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14.05.2018

Adorateurs en esprit & vérité avec Notre-Dame du Saint-Sacrement - #JubiléPJEymard2018

Fraternité Eucharistique
12 - 05 - 2018
Adorateurs en esprit & vérité 12 mai.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’influence de la Vierge Marie
dans la vie de S. Pierre-Julien Eymard
 

            Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868) a été ordonné prêtre en 1834, à Grenoble, à l’âge de 23 ans. Après avoir été prêtre diocésain et curé à Monteynard, il devient religieux Mariste, à Lyon, à l’âge de 28 ans.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelDepuis son enfance, la Vierge Marie tient une place importante de Conseillère dans sa vocation sacerdotale & religieuse, et dans son cheminement jusqu’à fonder une Congré-gation centrée sur l’Eucharistie.

Il fréquente le sanc-tuaire de Notre-Dame du Laus dès ses 11 ans où il parcourt les 80 km depuis La Mure d’Isère, seul, à pied, mendiant son pain. Il y retournera à ses 13 ans où il fera sa première confession et rencontrera le P. Touche qui l’encouragera à suivre sa vocation sacerdotale, à apprendre le latin, et à communier chaque dimanche.

            À 17 ans, Pierre-Julien apprend par hasard la mort de sa mère, survenue le 5 août 1828. Il est alors pendant une année volontaire à l’hospice Saint-Robert, près de Grenoble, afin d’aider l’aumônier, en échange de leçons de latin, pour devenir prêtre.

            À 18 ans, Pierre-Julien commence son noviciat chez les Oblats missionnaires de Marie Immaculée, à Marseille. Mais il contracte une pleurésie, on le ‘rapatrie’ à La Mure chez son père. On va jusqu’à sonner la cloche des agonisants… Mais il revient à la vie et sa convalescence durera une année.

            Quand il a 20 ans, le père de Pierre-Julien décède. Il peut alors entrer au Grand Séminaire de Grenoble introduit par Eugène de Mazenod le fondateur des Oblats de Marie Immaculée.

            Contemporain de la vision de Maximin et Mélanie à Notre-Dame de La Salette, le 19 septembre 1846, il sera un défenseur de l’authenticité de la vision et un visiteur assidu du sanctuaire. Il accompagnera aussi Maximin jusqu’à le confier à une famille amie, les Jordan, dans les Yvelines.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelÀ chaque étape de sa vie, il a su reconnaître l’influ-ence de Marie. C’est seulement en 1858, après avoir fondé en 1856 les Religieux du Saint-Sacrement, et en fondant les Servan-tes du Saint-Sacre-ment, qu’il encoura-ge et approuve le culte que ses fils rendent à Marie, sous le vocable : Notre-Dame du Saint-Sacrement.

L’année de sa mort, en 1868, il ouvre ainsi le mois de Marie dans le premier noviciat de la Congrégation, à Saint-Maurice, dans l’Essonne :

« Eh bien ! nous honorerons Marie sous le vocable de
Notre-Dame du Très Saint Sacrement,
Mère et Modèle des adorateurs,
priez pour nous qui avons recours à vous. »
(PS 317,2)

            Il célèbrera sa dernière messe à Grenoble, dans la chapelle des Missionnaires de La Salette. Et, à La Mure d’Isère, son village natal, pendant son agonie, suite à un accident cérébral et épuisé, il quittera ce monde avec une vision de la Vierge Immaculée, une statuette de Notre-Dame de La Salette entre les mains.


            Dans La Grande Retraite de Rome, en 1865, trois ans avant sa mort, il médite à plusieurs reprises sur les Mystères de l’Incarnation et la Vie de Marie en l’Incarnation, les attitudes intérieures de Marie tout au long de la vie de son Fils, jusqu’à Marie adoratrice du Verbe incarné en l’Incarnation, avec 4 actes d’adoration : l’humilité, la joyeuse reconnaissance, le dévouement et la compassion. Ce sera l’objet de la Neuvaine à Notre-Dame du Saint-Sacrement qui se déroulera avec le réseau social Hozana, du 26 mai au 3 juin prochain, jour de la Solennité du Saint Sacrement.

            On le comprend donc, la présence de Marie est fondamentale dans toute la vie du Père Eymard. Elle a le rôle qu’elle tient déjà dans les Évangiles :

Servante du Seigneur, elle s’offre elle-même en le servant, en accueillant le Verbe fait chair en elle ;

— Elle indique son Fils, aux noces de Cana, pour qu’il manifeste la puissance de Dieu dont il est investi ;

Médiatrice, elle portera dans la prière les enfants de Dieu à son Fils, Mère de l’Église dont elle reçoit la tâche au pied de la croix.

— Rôle de co-rédemptrice aussi, même si ce n’est pas le mot que le P. Eymard emploie pour désigner la part active qu’à la Vierge dans l’économie du Salut ;

— Et surtout, Reine du Cénacle, qui reçoit l’Esprit Saint à la Pentecôte avec les disciples, Adoratrice du Christ ressuscité présent au saint Sacrement.

st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocel            Voilà pour l’introduction à Notre-Dame du Saint-Sacrement que la congrégation fête demain, le 13 mai. C’est le jour anniversaire où le Père Eymard, en compagnie de son premier compagnon, le P. Raymond de Cuers, a reçu de l’archevêque de Paris d’alors, Mgr Dominique Sibour, la bénédiction pour fonder la première communauté des Religieux du Saint-Sacrement. La mission première de la congrégation est d’adorer et de faire adorer le Saint Sacrement, avec l’œuvre de la première communion des adultes et des enfants en milieux ouvriers dans les faubourgs pauvres de la capitale (Faubourg Saint-Jacques).
 

 

            Mais que signifie « adorer et faire adorer le saint Sacrement » ? Pour répondre, entrons dans le Mystère de l’Incarnation du Verbe, par cette citation du prologue de l’Évangile de saint Jean :

Jean 1,14 (Prologue)

14 Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire,
la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
 


            L’angelus est une prière en l’honneur de l’incarnation du Christ, que je vous invite à prier ensemble pour se mettre en présence de Marie & de Jésus son Fils :

V/. L’Ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie,
R/. Et elle conçu du saint-Esprit.
Je vous salue Marie ...

V/. Voici la servante du Seigneur,
R/. qu’il me soit fait selon votre parole.
Je vous salue Marie ...

V/. Et le Verbe s’est fait chair,
R/. et il a habité parmi nous.
Je vous salue Marie ...

V/. Priez pour nous, sainte mère de Dieu,
R/. Afin que nous soyons rendu dignes des promesses de notre Seigneur Jésus-Christ.

PRIONS : Que ta grâce Seigneur notre Père se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus-Christ, Notre Seigneur, qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint Esprit maintenant et dans les siècles des siècles. Amen

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            Nous allons donc développer au cours de cet exposé ce que signifie « adorer en esprit & vérité ». Permettez-moi, tout d’abord, de baliser ce que j’ai à vous dévoiler par trois courts extraits du Projet de Vie de la Fraternité Eucharistique — l’Agrégation du Saint-Sacrement, la branche laïque de la Congrégation — à laquelle j’appartiens, ayant fait ma Promesse d’engagement il y a bientôt 2 ans (le 3 juin 2016).

1 — À l’article Avec Marie, il est écrit :st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard

Avec Marie

La Vierge Marie
Mère de Jésus et Mère de l’Église,
est le modèle irremplaçable
de la vie eucharistique.
Elle a partagé la vie des disciples
en prière au Cénacle
et en chemin sur les voies du monde.

Comme elle,
nous nous laissons guider par l’Esprit
pour que, dociles à son action,
nous contribuions efficacement
à la venue du Royaume.

D’ailleurs, nous l’honorons et l’invoquons
sous le titre de :
Notre-Dame du Saint-Sacrement.

(PdV – II, 11)

2 — À l’article La prière de contem-
plation et d’adoration …
est écrit :

La prière de contemplation et d’adoration

Dans la prière
de contemplation et d’adoration
au Christ présent dans l’Eucharistie
solennellement exposé ou dans le tabernacle,
nous prolongeons
la grâce du mystère célébré,
et intensifions notre union au Christ
pour devenir avec lui et comme lui
pain rompu pour un monde nouveau.

(PdV – II, 8)

3 — Et, enfin, à l’article La célébration eucharistique, nous lisons :st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocel

La célébration eucharistique

La célébration du Mémorial du Seigneur
est le point de départ
de notre compréhension de l’Eucharistie
et inspire notre prière et notre engagement.

Appelés à témoigner
de la forme eucharistique de l’existence,
par toute notre vie nous devenons
les ‘adorateurs en esprit et en vérité
que le Père cherche’ (Jn 4,23).

(PdV – II, 7)

 



Appelés à témoigner de la forme eucharistique de l’existence, par toute notre vie nous devenons 
les ‘adorateurs en esprit et en vérité que le Père cherche’ (Jn 4,23).

Et c’est le titre de cet exposé que nous allons approfondir en lisant l’Évangile de saint Jean, chapitre 4, versets 1 à 28.

 

Appelés à témoigner de la forme eucharistique
de l’existence, par toute notre vie nous devenons les
adorateurs en esprit et en vérité que le Père cherche

ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT JEAN

Chapitre 4

1 Les pharisiens avaient entendu dire que Jésus faisait plus de disciples que Jean et qu’il en baptisait davantage. Jésus lui-même en eut connaissance.
2 – À vrai dire, ce n’était pas Jésus en personne qui baptisait, mais ses disciples.

3 Quand Jésus appris cela, il quitta la Judée pour retourner en Galilée, 4 il devait donc traverser la Samarie.5 Il arrive ainsi à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, 6 et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. C’était la sixième heure, environ midi.

7 Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » 8 – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger. 9 La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.

10 Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » 11 Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? 12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » 13 Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; 14 mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » 15 La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »

16 Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » 17 La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : 18 des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » 19 La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !... Alors, explique-moi :

20 Nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. » 21 Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 23 Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. 24 Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » 25 La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » 26 Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

27 À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » 28 La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville. (…)


st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelJ’aimerais que nous voyions cette rencontre de Jésus avec la Samaritaine comme le paradigme de notre rencontre avec Jésus Eucharistie. Abordons cette scène comme le modèle d’une rencontre avec la personne divine de Jésus présent au saint Sacrement. Rencontre de Jésus Eucharistie comme quand nous sommes en adoration ou même lorsque nous communions à son Corps et à son Sang à la messe, quand nous prenons part au banquet des Noces de l’Agneau.

            Dès le début de ce chapitre 4, il est dit que Jésus attire à lui les gens et baptise plus que Jean, qu’il fait plus de disciples que Jean le Baptiste. Pour cette raison, les pharisiens veulent rejoindre Jésus pour lui demander des comptes. Ils s’en offusquent et s’interrogent sur le pourquoi de ce succès de Jésus. Ce succès vient de ce que Dieu habite pleinement en Jésus, qu’il est rendu capable par le Père de donner l’Esprit et la Vie sans mesure à celui qui croit en lui et reçoit le baptême en son nom. C’est parce que Jésus baptise dans l’Esprit, qu’il est lui même cet Esprit, cette Vie, que les gens viennent à lui et se font baptiser.

            Jésus connaît très bien le cœur des pharisiens, c’est pourquoi il les fuit, veut retourner en Galilée et doit pour cela traverser la Samarie. Pays que les Juifs mettent à distance. Les Juifs ne veulent aucun commerce avec les Samaritains, qu’ils considèrent comme impurs : rien à voir avec leurs règles sociales, culturelles et religieuses.

            Traversant donc cette région désertique, Jésus se retrouve au mythique puits de Jacob. Lieu essentiel, vital et stratégique, aussi bien dans le passé que pour maintenant dans la scène que Jésus s’apprête à nous donner à voir. Rendu vulnérable comme tout homme par la chaleur et la fatigue de la marche, Jésus a soif et s’assoit sur la margelle du puits. C’est la sixième heure, c’est-à-dire qu’il est environ midi. Je me suis demandée pourquoi ce détail de l’horaire précis. Et je me suis souvenue que dans saint Jean, ailleurs, à environ midi, la sixième heure, un autre événement a lieu… Aux abords de la Passion, avec Pilate qui cherche à relâcher Jésus. Voici le passage en Jean 19, 12-14 :                                                  

Mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » 13 En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l’endroit qu’on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha). 14 C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. »  

            Deux choses me frappent dans ces deux passages de l’Évangile :

            Dans un cas c’est la fatigue de la route qui fait s’asseoir Jésus au bord du puits. Dans l’autre cas, c’est Pilate qui fait asseoir Jésus sur une estrade, pour montrer à ceux qui veulent sa mort qu’il est inoffensif et innocent. Il vient d’être flagellé, moqué, il est en sang et porte la couronne d’épines, le roseau et le vêtement pourpre.

            Au bord du puits, Jésus, au contact de la samaritaine, est, librement, dans l’abnégation de sa personne humaine : il met son besoin individuel de boire au second plan, privilégiant le dialogue pour amener la femme à reconnaître qu’il est l’envoyé de Dieu, le Messie. Il lui révèlera sa personne divine, plus loin, au verset 26 : « Moi qui te parle, je le suis ».

            Finalement, Pilate ne fait pas autre chose que révéler la personne divine du Christ quand il le désigne aux Juifs comme étant leur roi. Mais Pilate ne connaît pas la portée de sa déclaration. Il ignore aussi que c’est librement que Jésus s’offre à toutes les tortures qui l’attendent encore.

            Dans les deux cas, la sixième heure, vers midi, désigne le moment crucial où s’opère la révélation de la personne divine de Jésus. La samaritaine reçoit cette révélation. Les juifs au moment de l’Ecce Homo la rejettent.

            Revenons à notre puits. Jésus est donc assis au bord. Il a soif. Et quand la samaritaine s’approche, il ne lui dit pas, comme sur la croix, dépouillé et à l’article de la mort : « J’ai soif ! ». Là, il lui demande : « Donne-moi à boire. » Il est en position de faiblesse par rapport à cette femme, puisqu’il n’a rien pour puiser et qu’elle en a les moyens : elle porte sa cruche. Mais il ne met pas en avant son besoin à lui, vital et humain. Il est très respectueux dans sa demande, tout en étant direct. Il demande avec autorité, mais il ose demander à une femme, qui plus est, étrangère. N fait, il se préoccupe de son besoin spirituel, à elle qui n’accède pas à sa demande. Elle ne se précipite pas au bord du puits pour y descendre sa cruche et la remonter pleine de l’eau fraîche qui lui ferait tant de bien physique ! C’est pourtant elle qui a la clef pour répondre à sa demande matérielle. C’est elle qui a le seau ou la cruche pour puiser. Au lieu de cela, immédiatement, le dialogue est enclenché sur le mode spirituel. La demande de Jésus « donne-moi à boire » contient la clef, la réponse à la question spirituelle que la samaritaine soulève par sa remarque spontanée : « Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » Toi, un Juif : Il est question immédiatement de la personne de Jésus dans la bouche de la samaritaine, mais elle ne le sait pas encore. C’est bien la personne de Jésus qui est le seau, la cruche, la clef à la question du don de l’Esprit, ce don de l’eau vive.

            Le sens pragmatique de la samaritaine lui montre que Jésus n’a rien pour puiser l’eau matérielle et cette remarque l’adoucit. C’est comme si elle s’asseyait à son tour à son côté, sur la margelle du puits, songeuse : « Tu n’as rien pour puiser (…) avec quoi prendrais-tu l’eau vive ? » Et Jésus l’amène sur son terrain, petit à petit, ne détachant pas son regard de ses yeux à elle qui se sont abaissés et qui se pose la question : « Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? ». Question qui pèse le poids de l’héritage de ses ancêtres, contenant toute l’histoire du premier Testament d’où elle parle encore. Mais Jésus la fait aborder la source véritable, l’Alliance Nouvelle qu’il lui propose en sa personne : « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » À ces paroles de Jésus, la samaritaine est conquise : elle relève les yeux vers son visage et c’est elle qui lui demande à boire de cette eau spirituelle.

 
st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillard,étienne parrocelJésus la gagne. Elle se laisse toucher et il avance, en lui demandant d’appeler son mari et de venir avec lui, pour profiter de ce don de l’Esprit, de sa propre personne, qu’il veut lui faire. Il connaît très bien sa vie : les cinq maris de son passé et l’homme qu’elle a actuellement et qui n’est pas son mari. Le chiffre parfait étant le sept, sans se proposer à elle directement comme Époux spirituel, elle déclare d’elle-même qu’il est prophète, qu’elle le voit bien puisqu’il lit sa vie comme en un livre ouvert. Alors elle laisse jaillir la question qui lui brûle les lèvres et l’âme de savoir où il faut adorer Dieu. Sur la montagne qui est là, en Samarie, où à Jérusalem comme le prétendent les Juifs ?

            Là, Jésus lui répond en l’appelant ‘femme’ : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. » Comme quand Marie, sa mère, s’adresse à lui pour lui signaler que les invités aux noces de Cana n’ont plus de vin. Il lui répond : «  Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Dans les deux cas il est fait allusion à l’heure de sa mort sur la croix où aura lieu le don suprême de Dieu dans l’Esprit Saint, dans le sang et l’eau. Si la sixième heure, vers midi, correspondait à la révélation de la personne divine de Jésus, la neuvième heure, à quinze heure (15h), sera le moment de la kénose, de la remise entre les mains du Père de son souffle, et du don de l’Esprit saint quand le coup de lance transpercera son Cœur.

            « L’heure vient », dit Jésus, « – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité ». Oui, l’heure vient où Jésus donnera son Esprit, par sa mort, le remettant au Père sur la croix. Déjà, à la croix, il nous donne son Esprit. Et quand il ressuscitera il enverra son Esprit sur la terre. C’est ce Jésus Eucharistie-là que nous adorons au saint Sacrement, en esprit et vérité. La circulation de l’amour entre les trois personnes divines, la Trinité, Dieu Trine, Père, Fils et Saint Esprit est ce don que Jésus nous fait par son sacrifice et sa résurrection. Nous recevons cette vérité, qui est le dynamisme de l’amour divin, quand nous adorons Jésus au Saint Sacrement. Cette vérité nous rend libre. C’est le règne de Dieu en soi. C’est l’authentique culte d’adoration de Dieu que nous recevons de la Nouvelle Alliance en Jésus Christ. Nous recevons le nouveau principe de vie, l’Esprit de Jésus, qui nous fait, nous crée « enfants de Dieu » [Jean 1,12-13 (Prologue) : Tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. (Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.)]

            Et la samaritaine acquiesce : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Quand elle dit cela, je la vois encore songeuse et la tête baissée, attentive à ce qui se passe en son propre cœur, en elle-même, à l’écoute de son intériorité. Et elle en sait des choses ! Elle est déjà habitée, éclairée par l’Esprit de Jésus. Ses paroles sont de l’Esprit de vie contracté au toucher de Jésus. Et lui, de répondre : « Moi qui te parle, je le suis ». Paf ! un éclair intérieur, comment ne pas être tourneboulée… ? Comme du buisson ardent Dieu répondit à Moïse : « Je suis ». Oui, Jésus est bien le buisson ardent de la Nouvelle Alliance. Il est bien ce feu de l’amour qui consume toute sa personne sans qu’elle ne l’anéantisse. Il en rayonne par sa parole qui touche le cœur et nous met en mouvement. Un mouvement vertueux.

            En effet, la samaritaine a à peine le temps de réaliser ce que Jésus lui révèle, qu’un mouvement de personnes se fait autour d’eux, et brise leur cercle intime. L’effet de la parole de Jésus révélant sa divinité à la samaritaine est tel qu’elle se met en mouvement aussitôt, elle aussi. Elle lâche la cruche, le seau, sans avoir servi le Messie, pleine qu’elle est de l’Esprit que vient de lui infuser Jésus, et elle part, retourne au village annoncer qu’elle a trouvé le Messie. Comme Marie qui vient de vivre l’Annonciation, pleine de l’Esprit saint — qui la couvrit de son ombre et insuffla la vie de Jésus en son sein­ —, partant sur les chemins, gravissant les montagnes à la rencontre de sa cousine Élisabeth —, de même la samaritaine n’a pas le loisir de savourer pour elle-même la rencontre avec Jésus : elle part annoncer la Bonne Nouvelle de la venue du Messie en la personne de Jésus. Elle devient illico-presto évangélisatrice. Les disciples reviennent avec les provisions qu’ils étaient partis quérir en ville. Ils les proposent à Jésus, pour qu’il se sustente, mais finalement, pas plus que sa soif, sa faim n’est matérielle. L’occasion pour Jésus de poursuivre sa catéchèse auprès des disciples pour leur montrer le Père, d’une autre manière qu’avec la samaritaine fraîchement convertie.

           [Mais là, c’est une autre histoire : de pain, de semeur et de moissonneur qui pourrait faire l’objet d’une prochaine rencontre avec la Fraternité Eucharistique…].


Logo sss NEUF.jpgSandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique
Chapelle Corpus Christi
23 av. de Friedland - Paris 8


Bannière 13 mai ND st Sacrement.jpgAnimation de l'Adoration Eucharistique du 12 mai 2018 Chapelle Corpus Christi - avec la petite histoire de Notre-Dame du Saint-Sacrement

 

 

Retrouvez cet article avec les 4 précédents et le suivant du #JubiléPJEymard2018
Catéchèse Eucharistique L'idéal du Cénacle Comprendre l'Eucharistie dans sa totalité
avec S.Pierre-Julien Eymard

 

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Jésus et la Samaritaine

Étienne Parrocel (dit le Romain) - Huile sur toile, XVIIIè s.
Palais Fesch - Musée des Beaux-Arts, Ajaccio

 

Iconographies, plus haut

Notre-Dame du Saint-Sacrement - Vitrail, Oratoire de la Maison Généralice -
Congrégation du Saint-Sacrement, Rome.

La Vierge à l'hostie - Jean-Dominique Ingres, Musée du Louvre.
La Sainte Cène - Vitrail oculus, Chapelle Corpus Christi Paris 8.

01.05.2018

Que le règne eucharistique du Christ arrive ! Conférence du P. Nicolas Buttet - SC Montmartre

À l'occasion de la Nuit d'Adoration au Sacré-Cœur de Montmartre du 20-21 avril 2018 : Conférence du Père Nicolas Buttet, fondateur de la Fraternité Eucharistein — du samedi 21 avril 2018 — invité par Gino Testa du Groupe de prière Padre Pio de Paris — à la suite de celle (Le 'chant' de st P-J. Eymard) du Père André Guitton, sss (Congrégation du Saint-Sacrement), biographe de st Pierre-Julien Eymard, de la communauté des Pères du Saint-Sacrement, Chapelle Corpus Christi - 23 av. de Friedland - Paris 8.
En voici la 'vidéo'-audio enregistrée par les soins des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre.

 

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Il est bien là, ouvert sur la Croix, toute la dévotion se trouve là, il y a des textes merveilleux, comme ça… Mais finalement c'est au XIIème XIIIème siècle avec sainte Gertrude d’Helfta, sainte Metchilde de Hackeborn, sainte Metchilde de Magdebourg, Hildegarde de Bingen, où tout d’un coup le Sacré Cœur prend une première… Il y a une scène très belle où Hildegarde de Bingen voit le Sacré Cœur de Jésus, repose sur le Sacré Cœur de Jésus, et elle voit saint Jean. Et elle dit à saint Jean : « Tu es un petit cachotier ! Je suis sûre que quand tu as posé ta tête sur le Sacré Cœur de Jésus tu as dû sentir l’amour fou qu’il y avait dans son Cœur, et tu ne nous as rien dit ! Tu es un petit cachotier ! » Alors, saint Jean lui dit : « Effectivement, j’ai senti cet amour fou dans le Cœur de Jésus, mais Dieu m’a confié la mission d’annoncer le Verbe fait chair. Quant aux secrets insondables de son Cœur, ils sont réservés aux temps où la charité se refroidira sur la terre. » Et donc, ça va être Marguerite-Marie Alacoque, qui va recevoir cette dévotion au Sacré Cœur. Et puis on va voir que cette dévotion va se concentrer, se cristalliser, s’incarner, si j'ose dire, autour du Christ Eucharistique. Puisque c’est le Cœur Eucharistique de Jésus qui va être la grande dévotion de la fi du XIXème siècle mais un peu brève, malgré tout. Et saint Pierre-Julien Eymard fait partie, avec tous ses amis, avec Émilie Tamisier, avec le Père Antoine Chevrier, avec le Curé d’Ars… Ils étaient tous copains, c’est incroyable, il y avait une collection de saints qui se côtoyaient et qui priaient ensemble qui était absolument extraordinaire, hein ! C’était les potes de Jésus qui s’étaient rassemblés et ils voulaient annoncer. Ça, c’est important, c’est une belle leçon, parce que dans des moments de tiédeur et de froideur, Dieu veut vraiment rassembler ses amis pour nous donner le feu et nous donner la grâce d’évangéliser. Et puis tout d’un coup, on va voir que quand on va plus profondément dans ce Cœur de Jésus, on a la Miséricorde et c’est sainte Faustine. Finalement, toute la révélation de sainte Faustine se joue autour de Jésus Eucharistie. Et je vous disais, hier soir, cette phrase qui me touche beaucoup : « Dis bien au monde entier qu’il n’y aura pas de paix sur la terre si l’on ne vient pas à ma Miséricorde. Et le trône de ma Miséricorde c’est le Saint Sacrement. » Donc : « Dis bien au monde entier qu’il n’y aura pas de paix si l’on ne vient pas au Saint Sacrement. » Et donc, les prophéties du Père Pierre-Julien Eymard sur la conversion de la France, de l’Europe, sur la nécessité absolue de l’adoration, sur la grâce de l’adoration pour transformer le monde qui est pris dans la tiédeur et dont les âmes se croient ferventes et qu’elles ne le sont pas, parce qu’elles n’ont pas établi leur trône en Jésus Eucharistie… eh bien !, c’est vraiment maintenant que ce temps est là. Il nous est donné maintenant. Et avec cette Miséricorde qui jaillit du Cœur de Jésus. Et pour moi, cette prophétie de Faustine et cette prophétie de saint Pierre-Julien Eymard, est aussi importante que celle de Fatima, voyez-vous. Quand Marie dit, en 1917, que si on ne va pas se convertir, une guerre plus grave encore éclatera sous le pontificat de Pie XI… On est encore à l’époque du pape Benoît XV, Pie XII arrivera en 1922 sur le siège de Pierre, il mourra en 1938 et c’est vrai que la guerre éclate sous le pontificat de Pie XI, juste avant son décès. Marie annonce cela en 1917, et donc, à part Marie et le Ciel, personne ne peut savoir le nom du prochain pape, et elle l’annonce clairement, avec un signe aussi cosmique, qui aura lieu au début de l’année 1938, une lueur dans le ciel qui se verra de manière assez extraordinaire dans le monde, un peu partout. Parce qu’on n’aura pas écouté Marie, on aura cette tragédie, voyez-vous. Toute prophétie est conditionnelle, soumise à la liberté des hommes. Ninive se convertit, l’Europe ne se convertit pas. Voilà. Et aujourd’hui, le pape François a beaucoup insisté sur le lien entre Fatima et Akita, et donc, c’est quelque chose d’assez important, ce lien entre Fatima et Akita. Notre-Dame d’Akita a été reconnu par l’Église en 1984 et 1988 par le cardinal Ratzinger à Rome, c’est chez les Servantes Eucharistique du Sacré-Cœur, en montrant qu’il faut prier Jésus Eucharistie. Donc, au cœur du renouveau du monde, au cœur du renouveau de notre vie personnelle, au cœur de la guérison du monde, il y a Jésus Eucharistie. Il fallait être fou de la part de Jésus, de se rendre présent dans cette vulnérabilité-là, vous voyez… Bien sûr, c’est Dieu transcendant qui est là, mais c’est le bébé de Marie, c’est le vrai corps que Marie a porté dans ses bras, c’est ce Jésus qu’elle a touché, qu’elle a caressé, qu’elle a pris, et Joseph, et le vieillard Siméon : « Oh qu’il est chou ce petit bébé ! » Et c’est l’émerveillement des bergers à la crèche, voyez-vous… C’est ça ! l’Eucharistie. Alors on a tellement pris de la distance avec l’Eucharistie… On ne dérangeait pas le ‘Divin Prisonnier’. « Interdiction… » Un prêtre a écrit à son évêque : « Interdiction de déranger le Divin Prisonnier. » À un moment donné on interdisait de le toucher avec les dents. Or, comme je l’ai dit hier, le mot ‘trogein’ en grec, c’est ‘broyer avec les dents en faisant du bruit’. Et on est arrivé à dire que c’est un péché mortel de toucher avec les dents l’Eucharistie. Mais comment a-t-on pu vouloir tenir à distance ce Dieu qui se fait si proche, jusqu’à se faire manger et « descendre dans les latrines de notre corps »[1]  ? (suite à retranscrire…)       

 

[1] Voici le texte de Benoît XVI, citant S. Bonaventure : « Laissons-nous remplir à nouveau de cette joie : Où y a-t-il un peuple à qui Dieu est aussi proche que notre Dieu est proche de nous ? Si proche qu'il est l'un de nous, au point de nous toucher de l'intérieur. Oui, d'entrer en moi dans la Sainte Eucharistie. Une pensée qui peut être déconcertante. Sur ce processus, saint Bonaventure a utilisé, une seule fois, dans ses prières de Communion, une formulation qui secoue, qui effraie presque. Il a dit : "Mon Seigneur, comment a-t-il pu te venir à l'esprit d'entrer dans les latrines sales de mon corps ?". Oui, Il entre dans notre misère, il le fait avec conscience et il le fait pour nous pénétrer, pour nous nettoyer et pour nous renouveler, afin que, grâce à nous, en nous, la vérité soit dans le monde et le salut se réalise. »

 

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P. Nicolas Buttet
Fondateur de la Fraternité Eucharistein

11.03.2018

« La grâce de mon saint baptême » chez st Pierre-Julien Eymard

Comprendre l’Eucharistie dans sa totalité avec st Pierre-Julien Eymard

Cycle #JubiléPJEymard2018

Fraternité Eucharistique Chapelle Corpus Christi Paris 8 — 10 février 2018

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‘LA GRÂCE DE MON SAINT BAPTÊME’

chez Saint Pierre-Julien EYMARD

 

Nous venons de célébrer le 207e anniversaire de la naissance de saint Pierre-Julien à La Mure (4 février 1811). Dans le cadre du Jubilé du 150e anniversaire de sa mort, je vous propose un essai sur le baptême, tel que le P. Eymard nous en a laissé le témoignage à travers ses écrits.

Brièvement, nous savons combien le P. Eymard a gardé vivant le souvenir de la grâce de son baptême. Régulièrement, lors de ses séjours à La Mure, il rend visite aux fonts baptismaux de la paroisse. Dans ses écrits les dates anniversaires de sa naissance et de son baptême, les 4 et 5 février, sont citées plus de 80 fois, souvent avec la mention de sainte Agathe, fêtée le 5.

En ce qui concerne ma recherche, je me limite à une sélection de ses écrits : quelques extraits de sa correspondance à ses sœurs, et un parcours sélectif de ses notes de retraites personnelles. Dans son itinéraire spirituel, sur le thème du baptême, je note, de façon schématique à partir des textes que j’ai consultés, deux périodes :

1 - la période mariste, de 1841 à 1856

2 - la période du fondateur, de 1856 à 1865.

 

P. Eymard Profil Ovale.jpg1 - La période mariste (1841-1856)

Ce que j’appelle la ‘période mariste’ s’étend, en réalité, de sa naissance à la fondation. Je n’ai pas pris en compte le Vade mecum semper, de sa période de vicaire à Chatte, qui aurait pu fournir un éclairage utile. Pas davantage son abondante production des Conférences au Tiers-Ordre de Marie. Je me suis limité à ses retraites personnelles mensuelles à la date du 4 ou 5 février des années 1841 (NR 15, 2) ; 1843 (NR 21, 1) ; 1844 (NR 25, 8) et 1856 (NR 40, 5) Cf : Œuvres complètes de saint Pierre-Julien Eymard en ligne – S’y ajoutent les deux lettres à Marianne, sa marraine de 1841 (CO 17 et de 1846 (CO 60) - (PDF)

Notons que les retraites mensuelles, dans la tradition de la vie religieuse de l’époque sont « des préparations à la mort ». La mort est une réalité permanente, partout présente ; elle frappe à tout âge ; il faut s’y préparer, se tenir prêt. – De ce fait il est difficile de vouloir tirer de ces notes la pensée exacte du P. Eymard sur le baptême. En 1841, le P. Eymard est âgé de 30 ans et il jouit alors d’une santé relativement bonne. Dans ses notes, il est question du temps qui passe, de la souffrance, de la mort, de l’état de son âme sur la mort. Autant d’approches pessimistes ou négatives.

Nous retrouvons ces mêmes notes dans les deux lettres de circonstance à sa marraine, au jour anniversaire de son baptême en 1841 et 1846. Au désir de la sainteté, se mêle le désir de la mort pour aller au ciel. Je commence à languir sur la terre. Je vous aime bien toujours, mais ne m’en voulez pas si mon amour pour vous se borne à votre perfection au ciel, écrit-il en 1841. Un amour intemporel, désincarné, non pas envers sa sœur telle qu’elle est, mais selon l’image qu’il s’en fait.

En 1846, alors qu’il célèbre l’anniversaire de son baptême, comme le plus beau jour de ma vie, note-t-il, il ne peut s’empêcher d’y mêler le regret d’une mort prématurée. C’est un si beau jour pour moi, écrit-il, c’est le plus beau jour de ma vie, c’est aujourd’hui que j’ai eu le bonheur d’être baptisé. Hélas ! si j’étais mort après, je serais maintenant au ciel, mais le bon Dieu ne l’a pas voulu et m’a laissé jusqu’aujourd’hui dans cette vallée d’exil, de larmes et de combats. Et d’évoquer à sa chère marraine que le premier arrivé au ciel, qu’il laisse sur son passage un bâton de soutien, puis, la porte ouverte ; au moins là, il n’y a plus de distance, ni de séparation.

Du moins, ce qui pouvait réjouir Marianne, ce sont les souvenirs de son enfance : elle a été pour lui comme une grande sœur, de 12 ans son aînée. Il évoque son affection pleine de vigilance, sa piété, son soutien dans les épreuves. Il lui porte une affection profonde, des millions de fois (quelle expression merveilleuse de son amour !) je vous ai appelée de ce doux nom (de marraine). Je vous dois beaucoup, lui écrit-il, surtout de m’avoir retenu dans ma jeunesse loin des occasions de mal, de sorte que je puis dire que c’est en partie à vous que je dois ma vocation à l’état ecclésiastique (1841).

Cette approche du baptême est l’écho de l’enseignement de l’Église en cette première partie du 19e siècle – et par-delà. Le catéchisme s’attache alors davantage à décrire sa matière et sa forme ainsi que ses effets : il efface le péché originel ainsi que tous les péchés à l’âge adulte, il confère la grâce sanctifiante et prépare à l’héritage du ciel. La prédication est moralisante. Comme les autres sacrements, il est perçu comme un des moyens de sanctification, même s’il est le premier dans l’ordre des sacrements.

Cette vision correspond assez bien à cette première période de l’itinéraire du P. Eymard, telle que le P. Saint-Pierre l’a décrite dans sa thèse L’Heure du Cénacle et qu’il a intitulée, à partir d’une citation du Père : Pro te moriar ! – Seigneur, que je meure pour toi ! Une période marquée par l’ascèse, la peur du péché, de la mort et du jugement. Avant qu’il ne découvre le vrai sens de sa mission : Pro te vivam ! – Que je vive pour toi !

 

P-J. EYMARD Portrait n&b.jpeg2 - La période du Fondateur (1856 -1868)

La seconde période, nous la trouvons, comme condensée, dans la 2e Retraite du Père à Rome, où il séjourne depuis le mois de novembre 1864, au Séminaire français. Il vient régler l’affaire du Cénacle, la fondation d’une communauté du Saint-Sacrement à Jérusalem là où Jésus a institué l’Eucharistie. En face des difficultés multiples et de la lenteur de l’instruction de la cause, il se retire près de Sainte-Marie Majeure chez les rédemptoristes et commence une retraite qui s’achèvera avec la décision, — finalement négative. Durant plus de 9 semaines, il va se consacrer à une retraite personnelle, avec la question initiale : Seigneur, que veux-tu que je fasse ?

Précisément, au jour anniversaire de son baptême, le 5 février 1865 (PDF), il médite sur la grâce gratuite et toute miséricordieuse du saint baptême que j’ai reçue, avec trois méditations dans la journée. Déjà tout est dit dans cette phrase d’ouverture : J’ai vu ce qu’il est une récréation en Notre Seigneur Jésus-Christ, une seconde vie en Jésus-Christ, mais en Jésus-Christ crucifié. — Il faut noter l’expression : J’ai vu, qui revient 60 fois dans ses retraites personnelles, dont 37 fois en cette Grande retraite de Rome. Il ne s’agit pas seulement d’une perception intellectuelle, mais d’une prise de conscience, d’une expérience spirituelle, d’une motion de la foi sous l’action de l’Esprit Saint.

Dans cette perspective, le baptême est conçu comme la participation au mystère pascal, à la mort-résurrection de Jésus-Christ, une seconde vie en Jésus-Christ, mais en Jésus crucifié. — Suivent des citations tirées des épîtres de saint Paul, Galates et Romains, et une citation de l’évangile de saint Luc : Baptisés, vous avez revêtu le Christ — Ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. — Ensevelis avec le Christ par le baptême dans la mort . — On ne peut être disciple du Christ sans haïr sa propre vie. Le P. Eymard cite ces textes de mémoire : ils se réfèrent à la croix du Christ à laquelle nous sommes associés par le baptême ; — à la mort du Christ avec qui nous sommes ensevelis ; — à sa résurrection, nous avons revêtu le vêtement du Seigneur ressuscité : nous avons revêtu le Christ, son corps de gloire dans notre condition terrestre. De ce mystère célébré comme une immersion dans la mort du Christ, nous avons été tirés de l’eau comme participant à sa résurrection. C’est de ce même mystère que découlent les effets du baptême : renoncement au péché et à ce qui y conduit et surtout dotation singulière des baptisés : filiation divine, incorporation au Christ et à l’Église comme membres vivants, et au terme participation à la gloire du Christ ressuscité. 

À la lumière du baptême qu’il a reçu, le P. Eymard fait une relecture de sa vie et de la mission qui lui a été confiée : chrétien, prêtre et fondateur. Il prend conscience de la part de péché en sa vie et il pleure. Il s’ouvre également à l’action de grâce pour tant de bienfaits. Une voie nouvelle s’ouvre devant lui, celle qu’il appelle « la partie illuminative » de sa retraite, avec une double et unique orientation : Notre Seigneur, ma loi – c’est l’Évangile – Notre Seigneur sacramentel, ma fin – c’est sa mission de fondateur.

Il y a là, à partir de son baptême, une vision unifiée de son existence, comme l’a noté le P. Manuel Barbiero. De son baptême, dérivent à la fois sa vocation chrétienne, sa vocation sacerdotale et sa vocation religieuse qui trouve son achèvement en sa vocation de fondateur. C’est une note que l’on retrouve dans le déroulement de sa Grande retraite de Rome (comme de celle de Saint-Maurice en 1868), ­— une vision ‘holistique’ de sa vie dans la diversité de ses états, entièrement unifiée. Témoin sa 1ère méditation du 1er février 1865 : Comme le bon Dieu m’a aimé ! Il m’a conduit par la main jusqu’à la Société du Très Saint-Sacrement. Toutes mes grâces ont été des grâces de préparation. Tous mes états, un noviciat ! Toujours le Très Saint Sacrement a dominé. (NR 44, 14).

Pour être complet, le 5 février 1865 le P. Eymard poursuit sa recherche avec l’évocation de « la bonté de Dieu depuis mon baptême », et une 3e méditation sur « La chair, ennemie de l’Esprit Saint » — Comme en écho à ce qu’il notait en sa 1ère méditation : Il faut embrasser la voie du dépouillement du vieil homme. Il n’y a que celle-là de vraie. Toute autre est une illusion ou une paresse.


D’où vient cette ‘conversion’ du P. Eymard ?

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La question vaut d’être posée. Mais la réponse n’est pas simple, car elle suppose une recherche méthodique dans tous les écrits datés du Père. Ce qui dépasse de très loin l’objet de notre rencontre. Qu’il suffise d’évoquer deux grâces particulières qui ont marqué l’itinéraire spirituel du Père.

Il y a d’abord la grâce reçue au calvaire de Saint-Romans. Le jeune abbé Eymard, vicaire à Chatte, a reçu dans ce modeste sanctuaire une lumière sur le mystère de la Croix. À l’encontre d’une piété doloriste, il fait l’expérience de la tendresse miséricordieuse de Dieu dans le don de son Fils Jésus : celui-ci a donné sa vie par amour pour le salut du monde, et son amour nous atteint de façon personnelle. Le P. Eymard a résumé ainsi quelque chose de cette grâce dans cette recommandation à Mme Natalie Jordan : Voir de prime abord les choses sous le côté de la bonté de Dieu pour l’homme, la raison de cette grâce, ce qu’elle a coûté à Notre Seigneur, son actualité, sa permanence pour nous (27 août 1867, CO 2011). 

Une seconde étape est franchie avec la Fête-Dieu à Saint-Paul de Lyon, le 25 mai 1845. Au cours de la procession paroissiale qu’il préside — deux heures qui lui ont paru qu’un instant — il été pénétré de la foi et de l’amour à Jésus dans son divin Sacrement. Dès lors, il s’engage à ne prêcher que Jésus-Christ et Jésus-Christ eucharistique. Enfin, il demande au Seigneur l’esprit des Épîtres de saint Paul, ce grand amant de Jésus-Christ et il s’engage à en lire au moins deux chapitres par jour  (25 mai 1845, NR 27,3). Cette familiarité avec les écrits de l’Apôtre n’est pas sans lien avec les citations qu’il en fait de mémoire dans sa prédication et ses écrits. Le P. Cave a souligné la dimension christocentrique de cette révélation ; elle est tout autant eucharistique : le Christ en son Sacrement est la source de tout amour.

Il faut ajouter, sans nul doute, sa grâce de fondateur de la Société du Saint-Sacrement (Religieux, Servantes et Agrégés), avec le culte de l’Eucharistie, sa prédication sur l’Eucharistie, l’importance de la communion et de l’adoration, son ministère auprès des jeunes ouvriers avec l’œuvre de la Première communion des adultes où il catéchise des jeunes, laissés pour compte de la pastorale paroissiale, et célèbre occasionnellement des baptêmes d’adultes.

  

En guise de conclusion

Le P. Eymard, toujours en chemin, a connu une évolution dans son approche du baptême. Il en a toujours vécu intensément. Au début avec une note plus volontariste, avec la pratique des vertus chrétiennes, le sens du devoir, le souci de la perfection pour acquérir le bonheur du ciel. Une période afflictive par certains aspects, marquée par l’observance des commandements et la pratique de la vertu, très généreuse. Puis il découvre qu’il y a une autre voie que celle du devoir : celle de l’amour. Dès lors, il fait fructifier ‘la grâce de son saint baptême’, qu’il perçoit comme une configuration au Christ mort et ressuscité. S’en suit le ‘dépouillement du vieil homme’, selon la pensée paulinienne, et tout autant le ‘revêtement de l’homme nouveau’. C’est l’Esprit Saint qui agit et transforme sa vie. Une transformation qui trouve son expression la plus haute dans le ‘don de la personnalité’, reçu en cette même retraite de Rome le 21 mars 1865. C’est alors qu’il a reçu, à défaut de la fondation d’une communauté au Cénacle de Jérusalem, le ‘cénacle en moi et la gloire de Dieu en moi’, comme il l’avait pressenti le 5 février dans sa 3e méditation. C’est la synthèse de sa vie baptismale qui s’épanouit dans sa vie eucharistique.

Faut-il ajouter qu’il réalisait ainsi le ‘renouvellement, sans cesse repris, des vœux de son baptême lors de la préparation à sa première communion le 15 février 1823 : Acte d’offrande : Mon doux Jésus, je me donne à vous, comme vous vous êtes donné tout à moi. – Mon Dieu, mon tout. Julien (NR, 1).

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André Guitton, sss 
Paris, le 10 février 2018 

 

 

Questions :

  • Demande de clarification
  • Où situer la ‘nouveauté’ dans l’approche du baptême chez le P. Eymard ?
  • De quelle façon ma vie chrétienne en est-elle éclairée ?
  • Lien entre baptême et Eucharistie ?

 

Retrouvez ce texte dans la sous-page enrichie 
Fraternité Eucharistique Corpus Christi #JubiléPJEymard2018

et la page consacrée à Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie - Un saint d'avenir

Communauté de prière en ligne Hozana St Pierre-Julien Eymard — Chapelle Corpus Christi

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23.01.2018

Notre vocation eucharistique de laïcs avec st Pierre-Julien Eymard

L’IDEAL DU CÉNACLE

Comprendre l’Eucharistie dans sa totalité avec st Pierre-Julien Eymard

Cycle #JubiléPJEymard2018

Présentation de la Fraternité Eucharistique Chapelle Corpus Christi Paris 8 — 13 janvier 2018

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Extrait de sa correspondance
CO 477,1

 À Jésus Eucharistique

[La Seyne-sur-Mer,]1
1er Janvier 1855

Merci de vos vœux et de vos souhaits si bons en Notre Seigneur. Oui, que cette année soit une année eucharistique ! Qu'un cénacle d'amour et de louange s'élève sur cette terre d'ingratitude et d'oubli ! Puissé-je en être le premier adorateur comme la première victime ! Cette pensée eucharistique ne me quitte pas, je la bénis, je l'environne d'épines et de fleurs, j'aime à en faire une couronne de vœux et de désirs. Mais Notre Seigneur le veut-il à présent ? Me fera-t-il l'honneur et le bonheur de m'appeler autour de ce doré tabernacle ? Voilà, ma fille, ce qu'il faut demander à ce Roi de tous les cœurs.

Mais que deviendra le Nazareth de Jésus et de Marie, me direz-vous ?

De Nazareth, Jésus alla au Cénacle et Marie y fit sa dernière demeure.

Je voudrais bien que vous vous missiez aux pieds de Notre Seigneur, afin qu'il daigne vous mettre une parole au cœur pour vous et pour moi.

Les matériaux se préparent, c'est bien entendu que je vous ai inscrite la première. Je n'ai pas encore commencé les conférences aux T. [Tierçaires] de Toulon, je le ferai sous peu. Ma santé est toujours un peu misérable – que Dieu en soit béni ! cependant la migraine me laisse un peu plus tranquille. Je puis dire la sainte messe : que Dieu est bon !

Mes souhaits de bonne année à toutes vos sœurs, j'avais commencé une lettre à toutes, mais le temps me manque.

Je n'ai encore écrit à personne depuis bien longtemps.

Mes souhaits à ces bonnes sœurs sont tous en Dieu et pour Dieu, tous en l'amour de Jésus et de Marie, en qui je suis

Tout à vous toutes

Eymard

1 Les mots mis entre crochets ne sont pas de la main d'Eymard.

2 Billets spirituels, tirés au sort. Celui de Noël indiquait pour l'année l'office à remplir à la cour du Roi Jésus. Au jour de l'an, doubles billets : étrennes de l'Enfant Jésus et en retour, étrennes de l'âme à Jésus.



st pierre-julien eymard,eucharistie,chapellecorpuschristiparis8,fraternité eucharistique,#jubilépjeymard2018,foi,adoration,adoration eucharistique,transmission,sandrine treuillardDans cette lettre adressée le jour de l'an 1855 à Marguerite Guillot, rectrice du Tiers-Ordre de Marie, la branche laïque des Maristes, le Père Eymard présente ses vœux ainsi : Oui, que cette année soit une année eucharistique ! Que signifie ces vœux ”eucharistiques” et la vocation eucharistique pour saint Pierre-Julien Eymard ? C’est ce que nous allons explorer par cette lettre qui nous donne quelques réponses à approfondir…

 

Des origines de l’engagement du Père Eymard auprès des laïcs avec Marguerite Guillot

Très tôt, Pierre-Julien Eymard s’est intéressé à l’engagement spirituel des laïcs dans cet ordre tertiaire mariste. Cette vocation pour le bien spirituel des laïcs à part entière a toujours côtoyé sa vocation eucharistique, depuis la rencontre de Marguerite Guillot, 10 ans plus tôt, en 1845.

Le 1er janvier 1855, date de rédaction de cette lettre, il va avoir 44 ans. À 23 ans il avait été ordonné prêtre à Grenoble et l’appel à la vie religieuse le fit devenir Mariste, 5 ans plus tard, à 28 ans, à Lyon. Après 5 ans, en 1844, il y est nommé provincial.

En 1855, Mariste depuis 16 ans, le P. Eymard a été écarté de Lyon par le Supérieur général de la société de Marie qui le nomme directeur du collège Sainte-Marie de la Seyne-sur-Mer, à Toulon, et ce dès 1853.

Pourquoi a-t-il été écarté de Lyon deux ans plus tôt ? Parce qu’il a pris des libertés avec le Tiers-Ordre de Marie vis-à-vis du Supérieur général d’alors, le Père Colin. Il dirige depuis bientôt 10 ans le Tiers-Ordre de Marie qui prospéra si bien dès le début qu’il s’étend aussi aux prêtres : le curé d’Ars y est reçu dès le 8 décembre 1846.

À qui s’adresse cette lettre ? À Melle Marguerite Guillot. Ils se connaissent depuis 10 ans. Elle est rectrice du Tiers-Ordre de Marie depuis 1853, nommée par le nouveau Supérieur général, le Père Favre, après en avoir été sacristine puis maîtresse des novices, c’est-à-dire chargée des nouvelles venues.

Marguerite Guillot et le Père Eymard se sont rencontrés à Lyon lorsqu’il prêcha pour le Carême en 1845 et auquel elle alla se confesser. Le P. Eymard deviendra vite le directeur spirituel de Marguerite Guillot alors en recherche pour répondre à sa vocation de consacrée. Sr Suzanne Aylwin écrit dans la petite biographie de Marguerite Guillot :

« Sous la direction du P.  Eymard, l’âme de Marguerite se sent de plus en plus portée à la vie intérieure. Cette soif de perfection devient si grande que la vie chrétienne ordinaire, même avec la grande perfection que le Père lui fait pratiquer, n’est plus en mesure de lui suffire. Elle sent le besoin d’un milieu entre la vie du monde et la vie du cloître. Elle s’en ouvre au Père qui l’éprouve d’abord en lui répondant qu’elle ne sait pas ce qu’elle dit et ce qu’elle veut, qu’il n’y a point de voie médiane entre la vie du monde et celle du cloître. Mais, quelque temps après, il lui dit qu’à cause d’elle, il a accepté la présidence du Tiers-Ordre de Marie, la branche laïque de la Société de Marie. »

Nous pouvons relever combien dans leur relation la dirigée suscite la paternité spirituelle de son directeur, combien leur rencontre a fait partie du plan de Dieu, comme la suite nous le révèlera.

Quel est le contexte de la lettre dans le parcours spirituel du P. Eymard ?

En 1855, depuis déjà 4 ans au collège de la Seyne-sur-Mer à Toulon, Pierre-Julien Eymard vit une période de crise. Le 13 janvier de la même année il écrira à Marguerite : « Je me dis souvent : mais le Bon Dieu, que fera-t-il de moi tout souffrant et ne valant rien ? Je ne suis plus bon à rien, je suis usé, j'aurais besoin d'aller me cacher aux pieds de Notre Seigneur, j'espère que ce bon Maître me fera cette grâce. » Et : « Voilà près de 20 ans que je suis toujours dans la vie active, il me faut maintenant un peu du Cénacle. » En effet, il est au cœur d’un moment transitoire :

— En 1845, il avait eu une expérience très forte lors de la procession du Saint Sacrement le jour de la Fête-Dieu, à Saint Paul de Lyon. « Ces deux heures lui parurent un instant ».

- En 1849, il découvre à Paris les nombreux groupes de dévotion à Jésus-Eucharistie.

- En 1851, à Notre-Dame de Fourvière, toujours à Lyon, il eut un appel intérieur à fonder un groupe eucharistique.

- En 1853, à la Seyne-sur-Mer de Toulon où nous nous trouvons à l’étude de cette lettre, comme en exil depuis 2 ans, Raymond de Cuers, qu’il avait rencontré à Paris, lui demande d’être l’aumônier d’un groupe d’adoration nocturne masculine. En prière, après qu’il eût célébré sa messe, il eut l’incitation à fonder un ordre religieux qui n’existe pas encore, consacré exclusivement à Jésus-Eucharistie.

­

Dans la lettre du 25 janvier 1855 à Marguerite Guillot, le P.  Eymard nous révèle que « depuis le 13 janvier, l’œuvre du Très Saint-Sacrement se dépouille et se prépare » et que « Mgr l’évêque de Fréjus Toulon (Mgr Wicart) l’a trouvée belle ». Et plus loin : « Moi, je n'ai encore rien exposé au T.R.P. Favre [le nouveau supérieur général des Maristes], pour lui exposer mes pensées, je prie et j'attends encore ».

— Il quittera donc les Maristes en 1856 pour fonder l’ordre des Religieux du Très Saint-Sacrement (sss), reconnu par Mgr Sibour archevêque de Paris, le 13 mai 1856.

- Une fois la branche masculine de la Congrégation du Saint-Sacrement fondée, Marguerite Guillot deviendra, en 1858, à Paris, la première supérieure de la branche féminine de la Congrégation qui portera le nom de Servantes du Saint-Sacrement.

— Fort de son expérience au Tiers-Ordre de Marie, dès 1857 le Père Eymard rédige un mémoire où il mentionne les Agrégés à la Congrégation du Saint-Sacrement : L’Agrégation sacerdotale (des prêtres) et l’Agrégation séculière. Cette dernière branche laïque du Saint-Sacrement sera désignée sous le vocable : Agrégation du Saint Sacrement. Elle est « composée des fidèles vivant dans le monde et qui désireraient s’unir à la Société par un lien fraternelle et s’associer à sa fin. » (in L’Apôtre de l’Eucharistie, biographie du saint par André Guitton, sss). Nous verrons plus loin quelle est cette fin.

 

Qu’est-ce que le Cénacle ?

La Sainte Cène Corpus Christi Légéndé.jpgPour répondre à cette question lisons l’Évangile de Luc, au chapitre 22 (tiré des Évangiles synoptiques, ouvrage de Lucien Deiss).

Luc 22, 7-14        Préparatifs du repas pascal


07
 Or arriva le jour des Azymes, où l’on devait immoler la Pâque.

08 Et Jésus envoya Pierre et Jean, disant : « Allez nous préparer la Pâque,

pour que nous la mangions. »

09 Or ceux-ci lui dirent : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs ? »

10 Et il leur dit : « Voici : à votre entrée dans la ville, viendra à votre rencontre

un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le dans la maison dans laquelle il entre.

11 Et vous direz au maître de la maison : “Le maître te dit :

Où est la salle où je pourrai, avec mes disciples, manger la Pâque ?

12 Et celui-ci vous montrera une salle à l’étage, grande, garnie de divans.

Là, faites les préparatifs. »

13 Or, s’en étant allés, ils trouvèrent tout comme il leur avait dit.

Et ils préparèrent la Pâque.

14 Et lorsque l’heure fut venue, il se mit à table.

Et les Apôtres étaient avec lui. 

 

— Le Cénacle est donc ce lieu réservé, secret, indiqué par le Christ de façon discrètement prophétique, et empreint de sacralité. C’est là où Jésus et les douze vont fêter la Pâque.

— Mais au Cénacle, en ce Jeudi saint, Jésus entouré des Douze va plus loin que de fêter la traditionnelle Pâque juive. Il instaure la Nouvelle Alliance : c’est l’offrande totale de lui-même pour le salut de tout homme.

Poursuivons la lecture de saint Luc du Repas pascal & institution de l’Eucharistie :

 

15 Et il leur dit : « J’ai désiré d’un grand désir

manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !

16 Car je vous dis : Désormais je ne la mangerai plus,

jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu. »

 

17 Et ayant reçu une coupe, ayant rendu grâce, il dit :

« Prenez ceci et partagez entre vous.

18 Car je vous dis : Je ne boirai plus à partir de maintenant du fruit de la vigne,

jusqu’à ce que soit venu le Royaume de Dieu. »

 

19 Et ayant pris du pain, ayant rendu grâce,

il le rompit, et il le leur donna,

20 et il dit : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous.

Ceci faites-le en mémoire de moi. »

[Ici nous ne lisons pas la trahison de Judas.]

24 De même aussi la coupe, après le dîner, disant :

« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.

25  Ceci, faites-le chaque fois que vous la boirez,

en mémoire de moi. »

 

26 Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe,

vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

Le Christ annonce l’offrande totale de lui-même et se livre dans les Espèces du pain et du vin. Il se fait Agneau pascal. Le désir du Christ est ardent, brûlant d’amour, il se donne lui-même sans retour et s’offre en partage. L’apôtre Jean, le disciple bien-aimé, a goûté à cet amour, reposant sur son sein. Détail de la Sainte Cène tirée de l’Évangile de Jean, que le P. Eymard portait toujours sur lui.

Revenons à la lettre du 25 janvier 1855 où le P. Eymard écrit à Marguerite Guillot :

« Quand saint Jean s'endormit sur la poitrine divine du Sauveur, il y puisa son amour et sa mission divine ; que j'aurais besoin, non d'un si grand honneur, mais d'être aux pieds de Jésus. Voilà près de 20 ans que je suis toujours dans la vie active, il me faut maintenant un peu du Cénacle. » (CO 482,1)

Dans une prédication à une congrégation religieuse et que j’ai reprise pour la communauté de prière en ligne sur Hozana comme Conseils spirituels pour tous,
le Père Eymard précise ce qu’est le
recueillement par la grâce de Dieu :

« Ce recueillement est bien doux, c'est celui de Madeleine aux pieds de la bonté de Jésus, des apôtres sur le Thabor, du disciple bien-aimé sur la poitrine du Sauveur. C'est celui de tant de saints qui ont goûté Dieu. C'est le vôtre, mes frères, car il est impossible que durant votre vie vous n'ayez pas reçu quelques grâces de ce recueillement divin, de cette paix suave, de cette joie céleste de l'âme, de ce divin repos aux pieds de Dieu – on n'oublie pas ce moment si doux. Oh ! qu'il fait bon sous l'action de ce soleil de bonté. » (PA 95,2)

Pour le P. Eymard, le Cénacle désignera les maisons d'adoration et toutes les communautés de la congrégation du Saint-Sacrement. Dans le récent ouvrage du P. André Guitton Les religieux du Saint-Sacrement et la Grande Guerre, les religieux au front, dans les tranchées, aumôniers, infirmiers ou soldats évoquent avec douceur et nostalgie leur Cénacle : leur communauté du Saint-Sacrement qu’ils ont dû quitter par devoir national.

Pour le P. Eymard, le Cénacle est plus qu’une adresse identifiée, à Jérusalem, où il rêvait de fonder une communauté. C’est tout un processus : le processus même de l’Eucharistie qui débute avec la Sainte Cène où le Christ nous révèle les richesses de son amour pour nous. [Dans ce qui suit, je m’aide d’un texte du Père Manuel Barbiero, sss à La Mure, où il invente un entretien entre lui et le Père Eymard, intitulé Repartir du Cénacle – rallumer la passion pour notre Mission Eucharistique (La Mure, été 1865 et 2014)].

C’est le lieu de l’attente angoissée, juste après la Crucifixion et la mort apparente du Seigneur, où certains des apôtres se réfugiaient, se cachant des Juifs dont ils avaient si peur.

Le Cénacle où Jésus se montra à eux deux fois, juste après sa Résurrection.

Lieu de l’attente de la venue de l’Esprit Saint que Jésus promit de leur envoyer et qui descendra sur eux et Marie avec puissance à la Pentecôte, cinquante jours après sa Résurrection.

Le Cénacle où la première Église se réunissaient, les apôtres reproduisant les gestes enseignés par le Christ de la fraction du pain, dans la communion fraternelle et transmettant aux premiers disciples ce que le Christ leur avait enseigné.

Lieu d’où tous sortirent, revigorés et pleins du courage donné dans l’Esprit Saint pour annoncer la Bonne Nouvelle du Christ au monde.

 

Le Cénacle intérieur

Dans sa lettre du 1er janvier 1855, le Père Eymard s’interroge : « Mais que deviendra le Nazareth de Jésus et de Marie, me direz-vous ? ». Il questionne sa vocation mariste, menant la vie simple et cachée de Nazareth, au regard de ce qui le travaille dans sa vocation à fonder la Congrégation du Saint-Sacrement. Il répond aussitôt : « De Nazareth, Jésus alla au Cénacle et Marie y fit sa dernière demeure. » Pour se donner au monde, le Christ a quitté sa vie cachée, enseignant durant trois ans, pour finalement faire le don suprême de lui-même sur la croix et dans l’Eucharistie qu’Il institua le Jeudi saint au Cénacle. Une fois ressuscité, Jésus revient au Cénacle où les disciples sont cloîtrés dans la peur. Et à la Pentecôte, il y revient sous la forme de l’Esprit Saint. Le Cénacle est devenu le lieu de la manifestation suprême du Christ alors qu’Il quitte ses disciples pour le Père. Mais Il reste avec eux jusqu’à la fin du monde se léguant lui-même, Jésus-Eucharistie. Quant à Marie qui fit sa première demeure au Cénacle, c’est toute l’Église qui y est associée, priant, recevant également l’Esprit Saint, aussi bien à la croix qu’au Cénacle. La vie cachée de Nazareth n’était donc pas une fin en soi, mais une préparation à la Pâque, à l’Eucharistie, et au don de l’Esprit Saint qui en découle.

Le Cénacle intérieur est cette vie de prière et d’union au Christ, de communion à sa sainte personne que Pierre-Julien Eymard a découverte dans sa plénitude trois ans avant sa mort, lors de la Grande retraite de Rome, alors qu’il attendait la réponse du pape pour fonder à Jérusalem-même une communauté de religieux du Saint-Sacrement, au Cénacle de l’origine. Cette attente d’un rêve fou s’est transformé en une profonde introspection intérieure, une relecture de toute sa vie spirituelle où il touche enfin à l’amour de Dieu pour lui, personnel, et où il reçoit la grâce de s’unir pleinement au Christ en réalisant ce qu’il appelle le vœu de sa personnalité.

Ces 65 jours sont consignés dans les pages de son journal de retraite du 25 janvier au 30 mars 1865. Il y réalise pleinement sa vocation eucharistique et nous livre, par ce témoignage si précieux, le chemin intérieur par lequel il est passé pour y parvenir.

Lors de ce semestre de rencontres nous approfondirons l’offrande de lui-même au Christ et à tous que fit saint Pierre-Julien Eymard à la fin de sa vie en communion avec le Christ. Dans la chapelle Corpus Christi, l’extrait de ses notes de la Grande Retraite de Rome reproduit sur le mur à gauche de la châsse où il repose, nous donne le ton de sa découverte d’union totale au Christ, trois ans avant de mourir.


P-J. EYMARD Portrait n&b.jpegRien pour moi, personne

rien, par moi.

Modèle : Incarnation du Verbe.


C’est comme si le Sauveur me disait :

par la communion,

tu vivras pour moi,

car je serai vivant en toi.

Tellement que ce sera moi qui vivrai

et désirerai tout en toi.

Tu seras tout revêtu de moi.

Tu seras le corps de mon cœur.

Ce n’est plus moi qui vis,

mais le Christ qui vit en moi. (Ga.2,20)

Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868)
21 mars 1865 (Grande retraite de Rome)

 

 

L’idéal du Cénacle pour l’évangélisation contemporaine avec la Fraternité Eucharistique

logo sss fond blanc.jpgDans l’intitulé général du #JubiléPJEymard2018 pour la catéchèse, nous insistons sur la particularité suivante, développée par le Père Eymard : prendre l’Eucharistie dans sa totalité. C’est rappeler que le culte de la sainte Eucharistie ne se réduit pas à l’adoration de Jésus-Eucharistie. La Présence réelle de Jésus-Christ ceint dans l’ostensoir ne peut être effective que s’il y a eu célébration de la messe, c’est-à-dire transsubstantiation du pain et du vin en Corps et en Sang du Christ par l’opération de l’Esprit Saint. Il nécessite donc toujours l’action du prêtre pour réaliser le geste de la consécration du pain et du vin à l’autel, avant de passer à notre geste d’adoration.

La spiritualité sacramentine (autre adjectif pour qualifier la spiritualité eymardienne) s’attache à interroger l’expérience eucharistique en sa totalité, le Mystère pascal intégral qui est aussi toute la vie du Christ, sa Personne, le but vers lequel Il tend depuis toute éternité.

C’est bien ce que la Règle de vie de la Congrégation indique ici : 


De caractère contemplatif,

notre Congrégation est centrée sur la Personne du Christ

dans toute l’ampleur du Mystère eucharistique,

et se dévoue entièrement à son amour et à sa gloire.

Nous unissons la contemplation et l’amour apostolique

dans une vie d’adoration

et, en harmonie avec celle-ci,

dans des activités

toujours inspirées de l’Eucharistie

et orientées vers ce Mystère de foi.

 

Ceci est vrai aussi pour les laïcs de la Fraternité Eucharistique. Voici en quoi consiste notre vocation eucharistique à mettre en œuvre dans l’esprit de P-J. Eymard.

C’est pourquoi lors des rencontres mensuelles dont voici le programme ci-après, nous commencerons par une catéchèse telle que cette présentation d’aujourd’hui ;

suivie d’un partage qui s’annonce maintenant, avec vous, les personnes présentes à la chapelle, au terme de cet exposé ;

et ensuite seulement les Pères du Saint-Sacrement de la chapelle Corpus Christi célébreront la messe du jour ;

Et à la fin, après la célébration, nous garderons le silence pour adorer Jésus au Saint-Sacrement. Aux pieds du Seigneur Il enseignera notre cœur.

 

Logo Chapelle Corpus Christi.jpg

 

Sandrine Treuillard

Responsable de la Fraternité Eucharistique
Chapelle Corpus Christi

23 avenue de Friedland, Paris 8

 

 

Retrouvez ce texte dans la sous-page enrichie 
Fraternité Eucharistique Corpus Christi #JubiléPJEymard2018

et la page consacrée à Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie - Un saint d'avenir

Communauté de prière Hozana St Pierre-Julien Eymard — Chapelle Corpus Christi

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10.05.2016

Promesse d'engagement dans la Fraternité Eucharistique à la suite de St Pierre-Julien Eymard

fraternité eucharistique,saint pierre-julien eymard,eucharistie,sacré cœur,sandrine treuillard,foi,christianisme,politiqueLe 3 juin 2016,
en la fête du Sacré Cœur,

chapelle Corpus Christi,
23 avenue de Friedland, Paris 8.
Durant la messe de 18h30.


La nuit suivante sera d'adoration eucharistique.

  

 

L'événement sur Facebook

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fraternité eucharistique,saint pierre-julien eymard,eucharistie,sacré cœur,sandrine treuillard,foi,christianisme,politiqueLettre de St P-J. Eymard au Tiers Ordre de Marie Immaculée de Lyon, depuis La Seyne-sur-Mer :

Maintenant, il faut vite se mettre à l'œuvre, sauver les âmes par la divine Eucharistie, et réveiller la France et l'Europe engourdie dans son sommeil d'indifférence, parce qu'elle ne connaît pas le don de Dieu, Jésus l'Emmanuel eucharistique. C'est la torche de l'amour qu'il faut porter dans les âmes tièdes et qui se croient pieuses et ne le sont pas, parce qu'elles n'ont pas établi leur centre et leur vie dans Jésus au saint Tabernacle ; et toute dévotion qui n'a pas une tente sur le Calvaire et une autour du Tabernacle n'est pas une piété solide et ne fera jamais rien de grand. Je trouve que l'on s'éloigne trop de la sainte Eucharistie, qu'on ne prêche pas assez souvent sur ce mystère d'amour par excellence ; alors les âmes souffrent, elles deviennent toutes sensuelles et matérielles dans leur piété, s'attachant aux créatures d'une manière déréglée, parce qu'elles ne savent pas trouver leur consolation et leur force en Notre Seigneur. (CO 325,1), 1852

 

Retrouvez cet article sur la page enrichie
Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie,
un saint pour notre temps
 

06.05.2016

L’Eucharistie feu perpétuel et consumant de l’amour divin : la miséricorde chez st P-J. Eymard

LA MISÉRICORDE

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UNE LECTURE DU PARCOURS
DE SAINT PIERRE-JULIEN EYMARD

 

        En cette année de la miséricorde, il est intéressant  de considérer Saint Pierre-Julien Eymard, en tant que témoin de la miséricorde. En fait, il y a dans la vie de cet homme une importante évolution dans sa façon d’expérimenter la miséricorde de Dieu, puisqu’il s’agit évidemment de la miséricorde de Dieu envers nous les humains. Je dirai de suite que P-J. Eymard en est un témoin admirable tout le long de son chemin de vie.


Sa vie

        Tout d’abord un regard très rapide sur sa vie :

Pierre-Julien Eymard naît le 4 février 1811, à la Mure d’Isère, petite ville située à une quarantaine de kilomètres au sud de Grenoble, sur la route qui mène à Gap. Il est baptisé dès le lendemain de sa naissance. Fait sa première communion à 12 ans. — À 18 ans, il entre au noviciat des Oblats de Marie Immaculée à Marseille, mais exténué et malade il doit revenir chez son père. — À 20 ans, il entre au grand séminaire de Grenoble. Ordonné prêtre pour le diocèse de Grenoble, après avoir été vicaire puis curé, il entre dans la Congrégation des Maristes. Il y demeure 17 ans. — Puis fonde la Congrégation des prêtres du Saint Sacrement, en 1856, et quelques années plus tard les Servantes du Saint Sacrement. —  Il meurt le 1er août  1868, à 57 ans, épuisé de travail.

Ses origines

        Ses parents n’étaient pas originaires de La Mure, mais venaient de la vallée voisine, de Bourg d’Oisans. Région de montagnes au climat rude. Il semble que ce n’est pas été sans influence sur la pratique religieuse rigoriste de cette famille. Il est sûr que ses racines étaient profondément chrétiennes. La mère de Pierre-Julien ne manquait pas d’emmener dès son plus jeune âge son enfant à l’église. Par exemple, elle s’y rendait à chaque fois que la cloche de l’église sonnait pour un agonisant : en la circonstance avait lieu la bénédiction du Saint Sacrement. On peut penser que ce lien de l’Eucharistie avec la mort ne fut pas sans effet sur l’esprit du jeune enfant. Le père de Pierre-Julien, homme au caractère assez rude, semble-t-il, s’était inscrit dans la Confrérie des Pénitents du Saint Sacrement. Aussi bien dans ces régions grenobloises, selon les recherches du p. Saint Pierre, (L’heure du Cénacle) on était resté sous l’influence d’une spiritualité milanaise plutôt rigoriste, ce qui remontait loin, aux années 1600.

 

I- LA MISÉRICORDE NÉGATIVE AVEC UN FORT SOUCI DE SOI

        On peut comprendre déjà quelle influence cet entourage familial et ecclésial exerça sur l’éducation religieuse de Pierre-Julien enfant. En fait, on était assez orienté vers la croix, la souffrance, le péché et la réparation. Le Dieu auquel on croyait était surtout le Dieu de la crainte et du jugement. La menace de l’enfer pesait sur les esprits.

Enfance et adolescence

        Revenons plus en détail sur quelques épisodes de la vie de Pierre-Julien. Par exemple, une bonne dame le trouve à l’église en prière la corde au cou. Il installe aussi une sorte de Chemin de croix sur les poutres du grenier. Pour se préparer à sa première communion qu’il fait à l’âge de 12 ans, il ne manque pas de se rendre pieds nus au calvaire à trois croix qui surplombe le village de La Mure : ce calvaire existe encore aujourd’hui. Ce jour de sa première communion, il promet au Seigneur de devenir prêtre. Ce à quoi, plus tard, s’oppose formellement son père qui compte sur lui pour continuer sa petite entreprise d’huile de noix. Plus tard, un prêtre aumônier d’un hospice l’embauche en vue aussi de lui faire apprendre le latin. En fait, peu de latin, mais une expérience très éprouvante pour le jeune Pierre-Julien dans un milieu de vieux, alcooliques, prostituées… (Lettre à sa sœur Marianne)


Noviciat chez les Oblats de Marie Immaculée

        À 18 ans, il parvient quand même à réaliser son rêve : il entre au noviciat chez les Oblats de Marie Immaculée à Marseille. En cette ville, on ne se différencie pas de l’ambiance pénitentielle de l’époque. Elle y est au contraire renforcée. Avec Mgr de Mazenod, archevêque de Marseille, l’Eucharistie est bien mise en valeur, mais l’esprit de réparation pour le péché et les profanations commises envers ce sacrement y est fort accentué. Pierre-Julien se sent vraiment en accord avec cette spiritualité. Plus tard, il rappellera quelle rude discipline il s’imposa alors pour se mettre à niveau dans les études : « Je travaillais comme quatre, non seulement je ne perdais pas un instant à l’étude, mais je copiais les passages les plus difficiles de mes auteurs… et les portant en récréation, je me cassais la tête à les déchiffrer. C’était imprudent, je le payai. Au bout de six mois je tombais gravement malade et les médecins décidèrent de me renvoyer dans ma famille. » Longue convalescence.


Grand séminaire de Grenoble

        Au grand séminaire de Grenoble, où il entre à l’âge de 20 ans, il retrouve la même ambiance spirituelle de l’époque. La perspective de la mort le rend sombre : « Donnez-moi le bonheur de dire au moins une messe et je consens à mourir. » Et aussi une résolution : « Etre prêt à mourir après ma première messe. » (p. saint Pierre)

        « La perspective du sacerdoce (qu’il doit recevoir le 20 juillet 1834) est toujours dominée par une « religieuse terreur de la redoutable charge ». « Il y a un enfer : beaucoup de prêtres seront damnés. Serais-je du nombre ? Oui, si je ne me fais pas violence. Oui, si je ne me surmonte pas. Oui, si je suis toujours si lâche pour la prière, pour l’humilité et l’humiliation. (NR 7,5) « De deux choses l’une : ou je veux me sauver ou je veux me damner. » (NR 7,1)

3° Pas assez de confiance en la miséricorde de Dieu, et regarder la perfection évangélique comme un monstre, une montagne très escarpée : de là, découragement. (NR 6,10), 1833, Grand séminaire de Grenoble.

« La méditation fait une bien large place au « je ». L’hypertrophie du « moi » ne cache-t-elle pas le don de Dieu et le rôle instrumental du sacerdoce ? » (L. Saint Pierre, p. 59)


Prêtre au diocèse de Grenoble

[Jeudi 3 septembre 1835]  (Vicaire à Chatte puis curé à Monteynard)

Méditation sur la mort

Ce qui m'a ému, ce sont ces pensées : parmi les prêtres, peu de morts édifiantes – peu de morts saintes – beaucoup de morts subites. – Tout nous prêche la mort et nous sommes insensibles.

Si un ange venait nous dire : Dieu a compté tous tes jours, tu les as remplis, ce jour est le dernier, je ne te dis ni le moment ni l'heure, dispone domui tuæ (Traduction : Mets de l’ordre dans ta maison)  [Is 38,1] – Que ferais-je ? – Au prêtre, point de miséricorde. (NR 8,3) (À comparer avec la réflexion notée plus loin). 

Toujours la préoccupation dominante de son salut personnel.


Mariste 1839 (il a 28 ans)

        Il faut dire que dès son entrée comme novice chez les Maristes, P-J. Eymard est mis en possession du fameux livre de Franchi : Traité de l’amour du mépris de soi-même : « Pour l’humilité, je tâcherai… de m’identifier avec le traité de l’amour du mépris de soi-même par Joseph-Ignace Franchi : j’en ferai un bouquet spirituel pour le détachement. »(NR 12,14) Et le p. Colin ne manque pas aussi de lui en faire la recommandation : « Lisez souvent Franchi, vous y trouverez la pierre philosophale. » (NR 18,8)

Avec l’entrée chez les maristes, cependant évolution… mais toujours prédominance du rigorisme.

Plan pour confession. Le prêtre : ministre d'autorité, ministre de justice, ministre de miséricorde. (NR9, 8)

[Samedi] 25 septembre [1841]

[1ère méditation] – Sur la miséricorde

Superexaltavit misericordia judicium (Traduction : La pitié triomphe du jugement) [Jc 2,13].

Miséricorde de Dieu : – pour nous attirer, – en nous recevant. Cette pensée : J'ai mérité l'enfer et je vis encore – Où en suis-je ? Ma conscience est-elle douteuse et si je venais à mourir n'y aurait-il pas quelque péché caché dans les replis de mon âme, et que j'ignore.

Alors justement sur [?] la miséricorde de Dieu. (NR36,8), 1839

On le voit P-J. Eymard est encore très préoccupé par son salut personnel. Le « je » revient souvent.

 

II LA MISÉRICORDE POSITIVE

  1. Dépassement de la piété réparatrice

        Ici, je crois, nous arrivons cependant à un tournant de la vie du p. Eymard.   Nous sommes autour des années 1845-I850. Lui surviennent plusieurs expériences mystiques : une à Lyon (25 mai 1845) à l’église St Paul, où, dans une procession du Saint Sacrement il porte lui-même l’ostensoir : « Ces deux heures ne m’ont paru qu’un instant… » « Mon âme a été pénétrée de la foi vive et de l’amour de Jésus dans son divin sacrement… » « Ne prêcher que Jésus-Christ et Jésus-Christ eucharistique… » (NR 27,3). Expérience suivie d’une grâce spirituelle à Notre-Dame de Fourvière (21 janvier 1851) où prend germe sa vocation de fondateur : Pourquoi ne pas créer un Corps d’hommes pour l’Eucharistie ?... un Tiers-ordre rattaché à la société de Marie… ? (NR 278), 3 février 1851

De là un combat. Il existe déjà bel et bien une dévotion au Saint Sacrement, mais très marquée par le côté réparateur. Et le p. Eymard y adhère, du moins un certain temps. Il va cependant être tiraillé quand il est en relation avec Marie-Thérèse Théodelinde DUBOUCHÉ qui va fonder les sœurs de l’adoration réparatrice. Lui, de plus en plus, aspire, comme il le dit dans Les 4 fins du sacrifice, à prendre toute l’Eucharistie.

  1. Libérer les consciences

        Se polariser sur la réparation lui semble insuffisant. Et là, en même temps, on constate comme un retournement. Il se libère, et il veut libérer les autres d’un regard tourné vers soi, avec la préoccupation prédominante de son salut personnel. Son regard sur la miséricorde va être beaucoup plus positif : une contemplation admirative sur la grandeur sans limite de la miséricorde de Dieu. Pour illustrer cette affirmation, je voudrais maintenant puiser surtout dans sa correspondance à partir des années où il travaille à la fondation des deux congrégations du Saint Sacrement.

Tout d’abord, il veut être apaisant pour les âmes quelque peu inquiètes, sinon scrupuleuses, telles que Marguerite Guillot qui deviendra d’ailleurs, avec lui, cofondatrice des Servantes du Saint Sacrement. Voici par exemple ce passage d’une lettre :

Laissez le passé où il est dans la miséricorde de Dieu, et retournez vers notre bon Père, en lui disant : Vous voyez ma faiblesse, aimez-moi encore comme votre petite fille, et il vous rendra ses bonnes grâces. (CO 88,1), 1847

Il est même capable de plaisanter sur ce sujet, tout en restant bien sûr sérieux, à Mme Galle :

Je n'aurai pas le plaisir de vous voir à votre arrivée ; après-demain [le 17], je pars pour le Midi. Je vais vers le choléra. Bien ! dit Madame, et peut-être que le choléra prendra le P. Eymard à son passage et l'enverra au Ciel ! À ce prix, quel beau voyage ! Je vous inviterais presque à venir m'y rejoindre. Mais non ! je ne suis pas digne du Ciel… Hélas ! hélas ! que Dieu dans sa divine miséricorde m'accorde le Purgatoire, ce sera une grande grâce pour un pauvre malheureux ! Là, au moins, j'aimerai le Bon Dieu en souffrant, en le désirant, en soupirant plus ardemment après sa possession. (C0 168,1), 1849

Dans une autre lettre, il écrit encore à Marguerite Guillot :

Ce n'est que par beaucoup de tribulations, dit saint Paul, qu'on entre dans le Royaume des Cieux [cf. 2Th 1,4-5], et elles ne vous manquent pas. Mais au Ciel, au jugement, à la mort, il sera si doux d'avoir souffert quelque chose pour l'amour du Seigneur Jésus ! Soyez forte dans la faiblesse, généreuse dans la fidélité aux petites choses, prompte dans l'obéissance positive, aimant l'abnégation de votre volonté de préférence à votre liberté, glorifiant Dieu comme il le veut, par ce qu'il veut, c'est-à-dire par votre misère, par votre pauvreté, par vos tentations, je dirais presque par vos péchés, en vous humiliant, en vous jetant avec plus de confiance dans les bras de la miséricorde paternelle de Notre Seigneur. (CO 212,1), 1850

Remarquons bien : « Glorifiant Dieu comme il le veut… je dirais presque par vos péchés… en vous jetant avec plus de confiance dans les bras de la miséricorde paternelle de Notre Seigneur. » On est loin d’un Dieu menaçant, justicier. De plus, il ne s’agit plus de son propre salut, tourné vers soi, mais… « … glorifiant Dieu comme il le veut, par ce qu’il veut. »

À Melle Guillot :

Ayez bien toujours présents à votre foi, l'amour et la miséricorde de Notre Seigneur ; faites-en votre vie. (CO 266,1), 1851

  1. La miséricorde envers tous les pécheurs

        Que veut cet amour? Le salut des hommes et le pardon des plus grands pécheurs ; il voulait pardonner à Judas, il demande le pardon de ses bourreaux alors même qu'ils l'insultaient, et sur l'autel, n'est-il pas toujours la victime de propitiation pour les pécheurs ? Sa patience à les supporter, sa miséricorde à les pardonner, sa bonté à les recevoir sur son sein de Père : voilà, voilà, la vengeance de l'amour, le pardon, le triomphe de l'amour.
Mais aussi, qu'elles seront solides, généreuses, parfaites, les conversions qui partent du Tabernacle ! C'est donc là surtout qu'il faut venir chercher la rédemption des âmes, la conversion des plus grands pécheurs, le salut du monde.
(RA 23, 10), Règlement de l’Agrégation du St Sacrement (Branche laïque de la Congrégation).

Il ne s’agit pas de garder pour soi ce trésor : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. » (Mt.5,7). Le père Eymard écrit à une Mme Perroud :

Ayez, ma chère sœur, une âme tout imbibée de la charité de Jésus. Quand on doit beaucoup, on aime beaucoup. Et Jésus remet tout. Et cet amour c'est la miséricorde envers le prochain : miséricorde d'indulgence pour les étrangers, miséricorde de médecin pour les siens. (C0 100), 1848

Il ne s’agit pas d’une simple philanthropie : Quand on doit beaucoup on aime beaucoup : on doit à Jésus le pardon de nos péchés. Et donc, le même amour nous conduit à cet amour qui est miséricorde d’indulgence envers le prochain (pour les étrangers (?).

  1. La souffrance, la mortification n’ont pas leur justification en elles-mêmes.

        Nous constatons donc que le père Eymard a évolué. Dans une première période de sa vie, il croyait à la miséricorde, une miséricorde qui se mérite presque, et une miséricorde pour soi. Cela est vécu dans une conception d’un Dieu de justice qui engendre la peur, en particulier la peur de l’enfer. Selon cet esprit, on est préoccupé avant tout de son salut personnel, on est tourné vers soi plus que vers les autres et, d’une certaine façon, plus que vers le Seigneur lui-même. De plus, on est axé vers la pénitence, la mortification. Il faut réparer les outrages faits à Dieu par la pénitence. Assez vite, cependant, et de plus en plus, il voit la miséricorde de Dieu comme l’expression de son amour. C’est un Dieu qui veut sauver ses enfants à tout prix. On dira : Dieu est juste, donc, il ne peut être toujours miséricordieux. Comme l’explique le pape François, pas de contradiction entre la justice et la miséricorde de Dieu.

La souffrance n'est plus un but. Elle n’est pas une punition, elle n'a pas de valeur en elle-même.

Paris, le mardi [15 février 1859]

La Société a pour but les quatre fins du sacrifice : l'adoration, l'action de grâces, la réparation et la prière. Il y a plusieurs ordres religieux dont le but est la mortification et la pénitence, tels que les trappistes, les capucins, etc. Pour nous, la mortification n'est pas notre but, pas du tout, car ici c'est toujours fête, c'est toujours la Fête-Dieu. Cependant nous devons réparer et faire pénitence pour tous les péchés, puisque le saint Sacrement est la continuation du sacrifice de la croix, que Jésus-Christ y est en état de victime, et que son sang est répandu dans le calice, mais il ne peut plus souffrir et mourir, étant immortel ; toutefois comme une victime ne peut pas s'offrir sans souffrir et mourir, nous qui sommes ses membres, nous devons souffrir et mourir à sa place et, comme dit saint Paul, accomplir dans notre chair ce qui manque à la Passion de Jésus-Christ [cf. Col 1,24]… (PS 110,1), 1859

Et le p. Eymard prend l’exemple de la Sainte Vierge :

… On ne doit donc pas dire que la souffrance est une punition, une expiation, puisque la sainte Vierge était la plus pure des créatures. Plus on aime, plus on souffre. Il n'est pas nécessaire pour faire pénitence de porter un cilice ou des instruments de pénitence, cela est bon, mais cela n'est pas difficile, il y a la souffrance du cœur et de l'âme qui est bien autrement méritoire. (PS 110,1 2)

On voit donc que la souffrance prend un autre sens : pas une punition, une expiation, mais une offrande d’amour à l’exemple de celle de Marie et de son Fils Jésus.

Voici encore une citation où la miséricorde est évoquée comme réparatrice, certes, mais dans un sens positif et peu dans la préoccupation de soi, mais pour le profit de tous et des plus grands pécheurs.

Jésus sera toujours le prix infini et l'âme fidèle complétera le Calvaire de douleurs… Elle ne se contente pas de l'amende honorable, elle veut la propitiation tout entière, le triomphe de la miséricorde, le pardon des pécheurs, la conversion des bourreaux de Jésus-Christ, de ses persécuteurs, et voir ainsi se renouveler le repentir et la miséricorde du Calvaire. La supplication adore le Dieu d'amour sur son trône de grâce ; l'âme adoratrice se fait médiatrice pour tous les besoins de ses frères ; elle expose avec l'éloquence de la confiance toutes les misères des pauvres enfants de la croix de Jésus ; elle les fait passer sous les yeux de cette miséricorde inépuisable, elle ouvre les plaies du Sauveur pour en faire sortir des trésors de grâces sur chacune d'elles ; elle réjouit ainsi le cœur des Agrégés. (RA 20,3)

Remarquons ces paroles : Elle ne se contente pas de l'amende honorable, elle veut la propitiation tout entière, le triomphe de la miséricorde, le pardon des pécheurs, la conversion des bourreaux de Jésus-Christ, de ses persécuteurs, et voir ainsi se renouveler le repentir et la miséricorde du Calvaire.

Enfin je voudrais encore vous donner un exemple très parlant de cette évolution dans le cœur du p. Eymard. Plus haut, nous l’avons entendu parler des prêtres : « Il y a un enfer : beaucoup de prêtres seront damnés. Serais-je du nombre ? Oui, si je ne me fais pas violence. Oui, si je ne me surmonte pas. Oui, si je suis toujours si lâche pour la prière, pour l’humilité et l’humiliation. De deux choses l’une : ou je veux me sauver ou je veux me damner. » (NR7)

Et voici ce qu’il écrit plus tard au sujet des prêtres « tombés » : quelle désolation pour les bons prêtres de voir leurs frères du sacerdoce tomber sur le champ de bataille, et rester sans secours dans leurs blessures ; mettez que ce soit leur faute ; mais quoi, parce qu'on est prêtre, est-ce donc qu'il n'y a plus de charité, plus de miséricorde pour lui ?… On dit que ces tombés sacerdotaux sont sans ressources et sans retour sincère… Hélas ! n'est-ce pas parce qu'on les rejette, qu'on les méprise à l'égal des voleurs, des assassins ; c'est facile de mépriser, d'invoquer l'incorrigibilité ! Celui qui est sans miséricorde pour ses frères, ne mérite-t-il pas d'être traité de même ? [cf. Jc 2,13] Ah ! n'y en eût-il que quelques-uns de ramenés, de réhabilités ! ne serait-ce pas une immense victoire sur Satan, et un coup de grâce à ravir le ciel et la terre ? Je dis qu'il y en aurait un grand nombre, car Notre Seigneur doit avoir plus de miséricorde pour son prêtre que pour les fidèles. La sainte Église a plus de tendresse et de charité pour eux que pour ses enfants. Voyez ce qu'on a fait à Rome pour ces pauvres prêtres : une maison honorable, des soins paternels, une retraite mystérieuse en quelque sorte, leur est ouverte ; là, on les réhabilite par degrés ; là le Saint-Père y vit par les entrailles de sa paternelle charité. On y entre, on y reste, on en sort, et le monde ignore ceux qui l'habitent. C'est que l'honneur ne se sépare pas de la charité, et la charité de l'amour de Dieu. (CO 1865,1), 1866

L’expérience du rocher de Saint Romans

        Je reviens en arrière maintenant dans la vie du père Eymard. En effet, il est un événement qu’il n’a jamais oublié et dont il est difficile de ne pas faire mention : pour lui ce fut une expérience exceptionnelle, comme une étoile qui a continué à briller tout au cours de sa vie. C’est un peu comme la source d’où a coulé toute son évolution que nous venons de voir. Il était alors jeune prêtre, vicaire à Chatte, donc à l’âge de 24-25 ans. Un après-midi lors d’une journée de rencontre entre prêtres dans le village d’à côté, à Saint-Romans, pendant que ses confrères discutent au presbytère, lui va faire une promenade jusqu’à une petite chapelle et un calvaire situé au sommet d’un rocher. Ce que relate le p. Eymard me paraît important pour notre sujet. En effet, quelle manifestation plus grande de la miséricorde que celle du calvaire ! En sept reprises le p. Eymard en fait mention dans ses lettres adressées à Natalie Jordan.

N'oubliez pas mon rocher, sa chapelle, sa belle vue. Oh ! l'heure délicieuse que j'y ai passée il y a quelques années, sur le déclin d'une belle journée ! Je sentais mon âme jouir d'une paix et d'une méditation qu'on n'oublie jamais. (CO 263, 1), 1851

Vous voilà seule, solitaire à Calet, là où est mon rocher contemplatif et où vous êtes aussi en Notre Seigneur. Soyez-y heureuse et joyeuse au milieu de ce calme et de cette belle nature. Voyez-y Dieu qui embellit toute chose et rend délicieux les déserts les plus tristes. (CO 832,1), 1859

Le Bon Dieu ne voulait pas que j'eusse cette consolation ; qu'il en soit tout de même béni ! J'aurais revu avec plaisir ce beau rocher que César a remarqué et que j'ai aimé. L'âme aime les collines et les montagnes, il lui semble toucher de là aux cieux et être plus près de Dieu. Vous êtes heureuse de voir ces belles et silencieuses montagnes, l'âme va plus haut par elles. Vous êtes heureuse dans votre campagne, avec Dieu seul, avec la pureté de la nature et la beauté de la divine Providence. (CO 845,1), 1859

Vous êtes donc à Calet dans cette charmante campagne où il y a mon rocher mystique d'où je contemplais le ciel si pur et si beau ! C'est une de ces nuits que je n'oublierai jamais.

Profitez de ce doux silence de la solitude pour vous rapprocher de Dieu, goûter Dieu, vous perdre un peu dans l'harmonie de son cœur. (CO 1380,1), 1864

Si en remontant j'ai un jour, je vous en donnerai la moitié ; j'ai envie de revoir Chatte, j'en languis ; puis votre béni rocher de César, ou mieux du Calvaire. (CO 1401,1), 1864

Je suis tout heureux ici, je ne reçois personne, je suis un peu seul, je me retrouve aux pieds de Dieu. Je fais comme un essoufflé qui respire en paix : c'est trouver Dieu que d'être tranquille à ses pieds. Est-ce donc que vous n'éprouvez pas quelquefois ce bien-être de respiration spirituelle, douce, affectueuse aux pieds de Dieu, devant son beau ciel, sur mon rocher là-bas de César ? (CO 1463,1), 1864

Quand l'âme a le bonheur de trouver ce bon côté, l'oraison est plutôt une contemplation délicieuse, où l'heure passe vite. Ah ! bonne fille, que je vous souhaite et désire souvent de goûter ainsi Dieu ! Il y en a pour longtemps ; c'est mon rocher de Saint-Romans. (CO 2011, 1), 1867

On pourrait être étonné de cette association entre le calvaire, qui, quand même, nous rappelle les souffrances du Christ, et la douceur, le calme, le bien-être devant la belle nature dont P-J. Eymard a fait l’expérience en ce haut lieu. Cependant il y associe la respiration spirituelle, douce, affectueuse aux pieds de Dieu… et le bonheur de « goûter Dieu ». À la limite, une telle expérience se passe au-delà des mots. Toutefois, le p. Eymard nous en dit assez pour que nous comprenions qu’il s’agit pour lui d’un évènement qui l’aura marqué pour toute la suite de son existence. Et quand il nous parle de se « rapprocher de Dieu, goûter Dieu, vous perdre un peu dans l’harmonie de son cœur… », on est loin de ce Dieu punisseur qu’il redoutait surtout dans la première partie de sa vie. On comprend mieux ainsi son désir de faire partager à ses correspondants cette nouvelle découverte de Dieu qu’on peut appeler « Miséricorde ».

 

III L’EUCHARISTIE SACREMENT DE LA MISÉRICORDE

        Dans cette dernière partie, je voudrais faire ressortir d’une manière plus directe le rapport entre l’Eucharistie et la miséricorde dans la pensée du p. Eymard.

Le p. Eymard, peu à peu, découvre que l'Eucharistie est le don de Dieu en Jésus qui contient tous les autres dons, depuis la création jusqu’à la rédemption, mort et résurrection du Christ, et jusqu’à l’attente de son retour. Cette découverte amène le p. Eymard à se demander comment répondre à un tel don d’amour et de miséricorde.

  1. L’Eucharistie feu perpétuel et consumant de l’amour divin

P-J. Eymard Portrait 1.jpg        Au Père Colin sur le Tiers ordre de l’Adoration Réparatrice. On est en 1851 : il est mariste.

Son but. L'Eucharistie […] est toute la religion de l'amour ; l'Eucharistie […] c'est Jésus-Christ même, substantiellement présent au milieu de nous avec ses grâces, ses vertus, son amour.

C'est le feu perpétuel et consumant de l'amour divin, la victime divine, toujours hostie réparatrice pour le salut du monde.

Ranimer la foi, la dévotion, l'amour de Jésus au très saint Sacrement. Soutenir, alimenter, perfectionner la perfection chrétienne des fidèles par le culte adorable de l'Eucharistie. (CO 243,2), 1851.

À Mme Tholin Bost :

J'ai souvent réfléchi sur les remèdes à cette indifférence universelle qui s'empare d'une manière effrayante de tant de catholiques, et je n'en trouve qu'un : l'Eucharistie, l'amour à Jésus eucharistique. La perte de la foi vient d'abord de la perte de l'amour ; les ténèbres, de la perte de la lumière ; le froid glacial de la mort, de l'absence du feu. Ah ! Jésus n'a pas dit : “Je suis venu apporter la révélation des plus sublimes mystères”, mais bien : “Je suis venu apporter le feu sur la terre, et tout mon désir est de le voir embraser l'univers.” [Lc 12,49]. (CO 286,1), 1851

« La perte de la foi vient d’abord de la perte de l’amour » : vérité qu’on aurait peut-être bien intérêt à méditer aujourd’hui.

Lettre au Tiers ordre de Lyon depuis La Seyne :

Maintenant, il faut vite se mettre à l'œuvre, sauver les âmes par la divine Eucharistie, et réveiller la France et l'Europe engourdie dans son sommeil d'indifférence, parce qu'elle ne connaît pas le don de Dieu, Jésus l'Emmanuel eucharistique. C'est la torche de l'amour qu'il faut porter dans les âmes tièdes et qui se croient pieuses et ne le sont pas, parce qu'elles n'ont pas établi leur centre et leur vie dans Jésus au saint Tabernacle ; et toute dévotion qui n'a pas une tente sur le Calvaire et une autour du Tabernacle n'est pas une piété solide et ne fera jamais rien de grand. Je trouve que l'on s'éloigne trop de la sainte Eucharistie, qu'on ne prêche pas assez souvent sur ce mystère d'amour par excellence ; alors les âmes souffrent, elles deviennent toutes sensuelles et matérielles dans leur piété, s'attachant aux créatures d'une manière déréglée, parce qu'elles ne savent pas trouver leur consolation et leur force en Notre Seigneur. (CO 325,1), 1852

Depuis cinq ans je me sens attiré vers la divine Eucharistie, par un sentiment intérieur très fort. Pendant plus de deux ans je l'ai combattu et en ai gardé le silence ; ce sentiment devenant toujours plus pressant, et craignant de résister à une grâce, je m'en ouvris au Père Alphonse, Provincial des Capucins. (CO 567,1), mai 1856

Le p. Eymard aime aussi souvent utiliser l’image du feu pour évoquer l’Eucharistie. Un feu qui ne brûle pas, un feu doux : Oh ! Oui, l'âme aimante connaît ces doux rapports avec son bien-aimé ! Elle sent son voisinage divin comme on sent celui du feu, comme l'enfant sent l'approche de sa mère. (PG 244,9), 1864

  1. « La miséricordieuse douceur de Jésus… »

        Le p. Eymard au cours de sa fameuse retraite de Rome (25 janvier-30 mars 1865) nous a laissé un témoignage exceptionnel en notant chaque jour l’évolution de son chemin spirituel. De quoi s’agit-il ? Il est venu à Rome en vue d’obtenir l’autorisation de fonder une communauté du Saint Sacrement au Cénacle de Jérusalem. Comme le feu vert tarde à venir, il se met en retraite et cela durera deux mois.

Il est remarquable, entre autre, de constater comment, dans cette retraite de Rome, le p. Eymard nous décrit sa découverte de la douceur de Jésus, à rapprocher bien sûr de la miséricorde.

J'ai médité sur la douceur de Notre Seigneur, comme formant son vrai caractère, son esprit et sa vie. Discite a me quia mitis sum (Traduction : Venez à moi qui suis doux) [Mt 11,29]. Il n'a pas dit : Discite a me quia pauper, mortificatus, devotus, pius, sapiens, silens. Rien de tout cela. Mais mitis, parce que l'homme déchu est naturellement colère, haineux, jaloux, susceptible, vindicatif, homicide dans son cœur, furieux dans ses yeux, venin sur sa langue, violent dans ses membres. La colère, c'est sa nature, parce qu'il est naturellement orgueilleux, ambitieux, sensuel.

Parce qu'il est malheureux et humilié de son état, c'est un être aigri, comme on le dit d'un homme qui a souffert des autres.

1° Notre Seigneur est doux dans son cœur. Il aime son prochain. Il veut son bien. Il lui veut du bien. Il [ne] pense qu'au bien qu'il peut lui faire. Il ne juge du prochain que dans sa miséricorde, et non dans sa justice, ce n'est pas l'heure. (NR 44,97)

Jésus est doux dans son esprit. Il ne voit que Dieu son Père dans le prochain. Il ne veut [voir] dans les hommes que des créatures de Dieu. C'est le Père qui aime son fils, qui pleure ses égarements, qui le cherche pour le ramener, qui soigne ses plaies, n'importe leur origine, qui veut lui rendre la vie de Dieu. [1]

J'ai médité sur la douceur de Notre Seigneur en son divin Sacrement ;
– sa bonté à recevoir tout le monde, grands et petits, riches et pauvres, enfants et hommes,
la bonté de sa communion, se donnant à chacun selon son état, et venant avec joie en tous, pourvu qu'il y trouve la vie de grâce et un petit sentiment de dévotion, de bons désirs, de respect au moins, et donnant à chacun la grâce qu'il peut porter, et lui laissant un don de paix et d'amour de passage.

Oh ! quoniam tu, Domine, suavis et mitis et multæ misericordiæ [omnibus] invocantibus te [cf. Ps 85,5]. (Traduction : Oh ! Combien, Seigneur, tu es suave et doux et plein de miséricorde pour tous ceux qui t’invoquent.)

2° Mais quelle patiente et miséricordieuse douceur de Jésus envers ceux qui l'oublient : il les attend, ceux qui ne le respectent même pas en son état sacramentel. Il ne réclame pas [contre] ceux qui l'offensent, il ne menace pas ceux qui l'outragent, le vendent, le crucifient par leurs sacrilèges, il ne les punit pas, et il répète : Pater, ignosce illis, non enim sciunt quid faciunt [Lc 23,34] (Traduction : Père, n’en tient pas compte, ils ne savent pas ce qu’ils font). (NR 44,101), Retraite de Rome

  1. c) Le don de la personnalité

St Pierre-Julien Eymard malade.jpg        Le p. Eymard  est parvenu à un tel détachement de lui-même qu’il s’est senti appelé à faire ce qu’il a nommé le don de sa personnalité.

Le  21 mars 1865, en la fête de saint Benoît, au cœur de ses épreuves, il reçoit, au cours de son action de grâce, la faveur insigne “du don de la personnalité” et il s'y engage par vœu. Il résume cet événement en ces simples mots : Rien pour moi, personne, et demandant la grâce essentielle : rien par moi. Modèle : Incarnation du Verbe. (NR 441), Retraite de Rome, 21 mars 1865

Suit un texte de M. Olier, tiré du Catéchisme de la vie intérieure. Il s'agit d'une expérience mystique majeure, qui transforme radicalement le P. Eymard et le rend disponible à toute décision, fût-elle à l'encontre de son désir.

La réponse à sa requête — d’obtenir l’autorisation de fonder une communauté du Saint Sacrement au Cénacle de Jérusalem — lui est communiquée à la fin du mois : elle est négative. Apparemment, c'est l'échec total. Le P. Eymard quitte Rome le 30 mars 1865 dans une attitude d'abandon avec, pour unique richesse, le “Cénacle intérieur”, cet amour pur, qui fut celui de l'Incarnation par le sacrifice du moi humain de Jésus.

« Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » Ga 2,20

Le p. Eymard n’est plus préoccupé de son salut personnel, tant il est plongé dans la « miséricordieuse bonté » (expression qui revient souvent sous sa plume) de Dieu.

 

CONCLUSION

        Je n’ai évidemment pas épuisé le sujet : le p. Eymard n’a pas seulement écrit sur la miséricorde de Dieu mais en a fait le moteur de son action. On pourrait, par exemple, rappeler avec quel amour il sut accueillir les jeunes ouvriers, pour les préparer à leur première communion.

Mais je ne pouvais pas réécrire une biographie du p. Eymard. Comme je vous le disais au début, j’ose espérer simplement que je vous aurais aidé à connaître un peu le p. Eymard, et surtout, à l’aimer, et à travers lui, à aimer Notre Seigneur Jésus Christ dans sa miséricordieuse bonté.

Mais je veux encore, pour terminer, citer le p. Eymard justement au sujet de ces jeunes ouvriers qu’il affectionnait particulièrement :

Notre œuvre de la Première communion des adultes va grandissant. 150 à 160 ouvriers ont le bonheur d'être préparés à la première communion ; ce sont les pauvres chiffonniers, les pauvres enfants des fabriques abandonnés. Belle et aimable mission ; c'est la mission royale des noces eucharistiques. Les riches, les grands, et même les grands savants, laissent la sainte Eucharistie ; les pauvres ignorants du siècle les remplacent. (C0 1099,1), 2 février 1962

Le p. Eymard avait le souci de la périphérie (cf. pape François) : dernière citation qui nous rappelle qu’il avait rêvé de devenir missionnaire (c’est-à-dire partir au loin à cette époque-là). Mais il le devint dans le sens d’aujourd’hui (France, pays de mission) :

À Paris, il y a beaucoup de personnes non baptisées ; il ne se fait pas chez nous de première communion que nous n'ayons quelque enfant à baptiser ; c'est que Paris a de la Chine, de l'Océanie et de l'Afrique. (CO 1742,1), 18 février 1968, à Mme la Comtesse de Fraguier

 

Nota : « Encore que l’histoire ne soit jamais oubliée au cours de l’exposé, elle n’a qu’un rôle subalterne et entend respecter la priorité ou la valeur absolue de la substance spirituelle qui ne se mesure pas au nombre des jours ou des années, une rencontre de quelques heures pouvant parfois dans la fixation d’une idée, s’avérer plus importante qu’une vie en commun de plusieurs décennies. » L. Saint Pierre, L’heure du Cénacle, page 16, en note

logo sss.jpgPaul Mougin
, sss

Supérieur de la Communauté des Pères du Saint Sacrement,
Chapelle Corpus Christi
23, avenue de Friedland, Paris 8ème

 


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Pierre-Julien Eymard, Apôtre de l'Eucharistie,
un saint pour notre temps

 

 

[1] L’enfant prodigue, la parabole de la brebis perdue, le bon samaritain : Luc, l’évangile de la miséricorde.

 

03.05.2016

"L'amour nous rend apôtres de Jésus" st P-J. Eymard

P-J. Eymard Portrait 1.jpgSi la foi nous fait disciples de Jésus,
l’amour nous rend apôtres.

Saint Pierre-Julien Eymard

Citation du 3 mai (Sts Philippe et Jacques)
tirée de sa correspondance (CO 1273),
extraite de Une pensée par jour,
éditions Médiaspaul, 2010.

 

                 Le disciple écoute son maître, il est docile à sa parole qu’il laisse pénétrer et œuvrer en lui. Il écoute et se délecte de l’enseignement de son doux maître. Son cœur s’ouvre à la Parole bienfaisante du Fils de Dieu, la Parole du Dieu fait homme descend en lui et transfigure son être. Car cette parole est remplie de l’Esprit de Jésus. C’est une source venue du Père qui s’échappe du Cœur de Jésus et rejaillit dans celui du disciple.

                 L’Esprit de Jésus est amour du Père pour toute créature. Il a le pouvoir merveilleux de nous transfigurer à tel point à l’intérieur qu’il nous rend capables, à notre tour, d’amour. Cet amour nouveau qui coule en nous est à la fois si pénétrant et si intense qu’il nous donne une force particulière. C’est alors que, dans une nouvelle facilité, il nous est donné de diffuser, de transmettre à notre tour cet amour.

                 Nous reconnaissons l’amour que nous recevons de Jésus à ce qu’il nous stimule à le partager, à le redistribuer, comme une eau qui viendrait gonfler notre petite rivière qui, elle aussi, à son tour, vient gonfler d’autres petites rivières. On reconnaît que l’on devient apôtre de Jésus quand ce besoin de transmettre l’amour que nous recevons de Lui est fluide, qu’il ne force ni les êtres, ni les événements, mais reçoit, tel une grâce, en son heure, ce temps favorable pour le témoignage qui n’est autre qu’un abandon à la Volonté du Père.

                 L’apôtre appartient de façon doucereuse au Christ. Il obéit en toute joie à son Esprit qui demeure en lui et le fait être un feu sur la terre. Son action découle de ce que la Personne du Christ demeure en lui, le fortifie amoureusement. L’ayant simplifié dans tout son être, il lui permet d’agir fidèlement à la Volonté de Dieu Notre Père qui répand sa bonté depuis les cieux par le Cœur saint de son Fils bien-aimé, Jésus.


Jehanne Sandrine du SC & de la SE.jpg

 

 

 

Sandrine Treuillard

(Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie)

 


st Pierre-Julien Eymard, sacré cœur, foi, christianisme,

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24.01.2016

Une forme de résistance certaine : le Congrès Eucharistique International, depuis 1881

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Émilie-Marie Tamisier.jpg

 

À LA MESSE DE CONSÉCRATION DE LA FRANCE
AU SACRÉ CŒUR À PARAY-LE-MONIAL,

EN 1873, ÉMILIE TAMISIER
DÉCOUVRE SA MISSION :
SE CONSACRER AU SALUT DE LA SOCIÉTÉ
PAR LE BIAIS DE L’EUCHARISTIE

 

LogoChapStSacrement CorpusChristi.jpg         Voici ce que le biographe de saint Pierre-Julien Eymard, le Père André Guitton, sss — qui, depuis plus de 40 ans, vit tout contre le gisant du saint, Chapelle Corpus Christi, au 23 avenue de Friedland, Paris 8ème, et qui fut le Provincial de la Congrégation du Saint Sacrement nous a communiqué lors de notre dernière rencontre à la Fraternité Eucharistique. Le 51ème Congrès Eucharistique International se tient à Cebu (Philippines), du 24 au 31 janvier 2016, sur le thème : « Le Christ parmi vous, l’espérance de la gloire » (Col 1,27). Voici l’histoire fort intéressante des Congrès Eucharistiques Internationaux, nés en plein anticléricalisme en 1881. Une forme de résistance certaine…

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Par le Père Vittore Boccardi, sss, secrétaire du Comité pontifical des congrès eucharistiques.

 

         À l'occasion de ce Congrès Eucharistique International, nous organisons une heure d’adoration à la Chapelle Corpus Christi - 23 avenue de Friedland, Paris 8 (M° Charles de Gaulle Étoile / Georges V) - le jeudi 28 janvier, après la messe de 18h30, jusqu’à 20h. (Voir l’événement Facebook).
Tout contre la châsse du Père Eymard…

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HISTOIRE ET SPIRITUALITÉ DES CONGRÈS EUCHARISTIQUES MONDIAUX

         Le 51e Congrès eucharistique international aura lieu à Cebu, aux Philippines, du 24 au 31 janvier prochain. Le choix des Philippines avait été annoncé par le pape Benoît XVI dans son message transmis durant la messe de clôture du congrès de Dublin (17 juin 2012) : « Je voudrais vous inviter à vous joindre à moi pour invoquer la bénédiction de Dieu sur le prochain Congrès eucharistique international, qui se déroulera en 2016 dans la ville de Cebu ! J’adresse au peuple philippin mes vœux chaleureux, l’assurance de ma proximité dans la prière. »

Les congrès eucharistiques internationaux

St P-J Eymard Adoration Eucharistique.jpg         On pourrait croire que les Congrès Eucharistiques Internationaux sont des reliques du passé désormais difficiles à insérer dans le monde d’aujourd’hui. Comme de vieux parements de sacristie autrefois brillant d’or et aujourd’hui défraîchis, ils rappellent à beaucoup une époque : celle des manifestations populaires, fin XIXe début XXe siècle, organisées pour célébrer la royauté du Christ dans les plus grandes capitales du monde, les interminables processions auxquelles assistaient des centaines de milliers de fidèles, les gestes de culte rassemblant des masses d’adorateurs pour rendre des hommages de foi, d’amour et de réparation à Jésus Christ, Dieu caché sous les voiles du Sacrement, « profané par les impies, ignoré par les pouvoirs publics ».

         Que les congrès eucharistiques viennent du passé, cela est un fait. En effet, leur apparition date de la seconde moitié du XIXe siècle ; à l’époque des mouvements populaires, de la démocratie représentative et de la presse, les catholiques de France se servirent des congrès comme nouveau moyen pour rendre compte publiquement – dans une perspective internationale – de la vaste activité liée à la dévotion eucharistique. Malgré un environnement culturel où « le catholicisme intransigeant » de France connaissait sa forme la plus rigide, voyant la piété eucharistique comme un moyen pour reconstruire la société chrétienne démolie par la Révolution française, ces congrès devinrent immédiatement des laboratoires de réflexion et une caisse de résonnance pour proclamer, dans l’espace social, la vitalité de la foi et de l’Eglise.

Émilie-Marie Tamisier.jpg         On doit le lancement de ces congrès eucharistiques au profil spirituel et singulier de mademoiselle Émilie Tamisier (1843-1910). Emilie avait une vie intérieure inquiète, tourmentée, et avait pour maîtres deux grands saints. Après Pierre-Julien Eymard (le fondateur des Religieux du Saint-Sacrement, 1811-1868) chez qui elle absorba cette exigence de recourir à l’Eucharistie pour favoriser la reconstruction de la société, Antoine Chevrier (1826-1879) l’entraînera dans la patiente recherche de sa vocation. Et en 1873, alors qu’elle assistait à la messe de consécration de la France au Sacré Cœur à Paray-le-Monial, elle découvre sa mission : « se consacrer au salut de la société par le biais de l’eucharistie ».

         Un vaste réseau de relations ecclésiastiques commence alors à se tisser lentement, donnant lieu au premier des congrès, célébré à Lille en 1881, dans le Pas-de-Calais, au nord de la France. Mais en quelques années, le petit grain semé s’est mis à pousser et a fini par se transformer en un mouvement mondial capable d’atteindre – en passant par les capitales européennes – les plus grandes villes de tous les continents : Montréal (1910), Chicago (1926), Sidney (1928), Buenos Aires (1934), Manille (1937), Rio de Janeiro (1955). Faisant résonner la voix de tous ceux qui ont fait l’histoire de l’Eglise au siècle dernier, et mettant sous les feux des projecteurs des aspirations religieuses, des nouveautés liturgiques et d’urgentes questions sociales.

         Ainsi, chemin faisant, le mouvement des congrès eucharistiques a façonné sa nouvelle identité, intégrant progressivement les acquisitions du mouvement liturgique, en se mettant au service de l’Eglise universelle, s’ouvrant aux horizons les plus vastes de la mission et mûrissant – grâce aux apports des mouvements biblique, patristique et théologique – une compréhension plus complète de l’eucharistie. A la veille du concile Vatican II, au 37e Congrès eucharistique international, qui a eu lieu à Munich, en Bavière, à l’été 1960, les vieilles raisons qui avaient motivé ces congrès furent surmontées. On commençait à voir ces grandes réunions internationales comme une statio orbis, un temps d’arrêt pendant lequel le peuple de Dieu pèlerin sur terre se réunissait pour célébrer l’eucharistie et construire une communion ecclésiale. Le mouvement eucharistique, ainsi déclenché au niveau mondial, a évolué au fil de l’histoire et, avec d’autres mouvements ayant marqué le XXe siècle, a aidé à donner à l’Église sortie de Vatican II un nouveau visage, en la ramenant à sa source eucharistique.

Un congrès en Orient

         Le rendez-vous de Cebu est particulièrement important sous divers profils : tout d’abord sous un profil, disons, géographique, puis historique et missionnaire, et enfin lié à l’évangélisation moderne de l’Asie proprement dite.

         Le profil géographique est lié directement au choix de la ville appelée à accueillir le congrès. A près de 11 000 km de l’Italie, Cebu se trouve en quelque sorte en plein cœur de l’Asie orientale, à un peu plus de deux heures d’avion de Hong Kong, Taïwan, du Vietnam, et relativement près de la Corée du Sud, du Japon, de l’Inde et de l’Australie. A Cebu, pour le 51e Congrès eucharistique international, pourront venir tous ces chrétiens qui, à cause des distances et des coûts prohibitifs, sont souvent exclus des grands événements internationaux.

         C’est là, à Cebu, au centre de l’archipel philippin, que l’explorateur Fernand de Magellan a débarqué en 1521. Selon un récit de Pigafetta, Magellan fut accueilli chaleureusement par le roi indigène Humabon qui, un peu plus tard, se convertira au christianisme, avec la reine Juana et 400 de ses sujets. Pour commémorer l’événement Magellan fit don à Juana d’une statuette de l’Enfant Jésus (Santo Niño) et dressa une croix sur les lieux mêmes de la conversion. La fête du Santo Niño tombe le troisième dimanche de janvier. Elle est encore aujourd’hui, pour tous les catholiques philippins, une des fêtes religieuses les plus importantes.

         D’un point de vue historique et missionnaire, le choix des Philippines – seul pays d’Asie à majorité catholique – constitue un défi important pour l’Eglise de cet énorme continent.

         Naturellement, l’Évangile s’était déjà répandu sur le continent bien avant l’arrivée des Espagnols, il y a près de 500 ans. Disons même que tout a commencé au fin fond de l’ouest de l’Asie, à Jérusalem, où Jésus souffla l’Esprit Saint sur ses disciples et les envoya jusqu’aux extrémités de la terre. C’est d’ailleurs pourquoi, en 1998, l’assemblée spéciale pour l’Asie du synode des évêques avait dit que l’histoire de l’Église en Asie était aussi ancienne que l’Eglise primitive. En effet, c’est sur le sol de cet immense continent qu’est née la toute première communauté à avoir reçu et entendu l’annonce évangélique du salut. Les apôtres, obéissant aux ordres du Seigneur, y prêchèrent la Parole et implantèrent les premières Églises.

         Après les apôtres, l’évangélisation de l’Asie est passée aux mains des missionnaires syriens qui fondèrent des sièges épiscopaux au cœur du continent et en Mongolie. A partir du XIIIe siècle, ce sont les franciscains qui ont pris la relève, puis à partir du XVIe siècle, les jésuites. Au XIXe siècle, un grand nombre de congrégations religieuses se sont lancées à leur tour et, sans réserve, ont contribué à l’édification des Eglises locales, évangélisant et développant toute une série d’activités formatrices et caritatives.

         Mais tous ces efforts se sont révélés insuffisants pour acculturer la Bonne Nouvelle, si bien que pour les peuples du continent – mystère de l’histoire du salut ! – le Sauveur du monde, né en Asie, reste encore largement méconnu. À l’exception des Philippines, le christianisme forme aujourd’hui, en Asie, « un petit reste », une minorité néanmoins vive et généreuse.

         Selon les dernières statistiques de l’Annuaire du Vatican, l’Asie compte 134 millions de catholiques, soit 3 % des habitants du continent, mais 11 % des catholiques du monde. Le pape, à ses derniers voyages, est allé dans les pays où le nombre de catholiques est supérieur à la moyenne, mais le catholicisme croît aussi ailleurs, surtout en Chine, en Inde et au Vietnam. Au Vietnam, la croissance est exponentielle : de 1,9 million de catholiques en 1975 à 6,8 millions aujourd’hui.

         Par conséquent, le troisième profil du Congrès de Cebu est lié à l’évangélisation moderne de l’Asie. Au-delà des chiffres, relativement bas, l’Eglise en Asie incarne le défi à vivre et imaginer le christianisme sous des formes historiques autres que celles auxquelles nous sommes habitués en Occident. Car l’Asie n’a jamais vécu les dynamiques – également politiques – héritées de l’empire de Constantin ou de Charlemagne. En Asie, aucun pays n’a jamais vécu lui-même comme une societas cristiana.

         L’Église d’Asie s’inscrit dans un contexte social fait de périphéries et de frontières, de fortes tensions et de conflits de nature religieuse, politique et sociale. Ces quarante dernières années, le continent a cherché à forger sa propre identité en payant souvent le prix d’un esprit nationaliste agité de sentiments anti-occidentaux. La mondialisation a entraîné un processus de modernisation et de changements rapide. Et elle s’accompagne souvent de phénomènes de sécularisation tandis que des agglomérations urbaines entières, minées par la criminalité, l’exploitation des plus faibles, les luttes, ne cessent de créer des situations d’urgence.

         D’autre part, la diversité des nombreuses cultures et identités nationales du continent issues d’une multiplicité de grandes traditions religieuses sont aujourd’hui, plus qu’hier, à l’origine de tensions et conflits cyniquement instrumentalisés.

         Mais le fait que l’on continue à associer l’Église catholique à l’Occident, parce qu’elle dépend de règles, de financements et d’autorités occidentales, constitue encore aujourd’hui le plus sérieux des obstacles à la mission, créant des difficultés à la grande majorité des asiatiques. L’Église est souvent perçue comme un corps étranger, détaché de la structure religieuse et culturelle du continent.

         Les Philippines, dans ce panorama, représentent la seule vraie exception. Dans l’archipel, qui s’étend dans le Pacifique, la religion chrétienne apportée par les Espagnols s’est greffée sur les cultures et religions traditionnelles, obtenant un résultat qu’aucun autre pays d’Asie n’a connu. Dans ce contexte, on comprend pourquoi, sur une population qui dépasse les 100 millions, les catholiques dépassent les 80 %, et le nombre annuel des baptisés est plus élevé qu’en Italie, France, Espagne et Pologne mises ensemble.

         Le pape François s’est rendu compte de tout cela et, au cours de ses voyages, d’abord en Corée (13-18 août 2014), puis au Sri Lanka et aux Philippines (12-19 janvier 2015), il a pu le souligner, faisant valoir le défi que représentait l’évangélisation sur ce continent.

Le 51e Congrès eucharistique

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         Cebu est appelée « berceau du christianisme » et « reine du Sud ». C’est aussi la première ville fondée aux Philippines par les Espagnols qui, le 1er janvier 1571, rebaptisèrent le village royal de Sugbu (= Cebu, en langue locale) en « Villa del Santo Niño », le plaçant sous la protection de l’Enfant Jésus. Cinq siècles d’interaction entre la culture locale et le message chrétien ont porté à cette harmonieuse fusion que l’on appelle aujourd’hui « culture chrétienne philippine ». Les chrétiens qui arrivent à Cebu de tous les coins du monde se trouvent chez eux, au milieu de personnes qui partagent les mêmes aspirations et la même espérance qu’eux !

         La petite communauté chrétienne de Sugbu, sous la protection du Santo Niño, est devenue la deuxième concentration métropolitaine de l’archipel et un archidiocèse florissant de presque 5 millions de personnes, pratiquement toutes catholiques, avec un clergé actif et vaillant, des religieux (hommes et femmes) très actifs, et un nombre encourageant de séminaristes. Foi grandissante et vie chrétienne florissante furent une constante dans l’Eglise locale, et ça l’est encore aujourd’hui. Il suffit de penser à toutes les institutions et organisations catholiques, à tous les mouvements laïques prospères – sous la conduite de l’archevêque Mgr Palma – entre la hiérarchie et le clergé tant diocésain que religieux ; au gros travail d’évangélisation des prêtres et des agents pastoraux ; à ce profond sens ecclésial et religieux qui habite les gens.

         D’autre part, l’architecture religieuse laissée par l’Espagne, les interminables plages de sable blanc, bordées de palmiers qui donnent à la ville une atmosphère paradisiaque, la croissance de l’industrie touristique et hôtelière, font de cet endroit une destination du tourisme international.

         Le Congrès de Cebu n’est pas le premier congrès eucharistique international célébré aux Philippins. En 1937, Manille accueillit le 33e Congrès, le premier célébré en Asie. Ce congrès, qui connut un succès émouvant, fut sans aucun doute l’événement international le plus important jamais célébré jusqu’ici dans ce pays. Le 51e Congrès, célébré en ce mois de janvier 2016, sera tout aussi important. Il entre dans la « neuvaine d’années » que les chrétiens des Philippines célèbrent en ce moment pour préparer le 500e anniversaire de l’arrivée de la foi chrétienne dans leur pays.

         Le thème du congrès – « Le Christ parmi vous, l’espérance de la gloire » – fait l’objet d’un texte de base qui se concentre sur les rapports entre l’eucharistie et la mission à l’intérieur d’une Eglise qui se perçoit comme un événement missionnaire.

         La foi chrétienne ne tient pas seulement une place extraordinaire dans l’histoire des Philippines, elle est un phare dans sa vocation providentielle à évangéliser l’Asie. Cette évangélisation, depuis désormais des décennies, selon les conférences épiscopales présentes en Asie, passe par un triple dialogue avec les cultures et les religions, avec la masse de pauvres du continent et les jeunes dont l’Asie abonde. Enfin, à Cebu on prend conscience que pour célébrer un événement international de cette portée, on n’a pas besoin d’une métropole de premier choix, riche en structures, en espaces publics, et en qualités solides pour tout organiser. Ce qu’il faut, c’est plutôt un espace humain, voire relativement pauvre, qui soit en marge du monde, en marge du bien-être, mais riche en foi, où le peuple soit accueillant et généreux. On a besoin d’un terrain où l’annonce missionnaire de l’eucharistie croît et porte des fruits.

La célébration du Congrès

         Pour présider l’événement de Cebu, le pape François a nommé un représentant spécial, le cardinal Charles Maun Bo, Archevêque de Yangon (jadis Rangoon), capitale du Myanmar (ou Birmanie). Le cardinal présidera ce dimanche 24 janvier la messe d’ouverture du Congrès qui aura lieu en plein cœur de la ville, sur la Plaza Independencia, en face du fort San Pedro, l’endroit des premières installations espagnoles de la zone.

         Parmi les milliers de pèlerins provenant de tous les continents (les pays représentés seront plus de 60) mais surtout des communautés chrétiennes d’Asie, on prévoit aussi la présence d’au moins 20 cardinaux, environ 200 évêques et des milliers de prêtres. Durant la semaine du Congrès, les participants célèbreront l’Eucharistie, prieront ensemble, se rassembleront en procession, interviendront aux catéchèses générales tenus par une quinzaine d’orateurs internationaux de premier choix, écouteront des dizaines et des dizaines de témoignages, débattront sur des thèmes religieux et pourront vivre une vraie solidarité ecclésiale. Le tout avec l’aide de 50 000 bénévoles et des paroisses de la ville qui ne ménageront pas leurs efforts.

         Le Congrès s’achèvera le dimanche 31 janvier par une messe célébrée dans un vaste espace capable de recevoir plus d’un million de fidèles, situé dans la South Road Property, la partie de la ville en plein essor.

         Tous ceux qui arriveront à Cebu de tous les coins du monde pour assister à ces « journées mondiales de l’Eucharistie », pourront vivre l’expérience d’une mission qui aujourd’hui, et pas seulement en Asie, se réalise à travers un échange de dons entre celui qui annonce et celui qui reçoit l’annonce évangélique. Dans cet environnement, très loin du labyrinthe rationaliste de l’Occident, on peut encore faire appel à l’intelligence des affects, à l’expérience de la pauvreté et de la souffrance pour ouvrir les cœurs et bâtir des communautés qui ont envie de « manger du pain dans le Royaume de Dieu » (cf. Lc 14,15).

 

P Vittorio Boccardi sss.jpgP. Vittore Boccardi, sss,
secrétaire du Comité pontifical des congrès eucharistiques

 

 

Traduction complète de la présentation du P. Boccardi établie par & sur Zenit.


Le programme et les informations se trouvent sur le site du Comité pontifical : www.congressieucaristici.va et sur le site du Congrès de Cebu : www.iec2016.ph

Crédit photo du Père Vittore Boccardi : WIKIMEDIA COMMONS - Judgefloro

51ème Congrès Eucharistique International.pdf

 

 

27.11.2015

Une vie façonnée par l’Eucharistie : St Pierre-Julien Eymard & la Fraternité Eucharistique

 Eucharistie halo bleu.jpg
Avec Marie

La Vierge Marie,
Mère de Jésus et Mère de l’Église,
est le modèle irremplaçable
de la vie eucharistique.

Elle a partagé
la vie des disciples
en prière au Cénacle
et en chemin sur les voies du monde.

 

Comme elle,
nous nous laissons guider par l’Esprit
pour que, dociles à son action,
nous contribuions efficacement
à la venue du Royaume.

À tel point que nous l’honorons et l’invoquons
sous le titre de :
Notre Dame du Saint-Sacrement”.



fraternité eucharistique,eucharistie,adoration eucharistique,saint pierre-julien eymard,sandrine treuillard,vierge marie,religieux du saint-sacrementCh.II Une vie façonnée par l’Eucharistie
n°11 Avec Marie
du livret Projet de Vie de la Fraternité Eucharistique (pdf),
branche laïque des religieux du Saint-Sacrement,
à la suite de saint Pierre-Julien Eymard.

La fête de Notre-Dame du Saint-Sacrement est le même jour que celle de Notre-Dame de Fatima, le 13 mai, le jour de la fondation de la Congrégation du Saint Sacrement étant le 13 mai 1856. C'est Marie qui a conduit st Pierre-Julien Eymard dans sa vocation eucharistique à fonder la Congrégation sss (Société du Saint Sacrement). Il a été mariste au préalable à cette fondation.

 

JD Ingres La Vierge à l'hostie oval Louvre.jpg26 mars… Adoration de la très Sainte Vierge du Verbe Incarné. Voilà mon modèle, ma mère Marie ! première adoratrice du Verbe Incarné…
1° Adoration d’humilité… devant le poids de tant de bonté et d’amour pour elle, pour tous les hommes.
2° Le second acte… dut être naturellement un acte de joyeuse reconnaissance de son infinie et ineffable bonté pour les hommes…
Le troisième acte… dut être un acte de dévouement, ecce ancilla Domini [i], l’offrande, le don d’elle-même de toute sa vie… heureuse de correspondre ainsi à son amour pour les hommes en son incarnation.
Le quatrième acte… dut être un acte de compassion pour les pauvres pécheurs pour qui le Verbe de Dieu venait s’incarner par amour… J’ai fait à Notre-Seigneur une grande demande : celle de me donner la Très Sainte Vierge adoratrice comme ma vraie mère, de me faire part… de cet acte d’adoration continuelle pendant qu’elle portait le Verbe Incarné en son sein… ciel de vertus et d’amour… Je vais aujourd’hui faire toutes mes adorations d’un quart d’heure en union avec cette Mère des Adorateurs, cette Reine du Cénacle.

 

[i] Voici la servante du Seigneur

 

St Pierre-Julien Eymard malade.jpg26 mars 1865 – Retraite de Rome
Saint Pierre-Julien Eymard

 

 

 

 

La FRATERNITÉ EUCHARISTIQUE

branche laïque de la spiritualité eymardienne
Congrégation du Saint Sacrement

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CHAPELLE CORPUS CHRISTI
23 avenue de Friedland, 75008 Paris

 

         « De fait, autour de chaque famille religieuse… est présente une famille plus grande, la « famille charismatique », qui comprend… des chrétiens laïcs qui se sentent appelés, dans leur propre condition laïque, à participer à la même réalité charismatique. »  Pape François

fraternité eucharistique,eucharistie,adoration eucharistique,saint pierre-julien eymard,sandrine treuillard,vierge marie,religieux du saint-sacrementLa Congrégation du Saint Sacrement fondée par saint Pierre-Julien Eymard, dont le corps repose ici, Chapelle Corpus Christi, rassemble les Pères du Saint Sacrement, ici présents, et les Servantes du Saint Sacrement, avenue de Cortambert, Paris 16ème. La branche laïque est représentée par ces « associés qui sont dans le monde » (st Pierre-Julien) au sein de la Fraternité eucharistique. Dans la sensibilité spirituelle de saint Pierre-Julien Eymard, tournée vers l’Eucharistie sous toutes ses formes : messe, communion, adoration, évangélisation contemporaine de nous-même et du monde… nous vous proposons de venir partager vos expériences, réflexions, idées… à la lecture du Projet de vie, ce petit livret qui rassemble tous les points de la vie associative des laïcs sss – Congrégation du Saint Sacrement.

Par exemple, au second chapitre intitulé Une vie façonnée par l’Eucharistieau point n°7, nous lisons :

« La célébration du Mémorial du Seigneur
est au centre de notre vie personnelle,
familiale et communautaire d’Agrégés (Associés).

Elle est le point de départ
de notre compréhension de l’Eucharistie
et inspire notre prière et notre engagement.

Nous participons activement et avec joie
au banquet du Christ Ressuscité
le jour du Seigneur, aux fêtes,
et, selon les possibilités, même en semaine.

Nous nourrissons notre foi
à la table de la Parole de Dieu,
en particulier à travers les Lectures
que la liturgie offre pour chaque jour.

Appelés à témoigner
de la forme eucharistique de l’existence,
par toute notre vie nous devenons
les « adorateurs en Esprit et en Vérité
que le Père cherche ».

L’extrait suscite des réactions dans le groupe et nous échangeons, en compagnie des Pères Paul Mougin et André Guitton, nous appuyant aussi sur l’œuvre et la vie du fondateur de la Congrégation. Nous nous réunissons le 3ème mardi du mois de 13h à 14h, hormis durant les vacances scolaires.

 

fraternité eucharistique,eucharistie,adoration eucharistique,saint pierre-julien eymard,sandrine treuillard,vierge marie,religieux du saint-sacrementVous êtes tous et chacun les bienvenus !

La fraternité Eucharistique du 23 avenue de Friedland 75008 Paris.
Contact : 06 12 70 05 61

 


À télécharger, Pdf : 
Dépliant de présentation de la Chapelle Corpus Christi & Fraternité Eucharistique,
Communauté des Pères du Saint-Sacrement, 23 avenue de Friedland 75008 Paris

 

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Image : Jean-Dominique Ingres Vierge à l'Hostie, (détail)
1,13m x 1,13 m, 1854, inv20088, Paris, Musée d'Orsay
Photo RMN / © Hervé Lewandowski