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29.01.2017

Marguerite-Marie Alacoque & le message du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial (1688)

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Lettre LXXXIX

À la Mère de Saumaise, à Dijon

Vive † Jésus

Juillet 1688


JésusCentreVertical.jpg            C’est donc pour obéir à mon Souverain, ma chère Mère, que je tâcherai, lorsqu’il me le permettra, de satisfaire en toute simplicité à la demande que vous nous faites sur la continuation de ses miséricordes et libéralités. Oh ! qu’elles sont grandes, puisque souvent elles ne me laissent d’autre expression sinon de dire :
Misericordias Domini in æternum cantabo ! Car, hélas ! que pourrais-je dire autre chose, puisque je m’en trouve tellement remplie que je ne m’en puis exprimer. Je m’en vois environnée de toute part, et je m’y sens abîmée sans pouvoir en sortir. Il me semble être une petite goutte d’eau dans cet océan du Sacré Cœur, qui est un abîme de toutes sortes de biens, une source inépuisable de toutes sortes de délices, et plus on en prend, plus elle est abondante. C’est un trésor caché et infini qui ne demande qu’à se manifester à nous, à se répandre et distribuer pour enrichir notre pauvreté. Je le prise et l’aime plus que tous ses dons, grâces et bienfaits ; je lui laisse faire en moi, de moi et pour moi selon son bon plaisir, sans regarder que lui seul, qui vaut un million de fois plus que tout ce qui est hors de lui-même. Si vous ne m’obligiez de vous en dire quelque chose, je laisserais tout dans lui qui me met dans l’impuissance de m’exprimer qu’avec ceux qu’il lui plaît, dont vous êtes du nombre.

2-MosaïqEnsemble.jpg            Je vous dirai qu’ayant eu le bonheur de passer tout le jour de la Visitation devant le saint Sacrement, mon Souverain daigna bien gratifier sa chétive esclave de plusieurs grâces particulières de son Cœur amoureux, lequel, me retirant au-dedans de lui-même, me fit expérimenter ce que je ne puis exprimer. Il me fut représenté un lieu fort éminent, spacieux et admirable en sa beauté, au milieu duquel il y avait un trône de flammes, dans lequel était l’aimable Cœur de Jésus avec sa plaie, laquelle jetait des rayons si ardents et lumineux que tout ce lieu en était éclairé et échauffé. La Sainte Vierge était d’un côté et saint François de Sales de l’autre avec le saint Père de la Colombière ; et les Filles de la Visitation paraissaient en ce lieu avec leurs bons anges à leur côté, qui tenaient chacun un cœur en main, et la Sainte Vierge nous invitant par ces paroles : « Venez mes bien-aimées filles, approchez-vous, car je vous veux rendre comme les dépositaires de ce précieux trésor que le divin Soleil de justice a formé dans la terre virginale de mon cœur, où il a été caché neuf mois, après lesquels il s’est manifesté aux hommes, qui n’en connaissant pas le prix, l’ont méprisé parce qu’ils l’ont vu mêlé et couvert de leur terre, dans laquelle le Père éternel avait jeté toute l’ordure et corruption de nos péchés, lesquels il a fait purifier pendant trente-trois ans dans les ardeurs du feu de sa charité. Mais voyant que les hommes, bien loin de s’enrichir et de se prévaloir d’un si précieux trésor, selon la fin pour laquelle il leur avait été donné, tâchaient au contraire de le mettre à néant et de l’exterminer, s’ils avaient pu, de dessus la terre, le Père éternel, par un excès de sa miséricorde, a fait servir leur malice pour rendre encore plus utile cet or précieux, lequel, par les coups qu’ils lui ont donné en sa Passion, en ont fait une monnaie inappréciable, marquée au coin de la divinité, afin qu’ils en puissent payer leurs dettes et négocier la grande affaire de leur salut éternel. »


GaucheMargueriteM&Visitandines.jpg            Et cette Reine de bonté continuant à parler, dit en leur montrant ce divin Cœur : « Voilà ce précieux trésor qui vous est particulièrement manifesté, par le tendre amour que mon Fils a pour votre institut, qu’il regarde et aime comme son cher Benjamin, et pour cela le veut avantager de cette portion par dessus les autres. Et il faut que non seulement elles s’enrichissent de ce trésor, mais encore qu’elles distribuent cette précieuse monnaie de tout leur pouvoir, avec abondance, en tâchant d’en enrichir tout le monde sans crainte qu’il défaille, car plus elles y en prendront, plus elles en trouveront. »

 

DroiteLaColombière+Jésuites.jpg            Ensuite, se tournant vers le bon Père de la Colombière, cette Mère de bonté dit : « Pour vous, fidèle serviteur de mon divin Fils, vous avez grande part à ce précieux trésor ; car s’il est donné aux Filles de la Visitation de le connaître et distribuer aux autres, il est réservé aux Père de votre Compagnie d’en faire voir et connaître l’utilité et la valeur, afin qu’on en profite, en le recevant avec le respect et la reconnaissance dus à un si grand bienfait. Et à mesure qu’ils lui feront ce plaisir, ce divin Cœur, source de bénédictions et de grâces, les répandra si abondamment sur les fonctions de leur ministère, qu’ils produiront des fruits au delà de leurs travaux et de leurs espérances, et même pour le salut et la perfection de chacun d’eux en particulier. »

 

DroiteLaColombière+StFrançoisDeSales.jpg            Notre saint Fondateur, parlant à ses filles, leur dit : « O filles de bonne odeur, venez puiser dans la source de bénédictions les eaux de salut, dont il s’est déjà fait un petit écoulement dans vos âmes, par le ruisseau de vos Constitutions qui en est sorti. C’est dans ce divin Cœur que vous trouverez un moyen facile de vous acquitter parfaitement de ce qui vous est enjoint dans ce premier article de votre Directoire, qui contient en substance toute la perfection de votre Institut : Que toute leur vie et exercices soient pour s’unir avec Dieu. »

            Il faut pour cela que ce Cœur sacré soit la vie qui nous anime, son amour notre exercice continuel, qui seul nous peut unir à Dieu, pour aider par prières et bons exemples la sainte Église et le salut du prochain. Et pour cela, nous prierons dans le Cœur et par le Cœur de Jésus, qui se veut rendre derechef médiateur entre Dieu et les hommes. Nos bons exemples seront de vivre conformément aux saintes maximes et vertus de ce divin Cœur de Jésus-Christ dans celui des fidèles, afin que nous soyons la joie et la couronne de cet aimable Cœur.

 

JésusZoom+PersonnagesImportants-2.jpg            Après tout cela, tous les bons anges s’approchèrent pour lui présenter ceux qu’ils tenaient, qui ayant touché cette plaie sacrée devenaient beaux et luisants comme des étoiles. Il y en avait d’autres qui n’avaient pas tant d’éclat ; mais il y en eut plusieurs dont les noms demeurèrent écrits en lettres d’or dans le Sacré Cœur, dans lequel quelques uns de ceux dont je parle s’écoulèrent et abîmèrent avec avidité et plaisir de part et d’autre, leur disant : « C’est dans cet abîme d’amour où est votre demeure et repos pour toujours. » Et c’était les cœurs de ceux qui ont le plus travaillé à le faire connaître et aimer, dont il me semble, ma chère Mère, que le vôtre était de ce nombre. Pour les autres, je n’expliquerai pas l’intelligence qui m’en fut donnée, car je suis déjà trop longue en cette lettre, et puis je crois que vous l’entendrez assez. Je vous dirai seulement que ce divin Cœur vous récompensera, non seulement en votre personne, mais aussi en celle de vos proches, qu’il regarde d’un œil de miséricorde, pour les secourir en tous leurs besoins, pourvu qu’ils s’adressent à lui avec confiance, et il aura une éternelle mémoire de tout ce qu’ils font pour sa gloire. J’espère que vous ne me refuserez pas la grâce de procurer quinze messes pour feu M. de la Michaudière, en l’honneur du Sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, après lesquelles il me semble qu’il vous sera un avocat puissant dans le ciel et à toute votre famille proche de ce divin Cœur.

                        D.S.B.  



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Visitation Sainte-Marie, Paray-le-Monial

Lettre extraite du Tome II
de Vie et œuvres - Sainte Marguerite-Marie
Éditions Saint-Paul, 1991

 


Photographies : Mosaïque de Mauméjean, 1932 - Chapelle de La Colombière - Paray-le-Monial
©Sandrine Treuillard, 2015

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La France & le Sacré Cœur

 

15.10.2014

Cœur de Jésus : Il a pris ma tête et l'a posée sur sa poitrine…

Enseignement lors de la 4ème Session des Familles à Paray-le-Monial
Mercredi 20 août 2014
Retranscription réalisée par La Vaillante (La France & le Sacré Cœur) depuis l’enregistrement de Gloria.TV

Le Père Ottavio de Bertolis a la chance de vivre à 20 mètres de la chambre de saint Ignace à Rome. Il est attaché à l’église du Gesù. Je voudrais vous demander, Père, de nous expliquer comment vous avez rencontré le Cœur de Jésus. 

 

Ignace de Loyola.jpg         « J’ai toujours reçu la grâce de la foi dans ma vie. Mais quand j’étais enfant je me demandais ce que signifiait exactement le Cœur de Jésus, le cœur du Sauveur. Pour moi, c’était aussi un problème linguistique. Pourquoi dire : «  Cœur de Jésus, prends pitié de moi ! » ? Il n’est pas plus facile, plus simple de prier : « Jésus, par ton Cœur prends pitié de moi ! ». Pourquoi parler du cœur du Sauveur ? Y a-t-il une différence entre le cœur du Sauveur et le Sauveur lui-même ? Pendant longtemps dans ma vie, quand j’étais jeune, avant d’entrer dans la Compagnie de Jésus, je me le demandais toujours, je voulais comprendre. En fait, je n’avais pas compris et je ne pouvais pas prier le Cœur du Sauveur. Cela ne signifie pas que je ne priais pas, mais je restais avec ce doute. Pourquoi le Cœur du Sauveur ? Alors j’ai lu beaucoup de livres. Mais les livres ne m’ont pas aidé. J’ai lu des livres populaires, mais les livres trop populaires étaient trop simples et ceux de théologies trop difficiles. C’est ainsi que j’ai compris que connaître le Cœur du Sauveur ne venait pas des livres. Cela ne dépend pas de notre force, de notre culture. Le Cœur de Jésus est montré par Jésus même, à chacun de vous. Vous ne devriez pas être ici pour entendre quelqu’un, un prêtre de Rome, parler du Cœur du Sauveur. Vous devriez être ici pour écouter Jésus qui parle de son Cœur à chacun d’entre vous. Car il a un mot, une parole pour chacun de vous. Je peux vous parler à tous mais je ne connais pas votre histoire, votre langage. Mais Lui, si, Lui peut parler à chacun d’entre vous. Comme j’ai connu le Seigneur dans ma faiblesse et comme j’ai reçu la parole du Seigneur qui m’a montré son Cœur, je suis sûr qu’aujourd’hui, à Paray-le-Monial, Il veut parler à chacun de nous.

Coupe eucharistique.jpg         Pendant longtemps je me demandais : « Pourquoi, Seigneur, qu’est-ce que cela veut dire ? », mais je ne trouvais pas de réponse. Quand vous ne trouvez pas de réponse vous ne pouvez faire qu’attendre. Regardez… Quand je suis entré dans la Compagnie de Jésus… - je vais souligner l’importance d’être jésuite pour la dévotion au Cœur du Sauveur. J’étais novice… Deux petites histoires. La première fois, quand j’étais novice, lors d’une des premières messes durant mon noviciat à Gênes, le Père, pendant l’eucharistie, nous a donné la coupe du Sang du Sauveur et, peut-être à cause de la forme de la coupe, j’ai eu une impression, une motion intérieure dirait saint Ignace, une forte motion intérieure : « Bois à mon Cœur ! ». Quand nous buvons à la coupe de l’eucharistie nous buvons au Cœur même du Sauveur. Car l’eucharistie est le Cœur de Jésus. C’est un premier pas : « Reçois mon Cœur, bois à la coupe de mon Cœur. Tiens mon Cœur dans tes mains. » Tous, chaque fois que vous recevez l’eucharistie, vous tendez votre main et Jésus pose son Cœur dans vos mains. Dans vos mains, comme vous êtes. Il n’a pas choisi des hommes et des femmes idéals, sans péché, mais il a choisi des hommes et des femmes réels, comme nous tous. Et depuis, j’ai fait les Exercices. Vous savez que les Pères Jésuites pendant le noviciat font le Mois des Exercices Spirituels. En effet Les Exercices Spirituels sont une grande contemplation du Cœur de Jésus, renforcée par des intuitions de notre père saint Ignace. Tout le mois des Exercices est une longue contemplation, un cœur à cœur avec la vie du Sauveur. Jésus montre son Cœur à travers sa Parole. Toute sa Parole nous parle de son Cœur. Toute la Parole de Dieu. C’est-à-dire de la première page de la genèse jusqu’à la dernière du livre de la Révélation. Toute l’Écriture sainte est un don du Cœur de Jésus. Ce sont comme des morceaux d’une mosaïque qui, tous ensemble, montrent et éclairent la personne même du Sauveur, c’est-à-dire son Cœur. Alors la Parole de Dieu écoutée dans notre cœur, comme la Vierge Marie, la personne même devient le Seigneur. C’est-à-dire son corps, le crucifix contemplé. La personne même, dans sa réalité physique que saint Ignace nous aide à imaginer, à contempler, à écouter, à toucher, pendant les Exercices, est une grande contemplation du Cœur du Sauveur. Ignace ne parle pas explicitement du Cœur de Jésus, l’expression n’était pas en usage dans son temps, mais en effet, dans les Exercices Spirituels vous avez tout ce qui constitue en profondeur la spiritualité du Cœur du Sauveur.

foi, sacré cœur, christianisme         Et depuis… Je dois choisir seulement quelques petites histoires mais j’en aurais beaucoup à raconter… À la fin de mon noviciat… Vous savez que les novices Jésuites doivent passer un mois entier dans un hôpital. Je suis allé à Turin où il y a un grand hôpital fondé par le Bienheureux Cottolengo, une vraie cité dans la cité, où il y a des milliers de malades incurables, des handicapés… dont beaucoup de personnes diraient qu’ils n’ont pas de dignité à vivre. J’ai reçu un petit groupe de handicapés, une douzaine. Parmi cette douzaine il y en avait un en particulier qui ne pouvait pas parler, répondre, écouter. Il y a toujours quelqu’un qui peut répondre, vous pouvez parler en souriant, par quelques mots… Vous pouvez établir un lien avec lui, de quelque sorte que cela soit. Mais celui-ci qui s’appelait Aloïs, pendant tout un mois, n’a jamais pu établir aucun lien. Il vivait dans un monde inaccessible pour moi. Chaque jour on devait leur donner à manger, les laver, les vêtir, etc. Le dernier jour de ma présence… C’était une expérience très profonde. Peut-être que cela ne vous dira rien… Mais pour moi, j’ai vécu cela très profondément comme motion intérieure. J’étais en train de lui donner à manger comme chaque jour et plusieurs fois par jour, mais comme si j’étais avec une chose… et quand j’étais en train de lui donner à manger la petite sœur est passée et m’a dit : « Vous partez, demain, vous retournez à Gênes… », et j’ai répondu : « Oui, oui ma sœur, je m’en vais demain… ». À ce moment-là, très intéressant car le Seigneur parle non seulement à travers l’Écriture Sainte, mais parle avec la vie, la vie de chaque personne que nous rencontrons… Il a pris ma tête et l’a posée sur sa poitrine. Vous savez que la tête sur la poitrine est l’expérience du disciple aimé. Je me souviens qu’à ce moment, et seulement à ce moment, j’ai pensé à toutes les fois quand j’étais jeune et que je priais le Seigneur et lui disait : « Seigneur, donne-moi de connaître ton Cœur ! Donne-moi de connaître l’amour de ton Cœur. Laisse-moi poser ma tête sur ta poitrine, comme le disciple bien-aimé ». Alors j’ai compris qu’à ce moment-là il m’avait révélé que toutes mes prières avaient déjà été écoutées. À ce moment-là seulement il m’a montré qu’elles avaient déjà été entendues. C’est-à-dire que j’avais posé ma tête sur sa poitrine, non pas seulement à cet instant précis à Turin, mais aussi pendant ma vie précédemment, quand je ne voyais pas son Cœur. J’ai compris que nous pouvons louer le Cœur du Seigneur, l’adorer, le célébrer dans la liturgie, dans le silence, mais il est vrai que le Cœur du Sauveur est le cœur des pauvres. « Ce que vous avez fait à chacun de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». La présence personnelle de Jésus n’est pas seulement la présence réelle du sacrement, mais aussi la présence personnelle de ces pauvres. Car il est présent dans ses frères. C’est l’expérience des disciples d’Emmaüs. Je crois que nous sommes tous comme les disciples d’Emmaüs. Nous faisons notre chemin, nous parlons entre nous, nous pleurons sur nos problèmes, sur nos blessures, nous parlons de nos espérances… mais nos yeux ne peuvent pas Le voir. Mais Il est avec nous. Seulement à un moment opportun Il montre sa Présence. Et quand il montre sa Présence nos yeux Le reconnaissent et la Lumière se fait dans nos cœurs et nous pouvons comprendre qu’Il était avec nous. Non pas seulement dans ce moment de grâce mais tout au long du chemin, car il nous a toujours aimé. Et pour moi c’est l’expression foncière du Cœur du Sauveur. Si vous me demandez, par exemple : Où peut-on trouver l’expression privilégiée du Cœur du Sauveur ? Lisez la Première Épître de Jean. Selon mon point de vue la Première Épître de Jean est le livre en condensé de toute l’Écriture. Si vous me demandez de retenir un seul livre ou passage de la Bible, je répondrais la Première Épître de Jean. Et si vous me demandez de ne retenir qu’un chapitre de cette Épître je répondrais le chapitre 4. Et si vous me demandez de ne retenir qu’un verset : « Nous n’avons pas aimé Dieu, mais Il nous a aimé le premier. » La primauté de son Amour pour nous. Elle est toujours vraie. Affirmer qu’Il nous a aimé le premier signifie qu’il nous aime comme nous sommes et là où nous sommes.

foi,sacré cœur,christianisme         Notre vie est une vie réelle. La vie de chaque homme et de chaque femme a ses contradictions, ses espérances, ses forces et ses faiblesses. Nous sommes des hommes réels, Il nous a aimé comme nous sommes. Beaucoup, ici, vous êtes en famille. La famille est remplie d’expériences. Il y a des familles heureuses, d’autres divisées, des couples divorcés, des veuves, des solitudes, des célibataires… Le célibat peut être un choix, ou presque un choix ou tout à fait un choix. Ce peut-être une disgrâce, cela dépend. Nous sommes comme nous sommes. Notre vie est aussi signée par la violence que nous avons pu recevoir. Peut-être avons-nous aussi fait violence. La rancœur peut s’insinuer dans notre vie. Envers mon mari, envers mon fils, même envers Dieu. Et nous devons avoir le courage d’admettre que nous-mêmes pouvons avoir de la rancœur envers le Seigneur : « Pourquoi as-tu permis tout ce qui m’est arrivé ? » ; « Pourquoi as-tu permis la maladie de ma femme, de mon mari, la mort, la souffrance ? » ; « Pourquoi as-tu permis ma vie ? ». Ce sont des questions réelles. Vous pouvez penser au Livre de Job, par exemple. Je ne peux pas répondre. Je dis seulement que ces questions sont sérieuses. Je crois que l’Écriture ne répond pas à ces questions comme nous le voulons, mais l’Écriture témoigne qu’Il nous a aimé comme nous sommes et là où nous sommes. Peut-être que maintenant nous portons sur nos épaules une vie normale ou une vie pleine de difficultés. Peut-être est-ce une vie proche ou dans l’Église ou au delà, en dehors de l’Église. Cela n’importe pas, le Seigneur nous a aimé comme nous sommes et là où nous sommes. Les problèmes, les difficultés, la faiblesse de notre vie restent. Mais ce que Jésus à dit à l’Apôtre Paul est vrai pour chacun de nous : « Ma grâce se montre parfaitement dans ta faiblesse. » Si vous me demandez : « Selon toi, où l’Apôtre Paul parle-t-il le plus parfaitement du Cœur du Sauveur, de la dévotion à son Cœur, de la spiritualité du Cœur du Sauveur ? » Je crois qu’il en parle bien dans l’Épître aux Galates, chapitre 2, verset 20 : « Ma vie présente dans la chair, j’ai la vie dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé, il s’est livré pour moi. » « Dans la chair… » : dans l’Écriture vous savez que « la chair est l’humaine faiblesse ». La chair ne signifie pas seulement le sexe, comme pour nous. La chair est l’humaine faiblesse dans toutes ses manifestations. Naturellement aussi l’affectivité, mais pas seulement. Nous vivons dans la chair. Pour vivre nous ne pouvons pas vivre en dehors, au delà de la chair. Nous sommes hommes de chair. Mais notre vie présente avec les difficultés, les espérances, les blessures, avec notre histoire qui nous conditionne, naturellement. Mais nous vivons dans la foi en le Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. Il m’a aimé. Notre solitude est habitée par Lui. Alors vous comprenez que seule la foi nous soutient. Nous ne voyons pas, sauf par moment… Nous avons aussi des moments de lumière. Je vous ai parlé de mes petits moments de lumière. Je suis sûr que vous aussi avez reçus, dans votre vie, des moments de lumière, comme les disciples d’Emmaüs. Mais ce sont seulement des moments. Quand nous le reconnaissons, il disparaît à notre vue. Mais reste l’expérience.

foi,sacré cœur,christianisme         À la lumière de cette expérience nous reconnaissons — saint Ignace dirait : « Nous discernons » — la présence de Dieu, même aujourd’hui quand je ne le vois pas. Quand il n’est pas présent à mes yeux. Mais je sais, car la foi est lumière dans mes ténèbres. Alors, ma solitude, mes blessures, ma faiblesse ne sont pas seulement le lieu de mon abandon, mais sont le lieu de sa Présence. Vous comprenez donc comme notre vie doit être soutenue, signée, marquée par la prière quotidienne. C’est-à-dire par l’écoute de chaque jour de la Parole du Seigneur. Car la foi naît dans l’écoute de la Parole de Dieu. Alors chaque jour, comme la Vierge Marie, écoutons la Parole de Dieu. Car la Parole est le premier don du Cœur du Sauveur. Le Cœur du Christ est la Parole dans laquelle toutes les paroles ne font qu’une. La Parole foncière. Toutes les paroles de l’Écriture, tous ces petits morceaux de cette grande mosaïque se fondent, peuvent se résumer en une seule parole : le Cœur du Sauveur. Notre faiblesse reste mais nous vivons dans la foi du Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. Il m’a aimé. Excusez-moi, mais nous n’avons pas eu besoin de sainte Marguerite-Marie (Alacoque) pour savoir qu’Il m’a aimé. « Regarde ce Cœur qui a tant aimé le monde ». La mystique confirme toujours l’Écriture sainte. Elle ne fait pas que confirmer l’Écriture. La mystique est l’expérience de l’Esprit qui accompagne la vie de l’Église à travers ses saints. Et Jésus donne sa Parole, à travers l’Esprit Saint, à ses témoins privilégiés que sont les saints comme sainte Marguerite-Marie. Mais la vérité qu’Il m’a aimé ne vient pas de Marguerite-Marie. Elle vient de l’Évangile. Il m’a aimé et s’est livré pour moi. C’est-à-dire…

foi,sacré cœur,christianisme         Peut-être que nous avons aussi péché dans notre vie, mais Il s’est laissé abandonner par nous. Nous pouvons être opprimé, oppressé par le souvenir de nos péchés. Mais regardez : le péché, le coup de lance qui a transpercé le Cœur du Seigneur, est devenu la clef pour ouvrir son Cœur. De mon point de vue, vous pouvez ici contempler la puissance, l’omnipotence et la générosité, la fidélité de Dieu qui a choisi non pas les bonnes œuvres, non pas les prières de quelques justes pour laisser ouvrir son Cœur, mais un coup de lance. C’est-à-dire le symbole de comment les hommes l’ont accueilli, Lui. Il est venu parmi les siens mais les siens ne l’ont pas accueilli. C’est Jean aussi qui dit aussi cela. Alors, il est vrai que pour le monde, pour l’Église aussi peut-être, pour moi aussi… il s’est laissé blesser par moi. Dans la liturgie de la messe de Pâque on chante : « Felix culpa », « bienheureuse faute ». Bienheureuses soient vos fautes car avec nos fautes nous avons ouvert le Cœur du Sauveur. Et cela est la fin du royaume du mal. Car Jésus a choisi les armes du mal pour détruire le mal lui-même. « Felix culpa quae talem et tantum meruit habere redemptorem », « Ô bienheureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur ». Il s’est consacré lui-même pour nous. Toute la vie de Jésus est résumée dans son Cœur. Toutes les pensées, toutes les forces, tout ce qu’il a dit, tout ce qu’il a fait, toute sa personne est résumée dans son Cœur. Il s’est lui-même consacré pour nous. Nous pouvons contempler dans l’Évangile de Jean, le chapitre 13, 14 : « Je me sanctifie pour eux ». S’Il s’est donné lui-même, s’Il nous a aimé le premier, nous pouvons nous donner à Lui, comme nous sommes et tout ce que nous sommes. Parce qu’Il a tout aimé de nous. Tout ! Cela est difficile à comprendre. Pascal dirait « le Dieu des philosophes et le Dieu de Jésus-Christ ». Le Dieu des philosophes, le Dieu des moralistes, par exemple, ne peut pas dire que Dieu a aimé mes péchés. Mais le Dieu de Jésus-Christ, oui. Car il a vu ma tristesse dans mes péchés. Ma solitude, ma désespérance. Ils m’ont abandonné, moi, Source de l’eau vive. Moi, je suis l’eau vive. Comme Il s’est consacré lui-même à nous, nous pouvons nous consacrer nous-mêmes à Lui. Nous consacrer nous-mêmes : ce n’est pas seulement la consécration des prêtres ou celles des religieuses dans les vœux religieux. Mais c’est la consécration du baptême. La consécration foncière de toute l’Église. Se consacrer à Lui est une réponse à Sa consécration. Nous allons répondre à son amour. Que pouvons-nous offrir ?

foi,sacré cœur,christianisme         Quand j’étais jeune, je croyais que je pouvais donner à Dieu juste mes bonnes œuvres, mes prières… toutes les choses bonnes que je pouvais faire. Et j’ai conçu (malheureusement…) ma vie spirituelle comme devant faire de bonnes œuvres, toujours, de plus en plus, jusqu’à n’avoir plus aucun péché, ou presque plus aucun. Paul dirait : « Tu cherches ta justification », c’est-à-dire ta juste relation avec Dieu, « par la Loi », car les œuvres sont prescrites par la Loi. Mais nous avons pu constater que c’est impossible. La Loi ne justifiera aucun de nous. Car nous tous, comme l’Apôtre Paul, disons de nous-mêmes : « Nous faisons beaucoup de choses que nous ne voulons pas faire en réalité, et nous ne pouvons pas faire beaucoup de choses que nous voulons faire. » Mais nous ne pouvons pas, nous sommes faibles. Alors, voyez ! Si la Foi peut nous ouvrir la porte de la réconciliation — et cela est la doctrine de Paul, c’est la doctrine chrétienne. Notre justification, notre juste relation avec Dieu est ouverte par Lui et non pas par moi. Il a détruit tous les obstacles, toute la distance que je prenais entre moi et Lui, il l’a couverte parce qu’il est venu vers moi. Non pas parce que je suis allé vers Lui. Mais Il est venu à moi. Il a donc aimé dans ma vie non pas seulement les bonnes choses : ma joie, mes bonnes œuvres, quand j’étais bien : c’est le Dieu des philosophes. Mais il m’a aimé, moi. Au delà de la Loi. Dans mes blessures, dans mes péchés, dans mes faiblesses. Je crois qu’Il demande aujourd’hui, à chacun de nous : « Donne-moi ta faiblesse. Donne-moi ce dont tu n’es pas fier. Donne-moi ta vie comme elle est. Donne-moi ta solitude, ta maladie, tes difficultés. Je ne promets pas que je vais résoudre tes problèmes. Mais je promets que je montrerai en toi — comme le mentionnera Paul — la grandeur de ma puissance. » Nous restons faibles. Nous restons pauvres. Car Dieu aime les pauvres afin qu’aucun de nous ne puisse s’enorgueillir devant Lui. Je veux dire simplement que notre force est notre faiblesse.

foi,sacré cœur,christianisme         Quand j’ai compris cela, ma vie spirituelle, ma vie chrétienne, ma vie comme prêtre s’est vraiment simplifiée. Et maintenant je n’ai plus peur. Peur de moi, peur de mes péchés, peur de mes difficultés. Je n’ai plus peur. Car j’ai compris qu’il m’aime comme je suis. Et tout ce qui m’est arrivé dans la vie, non seulement les dons reçus, et j’ai comme vous, reçu beaucoup de dons, mais aussi le mal. L’Épître aux Romains, chapitre ?, verset 28 : « Tout s’est passé par le bien de ceux qui aiment Dieu. » Et la force de l’Écriture est qu’elle dit : « Tout » ! Nous entendons normalement « tout le bien ». Mais il est écrit : « Tout » ! Nous pouvons relire notre vie avec ses défauts. Lis ta vie, même les pages plus obscures, en demandant : « Où es-tu, mon Dieu ? Où étais-tu, Cœur du Sauveur quand tu as permis cela pour le bien ? Étais-tu avec moi, même si je ne te voyais pas ? » Car nous sommes toute notre vie comme les disciples d’Emmaüs. Il est près de nous, il chemine avec nous, il parle avec nous, mais nos yeux sont incapables de le reconnaître. Mais il est là. Quelques fois nous le voyons. Il disparaît. Et nous pouvons retenir dans notre cœur cette expérience. Alors, se consacrer au Sacré Cœur signifie se donner soi-même. Voyez… Je croyais être très intelligent et avoir compris tout cela le premier — je suis très intelligent… je suis un jésuite (rire de l’assemblée). Mais en effet, une fois, en lisant une homélie de saint Basile le Grand : Le saint n’est pas celui qui donne à Dieu de bonnes choses, de nouvelles bonnes œuvres. Nous pouvons entendre la vie chrétienne comme étant de bonnes œuvres à faire. Nous pouvons prier le chapelet le premier vendredi du mois, et tous les jours… bien ! Nous pouvons aussi faire des œuvres par esprit d’obéissance qui n’est pas l’esprit de l’amour. Nous pouvons être observant de la Loi, mais la Loi peut être observée sans amour. Nous en avons malheureusement beaucoup d’exemples. Saint Basile le Grand dit : « Saint, n’est pas qui donne à Dieu de bonnes œuvres ». Multiplier les bonnes œuvres : l’exemple que je donnais de ma vie devant de plus en plus être remplie de bonnes œuvres. Ce n’est pas possible. À un certain point, la construction ne réagit plus. « Mais est saint, poursuit saint Basile le Grand, celui qui s’offre lui-même à Jésus-Christ. » Ce qui est beaucoup plus, vraiment plus que des œuvres. Et nous-mêmes, nous sommes aussi, et je crois surtout : nos ténèbres, nos faiblesses, notre ambiguïté, notre capacité à faire ce que nous comprenons être bon.

foi,sacré cœur,christianisme         Alors, pour résumer, la consécration au Cœur du Sauveur fleurit dans la Consécration même du Christ en nous. Il s’est sanctifié lui-même pour nous. Il s’est sanctifié lui-même pour nous quand il s’est livré à nous. Il s’est livré non pas il y a deux mille ans, aux Romains et aux Juifs dans l’Évangile. Il s’est livré à nous dans notre vie, dans ce que nous avons voulu faire de Lui. Et maintenant aussi, nous recevons l’eucharistie. Qu’allons-nous faire de Lui ? Nous ne le savons pas. Peut-être du bien, peut-être du mal. Il s’est livré à nous. Mais s’Il se livre à nous, Il se livre à nous comme nous sommes et là où nous sommes. Et tout obstacle est détruit par Lui. Je parle de la Grâce. Cela signifie simplement que de l’ancienne parole « grâce », nous avons reçu une nouvelle Grâce. C’est pourquoi nous pouvons nous donner nous-mêmes. La consécration au Cœur du Sauveur n’est pas un vœu religieux. C’est plus important, car les vœux religieux sont des spécificités de la seule consécration chrétienne, qu’est le baptême. Pauvreté, chasteté, obéissance… Nous incarnons, nous cherchons à incarner dans notre faiblesse la vie même de Jésus. Mais la racine, la source de tout cela est l’amour de Jésus qu’il a manifesté en nous. Alors nous voulons dire : « Seigneur, je te confie à toi seulement la confiance en Dieu ». Le Psaume 91, « Toi qui habites sous la protection de Dieu », dit « j’ai confiance en Toi. ». La confiance en Lui est la confiance qui a détruit tous les obstacles. Il n’est pas mon ennemi. Il n’est pas un étranger. Il n’est pas un maître. Il est un époux. Un Époux. La spiritualité du Cœur de Jésus montre la tête sur la poitrine de Jésus. Vous savez, c’est une citation implicite du Cantique des cantiques, au chapitre 8, verset 6 : « Pose-moi sur ton cœur. ». Le Cantique est l’amour nuptial. Le cœur de Jésus est un cœur d’époux. Et en fait Il a donné son corps pour nous. Et l’Époux est celui qui nous donne Son corps. Comme l’épouse est celle qui donne son corps à l’époux. Ainsi, Il me donne son corps dans l’Alliance du mariage — lisez le livre du prophète Osée, le chapitre 2, le 11 ; même Ézéchiel. Il m’a aimé de cette manière et alors je lui donne mon corps, ma chair. La vie présente dans ma chair je la vis dans la foi. Il m’a aimé. Il lui donne sa force qui peut ressusciter de la mort. Ma vie a besoin de son Esprit. « Recevez l’Esprit Saint. » L’Esprit Saint est le don du Cœur du Sauveur. L’Apôtre Jean, à la page de la Pâque : « Il donna (rendit) l’Esprit Saint. » Quand il mourut, il souffla son esprit. L’Esprit est le don du Cœur du Sauveur qui est devenu vide.

foi,sacré cœur,christianismePeut-être avez-vous (malheureusement, mais ce peut-être une expérience) été présent à la mort de quelqu’un. Je me souviens, par exemple, de la mort de ma mère. Quand elle mourut, le dernier : « HHHhhhh………… » (le père fait entendre le bruit de l’air sortant de la bouche) et vous comprenez que les poumons se vident. Notre corps devient comme un sac totalement vide. La kenosis (kénose) du Christ, c’est-à-dire son anéantissement. Le Cœur du Sauveur nous donne son Esprit, c’est-à-dire sa Vie. La vie du Chef, de la Tête du Corps ressuscité, est elle-même notre vie, nous qui sommes les cellules de son Corps.
 

foi,sacré cœur,christianisme         Aujourd’hui, l’Église célèbre saint Jean Eudes, un des saints qui a beaucoup aimé le Cœur du Sauveur. L’Église, dans la liturgie des heures à l’Office des lectures, offre une réflexion de saint Jean Eudes qui dit : Jésus est la Tête du Corps. Son Esprit se déploie dans tout son Corps. De même que son Esprit en tant que force de la Tête se déploie dans tout mon corps, la Force, l’Esprit du Corps du Seigneur se déploie en chacun de vous. Il est le don de l’Esprit. Et l’Esprit est Seigneur et donne la Vie. Nous pouvons offrir, c’est-à-dire Lui consacrer notre vie comme elle est ; ma famille comme elle est. Je veux souligner. Non une famille idéale. Mon histoire, comme elle est. Elle restera, mais ce qui va changer n’est pas l’expérience empirique extérieure de ma vie. Mais c’est moi qui vais changer. Car moi je suis déjà ressuscité avec Lui quand je reçois son Esprit. Et avec son Esprit la vie que je vis dans ma chair blessée, j’ai la vie dans Sa puissance. Et sa Puissance se montre à moi. C’est pourquoi nous pouvons pardonner à tous ceux qui nous ont blessé. Nous pouvons bénir tous ceux qui nous ont maudit. Nous pouvons donner notre corps, notre vie au service de l’Église et du Peuple de Dieu.

Merci…

 

Père Ottavio de Bertolis
Enseignement lors de la 4ème Session des Familles à Paray-le-Monial
Mercredi 20 août 2014
Retranscription réalisée depuis l’enregistrement de Gloria.TV
« Le cœur de Jésus par le Père Ottavio de Bertolis »
 


Retrouvez ce texte sur la page enrichie
La France et le Sacré Cœur de La Vaillante

 

            

                          

 

24.07.2014

Le culte du Cœur de Jésus : synthèse de toute la religion catholique

Congrès Adoration - Conférence aux Sanctuaires de Paray-Le-Monial. 
Le 7.VII.2014 - Père Bernard Peyrous : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris « Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut » Jérémie 30,21. Citation reprise aux premiers mots de l'Encyclique de Pie XII, le 15 mai 1956.

 

PortraitBernard Peyrous.jpg         L’Encyclique de Pie XII Haurietis aquas commence comme cela : « Vous puiserez les eaux aux sources du Salut ». C’est le père Kars qui a voulu que nous parlions de cette Encyclique parce que dans tous les documents pontificaux existants c’est celle qui parle le plus de l’eau. Alors il avait prévu le temps d’aujourd’hui… (rire de l’assemblée) c’est donc une prophétie en réalité (rire de l’assemblée). Bien, allez, on va être sérieux et on va, s’il-vous-plaît, confier d’abord nos cœurs à la Vierge Marie, et après nous commencerons cet enseignement. (Prière Je vous salue Marie). Notre-Dame de la Sagesse, Priez pour nous.

         La plus grande encyclique sur le Cœur de Jésus est cette Encyclique de Pie XII, dont on vient de vous donner le titre, Haurietis aquas in gaudio, « vous puiserez les eaux avec joie aux sources du Salut » ou « du Sauveur ». C’est le plus grand document sur le Cœur de Jésus et quelque part elle n’a pas été dépassée, même si, je pense, qu’une nouvelle encyclique à l’heure actuelle serait utile. Cette encyclique a été promulguée en 1956 : ce n’était pas un hasard, c’était le centenaire de l’institution par le Pape Pie IX de la Fête du Cœur de Jésus. Cette fête avait été demandée par le Christ à sainte Marguerite-Marie (Alacoque) en 1675 et elle n’a été instituée que beaucoup plus tard, en 1956. Cette encyclique a été faite pour le commémorer. Je voudrais dire un petit mot, non pas de l’ensemble de l’encyclique, qui est un document assez long, mais je voudrais donner quelques points importants et aussi le rapport entre cette encyclique sur le Cœur de Jésus et le Saint Sacrement, l’Eucharistie. Le titre de l’encyclique vient naturellement des deux phrases que l’on trouve chez saint Jean. La première phrase quand Jésus dit ceci, le dernier jour de la fête, le plus solennel : « Jésus debout s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi comme le dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son sein. » Les fleuves d’eau vive c’est évidemment la charité du Christ qui coulera de notre cœur vers le monde. Cette charité du Christ est liée, en réalité, à la mort de Jésus sur la Croix, et à ces fleuves d’eau vive qui coulent du Côté transpercé du Christ. Ce qui veut dire que si nous regardons le Christ, si nous aimons le Christ, nous sommes remplis de la Charité. Et comme le dit le Pape Pie XII au début même de son encyclique, « la Charité, l’Amour, c’est le Saint Esprit ». L’Encyclique Haurietis aquas présente cette particularité d’être extrêmement centrée sur le rôle de l’Esprit Saint. Si nous croyons en Jésus, si nous aimons Jésus, si nous contemplons Jésus, si nous prions Jésus, si nous recevons les sacrements, alors les fleuves d’eau vive coulant du Côté du Christ viennent dans notre âme, et à notre tour de notre côté coulent les fleuves d’eau vive sur le monde. Ces fleuves d’eau vive qui vont couler de notre côté, c’est aussi une réponse à l’Amour du Christ, et c’est ce que dit également le Pape dès le début même de l’encyclique, c’est-à-dire que, au fond, nous allons rendre, et cela c’est tout à fait le message de Paray-le-Monial manifesté dès le début de l’encyclique, nous allons rendre Amour pour Amour. Rappelez-vous que le message de  Paray-le-Monial tel que l’on en a brièvement parlé hier soir, c’est un appel à l’Amour. Le Christ qui n’est pas aimé demande aux hommes de l’aimer. Ce qui peine le plus le Cœur du Christ c’est que les hommes ne répondent pas. Quand le Christ sur la Croix dit : « J’ai soif ! », naturellement il est complètement déshydraté par le supplice du fouet qu’il a subi et le sang qu’il a perdu, il est comme un papier desséché, un papier buvard desséché… mais en même temps, c’est aussi un mot symbolique : le Christ a soif de notre amour et notre amour ne lui est pas donné. Notre amour rafraichît, en quelque sorte, le Christ. Quand nous entrons dans cette logique, nous aimons le Christ, nous rendons au Christ amour pour amour, et à ce moment-là le Christ nous envoie l’Esprit Saint et de notre cœur coulent vers le monde des fleuves d’eau vive. Le résultat est que quand on a compris ce mouvement très simple, on est au cœur même de la foi chrétienne. Le Pape Léon XII disait que le culte du Cœur de Jésus était la forme de religion la plus estimable. C’est-à-dire que quand on est là on est au cœur même de la foi. Et le Pape Pie XI déclarait que le culte du Cœur de Jésus était la synthèse de toute la religion. On est au centre, en quelque sorte, des choses, dès que nous parlons du Cœur de Jésus. 

         Avant d’aller plus loin, il faut que je reprenne la logique de l’encyclique parce que le Pape a voulu fixer théologiquement le culte du Cœur de Jésus. Il a voulu l’affermir théologiquement. Quand nous parlons du culte du Cœur de Jésus, de quoi parlons-nous ? Il est très important de comprendre cela : nous parlons d’une personne qui s’appelle Jésus-Christ, qui est une personne. Une personne est un être uni, cohérent, unique, absolument unique. Et en même temps une personne humaine est composée d’éléments divers. Par exemple notre corps est composé d’éléments divers : nous avons nos mains, nous avons nos pieds, certains d’entre nous ont des cheveux… Mais il n’y a pas que le corps. Il y a aussi l’intérieur de notre être, c’est-à-dire nos capacités de connaissance : je l’appelle notre intelligence ; et notre décision sur l’action, qu’on appelle la volonté, et la volonté qui est orientée vers l’Amour. Nous sommes des êtres unis, mais composés. Et composés dans un Tout, qui est un tout harmonieux et solide. Le Christ est une personne comme nous, un être absolument unique, et parfaitement cohérent, parfaitement construit. Mais, à notre différence à nous qui ne sommes que des hommes, le Christ est une personne humano-divine. Il a les deux natures de façon complète et plénière : il a la nature divine, il est vraiment le Verbe de Dieu, seconde personne de la Trinité, et son humanité ne réduit pas le Verbe de Dieu. Mais en même temps il est absolument Homme. Il est totalement Homme. Et sa divinité ne réduit pas son humanité. Les deux natures sont plénières. On a dit d’ailleurs que personne n’a été plus homme que le Christ. Il a épousé l’humanité, et non seulement il l’a épousée mais il a exploré l’humanité, il a exploré tous les sentiments du cœur humain, il a été très profondément dans l’humanité.
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         Le Cœur de Jésus, c’est évidemment son cœur de chair, ce cœur qui bat dans sa poitrine, qui a été percé sur la Croix, comme nous tous avons un cœur que nous sentons battre. Mais vous savez aussi que le cœur est un symbole. Le cœur est le symbole du mystère et de l’amour. Quand nous parlons du Cœur de Jésus nous ne parlons pas d’abord prioritairement de son cœur de chair, mais nous parlons aussi des sentiments qui ont habités chez lui. Et les sentiments qui ont habité chez lui sont de deux ordres : il y a les sentiments normaux d’un être humain, les émotions. Par exemple quand on est amoureux le cœur fait « boum boum » ; quand on a peur, le cœur fait « boum boum » aussi. Et il y a aussi la Volonté, cette partie noble de nous-mêmes qui peut être habitée par l’Esprit Saint et qui s’oriente vers l’amour. Quand nous parlons du Cœur de Jésus nous ne parlons pas tellement du cœur de chair qui n’est qu’un symbole, mais nous parlons des sentiments normaux de Son cœur : la tendresse, la joie, la gentillesse, l’affection, la peur, le dégoût, l’impatience, l’amour pour le Père… toutes ces choses-là qui sont dans sa sensibilité et aussi dans son intelligence, l’Intelligence de Jésus, la Volonté de Jésus, la plus noble partie de l’être humain de Jésus qui s’oriente vers le Père. Cela, c’est du côté humain. Mais il est Dieu. Donc nous parlons aussi de l’Amour Divin qui habite Jésus. C’est-à-dire que en Jésus, dit l’encyclique, il y a un triple amour : l’amour divin, puisque la divinité du Verbe n’est pas réduite dans l’humanité de Jésus, et il y a l’amour de sa Volonté avec les sentiments de son Cœur. Je dis cela de façon extrêmement simplifiée, mais ce qu’il faut retenir, comme le dit le Pape Léon XIII cité par le Pape Pie XII, « Il y a dans le Sacré Cœur de Jésus un symbole et une image clairs de l’Amour infini de Jésus-Christ, Amour qui nous pousse à nous aimer les uns les autres. » Ce que je vous ai dit est peut-être un peu compliqué. Mais ce n’est pas moi, c’est le Pape qui est compliqué, je n’y peux rien… On ne corrige pas un Pape. Ce que je voudrais bien vous faire comprendre — écoutez bien parce que c’est important de le comprendre et vous allez le comprendre très bien : nous sommes faits pour l’Amour, vous et moi. Tout notre être est fait pour l’Amour. Il n’y a pas de parties de notre être qui ne soient pas faites pour l’Amour. Notre corps est fait pour aimer et être aimé. On le voit très bien avec un bébé, par exemple : si vous n’aimez pas un petit bébé, il meurt. Le petit bébé n’est pas nourri que de lait. Il est nourri de l’affection d’une maman et d’un papa. Notre corps est donc fait pour être aimé et pour aimer. Notre sensibilité qui est liée à notre corps, est faite pour aimer et être aimée. Notre volonté profonde, le secret de notre cœur est fait pour aimer et être aimé. Est-ce que vous comprenez ?… Nous sommes des êtres d’amour, on est fait pour ça, et souvent on ne le sait pas, on l’oublie, ce qui fait que l’on dérive de façon spectaculaire, surtout aujourd’hui… mais en réalité nous sommes faits pour cela. Un amour qui soit bien placé et qui soit juste. C’est exactement pareil en Jésus-Christ qui est l’Amour même : tout l’être de Jésus symbolisé par son Cœur est un être d’amour. C’est pour cela que cette phrase de Léon XII que je relis est très juste : «  Il y a dans le Sacré Cœur de Jésus un symbole et une image »… Si vous ne retenez de la première partie de cet enseignement qu’une seule chose, retenez ce que je vous dis maintenant : «  Il y a dans le Sacré Cœur de Jésus un symbole et une image clairs de l’Amour infini de Jésus-Christ, amour qui nous pousse à nous aimer les uns les autres ». C’est l’image et le symbole de l’Amour. Un amour qui est un amour miséricordieux, comme le dit très bien le Pape. Un amour lié à ce Cœur de Jésus percé, à ce Cœur de Jésus qui s’est donné entièrement pour sauver les hommes. Tout l’être de Jésus se retrouve dans son Cœur et le Cœur de Jésus a palpité d’amour toute sa vie. Il est avec tous les sentiments en parfait accord les uns avec les autres dans un être qui était très cohérent, très harmonieux, et qui n’était qu’amour. Ce n’est pas la peine que je vous lise les phrases du Pape, surtout que certaines sont un peu compliquées, mais c’est très beau… Cet Amour qu’il y a dans le Cœur de Jésus, qui imbibe le Cœur de Jésus, va le pousser à se donner entièrement. « Il n’y a pas de plus grand amour » dit Jésus à ses Apôtres en célébrant la Cène, « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » ou pour ceux qu’on aime. Comment le Christ va-t-il se donner ? Il va aller jusqu’au bout du don. Il va aller à la mort sur la Croix, qui est une mort cruelle et douloureuse et il va donner la totalité de son corps, la totalité de ses sentiments, la totalité de son être par ce sacrifice. Il n’y a pas une cellule du corps de Jésus, il n’y a pas un recoin de sa psychologie, il n’y a pas une partie de son âme qui n’ait été donné pour nous, par bonté et par amour pour nous. Ce don est complet et absolu. Il se traduit par la mort de Jésus et sa Résurrection glorieuse car la Croix ne se comprend que par la Résurrection. La Résurrection est vraiment l’acte de la joie et de la vie. C’est quand on regarde Jésus ressuscité, comme les Apôtres, comme les Saintes femmes, comme Marie, qu’on est pris par une espèce de tourmente de joie et de bonheur. La mort de Jésus se continue par le don de la vie qui nous est donné au moment de la Résurrection de Jésus et qui va se continuer par le don de l’Esprit à la Pentecôte. Tout cela est rappelé, est rendu actuel — écoutez bien cela — chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie. L’Eucharistie est le mémorial de la mort et de la Résurrection de Jésus.

foi,sacré cœur,christianisme         Je fais un tout petit cours que peut-être on vous a déjà fait, et qui peut revenir dans ce congrès… Est-ce que vous faites bien la différence entre un souvenir et un mémorial ? Que ceux qui font bien la différence lèvent le doigt… Très bien. Alors je vais continuer pour les autres, d’accord ? Quand Jésus célèbre l’Eucharistie, il dit aux Apôtres : « Faites ceci en mémoire de moi ». Il aurait pu dire, mais il ne le dit pas : « Faites ceci en souvenir de moi ». Le mot qu’il utilise est un mot très précis. Quelle est la différence ? Vous et moi, nous avons des souvenirs que nous fêtons d’ailleurs quelques fois. Le souvenir de votre naissance vous le fêtez le jour de votre anniversaire. Vous fêtez peut-être, j’espère, le souvenir de votre anniversaire de mariage. Les Sœurs fêtent l’anniversaire de leur grand Vœu. Un prêtre se rappelle de l’anniversaire de son ordination sacerdotale et ainsi de suite. Un souvenir est quelque chose qui a eu lieu une fois, cela ne se répète pas. On s’en rappelle mais cela ne se répète pas. Vous êtes né une fois, vous vous en rappelez, c’est fait, non ? Jusque-là vous suivez ?… Le mémorial est absolument différent : il a eu lieu une fois, en effet, dans l’histoire des hommes à un moment précis, mais nous pouvons le rendre absolument présent aujourd’hui. Ou à l’inverse, nous pouvons à travers le temps et l’espace nous rendre présent au mémorial. Exemple : les Juifs pieux célèbrent tous les ans la Fête des Tentes. À Jérusalem, dans les quartiers où se concentrent les Juifs pieux, une fois par an, ils sortent des maisons, ils n’ont pas le droit d’y rentrer, et pendant une semaine ils vivent sous des huttes de branchages. Ils ne rentrent donc pas dans les maisons. Qu’est-ce que cela veut dire ? Ils rappellent, alors écoutez bien cela, ils rappellent sous la forme d’un mémorial la fuite des Hébreux depuis l’Égypte et tout leur passage dans le désert avant d’arriver dans la Terre sainte, dans la Terre promise. Ce n’est pas un souvenir, ils ne font pas le souvenir des quarante ans que leurs ancêtres avaient passés dans le désert. C’est un mémorial, c’est-à-dire que invisiblement ils y sont transportés. C’est comme si invisiblement ils étaient avec leurs ancêtres, ou réciproquement c’est comme si leurs ancêtres invisiblement étaient présents à ce qu’ils font. Eh bien l’Eucharistie est un mémorial, c’est-à-dire que chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie « faites ceci en mémoire de moi » — rappelez-vous les paroles de Jésus redites à la consécration — nous traversons le temps, nous traversons l’espace, et c’est comme si vous et moi sur un registre différent nous étions présents le soir de la Cène quand Jésus célèbre la Pâque. Et la Pâque de Jésus concentre, en quelque sorte, tout le Mystère pascal, en tout cas la Cène concentre tout le Mystère pascal, ce qui veut dire que quand nous célébrons l’Eucharistie nous célébrons la mort de Jésus et nous célébrons aussi sa Résurrection. Mais on ne la refait pas, cela a eu lieu une fois. C’est comme si nous étions présents. Ou à l’inverse, on peut le dire de façon tout à fait inversée mais c’est la même chose : Jésus est présent, là, au milieu de nous. Est-ce que vous comprenez cela ? Et c’est cela qui est prodigieux à la messe. C’est prodigieux parce qu’une seule fois un sacrifice parfait a été célébré, par un prêtre parfait qui est Jésus, sur un autel parfait qui est l’autel de son corps, une seule fois dans l’histoire de l’humanité un acte absolument parfait a été fait par un être qui était à la fois un homme et un dieu. C’est toute l’Épître aux Hébreux. Si vous voulez approfondir ce que je dis, relisez simplement l’Épître aux Hébreux qui explique cela très bien. Une fois cela a été fait, mais chaque fois que nous célébrons la messe nous sommes unis à Jésus. Et, entre parenthèses, c’est pour cela que le prêtre célèbre in personna Christi, dans la Personne du Christ : cela veut dire que quand nous disons « ceci est mon corps » et« ceci est mon sang » ce n’est pas le prêtre qui le dit, c’est le Christ qui le dit à travers la bouche du prêtre. C’est très impressionnant de penser cela. Parce que toute la spiritualité sacerdotale part de là. C’est vous dire l’importance de l’Eucharistie comme mémorial. Et quand nous adorons l’Hostie, l’hostie est le prolongement en quelque sorte de la célébration eucharistique. C’est-à-dire que le corps de Jésus présent dans l’hostie, c’est ce corps qui est né de Marie, ce corps qui a souffert à la Passion, ce corps qui est mort et c’est ce corps qui est ressuscité. C’est donc le corps de Jésus mort et ressuscité que nous avons là devant nous. Et c’est ce Jésus qui est là dans l’Eucharistie qui nous dit qu’il n’est qu’Amour, qu’il a tout donné aux hommes, et que de la plupart il ne reçoit que des ingratitudes et des irrévérences et qui dit à Marguerite-Marie : «  Mais toi du moins veux-tu me faire ce plaisir de suppléer à… ? ». C’est pour cela que l’Encyclique Haurietis aquas a un passage sur l’Eucharistie qui n’est pas très long et que je vais vous lire, parce que c’est la continuation même, la mise en application du culte du Cœur de Jésus, la contemplation de l’Eucharistie. Voilà ce que dit le Pape Pie XII :

         « Qui pourrait décrire dignement les sentiments dont était imprégné le Cœur Divin (de Jésus), indice de son Amour infini, au moment où il se donnait lui-même aux hommes dans le Sacrement de l’eucharistie où il leur donnait sa Mère très sainte et nous faisait participer à la charge sacerdotale. Avant de partager la dernière Cène avec ses disciples, le Christ notre Seigneur qui savait qu’il devait instituer le sacrement de son Corps et de son Sang, par l’effusion duquel une Nouvelle Alliance devait être scellée, sentit son Cœur s’animer de sentiments ardents qu’il exprima à ses Apôtres par ces paroles : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ». Ses sentiments ont sans doute été plus ardents encore lorsqu’il prit du pain et après avoir rendu grâce il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi ». Et pareillement pour la coupe après qu’ils eurent soupé en disant : « Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon Sang répandu pour vous ». On peut donc affirmer que la Divine Eucharistie en tant que sacrement par lequel il se donne aux hommes et sacrifie, et pour lesquels ils s’immolent perpétuellement, ainsi que le sacerdoce, sont des dons du Cœur très Sacré de Jésus. »

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         Je pense que vous avez compris… Jésus est réellement présent dans l’Hostie. Il nous unis tous les jours quand nous célébrons l’Eucharistie de vous et nous [i], et qu’on l’adore dans le Saint-Sacrement à sa Passion et à sa Résurrection. Il envoie l’Esprit Saint sur ceux qui le regardent et sur ceux qui le prient. La grande douleur du Cœur de Jésus, comme il le disait à Marguerite-Marie, c’est justement de ne pas être aimé, et donc, du coup, la grande joie de Jésus c’est d’être aimé dans l’Eucharistie. Parce qu’il ne faut pas s’arrêter à la plainte. Quand on a de grandes douleurs, quelque part, quand elles sont compensées, on a de grandes joies. Si nous aimons Jésus, nous suppléons, nous compensons, nous remplaçons ceux qui ne l’aiment pas et donc nous donnons au Cœur de Jésus une joie vraiment extraordinaire. C’est très beau. Le Pape dit que Marguerite-Marie n’a rien apporté de nouveau à la doctrine catholique mais elle a permis de préciser, d’une certaine façon, toute la doctrine de l’Église catholique et en particulier cet amour de l’Eucharistie. Le Pape, dans la dernière partie de son encyclique, rappelle une phrase de Léon XIII : « L’acte d’Amour suprême par lequel notre Rédempteur, répandant toutes les richesses de son Cœur afin de demeurer avec nous jusqu’à la fin des siècles, institua l’adorable Sacrement de l’Eucharistie ». Vous voyez ?… Il dit que ce n’est pas une part minime de son Cœur qu’il a tiré de l’Eucharistie. L’Eucharistie est vraiment le Sacrement de la grande Charité de Jésus pour les hommes. Ça va ? Vous êtes encore là ? Vous ne sortez pas parce qu’il pleut, hein… Il est possible que dans ce que je vous ai dit là il y ait des choses un peu complexes pour certains. Ne vous cassez pas la tête, balayez cela, quand vous sortirez de la tente, que vous aurez un temps d’Adoration, dites-vous simplement : « Qu’est-ce que je retiens ? ». Dans un enseignement il y a toujours quelque chose à retenir. Dites-vous : « Qu’est-ce qui m’a touché le plus dans ce que j’ai entendu là ? », et laissez le reste. C’est par là que Dieu veut vous parler.

 

         Maintenant, je passe à la deuxième partie de cet enseignement. Puisque nous parlons des papes et du Cœur de Jésus, je voudrais vous parlez de saint Jean XXIII qui a énormément aimé le Cœur de Jésus. D’ailleurs, peu après son ordination sacerdotale, il est venu ici en pèlerinage à Paray-le-Monial, et il y est revenu ensuite trois fois étant Nonce, dont une fois plus solennelle que nous avons commémorée par une plaque qui est à l’entrée du Parc des Chapelains. Vous savez que Jean XXIII n’a pas écrit de document particulier ni sur l’Eucharistie, ni sur le Cœur de Jésus, en tout cas pas de document exceptionnellement solennel. Mais il a écrit un journal qu’on a retrouvé après sa mort, qu’on appelle « Le journal de l’âme ». Ce journal est le compte-rendu des retraites qu’il a faites dans sa vie, et il se livre en quelque sorte à lui-même, il écrit pour lui-même les sentiments de son cœur. C’est très touchant parce qu’on voit un homme qui est habité par l’amour du Cœur de Jésus. Je vais vous lire quelques passages et j’en ferai un commentaire tout simple.

foi,sacré cœur,christianisme         Je vais partir des passages sur le Sacré Cœur et je dériverai après vers des passages qui concernent le Saint Sacrement. Vous allez voir c’est très lié chez lui. Le premier passage que nous ayons, chronologiquement, est une retraite qu’il a faite quand il était séminariste à Rome, au séminaire romain. Il dit ceci : « Pour me préserver du péché, et ne pas me laisser courir trop loin de Lui (de Dieu), Dieu s’est servie de la dévotion au  Saint Sacrement et au Sacré Cœur de Jésus. » Vous trouvez les deux unis. « Cette dévotion devrait être toujours l’élément le plus efficace de mon progrès spirituel. Je m’efforcerai de la pratiquer de telle manière que mon amour et ma tendresse pour le Divin Cœur de Jésus présent dans le Saint Sacrement vivifie tout mon être, mes pensées, mes paroles, mes actions et se manifeste dans tous mes actes. Donc union la plus possible avec Jésus, comme si ma vie devait se passer entièrement devant le Tabernacle. ». Vous ne trouvez pas cela fort ? C’est puissant comme texte. Là il a vingt ans. Il dit : « …comme si toute ma vie devait se passer devant le Saint Sacrement ». Il n’était pas appelé à une vocation contemplative. Je crois qu’il s’est posé la question à un moment donné… Il était appelé à une vocation de prêtre diocésain. D’ailleurs qui ne s’est pas du tout déroulé comme il le pensait… Mais, ce qui était important pour lui, c’était d’être uni au Cœur de Jésus et son union avec le Cœur de Jésus était liée à son union à l’Eucharistie.

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          Alors, un peu de temps se passe, il est toujours au séminaire, mais un peu plus âgé. Il fait une autre retraite et il dit ceci : « Aujourd’hui, tout ce qui regarde le Sacré Cœur de Jésus me devient familier et doublement cher. » Il avait vraiment intégré à l’intérieur de sa vie tout ce qui concernait le Cœur de Jésus. D’ailleurs je crois qu’il a fait partie d’une société de prêtres dédiée au Cœur de Jésus. « Il me semble que ma vie est destinée à se dérouler à la lumière qui rayonne du Tabernacle et que je dois trouver dans le Cœur de Jésus la solution de toutes mes difficultés. Il me semble que je serais prêt à donner mon sang pour le triomphe du Sacré Cœur. Mon désir le plus ardent est de pouvoir faire quelque chose pour ce cher objet de mon amour. » C’est-à-dire, c’est Jésus. Il était prêt à donner sa vie pour Jésus. Et il aurait voulu en quelque sorte faire comme sainte Marguerite-Marie qu’il cite, à qui Jésus disait : « Je t’ai choisie pour révéler les merveilles de mon Cœur parce que tu es un abîme d’ignorance et de misère. » Et ça l’a encouragé beaucoup d’entendre cela. Parce qu’il se disait : « Si le Christ a dit cela à Marguerite-Marie et si elle est sainte, alors, moi qui suis un abîme d’ignorance et de misère, après tout, je peux devenir saint moi aussi. » Et donc il disait : « Je veux servir le Sacré Cœur de Jésus aujourd’hui et à jamais. Je veux que ma dévotion au Cœur caché dans le Sacrement d’Amour soit le thermomètre de tout mon progrès spirituel. L’essentiel de mes résolutions de cette retraite consiste à vouloir faire tout ce que j’ai noté jusqu’ici, en union intime avec le Sacré Cœur de Jésus dans le Saint Sacrement. » Il disait qu’il voulait être littéralement anéanti dans le Cœur de Jésus. Alors c’est très beau, vous voyez, de mettre son cœur dans le Cœur de Jésus. De mettre notre petit cœur, notre cœur blessé, fripé, pécheur, pas toujours propre… de le mettre dans le Cœur même de Jésus. Ce qui est incroyable c’est que c’est possible. Il y a des saints auxquels le Seigneur l’a fait physiquement et c’est un symbole pour nous. Cela veut dire que simplement nous les hommes, nous les pauvres chrétiens qui sommes là sous cette tente, en commençant par moi, qui sommes des hommes tellement limités et tellement pauvres… Il est possible en réalité que nous placions notre cœur à l’intérieur même du Cœur de Jésus et que le Cœur de Jésus batte à l’intérieur de nous.

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     Ensuite, troisième passage, là nous sommes en 1907, et Monseigneur XXIII, qui n’est pas encore Monseigneur d’ailleurs, l’abbé XXIII… L’Abbé XXIII ! L’abbé Roncalli ! — Seigneur, qu’est-ce que je raconte ?… — L’abbé Roncalli ! — n’importe quoi… on devrait créer une confrérie de gens qui s’appelleraient les historiens pour vérifier… — (Rire de l’assemblée). L’abbé Roncalli est devenu secrétaire de l’évêque de Bergame, qui s’appelle Radini-Tedeschi. Ce n’était absolument pas ce qu’il avait prévu, cela… Il fait une retraite et il dit ceci… D’abord il s’aperçoit que sa vie n’est pas du tout comme ce qu’il avait programmé… Mais il dit ceci : « Au cours de cette retraite j’ai éprouvé un grand élan pour la dévotion au Saint Sacrement et au Sacré Cœur de Jésus. Cette dévotion a été tout pour moi. Maintenant que je suis prêtre je dois être tout pour elle. Le Tasse, » qui est un grand écrivain italien, « disait : « De l’âme éprise de Dieu, elle va avec Lui, elle vient avec Lui, est toujours avec Lui. » Voilà comment doit être ma vie : toute tournée devant le Saint Sacrement. La dévotion au Saint Sacrement et au Sacré Cœur doit inspirer toute ma vie, mes pensées, mes sentiments, mes actions… en sorte que je ne vive que pour elle et en elle. » Vous voyez, c’est beau ! Il veut vraiment être uni à Jésus par son Sacré Cœur, dans l’Eucharistie. La retraite suivante est beaucoup plus tard, en 1931, en Turquie. À l’époque il est nonce en Bulgarie et en Turquie. 1931 n’est pas une période facile. Il s’isole pour faire une retraite pendant l’octave de la Fête du Sacré Cœur et il dit ceci : « Comme elle me plaît, la pensée de saint Augustin qui appelle le Cœur de Jésus “la porte de la vie“. «  C’est magnifique : le Coeur de Jésus est la porte de la vie. « On trouve parfois que dans le développement de la dévotion au Sacré Cœur au cours des dernières années, on a été aux limites de l’exagération… » Il y a eu des excès, cela ne fait aucun doute, dont on a beaucoup souffert après. « Mais si le Cœur de Jésus est vraiment la porte il n’y a rien de trop exagéré. Il faut passer par là à tout prix pour entrer et pour sortir et moi je veux passer par là. Une autre pensée me donne grande confiance. Elle est de saint Bernard, dans l’Office du Sacré Cœur : « Où notre faiblesse trouve-t-elle la sécurité et le repos sinon dans les plaies du Seigneur ? L’univers chancelle, le corps pèse de tout son poids, le Diable tend ses pièges, je ne tombe pas car je suis campé sur un roc solide, j’ai commis quelque péché grave, ma conscience se trouble, mais ne perd pas courage puisque je me souviens des plaies du Seigneur. Le secret de son Cœur paraît à nu dans les plaies de son corps. » Vous voyez cet amour du Cœur de Jésus, en Bulgarie, là, montre vraiment sa confiance dans l’amour de Jésus, dans son Cœur.

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          La dernière retraite en Turquie, dans laquelle il parle du Cœur de Jésus, s’est passée en 1937, avant la guerre. Il dit ceci : « Je veux être un homme de l’Eucharistie (vir eucharisticus), je veux l’être vraiment ». Il explique qu’il a une vie difficile, parce que comme nonce il est très occupé, et il n’a à lui que deux heures de tranquillité par jour, entre 22h et 24h. C’est donc à ce moment là qu’il veut être, en quelque sorte, uni au Cœur de Jésus. Ensuite il a été nonce en France et a continué à faire des retraites dans lesquelles il parle aussi du Cœur de Jésus, de cet amour du Cœur de Jésus et de ce que cela lui a donné dans la vie. C’est très beau. On sent qu’il y est extrêmement attaché. Je ne veux pas rentrer dans les détails par rapport à Jean XXIII aujourd’hui, parce que tout à l’heure en relisant ces textes pour préparer cet enseignement, ce qui m’a touché à travers ces textes c’est le cœur de cet homme, Jean XXIII. Parce que je trouve qu’il nous livre son cœur. Ce sont des notes de retraite, donc ce ne sont pas des enseignements. Dans des notes de retraite qui ne sont que pour soi, on peut parler de soi, il faut parler de soi, il faut aller jusqu’au bout de ce qu’on peut dire. Il n’avait pas du tout écrit cela pour que ce soit publié, il n’a pas pensé un instant qu’il serait pape. D’ailleurs, quand il est à Paris, c’est assez drôle… il dit qu’il est indifférent à toute forme d’avancement ou d’honneur. Alors, du coup, comme il était indifférent, Dieu s’en est servi et l’a fait Pape. Il ne s’en ait pas glorifié, vous voyez. Ce qu’il y a de très beau dans le témoignage de Jean XXIII c’est précisément le cœur de cet homme. Et je trouve que c’est très intéressant de citer ces deux papes, Pie XII et Jean XXIII, l’un après l’autre. Parce que Pie XII est un intellectuel, il donne un texte très beau et très fort, il se livre à travers ce texte qui suit une continuité remarquablement bien faite. Jean XXIII c’est tout à fait différent : il ne fait pas d’enseignement, il livre son cœur, il donne son cœur, il expose son cœur à lui-même, mais mystérieusement à nous aussi. Dont nous bénéficions, nous qui sommes sous cette tente, là, ce soir. De ce cœur de cet homme qui était un homme bon, qui est devenu un saint, qui ne se prenait pas pour un aigle, qui ne passait pas pour un aigle. C’est un homme qui n’a pas été estimé. Quand il était nonce en Turquie on ne pensait pas que c’était un modèle. On l’a envoyé en France parce que la situation était très difficile, en 1944, et on pensait qu’il allait arranger les affaires en urgence, ce que d’ailleurs il a fait… Le nonce en France est automatiquement nommé cardinal… il est devenu cardinal… Comme il fallait en faire quelque chose on l’a mis sur le siège de Venise, mais il ne passait pas pour un génie. Et voilà qu’il est devenu pape et qu’il a changé le cours de l’Histoire. Pourquoi ? Parce que c’était un cœur pur. C’était un petit, c’était un cœur pur, c’était un homme bon. Et cette bonté, il l’a puisée où ? Pas dans son intelligence. Ce n’est pas qu’il était sot, c’était un homme très cultivé. Mais il a puisé, tout simplement, dans l’amour du Cœur de Jésus, qu’il contemplait dans l’Eucharistie. Il a aspiré, en quelque sorte, l’amour du Cœur de Jésus qui venait à l’intérieur de son propre cœur. Ça va ? Vous voyez, donc, c’est beau de voir ces deux papes l’un après l’autre, très différent l’un de l’autre, et qui pourtant nous parle de l’Amour de Dieu.

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         Je vais terminer en nous lisant une prière de Jean XXIII. Une prière à Jésus dans le mystère de l’Eucharistie. Il l’a probablement écrite assez tard, probablement même étant pape :

         « Ô Jésus, voyez la prière qui s’élève plus intense et émue en ce jour de chaque autel et de chaque cœur de chrétien », (c’était la fête Dieu, la fête du Saint Sacrement), « Ô Jésus, regardez-nous de votre Sacrement tel que vous invoque le docteur angélique saint Thomas et avec lui la sainte Église. Ô Jésus Bon Pasteur, voici votre troupeau, le troupeau que vous avez rassemblé des quatre coins de la Terre, le troupeau qui écoute votre parole de vie et se propose de la garder et de la mettre en pratique, de la répandre, c’est le troupeau qui vous suit docilement, Ô Jésus, et qui sera si heureux de voir » (au Concile œcuménique qu’on allait réunir juste après) « le reflet de votre aimable visage, sur celui de votre Église, la Mère commune qui ouvre à tous ses bras et son cœur et qui avec émotion et confiance attend tous ses évêques » (là on voit bien qu’il a rédigé étant Pape) « Ô Jésus, Nourriture substantielle des âmes, ce peuple immense accourt vers vous, il veut répondre à sa vocation humaine et chrétienne avec une nouvelle ardeur, une nouvelle vie intérieure, disposé au sacrifice dont vous avez donné en paroles et en actes un exemple inimitable. Vous avez précédé chacun de nous Christ Jésus, qui êtes notre Frère aîné, vous avez pardonné les fautes de chacun, tous et chacun vous nous appelez à donner le témoignage d’une vie plus noble, plus convaincue, plus active. Ô Jésus, vrai Pain, unique et seule nourriture substantielle des âmes, rassemblez tous les peuples autour de votre table, elle est une divine réalité sur la Terre, un gage de faveur céleste, la garantie de bonne entente dans la justice entre les peuples et de pacifique compréhension pour le véritable progrès de la civilisation. Nourris pas vous et de vous, Ô Jésus, les hommes seront forts dans la foi, joyeux dans l’espérance, actifs dans les multiples applications de la charité. Les volontés sauront résister aux assauts du Mal, aux tentations de l’égoïsme, à la lassitude et à la paresse. Et aux yeux des hommes droits et craignant Dieu, apparaîtra la vison de la Terre des Vivants dont le cheminement de l’Église militante veut être l’image en faisant retentir dans le monde entier les premiers échos mystérieux et ineffables de la Cité de Dieu. Oui, Ô Jésus, soyez notre pasteur et notre protecteur, faites-nous connaître le bonheur dans la Terre des Vivants. Amen. Alleluia. »

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         Je relis cette dernière phrase, frères et sœurs, qui est tellement belle : « Oui, Ô Jésus, soyez notre pasteur et notre protecteur, faites-nous connaître le bonheur dans la Terre des Vivants. Amen. Alleluia. »

 

Père Bernard Peyrous

        


[i] L’assemblée et les prêtres.

 

Retranscription effectuée pour La Vaillante
par le podcast de réécoute de Radio Notre-Dame

Illustration & photographies :
Sanctuaire de Paray-le-Monial

 

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La France & le Sacré Cœur

30.06.2014

Marguerite-Marie Alacoque et la sainte Eucharistie

Église St André Montreuil (93).jpg            « Qu’y a-t-il de plus obéissant que mon Jésus en la sainte Eucharistie ? où il se trouve à l’instant que les paroles sacramentelles sont prononcées, que le prêtre soit bon ou mauvais, ou quel usage qu’il en veuille faire, souffrant d’être porté en des cœurs souillés de péchés dont il a tant d’horreur. De même, à son imitation, il veut que je m’abandonne entre les mains de mes supérieures, quelles qu’elles puissent être, pour disposer de moi à leur gré sans que je témoigne la moindre répugnance, pour contraire à mes inclinations que cette disposition m’arrive, parce que je veux, toute ma vie, aller au rebours d’icelles, disant au fort de mes répugnances : Mon jésus a été obéissant jusqu’à la mort de la Croix, je veux donc obéir jusqu’au dernier soupir de ma vie, pour rendre hommage à l’obéissance de Jésus en l’hostie, dont la blancheur m’apprend qu’il faut être une pure victime pour lui être immolée, sans tache pour le posséder, pure de corps, de cœur, d’intention, d’affection ; et pour se transformer toute en lui, il faut mener une vie sans curiosité, d’amour et de privation, me réjouissant de me voir méprisée et oubliée, pour réparer l’oubli et le mépris que mon Jésus reçoit dans l’hostie.

            Mon silence intérieur et extérieur sera pour honorer le sien. Lorsque je parlerai, ce sera pour rendre hommage à cette parole du Père, ce Verbe divin qui est caché dans l’hostie.

            Lorsque j’irai prendre ma réfection, je l’unirai à cette nourriture divine dont il substante nos âmes dans la sainte Eucharistie, lui demandant que tous les morceaux soient autant de communions spirituelles qui m’unissent et me transforment toute en lui-même.

            Mon repos sera pour honorer celui qu’il prend dans l’hostie ; mes peines et mortifications, pour réparer les outrages qu’il reçoit dans la sainte hostie.

           J’unirai toutes mes oraisons à celles que le sacré Cœur de Jésus fait pour nous dans l’hostie ; de même, l’office divin, aux louanges que ce Cœur adorable y donne à son Père éternel, et en faisant la génuflexion, je penserai à celles que l’on lui faisait par dérision en sa Passion, et je dirai : Que tout fléchisse devant vous, ô grandeur de mon Dieu, souverainement abaissé dans l’hostie ! Que tous les cœurs vous aiment, que tous les esprits vous adorent et que toutes les volontés vous soient soumises ! Et en baisant terre, je dirai : C’est pour rendre hommage à votre grandeur infinie que je baise terre, en confessant que vous êtes tout, et que je ne suis rien. En tout ce que je ferai ou souffrirai, j’entrerai dans ce sacré Cœur pour y prendre ses intentions, pour m’unir à lui et pour demander son secours. Après chaque action, je l’offrirai à ce divin Cœur pour réparer tout ce qu’il y trouvera de défectueux, surtout mes oraisons.

            Lorsque je commettrai des fautes, après les avoir punies sur moi par pénitences, j’offrirai au Père éternel une des vertus de ce divin Cœur pour payer l’outrage que je lui aurai fait, afin d’acquitter ainsi peu à peu ma dette ; et le soir je mettrai dans cet adorable Cœur tout ce que j’aurai fait le jour, afin qu’il purifie ce qu’il y aura d’impur et d’imparfait dans mes actions, pour les rendre dignes de les lui approprier et de les mettre dans son divin trésor, lui laissant le soin de disposer de tout selon son désir ; ne me réservant que celui de l’aimer et le contenter, puisqu’il m’a fait entendre que je ne dois avoir de prétention en tout ce que je pourrai faire ou souffrir, l’ayant sacrifié au bien et en faveur de la Communauté.

            Après tout ce que je viens de dire, je frémissais de crainte de ne le pouvoir mettre en pratique, et comme j’allais à la sainte communion, il me fit entendre qu’il venait lui-même imprimer dans mon cœur la sainte vie qu’il mène en l’Eucharistie, vie toute cachée et anéantie aux yeux des hommes, vie de mort, de sacrifice, et qu’il me donnerai la force de faire ce qu’il désirait de moi. »

 

Marguerite-Marie Alacoque
« Retraite de 1684 » (1684)
in « Vie et œuvres de sainte Marguerite-Marie Alacoque » tome 2
Éditions Saint-Paul, 1991
    

 

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Vitrail Saint-André de Montreuil (93)

 

22.04.2014

La construction de cet édifice demandé par Dieu à la France a été décidée par un vote de l'ASSEMBLÉE NATIONALE

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

Inscription sur un pilier de la Basilique :

Paray-le-Monial 1689

Extrait de la lettre CIV de sainte Marguerite-Marie Alacoque :

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« Le Père Éternel voulant réparer les amertumes et angoisses que l'Adorable Cœur de son divin fils a ressenties parmi les humiliations et outrages de sa Passion veut un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur pour y recevoir consécration et hommages. »

 

 La construction de cet édifice demandé par Dieu à la France a été décidée par un vote de l'ASSEMBLÉE NATIONALE

le 23 juillet 1873
à la majorité de 244 voix.

 

Vitrail de Lorin, années 30
Notre-Dame-de-Clignancourt

UNE ADORATION DE LA SAINTE EUCHARISTIE

 Dieu qui simplifie tout

simplifie-moi

Eucharistie

Offrande sainte de Dieu

Par laquelle je touche à Ta Présence

Rends-moi pure

Simplifie-moi

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Tu es l’Essence de ma foi

Sa fin et son commencement

Ô disque pur

Cœur de Dieu

Plexus solaire d’où rayonne l’Amour divin

Lumière-source de toute Miséricorde

Durée éternellement présente fixée à la Blancheur

Où le spectre entier des couleurs est résumé

Touché de Dieu inaltérable

Qu’aucune prière n’usera jamais

Cercle chéri de l’abnégation

Comblé de Toi qui demeure partout

Et que rien ne peut contenir

Ô Christ

Ta Passion est donnée en ce disque parfait

Le Sang et l’Eau de Ton Côté

Nourrissent sans cesse

Ton Corps saint

Corps du Christ pure offrande

Qui ne tarit jamais

Abreuve-moi

Laisse se répandre en moi l’eau éternelle du Baptême

Que chacun de mes membres et toute cellule

Vivent de Toi

Que mes organes et toute âme

Soient drainés de Toi

Que ma peau et tout muscle

Respirent en Toi

Par Toi et pour Toi

Que mon être entier exulte

Et s’accomplisse en Toi

Ô

Lettre parfaite

Imprononçable à mon cœur de femme

Ô

Toi que j’aime pourtant

Et aspire à aimer de toute mon âme

Ô Jésus

Dieu qui te fis lumière et chair

Verbe venu au secours de mon imperfection

Hostie sainte sertie dans l’Ostensoir du Saint-Sacrement

Sacré-Cœur de Jésus résumé en Cela

Tu m’attires à Ta Résurrection

Vers laquelle je tends tout mon être éploré

Laisse-moi toucher la frange du Salut

Laisse-moi goûter à la beauté de Ton Visage

Jésus !

 Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
sa. 12 avril 2014, veille des Rameaux
Sandrine T.

                                              

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