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19.08.2015

Précurseur du culte du Sacré Cœur : Saint Jean Eudes

La France & le Sacré Cœur :
Saint Jean Eudes — précurseur [1]
 

jean eudes, sacré cœur, la france, prêtre, adoration         Saint Jean Eudes (1601-1680), prêtre normand, fut formé par le cardinal de Bérulle. Tout dévoué aux saints Cœurs de Jésus et Marie, il eut d’abord l’initiative d’une fête mariale pour honorer la source des états intérieurs de la Sainte Vierge. Il présentait son cœur, dans lequel Jésus vit et règne, comme le modèle de la vie chrétienne, la parfaite identification au Christ. Il disait d’ailleurs : « Le Cœur de Marie, c’est Jésus ». Attentif à l’unité de ce qu’il appelait le « Cœur de Jésus et de Marie », il ne sentit que tardivement l’importance d’une fête spécifique pour le Sacré-Cœur de Jésus. En 1668, il en soumit la messe et l’office à l’approbation épiscopale. Dans la circulaire envoyée pour la demande de la fête, il mit en avant que loin d’être novateur, il avait puisé dans les textes bibliques, en particulier ceux du prophète Ézéchiel, ainsi que dans la tradition cistercienne et bénédictine avec saint Bernard, sainte Mechtilde et sainte Gertrude d’Helfta. L’évêque donna son accord, et saint Jean Eudes put célébrer la première fête du Cœur de Jésus le 20 octobre 1672, quelques mois avant les apparitions de Paray-le-Monial. Le saint prêtre écrivait :

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         Il concluait qu’une telle fête nous donne l’occasion d’aimer le Seigneur « au nom de tous ceux qui ne L’aiment point », affirmation qu’allait confirmer et approfondir le message de Paray-le-Monial.

 

         Saint Jean Eudes, prêtre, Fondateur des Eudistes, Apôtres des Cœurs de Jésus et de Marie, (1601-1680). Son œuvre écrite Le Cœur admirable est lisible en ligne sur le site liberius.net.

 

jean eudes, sacré cœur, la france, prêtre, adoration         « C’est ce Cœur qui est le premier principe de tout bien et la source primitive de toutes les joies et de tous les délices du Paradis. C’est de là, ô mon très doux Jésus, c’est-à-dire de votre divin Cœur, comme d’une source première, principale et inépuisable, que découle dans le cœur des enfants de Dieu toute félicité, toute douceur, toute sérénité, tout repos, toute paix, toute joie, tout contentement, toute suavité, tout bonheur et tout bien… Oh ! quel avantage de puiser en cette divine source toutes sortes de biens ! Quel bonheur de boire et d’être enivré des eaux délicieuses de cette fontaine de sainteté !… Faites donc couler en abondance, ô Dieu d’amour, la bonne odeur de vos divins parfums, qui sont les vertus admirables de votre saint Cœur, dans le plus intime de mon cœur. »[3]

 

LE CŒUR ADMIRABLE DE LA TRÈS SACRÉE MÈRE DE DIEU par Jean Eudes : Méditation du Magnificat.

Photos :
1 - Portrait de Saint Jean Eudes : Paul Challan-Belval, vitrailliste à Chartres
2 - Vitrail du Sacré-Cœur de Montmartre (Photo : Sandrine Treuillard)

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La France & le Sacré Cœur

 
 
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[1] Extrait du livret Cœur de Jésus, Source de Miséricorde, ©Association Pour La Miséricorde Divine, 2011. Association Pour La Miséricorde Divine – 374, rue de Vaugirard, 75015 Paris. 01 45 03 17 60 - contact@pourlamisericordedivine.org. Ce livret me fut transmis par sœur Marie-Odile, Prieure du Monastère de la Visitation de Nevers, en juillet 2014 (Sandrine Treuillard).

[2] Cité par le Père Édouard Glotin in Voici ce Cœur qui nous a tant aimés, Éditions de l’Emmanuel, 2003, p.119.

[3] Le Cœur admirable, Livre XII.

LE CŒUR ADMIRABLE DE LA TRÈS SACRÉE MÈRE DE DIEU par Jean Eudes

LE CŒUR ADMIRABLE DE LA TRÈS SACRÉE MÈRE DE DIEU

LIVRE DIXIÈME

CONTENANT LE SACRÉ CANTIQUE DU TRÈS SAINT CŒUR

DE LA BIENHEUREUSE VIERGE, AVEC SON EXPLICATION.

StJeanEudesVitrail.jpg

 

CHAPITRE I

--Excellence de ce Cantique.

 

         Les divines Écritures contiennent plusieurs saints Cantiques qui ont été faits par de saintes femmes, à savoir, par Marie, la sœur de Moïse et d'Aaron, par Débora, par Judith, et par Anne, mère du prophète Samuel, pour rendre grâces à Dieu de plusieurs faveurs extraordinaires de sa divine Bonté. Mais le plus saint et le plus digne de tous les Cantiques est le Magnificat de la très sacrée Mère de Dieu, tant à raison de la dignité et sainteté de celle qui l'a fait, que pour les grands et admirables mystères qui y sont compris; comme aussi pour les miracles que Dieu a opérés par ce Cantique. Nous ne lisons point qu'il en ait fait aucun par les autres ; mais saint Thomas de Villeneuve, Archevêque de Valence, remarque[1] que ç'a été à la prononciation de ce Cantique que le Saint-Esprit a opéré plusieurs merveilles dans le saint Précurseur du Fils de Dieu, comme aussi dans son père et dans sa mère; et que l'expérience a fait voir plusieurs fois que c'est un excellent moyen pour chasser les démons des corps des possédés. Plusieurs autres graves auteurs rapportent divers miracles qui ont été faits par la récitation de ce même Cantique.

Saint Anselme écrit de soi-même[2], qu'étant travaillé de plusieurs maladies qui lui faisaient souffrir des douleurs très aiguës, il en fut guéri entièrement en récitant le Magnificat.

Césarius raconte d'un saint religieux, qui avait une dévotion particulière à la bienheureuse Vierge et spécialement en la récitation de ce Cantique, qu'étant proche de sa fin, cette même Vierge lui apparut, et lui déclara que dans sept jours il sortirait de ce monde ; ensuite de quoi elle lui donna sa bénédiction. Et le septième jour suivant, ce bon religieux étant à l'extrémité, elle lui apparut derechef, en la présence du Prieur du Monastère, accompagnée d'un grand nombre d'Anges et de Saints, et demeura présente jusqu'à ce que ce saint homme eût rendu son esprit à Dieu avec une joie qui n'est pas concevable.

Le Cardinal Jacques de Vitry écrit, dans la Vie de sainte Marie d'Ognies, qu'étant proche de la mort, et chantant ce Cantique de la Mère de Dieu, elle lui apparut, et l'avertit de recevoir le sacrement de l'Extrême-Onction. Après quoi elle se trouva présente à sa fin, avec plusieurs Saints, et même avec le Saint des saints, son Fils Jésus.

Tout ceci nous fait voir que c'est une chose très agréable à notre Sauveur et à sa divine Mère de réciter ce divin Cantique avec dévotion.

Nous ne trouvons point que la bienheureuse Vierge l'ait chanté ou prononcé publiquement plus d'une fois, pendant qu'elle était en ce monde ; mais on ne peut pas douter qu'elle ne l'ait récité et peut-être chanté plusieurs fois en son particulier.

Quelques auteurs rapportent qu'on l'a vue beaucoup de fois, en quelques églises, durant la célébration des Vêpres, environnée d'un grand nombre d'Anges, et qu'on l'a entendue chanter ce merveilleux Cantique avec eux et avec les prêtres, mais d'une manière si mélodieuse et si charmante, qu'il n'y a point de paroles qui la puisse exprimer.

Souvenez-vous aussi, quand vous chanterez ou réciterez ce Cantique virginal, de vous donner au Saint-Esprit, pour vous unir à la dévotion et à toutes les saintes dispositions avec lesquelles il a été chanté et récité par la bienheureuse Vierge, et par un nombre innombrable de Saints et de Saintes, qui l'ont chanté et récité si saintement.

 

CHAPITRE II

--Raisons pour lesquelles le Magnificat peut être appelé le Cantique du Cœur de la très sainte Vierge.

 Vitrail Jean Eudes Sacré Coeur Montmartre.jpg         J'appelle le Magnificat le Cantique sacré du très saint Cœur de la bienheureuse Vierge, pour plusieurs raisons.

Premièrement, parce qu'il a pris son origine dans ce divin Cœur, et qu'il en est sorti avant que de paraître en sa bouche.

Secondement, parce que sa bouche ne l'a prononcé que par le mouvement qu'elle en a reçu de son Cœur, et de son Cœur corporel, spirituel et divin. Car le Cœur corporel de cette divine Vierge étant rempli d'une joie sensible et extraordinaire, a porté sa très sainte bouche à chanter ce Magnificat avec une ferveur et une jubilation extraordinaire. Son Cœur spirituel étant tout ravi et transporté en Dieu, a fait sortir de sa bouche sacrée ces paroles extatiques : Et exultavit spiritus meus

in Deo salutari meo[3] : « Mon esprit est transporté de joie en Dieu mon Sauveur. »

Son Cœur divin, c'est-à-dire son divin Enfant, qui est résidant en ses bénites entrailles et demeurant dans son Cœur, et qui est l'âme de son âme, l'esprit de son esprit, le Cœur de son Cœur, est le premier auteur de ce Cantique. C'est lui qui met les pensées et les vérités qui y sont contenues dans l'esprit de sa divine Mère, et c'est lui qui prononce par sa bouche les oracles dont il est rempli.

Troisièmement, le Magnificat est le Cantique du Cœur de la Mère d'amour, c'est-à-dire le Cantique du Saint-Esprit, qui est l'Esprit et le Cœur du Père et du Fils, et qui est aussi le Cœur et l'Esprit de cette Vierge Mère, dont elle est tellement remplie et possédée, que sa présence et sa voix remplissent saint Zacharie, sainte Élisabeth, et l'enfant qu'elle porte dans son ventre, de ce même Esprit.

Enfin c'est le Cantique du Cœur et de l'amour de cette Vierge très aimable, parce que c'est le divin amour dont est tout embrasée qui lui fait prononcer toutes les paroles de ce merveilleux Cantique, qui, selon saint Bernardin, sont autant de flammes d'amour qui sont sorties de l'ardente fournaise du divin amour qui brûle dans le Cœur sacré de cette Vierge incomparable.

O Cantique d'amour, ô Cantique virginal du Cœur de la Mère d'amour, qui avez votre première origine dans le Cœur même du Dieu d'amour, qui est Jésus, et dans le Cœur de l'amour personnel et incréé, qui est le Saint-Esprit ; il n'appartient qu'à la très digne bouche de la Mère de la belle dilection de vous chanter et de vous prononcer. Les Séraphins même s'en réputent indignes. Comment est-ce donc que les pécheurs misérables, tels que nous sommes, osent proférer les divines paroles dont vous êtes composé, et passer par leurs bouches immondes les mystères ineffables que vous contenez ? Oh ! Avec quel respect et quelle vénération ce très saint Cantique doit-il être prononcé et chanté ! Oh ! quelle doit être la pureté de la langue et la sainteté de la bouche qui le prononce ! Oh ! quels feux et quelles flammes d'amour il doit allumer dans les Cœurs des ecclésiastiques et des personnes religieuses qui le récitent et le chantent si souvent ! Certainement il faudrait être tout Cœur et tout amour pour chanter et pour prononcer ce Cantique d'amour.

O Mère de la belle dilection, faites-nous participants, s'il vous plaît, de la sainteté, de la ferveur et de l'amour avec lequel vous avez chanté en la terre ce Cantique admirable, que vous chanterez à jamais dans le ciel, avec tous les Anges et tous les Saints, et nous obtenez de votre Fils la grâce d'être du nombre de ceux qui le chanteront éternellement avec vous, pour rendre grâces immortelles à la très adorable Trinité de toutes les choses grandes qu'elle a opérées en vous et par vous, et des grâces innombrables qu'elle a faites à tout le genre humain par votre moyen.

 

CHAPITRE III.

--Explication du premier verset :

Magnificat anima mea Dominum.

 

Vitrail 2 Coeus St Jean Eudes SC.jpg

         Ce premier verset ne contient que quatre paroles, mais qui sont pleines de plusieurs grands mystères. Pesons-les soigneusement au poids du sanctuaire, c'est-à-dire, considérons-les attentivement et avec un esprit d'humilité, de respect et de piété, pour nous animer à magnifier Dieu avec la bienheureuse Vierge pour les choses grandes et merveilleuses qu'il a opérées en elle, par elle, pour elle et pour nous aussi.

Voici la première parole : Magnificat. Que veut dire cette parole ? Qu'est-ce que magnifier Dieu ? Peut-on magnifier celui dont la grandeur et la magnificence sont immenses, infinies et incompréhensibles ? Nullement cela est impossible, et impossible à Dieu même, qui ne peut pas se faire plus grand qu'il est. Nous ne pouvons pas magnifier, c'est-à-dire faire Dieu plus grand en lui-même, puisque ses divines perfections étant infinies ne peuvent recevoir aucun accroissement en elles-mêmes ; mais nous le pouvons magnifier en nous. Toute âme sainte, dit saint Augustin[4], peut concevoir le Verbe éternel en soi-même, par le moyen de la foi ; elle peut l'enfanter dans les autres âmes par la prédication de la divine parole ; et elle peut le magnifier en l'aimant véritablement, afin qu'elle puisse dire : Mon âme magnifie le Seigneur. Magnifier le Seigneur, dit le même saint Augustin, c'estadorer, louer, exalter sa grandeur immense, sa majesté suprême, ses excellences etperfections infinies.

Nous pouvons magnifier Dieu en plusieurs manières. 1. Par nos pensées, ayant une très haute idée et une très grande estime de Dieu et de toutes les choses de Dieu. 2. Par nos affections, en aimant Dieu de tout notre Cœur et par-dessus toutes choses. 3. Par nos paroles, en parlant toujours de Dieu et de toutes les choses qui le regardent avec un très profond respect, et en adorant et exaltant sa puissance infinie, sa sagesse incompréhensible, sa bonté immense et ses autres perfections. 4. Par nos actions, en les faisant toujours pour la seule gloire de Dieu. 5. En pratiquant ce que le Saint-Esprit nous enseigne en ces paroles : Humilia te in omnibus, et coram Deo invenies gratiam, quoniam magna potentia Dei solius, et ab humilibus honoratur[5] : « Humiliez-vous en toutes choses, et vous trouverez grâce devant Dieu, d'autant que la grande et souveraine puissance n'appartient qu'à lui seul, et il est honoré par les humbles. » 6. En portant les croix que Dieu nous envoie, de grand Cœur pour l'amour de lui. Car il n'y a rien qui l'honore davantage que les souffrances, puisque notre Sauveur n'a pas trouvé de moyen plus excellent pour glorifier son Père, que les tourments et la mort de la croix. Enfin magnifier Dieu, c'est le préférer et l'exalter par-dessus toutes choses, par nos pensées, par nos affections, par nos actions, par nos humiliations et par nos mortifications.

Mais, hélas ! nous faisons souvent tout le contraire ; car au lieu de l'exalter, nous l'abaissons ; au lieu de le préférer à toutes choses, nous préférons les créatures au Créateur ; au lieu de préférer ses volontés, ses intérêts, sa gloire et son contentement à nos volontés, à nos intérêts, à notre honneur et à nos satisfactions, nous faisons tout le contraire, nous postposons Jésus à Barrabas. N'est-ce pas ce que font tous les jours les pécheurs ? O chose épouvantable ! Dieu a élevé l'homme au plus haut trône de la gloire et de la grandeur par son Incarnation ; et l'homme ingrat et détestable abaisse et humilie son Dieu jusqu'au plus profond du néant. Oui, jusqu'au plus profond du néant, puisque celui qui pèche mortellement préfère un chétif intérêt temporel, un infâme plaisir d'un moment et un peu de fumée d'un honneur passager, à son Dieu et à son Créateur ; et que même il l'anéantit autant qu'il est en lui, selon ces paroles de saint Bernard : Deum, in quantum in se est, perimit ; ne voulant point d'autre Dieu que soi-même et ses passions déréglées.

Ce n'est pas ainsi que vous en usez, Ô Vierge sainte ! Car vous avez toujours magnifié Dieu très hautement et très parfaitement, depuis le premier moment de votre vie jusqu'au dernier. Vous l'avez toujours magnifié très excellemment, par toutes vos pensées, par toutes vos affections, par toutes vos paroles, par toutes vos actions, par votre très profonde humilité, par toutes vos souffrances, par la pratique en souverain degré de toutes les vertus, et par le très saint usage que vous avez fait de toutes les puissances de votre âme et de tous vos sens intérieurs et extérieurs. Enfin vous seule l'avez glorifié plus dignement et magnifié plus hautement que toutes les créatures ensemble.

Venons à la seconde parole de notre Cantique, qui est anima : « Mon âme magnifie le Seigneur ». Remarquez que la bienheureuse Vierge ne dit pas Je magnifie, mais Mon âme magnifie le Seigneur, pour montrer qu'elle le magnifie du plus intime de son Cœur et de toute l'étendue de ses puissances intérieures. Elle ne le magnifie pas aussi seulement de sa bouche et de sa langue, de ses mains et de ses pieds ; mais elle emploie toutes les facultés de son âme, son entendement, sa mémoire, sa volonté et toutes les puissances de la partie supérieure et inférieure de son âme, et elle épuise toutes les forces de son intérieur et de son extérieur pour louer, glorifier et magnifier son Dieu. Et elle ne le magnifie pas seulement en son nom particulier, ni pour satisfaire aux obligations infinies qu'elle a de le faire, à raison des faveurs inconcevables qu'elle a reçues de sa divine Bonté ; mais elle le magnifie au nom de toutes les créatures, et pour toutes les grâces qu'il a faites à tous les hommes, s'étant fait homme pour les faire dieux et pour les sauver tous, s'ils veulent correspondre aux desseins de l'amour inconcevable qu'il a pour eux.

Voici la troisième parole : mea, « mon âme ». Quelle est cette âme que la bienheureuse Vierge appelle son âme ?

Je réponds à cela premièrement, que je trouve un grand auteur[6] qui dit que cette âme de la bienheureuse Vierge, c'est son Fils Jésus, qui est l'âme de son âme.

Secondement, je réponds que ces paroles, anima mea comprennent en premier lieu l'âme propre et naturelle qui anime le corps de la sacrée Vierge ; en second lieu, l'âme du divin Enfant qu'elle porte en ses entrailles, qui est unie si étroitement à la sienne, que ces deux âmes ne font en quelque manière qu'une seule âme, puisque l'enfant qui est dans les entrailles maternelles n'est qu'un avec sa mère. En troisième lieu, que ces paroles, anima mea, mon âme, marquent et renferment toutes les âmes créées à l'image et à la ressemblance de Dieu, qui ont été, sont et seront dans tout l'univers. Car si saint Paul nous assure que le Père éternel nous a donné toutes choses en nous donnant son Fils : Cum ipso omnia nobis donavit[7], il est sans doute qu'en le donnant à sa divine Mère, il lui a donné aussi toutes choses. À raison de quoi toutes les âmes sont à elle. Et comme elle n'ignore pas cela, et qu'elle connaît aussi très bien qu'elle est en obligation de faire usage de tout ce que Dieu lui a donné, pour son honneur et pour sa gloire, lorsqu'elle prononce ces paroles, Mon âme magnifie le Seigneur, regardant toutes les âmes qui ont été, sont et seront, comme des âmes qui lui appartiennent, elle les embrasse toutes pour les unir à l'âme de son Fils et à la sienne, et pour les employer à louer, exalter et magnifier celui qui est descendu du ciel et qui s'est incarné dans son sein virginal pour opérer le grand œuvre de leur Rédemption.

Nous voici à la dernière parole du premier verset : Dominum : « Mon âme magnifie le Seigneur. »

Quel est ce Seigneur que la bienheureuse Vierge magnifie ? C'est celui qui est le Seigneur des seigneurs, et le Seigneur souverain et universel du ciel et de la terre.

Ce Seigneur est le Père éternel, ce Seigneur est le Fils, ce Seigneur est le Saint-Esprit, trois personnes divines qui ne sont qu'un Dieu et un Seigneur, et qui n'ont qu'une même essence, puissance, sagesse, bonté et majesté. La très sacrée Vierge loue et magnifie le Père éternel de l'avoir associée avec lui dans sa divine paternité, la rendant Mère du même Fils dont il est le Père. Elle magnifie le Fils de Dieu, de ce qu'il a bien voulu la choisir pour sa Mère et être son véritable Fils. Elle magnifie le Saint-Esprit, de ce qu'il a voulu accomplir en elle la plus grande de ses œuvres, c'est-à-dire le mystère adorable de l'Incarnation. Elle magnifie le Père, le Fils et le Saint-Esprit des grâces infinies qu'ils ont faites et qu'ils ont dessein de faire à tout le genre humain.

Apprenons d'ici qu'un des principaux devoirs que Dieu demande de nous, et une de nos plus grandes obligations vers sa divine Majesté, est la reconnaissance de ses bienfaits, dont nous devons lui rendre grâces de tout notre Cœur et avec une affection très particulière. Ayons donc soin d'imiter en ceci la glorieuse Vierge, et de dire souvent avec elle : Magnificat anima mea Dominum, pour remercier la très sainte Trinité, non seulement de toutes les grâces que nous avons reçues, mais aussi de tous les biens qu'elle a jamais faits à toutes ses créatures. Et en disant ces paroles : anima mea, souvenons-nous que le Père éternel, en nous donnant son Fils, nous a donné toutes choses avec lui, et par conséquent que les âmes saintes de Jésus et de sa divine Mère, et toutes les autres âmes généralement sont à nous : À raison de quoi nous pouvons et devons en faire usage pour la gloire de celui qui nous les a données, par un grand désir de louer et glorifier Dieu de tout notre Cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces, comprenant en ces paroles tous les Cœurs et toutes les âmes de l'univers, qui sont nôtres et que nous voulons unir ensemble, n'en faisant qu'un Cœur et qu'une âme pour l'employer à louer notre Créateur et notre Sauveur.

 

CHAPITRE IV

--Explication du second verset :

Et exultavit spiritus meus in Deo salutari meo :

« Mon esprit est transporté de joie en Dieu mon Sauveur. »

 

Vitrail 2 Coeus St Jean Eudes SC.jpg         Ces divines paroles prononcées de la bouche sacrée de la Mère du Sauveur, nous déclarent la joie ineffable et incompréhensible dont son Cœur, son esprit et son âme, avec toutes ses facultés, ont été remplies et saintement enivrées au moment de l'Incarnation du Fils de Dieu en elle, et pendant qu'elle l'a porté dans ses bénites entrailles ; et même durant tout le reste de sa vie, selon Albert le Grand et quelques autres Docteurs. Joie qui a été si excessive, spécialement au moment de l'Incarnation, que, comme son âme sainte a été séparée de son corps au dernier instant de sa vie, par la force de son amour vers Dieu et par l'abondance de la joie qu'elle avait de se voir sur le point d'aller avec son Fils dans le ciel ; elle serait morte aussi de joie en la vue des bontés inénarrables de Dieu au regard d'elle et au regard de tout le genre humain, si elle n'avait été conservée en vie par miracle. Car, si l'histoire nous fait foi que la joie a fait mourir plusieurs personnes, en la vue de quelques avantages temporels qui leur étaient arrivés, il est très croyable que cette divine Vierge en serait morte aussi, si elle n'avait été soutenue par la vertu du divin Enfant qu'elle portait en ses entrailles virginales, vu qu'elle avait les plus grands sujets de joie qui aient jamais été et qui seront jamais.

Car, 1. Elle se réjouissait en Dieu, in Deo, c'est-à-dire de ce que Dieu est infiniment puissant, sage, bon, juste et miséricordieux ; et de ce qu'il fait éclater d'une manière si admirable sa puissance, sa bonté et tous ses autres divins attributs au mystère de l'Incarnation et de la Rédemption du monde.

2. Elle se réjouissait en Dieu son Sauveur, de ce qu'il est venu en ce monde pour la sauver et racheter premièrement et principalement, en la préservant du péché originel, et en la comblant de ses grâces et de ses faveurs, avec tant de plénitude, qu'il l'a rendue la Médiatrice et la Coopératrice avec lui du salut de tous les hommes.

3. Son Cœur était comblé de joie de ce que Dieu l'a regardée des yeux de sa bénignité, c'est-à-dire a aimé et approuvé l'humilité de sa servante, dans laquelle il a pris un contentement et une complaisance très singulière. C'est ici, dit saint Augustin[8], la cause de la joie de Marie, parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante ; comme si elle disait : Je me réjouis de la grâce que Dieu m'a faite, parce que c'est de lui que j'ai reçu le sujet de cette joie ; et je me réjouis en lui, parce que j'aime ses dons pour l'amour de lui.

4. Elle se réjouissait des choses grandes que sa toute-puissante Bonté a opérées en elle, qui sont les plus grandes merveilles qu'il ait jamais faites en tous les siècles passés, et qu'il fera en tous les siècles à venir, ainsi que nous verrons ci-après, dans l'explication du quatrième verset.

5. Elle se réjouissait non seulement des faveurs qu'elle a reçues de Dieu, mais aussi des grâces et des miséricordes qu'il a répandues sur tous les hommes qui veulent se disposer à les recevoir.

6. Elle se réjouissait non seulement de la bonté de Dieu au regard de ceux qui n'y mettent point d'empêchement, mais aussi des effets de sa justice sur les superbes, qui méprisent ses libéralités.

Outre cela la bienheureuse Vierge se réjouissait d'une autre chose fort particulière, et qui est digne de sa bonté incomparable. C'est saint Antonin qui la met en avant[9], et je la rapporte ici, afin que cela nous excite à aimer et servir celle qui a tant d'amour pour nous. Voici ce que c'est : Saint Antonin, expliquant ces paroles : Exultavit spiritus meus, dit qu'il les faut entendre comme celles que notre Sauveur a dites en la croix : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum[10] : « Mon Père, je recommande mon esprit entre vos mains », c'est-à-dire je vous recommande, dit saint Antonin, tous ceux qui seront unis à moi par la foi et par la charité. Car celui qui adhère à Dieu n'est qu'un esprit avec lui : Qui enim adhaeret Deo, unus spiritus est cum eo[11]. Semblablement la Mère du Sauveur (c'est toujours saint Antonin qui parle), étant toute ravie et comme extasiée et transportée en Dieu, lorsqu'elle prononce ces paroles : Exultavit spiritus meus, etc., elle voit en esprit une multitude presque innombrable de ceux qui auront une dévotion et affection particulière pour elle, et qui seront du nombre des prédestinés, dont elle reçoit une joie inconcevable.

Cela étant ainsi, qui est-ce qui ne se portera point à aimer cette Mère toute bonne et toute aimable, qui a tant d'amour pour ceux qui l'aiment, qu'elle les regarde et les aime comme son esprit, son âme et son Cœur ? Écoutons ce que le bienheureux Lansperge dit à chacun de nous, pour nous porter à cela[12] :

« Je vous exhorte, mon cher fils, d'aimer notre très sainte Dame et notre divine Maîtresse. Car si vous désirez vous garantir d'une infinité de périls et de tentations dont cette vie est pleine, si vous désirez trouver de la consolation et n'être point accablé de tristesse dans vos adversités, si enfin vous souhaitez d'être uni inséparablement avec notre Sauveur, ayez une vénération et une affection singulière pour sa très pure, très aimable, très douce, très fidèle, très gracieuse et très puissante Mère. Car, si vous l'aimez véritablement et que vous tâchiez de l'imiter soigneusement, vous expérimenterez qu'elle vous sera aussi une Mère pleine de douceur et de tendresse, et qu'elle est si peine de bonté et de miséricorde, qu'elle ne méprise personne et qu'elle ne délaisse aucun de ceux qui l'invoquent : n'ayant point de plus grand désir que d'élargir les trésors des grâces que son Fils lui a mis entre les mains, à tous les pécheurs. Quiconque aime cette Vierge immaculée est chaste ; quiconque l'honore est dévot ; quiconque l'imite est saint.

Personne ne l'aime sans ressentir les effets de son amour réciproque ; pas un de ceux qui lui ont dévotion ne peut périr ; pas un de ceux qui tâchent de l'imiter ne peut manquer d'acquérir le salut éternel. Combien a-t-elle reçu, dans le sein de sa miséricorde, de misérables pécheurs qui étaient comme dans le désespoir et dans l'abandon à toutes sortes de vices, et qui avaient déjà, s'il faut ainsi dire, un pied dans l'enfer, et qu'elle n'a pas néanmoins rejetés, lorsqu'ils ont eu recours à sa piété ; mais qu'elle a arrachés de la gueule du dragon infernal, les réconciliant avec son Fils, et les remettant dans le chemin du paradis ? Car c'est une grâce, un privilège et un pouvoir que son Fils lui a donné, qu'elle puisse amener à la pénitence ceux qui l'aiment, à la grâce ceux qui lui sont dévots, et à la gloire du ciel ceux qui s'efforcent de l'imiter.»

Si vous désirez savoir maintenant ce qu'il faut faire pour aimer et louer le Fils et la Mère, et pour rendre grâce à Dieu avec elle de toutes les joies qu'il lui a données, écoutez ce qu'elle-même dit un jour à sainte Brigitte[13] :

« Je suis, lui dit-elle, la Reine du ciel. Vous êtes en soin de quelle manière vous me devez louer. Sachez pour certain que toutes les louanges que l'on donne à mon Fils sont mes louanges, et quiconque le déshonore me déshonore ; parce que je l'ai aimé si tendrement, et il m'a aimée si ardemment, que lui et moi nous n'étions qu'un Cœur. Et il m'a tant honorée, moi qui n'étais qu'un chétif vaisseau de terre, qu'il m'a exaltée par-dessus tous les Anges. Voici donc comme vous devez me louer, en bénissant mon Fils. Béni soyez-vous, ô mon Dieu, Créateur de toutes choses, qui avez daigné descendre dans les sacrées entrailles de la Vierge Marie ! Béni soyez-vous, ô mon Dieu, qui avez daigné prendre une chair immaculée et sans péché de la Vierge Marie, et qui avez demeuré en elle l'espace de neuf mois, sans lui causer aucune incommodité. Béni soyez-vous, ô mon Dieu, qui étant venu en Marie par votre admirable Incarnation, et en étant sorti par votre Naissance ineffable, l'avez comblée intérieurement et extérieurement d'une joie incompréhensible. Béni soyez-vous, ô mon Dieu, qui, après votre Ascension, avez souvent rempli cette divine Marie, votre Mère, de vos célestes consolations ; et qui l'avez souvent visitée et consolée par vous-même ! Béni soyez-vous, ô mon Dieu, qui avez transporté dans le ciel le corps et l'âme de cette glorieuse Vierge, et qui l'avez établie par-dessus tous les Anges, dans un trône très sublime proche de votre divinité !

Faites-moi miséricorde par ses prières et pour l'amour d'elle. »

Voici encore une des joies de la Reine du ciel, qui sont marquées en ces paroles : Exultavit spiritus meus, etc., laquelle surpasse infiniment toutes les autres : C'est que plusieurs saints Pères et graves Docteurs écrivent que cette Vierge Mère étant comme extasiée et transportée en Dieu, au moment de l'Incarnation de son Fils en elle, fut remplie des joies inconcevables que les Bienheureux possèdent dans le ciel, et qu'elle fut ravie jusqu'au troisième ciel, là où elle eut le bonheur de voir Dieu face à face et très clairement. La preuve que ces saints Pères en apportent est parce que c'est une maxime indubitable parmi eux, que tous les privilèges dont le Fils de Dieu a honoré ses autres Saints, il les a communiqués à sa divine Mère. Or, saint Augustin, saint Chrysostome, saint Ambroise, saint Basile, saint Anselme, saint Thomas et plusieurs autres ne font point de difficulté de dire que saint Paul, étant encore ici-bas, vit l'essence de Dieu, lorsqu'il fut ravi au troisième ciel. Qui peut douter après cela que la Mère de Dieu, qui a toujours vécu dans une très parfaite innocence, et qui l'a plus aimé elle seule que tous les Saints ensemble, n'ait joui de cette même faveur, non pas une fois seulement, mais plusieurs, spécialement au moment heureux de la conception de son Fils ? C'est le sentiment de saint Bernard, d'Albert le Grand, de saint Antonin et de beaucoup d'autres. « O bienheureuse Marie, s'écrie le saint abbé Rupert[14], ç'a été pour lors qu'un déluge de joie, une fournaise d'amour et un torrent de délices célestes est venu fondre sur vous, et vous a toute absorbée et enivrée, et vous a fait ressentir ce que jamais œil n'a vu, ni oreille entendu, ni Cœur humain compris. »

Apprenons de là que les enfants du siècle sont dans une erreur très pernicieuse et se trompent lourdement, de s'imaginer qu'il n'y a point de joie ni de contentement en ce monde, mais qu'il n'y a que tristesse, amertume et affliction pour ceux qui servent Dieu. Oh ! tromperie insupportable ! oh ! mensonge détestable, qui ne peut procéder que de celui qui est le père de toutes les erreurs et de toutes les faussetés.

N'oyons-nous pas la voix de la Vérité éternelle qui crie : Tribulation et angoisse à toute âme de l'homme qui fait le mal ; mais gloire, honneur et paix à tous ceux qui font le bien[15] ; et que le Cœur de l'impie est semblable à une mer qui est toujours agitée, troublée et bouleversée : Cor impii quasi mare fervens[16] ; et que la crainte de Dieu change les Cœurs de ceux qui l'aiment, en un paradis de joie, d'allégresse, de paix, de contentement et de délices inexplicables : Timor Domini delectabit cor, et dabit laetitiam et gaudium[17] ; et que les vrais serviteurs de Dieu possèdent une félicité plus solide, plus véritable et plus grande, même au milieu des plus fortes tribulations, que tous les plaisirs de ceux qui suivent le parti de Satan.

N'entendez-vous pas saint Paul qui assure : qu'il est rempli de consolation et qu'il nage dans la joie au milieu de toutes ses tribulations[18] ?

Voulez-vous connaître ces vérités par l'expérience ? Gustate et videte quoniam suavis est Dominus[19] : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est plein de bonté, d'amour et de douceur pour ses véritables amis. » Mais si vous désirez faire cette expérience, il est nécessaire de renoncer aux faux plaisirs et aux trompeuses délices du monde, c'est-à-dire du moins aux plaisirs illicites qui déplaisent à Dieu et qui sont incompatibles avec le salut éternel ; car le Saint-Esprit nous déclare que nous ne pouvons pas boire de la coupe du Seigneur et de la coupe des démons : et qu'il est impossible de manger à la table de Dieu et à la table des diables : Non potestis calicem Domini bibere et calicem daemoniorum, non potestis mensa Domini participes esse, et mensa daemoniorum[20]. Si donc vous désirez manger à la table du Roi du ciel et boire dans sa coupe, renoncez tout à fait à la table de l'enfer et à la coupe des diables, et alors vous expérimenterez combien ces divines paroles sont véritables : Inebriabuntur ab ubertate domus tua, et torrente voluptatis tua potabis eos[21] « Oui, Seigneur, vous abreuverez, vous rassasierez et vous enivrerez vos enfants de l'abondance des biens de votre maison, et des torrents de vos délices. »

O Vierge sainte, imprimez dans nos Cœurs une participation du mépris, de l'aversion et du détachement que votre Cœur virginal a toujours porté des faux plaisirs de la terre, et nous obtenez de votre Fils la grâce de mettre tout notre contentement, notre joie et nos délices à l'aimer et glorifier, et à vous servir et honorer de tout notre Cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces.

 

CHAPITRE V.

--Explication du troisième verset :

Quia respexit humilitatem ancillae suae :

ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

 

         Pour bien entendre ce verset, il le faut joindre avec le précédent dont il est la suite, en cette manière : Mon esprit est ravi et tout transporté de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante ; car voilà que désormais toutes les générations me diront bienheureuse.

Ce verset contient deux choses principales, dont la première est exprimée en ces paroles : Il a regardé l'humilité de sa servante. Quelle est cette humilité dont la bienheureuse Vierge parle ici ? Les sentiments des saints Docteurs sont partagés là-dessus. Quelques uns disent qu'entre toutes les vertus, l'humilité est la seule qui ne se regarde et ne se connaît point elle-même ; car celui qui se croit humble est superbe. À raison de quoi, quand la bienheureuse Vierge dit que Dieu a regardé son humilité, elle parle, non pas de la vertu d'humilité, mais de sa bassesse et de son abjection.

Mais les autres disent que l'humilité d'une âme ne consiste pas à ignorer les grâces que Dieu lui a faites, et les vertus qu'il lui a données, mais à lui renvoyer ses dons et à ne garder pour elle que le néant et le péché ; et que le Saint-Esprit, parlant par la bouche de cette divine Vierge, nous veut donner à entendre qu'entre toutes ces vertus, il a regardé, aimé et approuvé principalement son humilité, parce que, s'étant abaissée au-dessous de toutes choses, cette humilité a porté sa divine Majesté à l'élever par-dessus toutes les créatures en la faisant Mère du Créateur. O vraie humilité, s'écrie saint  Augustin[22], qui a enfanté Dieu aux hommes, et qui a donné la vie aux mortels. L'humilité de Marie est l'échelle du ciel par laquelle Dieu est descendu en la terre. Car qu'est-ce que dire respexit, il a regardé, sinon approbavit, il a approuvé ? Il y en a plusieurs qui paraissent humbles devant les hommes, mais leur humilité n'est point regardée de Dieu. Car s'ils étaient véritablement humbles, ils ne se plairaient pas dans les louanges des hommes, et leur esprit ne se réjouirait point en l'applaudissement de ce monde, mais en Dieu.

« Il y a deux sortes d'humilité, dit saint Bernard[23]. La première est la fille de la vérité, et celle-ci est froide et sans chaleur. La seconde est la fille de la charité, et celle-là nous enflamme. La première consiste en la connaissance, et la seconde en l'affection. Par la première, nous connaissons que nous ne sommes rien, et nous apprenons celle-ci de nous-mêmes et de notre propre misère et infirmité. Par la seconde, nous foulons aux pieds la gloire du monde, et nous apprenons celle-ci de celui qui s'est anéanti soi-même, et qui s'est enfui lorsqu'on l'a cherché pour l'élever à la gloire de la royauté ; et qui, au lieu de s'enfuir, s'est offert volontairement quand on l'a cherché pour le crucifier et pour le plonger dans un abîme d'opprobres et d'ignominies. »

La bienheureuse Vierge a possédé en souverain degré ces deux sortes d'humilité, spécialement la seconde ; et saint Augustin, saint Bernard, Albert le Grand, saint Bonaventure, saint Thomas et plusieurs autres, tiennent que ces paroles que le Saint-Esprit a prononcées par la bouche de cette très humble Vierge : Respexit humilitatem, s'entendent de la vraie humilité.

Si vous demandez pourquoi Dieu a plutôt regardé l'humilité de la très sacrée Vierge ; que sa pureté et ses autres vertus, vu qu'elles étaient toutes en elle en un très haut degré, Albert le Grand vous répondra, avec saint Augustin, qu'il a regardé plutôt son humilité, parce qu'elle lui était plus agréable que sa pureté[24]. « La virginité est bien louable, dit saint Bernard[25], mais l'humilité est nécessaire. Celle-là est de conseil celle-ci est de commandement. Vous pouvez être sauvé sans la virginité, mais il n'y a point de salut sans l'humilité. Sans l'humilité, j'ose dire que la virginité de Marie n'aurait point été agréable à Dieu. Si Marie n'était point humble, le Saint-Esprit ne serait point descendu en elle ; et s'il n'était point descendu en elle, elle ne serait point Mère de Dieu. Elle a plu à Dieu par sa virginité, mais elle a conçu le Fils de Dieu par son humilité. D'où il faut inférer que ç'a été son humilité qui a rendu sa virginité agréable à sa divine Majesté. »

O sainte humilité, c'est toi qui nous as donné un Homme-Dieu et une Mère de Dieu, et par conséquent c'est toi qui nous as donné toutes les grâces, toutes les faveurs, toutes les bénédictions, tous les privilèges et tous les trésors que nous possédons en la terre, et que nous espérons posséder un jour dans le ciel. C'est toi qui détruis tous les maux, et qui es la source de tous les biens. Oh ! combien devons-nous estimer, aimer et désirer cette sainte vertu ! Oh ! avec quelle ferveur la devons-nous demander à Dieu ! Oh ! avec qu'elle ardeur devons-nous rechercher et embrasser tous les moyens nécessaires pour l'acquérir ! Quiconque n'a point d'humilité, n'a rien ; et quiconque a l'humilité, a toutes les autres vertus. De là vient qu'il semble, à entendre parler le Saint-Esprit par la bouche de l'Église, que le Père éternel n'a envoyé son Fils en ce monde pour s'incarner et pour y être crucifié, qu'afin de nous enseigner l'humilité par son exemple. C'est ce que la sainte Église dit à Dieu dans cette oraison du dimanche des Rameaux : Omnipotens sempiterne Deus, qui humano generi, ad imitandum humilitatis exemplum, Salvatorem nostrum carnem sumere et crucem subire fecisti, etc. Quod diabolus, dit un saint Père, per superbiam dejecit, Christus per humilitatem erexit[26] « Ce que le démon a détruit par la superbe, le Sauveur l'a rétabli par l'humilité. »

Apprenons de là combien la superbe est formidable et détestable. Comme l'humilité est la source de tous les biens, l'orgueil est le principe de tous les maux Initium peccati[27], et selon le grec, Initium omnis peccati, ou selon la diction syriaque, Fons peccati superbia : « Le commencement et le principe du péché et de tout péché c'est la superbe », que le Saint-Esprit appelle une apostasie, Apostatare a Deo[28]. D'où il s'ensuit que le péché étant la source de tous les maux et de tous les malheurs de la terre et de l'enfer, il les faut tous attribuer à la superbe. De sorte que représentez-vous un nombre innombrable d'Anges, que Dieu avait créés au commencement du monde, plus beaux et plus brillants que le soleil, qui sont changés en autant de diables horribles, chassés du paradis, précipités dans l'enfer et condamnés à des supplices éternels. Quelle est la cause de ce malheur ? C'est la superbe de ces esprits apostats. Représentez-vous tous les blasphèmes que ces créatures rebelles à leur Créateur vomiront éternellement contre lui dans l'enfer, avec tant de millions et de milliasses de péchés qu'ils ont fait commettre et qu'ils feront commettre aux hommes en tout l'univers, jusqu'à la fin du monde, par leurs tentations. Quelle est la cause de tous ces maux ? C'est la superbe. Mettez-vous devant les yeux tant et tant de millions d'âmes qui se sont perdues par l'impiété de Mahomet ; par l'hérésie d'Arius, qui a duré trois cents ans ; par celles de Nestorius, de Pélagius, de Luther, de Calvin et de plusieurs autres hérésiarques. Qui est-ce qui a perdu toutes ces âmes ? C'est la superbe, qui est la mère de toutes les hérésies, dit saint Augustin : Mater haeresum superbia. Enfin imaginez-vous tant de milliasses d'âmes qui brûlent et qui brûleront éternellement dans les flammes dévorantes de l'enfer. Quelle est la cause d'un si effroyable désastre, sinon la superbe du premier ange et la superbe du premier homme, qui sont les deux sources de tous les crimes, et par conséquent de tous les malheurs qui en procèdent ? On n'a jamais pu, dit saint Prosper, on ne peut et on ne pourra jamais faire aucun péché sans superbe ; car tout péché n'est autre chose sinon un mépris de Dieu : Nullum peccatum fieri potest, potuit, aut poterit, sine superbia ; siquidem nihil aliud est omne peccatum, nisi contemptus Dei[29].

Les autres vices, dit saint Grégoire le Grand, combattent seulement les vertus qui leur sont contraires ; mais la superbe, qui est la racine de tous les vices, ne se contente pas de détruire une vertu, c'est une peste générale qui les fait toutes mourir[30]. « Comme la superbe, dit saint Bernard, est l'origine de tous les crimes, elle est aussi la ruine de toutes les vertus ». « L'ambition, dit le même Saint[31], est un mal subtil, un poison secret, une peste cachée, une ouvrière de tromperie, la source de l'hypocrisie, la mère de l'envie, l'origine des vices, le foyer des crimes, la rouille des vertus, la teigne de la sainteté, l'aveuglement des Cœurs, qui change les remèdes en maux et la médecine en venin. Combien d'âmes ont été étouffées par cette peste ? Combien a-t-elle dépouillé de chrétiens de la robe nuptiale, pour les jeter dans les ténèbres extérieures ? »

Quand la superbe, dit saint Grégoire le Grand[32], a pris possession d'un Cœur, elle le livre aussitôt à la fureur et au pillage des sept principaux vices, qui sont les capitaines de son armée. Mais elle l'asservit principalement à la tyrannie de l'impudicité ; car le Saint-Esprit nous déclare que la superbe a été la cause des abominations et de la perdition des Sodomites : Haec fuit iniquitas Sodomae superbia[33].

Tout superbe, dit un saint Père, est rempli du démon : Quisquis superbus est, daemone plenus est[34]. L'on ne discerne point les enfants de Dieu d'avec les enfants du diable que par l'humilité et par la superbe : Non discernuntur filii Dei et filii diaboli, nisi humilitate atque superbia[35]. Quand vous verrez un superbe, ne doutez point que ce ne soit un enfant de Satan ; mais quand vous verrez un homme humble, croyez assurément que c'est un enfant de Dieu : Quemcumque superbum videris, diaboli esse filium non dubites ; quemcumque humilem conspexeris, Dei esse filium confidenter credere debes.

Si donc nous redoutons d'être au rang des esclaves de Satan, et si nous désirons d'être du nombre des enfants de Dieu, ayons en horreur l'ambition, l'orgueil, la superbe, la présomption et la vanité ; déclarons une guerre mortelle à ces monstres d'enfer, et ne souffrons point qu'ils aient jamais aucune part en nos pensées, en nos sentiments, en nos paroles et en nos actions ; mais efforçons-nous autant que nous pourrons, avec la grâce de Dieu, d'y établir le règne de la très sainte humilité de Jésus et de Marie.

O Jésus, le Roi des humbles, faites-nous la grâce, s'il vous plaît, de bien apprendre la divine leçon que vous nous avez faite par ces saintes paroles : Apprenez de moi que je suis doux et humble de Cœur[36].

O Marie, la Reine des humbles, c'est à vous qu'il appartient de briser la tête du serpent, qui est l'orgueil et la superbe. Écrasez-la donc entièrement dans nos Cœurs, et nous rendez participants de votre sainte humilité, afin que nous puissions chanter éternellement avec vous : Respexit humilitatem ancillae suae, pour rendre grâce à la très sainte Trinité, de ce qu'elle a pris tant de complaisance en votre humilité, qu'elle vous a rendue digne par ce moyen d'être la Mère du Sauveur de l'univers, et de coopérer avec lui au salut de tous les hommes.

 

StJeanEudesVitrail.jpgSaint Jean Eudes

Œuvres complètes
Le Cœur admirable de la Très Sainte Mère de Dieu
Tome 8

eudistes.org

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Vitrail : Portrait
de saint Jean Eudes

par Paul Challan Belval
Chartres

 

D’après les ŒUVRES COMPLÈTES DU VÉNÉRABLE JEAN EUDES
MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE
Instituteur de la Congrégation de Jésus et Marie de l'Ordre de Notre-Dame de Charité
et de la Société des Enfants du Cœur admirable de la Mère de Dieu
AUTEUR DU CULTE LITURGIQUE DES SS. CŒURS DE JÉSUS ET DE MARIE
ÉDITION ENTIÈREMENT CONFORME AU TEXTE ORIGINAL
AVEC DES INTRODUCTIONS ET DES NOTES
TOME VIII
Le Cœur admirable de la Très Sainte Mère de Dieu
Livre X-XII
OPUSCULES SUR LES SACRÉS CŒURS
VANNES
IMPRIMERIE LAFOLYE FRÈRES
1908
Numérisé par cotejr8@videotron.ca



[1] «Hoc est illud dulcissimum decachordum, quo citharista propheticus toties gloriatur: hoc daemon expellitur, Praecursor sanctificatur, puer exultat, mater prophetat. Hoc decachordo etiam nunc cum devote concinitur, iniquas cordis susgestiones propulsari, lubricas carnis tentationes emolliri, daemones pessimos effugari merito crediderim. » D. Thom. a Villanova, Concio de Visit. B. Virg.
[2] 1. In lib. Miracul.
[3] 1. Luc. I, 47.
[4] « Quaecumque anima sancta Verbum concipere potest credendo, parere praedicando, magnificareamando, ut dicat: Magnificat anima mea Dominum » Serm. de Assumpt.
[5] Eccli. III, 20. 21.
[6] « Magnificat anima mea Dominum; Filius meus, qui non jam dimidium animae meae, sed est toa anima mea, magnificat nunc, per passionem suam, Dominum meum Deum, Patrem suum, Sponsum meum. Anima mea Filius meus, qui me corpore simul et anima vivam fecit...» vigerius, in suo Decachordo, chord. 7. Le Card. Marc vigier, de l'Ordre des Frères mineurs, mourut à Rome en 1516. Voici le titre complet de l'ouvrage de ce pieux serviteur de Marie: Decachordum christianum auctore Marco Vigerio Saonensi, S. M'ariae Transtiberim Cardin. Senogalliensi, opus Julio II Pont. Max. dicatum; Fani, Hieron. Soncinus, 1507, petit in-fol.
[7] Rom. VIII, 3.
[8] Sup. Magnificat.
[9] Part. 4, tit.15,cap.2, §29.
[10] Luc. XXIII, 46.
[11] I Cor. VI, 17.
[12] « Hortor etiam, fili mi, ut Dominam nostram magis ames. Nam si pericula multa evadere, si vis tentationibus non succumbere, si in adversitatibus consolari, si trisitita inordinata cupis non obrui, si denique Christo desideras conjungi, venerare, ama, imitare castissimam, amabilissimam ejus Matrem, dulcissimam, fidelissimam, gratiosissimam, potentissimam quoque, et tui ( si eam et ejus amorem optas) amantissimam, quae invocantem neminem derelinguit, et cui thesaurus divinae misericordiae, erogandi quoque facultas, atque peccatorum, praecipue autem, illam amantium, cura a Deo commissa est. Quam qui amaverit castus est, qui amplexatus fuerit, mundus est, qui imitatus fuerit, sanctus est. Memo illam amans, non est ab ea redamatus : nemo illi devotus periit : nemo qui illam fuit imitatus, non est salvatus. Quot desperantes, quot obstinatos, quot flagitiosos, qui tamen spem atque refugium ad suum misericordissimum patrocinium habuerunt, ipsa ad pietatis sinum recepit, et quasi sibi relictos (utpote quibus nulla spes alia, aut via ad conversionem veniendi persuaderi potuit,) fovit, Filio reconciliavit, et ex diaboli faucibus, atque adeo ipsa voragine inferni ereptos, paradiso caelesti restituit. Hanc illi Filius gratiam donavit, hanc praerogativam, hoc officium ei commisit, ut qui amarent illam, ad potentiam ; qui devoti essent, ad gratiam qui imitarentur, ad caelestem perducerentur gloriam. » Lansperg. Epist. 23.
[13] « Ego sum Regina caeli. Tu sollicita es quomodo laudare me debes : Scias pro certo quod omnis laus Filii mei, laus mea est ; et qui inhonorat eum, inhonorat me : quia ego sic ferventer dilexi eum, et ipse me, quod quasi unum Cor ambo fuimus. Et ipse me, quae eram vas terrenum, sic honorifice honoravit, et supra omnes Angelos exaltaret. Sic ergo laudare debes me : Benedictus sis tu, Deus Creator omnium, qui in uterum Maria Virginie descendere dignatus es. Benedictus sis tu, Deus, qui cum Maria Virgine esse sine gravamine voluisti, et de ea immaculatam carnem sine peccato sumere dignatus es. Benedictus sis tu, Deus, qui ad Virginem, cum gaudio animae ejus et omnium membrorum, venisti, et cum gaudio omnium membrorum ejus sine peccato de ea processisti. Benedictus sis tu, Deus, qui Mariam Virginem Matrem post Ascensionem tuam crebris consolationibus laetificasti, et per teipsum eam consolando visitasti. Benedictus sis tu, Deus, qui corpus et animam Maria Virginis Matris tua in caelum assumpsisti, et super omnes Angelos juvta Deitatem tuam honorifice collocasti. Miserere mei propter preces ejus. » Revel. Lib. I, cap. 9.
[14] « O beata Maria, inundatio gaudii, vis amoris torrens voluptatis totam te operuit, totamque obtinuit ; et sensisti quod oculus non vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit. » Rupert. in Cant.
[15] « Tribulatio et angustia in omnem animam hominis operantis malum. Gloria autem, et honor, et pax omni operanti bonum. » Rom. II, 9.
[16] Isa. LVII, 20.
[17] Eccli. I, 12.
[18] « Repletus sum consolatione, superabundo gaudio in omni tribulatione nostra.» II Cor. VII, 4.
[19] Psal. XXXIII, 9.
[20] I Cor. X, 20, 21.
[21] Psal. XXXV, 9. 
[22] « O vera humititas, quae Deum hominibus peperit, vitam mortalibus edidit, caelos innovavit, mundum purificavit, paradisum aperuit, et hominum animos liberavit; facta est Maria humilitas scala caelestis, per quam Deus descendit ad terras. Quid enim est dicere respexit nisi approbavit ? Multi enim videntur in conspectu hominum humiles esse, sed eorum humilitas a Deo non respicitur. Si enim veraciter humiles essent, deinde ab hominibus non se laudari vellent ; non in hoc mundo, sed in Deo spiritus eorum exultaret. » D. Aug. Serm. 2 de Assumpt.
[23] « Est humilitas quam nobis veritas parit, et non habet calorem ; et est humilitas quam charitas format, et inflammat. Haec in affectu, illa in cognitione consistit. Priore cognoscimus quam nihil sumus, et hanc discimus a nobis ipsis et ab infirmitate propria ; posteriore calcamus gloriam mundi, et hanc ab illo discimus qui exinanivit semetipsum... quique quaesitus ad regnum, fugit ; quasitus ad opprobria... et ad crucem, non fugit, sed sponte se obtulit. » D. Bern. Serm. 42 super Cant.
[24] « Maria non tantum pro eo quod erat mundissima, sed potius pro eo quod erat humillima, meruit concipere Filium Dei, sicut per semetipsam testatur: Rexpexit, inquit, humilitatem ancillae suae : non ait : castitatem, licet esset castissima, sed humilitatem. » Alb. Magn. Serm. 2 de Nat, Dom.
[25] « Laudabilis virtus virginitas, sed magis necessaria humilitas. Illa consulitur, ista praecipitur. Ad illam invitaris, ad istam cogeris... Potes sine virginitate salvari: sine humilitate non potes... sine humilitate (audeo dicere) nec virginitas Mariae placuisset... si igitur Maria humilis non esset, super eam spiritus Sanctus non requievisset. Si super eam non requievisset, nec impraegnasset... Si placuit ex virginitate, tamen ex humilitate concepit. Unde constat quia etiam ut placeret virginitas, humilitas proculdubio fecit. » D. Bern. Homil. 1 super Missus est.
[26] Caesarius Arelat. Homil.18.
[27] Eccli. X,15.
[28] Eccli. X,14.
[29] D. Prosp. De Vita contempl.lib. 3, cap. 3 et 4.
[30] « Alia vitia eas solummodo virtutes impetunt, quibus ipsa destruuntur. Superbia autem, quam vitiorum radicem dicimus, nequaquam unius virtutis extinctione contenta contra cuncta animae membra se erigit, et quasi generalis ac pestifer morbus, corpus omne corrumpit. » Moral. lib. 34, cap. 18.
[31] « Plane cupiditas radix iniquitatis ; ambitio subtile malum, secretum virus, pestis occulta, doli artifex, mater hypocrisis, livoris parens, vitiorum origo, criminum fomes, virtutum aerugo, tinea sanctitatis, excaecatrix cordium, ex remediis morbos creans, generans ex medicina languorem... Quantos hoc negotium perambulans in tenebris trudi fecit in tenebras exteriores, veste spolians nuptiali !... Quantos pestis haec nequiter supplantatos turpiter quoque dejecit ! » D. Bern. Serm. 6, in Psal. Qui habitat.
[32] « Ipsa namque vitiorum regina superbia, cum devictum plene cor ceperit, mox illud septem principalibus vitiis, quasi quibusdam suis ducibus devastandum tradit. » Moral. lib. 31, cap. 31. 
[33] Ezech. XVI, 49.
[34] Caesarius Arelat. Homil.23.
[35]
Idem, Homil. 18.
[36] « Discite a me quia mitis sum et humilis corde. » Matth. XI, 29. 

 

Vitrail Jean Eudes Sacré Coeur Montmartre.jpgVitrail 2 Coeus St Jean Eudes SC.jpg
 
 
 
 
 
 
 
 

Vitrail de la Basilique du
Sacré Cœur de Montmartre