Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Français catholique & islamophile

    Lien permanent

    politique,foi,la france,islam,camel bechikh
                           J'avais rencontré Denis Hoquet lors de l'Université de Printemps de Fils de France, à Saint-Chéron, le 17 mai 2014
    (à droite de la photo, 3ème personne en partant de la gauche, au second plan). Son approche m'avait séduite en profondeur et j'attendais qu'il produise un article pour La Vaillante. Le voici donc… Qu'il en soit vivement remercié.

     

    politique, foi, la france, islam, camel bechikh

           Aujourd'hui, l'"appel de Paris" a retenti dans toute la France. Aujourd'hui, des musulmans ont proclamé clairement "leur soutien aux frères chrétiens d'Orient". Aujourd'hui, une fois encore, les musulmans ont hurlé leur "cri d'urgence" contre "une violence absolument intolérable et incompatible avec l'islam". Les musulmans de France se sont levés contre la "barbarie", des Français musulmans se sont dressés pour résister face à un "crime contre l'humanité".

           En tant que Français, en tant que musulmans, ils n'avaient pas à le faire ; en tout cas, pas spécialement, pas plus que les autres Français. Ils n'étaient certainement pas tenus de lever l'horrible soupçon que font peser sur eux, ceux qui voudraient, par des amalgames honteux, les associer en quelque façon à l'innommable et à l'infâme.  

           Et pourtant, on est heureux qu'ils l'aient fait, comme on est heureux et rassuré de pouvoir en ce jour communier avec eux dans un même rejet de ce qui n'a d'islamique que le nom et rappelle plutôt d'autres barbaries qui, naguère, ravagèrent l'Europe. 

           Il ne faut pas laisser salir l'honneur de l'immense majorité des Français musulmans, des "musulmans du silence", modestes, travailleurs et fraternels. Ils ne doivent jamais être les otages du cynisme et de la haine. La République française aime également tous ses enfants ; la République française a également foi en eux. Quand elle les condamne, c'est uniquement sur leurs actes. Et sur la nature de ces actes mauvais, on ne soulignera jamais assez l'unité profonde de la nation française dans sa salutaire diversité. 

           Aujourd'hui, les musulmans de France, les Français musulmans ont lancé un appel. Aujourd'hui, nous devions répondre à cet appel, nous voulions leur dire qu'il a été entendu et qu'il va droit au cœur. Engagée dans une métamorphose aussi profonde que périlleuse, la France a besoin d'entendre la voix de tous ses enfants, de faire résonner l'écho de leur vérité pour qu'enfin, contre les aboiements et contre les rumeurs, prévale, dans son développement nécessaire, l'évidence de l'unité nationale.
     

    politique, foi, la france, islam, camel bechikhDENIS HOQUET

    Secrétaire Départemental du Pas-de-Calais
    de Debout la France

    Né en 1954, professeur de lettres,
    Denis Hocquet est un passionné d'histoire
    et de littératures indiennes.

     

     

     

  • Filmer le lieu c'est le contempler

    Lien permanent
    Retrouvez cet article sur la page enrichie de La Vaillante :

    Faire œuvre de beauté : Édith Stein & Etty Hillesum - Enciellement

    Sphère Enciellement.jpg

    FILMER LE LIEU C’EST LE CONTEMPLER

                La décision de sortir la caméra de son sac et de se mettre à filmer répond à l’appel du lieu. Avant ma pratique de la vidéographie (”écriture du voir”), sortir l’appareil photo, la petite camera oscura de mon sac, obéissait à la même vocation, convocation du lieu. Mais la dimension de la durée manquait à l’instantané photographique qui ne pouvait rendre compte de l’expérience de rencontre du lieu, qui s’effectue dans la durée.

                Le risque du temps qui passe s’introduit dans l’acte de filmer au temps présent. Défi que le lieu me lance, ou me murmure, d’oser le rencontrer dans la durée, de me laisser aller à son propre temps extérieur, le laisser altérer (rendre autre) mon temps intérieur. Défi et désir de m’abandonner à une prière spacieuse. Mon ego acquiesce à cet abandon. Je[i] m’abandonne à la possibilité d’un non-événement ou à l’avènement d’un événement. J’ignore ce qui va se passer dans le lieu pendant le filmage, comment les choses vont interagir et comment je vais me situer avec elles, pendant cette prière spacieuse. Je scrute le lieu en le suivant, en filmant à sa suite : les lumières, les ombres, les frétillements du vent dans les feuilles, les sons en hors-champ me guident, me conduisent dans le temps et suggèrent des formes en formation, en transformation. Je filme les métamorphoses. Le lieu devient métaphysique. Il devient le temple du temps (présent dans la durée). Je contemple le lieu, suis avec lui. Ce cadre que le filmage cherche à obtenir tout en scrutant ce qui advient sous mes yeux[ii], sans que je ne sache ce qui va advenir à l’instant suivant, ce cadre, dis-je, s’invente au fur et à mesure dans la durée de l’acte de filmer.

        Ce qui intervient depuis le hors-champ, les sons remarquables et la ”musique du lieu”, procède du sens métaphysique donné à cette durée du lieu vivant. Cette durée vivante (vivante parce que filmer le lieu, support de la durée, donne vie au temps) devient prière spacieuse. Acceptation calme de ce qui advient du temps sans événements particuliers autres que les mouvements de la lumière, du vent, des sons. On peut atteindre, alors, à une forme de communion avec le lieu tout en le filmant. S’abandonnant à l’acte de filmer comme on s’abandonne au temps de la prière.

                On est passé depuis longtemps de l’attente d’un événement, non sans quelque impatience, à l’acquiescement à se fondre dans la durée du temps qui s’écoule dans le lieu. C’est parce qu’on n’attend plus rien que quelque chose advient. Cette chose n’est pas de nature habituelle et quotidienne. Bien qu’elle se cache dans l’habituel et le quotidien : car le lieu a son double-fond. Elle est révélation. Dévoilement d’un temps autre, d’une durée inhabituelle. Cette durée devient célébration du lieu et du temps. Communion avec le lieu dans la durée du présent. J’ai cessé d’attendre, quelque chose advient. Je suis cessée. Ce n’est plus moi, mon ego qui agit volontairement. Je me laisse prier avec la caméra. Je suis l’instrument de la durée du présent dans le lieu. C’est alors qu’il se donne à moi qui suis abandonnée à lui.

                Le lieu devient sacré par l’attention de mon regard, et de toutes mes capacités perceptives. Il devient sanctuaire du seul fait de ma posture priante qui donne forme au cadrage quand je le filme, quand je le scrute avec la caméra dans la paume, quand j’écoute les sons qui interagissent avec lui. Je suis avec le lieu, en contemplation[iii]. Le fait de cadrer un espace du lieu, un coin de terre ou d’eau, c’est déjà le consacrer, le rendre sacré, lui donner une frontière qui fait autorité, qui enjoint à l’humilité, à l’écoute, à l’obéissance des choses invisibles et divines. Qui dévoile la Présence.


    SANDRINE TREUILLARD


    (14 juin 2014, Saint Mandé)



    [i]Le ”je” en italique est l’indice de cette sorte d’abnégation, de mise en retrait de soi. Ce n’est plus l’ego qui agit. C’est être au présent dans une forme d’anéantissement de soi. Coloration de la spiritualité rhénane de Maître Eckhart.

    [ii]Sous mes sens, toute ma perception, à travers mon corps dont la caméra est un membre devenu aussi sensible.

    [iii] "Contemplation" est à l’origine un terme de la langue augurale (dans la Rome antique) — composé de cum (avec) et de templum au sens ancien de « espace carré délimité dans le ciel et sur terre par l’augure, pour interpréter des présages ». Cet espace virtuel, sans n’avoir plus de visée augurale, est le tableau du Voir (vidéographie) : délimité par le cadre de la caméra fouillant dans le lieu réel, se laissant guider par la lumière sur les choses. Ce lieu délimité, ce périmètre est rendu sacré par le cadrage qui le mesure. Ce carré, ce coin de terre choisi, quand je le cadre, révèle un espace qui l’excède.

    Contempler quand je filme c’est être concentrée dans l’observation minutieuse, dans une attention extrême de ce qui s’agite dans ce périmètre spatial délimité par le cadrage. La « contemplation » en vidéographie est être attentive et dans l’exspectatio. Dans l’attente d’un événement extérieur à soi, dans cet espace extérieur délimité dans lequel je projette mon attention qui est visuelle, sonore, kinésique et aussi intérieure. Ce cadre qui filme à l’extérieur est autant un espace que je rends disponible en moi pour accueillir cet extérieur-là. Comme deux vases communiquant. Ce n’est pas un simple enregistrement de l’image par une machine. La caméra n’est pas une machine à enregistrer. Elle n’est pas tout à fait extérieure à moi. Je suis aussi à l’intérieur de la caméra. La chambre intérieure, mon être, filme. La petite caméra dans la paume est un objet organique. Elle fait partie de de la caméra. La chambre intérieure, mon être, filme. La petite caméra dans la paume est un objet organique. Elle fait partie de mon organisme, de mon corps. Elle est une extension extérieure de mon attention intérieure. Contempler avec la caméra c’est opérer cet échange, ce repons, comme un chant sacré, entre le dehors délimité que je filme et mon intériorité qui est présente au lieu. Ma présence au lieu se réalise au sein du filmage, dans ce temps-là qui semble immobile. Il y a des transferts, des échanges entre mon intérieur et ce que perçoivent les sens par le biais de la caméra. La caméra enregistre cet échange vivant et est l’objet même des possibles tensions du filmage. Elle est l’instrument de la contemplation. Elle est traversée par les fluides qui viennent du lieu, comme la lumière, les sons, les mouvements multiples de la nature (s’entend aussi bien du réel, la nature comme réalité extérieure à mon corps). La caméra est aussi le vecteur de mes propres mouvements, à première vue purement mécaniques, comme ces sursauts nerveux du poignet, ou quand je décide de faire un zoom. Mais ces mouvements venant de mon corps ou de ma décision, affectant la caméra et donc affectant l’image qui en résulte, n’est pas seulement mécanique. Ce type de mouvement provenant de moi (mon corps et ma volonté) donne sens à l’image en l’affectant dans son cours, sa durée contemplative. Le heurt désarçonne le regard. Comme dans l’entrée dans le sommeil le sursaut nerveux électrise tout le corps et, au lieu de le réveiller tout de bon, l’entraîne dans l’abandon au sommeil, dans cet autre temps du psychisme. C’est comme un seuil, un palier. Le sens donné à l’image séquentielle évolue, se modifie soudain. Au sein de la durée qui frôle l’endormissement, qui frôle la mort, le sens est rendu, un sens nouveau est donné dans la durée, provoqué par ce jaillissement involontaire d’énergie. (Reprise des notes dans Machina perceptionis à propos de « LA VISION DE JEAN DE L’ALVERNE », vidéographie de janvier 2012 : http://treuilsanaturemorte.blogspot.fr/2013/05/le-heurt-desarconne-le-regard_28.html)