ce qui est pérenne et assure la continuité de notre culture et de notre rayonnement, que m’importe les outrances et les provocations d’une Marine Le Pen et ses positions économiques qu’elle adaptera sûrement à la situation qu’elle trouvera si elle était élue... cela ne me fait pas bouger de mes intentions de vote.

Ma priorité c’est la France. C’est de défendre mon pays actuellement en situation d’être submergé par une culture et une religion ou par la négation de nos racines spirituelles (ces deux logiques s’alimentant). Le fait d’aimer la France dans les termes que de Gaulle développait, le fait de désigner la mondialisation comme le moteur de désubtanciation de notre peuple appellent mon soutien. Que j’eusse de la sympathie pour l’un ou pour l’autre n’a aucun intérêt, je n’en ai ni pour l’une ni pour l’autre ! Je soutiens simplement le fait qu’il me semble impossible qu’un futur chef d’état devant les ennemis de son pays - et chez eux - insulte sa propre patrie en l’accusant de génocide. Pour moi cette déclaration - s’il venait à devenir chef d’état - est passible de la haute cour. Qu’il y ait un vice dans la construction intellectuelle et morale de ce garçon jouet de la grande finance et des libertaires les plus enragés est une chose, mais insulter les innombrables morts de nos propres familles est tout simplement impossible. Que Macron - puisque c’est lui que j’évoque - soit soutenu par les personnages les plus malsains qu’une société engendre, Xavier Niel pourvoyeur des sites pornographiques et du minitel rose, d’une Taubira chef d’un parti qui voulait mettre la France dehors de la Guyane, d’un Bergé qui a tweeté que si une bombe explosait au milieu de la Manif pour tous ce n’est pas lui qui allait pleurer, etc. le définit pour moi comme l’ennemi à qui il faut tout faire pour l’empêcher d’accéder au pouvoir. Mon choix obéit à une question d’âme.

J’ai fait le choix de donner la priorité à ceux qui aiment et disent vouloir défendre l’intégrité de notre pays et de notre civilisation. Que ce soit de l’opportunisme, du calcul peu importe, ils le disent et les paroles engagent. Ma prise de position justifiera pour les ennemis de notre pays les douze balles dans la peau qu’ils m’infligeront. Pour moi il est impossible de mettre sur un même plan ce personnage sans substance et otage des forces internationales les plus sulfureuses d’avec une fille sans doute outrancière mais se disant convaincue ”en termes sommaires” de son attachement à sa patrie.

Je ne veux en aucun cas des socialistes qui haïssent la France et tout ce qui est le fondement même de notre être : ils se sont attaqués à l’âme de nous-même. Le quinquennat terrifiant qui se prolongera avec son héritier est résumé dans un document qu’a sorti Tugdual Derville. Celui-ci est effrayant : 36 décisions politiques sociétales, le mariage pour tous est le plus connu, mais la suppression de la clause de conscience, le contournement de la PMA/GPA que Macron et l’inquiétant Mélenchon légiféreront, l’absolutisation de l’avortement, le divorce à l’amiable, la promotion du genre à l’école primaire, la diminution des prestations familiales font un document de 27 pages ! Une descente aux enfers.

politique, yves meaudre, la france,  Ma priorité est de bloquer au premier tour toute possibilité à ce monde délétère d’être présent. C’est mon choix pour Fillon. Si malgré cela Macron devait passer au premier tour je voterai sans hésiter pour une fille qui dit vouloir défendre la France, refuser tout compromis avec la GPA et la PMA et proclame haut et fort que la France a une longue histoire fondée sur ses racines chrétiennes. Je n’ai aucune sympathie et pour l’un et pour l’autre et je comprends qu’on puisse ne pas en avoir ; ceux qui m’ont développé leur opposition à celle-ci ont des arguments. Mais je reste Maurrassien (toujours) ; j’estime que dans une guerre il faut faire des choix, les non choix sont des choix par défaut qui profitent à l’ennemi ; ici ils donnent du terrain à celui qu’on a défini comme le plus dangereux pour notre âme. Toujours Maurras : la politique du pire n’est jamais la meilleure. Pie XII a officiellement soutenu ceux qui prêchaient l’alliance avec l’URSS en 1942 pour abattre le nazisme. De Gaulle n’a eu aucun état d’âme à employer les communistes qui, six mois plus tôt étaient les alliés des allemands ! dans sa lutte contre les nazis. Sans vouloir accabler la pauvre Marine d’une telle comparaison j’ai conscience que l’alternative proposée est pire pour notre âme avec Macron qu’avec celle-ci. C’est la position cohérente de Villiers, même si celui-ci fait l’erreur de laisser entendre qu’il soutiendrait celle-ci dès le premier tour, ce qui n’est pas tactiquement judicieux. Mais ses raisons tiennent pour lui à des règlements de compte personnels à assouvir.

 

politique, yves meaudre, la france,  Dans tous les cas nous devrons travailler à l’exemple de Soljenystsine pour la Russie, de Jean Paul II pour la Pologne, à la reconstruction des intelligences de nos enfants.

Christ est bientôt ressuscité !

Votre père.

Yves Meaudre

Avril 2017

Les électeurs voulant protéger la famille face à un dilemme : voter blanc ou voter Le Pen


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Ce qui est dans le document que vous pointez est exact. Macron est officiellement contre la GPA mais pour la filiation "artificielle" des enfants issus de GPA à l'étranger dans l'état-civil Français.
Cette position est incohérente à mon avis, et va permettre d'arriver à la légalisation de la GPA en France en deux étapes :
  1. Le business de la GPA peut se faire à l'étranger, on ferme les yeux sur ce que cela signifie réellement, et les habitudes sont prises.
  2. Puisque cela se fait à l'étranger, pourquoi ne pas le faire aussi en France avec un "encadrement" législatif d'une GPA "éthique" qui "respecterait la dignité des femmes" (c'est légal, donc la dignité des femmes est respecté !).
Il faut aussi prendre en compte la lettre ouverte de Macron concernant les LGBTI disponible ici. Quand il écrit "ma priorité sera une lutte implacable contre les anti-LGBTI dans toutes leurs dimensions", je comprends qu'il luttera contre tous ceux qui contestent les revendications de la communauté LGBTI, en particulier sur la question du mariage homosexuel, de l'adoption par des couples homosexuels, de la PMA et GPA pour les homosexuels, et plus généralement, ceux qui contestent l'idéologie du genre sur laquelle se base toute la théorie LGBTI. Ainsi, la promesse de Macron peut être comprise comme une déclaration de guerre contre La Manif Pour Tous qui conteste pacifiquement ces revendications des LGBTI et qui dénonce de façon argumentée cette idéologie du genre. Ceci est très inquiétant dans une démocratie.

D'autre part, la situation électorale actuelle est inédite. Constater que les grands partis traditionnels de droite (Les Républicains, ex UMP) et de gauche (PS) ne sont pas présents au second tour est une première depuis plus de 50 ans. Cela montre le délabrement de la vie politique en France. Il faut donc analyser la situation de façon précise et voir toutes les solutions possibles.

D'abord, on peut analyser les programmes des deux candidats restant en lice. Pour cela, je vous renvoie à l'excellent site WEB Boomerang qui analyse et compare les programmes des deux candidats sur les question "sociétales". Le résultat est sans appel : Macron ne peut être sélectionné, et Marine Le Pen s'en sort relativement bien. Il reste les questions économiques pour lesquelles il est beaucoup plus difficile de trancher entre les deux. La priorité à donner entre les deux analyses revient à se demander si les problèmes actuels de notre société viennent de dérives économiques ou de dérives morales, l'un entrainant l'autre. Pour ma part, je pense qu'il s'agit, avant tout, de dérives morales qui provoquent ensuite des dérives économiques.

Il faut aussi bien comprendre ce que sont réellement les deux mouvements politiques restant en lice.

D'une part, on a le Front National. Il faut se garder de plaquer la même analyse qu'il y a 30 ans sur le parti de Jean-Marie Le Pen. Sa fille a pris ses distances avec son père, et cela a fait des vagues (c'est le moins que l'on puisse dire !). La bataille a été sanglante, et c'est la fille qui a gagné. Le fait que ce parti n'ait pas été interdit montre qu'il n'est pas antisémite ou fasciste, comme certains voudraient le faire croire pour pouvoir le diaboliser. En travaillant régulièrement au Parlement Européen et au contact de tous les courants politiques européens, je peux confirmer cela. Je n'ai jamais constaté ou même senti la moindre tendance antisémite, raciste ou fasciste au FN. Néanmoins, les positions de Florian Philippot, N°2 de ce parti, sont souvent inquiétantes, en particulier sur sa tendance à vouloir augmenter le contrôle de l'état sur le pays. Cela se traduit, entre autres, par une position sur l'école qui mettrait les écoles "libres" sous contrôle étatique. Or la liberté d'enseignement est une des libertés sur laquelle je ne transige pas. Notez également que sur ce point, le programme de Macron n'est pas meilleur...

D'autre part, on a le nouveau mouvement En Marche. Ce mouvement politique est une création nouvelle qui a été appuyée ouvertement par les médias dominants en France. Dans son livre "Un Président ne devrait pas dire cela", Hollande explique fin 2015 que lorsque l'on est bloqué par des partenaires politiques qui refusent d'aller dans la même direction que le PS, il faut créer une nouvelle formation politique sur la base de l'ancienne formation (le PS), procéder par élargissement et non par alliance, et le faire dans la perspective d'une élection présidentielle de préférence. (voir cet extrait ici). Vu les divers ralliements à En Marche, on voit bien qu'ils sont en majorité issus de l'aile libérale/libertaire du PS. Tout porte à croire que En Marche est la nouvelle version du PS sous "fausse bannière" apparente, et créée par François Hollande. Ce n'est pas bon signe...

Pour le second tour de l'élection présidentielle, nous avons 4 possibilités :
  • L’abstention, 
  • Le vote blanc,
  • Le vote Macron,
  • Le vote Le Pen.
 
L’abstention n'est normalement pas admissible en politique. Cela revient à abandonner le droit de vote. C'est, dans une certaine manière, abandonner la démocratie.
Le vote blanc ne sert à rien en France, et c'est un grave problème de démocratie. Si on avait la possibilité de dire que s'il y a plus de 50% de votes blancs, tous les candidats du 1er et du second tour sont éliminés définitivement et que l'on recommence l'élection à zéro, on pourrait utiliser cette solution pour relancer cette élection sur de nouvelles bases. Mais ce n'est malheureusement pas le cas. Le vote blanc est maintenant comptabilisé dans les statistiques, mais, comme pour l'abstention, c'est une attitude qui conduit à laisser à d'autres le droit de décider à votre place.
Le votre Macron revient à approuver son programme anti-famille et libertaire. C'est accepter de continuer sur la voie tracée par François Hollande, et je ne peux m'y résoudre.
Le vote Le Pen reste difficile à faire vu l'histoire de ce parti et certaines orientations politiques (étatisme).

Donc, en disant "NON A MACRON !" comme l'a décidé La Manif Pour Tous, on laisse le choix à tout le monde de décider en son âme et conscience entre le vote Le Pen et l'abstention ce qui est le mieux pour la France. C'est, de mon point de vue, la meilleure façon de respecter les personnes, en respectant leur choix, un choix qui n'est pas facile.

Mais il faut aussi replacer cette élection dans la perspective des autres élections. Nous aurons dans un mois les élections législatives, et ce sont elles qui décideront réellement des orientations politiques du pays. Un président sans une majorité à la chambre ne peut pratiquement rien ; c'est la cohabitation. D'habitude, les élections législatives donnent au président élu un parlement qui lui est acquis, mais ce n'est pas une règle. En particulier, si le président est élu avec une faible majorité, il est moins probable que les élections législatives lui donnent également une majorité, plus encore dans le contexte actuel. Certaines personnes font ce calcul politique, et vont voter pour le candidat le moins bien placé dans les intentions de vote pour affaiblir au maximum celui qui est donné vainqueur dans tous les sondages. Dans le cas présent, ils voteront Marine Le Pen au second tour par calcul électoral et non par adhésion aux idées du Front National, sachant que Marine Le Pen n'a pratiquement aucune chance d'être élue selon les sondages. Ce raisonnement peut sembler absurde à première vue, mais il est parfaitement justifiable. D'autres voteront blanc pour montrer leur désapprobation des deux candidats. C'est aussi parfaitement justifiable, mais cela signifie également qu'ils laissent aux autres le choix de décider à leur place.

D'autre part, appeler à voter Macron ou Le Pen au second tour des élections présidentielles n'est pas sans conséquences sur les élections législatives. Appeler à voter pour un des deux partis maintenant et appeler à voter pour un autre parti dans un mois est incohérent et décrédibilise ceux qui diront cela. Ils passeront pour des girouettes, et on n'a pas besoin de girouettes en politique. Ces politiciens de droite qui appellent actuellement à voter Macron et qui vont ensuite appeler à voter contre Macron vont se ridiculiser. Peut-être espèrent-ils sauver ainsi leur prébendes ?

Bref, les électeurs français qui veulent protéger la famille sont face à un dilemme : voter blanc ou voter Le Pen. Cela se traduit dans tous les cas par "Non à Macron !". À eux de choisir la voie qui leur semble préférable.

Je mets également en pièce jointe à ce message une autre analyse d'Yves Meaudre, un grand chrétien qui était, jusqu'à l'été dernier, le directeur général d'Enfants du Mékong, ONG auquel il aura consacré sa vie pour sauver de jeunes asiatiques de la mort et/ou de la misère et leur offrir un avenir digne de ce nom. Il parle de cette élection présidentielle de façon très intéressante, en constatant combien de personnes réagissaient de façon affective mais irraisonnée sur ces sujets politiques. Je vous laisse lire cette belle lettre.

Bien cordialement.
Antoine

15.04.2017

Produire l’idée d’une France asséchée de transcendance, de spiritualité et de sacré, c’est présenter une sous-France

         Comment vivre ensemble entre personnes de culture ou de religion différentes ? Comment appréhender l’acculturation des populations issues de l’immigration ? La laïcité constitue-t-elle une réponse ? Maire de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) depuis 2002, Xavier Lemoine a accepté, pour Permanences, de se livrer à un dialogue en profondeur et sans langue de bois avec Camel Bechikh, français musulman, président de Fils de France, mouvement patriotique qui s’adresse principalement aux musulmans.

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Permanences
- Xavier Lemoine, comment la population, notamment musulmane, de Montfermeil et vos élus ont-ils perçu les événements du 7 janvier puis du 11 janvier 2015 ?
 

 

Capture d’écran 2016-02-05 à 12.38.53.png         Xavier Lemoine : Vous faites bien de relier les événements du 7 et du 11 janvier parce qu’il y a une continuité entre eux, qui a consacré une forme de fracture.

         La tuerie de Charlie Hebdo, a été vécue de manière très différente par la communauté musulmane. Il y avait une réprobation envers les journalistes de Charlie Hebdo. Le sentiment était, qu’en gros, « ils l’ont un peu cherché ». Il fallait une discussion de personne à personne pour faire évoluer les choses, mais on sentait une réserve, une blessure.

         Ensuite, il y a eu cette montée en puissance - dramatique et dangereuse - du slogan ”Je suis Charlie”. Il y a eu une impossibilité - je l’ai vécue au sein de mon conseil municipal - de pouvoir communier avec les 4 millions de personnes qui ont marché le 11 janvier.

         Nous en avons parlé et mes élus de culture ou de confession musulmane ont été soulagés et m’ont dit : « Merci de nous comprendre et de nous donner la possibilité de pouvoir vous rejoindre dans cette indignation, sans être sur le front ”Je suis Charlie”, car nous ne pouvons pas être Charlie ». Dès lors que l’on fait bien la distinction entre l’esprit du journal et les hommes qui ont perdu la vie, il est possible de revenir à une indignation partagée par le plus grand nombre.

         C’est un travail à faire à l’échelle d’une commune, parce qu’il y a une relation de confiance avec des personnes. C’est à nous de reprendre tranquillement ces événements pour pouvoir rapprocher les points de vue.

 

P - Camel, vous sillonnez la France, vous parlez dans des mosquées. Qu’avez-vous observé à cet égard ?

 

Capture d’écran 2016-02-05 à 12.41.50.png         Camel Bechikh - Évidemment, quand Charlie publie un dessin où l’on voit la Vierge Marie copuler avec le Christ, je ne peux pas y souscrire, pas davantage que je ne souscris aux caricatures liées à l’islam.

         En revanche, face à la tuerie, à l’esprit de communion nationale et de deuil national, j’ai vu évidemment une solidarité, mais qui doit être, comme le disait très justement Xavier Lemoine, stratifiée. On ne peut pas adhérer à tout ”Je suis Charlie”, mais à une partie de ”Je suis Charlie”. C’est exactement ce que j’ai rencontré à la suite du 7 janvier.

         Par ailleurs, il y a une chose que l’on ne perçoit pas forcément sans être à l’intérieur de la communauté musulmane, c’est la grande peur d’être assimilé ou soupçonné de sympathie à l’endroit des tueurs. Il y a une tension. Par ailleurs, j’ai reçu beaucoup de messages de sympathie d’amis catholiques me disant de ne pas faire d’amalgame, au sens où tous les Français ne sont pas dupes de l'agressivité de Charlie Hebdo dans ses caricatures. Le ”pas d’amalgame” fonctionne donc dans les deux sens.

 

Capture d’écran 2016-02-05 à 12.39.48.png         X.L. - La question du ”pas d’amalgame” est très importante. Ce mot d’ordre est dangereux dans ce contexte de méfiance envers la communauté musulmane, notamment parce que l’on ne peut déconnecter l’épisode Charlie de ce qui se passe en Syrie, en Irak, ou encore au Nigéria.

         Là-bas il y a des chrétiens qui sont directement victimes de mouvements politiques qui se réclament, qu’on le veuille ou non, de l’islam. Vouloir dire à tout prix ”surtout pas d’amalgame” peut produire l’effet inverse de celui recherché, car le sentiment que l’on nous ment peut mener certains à se dire que tous les musulmans sont comme cela.

         Je pense donc qu’il est préférable, même si le débat n’est pas facile, de pouvoir dire que s’il s’agit de ne pas faire d’amalgame, il s’agit peut-être aussi de vouloir interroger l’islam sur son rapport avec la violence.

         Que l’on puisse accepter que dans la lecture du Coran et des hadiths, qui sont prescriptifs en terme de droit, on puisse reconnaître qu’il y a des lectures bellicistes, même si beaucoup de musulmans en font une lecture plus pacifique.  


Capture d’écran 2016-02-06 à 13.57.45.png         C.B.
- Au moment des persécutions des chrétiens d’Irak, 120 théologiens musulmans se sont réunis sur une déclaration commune pour affirmer, en s’appuyant sur les textes religieux, l’antinomie avec la violence. Mais on peut retrouver ce rapport aux textes dans l’ensemble des religions et des idéologies.

         Lorsque, au cours de l’Histoire, l’Église catholique, pour des raisons souvent très politiques, cautionne une certaine violence, par exemple vis-à-vis des protestants, il y a une lecture des textes qui n’est pas pacifique. Je crois donc que l’on peut resituer les violences commises au nom de l’islam dans une anthropologie politique plus globale.

 

Capture d’écran 2016-02-05 à 12.39.57.png         X.L. - À la différence que, pour la religion catholique, il y a un clergé, une doctrine et le cas échéant l’excommunication, qui n’est pas un vain mot. Il y a un rappel à l’ordre et une sortie de la communauté dès lors que les actes ne sont plus en conformité.

         Je ne conteste en rien la parfaite honnêteté intellectuelle des 120 théologiens qui se sont réunis, mais ils ne peuvent pas interdire à un musulman de faire la lecture qu’il souhaite, parce qu’il n’y a pas d’ordination ni d’agrément.

         C’est toute la difficulté : ces personnes n’engagent qu’elles et pas l’ensemble de la communauté.

         Il y a un autre facteur important, qui est le poids de la communauté sur l’ensemble des fidèles. Nous voyons bien, dans nos quartiers, comment certaines personnes, qui souhaitaient avoir des comportements personnels vestimentaires ou alimentaires qui leur convenaient, en sont venues à adopter d’autres comportements sous le poids de la communauté, pour retrouver une tranquillité.

 

Capture d’écran 2016-02-06 à 13.57.50.png         C.B. - Quand nous parlons de communauté, il faut peut-être cerner le mot. Souvent, cette communauté n’est pas déterminée uniquement par son appartenance à une spiritualité qui peut avoir plusieurs lectures.

         Il y a aussi une communauté, une forme de solidarité, par strates sociales, par quartiers où l’on est dans la même pauvreté, à l’écart du monde qui fonctionne, qui tourne, qui consomme, etc.

         La communauté musulmane est malheureusement souvent perçue à travers la strate sociale à laquelle appartiennent beaucoup de musulmans aujourd’hui en France.

         Mais entre un émir du Qatar et le jeune désœuvré du quartier de Montfermeil, tous deux accèdent à une spiritualité qui s’appelle en effet l’islam, mais avec des parcours sociologiques et une compréhension des textes religieux sensiblement différentes.

         Plus les zones sont paupérisées, plus l’islam devient un marqueur identitaire coupé d’une certaine spiritualité.

 

         X.L. - C’était vrai il y a peut-être cinq ou dix ans, mais ça l’est beaucoup moins maintenant…

 

Capture d’écran 2016-02-06 à 13.57.55.png         C.B. - J’observe que plus on se grime, plus on donne d’importance à l’aspect exotérique de la pratique religieuse par une grande barbe, une djellaba ou le fait de se voiler en noir pour les femmes, moins on a une construction, un capital de connaissance religieuse important.

         Comment une jeune fille qui a été socialisée dans l’école républicaine - avec Dorothée, avec Patrick Sabatier à la télévision - en arrive quasiment à se déguiser dans l’espace public ?

         L’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales a mené une étude sur les filles du salafisme qui montre, d’une part un refus catégorique de transiger sur la tenue vestimentaire, et d’autre part des actes de dévotion - par exemple les cinq prières par jour ou la lecture quotidienne du Coran – qui ne sont pas nécessairement accomplis.

         Les actes de spiritualité dans l’intimité, dans le secret, dans la relation à la transcendance, dans la verticalité, sont extrêmement faibles. En revanche, tout ce qui permet d’être un marqueur dans l’espace public en tant qu’identité est extrêmement rigide et fort. Les habits ne font pas forcément les moines. Vous avez des dealers qui vendent de l’héroïne, qui n’ont pas de pratique religieuse orthodoxe, mais qui se montrent d’un dogmatisme absolu sur la viande halal. C’est une inversion des valeurs. Le fait de manger halal devient un marqueur identitaire structurant pour des personnalités qui sont souvent extrêmement déstructurées.

 

P - Xavier Lemoine, comment appréhendez-vous cette complexité en termes de politiques publiques ?

Capture d’écran 2016-02-05 à 12.39.58 1.png         X.L. - Un maire fait quarante métiers différents, ce qui rend la chose passionnante. Nous avons des politiques sectorielles, par exemple le renouvellement urbain, qui consiste à redonner de la dignité et de la fierté aux habitants.

         C’est une condition nécessaire et indispensable avant de pouvoir parler de politique sociale. Mais la clé de voûte de toutes ces politiques sectorielles, c’est la politique culturelle.

         L’enjeu dans les banlieues n’est ni d’abord social, économique ou urbain, mais culturel. Il y a des dysfonctionnements sociaux, économiques et urbains, il faut des politiques de rattrapage sur ces domaines, mais si nous ne faisons que cela, en pensant que ces dysfonctionnements ne sont que des causes et non des conséquences, nous nous trompons.

         Pour moi, la cause réelle, ultime, est culturelle. Ma première priorité est la maîtrise de la langue française. À ce jour, sur 27 000 habitants de Montfermeil, 90 mamans apprennent le français. Il s’agit de remettre une certaine exigence et de susciter une certaine curiosité. L’apprentissage de la langue, c’est aussi l’apprentissage des us, coutumes et codes de fonctionnements de notre société, qui permettent de se mouvoir dans la société française et de comprendre comment elle fonctionne. Il faut aussi aborder la dimension historique et culturelle.

         Ces programmes recueillent un taux d’assiduité de quasiment 100 %. Et là, je vois des familles, des femmes qui s’éveillent, qui entrent dans un parcours de relation avec leur entourage, d’autonomie professionnelle, d’autonomie dans la culture.

         L’aide à la parentalité constitue la seconde priorité. Des systèmes éducatifs qui ont toute leur pertinence dans les pays d’origine produisent de parfaites catastrophes lorsqu’ils sont transposés en l’état dans notre pays. Par exemple, en Afrique subsaharienne, tout adulte se sent dépositaire de l’autorité parentale. Imaginer qu’en France, au 8ème étage d’une tour, c’est le voisin d’à côté qui va prendre pour partie en charge l’éducation de votre gamin, relève de l’utopie. D’autant que c’est plus vraisemblablement le dealer du rez-de-chaussée qui va récupérer la mise… Il faut expliquer aux parents qu’ils ont une relation quasi-exclusive de responsabilité vis-à-vis de leurs enfants et que le voisin de palier ne va pas forcément se préoccuper de l’éducation de leur gamin. Il est très important de redonner aux pères et aux mères la conscience de leurs rôles respectifs.

         Ma troisième priorité est culturelle. Profitant du fait que Montfermeil est à 15 kilomètres de Paris, nous avons pour objectif la connaissance et la fréquentation des grandes œuvres culturelles françaises, qui s’adressent à toutes les générations et subventionnons, des sorties culturelles comme Versailles, le Louvre, ou d’autres musées, monuments ou lieux de culture forts. C’est autre chose que du tourisme ou de la consommation. Il y a une préparation avec des personnes qui ont fait de l’histoire de l’art et qui apprennent aux autres à lire un vitrail, un tableau, une statue, etc. Pour aimer, il faut connaître, pour respecter il faut aimer. Tout est là : connaître - aimer - respecter. Cela vient tout simplement et ce n’est en rien agressif vis-à-vis de la culture d’origine.

 

P - Camel, vous êtes français, de confession musulmane, vous êtes berrichon, vous aimez la France, son histoire et sa culture. Pour vous, ce que vient de décrire Xavier Lemoine représente-t-il un processus d’acculturation ?

 

Capture d’écran 2016-02-06 à 13.57.58.png         C.B. - Oui, tout à fait, Xavier Lemoine évoque des choses qui sont absolument centrales dans la démarche de Fils de France. Le thème de notre dernière université de Printemps était Connaître et aimer son pays, basé sur un livre de Bernard Peyrous [1]. On peut difficilement aimer la France sans la connaître.

         Xavier Lemoine met la culture avant le social. Personnellement, je pense que la mixité sociale est la principale matrice du processus d’acculturation, qui fait que l’on passe de la culture des parents à la culture française.

         Lorsque l’on a une commune relativement homogène, géographiquement très proche de Paris, mais sociologiquement extrêmement éloignée, où s’ajoutent chaque année des populations arrivées de l’étranger, le processus d’acculturation, d’appropriation des codes culturels, des us et coutumes est quasiment impossible.

         La mixité sociale suppose que les primo-migrants minoritaires puissent se retrouver dans des ensembles où les anciens français sont majoritaires.

         Une école où le Français devient quasiment une langue étrangère, où les enfants ne parlent que le Turc, l’Arabe ou le Berbère, dispense un capital linguistique extrêmement affaibli.

         Faire sa scolarité dans une école aux capitaux culturels et linguistiques faibles débouche sur un diplôme faible, lequel aboutira à un travail faible et à un logement qui vous resituera dans une zone paupérisée, séparée des territoires de la grande France.

         À mon sens l’amorce de l’acculturation, c’est l’intégration ou l’assimilation sociale car elle permet de sortir du cycle infernal de la ghettoïsation. Si vous êtes minoritaire parmi une majorité, vous êtes irrigué par les codes de la majorité et votre processus d’identification via l’islam – lié à l’appartenance à des quartiers, des cités - s’en retrouve complètement arrêté.

         Vous passez dans un cycle vertueux, vos enfants iront dans une école où ils seront ethniquement ou religieusement minoritaires, mais dans un ensemble majoritaire partageant les us, les codes, les coutumes du pays.

         Depuis trente ans, l’identité française, dont le socle est le catholicisme, est bafouée. Le catholicisme a façonné ce pays. Il y a 40 000 lieux de culte dans notre pays et les crucifix ornent nos villes et nos campagnes.

         Le déni d’identité, qui fait naître la France en 1789, coupe les populations nouvellement venues - qui ont besoin de culture et de culture sacrée -, de la grande Histoire de France. Si vous produisez des éléments identitaires liés uniquement à la laïcisation, si vous parlez de réformes sociétales comme le mariage pour tous, si vous faites des traditions françaises la ringardise absolue, vous empêchez ces populations fraîchement françaises de s’approprier l’habitus historique né du baptême de Clovis. Je le dis dans les mosquées : ”Liberté, égalité, fraternité” n’est rien d’autre que la version sécularisé de la doctrine sociale de l’Église.

         Les immigrés s’installent dans un pays qui s’est construit sur une identité religieuse forte, sur des identités régionales fortes. Malgré la mondialisation, nous devrions permettre à ces personnes fraîchement françaises d’envisager la France au-delà du Mac Donald, du kebab, de H&M et de Nike…

 

P - Xavier Lemoine, aimeriez-vous qu’un musulman vienne à Montfermeil dire de telles choses à ses coreligionnaires ?

 

Capture d’écran 2016-02-05 à 12.40.00.png         X.L. - Moi, je suis preneur, mais je ne peux pas me substituer à l’accueil ou à l’invitation que pourrait faire telle ou telle association ou lieu de culte, mais sur le principe je souscris pleinement. Je voudrais revenir sur la mixité sociale. Ce que Camel Bechikh souhaite n’a pas été fait. Et je crains aujourd’hui, au regard des logiques démographiques qui sont en place, que ce ne soit trop tard. Quand bien même ces personnes primo-arrivantes pourraient vivre dans un endroit où elles seraient minoritaires, les structures associatives et communautaires sont suffisamment fortes pour les ”récupérer” de suite. Sans compter que les pays d’origine ne veulent pas perdre la main sur leurs ressortissants.

         D’autant plus que ces primo-arrivants se trouvent en face d’un État qui défigure l’identité de la France au travers d’une laïcité qui est un laïcisme, un athéisme déguisé. Ce rejet de la transcendance arme la violence dont nous sommes collectivement victimes aujourd’hui.

         Montfermeil fait aujourd’hui l’expérience d’une école hors contrat qui se définit comme non-confessionnelle. Elle considère cependant que l’enfant n’est pas obligé de laisser au portail de l’école sa transcendance et sa religion. Mais il lui est demandé, s’il peut venir avec, d’accepter que l’autre vienne avec la sienne, et de l’écouter, d’échanger avec lui. C’est une tout autre attitude que celle de l’école laïque, car l’enfant est respecté dans son identité profonde, dont le fait religieux et le rapport à la transcendance font partie. L’école a un grand respect de l’enfant et des familles. Nous nous adressons ainsi à des identités qui ne sont pas amputées dans le cadre scolaire. Alors que les enfants de l’école dite laïque ont beaucoup de mal à appréhender les matières qu’on leur enseigne puisqu’ils savent qu’une partie d’eux-mêmes est restée dehors.

 

- Vous parlez ici des cours Alexandre Dumas à Montfermeil. C’est une expérience qui dure depuis trois ans. Il y a là une piste intéressante, un prototype…

Capture d’écran 2016-02-06 à 13.58.18.png         C.B. - Le cours Alexandre Dumas est l’idéal en termes d’accélération ou d’accompagnement du processus d’acculturation. Si l’école est le lieu de capitalisation de la langue, des savoirs, de l’identité du pays, on a d’un seul coup une machine qui propulse le fils ou petit-fils de migrant vers l’identité française sans renier une part de son identité, qui est son identité religieuse.

         Parce que l’individu est composé de plusieurs identités. Il y a évidemment l’identité sexuelle, même si on tente de la nier aujourd’hui avec la théorie du genre ; une identité ethnique, qui fait que si je suis d’origine algérienne, il y a aussi des basques, des bretons… On doit pouvoir accepter cela. Il y a l’identité spirituelle et l’identité sociale. Le fait d’être notaire dans le centre de Chartres, ce n’est pas comme être agriculteur dans le sud de la France…

         L’ensemble de ces caractéristiques produit des individus originaux. L’altérité dans l’ethnicité est envisageable sans la nier parce que la France s’est construite sur une hétérogénéité ethnique.

         Au Ve siècle, des peuples se rencontrent sur le territoire français - Celtes, Latins, Germains, etc. - qui produisent une hétérogénéité ethnique, à l’échelle européenne. Dans la postmodernité, dans un monde qui devient village, il reste envisageable pour la France d’être fidèle à ses valeurs d’altérité ethnique, mais dans des proportions gardées.

         C’est pour cela que je pense qu’il est extrêmement important de stopper l’immigration.

         Elle pénalise l’ensemble des français, et doublement les français issus de l’immigration. La venue de nouveaux migrants dans les quartiers empêche le processus d’acculturation. Or il y a des limites si l’on veut éviter en France une déliquescence de l’identité qui produise un ressentiment globalisé.

         Vous avez des rues qui ont complètement changé parce que les charcutiers ont déménagé et ont été remplacés par des boucheries hallal avec des écritures en Arabe ! Et les habitants de ces communes sont exaspérés. Mais ils n’ont pas le droit de dire leur exaspération ; et de ce fait deviennent potentiellement ceux qui demain, en cas de paupérisation avancée de notre pays, pourraient passer à autre chose que du discours. Il faut avoir le courage de dire que si l’on veut retrouver un peuple solidaire, un peuple français dans la liberté, dans l’égalité, la fraternité, l’arrivée de 250.000 personnes supplémentaire chaque année en France rend ce désir irréalisable.

 

P - Xavier Lemoine, faut-il revoir la politique migratoire au niveau français, européen ?

 

Capture d’écran 2016-02-06 à 14.35.24.png         X.L. - Oui, cela fait des années que je le dis. D’autant qu’au regard des déséquilibres Nord/Sud, je ne suis pas sûr que les 250 000 personnes accueillies annuellement résolvent beaucoup la problématique en question. Elle se situe à un autre niveau bien évidemment, sur des bascules démographiques et donc culturelles sans précédent dans notre histoire, sauf si on revient au Ve siècle, période de grande instabilité et de violence.

 

P - En guise de conclusion, Camel, pouvez-vous nous dire ce qui, dans la culture française, dans l’Histoire de France, est le plus aimable pour quelqu’un qui vient d’une autre culture ?

 

Capture d’écran 2016-02-06 à 13.57.47 1.png         C.B. - Je crois que c’est l’ambition naturelle de la France d’exportation de ses principes. La France, née du baptême de Clovis, a donné à l’Église son plus grand nombre de saints ; elle a participé à exporter l’idée d’une foi universelle qui est le catholicisme.

         Si l’on arrive à faire émerger l’idée que la France s’est construite sur du sacré et que ce sacré n’a été que ré-habillé d’un champ lexical au moment de la République, si l’on parvient à faire ressentir que la France n’est pas un ensemble matériel ou une construction de la philosophie des Lumières, mais qu’elle est dans la transcendance qui s’imbrique parfaitement avec les valeurs fondamentales de la religion musulmane, nous avons un trait d’union extrêmement fort.

         Produire l’idée d’une France asséchée de transcendance, de spiritualité et de sacré, c’est présenter une sous-France - une souffrance - en un mot et en deux mots.

 

Capture d’écran 2016-02-06 à 14.35.25.png         X.L. - Dans ce qui vient d’être dit, le mot identité a été souvent prononcé. Et je commence à m’en méfier. L’expérience qui avait été menée sous la présidence de Nicolas Sarkozy m’a convaincu que c’était un mot dangereux. Le général de Gaulle disait : « Comment voulez-vous gouverner un pays avec 365 fromages différents ? ». J’ai peur que nous ayons aujourd’hui 65 millions d’identités différentes.

         C’est pourquoi je préfère le mot ”vocation” pour la France. Et je pense que c’est dans la continuité de ce que vient de dire Camel : une vocation se reçoit et on se met au service de la vocation. On ne renonce à rien de ce que l’on est, de son originalité. Et au regard de nos talents, qui peuvent aider justement à la réalisation de cette vocation, cela rassemble tout le monde.

         Et si, en reprenant la vigoureuse interpellation de Jean-Paul II – « France, fille aînée de l’Eglise, éducatrice des peuples » -, on se mettait, chacun avec ses talents, au service de cette vocation, de cette mission universelle de la France ? C’est dans les gènes et la nature de la France de faire converger les énergies plutôt que les faire se combattre comme elles se combattent aujourd’hui.

 

         C.B. - Absolument !

 

 
Logo Ichtus.jpgPropos recueillis par Guillaume de Prémare (@g2premare)

Entretien initialement publié dans la revue Permanences 528-529 (Le défi de l'unité française) de janvier-février 2015 sous le titre 65 millions d’identités différentes

 

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[1] Connaître et aimer son pays, Père Bernard Peyrous,
Ed. de L’Emmanuel, 22 €. En vente sur le site : www.ichtus.fr

 

 

Retrouvez cet entretien sur la page enrichie consacrée à Fils de France :
Une raison d'espérance

 


03.03.2017

L'Eucharistie comme politique

Introduction

W.CavanaughFINAL.jpg         Dans la banlieue de Manille aux Philippines, il y a une communauté de gens qui vivent à côté d’une décharge et qui gagnent leur vie en récupérant tout ce qui peut être vendu parmi les choses dont d’autres personnes se sont débarrassé. Quand le Père Danny Pilario célèbre la messe pour les gens de cette communauté, il dit que le signe de la croix qu’il fait au-dessus des Saintes Espèces a deux objectifs : consacrer le pain et le vin, et chasser les mouches du calice…

         Comme il existe ici un lien étroit entre le sacré et le profane, le Père Pilario voit un lien étroit entre l’Eucharistie qu’il célèbre avec la communauté et le travail politique qu’ils font ensemble pour améliorer la vie des personnes qui vivent là.

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         Pour parler de l’Eucharistie et de la politique nous devons rapprocher deux choses qui sont généralement maintenues bien séparées dans l’imaginaire social de l’état moderne. Dans un état à la laïcité militante comme celui de la France contemporaine, ces deux termes se retrouvent de part et d’autre du mur infranchissable qui sépare une série de notions binaires : l’église et l’état, le public et le privé, la religion et la politique, et ainsi de suite. Le mur semble infranchissable, comme s’il était fait de brique et de mortier, un endroit qu’on peut venir voir, devant lequel on peut faire un selfie, et en poster la photo sur Facebook. Mais le mur entre l’église et l’état, la religion et la politique n’existe pas en soi ; il existe dans l’imaginaire social, c’est-à-dire dans la manière dont nous percevons les choses. Le mur, bien sûr, a des effets réels, tangibles dans la vie sociale de la nation ; il est enchâssé dans des lois de toutes sortes, par exemple. Mais nous avons tendance à considérer que ces éléments binaires sont tout simplement dans la nature des choses, comme si religion et politique, par exemple, étaient deux substances comparables au potassium et à l’eau, qui sont non seulement bien distinctes, mais qui explosent quand on les mélange. En réalité, cependant, les catégories de religion et de politique sont imaginées, et la frontière qui les sépare, le fruit de l’imagination humaine. Ce soir, je veux parler d’une autre sorte d’imagination, l’imagination de Dieu, telle qu’elle s’exprime dans l’Eucharistie. L’Eucharistie est une manière de construire un monde différent, un monde sauvé. L’Eucharistie n’est pas foncièrement différente de la politique ; c’est plutôt une sorte de politique, une manière d’ordonner le monde, qui introduit le monde dans la vie même de la Trinité par le corps du Christ.

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         L’imagination liée à ces éléments binaires produit toute une série de défis pour l’Église Catholique dans une société laïque. Le plus évident est que les catholiques sont censés garder leurs convictions pour eux et s’interdire de les manifester dans leur vie publique, que ce soit au travail ou dans la vie politique. L’origine de cette exigence, que la foi reste une affaire privée, c’est l’idée laïque que la religion est une source fondamentale de division et de violence. Au-delà des inquiétudes récentes liées à la violence de certaines formes islamistes militantes, il y a une conviction laïque plus fondamentale que tous les types de religion sont par essence enclins à la violence parce qu’il est impossible que la raison puisse arbitrer entre des croyances essentiellement irrationnelles. Encore plus essentielle est la crainte laïque que l’on ne peut pas être en désaccord, sur des points fondamentaux, sans s’entretuer.

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         On raconte que les gens étaient autrefois d’accord sur les points fondamentaux, avant que la Réforme Protestante n’introduise des désaccords et la violence dans la société européenne. La solution pour empêcher les catholiques et les protestants de s’entretuer était de privatiser la religion et d’unir les gens dans la sphère publique autour de leur dévotion envers l’état-nation. J’ai fait une critique de ce mythe en me fondant sur des raisons historiques dans mon livre Le mythe de la violence religieuse, soulignant, par exemple, le fait que de nombreux catholiques ont tué des catholiques et que des protestants ont tué des protestants au cours des prétendues "guerres de religion", et que l’essor de la dévotion envers l’état-nation était une cause – et non la solution – des guerres en question. Le problème, cependant, n’est pas seulement dans la manière dont nous racontons l’histoire, mais la manière dont nous imaginons l’état de la société actuelle. Nous pensons ne pas pouvoir être fondamentalement en désaccord sur les questions religieuses en public sans violence, si bien que nous faisons de l’état-nation notre nouvelle religion. Nous considérons que notre nationalité est notre identité première et notre catholicisme passe au second plan, quelque chose qui est relégué au domaine privé, comme un passe-temps. Nous sommes prêts à tuer et à mourir pour notre pays, mais souffrir pour sa foi est considéré comme fanatique. Les objecteurs de conscience sur le lieu de travail sont considérés comme de mauvais citoyens. On nous incite à laisser notre foi au vestiaire quand nous entrons dans le domaine public du travail ou de la politique. Il n’y a apparemment aucun lien entre l’Eucharistie et la politique, par exemple, et ceci produit une fracture supplémentaire entre différents types de catholiques : il y a ces catholiques qui sont engagés pour la justice sociale et ces catholiques qui s’investissent dans l’adoration eucharistique et d’autres formes de vie dévotionnelle, mais il est trop rare de trouver des catholiques qui sont engagés dans les deux actions simultanément. Certains catholiques voient le Christ dans l’hostie au cours de l’Eucharistie, d’autres voient le Christ dans le réfugié du Moyen Orient, mais les deux semblent parfois vivre dans des églises parallèles.


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         Est-il possible de faire Eucharistie et faire de la politique en même temps ? Est-il possible d’imaginer un monde dans lequel les gens peuvent être différents et en désaccord sans violence ? Est-il possible de faire sortir des églises l’imagination de Dieu, l’Eucharistie, pour qu’elle accède au domaine public ? Je commencerai par analyser le mot ”politique”, et ensuite, j’examinerai l’Eucharistie comme source de la présence salvatrice de Dieu dans le monde.


Qu’est-ce que la politique ?

         Quand nous utilisons le terme ”politique” aujourd’hui, nous avons tendance à faire référence aux élections et à la possibilité d’influencer ceux qui ont déjà été élus. Max Weber en a donné une définition moderne dans son célèbre discours La Politique comme Vocation quand il dit « Nous entendrons par politique uniquement la direction, ou la possibilité d’influencer la direction, d’un ensemble politique, c’est-à-dire aujourd’hui, d’un état ». Il a défini l’état, ensuite, comme « une communauté humaine qui revendique (et obtient) le monopole de l’utilisation légitime de la force physique dans un territoire donné. » Ce n’est cependant pas la seule manière de définir la politique. Aristote définit la politique en fonction de ses fins ou de son but : « La préoccupation principale de la politique est d’engendrer un certain état d’esprit chez les citoyens et de les rendre bons et disposés à accomplir de nobles actions. » (Ethique, 1099b30) Livre I ch 9. La politique est ici définie, non comme un monopole de la force utilisée pour protéger les individus les uns des autres, mais comme une pratique qui rend les gens meilleurs. La politique, de plus, n’envisage pas l’individu comme son unité de base ; Aristote parle d’un « corps politique ». La relation d’un individu à la cité ou polis, origine de notre mot ”politique”, est comme la relation d’une main au corps entier. Le membre individuel reçoit la vie en participant au corps entier : » Si le tout [du corps] est détruit il n’y aura ni pied ni main ». (Politique 1253a20).

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         Si ceci paraît familier, c’est peut-être parce que vous pensez à la première lettre de St Paul au Corinthiens, dans laquelle Paul utilise l’image grecque du corps politique pour décrire l’Église comme étant le corps du Christ. « Le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres. L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous » (I Cor. 12:20-1). Pour Paul, l’Église est une sorte de politique au sens aristotélicien d’une communauté ayant un but commun et des biens communs et qui donne vie aux membres individuels. Pour Aristote, cependant, l’analogie du corps exigeait – comme la tête gouverne le corps – qu’une classe restreinte de gens gouverne. Le statut de citoyen était limité à la classe des hommes possédants ; les femmes, les enfants, les esclaves, les étrangers résidents (métèques), et de nombreux travailleurs manuels étaient exclus. Paul, d’autre part, imagine un nouveau type de corps dans lequel tous sont appelés à participer. « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, il n’y a plus d’esclave ou d’homme libre, il n’y a plus d’homme et de femme ; car tous vous êtes Un en Jésus Christ » (Gal. 3:28). Non seulement les membres les plus faibles ne sont pas exclus de la citoyenneté ou d’appartenance au corps, mais il y a une option préférentielle pour les plus faibles dans le corps : « Les membres du corps qui paraissent plus faibles sont indispensables, et ces membres du corps que nous estimons les moins honorables, nous les entourons de plus d’honneur » (I Cor. 12:22-23). Paul pousse l’analogie du corps encore plus loin en impliquant qu’une sorte de système nerveux relie tous les membres, car « Si un membre souffre, tous souffrent ensemble ; si un membre est à l’honneur, tous se réjouissent avec lui » (I Cor 12:16). Le but commun qui maintient l’unité du corps est l’amour de Dieu.

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         S’il vous paraît excessif d’appeler cela un corps politique, considérez le terme que Paul et l’Église primitive plus généralement ont choisi pour nommer l’Église : ekklesia en grec. Le mot est emprunté au discours politique grec, dans lequel l’ekklesia était le rassemblement de tous ceux qui jouissaient des droits de citoyens dans la cité-état. L’Église n’a pas utilisé le terme koinon, qui faisait référence à une association ou un club privés. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Parce que l’Église affirmait être un rassemblement totalement ”public” qui concernait tous les aspects de la vie. En même temps, elle était plus large qu’une polis terrestre ; elle était une anticipation du rassemblement eschatologique du peuple de Dieu. Comme le dit N.T. Wright, spécialiste des Écritures, le travail missionnaire de Paul, « implique une ecclésiologie haute et forte dans laquelle les cellules dispersées et souvent confuses formées par les femmes, les hommes et les enfants loyaux envers Jésus comme Seigneur forment des avant-postes coloniaux de l’empire à venir : des petits groupes subversifs du point de vue de César, mais vus de manière juive, un avant-goût du temps où la terre sera remplie de la gloire du Dieu d’Abraham et où les nations se joindront à Israël pour chanter la louange de Dieu (cf Rom. 15:7-13). De ce point de vue, par conséquent, ce contre-empire ne peut jamais se contenter d’être seulement critique, ni se contenter d’être seulement subversif. Il prétend être la réalité dont l’empire de César est une parodie ; il prétend modeler l’authentique humanité, au premier rang de laquelle sont la justice et la paix, et l’unité qui transcende les barrières culturelles et raciales traditionnelles, dont l’empire de César se vantait. »

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         L’essentiel est que les premiers Chrétiens considéraient l’Église comme une sorte de corps politique, différent de la polis ou cité grecque, mais comme une anticipation d’une cité d’un genre différent, la Cité de Dieu, comme allait l’écrire St Augustin. L’Église était censée être une anticipation de la cité céleste qui descend sur terre au dernier chapitre de l’Apocalypse. La préoccupation première de l’Église n’est pas de donner aux gens un billet pour l’au-delà mais de transformer ce monde, un ciel nouveau et une terre nouvelle, dont l’anticipation est un corps formé de gens qui ordonnent la vie matérielle d’une manière nouvelle.


L’Eucharistie comme politique      

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         Si politique peut se comprendre ainsi plus largement, alors nous pouvons commencer à voir comment l’Eucharistie peut se comprendre comme politique. L’Eucharistie, c’est l’incorporation d’une personne dans un nouveau genre de corps politique par un acte de consommation par le corps. Dans un mouvement qui a dû paraître aux Grecs excessivement étrange et pervers, le corps du Christ était identifié à la fois à la personne globale de l’église et à la nourriture dont se nourrissaient les membres de l’église. « La coupe d’actions de grâce que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps car nous avons tous part à un seul pain » (I Cor 10:16-17). En mangeant le corps du Seigneur, nous sommes assimilés au corps du Seigneur, consommé par ce que nous consommons.

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         Pour Paul, cette assimilation a des effets sociaux directs. Dans le chapitre suivant de la Première lettre aux Corinthiens, il réprimande la communauté chrétienne pour la manière dont les riches mangent bien mais les pauvres sont affamés quand ils viennent ensemble pour célébrer l’Eucharistie. Paul appelle cela un échec à « discerner le corps », faisant référence au corps du Christ à la fois dans le pain consacré et dans la communauté ecclésiale. Il dit que dans leurs célébrations eucharistiques, il se peut qu’« ils mangent et boivent leur propre condamnation », il suggère même que l’Eucharistie peut tuer certains d’entre eux ! (I Cor. 11:27-34). Pour Paul, le type de personne collective que le corps du Christ a appelé à l’existence était clairement un défi lancé à la stratification politique, économique et sociale existante.

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         Le grand théologien catholique français Henri de Lubac a écrit que, pour l’Église primitive, l’Eucharistie était « plus de l’ordre de l’action qu’une chose ». Par ceci, il ne voulait certainement pas dire que l’Église primitive niait la présence réelle du Christ dans le pain et le vin. Mais la présence du Christ était vue comme quelque chose de dynamique plutôt que statique, essentiellement exprimée dans l’action de rassembler les corps dans le corps du Christ. Pour cette raison, l’Église était connue comme le ”corpus verum”, le ”corps véritable” du Christ, dans l’Église primitive. Le corps véritable était le résultat de l’action sacramentelle : « L’Eucharistie fait l’Église » selon la formule célèbre de de Lubac. L’Eucharistie est le signe efficace de l’union de la paix et de la charité à laquelle vise l’humanité. Mais selon de Lubac, cette réalité s’est obscurcie à partir du Bas Moyen Age, lorsque l’Eucharistie a commencé à être perçue plus comme une chose qu’une action. Les Saintes Espèces furent alors vues comme le ”corpus verum”, et la piété eucharistique se focalisa sur le miracle qui se produisait à l’autel. L’Église se cléricalisa de plus en plus, et les laïcs évitèrent de communier fréquemment, en partie parce qu’ils se sentaient indignes d’un tel miracle.

         Tout ceci est démontré très en détail dans le livre de de Lubac Corpus Mysticum, publié en 1944 au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Il peut paraître frivole que de Lubac ait travaillé sur l’histoire de certains concepts théologiques médiévaux tandis que le monde était en proie aux flammes autour de lui. Mais les preuves abondent qu’il avait l’intention de faire de ce livre une contribution à l’effort de résistance à l’occupation nazie. De Lubac refusa de rejoindre les FFI contre le régime de Vichy parce qu’il redoutait l’implication directe de l’Église dans la politique de l’état-nation. En revanche, il a bien aidé à la publication d’un journal clandestin qui montrait l’incompatibilité de l’idéologie nazie avec la pensée chrétienne. « Il est clair maintenant » écrit David Grumett, « que le contexte, la motivation et les implications de la théologie de de Lubac sont profondément politiques. » Ceci est vrai si l’on entend ”politique” dans un sens plus large que la poursuite du pouvoir dans l’appareil d’état.

         De Lubac menait un combat sur deux fronts. D’une part, il voulait résister à la cooptation de l’Église Catholique qui soutiendrait une politique nationaliste, comme ce fut le cas de l’Action Française, qui reçut le soutien de nombreux catholiques avant sa condamnation par le Pape Pie XI en 1926. Il ne voulait pas « abaisser [l’Église]… au rang des puissances de ce monde. » D’autre part, il voulait résister à la privatisation du catholicisme, la réduction de l’Eucharistie à une piété individualiste, qui, pensait-il, permettait aux catholiques de collaborer avec le régime de Vichy parce qu’ils séparaient leur foi de leur politique. Il a écrit que « en réalité, le catholicisme est essentiellement social, » et il rejetait la privatisation de la foi dans les termes suivants : « Puisque le surnaturel n’est pas séparé de la nature, et le spirituel est toujours mêlé au temporel, l’Église a éminemment autorité – toujours en proportion de l’élément spirituel qui est présent – sur tout, sans être obligée de sortir de son rôle. » L’œuvre de de Lubac sur l’Eucharistie au cœur de la guerre était une tentative de trouver une troisième voie entre la poursuite du pouvoir et l’influence sur la politique de l’état-nation, d’une part, et la privatisation et l’absence de pertinence politique de la foi catholique d’autre part.

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         Je pense que l’œuvre de de Lubac est utile pour nous aider à envisager de faire sortir l’Eucharistie des églises, et manifester le corps du Christ dans le monde, sous la forme de communautés qui anticipent le Royaume de Dieu. Comme le pape Jean-Paul II l’a écrit dans son encyclique Ecclesia de Eucharistia, l’Eucharistie  « est d’une certaine manière toujours célébrée sur l’autel du monde. Elle unit le ciel et la terre. Elle embrasse et imprègne toute création. » Ainsi l’Eucharistie, « augmente, plutôt qu’elle ne diminue, notre sens des responsabilités pour le monde d’aujourd’hui. » Ici Jean-Paul II se fait l’écho d’un thème majeur du mouvement liturgique du vingtième siècle : l’adoration devrait continuer dans la rue et sur la place publique, au travail et à la maison. La vie chrétienne a pour vocation d’être un acte d’adoration. Plus récemment, le Pape François a dit à aux participants des JMJ à Rio « Je veux que l’ Église sorte dans la rue, je veux que nous résistions à tout ce qui est mondanité, immobilisme, confort, tout ce qui est lié au cléricalisme, tout ce qui pourrait nous refermer sur nous-mêmes. » Mais le Pape François a clairement précisé en même temps que l’Église a quelque chose d’unique à apporter quand elle sort ; ce n’est pas un service social ou un parti politique de plus. « Les paroisses, les écoles, les institutions sont faites pour sortir… Si elles ne sortent pas, elles deviennent une ONG, et l’Église n’est pas une ONG. » Ce que l’Église a à offrir au monde, c’est le corps du Christ.

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         En pratique, à quoi ressemble cette vision de l’Eucharistie dans la rue ? Je donnerai deux exemples tirés de contextes différents. Comme je l’ai décrit dans mon livre Torture et Eucharistie, le régime militaire du Chili – où j’ai vécu dans un bidonville dans les années 80 –, était décidé à réprimer tous les corps sociaux qui se dressaient entre l’individu et l’état : partis politiques, syndicats, coopératives de paysans et, enfin et surtout, les mouvements d’église. Ils utilisaient la torture comme moyen pour disperser les gens, et pour qu’ils aient trop peur pour se rassembler. L’Église a répondu en excommuniant les tortionnaires et toute personne coupable de torture, les excluant de l’Eucharistie parce qu’ils attaquaient le corps du Christ, à la fois les corps individuels et les corps sociaux. Le Vicariat de la Solidarité, organe de l’Église, parrainait des corps sociaux, des associations placées sous la protection de l’Église: des dispensaires, des centres d’aide juridique, des soupes populaires, des coopératives d’achat, des projets immobiliers, des groupes pour les femmes, des ateliers indépendants, des ateliers de confection, et de nombreux espaces permettant de se réunir. Un groupe appelé le Mouvement Sebastian Acevedo a également commencé à célébrer des liturgies de rue. Au signal convenu à l’avance, des membres du groupe – essentiellement des prêtres, des religieuses, et des laïcs catholiques, mais qui incluaient aussi des non croyants – se rassemblaient, distribuaient des brochures, déroulaient des bannières, chantaient, et psalmodiaient des litanies dénonçant la torture à l’endroit même où elle se pratiquait. Ces liturgies avaient pour but de célébrer le corps du Christ dans des espaces publics d’où le corps du Christ avait disparu. Des membres du groupe ont souffert dans leur corps la violence du régime, car ils étaient généralement battus et arrêtés. Comme l’a dit un observateur, « leurs corps sont transformés en une puissante chair pour le sacrifice par lequel ils reçoivent avec amour l’Eucharistie avec ceux qui souffrent. » En un sens, ils devenaient Eucharistie en unissant leur corps en sacrifice avec le corps du Christ.

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         Un deuxième exemple vient d’Afrique, où Maggy Barankitse a rassemblé des enfants devenus orphelins suite au génocide rwandais – des Hutu aussi bien que des Tutsi – et elle les élève pour qu’ils n’attachent pas d’importance à leur origine ethnique et qu’ils considèrent que leur identité, c’est de faire partie d’une seule famille, celle de Dieu. Voilà un acte profondément politique. La Maison Shalom de Barankitse se préoccupe de monter des entreprises et de fournir une éducation, mais elle est centrée sur l’Eucharistie, que Barankitse appelle « une spiritualité qui englobe tout ». En 2008, Barankitse s’est adressée au 49ème Congrès Eucharistique au Québec et a invité les évêques et d’autres délégués présents à « avoir le courage de perdre la tête dans l’Eucharistie, » ce qui signifie retrouver notre véritable identité de réconciliés. Comme l’a écrit le théologien ougandais Emmanuel Katongole, « le sang de l’Eucharistie est plus épais que le sang du tribalisme… » Peut-il y avoir une illustration plus claire de l’affirmation de de Lubac que l’Eucharistie est action et que l’Eucharistie est politique, que celle de la Maison Shalom de Maggy ?

Politique eucharistique en France

         Ces exemples sont sources d’inspiration, mais ils soulèvent la question de savoir comment l’affirmation de de Lubac sur l’Eucharistie pourrait être illustrée ici en France, son pays natal. Je ne suis pas un expert du contexte français, mais j’offre ici les pensées d’un observateur extérieur.

         Les catholiques ont, bien sûr, un rôle important à jouer dans la vie politique de l’état-nation. Des catholiques qui se présentent à des postes publics ou soutiennent divers candidats dans le but d’influencer les politiques de l’état peuvent avoir un rôle de levain et même un rôle prophétique à jouer dans la politique nationale. La situation est peut être difficile en France à cause d’une sorte de laïcité militante qui pousse la foi religieuse traditionnelle à rester en marge. Mais la France n’est pas seule à cet égard. Comme le Pape Benoit XVI l’a écrit dans son encyclique Caritas in Veritate, ni l’état moderne ni le marché ne répondent aux principes de gratuité et d’amour qui devraient caractériser non seulement les « micro-relations » en famille et entre amis mais les « macro-relations » au niveau plus large, tant économique, politique que social. Benoît suggère que nous réagissions en pensant à la politique en termes plus larges que l’état-nation. Il recommande ce qu’il appelle une « autorité politique dispersée », « le développement d’autres acteurs politiques, d’une nature religieuse territoriale, sociale ou culturelle, parallèlement à l’État, » et l'« articulation de l’autorité politique au niveau international, national et local. » Nous pouvons créer des espaces communs alternatifs où l’imagination de Dieu peut créer un nouveau genre de politique, une politique Eucharistique.

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         Les papes récents nous ont demandé de penser à des niveaux qui soient au-dessus et en-dessous de l’état-nation. Penser au-dessus de l’état, c’est à dire au niveau international, c’est voir que le corps du Christ dépasse les frontières nationales, et reconnaître que l’Église est appelée à être véritablement catholique, embrassant tous les peuples. L’appel du Pape François demandant à chaque paroisse d’Europe d’accueillir une famille de réfugiés du Moyen Orient est un des exemples de la manière dont une imagination véritablement catholique du corps du Christ peut mettre en pratique la charité qui dépasse l’intérêt national. Penser en-dessous de l’état, c’est à dire au niveau local, c’est de voir que le corps du Christ consiste à rencontrer en face à face des personnes en qui nous voyons le visage de Jésus Christ. Nous ne pouvons pas nous contenter de déléguer l’attention portée à nos voisins dans le besoin à un état providence bureaucratique. Quelque nécessaire qu’un filet de sécurité puisse être, ce n’est pas le Royaume de Dieu. Nous devons nous occuper les uns des autres directement, et ne pas laisser les autres à la merci de ce que le pape Benoit appelle le modèle exclusivement binaire de l’État et du marché » dans lequel il n’est question que « de donner afin d’acquérir (logique de l’échange) et de donner par devoir (logique de l’obligation publique, imposée par la loi de l’État). » Benoit recommande une participation au niveau local, de s’occuper des pauvres directement, par la microfinance et d’autres modèles économiques – tels que Commerce Équitable, la Coopérative de Mondragon, l’Économie de Communion des Focolari, (et le café Simone !) et d’autres – qui placent l’être humain au-dessus du profit. Benoît dit clairement qu’il ne veut pas simplement créer des créneaux de charité, mais imprégner le système économique, politique et social tout entier, de l’amour de Dieu. La cité terrestre, écrit-il, peut être « dans une certaine mesure une anticipation et une préfiguration de la cité de Dieu indivise. »

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         La vision globale, donc, est une vision dans laquelle la définition de ”politique” est élargie pour inclure toutes sortes d’espaces collectifs alternatifs où une imagination Eucharistique du monde peut devenir une réalité concrète. Si l’on ne sort pas de la contrainte des binaires comme public/privé, religion/politique, religieux/laïc, et Église/État, cependant, cette vision peut facilement faire l’objet d’un malentendu : nous pensons que, soit nous devons imposer cette vision au reste de la nation par les mécanismes de l’état, soit nous pensons que créer des espaces collectifs alternatifs signifie se désengager de la société. L’un est une forme dépassée de théocratie, l’autre un acte de désespoir. Aux États-Unis aujourd’hui, beaucoup de chrétiens discutent de ce que l’on appelle ”l’Option de Benoît”, en référence à St Benoît de Nursie. Le philosophe catholique Alasdair MacIntyre conclut son célèbre livre Après la vertu en appelant de ses vœux « un nouveau St Benoît, nouveau et indubitablement différent. » Certains catholiques ont conclu qu’il voulait dire que nous étions dans un nouvel Age Sombre et que nous devons nous retirer de la société, comme l’ont fait les moines du Moyen Age, pour former des enclaves de gens ayant les mêmes idées, afin de préserver ce qui reste de culture catholique. Ils oublient cependant que les monastères devinrent les nouveaux centres de civilisation dans ce prétendu Age Sombre du Moyen Age. Et, comme le théologien catholique Gerald Schlabach l’a récemment affirmé, le vœu de stabilité que St Benoît exigeait de tout moine va à l’encontre du besoin actuel de fuir la compagnie de ceux avec lesquels nous sommes en désaccord.

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         Aujourd’hui, le besoin de se mettre en retrait de la société pour former des enclaves de gens ayant les mêmes idées, n’est pas une contreculture mais c’est en fait une tendance dominante dans la culture occidentale. Avec tant de sources d’informations à notre disposition maintenant, nous avons tendance à n’écouter que les informations et les commentaires avec lesquels nous sommes déjà d’accord. Nous recherchons la compagnie de ceux qui sont d’accord avec nos opinions politiques ou ceux qui partagent déjà nos engagements dans la foi, et nous diabolisons ceux avec lesquels nous sommes en désaccord partiel ou total ; nous restons à distance en nous contentant de leur crier des slogans. Nous évitons le vrai dialogue et le désaccord respectueux, parce que nous craignons l’autre, et parce que nous craignons de ne pas pouvoir véritablement et fondamentalement être en désaccord sans violence. Une autre sorte d'”Option de Benoît” prendrait au sérieux le vœu de stabilité, et refuserait de fuir devant ceux qui sont différents et susceptibles de ne pas être d’accord avec nous. Maintenir sa position, écouter, apprendre des autres tout en témoignant de notre foi – c’est cela qui est requis maintenant. Et ceci nécessite de briser ces termes binaires que sont : public/privé, religieux/laïc, religion/politique, parce qu’il faut que nous soyons prêts à parler de notre foi en Jésus Christ en public, même si nous savons que d’autres ne partagent pas nos convictions. Plutôt que de réserver l’Évangile et l’Eucharistie pour les dimanches et de n’utiliser qu’un langage laïc du lundi au samedi, nous sommes invités à faire sortir notre foi de son isolement et à la faire dialoguer avec ceux qui ne sont pas d’accord. C’est en partie ce que le Pape François veut dire par faire sortir l’Église dans les rues.

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         Cependant, afin d’être des témoins fidèles, nous devons être attirants pour les autres. Nous ne serons pas le levain du Royaume de Dieu simplement en nous plaignant des contraintes de la société laïque, ou en condamnant la culture de mort, ou en exigeant que l’état mette en place notre vision de l’amour, ou en essayant d’être de meilleurs débatteurs que nos adversaires. Il nous faut créer des communautés de gens qui vivent des vies joyeuses, comme si Dieu, en fait, avait déjà sauvé le monde, parce que nous sommes convaincus que Dieu a déjà sauvé le monde. Il nous faut créer des communautés qui vivent la réconciliation et la miséricorde, où la souffrance matérielle est soulagée et les péchés pardonnés. Il nous faut créer des espaces économiques où ce sont les gens, et non le profit, qui sont prioritaires. Il faut qu’il soit évident que nous faisons ce que nous faisons dans le monde parce que nous avons été incorporés par l’Eucharistie au corps du Christ, où tous souffrent ensemble et où tous se réjouissent ensemble. Nous mettons parfois tellement l’accent sur la vérité et la bonté que nous en oublions le troisième élément transcendantal, la beauté. Il nous faut créer des vies qui sont belles pour attirer les autres. Gerhard Lohfink, spécialiste des Écritures, dit que c’est en attirant à la beauté que Dieu change le monde sans violence. Les révolutionnaires humains sont pressés par le temps et veulent changer le monde en renversant les puissants par de spectaculaires actes de violence. Dieu, quant à lui, change le monde par la patience et la non-violence, en établissant une communauté de gens qui vivent des vies réconciliées. Dieu invite alors les gens à venir voir et rejoindre ce beau mouvement. L’Église catholique en France est à certains égards idéalement placée en équilibre, entre un athéisme militant d’une part et un fondamentalisme islamiste militant d’autre part, pour manifester une belle manière de vivre qui dit « oui » aux dons de Dieu sans fonder notre identité en disant « non » aux autres.

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         Créer des communautés eucharistiques ne consiste pas à créer des enclaves par des Catholiques et pour des Catholiques uniquement. Tous les humains, comme Dorothy Day aimait le rappeler au Mouvement Catholique des Travailleurs, font déjà partie ou font potentiellement partie du corps du Christ, ce qui a une véritable dimension cosmique. En vérité, le corps du Christ n’a pas son pareil pour brouiller notre notion préconçue de l’identité, car le Christ dans l’Eucharistie est à la fois le don, celui qui donne et celui qui reçoit. Nous mangeons le corps du Christ, et nous sommes alors transformés en corps du Christ ; l’acte de consommer est complètement renversé, de telle manière que, comme St Augustin entend le Christ le dire, « je suis la nourriture des forts ; grandis et tu te nourriras de moi. Et tu ne me transmueras pas en toi, comme la nourriture que mange ta chair, mais c’est toi qui seras transmué en moi. » Mais cela signifie aussi qu’à notre tour, nous devenons nourriture pour les autres ; nous nous offrons comme nourriture pour un monde affamé. Ainsi nous imitons l’acte de kénose de Dieu, c’est-à-dire se dépouiller de soi-même, accompli en Jésus-Christ qui, comme Paul le dit aux Philippiens, n’a pas jugé bon de revendiquer l’égalité avec Dieu comme un dû, mais a pris la condition de l’esclave (Phil. 2:6-7).

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         Mais le tableau que Jésus brosse du jugement dernier dans Matthieu 25 rend les contours du Corps du Christ encore plus paradoxaux. Jésus offre le salut à ceux qui, quand il avait faim, lui ont donné à manger, quand il avait soif, lui ont donné à boire, et quand il était en prison, l’ont visité et ainsi de suite. Nous avons tendance à lire ce passage en reconnaissant que nous devons servir les pauvres afin de devenir semblables au Christ. Mais ici le Christ ne s’identifie pas à ceux qui servent mais plutôt à ceux qui ont faim, qui sont malades, nus et en prison. Ici le corps du Christ est identifié à tous ceux qui souffrent. L’essentiel c’est que les contours du corps du Christ ne sont pas fixes et immuables, et ne s’identifient pas simplement aux contours de l’Église visible. L’Eucharistie est le cœur battant de l’Église, mais plutôt que de nous inciter à dessiner des frontières autour de l’Église et à nous replier sur nous-mêmes, elle devrait nous encourager à nous ouvrir aux autres, comme le Pape François nous invite à le faire. Dans l’Eucharistie, nous devenons le Christ qui devient à la fois nourriture pour les pauvres et devient le pauvre. Nous ne sommes le corps du Christ que dans la mesure où nous nous faisons mendiants pour obtenir le pain quotidien que le Christ donne.

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         La vision de l’imagination de Dieu signifie que nous n’avons pas besoin de dessiner des frontières hermétiques autour de l’Église ; nous devons nous ouvrir aux autres et collaborer avec les gens de toute confession ou ceux qui n’en ont aucune, afin de témoigner d’un monde sauvé. Mais ceci ne signifie pas que, ce faisant, nous devions réduire l’importance de notre foi, ou cesser de rendre raison de la foi qui est en nous. Dorothy Day a bien compris cela il y a des années quand elle écrivait « si nous perdons la vision, nous devenons de simple philanthropes qui distribuent des palliatifs. » Elle était convaincue qu’on ne pourrait éradiquer les maux de la société moderne que lorsque les gens croiraient qu’ils sont vraiment membres du même corps. Elle a travaillé inlassablement contre la guerre, pour la dignité des travailleurs, contre le racisme, et en faveur des coopératives, des banques coopératives, des communautés de fermiers et des foyers d’accueil pour les sans-abri. Et pour elle, tout ceci découlait de la vision du corps du Christ. Elle a écrit « notre travail en vue d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle montre la corrélation entre le matériel et le spirituel, et bien sûr, reconnaît la primauté du spirituel. La nourriture pour le corps, ce n’est pas suffisant. Il faut de la nourriture pour l’âme. À partir de là, ceux qui ont la responsabilité du travail, et tous ceux que nous pouvons inciter à se joindre à nous, doivent aller chaque jour à la Messe, pour recevoir la nourriture de l’âme. Et au fur et à mesure que notre perception est avivée, et que nous prions pour que notre foi augmente, nous verrons le Christ en chacun de nous, et nous ne perdrons pas confiance en ceux qui nous entourent, quelque chancelant que soit leur cheminement. » Dorothy Day savait que l’activisme des catholiques doit se nourrir de l’Eucharistie sinon il s’épuise rapidement, lorsque les gens s’usent au travail et se découragent à cause des énormes injustices dans le monde.

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         Dorothy Day savait également que si Dieu ne change pas le monde, le monde ne changera pas. Notre espoir est en Dieu, non dans nos efforts. « Ce que nous faisons est peu de choses. Mais c’est comme le petit garçon qui avait quelques pains et quelques poissons. Le Christ a pris ce peu et l’a augmenté. Il fera le reste… Notre travail, c’est semer. Une autre génération moissonnera. » La violence vient de l’effrayante illusion qu’il n’y a pas de Dieu, et que nous devons prendre l’histoire en charge et faire en sorte qu’elle finisse bien. Mais pour ceux d’entre nous qui croient au Dieu de Jésus-Christ, nous pouvons prendre les choses tranquillement, pour accéder, pleins d’espoir, à l’amour que Dieu nous a promis. Dieu s’occupe de l’histoire. Nous ne sommes pas invités à sauver le monde, mais à être fidèles à la manière dont Dieu sauve le monde. Dans l’Eucharistie, Dieu prend « le fruit de la vigne et du travail des hommes » et le transforme en lui-même, le corps même du Christ. C’est suffisant. Dans l’Eucharistie, Dieu imagine une terre nouvelle sur laquelle tous en viennent à voir qu’ils sont membres du corps même du Christ, et partagent les joies et les peines des uns des autres. Nous sommes invités à vivre dans l’imagination de Dieu, à en être nourris, et à offrir cette nourriture à un monde affamé.

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PortraitCavanaugh.jpgWilliam T. Cavanaugh

LesGrandesConférences.jpgBasilique Notre-Dame de Fourvière, Lyon, le 9 Novembre 2016
Théologien, directeur d’un centre de recherche à DePaul University, Chicago, USA
Traduction de l’anglais par Henri Brenders

Ce texte est initialement paru sur le site Les Grandes Conférences de Fourvière

 

 

The Eucharist as Politics - William Cavanaugh

 

 

03.01.2017

Versez dans le sein et le cœur de Marie tous vos trésors... St L-M. Grignion de Montfort

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09.11.2016

Du micro en chaire ou comment s'incarner père aujourd'hui : Fabrice Hadjadj


fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceJ’avais le choix entre parler avec un micro ou parler en chaire. J’ai préféré parler en chaire. J’espère que vous allez m’entendre jusqu'au bout… Ça va ? Voyez-vous, c’était fait pour ça. La chaire que nous n’employons plus était justement une manière de surélever celui qui parlait, parce que comme le son tend à retomber, tout le monde l’entendait. En revanche, si vous faites un sermon depuis l’autel, finalement les gens vous entendent moins. J’ai fait deux conférences aujourd’hui avec un micro, dans une église, vous êtes les quatrièmes, et là je me suis dit que ce serait bien de le faire sans micro. On ne réfléchit jamais à ce que fait le micro. Le micro se propose comme un instrument, technique, qui vient simplement nous aider, de telle sorte que la voix est amplifiée. Donc ça, comme un petit plus. Mais en réalité l’introduction de cette technique, de cette technologie, qui apparaissait juste comme un instrument, vous voyez, a transformé les usages liturgiques. Avant, on proclamait l’Evangile. On était obligé de projeter sa voix. Quand vous lisez l’Évangile en projetant votre voix, forcément, vous ne pouvez pas entrer dans de la petite psychologie, de l’intimisme, parler de ‘Jésus’. Ce côté qui est lié à une sorte d’“efféminement”, un peu, on pourrait dire, de la pratique liturgique. Autrefois, vous étiez là-bas, vous étiez obligé de projeter votre voix, et c’était justement une messe solennelle, avec une vraie proclamation. Mais ce qui s’est passé, c’est que quand on a introduit le micro, on a changé le style de la célébration qui devenait intimiste, gentillet, entre nous, sentimental. Et puis, surtout, il n’y avait plus de messe solennelle : on n’a fait qu’amplifier des messes basses. Tout devenait dans le style, de l’ordre de la messe basse. Alors, vous savez qu’il y a des querelles liturgiques sur la forme ordinaire, extraordinaire, les rubriques à suivre ou pas. Mais il y a très peu de réflexion sur l’introduction de certaine technologie qui ont transformé nos usages liturgiques. La lumière électrique : est-ce qu’une église est faite pour être éclairée avec un éclairage électrique ? Autrefois, il y avait des bougies. Les flammes faisaient danser les couleurs des statues. Le micro fait que l’espace d’une église qui était comme une caisse de résonnance est devenu un problème. Parce que dès que vous commencez à mettre un micro, vous devez sonoriser ; mais quand vous sonorisez, vous êtes obligé de compenser les problèmes de réverbérations de l’église ; vous devez donc acheter des enceintes très spécifiques, allongées, pour que le son passe mieux… Et même, on va dire : « On va condamner la chaire. » Vous voyez, cette chaire, normalement on ne l’utilise plus depuis quelques décennies. De telle sorte que l’église devient un problème : il vaudrait mieux une salle de concert, ou une salle de cours. Parce qu’elle résonne trop, tout d’un coup. Pourquoi est-ce que je commence par cela ? D’abord parce que je dois tout le temps parler sur le même thème mais je ne supporte pas de dire la même chose, donc j’ai pris un autre point de départ. J’ai changé les conditions de la conférence pour vous parler autrement que je ne l’ai fait dans les autres conférences. J’ai prévu pour la dernière conférence que je dois faire à 21h30 de boire plusieurs bières, comme ça je serai dans un état différent.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceMais ce que je veux vous dire c'est que nous touchons à un problème très contemporain, qui est le fait que la technologie se présente comme une aide, comme un petit plus, alors qu’en fait elle transforme notre condition. Vous voyez, comme j’ai dit : l’introduction du micro transforme l’espace liturgique, transforme le style de célébration. On va vous dire qu’il y a de petites choses qu’on va vous apporter qui vont vous aider par la technologie, mais qui en fait vont transformer vos modes de vie. Quand on a inventé la voiture, on a dit, la voiture est un moyen qui vous permet d’aller plus rapidement d’un point à un autre. C’est magnifique. C’est hyper efficace. Et en réalité, ce qui s’est passé, c’est qu’on a transformé les villes, on a transformé les paysages, pour les adapter à la circulation des voitures. Et qu’on a transformé nos modes de vie, puisqu’on s’est mis à travailler plus loin, de telle sorte qu’on passe toujours autant de temps dans les transports, voire même plus aujourd’hui, qu’autrefois.


fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceAlors le sujet qu’on m’a proposé de traiter, c’est : devenir homme, devenir père. Vous allez me dire : Quel est le rapport ? Mais justement, devenir homme, devenir père, à l’âge de la technologie, c’est là qu’est le problème. Les conditions de notre vie ont été modifiées par notre environnement technologique. Je vois plusieurs Iphones branchés. Vous n’êtes pas forcément en train de jouer à PokemonGo dans cette église… Ne serait-ce que ça, vous voyez j’ai quand même un micro devant moi, qui ne me sert pas mais qui sert à un enregistrement, d’autres personnes sont en train d’enregistrer… C’est vachement bien, en fait, la chaire, parce que vous êtes surveillé, quoi ! C’est beaucoup mieux, maintenant je comprends ! C’était très intelligent. Ce n’est pas que des questions acoustiques, c’était une question optique aussi. On pouvait voir tout le monde, et de haut. Déjà, par exemple, cet enregistreur fait que je ne m’adresse pas, ou plus, qu’à vous. Si je n’étais seulement qu’avec vous, je n’adresserais des choses qu’à vous et maintenant que je sais que c’est enregistré, il y a des choses que je ne pourrai pas dire. Et de fait, car il y a des choses qui ne peuvent pas sortir de cette enceinte. Si par exemple je critique l’islam, en disant, comme le disait Michel Houellebecq, que « c’est la religion la plus con », je m’expose à une fatwa si c’est communiqué, vous voyez, quelqu’un qui enlève l’enregistreur. Si je commence à dire quelque chose pour vous à cet instant… Parce que je m’adresse à vous comme routiers. Si c’est enregistré, c’est d’autres qui vont entendre et ça ne va pas forcément les concerner, ils ne sont pas forcément de la route. Donc, vous comprenez, déjà, cet instrument modifie mon comportement. Et aujourd’hui, les conditions de l’existence technologiques modifient nos comportements. Et modifient, en fait, le rapport à la vie humaine et à la famille. Vous savez que le pape François a écrit une encyclique, LaudatoSi, sur l’écologie intégrale, mais surtout, une encyclique qui parle de quelque chose de très particulier. Il dit que notre monde est infecté par ce qu’il appelle un paradigme technologique, ou un paradigme techno-économique. Ce paradigme n’est pas simplement le fait qu’il y a des objets technologiques mais que désormais nous vivons sous l’influence de ces objets. Alors même que nous n’utiliserions pas ces objets, le mode de fonctionnement de ces objets devient notre manière d’être. Quand, autrefois, on était dans une époque de culture, c’est-à-dire où le rapport de base au monde était l’agriculture, nos représentations étaient profondément liées à l’agriculture. De telle sorte qu’on savait que pour que quelque chose soit efficace il fallait respecter un végétal, son mode de croissance ; il fallait respecter les saisons ; on savait qu’il y avait une incertitude, ça prenait du temps ; on ne pouvait pas faire pousser de l’herbe en tirant dessus. Maintenant, nous sommes dans une société où le modèle est celui de l’informatique et où notre rapport au monde est lié à ce que j’appelle une ‘push-button-attitude’. Nous appuyons sur des boutons, nous avons un effet immédiat. De telle sorte que notre rapport au monde va changer. Si vous êtes dans un monde agricole et que je vous parle d’obéissance, comment est-ce que vous allez penser l’obéissance ? L’obéissance dans cet imaginaire agricole est quelque chose qui prend du temps. C’est la pousse d’un végétal. Alors que si vous êtes dans le modèle techno-économique, l’obéissance ça doit être immédiat. Et vous allez penser à l’obéissance sous cette forme-là. Obéir c’est : j’appuie sur un bouton, j’ai un résultat. Regardez quand le Christ parle de l’obéissance dans la parabole du semeur, ce qui pousse trop vite n’est pas bon. La vitesse n’est pas un gage de fidélité, de persévérance. Et donc, de véritable obéissance. En revanche, ce qui va pousser lentement, disons à la bonne vitesse, plus lentement qu’un escargot, là il y aurait la véritable obéissance.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceLes rythmes de nos vies ont changé, notre rapport au monde a changé : nous voulons une efficacité immédiate. Nous avons perdu le sens du temps long. Et, avec cette modification qui vient de la technologie, ce qui est changé, c’est notre humanité-même, qui de plus en plus veut passer par ce rapport immédiat au monde. Avec le désir où j’ai des résultats immédiats, mais ça veut dire aussi : je trouve rapidement le bien-être, je vais trouver… je ne sais pas moi, des implants cérébraux qui vont me permettre de vivre dans une sorte d’orgasme permanent. Imaginez… C’est un projet déjà en place, hein ! Il y a donc quelque chose qui s’est modifié de notre humanité. Et notre technologie va en plus modifier notre rapport au don de la vie. Parce que pourquoi dans ces conditions-là même continuer à être père ? D’une part, on va se représenter notre vie, dans cette impatience-là, comme une vie qui n’a pas forcément à enfanter, parce qu’enfanter c’est entrer dans le temps de la maturation, dans un temps long. Mais en plus, si on met au monde des enfants, mieux vaut les mettre au monde par le biais de la technologie.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceDes technologies se sont présentées comme thérapeutiques. On présente des avancées comme des choses thérapeutiques mais qui en fait ont changé radicalement notre rapport à l’enfantement. Ça a été le grand drame de quelqu’un que vous connaissez peut-être, le professeur Lejeune dont la cause est en béatification. Le professeur Lejeune a inventé le diagnostic prénatal. C’est une chose incroyable, le diagnostic prénatal. C’est savoir le code génétique d’un enfant avant même de le voir. Avant même qu’il soit né. Imaginez qu’on ait inventé ça avant la Nativité, ce qu’on aurait célébré, c’est le diagnostic prénatal du Christ, parce que c’était son entrée dans une sorte de visibilité humaine, génétique, on aurait eu un code. S’il y avait eu l’échographie, on aurait célébré la première échographie du Christ. La fête de la Nativité c’est l’entrée de Jésus dans la visibilité. Mais à partir du moment où vous avez cette technologie-là, vous avez un truc qui fait qu’on anticipe sur la naissance. La naissance n’est plus l’événement qu’on croyait. Le professeur Lejeune a inventé ce diagnostic, bien sûr, pour pouvoir soigner les personnes trisomiques. Pour qu’on puisse notamment… C’est lui qui avait découvert que ce qu’on appelait le mongolisme autrefois, relevait d’un chromosome, le chromosome 21. Et c’est lui qui a découvert que ça n’était pas une régression de la race blanche vers la race jaune, comme certains le pensaient, notamment Down ; ça n’était pas non plus dû à des mauvais comportements des parents. C’était quelque chose qui pouvait advenir, génétiquement, aléatoirement. Et il invente donc ce test.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceAujourd’hui, ce test est employé pour éliminer les populations trisomiques. C’est-à-dire qu’il a inventé quelque chose en disant : « On va bien s’en servir. C’est une technologie, il suffit d’en faire bon usage. » Mais en réalité la technologie va induire un type de comportement où on pratique, en France vous le savez bien, déjà, ce qu’on appelle un eugénisme. Non pas positif, mais négatif, c’est-à-dire où on élimine tout ce qui ne nous paraît pas être conforme à une bonne vie humaine. Mais il va falloir aller plus loin. Á partir du moment où vous avez la possibilité par exemple de modifier génétiquement votre enfant pour être sûr qu’il n’aura pas tel ou tel cancer, ou qu’il l’aura très tard. Modifier génétiquement votre enfant pour être sûr qu’il aura les capacités cognitives très développées, de telle sorte qu’il pourra entrer à l’Ecole Normale Supérieure, à Polytechnique ou à HEC. Á partir du moment où vous êtes sûr même qu’on pourra lui assurer une longévité plus grande. Voire même lui assurer l’immortalité. Qu’est-ce que vous allez faire ? Vous allez dire que vous voulez le bien de votre enfant, vous allez dire : « Fabriquez-le. Je ne veux pas être père, je veux me tourner vers des ingénieurs, des experts qui eux vont fabriquer une vie meilleure. »

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceNous sommes dans cette situation-là. Une situation où l’homme disparaît au profit d’une sorte de cyborg performant et où le père doit laisser la place à l’expert. C’est la situation généralisée de notre société. De telle sorte que se posent pour nous des questions absolument neuves. Á partir du moment où on peut modifier l’être humain, la question se pose de savoir pourquoi rester humain. Non seulement devenir humain, mais à la limite pourquoi le rester ? Et puis, une autre question fondamentale : pourquoi donner la vie ? Non seulement pourquoi la donner, pourquoi continuer avec l’humanité dont on sait qu’elle est finie, limitée, etc., mais même aussi pourquoi la donner par cette voie qui est celle ancestrale de la transmission de père en fils par la voie sexuelle ? Est-ce qu’il ne faudrait pas déléguer cela à des gens qui feront des enfants absolument compétents, adaptés, résistants aux conditions nouvelles du monde techno-industriel ? Vous savez que dès lors si vous dites : « Non il faut continuer à être humains, et donc renoncer à certains phénomènes technologiques ; il faut continuer à avoir des enfants sur le mode sexuel, c’est-à-dire aléatoire, avec des risques ; il faut continuer à être des pères et des mères plutôt que des experts en pédagogie… » … On va dire que vous êtes cruels. On va dire que vous êtes réactionnaires. Et c’est ce qui se passe aujourd’hui.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceLe grand paradoxe de notre époque est que les chrétiens qui sont normalement les témoins de la charité, de la compassion, apparaissent comme des personnes cruelles. Elles sont contre l’euthanasie. C’est la compassion, l’euthanasie ! Elles sont contre le fait qu’on puisse, par exemple, modifier le génome pour faire des êtres immortels. Imaginez, vous avez un gamin, il est né, vous l’avez eu comme ça. Il a ses copains à l’école qui ont été modifiés génétiquement, et puis vous allez lui dire : « Nous on est chrétiens, mon chéri tu dois crever ! ». C’est normal. On en est là. Alors, qu’est-ce qui nous pousse, nous, à vouloir rester humains et à vouloir continuer d’essayer de le devenir ? D’abord, vous faites cette expérience dans le scoutisme de ce qu’est une vie simplement humaine. D’abord, et surtout les routiers, vous marchez. C’est un truc incroyable de marcher aujourd’hui ! Vous marchez. Je ne parle pas des machines qui marchent, parce qu’elles marchent aussi. Nous, nous ne marchons plus. Je ne parle pas non plus de faire dix milles pas par jour selon les recommandations de l’OMS. Ça c’est encore la logique du calcul, ce n’est pas la marche. Vous, vous vivez la marche comme une expérience humaine de proximité, de parole, de rencontre. Mais ça n’existe quasiment plus ! Aujourd’hui, il faut croire en Dieu pour marcher ! Regardez, si ce n’est pas pour le fitness. On est dans une société où les gens ne marchent quasiment plus. Ils prennent la voiture, ils ont des trucs… Pour mener une vie simplement humaine, il va falloir croire en Dieu, pour continuer à avoir des enfants selon la loi naturelle, avec un père et une mère. Et même, il va falloir croire en Dieu, pour dire moi je ne veux pas être de l’humanité 2.0 augmentée par la technologie. Et même pas n’importe quel Dieu : il faudra croire au Dieu qui s’est fait homme. Et qui nous garantit qu’être humain, que c’est en étant humain que l’on devient vraiment divin. Non pas en sortant de l’humanité.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceLe Christ a mené une vie d’homme. Il a mené une vie de charpentier. Trente ans à Nazareth, de charpente, et après, trois années de marche et de prédication. Quand vous marchez, vous renouez aussi avec la vie apostolique. Les apôtres qui marchaient, qui faisaient des kilomètres et qui parlaient aux gens qu’ils rencontraient. Qui leur parlaient du Royaume. Tout proche. « Le Royaume est proche de vous. » Le Royaume en fait se joue dans cette proximité humaine. Voilà ce qu’était la vie du Christ. Or, on sait que c’est la vie de l’homme parfait. 0n sait qu’on ne peut pas aller plus loin que cette vie-là. On sait même que mourir à trente-trois ans, ça peut être la chose la plus extraordinaire, la plus merveilleuse qui se fait dans l’Histoire. C’est quand même difficile à accepter, hein ! Mais on le sait. La grâce divine nous fait accepter notre condition humaine sur elle : mortelle. La grâce divine nous fait plus entrer dans cette condition-là et nous rappelle que le travail manuel, le travail du charpentier, peut être un travail divin. Parce que c’est ce rapport avec la nature, avec le monde tel qu’il est donné par Dieu. Ce rapport de culture et pas ce simple rapport d’ingénierie.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceVous comprenez maintenant ce qui se joue aujourd’hui. Mon but n’est pas de condamner toute forme de technique, puisqu’au contraire je fais l’éloge de la technique comme savoir-faire, de la technique qui était encore une culture, qui accompagnait la nature, qui était encore humaine. Je critique certains types de technologie qui, d’une certaine façon, vont contre la technique. Parce que ce qui est en train de se passer, c’est que le progrès technologique est une régression de la technique. Le projet technologique entraîne une disparition des savoir-faire humains. Humain, ça veut dire avec les mains. Ça veut dire l’artisanat, ça veut dire les arts, ça veut dire… toutes ces choses-là. La réalité de notre existence aujourd’hui, qui nous fait rêver d’être des cyborgs. Nous rêvons d’être des cyborgs parce que nous avons créé une société qui nous empêche de déployer nos vraies potentialités humaines. En fait, c’est quand vous n’avez pas commencé à être humain que vous rêvé d’être un surhomme. Mais quand vous voyez ce que c’est qu’être humain et tout ce qu’on peut déployer en étant humain, à ce moment-là vous n’avez pas du tout envie de devenir un cyborg. Si vous savez jouer d’un instrument de musique, si vous savez vous servir d’une feuille et d’un stylo, pourquoi auriez-vous besoin de la dernière version de GTA ? Dante a écrit La Divine Comédie avec du papier et un stylo, hein ! Léonard de Vinci ou Mozart de quoi ont-ils eu besoin ? Ils ont déployé des choses dont on peut dire qu’elles sont divines, dans leur beauté. Mais ils n’ont pas besoin d’avoir une super technologie. Simplement c’était leurs mains, et leurs mains animées par leur esprit et par leur cœur avec une contemplation du réel. Qui était une contemplation amoureuse, attentive, que nous avons perdue.

Donc, en réalité, le progrès technologique aboutit à une régression technique, et c’est parce qu’on a perdu les savoir-faire d’autrefois, parce que, finalement, nous ne pouvons plus être Charles Ingalls que nous rêvons d’être Robocop. Mais Charles Ingalls, c’est la vie humaine, simple. La famille, la paternité. On coupe du bois, on retape la maison. On va chez la vieille grand-mère qui est toute seule à côté. On fait des fêtes de village, on joue du violon. On connaît des danses folkloriques, on sait chanter ensemble autour d’une table. On sait faire la cuisine. Une vie de hobbit, quoi. Bien sûr, vous savez bien que c’est le thème fondamental du Seigneur des anneaux ! Cette critique de la logique d’une puissance toujours plus grande et un combat, finalement, pour pouvoir mener la vie simple de la comté. Avec cette idée qu’une graine qui pousse c’est même plus grand que toute la magie. Une phrase qu’on trouve chez Tolkien. Le fait de manger des aliments qu’on a cultivé soi-même, à partir du don de la semence et de la pousse des plantes, c’est quelque chose finalement de plus extraordinaire que d’avoir des super pouvoirs. Et pourquoi ? Parce que ça vous met en communication avec le cosmos. Parce que ça vous fait célébrer le Dieu créateur. Parce que ça vous fait chanter les bontés qui viennent d’au-delà de vous. Alors que quand vous êtes tout-puissant, que vous êtes l’œil de Sauron, qui regarde tout, qui contrôle tout, qui surveille tout, en fait, vous avez perdu la possibilité de l’action de grâce.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceDonc, régression liée au développement technologique, régression technique et même régression morale. Parce que, je ne sais pas si vous avez remarqué, plus se développe la technologie, plus les objets se raffinent, plus nous devenons primaires. Je ne sais pas si vous avez remarqué ce truc-là ? Et… en fait je découvre qu’il y a une sorte de chaise, en plus ils s’asseyaient, ils faisaient semblant d’être debout. Mes chers frères… Vous voyez, c’est ça, c’est toute cette science-là qu’on a perdue… ! Je ne sais pas si vous avez remarqué… les appareils technologiques qui nous poussent à vivre dans un monde où on appuie sur un bouton et où on a des effets extraordinaires cultivent en nous l’impatience. Cette mécanique de la ‘push-button-attitude’ où on veut des résultats immédiats fait qu’on est devenus de plus en plus impatients. Regardez ! : Dès que votre ordinateur rame un peu… Vous avez des types, pourtant qui avaient l’air à peu près intelligents, ils se mettent à parler à leur machine et à l’insulter. Et même ces gens qui disent « eh, moi, je ne prie pas Dieu et tout ça… » sont devant l’ordinateur et disent : « Allez, s’te plaît, marche, s’te plaît… » Ils font des prières. Á leur écran. Parce qu’ils n’en peuvent plus. Parce qu’en réalité, cette technologie qui ne nous donne pas la patience du travail des mains, la patience d’un apprentissage, d’un savoir-faire, la patience de la culture, de l’agriculture, de l’élevage… parce qu’on n’a plus cette patience-là, nous entrons dans un domaine qui est de plus en plus pulsionnel. Et d’ailleurs, pulsionnel, c’est la pulsion, c’est appuyer sur des boutons. Ça veut dire ça. Donc, nous avons largement régressé, nous avons grandi en impatience.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceVous avez un auteur très intéressant, un auteur anglais qui s’appelle G.J. Ballard, auteur notamment d’un roman assez célèbre qui s’intitule Crash. David Cronenberg a fait un film à partir de ce roman, un film assez trash, d’ailleurs… Il a fait aussi d’autres romans comme Immeuble de grande hauteur, etc. Je crois qu’il y a un film avec Jeremy Irons qui est sorti là-dessus… où il montre que c’est une sorte d’immeuble immense où il y a mille appartements, où tout est organisé, il y a des jacuzzis, des piscines à certains étages, des supermarchés à l’intérieur. Mais voilà que des ascenseurs se détraquent. Et à partir de ce détraquage de l’ascenseur les gens sont dans une sorte d’impatience, d’hystérie, et on voit que petit à petit, à cause du détraquement des machines, comme les gens n’ont pas appris à se maîtriser devant le réel, mais à croire qu’ils dominaient le réel parce qu’ils étaient face à du virtuel, en fait, dans cette domination qu’ils avaient dans le monde virtuel, quand ils sont confrontés à du réel, à une panne.. ils perdent les pédales. Et alors tous les gens bourgeois qui vivaient dans cet immeuble, des ingénieurs, des cinéastes… commencent à devenir fous, et la vie de l’immeuble se change en une vie de plus en plus primitive. Ils vont faire des razzias sur les étages inférieurs, des clans vont se créer entre ceux qui sont en haut, ceux qui sont en bas… Parce que justement la technologie a développé leur côté pulsionnel.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceL’enjeu à être humain c’est donc de retrouver cette vie simple. Qui est aussi la vraie vie spirituelle. Regardez la vie monastique : c’est une vie déconnectée. C’est une vie souvent liée à la terre, liée au travail manuel : ora et labora dit la devise bénédictine. On se rend donc compte que si Jésus était charpentier ce n’était pas un hasard. C’est qu’il y a un lien entre cette vie simple, entre le travail de nos mains et l’élévation de notre esprit. C’est souvent cela qu’on a perdu. Et vous, en réapprenant le travail des mains, par des installations, au scoutisme, peut-être qu’un jour, aussi, le scoutisme s’intéressera au travail de la terre… en marchant, en vivant cette vie de proximité, vous êtes des défenseurs de l’humanité. Et vous êtes les êtres les plus spirituels à une époque où tout se dissipe dans le virtuel. Ce que vous faites là est d’une importance majeure pour devenir humain.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceMaintenant, qu’en est-il de la paternité ? Il faut bien que j’en dise quelques mots. Qu’est-ce que ça veut dire être père ? Pourquoi est-ce que c’est l’autre dimension du déploiement de l’humanité ? Je voudrais juste d’abord vous faire une remarque : vous ne pouvez pas être pères si vous êtes seulement entre routiers. Il faut qu’intervienne cet être complètement inattendu dans ce lieu, même si on en trouve quelques spécimens intrus, ici-même, il faut qu’il y ait la rencontre avec la femme. La rencontre avec une femme va vous faire sortir de la logique de la planification technologique. L’homme croise une femme, il avait des tas de projets, tout d’un coup, non, c’est fini. Il est dépassé. Et ce n’est pas parce qu’il a des affinités simplement avec elle. Ce n’est pas comme un bon copain, une femme. Bon copain : on partage les mêmes sujets de discussion, on a les mêmes préoccupations. Non. Une femme, on l’aime d’abord parce que c’est une femme. On ne l’aime pas parce qu’elle nous ressemble, mais parce qu’elle est autre. C’est très mystérieux. Déjà, ce n’est pas être dans la logique de la réalisation de soi à travers un projet où je maîtrise tout. Et la relation érotique, la relation homme-femme est déjà une relation qui échappe au règne de la technologie. Si vous regardez dans 1984, ce grand roman contre des utopies technologiques, c’est précisément la rencontre d’une femme qui va faire que Wilson, le héros, va s’extraire tout d’un coup du monde totalitaire dans lequel il est.


fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceParce que la rencontre d’une femme, c’est une relation primitive. Ça existe depuis l’origine des temps, c’est l’aventure de base. Vous marchez ensemble, entre hommes, et je vous ai dit, c’est déjà défendre l’humanité. Mais il y a cet autre aspect de l’humanité qui est la rencontre avec l’autre sexe et qui est vraiment un événement absolu. Je vous rappelle que... Je ne sais pas si vous connaissez cette histoire que racontait Alfred Hitchcock, le grand réalisateur. C’est l’histoire d’un scénariste qui, pendant la nuit, a l’idée d’un scénario absolument incroyable, auquel personne n’avait vraiment pensé. Il se dit, c’est génial, avec ça, à Hollywood, je vais avoir un succès fou, les gens vont dire c’est ce qu’on attendait… Et il se recouche et quand il se lève le lendemain matin, il a complètement oublié. Alors, il se dit, bon, si ça me revient, il faut vraiment que je m’en souvienne. Alors au milieu de la nuit il se souvient encore de ce super scénario, il dit là, maintenant, je vais m’en souvenir. Il se recouche, le lendemain matin il a encore oublié. Alors il dit, bon, là, il faut absolument que je prenne un cahier et je vais noter mon idée si elle me revient pendant la nuit ! Et dans la nuit, l’idée lui revient, il la note dans le cahier : l’argument, le scénario absolument génial et puis… il laisse le cahier. Il dit : « demain matin je pourrai relire ça à tête reposée. » Il se lève le lendemain matin, avec grande joie il ouvre son cahier, et qu’est-ce qu’il voit comme scénario extraordinaire ? Un homme tombe amoureux d’une femme. C’est tout.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceAlors vous comprenez pourquoi il croyait l’avoir oublié quand il était réveillé ! Mais, parce qu’effectivement, c’est la base, c’est l’exclamation d’Adam au départ. Les animaux, il arrive à les nommer, il est encore debout, il n’a pas encore perdu toute contenance, mais quand la femme est devant lui, il dit : « Ah ! ». Il est dans une exclamation, il entre dans un cantique, il est dépassé. Et déjà, vous voyez, accepter cette aventure où l’on est dépassé. Mais être dépassé, ça veut dire aussi entrer dans cette aventure. C’est donc ne pas réduire la femme à un objet de jouissance. Sinon, vous n’entrez pas dans cette aventure. Vous en faites un lieu de soulagement, de délassement physiologique, mais ce n’est pas la véritable aventure de la rencontre avec une femme. Et cela vous entraîne, en plus, dans un autre truc : la paternité. Alors, le truc complètement fou, parce que quand vous réfléchissez bien... Moi, quand je vais vers ma femme, je pense à ma femme… J’aime ma femme et puis tout d’un coup elle m’apprend qu’on va avoir un enfant. Quel rapport ? Non mais, franchement, quel rapport ? Parce que dans l’étreinte, je ne pense pas aux enfants, sinon je serais un pervers. Je pense pas aux enfants, je pense pas à ça, enfin, c’est pas à ça qu’on pense ! On est dans quelque chose qui est l’amour. L’homme se tourne vers sa femme, ce n’est pas avec le projet d’avoir des enfants. Simplement s’il laisse faire l’amour tel qu’il est tout d’un coup apparaît cette surabondance à laquelle il n’est donc pas préparé.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceVous avez un enfant, vous n’avez pas pris des cours pour en avoir. Vous vous rendez compte. On vous fait passer des permis pour conduire une voiture, on ne vous fait pas passer des permis pour être père. Alors que c’est beaucoup plus dangereux. Pour la vie des autres. Pour la vie de l’enfant. Alors certains pourraient dire : « Vous devriez passer des permis. » Et c’est ça que veulent vous dire les experts. Les experts vont vous dire : « Il faut passer des permis parce que c’est seulement si vous avez passé des permis que tout va bien se passer. Il y aura un code de l’enfantement, comme il y a un code de la route. » Mais pourquoi ce n’est pas cela, la paternité ? Parce que la paternité c’est précisément l’aventure des aventures.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceVous savez que c’est une phrase de Charles Péguy qui dit que le père de famille est l’aventurier des temps modernes. Ce n’est pas une phrase comme ça, sentimentale, pour faire l’éloge du père de famille dans un monde qui méprise les pères et qui vénèrent les experts. C’est parce que c’est vrai ! Regardez toutes les grandes aventures que vous connaissez sont souvent des histoires de rapport au père, et où le héros lui-même va devoir avoir un enfant. Je parle d’aventures récentes qui ont dépassé la figure du héros comme ‘lone some cow-boy’, vous voyez. Qui n’a pas de parents, pas d’enfants. Regardez Harry Potter. C’est vraiment la question de la paternité qui est en jeu. Et le dernier opus, d’ailleurs, le montre spécialement. Est-ce que vous vous rendez compte que dans le dernier opus, que le grand combat de Harry Potter, le grand défi de Harry Potter, la grande aventure pour lui, ce n’est pas de réussir ses examens à Poudlard, ce n’est pas de gagner la coupe de feu, ce n’est pas d’avoir vaincu Valdemort : c’est d’avoir à élever ses fils et filles. Et notamment, il a des difficultés avec son fils Albus. C’est la première fois qu’on parle de Harry Potter dans cette église, et surtout qu’on parle de Harry Potter en chaire… Ce que je veux vous dire ici, c’est que c’est une question… J’aurais pu parler de Star Wars aussi. Ce sont des histoires de paternité qui sont en jeu, tout le temps. La grande aventure de Dark Vador c’est la question de sa paternité. Et dans la suite, c’est encore des histoires de paternités qui vont être en jeu.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceDonc, pourquoi est-ce la grande aventure ? Pourquoi êtes-vous un véritable aventurier quand vous devenez père ? Eh bien, parce que, d’une part, vous entrez dans quelque chose qui dépasse vos compétences. Il n’y a pas d’experts en éducation. Ce n’est pas possible. C’est une contradiction dans les termes. Ou alors c’est réduire l’éducation à une technique. Pourquoi ne peut-il pas y avoir d’experts dans ce domaine-là ? Parce que l’enjeu c’est de transmettre la vie. Et de dire qu’il est bon d’être vivant. Ce n’est pas de devenir compétent dans tel ou tel domaine, ce n’est pas simplement d’aider votre fils à être bon en math, ou à réussir les concours des grandes écoles. On s’en fou de ça. Le plus important, qui dépasse les compétences techniques et qui ne relève pas d’une compétence mais que le père peut faire c’est, voilà : « J’ai consenti à la vie, je t’ai accueilli, j’ai accueilli la vie, et à ce moment-là, dans ma responsabilité, je suis le témoin que la vie est bonne. Alors même que je n’y comprends rien. Alors même que je suis nul. Alors même que je commets des tas d’erreurs. » Et l’essentiel, ce n’est pas le fait de développer les compétences de l’enfant, mais de passer du temps avec lui, de montrer qu’il est bon qu’il soit là. Et dès lors, on reconnaît quelque chose qui dépasse nos programmes, qui dépasse nos plans, qui est l’aventure même d’une vie qui nous échappe. Qui est un évènement permanent qui se renouvelle de génération en génération.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceC’est aussi s’ouvrir à la vie au sens où l’on reconnaît qu’on n’est pas le père. Un père est toujours un fils. C’est même parfois pendant très longtemps, un gamin. Vous avez fait l’expérience… Bon, moi, je suis père de sept enfants, j’ai quarante-cinq ans, et au fond de moi je vois tout ce qui reste de l’adolescent que j’ai été. Je n’en suis pas complètement débarrassé. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que nous sommes des pères, mais aucun d’entre nous n’est le Père. Et c’est ça ce qui se passe. C’est que dans notre incompétence, dans nos défaillances, à travers ces défaillances quelque chose va se jouer. On aura donné une torgnole trop forte à notre enfant, on aura crié abusivement, on aura commis des tas d’erreurs. Mais on ira vers notre enfant en lui disant : « Ce n’est pas moi le maître de la vie. Moi-même je suis un fils, moi-même je suis un pécheur, je te demande pardon. Et à travers mes défaillances je peux me tourner avec toi vers le Père des Miséricordes. » Et qu’est-ce que vous pouvez donner de plus grand à un enfant ?


fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceVous connaissez ce passage du recouvrement au temple. Jésus dit : « Je dois être aux œuvres de mon Père. » Mais en, fait, tout père a pour tâche première de donner l’amour de la vie à son enfant, avant telle ou telle compétence. Parce que lui, il a accueilli la vie et donc il l’engage à le faire aussi. Mais aussi, il doit le tourner vers celui qui est le Père. De telle sorte que son fils, désormais, ce n’est pas sa chose. Ce n’est pas un être qui s’inscrit simplement dans un planning familial. Dans un désir ou dans un droit à avoir un enfant pour compenser les frustrations qu’on a eu nous-mêmes, par exemple, en projetant sur lui une réussite qu’on n’a pas eue. Ce n’est pas ça. C’est reconnaître qu’avec cet enfant s’ouvre un à venir. Le mot avenir c’est le mot qui constitue aventure : ce qui advient. Que tout d’un coup l’avenir se ré-ouvre à travers cet enfantement. Et on va être pris dans une aventure qu’on n’avait pas prévue, avec des enfants qui vont nous entraîner dans des tas d’histoires dramatiques qu’on n’avait pas envisagées. Mais c’est ça l’aventure de la vie. L’aventure première.

Et c’est pour cette aventure-là que l’on devient aussi un combattant, qu’on devient un vrai guerrier. Parce qu’un vrai guerrier ce n’est pas simplement d’avoir des muscles, hein ! C’est d’avoir une femme et des enfants à défendre. C’est à partir de cette aventure-là que se pose la question de l’avenir, aussi, d’une société. Et c’est comme ça aussi qu’on s’engage vraiment en politique. C’est à partir de cette ouverture à une vie qui nous dépasse, à un temps qui ne sera plus le nôtre mais celui de nos enfants que l’on peut aussi être prêt à mourir.

Il y a une chose qui m’a toujours frappée : j’ai toujours eu assez peur de la mort. Je ne m’imaginais pas de m’offrir en sacrifice. Je suis même assez douillet, quand je saigne je tourne un peu de l’œil, etc. Mais à partir du moment où j’ai eu un enfant, moi qui suis si faible, à la limite… tout d’un coup j’étais prêt à mourir pour quelqu’un d’autre. Vous voyez, c’est très étonnant, hein. Tout d’un coup c’est là qu’une force m’était donnée et que tout d’un coup je devenais un homme. Avec sa virilité, avec sa force de combat, avec son désir aussi de vivre des choses simples. Parce qu’on redécouvre là que la chose merveilleuse c’est de se retrouver autour d’une table avec sa famille, ses amis, à pouvoir manger ensemble, ou à pouvoir chanter ensemble. Et c’est ça la vie simplement humaine.


fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceC’est la vie que garantit le Christ. C’est la vie qu’il garantit sur cette terre, déjà, au centuple. N’oubliez pas qu’il y a des promesses pour le temps, pas simplement pour l’éternité. Mais aussi pour l’éternité. Parce que le Christ ressuscité, que fait-il ? Est-ce qu’il fait des trucs de superman, des trucs de super technologie ? Est-ce qu’il fait de grands sons et lumière ? Il se retrouve au milieu de ses disciples. Et il mange avec eux. Et il leur lit les Écritures comme il l’avait fait autrefois. Il parle avec eux. Il mène cette vie simple que le scoutisme essaie de réintroduire dans une vie de plus en plus technologisée et virtualisée.

Alors continuez toujours ainsi ! Ultreïa ! Merci.

fabrice hadjadj,transmission,éducation,politique,christianisme,foi,conscience,vulnérabilité,Écologie humaine,la franceFabrice Hadjadj
29 octobre 2016
Conférence donnée en l'église de Givry (89),
au pied de la Colline éternelle de Vézelay,
devant les Routiers Scouts d'Europe en pèlerinage.
 
                                            

                                                            

 

Peintures
Saint Vincent de Paul prêchant - Noël Hallé (1711-1781), Cathédrale Saint-Louis, Versailles.
Hortus Deliciarum (détail) - Jérome Bosch, XVIIe, Musée du Prado.
L'enfant retrouvé dans le temple - Philippe de Champaigne, 1663, Musée des Beaux-Arts d'Angers.
Les Pèlerins d'Emmaüs - Mathieu Le Nain, XVIIe siècle, Musée du Louvre, Paris.

 

12.10.2016

Avant d’être ailleurs, les solutions sont en nous

La liberté des enfants de Dieu

basilique-sainte-clotilde.jpgDans notre appréciation de la place des religions au cœur de notre vie sociale, nous sommes souvent sensibles aux signes extérieurs et à leur conformité avec les mœurs communes que nous érigeons facilement en loi impérative et sans exception possible. C’est dire combien la conversation entre Jésus et son hôte pharisien peut nous dérouter. Elle oblige à chercher d’autres repères que les obligations formelles de la loi.

151464365_08ee92e9ae_m.jpgEn effet, ce que le Christ est venu annoncer, c’est plus qu’une obéissance formelle à des prescriptions qui se sont accumulées avec le temps, c’est une vigilance sur ce qui habite nos cœurs et qui exprime notre vérité personnelle. Le déplacement proposé est important pour ce pharisien qui est tout entier concentré sur l’observance des préceptes matériels de la loi, au détriment de la droiture morale personnelle.

Comme Paul l’explique aux Galates, leur rencontre avec le Christ a radicalement changé l’exercice de leur religion. Par cette rencontre, ils ont accédé à une religion de liberté et non de soumission. Le pur et l’impur, le bien et le mal, ne peuvent plus être définis par un extérieur de nous-mêmes. C’est en nous que se mène le combat et c’est sur nous-mêmes que nous devons travailler. C’est un réflexe de païen que de juger les hommes d’après l’extérieur et les apparences.

294px-Basilica_of_Saint_Clotilde_Sanctuary,_Paris,_France_-_Diliff.jpgNotre culture, de plus en plus médiatique et instantanée nous conduit à privilégier ce qui se voit au mépris de ce qui ne se voit pas. Et qu’en dire en période électorale où le souci de l’image et de la formule peut dépasser la préoccupation de l’expression d’un projet collectif dont tous disent qu’il serait nécessaire ! La captation médiatique de la campagne électorale s’accompagne de sa réduction à un « combat des chefs » où les facteurs personnels priment sur la présentation des programmes. Les candidats éventuels sont réduits dans leurs prestations publiques à prendre position sur telle ou telle affirmation des autres candidats, comme si leur seul apport spécifique était de se démarquer des autres. Comment toucher l’intelligence et la raison des électeurs ? Il est de la responsabilité de tous les électeurs de ne pas se contenter de l’effervescence médiatique mais d’encourager et de répondre à l’effort de pédagogie des candidats.

 

Un moment de vérité ?

70733131.jpgMais, finalement, les réactions nombreuses de nos concitoyens nous alertent sur le soupçon qui guette tout le discours politique. À force de se laisser séduire par le buzz, on pourrait ne plus accepter l’écart entre l’apparence et les convictions et nourrir une réaction de rejet des discours politiques et, surtout, de celles et de ceux qui les proposent.

Cette aversion pour les hommes et les femmes qui se donnent au service de la société est injuste et suicidaire pour le gouvernement du pays. Mieux que moi, vous savez combien les engagements politiques expriment des convictions personnelles fortes. Notre liberté démocratique doit rester protégée d’une tutelle médiatique. Quels combats faudra-t-il mener pour faire échapper les convictions les meilleures au sortilège de la médiatisation artificielle ?

Beaucoup de nos contemporains se révèlent atteints par le scepticisme ou le cynisme : à quoi bon proposer et choisir des solutions, s’il n’y a rien à faire… Á quoi bon choisir des hommes et des femmes pour conduire les affaires du pays, puisque, en tout état de cause, cela ne changera rien… Dans ce contexte, c’est la grandeur et le mérite de celles et de ceux qui se proposent à nos suffrages que de relever les défis du temps présent et de s’employer à proposer des remèdes.

Comment vont-ils briguer les suffrages pour convaincre ? Vont-ils promettre à chaque catégorie de Français une assistance plus généreuse qu’auront à payer les générations suivantes ? Ou vont-ils s’efforcer d’exprimer une vision du bien commun qui mobilise les énergies ? Où vont-ils puiser l’inspiration nécessaire pour avoir le courage de dire les choses telles qu’elles sont et non pas telles qu’on les rêve ? Comment rendre confiance en l’avenir sans exprimer une certaine vision de notre vivre ensemble et des tâches auxquelles notre pays doit faire face ?

338px-Paris_-_Basilique_Sainte-Clotilde_-_003.jpgIl me semble que ce courage de la vérité qui seule peut rendre l’espérance demande une lucidité et un désintéressement particuliers. Seul ce courage permet d’échapper à la démagogie et d’affronter les problèmes réels sans les contourner. Beaucoup des élus de la nation sont convaincus de la nécessité de ce courage. Beaucoup s’efforcent de le vivre. Beaucoup s’y réfèrent dans les dialogues particuliers. Je vous invite à prier pour que cette lucidité et cette vigueur ne s’effritent pas dans la chaleur des campagnes électorales.

Ce serait mépriser la raison des électeurs que croire qu’ils se déterminent principalement sur des critères de publicité médiatique ou en fonction de leurs seuls intérêts particuliers. Ce serait mépriser les électeurs que de les juger inaccessibles aux intérêts généraux du pays et incapables de comprendre et d’accepter les réformes nécessaires. Ce serait mépriser les électeurs que croire que la masse d’informations dont ils disposent ne peut pas faire évoluer leur perception du monde et des enjeux internationaux.

4136100370_0503a5b238.jpgAu contraire, une période électorale intensive peut être une occasion de développer chez beaucoup le sens du bien commun et de l’intérêt général. Est-il permis, en outre, de suggérer que les candidats qui assument cette dimension pédagogique de l’élection font un bon calcul car ils développent déjà les moyens préalables à l’exécution d’une politique responsable et courageuse ?

Nous ne le savons que trop, notre pays vit une période difficile. Les effets de la crise économique s’ajoutent aux menaces d’attentat pour rendre plus incertain l’avenir. Dans une telle situation, il est toujours tentant de chercher des explications dans les facteurs extérieurs. Mais les facteurs extérieurs n’expliquent pas tout et, en tout cas, ne fournissent pas des solutions durables. Nous devons aussi prendre en compte des causes internes. Croire que la cause du mal vient toujours d’ailleurs est aussi une façon de reculer devant les questions que nous devons collectivement nous poser sur l’équilibre de notre société. On peut compter sur la solidarité européenne, mais elle ne nous épargnera pas les sacrifices économiques que nous devons consentir. Nous pouvons espérer vaincre militairement Daesh, mais cela ne nous évitera pas de nous poser des questions sur la dérive de jeunes qui sont nés chez nous et y ont été éduqués. Avant d’être ailleurs, les solutions sont en nous. C’est au prix de cette confrontation à la vérité que nous pouvons retrouver une véritable solidarité qui soit le ciment de notre société.


clotilde1.jpgAyons le courage de reconnaître et d’avouer que la situation du monde ne devient meilleure que si l’homme lui-même devient meilleur. Cette œuvre de sanctification est celle de l’Esprit-Saint. C’est la mission de l’Église que de l’invoquer pour chacun de vous. Qu’il nous donne à tous le courage d’affronter les réalités et de servir l’unité de notre nation.

Notre société résoudra donc la question de la place des religions à condition qu’elles témoignent de leur capacité de contribuer au bien commun, à ouvrir un chemin vers un monde meilleur, un chemin qui passe par la réforme de chaque personne. Ce chemin est aussi pour nous un appel personnel à devenir meilleur, un appel auquel chacun répond librement et par amour de ses frères et de ses sœurs. Amen.

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+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris

Mardi 11 octobre 2016 - Basilique Sainte-Clotilde (Paris VIIe)
Homélie - Messe pour les responsables politiques
et les parlementaires

Lectures : Ga 5,1-6 ; Ps 118, 41.43-45.47-48 ; Lc 11, 37-41

 

 

 

23.09.2016

GPA Commerciale / GPA Altruiste ?

Un rapport condamnant la GPA ”commerciale” et vantant la GPA ”altruiste” est présenté devant le Conseil de l'Europe. Pour le collectif No Maternity Traffic, cette distinction sert à avaliser le principe même de la GPA.

 

         La parlementaire et gynécologue belge Petra De Sutter revient à la charge. Après le rejet de son rapport le 15 mars dernier, puis son report en juin dernier doublé d'une accusation de conflit d'intérêt, elle va tenter une nouvelle fois, le 21 septembre, de faire adopter un rapport favorable à la maternité de substitution (GPA) par la Commission des affaires sociales de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Gpa-Inde Dr+FemEnceinte.jpg         Une fois encore, contre toute transparence parlementaire, les débats seront à huis clos et le projet de rapport est tenu secret. Rappelons que la rapporteur est une professionnelle de la GPA et de la PMA à l'hôpital de Gand, en outre, elle collabore avec une entreprise de GPA commerciale en Inde (Seeds of innocence). Elle a donc tout intérêt à faire accepter la GPA.

 

         La forte opposition à laquelle elle est confrontée semble l'avoir conduite à adopter une position de repli : renoncer à demander explicitement la légalisation de la GPA, et condamner uniquement la GPA commerciale tout en invoquant ”l'intérêt de l'enfant”. Cette approche, apparemment consensuelle, est un piège.

         Le piège repose sur une opposition largement fictive entre GPA altruiste et commerciale : la première serait bonne, et la seconde mauvaise. D'altruiste, la GPA deviendrait commerciale lorsque la somme versée à la mère porteuse serait supérieure aux ”frais raisonnables” causés par la GPA, or ceux-ci incluent nourriture, logement, perte de revenus, etc., ainsi que l'indemnisation de ”l'inconvénient d'être enceinte”. Autant dire que, le plus souvent, ces frais raisonnables sont une rémunération déguisée.

         La dialectique opposant GPA commerciale et altruiste est un piège qui réduit et enferme l'appréciation morale de la GPA à l'un de ses aspects secondaires : l'argent. De fait, le problème avec la GPA, ce n'est pas tant l'argent que la situation de l'enfant et de la mère qui le porte. Une GPA moins chère n'en serait pas moins préjudiciable et condamnable.


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Plus encore, l'opposition entre GPA commerciale et altruiste est fictive : la seule différence porte sur le nom donné à la rétribution de la mère : on parle d'un paiement pour la GPA commerciale et d'une indemnité pour la GPA altruiste. Mais notez que le montant de l'indemnité peut être très supérieur à celui du paiement ! Alors qu'une mère porteuse reçoit environ 20 000 € ”d'indemnités” au Royaume Uni, elle ne reçoit que 10 000 € de ”paiement” en Europe de l'Est et 2 000 € en Asie. Verser 20 000 € ”d'indemnités” serait plus éthique que 10 000 € de ”paiement”

         En tout état de cause, une GPA dite altruiste génère plus de flux financiers qu'une GPA dite commerciale.

 

Gpa-Inde FemsEnceintesAlitées.jpg         Si l'opposition entre GPA commerciale et altruiste est fictive, elle recouvre en fait une autre distinction, bien réelle : entre la GPA ”low cost” d'Europe de l'Est, et la GPA ”premium” d'Europe de l'Ouest, telle qu'elle se pratique notamment dans le service de Petra De Sutter. Ainsi, condamner la GPA commerciale, revient en fait à promouvoir la GPA ”premium”, présentée en outre comme une pratique exemplaire.

         En invitant les autres députés à condamner avec elle, de façon véhémente, la GPA lorsqu'elle est commerciale, Petra De Sutter fait porter la condamnation sur le seul caractère commercial de la GPA et épargne ainsi la GPA en elle-même. Elle tend ainsi aux députés un autre piège : celui d'entériner le principe même de la GPA, puis la nécessité de l'encadrer, c'est-à-dire de la légaliser. Il est à craindre que certains députés, heureux de condamner avec force la GPA commerciale ne se rendent pas compte du pot aux roses.

 

NoMaternityTraffic,gpa,politique,vulnérabilité,conscience,lmpt,la france         Plus encore, la situation préjudiciable dans laquelle la GPA place l'enfant ne change pas selon qu'elle est qualifiée de commerciale ou d'altruiste. Dans tous les cas, l'enfant est l'objet d'un contrat, donné ou vendu comme un bien, objet d'un droit de propriété, ce qui le place objectivement en situation d'esclavage au sens du droit international. Dans les deux cas, l'enfant est abandonné par la mère porteuse, et les risques de rejet de l'enfant, par exemple en cas de divorce des commanditaires ou de malformation, sont les mêmes. Les conséquences sur la filiation ne sont pas moins graves, mais pires lorsque l'enfant a été porté par une tante ou sa grand-mère !

         En réalité, le problème avec la GPA, c'est la GPA elle-même.

         La seule démarche réaliste est de s'engager à combattre cette forme de trafic humain, ou alors il faut se résigner à ce que l'homme soit une marchandise pour l'homme.

         Espérons que l'Assemblée du Conseil de l'Europe saura faire prévaloir les valeurs pour lesquelles le Conseil a été institué contre cette nouvelle forme de dégradation et de servitude.

 

NoMatternityTraffic.jpgCollectif No Maternity Traffic

Gregor Puppinck est directeur du Centre européen pour le droit et la justice.

Ludovine de la Rochère est présidente de La Manif pour Tous.

Caroline Roux est déléguée générale d'Alliance Vita.

Ils sont tous les trois membres du collectif No Maternity Traffic, qui a remis au Conseil de l'Europe plus de 110 000 signatures pour l'abolition de la GPA.

Tribune publiée en septembre 2016 dans Figaro Vox

nomaternitytraffic,gpa,politique,vulnérabilité,conscience,lmpt,la franceGPA : LE DÉBAT CONTINUE AU CONSEIL DE L’EUROPE

         No Maternity Traffic salue le rejet, par la Commission des questions sociales de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, du projet de résolution sur la Gestation par autrui (GPA)  ou maternité de substitution. Ce projet était dangereux car il contenait l’acceptation implicite du principe même de la GPA.

         Ce rejet prouve qu’il est possible de réunir une majorité de parlementaires en faveur d’une interdiction explicite de toute forme de GPA dans la mesure où sa pratique est contraire aux Droits de l’Homme.

         No Maternity Traffic note que le projet de recommandation annexé à la résolution a été néanmoins adopté, après amendement. Il sera débattu lors de la prochaine session de l’Assemblée en octobre.

         Ce projet recommande aux Etats européens d’adopter des lignes directrices visant à préserver les droits des enfants nés dans le cadre d’une GPA.

         No Maternity Traffic partage le souci premier de préserver les droits des enfants. Néanmoins, vouloir préserver sincèrement les droits des enfants suppose de poser d’abord le principe de l’interdiction de la GPA sous toutes ses formes. Il est vain, et même malhonnête, de prétendre lutter contre les conséquences de la GPA pour les enfants, sans en condamner d’abord la cause. La GPA, ou maternité de substitution, est une régression absolue du droit des femmes et de l’intérêt supérieur de l’enfant. La GPA, quelle que soit sa forme, exploite des femmes et génère un trafic d’enfants, privés en tout ou partie de leur filiation.

         Le collectif international No Maternity Traffic poursuit son engagement et invite tous les députés de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe à adopter prochainement une recommandation qui, comme l’a fait le Parlement européen en décembre dernier, condamne explicitement toute forme de GPA et recommande aux États d’adopter une politique commune en ce sens au plan européen.

No Maternity Traffic

 

 

20.09.2016

Apôtre éminent de l'Eucharistie : St Pierre-Julien Eymard

Fasciné par le mystère de l’Eucharistie, le Père Pierre-Julien Eymard fonde la Congrégation du Saint-Sacrement au milieu du XIXe siècle en Isère. Uni au Christ, il souhaite relier l’activité missionnaire et la contemplation, adorer et faire adorer. Après sa mort, il est béatifié par le pape Pie XI le 12 juillet 1925, avant d’être canonisé le 9 décembre 1962 par saint Jean XXIII.

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         Saint Pierre-Julien Eymard est né à La Mure (Isère) le 4 février 1811 et est décédé dans la même ville le 1er août 1868. Dieu a conduit cet homme, d’étape en étape et par des voies providentielles, parfois insolites, à découvrir sa vocation eucharistique. Aussi pouvait-il écrire, trois ans avant sa mort : « Comme le bon Dieu m’a aimé ! Il m’a conduit par la main jusqu’à la Société du Très Saint-Sacrement ! Toutes mes grâces ont été des grâces de préparation. Tous mes états, un noviciat ! Toujours le Très Saint-Sacrement a dominé » (NR 44, 14)*. Et trois mois avant sa mort, il écrivait : « La plus grande grâce de ma vie a été une foi vive au très Saint-Sacrement » (NR 45, 3).

         Cette « foi vive » dans l’Eucharistie représente le ”fil rouge”
 qui traverse les grandes étapes de l’existence du Père Eymard et l’a amené à découvrir sa vocation et sa mission à une époque de grands défis pour l’Église et de grands changements sociaux et politiques. Il a travaillé à remettre l’Eucharistie au centre de la vie chrétienne et sociale de son temps, convaincu qu’elle est la vraie force pour renouveler l’Église et la société.  

« C’est que j’écoute et je l’entends mieux d’ici »

P-J. Eymard Portrait 1.jpg         Pierre-Julien Eymard passe par différentes étapes.
 Dès ses premières années, où sa mère très pieuse l’emmène tous les jours à l’église, il est attiré par l’Eucharistie. À sept ans, il est surpris par sa grande sœur derrière l’autel, sur un escabeau, la tête penchée ; il s’explique ainsi : « C’est que j’écoute et je l’entends mieux d’ici. » Sa première communion, à 12 ans, est un jour de grandes grâces qui fait naître en lui le désir d’être prêtre. Après un essai chez les Oblats de Marie Immaculée à Marseille (1829), il entre au Grand Séminaire de Grenoble (1831). Devenu prêtre le 20 juillet 1834, il s’occupe successivement de deux paroisses de l’Isère : il est d’abord vicaire à Chatte (1834-1837), puis curé à Monteynard (1837-1839). Suivant l’appel à la vie religieuse, il entre chez les Maristes (1839) où il reste jusqu’à la fondation de la congrégation du Saint-Sacrement à Paris (13 mai 1856). Tous ces passages laissent percevoir le cheminement qu’il a parcouru intérieurement, un chemin qu’il est important pour nous de rappeler.


         Parfois nous connaissons la vie d’un saint par les œuvres ou les fioretti
 qui se racontent de bouche-à-oreille. Chacun de nous a une image de tel ou tel autre saint. Mais, comme l’a dit un auteur spirituel contemporain, le saint, surtout « le saint fondateur ne se réduit pas à cette image. Le fondateur est un homme qui est allé jusqu’au bout des vouloirs de Dieu. Qui s’est efforcé – par un don de soi à Dieu toujours plus total et plus ample – d’être parfait comme le père (Matthieu 5, 48) » (Chiara Lubich, Méditations, p. 142). « Les saints se sont donnés à Dieu et Dieu les prend en charge. Artiste unique, il fait d’eux les chefs d’œuvre de son amour » (Chiara Lubich, Méditations, p. 144).


StPJEymardStRomansVitrail.jpg         Conduit par des grâces à la fois simples et profondes, Pierre-Julien comprend sa vocation. 
En 1845 à l’église Saint-Paul de Lyon, pendant la procession avec le Saint-Sacrement un jour de Fête-Dieu, il est saisi d’une foi forte en Jésus-Christ présent dans l’Eucharistie et demande à Dieu la grâce d’avoir le zèle apostolique de saint Paul. En 1849, alors qu’il est Provincial, il visite la maison mariste de Paris. Il découvre en cette ville l’œuvre de l’Adoration nocturne, et par la même occasion, il entre en relation avec le comte Raymond de Cuers qui sera son premier compagnon dans la fondation de l’œuvre eucharistique. Il fait aussi connaissance de la fondatrice de l’Adoration réparatrice, la Mère Marie-Thérèse Dubouché. Le 21 janvier 1851, au sanctuaire de Notre-Dame de Fourvière (Lyon), il discerne l’urgence de travailler au renouvellement de la vie chrétienne par l’Eucharistie et voit l’importance d’une formation approfondie pour les prêtres et les laïcs.


         Le 18 avril 1853, à La Seyne-sur-Mer (Var), le Père Eymard reçoit un nouvel appel,
 une « grâce de donation », au regard des projets eucharistiques qu’il élabore avec Raymond de Cuers et quelques personnes. Ce nouvel appel le met dans la disposition de faire le sacrifice de quitter la Congrégation mariste pour fonder la Congrégation du Saint-Sacrement. Finalement, non sans difficultés, son projet est accueilli par l’archevêque de Paris, Mgr Sibour, le 13 mai 1856.


         La vie eucharistique que Pierre-Julien propose ne se borne pas à la seule dimension contemplative 
; il veut prendre toute la pensée eucharistique, unir l’action à la contemplation, adorer et faire adorer, s’occuper de la première communion des jeunes ouvriers et mettre le feu aux quatre coins de la France. « Une vie purement contemplative, écrit-il, ne peut être pleinement eucharistique ; le foyer a une flamme » (CO 1030). Le 6 janvier 1857, il inaugure la première communauté adoratrice avec l’exposition du Saint-Sacrement. C’est dans la pauvreté et le dénuement que la vie s’organise. Puis progressivement, la communauté grandit. Le 25 mai 1858, Marguerite Guillot arrive de Lyon à Paris et le 2 juillet suivant, le Père Eymard la place à la tête du petit groupe de candidates venues à Paris en vue de la fondation de la branche féminine, les Servantes du Saint-Sacrement.


stPJEymard couv Conseils.png         Dès le début et tout au long de son ministère, l’apostolat du Père Eymard est multiforme.
 Il associe des laïcs à son œuvre par l’Agrégation du Saint-Sacrement, il met sur pied l’œuvre de la première communion des adultes, des jeunes ouvriers, des chiffonniers et des marginaux des banlieues ; il s’adonne à la prédication et à la direction spirituelle. Il promeut la liturgie romaine plutôt que les liturgies gallicanes, et tente d’alimenter la vie spirituelle des prêtres par l’Eucharistie. Tout ce qu’il fait part de l’Eucharistie, est motivé par l’Eucharistie et a comme but faire connaître mieux l’Eucharistie. Fasciné par ce mystère, le Père Eymard affirme : « La sainte Eucharistie, c’est Jésus passé, présent et futur » (PG 356, 1). Il est assoiffé de pénétrer ses secrets, d’ouvrir son cœur aux richesses d’intériorité de l’Évangile de saint Jean qu’il médite si souvent : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jean 6, 56). Le temps qu’il passe en adoration est très fécond pour son ministère ; un dynamisme et une force nouvelle l’imprègnent. Sa vision de l’Eucharistie évolue sans cesse et devient vie en lui.


         Un parcours plus intérieur le conduit à un sommet spirituel 
: le « vœu de la personnalité », le don de lui-même (21 mars 1865). Le Père Eymard se laisse façonner par l’Esprit Saint afin que le Christ vive en lui (cf. Galates 2, 20), pour devenir Eucharistie, « un pain savoureux » pour la vie de ses frères.



St Pierre-Julien Eymard malade.jpg         Les dernières années du Père Eymard ont été marquées par la maladie et des souffrances de tout genre 
: problèmes financiers, oppositions, incompréhensions, humiliations, perte de l’estime des évêques, nuit spirituelle. Malgré cela, ses paroles sont restées ardentes comme le feu et ses lettres de direction spirituelle riches d’invitations à la joie et à l’action de grâce pour les bienfaits de Dieu. Après avoir travaillé sans cesse, jusqu’à l’épuisement, il meurt à La Mure d’Isère le 1er août 1868. L’épitaphe sur sa tombe nous livre son message : « Aimons Jésus, qui nous aime tant dans son divin Sacrement. »

 

ChasseEymardLivretsss -Luminosité.jpg         Au terme des procès ordinaires de Grenoble et de Paris, ouverts en 1898, il est béatifié par Pie XI le 12 juillet 1925. Le 9 décembre 1962, à la fin de la première session du Concile Vatican II, le pape Saint Jean XXIII proclamait « Saint » Pierre-Julien Eymard. Ce jour-là, le Pape dans son homélie disait : « Sa note caractéristique, l’idée directrice de toutes ses activités sacerdotales, on peut le dire, ce fut l’Eucharistie : le culte et l’apostolat eucharistiques. » Le pape saint Jean-Paul II l’a désigné à tous les fidèles comme un apôtre éminent de l’Eucharistie (9 décembre 1995), et a fixé sa fête liturgique à la date du 2 août.
 

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Père Manuel Barbiero

Religieux de la congrégation du Saint-Sacrement
fondée en 1856 par saint Pierre-Julien Eymard,
et animateur du centre de spiritualité eucharistique « Eymard » à La Mure.

 

Article initialement publié par Notre Histoire avec Marie sous le titre : Saint Pierre-Julien Eymard, Apôtre éminent de l’Eucharistie

*N.B. : les sigles, cités dans cette contribution, renvoient à l’édition électronique et imprimée des Œuvres Complètes de saint Pierre-Julien Eymard.

 

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Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie, un saint pour notre temps


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Photographie du chapeau : vitrail de la chapelle Corpus Christi, 23 avenue de Friedland, Paris 8 : Franck Jan / www.lumièredumonde.com

La châsse du saint abritant ses reliques se trouve dans cette chapelle Corpus Christi.

 

21.07.2016

Le saint Sacrement, le Cœur de Jésus & la divine miséricorde selon Pauline Jaricot

Pauline Jaricot,sacré cœur,eucharistie,miséricorde divine,la france, foi,christianisme            « Ô Cœur adorable de Jésus ! vous êtes le principe de la divine Eucharistie, comme l’Eucharistie est elle-même le principe des autres sacrements. De la même manière que vous fûtes le siège de la vie temporelle de Jésus, ainsi vous êtes la source de mon existence sacramentelle. Avant que le sang précieux qui nous a rachetés, fût répandu, il recevait en vous la chaleur et le mouvement ; et depuis qu’il a coulé sur la croix, c’est par vous qu’il coule sur nos âmes, pour les purifier, pour les fortifier et les conserver dans la vie de la grâce. Je dis que c’est par vous que le sang de Jésus-Christ est répandu sur nos âmes, parce qu’il n’appartenait qu’à vous seul de concevoir un dessein d’amour assez généreux pour associer des hommes faibles et mortels à votre divin sacerdoce. Parviendrai-je à me faire comprendre ? Par les mérites de votre incarnation et de votre sacrifice sanglant sur le Calvaire, vous avez réconcilié le Ciel avec la terre ; mais votre prodigieux anéantissement dans ces deux adorables mystères, quoique suffisant pour racheter mille mondes, ne suffisait pas pour établir dans votre Église le sacerdoce de la nouvelle alliance. L’orgueil de l’homme est si démesuré et outrage tellement la Divinité, que pour rendre ce même homme capable d’offrir votre auguste sacrifice, vous vous êtes vu forcé de vous anéantir jusqu’au-dessous de la nature humaine, en vous cachant sous les apparences du pain et du vin pour devenir vous-même notre nourriture. Par cet admirable sacrement vous nous transformez en vous-même et nous communiquez votre divinité. Dès lors vos heureux apôtres, en recevant la divine Eucharistie de vos propres mains dans la dernière cène, se trouvent si prodigieusement ennoblis, qu’il ne répugne plus à votre sainteté de leur transmettre votre puissance et de les revêtir de votre sacerdoce, pour renouveler le miracle de la transsubstantiation, faire descendre sur l’autel le Saint des saints, offrir et perpétuer le sacrifice du salut jusqu’à la consommation des siècles, et par ce moyen rendre intarissable la source des mérites et des grâces de Sauveur, et enfin tenir le réservoir de son précieux sang toujours rempli.

            C’est dans ce sens que l’Eucharistie, unique source du sacerdoce, est le principe des autres sacrements, et que vous, ô Cœur adorable ! êtes le principe de l’Eucharistie, c’est-à-dire du chef-d’œuvre d’amour infini. Que dirai-je, Seigneur Jésus ? Par ce sacrement vous avez trouvé le moyen d’unir l’homme si intensément à vous, que, ne faisant plus qu’un avec nous, votre cœur devient le principe de notre vie spirituelle, comme notre propre cœur est le principe de notre vie temporelle ; en sorte que, pour m’exprimer comme je le sens, vous créez, en celui qui vous reçoit dignement, un homme spirituel, composé d’un corps spirituel et d’une âme divine. Son âme imparfaite, sanctifiée par votre adorable présence, devient comme le corps spirituel de l’homme, et votre âme devient elle-même l’âme et la vie de cet être renouvelé et comme absorbé en vous. Par la suite de cette merveilleuse union, vous réformez aussi le corps matériel de cette heureuse créature ; votre cœur devient comme le mobile de son cœur, votre sang devient comme l’activité de son sang, et votre chair devient comme sa chair : il vit en vous et vous vivez en lui, tellement, Seigneur, qu’il me paraît étonnant que l’homme ne meurt pas aussi corporellement, dès qu’il est assez malheureux que de se séparer de vous par le péché mortel. Et pourquoi ne perd-il pas alors la vie corporelle ? ô Jésus ! il me semble le comprendre. C’est que l’amour que vous lui portez n’est pas tout concentré dans votre admirable sacrement. Je vois Jésus-Christ crucifié, comme une fontaine de vie placée sur le sommet de la montagne de Sion, d’où jaillissent des sources de grâces et de salut. Ces eaux vivifiantes tombent dans un immense réservoir, qui est l’Eucharistie, mais très-surabondantes, elles dépassent les bords et se précipitent le long de la montagne sainte que le pécheur veut quitter. Elles arrosent la terre qu’il foule aux pieds, elles l’accompagnent partout comme malgré lui ; et, tandis qu’il s’efforce de s’éloigner, elles le poursuivent comme pour l’entraîner dans un deuxième réservoir qui entoure la montagne, qui communique au premier par des canaux souterrains et qui représente le sacrement de Pénitence. C’est dans ce bain de réconciliation que la grâce sollicite le pécheur de se précipiter, afin que, purifié de ses iniquités et de ses ingratitudes, il puisse remonter vers la source primitive qu’il a volontairement abandonnée. Et pourquoi, ô pécheur infortuné, frémissez-vous de ce que le sacrement de Pénitence est un remède à vos maux ? Pourquoi préférez-vous d’être tranquille dans votre malheur, que d’être poursuivi dans votre péché ? Pourquoi vous irritez-vous de ce que la grâce intolérante ne vous laisse pas la cruelle liberté de vous perdre sans crainte comme sans remords ? Ah ! vous ignorez donc que, si vos pieds n’étaient baignés dans les eaux du tabernacle, vous mourriez aussitôt après votre péché, comme un poisson qui perd son élément ; parce que ne pouvant plus glorifier la miséricorde de Dieu, vous iriez incessamment dans l’enfer pour manifester sa justice ?

            Quelle faiblesse dans mes paroles ! Aidez-moi, Seigneur, à faire comprendre aux pécheurs qui osent vous résister, que rien n’égale leur aveuglement. Quand ils vous ont délaissé, vous êtes loin de les délaisser vous-même ; votre grâce les poursuit jour et nuit pour les solliciter de revenir à vous. Mais, trop souvent, presque toujours, plus votre grâce les poursuit, plus ils s’irritent contre elle. Résolus de placer leurs affections sur la terre, ils repoussent tout ce qui tend à mettre un frein à leurs désirs déréglés. Rien ne les chagrine tant que la voix qui leur crie : Vous n’avez pas ici-bas de cité fixe et permanente ; le temps vous entraîne malgré vous dans une autre vie qui ne finira jamais. De là leurs interminables déclamations contre la prétendue intolérance de votre Religion et de vos ministres, lesquelles plaintes absurdes ne sont, après tout, que des reproches dirigés contre votre grâce miséricordieuse, qui ne leur laisse pas un instant de repos et veut à toute force pénétrer dans leur cœur. Hélas ! que deviendraient-ils, si vous les preniez au mot, si le sang que vous avez répandu pour eux cessait un seul instant d’intercéder en leur faveur ? Tels que l’ange rebelle, ils seraient de suite frappés d’une malédiction éternelle. C’est faute d’avoir eu cette ressource de salut, que Lucifer et les compagnons de sa révolte furent précipités dès l’instant que leur crime fut consommé. Comme il n’y avait pour eux aucune rédemption, l’exécution des arrêts de la justice divine ne pouvait souffrir aucun délai. Ainsi, pécheurs ingrats, seriez-vous traités vous-mêmes, si vos pieds ne trempaient dans les eaux salutaires qui sortent du tabernacle, c’est-à-dire, dans le sang de Jésus-Christ. Séparés de Dieu, incapables de retourner à lui, vous seriez de suite et invinciblement entraînés dans l’abîme par votre propre poids, comme une pierre lancée dans les airs retombe par la force qui l’attire vers le centre de la terre ; vous perdriez l’existence temporelle qui, désormais, deviendrait inutile à votre salut et à la manifestation des perfections divines. Comme une plante se fane et dessèche quand elle est séparée de sa racine, si elle n’est mise dans l’eau, ainsi périrait le pécheur, si le ruisseau de la grâce était tari sous ses pas. Comment donc, ô aveugles mortels ! le délire de vos égarements peut-il aller jusqu’au point de vouloir oublier Jésus-Christ et de désirer d’en être oubliés, puisque sans lui vous ne pourriez pas rester un seul instant dans la voie qui se trouve entre les deux éternités ; puisque sans lui vous seriez arrachés de force aux criminelles et fugitives jouissances que vous préférez au bonheur du ciel ; puisque sans lui vous seriez incessamment exterminés de dessus la surface de la terre et précipités en corps et en âme, avec la rapidité de l’éclair, dans l’étang de feu et de soufre, disons la vérité tout entière ; puisque vous n’êtes conservés ici-bas et n’existez que dans le sang de Jésus-Christ ! Voilà ce que nous ne méditons pas assez, et ce que la plupart n’ont peut-être jamais compris. Ce Dieu, victime sur le Calvaire et sur l’autel, n’est pas seulement le Sauveur, le réparateur, mais encore le conservateur du genre humain. Son précieux sang devient un élément, hors duquel nous ne pouvons plus exister sur la terre. Si l’immensité de son amour et de sa générosité nous montre l’étendue de son amour et de sa générosité nous montre l’étendue de nos obligations envers lui, telle provoque également une indignation sans borne contre les ingrats qui sont assez ignorants, assez abrutis pour vivre dans l’oubli de ses bienfaits.  »

pauline jaricot,sacré cœur,eucharistie,miséricorde divine,la france,foi,christianismePauline Jaricot (1799-1862, Lyon)
L’Amour infini dans la divine Eucharistie : ou Le Cœur de Jésus-Christ, Salut de L'Église et de La Société (1823)

 


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La France & le Sacré Cœur

27.06.2016

St P-J. Eymard & le cœur de Jésus : Cette flamme doit s’étendre, elle doit s’alimenter par les œuvres de zèle…

St Pierre-Julien Eymard malade.jpg« Le cœur de Jésus est une fournaise où votre cœur doit aller s’enflammer, et cette flamme doit s’étendre, elle doit s’alimenter par les œuvres de zèle, elle doit se propager. »

Saint Pierre-Julien Eymard (PA 2,1)

Citation du 27 juin
in Une pensée par jour avec Saint Pierre-Julien Eymard, Médiaspaul, 2010

Cette citation est extraite d’un enseignement du Père Eymard intitulé L’adoration aux Sœurs de l'Adoration perpétuelle du Sacré-Cœur de Jésus, à Lyon, le 31 janvier 1861.

 

         À la lecture de la Grande Retraite de Rome du Père Eymard (25 janvier-30 mars 1865), qui est postérieure à cet enseignement-ci, nous voyons le saint être le premier à critiquer son zèle des œuvres extérieures. Car il s'est vu lui-même privé de l’intimité avec Notre Seigneur pris qu'il était dans le tourbillon de sa tache de fondateur tourné vers l’action et vers les autres, voyant ses temps de prière personnelle tout grignotés.

         Le bois pour entretenir la flamme est le don de soi-même. Ces ”œuvres de zèle” sont aussi le véhicule de l’amour reçu du cœur de Jésus. Quand on brûle de l’amour de Dieu, le mouvement du don de soi est impulsé et l’on en rayonne malgré soi, poussé vers l’extérieur à œuvrer pour le bien, à témoigner de cet amour. Le don de soi dans les œuvres de zèle est le bois dont le cœur de Jésus a besoin pour continuer à brûler à l’extérieur de lui-même, au sein de nos relations humaines et interpersonnelles. Ce bois, c’est nous. Dans le don de nous-mêmes nous acquiesçons à devenir ces bûches qui se consument dans la fournaise du cœur de Dieu.

         C’est un geste eucharistique, d’abaissement joyeux, d’écoute du besoin de l’autre, une œuvre de modestie dans la disponibilité à l’autre, d’humilité dans l’écoute. Il ne s’agit pas de faire à la place de l’autre : les œuvres de zèle ne sont pas l’action à tout prix, elles doivent respecter la liberté d’autrui et le principe de subsidiarité. Pour être recevable, le don de soi doit pouvoir accepter que l’autre ne soit pas forcément prêt à recevoir. Essuyer l’échec que notre désir du don de nous-même ne soit pas reçu est le signe de la liberté de l’autre. Cette possibilité du refus nous enjoint à rester humble et modeste.

         Le don que nous souhaitons faire de nous-même est une grâce accordée par Dieu le Père. Ce désir de répondre à l’appel divin en nous offrant dans l’amour est don gratuit de Dieu de nous faire communier à l’Eucharistie suprême de son Fils. Désir de Dieu pour nous de nous faire communier au don d’amour de son Fils bien-aimé manifesté par son Sacré Cœur transpercé sur la Croix ; par sa résurrection glorieuse ; par le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte ; et par la célébration de sa sainte Eucharistie qui est l’ultime signe de sa Présence dans les espèces du pain et du vin consacrés.

         Les œuvres de zèle dont parle ici st Pierre-Julien Eymard sont plutôt celles intérieures. Il s’agit davantage de s’exercer aux vertus dans le retrait de la prière, dans l’ouverture à l’action de l’Esprit Saint en nous qui nous dirige, nous indique quelle juste attitude adopter et quelle action engager ensuite. Si ce feu doit se propager ce n’est pas à l’extérieur de nous comme un incendie viendrait ravager tout autour de lui, aveuglément. Il s’agit d’une disponibilité de notre cœur qui, lui, s’est embrasé au cœur de Jésus. L’Esprit Saint qui brûle dans le cœur de Jésus et que nous recevons aussi — je vois alors cette peinture de saint François-Xavier à l’église Saint-Ignace du Centre Sèvres de Paris, où son cœur est flamboyant dans sa poitrine et son visage en extase…­ — nous enseigne la manière tout intérieure de nous donner aux autres dans l’humilité, la paix, le silence, l’abandon, sans doute dans la joie, mais jamais en imposant aux autres notre volonté et notre activisme égocentré.

sacré cœur, eucharistie, st pierre-julien eymard, la france, politique         C’est toujours dans l’abandon à la volonté de Dieu. Dans l’humilité du cœur de Jésus. Dans son infinie douceur. Ces vertus d’humilité et de douceur sont le gage de l’œuvre de l’Esprit de Jésus en nous. Le feu qui nous consume à l’intérieur et demande à se propager est tempéré dans son expression, dans sa communication aux autres par les vertus de douceur, d’humilité, de modestie. En somme, se résument ces trois vertus en une seule qualité, la première dans la Règle de saint Benoît : l’écoute. Écoute de l’Esprit en nous. Son fruit est la paix. Écoute de l’autre et de son besoin d’être entendu. La paix nous permet d'écouter. L’écoute est une posture intérieure d’offrande de nous-même. La plus grande ”œuvre de zèle” dans son humilité, sa modestie et sa douceur. Elle est tout cela à la fois car elle repose elle-même tout contre le cœur de Jésus, s’y adosse, y siège comme Jean s’y est blotti lors de la Cène.

27 juin 2016 
Chambre Emmaüs,
Prieuré Sainte Bathilde, Vanves.

sacré cœur,eucharistie,st pierre-julien eymard,la france,politiquesacré cœur,eucharistie,st pierre-julien eymard,la france,politiqueSandrine Treuillard
Responsable de la Fraternité Eucharistique,
Congrégation du Saint Sacrement,
Chapelle Corpus Christi, Paris 8



 

 

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Pierre-Julien Eymard, apôtre de l'Eucharistie, un saint pour notre temps

La France & le Sacré Cœur

Adoration Saint Martin

« Le cœur de Jésus est une fournaise où votre cœur doit aller s’enflammer… » L'adoration selon st P-J. Eymard

sacré cœur, st pierre-julien eymard, eucharistie« Le cœur de Jésus est une fournaise où votre cœur doit aller s’enflammer, et cette flamme doit s’étendre, elle doit s’alimenter par les œuvres de zèle, elle doit se propager. »

Saint Pierre-Julien Eymard (PA 2,1)
Citation du 27 juin
in Une pensée par jour avec Saint Pierre-Julien EymardMédiaspaul, 2010.
 

Cette citation est extraite d’un enseignement intitulé L’adoration aux Sœurs de l'Adoration perpétuelle du Sacré-Cœur de Jésus, à Lyon, le 31 janvier 1861.

Voici l’ensemble de cet enseignement du Père Eymard — fondateur des Pères du Saint Sacrement, des Servantes du Saint Sacrement et de la branche laïque Agrégation du Saint Sacrement, aujourd'hui la Fraternité Eucharistique — d’après les notes prises par une des religieuses.

 

Instruction sur l'adoration

         Ô mes bonnes sœurs, estimez-vous bien heureuses d'être les Adoratrices du Cœur de Jésus. Je ne vous ai point oubliées, et je suis heureux de vous revoir, car, si nous sommes frères par le but comme chrétiens, nous le sommes plus encore par vocation. La garde royale est toujours heureuse de rencontrer un bataillon de la garde royale.

         C'est ainsi que vous devez vous considérer, en effet, mes sœurs, vous les épouses et les Adoratrices de Notre Seigneur Jésus-Christ ; vous êtes vraiment la garde royale du grand Roi. Vous devez donc tout rapporter à l'adoration comme à votre première fin; votre place est au pied des autels : là où le Seigneur habite, là sont aussi les anges, et les anges obéissent à sa voix, ils exécutent ses volontés ; aussi, devez-vous accomplir avec zèle la seconde fin de votre Institut qui est l'éducation de la jeunesse.

         Vous le savez, Jésus a dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu'il s'allume ? » [Lc 12,49]

         L'Eucharistie, voilà le feu ; mais il faut une flamme à un foyer, et cette flamme c'est le zèle pour le salut des âmes. Je crois sincèrement que tout Ordre ayant pour but l'adoration du saint Sacrement, ne sera jamais purement contemplatif, car alors il ne serait pas dans la plénitude de sa grâce. Si quelqu'un se présentait à moi pour entrer dans notre congrégation, et qu'il me dît : « Mon Père, je veux demeurer caché dans un coin », je lui répondrais : « Non, certes, si Dieu vous y met, je le veux bien, mais je ne vous y placerai pas de moi-même, parce que ce serait vous placer hors de votre vocation. »

         À l'adoration, vous joignez encore l'instruction, ce qui donne à votre Institut deux fins fort sublimes ; il est incontestable, en effet, que, de toutes les vocations, la vôtre est celle qui se rapproche le plus du sacerdoce et de l'apostolat. Pourquoi cela, mes sœurs ?

         C'est que vous formez des âmes à Jésus-Christ, vous faites des chrétiens, vous complétez notre ministère, et même vous faites ce que nous ne pouvons pas faire : vous donnez aux jeunes filles une éducation chrétienne avec les soins d'une sainte et maternelle affection. Pour nous, Dieu ne nous a pas donné les mêmes grâces ; il ne nous a pas mis au cœur les sentiments délicats du cœur de la femme. Soyez donc bien zélées, mes sœurs, pour l'œuvre que vous avez à remplir auprès de la jeunesse ; ne croyez pas en cela vous écarter de votre fin première qui est l'adoration. Non, mes sœurs, l'une ne peut exister sans l'autre ; pour être parfaite institutrice, il faut avant tout être parfaite adoratrice. C'est aux pieds de Notre Seigneur que vous devez aller puiser toute science et toute lumière, pour ensuite les communiquer aux enfants qui vous sont confiées. Le feu fait la flamme. Mais sans la flamme le feu s'éteindrait.

         Le cœur de Jésus est une fournaise où votre cœur doit aller s'enflammer, et cette flamme doit s'étendre, elle doit s'alimenter par les œuvres de zèle, elle doit se propager.

         Oh ! la belle œuvre que l'Adoration ! Mais elle n'est pas encore assez connue, ni assez établie ; c'est un grand arbre dont les rameaux doivent s'étendre jusqu'aux confins de la terre. Ah ! mes sœurs, si nous étions bien fervents, un seul de nous ferait des prodiges ; on pourrait nous envoyer dans un coin de l'univers et, comme un tison ardent, nous y mettrions le feu. Oui, mes sœurs, c'est une belle vie que cette vie d'Adoratrice ! C'est à vous que doivent s'appliquer ces paroles que l'apôtre adressait aux premiers chrétiens: « Votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu » [Col 3,3].

         Elle est cachée, comme tout principe de vraie vie ; elle est intérieure, elle échappe aux sens ; mais elle est cachée avec Jésus-Christ ; Jésus, votre modèle dans l'Eucharistie, Jésus que vous devez imiter, car vous êtes, mes sœurs, les épouses de Jésus-Christ, et l'épouse doit ressembler à son époux.

         Enfin, elle est cachée en Dieu, et il ne peut en être autrement, puisque Jésus-Christ nous mène à son Père et que nous ne pouvons aller au Père que par lui [cf. Jn 14,6].

 

PA 2,2

Mort à soi-même

         Voilà donc, mes sœurs, votre vocation : elle suppose une mort continuelle et complète à tout sentiment d'égoïsme. Je dois le dire, dans un Institut comme le vôtre, cette mort doit s'opérer d'une manière plus absolue et plus entière. Dans certains ordres, Dieu se sert de ses dons dans ses serviteurs pour opérer les œuvres de sa gloire. Ici, il n'en est pas de même. Dieu veut opérer seul sur le rien de la créature ; une âme eucharistique est sous la dépendance immédiate de Dieu, et Notre Seigneur fait à son égard ce qu'il a fait pour lui-même dans le sacrement de son amour.

         Qu'a-t-il fait, mes sœurs ?… Il a voulu que son corps et que son sang précieux fussent cachés sous les apparences du pain et du vin ; il anéantit la substance, mais il laisse la forme. De même dans vos âmes, il veut détruire, anéantir, annuler tout être personnel, tout moi humain, tout sentiment d'amour-propre qui s'opposerait à son règne. Partout où Jésus trouve la personne, l'individu, il s'en va ; car il n'y a pas deux maîtres dans un royaume. C'est la substance qu'il veut changer ; mais il laisse la forme, c'est-à-dire l'enveloppe de nos misères et de nos faiblesses, et cette forme de notre humaine fragilité nous est infiniment utile comme préservatif de l'orgueil qui serait bien vite entré dans notre cœur à cause de la sublimité de notre vocation.

         C'est la vie de Jésus qui remplacera notre vie, mais elle doit s'établir sur la mort : mort à vos sens, mort à vos goûts, mort à vos pensées, mort à toutes vos volontés ; de même que chaque respiration nous enlève une partie de notre vie naturelle, de même notre mort spirituelle doit s'opérer à chacune de nos œuvres.

         Il y a bien à faire pour parvenir à cette destruction totale du moi humain ; aussi vos Supérieures et vos Maîtresses des novices n'ont pas autre chose à faire. Il faut qu'elles y travaillent par la correction de vos défauts, par la mortification de votre amour-propre. C'est pénible, douloureux à la nature ; mais c'est leur devoir, sans quoi elles se condamneraient à brûler au Purgatoire pour vous avoir laissées imparfaites. Et vous, mes sœurs, vous devez en être très reconnaissantes. Seriez-vous satisfaites qu'on vous laissât aller devant le très saint Sacrement avec des grosses taches sur vos vêtements ?… Eh bien ! votre âme aussi a des taches que l'on vous montre charitablement et qu'il faut faire disparaître, car nous ne devons pas faire souffrir Notre Seigneur de nos défauts.

         Oui, mes sœurs, je vous le répète, dans une maison comme la vôtre, il ne doit plus y avoir de personnalité. Vous devez toutes être perdues en une seule âme et un même esprit ; aussi on commence par vous ôter votre nom. Ce nom vous rappellerait le monde, et peut-être une petite gloire humaine. Il ne doit plus y avoir d'individu, de personne, d'égoïsme ; vous êtres Adoratrices, et si l'on vous demande : « Comment vous appelez-vous ? » vous devez répondre : « Je m'appelle Adoratrice. »

 

PA 2,3

Devenir Adoratrice

         Il est une chose à remarquer à ce sujet, c'est qu'il y a une grande différence entre votre vocation d'Adoratrice et la vocation religieuse en général. La vie religieuse est l'étude de la perfection et la pratique de toutes les vertus, et si vous êtes parvenue à devenir parfaitement mortifiée, parfaitement humble, parfaitement obéissante, on peut dire en quelque sorte que vous avez atteint votre but. Pour la vie d'Adoratrice, cette étude et cette pratique des vertus religieuses ne doit être considérée que comme un travail de préparation. Lorsqu'un jeune homme aspire à servir à la cour d'un grand roi, il fait des études, il forme ses manières, son langage, il entre dans des écoles où on le soumet à divers exercices, et s'il réussit en tout cela, on lui dit : « Ce n'est pas assez, ce n'est rien encore, vous n'êtes pas arrivé, et votre but n'est pas rempli. »

         Il en est de même pour l'âme qui veut être Adoratrice. L'étude des saintes Règles, l'observation de ses vœux, la pratique des plus belles vertus, tout cela ne sont que les exercices qui la préparent à remplir sa sublime destinée ; c'est comme le vêtement dont elle doit se revêtir pour paraître à la cour du Roi des anges. On ne devra donc jamais la louer de ce qu'elle est humble, obéissante, mortifiée, fidèle à sa règle, elle ne fait que son devoir. On ne donne jamais la décoration à un élève de l'École polytechnique, et si vous louez un soldat, un officier parce qu'il a bien rempli sa charge, il vous répondra : « Mais pour qui me prenez-vous, je n'ai fait que mon devoir. »

         Voilà, mes sœurs, ce à quoi vous oblige votre titre d'Adoratrice ; c'est une vie sublime, mais qui doit s'établir sur la destruction et la mort. Et puisque votre objet est principalement d'honorer le Sacré Cœur de Jésus, cherchez-le, adorez-le surtout dans nos saints tabernacles, car enfin c'est là qu'il réside ; il n'est qu'au ciel et dans la sainte Eucharistie.

         Beaucoup de personnes, hélas ! sont sur ce point dans une grande ignorance ; si elles prient dans une chapelle, elles se prosterneront devant un cœur de peinture ou de pierre et ne penseront même pas à faire la génuflexion devant le tabernacle. Cependant, dites-le-moi, que signifie l'emblème à côté de la réalité ? À quoi sert l'image quand on possède l'original ?

         Entrons donc, mes sœurs, entrons profondément dans ce cœur adorable de Jésus. Il est percé pour nous, et remarquez que cette blessure n'y fait qu'une ouverture, afin qu'y étant entrés nous n'en puissions plus sortir. Le cœur de Jésus n'est point percé comme celui de la très sainte Vierge. Le cœur de Marie, nous devons le considérer comme l'antichambre, comme le vestibule par lequel il faut passer pour arriver à Jésus. Dans ce cœur, nous devons y faire l'étude des vertus intérieures, nous y pénétrer de l'esprit d'adoration, y prendre un cœur mariste, car ce nom ne doit pas s'appliquer seulement à une Communauté, mais il doit s'étendre à tout cœur vraiment chrétien.

 

PA 2,4

Courage, mes sœurs…

         Courage, mes sœurs ; croyons fermement que le règne de Jésus va s'étendre de plus en plus. On appelle ce siècle le siècle de Marie. Oui, cela est vrai comme aurore, comme préparation ; mais c'est aussi et surtout le siècle du saint Sacrement.

         Lorsque Marie fut immaculée dans sa conception, Dieu s'abaissa sur la terre et Jésus descendit pour s'incarner. Aujourd'hui, l'Église, en proclamant ce dogme si cher à nos cœurs, nous annonce comme l'aurore du plein jour qui va luire. Oui, je le crois sincèrement, l'œuvre de l'Adoration du très saint Sacrement doit se propager, se dilater, c'est par elle que tout se fera.

         De nos jours, ce n'est plus le règne des saints : saint Ignace reviendrait, il ne ferait rien. Saint Dominique reviendrait, il ne ferait rien : il n'y a plus d'Albigeois à combattre. Saint Bernard reviendrait, il ne ferait rien : il n'y a plus de croisade à prêcher. Non, non, mes sœurs, c'est maintenant le règne du grand saint. Le Roi est attaqué, c'est au Roi à se défendre, et il le fera, soyons-en sûrs. Que de fois on a tremblé pour cette pauvre ville de Paris ; mais en moi-même je me disais : Paris n'a rien à craindre, il est bien gardé par sa ceinture de feu, c'est-à-dire par toutes ses maisons d'adoration. Oh ! qu'il serait à désirer que Lyon fût à son niveau sous ce rapport… Mais il est hélas ! bien en retard, encore… Prions, mes sœurs ; soyez de ferventes et vraies Adoratrices et Dieu vous bénira toujours.

 

Source : Œuvres complètes de saint Pierre-Julien Eymard en ligne

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La France & le Sacré Cœur

 

 

 

28.04.2016

Le songe de saint Martin : La Compassion de saint Martin de Tours pour la France (Miséricorde divine) Dessin pour un vitrail de l’église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)

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En mars dernier, j'ai pu photographier le dessin sur papier de mon projet de vitrail pour l'église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) et remettre à l'évêque de Créteil, Mgr Michel Santier, la totalité du projet de l'Adoration Saint Martin tel qu'il est actuellement, sous la forme d'un dossier papier illustré. Dans l'espoir qu'il transmette à son tour ce dossier à son ami du diocèse du Berry, de Bourges, Mgr Armand Maillard. Car le projet de l'Adoration Saint Martin part bien de l'église de mon village… Vous pouvez voir ici les photos de ce dessin dont l'idée remonte à fin 2014. Et ci-après la prière-poème qui soutient théologiquement l'iconographie mise en œuvre pour ce vitrail.

 


Le songe de saint Martin : La Compassion de saint Martin de Tours pour la France (Miséricorde divine)

Dessin pour un vitrail de l’église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18)
Crayon aquarelle sur papier, 50 cm x 130 cm par Sandrine Treuillard (Mars 2016).

Détails

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Saint Martin Vitrail Sury.jpg

LA COMPASSION DE SAINT MARTIN DE TOURS *


Adoration à Saint-Gervais - Veillée des Semeurs d’Espérance du 16-I-2015[i]

 

 

 

Photographie ci-contre : unique vitrail de l'église Saint-Martin de Sury-ès-Bois, diocèse de Bourges (18), représentant l'Évêque de Tours et Apôtre de la Gaule.                   
Je fus baptisée le 25 mai 1975 dans cette église.
@Sandrine Treuillard, 2014

 
 

St Pierre-Julien Eymard malade.jpgQuand l’ostensoir a été déposé sur l’autel, aussitôt je vis :

           - Le visage du père Eymard malade [ii], que j’aime tant (photo ci-contre).
Je me mis à pleurer. Toujours agenouillée en adoration devant l’autel à Saint-Gervais, ce fut alors l’autel de Saint-Martin de Sury-ès-Bois que je vis, l’ostensoir exposé. En larmes je vis :

       - Saint Martin et Jésus Ecce Homo : présence si forte & si intime de saint Martin : la compassion de Martin pour les paysans qui ne croient pas en Jésus et ont pourtant une grande soif spirituelle.

        - Le vitrail que je vais dessiner a pris une nouvelle forme. Tout le temps de l’adoration fut une émulation de l’Esprit Saint, avec des affections corporelles où la joie s’amplifiait. Je pris mon carnet et écrivis :



            Le fourreau au côté droit de saint Martin couché et dormant, lové dans le cercle du vitrail, ce fourreau dépasse de sa hanche, est visible, alors que le pan gauche de la cape rouge recouvre une partie de son corps endormi

            Il songe

            Le fourreau est vide

            La main de Dieu brandit l’Épée dans la nuit bleue

            La justice de Dieu sépare les ténèbres du jour

            L’Épée à double tranchant désigne deux espaces différents

            Le songe de saint Martin

            Il dort : on voit sa sandale de romain lacée à son tibia

            Il voit en songe la partie supérieure droite du vitrail

Capture d’écran 2015-02-07 à 17.56.48.png            Jésus outragé, le visage ensanglanté, la couronne d’épines ayant broyé la chair de son front, de son crâne

            Son épaule gauche et sa poitrine gauche sont recouvertes de la seconde moitié de la cape rouge de Martin

            Le sein droit du Seigneur est nu et visible

            Là où est sa Plaie, son flanc droit est visible

            L’Épée sépare le jour de la nuit

            L’Épée désigne le côté du Christ

            L’Épée adoube la souffrance du Christ

            L’Épée, la justice de Dieu, sanctifie la souffrance du Christ

            Son Épée est la Lumière

            L’épée de la justice de Dieu a la couleur du jour, de l’argent lunaire

            Elle contraste avec le bleu foncé de la nuit

            Elle est grâce

            L’épée de Dieu est la Grâce

            L’épée de Dieu couleur d’argent est la source de l’eau qui coule de la plaie du côté du Christ

            Ce fleuve est un ruban d’argent

            Le fourreau au côté droit de Martin est vide

            Martin s’abandonne au sommeil et voit Jésus Ecce Homo en songe

            Il reçoit la grâce de la compassion à la souffrance du Christ

            Il reçoit la grâce de devenir l’instrument de la Justice d’Amour de Dieu

            Saint Martin, le soldat romain, comprend le besoin spirituel des paysans gaulois

            Par la grâce de la compassion à la souffrance du Christ, devenu Évêque de Tours, saint Martin répandra le fleuve et la parole d’Amour du Dieu Sauveur

            Le ruban d’argent qu’est la Loire rejoint la lumière de la Justice divine

            La Loire est l’épée de Dieu, à double tranchant

            le fleuve d’Amour

            qui coule du Côté du Christ

            le Fleuve qui restaure la Gaule

            à la Bonne Nouvelle instaure

            la France.

            A M E N

            

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Adoration Saint-Martin

Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) :

 

  


[i] Note du samedi 17 février, au matin : Lors de la communion, tandis que le Seigneur fondait dans ma bouche, je demandai la faveur de ne plus éprouver la faim qui me taraudait, afin d’être toute concentrée en Jésus-eucharistie lors de l’Adoration qui allait suivre. Grâce accordée. À donc suivi cette prière qui est un poème d’Adoration, le fruit direct de cette prière d’abandon. Une grande grâce de recevoir saint Martin pour compagnon de cette année (de la vie consacrée) avec lequel approfondir ma foi, duquel découvrir la vie spirituelle et le prendre pour modèle. Saint Martin est une force, le premier saint que Dieu me donna lors de mon baptême, le 6 novembre 1974, en l’église éponyme de Sury-ès-Bois (diocèse de Bourges). À minuit, quand Romain Allain-Dupré reprit la parole pour clore la veillée, je traçais le AMEN sur le carnet, en fin de prière.

[ii] L’Apôtre de l’Eucharistie Biographie de saint Pierre-Julien Eymard, André Guitton, Nouvelle Cité, 2012.

Courrier des lecteurs envoyé à Famille chrétienne à propos de « Notre-Dame de Vierzon profanée » FC n°1934 :
« En lisant cet article, j'ai reçu comme un choc non pas que les hosties aient été volées, mais qu'il y ait une église à Vierzon ! En effet, j'y ai passé mes trois années d'internat au lycée public Édouard Vaillant et ma conscience politique a grandi avec Lutte Ouvrière, par un camarade de classe actif dans ce parti d'extrême gauche révolutionnaire.
Savez-vous que Mgr Maillard gouverne un diocèse où il n'y a aucun séminariste ? Le diocèse de Bourges comprend pourtant aussi la belle œuvre du père Jules Chevalier, fondateur des Missionnaires du Sacré-Cœur et bâtisseur de Notre-Dame du Sacré Cœur d'Issoudun. De ce cœur de France, en Berry & Sologne, Notre Seigneur demande que l'on se soucie, du haut de nos pénates parisiennes. L'Église pourrait-elle envoyer des prêtres dans ces régions désertées ?
J'ai moi-même eu une vocation religieuse contrariée, par manque d'accompagnement. Aujourd'hui, j'ai pour mission de puiser à la source de l'Apôtre de la Gaule, saint Martin de Tours, afin de faire revivre les églises de nos campagnes, potentiels foyers d'amour eucharistique.
Répartissons les prêtres sur le territoire pour faire revivre notre foi !
Sandrine, future Jehanne de la Sainte Eucharistie »

 

22.03.2016

Le temps des attentats : Il est temps que cessent le mépris de la mémoire et le piétinement du sacré…

LPère Luc de Bellescize s'interroge sur la pertinence d'ériger Charlie Hebdo en icône de la liberté. « Celui qui piétine l’intimité des cœurs et blesse grossièrement les consciences participe aussi à la violence » a-t-il estimé dans son homélie du dimanche 11 janvier 2015.

 

2015-07-10 à 17.23ter.jpg         Nous revenons d’une semaine de sang et de larmes sur notre sol de France et dans sa capitale. La ville lumière s’est remplie de ténèbres, et Notre-Dame, la sentinelle de pierre dressée au cœur de la cité, a fait sonner son glas, comme une invitation au deuil, comme un appel à l’espérance. Les scènes de guerre n’étaient qu’un souvenir lointain, de vieilles histoires enfouies dans la mémoire des siècles, entrées déjà dans la légende. Nous étions sans doute trop habitués à danser sur un volcan, attachés à un confort sans grande question ni grand drame, entretenus dans l’illusion d’un « vivre ensemble » pétri de bons sentiments et de touchante naïveté, gavés des slogans d’un multiculturalisme infiniment ressassés, et d’une « tolérance » qui se voile la face devant l’urgence d’affronter les vraies questions. Nous avons bercé le fanatisme en notre propre sein, comme on accouche d’un enfant monstrueux qui finit par nous tuer.

         « Dieu se rit des hommes, écrivait déjà Bossuet, qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Les effets, c’est la mort qui a frappé. Les causes, du moins pour une part, sont spirituelles, car c’est la mystique qui mène l’histoire, même si elle laisse à la politique l’illusion d’apparaître sur la scène du monde. C’est la vacuité spirituelle de l’Occident qui fait le lit du fanatisme, c’est la déconstruction des figures d’autorité, l’éclatement méthodique de la famille, la culpabilisation de la mémoire, le triomphe de la culture de mort, le nivellement du matérialisme et de la jouissance érigés en idoles du bonheur. Nourrir les enfants de pain et de jeux dans des banlieues sordides, les couper des racines de la mémoire et des ailes de l’espérance, ne peut qu’engendrer la violence. L’homme a soif d’idéal, il est assoiffé du sens.

         Si on écrase méthodiquement son âme et qu’il n’est pas trop abruti de paradis artificiels, il écoutera n’importe quel fanatique, il prendra les armes, il balaiera le joug d’une société qu’il méprise, il tentera d’arracher par la force un sens à sa vie, d’écrire en lettres de sang une gloire fugace qui le fera sortir de l’oubli.

         On dit que ces tueurs sont contre la civilisation, et on a raison sans doute. Mais ne sont-ils pas aussi engendrés par notre manque de civilisation, par la faiblesse de notre civilisation qui marque indéniablement des signes de décadence ? Ces hommes qui prennent les armes, dont je ne veux pas amoindrir la responsabilité, sont aussi le signe du désespoir de vivre, de notre incapacité à les intégrer, à les nourrir, à les faire vivre.

         J’entends la voix du grand pape, venu de Pologne : « France, fille aînée de l’Église, qu’as-tu fait de ton baptême ? Es-tu restée fidèle à l’alliance avec la sagesse éternelle ? ». Notre baptême est trop devenu une eau morte. Là où la sagesse est méprisée, la folie triomphe, là où il n’y a plus d’âme, la peur, le vide, la mort règnent.

         Faut-il parler, faut-il se taire devant le sang versé ? Certaines paroles doivent se tenir aux confins du silence. Commençons toutes choses par le silence habité de la prière. Que notre Dieu prenne en pitié ceux qui sont morts, particulièrement ceux qui proclamaient leur rejet de toute foi, et aussi ceux qui ont voulu tuer au nom de leur foi, et ont fini leurs jours dans une dernière charge d’orgueil et de désespoir, les mains couvertes de sang, ignorants que Dieu n’est pas celui qui tue, mais qui prend sur lui la mort.

         Que le Seigneur Jésus, unique Sauveur du monde, par son sang versé, leur accorde, s’il est possible, la grâce du Salut. Le cardinal, père de notre diocèse et de notre ville, a exprimé sa prière, signe de sa grandeur d’âme, de sa conscience qu’aucune provocation ne justifie un meurtre. Au moment des débats sur le mariage, il avait pourtant été ignoblement caricaturé par Charlie Hebdo, dans un dessin qui insultait la sainte Trinité, le mystère même de notre Dieu.

         Certains, même des catholiques, sont tellement habitués au relativisme qu’ils ne voient là rien de choquant. Ils pensent qu’ils doivent réagir en adultes, qu’ils sont capables de distance et de maturité. C’est qu’ils sont sans doute plus endurcis, et il est dramatique de confondre l’endurcissement et l’indifférence avec la maturité de l’adulte. Ils oublient aussi que nous sommes gardiens de la foi des plus fragiles et des plus humbles, et qu’il faut veiller à ne jamais scandaliser un seul de ces petits qui sont les frères du Christ (Mt 18, 6).

         Si on crachait sur leur propre mère, ils seraient, j’espère, blessés. Quand on le fait sur leur Dieu, ils trouvent que cela relève de la liberté d’expression… Je trouve cela magnifique qu’un homme comme le cardinal, pourtant évidemment blessé par des caricatures pitoyables, réagisse par la charité, la prudence et la prière. « Aimez vos ennemis, et faites du bien à ceux qui vous persécutent » (Mt 5, 44).

         Nous ne répondons pas à la provocation par la violence, mais en faisant sonner le glas. Le glas est la cloche de l’espérance, et l’espérance est un désespoir surmonté. Sa voix est sombre, elle semble jaillir des entrailles de la terre. Le glas est un appel ténébreux au retour de la lumière et de la vie, une voix du Christ jaillie d’outre tombe. Le glas est dans la nuit, mais il aperçoit l’aurore qui se lève. Il « espère contre tout espoir », selon la belle expression de l’apôtre Paul (Rm 4, 18). C’est la grandeur de notre foi chrétienne que de désirer le Salut de tous les hommes, et de « remettre notre épée au fourreau », car « celui qui vivra par l’épée périra par l’épée » (Mt 26, 52).

         C’est la splendeur du christianisme que de prier pour ceux qui nous ont régulièrement insultés, ou ceux qui nous donnent la mort. Je l’ai fait moi-même, cela me permet sans doute de dire une parole qui ne soit pas portée par la violence ou le ressentiment. La prière empêche de tomber dans la haine. Elle obtient la sagesse, elle donne de « pleurer avec ceux qui pleurent », comme le dit encore l’apôtre (Rm 12, 15). Elle donne aussi la liberté intérieure, qui fait que les hommes de prière n’ont pas peur de dire ce qui est vrai. Il n’y a pas de paix sans justice, et la justice, c’est l’amour d’une vérité qui rend libre, et qui donne à chacun ce qui lui est dû.

         Certains ne seront sans doute pas d’accord avec ce que je vais dire. Je le conçois très bien. La parole est toujours un risque. Qu’ils respectent alors ma « liberté d’expression », puisqu’ils s’en proclament les gardiens. Je crois que ce n’est pas rendre service à la France que de faire de ceux qui travaillaient dans un journal habitué à l’injure et à la provocation gratuite le signe de la liberté. Ils se moquaient régulièrement de la police comme de toute forme d’autorité. J’admire et respecte le policier, sans doute musulman d’ailleurs, qui a donné sa vie pour eux. Son sacrifice fait honneur à l’immense majorité des musulmans de France, qui prient avec droiture d’intention et déplorent le fanatisme. Parmi ceux qui sont morts, les caricaturistes prônaient le libertarisme absolu, le nihilisme éthique et le matérialisme athée. Issus d’une génération « sans Dieu ni maître », ils avaient décidé de repousser toute contrainte – même s’ils restaient en réalité dans les limites des conventions médiatiques, car ils savaient bien qu’on ne peut pas rire de tout en France – et de faire de l’outrage systématique envers la religion leur langage habituel de communication. Condamner ces épouvantables attentats est notre devoir, comme celui de nous unir dans une conscience citoyenne et de prier pour les victimes. Mais est-il permis de ne pas ériger ces hommes en « icônes de la liberté » ? Il n’y a pas de proportion entre l’assassinat d’un homme et son insulte ou son blasphème, mais celui qui piétine l’intimité des cœurs et blesse grossièrement les consciences participe aussi à la violence. C’est une triste liberté que celle de s’arroger le droit d’humilier ce qu’il y a de plus sacré chez les êtres. C’est un risque inconsidéré de fragiliser par son mépris un équilibre social déjà extrêmement perturbé. C’est un douloureux paradoxe pour la France que des provocateurs libertaires qui n’ont cessé de piétiner sa mémoire et ses institutions deviennent les symboles de sa liberté.

         Aujourd’hui est un jour de deuil, car le Christ descend au Jourdain et s’ensevelit dans les eaux, comme on descend dans la mort. Aujourd’hui est un jour d’espérance, car le Christ jaillit dans la lumière pour recevoir la vie. Il a voulu s’abaisser aux profondeurs du mal, pour libérer l’homme de tout ce qui l’avilit, l’enlaidit, le méprise, pour le sauver de l’esclavage du péché, pour que puisse sonner le glas, cet appel douloureux à l’espérance, ce désespoir surmonté. L’espérance chrétienne est profonde des profondeurs mêmes du tombeau, et c’est quand il n’y a plus d’espoir que peut advenir l’espérance. Pour qui sonne le glas ? Le poète anglais John Donne écrit ces belles paroles : « La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi ».

         Qui sont les morts ? Dieu seul les connaît. Nous avons leur nom et leur visage, mais l’homme est toujours plus grand que le théâtre qu’il joue sur la scène du monde, et il est aussi toujours plus grand que son péché. « Mes pensées ne sont pas vos pensées, dit le Seigneur au livre d’Isaïe, et vos chemins ne sont pas mes chemins » (Is 55, 8). Nous remettons les âmes des défunts, et nous remettons notre pays blessé entre les mains du Rédempteur. Nous reprenons la prière que le Christ apprit à Marcel Van dans une apparition, cet enfant d’Indochine qui sera sans doute proclamé saint : « Seigneur Jésus, aie compassion de la France, daigne l’étreindre dans ton amour et lui en montrer toute la tendresse. Fais que, remplie d’amour pour toi, elle contribue à te faire aimer de toutes les nations de la terre ».

         « France, fille aînée de l’Église, qu’as-tu fait de ton baptême ? ».

         Il est temps d’en retrouver la source, comme on creuse l’espé-rance de nos propres mains, jusqu’à faire jaillir l’eau vive.

         Il est temps que cessent le mépris de la mémoire et le piétinement du sacré par ce qu’il y a de plus vulgaire, de plus vil et de plus meurtrier.

         Il est temps de retrouver notre âme.

         « Le monde moderne a bien besoin d’entendre quelques voix libératrices, écrivait Georges Bernanos. Les voix libératrices ne sont pas les voix apaisantes, les voix rassurantes. Elles ne se contentent pas de nous inviter à attendre l’avenir comme on attend le train. L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait ».

         Le général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre évoque le grand silence de l’hiver, quand tout s’endort et se tait, quand tout semble mort, et il écrit : « Le destin est-il donc scellé ? Est-ce pour toujours la victoire de la mort ? Non ! Déjà sous un sol inerte un sourd travail s’accomplit. Immobile au fond des ténèbres, je pressens le merveilleux retour de la lumière et de la vie […] Je suis le vieil homme, recru d’épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter, dans l’ombre, la lueur de l’espérance ».

         Seigneur Jésus, aie compassion de la France, daigne l’étreindre dans ton amour, et lui en montrer toute la tendresse. Notre Dame de France, vous qui êtes si souvent apparue sur notre terre blessée, souvenez-vous, priez pour nous.

         Amen.

+ Luc de Bellescize.jpg

 

 

Père Luc de Bellescize

Originairement publié le 15 janvier 2015
dans Famille Chrétienne

 

 

17.03.2016

Laïcité et laïcisme. Société atomisée et perte de sens : Les gisements du fondamentalisme ultra moderne

Logo-ImageCollgBernardins.jpgLaïcité et sociabilité
aux Bernardins

 
         Dans une société divisée de croyance l’appel à la laïcité peut-elle fonder la sociabilité ? La laïcité peut-elle permettre de vivre ensemble en paix et nous protéger de la violence des fondamentalismes ?

         Après avoir recensé les relations et les domaines convoqués par la laïcité, je vous propose d’identifier certaines des causes de l’incompréhension et des ruptures susceptibles d’entretenir ou provoquer les réactions fondamentalistes. Dans un troisième temps nous considérerons ensemble des chemins pour fonder la sociabilité dans un pays divisé de croyance pour vous soumettre quelques propositions.

 

 

  1. 12628351_10208920138906896_5885893510531653878_o.jpgLes dimensions de la laïcité

         Dans notre civilisation occidentale, la laïcité – comprise comme distinction du temporel et du spirituel – a été, au fil de l’histoire, une revendication constante, portée tantôt par les clercs et tantôt par les laïcs.

         Il est bon de se rappeler, comme l’a montré Jean-François Chemain, que la laïcité fût d’abord une revendication de l’Église vis à vis de l’Empereur au nom de la distinction des pouvoirs spirituels et temporels. Les chrétiens furent persécutés pour leur refus de rendre à César le culte qu’ils réservaient à Dieu. Plusieurs siècles furent le théâtre de cette rivalité du pouvoir du prince et de celui de l’Église et de ses clercs. L’Église en tant que peuple de Dieu a toujours eu une organisation hiérarchique réservant aux clercs le magistère spirituel et moral pour dire la Foi et la vérité sur le bien. L’histoire de France a été profondément marquée par cette difficulté continue du politique pour s’affranchir au nom du bien du peuple (laos) du pouvoir de ses clercs (ceux qui ont le pouvoir spirituel, celui de la science, celui de la formation et de l’information) et donc autrefois de l’Église. L’État, qu’il soit monarchique où républicain, a toujours revendiqué au nom même de l’enseignement de l’Église « l’autonomie des réalités terrestres » telle qu’elle a été formulée par le Concile Vatican II.

         Mais en même temps, l’autorité politique n’ayant pu abolir le pouvoir des clercs, a toujours eu aussi la tentation de l’instrumentaliser en le choyant ou en en faisant son interlocuteur privilégié.

         L’anticléricalisme est une constante de notre histoire, inséparable de la volonté concomitante de mettre le pouvoir spirituel au service du pouvoir temporel. « Évêque, je meure par vous ! » dira Jeanne au moment d’être condamnée pour avoir refusé de dire à l’inquisition des clercs partisans du roi anglais, sa mission temporelle de laïc au service de la France. « Le cléricalisme voilà l’ennemi[1] » dira Gambetta et le Pape François ne sera pas en reste sur la formule : « Il y a un mal complice, parce que la tentation de cléricaliser les laïcs plaît aux prêtres, mais tant de laïcs, à genoux, demandent d’être cléricalisés, parce que c’est plus commode, c’est plus commode !… Nous devons vaincre cette tentation… Pour moi, le cléricalisme empêche la croissance du laïc[2] ».

         Nous voyons donc que dans l’Église catholique la relation clercs et laïcs n’est pas un sujet facile, même si le Concile Vatican II a reconnu la vocation de Prêtre, de Prophète et de Roi de tous les enfants de Dieu. La structure hiérarchique de l’Église permet-elle aux clercs de représenter les laïcs auprès de l’État ? La République depuis Napoléon en fait l’hypothèse par ce que cela serait plus facile mais la tentation de collusion peut être grande et les chantages toujours possibles. Les clercs catholiques sont-ils toujours libres de leur position vis à vis de l’État ? La réaction récente du Ministre de la Santé contre la déclaration d’un évêque n’illustre-t-elle pas la prétention de régenter la parole des clercs ? Le silence des clercs n’est-il pas parfois le fait d’une certaine soumission au pouvoir politique ou la volonté au contraire de ne pas se laisser instrumentaliser ?

         L’acception républicaine de la laïcité porte cet héritage, même si elle s’est exprimée, historiquement, sous le visage d’une rupture.

         Soyons réaliste, aujourd’hui le pouvoir des clercs, le pouvoir de dire la vérité sur le bien, appartient beaucoup moins aux prêtres et aux religieux de l’Église catholique, qu’à ceux qui font l’opinion. Il est intéressant de noter par ailleurs la collusion des pouvoirs économiques et politiques pour contrôler les médias, nouveaux faiseurs de rois.

         Quoi qu’il en soit, certains diront que les relations avec l’Église catholiques sont apaisées et souhaiteraient reproduire le modèle de relation établie avec sa hiérarchie pour avoir une relation équivalente avec l’Islam au travers du Conseil Français du Culte Musulman. N’est-ce pas sur ce modèle que l’État avait réussi en son temps à normaliser les relations avec le Consistoire central israélite de France en 1808 ou la Fédération protestante de France constituée en 1905 ?

         La laïcité peut ainsi être perçue comme un objet substantiellement chrétien, difficile à harmoniser avec la tradition de l’Oumma, où la religion tend à structurer la culture, les mœurs et l’ensemble de la dimension sociopolitique. Dans ce contexte, l’appel à la laïcité pour régler les relations avec l’islam est complexe. La laïcité protège et réglemente la liberté de religion, mais elle ne couvre pas les mœurs et les modes de sociabilité qui fondent la vie en communauté. La laïcité ne peut être l’arbitre des « visions de l’homme », de l’anthropologie, des interdits, des obligations et des valeurs inspirées par chaque religion. Par le passé, il est arrivé que l’État devienne, par nécessité, l’arbitre de la sociabilité entre les citoyens. Mais ceux-ci partageaient alors très majoritairement une même vision de l’homme et la même incarnation française d’une culture pétrie par le christianisme.

  1. 12698587_10208920135906821_4120861061231378408_o.jpgL’incompréhension et les ruptures

         La situation de la France pour reprendre le diagnostic de Pierre Manent a donc changé. La pratique d’une religion qui n’existait pas en France en 1905, se développe aujourd’hui très rapidement avec les vagues d’immigrations successives. L’année 2015 aura marqué un tournant dans la prise de conscience de cette réalité complexe.

         Notre manière de vivre ensemble se heurte aujourd’hui à des confrontations anthropologiques marquées par notre héritage culturel et religieux, avec des différences qui semblent parfois irréductibles, par exemple dans notre vision de l’amour humain comme don libre et réciproque de l’homme et de la femme à égalité. C’est bien cette « marque chrétienne » qui nous fait refuser la polygamie, que nous voyons comme soumission et instrumentalisation. Nous sommes également héritiers d’une certaine vision du travail et de l’activité humaine, comme participation à la création en vue du bien commun. Dans notre culture, ce n’est pas Dieu qui fait « tout » et qui soumet l’homme à l’obéissance à ce « tout ».

         Bien sûr la société utilitariste ou matérialiste génèrent aussi des pratiques qui instrumentalisent la femme, le corps, la nature, le travail et la vie. En démocratie, la liberté existe au moins théoriquement de faire valoir un autre regard et de s’insurger contre les logiques d’exploitation qui vont à l’encontre des droits de l’homme. Mais les musulmans fondent leur vision sur une obéissance à une révélation et des livres saints qui ne peuvent être discutés. Comment se rencontrer ?

         Nous sommes également confrontés à de nouvelles ruptures fabriquées par la loi et par nos pratiques postmodernes, qui construisent les arguments d’une incompréhension irréductible : le droit au blasphème sans limite ; le mépris irréligieux du repos dominical ; l’avortement sacralisé comme droit fondamental ; la dénaturation du mariage etc. Le fossé anthropologique et culturel se creuse.

         Pour le combler, la tentation existe d’aller plus loin que des lois de protection de la liberté religieuse, en définissant par la loi, le permis et l’interdit dans les domaines des mœurs et de la culture. Le surgissement d’une sorte de « Charia laïque » n’est pas à exclure.

         Or en multipliant le catalogue des permissions et surtout des interdictions, on exaspère les tensions entre les acteurs de transgressions toujours plus fortes et les fidèles d’une religion qui se sentent offensés. Ce fondamentalisme législatif, au nom de la laïcité, encourage la révolte du fondamentalisme au nom de la religion.

         Or, nous devons trouver la manière juste de fonder la sociabilité dans notre société divisée de croyances.

  1. 11412345_659753040823299_3629092463104494234_n.jpgComment fonder la sociabilité dans une société divisée de croyances ?

         Devant l’ampleur de la présence des musulmans en France, Pierre Manent, peu suspect de relativisme, déclare que notre régime politique doit céder et se résoudre à une politique possible, une politique défensive[3].

         Pour certains musulmans, il y a une charia islamique qui codifie la loi, les mœurs, les coutumes et la vie en société à partir d’une révélation intangible écrite et immuable. Mais il n’y a jamais eu de charia catholique qui définirait la loi à partir d’une révélation ou d’un sentiment religieux. Comme le disait Benoît XVI au Bundestag en septembre 2012 : « Contrairement aux autres grandes religions, le christianisme n’a jamais imposé à l’État et à la société un droit révélé, ni un règlement juridique découlant d’une révélation. Il a au contraire renvoyé à la nature et à la raison comme vraies sources du droit ».

         Concernant la loi, nous devons donc rester fidèles à notre héritage chrétien en la fondant sur la nature et la raison, sans opposer un arbitraire laïc à la loi islamique. Si le religieux vient à se montrer déraisonnable, l’État est fondé en effet à intervenir, mais la loi ne peut tout régenter. Nous devons définir, par la raison, un socle commun de sociabilité, compatible avec une laïcité protectrice de la liberté religieuse : « Sans ce socle commun, il ne pourrait s’établir dans une société pluraliste qu’une unité de façade prompte au désaccord », souligne Mgr Ravel[4].

         Tout doit être fait pour rendre possible une rencontre basée sur l’expérience et la raison critique. Ce n’est pas en sacralisant nos envies non régulées par la raison, et donc forcément diverses et concurrentes, que nous pourrons trouver les fondations d’une sociabilité française. Au contraire, il nous faut remonter à la source commune de la création, de la nature humaine et d’une culture centrée sur le bien de la communauté, elle-même au service de la personne. Pour Pierre Manent, le projet républicain a d’essentiel « la visée d’une chose commune, ou d’une amitié civique (…) à élaborer avec nos concitoyens musulmans, comme avec tous les autres, mais il nous faudra construire communauté et amitié sur d’autres bases que celles de la République laïque, ou au moins de l’interprétation dominante et pour ainsi dire scolaire de celle-ci[5] ».

La démarche ne peut-être qu’humble et modeste. Il s’agit de faire se rencontrer des expériences vécues et des contributions rationnelles à la vie commune. Pour que l’adhésion à la Nation que propose Pierre Manent soit opérante face à l’attraction de l’Oumma, il faut en faire aimer le patrimoine et les fruits.

Il y a un « socle commun » de la vie à la française à faire aimer. « De remède, disait Simone Weil[6], il n’y en a qu’un : donner aux français quelque chose à aimer. Et leur donner d’abord à aimer la France. Concevoir la réalité correspondant au nom de France de telle manière que, telle qu’elle est, dans sa vérité, elle puisse être aimée de toute son âme ». Vivre ensemble commence par le partage des objets aimés.

         Simone Weil incarne son propos en faisant une synthèse de notre histoire et de notre principe d’unité qui fait notre personnalité pour nous inspirer aujourd’hui.

         « Grâce à ce que Michelet appelle un « puissant travail de soi sur soi », dit-elle, se sont élaborés un certain accord sur de grands principes de l’existence, un compromis harmonieux et efficace entre l’autorité de l’État et la liberté du citoyen, entre l’affirmation des devoirs et l’expression des droits ; c’est à ce style de vie que participeront les nouveaux arrivants… ».

         C’est donc la France elle-même, son histoire et ce style de vie qu’il faut donner à aimer et faire aimer. Une heureuse sociabilité n’exige pas qu’on détruise ou qu’on taise ce qu’il y a de plus UN, ce qu’il y a de plus intimement vivant dans l’évocation, par exemple, de la catholique Jeanne d’Arc, du protestant Ambroise Paré, du juif Henri Bergson, de l’incroyant Jean Rostand.

         L’expérience des écoles Espérance banlieue aujourd’hui en témoigne. Connaître, aimer, respecter : de la connaissance vient la reconnaissance.

12646709_10208920132826744_8187243206975859802_o.jpgConclusions et propositions

         La sociabilité, l’amitié civique est plus large que la seule question de la pratique religieuse et de la laïcité.

         Dans les faits aujourd’hui, il n’y a pas de problème entre la cathédrale et la mosquée… Mais entre les personnes qui vivent dans le même immeuble, le même quartier, la même entreprise.

         À ne vouloir agir que par en haut, il y aurait une tentation à vouloir que l’État définisse avec le clergé des différentes religions, les modalités pratiques et le socle commun de la sociabilité dans l’entreprise, à l’école ou dans les quartiers… Est-ce crédible ?

         Dans le cadre de ce colloque, il est demandé de soumettre des propositions à votre critique pour trouver un chemin. Je me risque aux propositions suivantes : plutôt que de vouloir légiférer dans le détail et instrumentaliser les clergés pour contrôler leurs fidèles :

                  pourquoi ne pas constitutionaliser par en haut des principes fondamentaux de la sociabilité à la française comme « le droit au visage », la « liberté personnelle du mariage » et « la monogamie ».

                  et renvoyer en bas, au niveau des communautés de destin, la promotion d’une culture de la rencontre fondée sur l’amitié politique capable de transcender volontairement les différences. Une culture de liberté et de responsabilité.

         S’il faut résister à la tentation du « cléricalisme », il nous semble en définitive qu’il faut faire de l’amitié politique, non seulement le but de l’action mais aussi son chemin privilégié en faisant aimer une vie incarnée à la française, une vie dans la « douce France ». On se sert d’une montre sans aimer l’horloger, mais on ne peut pas écouter avec attention un chant parfaitement beau sans aimer l’auteur du chant. On ne peut pas aimer la beauté de la France sans aimer les Français.

         Pour cela comme le disait Gustave Thibon après Platon : « Il ne faut pas chercher à faire l’UN trop vite ». Nous croyons en effet avec Saint-Exupéry que : « Si le respect de l’homme est fondé dans le cœur des hommes, les hommes finiront bien par fonder, en retour, le système social, politique, économique qui consacrera ce respect[7] ».

 

Logo Ichtus.jpgBruno de Saint Chamas
président d’Ichtus
11 février 2016
Collège des Bernardins

 

 

[1] Gambetta, Chambre des députés, 4 mai 1877.

[2] Pape François, Message aux membres de l’association Corallo, Rome, le 22 mars 2014.

[3] Pierre Manent, Situation de la France, DDB 2015, pp. 68-71 : « Considérés en tant que groupe, ou partie de la société française, les musulmans tendent à se conduire comme des musulmans, à suivre la règle des mœurs de leur religion, en tout cas à prôner cette règle des mœurs ou à la considérer comme « devant être suivie »… Ce fait social est aussi le fait politique majeur que nous avons à prendre en compte… Je soutiens donc que notre régime doit céder, et accepter franchement leurs mœurs puisque les musulmans sont nos concitoyens. Nous n’avons pas posé de conditions à leur installation, ils ne les ont donc pas enfreintes. Étant acceptés dans l’égalité, ils avaient toute raison de penser qu’ils étaient acceptés comme ils étaient. Nous ne pouvons pas revenir sur cette acceptation sans rompre le contrat tacite qui a accompagné l’immigration durant les quarante années qui viennent de s’écouler… C’est pourquoi je soutiens que notre politique ne saurait être que défensive. Elle sera défensive parce que nous sommes forcés de faire des concessions que nous préférerions ne pas faire, ou d’accepter une transformation de notre pays que nous aurions préféré éviter, ou qui même parfois nous attriste profondément. Ce sera néanmoins une politique défensive parce que, avec toute notre faiblesse, nous avons encore de la force, que nous disposons encore de grandes ressources morales et spirituelles susceptibles d’être ranimées, activées et mobilisées pour que le changement inévitable soit contenu dans certaines limites, et que la physionomie de notre pays reste reconnaissable. C’est ici que nous entrons dans le domaine d’une politique possible également éloignée des rêveries de la « diversité heureuse » et des velléités mal refoulées d’un « retour » des immigrés chez eux. »

[4] Mgr Ravel, Lettre pastorale sur les rapports entre les religions et l’État, 2011.

[5] Pierre Manent, Situation de la France, DDB 2015, P58.

[6] L’enracinement, 1949

[7] Saint-Exupéry, Lettre à un otage, 1943.

 

Images : ©Collège des Bernardins

23.02.2016

Le manteau de saint Martin ou le Cœur de Dieu donné en partage

Adoration ihs SC Saint Martin.jpg         « Comment faire pour que les urbains se sentent concernés par la question de la campagne ?* ». Commencer l’Adoration Saint Martin en ville pour la faire rayonner dans les campagnes.

         En ville, j’ai été touchée par les sdf, par la dignité humaine mise au ban de la société.

Les pauvres, ces étrangers, rendus étrangers par leur extrême misère sociale, se voient en rupture d’avec les autres, dangereusement isolés. Les sdf sont les premiers étrangers et pauvres à avoir besoin de la reconnaissance de leur dignité, de l’espace sacré qui est en eux et qui les garde profondément ancrés dans l’humanité.

         Quand saint Martin descend de son cheval et donne la moitié de son manteau au déshérité à la porte d’Amiens, Martin donne son amour à cette personne interdite de cité, déchue de la ville ou venant de la campagne pour y trouver de quoi subsister, y faire l’aumône. Chaque sdf est un étranger, un campagnard dans la ville, un déchu de civilité, un paysan, un païen urbain, un rejeté de la cité, un citoyen d’outre zone. Il n’a plus son mot à dire ni sur lui-même, ni sur la société qui l’a laissé se perdre, a encouragé, même par omission, la violation de sa personne jusqu’à une forme d’anéantissement. C’est la néantisation de l’homme, la négation de son humanité dont est coupable notre système anthropologique malade qui réduit l’homme à l’homo economicus, au matérialisme, à l’instrumentalisation des « couches hautes » de la personne humaine.  

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         La charité de saint Martin ne fait pas que préserver du froid un homme, en cet hiver de l’an 353-354. Elle lui fait revêtir son humanité, sa dignité de personne en créant un lien fort et symbolique : la moitié de la chape que porte Martin est sur les épaules du miséreux. C’est le sens même du symbole : deux moitiés d’un même objet, qui, se retrouvant s’assemblent et font se reconnaître comme les deux parties d’un seul et même objet. La chape de saint Martin devient le symbole de l’unité, de l’union par excellence. Cette chape rouge de la charité est la pièce de tissu unique de la communion. « Un cor unum et anima una ». « Un seul cœur et une seule âme », voilà ce que dit le geste de saint Martin, qui n’est pas encore baptisé ce jour-là, recouvrant les épaules du pauvre de la moitié de son manteau. Martin transmet l’amour du Christ au pauvre, il le partage.

         C’est bien le Cœur de Dieu qui est donné-là en partage. C’est bien un geste de communion d’amour. Un geste eucharistique. Il partage le Cœur du Christ quand il pose sa chape sur les épaules du malheureux. Il donne un aperçu de l’amour eucharistique de Jésus : ce manteau partagé, c’est comme le pain rompu puis distribué. Le Cœur du Christ étant compris dans la sainte Eucharistie, enceint en elle… ce Cœur rayonne dans la blancheur de l’hostie consacrée… le Cœur de Dieu est dans le Corps du Christ sur l’autel…


saint martin, miséricorde divine, adoration saint martin, eucharistie, sacré cœur, sacré coeur, christianisme, foi, la france         Martin revêt le corps du pauvre du Corps du Christ quand il le vêt du manteau partagé. Le geste de Martin est eucharistique. La porte d’Amiens, au ban de la ville, et déjà seuil de la campagne, devient un lieu consacré comme un autel par le geste eucharistique de Martin descendant de son destrier et jetant la moitié de sa chape sur les épaules du démuni. C’est le sacre du misérable. Une onction d’amour sur un corps banni, et en son âme. Par ce geste, Martin devient prêtre. Le corps du malheureux est à la fois autel et sur l’autel. Son corps et son âme sont rendus sacrés par le geste rempli de l’Esprit de Jésus dont Martin est agi. À la porte d’Amiens, au ban de la cité, au seuil de la campagne, ce lieu où la rencontre de Martin et du misérable se déploie devient (con)sacré par ce geste rempli de l’onction divine, de la Miséricorde.
 

         Toute la personne du misérable est ainsi revêtue du Cœur et du Corps du Christ. « Un cor unum et anima una ». Un seul corps et une seule âme en Jésus, communion de deux êtres en l’amour du Christ. 

         Ainsi, le lieu de l’action où se donne en partage le Cœur et le Corps de Dieu fait homme en Jésus, par Martin, ni ville ni campagne, plus ville, pas encore campagne, no man’s land, cette banlieue est aussi consacrée par l’onction divine contenue dans l’acte eucharistique du partage et du don de le moitié de son manteau de Martin. 

         Le cheval, un genou à terre, incline sa tête devant la scène.

 

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Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

14-21 février 2016

 

 

Retrouvez cet article sur la page enrichie
Adoration Saint Martin

        

* Question posée par Michel Corajoud, paysagiste à Paris, dans le documentaire de Dominique Marchais, Le temps des grâces.

 

Images
La Charité de saint Martin.
Manuscrit France du Nord, 1280-1290 - Bibliothèque Nationale  
Charité de saint Martin. Église Saint-Martin de Donzenac. Limousin. 

 

 

 

24.01.2016

Une forme de résistance certaine : le Congrès Eucharistique International, depuis 1881

Retrouvez cet article sur la page enrichie consacrée à
saint Pierre-Julien Eymard,
Apôtre de l'Eucharistie, un saint pour notre temps

 

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À LA MESSE DE CONSÉCRATION DE LA FRANCE
AU SACRÉ CŒUR À PARAY-LE-MONIAL,

EN 1873, ÉMILIE TAMISIER
DÉCOUVRE SA MISSION :
SE CONSACRER AU SALUT DE LA SOCIÉTÉ
PAR LE BIAIS DE L’EUCHARISTIE

 

LogoChapStSacrement CorpusChristi.jpg         Voici ce que le biographe de saint Pierre-Julien Eymard, le Père André Guitton, sss — qui, depuis plus de 40 ans, vit tout contre le gisant du saint, Chapelle Corpus Christi, au 23 avenue de Friedland, Paris 8ème, et qui fut le Provincial de la Congrégation du Saint Sacrement nous a communiqué lors de notre dernière rencontre à la Fraternité Eucharistique. Le 51ème Congrès Eucharistique International se tient à Cebu (Philippines), du 24 au 31 janvier 2016, sur le thème : « Le Christ parmi vous, l’espérance de la gloire » (Col 1,27). Voici l’histoire fort intéressante des Congrès Eucharistiques Internationaux, nés en plein anticléricalisme en 1881. Une forme de résistance certaine…

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Par le Père Vittore Boccardi, sss, secrétaire du Comité pontifical des congrès eucharistiques.

 

         À l'occasion de ce Congrès Eucharistique International, nous organisons une heure d’adoration à la Chapelle Corpus Christi - 23 avenue de Friedland, Paris 8 (M° Charles de Gaulle Étoile / Georges V) - le jeudi 28 janvier, après la messe de 18h30, jusqu’à 20h. (Voir l’événement Facebook).
Tout contre la châsse du Père Eymard…

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HISTOIRE ET SPIRITUALITÉ DES CONGRÈS EUCHARISTIQUES MONDIAUX

         Le 51e Congrès eucharistique international aura lieu à Cebu, aux Philippines, du 24 au 31 janvier prochain. Le choix des Philippines avait été annoncé par le pape Benoît XVI dans son message transmis durant la messe de clôture du congrès de Dublin (17 juin 2012) : « Je voudrais vous inviter à vous joindre à moi pour invoquer la bénédiction de Dieu sur le prochain Congrès eucharistique international, qui se déroulera en 2016 dans la ville de Cebu ! J’adresse au peuple philippin mes vœux chaleureux, l’assurance de ma proximité dans la prière. »

Les congrès eucharistiques internationaux

St P-J Eymard Adoration Eucharistique.jpg         On pourrait croire que les Congrès Eucharistiques Internationaux sont des reliques du passé désormais difficiles à insérer dans le monde d’aujourd’hui. Comme de vieux parements de sacristie autrefois brillant d’or et aujourd’hui défraîchis, ils rappellent à beaucoup une époque : celle des manifestations populaires, fin XIXe début XXe siècle, organisées pour célébrer la royauté du Christ dans les plus grandes capitales du monde, les interminables processions auxquelles assistaient des centaines de milliers de fidèles, les gestes de culte rassemblant des masses d’adorateurs pour rendre des hommages de foi, d’amour et de réparation à Jésus Christ, Dieu caché sous les voiles du Sacrement, « profané par les impies, ignoré par les pouvoirs publics ».

         Que les congrès eucharistiques viennent du passé, cela est un fait. En effet, leur apparition date de la seconde moitié du XIXe siècle ; à l’époque des mouvements populaires, de la démocratie représentative et de la presse, les catholiques de France se servirent des congrès comme nouveau moyen pour rendre compte publiquement – dans une perspective internationale – de la vaste activité liée à la dévotion eucharistique. Malgré un environnement culturel où « le catholicisme intransigeant » de France connaissait sa forme la plus rigide, voyant la piété eucharistique comme un moyen pour reconstruire la société chrétienne démolie par la Révolution française, ces congrès devinrent immédiatement des laboratoires de réflexion et une caisse de résonnance pour proclamer, dans l’espace social, la vitalité de la foi et de l’Eglise.

Émilie-Marie Tamisier.jpg         On doit le lancement de ces congrès eucharistiques au profil spirituel et singulier de mademoiselle Émilie Tamisier (1843-1910). Emilie avait une vie intérieure inquiète, tourmentée, et avait pour maîtres deux grands saints. Après Pierre-Julien Eymard (le fondateur des Religieux du Saint-Sacrement, 1811-1868) chez qui elle absorba cette exigence de recourir à l’Eucharistie pour favoriser la reconstruction de la société, Antoine Chevrier (1826-1879) l’entraînera dans la patiente recherche de sa vocation. Et en 1873, alors qu’elle assistait à la messe de consécration de la France au Sacré Cœur à Paray-le-Monial, elle découvre sa mission : « se consacrer au salut de la société par le biais de l’eucharistie ».

         Un vaste réseau de relations ecclésiastiques commence alors à se tisser lentement, donnant lieu au premier des congrès, célébré à Lille en 1881, dans le Pas-de-Calais, au nord de la France. Mais en quelques années, le petit grain semé s’est mis à pousser et a fini par se transformer en un mouvement mondial capable d’atteindre – en passant par les capitales européennes – les plus grandes villes de tous les continents : Montréal (1910), Chicago (1926), Sidney (1928), Buenos Aires (1934), Manille (1937), Rio de Janeiro (1955). Faisant résonner la voix de tous ceux qui ont fait l’histoire de l’Eglise au siècle dernier, et mettant sous les feux des projecteurs des aspirations religieuses, des nouveautés liturgiques et d’urgentes questions sociales.

         Ainsi, chemin faisant, le mouvement des congrès eucharistiques a façonné sa nouvelle identité, intégrant progressivement les acquisitions du mouvement liturgique, en se mettant au service de l’Eglise universelle, s’ouvrant aux horizons les plus vastes de la mission et mûrissant – grâce aux apports des mouvements biblique, patristique et théologique – une compréhension plus complète de l’eucharistie. A la veille du concile Vatican II, au 37e Congrès eucharistique international, qui a eu lieu à Munich, en Bavière, à l’été 1960, les vieilles raisons qui avaient motivé ces congrès furent surmontées. On commençait à voir ces grandes réunions internationales comme une statio orbis, un temps d’arrêt pendant lequel le peuple de Dieu pèlerin sur terre se réunissait pour célébrer l’eucharistie et construire une communion ecclésiale. Le mouvement eucharistique, ainsi déclenché au niveau mondial, a évolué au fil de l’histoire et, avec d’autres mouvements ayant marqué le XXe siècle, a aidé à donner à l’Église sortie de Vatican II un nouveau visage, en la ramenant à sa source eucharistique.

Un congrès en Orient

         Le rendez-vous de Cebu est particulièrement important sous divers profils : tout d’abord sous un profil, disons, géographique, puis historique et missionnaire, et enfin lié à l’évangélisation moderne de l’Asie proprement dite.

         Le profil géographique est lié directement au choix de la ville appelée à accueillir le congrès. A près de 11 000 km de l’Italie, Cebu se trouve en quelque sorte en plein cœur de l’Asie orientale, à un peu plus de deux heures d’avion de Hong Kong, Taïwan, du Vietnam, et relativement près de la Corée du Sud, du Japon, de l’Inde et de l’Australie. A Cebu, pour le 51e Congrès eucharistique international, pourront venir tous ces chrétiens qui, à cause des distances et des coûts prohibitifs, sont souvent exclus des grands événements internationaux.

         C’est là, à Cebu, au centre de l’archipel philippin, que l’explorateur Fernand de Magellan a débarqué en 1521. Selon un récit de Pigafetta, Magellan fut accueilli chaleureusement par le roi indigène Humabon qui, un peu plus tard, se convertira au christianisme, avec la reine Juana et 400 de ses sujets. Pour commémorer l’événement Magellan fit don à Juana d’une statuette de l’Enfant Jésus (Santo Niño) et dressa une croix sur les lieux mêmes de la conversion. La fête du Santo Niño tombe le troisième dimanche de janvier. Elle est encore aujourd’hui, pour tous les catholiques philippins, une des fêtes religieuses les plus importantes.

         D’un point de vue historique et missionnaire, le choix des Philippines – seul pays d’Asie à majorité catholique – constitue un défi important pour l’Eglise de cet énorme continent.

         Naturellement, l’Évangile s’était déjà répandu sur le continent bien avant l’arrivée des Espagnols, il y a près de 500 ans. Disons même que tout a commencé au fin fond de l’ouest de l’Asie, à Jérusalem, où Jésus souffla l’Esprit Saint sur ses disciples et les envoya jusqu’aux extrémités de la terre. C’est d’ailleurs pourquoi, en 1998, l’assemblée spéciale pour l’Asie du synode des évêques avait dit que l’histoire de l’Église en Asie était aussi ancienne que l’Eglise primitive. En effet, c’est sur le sol de cet immense continent qu’est née la toute première communauté à avoir reçu et entendu l’annonce évangélique du salut. Les apôtres, obéissant aux ordres du Seigneur, y prêchèrent la Parole et implantèrent les premières Églises.

         Après les apôtres, l’évangélisation de l’Asie est passée aux mains des missionnaires syriens qui fondèrent des sièges épiscopaux au cœur du continent et en Mongolie. A partir du XIIIe siècle, ce sont les franciscains qui ont pris la relève, puis à partir du XVIe siècle, les jésuites. Au XIXe siècle, un grand nombre de congrégations religieuses se sont lancées à leur tour et, sans réserve, ont contribué à l’édification des Eglises locales, évangélisant et développant toute une série d’activités formatrices et caritatives.

         Mais tous ces efforts se sont révélés insuffisants pour acculturer la Bonne Nouvelle, si bien que pour les peuples du continent – mystère de l’histoire du salut ! – le Sauveur du monde, né en Asie, reste encore largement méconnu. À l’exception des Philippines, le christianisme forme aujourd’hui, en Asie, « un petit reste », une minorité néanmoins vive et généreuse.

         Selon les dernières statistiques de l’Annuaire du Vatican, l’Asie compte 134 millions de catholiques, soit 3 % des habitants du continent, mais 11 % des catholiques du monde. Le pape, à ses derniers voyages, est allé dans les pays où le nombre de catholiques est supérieur à la moyenne, mais le catholicisme croît aussi ailleurs, surtout en Chine, en Inde et au Vietnam. Au Vietnam, la croissance est exponentielle : de 1,9 million de catholiques en 1975 à 6,8 millions aujourd’hui.

         Par conséquent, le troisième profil du Congrès de Cebu est lié à l’évangélisation moderne de l’Asie. Au-delà des chiffres, relativement bas, l’Eglise en Asie incarne le défi à vivre et imaginer le christianisme sous des formes historiques autres que celles auxquelles nous sommes habitués en Occident. Car l’Asie n’a jamais vécu les dynamiques – également politiques – héritées de l’empire de Constantin ou de Charlemagne. En Asie, aucun pays n’a jamais vécu lui-même comme une societas cristiana.

         L’Église d’Asie s’inscrit dans un contexte social fait de périphéries et de frontières, de fortes tensions et de conflits de nature religieuse, politique et sociale. Ces quarante dernières années, le continent a cherché à forger sa propre identité en payant souvent le prix d’un esprit nationaliste agité de sentiments anti-occidentaux. La mondialisation a entraîné un processus de modernisation et de changements rapide. Et elle s’accompagne souvent de phénomènes de sécularisation tandis que des agglomérations urbaines entières, minées par la criminalité, l’exploitation des plus faibles, les luttes, ne cessent de créer des situations d’urgence.

         D’autre part, la diversité des nombreuses cultures et identités nationales du continent issues d’une multiplicité de grandes traditions religieuses sont aujourd’hui, plus qu’hier, à l’origine de tensions et conflits cyniquement instrumentalisés.

         Mais le fait que l’on continue à associer l’Église catholique à l’Occident, parce qu’elle dépend de règles, de financements et d’autorités occidentales, constitue encore aujourd’hui le plus sérieux des obstacles à la mission, créant des difficultés à la grande majorité des asiatiques. L’Église est souvent perçue comme un corps étranger, détaché de la structure religieuse et culturelle du continent.

         Les Philippines, dans ce panorama, représentent la seule vraie exception. Dans l’archipel, qui s’étend dans le Pacifique, la religion chrétienne apportée par les Espagnols s’est greffée sur les cultures et religions traditionnelles, obtenant un résultat qu’aucun autre pays d’Asie n’a connu. Dans ce contexte, on comprend pourquoi, sur une population qui dépasse les 100 millions, les catholiques dépassent les 80 %, et le nombre annuel des baptisés est plus élevé qu’en Italie, France, Espagne et Pologne mises ensemble.

         Le pape François s’est rendu compte de tout cela et, au cours de ses voyages, d’abord en Corée (13-18 août 2014), puis au Sri Lanka et aux Philippines (12-19 janvier 2015), il a pu le souligner, faisant valoir le défi que représentait l’évangélisation sur ce continent.

Le 51e Congrès eucharistique

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         Cebu est appelée « berceau du christianisme » et « reine du Sud ». C’est aussi la première ville fondée aux Philippines par les Espagnols qui, le 1er janvier 1571, rebaptisèrent le village royal de Sugbu (= Cebu, en langue locale) en « Villa del Santo Niño », le plaçant sous la protection de l’Enfant Jésus. Cinq siècles d’interaction entre la culture locale et le message chrétien ont porté à cette harmonieuse fusion que l’on appelle aujourd’hui « culture chrétienne philippine ». Les chrétiens qui arrivent à Cebu de tous les coins du monde se trouvent chez eux, au milieu de personnes qui partagent les mêmes aspirations et la même espérance qu’eux !

         La petite communauté chrétienne de Sugbu, sous la protection du Santo Niño, est devenue la deuxième concentration métropolitaine de l’archipel et un archidiocèse florissant de presque 5 millions de personnes, pratiquement toutes catholiques, avec un clergé actif et vaillant, des religieux (hommes et femmes) très actifs, et un nombre encourageant de séminaristes. Foi grandissante et vie chrétienne florissante furent une constante dans l’Eglise locale, et ça l’est encore aujourd’hui. Il suffit de penser à toutes les institutions et organisations catholiques, à tous les mouvements laïques prospères – sous la conduite de l’archevêque Mgr Palma – entre la hiérarchie et le clergé tant diocésain que religieux ; au gros travail d’évangélisation des prêtres et des agents pastoraux ; à ce profond sens ecclésial et religieux qui habite les gens.

         D’autre part, l’architecture religieuse laissée par l’Espagne, les interminables plages de sable blanc, bordées de palmiers qui donnent à la ville une atmosphère paradisiaque, la croissance de l’industrie touristique et hôtelière, font de cet endroit une destination du tourisme international.

         Le Congrès de Cebu n’est pas le premier congrès eucharistique international célébré aux Philippins. En 1937, Manille accueillit le 33e Congrès, le premier célébré en Asie. Ce congrès, qui connut un succès émouvant, fut sans aucun doute l’événement international le plus important jamais célébré jusqu’ici dans ce pays. Le 51e Congrès, célébré en ce mois de janvier 2016, sera tout aussi important. Il entre dans la « neuvaine d’années » que les chrétiens des Philippines célèbrent en ce moment pour préparer le 500e anniversaire de l’arrivée de la foi chrétienne dans leur pays.

         Le thème du congrès – « Le Christ parmi vous, l’espérance de la gloire » – fait l’objet d’un texte de base qui se concentre sur les rapports entre l’eucharistie et la mission à l’intérieur d’une Eglise qui se perçoit comme un événement missionnaire.

         La foi chrétienne ne tient pas seulement une place extraordinaire dans l’histoire des Philippines, elle est un phare dans sa vocation providentielle à évangéliser l’Asie. Cette évangélisation, depuis désormais des décennies, selon les conférences épiscopales présentes en Asie, passe par un triple dialogue avec les cultures et les religions, avec la masse de pauvres du continent et les jeunes dont l’Asie abonde. Enfin, à Cebu on prend conscience que pour célébrer un événement international de cette portée, on n’a pas besoin d’une métropole de premier choix, riche en structures, en espaces publics, et en qualités solides pour tout organiser. Ce qu’il faut, c’est plutôt un espace humain, voire relativement pauvre, qui soit en marge du monde, en marge du bien-être, mais riche en foi, où le peuple soit accueillant et généreux. On a besoin d’un terrain où l’annonce missionnaire de l’eucharistie croît et porte des fruits.

La célébration du Congrès

         Pour présider l’événement de Cebu, le pape François a nommé un représentant spécial, le cardinal Charles Maun Bo, Archevêque de Yangon (jadis Rangoon), capitale du Myanmar (ou Birmanie). Le cardinal présidera ce dimanche 24 janvier la messe d’ouverture du Congrès qui aura lieu en plein cœur de la ville, sur la Plaza Independencia, en face du fort San Pedro, l’endroit des premières installations espagnoles de la zone.

         Parmi les milliers de pèlerins provenant de tous les continents (les pays représentés seront plus de 60) mais surtout des communautés chrétiennes d’Asie, on prévoit aussi la présence d’au moins 20 cardinaux, environ 200 évêques et des milliers de prêtres. Durant la semaine du Congrès, les participants célèbreront l’Eucharistie, prieront ensemble, se rassembleront en procession, interviendront aux catéchèses générales tenus par une quinzaine d’orateurs internationaux de premier choix, écouteront des dizaines et des dizaines de témoignages, débattront sur des thèmes religieux et pourront vivre une vraie solidarité ecclésiale. Le tout avec l’aide de 50 000 bénévoles et des paroisses de la ville qui ne ménageront pas leurs efforts.

         Le Congrès s’achèvera le dimanche 31 janvier par une messe célébrée dans un vaste espace capable de recevoir plus d’un million de fidèles, situé dans la South Road Property, la partie de la ville en plein essor.

         Tous ceux qui arriveront à Cebu de tous les coins du monde pour assister à ces « journées mondiales de l’Eucharistie », pourront vivre l’expérience d’une mission qui aujourd’hui, et pas seulement en Asie, se réalise à travers un échange de dons entre celui qui annonce et celui qui reçoit l’annonce évangélique. Dans cet environnement, très loin du labyrinthe rationaliste de l’Occident, on peut encore faire appel à l’intelligence des affects, à l’expérience de la pauvreté et de la souffrance pour ouvrir les cœurs et bâtir des communautés qui ont envie de « manger du pain dans le Royaume de Dieu » (cf. Lc 14,15).

 

P Vittorio Boccardi sss.jpgP. Vittore Boccardi, sss,
secrétaire du Comité pontifical des congrès eucharistiques

 

 

Traduction complète de la présentation du P. Boccardi établie par & sur Zenit.


Le programme et les informations se trouvent sur le site du Comité pontifical : www.congressieucaristici.va et sur le site du Congrès de Cebu : www.iec2016.ph

Crédit photo du Père Vittore Boccardi : WIKIMEDIA COMMONS - Judgefloro

51ème Congrès Eucharistique International.pdf

 

 

05.12.2015

Porter le foulard en France est un choix - musulmane & patriote

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      L’acceptation ou, disons plutôt, le rapport apaisé au foulard islamique doit-il forcément résulter du passage de ce dernier sous le rouleau compresseur de la mode, de l’hyper-consommation et du divertissement à outrance ?

           Il semble qu’il faille tout lisser.

         Dévitaliser, tuer l’essence profonde des choses, l’énergie pure et vibrante qui habite les grandes actions pour que ces dernières trouvent finalement grâce aux yeux de la masse. 

          Tout est étrangement potentiellement appauvri ; rendu inoffensif, médiocre et tiède par la récupération silencieuse qu’en fait la société de marché. 

         Le Che ou Malcolm X sur un T-shirt floqué, du rap prolétaire au hiphop dansant populaire en discothèque, n’est-ce pas la même action mercantile qui vient ajouter son petit zest ? 

         Et maintenant… le foulard au pied des grandes marques, le foulard et le mannequinat, le foulard dans les concours de beauté, le foulard bientôt partout, à condition d’accepter que ce dernier soit relégué au même rang que toutes les autres différences. Nivellement par le bas, dont le slogan pourrait être : « si certains se travestissent, d’autres portent un foulard. »

          Piège subtile, difficile à déceler.

         Il ne faut pas confondre deux choses : d’un côté faire comprendre qu’une femme qui porte le foulard est avant tout une femme, reconnaître son humanité et ses droits légaux, constituent des points de lutte légitimes et importants.

         De l’autre côté, il y a une fausse lutte, une escroquerie qui voudrait habilement faire oublier que choisir, c’est renoncer. Et le foulard en France est un choix. 

         En effet animées par notre foi, il y a des choses auxquelles nous renonçons, auxquelles nous disons non, et ce au risque de ne plus être ”comme tout le monde.”
Un « non » de principe et d’action. Un rejet, une tentative de résistance.

         Car la banalisation graduelle du foulard sur certains supports – les moins sérieux – ne correspond pas à ce à quoi nous aspirons. Le foulard comme nous le comprenons va bien au-delà d’un simple fichu sur la tête car il est quelque part la manifestation d’un lien direct avec la transcendance.

         Transcendance qui fait que nous rejetons la marchandisation potentielle d’absolument tout, et en première instance ici celle du corps des femmes.

         Rappelons que l’islam comme système de valeurs, au même titre que de nombreuses traditions religieuses, spirituelles et même culturelles, ne peut être dissout dans toutes les folies de notre époque. Il impose encore une fois la résistance. Résister à ce qui nuit à l’Homme dans son ensemble en défendant ce qu’il a de plus précieux. Sa valeur intrinsèque, que certains voudraient pouvoir monnayer.

         Ainsi notre posture n’est pas simplement celle qui réclamerait sa part du gâteau capitaliste. Qui voudrait que chaque chose soit halalisable, qu’il suffirait de flouter ce qui dépasse du cadre pour devenir « muslim friendly ». Non, ceci n’est ni notre approche, ni notre but. 

         Si certains se sont battus contre les discriminations à l’entrée des boîtes de nuit, c’est pour nous un honneur que de ne pas y avoir notre place.
         Quelle reconnaissance y a-t-il au juste à devenir la proie des grandes marques qui ne nous nieront certes jamais le droit inaliénable que nous avons d’être avant tout des consommatrices ?

Si la foi est réelle, l’inspiration sera supérieure et les actions qui en découleront également. Il y aura donc des choses qui, dans leur essence, seront contre nos principes. 

         Nous ne nions pas la difficulté à définir la ligne et la limite entre les deux.

         Nous ne faisons que témoigner de notre petitesse d’âme après tout.

Comment aimer ce système injuste et hideux qu’est l’hyper-matérialisme au point de vouloir en devenir la caricature déformée ?

         Remettons les choses dans l’ordre : les femmes qui portent le foulard étaient bénies d’être épargnées par la publicité et les stratégies de communication en tous genres ; en revanche ces femmes continuent de subir l’épreuve du rejet quand il s’agit d’étudier, de travailler, de se rendre dans des lieux culturels ou de s’engager en tant que citoyennes.

         N’orientons pas notre énergie vers la mauvaise lutte, ne nous réjouissons pas de l’entrée du foulard dans des industries qui prônent le contraire de ce dernier.

         En toute fin, il est vrai que : « c’est la femme qui fait le foulard et non le foulard qui fait la femme. »


« Et j’aimerais mieux être, O fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, cœurs morts, races déchues,
Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues ! »

Victor Hugo, ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent


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Article initialement publié sous le titre :
Le foulard de demain, un simple accessoire ?
sur le site Des Française Voilées S'expriment

 

 



Précédent article de Hynd DFVS sur La Vaillante :
L’islam est une chance et une opportunité aujourd’hui en France,
afin que la France puisse renouer avec ses valeurs traditionnelles
qui ont fait d’elles cette grande nation

Autres articles du même auteur sur BV :
Et si l’extrémisme des Femen nuisait plus aux femmes qu’il ne les libère ?
Voile musulman : radicalisation ou mondialisation ?

 

Photo 
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24.11.2015

Le Vœu National du Sacré Cœur de Montmartre, ste M-M. Alacoque

Marguerite-Marie 2.jpgBasilique du Sacré-Cœur de Montmartre

Inscription sur un pilier de la Basilique :

Paray-le-Monial 1689

Extrait de la lettre CIV de sainte Marguerite-Marie Alacoque :

 

 



« Le Père Éternel voulant réparer les amertumes et angoisses que l'Adorable Cœur de son divin fils a ressenties parmi les humiliations et outrages de sa Passion veut un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur pour y recevoir consécration et hommages. 
»

 

 La construction de cet édifice demandé par Dieu à la France a été décidée par un vote de l'ASSEMBLÉE NATIONALE

le 23 juillet 1873
à la majorité de 244 voix.

 

Vitrail Basilique du Sacré Cœur
de Montmartre

 

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22.11.2015

Désormais, la matrice chrétienne de notre pays ne fait plus autant l’objet d’un déni insolent

         Il y a deux ans et dix mois, La Vaillante relayait pour la première fois la parole de Tugdual Derville, analysant les grandes manifestations de 2013. Retrouvant ici ce même don de conscience positive des événements, voici ce texte qu’il publie dans son blog une semaine après les attentats du 13 novembre 2015.

 

tugdual derville, la france, politique, foi, christianisme         Fluctuat nec mergitur : une maxime qu’on date du seizième siècle a émergé au lendemain des terribles attentats terroristes du 13 novembre 2015. Trois mots en forme de bouclier inscrits sur le blason d’une très vieille cité qui s’affirme insubmersible. Trois mots qui contrastent avec trois autres qui s’étaient imposés après les premiers massacres de janvier. Secoué, mais pas coulé ! La devise latine de Paris résonne aussi comme un pied de nez aux agresseurs. Mais nous sommes passés de la provocation à la vocation. De l’ironie à la vie. C’est elle qui continue, légère et grave. Les vivants le doivent aux victimes innocentes de ces tueries. Mort, où est ta victoire ?


tugdual derville,la france,politique,foi,christianisme         Ce qui est vrai à l’échelon d’une personne éprouvée trouvant dans son passé les ressorts pour rebondir se vérifie pour les familles ou les communautés qui endurent une épreuve collective. Nous sommes en quête de sens. Voilà ce qu’expérimente aujourd’hui notre pays, par sa capitale où, du fait d’un système centralisateur, bat une bonne part du cœur de la France. Paris, qui n’en est pas à sa première blessure, se recueille pour se relever. A l’heure des cérémonies, l’on s’étonnerait à peine d’entendre une des têtes de l’exécutif évoquer la figure de sainte Geneviève, patronne de Paris et des gendarmes, qui sauva la ville d’autres barbares, en l’an 512 !

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         Embrasser la totalité de son Histoire, pour mesurer la valeur de son héritage, est bien plus consolateur et porteur de sens que l’appel incantatoire aux « valeurs de la République » qu’on exhibait jusqu’ici sans être en mesure de préciser leur contenu. Plus la blessure est profonde, plus il faut remonter loin, et haut. Et Dieu sait si, cette fois, la France est blessée ! Et le monde n’est pas indifférent comme l’atteste la diffusion mondiale d’un appel à la prière pour Paris, encore trois mots, cette fois d’Anglais, sous l’image stylisée de la vieille dame de fer qui veille sur la capitale…

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         Désormais, derrière le drapeau tricolore et l’hymne national, la référence à l’Histoire ne s’arrête donc pas à l’évocation d’un régime : ce sont toutes nos racines qui sont convoquées. Et parmi elles, la matrice chrétienne de notre pays ne fait plus autant l’objet d’un déni insolent. Qui prétend encore faire table rase de l’origine de notre nation en la faisant naître en 1789 ? L’Histoire est un tout. Et qui oserait refuser le recours à l’intériorité et à la prière dans les temps de grand deuil ? L’homme souffrant ne peut pas admettre qu’on le prive de son ressort spirituel.

         De ce point de vue, l’alarme sonne aussi comme un réveil. Dimanche 15 novembre 2015, une affluence inhabituelle a été observée dans les églises, tandis que de petites lumières brûlaient devant les lieux où des Français et des étrangers, de tous âges, de toutes conditions et de toutes religions, avaient rencontré la mort.

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         Milan Kundera s’étonnait : « La France est le seul pays au monde où l’on n’apprend pas à aimer la France… » Car, en maints endroits du monde, la France est encore attendue. Fallait-il une Marseillaise entonnée à Londres avec nos adversaires anglais, avant le coup d’envoi d’un match sportif à l’enjeu soudain dérisoire, pour nous en convaincre ?

         Quelque chose a donc changé. Depuis janvier, il n’est plus de bon ton d’afficher son mépris pour ceux de nos compatriotes qui s’engagent dans des métiers consacrés à notre sécurité…

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         Il est enfin possible d’éprouver, sans fausse pudeur, l’« amour sacré de la patrie », cette douce France, pays de cultures, où nous voulons vivre en paix.

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Tugdual Derville

publié le 20 novembre 2015
in Le blog de Tugdual Derville

 

 

Photographies :

- Trois bougies aux couleurs françaises devant l'Ambassade de France à Lima, au Pérou, le 15 novembre 2015. AP

- Recueillement devant Le Carillon près du Bataclan. Ian Landsom/EPA/LANDOV

- Le Christ rédempteur de Rio de Janeiro illuminé au drapeau tricolore

- Un militaire du plan Vigipirate devant la Tour Eiffel le 16 novembre 2015 à Paris - AFP JOEL SAGET

- "Paix". Yann Levy

 

Le Sacré Cœur à Manrèse : Du buisson ardent à Jésus Eucharistie

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         Voici mes notes du 27 avril 2015, soir de l’arrivée au Centre Manrèse, à Clamart, pour les 5 jours d’Initiation aux Exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola. Après la lecture priée de ce passage de l’Ancien Testament, dans ma chambre.[i]



[i] Voici la photo du Bienheureux Charles de Foucauld
dans la salle portant son nom où l’initiation avait lieu,
au Centre Manrèse de Clamart :

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Livre de l’EXODE 3, 1-12
L’appel & l’envoi de Moïse

3 Moïse faisait paître les brebis de son beau-père Jéthro, prêtre de Madian. Il mena son troupeau au-delà du désert et parvint jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu. 2 L’ange de l’Éternel lui apparu dans une flamme au milieu d’un buisson : Moïse aperçut un buisson qui était tout embrasé et qui, pourtant, ne se consumait pas. 3 Il se dit alors :

         - Je vais faire un détour pour aller regarder ce phénomène extraordinaire et voir pourquoi le buisson ne se consume pas.

         4 L’Éternel vit que Moïse faisait un détour pour aller voir et il l’appela du milieu du buisson :

         - Moïse, Moïse !

         - Je suis là, répondit Moïse.

         5 Dieu lui dit :

         - N’approche pas d’ici, enlève tes sandales, car le lieu où tu te tiens est un lieu sacré. 6 Puis il ajouta : Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.

         Alors Moïse se couvrit le visage car il avait peur de regarder Dieu.

         7 L’Éternel reprit :

         - J’ai vu la détresse de mon peuple en Égypte et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs. Oui, je sais ce qu’il souffre. 8 C’est pourquoi je suis venu pour le délivrer des Égyptiens, pour le faire sortir d’Égypte et le conduire vers un bon et vaste pays, un pays ruisselant de lait et de miel ; c’est celui qu’habitent les Cananéens, les Hittites, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens, et les Yebousiens. 9 À présent, les cris des Israélites sont parvenus jusqu’à moi et j’ai vu à quel point les Égyptiens les oppriment. 19 Va donc maintenant : je t’envoie vers le pharaon, pour que tu fasses sortir d’Égypte les Israélites, mon peuple.

         11 Moïse dit à Dieu :

         - Qui suis-je, moi, pour aller trouver le pharaon et pour faire sortir les Israélites d’Égypte ?

         12 - Je serai avec toi, lui répondit Dieu. Et voici le signe auquel on reconnaîtra que c’est moi qui t’ai envoyé : quand tu auras fait sortir le peuple hors d’Égypte, vous m’adorerez sur cette montagne-ci.

(Bible du Semeur, 2000)

 

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                                         beauté des arbres

         Moi, je faisais une première promenade, découverte du parc du Centre Manrèse, dans le silence et la paix de ce printemps. Je fis le tour de la chapelle minuscule St Joseph avec tendresse. Puis, au détour d’un sentier, je vis plus haut, la statue de Jésus ouvrant les bras, son Sacré Cœur offert. [*]

         —>  O u i ,   j e   v i e n s   v e r s   t o i   J é s u s  !

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       Tu m’appelles comme le buisson ardent appela Moïse ! C’est ton Cœur ardent au milieu de ta poitrine qui m’accueille. Tu es plus qu’un ami, plus qu’un compagnon pour moi, tu es l’Époux.
 

sacré cœur,adoration eucharistique,adoration,sandrine treuillard,foi,christianisme,eucharistie,centre manrèse         —> J’ai pris en photo cette statue, les détails : le calice, les 3 clous, le fouet, la couronne d’épines aux pieds de Jésus. Ses pieds transpercés. Ses mains ouvertes et transpercées. Sa poitrine ardente, le Cœur ouvert, une plaie tailladant la chair de ce Cœur offert, une flamme en sortant par le haut comme de la carotide. Un Cœur grenade ! Un Cœur si ardent qu’il est en similitude avec la charge, le potentiel que nous sentons à la vue d’une grenade prête à être dégoupillée ! Mais ce n’est pas une menace de mort que la grenade du Seigneur : son Cœur transpercé est une proposition ardente d’un amour infini, de la vie en abondance.

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         Je vis en cette figure de Jésus ressuscité ouvrant les bras offrant son ardent Sacré Cœur de Grenade, les instruments de la Passion à ses pieds, les plaies à ce Cœur et à ses quatre membres, mains et pieds, comme l’Adoration Eucharistique. Je vis cet ensemble de Jésus Sacré Cœur comme une immense hostie, le Saint Sacrement dans l’ostensoir. Au cœur du Saint Sacrement offert, exposé à notre adoration, est l’image spirituelle du Sacré Cœur de Jésus et de la Croix de sa Passion. Jésus au Sacré Cœur et portant les traces de sa Passion dans les 5 plaies et les instruments de son martyre à ses pieds de Ressuscité est la figure qui condense le sens de l’Eucharistie, du Saint Sacrement.

IMG-20150427-00562.jpg         Alors j’ai pris les photos de cette statue et en détail. C’était comme un acte amoureux, une caresse et Jésus s’offrait à moi comme si je le dénudais du regard, du regard spirituel. Il me permit de faire cela, amoureusement, avec ce sentiment d’être favorisée d’une relation particulière avec Jésus au Sacré Cœur. C’était un moment comme un temps d’Adoration Eucharistique, au milieu des arbres. Et ce moment privilégié, comme Marie-Madeleine a dû en vivre avec son Christ, ce temps d’adoration eucharistique du Sacré Cœur de Jésus, du Christ Ressuscité après sa Passion, de son Cœur ardent de chair offert comme une grenade au monde que nous pourrions choisir de dégoupiller pour en faire jaillir le feu d’Amour divin, cette parfaite eucharistie du Seigneur me convoque et m’envoie en mission ! Qui est de dire, d’écrire ce que j’écris-là, ce soir, au coucher, pour le faire connaître aux autres, transmettre ces révélations du sens de l’Eucharistie de Jésus-Christ.

IMG-20150427-00570.jpg         Ce mouvement de venir à Jésus, de s’élancer dans ses bras ouverts, de se blottir contre sa poitrine, de boire son Amour à son Sacré Cœur ardent, de voir les 5 plaies de son Cœur et de ses pieds et mains, de voir les instruments de sa Passion à ses pieds de Ressuscité qui avance vers nous les bras ouverts, Jésus, Porte du Ciel, Corps glorieux, Croix glorieuse vivante, Lumière de la Vie, ce mouvement comme une grande prière qui s’élève, qui s’élance dans ces bras, n’est-ce pas un mouvement d’adoration eucharistique ? Toute la Passion est contenue dans cette statue du Sacré Cœur de Jésus offert et Ressuscité. C’est une figure du sens profond du Saint Sacrement, de l’Eucharistie. Et cet élan est de l’ordre de la prière d’adoration eucharistique.

sacré cœur,adoration eucharistique,adoration,sandrine treuillard,foi,christianisme,eucharistie,centre manrèse,la france         « Vas, dis-leur, toute ma tendresse pour eux » (Marthe Robin), me murmure ce Jésus-là. Dis-leur la grenade d’Amour à dégoupiller qu’est mon Cœur !

         C’est à cela que Dieu m’appelle et me convoque à aller en mission, révéler le sens de son Sacrifice saint d’Amour eucharistique. Avec les Pères du Saint-Sacrement à la suite de saint Pierre-Julien Eymard, la Chapelle Corpus Christi, la Fraternité eucharistique.[†] [‡]

            Et moi je signe Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie 

A M E N  

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Retrouvez cet article sur les pages enrichies
La France & le Sacré Cœur
L'Adoration Saint Martin



[*] Il m’attire à Lui dans sa posture d’accueil, Corps Ressuscité, en Croix glorieuse.

[†] 23 avenue de Friedland, Paris 8ème, métro Charles de Gaulle Étoile, où gît le corps de saint Pierre-Julien Eymard dans la châsse de son « saint ami » le Curé d’Ars.

[‡] En ce jour où je mets en ligne ces pages, le 28 mai 2015, voici la Pensée du jour de saint Pierre-Julien EYMARD : « Le cœur de Jésus est vivant au très saint Sacrement. Il n’est vivant que là. Donc l’Eucharistie doit être le centre de notre culte d’adoration du Sacré Cœur. » (PO 6,12)

22.09.2015

Comment apprendre à ce que les urbains reposent la question de la campagne ? (Le Temps des Grâces)

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Michel Corajoud Paysagiste.jpg« Tant que les urbains n’auront pas pris à bras le corps cette question de leurs campagnes, et qu’il n’y aura pas réconciliation de ces deux mondes, il n’y a pas d’espoir. Parce que c’est quanti-tativement les urbains qui peuvent faire pression. Les paysans sont cuits, ils sont dans une seringue de laquelle ils ne peuvent pas sortir. Mais si un jour l’ensemble des urbains questionne la société en disant : «  Eh ! Attention ! Notre grenier on doit le préserver… notre grenier pour manger, mais aussi notre grenier de paysages à conserver… » ça fait du monde, hein ?! Et comment apprendre à ce que les urbains reposent la question de la campagne ? Il n’y a que l’éducation, il n’y a que l’école.

ZonePylones élect-Paysage.jpgLe fait que ces petites villes rurales gardent ce qui fait encore leurs qualités, c’est qu’elles sont en perspective de leur rivière, elles sont en perspective de leur montagne, leur territoire agricole est encore en vue, la situation n’est pas bouchée comme elle l’est dans les grands centres urbains où vous ne savez plus où vous êtes. Où il y a la Seine qui fait qu’à Paris on a une géographie qui s’impose quand on est au bord de la Seine. Et puis comme beaucoup du système urbain, Paris est orienté par rapport à elle, sa géographie reste très présente, mais… Et puis, on a la butte Montmartre, on a des choses comme ça, on a quelques éléments de géographie, mais… De plus en plus les villes ont tendance à masquer tout ça. Et je pense qu’il y a une sorte de retour nécessaire à faire pour que l’on retrouve cette sorte de simplicité qui est celle de l’attention où l’on est. Qu’est-ce qui vaut la peine d’être conservé ? À L’Isle-d’Abeau, par exemple, à la sortie de l’école les enfants regardent la vue sur le Mont-Blanc. J’ai le sentiment que c’est mieux que quand ils sortent de l’école ils ne voient rien du tout… Parce qu’ils sont dans des haies, dans des systèmes de protection qui font que l’attention n’est portée sur rien. Quand vous êtes à L’Isle-d’Abeau, de savoir que vous participez d’un paysage, d’une vallée, qui est la grande vallée du Rhône, et que vous avez à l’horizon la chaîne de montagnes des Alpes, je ne sais pas si ça vous guérit de tous les malheurs… mais vous restez en intelligence avec le lieu. Et ça, c’est réactionnaire de penser comme ça ? Je ne crois pas, je pense que cette frénésie de vouloir… Aujourd’hui, il y a toute une série de gens qui voudrait faire penser à tout le monde que la modernité c’est le chaos. »

 

Michel Corajoud
Paysagiste, Paris

Extrait du film documentaire de Dominique Marchais
Le Temps des Grâces, 2009, Capricci

"Le Temps des Grâces" en VOD - Film de Dominique Marchais - en Streaming et à Télécharger 

Le Temps des Grâces Présentation sur La Vaillante

Le Temps des Grâces Retranscriptions sur La Vaillante 

28.08.2015

Par saint Martin de Tours, Dieu revient sur les autels de France - Adoration Saint-Martin

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La messe miraculeuse de saint Martin de Tours par Simone Martini
XIVème s. Assise, Église San Francesco (détail)


Carmel de Nevers après la messe du dimanche 26 juillet 2015

adoration saint martin,adoration eucharistique,sandrine treuillard,la france,Écologie humaine,sacré cœur,politique,miséricorde divine,transmission,foi            La proximité du prêtre dans sa façon de célébrer la messe avec les habitants du quartier et dans son homélie, m’a beaucoup touchée. Il m’a donné les larmes aux yeux évoquant son père qui, à la fin de la journée où les enfants revenaient à pieds de l’école à 3km, revenant lui-même du bois où il préparait les bûches de chauffage pour l’année, rapportait dans son sac un pain qui avait un peu séché durant la journée, et le partageait avec ses enfants leur disant que c’était le pain d’alouette, un pain d’oiseaux… Ce souvenir lui revenait en résonance avec l’Évangile du jour, en ce dimanche 26 juillet, où Jésus a pitié de la foule nombreuse qui le suit et n’a rien à manger. Il multiplia les cinq pains d’orge et les deux poissons qu’un jeune garçon avait là, fit asseoir la foule sur l’herbe fraîche et les leur fit distribuer. Il se donne comme signe, lui-même, pour leur signifier l’existence de Dieu le Père qui pourvoie avec abondance à leurs besoins, et celui de Ciel dont ils n’ont pas encore conscience. Une fois ce signe divin donné, Jésus retourne sans ses compagnons les disciples, seul, dans la montagne, pour le cœur à cœur avec son Père du Ciel. Ainsi fuyait-il le désir des gens d’en faire leur roi sur la terre, son heure n’étant pas encore venue pour devenir celui du Ciel. Ainsi évitait-il de ”se faire manger” par le commun des mortels de façon précoce et inopportune, ce qui aurait gâché son don de lui-même, qui est tout spirituel et divin, dans le sacrifice de la Croix et jusqu’à la Résurrection. 

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            Ce qui m’a particulièrement touchée dans la parole du prêtre est son souci de l’homme rural et de la reconnaissance de ses besoins spirituels. Ce prêtre se souvient et nous transmet un épisode de la simplicité du monde rural où la bonté originelle s’exprime. Son père avait été élevé chez des ”frères” ; il connaissait bien ”sa” Bible. Ainsi le pain des oiseaux avec ce côté merveilleux du conte n’était pas sans lien avec le Corps du Christ que nous aimons à célébrer à la messe. L’enfant qui a écouté son père et mangé avec les autres enfants ce pain des oiseaux un peu dur est devenu prêtre. C’est très beau !

            Hier matin, j’ai pris mon petit déjeuner en compagnie de ce même prêtre après la messe qu’il avait célébrée. Il est originaire de Pouilly-sur-Loire. Je lui ai parlé de mon projet d’Adoration Saint Martin. Ce matin, après la messe, nous sommes venus prendre le petit déjeuner avec Philippe, le monsieur à la grande moustache qui sert la messe et distribue la communion le dimanche.  Je lui avais demandé si je pouvais apporter le calice à l’offertoire. Il m’a du coup proposé de donner la communion. Je ne savais pas si j’en étais digne… si cela m’était autorisé. Je ne l’avais jamais fait. Eh bien, aujourd’hui est un grand jour, puisque pour la première fois de ma vie j’ai tendu le calice à chaque paroissien en disant : « Le Sang du Christ ! ». J’ai aussi porté la Paix du Christ aux Sœurs, dans leur clôture. Quelle joie de voir chaque visage souriant m’accueillir et accueillir la Paix du Christ et la partager ensemble ! Le plus beau sourire était celui de sr Marie-Dominique. Mais tous étaient très beaux. J’ai découvert le visage de l’une d’elle, âgée, aux yeux bleus aveugles, voilés de blanc. Sr Christiane aussi a accueilli la Paix du Christ dans un très large sourire, la dernière… Comme si je venais faire partie de leur communauté de carmélites…

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine       Tout à l’heure, je vais proposer à Sr Michèle-Marie, ma bienfaitrice ici, celle qui a su accueillir la première mon récit de vie spirituelle et discerner avec moi l’importance de l’expression artistique dans ma vie et pour l’évangélisation… avec sainte Thérèse Bénédicte de la Croix qu’elle a introduite dans ma vie, Édith Stein… je la bénis, que Dieu bénisse toujours sr Michèle-Marie !, je lui proposerai donc de regarder avant mon départ la vidéo-diaporama « Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) » avec ses sœurs Christiane et Marie-Dominique. Je souhaite leur exposer mon projet d’Adoration Saint Martin pour les campagnes, pour mon village du diocèse de Bourges qui manque tant de prêtre, qui n’a pas un seul séminariste, comprenant pourtant deux départements : le Cher (Bourges) et l’Indre (Issoudun, Châteauroux). 

            Quand le prêtre a imité le Christ consacrant le pain et le vin, il a évoqué les agriculteurs et les vignerons qui produisent ce pain et ce vin. Cette reconnaissance des agriculteurs au cœur de la messe devrait se faire avec autant de générosité dans toutes les églises de France. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Notre humanité a besoin de reconnaître le besoin spirituel de l’homme, et en particulier de l’homme rural abandonné, oublié et méprisé par le citadin. Ce mépris des autorités citadines pour l’homme rural le rend plus rude qu’il ne l’est. Il faut lever ce mépris qui est méprise et méconnaissance, regagner la confiance en la générosité tapie dans le cœur de l’homme rural, du paysan. Le paysan aime Dieu. Il a un lien privilégié à la Création par son travail  au milieu de la nature pervertie par le Plan Marshall, les lois imposées depuis Bruxelles, les décisions bureaucratiques. La distribution mal avisée de subventions étatiques et européennes est un chantage pour maîtriser la production agricole. Elle coupe l’homme, le paysan lui-même qui, à l’origine, connaît et aime sa terre, de la vie même de cette terre. Les subventions éhontées obligent l’agriculteur à pratiquer avec ”sa” terre, avec l’écosystème (ce terme manifeste l’éloignement de la nature de l’homme qui travaillait avec elle : la nature serait devenue un système froid tout comme le système économique ou le système financier, l’homme surplombant la nature sans n’avoir plus de relation essentielle avec elle), des choses qui trop souvent sont contre le bien de la nature, contre le respect de la terre, contre l’éthique écologique et humaine. Et contre le cœur même de l’homme du pays, le paysan. Les autorités payent les agriculteurs qui doivent exécuter des pratiques anti-biologiques. C’est pourquoi il y a le plus de suicide dans cette catégorie de la population française. On apprend aux futurs agriculteurs, dans les écoles, non pas à connaître et aimer son pays, mais on les éloigne de  la terre, du travail avec la terre. On éloigne la terre du corps et du cœur du paysan. On lui indique comment booster une terre déjà épuisée en ajoutant des engrais. Ou comment supprimer la vie des insectes par l’ajout d’insecticides qui viennent polluer les sols à long terme et tuer les abeilles. Constater que la terre que l’on est amené à travailler est sans vie est un drame humain pour l’agriculteur qui ne s’appelle plus ainsi d’ailleurs, mais ”exploitant agricole”. Les directives étatiques et européennes ont tellement exploité le travail des hommes dans de mauvais sens qu’il n’y a plus ni terre, ni humanité dans le travail, et que l’homme du pays est devenu l’esclave d’un travail qui n’a plus de sens que mortifère. Des hommes qui étaient en communion avec leur milieu agricole, on a fait d’eux des bureaucrates, des gestionnaires d’entreprise de destruction des ressources naturelles par des pratiques absurdes et artificielles, coupées du bon sens ordinaire, coupées de la perception naturelle de l’homme en harmonie avec son milieu de vie et de travail. L’homme du pays ne travaille plus avec la terre, avec la nature, mais contre la nature pour satisfaire une logique purement économique, abstraite, coupée de la vie. L’homme apprend à déconstruire les chaînes naturelles de la vie biologique sans plus avoir connaissance de l’harmonie naturelle de ces chaînes biologiques. Comment un agriculteur sain ne pourrait-il pas être profondément dégoûté de devoir pratiquer tout cela qu’il devrait faire subir à la terre, aux bêtes, à lui-même enfin !, en conscience ? Ceux qui se suicident montrent jusqu’où va l’absurdité du système : anti-biologique, contre l’homme, contre la vie. Une machine bureaucratique et idéologique devenue folle et meurtrière. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Qu’au sein de la messe le respect et l’amour de la vie par le Don de Dieu du Corps –le pain- et du Sang –le vin- de son Fils Jésus, le Sauveur, au Cœur transpercé qui nous donne la vie en abondance (la Miséricorde), que cela soit le cœur, le centre de la messe, est le plus grand signe d’espérance de la réconciliation possible entre les citadins et les ruraux. Les hommes des campagnes étant les garants de la dernière authenticité du pays, de la terre à aimer, à respecter, de laquelle recevoir tous les plaisirs sensibles mais aussi spirituels. Le cœur de la célébration eucharistique est le plus grand signe d’espérance de l’homme avec sa terre blessée. Cette terre blessée par l’homme devenu un administrateur éloigné de ses origines, coupé de ses racines, le citadin de Paris ou de Bruxelles qui décide de la production, du cours de l’économie, de la finance sans plus aucun lien avec le pays. La terre et le pays sont désaffectés. L’homme ne porte plus d’affection envers eux. Sa sensibilité affective est si émoussée qu’elle s’est réduite à la gestion économique. Ce qui le fait homme, sa subjectivité affective, est anéanti par un système qui le domine. Il est ainsi démuni même du sens de la responsabilité. Abêti et dominé par des règles qui n’ont plus de sens. L’homme rural qui voit le fruit de ces pratiques a le cœur qui saigne. Même la terre qui est devenue si sèche, sans vie, n’a plus de sang pour saigner. Elle souffre brutalement, à sec.  Dans une région comme la Bourgogne, il n’y a plus de vie dans la terre. Le sang n’abreuve plus la terre. Elle a soif. Anémiée, elle crie sa sécheresse. Avez-vous entendu le témoignage de ce couple de microbiologistes des sols qui sillonnent avec leurs appareils de mesure les vignes bourguignonnes ? (Voir la page enrichie Le temps des grâces) Les vignes sont anémiées ! La terre n’a plus de ressource pour nourrir les ceps, elle a été épuisée par les engrais, par la surproduction contre nature, par l’atrophie du bon sens. Une terre sans ver ne respire plus et étouffe. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            L’actualité du Christ dans la prière eucharistique, le don de Son Corps et de Son Sang est vivante et criante. Le miracle à opérer pour la conversion des cœurs à son Amour, à sa Vie, est là, à chaque messe, à la portée de chacun s’il veut bien ouvrir son cœur à la fraternité de base, au partage de base, à la solidarité humaine de base auquel nous convie Jésus lors de son dernier repas. Ouvrir notre cœur au don que Dieu veut nous faire de sa Vie, qu’il lui tarde de déverser dans nos vies par Jésus, avec abondance. 

            Il est venu répandre un feu sur la terre, le feu de son amour débordant, un feu de lumière, ce feu est lumière, un fleuve de lumière qui désaltère tout l’être et donne vie à toute chair, à toute terre. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Saint Martin avait perçu et compris le besoin spirituel du paysan dans un temps où son rapport à la nature n’était pas encore si malmené qu’aujourd’hui. Laissons-le revenir nous enseigner la Charité du Christ qu’il a partagée, à l’époque de l’Empire romain, avec les Gaulois que nous sommes toujours, au fond, mais que nous avons oubliés que nous sommes. L’homme est le même, ses besoins, mêmes spirituels, sont les mêmes. Après tout, non : le besoin spirituel de l’homme moderne a tellement été dénigré, renié, méprisé, que, comme l’annonçait Marthe Robin il y a quelques décennies, « la France est tombée encore plus bas ». Le message de la Bonne Nouvelle des bienfaits de Dieu pour l’homme n’a pas changé et est au contraire d’une très grande actualité. Il y a urgence à ce que l’homme considère son besoin de consolation et de direction spirituelle. 

            Sachons par là recevoir l’exemple de saint Martin de Tours. Écoutons saint Martin nous rappeler la bonté, la compassion de Dieu pour l’homme. Dieu nous veut reliés à lui dans sa grâce. Dieu nous fait miséricorde : gratuitement il nous propose son Amour sans condition. Relisons la vie de ce grand saint, moine puis évêque malgré lui. Écoutons la parole du prêtre. Tout prêtre est un autre Christ qui nous enseigne ce que Jésus lui-même enseigne. Saint Martin est la richesse du christianisme dans notre pays, un trésor d’humanité baigné de la divinité à redécouvrir. Il a eu pitié du pauvre. Il a pris part à la Passion du Christ. C’est cela la compassion, c’est cela « Jésus doux et humble de cœur » : se mettre à son école, écouter le cœur de Dieu battre pour nous.       

A M E N 

 

            Le diagnostic est facile à poser. Il y a des décennies que l’on peut constater les dommages. 

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            Le remède est cependant là, sous les yeux de qui veut bien le voir. C’est par le bois de la Croix que Dieu a donné le remède. Toute l’espérance est là. Elle coule à flot du Cœur de Jésus, la foi, dans le Sang et l’Eau. Sinon, la Croix ne serait qu’un bâton sec. Être chrétien aujourd’hui, et qui plus est dans le milieu rural, c’est s’abreuver au bois de la Croix, c’est recontacter le sens spirituel du christianisme. C’est puiser le remède à la source, dans le Cœur de Dieu, le Cœur de Jésus transpercé sur le bois de la Croix, du haut de laquelle il nous déverse tout son Amour. Le Cœur de Dieu bat au bois de la Croix. Il est tout espérance et tout amour. La Miséricorde Divine est là, pour vous, qui peinez dans les campagnes, qui souffrez de l’indifférence du pays qui ne voit pas que vous êtes sa vie, son cœur de France. Dieu, lui, le voit, le sait, et il est là pour vous, afin que vous puissiez à son Cœur qui est toute votre espérance. Dans la prière d’adoration du Saint Sacrement vous trouverez le Cœur de Dieu qui brûle d’amour pour vous. À la suite de l’évêque de Tours, avec saint Martin, vous participerez de l’amour de Jésus pour vous et pour vos frères, pour la génération humaine tout entière. Le saint Sacrement dilatera votre cœur au contact du Cœur de Dieu. Car l’Eucharistie est le mystère du Cœur de Dieu. C’est son Cœur incarné. Le Cœur de Dieu fait chair est l’Eucharistie. Laissez son silence œuvrer en vous et vous entendrez ce que personnellement il a à vous dire. Car Dieu vient pour tout homme. Il veut parler au cœur de chacun. Et plus tu es loin de Lui, plus il désire se rapprocher de toi. Le diocèse de Bourges est désert. C’est pourquoi Dieu veut y revenir. Il y est d’ailleurs : toute la vastitude le contient. Seulement, c’est l’humilité qui manque à l’homme qui fait qu’il ne Le rencontre plus. Le berrichon a perdu le lien avec son Dieu par manque de prêtres aussi. La laïcité a fait son œuvre de séparation. Non pas la séparation de l’Église et de l’État. Non. Celle-ci est toujours souhaitable. Mais la séparation de l’homme d’avec son Dieu. La dissuasion distillée au sein de l’éducation d’avoir recours au secours divin dans la difficulté inhérente au fait de vivre. L’esprit laïc mal transmis, et peut-être mal transmis à dessein et de façon renforcée depuis mai 68, a fini par interdire l’expression même du besoin spirituel fondamental de Dieu. 

adoration saint martin, adoration eucharistique, sandrine treuillard, la france, Écologie humaine, sacré cœur, politique, miséricorde divine            Mais Dieu revient dans les campagnes abandonnées de France. Justement parce qu’elle sont abandonnées, il y est d’autant plus présent. Les autochtones n’osent pas encore trop exprimer leur besoin de Dieu, de liturgie, de pasteurs. Mais Il est là, parmi nous, un reste dans les cœurs, gros comme un grain de moutarde, et qui contient toute son intensité. L’Adoration Saint Martin est une porte pour revenir au Seigneur, un canal qui y conduira à nouveau. Par l’adoration du Saint Sacrement sur l’autel, la sainte Eucharistie sertie dans l’ostensoir, laissons-nous pénétrer des trésors divins. Jésus est un délice. Sa Résurrection n’est pas une fiction, un conte de fée. Le christianisme n’est pas une sucrerie. C’est une réalité qui s’expérimente dans le cœur à cœur avec Dieu. L’adoration de la sainte Eucharistie exposée dans l’ostensoir sur l’autel de chaque église de France est une chance très belle de retrouver la relation au Dieu de la Nouvelle Alliance et éternelle. Buvons au fleuve de sa Miséricorde !

A M E N 

Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpgJehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

le di. 26.VII.2015, 
Carmel de Nevers, chambre Élisabeth de la Trinité

 

 

 

 

 

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Adoration Saint Martin

  

19.08.2015

Précurseur du culte du Sacré Cœur : Saint Jean Eudes

La France & le Sacré Cœur :
Saint Jean Eudes — précurseur [1]
 

jean eudes, sacré cœur, la france, prêtre, adoration         Saint Jean Eudes (1601-1680), prêtre normand, fut formé par le cardinal de Bérulle. Tout dévoué aux saints Cœurs de Jésus et Marie, il eut d’abord l’initiative d’une fête mariale pour honorer la source des états intérieurs de la Sainte Vierge. Il présentait son cœur, dans lequel Jésus vit et règne, comme le modèle de la vie chrétienne, la parfaite identification au Christ. Il disait d’ailleurs : « Le Cœur de Marie, c’est Jésus ». Attentif à l’unité de ce qu’il appelait le « Cœur de Jésus et de Marie », il ne sentit que tardivement l’importance d’une fête spécifique pour le Sacré-Cœur de Jésus. En 1668, il en soumit la messe et l’office à l’approbation épiscopale. Dans la circulaire envoyée pour la demande de la fête, il mit en avant que loin d’être novateur, il avait puisé dans les textes bibliques, en particulier ceux du prophète Ézéchiel, ainsi que dans la tradition cistercienne et bénédictine avec saint Bernard, sainte Mechtilde et sainte Gertrude d’Helfta. L’évêque donna son accord, et saint Jean Eudes put célébrer la première fête du Cœur de Jésus le 20 octobre 1672, quelques mois avant les apparitions de Paray-le-Monial. Le saint prêtre écrivait :

jean eudes,sacré cœur,la france,prêtre,adoration,miséricorde divine            « Quelle est la fin et l’intention pour lesquelles le Roi des cœurs nous a donné cette fête de Son aimable Cœur ? C’est afin que nous rendions les devoirs d’adoration, de louange, de réparation et, pour tout dire, d’amour que nous Lui devons »[2].

         Il concluait qu’une telle fête nous donne l’occasion d’aimer le Seigneur « au nom de tous ceux qui ne L’aiment point », affirmation qu’allait confirmer et approfondir le message de Paray-le-Monial.

 

         Saint Jean Eudes, prêtre, Fondateur des Eudistes, Apôtres des Cœurs de Jésus et de Marie, (1601-1680). Son œuvre écrite Le Cœur admirable est lisible en ligne sur le site liberius.net.

 

jean eudes, sacré cœur, la france, prêtre, adoration         « C’est ce Cœur qui est le premier principe de tout bien et la source primitive de toutes les joies et de tous les délices du Paradis. C’est de là, ô mon très doux Jésus, c’est-à-dire de votre divin Cœur, comme d’une source première, principale et inépuisable, que découle dans le cœur des enfants de Dieu toute félicité, toute douceur, toute sérénité, tout repos, toute paix, toute joie, tout contentement, toute suavité, tout bonheur et tout bien… Oh ! quel avantage de puiser en cette divine source toutes sortes de biens ! Quel bonheur de boire et d’être enivré des eaux délicieuses de cette fontaine de sainteté !… Faites donc couler en abondance, ô Dieu d’amour, la bonne odeur de vos divins parfums, qui sont les vertus admirables de votre saint Cœur, dans le plus intime de mon cœur. »[3]

 

LE CŒUR ADMIRABLE DE LA TRÈS SACRÉE MÈRE DE DIEU par Jean Eudes : Méditation du Magnificat.

Photos :
1 - Portrait de Saint Jean Eudes : Paul Challan-Belval, vitrailliste à Chartres
2 - Vitrail du Sacré-Cœur de Montmartre (Photo : Sandrine Treuillard)

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La France & le Sacré Cœur

 
 
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[1] Extrait du livret Cœur de Jésus, Source de Miséricorde, ©Association Pour La Miséricorde Divine, 2011. Association Pour La Miséricorde Divine – 374, rue de Vaugirard, 75015 Paris. 01 45 03 17 60 - contact@pourlamisericordedivine.org. Ce livret me fut transmis par sœur Marie-Odile, Prieure du Monastère de la Visitation de Nevers, en juillet 2014 (Sandrine Treuillard).

[2] Cité par le Père Édouard Glotin in Voici ce Cœur qui nous a tant aimés, Éditions de l’Emmanuel, 2003, p.119.

[3] Le Cœur admirable, Livre XII.

LE CŒUR ADMIRABLE DE LA TRÈS SACRÉE MÈRE DE DIEU par Jean Eudes

LE CŒUR ADMIRABLE DE LA TRÈS SACRÉE MÈRE DE DIEU

LIVRE DIXIÈME

CONTENANT LE SACRÉ CANTIQUE DU TRÈS SAINT CŒUR

DE LA BIENHEUREUSE VIERGE, AVEC SON EXPLICATION.

StJeanEudesVitrail.jpg

 

CHAPITRE I

--Excellence de ce Cantique.

 

         Les divines Écritures contiennent plusieurs saints Cantiques qui ont été faits par de saintes femmes, à savoir, par Marie, la sœur de Moïse et d'Aaron, par Débora, par Judith, et par Anne, mère du prophète Samuel, pour rendre grâces à Dieu de plusieurs faveurs extraordinaires de sa divine Bonté. Mais le plus saint et le plus digne de tous les Cantiques est le Magnificat de la très sacrée Mère de Dieu, tant à raison de la dignité et sainteté de celle qui l'a fait, que pour les grands et admirables mystères qui y sont compris; comme aussi pour les miracles que Dieu a opérés par ce Cantique. Nous ne lisons point qu'il en ait fait aucun par les autres ; mais saint Thomas de Villeneuve, Archevêque de Valence, remarque[1] que ç'a été à la prononciation de ce Cantique que le Saint-Esprit a opéré plusieurs merveilles dans le saint Précurseur du Fils de Dieu, comme aussi dans son père et dans sa mère; et que l'expérience a fait voir plusieurs fois que c'est un excellent moyen pour chasser les démons des corps des possédés. Plusieurs autres graves auteurs rapportent divers miracles qui ont été faits par la récitation de ce même Cantique.

Saint Anselme écrit de soi-même[2], qu'étant travaillé de plusieurs maladies qui lui faisaient souffrir des douleurs très aiguës, il en fut guéri entièrement en récitant le Magnificat.

Césarius raconte d'un saint religieux, qui avait une dévotion particulière à la bienheureuse Vierge et spécialement en la récitation de ce Cantique, qu'étant proche de sa fin, cette même Vierge lui apparut, et lui déclara que dans sept jours il sortirait de ce monde ; ensuite de quoi elle lui donna sa bénédiction. Et le septième jour suivant, ce bon religieux étant à l'extrémité, elle lui apparut derechef, en la présence du Prieur du Monastère, accompagnée d'un grand nombre d'Anges et de Saints, et demeura présente jusqu'à ce que ce saint homme eût rendu son esprit à Dieu avec une joie qui n'est pas concevable.

Le Cardinal Jacques de Vitry écrit, dans la Vie de sainte Marie d'Ognies, qu'étant proche de la mort, et chantant ce Cantique de la Mère de Dieu, elle lui apparut, et l'avertit de recevoir le sacrement de l'Extrême-Onction. Après quoi elle se trouva présente à sa fin, avec plusieurs Saints, et même avec le Saint des saints, son Fils Jésus.

Tout ceci nous fait voir que c'est une chose très agréable à notre Sauveur et à sa divine Mère de réciter ce divin Cantique avec dévotion.

Nous ne trouvons point que la bienheureuse Vierge l'ait chanté ou prononcé publiquement plus d'une fois, pendant qu'elle était en ce monde ; mais on ne peut pas douter qu'elle ne l'ait récité et peut-être chanté plusieurs fois en son particulier.

Quelques auteurs rapportent qu'on l'a vue beaucoup de fois, en quelques églises, durant la célébration des Vêpres, environnée d'un grand nombre d'Anges, et qu'on l'a entendue chanter ce merveilleux Cantique avec eux et avec les prêtres, mais d'une manière si mélodieuse et si charmante, qu'il n'y a point de paroles qui la puisse exprimer.

Souvenez-vous aussi, quand vous chanterez ou réciterez ce Cantique virginal, de vous donner au Saint-Esprit, pour vous unir à la dévotion et à toutes les saintes dispositions avec lesquelles il a été chanté et récité par la bienheureuse Vierge, et par un nombre innombrable de Saints et de Saintes, qui l'ont chanté et récité si saintement.

 

CHAPITRE II

--Raisons pour lesquelles le Magnificat peut être appelé le Cantique du Cœur de la très sainte Vierge.

 Vitrail Jean Eudes Sacré Coeur Montmartre.jpg         J'appelle le Magnificat le Cantique sacré du très saint Cœur de la bienheureuse Vierge, pour plusieurs raisons.

Premièrement, parce qu'il a pris son origine dans ce divin Cœur, et qu'il en est sorti avant que de paraître en sa bouche.

Secondement, parce que sa bouche ne l'a prononcé que par le mouvement qu'elle en a reçu de son Cœur, et de son Cœur corporel, spirituel et divin. Car le Cœur corporel de cette divine Vierge étant rempli d'une joie sensible et extraordinaire, a porté sa très sainte bouche à chanter ce Magnificat avec une ferveur et une jubilation extraordinaire. Son Cœur spirituel étant tout ravi et transporté en Dieu, a fait sortir de sa bouche sacrée ces paroles extatiques : Et exultavit spiritus meus

in Deo salutari meo[3] : « Mon esprit est transporté de joie en Dieu mon Sauveur. »

Son Cœur divin, c'est-à-dire son divin Enfant, qui est résidant en ses bénites entrailles et demeurant dans son Cœur, et qui est l'âme de son âme, l'esprit de son esprit, le Cœur de son Cœur, est le premier auteur de ce Cantique. C'est lui qui met les pensées et les vérités qui y sont contenues dans l'esprit de sa divine Mère, et c'est lui qui prononce par sa bouche les oracles dont il est rempli.

Troisièmement, le Magnificat est le Cantique du Cœur de la Mère d'amour, c'est-à-dire le Cantique du Saint-Esprit, qui est l'Esprit et le Cœur du Père et du Fils, et qui est aussi le Cœur et l'Esprit de cette Vierge Mère, dont elle est tellement remplie et possédée, que sa présence et sa voix remplissent saint Zacharie, sainte Élisabeth, et l'enfant qu'elle porte dans son ventre, de ce même Esprit.

Enfin c'est le Cantique du Cœur et de l'amour de cette Vierge très aimable, parce que c'est le divin amour dont est tout embrasée qui lui fait prononcer toutes les paroles de ce merveilleux Cantique, qui, selon saint Bernardin, sont autant de flammes d'amour qui sont sorties de l'ardente fournaise du divin amour qui brûle dans le Cœur sacré de cette Vierge incomparable.

O Cantique d'amour, ô Cantique virginal du Cœur de la Mère d'amour, qui avez votre première origine dans le Cœur même du Dieu d'amour, qui est Jésus, et dans le Cœur de l'amour personnel et incréé, qui est le Saint-Esprit ; il n'appartient qu'à la très digne bouche de la Mère de la belle dilection de vous chanter et de vous prononcer. Les Séraphins même s'en réputent indignes. Comment est-ce donc que les pécheurs misérables, tels que nous sommes, osent proférer les divines paroles dont vous êtes composé, et passer par leurs bouches immondes les mystères ineffables que vous contenez ? Oh ! Avec quel respect et quelle vénération ce très saint Cantique doit-il être prononcé et chanté ! Oh ! quelle doit être la pureté de la langue et la sainteté de la bouche qui le prononce ! Oh ! quels feux et quelles flammes d'amour il doit allumer dans les Cœurs des ecclésiastiques et des personnes religieuses qui le récitent et le chantent si souvent ! Certainement il faudrait être tout Cœur et tout amour pour chanter et pour prononcer ce Cantique d'amour.

O Mère de la belle dilection, faites-nous participants, s'il vous plaît, de la sainteté, de la ferveur et de l'amour avec lequel vous avez chanté en la terre ce Cantique admirable, que vous chanterez à jamais dans le ciel, avec tous les Anges et tous les Saints, et nous obtenez de votre Fils la grâce d'être du nombre de ceux qui le chanteront éternellement avec vous, pour rendre grâces immortelles à la très adorable Trinité de toutes les choses grandes qu'elle a opérées en vous et par vous, et des grâces innombrables qu'elle a faites à tout le genre humain par votre moyen.

 

CHAPITRE III.

--Explication du premier verset :

Magnificat anima mea Dominum.

 

Vitrail 2 Coeus St Jean Eudes SC.jpg

         Ce premier verset ne contient que quatre paroles, mais qui sont pleines de plusieurs grands mystères. Pesons-les soigneusement au poids du sanctuaire, c'est-à-dire, considérons-les attentivement et avec un esprit d'humilité, de respect et de piété, pour nous animer à magnifier Dieu avec la bienheureuse Vierge pour les choses grandes et merveilleuses qu'il a opérées en elle, par elle, pour elle et pour nous aussi.

Voici la première parole : Magnificat. Que veut dire cette parole ? Qu'est-ce que magnifier Dieu ? Peut-on magnifier celui dont la grandeur et la magnificence sont immenses, infinies et incompréhensibles ? Nullement cela est impossible, et impossible à Dieu même, qui ne peut pas se faire plus grand qu'il est. Nous ne pouvons pas magnifier, c'est-à-dire faire Dieu plus grand en lui-même, puisque ses divines perfections étant infinies ne peuvent recevoir aucun accroissement en elles-mêmes ; mais nous le pouvons magnifier en nous. Toute âme sainte, dit saint Augustin[4], peut concevoir le Verbe éternel en soi-même, par le moyen de la foi ; elle peut l'enfanter dans les autres âmes par la prédication de la divine parole ; et elle peut le magnifier en l'aimant véritablement, afin qu'elle puisse dire : Mon âme magnifie le Seigneur. Magnifier le Seigneur, dit le même saint Augustin, c'estadorer, louer, exalter sa grandeur immense, sa majesté suprême, ses excellences etperfections infinies.

Nous pouvons magnifier Dieu en plusieurs manières. 1. Par nos pensées, ayant une très haute idée et une très grande estime de Dieu et de toutes les choses de Dieu. 2. Par nos affections, en aimant Dieu de tout notre Cœur et par-dessus toutes choses. 3. Par nos paroles, en parlant toujours de Dieu et de toutes les choses qui le regardent avec un très profond respect, et en adorant et exaltant sa puissance infinie, sa sagesse incompréhensible, sa bonté immense et ses autres perfections. 4. Par nos actions, en les faisant toujours pour la seule gloire de Dieu. 5. En pratiquant ce que le Saint-Esprit nous enseigne en ces paroles : Humilia te in omnibus, et coram Deo invenies gratiam, quoniam magna potentia Dei solius, et ab humilibus honoratur[5] : « Humiliez-vous en toutes choses, et vous trouverez grâce devant Dieu, d'autant que la grande et souveraine puissance n'appartient qu'à lui seul, et il est honoré par les humbles. » 6. En portant les croix que Dieu nous envoie, de grand Cœur pour l'amour de lui. Car il n'y a rien qui l'honore davantage que les souffrances, puisque notre Sauveur n'a pas trouvé de moyen plus excellent pour glorifier son Père, que les tourments et la mort de la croix. Enfin magnifier Dieu, c'est le préférer et l'exalter par-dessus toutes choses, par nos pensées, par nos affections, par nos actions, par nos humiliations et par nos mortifications.

Mais, hélas ! nous faisons souvent tout le contraire ; car au lieu de l'exalter, nous l'abaissons ; au lieu de le préférer à toutes choses, nous préférons les créatures au Créateur ; au lieu de préférer ses volontés, ses intérêts, sa gloire et son contentement à nos volontés, à nos intérêts, à notre honneur et à nos satisfactions, nous faisons tout le contraire, nous postposons Jésus à Barrabas. N'est-ce pas ce que font tous les jours les pécheurs ? O chose épouvantable ! Dieu a élevé l'homme au plus haut trône de la gloire et de la grandeur par son Incarnation ; et l'homme ingrat et détestable abaisse et humilie son Dieu jusqu'au plus profond du néant. Oui, jusqu'au plus profond du néant, puisque celui qui pèche mortellement préfère un chétif intérêt temporel, un infâme plaisir d'un moment et un peu de fumée d'un honneur passager, à son Dieu et à son Créateur ; et que même il l'anéantit autant qu'il est en lui, selon ces paroles de saint Bernard : Deum, in quantum in se est, perimit ; ne voulant point d'autre Dieu que soi-même et ses passions déréglées.

Ce n'est pas ainsi que vous en usez, Ô Vierge sainte ! Car vous avez toujours magnifié Dieu très hautement et très parfaitement, depuis le premier moment de votre vie jusqu'au dernier. Vous l'avez toujours magnifié très excellemment, par toutes vos pensées, par toutes vos affections, par toutes vos paroles, par toutes vos actions, par votre très profonde humilité, par toutes vos souffrances, par la pratique en souverain degré de toutes les vertus, et par le très saint usage que vous avez fait de toutes les puissances de votre âme et de tous vos sens intérieurs et extérieurs. Enfin vous seule l'avez glorifié plus dignement et magnifié plus hautement que toutes les créatures ensemble.

Venons à la seconde parole de notre Cantique, qui est anima : « Mon âme magnifie le Seigneur ». Remarquez que la bienheureuse Vierge ne dit pas Je magnifie, mais Mon âme magnifie le Seigneur, pour montrer qu'elle le magnifie du plus intime de son Cœur et de toute l'étendue de ses puissances intérieures. Elle ne le magnifie pas aussi seulement de sa bouche et de sa langue, de ses mains et de ses pieds ; mais elle emploie toutes les facultés de son âme, son entendement, sa mémoire, sa volonté et toutes les puissances de la partie supérieure et inférieure de son âme, et elle épuise toutes les forces de son intérieur et de son extérieur pour louer, glorifier et magnifier son Dieu. Et elle ne le magnifie pas seulement en son nom particulier, ni pour satisfaire aux obligations infinies qu'elle a de le faire, à raison des faveurs inconcevables qu'elle a reçues de sa divine Bonté ; mais elle le magnifie au nom de toutes les créatures, et pour toutes les grâces qu'il a faites à tous les hommes, s'étant fait homme pour les faire dieux et pour les sauver tous, s'ils veulent correspondre aux desseins de l'amour inconcevable qu'il a pour eux.

Voici la troisième parole : mea, « mon âme ». Quelle est cette âme que la bienheureuse Vierge appelle son âme ?

Je réponds à cela premièrement, que je trouve un grand auteur[6] qui dit que cette âme de la bienheureuse Vierge, c'est son Fils Jésus, qui est l'âme de son âme.

Secondement, je réponds que ces paroles, anima mea comprennent en premier lieu l'âme propre et naturelle qui anime le corps de la sacrée Vierge ; en second lieu, l'âme du divin Enfant qu'elle porte en ses entrailles, qui est unie si étroitement à la sienne, que ces deux âmes ne font en quelque manière qu'une seule âme, puisque l'enfant qui est dans les entrailles maternelles n'est qu'un avec sa mère. En troisième lieu, que ces paroles, anima mea, mon âme, marquent et renferment toutes les âmes créées à l'image et à la ressemblance de Dieu, qui ont été, sont et seront dans tout l'univers. Car si saint Paul nous assure que le Père éternel nous a donné toutes choses en nous donnant son Fils : Cum ipso omnia nobis donavit[7], il est sans doute qu'en le donnant à sa divine Mère, il lui a donné aussi toutes choses. À raison de quoi toutes les âmes sont à elle. Et comme elle n'ignore pas cela, et qu'elle connaît aussi très bien qu'elle est en obligation de faire usage de tout ce que Dieu lui a donné, pour son honneur et pour sa gloire, lorsqu'elle prononce ces paroles, Mon âme magnifie le Seigneur, regardant toutes les âmes qui ont été, sont et seront, comme des âmes qui lui appartiennent, elle les embrasse toutes pour les unir à l'âme de son Fils et à la sienne, et pour les employer à louer, exalter et magnifier celui qui est descendu du ciel et qui s'est incarné dans son sein virginal pour opérer le grand œuvre de leur Rédemption.

Nous voici à la dernière parole du premier verset : Dominum : « Mon âme magnifie le Seigneur. »

Quel est ce Seigneur que la bienheureuse Vierge magnifie ? C'est celui qui est le Seigneur des seigneurs, et le Seigneur souverain et universel du ciel et de la terre.

Ce Seigneur est le Père éternel, ce Seigneur est le Fils, ce Seigneur est le Saint-Esprit, trois personnes divines qui ne sont qu'un Dieu et un Seigneur, et qui n'ont qu'une même essence, puissance, sagesse, bonté et majesté. La très sacrée Vierge loue et magnifie le Père éternel de l'avoir associée avec lui dans sa divine paternité, la rendant Mère du même Fils dont il est le Père. Elle magnifie le Fils de Dieu, de ce qu'il a bien voulu la choisir pour sa Mère et être son véritable Fils. Elle magnifie le Saint-Esprit, de ce qu'il a voulu accomplir en elle la plus grande de ses œuvres, c'est-à-dire le mystère adorable de l'Incarnation. Elle magnifie le Père, le Fils et le Saint-Esprit des grâces infinies qu'ils ont faites et qu'ils ont dessein de faire à tout le genre humain.

Apprenons d'ici qu'un des principaux devoirs que Dieu demande de nous, et une de nos plus grandes obligations vers sa divine Majesté, est la reconnaissance de ses bienfaits, dont nous devons lui rendre grâces de tout notre Cœur et avec une affection très particulière. Ayons donc soin d'imiter en ceci la glorieuse Vierge, et de dire souvent avec elle : Magnificat anima mea Dominum, pour remercier la très sainte Trinité, non seulement de toutes les grâces que nous avons reçues, mais aussi de tous les biens qu'elle a jamais faits à toutes ses créatures. Et en disant ces paroles : anima mea, souvenons-nous que le Père éternel, en nous donnant son Fils, nous a donné toutes choses avec lui, et par conséquent que les âmes saintes de Jésus et de sa divine Mère, et toutes les autres âmes généralement sont à nous : À raison de quoi nous pouvons et devons en faire usage pour la gloire de celui qui nous les a données, par un grand désir de louer et glorifier Dieu de tout notre Cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces, comprenant en ces paroles tous les Cœurs et toutes les âmes de l'univers, qui sont nôtres et que nous voulons unir ensemble, n'en faisant qu'un Cœur et qu'une âme pour l'employer à louer notre Créateur et notre Sauveur.

 

CHAPITRE IV

--Explication du second verset :

Et exultavit spiritus meus in Deo salutari meo :

« Mon esprit est transporté de joie en Dieu mon Sauveur. »

 

Vitrail 2 Coeus St Jean Eudes SC.jpg         Ces divines paroles prononcées de la bouche sacrée de la Mère du Sauveur, nous déclarent la joie ineffable et incompréhensible dont son Cœur, son esprit et son âme, avec toutes ses facultés, ont été remplies et saintement enivrées au moment de l'Incarnation du Fils de Dieu en elle, et pendant qu'elle l'a porté dans ses bénites entrailles ; et même durant tout le reste de sa vie, selon Albert le Grand et quelques autres Docteurs. Joie qui a été si excessive, spécialement au moment de l'Incarnation, que, comme son âme sainte a été séparée de son corps au dernier instant de sa vie, par la force de son amour vers Dieu et par l'abondance de la joie qu'elle avait de se voir sur le point d'aller avec son Fils dans le ciel ; elle serait morte aussi de joie en la vue des bontés inénarrables de Dieu au regard d'elle et au regard de tout le genre humain, si elle n'avait été conservée en vie par miracle. Car, si l'histoire nous fait foi que la joie a fait mourir plusieurs personnes, en la vue de quelques avantages temporels qui leur étaient arrivés, il est très croyable que cette divine Vierge en serait morte aussi, si elle n'avait été soutenue par la vertu du divin Enfant qu'elle portait en ses entrailles virginales, vu qu'elle avait les plus grands sujets de joie qui aient jamais été et qui seront jamais.

Car, 1. Elle se réjouissait en Dieu, in Deo, c'est-à-dire de ce que Dieu est infiniment puissant, sage, bon, juste et miséricordieux ; et de ce qu'il fait éclater d'une manière si admirable sa puissance, sa bonté et tous ses autres divins attributs au mystère de l'Incarnation et de la Rédemption du monde.

2. Elle se réjouissait en Dieu son Sauveur, de ce qu'il est venu en ce monde pour la sauver et racheter premièrement et principalement, en la préservant du péché originel, et en la comblant de ses grâces et de ses faveurs, avec tant de plénitude, qu'il l'a rendue la Médiatrice et la Coopératrice avec lui du salut de tous les hommes.

3. Son Cœur était comblé de joie de ce que Dieu l'a regardée des yeux de sa bénignité, c'est-à-dire a aimé et approuvé l'humilité de sa servante, dans laquelle il a pris un contentement et une complaisance très singulière. C'est ici, dit saint Augustin[8], la cause de la joie de Marie, parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante ; comme si elle disait : Je me réjouis de la grâce que Dieu m'a faite, parce que c'est de lui que j'ai reçu le sujet de cette joie ; et je me réjouis en lui, parce que j'aime ses dons pour l'amour de lui.

4. Elle se réjouissait des choses grandes que sa toute-puissante Bonté a opérées en elle, qui sont les plus grandes merveilles qu'il ait jamais faites en tous les siècles passés, et qu'il fera en tous les siècles à venir, ainsi que nous verrons ci-après, dans l'explication du quatrième verset.

5. Elle se réjouissait non seulement des faveurs qu'elle a reçues de Dieu, mais aussi des grâces et des miséricordes qu'il a répandues sur tous les hommes qui veulent se disposer à les recevoir.

6. Elle se réjouissait non seulement de la bonté de Dieu au regard de ceux qui n'y mettent point d'empêchement, mais aussi des effets de sa justice sur les superbes, qui méprisent ses libéralités.

Outre cela la bienheureuse Vierge se réjouissait d'une autre chose fort particulière, et qui est digne de sa bonté incomparable. C'est saint Antonin qui la met en avant[9], et je la rapporte ici, afin que cela nous excite à aimer et servir celle qui a tant d'amour pour nous. Voici ce que c'est : Saint Antonin, expliquant ces paroles : Exultavit spiritus meus, dit qu'il les faut entendre comme celles que notre Sauveur a dites en la croix : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum[10] : « Mon Père, je recommande mon esprit entre vos mains », c'est-à-dire je vous recommande, dit saint Antonin, tous ceux qui seront unis à moi par la foi et par la charité. Car celui qui adhère à Dieu n'est qu'un esprit avec lui : Qui enim adhaeret Deo, unus spiritus est cum eo[11]. Semblablement la Mère du Sauveur (c'est toujours saint Antonin qui parle), étant toute ravie et comme extasiée et transportée en Dieu, lorsqu'elle prononce ces paroles : Exultavit spiritus meus, etc., elle voit en esprit une multitude presque innombrable de ceux qui auront une dévotion et affection particulière pour elle, et qui seront du nombre des prédestinés, dont elle reçoit une joie inconcevable.

Cela étant ainsi, qui est-ce qui ne se portera point à aimer cette Mère toute bonne et toute aimable, qui a tant d'amour pour ceux qui l'aiment, qu'elle les regarde et les aime comme son esprit, son âme et son Cœur ? Écoutons ce que le bienheureux Lansperge dit à chacun de nous, pour nous porter à cela[12] :

« Je vous exhorte, mon cher fils, d'aimer notre très sainte Dame et notre divine Maîtresse. Car si vous désirez vous garantir d'une infinité de périls et de tentations dont cette vie est pleine, si vous désirez trouver de la consolation et n'être point accablé de tristesse dans vos adversités, si enfin vous souhaitez d'être uni inséparablement avec notre Sauveur, ayez une vénération et une affection singulière pour sa très pure, très aimable, très douce, très fidèle, très gracieuse et très puissante Mère. Car, si vous l'aimez véritablement et que vous tâchiez de l'imiter soigneusement, vous expérimenterez qu'elle vous sera aussi une Mère pleine de douceur et de tendresse, et qu'elle est si peine de bonté et de miséricorde, qu'elle ne méprise personne et qu'elle ne délaisse aucun de ceux qui l'invoquent : n'ayant point de plus grand désir que d'élargir les trésors des grâces que son Fils lui a mis entre les mains, à tous les pécheurs. Quiconque aime cette Vierge immaculée est chaste ; quiconque l'honore est dévot ; quiconque l'imite est saint.

Personne ne l'aime sans ressentir les effets de son amour réciproque ; pas un de ceux qui lui ont dévotion ne peut périr ; pas un de ceux qui tâchent de l'imiter ne peut manquer d'acquérir le salut éternel. Combien a-t-elle reçu, dans le sein de sa miséricorde, de misérables pécheurs qui étaient comme dans le désespoir et dans l'abandon à toutes sortes de vices, et qui avaient déjà, s'il faut ainsi dire, un pied dans l'enfer, et qu'elle n'a pas néanmoins rejetés, lorsqu'ils ont eu recours à sa piété ; mais qu'elle a arrachés de la gueule du dragon infernal, les réconciliant avec son Fils, et les remettant dans le chemin du paradis ? Car c'est une grâce, un privilège et un pouvoir que son Fils lui a donné, qu'elle puisse amener à la pénitence ceux qui l'aiment, à la grâce ceux qui lui sont dévots, et à la gloire du ciel ceux qui s'efforcent de l'imiter.»

Si vous désirez savoir maintenant ce qu'il faut faire pour aimer et louer le Fils et la Mère, et pour rendre grâce à Dieu avec elle de toutes les joies qu'il lui a données, écoutez ce qu'elle-même dit un jour à sainte Brigitte[13] :

« Je suis, lui dit-elle, la Reine du ciel. Vous êtes en soin de quelle manière vous me devez louer. Sachez pour certain que toutes les louanges que l'on donne à mon Fils sont mes louanges, et quiconque le déshonore me déshonore ; parce que je l'ai aimé si tendrement, et il m'a aimée si ardemment, que lui et moi nous n'étions qu'un Cœur. Et il m'a tant honorée, moi qui n'étais qu'un chétif vaisseau de terre, qu'il m'a exaltée par-dessus tous les Anges. Voici donc comme vous devez me louer, en bénissant mon Fils. Béni soyez-vous, ô mon Dieu, Créateur de toutes choses, qui avez daigné descendre dans les sacrées entrailles de la Vierge Marie ! Béni soyez-vous, ô mon Dieu, qui avez daigné prendre une chair immaculée et sans péché de la Vierge Marie, et qui avez demeuré en elle l'espace de neuf mois, sans lui causer aucune incommodité. Béni soyez-vous, ô mon Dieu, qui étant venu en Marie par votre admirable Incarnation, et en étant sorti par votre Naissance ineffable, l'avez comblée intérieurement et extérieurement d'une joie incompréhensible. Béni soyez-vous, ô mon Dieu, qui, après votre Ascension, avez souvent rempli cette divine Marie, votre Mère, de vos célestes consolations ; et qui l'avez souvent visitée et consolée par vous-même ! Béni soyez-vous, ô mon Dieu, qui avez transporté dans le ciel le corps et l'âme de cette glorieuse Vierge, et qui l'avez établie par-dessus tous les Anges, dans un trône très sublime proche de votre divinité !

Faites-moi miséricorde par ses prières et pour l'amour d'elle. »

Voici encore une des joies de la Reine du ciel, qui sont marquées en ces paroles : Exultavit spiritus meus, etc., laquelle surpasse infiniment toutes les autres : C'est que plusieurs saints Pères et graves Docteurs écrivent que cette Vierge Mère étant comme extasiée et transportée en Dieu, au moment de l'Incarnation de son Fils en elle, fut remplie des joies inconcevables que les Bienheureux possèdent dans le ciel, et qu'elle fut ravie jusqu'au troisième ciel, là où elle eut le bonheur de voir Dieu face à face et très clairement. La preuve que ces saints Pères en apportent est parce que c'est une maxime indubitable parmi eux, que tous les privilèges dont le Fils de Dieu a honoré ses autres Saints, il les a communiqués à sa divine Mère. Or, saint Augustin, saint Chrysostome, saint Ambroise, saint Basile, saint Anselme, saint Thomas et plusieurs autres ne font point de difficulté de dire que saint Paul, étant encore ici-bas, vit l'essence de Dieu, lorsqu'il fut ravi au troisième ciel. Qui peut douter après cela que la Mère de Dieu, qui a toujours vécu dans une très parfaite innocence, et qui l'a plus aimé elle seule que tous les Saints ensemble, n'ait joui de cette même faveur, non pas une fois seulement, mais plusieurs, spécialement au moment heureux de la conception de son Fils ? C'est le sentiment de saint Bernard, d'Albert le Grand, de saint Antonin et de beaucoup d'autres. « O bienheureuse Marie, s'écrie le saint abbé Rupert[14], ç'a été pour lors qu'un déluge de joie, une fournaise d'amour et un torrent de délices célestes est venu fondre sur vous, et vous a toute absorbée et enivrée, et vous a fait ressentir ce que jamais œil n'a vu, ni oreille entendu, ni Cœur humain compris. »

Apprenons de là que les enfants du siècle sont dans une erreur très pernicieuse et se trompent lourdement, de s'imaginer qu'il n'y a point de joie ni de contentement en ce monde, mais qu'il n'y a que tristesse, amertume et affliction pour ceux qui servent Dieu. Oh ! tromperie insupportable ! oh ! mensonge détestable, qui ne peut procéder que de celui qui est le père de toutes les erreurs et de toutes les faussetés.

N'oyons-nous pas la voix de la Vérité éternelle qui crie : Tribulation et angoisse à toute âme de l'homme qui fait le mal ; mais gloire, honneur et paix à tous ceux qui font le bien[15] ; et que le Cœur de l'impie est semblable à une mer qui est toujours agitée, troublée et bouleversée : Cor impii quasi mare fervens[16] ; et que la crainte de Dieu change les Cœurs de ceux qui l'aiment, en un paradis de joie, d'allégresse, de paix, de contentement et de délices inexplicables : Timor Domini delectabit cor, et dabit laetitiam et gaudium[17] ; et que les vrais serviteurs de Dieu possèdent une félicité plus solide, plus véritable et plus grande, même au milieu des plus fortes tribulations, que tous les plaisirs de ceux qui suivent le parti de Satan.

N'entendez-vous pas saint Paul qui assure : qu'il est rempli de consolation et qu'il nage dans la joie au milieu de toutes ses tribulations[18] ?

Voulez-vous connaître ces vérités par l'expérience ? Gustate et videte quoniam suavis est Dominus[19] : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est plein de bonté, d'amour et de douceur pour ses véritables amis. » Mais si vous désirez faire cette expérience, il est nécessaire de renoncer aux faux plaisirs et aux trompeuses délices du monde, c'est-à-dire du moins aux plaisirs illicites qui déplaisent à Dieu et qui sont incompatibles avec le salut éternel ; car le Saint-Esprit nous déclare que nous ne pouvons pas boire de la coupe du Seigneur et de la coupe des démons : et qu'il est impossible de manger à la table de Dieu et à la table des diables : Non potestis calicem Domini bibere et calicem daemoniorum, non potestis mensa Domini participes esse, et mensa daemoniorum[20]. Si donc vous désirez manger à la table du Roi du ciel et boire dans sa coupe, renoncez tout à fait à la table de l'enfer et à la coupe des diables, et alors vous expérimenterez combien ces divines paroles sont véritables : Inebriabuntur ab ubertate domus tua, et torrente voluptatis tua potabis eos[21] « Oui, Seigneur, vous abreuverez, vous rassasierez et vous enivrerez vos enfants de l'abondance des biens de votre maison, et des torrents de vos délices. »

O Vierge sainte, imprimez dans nos Cœurs une participation du mépris, de l'aversion et du détachement que votre Cœur virginal a toujours porté des faux plaisirs de la terre, et nous obtenez de votre Fils la grâce de mettre tout notre contentement, notre joie et nos délices à l'aimer et glorifier, et à vous servir et honorer de tout notre Cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces.

 

CHAPITRE V.

--Explication du troisième verset :

Quia respexit humilitatem ancillae suae :

ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

 

         Pour bien entendre ce verset, il le faut joindre avec le précédent dont il est la suite, en cette manière : Mon esprit est ravi et tout transporté de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante ; car voilà que désormais toutes les générations me diront bienheureuse.

Ce verset contient deux choses principales, dont la première est exprimée en ces paroles : Il a regardé l'humilité de sa servante. Quelle est cette humilité dont la bienheureuse Vierge parle ici ? Les sentiments des saints Docteurs sont partagés là-dessus. Quelques uns disent qu'entre toutes les vertus, l'humilité est la seule qui ne se regarde et ne se connaît point elle-même ; car celui qui se croit humble est superbe. À raison de quoi, quand la bienheureuse Vierge dit que Dieu a regardé son humilité, elle parle, non pas de la vertu d'humilité, mais de sa bassesse et de son abjection.

Mais les autres disent que l'humilité d'une âme ne consiste pas à ignorer les grâces que Dieu lui a faites, et les vertus qu'il lui a données, mais à lui renvoyer ses dons et à ne garder pour elle que le néant et le péché ; et que le Saint-Esprit, parlant par la bouche de cette divine Vierge, nous veut donner à entendre qu'entre toutes ces vertus, il a regardé, aimé et approuvé principalement son humilité, parce que, s'étant abaissée au-dessous de toutes choses, cette humilité a porté sa divine Majesté à l'élever par-dessus toutes les créatures en la faisant Mère du Créateur. O vraie humilité, s'écrie saint  Augustin[22], qui a enfanté Dieu aux hommes, et qui a donné la vie aux mortels. L'humilité de Marie est l'échelle du ciel par laquelle Dieu est descendu en la terre. Car qu'est-ce que dire respexit, il a regardé, sinon approbavit, il a approuvé ? Il y en a plusieurs qui paraissent humbles devant les hommes, mais leur humilité n'est point regardée de Dieu. Car s'ils étaient véritablement humbles, ils ne se plairaient pas dans les louanges des hommes, et leur esprit ne se réjouirait point en l'applaudissement de ce monde, mais en Dieu.

« Il y a deux sortes d'humilité, dit saint Bernard[23]. La première est la fille de la vérité, et celle-ci est froide et sans chaleur. La seconde est la fille de la charité, et celle-là nous enflamme. La première consiste en la connaissance, et la seconde en l'affection. Par la première, nous connaissons que nous ne sommes rien, et nous apprenons celle-ci de nous-mêmes et de notre propre misère et infirmité. Par la seconde, nous foulons aux pieds la gloire du monde, et nous apprenons celle-ci de celui qui s'est anéanti soi-même, et qui s'est enfui lorsqu'on l'a cherché pour l'élever à la gloire de la royauté ; et qui, au lieu de s'enfuir, s'est offert volontairement quand on l'a cherché pour le crucifier et pour le plonger dans un abîme d'opprobres et d'ignominies. »

La bienheureuse Vierge a possédé en souverain degré ces deux sortes d'humilité, spécialement la seconde ; et saint Augustin, saint Bernard, Albert le Grand, saint Bonaventure, saint Thomas et plusieurs autres, tiennent que ces paroles que le Saint-Esprit a prononcées par la bouche de cette très humble Vierge : Respexit humilitatem, s'entendent de la vraie humilité.

Si vous demandez pourquoi Dieu a plutôt regardé l'humilité de la très sacrée Vierge ; que sa pureté et ses autres vertus, vu qu'elles étaient toutes en elle en un très haut degré, Albert le Grand vous répondra, avec saint Augustin, qu'il a regardé plutôt son humilité, parce qu'elle lui était plus agréable que sa pureté[24]. « La virginité est bien louable, dit saint Bernard[25], mais l'humilité est nécessaire. Celle-là est de conseil celle-ci est de commandement. Vous pouvez être sauvé sans la virginité, mais il n'y a point de salut sans l'humilité. Sans l'humilité, j'ose dire que la virginité de Marie n'aurait point été agréable à Dieu. Si Marie n'était point humble, le Saint-Esprit ne serait point descendu en elle ; et s'il n'était point descendu en elle, elle ne serait point Mère de Dieu. Elle a plu à Dieu par sa virginité, mais elle a conçu le Fils de Dieu par son humilité. D'où il faut inférer que ç'a été son humilité qui a rendu sa virginité agréable à sa divine Majesté. »

O sainte humilité, c'est toi qui nous as donné un Homme-Dieu et une Mère de Dieu, et par conséquent c'est toi qui nous as donné toutes les grâces, toutes les faveurs, toutes les bénédictions, tous les privilèges et tous les trésors que nous possédons en la terre, et que nous espérons posséder un jour dans le ciel. C'est toi qui détruis tous les maux, et qui es la source de tous les biens. Oh ! combien devons-nous estimer, aimer et désirer cette sainte vertu ! Oh ! avec quelle ferveur la devons-nous demander à Dieu ! Oh ! avec qu'elle ardeur devons-nous rechercher et embrasser tous les moyens nécessaires pour l'acquérir ! Quiconque n'a point d'humilité, n'a rien ; et quiconque a l'humilité, a toutes les autres vertus. De là vient qu'il semble, à entendre parler le Saint-Esprit par la bouche de l'Église, que le Père éternel n'a envoyé son Fils en ce monde pour s'incarner et pour y être crucifié, qu'afin de nous enseigner l'humilité par son exemple. C'est ce que la sainte Église dit à Dieu dans cette oraison du dimanche des Rameaux : Omnipotens sempiterne Deus, qui humano generi, ad imitandum humilitatis exemplum, Salvatorem nostrum carnem sumere et crucem subire fecisti, etc. Quod diabolus, dit un saint Père, per superbiam dejecit, Christus per humilitatem erexit[26] « Ce que le démon a détruit par la superbe, le Sauveur l'a rétabli par l'humilité. »

Apprenons de là combien la superbe est formidable et détestable. Comme l'humilité est la source de tous les biens, l'orgueil est le principe de tous les maux Initium peccati[27], et selon le grec, Initium omnis peccati, ou selon la diction syriaque, Fons peccati superbia : « Le commencement et le principe du péché et de tout péché c'est la superbe », que le Saint-Esprit appelle une apostasie, Apostatare a Deo[28]. D'où il s'ensuit que le péché étant la source de tous les maux et de tous les malheurs de la terre et de l'enfer, il les faut tous attribuer à la superbe. De sorte que représentez-vous un nombre innombrable d'Anges, que Dieu avait créés au commencement du monde, plus beaux et plus brillants que le soleil, qui sont changés en autant de diables horribles, chassés du paradis, précipités dans l'enfer et condamnés à des supplices éternels. Quelle est la cause de ce malheur ? C'est la superbe de ces esprits apostats. Représentez-vous tous les blasphèmes que ces créatures rebelles à leur Créateur vomiront éternellement contre lui dans l'enfer, avec tant de millions et de milliasses de péchés qu'ils ont fait commettre et qu'ils feront commettre aux hommes en tout l'univers, jusqu'à la fin du monde, par leurs tentations. Quelle est la cause de tous ces maux ? C'est la superbe. Mettez-vous devant les yeux tant et tant de millions d'âmes qui se sont perdues par l'impiété de Mahomet ; par l'hérésie d'Arius, qui a duré trois cents ans ; par celles de Nestorius, de Pélagius, de Luther, de Calvin et de plusieurs autres hérésiarques. Qui est-ce qui a perdu toutes ces âmes ? C'est la superbe, qui est la mère de toutes les hérésies, dit saint Augustin : Mater haeresum superbia. Enfin imaginez-vous tant de milliasses d'âmes qui brûlent et qui brûleront éternellement dans les flammes dévorantes de l'enfer. Quelle est la cause d'un si effroyable désastre, sinon la superbe du premier ange et la superbe du premier homme, qui sont les deux sources de tous les crimes, et par conséquent de tous les malheurs qui en procèdent ? On n'a jamais pu, dit saint Prosper, on ne peut et on ne pourra jamais faire aucun péché sans superbe ; car tout péché n'est autre chose sinon un mépris de Dieu : Nullum peccatum fieri potest, potuit, aut poterit, sine superbia ; siquidem nihil aliud est omne peccatum, nisi contemptus Dei[29].

Les autres vices, dit saint Grégoire le Grand, combattent seulement les vertus qui leur sont contraires ; mais la superbe, qui est la racine de tous les vices, ne se contente pas de détruire une vertu, c'est une peste générale qui les fait toutes mourir[30]. « Comme la superbe, dit saint Bernard, est l'origine de tous les crimes, elle est aussi la ruine de toutes les vertus ». « L'ambition, dit le même Saint[31], est un mal subtil, un poison secret, une peste cachée, une ouvrière de tromperie, la source de l'hypocrisie, la mère de l'envie, l'origine des vices, le foyer des crimes, la rouille des vertus, la teigne de la sainteté, l'aveuglement des Cœurs, qui change les remèdes en maux et la médecine en venin. Combien d'âmes ont été étouffées par cette peste ? Combien a-t-elle dépouillé de chrétiens de la robe nuptiale, pour les jeter dans les ténèbres extérieures ? »

Quand la superbe, dit saint Grégoire le Grand[32], a pris possession d'un Cœur, elle le livre aussitôt à la fureur et au pillage des sept principaux vices, qui sont les capitaines de son armée. Mais elle l'asservit principalement à la tyrannie de l'impudicité ; car le Saint-Esprit nous déclare que la superbe a été la cause des abominations et de la perdition des Sodomites : Haec fuit iniquitas Sodomae superbia[33].

Tout superbe, dit un saint Père, est rempli du démon : Quisquis superbus est, daemone plenus est[34]. L'on ne discerne point les enfants de Dieu d'avec les enfants du diable que par l'humilité et par la superbe : Non discernuntur filii Dei et filii diaboli, nisi humilitate atque superbia[35]. Quand vous verrez un superbe, ne doutez point que ce ne soit un enfant de Satan ; mais quand vous verrez un homme humble, croyez assurément que c'est un enfant de Dieu : Quemcumque superbum videris, diaboli esse filium non dubites ; quemcumque humilem conspexeris, Dei esse filium confidenter credere debes.

Si donc nous redoutons d'être au rang des esclaves de Satan, et si nous désirons d'être du nombre des enfants de Dieu, ayons en horreur l'ambition, l'orgueil, la superbe, la présomption et la vanité ; déclarons une guerre mortelle à ces monstres d'enfer, et ne souffrons point qu'ils aient jamais aucune part en nos pensées, en nos sentiments, en nos paroles et en nos actions ; mais efforçons-nous autant que nous pourrons, avec la grâce de Dieu, d'y établir le règne de la très sainte humilité de Jésus et de Marie.

O Jésus, le Roi des humbles, faites-nous la grâce, s'il vous plaît, de bien apprendre la divine leçon que vous nous avez faite par ces saintes paroles : Apprenez de moi que je suis doux et humble de Cœur[36].

O Marie, la Reine des humbles, c'est à vous qu'il appartient de briser la tête du serpent, qui est l'orgueil et la superbe. Écrasez-la donc entièrement dans nos Cœurs, et nous rendez participants de votre sainte humilité, afin que nous puissions chanter éternellement avec vous : Respexit humilitatem ancillae suae, pour rendre grâce à la très sainte Trinité, de ce qu'elle a pris tant de complaisance en votre humilité, qu'elle vous a rendue digne par ce moyen d'être la Mère du Sauveur de l'univers, et de coopérer avec lui au salut de tous les hommes.

 

StJeanEudesVitrail.jpgSaint Jean Eudes

Œuvres complètes
Le Cœur admirable de la Très Sainte Mère de Dieu
Tome 8

eudistes.org

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Vitrail : Portrait
de saint Jean Eudes

par Paul Challan Belval
Chartres

 

D’après les ŒUVRES COMPLÈTES DU VÉNÉRABLE JEAN EUDES
MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE
Instituteur de la Congrégation de Jésus et Marie de l'Ordre de Notre-Dame de Charité
et de la Société des Enfants du Cœur admirable de la Mère de Dieu
AUTEUR DU CULTE LITURGIQUE DES SS. CŒURS DE JÉSUS ET DE MARIE
ÉDITION ENTIÈREMENT CONFORME AU TEXTE ORIGINAL
AVEC DES INTRODUCTIONS ET DES NOTES
TOME VIII
Le Cœur admirable de la Très Sainte Mère de Dieu
Livre X-XII
OPUSCULES SUR LES SACRÉS CŒURS
VANNES
IMPRIMERIE LAFOLYE FRÈRES
1908
Numérisé par cotejr8@videotron.ca



[1] «Hoc est illud dulcissimum decachordum, quo citharista propheticus toties gloriatur: hoc daemon expellitur, Praecursor sanctificatur, puer exultat, mater prophetat. Hoc decachordo etiam nunc cum devote concinitur, iniquas cordis susgestiones propulsari, lubricas carnis tentationes emolliri, daemones pessimos effugari merito crediderim. » D. Thom. a Villanova, Concio de Visit. B. Virg.
[2] 1. In lib. Miracul.
[3] 1. Luc. I, 47.
[4] « Quaecumque anima sancta Verbum concipere potest credendo, parere praedicando, magnificareamando, ut dicat: Magnificat anima mea Dominum » Serm. de Assumpt.
[5] Eccli. III, 20. 21.
[6] « Magnificat anima mea Dominum; Filius meus, qui non jam dimidium animae meae, sed est toa anima mea, magnificat nunc, per passionem suam, Dominum meum Deum, Patrem suum, Sponsum meum. Anima mea Filius meus, qui me corpore simul et anima vivam fecit...» vigerius, in suo Decachordo, chord. 7. Le Card. Marc vigier, de l'Ordre des Frères mineurs, mourut à Rome en 1516. Voici le titre complet de l'ouvrage de ce pieux serviteur de Marie: Decachordum christianum auctore Marco Vigerio Saonensi, S. M'ariae Transtiberim Cardin. Senogalliensi, opus Julio II Pont. Max. dicatum; Fani, Hieron. Soncinus, 1507, petit in-fol.
[7] Rom. VIII, 3.
[8] Sup. Magnificat.
[9] Part. 4, tit.15,cap.2, §29.
[10] Luc. XXIII, 46.
[11] I Cor. VI, 17.
[12] « Hortor etiam, fili mi, ut Dominam nostram magis ames. Nam si pericula multa evadere, si vis tentationibus non succumbere, si in adversitatibus consolari, si trisitita inordinata cupis non obrui, si denique Christo desideras conjungi, venerare, ama, imitare castissimam, amabilissimam ejus Matrem, dulcissimam, fidelissimam, gratiosissimam, potentissimam quoque, et tui ( si eam et ejus amorem optas) amantissimam, quae invocantem neminem derelinguit, et cui thesaurus divinae misericordiae, erogandi quoque facultas, atque peccatorum, praecipue autem, illam amantium, cura a Deo commissa est. Quam qui amaverit castus est, qui amplexatus fuerit, mundus est, qui imitatus fuerit, sanctus est. Memo illam amans, non est ab ea redamatus : nemo illi devotus periit : nemo qui illam fuit imitatus, non est salvatus. Quot desperantes, quot obstinatos, quot flagitiosos, qui tamen spem atque refugium ad suum misericordissimum patrocinium habuerunt, ipsa ad pietatis sinum recepit, et quasi sibi relictos (utpote quibus nulla spes alia, aut via ad conversionem veniendi persuaderi potuit,) fovit, Filio reconciliavit, et ex diaboli faucibus, atque adeo ipsa voragine inferni ereptos, paradiso caelesti restituit. Hanc illi Filius gratiam donavit, hanc praerogativam, hoc officium ei commisit, ut qui amarent illam, ad potentiam ; qui devoti essent, ad gratiam qui imitarentur, ad caelestem perducerentur gloriam. » Lansperg. Epist. 23.
[13] « Ego sum Regina caeli. Tu sollicita es quomodo laudare me debes : Scias pro certo quod omnis laus Filii mei, laus mea est ; et qui inhonorat eum, inhonorat me : quia ego sic ferventer dilexi eum, et ipse me, quod quasi unum Cor ambo fuimus. Et ipse me, quae eram vas terrenum, sic honorifice honoravit, et supra omnes Angelos exaltaret. Sic ergo laudare debes me : Benedictus sis tu, Deus Creator omnium, qui in uterum Maria Virginie descendere dignatus es. Benedictus sis tu, Deus, qui cum Maria Virgine esse sine gravamine voluisti, et de ea immaculatam carnem sine peccato sumere dignatus es. Benedictus sis tu, Deus, qui ad Virginem, cum gaudio animae ejus et omnium membrorum, venisti, et cum gaudio omnium membrorum ejus sine peccato de ea processisti. Benedictus sis tu, Deus, qui Mariam Virginem Matrem post Ascensionem tuam crebris consolationibus laetificasti, et per teipsum eam consolando visitasti. Benedictus sis tu, Deus, qui corpus et animam Maria Virginis Matris tua in caelum assumpsisti, et super omnes Angelos juvta Deitatem tuam honorifice collocasti. Miserere mei propter preces ejus. » Revel. Lib. I, cap. 9.
[14] « O beata Maria, inundatio gaudii, vis amoris torrens voluptatis totam te operuit, totamque obtinuit ; et sensisti quod oculus non vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit. » Rupert. in Cant.
[15] « Tribulatio et angustia in omnem animam hominis operantis malum. Gloria autem, et honor, et pax omni operanti bonum. » Rom. II, 9.
[16] Isa. LVII, 20.
[17] Eccli. I, 12.
[18] « Repletus sum consolatione, superabundo gaudio in omni tribulatione nostra.» II Cor. VII, 4.
[19] Psal. XXXIII, 9.
[20] I Cor. X, 20, 21.
[21] Psal. XXXV, 9. 
[22] « O vera humititas, quae Deum hominibus peperit, vitam mortalibus edidit, caelos innovavit, mundum purificavit, paradisum aperuit, et hominum animos liberavit; facta est Maria humilitas scala caelestis, per quam Deus descendit ad terras. Quid enim est dicere respexit nisi approbavit ? Multi enim videntur in conspectu hominum humiles esse, sed eorum humilitas a Deo non respicitur. Si enim veraciter humiles essent, deinde ab hominibus non se laudari vellent ; non in hoc mundo, sed in Deo spiritus eorum exultaret. » D. Aug. Serm. 2 de Assumpt.
[23] « Est humilitas quam nobis veritas parit, et non habet calorem ; et est humilitas quam charitas format, et inflammat. Haec in affectu, illa in cognitione consistit. Priore cognoscimus quam nihil sumus, et hanc discimus a nobis ipsis et ab infirmitate propria ; posteriore calcamus gloriam mundi, et hanc ab illo discimus qui exinanivit semetipsum... quique quaesitus ad regnum, fugit ; quasitus ad opprobria... et ad crucem, non fugit, sed sponte se obtulit. » D. Bern. Serm. 42 super Cant.
[24] « Maria non tantum pro eo quod erat mundissima, sed potius pro eo quod erat humillima, meruit concipere Filium Dei, sicut per semetipsam testatur: Rexpexit, inquit, humilitatem ancillae suae : non ait : castitatem, licet esset castissima, sed humilitatem. » Alb. Magn. Serm. 2 de Nat, Dom.
[25] « Laudabilis virtus virginitas, sed magis necessaria humilitas. Illa consulitur, ista praecipitur. Ad illam invitaris, ad istam cogeris... Potes sine virginitate salvari: sine humilitate non potes... sine humilitate (audeo dicere) nec virginitas Mariae placuisset... si igitur Maria humilis non esset, super eam spiritus Sanctus non requievisset. Si super eam non requievisset, nec impraegnasset... Si placuit ex virginitate, tamen ex humilitate concepit. Unde constat quia etiam ut placeret virginitas, humilitas proculdubio fecit. » D. Bern. Homil. 1 super Missus est.
[26] Caesarius Arelat. Homil.18.
[27] Eccli. X,15.
[28] Eccli. X,14.
[29] D. Prosp. De Vita contempl.lib. 3, cap. 3 et 4.
[30] « Alia vitia eas solummodo virtutes impetunt, quibus ipsa destruuntur. Superbia autem, quam vitiorum radicem dicimus, nequaquam unius virtutis extinctione contenta contra cuncta animae membra se erigit, et quasi generalis ac pestifer morbus, corpus omne corrumpit. » Moral. lib. 34, cap. 18.
[31] « Plane cupiditas radix iniquitatis ; ambitio subtile malum, secretum virus, pestis occulta, doli artifex, mater hypocrisis, livoris parens, vitiorum origo, criminum fomes, virtutum aerugo, tinea sanctitatis, excaecatrix cordium, ex remediis morbos creans, generans ex medicina languorem... Quantos hoc negotium perambulans in tenebris trudi fecit in tenebras exteriores, veste spolians nuptiali !... Quantos pestis haec nequiter supplantatos turpiter quoque dejecit ! » D. Bern. Serm. 6, in Psal. Qui habitat.
[32] « Ipsa namque vitiorum regina superbia, cum devictum plene cor ceperit, mox illud septem principalibus vitiis, quasi quibusdam suis ducibus devastandum tradit. » Moral. lib. 31, cap. 31. 
[33] Ezech. XVI, 49.
[34] Caesarius Arelat. Homil.23.
[35]
Idem, Homil. 18.
[36] « Discite a me quia mitis sum et humilis corde. » Matth. XI, 29. 

 

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Vitrail de la Basilique du
Sacré Cœur de Montmartre
 
 
 

15.08.2015

Par l’imposition de mes mains (…) vous allez recevoir la puissance de l’Esprit Saint qui fera de votre vie une offrande dans l’offrande du sacrifice de notre Bon Pasteur, Jésus de Nazareth

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2015-07-10 à 14.20.jpgMes chers amis,

         Notre Église de Paris est dans la joie au moment où vous allez être ordonnés prêtres du Seigneur pour l’annonce de l’Évangile et le service des communautés chrétiennes. Notre joie s’unit à celle de la famille de saint Jean Bosco qui fête le deuxième centenaire de son fondateur et à laquelle appartient Pierre Hoang. Nous célébrons cette ordination en communion avec la communauté chaldéenne de France pour laquelle le Patriarche Louis Sako ordonnera prêtre Narsay Soleil dimanche prochain à Sarcelles. Toute l’Église se réjouit de voir que l’appel du Christ retentit encore aujourd’hui et que l’amour de Dieu, répandu en nos cœurs par la foi, suscite la générosité pour répondre à cet appel. Elle rend grâce pour le chemin que vous avez parcouru depuis des années et pour tous ceux qui vous ont accompagnés au long de ce chemin : vos familles que je remercie aujourd’hui, vos éducateurs, compagnons d’étude ou collègues de travail, etc. Même si tous ne reconnaissent peut-être pas le rôle qu’ils ont joué dans votre accueil de l’appel du Christ et dans votre réponse, dans la foi, nous reconnaissons les signes de la présence active de Dieu, même à l’insu de ceux qui en sont les agents.

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Un seul mot d'ordre : aller au devant

         Nous rendons grâce parce que, en ce troisième millénaire, l’évangélisation continue, mieux, elle se renouvelle pour répondre aux nouvelles conditions de vie des hommes et des femmes à qui la Bonne Nouvelle doit être annoncée. Nous le savons, il n’y a pas de recettes définitives pour la mission. Il n’y a qu’un seul mot d’ordre : aller au-devant de ceux avec lesquels nous voulons partager le trésor de la foi et leur ouvrir sans crainte le livre de la révélation de l’amour de Dieu pour l’humanité. Ce dévoilement du mystère de la miséricorde n’est pas une œuvre simplement humaine dont nous viendrions à bout à force d’imagination apostolique. L’année de la miséricorde décidée par le Pape François n’est pas un simple thème d’année. C’est un appel à entrer plus résolument dans le mystère de la miséricorde, œuvre de la puissance de Dieu.

2015-07-10 à 14.25.jpg         Entrer dans cette mission où nous sommes livrés aux questions et à la curiosité des hommes suppose que nous soyons d’abord délivrés de nos prisons ; délivrés de l’isolement où nous enferme notre peur d’un environnement supposé hostile, où nous risquons d’être hantés par la ”christianophobie” et de trop prétendre au statut tellement envié aujourd’hui de victime. Nous risquons de vivre dans un petit Cénacle avant la visite de l’Esprit-Saint. Isolement aussi où l’on voudrait nous enfermer pour restreindre la mission de l’Église à l’organisation de la piété privée ou à la célébration des rites familiaux. De ces isolements, il faut que l’ange nous délivre en défaisant nos chaînes et nous ouvre la « porte de fer », comme il le fit pour Pierre, et qu’il nous envoie par les rues de la ville témoigner de notre liberté.

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Tout l'ouvrage que vous espérez et même plus

         Ce que nous vivons aujourd’hui est vrai, ce n’est pas une vision. Peut-être que, comme Pierre, chacun de vous a du mal à y croire, même si vous avancez vers ce moment depuis des années. Non seulement vous avez vécu vos années de préparation directe à l’ordination, mais encore chacun d’entre vous est arrivé à ce temps de préparation après des années de cheminement personnel qui est le secret de Dieu. Les uns sont en marche depuis la petite enfance, d’autres ont vécu une conversion au Christ dans un âge plus avancé. Tous, un jour de votre vie, vous avez été confrontés à la question cruciale : es-tu prêt à tout lâcher pour me suivre ? Es-tu prêt à me faire confiance au point de t’en remettre complètement à moi pour l’avenir de ta vie ?

2015-07-10 à 14.37.jpg         Le pas que vous avez franchi au moment de votre ordination diaconale a manifesté votre intention de répondre à cet appel. Votre ordination aujourd’hui vous consacre tout entiers pour le service de la mission de l’Église. Par l’imposition de mes mains, accompagnés de tout le presbyterium de Paris et de tous les prêtres présents, vous allez recevoir la puissance de l’Esprit Saint qui fera de votre vie une offrande dans l’offrande du sacrifice de notre Bon Pasteur, Jésus de Nazareth. Vous serez les collaborateurs privilégiés de vos évêques dans la mission « d’annoncer jusqu’au bout l’Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes » présentes en notre ville à la population si diverse. Soyez les bienvenus dans la vigne du Seigneur. Il y a pour vous tout l’ouvrage que vous pouvez espérer, et même plus.

 2015-07-10 à 14.51.jpg        Vous prenez votre service dans une Église parisienne qui a été revivifiée dans sa mission par plusieurs décennies de réflexion et d’initiatives missionnaires. Pour ne parler que de la période récente, comment oublier les Journées Mondiales de la Jeunesse de 1997 ? Comment oublier la grande aventure de Paris Toussaint 2004 ? Ce ne fut pas seulement un congrès sur l’évangélisation, avec la participation de quelques spécialistes. Ce fut une véritable mobilisation dans toutes les communautés parisiennes pour aller au-devant de nos concitoyens et témoigner auprès d’eux de l’espérance qui nous vient du Christ lui-même : le bonheur est offert à tous et il vient du Christ. Au cours des dix années écoulées, j’ai invité sans cesse les catholiques parisiens à prendre leur part de l’activité missionnaire de l’Église. Les trois années de « Paroisse en mission » ont été comme une longue mobilisation de nos forces pour vivre un nouvel élan de la mission. L’Avent 2014 a été une étape décisive dans cet envoi en mission. Il a permis à beaucoup de chrétiens de sauter le pas et de devenir des « disciples-missionnaires » comme nous y invite le Pape François.

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Les jeunes que nous rencontrons aujourd'hui

         L’anniversaire de saint Jean Bosco remet en lumière la mission auprès des jeunes. Certes, les jeunes que nous rencontrons aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux auxquels s’adressait Don Bosco. Cependant, ils ont en commun une attente, parfois une inquiétude, qui concerne leur avenir. Et nous devons nous demander si les perspectives que leur ouvre notre société sont capables de répondre à cette attente et d’apaiser cette inquiétude. En France, beaucoup s’étonnent de la disponibilité de certains jeunes pour croire aux messages délirants d’un fanatisme virtuel. Mais combien vont jusqu’à se demander si notre modèle de société consumériste et libérale ne provoque pas leur indifférence ou leur dégoût ? La réduction d’un avenir idéal aux indices économiques n’est-elle pas le symbole du vide auquel nos jeunes sont confrontés ? Le rejet collectif des réfugiés de la misère humaine qui viennent sombrer sur les côtes de l’Europe ne vient-il pas contredire nos élans de générosité ? Nous voulons bien que le monde change pourvu que rien ne change pour nous. Les mesures coercitives pour combattre les influences sectaires sont nécessaires. Elles ne peuvent pas se substituer au véritable combat : celui des convictions et des projets. Il fait partie de notre mission de montrer, par notre exemple vécu, que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Et ce message, nous devons le porter dans une société traversée par une multiplicité de cultures et de religions.

2015-07-10 à 14.55.jpg         Comme au temps de Jésus, cette multiplicité de cultures et de religions fait que chacun a son opinion sur lui et chaque opinion reflète à la fois les espoirs enfouis et les réticences méconnues ou cachées comme les nostalgies inavouées. Nous constatons aujourd’hui aussi cette pluralité des regards et des attentes. La question posée par Jésus à ses disciples ne vise pas à solliciter une parole supplémentaire à son sujet. Dans sa formulation même, elle est déjà une question missionnaire : « Et vous que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». La réponse ne juxtapose pas une nouvelle opinion particulière aux précédentes déjà énoncées. Elle témoigne d’une parole qui dépasse son auteur et qui ne vient pas de la sagesse humaine : c’est du « Père qui est aux cieux » que vient la confession de la foi.

2015-07-10 à 15.00.jpgPas experts en religion, mais témoins d'espérance 

        À juste titre, la « Confession de Foi de Césarée » est considérée comme un passage charnière dans la constitution du collège apostolique et dans la mise en œuvre de sa mission. À travers le dialogue entre Jésus et Pierre se dessinent les arêtes de la préparation des apôtres à leur mission : connaître quel est le chemin dans lequel Jésus est engagé par sa fonction messianique et apprendre à reconnaître la figure du Serviteur souffrant. L’objection de Pierre nous montre l’écart qui le sépare encore de l’accomplissement du sacrifice. C’est l’itinéraire de toute formation au ministère apostolique qui nous est ainsi manifesté.

2015-07-10 à 16.48.jpg         C’est pourquoi votre longue formation n’a pas visé à faire de vous des spécialistes en controverse mais des témoins qui se nourrissent de la parole même qu’ils ont la charge d’annoncer. Vous n’êtes pas d’abord des experts en religion, mais des témoins appelés à rendre compte de l’espérance qui est en vous en gageant votre parole sur le don total de votre vie dans le sacrifice du Seigneur.

2015-07-10 à 16.53.jpg         Cette mission de témoins de l’espérance nous engage chaque jour davantage dans la rencontre avec la raison humaine et les sagesses qu’elle produit. Mais notre champ spécifique n’est pas la marge de l’irrationnel dans une société vouée à l’efficacité de la raison scientifique. La confrontation de la foi chrétienne et de la raison n’est pas un combat perdu d’avance. Elle suppose un véritable engagement des ressources de l’intelligence humaine au service de la compréhension de la Parole de Dieu qui éclaire et nourrit notre vie. Si les hommes de notre temps sont en quête, ou du moins s’ils ont besoin, de repères existentiels ou de sagesse, nous n’avons pas à rougir de la sagesse du Christ que nous proposent les évangiles. Elle supporte aisément la comparaison avec les sagesses qui l’ont concurrencée au XXème siècle qui fut d’abord un siècle de barbarie et d’horreur. Et malheureusement le XXIème siècle montre en ses débuts que la soif du pouvoir et de la domination ne cesse pas de faire ses ravages à travers le monde, au Moyen-Orient et même en Europe.

2015-07-10 à 16.53 copie.jpg         Mais l’histoire personnelle de Jésus et l’histoire de la mission de l’Église à travers les siècles nous montrent comment cette sagesse qui vient de Dieu lui-même peut être perçue comme une folie aux yeux du monde : la folie de la croix, la folie de l’amour. Que la personne du Christ et la mission de l’Église soient controversées n’est pas une nouveauté particulière à notre temps. C’est une donnée permanente de la rencontre de la Révélation divine avec les attentes humaines ou les utopies sur l’avenir. Cette controverse n’est pas un simple débat intellectuel. Elle est le reflet de la lutte de la liberté humaine avec la Vérité qui l’éclaire et la questionne. Elle ne doit ni nous surprendre ni nous effrayer. Elle est le régime normal du combat de l’homme pour accéder à la plénitude de sa vocation de fils de Dieu.

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La véritable joie de notre ministère

         Notre ministère, fondé sur la consécration de notre vie par le don de l’Esprit, fait de nous des compagnons de tout homme dans ce combat où nous devons nous-mêmes convertir sans cesse notre regard et notre engagement pour ne pas devenir un obstacle à l’accomplissement du Salut. Il ne nous constitue pas en juges, moins encore en accusateurs. Il fait de nous des témoins qui attestent que la vie des hommes n’est pas dominée par la fatalité des forces obscures. Nous annonçons que Dieu ouvre, même aux païens, « la porte de la foi. » Il ne leur promet pas la mort.

2015-07-10 à 16.58.jpg         La joie de notre ministère ne vient pas des avantages sociaux ni du confort de notre existence ou de l’intérêt de nos activités. Notre véritable joie, la plénitude de la joie que Jésus promet aux siens, une joie que nul ne peut nous ravir, c’est l’espérance dont nous sommes porteurs au bénéfice de tous les hommes et de toutes les femmes de notre temps. Vous êtes consacrés comme témoins de cette espérance comme le furent jadis les prêtres qui vont vous imposer les mains. Parmi eux, les jubilaires dont nous partageons la joie et l’action de grâce attestent la fidélité de Dieu à ceux qu’Il choisit et qu’Il envoie. Ne doutez pas de cette fidélité de Dieu !

2015-07-10 à 17.02.jpg         Ne doutez pas de la mission de notre Église ! C’est elle qui définit votre propre mission et qui vous porte maternellement dans sa prière comme nous allons le faire à l’instant en invoquant les saints qui nous entourent invisiblement. Elle vous porte quotidiennement par la prière et l’offrande secrètes de tant de vies cachées dans les cloîtres ou dans les monastères invisibles de notre mégapole. Elle vous porte par la prière communautaire faite avec vos frères dans le ministère et dans la communion avec eux. Elle vous porte dans cette magnifique assemblée. Elle vous porte dans la supplication quotidienne de votre archevêque. Comme le psaume nous le dit des anges : « ils te porteront pour que ton pied ne heurte les pierres ! »
Soyons tous dans la joie et l’allégresse car le Christ nous a choisis pour être avec lui et devenir ses amis !

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Soutenir nos prêtres

         Frères et Sœurs, vous qui êtes présents à cette célébration et vous qui vous joignez à notre prière par la télévision et la radio, je vous invite à prier avec ferveur pour ceux que le Seigneur a choisis. Je vous invite à les soutenir dans leur ministère. Ils sont envoyés pour présider à la charité entre les membres de l’Église et pour vous soutenir dans votre mission de témoins du Christ dans les différents domaines de votre existence. Ils sont une grâce pour notre Église de Paris et pour l’Église entière. Avec saint Paul, nous bénissons Dieu pour les « dons qu’Il fait aux hommes… Il a donné certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres encore comme évangélistes, d’autres enfin comme pasteurs et chargés de l’enseignement, afin de mettre les saints en état d’accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ… » (Eph. 4, 8…11)

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Jeunes hommes : réfléchissez et décidez !

         Enfin, je m’adresse aux jeunes hommes qui sont ici et dont la vie n’est pas encore engagée. Chers amis, c’est parmi vous que le Seigneur choisit ceux qu’Il veut pour « être avec lui » et les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle. C’est à votre liberté qu’Il s’est adressé et qu’Il s’adresse aujourd’hui. C’est pour la mission de son Église qu’Il vous appelle. C’est pour le plus grand service que l’on puisse rendre aux hommes que je vous appelle aujourd’hui. Ne laissez pas la question se diluer et se perdre. Voyez l’immensité de la mission dans notre grande cité, dans la province d’Île-de-France et dans le monde entier. Voyez la multitude des hommes qui attendent une parole d’espérance et une promesse de vie. Réfléchissez et décidez !

 

2015-07-10 à 17.22.jpg+ André VINGT-TROIS

Cathédrale Notre-Dame de Paris, samedi 27 juin 2015

Lectures : Ac 12, 1-11 ; Ps 33 ; 2 Tim 4, 6-8.17-18 ; Mt 16, 13-28

Homélie du cardinal André Vingt-Trois à l’occasion des ordinations sacerdotales de Cédric, Louis, Jean, Rémy, Pierre, Cyrille, Stanislas, Arnaud, Jocelyn, Paul, Augustin, Yannick et Philippe.
http://www.paris.catholique.fr/homelie-du-cardinal-andre-vingt-36872.html

 

KTOTV

 

 

09.07.2015

Mon âme s'élance : Vidéo-prière au Sacré Cœur de Jésus en la Basilique Notre-Dame du Sacré Cœur d'Issoudun (36)

Au rythme de ma respiration
unie au Cœur de Jésus
s'élance cette prière d'adoration…

         Traversée du désert, d’abord, le temps vous paraîtra long. Quête, déréliction. Les champs d’amour d’Issoudun sont d’un calme assourdissant. Le paysage est plat. Il ne se passe rien dans cette vidéo… D’une certaine manière je vous fais percevoir ce qu’est le sentiment d’abandon, si présent dans ces campagnes berrichonnes. Mais Dieu répond toujours à celui qui appelle… Patience… Quand Il donne, sachez recevoir… Pas un seul séminariste dans le diocèse de Bourges : pourtant, des trésors y veillent… Faire le lien entre la charité de saint Martin de Tours [église Saint-Martin de Sury-ès-Bois (18) & Adoration Saint Martin] et le Sacré Cœur de Jésus (ici à Issoudun, ailleurs, à Manrèse, mais de partout…).

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29.06.2015

Une adoration de la Sainte Eucharistie

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UNE ADORATION DE LA SAINTE EUCHARISTIE

 Dieu qui simplifies tout

simplifie-moi

Eucharistie

Offrande sainte de Dieu

Par laquelle je touche à Ta Présence

Rends-moi pure

Simplifie-moi

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Tu es l’Essence de ma foi

Sa fin et son commencement

Ô disque pur

Cœur de Dieu

Plexus solaire d’où rayonne l’Amour divin

Lumière-source de toute Miséricorde

Durée éternellement présente fixée à la Blancheur

Où le spectre entier des couleurs est résumé

Touché de Dieu inaltérable

Qu’aucune prière n’usera jamais

Cercle chéri de l’abnégation

Comblé de Toi qui demeure partout

Et que rien ne peut contenir

Ô Christ

Ta Passion est donnée en ce disque parfait

Le Sang et l’Eau de Ton Côté

Nourrissent sans cesse

Ton Corps saint

Corps du Christ pure offrande

Qui ne tarit jamais

Abreuve-moi

Laisse se répandre en moi l’eau éternelle du Baptême

Que chacun de mes membres et toute cellule

Vivent de Toi

Que mes organes et toute âme

Soient drainés de Toi

Que ma peau et tout muscle

Respirent en Toi

Par Toi et pour Toi

Que mon être entier exulte

Et s’accomplisse en Toi

Ô

Lettre parfaite

Imprononçable à mon cœur de femme

Ô

Toi que j’aime pourtant

Et aspire à aimer de toute mon âme

Ô Jésus

Dieu qui te fis lumière et chair

Verbe venu au secours de mon imperfection

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Sacré-Cœur de Jésus résumé en Cela

Tu m’attires à Ta Résurrection

Vers laquelle je tends tout mon être éploré

Laisse-moi toucher la frange du Salut

Laisse-moi goûter à la beauté de Ton Visage

Jésus !

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Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
sa. 12 avril 2014, veille des Rameaux

Prière-poème à retrouver sur la page
La France & le Sacré Cœur

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