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15.10.2014

Cœur de Jésus : Il a pris ma tête et l'a posée sur sa poitrine…

Enseignement lors de la 4ème Session des Familles à Paray-le-Monial
Mercredi 20 août 2014
Retranscription réalisée par La Vaillante (La France & le Sacré Cœur) depuis l’enregistrement de Gloria.TV

Le Père Ottavio de Bertolis a la chance de vivre à 20 mètres de la chambre de saint Ignace à Rome. Il est attaché à l’église du Gesù. Je voudrais vous demander, Père, de nous expliquer comment vous avez rencontré le Cœur de Jésus. 

 

Ignace de Loyola.jpg         « J’ai toujours reçu la grâce de la foi dans ma vie. Mais quand j’étais enfant je me demandais ce que signifiait exactement le Cœur de Jésus, le cœur du Sauveur. Pour moi, c’était aussi un problème linguistique. Pourquoi dire : «  Cœur de Jésus, prends pitié de moi ! » ? Il n’est pas plus facile, plus simple de prier : « Jésus, par ton Cœur prends pitié de moi ! ». Pourquoi parler du cœur du Sauveur ? Y a-t-il une différence entre le cœur du Sauveur et le Sauveur lui-même ? Pendant longtemps dans ma vie, quand j’étais jeune, avant d’entrer dans la Compagnie de Jésus, je me le demandais toujours, je voulais comprendre. En fait, je n’avais pas compris et je ne pouvais pas prier le Cœur du Sauveur. Cela ne signifie pas que je ne priais pas, mais je restais avec ce doute. Pourquoi le Cœur du Sauveur ? Alors j’ai lu beaucoup de livres. Mais les livres ne m’ont pas aidé. J’ai lu des livres populaires, mais les livres trop populaires étaient trop simples et ceux de théologies trop difficiles. C’est ainsi que j’ai compris que connaître le Cœur du Sauveur ne venait pas des livres. Cela ne dépend pas de notre force, de notre culture. Le Cœur de Jésus est montré par Jésus même, à chacun de vous. Vous ne devriez pas être ici pour entendre quelqu’un, un prêtre de Rome, parler du Cœur du Sauveur. Vous devriez être ici pour écouter Jésus qui parle de son Cœur à chacun d’entre vous. Car il a un mot, une parole pour chacun de vous. Je peux vous parler à tous mais je ne connais pas votre histoire, votre langage. Mais Lui, si, Lui peut parler à chacun d’entre vous. Comme j’ai connu le Seigneur dans ma faiblesse et comme j’ai reçu la parole du Seigneur qui m’a montré son Cœur, je suis sûr qu’aujourd’hui, à Paray-le-Monial, Il veut parler à chacun de nous.

Coupe eucharistique.jpg         Pendant longtemps je me demandais : « Pourquoi, Seigneur, qu’est-ce que cela veut dire ? », mais je ne trouvais pas de réponse. Quand vous ne trouvez pas de réponse vous ne pouvez faire qu’attendre. Regardez… Quand je suis entré dans la Compagnie de Jésus… - je vais souligner l’importance d’être jésuite pour la dévotion au Cœur du Sauveur. J’étais novice… Deux petites histoires. La première fois, quand j’étais novice, lors d’une des premières messes durant mon noviciat à Gênes, le Père, pendant l’eucharistie, nous a donné la coupe du Sang du Sauveur et, peut-être à cause de la forme de la coupe, j’ai eu une impression, une motion intérieure dirait saint Ignace, une forte motion intérieure : « Bois à mon Cœur ! ». Quand nous buvons à la coupe de l’eucharistie nous buvons au Cœur même du Sauveur. Car l’eucharistie est le Cœur de Jésus. C’est un premier pas : « Reçois mon Cœur, bois à la coupe de mon Cœur. Tiens mon Cœur dans tes mains. » Tous, chaque fois que vous recevez l’eucharistie, vous tendez votre main et Jésus pose son Cœur dans vos mains. Dans vos mains, comme vous êtes. Il n’a pas choisi des hommes et des femmes idéals, sans péché, mais il a choisi des hommes et des femmes réels, comme nous tous. Et depuis, j’ai fait les Exercices. Vous savez que les Pères Jésuites pendant le noviciat font le Mois des Exercices Spirituels. En effet Les Exercices Spirituels sont une grande contemplation du Cœur de Jésus, renforcée par des intuitions de notre père saint Ignace. Tout le mois des Exercices est une longue contemplation, un cœur à cœur avec la vie du Sauveur. Jésus montre son Cœur à travers sa Parole. Toute sa Parole nous parle de son Cœur. Toute la Parole de Dieu. C’est-à-dire de la première page de la genèse jusqu’à la dernière du livre de la Révélation. Toute l’Écriture sainte est un don du Cœur de Jésus. Ce sont comme des morceaux d’une mosaïque qui, tous ensemble, montrent et éclairent la personne même du Sauveur, c’est-à-dire son Cœur. Alors la Parole de Dieu écoutée dans notre cœur, comme la Vierge Marie, la personne même devient le Seigneur. C’est-à-dire son corps, le crucifix contemplé. La personne même, dans sa réalité physique que saint Ignace nous aide à imaginer, à contempler, à écouter, à toucher, pendant les Exercices, est une grande contemplation du Cœur du Sauveur. Ignace ne parle pas explicitement du Cœur de Jésus, l’expression n’était pas en usage dans son temps, mais en effet, dans les Exercices Spirituels vous avez tout ce qui constitue en profondeur la spiritualité du Cœur du Sauveur.

foi, sacré cœur, christianisme         Et depuis… Je dois choisir seulement quelques petites histoires mais j’en aurais beaucoup à raconter… À la fin de mon noviciat… Vous savez que les novices Jésuites doivent passer un mois entier dans un hôpital. Je suis allé à Turin où il y a un grand hôpital fondé par le Bienheureux Cottolengo, une vraie cité dans la cité, où il y a des milliers de malades incurables, des handicapés… dont beaucoup de personnes diraient qu’ils n’ont pas de dignité à vivre. J’ai reçu un petit groupe de handicapés, une douzaine. Parmi cette douzaine il y en avait un en particulier qui ne pouvait pas parler, répondre, écouter. Il y a toujours quelqu’un qui peut répondre, vous pouvez parler en souriant, par quelques mots… Vous pouvez établir un lien avec lui, de quelque sorte que cela soit. Mais celui-ci qui s’appelait Aloïs, pendant tout un mois, n’a jamais pu établir aucun lien. Il vivait dans un monde inaccessible pour moi. Chaque jour on devait leur donner à manger, les laver, les vêtir, etc. Le dernier jour de ma présence… C’était une expérience très profonde. Peut-être que cela ne vous dira rien… Mais pour moi, j’ai vécu cela très profondément comme motion intérieure. J’étais en train de lui donner à manger comme chaque jour et plusieurs fois par jour, mais comme si j’étais avec une chose… et quand j’étais en train de lui donner à manger la petite sœur est passée et m’a dit : « Vous partez, demain, vous retournez à Gênes… », et j’ai répondu : « Oui, oui ma sœur, je m’en vais demain… ». À ce moment-là, très intéressant car le Seigneur parle non seulement à travers l’Écriture Sainte, mais parle avec la vie, la vie de chaque personne que nous rencontrons… Il a pris ma tête et l’a posée sur sa poitrine. Vous savez que la tête sur la poitrine est l’expérience du disciple aimé. Je me souviens qu’à ce moment, et seulement à ce moment, j’ai pensé à toutes les fois quand j’étais jeune et que je priais le Seigneur et lui disait : « Seigneur, donne-moi de connaître ton Cœur ! Donne-moi de connaître l’amour de ton Cœur. Laisse-moi poser ma tête sur ta poitrine, comme le disciple bien-aimé ». Alors j’ai compris qu’à ce moment-là il m’avait révélé que toutes mes prières avaient déjà été écoutées. À ce moment-là seulement il m’a montré qu’elles avaient déjà été entendues. C’est-à-dire que j’avais posé ma tête sur sa poitrine, non pas seulement à cet instant précis à Turin, mais aussi pendant ma vie précédemment, quand je ne voyais pas son Cœur. J’ai compris que nous pouvons louer le Cœur du Seigneur, l’adorer, le célébrer dans la liturgie, dans le silence, mais il est vrai que le Cœur du Sauveur est le cœur des pauvres. « Ce que vous avez fait à chacun de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». La présence personnelle de Jésus n’est pas seulement la présence réelle du sacrement, mais aussi la présence personnelle de ces pauvres. Car il est présent dans ses frères. C’est l’expérience des disciples d’Emmaüs. Je crois que nous sommes tous comme les disciples d’Emmaüs. Nous faisons notre chemin, nous parlons entre nous, nous pleurons sur nos problèmes, sur nos blessures, nous parlons de nos espérances… mais nos yeux ne peuvent pas Le voir. Mais Il est avec nous. Seulement à un moment opportun Il montre sa Présence. Et quand il montre sa Présence nos yeux Le reconnaissent et la Lumière se fait dans nos cœurs et nous pouvons comprendre qu’Il était avec nous. Non pas seulement dans ce moment de grâce mais tout au long du chemin, car il nous a toujours aimé. Et pour moi c’est l’expression foncière du Cœur du Sauveur. Si vous me demandez, par exemple : Où peut-on trouver l’expression privilégiée du Cœur du Sauveur ? Lisez la Première Épître de Jean. Selon mon point de vue la Première Épître de Jean est le livre en condensé de toute l’Écriture. Si vous me demandez de retenir un seul livre ou passage de la Bible, je répondrais la Première Épître de Jean. Et si vous me demandez de ne retenir qu’un chapitre de cette Épître je répondrais le chapitre 4. Et si vous me demandez de ne retenir qu’un verset : « Nous n’avons pas aimé Dieu, mais Il nous a aimé le premier. » La primauté de son Amour pour nous. Elle est toujours vraie. Affirmer qu’Il nous a aimé le premier signifie qu’il nous aime comme nous sommes et là où nous sommes.

foi,sacré cœur,christianisme         Notre vie est une vie réelle. La vie de chaque homme et de chaque femme a ses contradictions, ses espérances, ses forces et ses faiblesses. Nous sommes des hommes réels, Il nous a aimé comme nous sommes. Beaucoup, ici, vous êtes en famille. La famille est remplie d’expériences. Il y a des familles heureuses, d’autres divisées, des couples divorcés, des veuves, des solitudes, des célibataires… Le célibat peut être un choix, ou presque un choix ou tout à fait un choix. Ce peut-être une disgrâce, cela dépend. Nous sommes comme nous sommes. Notre vie est aussi signée par la violence que nous avons pu recevoir. Peut-être avons-nous aussi fait violence. La rancœur peut s’insinuer dans notre vie. Envers mon mari, envers mon fils, même envers Dieu. Et nous devons avoir le courage d’admettre que nous-mêmes pouvons avoir de la rancœur envers le Seigneur : « Pourquoi as-tu permis tout ce qui m’est arrivé ? » ; « Pourquoi as-tu permis la maladie de ma femme, de mon mari, la mort, la souffrance ? » ; « Pourquoi as-tu permis ma vie ? ». Ce sont des questions réelles. Vous pouvez penser au Livre de Job, par exemple. Je ne peux pas répondre. Je dis seulement que ces questions sont sérieuses. Je crois que l’Écriture ne répond pas à ces questions comme nous le voulons, mais l’Écriture témoigne qu’Il nous a aimé comme nous sommes et là où nous sommes. Peut-être que maintenant nous portons sur nos épaules une vie normale ou une vie pleine de difficultés. Peut-être est-ce une vie proche ou dans l’Église ou au delà, en dehors de l’Église. Cela n’importe pas, le Seigneur nous a aimé comme nous sommes et là où nous sommes. Les problèmes, les difficultés, la faiblesse de notre vie restent. Mais ce que Jésus à dit à l’Apôtre Paul est vrai pour chacun de nous : « Ma grâce se montre parfaitement dans ta faiblesse. » Si vous me demandez : « Selon toi, où l’Apôtre Paul parle-t-il le plus parfaitement du Cœur du Sauveur, de la dévotion à son Cœur, de la spiritualité du Cœur du Sauveur ? » Je crois qu’il en parle bien dans l’Épître aux Galates, chapitre 2, verset 20 : « Ma vie présente dans la chair, j’ai la vie dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé, il s’est livré pour moi. » « Dans la chair… » : dans l’Écriture vous savez que « la chair est l’humaine faiblesse ». La chair ne signifie pas seulement le sexe, comme pour nous. La chair est l’humaine faiblesse dans toutes ses manifestations. Naturellement aussi l’affectivité, mais pas seulement. Nous vivons dans la chair. Pour vivre nous ne pouvons pas vivre en dehors, au delà de la chair. Nous sommes hommes de chair. Mais notre vie présente avec les difficultés, les espérances, les blessures, avec notre histoire qui nous conditionne, naturellement. Mais nous vivons dans la foi en le Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. Il m’a aimé. Notre solitude est habitée par Lui. Alors vous comprenez que seule la foi nous soutient. Nous ne voyons pas, sauf par moment… Nous avons aussi des moments de lumière. Je vous ai parlé de mes petits moments de lumière. Je suis sûr que vous aussi avez reçus, dans votre vie, des moments de lumière, comme les disciples d’Emmaüs. Mais ce sont seulement des moments. Quand nous le reconnaissons, il disparaît à notre vue. Mais reste l’expérience.

foi,sacré cœur,christianisme         À la lumière de cette expérience nous reconnaissons — saint Ignace dirait : « Nous discernons » — la présence de Dieu, même aujourd’hui quand je ne le vois pas. Quand il n’est pas présent à mes yeux. Mais je sais, car la foi est lumière dans mes ténèbres. Alors, ma solitude, mes blessures, ma faiblesse ne sont pas seulement le lieu de mon abandon, mais sont le lieu de sa Présence. Vous comprenez donc comme notre vie doit être soutenue, signée, marquée par la prière quotidienne. C’est-à-dire par l’écoute de chaque jour de la Parole du Seigneur. Car la foi naît dans l’écoute de la Parole de Dieu. Alors chaque jour, comme la Vierge Marie, écoutons la Parole de Dieu. Car la Parole est le premier don du Cœur du Sauveur. Le Cœur du Christ est la Parole dans laquelle toutes les paroles ne font qu’une. La Parole foncière. Toutes les paroles de l’Écriture, tous ces petits morceaux de cette grande mosaïque se fondent, peuvent se résumer en une seule parole : le Cœur du Sauveur. Notre faiblesse reste mais nous vivons dans la foi du Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. Il m’a aimé. Excusez-moi, mais nous n’avons pas eu besoin de sainte Marguerite-Marie (Alacoque) pour savoir qu’Il m’a aimé. « Regarde ce Cœur qui a tant aimé le monde ». La mystique confirme toujours l’Écriture sainte. Elle ne fait pas que confirmer l’Écriture. La mystique est l’expérience de l’Esprit qui accompagne la vie de l’Église à travers ses saints. Et Jésus donne sa Parole, à travers l’Esprit Saint, à ses témoins privilégiés que sont les saints comme sainte Marguerite-Marie. Mais la vérité qu’Il m’a aimé ne vient pas de Marguerite-Marie. Elle vient de l’Évangile. Il m’a aimé et s’est livré pour moi. C’est-à-dire…

foi,sacré cœur,christianisme         Peut-être que nous avons aussi péché dans notre vie, mais Il s’est laissé abandonner par nous. Nous pouvons être opprimé, oppressé par le souvenir de nos péchés. Mais regardez : le péché, le coup de lance qui a transpercé le Cœur du Seigneur, est devenu la clef pour ouvrir son Cœur. De mon point de vue, vous pouvez ici contempler la puissance, l’omnipotence et la générosité, la fidélité de Dieu qui a choisi non pas les bonnes œuvres, non pas les prières de quelques justes pour laisser ouvrir son Cœur, mais un coup de lance. C’est-à-dire le symbole de comment les hommes l’ont accueilli, Lui. Il est venu parmi les siens mais les siens ne l’ont pas accueilli. C’est Jean aussi qui dit aussi cela. Alors, il est vrai que pour le monde, pour l’Église aussi peut-être, pour moi aussi… il s’est laissé blesser par moi. Dans la liturgie de la messe de Pâque on chante : « Felix culpa », « bienheureuse faute ». Bienheureuses soient vos fautes car avec nos fautes nous avons ouvert le Cœur du Sauveur. Et cela est la fin du royaume du mal. Car Jésus a choisi les armes du mal pour détruire le mal lui-même. « Felix culpa quae talem et tantum meruit habere redemptorem », « Ô bienheureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur ». Il s’est consacré lui-même pour nous. Toute la vie de Jésus est résumée dans son Cœur. Toutes les pensées, toutes les forces, tout ce qu’il a dit, tout ce qu’il a fait, toute sa personne est résumée dans son Cœur. Il s’est lui-même consacré pour nous. Nous pouvons contempler dans l’Évangile de Jean, le chapitre 13, 14 : « Je me sanctifie pour eux ». S’Il s’est donné lui-même, s’Il nous a aimé le premier, nous pouvons nous donner à Lui, comme nous sommes et tout ce que nous sommes. Parce qu’Il a tout aimé de nous. Tout ! Cela est difficile à comprendre. Pascal dirait « le Dieu des philosophes et le Dieu de Jésus-Christ ». Le Dieu des philosophes, le Dieu des moralistes, par exemple, ne peut pas dire que Dieu a aimé mes péchés. Mais le Dieu de Jésus-Christ, oui. Car il a vu ma tristesse dans mes péchés. Ma solitude, ma désespérance. Ils m’ont abandonné, moi, Source de l’eau vive. Moi, je suis l’eau vive. Comme Il s’est consacré lui-même à nous, nous pouvons nous consacrer nous-mêmes à Lui. Nous consacrer nous-mêmes : ce n’est pas seulement la consécration des prêtres ou celles des religieuses dans les vœux religieux. Mais c’est la consécration du baptême. La consécration foncière de toute l’Église. Se consacrer à Lui est une réponse à Sa consécration. Nous allons répondre à son amour. Que pouvons-nous offrir ?

foi,sacré cœur,christianisme         Quand j’étais jeune, je croyais que je pouvais donner à Dieu juste mes bonnes œuvres, mes prières… toutes les choses bonnes que je pouvais faire. Et j’ai conçu (malheureusement…) ma vie spirituelle comme devant faire de bonnes œuvres, toujours, de plus en plus, jusqu’à n’avoir plus aucun péché, ou presque plus aucun. Paul dirait : « Tu cherches ta justification », c’est-à-dire ta juste relation avec Dieu, « par la Loi », car les œuvres sont prescrites par la Loi. Mais nous avons pu constater que c’est impossible. La Loi ne justifiera aucun de nous. Car nous tous, comme l’Apôtre Paul, disons de nous-mêmes : « Nous faisons beaucoup de choses que nous ne voulons pas faire en réalité, et nous ne pouvons pas faire beaucoup de choses que nous voulons faire. » Mais nous ne pouvons pas, nous sommes faibles. Alors, voyez ! Si la Foi peut nous ouvrir la porte de la réconciliation — et cela est la doctrine de Paul, c’est la doctrine chrétienne. Notre justification, notre juste relation avec Dieu est ouverte par Lui et non pas par moi. Il a détruit tous les obstacles, toute la distance que je prenais entre moi et Lui, il l’a couverte parce qu’il est venu vers moi. Non pas parce que je suis allé vers Lui. Mais Il est venu à moi. Il a donc aimé dans ma vie non pas seulement les bonnes choses : ma joie, mes bonnes œuvres, quand j’étais bien : c’est le Dieu des philosophes. Mais il m’a aimé, moi. Au delà de la Loi. Dans mes blessures, dans mes péchés, dans mes faiblesses. Je crois qu’Il demande aujourd’hui, à chacun de nous : « Donne-moi ta faiblesse. Donne-moi ce dont tu n’es pas fier. Donne-moi ta vie comme elle est. Donne-moi ta solitude, ta maladie, tes difficultés. Je ne promets pas que je vais résoudre tes problèmes. Mais je promets que je montrerai en toi — comme le mentionnera Paul — la grandeur de ma puissance. » Nous restons faibles. Nous restons pauvres. Car Dieu aime les pauvres afin qu’aucun de nous ne puisse s’enorgueillir devant Lui. Je veux dire simplement que notre force est notre faiblesse.

foi,sacré cœur,christianisme         Quand j’ai compris cela, ma vie spirituelle, ma vie chrétienne, ma vie comme prêtre s’est vraiment simplifiée. Et maintenant je n’ai plus peur. Peur de moi, peur de mes péchés, peur de mes difficultés. Je n’ai plus peur. Car j’ai compris qu’il m’aime comme je suis. Et tout ce qui m’est arrivé dans la vie, non seulement les dons reçus, et j’ai comme vous, reçu beaucoup de dons, mais aussi le mal. L’Épître aux Romains, chapitre ?, verset 28 : « Tout s’est passé par le bien de ceux qui aiment Dieu. » Et la force de l’Écriture est qu’elle dit : « Tout » ! Nous entendons normalement « tout le bien ». Mais il est écrit : « Tout » ! Nous pouvons relire notre vie avec ses défauts. Lis ta vie, même les pages plus obscures, en demandant : « Où es-tu, mon Dieu ? Où étais-tu, Cœur du Sauveur quand tu as permis cela pour le bien ? Étais-tu avec moi, même si je ne te voyais pas ? » Car nous sommes toute notre vie comme les disciples d’Emmaüs. Il est près de nous, il chemine avec nous, il parle avec nous, mais nos yeux sont incapables de le reconnaître. Mais il est là. Quelques fois nous le voyons. Il disparaît. Et nous pouvons retenir dans notre cœur cette expérience. Alors, se consacrer au Sacré Cœur signifie se donner soi-même. Voyez… Je croyais être très intelligent et avoir compris tout cela le premier — je suis très intelligent… je suis un jésuite (rire de l’assemblée). Mais en effet, une fois, en lisant une homélie de saint Basile le Grand : Le saint n’est pas celui qui donne à Dieu de bonnes choses, de nouvelles bonnes œuvres. Nous pouvons entendre la vie chrétienne comme étant de bonnes œuvres à faire. Nous pouvons prier le chapelet le premier vendredi du mois, et tous les jours… bien ! Nous pouvons aussi faire des œuvres par esprit d’obéissance qui n’est pas l’esprit de l’amour. Nous pouvons être observant de la Loi, mais la Loi peut être observée sans amour. Nous en avons malheureusement beaucoup d’exemples. Saint Basile le Grand dit : « Saint, n’est pas qui donne à Dieu de bonnes œuvres ». Multiplier les bonnes œuvres : l’exemple que je donnais de ma vie devant de plus en plus être remplie de bonnes œuvres. Ce n’est pas possible. À un certain point, la construction ne réagit plus. « Mais est saint, poursuit saint Basile le Grand, celui qui s’offre lui-même à Jésus-Christ. » Ce qui est beaucoup plus, vraiment plus que des œuvres. Et nous-mêmes, nous sommes aussi, et je crois surtout : nos ténèbres, nos faiblesses, notre ambiguïté, notre capacité à faire ce que nous comprenons être bon.

foi,sacré cœur,christianisme         Alors, pour résumer, la consécration au Cœur du Sauveur fleurit dans la Consécration même du Christ en nous. Il s’est sanctifié lui-même pour nous. Il s’est sanctifié lui-même pour nous quand il s’est livré à nous. Il s’est livré non pas il y a deux mille ans, aux Romains et aux Juifs dans l’Évangile. Il s’est livré à nous dans notre vie, dans ce que nous avons voulu faire de Lui. Et maintenant aussi, nous recevons l’eucharistie. Qu’allons-nous faire de Lui ? Nous ne le savons pas. Peut-être du bien, peut-être du mal. Il s’est livré à nous. Mais s’Il se livre à nous, Il se livre à nous comme nous sommes et là où nous sommes. Et tout obstacle est détruit par Lui. Je parle de la Grâce. Cela signifie simplement que de l’ancienne parole « grâce », nous avons reçu une nouvelle Grâce. C’est pourquoi nous pouvons nous donner nous-mêmes. La consécration au Cœur du Sauveur n’est pas un vœu religieux. C’est plus important, car les vœux religieux sont des spécificités de la seule consécration chrétienne, qu’est le baptême. Pauvreté, chasteté, obéissance… Nous incarnons, nous cherchons à incarner dans notre faiblesse la vie même de Jésus. Mais la racine, la source de tout cela est l’amour de Jésus qu’il a manifesté en nous. Alors nous voulons dire : « Seigneur, je te confie à toi seulement la confiance en Dieu ». Le Psaume 91, « Toi qui habites sous la protection de Dieu », dit « j’ai confiance en Toi. ». La confiance en Lui est la confiance qui a détruit tous les obstacles. Il n’est pas mon ennemi. Il n’est pas un étranger. Il n’est pas un maître. Il est un époux. Un Époux. La spiritualité du Cœur de Jésus montre la tête sur la poitrine de Jésus. Vous savez, c’est une citation implicite du Cantique des cantiques, au chapitre 8, verset 6 : « Pose-moi sur ton cœur. ». Le Cantique est l’amour nuptial. Le cœur de Jésus est un cœur d’époux. Et en fait Il a donné son corps pour nous. Et l’Époux est celui qui nous donne Son corps. Comme l’épouse est celle qui donne son corps à l’époux. Ainsi, Il me donne son corps dans l’Alliance du mariage — lisez le livre du prophète Osée, le chapitre 2, le 11 ; même Ézéchiel. Il m’a aimé de cette manière et alors je lui donne mon corps, ma chair. La vie présente dans ma chair je la vis dans la foi. Il m’a aimé. Il lui donne sa force qui peut ressusciter de la mort. Ma vie a besoin de son Esprit. « Recevez l’Esprit Saint. » L’Esprit Saint est le don du Cœur du Sauveur. L’Apôtre Jean, à la page de la Pâque : « Il donna (rendit) l’Esprit Saint. » Quand il mourut, il souffla son esprit. L’Esprit est le don du Cœur du Sauveur qui est devenu vide.

foi,sacré cœur,christianismePeut-être avez-vous (malheureusement, mais ce peut-être une expérience) été présent à la mort de quelqu’un. Je me souviens, par exemple, de la mort de ma mère. Quand elle mourut, le dernier : « HHHhhhh………… » (le père fait entendre le bruit de l’air sortant de la bouche) et vous comprenez que les poumons se vident. Notre corps devient comme un sac totalement vide. La kenosis (kénose) du Christ, c’est-à-dire son anéantissement. Le Cœur du Sauveur nous donne son Esprit, c’est-à-dire sa Vie. La vie du Chef, de la Tête du Corps ressuscité, est elle-même notre vie, nous qui sommes les cellules de son Corps.
 

foi,sacré cœur,christianisme         Aujourd’hui, l’Église célèbre saint Jean Eudes, un des saints qui a beaucoup aimé le Cœur du Sauveur. L’Église, dans la liturgie des heures à l’Office des lectures, offre une réflexion de saint Jean Eudes qui dit : Jésus est la Tête du Corps. Son Esprit se déploie dans tout son Corps. De même que son Esprit en tant que force de la Tête se déploie dans tout mon corps, la Force, l’Esprit du Corps du Seigneur se déploie en chacun de vous. Il est le don de l’Esprit. Et l’Esprit est Seigneur et donne la Vie. Nous pouvons offrir, c’est-à-dire Lui consacrer notre vie comme elle est ; ma famille comme elle est. Je veux souligner. Non une famille idéale. Mon histoire, comme elle est. Elle restera, mais ce qui va changer n’est pas l’expérience empirique extérieure de ma vie. Mais c’est moi qui vais changer. Car moi je suis déjà ressuscité avec Lui quand je reçois son Esprit. Et avec son Esprit la vie que je vis dans ma chair blessée, j’ai la vie dans Sa puissance. Et sa Puissance se montre à moi. C’est pourquoi nous pouvons pardonner à tous ceux qui nous ont blessé. Nous pouvons bénir tous ceux qui nous ont maudit. Nous pouvons donner notre corps, notre vie au service de l’Église et du Peuple de Dieu.

Merci…

 

Père Ottavio de Bertolis
Enseignement lors de la 4ème Session des Familles à Paray-le-Monial
Mercredi 20 août 2014
Retranscription réalisée depuis l’enregistrement de Gloria.TV
« Le cœur de Jésus par le Père Ottavio de Bertolis »
 


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