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31.05.2020

L'offrande – ou la vocation à s'altérer soi-même

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Le 16 mai dernier, jour de mon anniversaire de naissance, j’ai publié ce post (ci-dessous) faisant mémoire de la providence divine dans ma vie, de ma conception à ma naissance. Je m’arrêtai à l’allusion suivante : « Le 25 mai 1975, à un an et 9 jours, je fus baptisée. Cette année-là, ce dimanche était celui de la solennité de la Sainte Trinité. Mais, c’est là une autre histoire que je vous conterai à une autre occasion… »


Des baptêmes… Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit

Lettres à un ami fraternel.JPGC’est durant l’été 2019, à la lecture des lettres que Christian de Chergé adressait à celui qui fut son professeur d’islamologie au PISAI, à Rome, le Père Blanc Maurice Boormans, dans sa lettre du dimanche 25 mai 1975, que je découvris que ce dimanche-là, de mon baptême, était la solennité de la Sainte Trinité. Je lisais ces lettres au père Maurice Boormans suite à mes lectures concernant le prieur de Tibhirine et son expérience vécue du dialogue spirituel avec l’Islam. Dans ces différents ouvrages du père Christian Salenson (directeur de l’ISTR de Marseille), j’appris à connaître et à aimer la spiritualité de Christian de Chergé dans son ouverture au dialogue avec les musulmans. Je fus alors conduite tout naturellement à reconnaître la source de cet enjeu existentiel pour frère Christian. D’abord, dans son enfance algérienne, quand sa mère lui apprit le respect des musulmans qui priaient Dieu en se prosternant. Et plus tard, quand il fut tout jeune officier durant la guerre d’Algérie, il noua amitié avec Mohammed, un arabe musulman, père de dix enfants qui lui sauva la vie en le défendant devant l’agressivité de certains de ses frères musulmans. Mohammed, le lendemain de cette altercation, fut retrouvé égorgé près de son puits. Ce n’est que bien des années plus tard que Christian de Chergé commença à s’ouvrir de cet événement-source de son amour pour l’islam et de sa vocation à donner sa vie pour l’Algérie. Dans le sacrifice de sa vie de Mohammed, frère Christian y vit l’offrande du Christ lui-même, mort pour lui (frère Christian). Le meurtre de son ami musulman est en correspondance intime et profonde avec son propre travail au long cours d’offrande de lui-même réalisé au jour le jour, au sein de sa communauté monastique à Notre-Dame de l’Atlas, et en fraternité avec les habitants de Médéa et tous les algériens, qu’il manifeste de façon condensée dans le Testament spirituel qu’il rédigea entre le 1er décembre (fête du bx Charles de Foucauld) 1993 et le 1er janvier 1994 (je souligne ici en caractère gras), un peu plus de deux ans avant sa mort :

Christian de Chergé.JPG« S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ? Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes, laissées dans l'indifférence de l'anonymat.

Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J'aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m'aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C'est trop cher payer ce qu'on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam.

Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église. Précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : « Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l'Islam tels qu'Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion investis par le Don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences. (…) »

Dans la dernière phrase citée, frère Christian en appelle à la Sainte Trinité pour décrire la façon qu’a Dieu de regarder tous ses enfants les hommes, avec le même amour. Deux événements déclencheurs durant ces années noires en Algérie, correspondant aux deux dates mentionnées en fin du Testament, lui firent écrire ce texte d’une grande beauté spirituelle. En voici l’explication par le père trappiste Armand Veilleux (je souligne par les italiques) :

«  La première date (1er décembre 1993) correspond au moment où, après les attentats dans le métro de Paris et la prise d’otage des passagers d’un Airbus français qui s’était terminée dans le sang à l’aéroport de Marseille, le GIA (Groupe islamiste armé) demandait à tous les étrangers de quitter l’Algérie, les menaçant de mort. C’est le jour où Christian rédigea la première mouture de son Testament. Le texte reçut sa forme finale un mois plus tard (1er janvier 1994). Entre-temps, divers événements tragiques étaient survenus. D’abord douze ouvriers Croates chrétiens avaient été égorgés à Tamezguida, à quelques kilomètres du monastère et, durant la soirée du 24 décembre, six islamistes armés s’étaient présentés au monastère en présentant des requêtes et des exigences. Durant les jours suivants les moines avaient longuement réfléchi en communauté sur l’opportunité de rester ou de partir. Ils avaient finalement opté unanimement pour rester. (…)[i] »

Dans certains contextes, l’offrande de soi-même implique l’acceptation d’être confronté à la mort violente. C’est Dieu qui dispose du don que nous faisons de nous-même. Le choix des modalités ne nous appartient pas. Comme frère Christian avait ‘vu’ mourir ce père de famille musulman à sa place, en représailles pour l’avoir défendu la veille, le prieur de Tibhirine et ses frères ont acquiescé par avance à la probabilité de la mort violente.   « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître », avait prévenu Jésus avant sa Passion (Jn 13,16).

Mais pourquoi vous parlé-je de tout cela ? Le point de départ en était le jour de mon baptême, en la solennité de la Sainte Trinité, le 5 mai 1975, date dont la signification me fut révélée par une lettre de Christian de Chergé. J’ai été amenée à vous faire entrer dans l’acte d’offrande du bienheureux prieur de Tibhirine, d’abord manifesté dans son Testament spirituel « Quand un A-DIEU s’envisage », et qui se réalisa dans les faits par l’enlèvement des 7 moines de l’Atlas (25-26 mars 1996) puis leur assassinat, fin mai 1996. Martyre, baptême de sang, comme le Christ leur Maître. Offrande libre d’eux-mêmes dont ils avaient discernés ensemble la possibilité. Et c’est bien de l’offrande de soi dont je souhaite m’entretenir avec vous. De cette vocation-là. Bien sûr, il ne s’agit pas de comparaison, ici. Mais de communion des saints.

 

Dans la communion des saints

Logo Fraternités AdP.jpgCar, cette année 1994 fut pour moi marqué par le sceau de l’offrande. Ce sceau de l’offrande, manifesté dans une sculpture, marque ma vie actuelle et explique ma vocation à devenir moniale trappistine, d’une part ; et à poursuivre ma découverte et ma pratique du dialogue spirituel avec les soufis Naqshabandi, initié en région parisienne avec l’association Artisans de Paix, d’autre part. Christian de Chergé m’apparaît être la figure de sainteté que Dieu m’envoie pour ouvrir mon propre chemin, à sa suite. C’est dans un esprit de filiation spirituelle que j’évoque son expérience de vie et d’offrande.

Dans son livre intitulé Présences d’Évangile I – Lire les Évangiles et l’Apocalypse en Algérie et ailleurs, au premier chapitre L’Église « sacrement de la rencontre »… le théologien jésuite Christoph Theobald explique que

« tout homme est appelé à la sainteté, peu importe sa condition sociale, sa religion, etc. (…) En chaque être humain que nous rencontrons sommeille cette possibilité d’une démesure proprement divine, la capacité d’aimer, de se donner concrètement dans telle ou telle situation (comme le Samaritain) et de devenir absolument unique, « sacrement-personne en relation » pour celui qui est en face »[ii]. « L’invitation à « devenir saint comme lui… (le Christ Nda) » (Mt 5,48) n’est nullement un appel à l’héroïsme : paradoxalement, la « démesure de Dieu » est « à la mesure de chacun » ; elle rend chacun unique. (…) L’Esprit Saint conseille chacun le moment venu, sur ce qui est à sa mesure, mais sans jamais passer aussi par le conseil fraternel. Ce point est important à souligner parce qu’il est difficile de sortir du régime de la comparaison et d’accueillir, face à autrui, l’unicité de son propre chemin – l’unicité de l’itinéraire des moines de l’Atlas est à recevoir par chacun de nous dans cet Esprit qui dépasse toute comparaison. »[iii]

Armand Veilleux Béatificat° Oran 8-XII-2018.jpgC’est d’abord par les homélies du père Armand Veilleux que je fus amenée à acquérir (sans le lire encore) le Prier 15 jours avec Christian de Chergé, de Christian Salenson, en février 2018. Puis, lors de la rencontre de ce père trappiste – le moine Armand Veilleux est abbé émérite de l’abbaye Notre-Dame de Scourmont (Chimay), en Belgique -, présent toute l’année 2018 au siège de l’Alliance InterMonastère - au Conseil duquel il travaille comme représentant l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance -, au Prieuré Sainte-Bathilde de Vanves - que je fréquente quotidiennement pour les vêpres et la messe -, juste à son retour d’Oran, de la béatification de ses frères de Tibhirine (dont il était l’ami, en plus du visiteur canonique), nous prîmes rendez-vous pour nous rencontrer le lendemain, le 10 décembre 2018. Ce soir-là, je commençai le Prier 15 jours avec Christian de Chergé dont le 3ème jour me bouleversa, chapitre intitulé par Christian Salenson Chemin de croix :


Croix ND Dombes recadrée copie.jpg« Et si nous parlions de la croix ? me demandait récemment l’un de nos amis soufis (dans la voiture qui nous ramenait tous deux du Maroc où il avait voulu faire retraite auprès de nos frères de Fès). Si nous parlions de la croix ?

- Laquelle, lui demandai-je ?

- La croix de Jésus, évidemment.

- Oui, mais laquelle ? Quand tu regardes une image de Jésus en croix, combien vois-tu de croix ?

Il hésitait.

- Peut-être trois... sûrement deux. Il y a celle de devant et celle de derrière.

- Et quelle est celle qui vient de Dieu ?

- Celle de devant... disait-il.

- Et quelle est celle qui vient des hommes ?

- Celle de derrière...  

- Et quelle est la plus ancienne ?

- Celle de devant... C’est que les hommes n’ont pu inventer l’autre que parce que Dieu d’abord avait inventé la première.

- Et quel est le sens de cette croix de devant, de cet homme aux mains étendues ?

- Quand j’étends les bras, disait-il, c’est pour embrasser, c’est pour aimer.

- Et l’autre ? C’est l’instrument de l’amour travesti, défiguré, de la haine figeant dans la mort le geste de la vie.

L’ami soufi avait dit : « Peut-être trois ? » Cette troisième croix, n’était-ce pas moi, n’était-ce pas lui, dans cet effort qui nous portait, l’un et l’autre, à nous démarquer de la croix de « derrière », celle du mal et du péché, pour adhérer à celle de « devant », celle de l’amour vainqueur. »[iv] 

Saint Bernard, le réformateur cistercien et fondateur  de l'abbaye de Clairvaux, était aussi présent ce soir de la veille de ma première rencontre du père Armand Veilleux : par une image qui court de la fin du deuxième Sermon sur l’Avent et tout au long du troisième, où Bernard évoque la fleur qu’est Jésus, au bout de la tige qu’est Marie. Au fond, c’est le Christ Jésus qui est présent à toutes ces rencontres. Nous sommes compris dans un réseau qui n’est autre que la communion des saints, et nous sommes appelés à être « « sacrement-personne en relation » pour autrui », comme le dit Christoph Theobald.

la visitation,christian de chergé,christian salenson,foi,christianisme,islam,esprit saint,magnificat,sandrine treuillardAprès ma lecture du Prier 15 jours qui m’introduisit à la spiritualité du bienheureux prieur de Tibhirine, dont le dernier chapitre (15ème jour) développe le mystère de l’hospitalité réciproque et la figure de toute vraie rencontre qu’est la Visitation pour Christian de Chergé, j’ai reçu l’effusion de l’Esprit Saint, appelé aussi baptême dans l’Esprit. C’était le 16 février 2019, lors d’une retraite de guérison (anamnèse) organisée par la Communauté du Chemin Neuf, dans l’ancien couvent des dominicaines de Béthanie (le bienheureux Jean-Joseph Lataste en est le fondateur – et, dans la communion des saints, il participa à ma guérison lors de cette session), à Saint-Sulpice de Favières (Essonne). En recevant l’effusion de l’Esprit, un frère et deux sœurs (de la Communauté du Chemin Neuf) qui priaient sur nous (nous étions deux femmes à recevoir le baptême dans l’Esprit) eurent pour moi deux images, d’une part ; et d’autre part, de la Parole de Dieu, le début d’un psaume et un extrait d’Évangile. C’est cet Évangile en saint Luc, chapitre 1, versets 39 à 45, qui décrit l’épisode de la Visitation. Alors même que cet Évangile m’était lu, à la fin, l’autre partie des retraitants qui était rassemblée devant l’autel de la chapelle se mit à entonner : Magnificat… qui est la prière d’action de grâce qui traverse Marie aux versets suivants de l’Évangile qui m’était lu (Lc 1,46-55). J’étais moi-même au comble de la joie avec Marie à la Visitation exultant son Magnificat.

Avec l’effusion de l’Esprit reçu le 16 février 2019 et l’Évangile de Luc 1, 39-45, ma proximité avec le bienheureux Christian de Chergé fut scellée. Je ne cesse de m’identifier à la Vierge Marie qui reçoit grâce sur grâce de la part de Dieu. La grâce de Dieu qui forme en moi le Verbe, qui incarne en moi le Christ, par son Esprit saint qui nous visite en ces temps qui sont les derniers. La grâce de la Visitation c’est de vivre le Christ en soi, c’est de vivre du Christ et de le reconnaître en l’autre. Mais, au moment des rencontres vraies nous n’avons pas conscience de vivre cela. Nous sommes abandonnés dans la Visitation. Nous ne savons pas à cet instant t que c’est le Christ qui vit en nous. Si nous le savions, nous ne le vivrions pas. C’est cela qui est le secret de Dieu. C’est sa discrétion. C’est seulement ensuite, en relecture de notre vie, que nous pouvons authentifier la présence du Christ en telle ou telle rencontre. C’est par cette sorte d’innocence que la rencontre est vraie, authentique. Une forme d’humilité, de simplicité dans la rencontre, en même temps que ce don généreux de soi dans l’accueil de l’autre, mais à notre insu.[v]

L’Offerta
– de la vocation à s’altérer soi-même


Revenons-en à l’année 1994. J’avais 20 ans. Ayant terminée ma seconde année aux Beaux-Arts de Bourges, la Providence voulue que je sois invitée par la Commission Européenne pour l’Art et la Culture à représenter la France parmi des étudiants en art venus de différents pays d’Europe, pour réaliser une œuvre (picturale ou sculpturale) avec l’Academia di Belle Arti de Viterbo, donnant lieu à une exposition collective au Palais des Papes de Viterbo à l’issue d’un mois de visites des sites et monuments de la région, le Latium, à 80 km au nord de Rome. Par goût de la découverte, j’acceptai le défi. Pendant deux mois, à l’aide d’une méthode des années 50, je m’initiai à l’italien. On me paya tous les frais en échange de quoi je pris des photographies tout au long de ce mois d’août et fis un diaporama compte-rendu au Rotary-Club de Bourges qui co-finançait le projet. Je consultai un volume sur l’art étrusque, riche en photographies d’urnes cinéraires et de peintures murales des tombes, pour appréhender ce qui soutenait cette civilisation pré-romaine.

Cava Micci 1.JPGSur place, ce furent deux semaines intenses de visite s’étendant jusqu’au XXè siècle, en passant par l’amphi-théâtre étrusco-romain de Sutri, par le puits San Patrizio à double volutes d’escaliers, à Orvieto ; l’église baroque Santa Chiara de cette même ville ; les jardins baroques de Bomarzo ; le jardin renaissance virtuose en parcours d’eau et fontaines de Bagnaia ; la Villa Farnese à Caprarola dont l’architecture amorce le dessin des rues du village à ses pieds ; une nuit à la belle étoile au lac de Bolsena ; le bain thermal de Bagno Vignoni, de nuit aussi, dédié à sainte Catherine de Sienne (voir le film de Andreï Tarkovski Nostalghia, 1983) ; le lac de Vico ; Tarquinia, la ville étrusque ; Civita di Bagnoregio, une ville du moyen-âge dangereusement perchée sur un pic… jusqu’à la ‘cava di peperino grigio’, la carrière de la pierre ‘tendre’ volcanique locale que j’allais utiliser pour ma ‘sculpture’… à Soriano nel Cimino. Le Palais des Papes où nous allions faire l’exposition collective à la fin de ce mois d’août 1994 est en peperino grigio. Les fontaines indénombrables de Viterbo sont en peperino grigio. Les maisons. Les églises. Les bénitiers… Les énergies telluriques et volcaniques me traversèrent durant ce mois caniculaire. La langue italienne m’était familière. Je giflai un ‘garçon pur souche de Viterbo’ qui s’approcha trop près de moi dans une de ses rues. Et photographiai un groupe d’enfants qui acceptèrent de cesser leurs jeux le temps de la prise de vue.

L'Offerta recadrée.jpgPour accompagner le projet dessiné de ma sculpture, - dans le catalogue d’exposition qu’il fallait donner au bout des 15 premiers jours pour l’imprimer avant le vernissage -, je donnai un poème qui résumait bien mon expérience des lieux, traduit en italien, et dont je me souviens des derniers mots : « trasuderebbe le fontane liberate dagli Elfi » ; « les fontaines suinteraient libérées par les Elfes » dans lequel poème j’évoquai le culte de Mithra, la végétation pesante… Une atmosphère spirituelle, les énergies naturelles traversant toute chose là-bas. Ce que je savais du Palais des Papes, c’était la pièce dans laquelle j’allais installer ma sculpture. Je la choisis pour son volume presque carré. Je fis désobstruer la fenêtre qui rendait la pièce obscure. La lumière du soleil et le bruit de l’eau s’y engouffrèrent.

On installa la demi-vasque de pierre volcanique au sol, au pied de la fenêtre, au milieu de la pièce. Les lettres qu’on applique sur les pierres tombales sont bien lisibles sur le côté diamétral du demi-cercle de la vasque, comme sur un mur miniature, le titre de la sculpture : ‘L’offerta’ (L’offrande), MCMXCIV, 1994 en chiffres romains.  Sur le carton plume en demi-cercle au sol, complétant le cercle commencé par la demi-vasque, j’épinglai les longues feuilles de laurier rose ramassées au pied-même du Palazzo des Papi. Je mis de l’eau dans la demi-vasque. On monta sur un escabeau, au-dessus de ce petit plan d’eau pour fixer le fil de nylon, de manière à suspendre le citron desséché juste un peu au-dessus de la surface de l’eau. Le vent passant par la fenêtre pouvait légèrement le faire balancer…

La Conversation sacrée Piero della Francesca.JPGC’est dans une peinture de Piero della Francesca, La Conversation sacrée (La Vierge et l'Enfant entourés de saints et d'anges, 1472), que l’on voit un œuf suspendu au niveau du ligament élastique de la coquille Saint-Jacques (ligament qui permet l’articulation des deux coquilles quand la conque est complète). « L’œuf d'oie qui pend au plafond (et qui pointe vers le nombril de Jésus), est le symbole de la perfection ou de la naissance dans la tradition alchimique, des quatre éléments du Monde ou de la Création. Il est accroché à la conque signifiant la fécondité. Toutes les têtes des personnages saints sont sur un même axe horizontal (principe d’isocéphalie), celui-là même de l'horizon perspectif contenant le point de fuite central, confondu avec le regard de la Vierge. L'axe vertical (œuf-nombril du Christ) rééquilibre l'axe horizontal précédent » formant ainsi une croix virtuelle (source wikipédia).

Le lendemain matin de l’installation, quand je retournai auprès de la sculpture installée pour la photographier, quelle ne fut pas ma surprise horrifiée de constater ce que je pris d’abord pour du vandalisme… Me demandant bien qui pouvait m’en vouloir à ce point, ou en vouloir à ma sculpture… Quelle violence ! Les épingles que j’avais plantées à la verticale, dans le carton-plume traversant la fine chair des feuilles de laurier pour les mettre à plat, comme un tapis, ces épingles étaient toutes couchées, sens dessus-dessous… Je me demandais quel courage il fallait avoir eu pour marcher sur des épingles, car c’était dangereux… J’étais à genoux devant ce ‘spectacle’ observant ce chahut, penchée sur le phénomène… Et je compris. Relevant la tête, je compris. Une aile de papillon flottait sur l’eau de la demi-vasque. En une nuit, beaucoup d’eau s’était évaporée sous l’effet de la chaleur caniculaire de ce mois d’août. Pour les feuilles, c’est le même effet d’assèchement qui avait manifesté la force de rétractation du végétal : les feuilles elles-mêmes en se rétractant avaient couché, déplacé les épingles. Personnes n’avait marché dessus…

L'Offerta 1.jpgC’est alors que je compris la véritable nature de cette sculpture-installation. La lumière solaire pénétrant dans la pièce projetait, si je puis dire ainsi, son ‘ombre lumineuse’ sur la sculpture, comme l’ombre d’un cadran solaire, marquant le temps. Le vent et le son, venus de l’extérieur, animaient les éléments naturels constitutifs de la sculpture. L’eau s’évaporait. Les feuilles de lauriers se rétractaient et manifestaient la violence de la nature en couchant la multitude des épingles (élément ‘culturel’, fabriqué industriellement par l’homme). Cette sculpture-installation était en mouvement. C’est la transformation de la matière par la lumière, le vent, la chaleur qui provoquait ce mouvement, qui finalement, ne parle que du temps. Le temps qui passe. « Le temps est supérieur à l’espace » du Pape François dans La Joie de l’Évangile résume bien la nature de cette sculpture installée. Le processus du temps qui modifie les éléments et parle de leur interactions. L’offerta, l’offrande, devenait alors une sorte d’autel du temps. Une offrande en action ; une offrande vivante se donnant. Une offrande s’altérant. Cette sculpture décrit le processus de l’offrande, qui est tout autre chose qu’un objet mort et inanimé qu’on dépose dans le vide. Ces manifestations physiques renvoient à une manifestation métaphysique et spirituelle. Et même religieuse : une offrande est un don à quelqu’un, la manifestation d’une action de grâce au sein d’une relation. Toute la sculpture - qui s’étend à la pièce entière, comme une chambre lumineuse (en regard de la camera oscura, la chambre obscure en photographie) -, son processus de vie est lié au temps, grâce à la lumière solaire et à la chaleur qui interagissent avec l’eau et les feuilles, avec les volumes de la pierre excavée, le courant d’air avec le citron desséché suspendu. Bref, une sorte de cadran solaire qui en fait une sculpture du temps. Une photographie (écriture de la lumière) en mouvement. Le temps est supérieur à l’espace. Et le métaphysique est supérieur au physique. Avec L’offerta les phénomènes physiques renvoient à une seule et même réalité unique. Cette installation devenait le signe d’une réalité invisible. Réalité invisible qui se manifeste dans le temps et les éléments altérés par le temps qui passe en transformant le vivant. Révélation du processus de la vie dans cette boîte fermée - qu’était à l’origine cette pièce d’exposition - par la lumière qui y pénétrait et agissait sur cette sculpture L’offerta.

Lac de Vico.JPG
Lac de Vico

Dans cette période de ma vie (à 20 ans, je me croyais séparée de l’amour du Christ depuis 7 ans, et cela allait durer encore 14 ans, jusqu’en 2008), cette sculpture marque la découverte, ou plutôt la redécouverte autrement, en l’expérimentant à travers la création, d’un temps cultuel. L’évaporation de l’eau et la rétractation des feuilles étaient devenus comme une libation, un holocauste ; la fonction de l’encens qui s’élève des mains de l’homme vers Dieu « en offrande du sacrifice du soir » (office des vêpres, que je ne connaissais pas encore). Prémices de l’offrande de soi. Cette sculpture, à mon corps défendant, est devenue un rituel. Une prière vespérale (quand je l’installai  ̶  ce qui prit du temps tout en étant une occasion de silence et de solitude : le temps de planter les épingles dans la chair des feuilles oblongues pour les assembler comme un tapis). Ou des laudes (quand je vins la photographier). Cette sculpture, est, en fait, un autel. Cela se voit tout de suite. La fenêtre, avec sa tâche de lumière rectangulaire et trapézoïdale, a libéré tout le potentiel spirituel de la pièce quand je l’ai faite désobstruer. Par cette sculpture-installation, je recontactais le spirituel archaïque en acte. Le rituel des libations de l’Antiquité. Le sacrifice des holocaustes bibliques. Ce besoin de se donner à plus grand que soi par des voies symboliques, dans une liturgie. Cette sculpture était déjà une prière d’offrande de soi (eucharistie). Là, déposée-là. Offerte au temps. Au soleil, à la chaleur, au vent. S’évaporant. La pierre restant au sol comme un autel.

AphiThé Sutri 2.JPGAprès la première contrariété de ma croyance au vandalisme, découvrant la merveille sous mes yeux de la force de vie des éléments naturels, j’acceptai que la sculpture soit altérée. Qu’elle soit transformée, devenue autre. Et c’est cette acceptation, cette adhérence à l’altération de ma volonté  ̶  comme je ne l’avais pas voulue, cette altération n’étant pas une chose que j’avais prévue comme dans un scénario ̶ , qu’elle devenait offrande vraie, véridique. Dans la perte de ma propre volonté, dans le don de moi-même, elle devînt authentique. Par la violence des phénomènes naturels je compris que cette offrande me dépassait, que cette sculpture excédait ce que j’avais fait, pensé… qu’elle allait au-delà de ce que j’avais réalisé. J’étais dépossédée par mon ‘œuvre d’art’. Cette dépossession est la marque de la main de Dieu sur elle, en moi. Ce n’était plus/pas une simple œuvre d’art de mains et de pensées humaines. Le doigt de Dieu la transportait dans la dimension spirituelle que je n’avais qu’entrevue en la baptisant « L’offerta ». Dieu en fit un signe, une théophanie, un ‘sacrement de la vie’. Un sacrement de la prière, sur l’autel qu’est cette sorte de bénitier baptisé L’offrande. Processus de ces métamorphoses, transformations de la nature ‘eau’, ‘végétal’, par le souffle du vent. Et le souffle de l’Esprit qui se glisse dans les symboles hissa sans peine la sculpture de simple ‘œuvre d’art’ à un signe quasiment sacramentel, renvoyant à une réalité spirituelle que j’avais perçue durant cette expérience des lieux, des cultures et des époques de la région visitée. L’offerta était devenue une synthèse phénoménologique du spirituel éprouvé, expérimenté dans ma rencontre des lieux et des temps de la région, dans les énergies naturelles, telluriques, volcaniques, végétales, minérales et humaines. Comme à l’amphithéâtre étrusco-romain de Sutri où je perçus la présence passée de la foule des humains, dans ce lieu vaste et vide. Je percevais la présence d’une multitude humaine alors même que ce lieu était vide. 

Machina eucharistica

L'Offerta recadrée.jpgEt c’est bien à une autre Présence que cette sculpture installée dans cette pièce particulière du Palais des Papes de Viterbo renvoyait. Manifestation d’un don de soi à plus grand que soi, à l’Altérité absolue et fondatrice, créatrice et à l’origine de soi. Perception du religieux. Avec le regard de l’âme.

La grâce de l’altération, c’est de devenir un alter Christus. Machina eucharistica signifie ce devenir, ce processus (le temps est supérieur à l’espace du Pape François), cette transformation intérieure, diffusion en nous de l’Esprit du Christ qui nous eucharistie en Lui. Par la communion de toute notre vie à sa Personne, qui est trinitaire, nous devenons « sacrement-personne en relation », nous sommes un autre Christ. Nous prenons ses attitudes, ses gestes, ses pensées grâce à la vigilance intérieure qui nous garde en la présence christique. Nous adoptons alors, jour après jour, « une manière d’être avec autrui » qui est son mode d’être à Lui (« modus conversationis Christi » de saint Thomas d’Aquin)[vi].

Il y a 26 ans, j’avais 20 ans et voilà ce que me dit ce que je produisis alors, dépassée par l’œuvre que je réalisai. Cette année 1994 est aussi l’année où commencèrent les attentats en Algérie et l’assassinat des religieux chrétiens en Algérie. Christian de Chergé avait rédigé son testament spirituel et l’avait comme scellé, mis au secret, demandant à ce qu’on ne le découvre et ne le lise qu’à sa mort. Dans son Testament, il fait l’offrande de lui-même. La décision de s’offrir librement soi-même était posée, déposée dans ce texte le 1er janvier 1994. Son martyre fut consommé deux en plus tard, fin mai 1996.

Quand j’ai découvert, durant l’été 2019, que j’avais reçu le baptême le jour de la solennité de la Sainte Trinité, dans sa lettre du 25 mai 1975 à Maurice Boormans, j’ai su (de la science que donne l’Esprit Saint, le regard de connaissance de la foi), j’ai su que Christian de Chergé était dans ma vie comme un précurseur, comme s’il préparait le chemin que j’allais emprunter derrière lui, à sa suite, dans ma propre offrande de moi-même. C’était 25 ans après son testament spirituel, 25 ans après « L’offerta ». L’offerta était comme les prémices à mon désir, à ma vocation religieuse. Depuis que, par le père Armand Veilleux, j’ai découvert les écrits et la spiritualité de Christian de Chergé, je n’ai eu de cesse de percevoir sa présence providentielle, donnée par Dieu à moi, m’accompagnant sur mon chemin dans le dialogue avec les musulmans, mon désir de lire le Coran, d’une part, et dans l’appel à la vie trappistine, d’autre part.

De la violence – ou des personnes en relation sacramentelle

Christoph Theobald explique comment dans l’histoire de l’humanité et à travers les Écritures, nous rencontrons

« des personnes rendues capables de rayonner par leur simple présence parce qu’en elles, pensées (l’intériorité), paroles et actes concordent dans une sorte de simplicité de conscience que les Évangiles désignent par « le oui qui est oui » et « le non qui est non » (cf. Mt 5, 37 ; 2 Co 1, 17-20 ; Jc 5, 12).

On peut décrire cette même sainteté encore d’une autre manière en se référant à la célèbre règle d’or de Matthieu et Luc : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ! Voilà la loi et les prophètes » (Mt 7,12). Cette règle n’est pas propre au Nouveau Testament ; elle existe dans le judaïsme, dans la culture grecque, chinoise, etc., et, actuellement, elle est utilisée fréquemment dans les grands débats sur la justice et les droits de l’homme, vérifiant ainsi l’orientation universelle de l’Évangile. On peut en effet comprendre cette maxime comme simple indicateur de la réciprocité fondamentale qui régule nos relations humaines les plus élémentaires (…).

Mais discrètement la règle d’or fait appel à une attitude démesurée : la capacité de « se mettre à la place d’autrui » sans quitter sa propre place. La sainteté évangélique consiste précisément dans l’application démesurée de la règle d’or, toujours vécue dans telle ou telle situation concrète :

- Quand il s’agit de « se mettre à la place d’autrui » par sympathie et compassion actives : « Qui est mon prochain ?... Un homme descendit de Jérusalem… qui est mon prochain ? Celui dont je me rends proche » (cf. Lc 10, 25-37). Inversion excessive, nullement exigible mais proposée concrètement dans telle ou telle situation inattendue : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ».

- Quand il s’agit de se mettre à la place d’autrui, au point de prendre sur soi sa violence: « Si tu vas à l’autel et tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi… va d’abord te réconcilier avec lui… » (Mt 5, 23-24). C’est la même inversion (ou capacité de se mettre dans la peau d’autrui) qui conduit ici au courage messianique, nullement exigible, de s’exposer à la violence d’autrui. »[vii]

C’est par la violence de la nature  ̶  en réponse à ma volonté première de la contraindre : "crucifier" des feuilles fraîchement cueillies en les épinglant de force afin qu’elles s’aplatissent contre le carton-plume pour en faire un tapis !, avait été ma première violence… Égorger un chevreau en holocauste n’est cependant pas moins violent. Dans cette installation, je fis acte rituel renvoyant au culte biblique du Premier Testament. ̶  C’est par la violence de la nature que j’ai accepté de me déposséder, de me laisser déposséder moi-même par la sculpture-installation que j’avais réalisée.


AphiThé Sutri 1.JPGAllons plus loin… J’évoquais plus haut la foule invisible comme présence humaine appartenant au passé dans l’amphithéâtre étrusco-romain (IIè siècle avant J-C. - Ier siècle) de Sutri. Je perçus véritablement cette foule, à l’aide d’un sens spirituel. Comme si ce sens spirituel me connectait à la mémoire du lieu, contenue dans la pierre de tuf. Cette foule humaine appartenant au passé, je l’ai comme retranscrite dans le tapis des feuilles de laurier fixées une à une, se chevauchant les unes les autres, épinglées ensemble à plat, comme autant de martyrs de premiers chrétiens. L’idée d’holocauste et même de crucifixion était présente, suggérée dans cette foule muette de feuilles épinglées qui se rebellèrent sous l’effet de la chaleur en désordonnant les épingles. Les pierres crieront… (Lc 19,40) :

36 À mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. 37 Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus, 38 et ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » 39 Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples ! » 40 Mais il prit la parole en disant : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »

J’étais dépassée à plus d’un titre par cette sculpture bien vivante. Elle était devenue une sorte de sacrement, se référant à une réalité invisible plus grande qu’elle-même. Avec L’offerta, j’acceptai de m’offrir moi-même, manifestant mon plus grand désir, religieux. Et je ne le savais pas.

Le testament spirituel de Christian de Chergé est cet acte libre, de la part d’un homme mûr. Acte de remise confiante de soi à la providence divine, par amour. Conscient d’être chrétien, prêtre et moine, frère « priant parmi d’autres priants » en Algérie. Aujourd’hui, je suis consciente et libre d’offrir ma vie en union avec le Christ pour mes contemporains, sachant que d’autres m’ont précédée et préparent la voie que j’emprunte avec ce grand désir d’être offrande, de libérer les fontaines de grâces en moi, de porter du fruit pour les autres, avec les dons que Dieu a déposé en moi.


IMG-20200523-02257.jpgLe fruit actuel est la lecture du Qur’ân (le Coran), dans la version traduite en français de Maurice Gloton, conseil de lecture de Abd El Hafid Benchouk, le chargé de mission de la Fraternité islamique d’Artisans de Paix. Cette lecture spirituelle du Qur’ân, je l’entreprends à la suite de Christian de Chergé, dans un même esprit de communion spirituelle à une Parole divine révélée, mais dans un autre contexte fraternel : en France, avec des musulmans soufis français, et sans connaître la langue dans laquelle le Qur’ân a été révélé à Muhammad. Mon témoignage de cette expérience spirituelle aura sa propre valeur dans ce contexte et ne se compare pas à l’expérience jusqu’au témoignage du sang des 19 religieux béatifiés d’Algérie. Ce qui me conduit, c’est l’amour qui me fait désirer lire le Qur’ân et l’amour que je reçois faisant cette lecture. C’est sans doute ce même amour qui animait frère Christian pour l’Islam et l’Algérie, jusqu’au don de lui-même.

Dans L’offerta, les forces de la nature en puissance manifestent une force invisible et spirituelle que j’avais éprouvée intensément durant ce mois à la découverte des sites et du patrimoine culturel, religieux et naturel de la région. Je retrouve dans la forme de cette sculpture-installation le cercle et donc mon blason spirituel (dessiné 20 ans plus tard) et le logo d’Artisans de Paix (dessiné en 2018, 24 ans plus tard). C’est le cercle de l’Eucharistie. Offrande de soi. Action de grâce.

Blason spirituel.jpg

 

 

 

Sandrine Treuillard
Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie
En la fête de la Visitation et de la Pentecôte
Dimanche 31 mai 2020
Les Bleineries 18260 Sury-ès-Bois

 

 

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[i] Retrouvez l’ensemble de la conférence du père Armand Veilleux, moine trappiste et frère des moines de Tibhrine : La rencontre de l’Autre au cœur de la violence : Le message des sept moines de Tibhirine.

[ii] Christoph Theobald, Présences d’Évangile I – Lire les Évangiles et l’Apocalypse en Algérie et ailleurs, Les Éditions de l’Atelier/Les Éditions Ouvrières, Paris, 2011, premier chapitre L’Église « sacrement de la rencontre »…, L’appel universel à la sainteté, p.46.

[iii] Id. Santé et sainteté, pp.45-46.

[iv] Prier 15 jours avec Christian de Chergé - Prieur des moines de Tibhirine de Christian Salenson, éditions Nouvelle Cité, 2017.

[v] Note du 2 février 2020, 15h, en la fête de la Vie consacrée, Monastère de la Visitation, chambre Saint Jean, Paris 14ème, ajoutée au texte Esprit Saint en Visitation : Méditation sur la Visitation avec Christian de Chergé, du 30 avril-1er mai 2019. Ce texte est en correspondance avec le texte du Bx Christian de Chergé, extrait de la Retraite sur le Cantique des cantiques (présentée et commentée par Christian Salenson, éditions Nouvelle Cité, 2013) qu’il prêcha aux Petites sœurs de Jésus, à Mohammedia, au Maroc, en 1990. Je cite l’extrait de ce texte qui a été l’amorce du mien, avec « d’abord, c’est le secret de Dieu » :

              « Profiter de la fête de la Vierge pour revenir sur le mystère de la Visitation. Il est évident que ce mystère de la Visitation, nous devons le privilégier dans l’Église qui est nôtre. 

          J’imagine assez bien que nous sommes dans cette situation de Marie qui va voir sa cousine Élisabeth et qui porte en elle un secret vivant qui est encore celui que nous pouvons porter nous-mêmes, une Bonne Nouvelle vivante. Elle l’a reçue d’un ange. C’est son secret et c’est aussi le secret de Dieu. Et elle ne doit pas savoir comment s’y prendre pour livrer ce secret. Va-t-elle dire quelque chose à Élisabeth ? Peut-elle le dire ? Comment le dire ? Comment s’y prendre ? Faut-il le cacher ? Et pourtant, tout en elle déborde, mais elle ne sait pas.

                D’abord, c’est le secret de Dieu. (…) »

Voir aussi à ce sujet le texte de sœur Bénédicte Avon La visitation ou le mystère de la rencontre in Le Verbe s'est fait frère - Christian de Chergé et le dialogue islamo-chrétien, éditions Bayard (Spiritualité), 2010.   

[vi] Cf Christoph Theobald, Présences d’Évangile I –Lire les Évangiles et l’Apocalypse en Algérie et ailleurs, Les Éditions de l’Atelier/Les Éditions Ouvrières, Paris, 2011, troisième chapitre Présence, témoignage, mission, accompagnementDes différences théologiques, Présence et témoignage p. 102.

[vii] Id., premier chapitre L’Église « sacrement de la rencontre »…, Santé et sainteté, pp.44-45.


Retrouvez cet article sur la page enrichie :
Artisans de Paix - ou le désir de rencontrer l'(A)autre

21.05.2020

Rendue au Christ dans le Cœur de Jésus et le Pain rompu, par le Précurseur

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En ce Jeudi de l’Ascension, 21 mai 2020, je fais mémoire de ce qui s’est passé il y a un an, lors d’une messe à l’Abbaye de Sablonceaux.
L’événement spirituel expérimenté
in situ dans le chœur de l’église abbatiale de Sablonceaux, le jeudi 23 mai 2019, a été rappelé le 26 avril 2020, en plein jeûne eucharistique dû au confinement #Covid19, lors de la retransmission de l’Eucharistie en ligne, à l’abbaye Notre-Dame des Dombes, dans l’Ain, décrite dans mon texte précédent : Du jeûne eucharistique comme communion au sacrifice du Christ - Révélation d'une vocation.
Ces deux abbayes d’origine cistercienne sont aujourd’hui habitées et animées par la Communauté du Chemin Neuf.

Je dédie ce texte à sr Rita Kispal, ccn

Sandrine Treuillard


Cela fait un an que j’étais à l’Abbaye de Sablonceaux pour la première fois. Une semaine pour partager la vie de la Communauté du Chemin Neuf, à 20 km de Royan, en Charente-Maritime, Nouvelle-Aquitaine.


Le mercredi 22 mai 2019, avec sœur Rita, la maîtresse de maison, j’avais nettoyé l’église abbatiale pour y célébrer, le lendemain, les laudes et la première messe de la saison, après la période hivernale où l’église est glaciale. Ce fut aussi pour moi la découverte de l’église alors que j’étais là depuis le dimanche soir. Le mercredi, ç’avait été un bonheur de la préparer, passant l’aspirateur sur la moquette rouge au pied du tabernacle, rafraîchissant le bouquet, et échangeant avec Rita sur nos expériences respectives dans nos églises de village (elle en Hongrie), tout en balayant l’allée centrale de la nef. Pendant les laudes du jeudi dans cette petite chapelle sud, chapelle du Saint-Sacrement où la communauté s’est retrouvée, j’avais perçu pour la première fois nos voix réverbérer dans l’immense ventre de la nef, avec un pincement de joie au chœur (cœur !). Cette expérience de la psalmodie et du chant de louange dans l’église abbatiale me renvoya à l’église Saint-Martin de Sury-ès-Bois, dans ce village de mon enfance où j’avais eu mes premiers émois spirituels et la vocation à devenir l’épouse du Christ  ̶  ce que je pensais être déjà lors de ma première communion et profession de foi, en 1986, à 12 ans.


Chapiteau Sablonceaux.JPGPuis, ce jeudi matin du 23 mai 2019, ce fut le montage du chapiteau, la grande tente bleue pour la Pentecôte, amenée en camion par un autre frère du Chemin Neuf, Ladislas, de l’Abbaye Notre-Dame des Dombes (Ain). Près de 900 personnes se retrouveront sous ce chapiteau, autour de l’évêque, pour les confirmations du diocèse, alors qu’elle ne pouvait en contenir théoriquement que 600. 
̶ On avait alors élargi l’espace de la Tente en décrochant les jupes. ̶  Durant le montage de la tente ce jeudi 23 mai 2019  ̶  un travail collectif que je vécus avec bonheur  ̶ je m’étais retrouvée comme à tricoter à l’échelle de mon corps, passant les cordes dans les gros œillets, tirant, laçant, dans un mouvement des bras et des jambes, tractant, poussant du pied l’air s’accumulant entre les œillets tout en montant le long des deux pans de la toile imperméable du chapiteau ainsi reliés, que tous ensemble nous allions ensuite monter, dans l’après-midi. Á l’approche de midi, j’étais exténuée.

Choeur Sablonceaux.JPGAinsi vidée par un effort physique et collectif grisant, je me suis retrouvée assise dans l’église abbatiale pour la messe de midi. Le chœur et la nef sont baignés de la lumière zénithale. L’architecture cistercienne est un écrin au silence, à la paix. C’est lors de cette eucharistie, la première de la saison dans l’église abbatiale  ̶  et la première tout court pour moi, ici  ̶  qu’à l’élévation de l’hostie consacrée à l’Agnus Dei, la phrase de saint Jean Baptiste prononcée par le père Matthieu : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », l’hostie se superposa à la poitrine du Christ en Croix derrière le prêtre.

Blason spirituel.jpgL’union du Sacré Cœur et de la Sainte Eucharistie se produisit sous mes yeux et ce fut la confirmation fulgurante de mon union au Christ, par mon nouveau nom en Lui, qu’Il me donna en novembre 2014 (‘Jehanne de la Sainte Eucharistie’) ; et le 3ème dimanche du Carême, en mars 2015, dans ma lettre à Mgr Michel Dubost où j’esquissais en signature mon blason spirituel complet, après avoir évoqué le Sang jaillit de son Cœur à la Croix qui m’éclaboussa et me baptisa… ‘Sandrine du Sacré Cœur’ avec les trois gouttes de Sang perlant au bas du Cœur, arrosant la terre, la Croix comme un germe, rameau de Jessé jaillissant de ce Cœur fécondant la terre ; ou encore, Croix plantée dans le Cœur de Jésus telle une épée (Parole de Dieu, à double tranchant) ; et encore : lance du centurion qui révèle la pentecôte eucharistique à la mort du Christ. Dans cet instant de l’Agnus Dei, avec l’hostie présentée en hauteur au niveau du Cœur de Jésus en Croix par le célébrant, tout ceci y était présent, en condensé. Mes larmes jaillirent : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir » avec le geste de componction contre mon sternum, « mais dis seulement une parole et je serais guérie », les sanglots étranglant ma voix, aucun son ne put sortir. Á genoux, ne cessant de sentir les larmes sillonner mes joues de façon doucereuse, le visage baissé, Blanche entonna le chant de communion de la Communauté du Chemin Neuf : « Ô Jésus, que j’adore ». J’écoutais, ou plutôt j’étais traversée par l’écoute, ne cessant de pleurer, c’était mon adoration, et plus que cela : les paroles décrivaient ce qui se passait en moi, ou peut-être était-ce la Parole agissante, investissant toute l’acoustique de l’église cistercienne :


Ô Jésus que j’adore,

Tu t’offres à contempler,
Humble et douce présence,
Tu t’es fait pain et vin.
Ô ô Jésus, tu t’es fait pain et vin
Pour nos cœurs en errance.

Ô Jésus que j’adore,
Tu t’offres à nos désirs,
Vers toi courent nos âmes
En silence et en paix.
Ô ô Jésus, en silence et en paix
Pour l’humble face à face.

Ô Jésus que j’adore,
Tu t’offres à notre amour,
Dans l’invisible espace
De ton cœur transpercé.
Ô ô Jésus, de ton cœur transpercé
Où nos peines s’effacent.

C’est à cette troisième strophe « Ô Jésus que j’adore, tu t’offres à notre amour dans l’invisible espace de ton cœur transpercé » que mes larmes redoublèrent du bonheur de la communion au Christ, en ce moment-même. Et en ce ‘moment-source’ de mon identité spirituelle donnée de toute éternité, déjà donnée sensiblement et traduite en mon blason en novembre 2014 et mars 2015. « Ô ô Jésus, de ton cœur transpercé où nos peines s’effacent », j’étais comblée de bénédiction dans ce flot de larmes. Je ne pus chanter, les larmes avaient investi ma voix depuis l’Agnus Dei, suivant le cours de la rivière issie du Cœur de Jésus et du Pain rompu qui me traversait corps, cœur et âme.


Ô Jésus que j’adore,
Tu t’offres à notre temps,
Au lieu de notre angoisse,
Tu fermentes en nos vies.
Ô ô Jésus, tu fermentes en nos vies,
Préparant le partage.

Ô Jésus que j’adore,
Tu t’offres à nos douleurs,
Tu formes ton image
Tout au fond de nos cœurs.
Ô ô Jésus, tout au fond de nos cœurs,
Tu es notre victoire.

Clef de voûte chapelle st JB.JPGCe n’est qu’après, en juin et juillet, préparant la visite commentée de l’abbaye de Sablonceaux et la donnant effectivement en août 2019, à l’invitation expresse de Rita, la sœur maîtresse de maison, et de Cyrille, le frère responsable de la communauté, que je découvris et fis le lien entre le moment décrit du jeudi 23 mai 2019 à l’Eucharistie, et le saint Patron de la chapelle du Saint Sacrement : saint Jean Baptiste. Le médaillon de la clef de voûte de cette chapelle représente la parole de Jean le Baptiste désignant Jésus le Christ à ses disciples : ‘Ecce Agnus Dei’, ‘Voici l’Agneau de Dieu’, portant un agneau entre ses bras comme serti dans une mandorle.

Enfin, c’est un mois plus tard, le 24 juin 2019, jour de la nativité de saint Jean Baptiste, le ‘Noël d’été’, préparant cette visite commentée de l’abbaye de Sablonceaux, que j’obtins le jugement du Tribunal ecclésiastique de Paris reconnaissant la nullité du sacrement du mariage, contracté dix ans plus tôt avec mon ex-mari. Sous le signe de la naissance de saint Jean Baptiste, précurseur du Christ qui désigna une première fois Jésus depuis les entrailles de sa mère, lors de la Visitation de Marie à sa cousine Élisabeth ; sous le signe de Jean-Baptiste désignant toujours l’Agneau de Dieu, je fus ainsi rendue vierge au Christ, pour le Christ. Rendue au Christ.          (10h29)

Blason spirituel.jpg


Sandrine Treuillard

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie
Jeudi de l’Ascension, 21 mai 2020
Les Bleineries 18260 Sury-ès-Bois

 

 

 




Illustrations
:
- Photographie du chapiteau devant le clocher de l'Abbaye Notre-Dame de Sablonceaux : Sandrine Treuillard
- Chœur de l'église abbatiale Notre-Dame de Sablonceaux : arrêt sur image de la vidéo plus haut : Drône océan.
- Dessin de la clef de voûte de la chapelle saint Jean Baptiste : tiré de l'ouvrage « L'Église abbatiale de Sablonceaux (Charente-Inferieure) », Congrès archéologique de France, LXXIXe session tenue à Angoulême en 1912, Paris / Caen, A. Picard / H. Delesques, (vol. 79-II,‎ p. 287-303) de Eugène Lefèvre-Pontalis, en ligne sur Bibliothèque Nationale de France, Gallica, p.296.
- Dessin du blason spirituel : Sandrine Treuillard

16.05.2020

Comme les frères d'une même famille (La ronde d'amour) - S. Pachôme - Homélie du p. Armand Veilleux, ocso

De saint Pachôme à saint Benoît - La ronde d'amour[i]
- Île Saint-Pardoux - 15 mai 2020
- Á Armand Veilleux, ocso

Homélie pour le 15 mai 2020 – 5è vendredi du Temps pascal

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15 mai 2020 – Mémoire de saint Pachôme
Actes 15, 22-31 ; Jean 15, 12-17

IMG-20200515-02097.jpgNous fêtons aujourd’hui la mémoire de saint Pachôme, un saint qui m’est particulièrement cher, et qui est connu comme le père du cénobitisme chrétien, c’est-à-dire de la vie monastique vécue en communauté. Si nous avions voulu choisir des lectures propres pour cette mémoire de saint Pachôme, il aurait été difficile d’en trouver de plus adaptées que celles que nous offre aujourd’hui le lectionnaire férial pour le vendredi de la 5ème semaine de Pâques.

L’Évangile est en effet tiré du chapitre 15 de saint Jean et nous rapporte les paroles de Jésus à ses disciples au cours de son dernier repas avec eux : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ». Dieu est amour. L’essence de notre vie chrétienne et monastique est donc aussi l’amour. Et l’essence de notre vie communautaire est l’amour fraternel.

IMG-20200515-02116.jpgIl ne s’agit pas toutefois d’un vague sentiment d’affectivité. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », dit Jésus. Et il explique tout de suite le sens de ce « comme je vous ai aimés », en disant : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Et c’est après avoir expliqué cette exigence de l’amour qu’il répète : « Le commandement que je vous donne, c’est de vous aimer les uns les autres ». Il s’agit donc d’un amour fraternel qui s’exprime à travers le renoncement de chacun à ses intérêts personnels, pour travailler au bien de chacun de ses frères.

IMG-20200515-02132.jpgJésus insiste en disant : « Je ne vous appelle pas mes serviteurs, mais bien mes amis ». En cela il nous indique le vrai sens de l’amitié au sein d’une communauté cénobitique. Nous ne sommes pas des copains qui ont choisi la même vocation parce qu’ils avaient les mêmes goûts. Nous sommes des personnes différentes les unes des autres que Dieu a appelées à former une communauté pour incarner dans cette communauté le mystère de son propre amour. C’est son amour pour nous qui est le lien de notre amitié.

IMG-20200515-02149.jpgLa première lecture de l’eucharistie d’aujourd’hui est aussi révélatrice. Il s’agit de la conclusion du Concile de Jérusalem, qui fut réuni pour trouver une solution à un conflit qui était né au sein de l’Église primitive, y compris entre ceux qui en étaient les responsables. La solution trouvée implique un grand respect des sensibilités différentes, spécialement entre les Chrétiens convertis du paganisme et ceux convertis du judaïsme, en même temps que la volonté de ne rien imposer aux uns ou aux autres qui ne soit vraiment nécessaire. L’harmonie de la vie communautaire au sein d’une communauté comme les nôtres exige un tel respect et une telle souplesse. C’est la seule façon de vivre sainement les tensions qui ne manquent pas de se manifester au sein de n’importe quelle communauté normale, tout comme dans la communauté primitive de Jérusalem et d’Antioche.

IMG-20200515-02143.jpgC’est ce que dit fort bien, saint Benoît, disciple spirituel de saint Pachôme, paraphrasant d’ailleurs saint Paul, à la fin de son beau chapitre 72 de la Règle sur le bon zèle :

« Ils supporteront avec une très grande patience les faiblesses des autres, celles du corps et celles du caractère. Ils s'obéiront mutuellement de tout leur cœur. Personne ne cherchera son intérêt à lui, mais plutôt celui des autres. Ils auront entre eux un amour sans égoïsme, comme les frères d'une même famille. Ils respecteront Dieu avec amour. Ils auront pour leur abbé un amour humble et sincère. Ils ne préféreront absolument rien au Christ. Qu'il nous conduise tous ensemble à la vie avec lui pour toujours ! »


Armand Veilleux

Moine trappiste à l'abbaye Notre-Dame de Scourmont, Chimay (Belgique)
Ses homélies en ligne

 

L'Esprit Saint et l'Épouse fidèle - Ronde d'amour
- Île Saint-Pardoux - 15 mai 2020

 

Toutes les photographies et vidéographies sont de Sandrine Treuillard.

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[i] Une ronde d’amour *

« Jésus invite à entrer dans une merveilleuse aventure où le verbe « aimer » se conjugue sous toutes ses formes. Une véritable ronde d’amour : aimer, âtre aimé, s’aimer les uns les autres.

Comment y entrer ? Est-il ardu, ce commandement nouveau ? L’étonnant, c’est qu’il ne nous appartient pas d’y entrer. C’est Jésus qui vient à notre rencontre, qui se fait le mendiant de notre amour. Saint Jean est explicite à ce sujet : En ceci consiste l’amour de Dieu, non pas que nous aimions Dieu, mais que lui nous ait aimé le premier. (1 Jn 4,10)

Cette ronde de l’amour ne prendra jamais fin. Le Père aussi y entre, car « celui qui m’aime, assure Jésus, mon Père l’aimera et je me manifesterai à lui. » Ce dévoilement final de Jésus intégral est la seule chose qui nous manque encore ici-bas. Nous aimons Jésus, mais sans le voir encore. Joie et souffrance en même temps. De temps à autre, une liturgie, ou un visage, ou la splendeur spirituelle d’une icône, soulève un coin du voile, jusqu’à nous faire pleurer de tendresse, et jusqu’à souhaiter de voir se déchirer sans trop tarder le voile qui empêche encore la rencontre pour connaître enfin tout l’amour dont il nous aime. »

André Louf

in Heureuse faiblesse,
homélies pour les dimanches de l’année A
Paris, DDB, 1998, p. 101-102.

Dom André Louf (†2010) a été abbé du Mont-des-Cats
pendant trente-cinq ans avant de vivre en ermite jusqu’à la fin de ses jours.

*Titre et source : Revue Magnificat

10.05.2020

Les nombreuses demeures dans la maison de Dieu - Homélie Armand Veilleux - 8 mai 2020 - Martyrs d'Algérie

Les nombreuses demeures dans la maison de Dieu
- Homélie du père Armand Veilleux
- 8 mai 2020 - Martyrs d'Algérie


Homélie pour vendredi de la 4ème semaine de Pâques, 2020

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8 mai 2020, vendredi de la 4ème semaine de Pâques
Actes 13:26-33 ; Jean 14:1-6

IMG-20200509-01898.jpgThomas est un personnage vraiment intéressant. Il n'hésite jamais à intervenir même avec des questions qui n'ont rien de diplomatique. Lorsque Jésus dit aux Apôtres qu'il va leur préparer une place près de son Père et qu'il reviendra les prendre avec lui, Thomas objecte : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » Et comme à chacune de ses interventions, Jésus le prend au sérieux et non seulement lui donne une réponse, mais lui fait une révélation importante : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi. »

Logo Fraternités AdP.jpgCe qui est propre au christianisme ce n’est pas d’être une religion, ni même la seule vraie religion. Vatican II a reconnu dans les grandes religions de l'humanité des voies de salut pour les personnes cherchant sincèrement Dieu. Ce qui est propre au christianisme c'est d'être la foi en la personne de Jésus de Nazareth – une foi qui reconnaît explicitement en Lui le Chemin vers le Père. Notre foi chrétienne n'est pas simplement une foi générale en Dieu, créateur de l’Univers ; elle est une relation personnelle et aimante avec Jésus, reconnu explicitement comme la Voie qui mène au Père, comme la Vérité tout entière et comme la source et la plénitude de la Vie.


IMG-20200508-01858.jpgJésus nous a appelés, chacun de nous par notre nom. Il a avec chacun de nous une relation particulière. Dieu nous a tous faits différents les uns des autres et il est le premier à respecter cette différence. C'est pourquoi il y a, nous révèle Jésus, de nombreuses demeures dans la maison de son Père. En réalité il y a autant de demeures que de personnes appelées au salut ; et tous les humains sont appelés.

Le Fils de Dieu s'est fait l'un d'entre nous. Il est mort et il est ressuscité et il est allé nous préparer à chacun et chacune d'entre nous une place auprès de son Père. Comme le dit Paul aux Juifs dans la synagogue d'Antioche de Pisidie, « la promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie en notre faveur à nous, leurs enfants : il a ressuscité Jésus » (première lecture). Paul affirme donc explicitement et clairement que c'est "en notre faveur" que le Père a ressuscité Jésus. Célébrons donc cette Eucharistie dans la joie pascale et l'action de grâce.

Aux 7 bienheureux martyrs de Tibhirine moines cisterciens trappistes 8 mai 2020.jpgEt n’oublions pas que nous célébrons aujourd’hui la mémoire de nos frères de Tibhirine, déclarés bienheureux par le pape François, le 8 décembre 2018, en même temps que douze autres témoins de l’Évangile qui ont donné leur vie en Algérie et pour l’Algérie.

Armand Veilleux
Moine trappiste, Abbaye Notre-Dame
de Scourmont, Chimay (Belgique)
Ses homélies en ligne



Aux 7 bienheureux martyrs de Tibhirine - 8 mai 2020
- Premiers iris sauvages - Île Saint-Pardoux

 

Photographies et vidéos de Sandrine Treuillard

 

 

 

05.05.2020

Du jeûne eucharistique comme communion au sacrifice du Christ - Révélation d'une vocation

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Quand il ouvrit le septième sceau,
il y eut dans le ciel un silence d'environ une demi-heure.

Livre de l’Apocalypse 8,1

Ceci est mon Corps 26 mars ND des Dombes recadrée.jpgDimanche 26 avril 2020

En ce 26 avril 2020, en plein confinement #Covid19 et connectée à internet, lors de la messe du 3ème dimanche de Pâques célébrée à l’Abbaye Notre-Dame des Dombes[i] par la Communauté du Chemin Neuf, à la consécration du Pain  ̶  "Ceci est mon corps livré pour vous"  ̶  et du Vin  ̶  "Ceci est mon sang livré pour vous" ̶ , quand le prêtre a élevé l’hostie, puis la coupe, mes larmes ont jailli. Pendant l'épiclèse[ii], l'hostie du Pain consacré, puis la coupe du Vin consacré se sont trouvées superposées au Corps du Christ en Croix, à l’endroit même de son Cœur  ̶  et par deux fois, mes larmes ont jailli.

Plus tard dans la célébration, au moment de la communion à la Table eucharistique, le prêtre a lu la prière de la communion spirituelle composée par la Communauté du Chemin Neuf. J’étais en pleine désolation d’être séparée de la Table eucharistique, de ne pouvoir communier à son Corps et à son Sang, suspendue devant la poitrine christique, le visage en larmes. L’hymne "Lumière enfouie", la 3ème strophe, exprime tout à fait mon sentiment, également dans le ton chanté :

« Victime offerte à mes bourreaux,
Mon corps n'est plus rien que blessure !
Vous n'aurez plus besoin de lune ou de soleil,
Agneau de Dieu, je suis votre flambeau ;
Moi seul peux vous combler de joie,
Ma Joie qui s'ouvre aux cieux nouveaux,
Puisqu'au calvaire on me torture. »

Le Christ parle de la joie qui viendra nous combler, au futur.

Crucifix église lumière vitraux.jpegEn ce 3ème dimanche de Pâques, dans la communion spirituelle à son Eucharistie, je suis entrée dans la blessure du Côté du Christ en Croix, et ce dès les paroles de consécration des saintes Espèces par le prêtre. J'y demeure et y suis triste. Mon âme est triste, réfugiée en son Sacré Cœur comme en le jardin de Gethsémani, la nuit où Il entra en sa Passion : Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses. Il leur dit alors : Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici, et veillez avec moi. Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux (Mat. 26, 37-39).

C'est aussi le moment sur la Croix du "J'ai soif" qui s'éternise. Á ce désir douloureux, m’est présentée la communion spirituelle, comme on présenta l’éponge gonflée de vinaigre aux lèvres de Jésus assoiffé.

Je pense que le Seigneur veut que je vive cela, à la mesure de mes forces, en union avec Lui, pour que j’éprouve le manque réel et manifeste de la communion eucharistique sacramentelle.


Voici, je me tiens à la porte, et je frappe.
Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte,
j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi.

Livre de l’Apocalypse 3, 20

Prière de communion spirituelle ND des Dombes 26 mars recadrée.jpgLundi 27 avril 2020

Je n'éprouve pas ce manque de Jésus Eucharistie seulement pour moi-même, mais, comme membre du Corps du Christ ; c'est comme si je devais souffrir cela au nom de tous ceux qui sont actuellement séparés de la Table eucharistique. Je prends donc cette privation de la communion eucharistique comme un sacrifice incarné dans ma chair, incarné dans mon désir blessé de la communion sacramentelle. Désir qui s’étend à toute la communauté chrétienne vivant cette même séparation de la Table eucharistique. Cette privation, ce jeûne eucharistique devient sacrifice eucharistique spirituel. C’est l’offrande de moi-même, de mon désir de communier au Verbe fait chair dans l’Eucharistie (Eucharistie à la fois comme Célébration – action de grâce – et Communion – mangeant le Pain, buvant le Vin – et en commune aspiration autour du Christ avec toute la communauté chrétienne) qui devient sacrifice eucharistique spirituel dans l’acquiescement à ce jeûne offert en communion avec tous les autres chrétiens qui en souffrent aussi. Et offert librement, en communion spirituelle avec le sacrifice du Christ en sa Passion.

IMG-20200416-01501.jpgJe pense le vivre de façon œcuménique, pour l’Unité de tous les chrétiens, même si je suis d’obédience catholique. La dimension communautaire de l’Eucharistie retrouve toute sa nécessité et tout son sens dans ce jeûne imposé. Il est bon que nous en souffrions. Il est sain que nous en souffrions pour contacter à nouveau et de façon plus aiguë, plus profonde, l’essence du Mystère de l’Eucharistie du Seigneur Jésus Christ. Je pressens que le fruit de ce jeûne eucharistique communautaire de tous les chrétiens, dû au confinement #Covid19, nous pousse à contempler le mystère de l’Unité à la Table du Christ. Par la séparation de nos communautés habituelles, nous sommes en quelque sorte rassemblés plus radicalement autour du Christ lui-même, au-delà et au-dessus de nos obédiences. L’essentiel, c’est le Christ lui-même, et que nous soyons autour de Lui, et pas la particularité de nos rites, dans nos églises respectives. Cela nous pousse à devenir une nouvelle Église primitive.

Bande verticale fleurs.jpgJe souhaite vous faire remonter à l’expérience de communion de ce que je viens d’écrire. Le samedi 18 avril, la veille du second Dimanche de Pâques, le pasteur Alain Joly – chargé de mission de la Fraternité eucharistique luthérienne d’Artisans de Paix – a transmis un message aux deux paroisses où s’exerce son ministère, que la présidente de l’association Artisans de Paix, Paula Kasparian, nous a transmis et que je lus. Ce message, je l’ai pris comme m’étant aussi adressé (les caractères gras sont de l’auteur) :

« Chers amis,

En cette veille du deuxième dimanche de Pâques, Quasimodo geniti,
mes pensées vont particulièrement aux deux églises luthériennes,
où nous aurions pu nous retrouver, comme prévu avant la crise,
pour célébrer le Service divin et la sainte Communion.

Á vous, chers paroissiens de Saint-Luc de Vanves, et de La Rédemption,
et chers fidèles qui aimez à vous y associer,
que soit donnée d'accueillir la Paix qui vient de Dieu par Jésus-Christ ! 

En effet, le Prince de la Paix visite les disciples réunis le soir, une semaine après sa Résurrection, et c'est ce qui fait notre Joie, présente et à venir.

Si vous le voulez et le pouvez, soyons unis dans l'esprit, à 18 h 30, demain dimanche 19 avril, 
pour lire l’Évangile de saint Jean, chapitre 20, versets 19 à 31,
penser les uns aux autres, en nous nommant dans l'intercession,
et avoir confiance que Dieu exauce ce que nous lui demandons dans la Prière du Seigneur.

Bande verticale fleurs.jpgOn pourra chanter l'un des chorals de Martin Luther pour la circonstance,
Christ lag in Todesbanden, ou Nun freut euch, lieben Christen gemein, ou Christ ist
erstanden, dont des versions françaises se trouvent dans nos recueils de cantiques.

Ce dimanche,
je ne célébrerai pas la sainte communion, seul, chez moi,
comme je l'ai fait les dimanches précédents, en vous demandant de vous y unir par l'esprit.

La grâce de mon ministère doit aussi demeurer une ouverture à ce que vous vivez :
je veux vivre avec vous le jeûne eucharistique,
en creusant le désir d'être à nouveau accueillis ensemble à l'Autel du Seigneur.

Fidèlement,
pasteur Alain Joly

Paris, le 18 avril 2020 »

Je lus ce message du pasteur le dimanche 19 avril, 3ème de Pâques, jour-même du jeûne eucharistique qu’il décida pour lui-même afin d’être en communion avec ses paroissiens. Dimanche de la Divine Miséricorde pour les catholiques. Je lui répondis aussitôt ceci :

« Cher pasteur Alain,

Votre mot adressé aux luthériens que Paula nous a partagé me touche infiniment. C'est votre jeûne eucharistique qui me touche et rejoint le mien en pleine force. Abondance de grâce de communion spirituelle à vous lire. »

 

Je vis un autre ange qui tenait le sceau du Dieu vivant et il dit :
Ne faites point de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres,
jusqu'à ce que nous ayons marqué du sceau
le front des serviteurs de notre Dieu.

Livre de l’Apocalypse 7, 2-3

IMG-20200416-01450.jpgEn effet, pour les catholiques, le 2ème Dimanche de Pâques est devenu une fête instaurée par saint Jean-Paul II sous l’inspiration de sainte Faustine Kowalska (fête célébrée le 22 avril 2001 pour la première fois par les catholiques du monde entier) : la Divine Miséricorde. Avec les luthériens, nous partageons le même Évangile de Jean 20, 19-31. C’est le même Mystère célébré dans ce dimanche de la fête Quasimodo geniti[iii]. Les catholiques l’approfondissent dans la suite du mystère du Sacré Cœur (révélations de Jésus Christ à sainte Marguerite-Marie Alacoque, à Paray-le-Monial, dans la seconde moitié du XVIIème siècle), source de la Miséricorde divine (révélations de Jésus à sainte Faustine, en Pologne, dans les années 30 du XXème siècle, relatées dans son Petit Journal, § 699). C’est ainsi que pour les catholiques :

- quand le Christ institue l’Eucharistie le Jeudi saint, avec le disciple bien-aimé qui se penche sur sa poitrine ;

- quand le Christ expire sur la croix remettant son Esprit entre les mains du Père, et quand son flanc transpercé laisse jaillir le Sang et l’Eau de son Cœur ;

- enfin, quand il apparaît après sa Résurrection au Cénacle à ses disciples, leur donnant la Paix, soufflant l’Esprit sur eux, et leur montrant ses plaies de crucifié ;

ces trois moments sont reliés par le même Mystère de l’Amour de Dieu pour ses enfants : Mystère de l’Eucharistie, du don de Dieu en le sacrifice de Jésus Christ, de la Rédemption, de la Divine Miséricorde, du don de l’Esprit Saint. Le mystère du Sacré Cœur est intimement lié et inséparable de l’Eucharistie (je vous invite à lire à ce sujet, de Marguerite-Marie Alacoque, un extrait de son journal lors d’une Retraite de 1684).

IMG-20200422-01696.jpgRien d’étonnant, alors, peut-être en conviendrez-vous avec moi, que quand l’une manque (l’Eucharistie) on se réfugie dans l’autre (le Cœur de Jésus). Que quand la communion sacramentelle (donc physique) au Corps et au Sang du Christ dans les saintes espèces consacrées manque, on se réfugie dans le Sacré Cœur de Jésus. Cœur de Jésus du Jeudi saint (le disciple bien-aimé qui penche sa tête sur la poitrine de Jésus), et du Vendredi saint (ayant expiré en Croix, son Côté transpercé laisse jaillir le sang et l’eau et donc l’Esprit Saint), avant sa Résurrection  ̶  puisqu’au cours de la célébration de la messe nous faisons mémoire de la Passion du Christ depuis l’institution de l’Eucharistie (Jeudi saint) ; nous traversons sa Croix (Vendredi saint) et sommes emmenés au-delà, jusqu’à sa Résurrection et à l’inhabitation du Christ en nous lors de la communion sacramentelle (dimanche de Pâques). La privation de l’incorporation du Corps du Christ (communion sacramentelle) engendre une douleur dans l’âme qui se réfugie alors dans la plaie de son Cœur à la Croix. La douleur brute de la privation se mue alors, dans le temps, en blessure doucereuse (communion spirituelle) : la lumière du Christ nous visite.

IMG-20200416-01431.jpgTrois jours après le 2ème dimanche de Pâques Quasimodo / Miséricorde Divine, nous poursuivions la lecture des Actes des Apôtres où l’ange, après avoir délivré Pierre et Jean de la prison, se donne la peine de refermer les portes après les avoir laissé sortir. Avec les visites du Ressuscité aux disciples confinés au cénacle, dans la chambre haute (Évangile de Jean du 2ème dimanche de Pâques Quasimodo), qui Lui, se trouve au milieu d’eux sans avoir ouvert aucune porte, le père trappiste Armand Veilleux a écrit une homélie sur Les portes tournantes de la solitude et de la prière, le 22 avril. Ce jour-là, l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance (les trappistes) fêtaient la bienheureuse Maria Gabriella Sagheddu, apôtre de l’Unité, qui s’offrit pour l’unité des chrétiens au cœur de sa vie monastique, en Italie. Elle rendit son âme au Père en quinze mois, suite à la tuberculose qui commença le jour où elle fit son offrande d’elle-même pour l’œcuménisme (détails suite à l’homélie ici). Cette figure de Maria Gabriella, apôtre de l’Unité (béatifiée par Jean Paul II le 25 janvier 1983), me toucha personnellement dans son offrande d’elle-même par ses vœux monastiques en union avec le Christ-Roi ; et par sa prière pour l’Unité, en union avec l’Eucharistie du Christ les quinze derniers mois de sa vie. Elle rendit l’esprit le 23 avril 1939.

IMG-20200402-01389.jpg

Dans la simplicité de mon cœur,
je T'offre tout avec joie, ô Seigneur.

Tu as daigné m'appeler à Toi,
et je viens à Tes pieds.

En ce jour de Ta fête royale,
Tu veux faire de moi,
créature misérable, la reine.

Je Te remercie avec toute l'effusion de l'âme,
et en prononçant les saints vœux
je m'abandonne entièrement à Toi.

Ô Jésus
fais que je puisse demeurer toujours fidèle à mes promesses
et que je ne reprenne jamais
ce que je Te donne en ce jour
Viens et règne dans mon âme,
tel un Roi d'amour.

 



« Sa courte vie monastique (trois ans et demi) se consomma comme une eucharistie. Son abbesse, mère Maria-Pia Gullini, très sensible au mouvement œcuménique, désirait fortement le voir encore s’amplifier et elle avait su communiquer à la communauté ce qui avait été l’âme de sa vie. En face de la déchirure du corps du Christ, Maria-Gabriella perçut la nécessité de s’offrir elle-même. Son corps, retrouvé intact lors de la reconnaissance de 1957, repose actuellement dans une chapelle contiguë au monastère de Vitorchiano, où la communauté de Grottaferrata s’est transférée »
(source : Croire).

Or, à mon retour de retraite de la Trappe de Scourmont (Belgique) fin septembre 2019, dans la nuit du 6 octobre (saint Bruno), j’écrivis une lettre de candidature à la vie monastique à l’abbaye des trappistines de Vitorchiano. La sœur hôtelière me répondit le vendredi suivant et me dirigea vers leur abbaye sœur de France, dans le Vaucluse, à Blauvac. J’y suis allée deux fois et je devais y retourner fin mai. Cette 3ème retraite/visite monastique comme candidate est compromise par le prolongement du confinement #covid19.

Logo Fraternités AdP.jpgLe lendemain de la fête de la bienheureuse Maria Gabriella, apôtre de l’Unité, jeudi 23 avril 2020, dans sa pensée synthétique Paula Kasparian écrivit sa lettre de confinée aux Artisans de Paix confinés, y joignant ma réponse (précitée) au message du pasteur, qu’elle introduisit ainsi :

« Une nouvelle forme de communion des saints est en train de venir au monde parmi nous. Soyons attentifs à ce qui vient. "Nous vivons un renouvèlement de la réalité de la communion des saints" fut la première réflexion du pasteur Alain Joly, au début du confinement. Et à plusieurs reprises, il nous a donné des rendez-vous de prières, confinés. »

Son dernier rendez-vous de prière était alors pour partager le jeûne eucharistique du deuxième dimanche de Pâques.

 

Il n’y aura plus de temps…
aux jours de la voix du septième ange,
le mystère de Dieu s’accomplira.

Livre de l’Apocalypse 10, 6-7

IMG-20200416-01486.jpgLa communion spirituelle étant déjà une transfiguration du temps séculier en le temps de Dieu, comme une faille, une fêlure dans le temps du siècle, la douleur de la privation de la communion sacramentelle dans la chair (comme l’écharde de saint Paul), deviendra, peut-être, dans la durée, doucereuse à l’âme dans la communion spirituelle. On serait alors confiné dans le Cœur de Jésus, enveloppé de la grâce rafraîchissante qui renouvelle notre esprit comme elle jaillit en même temps que le Sang et l’Eau. De la douleur aiguë dans le jeûne eucharistique, la grâce de l’Esprit de Jésus remis entre les mains du Père nous placerait peut-être dans la douceur du Cœur de Jésus comme dans « la main sûre et tranquille » du Père où « nous reposons comme un oiseau au creux du rocher » (chant de communion -sacramentelle- de la Communauté du Chemin Neuf).

Le passage suivant de l’Apocalypse, reçu en invoquant l’Esprit Saint le vendredi 24 avril, va dans le sens de ce que je viens d’avancer (en gras dans la citation). Il s’agit du septième ange qui fait la révélation suivante à Jean le visionnaire :

LIVRE DE L'APOCALYPSE  (Trad. Bible Louis Segond)
chapitre 10

1Je vis un autre ange puissant, qui descendait du ciel, enveloppé d'une nuée ; au-dessus de sa tête était l'arc-en-ciel, et son visage était comme le soleil, et ses pieds comme des colonnes de feu. 2Il tenait dans sa main un petit livre ouvert. Il posa son pied droit sur la mer, et son pied gauche sur la terre ; 3et il cria d'une voix forte, comme rugit un lion. Quand il cria, les sept tonnerres firent entendre leurs voix. 4Et quand les sept tonnerres eurent fait entendre leurs voix, j'allais écrire ; et j'entendis du ciel une voix qui disait : Scelle ce qu'ont dit les sept tonnerres, et ne l'écris pas. 5Et l'ange, que je voyais debout sur la mer et sur la terre, leva sa main droite vers le ciel, 6et jura par celui qui vit aux siècles des siècles, qui a créé le ciel et les choses qui y sont, la terre et les choses qui y sont, et la mer et les choses qui y sont, qu'il n'y aurait plus de temps7mais qu'aux jours de la voix du septième ange, quand il sonnerait de la trompette, le mystère de Dieu s'accomplirait, comme il l'a annoncé à ses serviteurs, les prophètes.

Pissenlit vertical.jpgLe temps dont il est question ici est spirituel. C’est l’instant d’éternité de l’extase, la sortie de soi. L’instant d’éternité renouvelé à chaque mémorial eucharistique, durant chaque célébration de la messe. Le Mystère de Dieu s’accomplit en chaque célébration eucharistique, à la consécration ; à la communion. Ce Mystère eucharistique s’accomplit quand nous vivons nous-mêmes le don de nous-mêmes, dans la prière contemplative aussi bien que dans la vie active, dans nos relations avec autrui. Ce temps où "il n’y a plus de temps" est l’instant d’éternité, c’est le ‘toucher de l’éternel’ vécu dans l’oubli de soi, le don de soi-même ou l’accueil de l’autre ou du tout Autre. C’est tous les jours, par toute la terre, dans la vie des hommes, au cœur du monde, quand le cœur d’un homme s’ouvre à la grâce divine, à l’Amour. Dans la communion sacramentelle, ce « mystère de Dieu s’accomplit » : nous goûtons à la vie éternelle promise par le Christ.

 

Je te conseille d'acheter de moi de l'or éprouvé par le feu,
et des vêtements blancs,
et un collyre pour oindre tes yeux.

Livre de l’Apocalypse 3, 18

IMG-20200416-01504.jpgAyant reçu ce passage de l’Apocalypse au chapitre 10 où il s’agit du 7ème et dernier ange se manifestant à la vision de Jean, j’avais repris le Livre de l’Apocalypse depuis le début, où l’Esprit parle aux sept Églises d’Asie. Comme c’était la vision du 7ème ange qui m’avait été donné de lire au chapitre 10, j’ai recherché ce que l’Esprit dit à la 7ème Église d’Asie qui est à Laodicée. Voici, au chapitre 3 :

14Écris à l'ange de l'Église de Laodicée : Voici ce que dit l'Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu :

15Je connais tes œuvres. Je sais que tu n'es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant ! 16Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche. 17Parce que tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n'ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu, 18je te conseille d'acheter de moi de l'or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche, et des vêtements blancs, afin que tu sois vêtu et que la honte de ta nudité ne paraisse pas, et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies. 19Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j'aime. Aie donc du zèle, et repens-toi. 20Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. 21Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. 22Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises !

IMG-20200416-01481.jpgDans le contexte de la pandémie du Covid-19 qui pousse au confinement, dans la séparation physique d’avec nos frères en humanité, dans l’empêchement de nous rencontrer, nos vulnérabilités humaines, nos interdépendances de toutes sortes sont mises en relief et leur rupture nous font souffrir. J’ai pris ce passage de ce que l’Esprit dit à l’Eglise de Laodicée comme accusant les traits d’orgueil de notre époque : quand nous refusons de considérer la vulnérabilité humaine et notre besoin de lien spirituel aux autres et à Dieu. Une parole qui accuse l’autosuffisance humaine qui nie l’existence de Dieu. Une parole qui respecte la liberté humaine, don de Dieu à sa créature qui s’adresse en vérité à sa conscience, souvent aveuglée. Une parole divine qui dit à nouveau son amour pour sa créature. Dieu, par son Christ, le Nouvel Adam, nous veut restaurés à son image et à sa ressemblance (2ème chapitre de Le Nouvel Homme de Thomas Merton). Par la communion, il veut répandre sa Lumière sur nous, en nous, afin que nous le reconnaissions, goûtions à sa relation, le voyions, et l’aimions en retour.

 

Mets-moi comme un sceau sur ton cœur,
comme un sceau sur ton bras.

Le Cantique des Cantiques 8, 6a

IMG-20200503-01805.jpgSamedi 2 mai 2020

Depuis le dimanche 26 avril, le sentiment de déréliction, la tristesse et la torpeur ont été mon lot cette semaine. J’ai trouvé un autre lieu propice au recueillement, moitié moins loin que Saint-Pardoux, de verts pâturages et de petits bois épais où le chant du coucou résonne. J’ai baptisé cet autre lieu de solitude secrète le ‘Vert Sacré Cœur’. C’est là que j’ai lu l’homélie du jour du Père Veilleux, en la mémoire de saint Athanase. Puis, le soir, au moment de la toilette avant le coucher, j’ai dû prendre une feuille de papier A4 et un stylo, pour écrire ce qui perçait dans la boue de mon âme, depuis le dimanche dernier. La souffrance du jeûne eucharistique fut amplifiée par l’annonce du gouvernement du report jusqu’au 2 juin de tous rassemblements cultuels en France, et des célébrations religieuses dans les églises de France : indifférence à la religion (déni/négation/mépris…), à la foi de leurs frères en humanité de nos dirigeants, relevée par Mgr Mathieu Rougé, évêque du diocèse de Nanterre, le 28 avril. J’écrivis :


Ceci est mon Sang ND des Dombes 26 mars recadrée.jpgConfinée dans la chambre haute de la Croix, le Cœur de Jésus.

D’abord suspendue, à la consécration du Pain « Ceci est mon corps livré pour vous » comme si j’avais été élevée avec ce Pain devant le Corps du Christ en Croix, et transportée jusqu’à son Cœur. Puis, comme transférée dans sa poitrine en même temps que l’hostie et le vin consacrés furent élevés. J’ai élu domicile dans le cénacle du Cœur de Jésus, depuis la messe du 3ème dimanche de Pâques (26 avril). J’ai été engouffrée dans sa blessure cordiale et j’y souffre avec Lui, de l’indifférence à la foi de nos frères en humanité qui gouvernent le pays et retardent inconsidérément le moment de retourner communier. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34). C’est aussi pour eux que nous souffrons d’être séparés de la Table eucharistique. C’est pour eux et tous nos contemporains indifférents à la vie spirituelle (ou hostiles, méfiants, indécis…) que nous devons offrir notre douleur en union avec le sacrifice du Christ. Aujourd’hui, j’ai lutté, je lutte contre le clivage en moi, la tentation de la colère et du ressentiment, le sentiment d’injustice, l’amertume dus à cet empêchement de la communion sacramentelle déclarée être prolongé après le déconfinement du 11 mai, jusqu’au 2 juin.

sandrine treuillard,sacré cœur,eucharistie,christ-roi,christianisme,foi,paula kasparian,artisans de paix,pasteur alain joly,armand veilleux,communauté du chemin neuf,maria gabriella sagheddu,confinement,#covid19,pandémie coronavirus,laïcité,livre de l'apocalypseDans la souffrance silencieuse que je partage avec des milliers de croyants, je suis unie au Crucifié qui crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15, 34). Sentiment de déréliction, alors que je sais, par ma foi, que je suis dans la chambre haute du Sacré Cœur de Jésus, sur la Croix. C’est cela mon sacrifice, qui n’est pas doucereux. Simplement douloureux. Douloureux pour quelque chose. Pour intercéder en faveur de nos contemporains au cœur endurci. Pour ne pas céder au ressentiment, à l’amertume, à la colère, sentiments qui n’ont jamais été très évangéliques. Cette souffrance spirituelle est ce qui m’unit concrètement au sacrifice du Christ, à sa Sainte Eucharistie.

« Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Mat. 26, 39b).  Alors oui, Seigneur,  garde-moi dans la petite prison du Sacré Cœur blessé de ton Fils. Que son Sacré Cœur et sa Sainte Eucharistie soient le sceau sur mon cœur, le sceau sur mon bras. Que la pentecôte eucharistique, qui commence depuis le Sacré Cœur transpercé sur le bois de la croix, donne naissance à une nouvelle Église primitive. En ces temps de confinement pandémie #covid19, que la pentecôte eucharistique à la Croix se répande sur le monde entier, comme un sceau sur la Terre.

La Chambre haute du Sacré Coeur Texte.jpgSamedi 2 mai, 22h43

Il y a une heure, j’écrivis la page A4, à l’encre noire, dans la salle de bain, sur la sorte de vision qui a surgi parmi la boue de mon âme, à table, au dîner. C’était que le 26 avril, j’ai été transportée dans la chambre haute du Sacré Cœur de Jésus en Croix, quand le prêtre a élevé l’hostie consacrée : « Ceci est mon corps livré pour vous », puis le vin consacré : « Ceci est mon sang livré pour vous ».

Mon âme est si douloureuse, depuis dimanche dernier. J’ai dû lutter, aujourd’hui, contre le ressentiment dû au mépris, à l’indifférence de nos gouvernants à la foi de leurs contemporains : aux catholiques mais à tous les chrétiens et à toutes les religions, au fait religieux en général. Ils sont si loin de la spiritualité, de leur intériorité, de la vie plus intime à eux-mêmes qu’eux-mêmes, la vie de Dieu en eux. J’ai donc trouvé ma vocation en écrivant ce texte dans la salle de bain. Ce texte dévoile ma vocation d’intercéder pour nos contemporains indifférents à la foi au Christ. Je suis en union avec le Sacré Cœur de Jésus en Croix, suspendue dans le temps, et c’est ce qui est douloureux ; dans le silence qui dure une demi-heure ; dans le souffle rendu, livré, l’Esprit de Jésus ; dans le Sang et l’Eau qui s’écoulent de son Côté. Je suis confinée dans son Sacré Cœur pendant ce temps-là, je vis tous ces moments à la Croix, dans l’intimité de son Cœur blessé. Á la fois enveloppée dans la chambre haute de son Sacré Cœur, comme au Cénacle. J’offre ma souffrance spirituelle en union avec celle du Christ à la Croix. Avec ses paroles en Croix. Je souffre ses paroles. Je les vis avec Lui. Et ma vocation est d’offrir tout cela en union avec Lui, réfugiée en son Sacré Cœur, pour l’indifférence des hommes et pour que les chrétiens soient rassemblés en une nouvelle Église primitive autour de Lui, à la Sainte Cène, au-delà de nos obédiences humaines, dans la radicalité, la simplicité, la vérité du premier banquet eucharistique autour du Christ qui se donne vrai Pain de Vie pour nous, pour tout homme, et commande à ses disciples de répéter ses gestes en faisant mémoire de son don absolu dans l’Eucharistie.

IMG-20200416-01461.jpgRelisant cette page écrite dans la salle de bain (l’Esprit m’ayant saisie, c’est dans une position inconfortable, à moitié assise sur le rebord de la baignoire que j’écrivis sur la tablette étroite, sous le vasistas), j’ai vu la résolution de ma vocation dans les lignes qui décrivent l’élévation des espèces consacrées devant le Corps du Christ en Croix, jusqu’à son Sacré Cœur, me sentant moi-même, par la force de mon désir de la communion sacramentelle, transportée dans ce Pain et ce Vin, cette hostie et ce calice, et déposée dans la chambre haute du Sacré Cœur de Jésus. C’est la vision intérieure du 19 novembre 2016, des vigiles du Christ-Roi, qui s’est comme superposée à celle d’aujourd’hui.

L'Offerta 1-ptite.jpgTout cet état intérieur qui n’a pas cessé de s’amplifier depuis dimanche dernier, comme absorbée dans un abîme intérieur, se révèle être l’écrin à ce qui est né et a été transcrit sur le papier, dans la salle de bain. Douloureux accouchement depuis dimanche. Avec les prémices heureux l’annonçant dès le 22 avril, par la fête de la bienheureuse Maria Gabriella, apôtre de l’Unité, qui mourut en quinze mois de la tuberculose s’offrant pour l’Unité des chrétiens. De laquelle je me sens proche, dans sa consécration monastique prononcée le jour du Christ-Roi, avec sa prière d’offrande si belle. Proche d’elle aussi, par le lieu, l’abbaye et l’abbesse qui était sa mère au moment de son offrande. Grottaferrata, transféré à Vitorchiano, près de Viterbo, région où j’ai moi-même réalisé en 1994, à mes vingt ans, une sculpture « L’offerta » (L’offrande) cristallisant le désir puissant de m’offrir à Dieu moi aussi. J’étais alors loin de l’Église, étudiante aux Beaux-Arts. Mais, lors de ma communion, huit ans plus tôt, je m’étais vécue comme épouse du Christ. Désir absolu de Dieu contrarié dans ma treizième année et quand je reçus le sacrement de la confirmation, le démon avait déjà commencé son maléfice de la séparation d’avec Dieu. Mais le désir de Dieu était en moi et cette sculpture, installée dans une exposition collective au Palais des Papes de Viterbo, en témoignait silencieusement.

Logo Fraternités AdP.jpgAutres prémices, comme des contractions, fut le vendredi 24 avril : le rêve interreligieux de la remise du petit livre Coran qui m’est remonté à la mémoire après avoir reçu ‘au hasard’ le Livre de l’Apocalypse, chapitre 10 : L’Ange et le petit livre… dont le premier paragraphe annonce ceci : « Il n’y aura plus de temps ». C’est ce temps qui s’éternise sur la Croix, suspendu dans le désir douloureux de la communion sacramentelle, à la Table eucharistique, qui laisse jaillir des larmes, comme le Sang et l’Eau n’en finissent pas de s’écouler du Cœur de Jésus depuis sa mort, depuis qu’Il a livré son Esprit. Je suis dans ce moment-là qui s’éternise, aussi bien que dans certaines paroles qu’Il a prononcées sur la Croix. Quand il vient de remettre son Esprit entre les mains du Père, d’une part ; et d’avoir répandu son Esprit par son Cœur transpercé sur les hommes, sur l’Église, dans la pentecôte eucharistique qui commence à la Croix, d’autre part.


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IMG-20200415-01418.jpgIl y a aussi une autre trace indélébile de ma communion à la Table de la Sainte Cène : avec des pentecôtistes, lors de la session œcuménique de 2019, La vie dans l’Esprit : une expérience d’unité, organisée par la Communauté du Chemin Neuf à l’abbaye de Hautecombe. Le samedi, j’avais communié au Pain et au Vin et j’avais pleuré abondamment à cette communion, percevant la présence du Christ de façon aiguë. Touchée par la sobriété du geste liturgique de Jean-Daniel Plüss, si proche du réalisme de la Sainte Cène, en comparaison du rite de l’Eucharistie catholique si sophistiqué, liturgiquement parlant, où le célébrant décrit ce qui se passe en même temps que l’Esprit Saint consacre les saintes Espèces. Les pentecôtistes, et même les évangéliques, relisent les paroles ‘texto’ du Christ à la Cène, telles que le Nouveau Testament nous les ont léguées, sans rien retirer, ni rien ajouter. Cette sobriété, ce réalisme a été quelque chose de très fort pour moi en cette fin de mars 2019. J’y avais reçu une onction puissante qui m’a permis de vivre le psaume 132 :

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Oui, il est bon,
il est doux pour des frères *
de vivre ensemble et d'être unis !

On dirait un baume précieux,
un parfum sur la tête, +
qui descend sur la barbe,
la barbe d'Aaron, *
qui descend sur le bord
de son vêtement.

On dirait la rosée de l'Hermon *
qui descend sur les collines de Sion.
C'est là que le Seigneur envoie
la bénédiction, *
la vie pour toujours.

 

 

 


Les chrétiens devraient pouvoir partager le pain et le vin eucharistiques à toutes les tables des différents rites et se trouver à chaque fois dans la foi en la présence du Christ au milieu d’eux, quelque soit le rite adopté par les différentes obédiences. La Sainte Cène est au-dessus et au-delà de nos différents cultes. « Dieu est plus grand » que nos cultes.  (23h32)

Blason spirituel.jpg

 

 

 

Sandrine Treuillard

Jehanne Sandrine du Sacré Cœur & de la Sainte Eucharistie

26 avril - 2 mai 2020

Les Bleineries, 18560 Sury-ès-Bois

 

 

 

 

Le beau pasteur au 'Vert Sacré Cœur' -
Homélie du père Armand Veilleux -
& du jeûne eucharistique

Photographies :
Toutes de Sandrine Treuillard, sauf :

L'élévation de l'hostie et les 3 détails de la messe retransmise du 26 avril 2020 : d'après les arrêts sur images de la vidéo NetForGod filmée à l'Abbaye Notre-Dame des Dombes, Communauté du Chemin Neuf.
La troisième photographie : Christ en Croix, église Saint-Martin de Suçy-en-Brie : Michel Hilger.

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[i] C’est la trappe où le frère Christophe Lebreton était quand il a reçu l'appel à quitter la France pour l’Algérie, répondant à la vocation de vivre dans la communauté de Tibhirine. Il fait partie des sept moines martyrs de Tibhirine, et des dix-neuf religieux béatifiés à Oran, le 8 décembre 2018.

[ii] Enseignement de monseigneur Michel Aupetit : L'épiclèse : sandrine treuillard,sacré cœur,eucharistie,christ-roi,christianisme,foi,paula kasparian,artisans de paix,pasteur alain joly,armand veilleux,communauté du chemin neuf,maria gabriella sagheddu,confinement,#covid19,pandémie coronavirus,laïcité,livre de l'apocalypse

[iii] L'expression quasimodo est formée à partir des premiers mots latins qui commencent l'introït de ce jour : Quasi modo geniti infantes, alleluia : rationabile, sine dolo lac concupiscite...(Comme des enfants nouveau-nés, alleluia : désirez ardemment le pur lait spirituel...), dans la Première épître de Pierre.
C'est aussi le jour où on lit le récit de l'apôtre Thomas refusant de croire à la Résurrection.
La fête est encore appelée in Albis (en blanc), car les néophytes (adultes baptisés durant la vigile pascale), entrent à la messe vêtus de leurs habits blancs qu'ils portaient depuis leur baptême et le quittent pendant la cérémonie.
Cette fête a été instituée de façon officielle pour que les pèlerins venant de loin et arrivés à Rome en retard - pour raison valable - après les fêtes de Pâques, participent à cette messe de la même façon (en latin « quasi modo ») qu'à la messe de Pâques. Ces pèlerins ne recevaient toutefois pas l'indulgence plénière.
La fête est parfois nommée « Pâques closes » puisque c'est ce jour-là que s'achève l'Octave de Pâques.
L'expression octave de Pâques désigne en général la période de huit jours qui va du dimanche de Pâques au dimanche suivant inclus. Elle est parfois employée pour indiquer le dernier jour de cette période.