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16.05.2020

Comme les frères d'une même famille (La ronde d'amour) - S. Pachôme - Homélie du p. Armand Veilleux, ocso

De saint Pachôme à saint Benoît - La ronde d'amour[i]
- Île Saint-Pardoux - 15 mai 2020
- Á Armand Veilleux, ocso

Homélie pour le 15 mai 2020 – 5è vendredi du Temps pascal

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15 mai 2020 – Mémoire de saint Pachôme
Actes 15, 22-31 ; Jean 15, 12-17

IMG-20200515-02097.jpgNous fêtons aujourd’hui la mémoire de saint Pachôme, un saint qui m’est particulièrement cher, et qui est connu comme le père du cénobitisme chrétien, c’est-à-dire de la vie monastique vécue en communauté. Si nous avions voulu choisir des lectures propres pour cette mémoire de saint Pachôme, il aurait été difficile d’en trouver de plus adaptées que celles que nous offre aujourd’hui le lectionnaire férial pour le vendredi de la 5ème semaine de Pâques.

L’Évangile est en effet tiré du chapitre 15 de saint Jean et nous rapporte les paroles de Jésus à ses disciples au cours de son dernier repas avec eux : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ». Dieu est amour. L’essence de notre vie chrétienne et monastique est donc aussi l’amour. Et l’essence de notre vie communautaire est l’amour fraternel.

IMG-20200515-02116.jpgIl ne s’agit pas toutefois d’un vague sentiment d’affectivité. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », dit Jésus. Et il explique tout de suite le sens de ce « comme je vous ai aimés », en disant : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Et c’est après avoir expliqué cette exigence de l’amour qu’il répète : « Le commandement que je vous donne, c’est de vous aimer les uns les autres ». Il s’agit donc d’un amour fraternel qui s’exprime à travers le renoncement de chacun à ses intérêts personnels, pour travailler au bien de chacun de ses frères.

IMG-20200515-02132.jpgJésus insiste en disant : « Je ne vous appelle pas mes serviteurs, mais bien mes amis ». En cela il nous indique le vrai sens de l’amitié au sein d’une communauté cénobitique. Nous ne sommes pas des copains qui ont choisi la même vocation parce qu’ils avaient les mêmes goûts. Nous sommes des personnes différentes les unes des autres que Dieu a appelées à former une communauté pour incarner dans cette communauté le mystère de son propre amour. C’est son amour pour nous qui est le lien de notre amitié.

IMG-20200515-02149.jpgLa première lecture de l’eucharistie d’aujourd’hui est aussi révélatrice. Il s’agit de la conclusion du Concile de Jérusalem, qui fut réuni pour trouver une solution à un conflit qui était né au sein de l’Église primitive, y compris entre ceux qui en étaient les responsables. La solution trouvée implique un grand respect des sensibilités différentes, spécialement entre les Chrétiens convertis du paganisme et ceux convertis du judaïsme, en même temps que la volonté de ne rien imposer aux uns ou aux autres qui ne soit vraiment nécessaire. L’harmonie de la vie communautaire au sein d’une communauté comme les nôtres exige un tel respect et une telle souplesse. C’est la seule façon de vivre sainement les tensions qui ne manquent pas de se manifester au sein de n’importe quelle communauté normale, tout comme dans la communauté primitive de Jérusalem et d’Antioche.

IMG-20200515-02143.jpgC’est ce que dit fort bien, saint Benoît, disciple spirituel de saint Pachôme, paraphrasant d’ailleurs saint Paul, à la fin de son beau chapitre 72 de la Règle sur le bon zèle :

« Ils supporteront avec une très grande patience les faiblesses des autres, celles du corps et celles du caractère. Ils s'obéiront mutuellement de tout leur cœur. Personne ne cherchera son intérêt à lui, mais plutôt celui des autres. Ils auront entre eux un amour sans égoïsme, comme les frères d'une même famille. Ils respecteront Dieu avec amour. Ils auront pour leur abbé un amour humble et sincère. Ils ne préféreront absolument rien au Christ. Qu'il nous conduise tous ensemble à la vie avec lui pour toujours ! »


Armand Veilleux

Moine trappiste à l'abbaye Notre-Dame de Scourmont, Chimay (Belgique)
Ses homélies en ligne

 

L'Esprit Saint et l'Épouse fidèle - Ronde d'amour
- Île Saint-Pardoux - 15 mai 2020

 

Toutes les photographies et vidéographies sont de Sandrine Treuillard.

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[i] Une ronde d’amour *

« Jésus invite à entrer dans une merveilleuse aventure où le verbe « aimer » se conjugue sous toutes ses formes. Une véritable ronde d’amour : aimer, âtre aimé, s’aimer les uns les autres.

Comment y entrer ? Est-il ardu, ce commandement nouveau ? L’étonnant, c’est qu’il ne nous appartient pas d’y entrer. C’est Jésus qui vient à notre rencontre, qui se fait le mendiant de notre amour. Saint Jean est explicite à ce sujet : En ceci consiste l’amour de Dieu, non pas que nous aimions Dieu, mais que lui nous ait aimé le premier. (1 Jn 4,10)

Cette ronde de l’amour ne prendra jamais fin. Le Père aussi y entre, car « celui qui m’aime, assure Jésus, mon Père l’aimera et je me manifesterai à lui. » Ce dévoilement final de Jésus intégral est la seule chose qui nous manque encore ici-bas. Nous aimons Jésus, mais sans le voir encore. Joie et souffrance en même temps. De temps à autre, une liturgie, ou un visage, ou la splendeur spirituelle d’une icône, soulève un coin du voile, jusqu’à nous faire pleurer de tendresse, et jusqu’à souhaiter de voir se déchirer sans trop tarder le voile qui empêche encore la rencontre pour connaître enfin tout l’amour dont il nous aime. »

André Louf

in Heureuse faiblesse,
homélies pour les dimanches de l’année A
Paris, DDB, 1998, p. 101-102.

Dom André Louf (†2010) a été abbé du Mont-des-Cats
pendant trente-cinq ans avant de vivre en ermite jusqu’à la fin de ses jours.

*Titre et source : Revue Magnificat