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14.12.2013

La lutte subventionnée contre l’"homophobie" renforce ladite homophobie parmi le peuple de France

homophobie, homosexualité, la france 

Petite leçon LGBTQ à travers la Gay Pride de Lyon

 

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Au-delà de ce que j’ai ressenti comme une fête industrielle, débordante d’une joie factice, banale et triste, aux rythmes saturés, je crois discerner dans le phénomène de la Gay Pride un fait politique décisif. La mise en valeur de "fiertés" particulières dues à certaines pratiques sexuelles juxtaposées à la lutte proclamée contre les "phobies" correspondantes, elle-même mêlée à des réclamations de "droits" particuliers (en l’occurrence la PMA pour les couples de lesbiennes), tel est le principe étrange – et pour le moins paradoxal – de cette manifestation. Et c’est justement cet amalgame douteux qui est à mon sens le facteur le plus générateur d’"homophobie"…

 

Fier d’être normal ou d’être marginal ?

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Chaque Gay Pride repose sur une contradiction fondamentale. Il s’agit de donner une visibilité à l’homosexualité, à la culture qu’elle est censée produire, mais surtout de faire de la pub au business gay-friendly qui ne manque jamais de déployer son "arsenal commercial" (Jean-Sébastien Thirard, ancien président de l’association Lesbian & Gay Pride Paris). Cette entreprise de "visibilisation" apparaît traversée par deux tensions contraires : la prétention à la normalité et l’affirmation d’une singularité. Proclamer une "fierté", c'est nécessairement poser un acte clivant, car qui dit fierté" dit "appartenance", c’est-à-dire distinction, voire exclusion, ce qui tendrait à légitimer les sentiments de "honte", "jalousie", "regret", consécutifs à la non-appartenance.

Alors que se multiplient médias, magasins, sites de rencontres, activités, clubs, etc. réservés aux personnes catégorisées comme LGBT, aggravant encore des fractures communautaires déjà bien installées au sein de la société, il est difficile d’accorder du crédit aux discours marquant la volonté des homosexuels de rejoindre la vie conjugale et sociale ordinaire. Comment comprendre qu’un gouvernement qui n’a que le mot "République" à la bouche et qui parle d’"arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel" laisse se renforcer, au point de soutenir, ces logiques communautaristes dont la Gay Pride est la vitrine ? Je ne m’explique pas que deux des principaux arguments en faveur de la loi Taubira aient été aussi discordants sans que personne ne s’en émeuve : d’une part, il nous faudrait accueillir les couples de même sexe dans la "maison commune" du mariage civil ; d’autre part, "Qu’est-ce que le mariage des homosexuels va enlever aux hétérosexuels ?". C’est-à-dire dans un cas la prétention à l’assimilation républicaine, dans l’autre son contournement puisqu’on raisonne en catégories distinctes qui se partageraient des privilèges et des droits.

Si les responsables LGBT voulaient vraiment entrer dans la "maison commune", encourageraient-ils ce communautarisme sexuel ? Il existe par exemple un Syndicat National des Entreprises Gaies qui "assure la représentation et la défense des intérêts des entreprises adhérentes gay et gay-friendly". Il existe aussi une "boutique 100% gaie et lesbienne et fièr(e)s de l’être" en ligne, "achetergay.com", spécialisée dans "les produits rainbow, arc-en-ciel et identitaires pour tous les homosexuels". Sans oublier "le site des sexualités gay", "Prends-moi", qui a pour slogan : "la sexualité est un jeu". Consommer gay, lire gay, baiser gay, respirer gay… N’est-ce pas là une de ces dérives sectaires (au sens étymologique de séparatiste) qui s’opposent aux principes universalistes de la République ? Au lieu d’agrandir la "maison commune" de l’institution du mariage, la loi Taubira ébranlant ses fondations n’a fait que renforcer ses divisions : il est hélas de plus en plus visible que quelques personnes squattent l’immeuble sans s’acquitter des charges ni se soucier d’intégrer la copropriété… Le "mariage pour tous" n’est en réalité que le mariage de quelques uns imposé à tous, comme en témoigne le flop retentissant du "salon du mariage gay" (The G-Day) organisé le 23 juin à Paris : à peine 150 visiteurs, dont des couples homme/femme et des figurants, selon les commerçants furieux. En dépit des déclarations d’intentions, la logique clanique semble l’emporter, le « mariage » gay restera toujours gay, c’est-à-dire parodique, et se distinguera toujours en pratique du mariage entre un homme et une femme. Il restera la marque d’un caprice identitaire égocentré.

 

D’une fierté l’autre

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Il est notoire que les rangs de la Gay Pride sont largement composés de non-homosexuels. Et vu que les homosexuels qui s’y trouvent ne sont pas forcément très représentatifs, on peut légitimement se demander de quoi ces gens sont donc si fiers. Assez largement, ce que le grand public perçoit des homosexualités contemporaines – diverses, complexes, mystérieuses – c’est cette foire LGBT annuelle où s’expose le marketing le plus agressif et où paradent côte à côte syndicats, partis de gauche (du NPA au PS), associations, médias et entreprises, tous espérant engranger quelques voix ou quelques sous, tous en mal de visibilité, et tous très « fiers » de marcher unis pour la procréation artificielle et la fabrication d’orphelins de père (« PMA pour toutes »).

Fierté pseudo-communautaire des pratiques sexuelles, fierté des stéréotypes (tenues criardes, grandes folles aux talons démesurés, exhibitionnisme…), fierté de la « branchitude », fierté de l’hédonisme jouisseur, fierté du consumérisme à outrance, etc. : autant de « fiertés » parallèles vides, toutes autocentrées, qui s’affichant se neutralisent. Autant de porte-parole autoproclamés qui accaparent les attentions, confisquent à leur profit la représentation médiatique et rejettent dans l’ombre tous ceux qui n’en sont pas. Tout est en place pour la confiscation par les LGBT de ce que certains appellent la « communauté » homosexuelle: qui ne se sent pas à l’aise dans cette marche n’a pas de quoi être fier. Ni de ce qu’il est ni de ce qu’il pense. D’ailleurs, l’Inter-LGBT pense très bien à sa place. Il n’existe pas, il est nié par ceux-là mêmes qui prétendent parler pour lui. Car toute exhibition a son envers : l’"invisibilisation" de ceux qui n’ayant pas l’âme moutonnière refusent de suivre les sbires de Pierre Bergé. Dans la foire d’empoigne médiatique, on n’existe jamais qu’au détriment des autres. Les porte-paroles officieux qui défilent seins et culs nus ou les porte-paroles officiels, tels Nicolas Gougain ou Caroline Fourest, incarnent-ils vraiment l’image que veulent donner d’elles-mêmes dans la société française les personnes homosexuelles ? La Gay Pride est l’arbre caricatural qui cache la forêt profonde, et cette imposture entretenue, il ne faut pas s’étonner que nos compatriotes s’en méfient de plus en plus.

 

La tartuffière : à communauté fantasmée, ennemi imaginaire

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La Gay Pride est une farce hypocrite. Elle noie le conflit de la revendication politique dans le carnaval de l’exhibition festive pour donner un visage non seulement humain mais jeune et cool à un projet qui l’est beaucoup moins. Philippe Murray a tout dit déjà là-dessus. Mais la célébration des "fiertés" homosexuelles ne serait rien sans la peur. Il lui faut la condamnation des "phobies" parallèles, car qui dit "fierté" dit en retour "phobie", c’est-à-dire étymologiquement "peur morbide". Pour fabriquer de la fierté, il faut pouvoir délimiter un camp du Bien et un camp du Mal, il faut des repoussoirs. Ce seront donc les "phobes" : "barjots", "fachos", "cathos", bref ces néo-beaufs, conservateurs ringards, tous acharnés à persécuter les "homos", parangons des vertus contemporaines. Et à chaque fierté sa phobie, et à chaque victime son bourreau : "gayphobe", "lesbophobe", "transphobe", "biphobe", etc. C’est ainsi qu’à la fierté dérisoire d’appartenir à une communauté fantasmée répond la fierté creuse de combattre des ennemis imaginaires. De la même manière que les "antifas" se comportent comme des fascistes, à force de lutter contre une chimère – ce "fascisme" protéiforme et sans cesse renaissant qu’ils voient partout où est remise en cause la marche lumineuse du progrès – les militants LGBT se décrédibilisent en traquant l’homophobie partout où un désaccord politique pointe.

Autant on comprend très bien que le Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle ait manifesté en 1981 pour la dépénalisation de l’homosexualité, autant il est scandaleux que la revendication de "la PMA pour toutes" se fasse au nom de la lutte contre la "lesbophobie". L’illusion obsidionale qui menace chaque minorité – "Tout le monde nous veut du mal, nous sommes persécutés" – devient dangereuse pour tous quand elle sert de prétexte à des revendications partisanes. La stratégie victimaire est simple. J’ai le droit de me marier ou d’adopter, si tu n’es pas d’accord, c’est que tu ne m’aimes pas, donc que tu es homophobe. Si toi contre, toi phobe. Si toi phobe, toi malade, toi délinquant, toi dangereux. Pour noyer son chien, on l’accuse de la rage. Si "le crime pédérastique aujourd’hui ne paie plus" (Brassens), la victimisation elle rapporte toujours. Ceux qui croient bon de jeter de l’huile sur le feu en criant à l’homophobie comme Pierre au loup gagneront peut-être sur le plan des politiques immédiates, mais risquent fort de perdre sur le long terme de l’acceptation des personnes homosexuelles, car on n’empêche pas impunément les gens de penser ce qu’ils veulent. Alors que nos amis LGBT prennent garde de ne pas subir le même sort que les éreuthophobes, ces malheureux qui rougissent d’autant plus qu’ils craignent de rougir. Lutter contre le rejet des personnes homosexuelles est juste, utile et nécessaire. Inventer de toutes pièces un ennemi imaginaire – le "phobe" – pour asseoir sa légitimité médiatico-politique et s’engraisser de subventions est juste... obscène Il est vrai que révéler au grand jour la trahison par la "gauche" des milieux populaires au profit de certaines "minorités" qui imposent par le bruit leur visibilité ne joue pas non plus en faveur de la bonne réputation des lobbies LGBT dans le petit peuple qui souffre, relégué aux oubliettes médiatiques et politiques, pas plus d’ailleurs que leurs collusions respectives avec le marketing industriel. Jean-Sébastien Thirard reconnaît d’ailleurs lui-même qu’ "au milieu des années 80, les Lesbian & Gay Pride étaient devenues exclusivement commerciales". Trente ans plus tard, la réalité du défilé, en dépit des communiqués de presse, reste bien moins politique que consumériste.

Faire croire que les homosexuels ne sont que des jouisseurs hédonistes superficiels et fiers de l’être, telle est l’erreur fondamentale de la Gay Pridel’erreur pour ainsi dire homophobigène – ou plus exactement LGBTphobigène Les mêmes qui finissent par faire de l’homosexualité le principe du génie des Sapho, des Rimbaud, des Proust ou des Alan Turing, seraient peut-être mieux inspirés de nous montrer les créateurs, les artistes, les entrepreneurs homosexuels d’aujourd’hui. Alors comprendrions-nous sans doute mieux de quoi et pourquoi ces gens qui défilent sont si fiers. Le philosophe Ivan Illich dénonçait les fausses-bonnes solutions qui aggravent les problèmes au lieu de les résoudre, observant que ce sont les lourdes pompes censées écoper le navire qui risquent de le faire couler. Supporterons-nous longtemps encore que la lutte subventionnée contre l’"homophobie" renforce ladite homophobie parmi le peuple de France ?

GaultieЯ Bès
[Le Soupirail & les Vitraux]

Article paru sur L'Alouette
le 28 juin 2013

 

 

12.12.2013

Désormais, c’est l’Assemblée Nationale qui pourra dire ce qu’est la dignité, la parenté, le vivant et l’humain

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L’archaïque République Française doit retrouver sa place dans le grand marathon du Progrès. Enthousiasmé par son avancée fulgurante dans la course à l’égalité des droits, l’État Socialiste ne compte pas s’arrêter en si bonne route, et entend doubler ses voisins européens dans l’épreuve décisive de la compétitivité scientifique. Vous l’aurez compris, un pays moderne ne peut plus tolérer qu’on prive ses chercheurs du droit à utiliser tous les matériaux disponibles pour faire évoluer la Science. Puisqu’il y a un droit à l’enfant, il y aura donc, a fortiori, un droit à l’embryon. Mon but ici n’est pas de discuter l’idée de progrès scientifique (pourtant discutable), ni même de souligner les enjeux moraux des débats qui se tiennent actuellement à l’Assemblée Nationale. Mon projet est d’étudier les implications logiques de la loi autorisant la recherche sur l’embryon.

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     Deux conceptions de la vie s’affrontent. La première est l’héritière d’une longue tradition scolastique, qui considère que la vie est une puissance en devenir. L’essence d’une chose est définie par ce à quoi elle tend, par ce qu’elle est en puissance, par ce qu’elle est capable d’être. Un gland est ainsi un chêne en puissance, parce qu’il tend à réaliser son essence de chêne. Un tilleul, au contraire, bien qu’il ressemble plus à un chêne que notre gland, ne sera jamais un chêne. La deuxième conception, au contraire, étudie, non pas à ce qu’une chose peut devenir, mais ce dont elle est composée, les propriétés qu’elle possède à l’instant T de l’expérience scientifique. Ces propriétés peuvent être matérielles ou non, elles doivent être immédiatement constatables. Ceux qui arguent en faveur de la recherche sur l’embryon partent du principe que l’embryon n’est pas un être humain parce qu’il ne possède pas encore les propriétés qui nous permettraient de le reconnaître comme tel. Tout le problème, alors, est de définir quelles propriétés doivent être constatées pour définir une chose comme un être humain. La sensation ? La capacité à s’exprimer ? L’intelligence ? Puisque l’on expérimente déjà sur des animaux, il semblerait que ni la sensation, ni la capacité d’expression, ne soient des critères suffisants. Après tout, le nouveau-né, par ses propriétés, ressemble davantage à un lapin qu’à une personne raisonnable. Il semble donc, en bonne logique, qu’il faille trancher. Soit on définit un être par ses propriétés immédiates, et alors un enfant de moins de 5 ans n’est pas davantage un humain que l’embryon, soit on admet que l’enfant est un être humain en puissance, et alors, il faut trouver un critère pour définir à partir de quand une chose reçoit le pouvoir de devenir un être humain. On voit ici que la logique est impuissante à poser ce choix : ce sera donc à l’Assemblée de le faire.

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     Mais allons plus loin. Admettons que l’embryon soit seulement un vivant, et aucunement un être humain en puissance. Cette loi nous oblige à reconsidérer notre attitude face à la vie. Quiconque a déjà travaillé avec des animaux sait que l’on ne peut définir a priori leur utilité : le vivant se présente à nous avec ses potentialités multiples, et il dépend seulement de nous de savoir les mettre à profit. Il se trouve que la poule pond des œufs, nous avons à nous adapter à elle. L’inerte au contraire n’a pas de fonction, ni d’essence, qui ne soit construite. Prenons un caillou. Il dépend de nous de transformer ce caillou en arme, en outil, en objet d’art. L’inerte est a priori susceptible de servir à tout et à n’importe quoi. En revanche, une fois son rôle défini, son essence est figée dans une spécialisation unique, dont il ne peut plus bouger. Ce caillou est une statuette, ou une pointe de lance, mais pas les deux à la fois. La tendance actuelle est de réduire le vivant à de l’inerte : la poule de batterie pond, ou bien elle se mange, mais pas les deux à la fois. Quel rapport avec l’embryon ? Dans la mesure où l’on n’accepte pas que l’embryon, comme la poule, ait des puissances qui lui soient propres (ce qui reviendrait, on l’a vu, à admettre qu’il est un humain potentiel), force est de reconnaître qu’il est aussi indéterminé qu’un caillou. Il reviendra donc à son propriétaire de lui donner sa fonction, de lui trouver une utilité spéciale. Il est ainsi remarquable que, dans les présents débats, on ne nous dit jamais à quelles expériences précises l’embryon est censé apporter une solution irremplaçable. Et c’est normal, puisqu’il est indéterminé. Il est, au contraire, une source infinie de découverte : tout dépendra du rôle que lui donnera le scientifique dans son expérience. Un jour support d’une greffe, l’autre élément d’un mélange chimique. La vie devient un outil. Il est bon, ici, de rappeler le fameux passage, cité à tort et à travers, où Descartes affirme que nous sommes « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Dans sa lettre à Reneri datée de mai 1638, il rectifie une mauvaise compréhension de cette expression : la technique ne nous rend maîtres de la nature que si nous reconnaissons que le monde n’a pas été créé pour nous. Il ne nous revient pas de définir, et au besoin de transformer, ce que les choses sont. Bien au contraire, pour nous rendre maîtres du monde, il faut comprendre qu’il n’est pas fait pour nous, mais que nous devons nous adapter à lui : « nous nous sommes insensiblement persuadés que le monde n’était fait que pour nous, et que toutes choses nous étaient dues ».

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     Ce qui se joue donc également ici, c’est une transformation radicale du sens de la science. Si les vivants n’existent que pour nous, si nous décidons de ce qui est humain et de ce qui ne l’est pas, alors la science ne peut plus être une connaissance. A quoi bon chercher à connaître ce qu’il nous revient de définir ? La science ne peut pas non plus être l’étude des fonctions naturelles de la matière, puisqu’il est en notre pouvoir de distribuer les rôles dans le laboratoire, de choisir la fonction de nos outils de travail. La recherche sur l’embryon ne permet pas de mieux savoir exactement ce qu’est un embryon, puisque, de toute façon, son utilisation comme matériau de recherche, implique sa destruction en tant qu’embryon. Notons par ailleurs que la science, dans ce débat, n’a pas son mot à dire. Car l’on sait déjà ce qu’est un embryon. N’importe quel élève de 1ère S vous dira qu’un embryon est un amas de cellule contenant déjà tous les gènes de l’adulte qu’il sera.

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     En réalité, ce débat recouvre les mêmes enjeux que celui de l’euthanasie ou du mariage pour tous, dans la mesure où il revient désormais à l’État de définir la réalité de manière autoritaire, d’imposer d’en haut les limites que l’on ne veut plus chercher dans la nature des choses, cette nature qu’il revenait autrefois à la science de connaître. Désormais, c’est l’Assemblée Nationale qui pourra dire ce qu’est la dignité, ce qu’est la parenté, ce que sont le vivant et l’humain. Cette décision relève désormais, non pas d’une attention au réel, mais d’un choix arbitraire. Rappelons ainsi, au passage, que la ministre a hier utilisé sa réserve de vote, privant ainsi les amendements de l’opposition de toute influence sur le texte de loi. C’est l’État qui dicte le réel au nom de la science. Tristes souvenirs. Triste paradoxe surtout : la vie ne se constate plus, elle se décide. Cette décision, paradoxalement, se fait au nom d’une conception de la vie qui la réduit à ses propriétés immédiatement remarquables. Or, comme nous le voyons, réduire la vie à ce qu’on peut en observer de manière neutre et scientifique, c’est en soi une décision qui n’est pas neutre du tout. Mieux, on réduit la vie à ses propriétés, tout en la transformant en un outil indéterminé, dont on choisit les fonctionnalités intéressantes. Inutile de rappeler que parmi les propriétés immédiatement constatables de l’embryon, il y a celle de devenir un fœtus.  Le chercheur de ne se préoccupe pas de définition. Au contraire, pour mener à bien son expérience, il lui est nécessaire de réduire tel vivant à une unique propriété, sur laquelle porte son étude. Spécialisation de la vie, qui devient un outil. Elle ne se réduit plus à l’ensemble de ses propriétés : au contraire, elle devient un amas de propriétés que l’on peut disséquer, séparer, entre lesquelles on peut faire son marché. Et, in fine, c’est toujours l’État qui choisit quelles propriétés méritent d’être retenues.

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     Le pouvoir produit le savoir, ce dernier devant, en retour, légitimer le pouvoir. C’est ainsi que la science s’échine à prouver depuis des décennies que l’embryon humain ne diffère en rien, au début, de n’importe quel autre embryon animal, que les chromosomes X Y ne définissent pas assurément une identité sexuée, que l’encéphalogramme plat n’est pas le seul critère pour distinguer le vivant du mort, etc. La science ne devient pas seulement une technique neutre : elle est un instrument de domination. Et l’ombre de Foucault, toujours, nous rappelle qu’il n’est pas de pire tyrannie que celle qui s’exerce au nom du progrès scientifique.

La Loutre (M.D.)
in L'Alouette
11 juillet 2013 

 

Logo du Grenelle de la Famille : beau travail !

 

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Grenelle de la famille

 

Travail magnifique sur le logo dans ce Teaser du Grenelle de la Famille