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03.03.2017

L'Eucharistie comme politique

Introduction

W.CavanaughFINAL.jpg         Dans la banlieue de Manille aux Philippines, il y a une communauté de gens qui vivent à côté d’une décharge et qui gagnent leur vie en récupérant tout ce qui peut être vendu parmi les choses dont d’autres personnes se sont débarrassé. Quand le Père Danny Pilario célèbre la messe pour les gens de cette communauté, il dit que le signe de la croix qu’il fait au-dessus des Saintes Espèces a deux objectifs : consacrer le pain et le vin, et chasser les mouches du calice…

         Comme il existe ici un lien étroit entre le sacré et le profane, le Père Pilario voit un lien étroit entre l’Eucharistie qu’il célèbre avec la communauté et le travail politique qu’ils font ensemble pour améliorer la vie des personnes qui vivent là.

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         Pour parler de l’Eucharistie et de la politique nous devons rapprocher deux choses qui sont généralement maintenues bien séparées dans l’imaginaire social de l’état moderne. Dans un état à la laïcité militante comme celui de la France contemporaine, ces deux termes se retrouvent de part et d’autre du mur infranchissable qui sépare une série de notions binaires : l’église et l’état, le public et le privé, la religion et la politique, et ainsi de suite. Le mur semble infranchissable, comme s’il était fait de brique et de mortier, un endroit qu’on peut venir voir, devant lequel on peut faire un selfie, et en poster la photo sur Facebook. Mais le mur entre l’église et l’état, la religion et la politique n’existe pas en soi ; il existe dans l’imaginaire social, c’est-à-dire dans la manière dont nous percevons les choses. Le mur, bien sûr, a des effets réels, tangibles dans la vie sociale de la nation ; il est enchâssé dans des lois de toutes sortes, par exemple. Mais nous avons tendance à considérer que ces éléments binaires sont tout simplement dans la nature des choses, comme si religion et politique, par exemple, étaient deux substances comparables au potassium et à l’eau, qui sont non seulement bien distinctes, mais qui explosent quand on les mélange. En réalité, cependant, les catégories de religion et de politique sont imaginées, et la frontière qui les sépare, le fruit de l’imagination humaine. Ce soir, je veux parler d’une autre sorte d’imagination, l’imagination de Dieu, telle qu’elle s’exprime dans l’Eucharistie. L’Eucharistie est une manière de construire un monde différent, un monde sauvé. L’Eucharistie n’est pas foncièrement différente de la politique ; c’est plutôt une sorte de politique, une manière d’ordonner le monde, qui introduit le monde dans la vie même de la Trinité par le corps du Christ.

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         L’imagination liée à ces éléments binaires produit toute une série de défis pour l’Église Catholique dans une société laïque. Le plus évident est que les catholiques sont censés garder leurs convictions pour eux et s’interdire de les manifester dans leur vie publique, que ce soit au travail ou dans la vie politique. L’origine de cette exigence, que la foi reste une affaire privée, c’est l’idée laïque que la religion est une source fondamentale de division et de violence. Au-delà des inquiétudes récentes liées à la violence de certaines formes islamistes militantes, il y a une conviction laïque plus fondamentale que tous les types de religion sont par essence enclins à la violence parce qu’il est impossible que la raison puisse arbitrer entre des croyances essentiellement irrationnelles. Encore plus essentielle est la crainte laïque que l’on ne peut pas être en désaccord, sur des points fondamentaux, sans s’entretuer.

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         On raconte que les gens étaient autrefois d’accord sur les points fondamentaux, avant que la Réforme Protestante n’introduise des désaccords et la violence dans la société européenne. La solution pour empêcher les catholiques et les protestants de s’entretuer était de privatiser la religion et d’unir les gens dans la sphère publique autour de leur dévotion envers l’état-nation. J’ai fait une critique de ce mythe en me fondant sur des raisons historiques dans mon livre Le mythe de la violence religieuse, soulignant, par exemple, le fait que de nombreux catholiques ont tué des catholiques et que des protestants ont tué des protestants au cours des prétendues "guerres de religion", et que l’essor de la dévotion envers l’état-nation était une cause – et non la solution – des guerres en question. Le problème, cependant, n’est pas seulement dans la manière dont nous racontons l’histoire, mais la manière dont nous imaginons l’état de la société actuelle. Nous pensons ne pas pouvoir être fondamentalement en désaccord sur les questions religieuses en public sans violence, si bien que nous faisons de l’état-nation notre nouvelle religion. Nous considérons que notre nationalité est notre identité première et notre catholicisme passe au second plan, quelque chose qui est relégué au domaine privé, comme un passe-temps. Nous sommes prêts à tuer et à mourir pour notre pays, mais souffrir pour sa foi est considéré comme fanatique. Les objecteurs de conscience sur le lieu de travail sont considérés comme de mauvais citoyens. On nous incite à laisser notre foi au vestiaire quand nous entrons dans le domaine public du travail ou de la politique. Il n’y a apparemment aucun lien entre l’Eucharistie et la politique, par exemple, et ceci produit une fracture supplémentaire entre différents types de catholiques : il y a ces catholiques qui sont engagés pour la justice sociale et ces catholiques qui s’investissent dans l’adoration eucharistique et d’autres formes de vie dévotionnelle, mais il est trop rare de trouver des catholiques qui sont engagés dans les deux actions simultanément. Certains catholiques voient le Christ dans l’hostie au cours de l’Eucharistie, d’autres voient le Christ dans le réfugié du Moyen Orient, mais les deux semblent parfois vivre dans des églises parallèles.


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         Est-il possible de faire Eucharistie et faire de la politique en même temps ? Est-il possible d’imaginer un monde dans lequel les gens peuvent être différents et en désaccord sans violence ? Est-il possible de faire sortir des églises l’imagination de Dieu, l’Eucharistie, pour qu’elle accède au domaine public ? Je commencerai par analyser le mot ”politique”, et ensuite, j’examinerai l’Eucharistie comme source de la présence salvatrice de Dieu dans le monde.


Qu’est-ce que la politique ?

         Quand nous utilisons le terme ”politique” aujourd’hui, nous avons tendance à faire référence aux élections et à la possibilité d’influencer ceux qui ont déjà été élus. Max Weber en a donné une définition moderne dans son célèbre discours La Politique comme Vocation quand il dit « Nous entendrons par politique uniquement la direction, ou la possibilité d’influencer la direction, d’un ensemble politique, c’est-à-dire aujourd’hui, d’un état ». Il a défini l’état, ensuite, comme « une communauté humaine qui revendique (et obtient) le monopole de l’utilisation légitime de la force physique dans un territoire donné. » Ce n’est cependant pas la seule manière de définir la politique. Aristote définit la politique en fonction de ses fins ou de son but : « La préoccupation principale de la politique est d’engendrer un certain état d’esprit chez les citoyens et de les rendre bons et disposés à accomplir de nobles actions. » (Ethique, 1099b30) Livre I ch 9. La politique est ici définie, non comme un monopole de la force utilisée pour protéger les individus les uns des autres, mais comme une pratique qui rend les gens meilleurs. La politique, de plus, n’envisage pas l’individu comme son unité de base ; Aristote parle d’un « corps politique ». La relation d’un individu à la cité ou polis, origine de notre mot ”politique”, est comme la relation d’une main au corps entier. Le membre individuel reçoit la vie en participant au corps entier : » Si le tout [du corps] est détruit il n’y aura ni pied ni main ». (Politique 1253a20).

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         Si ceci paraît familier, c’est peut-être parce que vous pensez à la première lettre de St Paul au Corinthiens, dans laquelle Paul utilise l’image grecque du corps politique pour décrire l’Église comme étant le corps du Christ. « Le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres. L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous » (I Cor. 12:20-1). Pour Paul, l’Église est une sorte de politique au sens aristotélicien d’une communauté ayant un but commun et des biens communs et qui donne vie aux membres individuels. Pour Aristote, cependant, l’analogie du corps exigeait – comme la tête gouverne le corps – qu’une classe restreinte de gens gouverne. Le statut de citoyen était limité à la classe des hommes possédants ; les femmes, les enfants, les esclaves, les étrangers résidents (métèques), et de nombreux travailleurs manuels étaient exclus. Paul, d’autre part, imagine un nouveau type de corps dans lequel tous sont appelés à participer. « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, il n’y a plus d’esclave ou d’homme libre, il n’y a plus d’homme et de femme ; car tous vous êtes Un en Jésus Christ » (Gal. 3:28). Non seulement les membres les plus faibles ne sont pas exclus de la citoyenneté ou d’appartenance au corps, mais il y a une option préférentielle pour les plus faibles dans le corps : « Les membres du corps qui paraissent plus faibles sont indispensables, et ces membres du corps que nous estimons les moins honorables, nous les entourons de plus d’honneur » (I Cor. 12:22-23). Paul pousse l’analogie du corps encore plus loin en impliquant qu’une sorte de système nerveux relie tous les membres, car « Si un membre souffre, tous souffrent ensemble ; si un membre est à l’honneur, tous se réjouissent avec lui » (I Cor 12:16). Le but commun qui maintient l’unité du corps est l’amour de Dieu.

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         S’il vous paraît excessif d’appeler cela un corps politique, considérez le terme que Paul et l’Église primitive plus généralement ont choisi pour nommer l’Église : ekklesia en grec. Le mot est emprunté au discours politique grec, dans lequel l’ekklesia était le rassemblement de tous ceux qui jouissaient des droits de citoyens dans la cité-état. L’Église n’a pas utilisé le terme koinon, qui faisait référence à une association ou un club privés. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Parce que l’Église affirmait être un rassemblement totalement ”public” qui concernait tous les aspects de la vie. En même temps, elle était plus large qu’une polis terrestre ; elle était une anticipation du rassemblement eschatologique du peuple de Dieu. Comme le dit N.T. Wright, spécialiste des Écritures, le travail missionnaire de Paul, « implique une ecclésiologie haute et forte dans laquelle les cellules dispersées et souvent confuses formées par les femmes, les hommes et les enfants loyaux envers Jésus comme Seigneur forment des avant-postes coloniaux de l’empire à venir : des petits groupes subversifs du point de vue de César, mais vus de manière juive, un avant-goût du temps où la terre sera remplie de la gloire du Dieu d’Abraham et où les nations se joindront à Israël pour chanter la louange de Dieu (cf Rom. 15:7-13). De ce point de vue, par conséquent, ce contre-empire ne peut jamais se contenter d’être seulement critique, ni se contenter d’être seulement subversif. Il prétend être la réalité dont l’empire de César est une parodie ; il prétend modeler l’authentique humanité, au premier rang de laquelle sont la justice et la paix, et l’unité qui transcende les barrières culturelles et raciales traditionnelles, dont l’empire de César se vantait. »

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         L’essentiel est que les premiers Chrétiens considéraient l’Église comme une sorte de corps politique, différent de la polis ou cité grecque, mais comme une anticipation d’une cité d’un genre différent, la Cité de Dieu, comme allait l’écrire St Augustin. L’Église était censée être une anticipation de la cité céleste qui descend sur terre au dernier chapitre de l’Apocalypse. La préoccupation première de l’Église n’est pas de donner aux gens un billet pour l’au-delà mais de transformer ce monde, un ciel nouveau et une terre nouvelle, dont l’anticipation est un corps formé de gens qui ordonnent la vie matérielle d’une manière nouvelle.


L’Eucharistie comme politique      

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         Si politique peut se comprendre ainsi plus largement, alors nous pouvons commencer à voir comment l’Eucharistie peut se comprendre comme politique. L’Eucharistie, c’est l’incorporation d’une personne dans un nouveau genre de corps politique par un acte de consommation par le corps. Dans un mouvement qui a dû paraître aux Grecs excessivement étrange et pervers, le corps du Christ était identifié à la fois à la personne globale de l’église et à la nourriture dont se nourrissaient les membres de l’église. « La coupe d’actions de grâce que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps car nous avons tous part à un seul pain » (I Cor 10:16-17). En mangeant le corps du Seigneur, nous sommes assimilés au corps du Seigneur, consommé par ce que nous consommons.

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         Pour Paul, cette assimilation a des effets sociaux directs. Dans le chapitre suivant de la Première lettre aux Corinthiens, il réprimande la communauté chrétienne pour la manière dont les riches mangent bien mais les pauvres sont affamés quand ils viennent ensemble pour célébrer l’Eucharistie. Paul appelle cela un échec à « discerner le corps », faisant référence au corps du Christ à la fois dans le pain consacré et dans la communauté ecclésiale. Il dit que dans leurs célébrations eucharistiques, il se peut qu’« ils mangent et boivent leur propre condamnation », il suggère même que l’Eucharistie peut tuer certains d’entre eux ! (I Cor. 11:27-34). Pour Paul, le type de personne collective que le corps du Christ a appelé à l’existence était clairement un défi lancé à la stratification politique, économique et sociale existante.

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         Le grand théologien catholique français Henri de Lubac a écrit que, pour l’Église primitive, l’Eucharistie était « plus de l’ordre de l’action qu’une chose ». Par ceci, il ne voulait certainement pas dire que l’Église primitive niait la présence réelle du Christ dans le pain et le vin. Mais la présence du Christ était vue comme quelque chose de dynamique plutôt que statique, essentiellement exprimée dans l’action de rassembler les corps dans le corps du Christ. Pour cette raison, l’Église était connue comme le ”corpus verum”, le ”corps véritable” du Christ, dans l’Église primitive. Le corps véritable était le résultat de l’action sacramentelle : « L’Eucharistie fait l’Église » selon la formule célèbre de de Lubac. L’Eucharistie est le signe efficace de l’union de la paix et de la charité à laquelle vise l’humanité. Mais selon de Lubac, cette réalité s’est obscurcie à partir du Bas Moyen Age, lorsque l’Eucharistie a commencé à être perçue plus comme une chose qu’une action. Les Saintes Espèces furent alors vues comme le ”corpus verum”, et la piété eucharistique se focalisa sur le miracle qui se produisait à l’autel. L’Église se cléricalisa de plus en plus, et les laïcs évitèrent de communier fréquemment, en partie parce qu’ils se sentaient indignes d’un tel miracle.

         Tout ceci est démontré très en détail dans le livre de de Lubac Corpus Mysticum, publié en 1944 au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Il peut paraître frivole que de Lubac ait travaillé sur l’histoire de certains concepts théologiques médiévaux tandis que le monde était en proie aux flammes autour de lui. Mais les preuves abondent qu’il avait l’intention de faire de ce livre une contribution à l’effort de résistance à l’occupation nazie. De Lubac refusa de rejoindre les FFI contre le régime de Vichy parce qu’il redoutait l’implication directe de l’Église dans la politique de l’état-nation. En revanche, il a bien aidé à la publication d’un journal clandestin qui montrait l’incompatibilité de l’idéologie nazie avec la pensée chrétienne. « Il est clair maintenant » écrit David Grumett, « que le contexte, la motivation et les implications de la théologie de de Lubac sont profondément politiques. » Ceci est vrai si l’on entend ”politique” dans un sens plus large que la poursuite du pouvoir dans l’appareil d’état.

         De Lubac menait un combat sur deux fronts. D’une part, il voulait résister à la cooptation de l’Église Catholique qui soutiendrait une politique nationaliste, comme ce fut le cas de l’Action Française, qui reçut le soutien de nombreux catholiques avant sa condamnation par le Pape Pie XI en 1926. Il ne voulait pas « abaisser [l’Église]… au rang des puissances de ce monde. » D’autre part, il voulait résister à la privatisation du catholicisme, la réduction de l’Eucharistie à une piété individualiste, qui, pensait-il, permettait aux catholiques de collaborer avec le régime de Vichy parce qu’ils séparaient leur foi de leur politique. Il a écrit que « en réalité, le catholicisme est essentiellement social, » et il rejetait la privatisation de la foi dans les termes suivants : « Puisque le surnaturel n’est pas séparé de la nature, et le spirituel est toujours mêlé au temporel, l’Église a éminemment autorité – toujours en proportion de l’élément spirituel qui est présent – sur tout, sans être obligée de sortir de son rôle. » L’œuvre de de Lubac sur l’Eucharistie au cœur de la guerre était une tentative de trouver une troisième voie entre la poursuite du pouvoir et l’influence sur la politique de l’état-nation, d’une part, et la privatisation et l’absence de pertinence politique de la foi catholique d’autre part.

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         Je pense que l’œuvre de de Lubac est utile pour nous aider à envisager de faire sortir l’Eucharistie des églises, et manifester le corps du Christ dans le monde, sous la forme de communautés qui anticipent le Royaume de Dieu. Comme le pape Jean-Paul II l’a écrit dans son encyclique Ecclesia de Eucharistia, l’Eucharistie  « est d’une certaine manière toujours célébrée sur l’autel du monde. Elle unit le ciel et la terre. Elle embrasse et imprègne toute création. » Ainsi l’Eucharistie, « augmente, plutôt qu’elle ne diminue, notre sens des responsabilités pour le monde d’aujourd’hui. » Ici Jean-Paul II se fait l’écho d’un thème majeur du mouvement liturgique du vingtième siècle : l’adoration devrait continuer dans la rue et sur la place publique, au travail et à la maison. La vie chrétienne a pour vocation d’être un acte d’adoration. Plus récemment, le Pape François a dit à aux participants des JMJ à Rio « Je veux que l’ Église sorte dans la rue, je veux que nous résistions à tout ce qui est mondanité, immobilisme, confort, tout ce qui est lié au cléricalisme, tout ce qui pourrait nous refermer sur nous-mêmes. » Mais le Pape François a clairement précisé en même temps que l’Église a quelque chose d’unique à apporter quand elle sort ; ce n’est pas un service social ou un parti politique de plus. « Les paroisses, les écoles, les institutions sont faites pour sortir… Si elles ne sortent pas, elles deviennent une ONG, et l’Église n’est pas une ONG. » Ce que l’Église a à offrir au monde, c’est le corps du Christ.

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         En pratique, à quoi ressemble cette vision de l’Eucharistie dans la rue ? Je donnerai deux exemples tirés de contextes différents. Comme je l’ai décrit dans mon livre Torture et Eucharistie, le régime militaire du Chili – où j’ai vécu dans un bidonville dans les années 80 –, était décidé à réprimer tous les corps sociaux qui se dressaient entre l’individu et l’état : partis politiques, syndicats, coopératives de paysans et, enfin et surtout, les mouvements d’église. Ils utilisaient la torture comme moyen pour disperser les gens, et pour qu’ils aient trop peur pour se rassembler. L’Église a répondu en excommuniant les tortionnaires et toute personne coupable de torture, les excluant de l’Eucharistie parce qu’ils attaquaient le corps du Christ, à la fois les corps individuels et les corps sociaux. Le Vicariat de la Solidarité, organe de l’Église, parrainait des corps sociaux, des associations placées sous la protection de l’Église: des dispensaires, des centres d’aide juridique, des soupes populaires, des coopératives d’achat, des projets immobiliers, des groupes pour les femmes, des ateliers indépendants, des ateliers de confection, et de nombreux espaces permettant de se réunir. Un groupe appelé le Mouvement Sebastian Acevedo a également commencé à célébrer des liturgies de rue. Au signal convenu à l’avance, des membres du groupe – essentiellement des prêtres, des religieuses, et des laïcs catholiques, mais qui incluaient aussi des non croyants – se rassemblaient, distribuaient des brochures, déroulaient des bannières, chantaient, et psalmodiaient des litanies dénonçant la torture à l’endroit même où elle se pratiquait. Ces liturgies avaient pour but de célébrer le corps du Christ dans des espaces publics d’où le corps du Christ avait disparu. Des membres du groupe ont souffert dans leur corps la violence du régime, car ils étaient généralement battus et arrêtés. Comme l’a dit un observateur, « leurs corps sont transformés en une puissante chair pour le sacrifice par lequel ils reçoivent avec amour l’Eucharistie avec ceux qui souffrent. » En un sens, ils devenaient Eucharistie en unissant leur corps en sacrifice avec le corps du Christ.

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         Un deuxième exemple vient d’Afrique, où Maggy Barankitse a rassemblé des enfants devenus orphelins suite au génocide rwandais – des Hutu aussi bien que des Tutsi – et elle les élève pour qu’ils n’attachent pas d’importance à leur origine ethnique et qu’ils considèrent que leur identité, c’est de faire partie d’une seule famille, celle de Dieu. Voilà un acte profondément politique. La Maison Shalom de Barankitse se préoccupe de monter des entreprises et de fournir une éducation, mais elle est centrée sur l’Eucharistie, que Barankitse appelle « une spiritualité qui englobe tout ». En 2008, Barankitse s’est adressée au 49ème Congrès Eucharistique au Québec et a invité les évêques et d’autres délégués présents à « avoir le courage de perdre la tête dans l’Eucharistie, » ce qui signifie retrouver notre véritable identité de réconciliés. Comme l’a écrit le théologien ougandais Emmanuel Katongole, « le sang de l’Eucharistie est plus épais que le sang du tribalisme… » Peut-il y avoir une illustration plus claire de l’affirmation de de Lubac que l’Eucharistie est action et que l’Eucharistie est politique, que celle de la Maison Shalom de Maggy ?

Politique eucharistique en France

         Ces exemples sont sources d’inspiration, mais ils soulèvent la question de savoir comment l’affirmation de de Lubac sur l’Eucharistie pourrait être illustrée ici en France, son pays natal. Je ne suis pas un expert du contexte français, mais j’offre ici les pensées d’un observateur extérieur.

         Les catholiques ont, bien sûr, un rôle important à jouer dans la vie politique de l’état-nation. Des catholiques qui se présentent à des postes publics ou soutiennent divers candidats dans le but d’influencer les politiques de l’état peuvent avoir un rôle de levain et même un rôle prophétique à jouer dans la politique nationale. La situation est peut être difficile en France à cause d’une sorte de laïcité militante qui pousse la foi religieuse traditionnelle à rester en marge. Mais la France n’est pas seule à cet égard. Comme le Pape Benoit XVI l’a écrit dans son encyclique Caritas in Veritate, ni l’état moderne ni le marché ne répondent aux principes de gratuité et d’amour qui devraient caractériser non seulement les « micro-relations » en famille et entre amis mais les « macro-relations » au niveau plus large, tant économique, politique que social. Benoît suggère que nous réagissions en pensant à la politique en termes plus larges que l’état-nation. Il recommande ce qu’il appelle une « autorité politique dispersée », « le développement d’autres acteurs politiques, d’une nature religieuse territoriale, sociale ou culturelle, parallèlement à l’État, » et l'« articulation de l’autorité politique au niveau international, national et local. » Nous pouvons créer des espaces communs alternatifs où l’imagination de Dieu peut créer un nouveau genre de politique, une politique Eucharistique.

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         Les papes récents nous ont demandé de penser à des niveaux qui soient au-dessus et en-dessous de l’état-nation. Penser au-dessus de l’état, c’est à dire au niveau international, c’est voir que le corps du Christ dépasse les frontières nationales, et reconnaître que l’Église est appelée à être véritablement catholique, embrassant tous les peuples. L’appel du Pape François demandant à chaque paroisse d’Europe d’accueillir une famille de réfugiés du Moyen Orient est un des exemples de la manière dont une imagination véritablement catholique du corps du Christ peut mettre en pratique la charité qui dépasse l’intérêt national. Penser en-dessous de l’état, c’est à dire au niveau local, c’est de voir que le corps du Christ consiste à rencontrer en face à face des personnes en qui nous voyons le visage de Jésus Christ. Nous ne pouvons pas nous contenter de déléguer l’attention portée à nos voisins dans le besoin à un état providence bureaucratique. Quelque nécessaire qu’un filet de sécurité puisse être, ce n’est pas le Royaume de Dieu. Nous devons nous occuper les uns des autres directement, et ne pas laisser les autres à la merci de ce que le pape Benoit appelle le modèle exclusivement binaire de l’État et du marché » dans lequel il n’est question que « de donner afin d’acquérir (logique de l’échange) et de donner par devoir (logique de l’obligation publique, imposée par la loi de l’État). » Benoit recommande une participation au niveau local, de s’occuper des pauvres directement, par la microfinance et d’autres modèles économiques – tels que Commerce Équitable, la Coopérative de Mondragon, l’Économie de Communion des Focolari, (et le café Simone !) et d’autres – qui placent l’être humain au-dessus du profit. Benoît dit clairement qu’il ne veut pas simplement créer des créneaux de charité, mais imprégner le système économique, politique et social tout entier, de l’amour de Dieu. La cité terrestre, écrit-il, peut être « dans une certaine mesure une anticipation et une préfiguration de la cité de Dieu indivise. »

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         La vision globale, donc, est une vision dans laquelle la définition de ”politique” est élargie pour inclure toutes sortes d’espaces collectifs alternatifs où une imagination Eucharistique du monde peut devenir une réalité concrète. Si l’on ne sort pas de la contrainte des binaires comme public/privé, religion/politique, religieux/laïc, et Église/État, cependant, cette vision peut facilement faire l’objet d’un malentendu : nous pensons que, soit nous devons imposer cette vision au reste de la nation par les mécanismes de l’état, soit nous pensons que créer des espaces collectifs alternatifs signifie se désengager de la société. L’un est une forme dépassée de théocratie, l’autre un acte de désespoir. Aux États-Unis aujourd’hui, beaucoup de chrétiens discutent de ce que l’on appelle ”l’Option de Benoît”, en référence à St Benoît de Nursie. Le philosophe catholique Alasdair MacIntyre conclut son célèbre livre Après la vertu en appelant de ses vœux « un nouveau St Benoît, nouveau et indubitablement différent. » Certains catholiques ont conclu qu’il voulait dire que nous étions dans un nouvel Age Sombre et que nous devons nous retirer de la société, comme l’ont fait les moines du Moyen Age, pour former des enclaves de gens ayant les mêmes idées, afin de préserver ce qui reste de culture catholique. Ils oublient cependant que les monastères devinrent les nouveaux centres de civilisation dans ce prétendu Age Sombre du Moyen Age. Et, comme le théologien catholique Gerald Schlabach l’a récemment affirmé, le vœu de stabilité que St Benoît exigeait de tout moine va à l’encontre du besoin actuel de fuir la compagnie de ceux avec lesquels nous sommes en désaccord.

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         Aujourd’hui, le besoin de se mettre en retrait de la société pour former des enclaves de gens ayant les mêmes idées, n’est pas une contreculture mais c’est en fait une tendance dominante dans la culture occidentale. Avec tant de sources d’informations à notre disposition maintenant, nous avons tendance à n’écouter que les informations et les commentaires avec lesquels nous sommes déjà d’accord. Nous recherchons la compagnie de ceux qui sont d’accord avec nos opinions politiques ou ceux qui partagent déjà nos engagements dans la foi, et nous diabolisons ceux avec lesquels nous sommes en désaccord partiel ou total ; nous restons à distance en nous contentant de leur crier des slogans. Nous évitons le vrai dialogue et le désaccord respectueux, parce que nous craignons l’autre, et parce que nous craignons de ne pas pouvoir véritablement et fondamentalement être en désaccord sans violence. Une autre sorte d'”Option de Benoît” prendrait au sérieux le vœu de stabilité, et refuserait de fuir devant ceux qui sont différents et susceptibles de ne pas être d’accord avec nous. Maintenir sa position, écouter, apprendre des autres tout en témoignant de notre foi – c’est cela qui est requis maintenant. Et ceci nécessite de briser ces termes binaires que sont : public/privé, religieux/laïc, religion/politique, parce qu’il faut que nous soyons prêts à parler de notre foi en Jésus Christ en public, même si nous savons que d’autres ne partagent pas nos convictions. Plutôt que de réserver l’Évangile et l’Eucharistie pour les dimanches et de n’utiliser qu’un langage laïc du lundi au samedi, nous sommes invités à faire sortir notre foi de son isolement et à la faire dialoguer avec ceux qui ne sont pas d’accord. C’est en partie ce que le Pape François veut dire par faire sortir l’Église dans les rues.

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         Cependant, afin d’être des témoins fidèles, nous devons être attirants pour les autres. Nous ne serons pas le levain du Royaume de Dieu simplement en nous plaignant des contraintes de la société laïque, ou en condamnant la culture de mort, ou en exigeant que l’état mette en place notre vision de l’amour, ou en essayant d’être de meilleurs débatteurs que nos adversaires. Il nous faut créer des communautés de gens qui vivent des vies joyeuses, comme si Dieu, en fait, avait déjà sauvé le monde, parce que nous sommes convaincus que Dieu a déjà sauvé le monde. Il nous faut créer des communautés qui vivent la réconciliation et la miséricorde, où la souffrance matérielle est soulagée et les péchés pardonnés. Il nous faut créer des espaces économiques où ce sont les gens, et non le profit, qui sont prioritaires. Il faut qu’il soit évident que nous faisons ce que nous faisons dans le monde parce que nous avons été incorporés par l’Eucharistie au corps du Christ, où tous souffrent ensemble et où tous se réjouissent ensemble. Nous mettons parfois tellement l’accent sur la vérité et la bonté que nous en oublions le troisième élément transcendantal, la beauté. Il nous faut créer des vies qui sont belles pour attirer les autres. Gerhard Lohfink, spécialiste des Écritures, dit que c’est en attirant à la beauté que Dieu change le monde sans violence. Les révolutionnaires humains sont pressés par le temps et veulent changer le monde en renversant les puissants par de spectaculaires actes de violence. Dieu, quant à lui, change le monde par la patience et la non-violence, en établissant une communauté de gens qui vivent des vies réconciliées. Dieu invite alors les gens à venir voir et rejoindre ce beau mouvement. L’Église catholique en France est à certains égards idéalement placée en équilibre, entre un athéisme militant d’une part et un fondamentalisme islamiste militant d’autre part, pour manifester une belle manière de vivre qui dit « oui » aux dons de Dieu sans fonder notre identité en disant « non » aux autres.

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         Créer des communautés eucharistiques ne consiste pas à créer des enclaves par des Catholiques et pour des Catholiques uniquement. Tous les humains, comme Dorothy Day aimait le rappeler au Mouvement Catholique des Travailleurs, font déjà partie ou font potentiellement partie du corps du Christ, ce qui a une véritable dimension cosmique. En vérité, le corps du Christ n’a pas son pareil pour brouiller notre notion préconçue de l’identité, car le Christ dans l’Eucharistie est à la fois le don, celui qui donne et celui qui reçoit. Nous mangeons le corps du Christ, et nous sommes alors transformés en corps du Christ ; l’acte de consommer est complètement renversé, de telle manière que, comme St Augustin entend le Christ le dire, « je suis la nourriture des forts ; grandis et tu te nourriras de moi. Et tu ne me transmueras pas en toi, comme la nourriture que mange ta chair, mais c’est toi qui seras transmué en moi. » Mais cela signifie aussi qu’à notre tour, nous devenons nourriture pour les autres ; nous nous offrons comme nourriture pour un monde affamé. Ainsi nous imitons l’acte de kénose de Dieu, c’est-à-dire se dépouiller de soi-même, accompli en Jésus-Christ qui, comme Paul le dit aux Philippiens, n’a pas jugé bon de revendiquer l’égalité avec Dieu comme un dû, mais a pris la condition de l’esclave (Phil. 2:6-7).

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         Mais le tableau que Jésus brosse du jugement dernier dans Matthieu 25 rend les contours du Corps du Christ encore plus paradoxaux. Jésus offre le salut à ceux qui, quand il avait faim, lui ont donné à manger, quand il avait soif, lui ont donné à boire, et quand il était en prison, l’ont visité et ainsi de suite. Nous avons tendance à lire ce passage en reconnaissant que nous devons servir les pauvres afin de devenir semblables au Christ. Mais ici le Christ ne s’identifie pas à ceux qui servent mais plutôt à ceux qui ont faim, qui sont malades, nus et en prison. Ici le corps du Christ est identifié à tous ceux qui souffrent. L’essentiel c’est que les contours du corps du Christ ne sont pas fixes et immuables, et ne s’identifient pas simplement aux contours de l’Église visible. L’Eucharistie est le cœur battant de l’Église, mais plutôt que de nous inciter à dessiner des frontières autour de l’Église et à nous replier sur nous-mêmes, elle devrait nous encourager à nous ouvrir aux autres, comme le Pape François nous invite à le faire. Dans l’Eucharistie, nous devenons le Christ qui devient à la fois nourriture pour les pauvres et devient le pauvre. Nous ne sommes le corps du Christ que dans la mesure où nous nous faisons mendiants pour obtenir le pain quotidien que le Christ donne.

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         La vision de l’imagination de Dieu signifie que nous n’avons pas besoin de dessiner des frontières hermétiques autour de l’Église ; nous devons nous ouvrir aux autres et collaborer avec les gens de toute confession ou ceux qui n’en ont aucune, afin de témoigner d’un monde sauvé. Mais ceci ne signifie pas que, ce faisant, nous devions réduire l’importance de notre foi, ou cesser de rendre raison de la foi qui est en nous. Dorothy Day a bien compris cela il y a des années quand elle écrivait « si nous perdons la vision, nous devenons de simple philanthropes qui distribuent des palliatifs. » Elle était convaincue qu’on ne pourrait éradiquer les maux de la société moderne que lorsque les gens croiraient qu’ils sont vraiment membres du même corps. Elle a travaillé inlassablement contre la guerre, pour la dignité des travailleurs, contre le racisme, et en faveur des coopératives, des banques coopératives, des communautés de fermiers et des foyers d’accueil pour les sans-abri. Et pour elle, tout ceci découlait de la vision du corps du Christ. Elle a écrit « notre travail en vue d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle montre la corrélation entre le matériel et le spirituel, et bien sûr, reconnaît la primauté du spirituel. La nourriture pour le corps, ce n’est pas suffisant. Il faut de la nourriture pour l’âme. À partir de là, ceux qui ont la responsabilité du travail, et tous ceux que nous pouvons inciter à se joindre à nous, doivent aller chaque jour à la Messe, pour recevoir la nourriture de l’âme. Et au fur et à mesure que notre perception est avivée, et que nous prions pour que notre foi augmente, nous verrons le Christ en chacun de nous, et nous ne perdrons pas confiance en ceux qui nous entourent, quelque chancelant que soit leur cheminement. » Dorothy Day savait que l’activisme des catholiques doit se nourrir de l’Eucharistie sinon il s’épuise rapidement, lorsque les gens s’usent au travail et se découragent à cause des énormes injustices dans le monde.

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         Dorothy Day savait également que si Dieu ne change pas le monde, le monde ne changera pas. Notre espoir est en Dieu, non dans nos efforts. « Ce que nous faisons est peu de choses. Mais c’est comme le petit garçon qui avait quelques pains et quelques poissons. Le Christ a pris ce peu et l’a augmenté. Il fera le reste… Notre travail, c’est semer. Une autre génération moissonnera. » La violence vient de l’effrayante illusion qu’il n’y a pas de Dieu, et que nous devons prendre l’histoire en charge et faire en sorte qu’elle finisse bien. Mais pour ceux d’entre nous qui croient au Dieu de Jésus-Christ, nous pouvons prendre les choses tranquillement, pour accéder, pleins d’espoir, à l’amour que Dieu nous a promis. Dieu s’occupe de l’histoire. Nous ne sommes pas invités à sauver le monde, mais à être fidèles à la manière dont Dieu sauve le monde. Dans l’Eucharistie, Dieu prend « le fruit de la vigne et du travail des hommes » et le transforme en lui-même, le corps même du Christ. C’est suffisant. Dans l’Eucharistie, Dieu imagine une terre nouvelle sur laquelle tous en viennent à voir qu’ils sont membres du corps même du Christ, et partagent les joies et les peines des uns des autres. Nous sommes invités à vivre dans l’imagination de Dieu, à en être nourris, et à offrir cette nourriture à un monde affamé.

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PortraitCavanaugh.jpgWilliam T. Cavanaugh

LesGrandesConférences.jpgBasilique Notre-Dame de Fourvière, Lyon, le 9 Novembre 2016
Théologien, directeur d’un centre de recherche à DePaul University, Chicago, USA
Traduction de l’anglais par Henri Brenders

Ce texte est initialement paru sur le site Les Grandes Conférences de Fourvière

 

 

The Eucharist as Politics - William Cavanaugh