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La blessure d'amour à la Croix – Fr. Jean Honoré Sialelli, ocd (Fribourg) - Semaine sainte 2026

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La blessure d’amour de la Croix

Semaine sainte 2026

Retraite spirituelle en ligne Carême 2026 des Carmes de Paris
« Avec St Jean de la Croix – Rencontrer le Christ au fond de notre cœur »

Jean Honoré Sialelli, frère carme à Fribourg,
nous partage en trois temps sa méditation de la Semaine sainte 2026
La blessure d'amour de la Croix
avec saint Jean de la Croix.

À écouter en podcast sur Spotify ou sur Soundcloud.

 Cette méditation étant étroitement liée au Sacré Cœur
La Vaillante a souhaité la reprendre dans son corpus

Retraite en ligne du Carmel, carmes-paris.org. Tous droits réservés.

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Au cœur du Temple et de l’Amour

Nous voilà au cœur de la Passion de Jésus, au cœur de la Passion de Dieu. Jésus est conduit devant le gouverneur civil Pilate, après avoir été condamné par le pouvoir religieux. Jésus est totalement rejeté. Les accusations fusent, parmi elles la plus frappante est celle que lance la foule à Jésus alors qu’il est déjà crucifié « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la Croix ! » (v. 40). 

En effet, Jésus avait dit « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » Sans doute cette annonce de Jésus les a déroutés… détruire le Temple !… leur fierté nationale ! Mais nous le savons, Jésus, en parlant du Temple, parlait de son corps, et donc aussi de nos corps. Le corps comme Temple où Dieu en personne se manifeste, c’est le corps du Christ. Le corps comme lieu où Dieu se donne, c’est notre propre corps. Jésus avait dit à la Samaritaine que Dieu n’était pas lié à tel ou tel Temple, mais lié au corps de Jésus et au nôtre. Cela pour nous rejoindre existentiellement dans ce qui est le centre de notre corps (ou temple) notre cœur ou « esprit ».

Dans notre Évangile, le moins que l’on puisse dire, c’est que tous les cœurs, tous les temples sont fermés, sauf celui de Jésus. Tout au long de ses écrits, saint Jean de la Croix décrit souvent notre être comme étant un temple. Par exemple, dans La Montée du Mont Carmel, où il souligne que le détachement « procure… la pureté de l’âme et du corps (et) donne avec Dieu une convenance angélique, (et) fait de l’âme et du corps le temple du Saint-Esprit » (MC 3 23 4).

C’est dans le chant de La Vive Flamme d’amour et son commentaire qu’il utilise le plus cette thématique du Temple, quoique de façon très symbolique et allégorique. Il s’agit surtout de la strophe une

« Ô vive flamme d’amour,
qui tendrement blesses
de mon âme le centre le plus profond,
désormais tu n’es plus rétive,
achève si tu veux,
romps la toile de cette douce rencontre.
 »
(VFA, str.1)
 

La Vive Flamme, qui est l’Esprit-Saint, doit donner un dernier assaut à l’âme, le plus profond de tous ceux qu’elle a reçus précédemment, pour qu’enfin « L’Esprit-Saint rompe sa vie mortelle par un assaut plein de douceur, et achève ainsi de la mettre en possession de ce que chacun de ces assauts semble devoir lui conférer, à savoir la glorification entière et parfaite » (VFA 1 1). Il s’agit de la célèbre « mort d’amour ».

Le premier qui est mort d’amour, c’est, bien entendu, Jésus lui-même. Comme l’ont souligné les docteurs et Pères de l’Église, Jésus qui s’endort dans la mort de la Croix est le Nouvel Adam. Dans la Genèse, le texte grec qui décrit l’endormissement d’Adam est extasis. Jésus meurt, s’endort dans une extase d’amour. Dans son chant, Jean demande que cette mort extatique d’amour soit provoquée par le fait que soit rompue une toile. Si nous prolongeons la symbolique du Temple de Jérusalem, il faut se rappeler qu’entre la partie la plus centrale du Temple (le Saint des Saints, réservé au seul Grand Prêtre) et la partie précédant immédiatement (le Saint, réservé aux seuls prêtres) se trouvait un rideau de toile. C’est ce rideau qui se déchire quand Jésus meurt en croix « Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux… Les tombeaux s’ouvrirent… » (v. 51-52).

En mourant d’amour sur la Croix, Jésus déchire l’ultime centre de son cœur (le centre du Temple) pour nous le donner, pour nous y faire entrer, dans le Saint des Saints, pour nous donner tout le pardon du Père, c’est-à-dire l’Esprit-Saint. Jésus est le Temple, il est aussi le Grand-Prêtre qui donne le pardon divin. Aussi, les tombeaux – les cœurs – s’ouvrent, ou se ferment irrémédiablement… La blessure visible du cœur de Jésus, transpercé par la lance, nous révèle la blessure infinie du cœur de Dieu. 

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Ouvrir le cœur à la flamme de l’Esprit

Ce carême, Jean de la Croix nous invite à ouvrir notre cœur, à « déchirer notre cœur et non pas nos vêtements », comme disent les prophètes. Pour Jean, notre « toile » (notre cœur) est trop épaisse. Au Temple, devant le rideau, il y avait le chandelier aux sept branches. Dans le chant de Jean de la Croix, il symbolise l’Esprit-Saint qui projette sur la toile du rideau ses ombres lumineuses. Il écrit ceci « Pour bien comprendre ces projections de l’ombre de Dieu, cette obombration de lumière… remarquons que chaque objet produit une ombre proportionnée à son épaisseur. Si l’objet est épais, il produira une ombre opaque ; si l’objet est fin et léger, il produira une ombre lumineuse et légère » (VFA 3 13).

En un mot, à partir du Saint des Saints du cœur déchiré de Jésus, le feu de l’Esprit jaillit et illumine, dans l’ombre de la foi, le fond de notre propre cœur (le Saint des Saints). Cependant, si notre toile est trop épaisse (notre cœur trop fermé), il va falloir la brûler, la purifier. C’est ce qu’a fait Jésus sur la Croix ; à nous de l’accueillir. Pour Jean, le modèle de cet accueil, c’est Marie : « De là vient que la faveur insigne accordée à la Vierge Marie de concevoir le Fils de Dieu fut appelée par l’ange saint Gabriel une obombration de l’Esprit-Saint, lorsqu’il dit “L’Esprit-Saint viendra sur toi et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre” (Lc 1, 35) » (VFA 3 12). Marie est la toile immaculée. Mais en nous : « Cette toile est l’obstacle qui s’oppose à la grande affaire dont il s’agit… » (VFA 1 29). Cette toile trop résistante est triple. Elle est d’abord temporelle ce sont nos attaches mondaines. Ensuite, elle est « les inclinations de notre nature » (id.) égocentrée. Une fois accomplie la purification des deux premières épaisseurs, reste la troisième « c’est l’union de l’âme et du corps… dont Saint Paul disait « Nous savons que notre demeure terrestre se déchirera, nous avons une autre habitation, que Dieu nous a préparée dans les cieux » (2 Co 5, 1) » (VFA 1, 29). 

Bref, une fois la purification achevée, notre mort, comme celle de Jésus et de Marie, sera une mort d’amour féconde. Ceux qui sont au pied de la Croix et qui tournent Jésus en dérision sont justement enfermés dans ces trois épaisseurs. Ils avaient attendu du Messie un salut mondain, une domination politique, de manière totalement égocentrée. Plutôt que de « mourir » à eux-mêmes (l’ultime toile de la rencontre avec Dieu), ils se moquent de celui qui meurt d’amour pour les réconcilier avec Celui qui veut être « leur habitation dans les Cieux », cette habitation étant le vrai Temple, « rebâti en trois jours » par la Résurrection. Il faut donc que la triple épaisseur de la toile de notre cœur soit purifiée, brûlée par le Triduum pascal, pour devenir « fine » et « légère ». La dureté de notre cœur, Jean la compare à une « poutre de bois ». Dans le poème de La Vive Flamme d’amour et son commentaire, il décrit cette purification « Le même Dieu qui veut pénétrer dans l’âme par l’union et transformation d’amour commence par l’assaillir et la purifier par la lumière et la chaleur de sa divine flamme, de même que le feu qui s’empare du bois est le même qui le dispose à son action… » (VFA 1 25). Et dans le commentaire de la Nuit obscure, il précise « Le feu matériel, quand il s’attaque au bois, commence par lui faire pleurer l’eau qu’il contient… Il le rend ensuite noir, désagréable à voir… et chasse dehors tout ce qui est contraire au feu… Il en est de même de ce feu d’amour… Avant de s’unir à cette âme et de la transformer en soi… il tire dehors ses laideurs… » (NO 2 10 1-2).

 

Le corps et le cœur, temples vivants de la miséricorde

Dans ce texte, Jean nous indique que le feu de la miséricorde (le chandelier à sept branches) qui jaillit du centre du Temple (le cœur du Christ) veut pénétrer notre propre temple (cœur) et que, pour cela, il brûle nos résistances à la miséricorde.

En effet, le « bois » de la « poutre » dont parle Jean fait allusion à la parole de Jésus sur la « poutre qui est dans notre œil », l’œil de notre conscience, centre du temple. La miséricorde envers Jésus crucifié, la miséricorde envers les autres, voilà le don du Saint-Esprit, ce don qui suscite en nous, dans « l’œil » de notre conscience, des résistances, et donc des nécessaires purifications. C’est à cet Esprit que résistent ceux qui sont au pied de la Croix dans notre Évangile ; par cela même, ils refusent la miséricorde salvatrice.

En revanche, si nous nous ouvrons à ce feu purificateur, il va éclairer notre conscience « En effet, ces choses mauvaises que la divine purification chasse au-dehors étaient si bien fixées, enracinées dans l’âme, qu’elle ne les voyait pas, elle ignorait tout le mal qui était en elle… Maintenant, pour le rejeter et le détruire (ce mal), on le lui met sous les yeux (de la conscience) » (NO 2 10 2). Ce n’est pas le pécheur qui est rejeté, mais le péché…

Dès lors, une fois que le temple de la conscience est entièrement ouvert à la miséricordieuse flamme, ce sera au centre du temple intérieur qu’aura « lieu cette fête de l’Esprit-Saint, d’autant plus délicieuse qu’elle est plus intérieure… Plus grande est la pureté, plus abondamment, plus fréquemment… Dieu se communique… Ce qui revient à dire que la Sainte Trinité illumine l’intelligence de la sagesse du Fils (incarné), qu’elle comble de délices sa volonté dans l’Esprit-Saint, qu’enfin le Père l’absorbe puissamment dans son étroit embrasement et dans l’abîme de sa douceur » (VFA 1 9 et 15). Cette fête de l’Esprit-Saint, c’est la fête du Grand-Pardon accordée par le Grand-Prêtre Jésus, dans le Temple de son corps et dans le nôtre. En effet « Voici que le voile du rideau du Sanctuaire se déchira en deux… et les rochers se fendirent » (v. 51). Désormais, toute l’humanité peut passer, avec le Grand-Prêtre, au-delà du rideau, dans le Saint des Saints. « Les rochers se fendent » la dureté de nos cœurs de pierre se fend devant la mort d’amour de Jésus « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu » (v. 54).

À la lumière de cet Évangile et de l’enseignement sanjuaniste, nous pouvons découvrir combien le péché souille le temple que nous sommes. Mais en même temps, nous découvrons la dignité de ce temple, la dignité de nos corps. Bien souvent, nous faisons une différence entre notre « esprit » et notre corps. Il y a d’un côté notre intelligence calculatrice, et de l’autre nos corps que nous faisons entrer dans nos calculs. Bref, nous avons tendance à gérer notre corps comme une réalité extérieure à nous, comme un « objet ».

À l’heure du numérique, il n’y a pas loin de considérer nos corps comme des ordinateurs… Cette attitude « mécaniste » nous propulse à l’extérieur de nous-mêmes, dans la performance. L’intériorisation que nous propose Jean de la Croix, ainsi que la contemplation du cœur ouvert de Jésus, nous invite à une autre priorité : celle de ne plus vivre dans la performance extérieure et abstraite, pour enfin vivre d’abord la relation, intérieure et concrète, avec le Christ et toute personne. Il en va (à l’heure de « l’I.A ») de notre dignité d’enfants de Dieu et de frères et sœurs de toutes personnes. En contemplant Jésus en Croix, c’est cela qui nous est communiqué, donné. Car Jésus, dans l’échec de la Croix, n’a choisi ni la performance, ni l’extériorité tapageuse. Il a irrémédiablement privilégié la relation à son Père d’une part, en allant au bout de sa mission, et à ses frères et sœurs d’autre part, en pardonnant à tous.

Ce corps, Temple de la miséricorde, Jésus nous le livre à chaque Eucharistie. Cela pour que nos propres corps, lieux de relations et non pas lieux de « production/consommation », deviennent à leur tour temples vivants de la miséricorde. L’évangéliste Matthieu souligne combien le corps de Jésus a été outragé « Ils lui enlevèrent ses vêtements… avec des épines ils tressèrent une couronne… après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau et le frappèrent à la tête… » (v. 28-31). Il y a comme un désir d’avilir le corps dans sa vulnérabilité relationnelle. C’est bien la vraie relation que le péché dénature. Et cela en privilégiant ce qui est purement mécanique et anonyme « fouets… épines… crachat… roseau… », et finalement clous et poutres de bois… Cette « poutre » de bois qui est dans notre cœur… Le rapprochement avec notre époque « techniciste » se fait de lui-même.

Dieu, Lui, justement, n’a pas choisi une technique performante pour nous sauver, mais l’unique et absolue relation de l’incarnation, de la Croix et de l’Eucharistie. Le démon hait cette gratuité de la relation. Quand il s’aperçoit, finalement, que Dieu va sauver le monde par l’unique et charnelle relation miséricordieuse de la Croix, il va chercher (comme jadis au désert) à détourner Jésus de cette mission. C’est pour cela, nous enseignent les Pères de l’Église, qu’il envoie un songe à la femme de Pilate « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui » (v. 19). Le démon veut faire échouer la Croix, qui est pour Jésus pure relation à son Père et à nous. Ce « Grand-Pardon » miséricordieux nous est communiqué par l’Église. À notre tour, nous devons, en de vraies relations, le communiquer autour de nous. Saint Jean de la Croix exprime cela en une très belle sentence « Tu viens, Seigneur, avec joie et tendresse relever celui qui t’offense, et moi je ne vais pas relever et combler d’égards celui qui m’irrite ? » (PA 45).

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Frère Jean Honoré Sialelli, ocd (Fribourg)

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