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30.09.2013

Ne pas tomber dans les travers de ceux qui pensent que aimer son pays c'est forcément détester les autres

Camel Bechikh de l’association Fils de France développe ce qu’est le patriotisme. (Extraits retranscrits de la vidéo présentée ci-après.)

 

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"(…) C'est (peut-être) l'excès des vagues migratoires qui engendre une certaine anxiété dans une société qui va de moins en moins bien du point de vue économique, mais aussi du point de vue identitaire, et cet excès provoque une réaction, qui d'ailleurs me semble très disproportionnée vis à vis des musulmans puisque la mutation de la France durant ces 20 ou 30 dernières années est d'abord le fait de la modernisation, de l'américanisation. (…)"

 

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"Tous les immigrés ne sont pas musulmans, tous les musulmans ne sont pas immigrés : il faudrait pouvoir distinguer ce qui relève des rapports Nord-Sud, ces poussées migratoires, et de l'islam français qui a vocation à s'acculturer (des français qui veulent maintenir leur culte parce qu'il est tout à fait compatible avec les valeurs, qu'elles soient monarchiques ou républicaines, parce que la France n'est pas née en 1789), et les vagues migratoires qui doivent être limitées pour le bien commun."

 

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 "Aujourd'hui, l'Histoire de France, malheureusement, est un objet de culpabilisation, tandis qu'il y a eu une époque où elle était un objet de fierté. Je crois qu'il est fondamental que les français, quels que soient leurs origines ou quelle que soit leur spiritualité, se ré-approprient la lecture de l'Histoire, pour en effet, reconnaître les parts sombres de cette Histoire, mais surtout la majorité de l'Histoire de notre pays qui donne davantage à en être fier. Et plus les français deviendront fiers de leur Histoire et plus ils envisageront l'avenir de ce pays grandement. Plus on a une vision culpabilisante ou une vision dévalorisante de l'Histoire de France, plus nous renonçons à la place au niveau international qu'a la France…"

 

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 "L'art de la communication, c'est l'art de la guerre, finalement : la guerre se passe d'abord à travers des messages qui structurent les mentalités de telle manière à les décourager dans la bataille. Il ne faut pas tomber dans le "panneau", mais au contraire définir ce qu'est le patriotisme, le ramener à ce qu'il est réellement, c'est-à-dire à une identité politique classique, de base, dans l'ensemble des pays du monde (et nous, en France, on parle très timidement de "patriotisme" quand d'autres pays parlent très fièrement de "nationalisme", comme dans ceux du Tiers Monde)… Ne pas tomber dans les travers de ceux qui pensent que aimer son pays c'est forcément détester les autres. Loin s'en faut : aimer son pays c'est avoir un rapport aussi de bonne intelligence, de bonnes relations avec les autres pays."

 

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"À Fils de France nous tenons à une France souveraine, de façon à ce qu'elle ne soit pas dépossédée, de sa défense, de sa diplomatie… Aujourd'hui, un nombre trop important de nos lois sont décidées à Bruxelles. Le fait qu'une Europe forte se dégage pour tenir tête aux pays, notamment, émergents, c'est souhaitable, mais cela ne doit pas se faire dans la perte d'identité."

 

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"Le pays est en danger : c'est un fait. L'Histoire du pays doit être redécouverte par les jeunes générations. Force est de constater que l'Éducation Nationale est en train de limiter cette transmission de la mémoire, cette transmission de l'Histoire aux jeunes générations, qui en fait des amnésiques forcés. Ne pas savoir d'où l'on vient c'est souvent ne pas savoir où l'on va, et c'est sûr qu'avoir conscience de la grandeur de la France apporte une certaine fierté qui donne l'envie du maintien de cette grandeur du pays. Mais "À cœur vaillant, rien impossible", comme disait Jacques Cœur."

 

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"La passivité est source de désespoir, tandis que dans l'action, à travers des victoires, ne serait-ce que minuscule, on redécouvre l'espoir et en additionnant des centaines de milliers de français qui retrouveront l'espoir, je suis plutôt enthousiaste pour l'avenir de notre pays."

 

Camel Bechikh
pour Avant-Garde économique
septembre 2013

 

23.09.2013

La libre conscience : cette capacité à penser la société

 

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Invitée à la Faculté de théologie réformée d’Aix-en-Provence Georgina DUFOIX fit cette déclaration   « je veux attirer votre attention sur le fait que l’intolérance politique est parfois plus cruelle que l’intolérance spirituelle, dont pourtant on a tellement parlé. Rabaut Saint-Etienne est mort pour avoir refusé de voter la mort du roi. Il a été réhabilité par la suite… Il est important de voir combien l’intolérance politique peut être cruelle et radicale ». Cette citation de Georgina Dufoix s’est alors imposée à l’aune de ce changement de paradigme traversant la société, changement radical des conceptions autour de l’homme dont les incidences peuvent peser demain sur notre libre arbitre comme homme, comme citoyen habité par des convictions philosophiques ou simplement spirituelles.

Nous savons que la conscience ne se réduit pas à une seule sensation d’existence mais elle est constituée d’une dimension cognitive qui est essentiellement adossée à la culture… 

Or cette dimension cognitive de la conscience, le libre arbitre de l’homme, nourrie par les savoirs est sans aucun doute en péril. Nous avançons dans ce texte l’hypothèse d’une conjonction d’éléments interagissant entre eux, altérant, atomisant la dimension de la conscience, cette capacité à penser la société. Ces menaces s’articulent autour du nivellement de la culture, du divertissement, de la crise, de l’idéologie, facteurs qui participent en s’intriquant à la déconstruction de l’être…

 

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Un nouveau contexte social et une nouvelle problématique pour la conscience

L’actualité 2013 a largement nourri cette thématique de la libre conscience, conscience qui dans sa dimension ontologique a été violemment malmenée dans les dimensions anthropologiques fondatrices de notre humanité.  Dans cette culture du divertissement, il devient aisé de rendre la conscience plus malléable. La plasticité du cerveau est ainsi comme étourdie par les petits plaisirs de la société consumériste. Cette société marchande et de l’image  se prête dès lors davantage à accueillir les réformes sociétales sans en réaliser les enjeux pervers touchant la déconstruction des représentations relativement à l’identité humaine. 

Ainsi le socle de la famille est aujourd’hui fragilisé, déstructuré par les aléas qui ne découlent pas nécessairement de réformes sociétales mais bien des conceptions marchandes qui produisent du rêve, un rêve d’égalité donnant l’illusion de s’affranchir des servitudes d’une soi-disant morale trop contraignante, bien trop pesante.

Au lieu de construire des repères, des limites pour consolider le bien commun issu des rapports, des relations dont le socle a pour essence la famille, la loi entend sublimer les mœurs, les épouse en quelque sorte. En magnifiant les mœurs, la loi façonne un autre type de société qu’il faut finir par imposer, ce que la morale librement n’avait pas elle érigé en règles.

Mais la loi qui transgresse l’anthropologie ne suffit pas pour modifier les mentalités : il faut le recours à un monopole idéologique, une  conception d'une nouvelle vérité qui ne supporte pas  l’ancienne vision anthropologique de l’humanité.

À travers l’histoire, souvenons-nous de la violence qui habite les idéologies voulant faire régner une conception de l’homme. Ainsi, comme le rappelle un écrivain français dans un article paru dans le Point « Pendant 70 ans, d'une manière sanglante, implacable, le pouvoir soviétique s'est employé à lobotomiser le peuple russe, à le couper de ses racines culturelles et spirituelles, à lui faire croire que cela seul qui importait, c'étaient désormais "les valeurs du marxisme-léninisme", à interdire aux enfants chrétiens de porter au cou leur petite croix de baptême. Vu la catastrophe inouïe que constitua cette hystérique tentative de décervelage [...], je n'imagine pas une seconde que notre ministre de l'Éducation nationale, M. Vincent Peillon, puisse désirer quoi que ce soit de comparable pour la France. »

Ainsi la conscience comme mémoire et comme appréhension des enjeux qui se dessinent à ce jour me semble comme en péril, menacé, oui affaibli par une forme de délitement de la pensée, de la culture du bien, du beau et du vrai. Les démiurges de cette nouvelle conscience s’emploient aujourd’hui à la transformer et ce à travers l’école.


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Une définition de la conscience

Sur un plan strictement psychologique, la conscience associe concomitamment une perception de soi, de soi comme identité unique, une représentation sensible de sa propre existence, la reconnaissance d’une identité indivisible au sein de son environnement.

Sur un plan philosophique  la conscience se définit également comme la faculté  qui permet d'appréhender les phénomènes, de les analyser, de les comprendre, de prévenir les menaces qui pèseraient sur sa propre survie et celle de son espèce.

Sur un plan cognitif, la conscience est une forme de mémoire. La conscience se façonne de matériaux qui lui sont transmis via la culture, la culture comme une construction de l’être, la prise de conscience d’un tout qui résulte de l’héritage d’un capital culturel.

Il convient de souligner que c’est la culture qui nourrit  l’être dans toutes ses composantes. Or, à rebours d’une conscience façonnée par la culture, c’est la dimension philosophique et cognitive de la conscience qui fait l’objet d’une entreprise d’affaiblissement. Cette culture permet à l’homme de penser ce qu’il est.  Dans les ambiances totalitaires, la transmission de la culture n’est probablement pas la bienvenue.


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La libre conscience un enjeu de société

La conscience des individus représente un enjeu pour les sociétés qui soit poursuivent l’objectif de plénitude de l’individu soit a contrario entendent la contrôler ou pire l’atomiser pour anéantir toute révolte ou toute faculté rétive.

Toutes les sociétés totalitaires naissant de l’indifférence des individus, il suffit de les distraire, de les divertir.  Hannah Arendt  avait relevé cette problématique morale d’une société plongée dans une forme de nihilisme culturel, détachée de la recherche de sens. Rappelons cette citation de la philosophe, citation fulgurante : "C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.

Le refus de s’indigner, le renoncement de soi, ne plus dénoncer les formes d’injustices conduisent inévitablement à installer le caractère liberticide de l’état. Les sociétés totalitaires ont toujours pour démarche la volonté d’anéantir  la fonction de penser, la capacité de réagir.

Les facultés de conscience, savoir appréhender, savoir analyser, savoir poser les problèmes ont toujours dérangé les gouvernances. Le changement de la conscience est engagé à l’aune d’une société galvanisée par la facilité d’accéder au plaisir des sens et aux promesses que lui font miroiter les temples de la consommation.

Dans de tels contextes,  le délitement de la conscience est engagé, altération de la conscience qui puiserait son origine dans plusieurs sources : le nivellement de la culture, le divertissement, la crise économique qui épuise et déstructure l’homme et enfin  l’idéologie de la laïcité et théorie du genre diffusée par l’école…

Le nivellement de la culture

La culture n’est-elle pas la dimension d’un héritage qui aide à penser par soi-même ? Ne remplit-elle pas une fonction d’épanouissement de l’individu ? Or force est de constater que la dimension culturelle est de plus en contestée y compris dans les milieux de la « bien-pensance ». L’homme de la cité est passé d’un statut de citoyen à celui de simple consommateur devenu addicte des temples de la marchandisation où la fonction de penser par soi-même n’est pas utile quand il suffit de satisfaire des besoins, des appétits de consommation.

Le discours de Victor Hugo énoncé à l’assemblée nationale est frappant, interpellant, sonne comme un avertissement en regard de cette puissance de la matérialité, du plaisir marchand qui appauvrit la recherche du bien commun dans sa dimension spirituelle et culturelle : « Eh bien, la grande erreur de notre temps, affirme l’écrivain, ça a été de pencher, je dis plus, de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien matériel.
Il importe, messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser pour ainsi dire l’esprit de l’homme ; il faut, et c’est la grande mission […] relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C’est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l’homme avec lui-même et par conséquent la paix de l’homme avec la société. »
http://fr.biobble.com/membres/1042/victor_hugo/anecdotes-12500

La culture consumériste est finalement l’envers de la culture, une anti-culture, celle d’une forme d’anéantissement de la pensée, la construction d’une pensée unique comme le mentionne Nabil EL-HAGGAR Vice-président de l’Université Lille 1,  pour qui « se pose la question de savoir si notre démocratie est encore capable de faire face à la pensée unique et de sauver la citoyenneté de la marchandisation, ou si notre démocratie n’a pas besoin d’une bonne révolution culturelle pacifique qui la rende capable de préserver les valeurs pour lesquelles nos anciens ont fait la grande révolution. »

Poursuivant son propos Nabil EL-HAGGAR ajoute « force est de constater que, quelques siècles après Condorcet, le nivellement de la culture par le bas n’est plus une tentation mais une réalité quotidienne. C’est ainsi que la culture est réduite à l’anecdotique et qu’il n’est pas rare d’entendre des universitaires qualifier toute exigence culturelle et intellectuelle d’élitisme mal venu et anti-démocratique. »

Nous sommes tous frappés par les éléments de langage des médias qui sont les « prêts à penser » de notre société et n’offrent que trop rarement une lecture différenciée du monde.  Leurs discours « lissés » deviennent profondément uniformes ne parlant que d’une même lèvre.

L’appauvrissement de la culture, l’abaissement des niveaux d’apprentissage participent largement à l’uniformisation de la pensée, à l’arasement de toute réflexion qui épanouit l’homme.

Si la culture est une nécessité par l’ouverture d’esprit qu’elle suscite, le nivellement engagé et qui résulte de multiples facteurs se rapproche finalement des méthodes sectaires qui excluent la différence, toute pensée critique.

La culture participe de l’éveil des consciences comme le rappellent si souvent les veilleurs dans le cadre de leurs rassemblements sur l’asphalte des routes empruntées ou les pavés des places publiques. La culture permet de penser la société, encourage le libre arbitre, éclaire la complexité.

La culture est malmenée, les pages de nos manuels d’histoire qui disparaissent témoignent de cette maltraitance du passé. Une forme de plan social est organisée autour de chapitres qui seront ou ne seront plus enseignés. Rappelons que ce n’est pas nous qui faisons l’histoire, comme le Pasteur Martin Luther King l’écrit dans La Force d’aimer. C’est l’histoire qui nous fait. Et sans le passé, la transmission de la mémoire à travers la succession des générations, il n’y a alors plus réellement de sens. Mais à l’heure où la filiation est remise en cause, y-a-il quelque chose d’étonnant ? Nous avons besoin d’apprendre du passé pour nous projeter sur le présent et dessiner un avenir à notre conscience, notre libre conscience.

Dans un livre parfaitement idéologique « La Révolution française n’est pas terminée » (Editions le Seuil), le ministre de l’Education Nationale fait de l’école non le lieu de la transmission des savoirs mais fait de l’institution scolaire  "la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la république".  Vincent Peillon, écarte ainsi  le rôle de transmission légitimement attribué à la famille, le ministre considérant que "L’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome". N’est-ce pas là la trame d’une nouvelle idéologie qui pourrait s’avérer sanglante en engendrant une forme de nouveau fascisme intellectuel ?

Le divertissement

Il faut pour l’homme échapper à l’ennui ou à l’existence chargée de vicissitudes avec ses tragédies.

En abordant le thème du divertissement comme une façon d’annihiler la conscience, on songe au philosophe Pascal qui évoque le divertissement comme une manière d’être détournée de soi. « Mais qu’on juge quel est ce bonheur qui consiste à être diverti de penser à soi. »

Il faut dans le divertissement, réinventer le réel, mettre en scène une forme d’imaginaire qui nous met en distance avec les réalités. Les médias sont devenus de véritables industries du divertissement, ont inventé la télé-réalité qui n’est en soi qu’une fiction artificielle et irréelle où se joue une parodie de la vie, mettant en scène les fantasmes délirants.

Le divertissement, il faut le reconnaitre, participe largement de cette déconstruction de la conscience en abêtissant toute faculté de penser ce que l’on voit. Le spectateur est noyé, submergé dans un flot de séductions et d’images qui l’éloignent de lui-même plongé dans ses réalités, mobilisant ainsi notre lucidité devenue délétère.

Ainsi les hommes absorbés par le tumulte des images, transfèrent docilement leur esprit, leur conscience comme si le fantasme devenait pour eux la réalité, une réalité plus douce, plus agréable, plus artificielle, un paradis artificiel en quelque sorte.

Quand une idéologie de la déconstruction de l’homme s’organise, les médias deviennent alors l’instrument du démiurge pour distiller sa pensée. Divertir l’homme est aussi une façon de façonner, de réduire son libre arbitre en diminuant sa faculté à réagir, à protester.


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La crise économique qui épuise

Le monde est aujourd’hui dominé par la puissance financière, un empire virtuel qui limoge l’économie du réel, la Babylone des marchands qui rend captif l’ensemble de la planète en mettant sous son joug les plus fragiles, les plus faibles d’entre nous. La puissance spéculative ligote d’une certaine manière la pensée comme le dénonçait Viviane Forester (femme de lettres, essayiste) qui pointait les désastres d’une économie déconnectée des dimensions qu’elles manipulent. Selon Viviane Forester, ces puissances financières « ont expulsé la substance vitale, évacué tout sens humain, dénaturé la valeur ». 
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article23849

La destruction de l’emploi stable auquel on substitue l’emploi temporaire augmente toutes les formes de précarisation. Celui qui vit dans une précarité permanente est étranglé par des situations anxiogènes qui paralysent son souhait légitime de s’épanouir, de se cultiver.

L’angoisse d’une vie sans réels lendemains freine, l’empêche de consacrer du temps pour lui, de dépenser pour s’ouvrir à son environnement.

Dans les temps de crise, que deviennent les créateurs dont les moyens d’expression se réduisent comme une peau de chagrin. Dans les crises, c’est le repli de la conscience culturelle, c’est la déprise ou le lâcher prise de la conscience qui peut se donner du temps pour réfléchir, poser un acte de penser.

Les crises ravagent non seulement des destins mais paupérisent la conscience, la liberté de penser.


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L’idéologie diffusée par l’école…

C’est dans l’ignorance que se construit le lit occulte des pires idéologies. Il est ainsi tellement plus aisé de manipuler les consciences, d’attenter à l’esprit qui est dépossédé des armes nécessaires pour freiner ces tentatives obscures de fausser, puis d’orienter les croyances des citoyens. 

Pour Vincent Peillon "Toute l’opération consiste bien, avec la foi laïque, à changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Église." (Vincent Peillon, "Une religion pour la République: La foi laïque de Ferdinand Buisson", Éd. du Seuil, 2010, page 277)

Une rhétorique de l’homme nouveau est ainsi annoncée, prêchée par ses idéologues qui entendent partager à la société entière et sans aucune précaution, la théorie du genre qui nie la différence sexuée de la société, l’altérité des êtres.

Il sera d’autant plus facile de distiller l’idéologie autour de cette nouvelle conception de l’homme, qu’il y a ce constat patent de familles morcelées qui ne sont plus dans la transmission de l’éducatif. Il est alors aisé pour l’état de transférer à l’enfant ce que la famille ne transmet plus, constat d’une véritable porosité qui en soi ne protège plus l’enfant contre cette tentative d’aliéner la conscience épurée de l’héritage familial, des stéréotypes comme nous l’avons entendu dans l’hémicycle de l’assemblée nationale.

Sans aucune précaution, cette conception de l’homme libérée d’images préconçues justement culturelles, entend conditionner l’enfant sur de nouveaux stéréotypes adossés à l’interchangeabilité des identités détachées du sexe biologique, une nouvelle théorie du genre.

Le texte de Victor Hugo  auquel nous faisons ici référence, s’avère être d’une rare acuité,  d’une grande clairvoyance, prend une dimension quasi prémonitoire dans le contexte d’une nouvelle laïcité  qui entend s’imposer aux esprits. "Eh ! Quel est, en effet, j’en appelle à vos consciences, j’en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L’ignorance. L’ignorance encore plus que la misère. L’ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau des multitudes..."

Ces idéologues veulent frapper les consciences sous des idéaux séduisants de non-discrimination, d’égalité, de vision libertaire et imposer à la conscience de nouvelles lectures sur une anthropologie soi-disant débarrassée de ses oripeaux. 


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Ces idéologues qui vantent la laïcité et citent volontiers Jules Ferry omettent cette célèbre consigne recommandée aux enseignants

"Ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas que votre sagesse, c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. Si étroit que vous semble peut-être un cercle d’action ainsi tracé, faites-vous un devoir d’honneur de n’en jamais sortir. Restez en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer à la franchir ; vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée qu’est la conscience de l’enfant"...

Toutes ces dimensions de nivellement de la culture, de divertissement, de crise, d’idéologie s’intriquent, s’entremêlent et interagissent comme autant de composantes qui affaiblissent toutes les facultés cognitives de l’homme. Ces dimensions participent d’un affaissement du libre arbitre, de la libre conscience.


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Les sociétés totalitaires savent fabriquer des individus amorphes, confinés au retrait

Dans les origines du totalitarisme, la philosophe Allemande Hannah Arendt met en évidence l’aliénation d’une forme de conscience de soi qui résulterait d’une dimension d’isolement, d’éloignement de soi de la communauté, une rupture relationnelle, la déconstruction en quelque sorte des liens de solidarité.

Les sociétés totalitaires savent fabriquer des individus amorphes, confinés au retrait, sans liens entre eux.

Pour  les régimes totalitaires, afin de régner sur les masses, il faut s’assurer de la déconstruction des liens de solidarité au sein même de la communauté des hommes. C’est en poussant une forme d’isolement relationnel jusqu’à ses limites les plus extrêmes que les régimes totalitaires ont su  créer des sociétés totalement aliénantes.

Hannah Arendt  « Les mouvements totalitaires sont des mouvements de masse d’individus atomisés et isolés. Par rapport à tous les autres partis et mouvements, leur caractéristique la plus apparente est leur exigence d’une loyauté totale, illimitée, inconditionnelle et inaltérable de la part de l’individu qui en est membre. (...) On ne peut attendre une telle loyauté que de l’être humain complètement isolé qui, sans autres liens sociaux avec la famille, les amis, les camarades ou de simples connaissances, ne tire le sentiment de posséder une place dans le monde que de son appartenance à un mouvement, à un parti. Ni le national-socialisme ni le bolchevisme ne proclamèrent jamais qu’ils avaient établi un nouveau genre de régime, ni ne déclarèrent que leurs objectifs étaient atteints avec la prise du pouvoir et le contrôle de l’appareil étatique. Leur idée de la domination ne pouvait être réalisée, ni par un État, ni par un simple appareil de violence, mais seulement par un mouvement animé d’un mouvement constant. L’objectif pratique du mouvement consiste à encadrer autant de gens que possible dans son organisation et à les mettre et à les maintenir en mouvement; quant à l’objectif politique qui constituerait la fin du mouvement, il n’existe tout simplement pas.".


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Des hommes et des femmes au destin exemplaire, qui ont décidé d’agir en regard de leur liberté de conscience

Un ami (Steph Ark) me rappelait que quand César m'enjoint d'enfreindre les lois divines, je suis contraint de désobéir à César, car « il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Actes 5:29). Ainsi des hommes comme Saint Paul ont eu ce rare courage de le mentionner, de faire ce choix, se soumette à Dieu, à ses lois divines.

Des hommes et des femmes ont ainsi jalonné l’histoire de notre pays. Ils ont obéi à leur conscience pour éviter des carnages ou des tortures inutiles en temps de guerre comme ce geste exemplaire du « général Jacques Pâris de Bollardière, responsable du secteur de l'Atlas blidéen, [qui] fait sensation en annonçant par voie de presse en quelles circonstances il a été amené à renoncer à son commandement. Ancien des Forces françaises libres, parachuté dans le maquis en 1944, il acquiert la conviction, au spectacle des atrocités nazies, que la torture est le propre des régimes totalitaires ».

Il faut du courage à ces médecins, à ces maires ; il faudra du courage demain à ces instituteurs de refuser l’application de lois qui enfreignent « la conscience délicate et sacrée de l’enfant ».


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Conclusion

Pour conclure ce texte et m’inspirer du propos d’un auteur inconnu dont je reprends l’idée, j’aimerais vous évoquer une voix intérieure plus savante que Pascal, plus éloquente que Winston Churchill, plus perspicace que Saint Augustin, plus réformatrice que Calvin et elle s'adresse à plus de monde et avec plus de puissance que  n’importe quel homme. Son auditoire se limite au nombre de gens qui habitent sur cette terre. Elle n'est jamais lasse d’interpeller, elle éprouve constamment le besoin d’importuner, elle se fait entendre de façon permanente. Si nous agissons avec égards, elle peut devenir notre meilleure amie. Si nous la traitons sans égards, elle peut être alors notre pire ennemie et cela pour notre plus grand malheur. Cette voix, c’est la Conscience.

Dans le livre des Proverbes au chapitre 20 et au verset 27,  nous pouvons lire ce texte : "Le souffle le l'homme est une lampe de l'Eternel qui pénètre jusqu'au fond des entrailles." Autrement dit, la conscience c'est la vérité de Dieu qui est mise dans le coeur des hommes. C’est elle qui nous rend libre, elle seule, si nous acceptons de nous laisser éveiller.


Éric LEMAÎTRE

in Éthique Chrétienne

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16.09.2013

Pourquoi voir dans l’idée de détermination la source de tous les maux ?

Chère amie,

Je reviens à la charge !

Je lis le lien que tu m'as donné. Toutes ces études sont intéressantes ; les statistiques semblent de façon un peu magique, faire autorité : à des statistiques, on peut toutefois les interpréter dans un sens ou bien, en fonction du présupposé initial de celui qui argumente, sur la base des mêmes statistiques, vouloir montrer l'inverse...

Nos présupposés ne sont pas, dans ce débat, les mêmes (cela n'a rien de dramatique en soi d'ailleurs !). Une chose qui m'étonne, dans cette affaire du "genre", une chose qui me chiffonne (et qui fait que je n'endosse pas du tout son postulat, cela pour des raisons, non pas spirituelles ou religieuses, mais philosophiques), c'est qu'il faudrait que l'existence humaine initialement fût indéterminée. C'est ce postulat de l'indétermination qui me gêne, parce qu'il constitue, selon moi, une abstraction, une irréalité.

On pourra bien trouver toutes les preuves que l'on voudra, issues de l'expérience, nous naissons fille ou garçon. Il y a certes des accidents de la nature qui laissent apparaître une indétermination initiale, ou plutôt une bi-détermination, si l'on veut être exact, puisque des enfants peuvent naître, semble-t-il, avec des caractéristiques à la fois féminines et masculines (j'entends physiologiques, génétiques). On s'engouffre dans ces exemples parfois pour montrer l’indétermination sexuée et l’arbitraire de l’éducation et de la culture, comme si choisir pour l’enfant était mauvais.

Sur le fond, pourtant, pourquoi vouloir à tout prix défendre l’idée d’une indétermination fondamentale ? On dirait que l’idée de détermination (dans ce qu’elle implique en terme de non-choix) fait peur. Or, la liberté absolue n’est rien ; il en va de même de l’idée d’une égalité absolue qui supposerait une absolue indifférenciation.  Hegel dit (dans l’addition du  § 6 des Principes de la Philosophie du Droit qu’une «  volonté qui ne veut que l’universalité abstraite (…) ne veut rien et n’est donc pas une volonté. Le particulier que veut la volonté est une limitation, car la volonté doit absolument se limiter pour être volonté. Le fait que la volonté veuille quelque chose est une limitation, une négation. C’est pour cette raison que la particularité est ce qu’en règle générale on appelle finitude. » Traduit en Français courant, cela veut dire que la liberté absolue n’est rien et que la liberté n’a de sens que si elle se détermine, autrement dit, que si elle se nie, se particularise.

Or, se déterminer, apprendre à choisir, c’est subir des choix que déjà pour moi on a pu faire. Cela n’est pas forcément un mal. C’est le contraire qui serait mauvais. L’absence de détermination me laisserait dans l’incapacité de savoir poser un choix, de me déterminer. Ce que l’on n’accepte pas (ou de moins en moins bien) aujourd’hui, c’est d’être d’une façon ou d’une autre déterminé sur la base de ce que nous n’aurions pas décidé (cela, au nom de la toute puissance, (j’entends par  là le fait que je veux garder la possibilité de choisir entre tous les possibles).

Déterminés, par conséquent, nous le sommes, non seulement sur la base de nos décisions (quand je me détermine), mais aussi sur la base de ce que je n’ai pas décidé, de ce qui me détermine (par exemple le handicap, que je ne choisis pas). On me dira que ce qui compte, c’est la personne, dans son absoluité ou dans sa singularité. Je répondrais cependant, sur la base de ce que dit Hegel que ce qui me permet d’accéder à l’universel, depuis ma singularité, ce sont mes particularités (féminines ou masculines entre autres)  et que c’est par elles (le moyen terme) que l’universel -1er moment du syllogisme- (le fait d’être un être humain de désir, un être pensant, etc.) se singularise (3ème moment du syllogisme) dans cette histoire que, dans son unicité, je construis.

Déterminé, je le suis toujours déjà. Si cela peut relever de cruelles pratiques ou de cruels usages (ex : excision chez les femmes), je suis d’accord pour les contester, les  changer. Mais pourquoi voir dans l’idée de détermination la source de tous les maux ? Déterminés nous le sommes tous dans le langage par exemple (le français) que nous parlons, dans ces mots qui nous ont été transmis et qui sont toujours chargés de sens, de représentation du monde ou de présupposés. Est-ce mauvais ? Sans cela nous ne penserions même pas. Déterminés nous le sommes par notre histoire, notre éducation, ce que nos aïeux ou les penseurs qui nous ont précédé nous ont transmis : et alors ? Faut-il s’en plaindre ? Sans la tradition (au sens noble du tradere, de la transmission), nous ne serions pas devenus ce que nous sommes. Faudrait-il que le monde fût initialement indéterminé ? Ce serait un monde où n’intervînt aucune initiative, où rien n’aurait commencé. Arendt cite souvent Augustin (Cité de Dieu, XII, 20 je crois : « pour que quelque chose commença, l’homme fut créé »). L’homme (l’humain) est l’être de la détermination du sens et c’est ainsi que tout commence et qu’il y a histoire.

Pour ma part, je ne rêve pas d’indétermination, fusse au nom du doux rêve d’égalité qui a pour conséquence de tout neutraliser, voire de castrer ou d’empêcher de naître. Mes propos peuvent paraître passablement violent (ils restent conceptuels). C’est que je m’insurge contre ce type d’idée par laquelle constamment on dénonce la prédominance masculine (cela est un fait historique : Mme de Beauvoir, nous vous avons entendu) ;  mais la tendance aujourd’hui semble largement s’inverser dans un monde qui se féminise, avec des mœurs en apparence plus douces mais qui ne laissent pas de développer une certaine emprise (moins brutale, plus féminine, plus policée) où tout ce qui serait un peu trop masculin serait comme ringardisé, dénoncé, méprisé.

Non, nous n’avons pas à être égaux, c’est-à-dire nivelés. Et je dis cela depuis l’immense respect que j’ai pour les femmes (sans idéalisation car je sais aussi qu’elles sont bien imparfaites : je ne dis pas ça par rabaissement non plus, mais en réaction contre une certaine idéalisation du féminin)

C’est la philosophie constructiviste sur le fond que je conteste ici (Deleuze, Derrida, Foucault) qui, si intéressants soient-ils sont les enfants de la pensée de la dé-construction, enfants de la pensée nietzschéenne, par conséquent. Cela mène à un relativisme négateur que je conteste. Que cela soit le fondement philosophique des sciences sociales contemporaines qui se focalisent parfois, semble-t-il, sur le tout culturel : soit. Discutons. Mais que cet arrière-fond scientifique avec ses présupposés métaphysiques devienne l’arme de légitimation d’une action politique, je maintiens qu’il y a des dérives idéologiques dangereuses. Quand cela veut passer dans les programmes scolaires, je crois qu’il ne s’agit pas simplement d’un « formatage » au sens classique par lequel on choisissait tel ou tel aspect d’un programme, de mettre l’accent sur telle chose plutôt que telle autre, ou de privilégier même tel point de vue politique. Je crois qu’on est plutôt dans de la « refondation », comme dit Peillon, et je vois cela comme de la « refonte », c’est-à-dire comme une entreprise prométhéenne de fusion (au sens métallurgique du terme), par lequel il faudrait faire comprendre à tout individu qu’il est confondu avec la masse. C’est une pensée que, sincèrement, je considère comme dangereuse, quand elle perd de vue le principe intellectuel de précaution par lequel elle devrait ne conserver que le statut d’hypothèse.

Pour conclure, quand je discute cette idée du « gender », c’est bien sur le terrain philosophique que je la contre (pas sur la base obscure d’un ressentiment). Je parle beaucoup d’idée (peut-être peu des personnes comme tu disais dans un précédent mail) ; mais c’est parce que les idées déterminent ce que nous réalisons (dans tous les sens du termes) ; elles déterminent  le sens que nous donnons au réel ; à nos relations. Les études de genre, quant à elles, s’appuient sur un postulat que je ne partage pas, philosophiquement, et qui a des conséquences que, philosophiquement encore, je récuse. Il ne manque plus que d’en faire un programme politique, et nous entrons dans le meilleur des mondes…

Je suis, comme toi, un incorrigible discuteur…

Portez-vous bien !

Un Veilleur des Ardennes


 

 

12.09.2013

Une posture idéaliste qui semble porter en elle la haine de la distinction pour imposer l’uniformisation

Chère amie,

J’ai vraiment eu du mal à trouver du temps pour répondre sur le fond au mail que tu m’as envoyé en avril. J’essaie de le faire maintenant.

Je reviens sur le mail d’avril et sur le débat autour du mariage homo, ses présupposés, ses conséquences. Même si la loi  a été votée, promulguée, son contexte et l’action gouvernementale qui s’ensuit restent pour moi problématiques et toujours d’actualité.

Le premier point sur lequel je suis amené à réagir, c’est celui de la question de la dignité des couples homosexuels qui amène les promoteurs de la loi, comme par incantation et de façon quasi obsessionnelle, à soupçonner l’homophobie chez quiconque viendrait discuter les intentions et/ou l’action du gouvernement sur ce sujet et sur ce qui gravite autour. La chasse à l’homophobie est une priorité gouvernementale, on le sait ; et ton mail d’avril  n’échappe pas, à mon avis, au procès d’intention. Bien sûr, les choses furent écrites sous le coup de l’émotion et aussi sûrement d’une certaine colère ; mais le mot « homophobie » y revient plusieurs fois comme un anathème pour fustiger une position indéfendable voire immonde sur le sujet.

Je soutiens pour ma part que l’on peut envisager de discuter de l’homosexualité comme n’étant pas foncièrement égale à l’hétérosexualité sans pour cela n’avoir aucune intention de nuire aux personnes homosexuelles et en les respectant complètement dans ce qu’elles sont et dans ce qu’elles vivent. Par conséquent, je conteste (et je vais expliquer pourquoi) l’expression (posée aujourd’hui comme un dogme qu’il est interdit d’effleurer) d’égale dignité des couples (on trouve cette expression, par exemple, dans le numéro de Témoignage chrétien du 14 décembre 2012, dans l’article que tu m’as transmis- « Mariage pour tous, un progrès »- et que tu as distribué à la sortie de l’église). L’article, après avoir rappelé que « l’homosexualité a été persécutée ou opprimée depuis de longs siècles », dit que celle-ci est « une orientation sexuelle aussi légitime et digne que l’hétérosexualité ».

Je vais paraître chicaner, mais la notion de dignité ici utilisée me paraît impropre dans son usage. Il est vrai que ce terme est polysémique et qu’on l’emploie aujourd’hui à toutes les sauces. On parle de vie « digne d’être vécue », on veut pouvoir mourir « dignement », on va parler de la dignité d’un revenu. Le sens n’est pas le même quand on parle de la dignité de la personne. Dans les premiers exemples cités, la dignité désigne les conditions matérielles d’existence ; dans le sens second (qui est volontiers celui que philosophiquement j’embrasse), il ne s’agit plus de conditions relatives, mais de la valeur inconditionnelle, absolue et incomparable de la personne. Ce sens est celui défini par Kant dans les Fondements de la métaphysique des mœurs ; et il est sensiblement différent de celui, emprunté à la philosophie utilitariste anglo-saxonne qui définit l’idée de dignité à partir de l’utilité ou de l’utilisation que l’on peut faire d’une chose ou avoir avec quelqu’un[1].

Parler de la dignité des personnes homosexuelles, cela, comme pour quiconque, ne se discute pas. Parler d’égale dignité des couples, c’est jouer sur une ambivalence. Un couple est par essence relatif, puisqu’il est relationnel (Kant parle du caractère relatif de nos inclinations ou de nos sentiments). Ce n’est jamais une réalité absolue. Le terme de dignité ici employé n’est pourtant pas anodin, car il n’est pas complètement indépendant de la conception kantienne ci-dessus rappelée.  Autrement dit, insidieusement, tout en parlant d’une situation particulière et relative (le couple homo comme le couple hétéro), on infère l’idée qu’il y aurait là quelque chose d’absolu, d’intouchable, comme relevant du sacré. Ainsi, discuter cela serait porter atteinte au dogme de l’intouchabilité de la réalité des sentiments personnels, porter atteinte à la dignité de la personne et blasphémer contre l’individu et sa liberté sacro-sainte.

C’est mal comprendre la réalité du couple qui n’est jamais un absolu mais plutôt une réalité relative par essence. Pour autant, la réalité de la relation homme-femme n’ouvre pas aux mêmes possibilités que celle de l’union homosexuelle qui, comme tu le dis (et c’est aussi la thèse de Besson dans son livre Catholiques et homosexuels, sortir de l’impasse), peut avoir sa fécondité. Ces réalités ne sont pas les mêmes et ne sont pas forcément comparables. Je conteste aussi l’idée d’égale légitimité. Qu’est-ce à dire ?

Si être en couple, c’est éprouver des sentiments, des pulsions, des désirs, et de là, entrer en relation de réciprocité, j’en conclurai que tout sentiment est légitime, et que toute relation a sa valeur intrinsèque et incontestable. Cependant, toutes les relations n’ont pas forcément la même portée. Sans considérer que le couple homme/femme serait spontanément bon, saint, la particularité de cette relation se distingue de toute autre forme de relation à mon avis. De l’homme et de la femme peut jaillir l’excès (au sens étymologique d’ex-cedere) : il y a quelque chose qui « marche avant » eux et qui « marche après » eux, qui les pré-cède et qui peut leur suc-cèder. C’est de la fécondité biologique que je parle ici. Sans l’absolutiser, celle-ci n’est pourtant pas un fait anecdotique. Je sais que la fécondité peut être symbolique et plurielle ; la génération n’est cependant pas un fait accidentel de la relation. Ce quelque chose qui nous excède, c’est la vie dont nous ne sommes pas maître (et je ne mets pas encore Dieu là-dedans ; je le laisse tranquille !). Si « nature » qui vient du latin natus, signifie « naître », la naissance humaine ne se fait pas en dehors de ce fait profondément naturel et culturel à la fois qui est d’être le résultat du jaillissement de cette altérité première, sexuée (séparée, étymologiquement) qui permet une naissance naturelle première ainsi qu’une naissance seconde puisque l’on perçoit intuitivement qu’idéalement, cette altérité (qui n’est pas une radicale étrangèreté de l’homme et de la femme) nous a tous individuellement structuré (ou manqué) dans la présence (ou l’absence) de nos parents.

De ce fait, il n’y a pas égalité de situations. D’un point de vue individuel, émotionnel, sentimental (dans l’attachement et la réciprocité à l’autre), on peut concéder cette égalité ; mais d’un point de vue objectif, c’est-à-dire si l’on considère la réalité (la chose) qu’est le couple homme/femme,  j’y vois une spécificité inassimilable à quelque autre forme de relation.

On me dira que je fonde mon argumentation sur un fait brut de la nature, à savoir que la femme peut enfanter, ce qui serait un argument passablement « animal ». Mais je ne suis pas sans savoir qu’une femme n’est que rarement féconde (24 h par mois, pendant le processus d’ovulation). Autrement dit, elle est très souvent « stérile » au sens physique du terme. Ce n’est pas la fécondité naturelle nécessaire qui fonderait la légitimité du couple homme/femme ; c’est sa possible ouverture à plus que les deux (à savoir la vie) qui en fait une réalité inassimilable. Cela dit, encore une fois, non pas pour idéaliser, mais pour insister sur la spécificité, la différence de cette situation qu’est l’union de l’homme et de la femme. Rendre justice au réel, appeler un chat « un chat », voilà le sens profond de ce qui est juste et vrai. Dire que tout est équivalent et que tout est pareil, voilà ce qui est injuste. C’est en ce sens que je dis que le couple homo et l’union homme/femme n’ont pas la même « légitimité » (lex-legis, en latin, désigne la loi et l’idée de justice ; par mon propos, j’essaie de m’ajuster au réel).

Pour ce qui est du « mariage », le Code Civil de 1804 ne s’appuyait pas sur une réalité religieuse d’abord mais sur un fait « naturel », à savoir que l’union d’un homme et d’une femme (deux être bien imparfaits comme le dit Musset à la fin de  On ne badine pas avec l’amour) peuvent donner naissance, engendrer (c’est le sens originel du mot « parent », qui vient du latin pario, « générer »). Le Code Civil ancien ne faisait qu’instituer la responsabilité des époux l’un envers l’autre et envers la potentielle progéniture vis-à-vis de laquelle ils étaient déjà juridiquement responsables. Autrement dit, ce qui était institué, c’était un lien d’ob-ligation (expression pléonastique), notamment envers les plus fragiles, à savoir, dans l’ordre, la femme et l’enfant ; pas essentiellement des sentiments privés.

Aujourd’hui, le terme de « parent » a profondément changé de sens : on parle à toutes les sauces de « parentalité », faisant sens cette fois vers la fonction qu’ont les époux et non plus vers l’altérité sexuée fondatrice qui permet la génération. Or, une fonction est parfaitement interchangeable. Comme tu le disais, un homme peut être maïeuticien, une femme chauffeur de camion. Ton fils peut avoir appris à l’école, comme tu me le disais dans un mail,  que le rose était une couleur de fille (par parenthèse, les choses seraient peut-être différentes si son frère avait été une sœur : pour ma part, je n’ai rien forcé mais suis obligé de constater que le comportement de ma fille diffère sensiblement de celui de ses frères, même si, parmi ceux-ci, certains sont hyper sensibles ou ont même fait de la danse…) ; beaucoup de choses sont construites, mais on ne construit ni ne se construit jamais à partir de rien. En ce qui concerne le fait d’être parent, ce n’est pas seulement la fonction, ce que je  « fais » qui me définit comme  tel. Si c’était le cas, pourquoi être deux en effet, pourquoi un homme et une femme ; pourquoi pas une équipe éducative, etc.

J’ai bien entendu l’argument que tu as développé et qui est de dire que le droit français protège de façon exagérée le lien biologique. Sans vouloir le défendre comme un lien absolu (Dark Vador le méchant était bien le père indigne du sauveur Luc Skywalker que ce dernier aura dû finir par terrasser !), le lien naturel à l’enfant ne peut être ignoré. Affirmer, comme le fait la ministre de la Justice  que la « parentalité »[2] devient un fait social, culturel et choisi, c’est tomber à mon avis  dans un excès.

Avant, dans le mariage, ce qui était juridiquement fondateur, ce n’était pas l’état ou l’intensité du sentiment amoureux ; c’était la possibilité d’être parent. Cela concerne la société qui a son mot à dire en ce qui concerne la perpétuation de ce qu’elle est (sans ingérence non plus, mais en terme de protection de la famille).  Avec la loi nouvelle, ce qui est fondateur, c’est l’ordre du sentiment et la reconnaissance de toute forme d’inclination amoureuse. Pour le coup, l’État devient très intrusif et outrepasse son rôle qui est d’envisager le citoyen dans sa généralité et l’homme et la femme dans leur union particulière. S’intéresser à la singularité de la situation sentimentale, c’est donner à la loi un grand pouvoir. Vouloir changer les mentalités sur ce point peut légitimement laisser craindre une volonté d’emprise totale quoique douce et humaine  en apparence et dans ses intentions. Du point de vue des citoyens enfin, c’est penser que le droit doit nous rejoindre jusque dans la singularité de nos désirs. Cela peut ouvrir la porte à une pluralité de revendications délirantes pour satisfaire la démesure de nos désirs qui, par définition, sont sans limite. [3]

Je ne veux pas faire injure aux personnes homosexuelles ; je tiens seulement à redire la spécificité de la famille et de son fondement (l’altérité sexuée, un père, une mère). Les modèles familiaux sont multiples, d’un point de vue ethnique, culturel, existentiel, je ne suis pas sans le savoir. Toute famille humaine est bien imparfaite. Il n’empêche que, même si on a été élevé par ses grands-mères ou toute autre situation, nous n’avons qu’un père et qu’une mère ; et c’est bien sur ce fait naturel que l’on peut souhaiter que se construise une existence, y compris dans la recherche d’un père et/ou d’une mère symboliques.

Les homosexuels ne pourraient-ils pas jouer pleinement ou symboliquement ce rôle de parents ? 

Je crois que l’on peut avoir été élevé par deux pères et être équilibré ; mais je crois aussi que dans cette situation quelque chose (ou plutôt quelqu’un) aura manqué ; de même que, sans faire offense aux enfants de divorcés, on peut dire que cette situation, en général, laissé des blessures plus ou moins profondes. Il n’y a pas de papa et de maman idéale ; on peut reconnaître et même donner une reconnaissance juridique à des situations familiales plurielles ; mais uniformiser le réel sur la base de la conception des adultes qui veulent que tout revienne au même, je dis que c’est un déni de réalité. Idéalement, sans être idéalisant, un enfant a besoin de son père et de sa mère vivant leur relation si possible dans la paix et dans la stabilité.

Être parent ne se réduit pas au seul fait de remplir une fonction, de changer les couches ou de sortir les poubelles (pas plus qu’il ne se réduit au seul fait d’être géniteur). Il y a une altérité fondatrice qui échappe aux époux eux-mêmes parce qu’elle relève du mystère. Le mystérieux n’est pas l’occulte ; il est ce qui ne cesse de m’étonner et ce que je n’en finirai jamais de comprendre. Tout être est pour quiconque un mystère, je l’accorde ; et je suis moi-même pour moi-même un mystère. Mais l’altérité homme/femme dans la relation ne relève pas que de la différence génitale ; elle relève aussi de l’altérité ontologique. Je ne veux pas essentialiser, absolutiser ou réduire la femme dans un rôle (comme Beauvoir le signifiait dans leDeuxième sexe) ; pas plus, pas moins pour l’homme. Mais cette distinction sexuée, naturelle a des incidences psychologiques, émotionnelles, intellectuelles, spirituelles évidentes si bien que dans mon être au monde, être homme ou être femme n’est jamais indifférent. Je ne dis pas que l’homosexuel nie la différence (l’homosexualité masculine n’est pas le lesbianisme) ; mais j’affirme la polarisation essentielle (et non accidentelle) du féminin et du masculin dans la définition de notre identité, ce qui forcément a une incidence dans la nature de nos relations.

Dans Éthique et Infini, Lévinas pensait la relation homme/femme de la façon suivante : ce qui en l’autre sexe se cherche (entre le masculin et le féminin), ce n’est pas « un autre attribut en l’autre », mais un « attribut d’altérité ». Soyons précis : l’être humain est un être de désir. En ce sens, nos relations humaines sont par essence des relations d’êtres de désir à d’autres êtres de désir. On peut dire que, selon Lévinas, toute relation inter-humaine est une érotique (qui me convoque dans ma responsabilité et m’amène à discerner envers quiconque ce que je peux donner ou recevoir). Cela dit, dans la pluralité de nos relations, il y a une spécificité de l’opposition du féminin et du masculin ; une polarisation. La polarité n’est pas un positionnement absolu (il y a toujours plus au nord ou plus au sud que moi). Mais il n’y a de nord que par rapport à un sud. Cette opposition polarisée, que je le veuille ou non, me fonde physiquement mais aussi métaphysiquement. John Gray l’Américain a très bien signifié cela, sur la base de sa très riche expérience de thérapeute de couples. Cette différence entre les hommes et les femmes est relatée dans son livre Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Venus. Mme Codalen, psychanalyste, répond dans son ouvrage Toi mars, moi Venus, ou le contraire que le propos de Gray est inepte et que nous sommes universellement des êtres de désir ; voilà ce qui indistinctement nous constitue. Pourtant, même si le propos de Gray peut friser la caricature ou paraître schématique ; même si aucune relation ne se fait sur la base d’une technique de communication, l’intuition et l’exposé de l’auteur américain n’est pas hors de sens. La féminité et la masculinité ne se réduisent pas à la génitalité et ont une incidence décisive dans mon rapport au réel, dans mon être-au-monde.

Qu’en est-il de cette universalité de l’être humain ? L’égalité de condition est une chose indiscutable. Elle est un acquis de la pensée moderne et contemporaine. Cependant, elle n’est pas sans risque si on la comprend comme égalité des conditions (au pluriel). C’est Hannah Arendt qui, dans son texte Les Origines du totalitarisme au tome I (Sur l’antisémitisme), explique que « l’égalité des conditions,[est] à coup sûr un impératif fondamental de justice, [et] aussi l’une des plus grandes et des plus hasardeuses entreprises de l’humanité moderne » (ch.3 p.103-104 édition Points). Elle explique en effet que  « l’égalité exige que je reconnaisse tout individu, quel qu’il soit comme mon égal », si bien que des « conflits entre des groupes différents qui (…) refusent de se reconnaître réciproquement cette égalité de base » ont revêtu « des formes si effroyables ». Ce qu’elle veut dire, c’est que le  XXéme siècle a connu de grandes entreprises de nivellement. Cela est un effet pervers d’une notion — noble initialement — qui est celle d’égalité. L’égalité universelle ne peut ni ne doit être une négation des particularismes (Hegel avait déjà signifié cela à la remarque du §209 des Principes de la Philosophie du Droit). L’égalité de droit n’est pas l’égalité de fait ; cette dernière étant  impossible à obtenir vu que, d’un point de vue concret, les différences sont inassimilables. L’uniformisation est un danger. Quoique politiquement la revendication de l’égalité des conditions puisse se justifier, elle est, dans les faits, inaccessible. L’égale dignité des personnes n’est pas l’égalité des situations. Cette fiévreuse revendication d’égalité, Tocqueville l’a parfaitement décrite (Arendt s’inspire beaucoup de Tocqueville) dans son ouvrage La démocratie en Amérique[4] ; le XXéme siècle a réalisé dans son caractère le plus abject ce que pouvait être une société uniforme.

Si je m’en vais sur ce terrain, c’est que l’idée d’un « mariage pour tous », ponctuellement s’appuie sur un tel présupposé d’égalité uniformisante. Le paradigme sur lequel s’appuie l’idée d’un « mariage pour tous » est celui d’une parfaite interchangeabilité des conjoints, sans que la différenciation sexuée ne doive intervenir. Autrement dit, ce qui fonde la nouvelle définition du mariage, ce n’est plus le fait objectif et réel de la possible parenté (entendu au sens de la possibilité de générer puis d’éduquer l’enfant) ; c’est la reconnaissance et la consécration du fait subjectif (même s’il est relationnel, puisque l’on parle bien aussi de couple et de relation) qu’est le sentiment des individus. Même s’il y a réciprocité sentimentale, c’est l’ordre subjectif qui ici fait autorité ; non plus la possibilité objective et excessive de recevoir la vie dans la présence de l’enfant. C’est la famille et l’enfant que l’État et la société précédemment protégeait dans l’institution du mariage (c’est aussi cette conception que l’article 16 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 défend) ; aujourd’hui, c’est l’inclination d’individus adultes, certes liés dans la réciprocité, que l’État consacre. En effet, comme le disait la Garde des Sceaux, nous changeons de civilisation, nous changeons de référent, de paradigme. À dire vrai, le changement n’est pas d’aujourd’hui, il est profondément ancré dans la mentalité moderne (j’entends depuis la pensée du XVIIéme siècle) ; la loi actuelle ne fait que rendre effectif, sur ce point, une revendication (qui n’est pas prêt de s’arrêter) qui est de consacrer (jusqu’à la calcination : Giacometti exprime cela très bien dans ses sculptures) les désirs de l’individu.

Je ne fustige pas le désir homosexuel. J’insiste en disant que la réalité de sa situation n’est pas la même que celle de l’union d’un homme et d’une femme. C’est cela que le droit continuait de distinguer en reconnaissant la spécificité du mariage à l’union de l’homme et de la femme qui seuls peuvent être parents au sens plénier (naturel et culturel) du terme. Qu’un couple homosexuel se retrouve secondairement en situation d’autorité parentale (puisqu’il aura bien fallu un homme ou une femme pour générer l’enfant), cela ne me gêne pas ; que la loi en prenne acte ad hoc, pourquoi pas. Mais que de façon programmatique la loi dise que le couple homme/femme est comme un couple homosexuel, il y a là une posture idéaliste qui semble porter en elle la haine de la distinction pour imposer l’uniformisation.

Pour ce qui est de l’adoption, elle s’appuyait jusqu’ici sur la parenté naturelle et première (la présence de parents sexuellement différenciés, même si des dérogations étaient accordées à des célibataires). Cela veut dire que la parenté symbolique prend tout son sens à partir d’une parenté première et naturelle. Mais aujourd’hui, on ne voit plus pourquoi des individus devraient être privés de la possibilité et du bonheur d’avoir des enfants. Le fait naturel est complètement évacué au profit de l’affirmation de la liberté et de l’égalité des individus.

Le risque d’uniformisation est bien réel. Le « djènnedeure », comme tu dis, y est aussi pour quelque chose. Tu dis que l’appellation d’ « idéologie » est une stigmatisation vaticane, presqu’ignorante du phénomène dans sa complexité[5]. Je prends acte du fait que les « études de genre » sont une nébuleuse complexe qui ouvre à une pluridisciplinarité difficile à étiqueter derrière une conception uniforme. Il n’empêche qu’il y a là ce qu’on peut appeler un paradigme (comme le dirait Kuhn dans la Structure des révolutions scientifiques), c’est-à-dire un cadre de recherche ; et qu’aucun cadre de recherche, à ma connaissance, ne jouit d’une incontestabilité absolue. Que l’on conteste a priori la possibilité d’exister d’un cadre de recherche sans plus approfondir les choses, je comprends que cela puisse irriter ; mais que ce cadre soit discuté voire contesté dans ses présupposés ou dans ses conséquences, quoi de plus légitime intellectuellement ?

Quand le Vatican met en garde, sur les questions d’identité sexuelle, sur le fait que l’on ait une compréhension exclusivement culturelle, sociale, constructiviste de la sexualité, qu’est-ce qui gêne ? Ce n’est pas parce que c’est le Vatican qu’il n’a pas le droit de réfléchir et de le faire sur des bases anthropologiques ou philosophiques qui ne sont pas forcément celles de la pensée contemporaine constructiviste et relativiste. Quand Favier présente Anatrella (prêtre psychanalyste hostile au gender et à ses conséquences radicales) comme une posture académiquement isolée, est-ce un argument définitif et disqualifiant ?

Les positions radicales sont toujours gênantes du fait de la fermeture au dialogue qu’elles impliquent ; mais l’ouverture à la discussion n’implique pas qu’il faille comme un mouton tout accepter pour se faire tondre. En ce qui concerne le « djèndeure », on n’en est plus au stade de la simple réflexion ou de l’investigation universitaire. L’actualité pullule d’exemples où la pensée uniformisante s’impose jusqu’au sein des écoles où des familles doivent parfois faire face à des amendes ou à des peines de prison (c’est le cas en Allemagne[6], en Espagne,etc.). En France, on en est seulement au stade de la répression de manifestations pacifistes (je pense au mouvement des Veilleurs et au délit de pensée malfamée).

Je n’ai pas besoin du Vatican pour élaborer une pensée personnelle, même si ses documents me paraissent fort intéressants et plus sage que ce que la presse ou la pensée ambiante veut bien en dire[7]. Que les « études de genre » soit un cadre de recherche, très bien ; mais que cela devienne un principe d’action politique systématique et indiscuté (c’est ce que nous voyons se réaliser depuis plusieurs mois), cela nous inquiète. Nous sommes bien dans la dérive idéologique. Karl Marx est un grand penseur qu’en tant que philosophe, économiste, sociologue, etc. je respecte. Il n’empêche que la base de sa pensée (le matérialisme dialectique) a historiquement donné lieu à des dérives idéologiques. Le Darwinisme a toute sa légitimité scientifique (même s’il n’est pas scientifiquement et rationnellement incontestable). Le darwinisme social et le scientisme ont pourtant légitimé scientifiquement l’horreur nazie. Que des sociologues, des historiens, des biologistes, des médecins des philosophes discutent de la construction de l’identité sexuelle, très intéressant. Par contre, que l’on veuille venir bourrer le crâne de mes gosses dès la grande section de maternelle sur le fait qu’il peut choisir sa masculinité ou sa féminité, dans l’indifférence, je n’ai pas tellement envie de laisser faire ; non par homophobie, mais refus de transformer une hypothèse scientifique — discutable — en dogme sacro-saint de l’individu condamné à être libre, comme dirait Sartre, pour se choisir dans l’Absolu et l’absence de toute détermination initiale. Toute philosophie, si noble soit-elle, n’a jamais valeur de dogme. C’est vrai pour un adulte et pour un élève de 18 ans ; ça l’est a fortiori pour un enfant de 6 ans[8] dont l’éducation incombe en priorité aux parents, ce que semble contester aujourd’hui le gouvernement, pas seulement français.

Pour finir sur ce volet et pour appuyer scientifiquement mon argument, j’appelle « idéologie » une théorie, logiquement satisfaisante, voire plus rassurante que le réel, (le réel étant toujours trop complexe, imprévisible comme dirait Bergson) et  qui finit par nous couper de la réalité. Ce n’est pas sur l’autorité du Vatican que j’appuie mon propos mais sur la réflexion de Hannah Arendt[9]. Que l’identité sexuelle soit un fait essentiellement culturel dans la construction de soi, je ne l’ai, pour ma part, jamais nié ; à condition que l’on considère (c’est ce que j’avais écrit dans mon premier mail en citant Merleau-Ponty) que le culturel en l’homme n’a de sens que sur la base de la nature qu’il transforme[10]. Autrement dit, en l’homme, la nature sans la culture est une hérésie philosophique (je veux bien contester les partisans du « tout naturel » ou du « tout biologique ») ; la culture sans la nature en est une autre. L’exaltation du « je choisis tout » et d’une liberté absolue pensée comme construite exclusivement à partir de  soi, c’est joli comme idée, mais d’un point de vue éducatif, cela peut s’avérer catastrophique. Là aussi, je contesterai la thèse.

Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que le paradigme constructiviste (via la pensée de Foucault par exemple) qui semble déconstruire et délégitimer toute idée de nature pour renvoyer à la seule idée de choix absolument libre ouvre la porte insidieusement à une nouvelle compréhension de l’idée de nature[11]. Je m’explique : puisque rien ne prédétermine mes actions, mes orientations, mes choix, je suis absolument libre, si bien que, en matière de sexualité, je dois être à l’écoute de moi-même dans le sens d’une totale liberté. Aucune tendance, aucune tension n’est alors anodine ; elle exprime une pulsion qui en soi a toute sa légitimité. Par conséquent, la répression des pulsions devient un fait culturel illégitime. Culturellement n’aura de sens que le fait de cultiver ce que je ressens et d’exalter toute forme de plaisir. L’idée de nature est là aussi bien présente. Ce qui maintenant la fonde, c’est la légitime satisfaction de mes désirs (si bien que mon genre peut au cours de ma vie évoluer). Ne pas écouter ses tendances, ce serait les refouler de façon non légitime. Ce qu’on constate, c’est que le concept de nature ne disparaît pas (chassez le concept de nature, pourrait-on dire, et il revient au galop !) ; il change de sens (ainsi que le concept de culture qui doit cultiver la liberté sans frein et bannir toute morale ou culture archaïsante). Avec le nouveau concept de nature (cautionnant la liberté absolue où je dois être à l’écoute de mes tendances), il est possible que je sois au final dans la plus grande dépendance (mes tendances naturelles qui impérieusement devraient être satisfaites). Autrement dit, l’idée d’un « je me choisis comme je veux » peut devenir véritablement tyrannique[12] . Si de plus cela prend une tournure politique et collective, on est en droit de discuter voire de ne pas se laisser imposer des lois d’un genre nouveau qui voudraient régenter jusqu’à l’intime…

Je ne suis pas dans le délire, le point de Godwin ou la théorie du complot. Cela fait plusieurs mois, disais-je plus haut, que nous sommes dans l’effectif et la concrétisation des idées. Quand on voit que les écoles de formation des enseignants (il faudrait dire de formatage), des enseignants d’enseignants se foutent à poil pour apprendre la déconstruction des stéréotypes ou des interdits culturels, je m’inquiète sur ce que l’on cultive. À vrai dire, je ne sais s’il faut en rire ou en pleurer ; et je me demande de quel côté on dis-joncte, au sens propre du terme, c’est-à-dire de quel côté on se coupe du réel… [13]

Lorsque je parle de programme d’État, je ne puis ne pas évoquer l’attitude (qui n’a rien perdu de ce que Machiavel enseigne) de notre cher Ministre de l’Intérieur. L’action et l’actualité des Veilleurs est soigneusement tue (ajoute un accent aigu sur ce dernier mot, en l’accordant, et le terme est encore signifiant). Cela est vrai de l’attitude médiatico-politique depuis le début sur la considération des faits par le pouvoir qui, à mes yeux, est loin de s’honorer. Sortir des hordes de CRS face à des manifestants pacifiques que l’on fait passer pour des extrémistes, quel courage politique ! Tu parlais dans un précédent mail de la puissance de certaines familles, entité qu’il serait peut-être vain de défendre, au profit de causes autres ou plus nobles. Laisse-moi t’exprimer mon désaccord sur ce point, du fait de son anachronisme. L’ère contemporaine se situe du côté de l’exaltation de l’individu, pas du tout du côté de la défense de la famille depuis longtemps affaiblie. Ces dernières sont (comme toute situation familiale) à mon avis fragiles, bâties sur un équilibre non évident à préserver. Aujourd’hui, c’est plutôt du côté des individus qu’il faut rechercher les puissants[14]. Les familles influentes, cela valait peut-être du temps de l’aristocratie. S’il peut en exister encore aujourd’hui, ce n’est pas le cas de la famille moyenne (traditionnelle, ou plurielle, c’est-à-dire monoparentale, recomposée, etc.). J’en veux pour preuve le fait que, si les manifestations de la Manif pour Tous n’avaient pas été celle de familles classiques, de vieux, de célibataires pacifiques, d’homosexuels même,[15] etc. elle n’aurait pas eu le traitement qu’elle a eu. Quand on voit que quelques centaines de chauffeurs de taxi font plier le gouvernement dans ses décisions ou que quelques centaines de manifestants d’Électrolux (à raison) l’inquiètent, ça montre vraiment que les gens de LMPT dans l’immense majorité étaient plus proche de pacifistes que des activistes d’extrême droite. Sauf mon respect pour sa fonction, un Président fort avec les faibles et faible avec les forts, voilà ce que nous avons.

Pour ma part, c’est aujourd’hui du côté des Veilleurs que je me situe, sans haine, sans rejet de quiconque ni de personne, mais sans rougir non plus de ce que je pense et crois. Si cela me vaut de figurer sur un quelconque « mur des cons » ou « mur des homophobes », alors la liberté en moi saignera mais continuera de façon irrépressible de vouloir s’exprimer contre toute forme de pensée unique qui prend déjà des tournures tyranniques.

Je ne veux pas être moi-même despotique envers quiconque et accepte la pensée autre, même si je suis prêt à me battre par les arguments contre la diffamation. Je crois, pour finir, que Tocqueville a profondément été visionnaire lorsque, à la moitié du XIXème siècle, il décrivit la nature des mœurs contemporaines démocratiques. Sans aucune haine de la démocratie (il le dit dans son introduction et à plusieurs reprises dans son ouvrage), il est important d’en voir les possibles dérives. Celles-ci sont de l’ordre du nivellement, de l’uniformisation vers la médiocrité; et cela s’exerce dans l’impératif d’une pensée uniforme où la différence n’ose plus s’exprimer. La tyrannie des âmes est alors plus dangereuse (même si le propos peut paraître décalé) que n’importe quelle forme de torture physique. C’est ce qu’il appelle la « tyrannie douce ». Je crois que c’est ce qu’aujourd’hui nous vivons.[16]

Je m’excuse d’avoir été aussi long. Je t’assure sincèrement que je n’ai pas voulu m’épancher. J’ai seulement voulu suivre le fil logique d’une pensée, la mienne, sans pour autant m’enfermer (autant que j’ai pu, je suis allé lire des choses sur la question, y compris dans le « camp adverse » ; c’est pourquoi j’ai répondu aussi longtemps après ton mail d’avril).

Je n’ai aucune rancœur, aucune amertume dans mon propos. J’espère ne pas avoir laissé transparaître cela. J’ai réagi fortement car le fait de m’être senti (et de nous être sentis) comme rejetés par des amis du fait de ce que l’on pouvait penser ou croire m’a (et nous a) heurté. Je sais que cela est de part et d’autre involontaire. J’ai longtemps écrit et pesé mes mots, pas tant pour convaincre, mais pour de la façon la plus honnête qui soit, défendre une posture qui, selon moi et quoi qu’on en dise, a toute sa légitimité.

C’est ce que j’ai essayé de démontrer ; je ne sais si j’y suis parvenu. Pardon si j’ai pu être blessant. Même dans la polémique, là n’est pas mon intention.

 

En toute amitié

Un Veilleur des Ardennes 

 


[1] Pour l’utilitarisme, je me réfère aux pensées de Bentham puis de John Stuart Mill. La définition kantienne de la dignité, qui me paraît plus juste puisqu’elle se réfère à la valeur absolue de la personne, est par exemple exprimée de la façon suivante dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, 2° partie:  « Dans le règne des fins [pour l’homme] tout a un prix ou une dignité. Ce qui a un prix peut être aussi bien remplacé par quelque chose d’autre, à titre d’équivalent ; au contraire, ce qui est supérieur à tout prix, ce qui par suite n’admet pas d’équivalent, c’est ce qui a une dignité. Ce qui rapporte aux inclinations et aux besoins généraux de l’homme, cela a un prix marchand ; ce qui, même sans supposer de besoin, correspond à un certain goût, c’est-à-dire à la satisfaction que nous procure un simple jeu sans but de nos facultés mentales, cela a un prix de sentiment ; mais ce qui constitue la condition, qui seule peut faire que quelque chose est une fin en soi, cela n’a pas seulement une valeur relative, c’est-à-dire un prix, mais une valeur intrinsèque, c’est-à-dire une dignité. »

[2] Pour la distinction entre « parenté » et le terme récent de « parentalité », je m’appuie sur  les analyses de Thibaut Colin, dans son livre Les lendemains du mariage gay, édition Salvator, collection Carte blanche, juillet 2012.

[3] Sans faire d’amalgame, on voit la revendication des droits fleurir. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis (comme à d’autres endroits), des pédophiles ont situé leur inclination et leur pratique au même rang de légitimité que toute autre inclination sexuelle. Ils demandent la reconnaissance de leurs droits : direct.cd/2013/04/29/etats-unis-les-pedophiles-reclament-les-memes-droits-les-homosexuels.html. Cela a été repris aussi par mediapart.

[4] cf le début de l’introduction de La démocratie en Amérique ; cf aussi le tome I, 1°partie, chapitre 3 p.115-116 en GF.

[5] Je suis allé voir le blog http://penser-le-genre-catholique.over-blog.com/ ainsi que l’article d’Anthony Favier que tu m’avais indiqué sur la réception des « études de genre » par l’Eglise catholique, dans le contexte francophone :

http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/76/57/86/PDF/R...

[6] Va voir l’article suivant ; (on croit rêver, ou plutôt, pour ma part, cauchemarder…)http://www.contrepoints.org/2013/09/03/137364-assaut-poli...

[7] J’ai bien aimé la référence qu’Anthony Favier fait aux propos du Magistère aux pages 13 et 14 de l’article cité en note plus haut. Voici les propos de  Josef Ratzinger que Favreau cite. Ceux-ci sont extraits de laLettre aux Evêques de l’Eglise catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Eglise et dans le monde du 31 mai 2004 (Paris, Salvator, p.13) : « Pour éviter toute suprématie de l’un ou l’autre sexe, on tend à gommer leurs différences, considérées comme de simples effets d’un conditionnement historique et culturel. Dans ce nivelage, la différence corporelle, appelée sexe, est minimisée, tandis que la dimension purement culturelle, appelée genre, est soulignée au maximum et considérée comme primordiale. L’occultation de la différence ou de la dualité des sexes a des conséquences énormes à divers niveaux. Une telle anthropologie qui entendait favoriser des visées égalitaires pour la femme en la libérant de tout déterminisme biologique, a inspiré en réalité des idéologies qui promeuvent par exemple la mise en question de la famille, de par nature biparentale, c’est-à-dire composée d’un père et d’une mère, ainsi que la mise sur le même plan de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, un modèle nouveau de sexualité polymorphe. »

[8] J’ai vu dans les grandes ligne le document du syndicat SNUIPP-FSU sur l’éducation à l’égalité et la lutte contre l’homophobie : en terme d’endoctrinement implicite, ça fait froid dans le dos. Les intentions sont excellentes ; les applicatiions pratiques sont effrayantes dans ce qu’elles peuvent imposer en terme de vision du réel excluant toute alternative éducative. En 1789, l’exigence de liberté avait déjà conduit à la Terreur. Peillon qui a écrit La Révolution française n’est pas terminé semble sur la même voie. Contrairement à ce que tu écrivais dans un mail, je pense que sa posture, au sein du gouvernement, est loin d’être isolée (cf www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers_joints/p...).

[9] Aller voir pour cela les pages 294 à 299, au chapitre 4 du tome III - « Le Système totalitaire »- des Origines du totalitarisme (édition Points-Essai). une « idéologie » n’est pas n’importe quelle idée, théorie ou philosophie. Il s’agit d’une conception qui prend ses distances avec le réel et qui cherche à le supplanter. L’« idéologie » relève de la « logique d’une idée » qui  propose une vision mensongère plus satisfaisante parce que plus simple, plus schématique et, au final, moins déroutante que le réel et son caractère foisonnant, déstabilisant.

[10] La référence à Merleau-Ponty était la suivante : Phénoménologie de la perception, livre I, chapitre 6, pp.220-221). En l’homme, rien n’est naturel et  tout est culturel, à condition que l’on ne pense pas le culturel indépendamment de sa base naturelle et biologique : « Il n’est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d’embrasser dans l’amour que d’appeler table une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain sont en réalité des institutions. Il est impossible de superposer en l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait « naturels » et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique – et en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale… »:

[11] Pour ma part, je préfère philosophiquement me référer à l’idée aristotélitienne de « nature ». D’aucun diront que le paradigme aristotélitien est désuet et archaïsant pour penser l’homme. Pourtant, Penser que la philosophie constructiviste et relativiste contemporaine soit la seule qui vaille (avec cette croyance présupposée dans le progrès des sciences), c’est mal comprendre le sens de ce que philosopher veut dire. La philosophie aristotélitienne est une philosophie « finaliste », ce qui veut dire que son paradigme pour comprendre le réel intègre l’idée de « cause finale », concept contesté par la philosophie moderne (notamment par Spinoza dans l’appendice du livre I de l’Ethique). Cela dit, rien n’indique a priori que, pour comprendre la nature humaine, une philosophie soit obsolète. La façon qu’Aristote a de comprendre l’éthique et le politique est loin d’être insensée. Anthropologiquement, il n’est pas forcément inepte de voir une finalité inhérente et excédant l’homme et la femme dans leur relation. On peut penser un déterminisme sans que cela implique une prédétermination de nos vies : la liberté reste sauve !

[12] Jean Claude Guillebeaud développe cela dans son livre La Tyrannie du plaisir où il analyse très clairement l’injonction de jouissance dans laquelle culturellement aujourd’hui nous baignons tous.

[13] Va voir le lien (« Queer days Rachele Borghi) relatif au cours de Rachele Borghi de l’université  Paris IV Sorbonne. Elle serait professeure de géographie, militante du genre et spécialiste du post-porn, formatrice des futurs professeurs d’Histoire Géographie. On croirait un  canular étudiant. Elle se fout à poil en faisant son « cours ». Tout est possible !...

[14] L’influence et l’action par exemple, de quelqu’un comme Pierre Berger sur les médias et sur le politique le montrent.

[15] Il n’y a pas que Philippe Ariño  qui se soit exprimé sur la question. On le taxe d’homophobie ; je veux bien que l’on puisse ne pas s’aimer soi-même, mais on peut peut-être écouter tous ceux qui sont concernés par rapport à une question et ne pas forcément s’arrêter à un propos monolithique. Le mal être de l’homosexuel peut être dû à la société qui a sa part de responsabilité et c’est bien dommage ; mais il y a aussi des questions existentielles ou personnelles à écouter et à entendre. Le site homovox.com a pu exprimer cela ; d’autres personnes, homosexuelles, se sont aussi  exprimées dans le sens de la non-conformité à la bien pensance ambiante (cf par exemple le témoignage d’Yves Colin, maire et homosexuel, qui s’est publiquement opposé au projet de loi et à l’idée de l’appréhension uniforme des situations affectives : http://www.yvescolin.fr/article-un-maire-homosexuel-contr...).

[16] Voici comment Tocqueville perçoit la différence entre les tyrannie anciennes et la nouvelle forme de tyrannie émergente qui caractérise notre époque (in De la démocratie en Amérique, tome I, II°partie, chapitre 7). Je ne puis m’empêcher de le citer longuement : « La pensée est un pouvoir invisible et presque insaisissable qui se joue de toutes les tyrannies. De nos jours, les souverains les plus absolus de l’Europe ne sauraient empêcher certaines pensées hostiles à leur autorité de circuler sourdement dans leurs Etats et jusqu’au sein de leurs cours. Il n’en est pas de même en Amérique : tant que la majorité est douteuse, on parle ; mais dès qu’elle est irrévocablement prononcée, chacun se tait, et amis comme ennemis semblent alors s’attacher de concert à son char. La raison en est simple : il n’y a pas de monarque si absolu qui puisse réunir dans sa main toutes les forces de la société et vaincre les résistances comme peut le faire une majorité revêtue du droit de faire les lois et de les exécuter. Un roi d’ailleurs n’a qu’une puissance matérielle qui agit sur les actions et ne saurait atteindre les volontés ; mais la majorité est revêtue d’une force tout à la fois matérielle et morale, qui agit sur la volonté autant que sur les actions, et qui empêche en même temps le fait et le désir de faire.(…)Des chaînes et des bourreaux, ce sont là des instruments grossiers qu’employait jadis la tyrannie ; mais de nos jours la civilisation a perfectionné jusqu’au despotisme lui-même, qui semblait pourtant ne plus rien avoir à apprendre.(…) Sous le gouvernement absolu d’un seul, le despotisme, pour arriver à l’âme, frappait grossièrement le corps ; et l’âme, échappant à ses coups, s’élevait glorieuse au-dessus de lui ; mais dans les républiques démocratiques, ce n’est point ainsi que procède la tyrannie ; elle laisse le corps et va droit à l’âme. Le maître n’y dit plus : vous penserez comme moi ou vous mourrez ; il dit : vous êtes libre de ne point penser ainsi que moi ; votre vie, vos biens, tout vous reste ; mais de ce jour, vous êtes un étranger parmi nous. Vous garderez vos privilèges à la cité, mais ils vous deviendront inutiles ; car si vous briguez le choix de vos concitoyens, ils ne vous l’accorderont point, et si vous ne demandez que leur estime, ils feindront encore de vous la refuser. Vous resterez parmi les hommes mais vous perdrez vos droits à l’humanité. Quand vous approcherez de vos semblables, ils vous fuiront comme un être impur et ceux qui croient en votre innocence, ceux là même vous abandonneront, car on les fuirait à leur tour. Allez en paix, je vous laisse la vie, mais je vous la laisse pire que la mort. »

02.09.2013

Le « genre » : un outil éducatif majeur qui permettra la déconstruction des repères élémentaires liés à la vie affective et sexuelle, à la vision de la famille et de la société

Intervention de Ludovine de la Rochère auprès des Veilleurs lors de la veillée du 31 août à la Concorde – venue présenter aux côtés de Camel Béchikh les orientations de la Manif Pour Tous pour l’année à venir.

 

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« Bonsoir,

Je suis très heureuse d’être à nouveau avec vous ce soir, de vous faire part de mon amitié et de ma solidarité, de vous rencontrer et vous écouter. Il y a quelques jours j’étais à Pau avec les veilleurs du Béarn. J’y ai senti la même écoute, la même ferveur, la même envie de témoigner pour réveiller la conscience de nos contemporains. C’est sans aucun doute ce que vous venez de vivre au cours de votre périple. Je voudrai également saluer votre mouvement, ses organisateurs et bien sûr chacun de vous, Les Veilleurs. Vous formez une force, je veux dire une force d’idéaux, de valeurs dans lesquelles tous les hommes et les femmes de bonne volonté se reconnaissent, d’où votre succès, d’où votre pérennité et votre ancrage territorial avec la multiplication des veillées.

Vous faites partie d’un mouvement qui marquera l’histoire politique et sociale de notre pays : par la nouveauté de son mode d’action, par son ouverture aux autres, par le calme qu’il impose dans le tohu-bohu actuel, par son pacifisme, par la solidité de son corpus intellectuel et philosophique. Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, La Manif Pour Tous et les veilleurs sont les deux faces d’une même médaille. A l’orée de cette année 2013-2014, nous sommes décidés, tous, à poursuivre notre chemin avec détermination !

Quels seront les enjeux de notre engagement cette année ?

Nous continuerons bien-sûr de promouvoir une société respectueuse de l’altérité sexuelle homme/femme, du droit de l’enfant et de la famille. Compte-tenu du contexte, nous poursuivrons aussi notre défense des libertés fondamentales de tout citoyen français, en particulier liberté d’expression, de conscience et d’éducation. Le genre est le fondement de la loi Taubira et de ses conséquences. Elle est au cœur du changement de civilisation en cours. Je voudrai donc, ce soir, insister sur ce sujet.

 

La diffusion du concept de genre

Qu’est-ce que ce concept qui, disons-le tout de suite, n’a aucun fondement scientifique. C’est, tout simplement, la remise en cause de l’identité sexuelle homme/femme. Qu’est-ce qu’implique ce concept pour notre société et pourquoi en entendons-nous tant parler depuis quelques mois ? Il concerne avant tout l’éducation des nouvelles générations. En ouvrant le mariage et l’adoption aux personnes de même sexe, la loi Taubira pose des principes nouveaux :

1.  Former un couple homme-homme, femme-femme ou homme-femme est indifférent pour fonder une famille,

2.  Les rôles de père et de mère sont interchangeables,

3.  La négation de la différence des sexes et de leur complémentarité,

4.  L’absence d’impact et d’importance de l’altérité sexuelle. Celle-ci n’aurait pas d’importance pour l’Homme.

Je parle là, bien-sûr, de l’Homme avec H. Au sens du dictionnaire de l’Académie française : « Homme, terme qui embrasse la femme ». Une fois ces principes juridiquement posés, il faut maintenant les légitimer et les faire entrer concrètement et massivement dans les mœurs. A ce jour, les mentalités des générations adultes sont encore largement imprégnées par les principes « anciens » : l’hétérosexualité est la norme et l’homosexualité l’exception ; l’écrasante majorité des parents ne considérerait pas comme neutre le fait qu’un de leur enfant soit homosexuel. Le plus grand nombre des parents pense encore (et constate) que le père et la mère jouent un rôle différencié et complémentaire dans l’éducation des enfants et l’équilibre familial. Un enfant a deux parents, et non trois ou quatre ou plus.

Les promoteurs actuels de cette mutation de civilisation savent qu’il est difficile et lent de faire évoluer les mentalités concrètement. Ils savent parfaitement qu’il y a une marge considérable entre imposer une législation et imprégner profondément et durablement les conceptions nouvelles portées par cette législation, aussi bien dans les mœurs que dans la culture, même si cela est déjà bien entamé. Ils savent aussi que l’éducation reçue en famille constitue le principal obstacle à une mutation aussi radicale que celle qui est visée.

C’est pourquoi leur projet est de construire progressivement une éducation d’Etat qui se substitue à l’éducation familiale : Vincent Peillon le déclare : « Il faut arracher l’élève aux déterminismes familial, social, ethnique et intellectuel ». L’objectif est de formater le plus vite possible les nouvelles générations aux nouveaux principes et ce, dès le plus jeune âge. Ici, l’école constitue un enjeu majeur et ce, dès la crèche. La France présente une porosité particulière à l’accomplissement de ce projet compte-tenu de l’évolution historique du lien entre l’école et la famille : Nous sommes passés depuis longtemps déjà de la notion d’instruction (transmettre un savoir) à celle de l’éducation. Le rôle éducatif de l’école est installé. Ce rôle éducatif de l’école est perçu par les parents comme un prolongement de l’éducation familiale (complémentarité de la famille et de l’école).

Au plan pratique, les difficultés éducatives dans les familles (qui touchent tous les milieux sociaux) conduisent nombre de parents à attendre de l’école qu’elle supplée leurs insuffisances. Les attentes vis-à-vis de l’école sont devenues énormes : c’est l’école « bouée de secours » éducative. Un grand nombre de parents sont prêts à accepter des « transferts de compétences et de responsabilités » de la famille vers l’école, quitte à perdre en « maîtrise » de l’éducation de leurs enfants. En même temps que la notion de « responsabilité », celle de « liberté d’éducation » est aujourd’hui en recul.

Dans ce contexte, se déroule, pour les tenants des « nouveaux principes », un véritable « tapis rouge ». Sur ce « tapis rouge », entre tranquillement à l’école, un « cheval de Troie », qui entend formater aux nouveaux principes les enfants, à un âge de plus en plus jeune : de la sensibilisation des adolescents, on est prêt à passer à celle des enfants dès la maternelle, voire dès la crèche. Ce « cheval de Troie » s’appuie sur trois objets de sensibilisation aujourd’hui largement légitimés et admis par les parents : l’éducation sexuelle ; la lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et l’égalité homme-femme.

Nous sommes tous pour l’éducation sexuelle, mais la vraie. Nous sommes tous pour l’égalité entre les sexes. Nous refusons les discriminations car nous refusons tout manque de respect aux personnes. Mais cela ne justifie en rien, bien au contraire, la remise en cause des identités sexuelles homme/femme. Hélas, c’est ici que le « Gender » trouve sa place comme enjeu éducatif majeur.
 

 

Veilleurs Veilleuse de la Vaillante au fond.jpg

 

Le « genre » comme enjeu éducatif

On peut considérer le « genre » comme un outil éducatif majeur qui permettra la déconstruction des repères élémentaires liées à la vie affective et sexuelle, à la vision de la famille et de la société. Une fois cette déconstruction achevée dans les nouvelles générations – vierges de la culture antérieure, il ne se trouvera plus d’obstacle majeur pour l’achèvement progressif de la mutation de civilisation en cours. Nous pouvons donc considérer que porter le combat sur ce terrain constitue aujourd’hui un enjeu politique essentiel si nous voulons éviter à notre société de poursuivre sa marche vers le « Meilleur des mondes ».
 

Les faits

L’inspection générale de l’Education nationale vient de remettre un rapport au gouvernement qui recommande « la déconstruction des stéréotypes de genre » à l’école et la formation des enseignants au Gender. Des expérimentations vont être menées dans 500 écoles : des milliers d’enfants vont donc servir de cobayes. Tout cela au nom de « l’égalité homme/femme ». L’amendement sur l’enseignement du genre à l’école, envisagé dans le cadre de la loi Peillon, a été retiré grâce à notre mobilisation. Mais il faut savoir que la question du genre est en fait bien restée dans les objectifs et l’annexe de la loi telle qu’elle a été votée. Des supports pédagogiques vont être diffusés cette année, tel que l’ouvrage « Papa porte une robe ». Une circulaire demande à tous les élus et fonctionnaires de se former au concept de genre. Serons-nous bientôt comme la Suède qui vient d’adopter le pronom neutre « Hen » comme pronom pour les personnes « asexuées ».

 

Gender à l’école : tout le monde est concerné

L’enjeu du Gender à l’école concerne un très grand nombre des Français sur un lieu essentiel de leur vie quotidienne et de leurs relations sociales – l’école – et sur un sujet qui rejoint directement l’une de leurs préoccupations majeurs – leurs enfants. Nous souhaitons leur faire savoir ce que leurs enfants entendent ou vont entendre. Et les faire réfléchir avec nous : est-ce qu’ils veulent que ce discours soit tenu à nos enfants ? Veulent-ils être associés, impliqués, avoir leur mot à dire dans ce qui est enseigné à leurs enfants ? Voulons-nous assumer notre responsabilité de premiers éducateurs de nos enfants ? Sommes-nous prêts à nous laisser imposer des concepts douteux dérivés des « Etudes Gender », qui vont brouiller les repères élémentaires de nos enfants en matière de sexualité, de vie affective, de vision de la famille ? Il en va de notre liberté d’éducation et de l’avenir de notre société.

 

Notre action à venir sur cet enjeu Gender et éducation

L’année scolaire 2013-2014 sera une année d’implantation dans toutes les écoles scolaires, publiques et privées, de « Comité de parents – Vigilance Gender ». Ces comités seront créés au sein des associations locales de parents d’élèves (un peu comme un groupe de travail) ou à côté. Il s’agit d’un immense travail de terrain, de réseau, d’information et de sensibilisation : vis-à-vis des parents d’élèves bien sûr, mais aussi de l’ensemble de la communauté éducative.

 

Ouverture de la PMA aux couples de même sexe

En ce qui la concerne, LMPT se prépare à lancer des manifestations si la proposition de loi sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de même sexe, déposée le 19 juillet dernier au Sénat, n’était pas retirée dans les plus brefs délais. A ce sujet, LMPT a demandé en juillet un RDV à Mme Bertinotti. Hélas, au contraire de l’APGL (association des parents et futurs parents gay et lesbien), LMPT n’a pas été reçu. Pire : LMPT n’a même pas eu l’honneur d’être reçu. LMPT poursuit aussi toutes ses actions politiques et judiciaires.

 

Conclusion

Compte-tenu des dangers actuels et des échéances électorales prochaines, l’année à venir demandera à tous une mobilisation très intense : nous devons à la fois stopper ces projets, mais aussi obtenir des futurs candidats qu’ils s’engagent sur les convictions que nous défendons. À nous tous de continuer à éveiller les consciences et défendre le bien commun. On lâche rien ! »

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La Manif pour tous organise une université d’été les 14 et 15 septembre prochain au parc floral de Vincennes. Plus d’information sur l’évènement.

 

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